Le devoir, 13 mai 2006, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 13 ET DI M A N ( HE II M A I 2 O O (i ESSAI Repenser l’université Page F 5 LITTÉRATURE JEUNESSE Le Québec des années 20 à Paris Page F 6 ROMAN QUÉBÉCOIS Jacques Marchand, oiseau rare et sauvage CHRISTIAN DESMEULES Jacques Marchand s’est fait plutôt rare dans le paysage éditorial québécois.En tout et pour tout, il n'a écrit et publié que quatre livres depuis 1979.Avant tout par choix et par détacha ment Les sourcils bas et noirs, le crâne parfaitement dégarni, dans ce café tranquille du boulevard Saint-Laurent où Le Devoir l’a rencontré, l’écrivain de 55 ans paraît encore proche de cette part d'enfance qui traverse une bonne partie de son œuvre.Son essai monumental sur le poète et dramaturge Claude Gauvreau, qui déboulonnait avec respect et audace le mythe encore frais de l’auteur de Im Charge de l’orignal épormyable (Claude Gauvreau, poète et mythocrate, VLB éditeur, 1979), lui avait valu, à l'époque, de recevoir à deux reprises des menaces de mort par téléphone.Aujourd'hui, c’est en souriant qu’il se rappelle ces années de bouillonnement artistique et intellectuel.Journaliste au cahier culturel du Devoir en 1979, il a ensuite été journaliste et animateur à la radio de Radio-Canada, puis au service des émissions culturelles de Télé-Québec.Depuis une vingtaine d'années, Jacques Marchand se consacre surtout à divers travaux de rédaction et de traduction à la pige qui lui permettent tout en vivant modestement, de profiter d’une liberté qu’il considère vitale.L’urgence de produire un livre tous les deux ou trois ans, pour éviter que les médias et les lecteurs ne l’oublient, Jacques Marchand y semble imperméable.«Cette pression-là, explique-t-il, Je n’y crois pas et je refuse de m’y soumettre.Ça produit souvent des effets pervers.Ça amène beaucoup d’écrivains à édulcorer ce qu 'ils ont à dire.C’est un risque que je préfère éviter.Et pour moi, le fait d’écrire des livres, c’est simplement un espace de liberté sauvage que je m’offre, ce n’est pas du tout une carrière.C'est d’abord l'affirmation d'une singularité.Im littérature, tout comme la danse, est l'un des seuls espaces de liberté pure qu 'il nous reste dans un monde où on exige, malgré tout, un certain conformisme.Im littérature elle-même devient une activité souterraine.Et c'est très bien comme ça.» Un petit gros au bal des taciturnes Tandis que Le Premier Mouvement (L’Hexagone, 1987.finaliste au IVix du gouverneur général et lauréat la même année, du IVix du Journal de Montréal) explorait les relations complexes et tumultueuses entre deux frères, son deuxième roman, lus Vents dominants (L’Hexagone, 1999, finaliste lui aussi au IVix du gouverneur général), abordait une relation amou- reuse entre un garçon de quinze' ans et une femme dans la quarantaine.«Si je continue à accélérer le rythme de mes publications, je deviendrai peut-être un écrivain prolifique avant d’avoir atteint l'dgc de cent ans!» Il nous revient avec Un petit gros au bal des taciturnes, un récit au titre à la fois terre à terre et |x>é-tique qu’il estime avec raison être son livre le plus personnel.Une méditation légèrement maquillée de fictjon sur sa propre enfance et sur les liens du sang.Ecrivain plutôt solitaire, le narrateur voit sa vie bouleversée par l'arrivée imprévue de son frère Léo, un homme d'affaires en faillite qui vient de se faire mettre à la porte de sa maison de banlieue par sa femme.Avec ses valises, sa grosse télévision, ses bouteilles de scotch et son chien, un bouledogue à la «merveilleuse laideur», l'aîné, sans lui demander son avis, envahit son appartement de Longueuil.VOIR PAGE E 2: MARCHAND t «Ecrire des livres, c’est un espace de liberté sauvage que je m’offre» ÉltfHfe Un ouvrage remarquable, à lire absolument QUÉBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerique.com Martine Tremblay Derrière les portes closes René Lévesque et l'exercice du pouvoir (1976-1985) « (.) un des livres dés sur ce pottiden absolument atypique, génial, fondateur et déroutant que fut René Lévesque.» Antoine Robitaille, LeDevotr « Je croyais savoir à peu près tout sur René Lévesque Je me trompas.Martine Tremblay m'en révèle beaucoup.Et du meilleur Elle nous le rend encore plus attachant.» « Un hommage nuancé et émouvant envers un chef charismatique dont on s'ennuie énormément » « Martine Tremblay ajoute des pièces importantes à ce formidable casse-tête ambulant que fut René Lévesque.» • Ouvrage remarquable.A Ire absolument » Cilles Lesage, pumafcte indépendant de Québec qw a été pendant 30 am correspondant pariementatre et commentateur potrtxjue i rAssemMée nationale du Québec LE U E V 0 I K .LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 MAI 2 0 0 6 MARCHAND «L’idée derrière ce livre était de se rapprocher le plus possible du noyau de mystère d’une autre personne » Livres ARTS VISUELS SUITE DE LA PAGE F 1 Et tout semble séparer les deux frères.Alors que Léo est résolu-¦ ment «courtaud et adipeux», qu’il : ; adhère depuis toujours à la nor-' me, à la société des hommes et à tous ses bonheurs préfabriqués, • ¦ le narrateur, grand et mince, culti-¦ ! ve plutôt son individualité et se contente d’une vie frugale.Momentanément désillusionné quant à la nature humaine, misanthrope de circonstance, ce «Napoléon en papier mâché» fouille dans la bibliothèque de son frère et se met à potasser Schopenhauer, Nietzsche ou Cioran, à la recherche de leurs maigres consolations.11 ‘drague la voisine neurasthénique, écoute la télé jusqu’à tard dans la nuit, vide ses bouteilles d’alcool, échafaude des plans pour rebondir en affaires.D'un seul bloc, avec l’intrusion I de Léo et le bouleversement de son quotidien qui n’a duré que quelques semaines, c’est ainsi toute son enfance qui revient au visage du narrateur.Avec ses joies fortes et ses humiliations.«L’arrivée de Léo avait dilaté le temps», écrit Jacques Marchand.Mon frère, cet inconnu «Comme beaucoup de gens, j'ai cru à l'idée que les expériences essentielles de la vie se passent dans la solitude, raconte l’écrivain.Mais j’ai découvert, en examinant mon répertoire de souvenirs récurrents, c’est-à-dire les dix ou vingt souvenirs qui reviennent d'eux-mêmes, le jour ou la nuit, que dans chacun des souvenirs, contrairement à l’idée que je m’étais faite, je n’étais pas aussi solitaire que je le croyais.Il y avait toujours un témoin, et sou-1 vent le témoin était mon frère.» Dans le récit, la présence de Léo fait ainsi remonter plusieurs sou-.venirs que le narrateur se met à examiner: l’humilité d’une grand-tante, un accident humiliant durant un cours de gymnastique au collège, un voyage en Europe à la fin de l’adolescence, en 1968.Témoin capital et antimodèle parfait, le grand frère incarne depuis longtemps tout ce qu’il ne veut pas devenir arrogant, superficiel, désespérément «normal».«Sans s’en apercevoir, malgré lui, Léo m’a appris à déchirer le programme imposé, il m’a montré la voie à ne pas suivre.» Ils ont eu tous les deux les mêmes parents, à peu près la même enfance, et pourtant.Et pourtant, ce «vis-à-vis inamovible», comme il l’appelle, lui demeure radicalement étranger, depuis toujours et sans doute à jamais enveloppé de mystère.«A posteriori, explique Jacques Marchand, je me suis rendu compte que l’un des sujets qui m’intéressent, et qui revient aussi dans mes deux romans précédents, est celui de l’étrangeté des êtres qui nous sont très proches.» «FA l’idée derrière ce livre, pour-suit-il, était de se rapprocher le plus possible du noyau de mystère d’une autre personne.» Est-ce seulement possible?Jusqu’où peut-on aller lorsqu’on choisit de se limiter à ce que l’on voit, sans recourir à la fiction?Jacques Marchand s’en est vite rendu compte: l’autre nous échappera toujours.«Qui suis-je pour y voir clair?se demande le narrateur A’Un petit gros au bal des taciturnes.Chaque nouvelle rencontre, chaque nouvelle expérience réfute la précédente.Multiple et mobile, sans cesse contradictoire, la nature humaine est le plus erratique des sujets d’observation, je n’arrive pas à l’épingler, je ne pourrai sans doute jamais m’en faire une idée définitive.» Collaborateur du Devoir UN PETIT GROS AU BAL DES TACITURNES Jacques Marchand Fides Montréal, 2006,216 pages Warhol, bélier à clochette de F Amérique STÉPHANE BAILLARGEON Cette semaine, une toile d’An-dy Warhol, de la fameuse série de 1962 représentant une boîte de soupe Campbell, a presque atteint le plafond des 12 millions $US dans une vente aux enchères de New York.En additionnant les taxes et les frais de vente, et en convertissant le tout en argent canadien, le total dépasse les 15 millions de dollars.Ce qui prouve encore une fois que: a) le marché de l’art est complètement dopé; b) celui de l’art contemporain devrait se soumettre à un test d’urine; et c) surtout, surtout, la popularité du pape du pop art ne fléchit pas deux décennies après sa mort.«Maître des évidences», «stratège des apparences», Warhol concentre à lui seul l’époque contemporaine des grands bouleversements politiques, économiques, technologiques et esthétiques.L’ère de la télévision, du rock, des factions underground.La société de consommation, de la production à la chaîne des œuvres, des rapports ténus entre l’art et la publicité.Ix1 temps du Polaroid et des interminables films expérimentaux.L’époque de tous les «ismes» et des sexualités marginales.Il fallait du génie pour faire tenir tout cela, et Warhol en avait à revendre.I^es entretiens colligés, presque tous inédits en français, constituent un document essentiel pour comprendre ce personnage complexe et fascinant, qualifié dès l’introduction et probablement à juste titre de «dernier artiste mythique du XX' siècle».Question-réponse L’intérêt du livre vient de la forme question-réponse, beaucoup trop peu utilisée dans les condenséd condensé0 ONION ÎOMATO Les oeuvres d’Andy Warhol atteignent aujourd’hui des prix mirobolants.STEFANO RELLADINI REUTERS médias québécois, surtout les quotidiens.Un court texte explicatif situant le contexte des propos glanés introduit chacune des transcriptions du recueil.Celle publiée par le Chicago Sun en septembre 1975 s’ouvre ainsi sur l'explication que l’artiste détestait ces séances de tortures promotionnelles où les journalistes ne manquaient jamais de lui demander s’il était riche.Une partie du reste va comme suit: «Q - Vous considérez-vous comme le bélier à clochette de l’Amérique, comme un critique vous a récemment appelé?R - Non.C’était la première fois que j'entendais cette expression.Qu’est-ce que ça veut dire?Q - Celui qui annonce ce qui va se produire.R - Oh non.Je crois que j’ai toujours dix ans de retard.Q - Aviez-vous imaginé en peignant votre première boîte de soupe que ça deviendrait de l’art?R - Non.C’est comme le reste.Vous travaillez, c’est tout.Si ça se produit, ça se produit.Sinon, non.» Warhol revient constamment sur cette idée du boulot fait et bien fait.Provocant, manipula- teur, laconique, roi de la formule, l’artiste se révèle finalement d’une intelligence allumée et déconcertante en parlant de tout et de rien, de peinture, de cinéma et des stars, bien sûr, mais aussi de sexualité, de mode et d’actualité.Il s’explique aussi inlassablement sur ses célèbres formules autopublicitaires, graves et futiles, comme l’époque, à commencer par cette idée qu’il aimerait bien être une machine.Une machine à produire des œuvres à 15 millions pièce.Le Devoir www.revueliberte.ca ECHOS Jean-Luc Parant à Québec Les Poètes de l’Amérique française terminent leur 10 saison en conviant Jean-Luc Parant l’une des voix les plus insolites de la littérature française actuelle, en collaboration avec le consulat général de France à Québec.Le récitakoncert animé par Guy Cloutier réunira la soprano luce Vachon et la pianiste Nathalie Tremblay, qui livreront des œuvres de Brahms.Messiaen et Daunais, le lundi 15 mai, à la chapelle du Musée de l’Amérique française, à Québec, à 19h30.- Le Devoir Deux lancements en un Dominique Noguez fera la lecture d’extraits de son nouvel essai La Véritable Histoire du gootball et JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Dominique Noguez autres révélations à la librairie Gallimard mercredi 17 mai à 17h.Le plus québécois des auteurs fiançais poursuit son parcours littéraire truffé d’humour noir et de dérision.Ce hors-d'œuvre sera suivi du lancement de l’ouvrage collectif La Littérature par elle-même, dirigé par Catherine Morency, aux Editions Nota bene, qui réunit des textes de Marie-Claire Blais, Ymg Chen, Gilles Cyr, Suzanne Jacob, André Major, Catherine Mavrika-kis, Pierre Nepveu, François Ricard, Yvon Rivard et Larry Tremblay.- Le Devoir ELOGE D’UNE CERTAINE RICHESSE.¦ Les Canadiens investissent annuellement 23,3 milliards $ à la Barbade ; ¦ Le PIB et les profits des entreprises augmentent chaque année mais les salaires diminuent ; ¦ Le gouvernement Charest retire aux étudiants 100 M$ en bourses et offre aux plus riches plus de 200 M$ en baisses d’impôts.B 3 * , ï j I -f * .t X " ¦ .ELOGE D’UNE ÉCONOMIE DIFFÉRENTE Voici la lecture qui vous donnera des idées pour répondre quand on vous dit que: ¦ le Québec est pauvre ; ¦ l’enrichissement des entreprises profite à toute la société ; ¦ la croissance économique est la solution à tous les problèmes de société.attac-quèbec COU.ECTÎF D'AUTEURS Où va notre argent?Une fiscalité pour les riches çàmvtt EN AVEZ-VOUS ASSEZ DE VOUS FAIRE DIRE QUE C’EST NORMAL?AVONS-NOUS VRAIMENT CHOISI CETTE DISTRIBUTION DE NOTRE RICHESSE?écosociété ATTACQuébec l'Association québécoise pour la Taxation des Transactions financières et pour l'Action Citoyenne.Les néolibéraux et ceux qui encaissent trafiquent la vérité et il faut savoir gré aux militants d’ATTAC-Québec de nous fournir les outils pour le démontrer.A partir de là.le débat est ouvert.Louis Comeilier, Le Devoir Où va notre argent?Une fiscalité pour les riches ISBN 2-923165-23-3 184 p.17 $ iS Triptyque www.tHprvqtk.qu.ua t r i p t y q ue@\'d i r ion r rip r vu uc, coin I cL: (514) '597-1666 Philippe Gaulin Traiter en>i an».ages POLAR L’histoire revue par la fiction MARIE CLAUDE MIRANDETTE Dans ce nouveau roman du célèbre écrivain suédois, point de Wallander, ni père ni fille.C’est un nouveau personnage, l’inspecteur Stefan Lindman, que Ton y découvre, personnage apparu dans le précédent opus de Man-ke\\, Avant le gel.Pas facile de succéder à un héros aussi sympathique que Wallander, lequel a permis à son auteur de s’imposer sur la planète polar! Le défi était de Jaille.A 37 ans, Lindman connaît ce que Ton pourrait décrire comme une très mauvaise journée au bureau.Non seulement apprend-il qu’il souffre d’un cancer mais, une mauvaise nouvelle arrivant rarement seule, il apprend aussi qu’un ex-collègue a été sauvagement torturé et assassiné.Sonné par ces deux nouvelles-chocs, Lindman décide, dans l’attente du début de ses traitements, de fuir son angoisse en allant faire un petit séjour au cœur de la forêt du Hârjedalen, dans le nord de la Suède, là où feu Herbert Molin, qui fut naguère son mentor, avait choisi de goûter la douceur d’une retraite bien méritée.Même à milles lieues du poste de police, un flic reste un flic, et Lindman ne connaît d’autre CHRIST IAN CHARNUS RKUTKRS L’auteur suédois Henning Mankell moyen de tromper l’ennui que de mener une petite enquête, question de prêter main-forte aux flics locaux.Ce qu’il s'apprête à découvrir sur le sombre passé de son collègue ne sera pas sans le troubler profondément: durant la Seconde Guerre mondiale, Molin avait été volontaire dans la Waffen SS.Et tout porte à croire qu’il est demeuré, jusqu’à sa mort, un nazi convaincu.Un meurtre de cette nature arrivant rarement seul, un deuxième homme, violoniste à la retraite celui-là, est assassiné non loin de là.Il n’en faut |>as plus à lindman pour soupçonner l’existence d'un réseau d’anciens nazis et de néonazis bien actif.C'est tout un pan de l’histoire de la Suède moderne qui est ici revisité par Mankell, qui fait une fois encore la démonstration de son indéniable talent de conteur.Et de sa maestria à créer des atmosphères troublantes, à dépeindre avec force image ce qu’il y a de meilleur et de pire dans la nature humaine, sur fond de paysage nordique.Tel un vaste puzzle, le récit auquel il convie le lecteur prend lentement forme, pièce par pièce, dans un univers où s’entremêlent la réalité et la fiction, mais surtout le passé et le présent, dans un tango nostalgique, viscéral et sordide, lœ prologue, qui se déroule sur le champ de bataille de, Culloden près d’Inverness, en Ecosse, là qù les Anglais massacrèrent les Ecossais en 1745, constitue une bien belle finale à cette histoire menée de main de maître.Force est de constater que Mankell n’a rien perdu de ce qui a fait de lui l’un des auteurs de polar les plus prisés de sa génération.Avec ou sans Wallander, il sait captiver le lecteur en créant des univers riches et complexes où Ton adore se perdre quelques heures durant.Et ce nouveau roman ne fait pas exception, même si Lindman manque un peu de substance et ressemble par moments un peu trop à un héros de film hollywoodien.Espérons que le temps fera son œuvre et écorchera un peu sa patine de jeune premier.Collaboratrice du Devoir LE RETOUR DU PROFESSEUR DE DANSE Henning Mankell Traduit du suédois p;u Anna Gibson lx* Seuil Taris, 2000,336 pages 11 UK AIR II BONHEUR D’OCCASION I.ivres d'occasion de qualité VENEZ ASSISTER À UNE LECTURE DE Passionné de cinéma.Dominique Noguez a enseigné à Montréal, puis à Paris.Son œuvre littéraire est placée sous le signe de l’ironie, de l’humour caustique et de la dérision.Il lira des extraits de La véritable histoire du football et autres révélations à paraître aux éditions Gallimard.Cette lecture sera suivie du lancement de l'ouvrage collectif La littérature par elle-même, dirigé par Catherine Morency, éditions Nota bene, réunissant les textes de : Marie-Claire Blais, Ying Chen, Gilles Cyr, Suzanne Jacob, André Major, Catherine Mavrikakis, Pierre Nepveu, François Ricard, Yvon Rivard et Larry Tremblay.LE MERCRED117 MAI À 17 H librairie Gallimard, 3700 Boulevard Saint-Laurent Montréal Aicnvnt ctATum Romanichels Le vieux Gratz se remémore sa vie.Des oies bleues choient du ciel à la douzaine et il ne cesse de rêver à son grand voyage au pays des lies.Émilie Andrewes Eldon d’or roman • 108 p.• 18 $ Un roman lent et chaud comme le sable du désert.Et beau dans sa saisissante pureté.Andrée Laurier Horizons navigables roman • 216 p.• 24 $ éditeur Romanichels XVZ éditeur • 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) Hzl j/j TéteDhone (514) 52y2t.70»Tététeur : (514) S2S 7V37 Coumel : tnfo€r«yzedi!.qc.ca • www.xy/edit.qc.ta Livres d’art et de collections Canadiana Livres anciens et rares Bibliothèque de la Pléiade Littérature —*-• Philosophie —Sciences humaines Service de presse Achetons à domicile 514-522-884» 1-888-522-8848 4487, rur De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoecasiontS’belInet.ca NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOU I AU QUI BI < .TOUR L’ACHAT 1)1: BIBI.IOIIII QUES 1MTORTAN11 Olivieri librairie » bistro Olivieri Au cœur des questions Jeudi 18 mai à 18h30 Entrée libre 5219 Côte-des-Neiyes Métro Côte-des-Neige' RSVP 739-3639 Lancement public L’INJUSTICE CM Écrits de la résistance contre l'impérialisme ôtats-unien, L'Injustice en armes révéle l’état du monde â travers le regard sans complaisance de Pierre Vadeboncoeur EH PRÉSENCE DE L AUTEUR Pierre Vadeboncoeur INTERVENTION Raymond Legautt Collectif Échec à la Guerre www luxeditu F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 MAI 2006 Littérature" ROMAN FRANÇAIS Mascarades d’écrivains G UVLAI N E MASSOUTRE Lorsqu’il a lancé sa Suite à l’hôtel Crystal, Olivier Rolin rendait un hommage à Georges Perec et à tous les écrivains qui ont vécu et écrit dans des chambres d’hôtel.Paris a eu de nombreux hôtels particuliers, du Grand Siècle au XIX', dont le nom s’est attaché à celui d’un écrivain.Ds s’y sont livrés à mille expériences de terrain.Au XX' siècle, des ateliers sous les combles aux caves musicales, en passant par les cafés, la mode est venue aux chambres d’hôtel Puis, les voyages ont encore modifié la vie tranquille à Paris, pour ne pas dire à Cüchy, comme Henry Miller.Aujourd’hui, l’écrivain se vend d’Helsinki à Hiroshima, de Mexico à Montréal, de Cotonou à Vancouver.Alors, pour ne pas s’y perdre, il fait appel à Henri Michaux pour un supplément littéraire.Ainsi entrera-t-on dans Suite à l’hôtel Crystal, qui reparaît en poche.Rebondissement Voici Rooms, collectif dans lequel Rolin met en scène vingt-sept écrivains amis, cohorte intriguée par la même aventure.Bazar offert aux goûts du lecteur ou réservoir de farces et attrapes?Divertissant l’ouvrage fourmille de trouvailles.Qui ne reconnaîtra pas l’un des siens?Bailly, Bon, Brisac, Carrère, Comment Courtemanche, Deguy, Deutsch, Deville, Eche-noz, Enard, Faige, FTem, GrainviDe, Harang, Hartog, Lê, Majdalani, Michon, Olender, Rolin (Jean), Samoyault Sargé, Semprun, Toussaint, Veinstein, Volodine ont rejoint Rolin.Le résultat est franchement sympathique.Opération Maldoror Pour cette suite multiple, «un caravansérail amical», dit Rolin, cette chaîne d’écrivains écroués dans leur chambre monte sa tour de Babel au style incongru et baroque.Hartog parle des «brouillages, contrebandes et contrefaçons» que Rolin «et sa bande de piedsoiickelés» trafiquent sur les frontières du réel et de la supercherie littéraire.Rooms affectionne les clins d’œil et la mascarade.Tout invite le lecteur à un bal de plumes très fentasques.Décrire un lieu véritable?Ils plient et résistent, entre la parodie et la nouvelle.Tous pratiquent joyeusement la fiction.Olivier Rolin honore Rivière-du-Loup.Courtemanche est allé à Tromsa.Volodine a vécu à Hong Kong.Echenoz à Addis-Abeba.Samoyault vole à Shanghai, Toussaint, comme dans son dernier roman, à Tokyo.Authentiques, ils se déguisent en Maldoror, machine à déformer l’immédiat Certains se prétendent chez eux: Semprun à Madrid, Olender à Anvers.Michon philosophe dans les toilettes du Crotoy, en baie de Somme, pour mieux y associer les rives incongrues du Saint-Laurent Grainville fantasme à Malabo, égal à lui-même dans l’excès; Deutsch divague à Bâle.Qu’il soit question de Paris, de Marseille, de Montpellier, de Bordeaux, d’Olonne, imaginaire, «mon texte est grinçant, délicat, inspiré», écrit Brisac.Tous pourraient endosser cette phrase à la première personne.Car c’est bien de cette chambre-là, celle d’un je otage, conune le pointe Echenoz, qu’il est le plus sou- vent question.Deguy — Michèle, s’il vous plaît — l’a pincé dans des parenthèses.Hartog le dépêtre du rôle de commentateur assigné, qui lui déplaît Quant à Jean Rolin, impossible pour lui de l’enfermer immobile: sa chambre est un cagibi dans un conteneur.Pas de repos, donc, dans ces chambres.C’est même tout le contraire.Plutôt y lire, avoir lu, relire.Impossible de ne pas voir ce qui unit ces noms: le topos littéraire.Là ils convergent, en plein sas entre réel et fiction, comme le dit Hartog; dans «l’invisible Internationale du carbone lucide», dit Olender, version flamande de Suite à l’hôtel Crystal.Ratiocinants lecteurs, ils ne se lassent ni d’un Proust ni d’un Flaubert, ni d’un Nabokov, objets d’enquêtes.Se suspectant même entre eux, ils se lisent Percez donc le mystère: vous êtes dedans.Vous voilà impliqué dans un trafic d’influence avec ces auteurs mafieux, qui s’adonnent ensemble à perdre leur temps.On appelait jadis pompeusement cela les fonctions du roman.La confrérie de Villon Que sait-on de la vie de François Villon?Assez pour affùmer que ses 3000 vers, au XV siècle, se vouait déjà à la construction de l’éphémère.Jean Teulé a déjà raconté Rimbaud et Verlaine.Avec Villon, il rejoint le médiéviste Jean Favier et Marcel Schwob, qui l’avaient ressuscité, comme Régine Pernoud l’a frit en romancière avec Jeanne d’Arc.Son Moyen Âge est odieux.Sombre tableau où s’agitent les gibets,/e, François Villon plaira aux amateurs de danses macabres, d’ambiances gothiques, de tortures d’épouvante, lœs supplices vont bon train.Si 'Feulé s’inspire librement de l’ouvrage de Favier sur Villon, publié en 1982, une question se pose toutefois: après l’idéalisation romantique du Moyen Âge, le balancier est-il reparti vers le pôle inverse?Son voyou de Montcorbier, dit Villon, disparu à 32 ans, ressemble davantage aux personnages de bandes dessinées qu’à un poète lettré, et sa langue rugueuse ne dit plus guère la compassion qu’a chantée Ferré.Collaboratrice du Devoir ROOMS Collectif Le Seuil Paris, 2(X)6,250 pages SUITE À L’HÔTEL CRYSTAL Olivier Rolin Points Paris, (2004) 2006,246 pages JE, FRANÇOIS VILLON Jean Teulé Julliard Paris, 2006,418 pages V ANNIE ASSOULINK Olivier Rolin Voici Rooms, collectif dans lequel Rolin met en scène vingt-sept écrivains amis, cohorte intriguée par la même aventure.Bazar offert aux goûts du lecteur ou réservoir de farces et attrapes?Divertissant, l’ouvrage fourmille de trouvailles.POÉSIE QUÉBÉCOISE « Mots pleurés » HUGUES CORRIVEAU Ces Élégies de lumière que nous offre André Brochu, un an après avoir gagné le Prix de la Gouverneure générale 2004 avec Les Jours à vif, sont à l’image changeante de cette clarté diverse qui irradie, intense ou ténue, confuse ou éclatante, dans la vie de tous les jours.De la même façon, ce recueil aux nombreux tons fait don de toutes parts de ce que je pourrais appeler une tendresse effrayée devant le temps qui prisse, les amours ou les êtres, les âges de naissance ou agoniques, tels des emportements sans cesse soufflés.Mais cette multiplicité ne s’égare jamais puisque le tracé que nous propose Brochu va de sa propre enfance d’eau jusqu’à la cosmogonie et aux énervements particulaires — ion et testostérone associés —, en passant par la louange touchante à la mère en ;d-lée, à l’amoureuse, au monde conséquent, au sexe en effervescence, à la violence catastrophique, à la mort comme à la lumière.Bref, ce lour de soi et des mondes portés par la conscience, Brochu nous en parle avec tous les moyens qu’on lui connaît, à tra- Dupuis plus de ^ uns — SPIRALED* 2m MAI-JUIN 2006 "S .P1 nue .LU Ills PORTFOLIOS : ALEXANDRE DAVID, RAPNAËLLE DE GROOT En kiosque ! vers une exaltation parfois mystique ou une ironie contrôlée.Souffle urgent Ainsi dirons-nous que, dans les trois premières parties du recueil, une vision extrêmement serrée du propos nous conduit sans faille à travers le chagrin et la perte, la découverte de l’autre et de soi.Dans «Épeler la rivière», première partie du recueil, «commence un beau hasard», celui de la vie, de l’enfant qui adore sa mère jusqu’à l’effarement.Le poète nous confie, dans un élan de tendresse qu’on croirait presque surannée: «je me couchais sous le baiser placide / de Mamaman / j'entrais en transe délicate / des anges me déta- chaient de la pensée pratique.» Il y a du «petit Marcel» dans ce baiser du soir.Et c’est par la voie chris-tique et divine que vont passer les images de ce recueil, itération d’une iconographie liée à l’enfance, inscrite à jamais dans cette fameuse pensée de soi: «La vie est ainsi faite qu'elle donne la vie / et que la chair donne la chair eucharistie /familiale.» Mais la mère meurt! Et c’est alors l’incroyable «Suite pour toi et moi», seconde et fabuleuse partie de ce recueil.Là, l’élégie prend tout son sens, et des élans de voix hautes s'inscrivent à un tel degré d’embrasement que Marie de l’Incarnation n'en renierait sans doute pas la portée s’il n’y avait la supposée absence de DÉCOUVREZ, DÉTENDEZ-VOUS, ÉVEILLEZ VOS SENS village tricentenaire baigné par le fleuve et si beau à visiter, rencontres chaleureuses, lectures envoûtantes, saveurs de nos produits régionaux, tables généreuses, ambiance festive des veillées d’autrefois.Hli Festival des écrits de l'ombre Sous la présidence d'honneur de Mme Esther Croft De nombreux auteurs à rencontrer, leurs écrits à découvrir : roman, poésie, essai, biographie, scénario de film, textes de chanson, de théâtre.à 20 minutes de Québec SAINT-ANTOINE-DE-TILLY 20 et 21 mai 2006 beau temps, mauvais temps Dès lOhOO : Salon des auteurs.Lectures publiques simultanées en différents lieux du village.Visite guidée du village et de son architecture.Exposition agroalimentaire des produits régionaux.Veillées en plusieurs lieux du village : boîtes à chansons, veillées littéraires, de poésie.de conteurs, de théâtre, d'humour.Venez faire vibrer vos sens et faire la tournée avec nous.Bienvenue à toute la famille, entrée libre.www.ecrKsdelombre.com Québec! l’Ètre suprême: «Dieu serait ce qui te rend à toi et à la Terre et aux œuvres du passé / Dieu serait le multiple chapitre de tes amours et de tes dons / tu étincellerais de grâce entière dans son regard infiniment bienveillant / il bénirait ta souffrance et ton regret des choses disparues / tu ferais en lui ta convalescence des choses terrestres, des attachements.» Avouons que ce n’est pas peu, ni banal.Liberté parfaite Il faut bien lire, à la lettre, ces Élégies, car elles ne sont pas toujours tristes.Brochu est rendu à une étape de son œuvre où il n’a plus de souci devant sa propre manière.Tout lui est permis, il se permet tout.De sorte que, dans les autres parties du recueil, on trouve des vers à l’image saugrenue: «Et puis j’ai séjourné entre deux assiettes / comme une goutte d'eau qu’on n’a pas essuyée»; ou d’autres d’une insolence fort peu convenable quand, Dieu ayant créé le sexe, Brochu nous apprend que ce dernier «rend l’homme semblable au pompier / et la femme qui est tout feu / tout flamme, avide / d’etre noyée / à bout de dur boyau» ! Et on imagine Brochu, goguenard, se cachant la face entre les mains pour rire un peu dans sa barbe divine.L’apparent désordre de l’ensemble n’est que trompe-l’œil.Si ces Élégies se font plaintes et incantations, leur diver sité rend compte de ce lien que le poète fait entre l’aventure personnelle de la naissance, de sa propre évolution et des morts qui la jalonnent avec l’universelle création cosmogonique qui, elle aussi, réserve sa part d’incongruité et d’étonnants chaos.Collaborateur du Devoir ÉLÉGIES DE LUMIÈRE André Brochu Éditions Trois, coll.«Opale» Laval, 2005,144 pages LITTÉRATURE SUD-AMÉRICAINE Buenos Aires, une ville rêvée NAIM KATTAN Le narrateur de ce roman, Bruno Cadogan, est un jeune universitaire américain.Il prépare une thèse sur le tango argentin.Buenos Aires et l’écrivain J.L Borges se trouvent au cœur de sa recherche.11 désire surtout entendre de ses propres oreilles Julio Martel.Pour tous ceux qui ont eu la chance de l’entendre, cet homme est reconnu comme le plus grand chanteur vivant de tango.Toutefois, celui-ci refuse tout enregistrement et les lieux où il se présente sont disparates et imprévisibles.Cadogan suit ses traces mais le manque constamment, ü se met en rapport avec ceux et celles qui le connaissent.Cependant, le grand chanteur demeure invisible.En menant sa quête, Cadogan découvre divers quartiers de Buenos Aires: le Retire, l’ancien bordel où est né le tango.Palermo, le quartier italien.Il prend connaissance des sequeües de l'insurrection qui a secoue l'Argentine en 2001.alors que les presidents se sont succédé.Guettant le moment où la voix unique de Martel finira par re- tentir, Cadogan fait le récit à la fois historique et actuel de Bue nos Aires, une ville aux dimensions lumineuses ou opaques, nous entraînant dans des rues d’enchantement et des sous-sols qui servent comme lieux d’incarcération et de torture.Souvent, on a l’impression de se retrouver dans les labyrinthes de Borges, mais c’est une autre métropole que décrit Martinez.Julio Martel meurt sans que Cadogan puisse le voir et encore moins l’écouter.Dans le séduisant et puissant roman de Martinez, il est la métaphore d’une ville joyeuse où l’on rêve d’écouter un tango qui nous échappe, comme pour nous rappeler que, dans cette ville, le drame et la tragédie font obstacle à un bonheur instantané qui est voué à demeurer imaginaire.Collaborateur du Devoir LE CHANTEUR DE TANGO Tomas Eloy Martines Traduit de l’espagnol par Vincent Raynaud Editions Gallimard Paris.2006,242 pages LE DEVOIR.LES SAMEDI 13 ET D I M A X ( Il E I I MAI 2 O O 6 Essais ESSAIS QUÉBÉCOIS Les états d’âme d’Alain Dubuc Louis Cornellier 1 loge de la richesse, le nouvel essai d'Alain Dubuc, est décevant.«C’était couru», me disent, un peu cyniques, mes amis de gauche.Peut-être, aurais-je envie de répliquer, mais pas à ce point Le chroniqueur de Gesca, d’habitude, écrit bien et sait aller à l’essentiel, même si la couleur qu’il donne à cet essentiel est rarement pour me réjouir.Dans cet ouvrage, le lecteur ne retrouve même pas ces qualités de débatteur (et se tape des «insecure», «en quelque part», «prioriser», «Lizée» au lieu de Usée et «Joe» au lieu de Ralph Klein).Ainsi, les 200 premières pages sont consacrées à la défense de cette évidence selon laquelle il vaut qiieux être riche et en santé que pauvre et malade.Etait-il vraiment nécessaire d’en tartiner autant pour arriver à ce puissant poncif?Selon Dubuc, oui, parce que, écrit-il, «les retards de notre niveau de vie s’expliquent davantage par (des] jeteurs sociaux et culturels que par des problèmes purement économiques liés aux capitaux, aux machines, à l’argent».Et quels seraient ces facteurs qui nuisent à notre prospérité?Pour répondre à cette grave question, l’économiste, ne reculant devant rien, s’improvise psychologue de la collectivité québécoise.Nous aurions, ainsi, «peur des riches», serions animés par «la rancœur du perdant», aurions «un difficile rapport à l’argent» et serions conservateurs tout en nous croyant généreux.Ça fait mal, comme on dit En guise de preuves pour appuyer ces états d’âme qu’il nous présente comme des analyses, Dubuc avance l’opposition aux «nécessaires» réformes du Non, la richesse que chante .Alain Dubuc ne sent pas bon gouvernement Charest Oesquelles?Orford?Le financement des écoles juives?Les bourses d’études transformées en prêts?La réforme bancale des cégeps?La mise au pas de la fonction publique?Où est la nécessité là-dedans?), l’opposition aux PPP (dont l’efficacité est à peu près unanimement contestée par les experts qui ne sont pas des mercenaires), au CHUM à Outremont (à part ceux qui avaient des intérêts directs dans l’affaire, qui a dit que c’était bon?Même pas Daniel Johnson!) et notre attitude envers la famille Desmarais, que nous aurions tort d’associer «au grand capital» (elle appartient à la classe moyenne, peut-être?).«Des Bill Gates, s’exclame Dubuc, nous en avons besoin.» Pourquoi?Ah, parce qu’ils dépensent, investissent et pratiquent le mécénat! La logique de Keynes, selon laquelle «en transférant des ressources des classes aisées (ayant une forte propension à épargner) vers des classes populaires (ayant une forte propension à consommer), on contribue à l’essor du marché intérieur solvable nécessaire au développement industriel» (dans Les Vraies L>is de l’économie, Jacques Généreux, Le Seuil, 2005), Dubuc ne semble pas la connaître.Il préfère se désoler du fait qu’il n’y ait pas, à Montréal, de boutiques Armani, puisque «ce luxe éhonté est généralement un indice assez représentatif de la force d'une économie».Progrès social «La richesse, écrit-il, bien utilisée, peut être une source de progrès social.» Personne ne niera une telle évidence.Le problème commence à se poser quand on discute de l’articulation entre ces deux objectifs.la richesse débouche-t-elle nécessairement sur le progrès social?En observant les tensions qui déchirent la société américaine, force est de constater que non, et Dubuc lui-même le reconnaît en écrivant: «I-a meilleure répartition des revenus au Québec a un impact important sur la qualité de vie, parce que l’injustice engendre l’exclusion, la violence, la détérioration des milieux et les fractures sociales.Le Québec est peut-être l’une des régions les plus pauvres d'Amérique du Nord, mais il ne contient pas de poches de pauvreté honteuses et ne tolère pas que ses citoyens vivent dans l'indigence absolue.Le Québec est une société sans ghettos.sans tensions raciales majeures et sans crise sociale, où le degré d'harmonie, le niveau de culture et le respect de la société de droit sont comparables partout sur le territoire, ce qui n'est certainement pas ce qui caractérise la société américaine.[.] Le Québec peut être fier d'afficher le coefficient de Gini le plus bas au Canada, ce qui en fait la société américaine la plus égalitaire.» Conclusion de l’économiste: il faut quand même s’inspirer du reste de l’Amérique du Nord pour réformer l'économie québécoise! Renversant?la mot est faible.En toute honnêteté, donnons néanmoins une chance au coureur.La thèse de Dubuc, en effet, postule que l’augmentation de notre richesse collective ne se ferait pas au détriment de ces réussites en matière de justice sociale puisqu’elle les bonifierait, dans le respect des valeurs québécoises.Comment, là-dessus, lui donner tort?Mieux vaut une égalité de riches qu’une égalité de pauvres, le problème, encore une fois, survient à l’heure de définir les modalités d’accès à cette richesse.Selon Dubuc, «le Québec, à un moment où sa richesse n avait pas atteint son plein potentiel, s'est mis à se comporter comme une société riche, s’est doté d’outils et de services de riches, s’est rapidement institutionnalisé, tant et si bien qu ’il a étouffé un processus de rattrapage qui n ’était pas encore complété.Le Québec s’est assis trop tôt sur ses lauriers et offre tous les attributs et les aspirations d’une société riche sans vraiment en être une».Qu’est-ce à dire, au juste?Que, pour réactiver le processus de rattrapage dont il est question, il faudrait au moins temporairement renoncer à ces «outils et services de riches» qui l’entravent?Renoncer, donc, à la justice pour relancer la course à la richesse afin de pouvoir, ensuite (mais quand?);: être riche et juste?Comment accueillir autrement les solutions avancées par Dubuc?Soyons bon joueur et admettons, avec' lui, que les questions du gel des droits de scolarité et des tarifs d’Hydro se discutent, si on inclut dans le débat la question des compensations pour les plus pauvres en cas de de-’ • gel.Le déplacement du fardeau fiscal de l’impôt vers les taxes est déjà plus douteux.Mais le reste, que dire du reste?Quand notre homme qualifie > d'«obstacles» aux investissements la langue française, les cycles référendaires, les lois du travail comme la loi anti-scab et les règles de syndicalisation, de même que l’Etat trop lourd, ne nous invite-t-il pas à sacrifier la justice, l’équité et la liberté de définir notre avenir sur l’autel de la course à la ri chesse?S’il faut, pour devenir plus riches, jouer les bilingues, brader notre droit à l'autodeterminii- ' lion, chanter l’arbitraire patronal et émasculer lé seul Etat au service des francophones en Amérique, de quelle richesse, au juste, parle-t-on?Do celle qui entraînera la justice par surcroît après l’avoir sacrifiée?On a le droit, le devoir même, d’être sceptique, surtout quand la proposition émane d’un idéologue qui s’inquiète du manque à venir de travailleurs qua11 liliés, tout en se fendant d’un éloge d’une école pi i vée qui pratique as bon.louiscorncHiena parrain fo.uct ÉLOGE DE IA RICHESSE Des idées pour donner au Quédec LES MOYENS DE SES AMBITIONS Alain 1 Xibuc Voix parallèles/Gesca Montréal, 2006,336 pages Repenser Tuniversité GEORGES LEROUX Les livres sur l’évolution de l’université contemporaine se succèdent et finissent par se ressembler.Après Michel Freitag et Bill Readings, qui partageaient une même vision tragique du déclin des missions fondamentales au profit de la commercialisation, Aline Giroux propose une critique construite sur la métaphore du docteur Faustus: l’université est prête à vendre son âme au plus offrant et elle découvrira inévitablement qu’en s’engageant dans ce contrat, elle perdra l’essentiel.Prenant acte du news-peak qui afflige toute l’institution, de la performance aux stratégies d’adaptation, elle jette sur les changements en cours un regard orwellien.Le monstre qui émerge des ruines de l’ancienne tour d’ivoire n’a plus rien en commun avec Xuniversitas qui servait de véhicule à la culture des nations.Le livre s’ouvre sur une riche histoire de cette université traditionnelle, celle qui a trouvé sa justification dans l’idéalisme allemand et ses meilleurs représentants dans llvy League américaine.L’université comme milieu de formation et cœur de la pensée pour la société commence à trahir son mandat quand le progrès scientifique transforme la recherche en simple programme technologique.La corporatisation de l'université serait une conséquence de ce phénomène complexe et encore peu analysé.Comme toute institution, l'université a d’abord vu son système administratif évoluer vers une formidable complexité.La transfor- mation des programmes, l'ajustement aux demandes du marché, la restructuration disciplinaire, tous ces phénomènes sont bien connus et personne ne voudrait revenir à une petite république de dons anglais prenant le thé au club.Mais les conséquences de ces transformations semblent désormais incontrôlables: la commercialisation de la recherche entraîne une inévitable discrimination à l’endroit de la recherche non rentable.Même les programmes de recherche orientés vers le bien public ont du mal à survivre, pour ne rien dire de la part congrue réservée aux disciplines des humanités.Remarquer cela, c’est cependant oublier que, dans l’université traditionnelle, il n’y avait guère de soutien pour quoi que ce soit Une société qui accorde des fonds pour des recherches sur le néoplatonisme grec n'est pas encore devenue orwellienne ou franchement intolérante.Il y a pour cette première question de la hiérarchie des recherches une discussion relative aux missions de l’université qu’Aline Giroux a raison de réclamer, mais qu’elle n'entame pas elle-même.Les privilèges de la recherche Une seconde observation est le discrédit relatif jeté sur l’enseignement et la formation, par comparaison avec la valorisation de la recherche: le professeur Uauteure s’en prend aux contraintes fondées sur des mesures, alors que la qualité demeure impondérable d’aujourd’hui veut toujours réduire son «teaching load» et maximiser ses «research opportunities».Plusieurs penseurs américains ont estimé que la vraie faillite de l'université contemporaine était d’abord son déficit moral: absence de pensée critique, indifférence aux finalités, et ultimement mépris de la formation.Les professeurs étant devenus des experts, rien ne les intéresse que la niche qu’ils se sont construite et où ils attirent les quelques apprentis qu'ils subventionneront pour leur apprendre à reproduire leur modèle.Ce portrait est si répandu que bien entendu il engendre une masse de stéréotypes ridicules.Mme Giroux, malheureusement, en reprend plusieurs, et elle déplore la disparition de l'université «milieu humain» au profit de l’émergence d’entreprises administrées comme des compagnies.A-t-elle raison?il faut sans doute exagérer le trait pour faire voir les lacunes du système actuel, mais je doute que l’université contemporaine soit le lieu de répression de la pensée qu'elle suggère d’y voir.Elle déplore la baisse du niveau, alors qu’il me semble qu’il est plus élevé que ja-mais.Elle déplore aussi l’approche consommateur/client, qui détruira ultimement le sens de l’acte pédagogique, et en voit le symptôme dans la progression de l’enseignement à distance et la valorisation des NTIC.Ici en- core, je doute que la majorité des professeurs d’université rejettent le modèle d’un enseignement fondé sur la pensée et la parole et qu'ils ne travaillent désormais qu’à partir de leur portable.Le portrait semble franchement noirci à dessein.Une troisième observation, qui montre sans doute une tendance plus lourde, est l’insistance sur la productivité.Le chapitre qu'Aline Giroux consacre à ce problème est bien documenté et critique sérieusement l’évolution récente du CRSH.On y relèvera l’imposition de modèles repris des sciences naturelles pour les sciences humaines ainsi que la valorisation des réseaux.À court terme, cette politique de la recherche disqualifiera les savants contemplatifs au profit des savants rentables.L'enjeu est ici très substantiel et il ne concerne pas que le CRSH: la réflexion sur les présupposés et sur les finalités, en particulier dans le savoir éthique qui se développe dans toutes les disciplines et en philosophie, appartient à la mission critique de l’université, et si l'évolution actuelle devait la compromettre, alors Faustus aurait vraiment tout perdu.Dans son chapitre final, l’auteu-re s’en prend aux contraintes fondées sur des mesures, alors que la qualité demeure impondérable.Cela me semble un faible argument dans un contexte de rationalisation.Il n’est pas si simple de congédier l’imputabilité au nom de lame et une meilleure approche est évidemment de prendre au sérieux le défi de l’insertion sociale de l'université, en particulier l’enjeu d’une éthique du service public.C’est ce que l’auteure suggéré de manière un [xai abstraite à la fin de son essai.On lui sera reconnaissant d'avoir posé les questions, mais le chemin à suivre n’est pas balisé pour autant.Collaborateur du Devoir LE PACTE FAUSTIEN DE L’UNIVERSITÉ Aline ( îiroux Éditions liber Montréal, 2, 272 pages PALMARÈS LIVRES ARCHAMBAULT?» (•?QUEBECOR MEDIA Autour de Siegfried Kracauer, CRITIQUE.SOCIOLOGUE.PENSEUR DE L’HISTOIRE QRvieri librairie ?bistro Causerie à l'occasion de la parution des deux ouvrages suivants : L’histoire.Des avant-dernières choses, de Siegfried Kracauer (éd.Nia Perivolaropoulou et Philippe Despoix et trad Claude Orsoni), Stock.2006 Olivieri Au cœur des débats Siegfried Kracauer.penseur de l’histoire, dir.de Philippe Despoix et de Peter Schôttler, Coéditions PULTMSH, 2006 lundi 15 mai a 19 h Participants Philippe Despoix .directeur du Centre Canadien d’études alternandes et européennes éric MecHooLAN.Collège international de philosophie, Etudes françaises (UdeM) Walter Moser.Chaire -Transferts littéraires et cutturets» (U.Ottawa) Entree libre Reservations 739-3639 5219 Côte-des-Neiges Metro Côte-des-Neiges Animateur Laurence McFalls Science politique (UdeM) À l'occasion dé jà parution de Telling de François Taillandier (deuxième volume de La Grande Intrigue) l’auteur s'entretiendra avec «r Lakis Proguidis, j directeur de L'Atelier du roman ~ sur le sens et la visée de cette entreprise romanesque.LE JEUD118 MAI À l8 h à la librairie Gallimard, J700 Boiricvard Saint-lMirent, Montréal POUR INFORMATIONS 1574 / 499 2012 «k Z O S O ac < 5 •cnvrrt ourum Résultats des ventes :: Du 2 au 81 ROMAN DECEPTION POINT Dan Brown (JC Lattè») SANS PARDON Chrystine Brouillet (Courte échelle » AUGES ET OtMOSS Uan Brown (JC Latlês) IA TOUTE OU MUHCf Henri Bellotlo (JCU CHASLES U TtMÉMME T.1 Yves Beauchemm (Fidesi MA VIE AVEC MOULUT trie-Emmanuel Schmilt (Albin Michel) OU EST TEAM WUOEAt «one Bobinard (Mortasne) COMME UNE OOEUH 0C MUSCLES I Had boiler m (Planète rebelle) U TRADUCTION EST UNE MtTOWE.Jacques Poulin (Leméac) MOL, CHARLOTTE «IMMONt Torn Wolte (Robert Laffont) ¦ i ¦ OUVRAGE GÉNÉRAL LIVRE DE POCHE PASSAGES OOUCÉS Joaélito Mtehaud (Libre eipresaion) LO S.SEAUTt: MENUS ET.Chantal Lacroix (La aemainei AUMEHTS CONTRE LE CANCER Richard Béliveau (Trécarré) | MA VU David Suruki (Boréal) UE CYCLE DE RINÇAGE Pierre Motency (transcontinental) I DEMANDEZ ET VOUS RECEVREZ Pierre Morency (Tranacontlrierilal) ÉLOGE DE U RICHE SS! Alain Dubuc (Voix Parallétes) MAGASIN GENERAL T.1: MARK R Lo«el/J -L.Tripe (Cæterman) LA MCE CACHEE OU PETROU Eric Uurent (Plon) LES ANGES 0E U MORT William Marsden e! Julmn Sher rfd Homm») NOUVEAUTÉ ANGLOPHONE AMM DAJIAGOR T 11: U MASQUE RE.Bryan Perro (Mouchattesi OA VINCI CONE | 0»> Brown (PoOteti OR MMMKNE A U mCME A «GAU GH Courtemanche (Boréal) ENSENMU CtST TOUT Arma Gavante U n U) POMME 00 VENT Carlos RuIl Mon (Uvre de poche) Stéphane Domptefre (ÛuétxK Amérique) ROSE fONMRE ET UE LTS 1 1 Micnel fatter IBoréél) 11 7: U ÜNENM M SU Mer» Rancs (tekuctMMéO ééesanort larochaée (Trécaré) LA FONT IC L'ANTRE tnc-fmmenuN SchmEl (Urne rte poche) Oan Brown (Anchor) Dan Brown (Simon l Vhmtei ONTTAL HNORESS Dan Brown (S' Manm
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