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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2006-05-20, Collections de BAnQ.

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DEVOIR.LES SAMEDI 2 0 ET D I M A X CUE 21 M AI 2 0 0 »i L E LITTERATURE Onze nouvelles de Caroline Montpetit Page F 3 LITTÉRATURE AMÉRICAINE Vonnegut, ou un bijou en forme de pied de nez Page F 4 LE SALON DU LIVRE ANARCHISTE DE MONTRÉAL Incubateur d’un anarc Le Salon de Montréal est le seul endroit au monde, où il y a vraiment une mixité et où les différentes tendances de l’anarchisme se rejoignent FRÉDÉRIQUE DOYON De petite manifestation marginale, le Salon du livre anarchiste (SLA) et le festival de l’anarchie qui le précède sont devenus, en sept ans, un rendez-vous notable quoique encore modeste dans la métropole.•Ça prend vraiment de l'ampleur, corrobore Louis-Frédéric Gaudet, membre du collectif organisateur du SLA, qui se déroule aujourd'hui même, samedi.Il y a toujours plus de participants d’année en année.On le voit dans la réponse du public et des exposants.» Depuis la création de ce salon en 2000, l’achalandage est passé de quelques centaines à quelques milliers de visiteurs.L’an dernier, les organisateurs estiment qu’environ 3000 personnes y ont pris part Le nombre d’exposants s’est aussi accru, atteignant de nouveaux sommets pour cette septième mouture avec 110 maisons d'édition et groupes politiques distincts, venus de huit pays (dont le Canada), comparativement à la dizaine de stands du tout premier salon.Cette année, ils arrivent du Canada, des États-Unis.de la France, de la Belgique, de l’Espagne, de l’Uruguay, du Venezuela et de l’Argentine.La Confédération nationale du travail d'Espagne et la Commission des relations anarchistes du Venezuela sont notamment présentes, cette demiere à tra- vers son matériel éditorial seulement car on a refusé le visa d’entrée au pays à ses représentants.Victime de son succès, le SLA a même dû refuser plusieurs «zines» — ces petites publications maison réalisées par des collectifs d'auteurs.•On a un gros problème d’espace», indique M.Gaudet à propos du site du CEDA (Centre d'éducation populaire de la Petite-Bourgogne et de Saint-Henri), où se tient l’événement depuis quelques années.•On pourrait sûrement accueillir plus d’ateliers et d’exposants.» Contrairement à ce qu’on croit, les éditeurs alternatifs qui occupent les stands nç sont pas tou?des groupes obscurs.Ecosoriété, les Éditions Dix, la maison américaine AK Press y figurent, ainsi que des groupes politiques comme CI AC (Convergences des luttes an ticapitalistes) et la Fédération anarchiste de France, qui proposent aussi leurs propres publications.Mixité distinctive Né dans un contexte politique précis, en 2000, pendant la préparation des manifestations contre le Sommet des Amériques à Québec, le SIA a sûrement bénéficié de la déferlante altermondialiv te, qui repose sur des principes anarchistes en préconisant des solutions politiques à l’écart des institutions.»Le Salon a grandi à partir des réseaux qui se sont consolidés dans le militantisme», précise M.Gaudet Mais le caractère multiculturel et ouvert de Montréal a aussi offert un terrain propice à l’épanouissement de l'événement, qui se distingue dans l’univers kaléidoscopique de l’anarchisme.•Ce qui fait la particularité du Salon de Montréal, c’est que c’est le seul endroit en Amérique — même dans le monde, si je me fie aux autres salons que j’ai visités — où il y a vraiment une mixité, où les différentes tendances de l’anarchisme se rejoignent», dit M.Gaudet Des groupes ne se réclamant pas officiellement de l’anarchisme mais dont les pratiques sont très libertaires (comme les groiqx's de solidarité pour les droits humains avec l'Amérique latine et ceux qui s’impliquent auprès des immigrants et des réfugiés ici) côtoient les anarchistes plus traditionnels comme la Fédération anarchiste de France.A l’inverse, cette dernière ne fréquente i»as le salon anarchiste de San Francisco, encore contrecultu-rel et très associé au mouvement punk.•A Montréal comme tel, le milieu est extrêmement dynamique a cause des différentes tendances qui se rencontrent, ça donne une couleur très politique à l’événement, très ancrée dans les luttes qui s'organisent.C'est une tradition politique qui est en train de se définir» Anthropologie anarchiste Depuis le début du mois, une flopée* d'activités culturelles se succèdent dans le contexte du festival de l’anarchie: spectacles de musique, pieces de théâtre, films, cabarets, lancements de livres, I/* festival culmine avec le Salon du livre aujourd'hui VOIR PAGE F 2: ANARCHISTE «Le Salon a grandi à partir des réseaux qui se sont consolidés dans le militantisme» 80 pages En vente chez votre libraire ®*ducalol Québec on Combien de fois, dans notre vie de parent rêvons-nous que jetqu'un s'occupe de nous parce que nous sommes trop fatigués?un expert nous prenne par la main et nous guide dans cette Jungle des responsabilités parentales?Que quelqu'un s'intéresse è notre rôle et nous donne les outils pour mieux le jouer?Voilà, c'est fait Cest comme dans nos rêves.)) Mtftin Larocque, porte-parole et papa » F 2 LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 MAI 2006 Livres - La Marche du cavalier A iMP Robert Lalonde Ils sont quelques-uns, en permanence sur ma table.Des petits livres provocants, rassurants.Des bouées de sauvetage, des donneurs de coups de pied à la bonne place.Annie Dillard, The Writing Life, la correspondance de Flaubert, Hemingway, On Writing, Danièle Salle-nave, Le Don des morts, Virginia Woolf, L'Art du roman, Yinoui Journal of a Novel de Steinbeck.L’écrivain est souvent en panne, et ces bouquins-là viennent à son secours.Je les ouvre le plus souvent au hasard — ils sont défraîchis, craquants, ils ont de multiples oreilles de chien, certains passages sont annotés si abondamment que c’est jd’abord moi que je relis, frappé par la constance consternante, obstinée, des pièges dans lesquels je tombe.Non content d’avoir trébuché, de m’être •enfoncé dix fois dans le même marécage, j’y patauge de nouveau, convaincu que ma bêtise finira par céder, que l’écriture m’obéira comme une chienne domptée.Fit je repars, désencombré, presque libre: untel, unetelle a traversé le même désert, s’est déchiré aux mêmes ronces, comme moi a forgé son style à, même son chagrin et l'inaptitude à le formuler.Ecrire, c’est toujours savoir qu’on ne peut pas écrire.Nous éprouvons le terrible sentiment d’un accomplissement fatal et bloquons sur un adjectif cruellement approximatif.«C'était par une nuit sombre et orageuse», écrit Snoopy, et aussitôt il s’arrête: orageux convient-il, et pourquoi la nuit et, surtout, où diable aller en- suite?Voilà que la vie de l’écrivain est un suicide différé.Il vaut mieux s’allonger et rêver au grand roman impossible et réussi.Récemment, un autre de ces braves petits livres q rejoint la pile sur ma table.J’y reviens souvent.A l’instar de ce qu’il dénonce et défend, l’essai est passé quasiment inaperçu.Geneviève Brisac, La Marche du cavalier, Edition de l’Olivier.Un court traité, commandé par la colère tout d’abord, un saint emportement contre «les mots qui ne répondent plus».Aujourd’hui, écrit Brisac, «ce qui compte n'est pas ce qui est dit, mais qui le dit, qui parle.Est-elle célèbre, sexy, barbare?Est-il désespéré, handicapé, obèse, suicidaire?Dans un monde anesthésié, seuls importent les records, les excès, les monstres.» On ne saurait, hélas, être en désaccord.Crier plus fort que tout le monde, exagérer davantage que chacun semble le chemin de la parole du nouveau millénaire.«L’autisme social a triomphé.» Très bien.Pourquoi y a-t-il déjà une sorte de premier soulagement à reconnaître l’horreur?La colère qui suit l’indignation est tonique, elle pousse à lutter contre l’obscénité quotidienne, la bêtise, le narcissisme, la «passion du confort».C’est déjà quelque chose, on bouge, on est secoué, on va bondir, les muscles de la rébellion se bandent.Il y a, aujourd’hui, conspiration contre tout ce qui est «subtil, invisible et lent», c’est évident.«Imaginant qu’on ne peut plus rien faire pour qui que ce soit, que toute action est désormais caduque, il ne nous reste que les anathèmes sous les spots.» C’est notre époque, c’est entendu.Nous fulminons, de concert avec l’auteur, fouet-tant avec elle les vendeurs du temple.C’est bon.Il reste en nous un bon fond de lucidité, une haine solide de l’injustice.Mais qu’est-ce qu’on veut, qu’est-ce que doit être la littérature?Il nous faut écrire «des histoires dont nous avons besoin, comme nous avons besoin d’eau».Une littérature, écrit Brisac, «qui ne soit ni véhicule idéologique, ni forme pure mais autre chose, la beauté mystérieuse des phrases, des scènes, des personnages qui nous laissent silencieux et nourris.Nous sommes tous égaux devant l’inspiration, la syntaxe, la beauté, l’angoisse».Voilà qui bannit vigoureusement l’exhibitionnisme comme art créatif! On lit parce qu’on est sensible à ce que les écrivains inscrivent «de beauté, d’invention du monde, d’inquiétude, de musique», évidemment.L’intelligence impuissante, la lucidité désolée, une certaine politesse du désespoir: voilà l’origine du style.«Il faut, écrit Brisac, inventer un instrument capable d’orienter le lecteur vers ce recoin de perplexité, où rien n'est majestueux, ni symbolique, mais où tout est important, les soupirs, les rhumes, les agonies, les bains de mer.» Elle cite Virginia Woolf, lidia Jorge, Karen Blixen, Grace Parley, Jean Rhys, Ludmila Oulitskaïa, écrivaines détenant «le secret du chant et le secret de la légèreté».(Woolf: «Je veux inclure les faits, l’absurde, le sordide, mais en transparence.») Nous avons perdu l’habitude de lever la tête, constamment attrapés par «la fausse magie clinquante et dorée, bruyante et redondante».S’oublier est pourtant décisif pour écrire.On devient souvent écrivain parce qu’il y a trop de silences, trop de mensonges.«H vous faut alors forcément mélanger le trivial et l’imaginaire si vous voulez réenchanter le monde, ne pas faire le deuil de son enfance et ne pas regarder de haut ses enfants.» (Sur l’enfance, cruelle et douce, sur la complexité ahurissante du métier de parent, Brisac a écrit quelques romans désopilants: «Week-end de chasse à la mère», «Petite», «Voir les jardins de Babylone».) L’art le plus pur ne se trouve pas dans la clameur, l’exagération, le cri.Brisac préfère les musiques frêles et ironiques aux roulements de tambour.Elle privilégie «les douceurs vagues et fugaces qui façonnent nos vies».Mais le sentiment, en littérature, qu'est-ce §u juste?«Conscience du mystère», répond Brisac.«Ecrire, c’est interroger cet état somnambule qu’est presque toute une vie.Une petite chaise en bois bleu, deux pantoufles à bouts ronds au milieu des cendres, le chant d’une mésange charbonnière, le souvenir tenace d’yeux qui roulent dans une assiette sont des objets littéraires pour moi, la réponse éternelle à ceux qui ne croient plus au pouvoir du roman.» (Ici, me voici encouragé à poursuivre mon histoire, dont un des principaux personnages est un chien errant sur une pl?ge.) On écrit avec ce qu’on pense avoir oublié.«A la recherche du temps perdu, si la part de lumière chez Proust ne l’avait pas emporté, aurait pu rester, écrit Brisac, la fresque complaisante d’une certaine bourgeoisie.» Mais la Recherche est le livre indispensable de la mémoire, de l’épaisseur infinie des couches de la conscience.Le dragon du malheur et de la perdition hante tout récit habité, bien sûr.Le monde vacille et l’écrivain a conscience des dangers, persuadé que Dieu adore les plaisanteries qu'il inflige aux hommes.Il nous faut éviter “les fastes mortels de l’amour de soi”, à tout prix.Eviter clinquant et trucage [“le destin, ce sont des gestes qu’on accomplit ou non”], puisque la vérité des êtres est tellement plus rjiystérieuse que nous avons le goût de le croire.» Ecrire des histoires qui consolent et donnent l'espoir de journées plus vastes, d’une vie plus dense, privilégier la compassion et le mot juste, «qui sont choses si proches».Savoir, au jour le jour, en écrivant en lisant que nous sommes «vulnérables, passagers clandestins, étrangers, indésirables».L’écrivain sait que les mots le trahissent.Il se défie du langage, des gens, des mots.Des gens «qui sont des hyènes qui ricanent» et des mots «qui manquent à l’qppel».Ecrire, c’est marcher comme le cavalier sur l’échiquier: avancer par un brusque écart de côté, puis se retirer de la scène, après avoir agi contre la perte de sens.Le petit livre est à la fois consolant et toxique: on s’y retrouve, on s’oublie, puis on lève la tête et on va dehors.Tout à l’heure, on écrira.«Non pas avec ce qu’on sait, mais avec ce qu’on ignore.» Collaborateur du Devoir ANARCHISTE L’Américain David Graeber lance son livre Pour une anthropologie anarchiste SUITE DE LA PAGE F 1 (samedi) et se conclut par une journée d’ateliers demain (dimanche).Parmi les invités spéciaux, George Sossenko, 86 ans, vétéran de la guerre civile espagnole dans les milices républicaines, vient témoigner de son expérience comme militant antifasciste de la colonne anarcho-syndicaliste Durruti, à l’occasion du TO1 anniversaire de la fin de la révolution espagnole.Le membre du Collectif Capital Terminus — groupe sympathi- sant de la NEF'AC (fédération des communistes libertaires du Nord-Est) — parlera des défis du combat contre le fascisme et de l’avancement de la révolution sociale.Auteur important de l’anarchisme contemporain, l’Américain David Graeber vient lancer son livre Pour une anthropologie anarchiste dans la métropole ce soir (samedi), pour marquer le 10' anniversaire de l’Institut des études anarchistes.Le propos central de son ouvrage, soit comment envisager le changement social en dehors des institutions, fera l’objet d’un débat «L’anarchisme, en tant que philosophie politique, est véritablement en plein essor, écrit-il en introduction de son livre.Des mouvements anarchistes ou inspirés de l’anarchisme se développent partout dans le monde.De fondement de l’organisation dans le mouvement altermondialiste qu’ils étaient, les principes anarchistes traditionnels — autonomie, association volontaire, autogestion, démocratie directe — en sont venus à jouer ce rôle dans des mouve- ments radicaux de toutes sortes.Les révolutionnaires au Mexique, en Argentine, en Inde et ailleurs parlent de moins en moins de prendre le pouvoir, et ont commencé à formuler des idées radicalement différentes sur ce que signifierait même la révolution.» Si le contexte culturel de Montréal (la diversité des cultures, des langues) a peut-être un lien avec le dynamisme du SLA, celui-ci profite sûrement aussi d’un contexte favorable plus global.Le Devoir Dans le cadre du Salon des littératures étrangères la Librairie Monet présente deux rencontres d'auteurs animées par Danielle Laurin Abla Farhoud Le samedi 20 mai à 14 heures BpB l’AftNÉfc SAUVAGE Bianca Zagolin Le dimanche 21 mai à 14 heures Mlibrairi® , ûf]eA (514) 337-4083 2752, de Sataberry • Galeries Normandie Montréal, Qc • H3M ILS w w w .L ibrairieMonet.com ROMAN QUÉBÉCOIS Le Québec baroque de Simone Piuze MICHEL LAPlERRE En 1965, à Rawdon, Jean Cour-temanche, un adolescent rie seize ans, se fait initier sexuellement par une créature qu’il est le seul à baptiser la femme-homme.Au lieu de lui donner un préservatif, elle lui Le récit donne un chapelet.Et ils rêvent de partir en- a une semble pour l’Asie.La femme-homme a bien quelques poils au menton.Mais, à part ça, cette femme solitaire de quarante-deux ans, Martha Lupien, semble parfaitement constituée.Elle vit dans une maison abandonnée à la lisière d’un bois, lit La Bible, le traité d’un sage hindou et les pensées d’un trappiste d’Oka.Elle porte ime robe de soie mauve, toujours sale, et, avec Jean, danse follement le tango.Cette atmosphère baroque du milieu des années soixante, la journaliste Simone Piuze, née à Montréal en 1946, la dépeint très bien dans son roman La Fcmmc-Him-mc.Modernisé en vain par le souffle de Vatican II, le catholicisme québécois, qui était sur fe point de s’écrouler, se mêlait souvent à un exotisme frivofe, à un esprit bohème candide et aux premiers émois de la revolution sexueBe.Le récit a une indéniable valeur ethnographique, mais la pro- indéniable valeur ethnographique, mais la prolixité de la romancière l’affaiblit fixité de la romancière l’affaiblit Il aurait mieux valu que Simone Piuze, dans une prose plus dense, écrive une simple nouvelle.La découverte que Jean a faite de Martha violée et assassinée par un inconnu à l’intérieur de la maison abandonnée aurait eu plus de force.Simone Piuze aurait ainsi Lût ressortir, parallèlement au Québec idéaliste de 1965, un autre Québec, que les changements sociaux effervescents et prometteurs de l’époque occultaient un certain pays figé, sordide et po-pulacier que le succès phénoménal du tabloïd Adô Police symbolisait C’est sans doute ce Québec infantile que les amants les plus fous, comme Jean et Martha, rêvaient confusément de quitter pour s'envoler vers les paradis lointains et illusoires.Mais Simone Piuze, la créatrice de ces personnages, ne devrait pas oublier trop vite qu’écrire est le viol et l’assassinat pacifiques des bons sentiments et des lieux communs.Collaborateur du Devoir LA FEMME-HOMME Simone Piuze Fùiitions David Ottawa, 2006,150 pages LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Le mélodrame de la politique MICHEL LAPIERRE Dans un château du Dorset, transformé en hôtel, Sophie interpelle son oncle Benjamin.Elle vient de découvrir dans le livre d’or de l’endroit la signature de sir Arthur Pusey-Hamilton, de son vrai nom Scan Harding, écrivain disparu qui avait la fantaisie de s’associer aux néonazis, de prétendre avoir rencontré Ben Laden et d’entrevoir la mort de l’humour anglais.Pusey-Hamilton était une connaissance de Benjamin, expert-comptable qui écrit dans ses loisirs un roman interminable.«Pour faire une bonne satire ou une bonne parodie, il fallait, quelque part, aimer son objet.» Telle était la théorie de Pusey-Hamilton.Est-ce aussi celle du romancier britannique Jonathan Coe, né à Birmingham en 1961, qui, dans Le Cercle fermé, nous raconte toutes ces choses inusitées?Ce n'est pas impossible.Si Coe fait une satire de l’Angleterre de Tony Blair, il trouve assez attachant le «peuple pâle», c'est-à-dire le peuple anglais qui «emplissait les rues de Londres en ce dernier soir du vingtième siècle».Il n’a guère le choix.A la différence de Pusey-Hamilton qui, découragé, avait définitivement cessé d’écrire, il ne se résigne pas à envisager la mort de l’humour anglais.Coe n’a ni le mordant extrême ni le ton désespéré de son compatriote Martin Amis qui, en 1984, dans le roman Money, Money, a fait une satire de l’Occident de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan.Mais il décrit avec une subtilité comparable le lien mystérieux entre la vie intime et la vie politique.Au moment où son mariage s’effrite.Benjamin rencontre la charmante Malvina.Cependant, c'est de Paul, frère de Benjamin et député travailliste, que la jeune femme tombe amoureuse.On apprend finalement que Malvina est la fille naturelle de Benjamin, et donc la nièce de Paul! Elle est le Si Coe fait une satire de l’Angleterre de Tony Blair, U trouve assez attachant le «peuple pâle», c’est-à-dire le peuple anglais fruit jusqu’alors inconnu d’une liaison éphémère que l'expert-comptable a eue à l’adolescence.Cette histoire qui tient du mé lodrame, Coe réussit sans effort à en faire le symbole convaincant du caractère tout à fait bizarre de la vie politique britannique.Au seuil de l’invraisemblance et du mauvais goût romanesques, l’amour a, comme l'humour anglais, une puissance insoupçonnée.A cause de Malvina, Paul prend une décision cruciale.Il démissionne de ses fonctions de député.«Si j’agis ainsi, écrit-il au premier ministre travailliste Tony Blair, c’est pour des raisons uniquement personnelles et non politiques.» Il lui apprend qu’il quitte sa femme et ses enfants.Espère-t-il en démissionnant empêcher les cancans sur sa liaison avec Malvina de se propager?Il le croit.«J’ai décidé, explique-t-il à Blair, de recourir à une action préventive.(Un concept qui vous est familier, j’en suis sûr!)» De fil en aiguille, la lettre se transforme paradoxalement en manifeste politique.Paul affirme que la participation de la Grande-Bretagne à la guerre contre l'Irak était injustifiable et qu'il a honte de l’avoir approuvée en tant que député travailliste.L’explication ultime de son attitude est savoureuse: «J’ai pris conscience du bouleversement intervenu dans la hiérarchie entre mes priorités politiques et mes priorités personnelles.Cette prise de conscience est directement à l’origine de ma décision de quitter ma femme, et donc, fatalement, de ma décision de démissionner.» Y a-t-il quelque chose de mieux que cette logique saugrenue pour résumer l'Angleterre de Tony Blair?Collaborateur du Devoir LE CERCLE FERMÉ Jonathan Coe Gallimard Paris, 2006,546 pages À l’occasion de l’événement Vivre l’Amérique française à Paris, le prix littéraire Jean-de-La-Fontaine a été décerné à Marc Laberge pour La baleine d’Aubert, un recueil de contes et récits du Québec publié aux Éditions Trois-Pistoles.Le jury a particulièrement apprécié la dimension humaine qui émane de ces contes : « Dès les premières lignes, on entre de plain pied dans les histoires avec des personnages attachants et hauts en couleur.» - «Pour un livre qui raconte le Québec de l'intérieur, à travers les humbles qui ont bâti le pays, ceux dont les livres taisent les exploits.» -«On tombe sous le charme de la découverte d’un Québec méconnu.» ISBN 2-39583-103 3 • 200 page$ * 19,95 $ Un livre à savourer au soleil d’été! A i LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 MAI 2 0 0 6 F 3 —*• LITTERATURE ~— Vertigineusement poétique SO U RC K t K S Al 1 USIFS Suzanne Giguère Né au Mexique en 1951, Alberto Ruy-San-chez est l’auteur d'une tétralogie dionysiaque centrée sur le désir ayant pour cœur Mogador (aujourd’hui Essaouira).Point de rencontre entre les navigateurs de l’Atlantique et les caravaniers du Sahara, entre deux infinis, la mer et le sable, la cité immémoriale marocaine a de tout temps inspire les écrivains et les artistes.Livre après livre, le romancier mexicain réinvente cette ville d’art et de beauté pleine de charme et de mystère.Dans 9 fois 9 choses que l’an dit de Mogador, il en tait la métaphore de la femme et du désir féminin à travers une prose vertigineusement poétique et sensuelle.Chorégraphie amoureuse, partitions du désir, chant du corps, Alberto Ruy-Sanchez est passé maître dans l’art de transcrire le désir et de le condenser en mots.9 fois 9 choses que l’on dit de Mogador, ou l’érotisme comme affirmation de la vie dans un texte d’une beauté captivante.Foisonnement métaphorique Tandis que le ciel se colore lentement de pourpre et que le soir tombe lentement sur le rivage, un poète suit Hassiba, sa bien-aimée, femme à la fois réelle et mythique.Les dernières lueurs du jour s’attardent sur les peaux mates des amants.Les humeurs du vent commandent leurs mouvements et rythment la fougue de leurs étreintes.«Son intuition de rêveur éveillé lui fait dire qu'il a l'impression de visiter Mogador, de parcourir un labyrinthe, quand il fait l’amour à Hassiba.» Après les délices de l’amour, les amants alanguis de chaleur, ensorcelés par les mélodies arabo-anda-louses, retombent sans cesse amoureux l’un de l'autre.«Un des deux finit par avouer, le feu aux joues: Ta voix me fait me sentir tout safrané.» Il faut aimer se perdre dans cette écriture envoûtante où l'on discerne partiellement le réel de la fiction.Se laisser guider dans les jeux labyrinthiques sans mur et sans limites du temps, de l’espace et de l’infini.Conunence alors une longue promenade fantastique et poétique dans les méandres des rues de Mogador et une troublante rêverie intérieure.Maîtresse des jardins de Mogador, Hassiba raconte à son amant ce quelle sait de sa ville blanche et bleue.Le livre se fragmente en 81 textes miniatures précédés d’une annotation narrative — «on dit que» — connue si l'amante récitait.On dit qu’à Mogador, les paroles des amants sont considérées conune «le noyau de l'acte amoureux.On les traite avec soin, on les garde et on les dit avec délicatesse».Les images défilent, incroyablement fortes et suggestives, sentent les baumes antiques et la poussière, charrient les odeurs, les cris d’enfants ou des marchands de la cité.Elles ouvrent grandes les portes de l'univers poétique de l’auteur les murailles de la ville piquetées de sel marin étincellent au soleil; les nuages recueillis dans les tissus brodés de coquillage racontent les catastrophes et les fêtes; le soleil s'arrête au zénith; la musique fuse des gestes des pécheurs et des caravanes de sel de Tombouctou; les voue des Mogadiens imitent et surpassent les modulations de l’eau dans les fontaines de la ville; les cris des amants éclatent comme des pommes grenades et laissent sur leur peau plein de petits grains.Sous le signe du plaisir A Mogador, royaume de légendes et de mystères, chaque nouveau Üvre est considéré comme une naissance ou l’heureuse arrivée d’un voyageur.là-bas, on dit que les livres ont des pouvoirs étranges.«Chaque fois que l’on en ouvre un, dans un autre endroit de l'univers une étoile explose, ou dans le nord du Canada commence la migration de deux cents millions de papillons qui parcourent cinq mille kilomètres pour passer l’hiver entre des volcans éteints du Mexique, ou les mers se retirent, ou toutes les chèvres grimpent dans les arganiers, ces arbres qui montent patiemment la garde à Torée du Sahara.• On dit encore que dans les bibliothèques les livres sur les mers et les fleuves se tapissent de lichens, que les romans d’aventures ont des pages qui tournent plus vite, que les livres des mystiques s’ouvrent sans que nul ne les touche, que les livres s’aventurent au-delà de leurs pages et continuent de s’écrire dans la peau et la chair de ceux qui les lisent ou se contentent de les effleurer de la main ou du regard.L’auteur mexicain Alberto Ruy-Sanchez Sous le signe du plaisir et de la jouissance purs, .9 fois 9 choses que Ton dit de Mogador tisse les échos secrets de l’art d'aimer dans un Mogador brûlant largement réinventé.In mystérieuse alchimie ver baie d’Alberto Ruy-Sanchez fait de lui un peintre des rêves éveillés.Le romancier possède à merveille cet art subtil et allusif qui plonge le lecteur dans un état second où la réalité prend un relief étrange.Il rejoint par la beauté surprenante de son style la grande tradition des poètes latino-améri cains.On sort de la lecture de ce roman incomparable, traduit avec une vitalité poétique manifeste.tout ruisselant d’images et avec un peu de poussière de Mogador dans les yaux.Collaboratrice du Devoir 9 FOIS 9 CHOSES QUE L’ON DIT DE MOGADOR Alberto Ruy-Sanchez Traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel laculli les Allusifs Montréal, 2(XXi, 72 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE La condition humaine Un premier recueil de nouvelles sensibles et achevées de Caroline Montpetit CHRISTIAN DESMEULES Ce sont onze nouvelles qui sont presque toutes traversées par une mélancolie persistante.Des histoires courtes qui épinglent des instants de bonheur auxquels succèdent, jamais très loin derrière, le doute, la peur, l'oubli ou la chute.Tomber du ciel, premier envoi littéraire de Caroline Montpetit, journaliste depuis une quinzaine d’années au Devoir, donne vie à un large éventail de personnages en chute libre qui croient — ou qui ont cru — à leurs rêves, mais qui éprouvent parfois durement les rigueurs de la gravité terrestre.Un ex-détenu tout juste sorti de prison qui n’arrive pas à supporter le poids de sa nouvelle liberté (Im Visite), les désillusions et la descente aux enfers d’un joueur compulsif qui n'a pas pu se libérer de sa condition d'éternel perdant (La Route du ciel), les cauchemars amoureux et les surprises d’un homme qui doit bientôt se marier avec celle qu’il croyait être la femme de sa vie (La Vie rêvée).Ailleurs, une jeune professionnelle se heurte, dans son désir d’avoir un enfant à des obstacles qu’elle n’avait pas envisagés (Postérité) et examine la source lointaine de ce besoin qu’il lui faut combler.«Peut-être Tavait-il toujours suivie en silence, comme un chien qui vous adopte malgré vous dans la rue et qui ne vous abandonne plus.» Avec une forte sensibilité, Caroline Montpetit trace les contours flous de la condition humaine.La vie, la mort l’amour — avec ses illusions et ses bonheurs réels — tissent ainsi la trame de ces histoires sans happy end.L'amour peut-ü nous sauver?Le bonheur à deux est-il une panacée?Un leurre?Une ancre plutôt qu'une bouée?Ainsi, dans La Lettre, une femme attend vainement que l'homme dont elle est amoureuse quitte de maniéré définitive sa femme.«Tl lui était apparu comme une bouée, la promesse d'un avenir possible.» Au nom d'un futur incertain, comme d'autres personnages de cette dizaine de nouvelles.Anne neglige de goûter le présent et vit dans l’attente toujours déçue d’une révélation.Pour le meilleur et trop souvent pour le pire.Dans Un vieil homme, la première des nouvelles, a la suite d’un coup de cœur, une jeune femme fait l'acquisition d'une maison de campagne qui était le dernier refuge d'un homme malade «Peut-être venattdl de rompre son lien le plus important avec le monde.Il me semblait que là où il allait, même l'amour le fuyait Et moi qui possédais désormais les defo de la joie, je restais seule avec la me,» JACQUES GRENIER LE DEVOIR Caroline Montpetit A l'autre extrémité du recueiL une vieille femme atteinte d’une maladie qui a toutes les apparences de l alzheimer voit la mort l’envahir doucement (Requiem).Le monde qui l'entoure et son propre corps défaillant lui apparaissent désormais dans toute leur étrangeté.Parfaitement mûries, taillées avec un savoir-faire d'orfèvre et servies par une écriture sobre — qui aurait sans doute pu, cela dit faire montre de plus de personnalité —, les nouvelles de Tomber du ciel possèdent la densité qu'il faut pour être goûtées et relues.Il faut aussi souligner la délicate unité de ce recueil, où toutes les nouvelles semblent reliées entre elles par un fi] invisible de retenue et d’émotion suggérée.Collaborateur du Devoir TOMBER DU CIEL Boréal Caroline Montpetit Montréal, 2fX)6.128 pages I IBKAIKII BONHEUR D’OCCASION Livres d'occasion de qualité Livres d’art et de collections Canadiana Livres anciens et rares Bibliothèque de la Pléiade Littérature —Philosophie —«z.Sciences humaines —^ Service de presse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@bellnet.ca NOUS NOUS DEPLAÇONS PARTOUT AO OUI BI C .POUR LAC HAT DI BIBI IOIHI OIM S IMPORTANT! S.Neil BISSOONDATH La Clameur des ténèbres « Porté par un style éblouissant, ce nouveau roman de Neil Bissoondath j nous confronté a nos peurs [.].Des personnages ; inoubliables, formidablement bien campés, immortalisés par un [ portraitiste hors pair.**** » Marie-Claude Fortin La Presse | « Neil Bissoondath mêle Tes j cartes et brouille tous J les signaun, dans un roman ; qu'il place habilement sous j l'influence d'Au cœur des ténèbres de Conrad.[.] C'est surtout d'une fascination de romancier pour les méandres de l'âme humaine qu'est né ce livre » Christian Desmeules « Le Devoir Nui Binmhinimiii i A tt AMF HP ( A I Roman 480 pages • 29,95 5 Boréal LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 MAI 2006 F 4 Littératdm Le blues de l’abattoir AGENCE FRANCE -PRESSE j Louis Hamelin Question: qu’est-ce qui est aujourd’hui plus rare que des citoyens encore vivants ayant participé à la Deuxième Guerre mondiale?Des écrivains encore vivants ayant participé à la Deuxième Guerre mondiale.Pour s’en tenir aux seuls Etats-Unis: Mailer, évidemment, dont le séjour dans les îles du Pacifique, quelque part entre Moby Dick et Apocalypse Now, donnera Les Nus et les Morts.Salinger, dont le chemin croise, dans le Paris d’août 1944, celui d’un Ernest Hemingway fort occupé à libérer les caves du Ritz.Et puis le vieux Kurt Von-negut Jr.qui, tiens tiens, a maintenant, signe du temps qui passe, laissé tomber le junior de son nom.Sans doute une simple question de décence: il faut être au bas mot octogénaire pour, aujourd’hui, témoigner à la première personne du conflit le plus sanglant de l’histoire de l’humanité.Mais le temps, ce n’est vraiment rien, pour Vonnegut Jr.; le temps n’est qu’une dimension de plus où partir en voyage, un prolongement secret de l’espace, un continent qui soupire après ses explorateurs, un futur parc d’attraction attendant les premiers visiteurs venus de Trafalmagor, comme le savent bien les initiés qui, comme pour d’autres, le «Ijmgtemps je me suis couché de bonne heure» de Proust, le «Ça a débuté comme ça» de Céline et autres «Hier, maman est morte» n’ont pas oublié l’incipit d’Abat-toir 5: «Ohé, Hilly Pellerin a décollé du temps.» Abattoir 5: chef-d’œuvre injustement méconnu du roman américain.Les Européens ont eu leur Dada et leurs surréalistes (obligés, les pauvres, de subir le sérieux grotesque et dogmatique d’André Breton).Mais pour trouver une veine proprement américaine de cet idéal-de-la-farce-per-manente et du délire-considéré-comme-art-et-comme-arme, il faut attendre les années 60 et regarder émerger, dans et autour de la contre-culture, des types comme Vonnegut Jr., Tom Robbins et Richard Brautigan.Vonnegut et son Billy Pellerin, cet optométriste qui, rescapé du gigantesque barbecue de Dresde et possédant la faculté d’effectuer des allers-retours impromptus dans le temps, se sait appelé à finir ses jours derrière les barreaux d’un zoo trafalmagorien en compagnie d’une plantureuse starlette terrienne, sont un peu les précurseurs de cette joyeuse race d'hurluberlus.Bijou en forme de pied de nez Nos écrivains préférés sont des amis chers qu’il nous arrive de perdre de vue, parfois pendant des années.La dernière fois que, par l’intermédiaire d’un magazine américain (peut-être le New Yorker), j’avais eu des nouvelles de Vonnegut Jr, il travaillait à un roman «écologique» sur les îles Galapagos.On m’assure que le livre, dont la version française a paru en 1987, est du vrai Vonnegut particulièrement délirant Depuis, deux autres titres: Barbe-Bleue (1988) et Abracadabra (1992).Mais où étais-je?Que faisais-je pendant ce temps?Une seule certitude: je devais me prendre drôlement au sérieux pour avoir oublié l’existence de Kurt Vonnegut Jr.Or le voici de nouveau, l’impayable Grand Rigolo, le père de Kilgore Trout avec un livre tout aussi inclassable que les catégories mentales fréquen- Kurt Vonnegut tées par son auteur: un brûlot et un bijou en forme de pied de nez, décapant pamphlet antiaméricain signé par le plus pété des vétérans et testament politique à lointaine saveur autobiographique.Quand il m’arrive de désespé- rer du pays de George Bush, c’est vers ses écrivains que je me tourne: des géants gouvernés par des nabots.Le jour où les Chinois auront le doigt sur le piton atomique, il faudra, en secourables voisins que nous sommes, construire une arche et tâcher d’aller en sauver le plus grand nombre possible: Susan Sontag, Doctorow, Philip Roth, Tom Mc-Guane.Non, pas Dan Brown.Vonnegut Jr.est, je l’ai déjà dit, un rigolo.Il n’est pas évident d’arriver à le lire sans se donner quelques claques sur les cuisses.Mais c’est aussi un digne monsieur qui a survécu au bombardement sans doute le plus stupide de toute l’histoire militaire, véritable holocauste et crime de guerre qui continue de salir la mémoire du haut-commandement allié: le four de Dresde et ses 135 000 victimes réduites en cendres en l’espace de pas grand temps.Et quand un tel homme, ayant fait partie de la poignée de prisonniers de guerre sortis indemnes de l’abattoir (au sens propre) où ils avaient trouvé refuge, prend la plume pour nous parler de l’Amérique de Bush, celle de la bêtise abrutissante des moyens d’information, des psychopathes ordinaires et de la croisade irakienne, il convient de le lire avec attention, la lippe tout juste tordue en coin par un sourire incrédule.Car Kurt Vonnegut Jr, c’est Michael Moore sur l’acide.Exemple typique d’humour vonnegutien: «J’ai des bonnes et des mauvaises nouvelles pour vous.Les mauvaises nouvelles, c’est que les Martiens ont débarqué à New York et se sont installés au Waldorf Astoria.Les bonnes nouvelles, c'est qu’ils ne mangent que des sans-abri de toutes les couleurs, hommes, femmes et enfants, et qu’ils pissent de l’essence.» La plupart du temps, il est capable, même dans le genre déjanté qui est le sien, de faire montre d’un peu plus de subtilité.Et nous met lui-même en garde: «Dorénavant, je vous dirai quand je suis en train de plaisanter.» Sur la dépendance au pétrole: «Comme tant de drogués sur le point d’être en manque, nos dirigeants commettent à présent des crimes violents.» Sur la musique: «Le remède à l’épidémie de dépression dans le monde entier est un cadeau qui a pour nom le blues.» Sur l’avenir de notre écosystème: «J’ai l’impression que tout le monde vit comme les membres des Alcooliques anonymes, au jour le jour.» Sur l’Amérique: «Au cas où vous n’auriez pas remarqué, nous sommes désormais craints et haïs dans le monde entier comme l’étaient autrefois les nazis.» Sur la littérature et les livres: «L’Amérique que j’aime existe toujours dans nos bibliothèques publiques.» Sur la sainteté: «Par saint, j’entends toute personne qui se comporte de manière honorable dans une société parfaitement avilissante.» Sur la prochaine révolution (et le prochain défilé de la fierté) (a) sexuelle: «J’attends impatiemment le moment où le président des Etats-Unis, qui ne baisera probablement pas non plus ce soir, décrétera le jour des Asexués.Sortant des placards, nous défilerons par millions.Epaule contre épaule, menton dressé, nous paraderons dans les grandes rues de nos villes, en riant comme des hyènes de cette démocratie affolée par les nichons.» Sur sa vie: «Je n’ai vraiment voulu qu’une chose: procurer le soulagement du rire.Mission accomplie.» Et à propos du «circuit de l’imagination», cette dernière remarque, comme un brillant plaidoyer.«Un livre est une combinaison de vingt-six symboles phonétiques, dix chiffres et environ huit signes de ponctuation.Et les gens peuvent poser les yeux là-dessus et contempler l’éruption du Vésuve ou la bataille de Waterloo.» SVP, lisez donc celui-ci.Collaborateur du Devoir UN HOMME SANS PATRIE Kurt Vonnegut Denoël Paris, 2006,134 pages Le désenchantement de Florence Delaporte GUY LAINE MASSO 1JTKE Florence Delaporte, dans La Chambre des machines, décrit avec une intelligence très vive les torsions du monde actuel.Elle raconte l’histoire d’une femme de carrière, responsable d’un petit écomusée, qui, lasse de Paris, décide d’aller travailler en province.Un fond d’analyse politique très juste sert la cause romanesque, revigorante et saine jusque dans la pirouette finale.Fragile, non compétitive, compétente mais seule — c’est là un crime encore impardonnable en 2006 —, cette femme talentueuse et entre-prenante se heurte rapidement à la méchanceté de ceux qui la côtoient, convoitent son poste, la dénigrent et lui infligent toutes les peurs dans lesquelles finalement elle tombe, comme on passe la tête dans un nœud coulant pour si' pendre.D’une originalité absolue, Delaporte a confié le mandat du rire et du drame à un chœur de machines dotées de voix, qui font entendre les ragots, les névroses et les émotions du lieu clos.Rota-frotteuse, décatisseuse, expri-meuse, enlaceuse de carton.chacune donne son nom à un chapitre.C’est l’occasion pour Tauteure de rendre hommage, de manière inattendue, au monde textile d’hier.Elle sait en tout de quoi elle parle, jusqu’aux sons mêmes des machines en action, qu’elle a traités dans sa composition comme un orchestre de musique sérielle.De la comédie à la révolte Distance intellectuelle, fantaisie de composition, légèreté de parole, sans concession aucune à la gravité du diagnostic.Delaporte raconte une aventure symbolique à deux voix: celle de machines à filer et à tisser et celle d’une narratrice qui se débat dans un monde soumis à de grandes contradictions.Ce roman montre combien la culture et le monde politique ne font pas bon ménage.On pourrait en dire autant, chez elle, de toute la mécanique du travail, des relations humaines, des rapports hommes-femmes.Par son humour cruel et sa critique acerbe, cette écriture s’apparente à celle de Lydie Sal-vayre, qui marie si bien l’humanisme et la rage sublime sans sacrifier les nuances.A quelques heures de Paris, à Belarbre — lieu emblématique —, Françoise tente de gérer les restes de l’ère industrielle et la récupération du passé.Son écomusée, coincé entre l’ethnographie et les collectivités qui le commandi-tent, étouffe entre les fins électorales et personnelles des uns et la bienveillance de sa responsable.DÉCOUVREZ, DÉTENDEZ-VOUS, ÉVEILLEZ VOS SENS village tricentenaire baigné par le fleuve et si beau à visiter, rencontres chaleureuses, lectures envoûtantes, saveurs de nos produits régionaux, tables généreuses, ambiance festive des veillées d'autrefois./// -in» Festival des écrits de l’ombre Sous la présidence d'honneur de Mme Esther Croit De nombreux auteurs à rencontrer, leurs écrits à découvrir : roman, poésie, essai, biographie, scénario de film, textes de chanson, de théâtre.à 20 minutes de Québec SAINT-VNTOINEDE-TILLY 20 et 21 mai 2006 beau temps, mauvais temps Dès lOhOO : Salon daa auteurs, Lectures publiques simultanées en différents lieux du village, Visite guidée du village et de son architecture, Exposition agroalimentaire daa produits régionaux, Vailléas en plusieurs lieux du village : boites à chansons, veillées littéraires, ds poésie, de conteurs, de théâtre, d'humour.Venez faire vibrer vos sens et faire la tournée avec nous.Bienvenue à toute la famille, entrée libre.i www.ecrit9delombra.com Olivieri librairie «-bistro Desjardins Pour se déprendre, la machine s’emballe.A force de conflits et de relations tendues, la femme craque.Paranoïaque, emprisonnée dans ses peurs, elle doit trouver le chemin difficile des personnes seules, autonomes et sans clan, qui n’avaient pas prévu que la bêtise, le conservatisme et la vulgarité les frapperaient si fort par derrière.Cette écriture de femme est parfaitement décapante.Les souffrances mentales, engendrées par les contradictions de notre époque, sont rarement aussi bien décrites.Le personnage fait corps avec l’écrivaine et demeure humain, angoissé, paralysé et traqué, jusqu’à ce que le lecteur perçoive en elle les traits grotesques engravés dans maints autoportraits issus du XXIe siècle.C’est aussi touchant que comique, aussi brillant qu’adde.Collaboratrice du Devoir LA CHAMBRE DES MACHINES Florence Delaporte NRF Gallimard Paris, 2006,220 pages LA PETITE CHRONIQUE Noter sa vie Gilles Archambault J avoue d’entrée être un inconditionnel de Calaferte.J’attends avec impatience la parution de ses Carnets.Traversée est le douzième tome d’une entreprise commencée en 1956 et dont la publication a commencé en 1980.La période couverte dans le livre dont il est question id concerne l’année 1990.Que nous racontent ces notes prises au jour le jour?Calaferte ressent déjà les atteintes de la maladie qui l’emportera quatre ans plus tard.La mort est de plus en plus présente dans ses préoccupations.S’il demeure le révolté qu’il a été, s’il refuse la laideur du monde, il se réfugie de plus en plus dans un mystidsme prégnant L’érotisme fulgurant de ses premiers livres a laissé place à une presque sérénité que traversent des heures de profond désespoir, dont les Carnets des débuts étaient une exemplaire illustration.Calaferte est souvent alité, fl se désespère de ne pouvoir entre- Le Charlebois nouveau est arrivé LECTURE OLIVIERI - LE NOROÎT Guy Cloutier, Affûts Hugues Corriveau, Paroles poufi un voyageur Luc Lecompte.Dan's l'ombre saccagée DU DESIR Katerine Caron, Cette heure n’est pas SEULE Dimanche 21 mai à 15 heures ïwiiiis JEAN CHARLEBOIS PETITES NOUVELLES.Dix nouvelles accompagnées d’illustrations en couleurs de Madeleine Lemire 5219.Côte-ctes-Neiqes 739 3639 bleiKS prendre des ouvrages de longue haleine, de ne pouvoir peindre comme il l’entend.Pourtant son imposante bibliographie le prouve, il ne cesse d’écrire.Sa femme lui en fait la remarque, sa femme qu’il décrit une fois de plus comme la compagne idéale, comme la complice de toujours.Pour le lecteur familier de ses Carnets, il ne fait aucun doute qu’elle mérite l’hommage.«Mon admirable, mon adorable femme, si dignement forte.Quelque fins, je lui retrouve son petit visage de jeune fille et cela m'émeut plus que je ne saurais le dire.» Cette notation, reproduite en quatrième de couverture, donne un juste aperçu des sentiments d’un écorché vif pour qui le passage des années aura au moins apporté cette assurance.Reste la peur de la mort, une sensation d’effroi qui remonte à l’enfance.«Ces jours ensoleillés avaient inexplicablement pour moi un goût de mort, fêtais à côté de la vie.Je n’avais à cette époque guère plus de six ou sept ans.Ma violence m'aidait à conjurer, en partie, ce remuement intérieur nauséeux.» Ce qui ne l’empêche pas de prétendre: «fai traversé la vie en enfant — et, s'il se peut, souhaite de la même façon approcher la mort.» La vieillesse, dont il parle de plus en plus, apparaît peut-être comme un apaisement.Restent les angoisses, les appréhensions.«Le vieillissement nous enseigne que notre vie est un vide.» Sa vie d’écrivain, Louis Calaferte l’a vécue loin des milieux parisiens de l’édition.Il écrit «Toute concession à l'esprit du temps est une amputation.» En 1990, il n’est plus tellement fréquent à notre auteur d’assister comme il le faisait précédemment à la création de ses pièces dans de petits théâtres de répertoire parisiens ni de visiter comme il le souhaiterait les ateliers de peintres amis.Le lecteur inconditionnel que je suis, qui connaît la trajectoire difficile qu’a suivie ce fils de plâtrier italien qui a changé son destin à la suite d’efforts inimaginables, ne peut que frémir à la pensée de ce qu’a pu être cette vie à son déclin.Heureusement pour lui.fl y a la foi.«Notre unique recours est la Grâce.» Et aussi: «Chacun de nous doit un jour apprendre qu'il n'y a de majeur que Dieu et la Mort» Ne jamais oublier que dans Le Spectateur immobile (Carnets IV) il écrivait «Souvent je me demande de quelle manière faccueillerai ma mort» Collaborateur du Devoir TRAVERSÉE Carnets XII 1990 Louis Calaferte Gaffimard/L'Arpenteur Paris, 2006.270 pages A LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 MAI 2006 F 5 Monique Ilboudo, militante et ministre Essais ESSAIS QUÉBÉCOIS L’État, voilà l’ennemi Nathalie Elgrably ne fait pas de mystère de ses convictions idéologiques Louis Cornellier & .4 Chercheuse associée à l’Institut économique de Montréal et chroniqueuse au Journal de Montréal, Nathalie Elgrably ne fait pas de mystère de ses convictions idéologiques.Dans La Face cachée des politiques publiques, son premier essai, elle écrit «On attribue souvent au capitalisme tous les troubles économiques de la planète.Cest une erreur.Le capitalisme n’est pas le problème, il est la solution.» Aussi, puisqu’elle est consciente qu'un discours si radical est loin de faire Tunanimité, eüe entend faire la démonstration de sa pertinence dans une démarche en deux parties.Elle nous propose, d’abord, une leçon d'économie néoclassique 101 qui «présente de manière simple et concise les principaux réflexes à adopter pour penser comme un économiste» et entreprend, ensuite, de détruire certains «mythes économiques» qui, quoique inspirés par de bonnes intentions, finissent par rater leurs objectifs.Pédagogue très efficace, qui manie avec brio l'art de l’exemple parlant, Nathalie Elgrably nous introduit donc aux notions économiques de rareté, de choix, de coût d’opportunité, d’agir rationnel, d’incitation par les prix, tout en insistant sur les lois de l’offre et de la demande, qui «sont des vérités incontournables, à l’instar des lois de la physique».Sa thèse principale affirme que, laissé à lui-même, le marché débouche nécessairement sur l’équilibre général: «Surplus et pénuries sont donc le résultat de manipulations des prix qui font fi du fonctionnement des lois de l’offre et de la demande.» Dans un chapitre qui se veut une charge contre les catastrophistes qui accusent le capitalisme de mener le monde à sa perte, elle se fait réconfortante et pointe plutôt le véritable danger qui nous guette: «La fin du monde n’aura pas lieu, car nous portons en nous la solution aux problèmes qui se poseront dans l’avenir.Il reste malheureusement une crainte fondée, celle de voir des structures étatiques et bureaucratiques nous enfermer dans un carcan qui étouffe toute initiative privée et annihile le génie humain.» L'Etat, donc, comme ennemi du marché salvateur.Habile à convaincre, Nathalie Elgrably, drapée dans le manteau de la science économique, ne dit pourtant pas tout Ce ne sont pas, en effet «les» économistes qui pensent comme elle, mais «des» économistes.D'autres, comme le Français Jacques Généreux, auteur de l’indispensable essai d’inspiration néokeynésienne intitulé Les Vraies Lois de l’économie (Le Seuil, 2005, pour l’édition intégrale), contestent ces «vérités».Généreux, par exemple, accuse les néoclassiques (ou néolibéraux) d’avoir créé un Homo œconomicus qui réduit l’humain à sa seule dimension économique et de rater, par là, l’essentiel.Au sujet des lois de l’offre et de fa demande, notamment il souligne que, laissées à elles-mêmes, elles ne produisent qu’un déséquilibre général.«Ainsi, écrit-il, des entreprises confrontées à un recul inattendu de leur demande réduisent leur production et l’emploi au lieu de baisser les prix; elles transmettent ainsi le déséquilibre du marché des biens vers le marché du travail; les travailleurs qui perdent leur emploi et ceux dont les salaires baissent freinent leur consommation et aggravent ainsi le déséquilibre sur le marché des biens, etc.» On constate, par ce simple exemple, que le scientis- me des néoclassiques ne rend pas compte d'une économie nécessairement humaine.Comme l’écrit Généreux: «Lancez une pierre en l’air et vous pouvez être certain qu 'elle retombera au sol.Lancez la même pierre sur quelqu 'un et vents ne serez jamais sûr de sa réaction.» Ihr chance, il n’y a pas que les néolibéraux qui sont pédagogues! Démagogie et sophisme Il faut néanmoins reconnaître à Nathalie Elgrably de grandes qualités à cet égard.Pour le profane, ses démonstrations, simples et bien menées, même à elles ne sont pas exemptes de démagogie, apparaîtront comme convaincantes.Ses critiques de fa méthode des retombées économiques, de 1a politique du contrôle des loyers et du discours antimondialisation sont particulièrement efficaces.Le néophyte qui rejette le néolibéralisme par conviction ressentira, à les lire, un malaise, mais il peinera à les réfuter tant elles sont habilement présentées.D ne devrait pas, toutefois, se laisser bluffer par ce discours qui relève souvent de fa sophistique.Prenons, par exemple, cette thèse selon laquelle fa loi sur le salaire minimum, en imposant des salaires plus élevés que ceux que le marché aurait fixés, «fait disparaître des emplois et est une source de chômage».Elle peut, au premier coup d’œü et si on laisse fa morale de côté, sembler imparable.11 n’en est pourtant rien.Dans Les Vraies Lois de l’économie, Jacques Généreux écrit que, «au niveau macroéconomique, il n’existe pas de liaison significative entre l'emploi et le coût relatif du travail».Des preuves?Les pays en dè veloppement à très bas salaires ont les taux de sous-emploi les plus élevés et des pays les plus ampétitijs et structurellement excédentaires dans les échanges extérieurs sont souvent des pays à travail cher [Allemagne et Japon, notamment]».Autre élément: si tous baissent le coût du travail pour être plus compétitifs, personne ne l'est plus, et ce ne sont que les profits qui augmentent.D’ailleurs, ajoute Généreux en citant Keynes, «la chute du pouvoir d’achat des salariés accentuerait l’insuffisance de la demande et donc aussi le recul de la demande de travail».Elgrably, qui insiste à plusieurs reprises sur la nécessité d’évaluer les politiques économiques à long terme, s’adonne elle-même à la courte vue dans ce dossier.Récemment dans Le Journal de Mtmtréal (12 avril 2tXXî), elle entonnait un des plus puissants mythes économiques de l’heure en affirmant «qu’il faut créer de la richesse avant de pouvoir la redistribuer».Keynes, pourtant, avait déjà démontré fa logique inverse, celle du «cercle vertueux égalité-croissance», selon laquelle, en transférant des ressources des classes riches vers les classes populaires, on contribue à fa bonne santé de l'économie.Généreux, qui rappelle cette proposition, mentionne aussi une étude de François Bourguignon qui «a établi l’existence d’un lien positif et significatif, d'une part entre le degré d’égalité et le taux de scolarisation seam-daire, d’autre part entre ce dernier et le taux de croissance».La redistribution, donc, qui passe par l'interventionnisme étatique, ne suit pas la croissance; elle fa stimule.Nathalie Elgrably est une redoutable argumentatrice.Or, en présentant ses thèses comme scientifiques, elle trompe le public qui devrait savoir qu’il a affaire à une idéologue.louiscomellieriaparroinfo.net U FACE CACHÉE DES POIJHQUES PUBLIQUES Nathalie Elgrably Logiques/Institut économique de Montréal Montréal, 2(X)6,336 pages ANNE MARIE BRUNELLE Situé au cœur du Sahel, le Burkina Faso fait très rarement les manchettes.Il s’y bâtit pourtant depuis 1991 une société de droit démocratique à laquelle Monique Ilboudo participe activement «Je me veux citoyenne du vaste monde, convaincue de l'unité de l'espèce humaine, mais je sais qu'on ne peut être une bonne citoyenne du monde si l'on n est pas une bonne citoyenne de son pays», écrit-elle dans son essai intitulé Droit de cité - Être femme au Burkina Faso, publié aux Editions du Remue-ménage.Cet engagement lui a fait accepter, en 2tXX\ les responsabilités du ministère de la Promotion des droits humains.Cette ministre est cependant dotée d’une liberté de parole inimaginable ici.«Je suis une militante d’abord et je ne crains pas les bagarres politiques», affirme Monique Ilboudo.Droit de cité, avec son style incisif, son irrévérence devant les idées reçues et fa rigueur de si's ;ir-guments, témoigne éloquemment de cette liberté.Lauteure y reprend notamment des textes publiés dans des journaux jusqu’en 2001 et des extraits de sa chro nique, «Féminin pluriel», qui traitait de fa condition des femmes.Un portrait sans complaisance Divisé en trois parties — un corps à soi, une chambre à soi et la cité à tous —, son essai dresse un portrait sans complaisance, mais rempli d’espoir, du chemin parcouru pour assurer l’égalité des droits aux femmes burkinabé.Juriste, Monique Ilboudo s’appuie principalement sur les arguments du droit et le régime juridique et législatif de son pays [xuir faire évoluer la situation îles femmes.«Des changements qui bénéficient à tous», signale-t-elle.Lauteure, qui s’insurge vigoureusement contre les thèses du relativisme culturel, interpelle d’ailleurs les institutions internationales et les pays signataires de fa Déclaration des droits de l’homme.Selon elle, on ne peut légitimer des atteintes aux droits sous de fallacieux prétextes de différences culturelles.«Sur des questions comme lixcisitm, le respect de la différence rime arec indifférence».lance Monique Ilboudo, qui dénonce cos pratiques Ixirbares qui, dans le silence et la clandestinité, ont cours au Canada, en France et dans de nombreux autres pays occidentaux.«On ne négocié pas le droit Etats-Unis raconte dans son autobiographie les luttes auxquelles il a participé, contre fa discrimination raciale alors qu’il était enseignant à Atlanta, contre la guerre au Vietnam ou plus récemment contre celle en Irak ou contre l’OMC.Celui qui a vécu son enfance dans les taudis de Brooklyn des années 1930 et travaillé comme apprenti aux chantiers navals avant de rejoindre l’Air Force devint, après 1a guerre, un pacifiste et un infatigable batailleur pour une société plus égalitaire.Il raconte ici l’histoire de ses interventions dans des sit-in et teach-in, marches et assemblées de protestations, à l’université comme au tribunal, accompagnée de ses réflexions de militant et d’analyses de fa conjoncture historique.Dans sa conception de l’histoire, les militants et les mouvements populaires jouent le rôle central.Il souligne le rôle des manifestants contre fa discrimination raciale, des déserteurs pour fa paix, des syndicalistes rebelles et d’activistes pacifistes pour la justice sociale.Zinn raconte comment, à partir des plus légers mouvements d’indignation et de signes diffus de résistance, le mouvement de protestation prend de l’ampleur.Zinn entreprend ses études à fa New York University à 27 ans après avoir été sous-Beutenant dans l’aviation américaine.Sa thèse d'histoire terminée à fa Columbia University en 1956, il occupe pendant sept ans un poste de professeur au Spelman College d'AÜanta, où il enseigne à des étudiants noirs, à l’époque du Mouvement des droits civiques.Il en tire une leçon importante: «ü est facile de confondre silence et résignation».On voit le mifitant et univera-taire témoigner comme expert dans des procès intentés aux militants d’action directe et s'engager à fond dans le mouvement pour fégafitè.Congédie en 1963, Q poursuit sa collaboration avec le Student Non-violent Coordinating Committee, organisme fondé en 1960 qui est à F origine d’occupations de cafétérias, des marches pour fa liberté et des campagnes d’inscription des Noirs sur les listes électorales des années 1960.Zinn deviendra le conseiller de cet organisme plus radical que celui de Malin Luther King.Alors que fa première partie de 1 ouvrage aborde les luttes du mouvement des droits civiques et les stratégies d’activisme politique, Zinn nous raconte dans fa deuxieme partie comment celui qui s'était engagé dans l'armée de l'air en 1943 pour combattre le fascisme devient pacifiste et partage souvent l’estrade avec Noam Chomsky.Professeur au département de science politique de l’Université de Boston en 1964, au moment de l’escalade de la guerre américaine au Vietnam, il sera de toutes les luttes pour 1a liberté d’expression sur le campus et dans de nombreuses manifestations.Après avoir quitté l’enseignement en 1988, ce partisan de fa désobéissance civile et de Faction directe non violente est resté très actif en continuant de publier des ouvrages d'historien et de faire paraître des articles sur l’actualité politique.Les verjtes de son Histoire populaire des États-Unis atteignaient en 2005 un million et denfi d’exemplaires, seulement aux Etats-Unis.Il participe au mouvement alter-mondialiste.On le retrouve à Seattle en 1999 dans les manifestations contre l’OMC.D est l’un des principaux porte-parole du mouvement antiguerre qui combat fa politique belliciste de George W.Bush.Cet intellectuel subversif très populaire a toujours suscité fa controverse dans le milieu universitaire américain.Rejetant l’habituelle distance et neutralité de l’historien savant, il a toujours défendu un point de vue critique et engagé.S’il a toujours cru à fa lutte des classes et à la nécessaire révolte des masses, il a vite déchanté par rapport aux pays socialistes.Son analyse critique, qui s'inspire d’un marxisme libertaire et puise dans l’anarchisme, en fait un penseur contestataire assez exceptionnel dans le monde universitaire.Etonnamment son ouvrage respire l’optimisme: «L'histoire est pleine de ces moments où, contre toute attente, les gens se sont battus ensemble pour plus de liberté et l’ont finalement emporté.» D refuse de ne voir dans l'histoire qu’une suite de malheurs: «Les êtres humains présentent un large éventail de caractéristiques, mais on met habituellement l’accent sur les pires d’entre elles, provoquant trop souvent le découragement et étouffant l’esprit de lutte.Pourtant, l'histoire le prouve, cet esprit de lutte refuse de se soumettre.et ma vie fut pleine de ces individus, ordinaires et extraordinaires, dont la seule existence m'a donné espoir.» Cette autobiographie est une formidable leçon d'enthousiasme et d'optimisme sans illusions.Sa conclusion a justement pour titre: «Des raisons d'espérer».Collaboratuer du Devoir L’LMPOSSIBLE NEITRAUTÉ Autobiographie d’un hetowen ET METTANT Howard Zinn Agone Marseille, 2006.374 pages PALMARÈS LIVRES ARCHAMBAULT?» QUEBECOR MEDIA Résultats des ventes : : Du 9 au 15 mai 2006 ROMAN Dan Brown (JC Lattèsi | SANS PARDOS Chrystine Brouillet (Courte échelle) LE RETOUR DU PROCESSEUR DE DANSE Hennmg Mankell (Seuil) ANGES ET DteMS Dan Brown (X Lattes) ! CHARLES LE TtMÉRAMi t 3 Yves Beauchemm (Rfles) COMME UNE ODEUR 0E MUSCLES Fred Peilenn (Planète Rebelle) LA PORTE OU SILENCE Henri BeHottn (JO) Dan Brown X Lattèsi Nicolas Drckner (Alto) a OU EST TERRA «RLDEPt Arme RobWard (Mortagne) LIVRE DE POCHE Dan Brown (Pocket) I Bryan Perro (Vttoucftabtesi I NMNCME A U PTSCME AOGAU I GA Coulemancfie (BorM Cartos Rua Zator fUvre de poche) ENSEMRLE C'EST TOUT Arma Bavarda (J'ai lu) Stéphane Donoerre iOuétac Aroénuei notai Fatcr rBwêaf Uftn) LA PART M L'ANTRE toc-Emmanuel Schm* (Uert de pa**) | ET ¦ CtTMT MUM Marc LNry (Pxxae OUVRAGE GENERAL PASSAGES ORUStS Josélito Michaud (Libre expression) SAS.BEAUTE: MENUS ET.Chantai Lacroix (La semains) ! AUMENTS CONTRE UE CANCER Richard Béliveau (Trécarré) OU EST CHARUET LA GRANDE EXPO Martin Mandford (Gründ) David Suzuki (Boréal) LE CTCU DE RMÇAGi Pierre Morency rTranscontinetrtal) V0RJE DE LA PUNI Samia Sharlff XL.) n I Pierre Morency iTranacontmentaf) [ Eloge de u richesse ] «am ûubuc (Voor ParaNèiesi t 1: MARK | R UxaeVJ.-L Trtpp (Casterman) NOUVEAUTÉ ANGLOPHONE Dan Brown (Anchor) Dan Brown (Stfoor* & Schuster THf Soph!et5S3tefBanBH53r Dan Brown «new Dan Brown (S?Martin i *e»i Dear Eüzate* tarçe harper Com» Hartar Gober •‘Hew Atnwicar utyaryi TM! CLOSERS Mchaet Conmty /Warner Books) BMNQB IWT JoTw Sandfcyî /BericMy) Une vie ' aimer * Alain Barrière I Ma vie Auto! 9k t3||inv U «nu IKK Ir «T'a* EN PRIME AVEC LE LIVRE : UN CD CONTENANT 3 CHANSONS INÉDITES ! MA VIE Alain Barrière Autobiographie ISBN 2-268-05700-3 240 pages • illustré KIHÏIONS 1)1 rocher!/ tip* 4 otiiiiii
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