Le devoir, 27 mai 2006, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 27 ET DI M A X ( H E 2 8 M Al 2 0 0 « POÉSIE Autour du prix Emile-Nelligan Page F 4 9' BÉDÉ Coureur des bois Page F 6 NEWSCOM Réaffirmer Léopold Sédur Son>fhor _ (laston Miron étique francophone Le 7e Marché francophone de la poésie célèbre Senghor et Miron et.fait place aux anglophones FRÉDÉRIQUE DOYON La coïncidence, de prime abord paradoxale, frappe en plein dans le mille.Le centenaire de Léopold Sédar Senghor ramène la question de la francophonie à l’avant-plan du 7' Marché francophone de la poésie (MFP), qui fait en même temps une place plus grande aux poètes et éditeurs anglo-montréalais.•Depuis quelques années, il y a un rapprochement évident entre les communautés anglophone et francophone en poésie, note Isabelle Courteau, directrice du MFR qui se déroule à Montréal du 30 mai au 4 juin.Petit à petit, on essaie d’aménager une place naturelle aux anglophones.» Une première lecture exclusivement en langue anglaise est au programme le vendredi 2 juin autour de An Anthology of Canadian Poetry publié chez Véhicule Press.La démarche de rapprochement prendra aussi la fonne très concrète d’un projet de traductions croisées d'auteurs canadiens-français en anglais et vice-versa, de concert avec la Quebec Writers Federation (QWF).Les deux organismes auront comme d’habitude leur stand aux côtés de quelque 70 autres éditeurs de poésie — un record dans la petite histoire du MFP — sous le chapiteau de la place GerakLGodin.Les poètes lan Ferrier (aussi president de la QWF) et Fortner Anderson participeront également à un événement de poésie-performance le 31 mai.la pertinence et la nature de la performance en poésie avaient fait l’objet d’une table ronde en 2005, mais on a jugé que le sujet était encore riche d’échanges promet-teurs.Le colloque annuel du MFP se penchera donc sur la question (notamment avec MM.Anderson et Février) toute la journée du 1" juin.A l’heure où la francophonie québécoise se réapproprie son américanité et rompt avec le colonialisme, la poésie anglo-saxonne, par sa nature et son histoire, peut justement servir de vis-à-vis contrastant pour réaffirmer l’espace poétique francophone, thème au cœur du septième MFP •Les États-Unis font contre-poids à lAngle-terre, c'est une autre dynamique, ils ont créé une nouvelle langue, fait valoir Mme Courteau.Paris et la France pèsent plus lourd dans la francophonie.C’est pour cela que Senghor a autant marqué son époque, comme si la francophonie avait eu besoin d'un leader pour revendiquer des choses dans les années 50-60.» De Senghor à Mabanckou Invité d'honneur du 7’ MFP — qui en inaugure la tradition cette année — avec le Congolais d'origine Alain Mabanckou.Jean-Marc Desgent rappeüe l’état paradoxal de Senghor.*// a voulu décentrer tout par rapport à Paris, il nous oblige donc à réfléchir à certaines de nos positions, et en même temps, c’est le plus européen de tous les Africains, dit-il Si la francophonie signifie la rencontre, sous un même chapiteau, de tous les parlants français, il faut applaudir, mais si la fran- cophonie, ce sont des parlants français qui désirent une seule chose, publier à Paris, c'est un piège terrible.» Le poète québécois livrera ainsi sa réflexion sur le poète et politicien sénégalais dans le cadre du spectacle hommage Si Senghor m'était conté, point culminant du MFP le 2 juin.la soirée, qui se déroulera dans la pure tradition africaine, menée par le griot Joujou Turenne, proposera une relecture de l’œuvre de Senghor, laissée aussi aux soins des poètes Alain Mabanckou, Hélène Monette, Sohk na Benga (Sénégal) et Jean-Rerre Verheg-gen (Belgique).Ceux-ci ont tous été choisis pour leur nq> port particulier à la langue comme lieu de déploiement d'une identité.Ils réaffirment à leur manière l’espace poétique francophone.Dans son dernier recueil, Alain Mabanckou se porte à la défense de la poésie en français, signalant le besoin de poètes issus de l'espace francophone afin que celle-ci puisse se renouvela-.•la poésie de Desgent s’inscrit dans une lecture sociale du monde, affirme Mme Courteau pour expliquer le choix des poètes pour ce spectacle.Après une période plus intimiste de la poésie, il se situe davantage dans un discours critique, plus direct et accessible.Chez Hélene Monette aussi on sent une relatùm a un territoire, une identité nord-américaine, francophone • L’héritage de Miron Cette relation géographique a la langue renvoie ju- dicieusement a Caston Miron, dont l’œuvre et l’héritage feront l'objet de la table ronde inaugurale du MFP, le 30 mai, afin de souligner le Iri anniversaire de la mort du poète.C’est là un autre rendez-vous incontournable venu gonfler l’offre d’activités de ce septième et imposant MFP.Deux jeunes poètes et essayistes, Antoine Boisclair et Rosalie Lessard, déjoueront les a priori selon lesquels l’influence de Miron touche peu les jeunes générations d’auteurs.Kn multipliant ses activités et en accueillant pour la première fois des spectacles qui dépassent la simple mise en lecture, le Marché cherche à s’ouvrir a la diversité des tendances qui fourmillent désormais en poésie.•On souhaite aller plus loin dans les sous-courants de la poésie», explique Mme Courteau.D’où l’idée d’une journée complete de conférencesdébatH sur la poésie-performance.•C'est une question qui revient tout le temps est-ce que la letture c'est valable?la performance, ça veut dire quoi ' Ça implique la scene, le théâtre, le showbiz?», demande la directrice, qui relève la quasi-absence d’écrits sur le sujet et se réjouit de l’éventuelle publication des actes du colloque, •fl faut qu'on crée notre propre discours pour dire ce qu’on trouve important quand im parle de poésie en performance.» A ce titre, la tradition poétique anglo-saxonne a peut être quelque chose a nous apprendre, -la poésie francophone a tendance a travailler sur la forme, la syntaxe, note M Desgent ta poésie des anglophones, VOIR PAGE F 2: POÉSIE «On souhaite aller plus loin dans les sous-courants de la poésie » ' FgANÇoPHON b 3» **«.-?M / •«rcf KUH *£/ Québec Quebec SS [•TTr 7* ÉDITION PLUS DE 170 POÈTES ET ÉDITEURS AU RENDEZ-VOUS TABLE RONDE 30 MAI 19M30 I MAISON DC B #C RII VA INB W3Hl SME ¦ PF Pif- OfIMANCC SOtKfE OC PfRfOPMANCCS 31 MAI 19 H i O *ATno WB CONFf«CNCE5-OCBAT8 I*' JUIN 9M30 A 17H t MAIBON OC LA CUtTUAf ALATeAJJ MONT MOVAt.VOIX D'ACCÈS SPÉCTACU 2 JUIN 20M i MAIBON OC IA CIATUNC AtATCAU MONT AOVAl WWW m«4ftorK*»tBpOBBè« oc CB î 5 Métnimm LE DEVOIR.LES SAMEDI 27 ET F 2 DIMANCHE 28 MAI 2 0 0 6 «-Livres-»- EN APARTÉ L’enfer brun AFP L’écrivain Peter Handke, dans les ruines d’une usine de Kraguevac., Jean-François Nadeau Tandis que Susan Sontag, en signe de résistance à l’oppression du nationalisme serbe, s’évertuait à monter une pièce de Beckett dans Sarajevo soumis au feu des bombes, l’écrivain austro-slovène Peter Handke se passionnait plutôt, comme on peut le lire à travers la forêt d’incertitudes qu’habille son écriture, pour la figure du despote Slobodan Milosevic.Les pilonnages de l’artillerie sur Sarajevo, la structure calcinée de sa bibliothèque néo-mauresque, le monde lunaire qui s’étendait aux environs de la tour d’Oslobodjenje, les cadavres par milliers: cette nuit noire lui semble le résultat d’une juste lurnière serbe.A la fin des années 1990, les conceptions sociopolitiques très tendancieuses de Handke, pour ne pas dire révisionnistes, lui ont valu de recevoir l’Ordre du chevalier serbe.Handke a aussi quitté l’Église catholique en signe de protestation à l’égard d’un message de pane lancé par le pape en direction des Balkans, tout comme il a rendu un prix de l’académie allemande pour manifester son opposition aux bombardements de l’OTAN.Bien sûr, l’écrivain s’est rendu sur la tombe de Slobodan Milosevic, le bourreau de Belgrade, verser quelques larmes.Pourquoi de bonnes âmes s’arrachent-elles maintenant les cheveux, au nom de la liberté d’expression, parce qu’une des pièces de Handke vient d’être retirée du prochain programme de la Comédie-Française?Victime de la censure, Handke?Allons donc! (levant pareille levée de boucliers en sa faveur, les victimes mortes ou vivantes semblent devenir curieusement les agresseurs.L’œuvre de Peter Handke est diffusée partout On joue ses pièces.En français, Gallimard diffuse son œuvre sans le moindre état d'âme, comme elle le fait pour bien d’autres auteurs.Faut-il donc le voir et l’entendre partout afin de lui assurer un statut d’homme libre dans une société qui ne le serait plus?Cela me fait songer à un vieillard des Canton-de-l’Est qui s'offusquait, il y a quelques années à peine, d’avoir été pris à partie par quelques autres vieux lors d’une visite à sa banque.L’olibrius, toujours un peu imbibé d’alcool, s’était alors coiffé d’un képi d’officier nazi, comme si c’était la moindre des choses, pour se protéger du soleil.11 avait été naturellement houspillé.«Qu'est-ce qu'ils ont fait de si mal, les nazis?», beuglait-il après coup.Chez lui, bien installé à côté d’une horloge ornée d’une swastika, cette araignée gorgée de sang, il se montrait tout à fait incapable de comprendre la portée effective d’une idéolo- gie nationaliste délétère.Ce zèbre de village a bien sûr le droit de se promener en exprimant ses idées tordues si cela lui chante, mais les autres ont tout aussi bien le droit de lui dire ses quatre vérités.Comme dans le cas de Handke.Pour lutter contre les formes contemporaines du fascisme très brun, Sontag ne s’y était pas trompée: se replonger la tête dans les œuvres de Beckett s’avère une juste idée.Ce curieux homme, terré chez lui à écrire sous une ampoule nue, disait la vérité du monde dans toute sa dureté et son étrangeté.Est-ce pour cela que l’on célèbre cette année le centenaire de naissance de Beckett sans le célébrer du tout?Y aurait-il des vérités qui doivent ainsi se perdre dans la forêt du babillage public d’une époque, comme les pensées dans un texte de Handke?La peste brune Pour mieux comprendre les tangentes de la peste brune, il faut aussi revenir aux textes de Joseph Roth, écrivain autrichien, comme Handke, mais dont la femme fut assassinée par les nazis et qui finit par périr dans une pauvreté absolue, non sans faire preuve d’un immense courage.Joseph, Joseph Roth.À ne pas confondre, je vous prie, avec Philip Roth, ce grand écrivain américain omniprésent, dont le New York Times autant que Playboy, dans des exercices fumeux d’élaboration d'un palmarès du succès, viennent de sacrer plusieurs romans parmi les 25 meilleurs publiés aux États-Unis ces dernières années.Joseph Roth, donc.L’homme fut un des premiers à percevoir la fétide odeur des émanations diverses du fascisme.De 1933 à 1939, c’est-à-dire juste avant que n'éclate la guerre, il a rédigé en exil de courts articles brillants sur ce que le régime nazi promettait Ils viennent d’être traduits et rassemblés sous le titre de La Filiale de l’enfer, aux Editions du Seuil «Les pays dont nous traînons la nationalité, écrit-il, nous pouvons en sortir, même si c’est à grand peine.Quant à l’époque où nous sommes nés, nous ne pourrons jamais la quitter, sauf en mourant.Que nous allions de gauche à droite ou que nous restions au centre, que notes soyons vêtus de rouge, de vert ou de bleu, que nous parlions l’hindi ou le kalmouk, nous sommes tous des enfants de l’époque dont nous portons la marque, voire les stigmates.» On se dit le lisant qu’il a su voir autre chose que les autres.Ét puis non.Roth considère à l’évidence les mêmes choses, mais il a, lui, la décence de les lire en marge de l’époque, avec un authentique talent d’écrivain.Il n’y a pas de prêchi-prè-cha chez lui.Les faits.Une écriture.C’est tout.Et cela suffit Rien à voir avec l’exercice malhabile que Jean-Pierre Charland, professeur de didactique de l’histoire à l’Université de.Montréal, vient de Évrer dans un roman intitulé L’Été de 1939 avant l'orage.Dé de près à la Fondation Historica, laquelle est touchée de plein fouet par ce projet de révision douteux des programmes d’enseignement de l’histoire au Québec.Charland s’est lancé, sous le couvert d’une très mince intrigue policière, dans une narration de ce que fut, au Canada français, l’époque du fascisme dans l’entre-deux-guerres.Renaud Daigle, son personnage principal, avocat et député du Parti libéral fédéral, semble avoir lu rien de moins que cinquante ans d’études postérieures à la période où il vit et jongle dès lors sans cesse, dans la moindre conversation, avec des enclumes.Le narrateur de cette brique de cinq cents pages, omniscient comme pas un, semble pour sa part capable de dérouler le futur à l’infini aux pieds du lecteur.Le meurtre dont est victime la femme d’un médecin juif est d’abord et avant tout le prétexte fragile d’un étalage infini de considérations historico-moralisatrices soutenues, hélas, par une écriture pauvre, visiblement incapable de la moindre invention.C’est dans cette structure romanesque légère, écrasée par une trame historique éléphantesque, qu’Adrien Arcand et les membres du Parti national social chrétien entrent en scène.Le parti d’Arcand, plus dévoué à la royauté et à l’Empire britannique qu’à Hitler, quoi qu’en dise l’auteur, devient alors le point de gravité d’une histoire qui n’en finit plus.Même si elle s'oppose par son distillé de morale à des hommes comme l’abbé Groulx, pareille œuvre n’est pas sans faire penser justement à la manière dont des hommes semblables écrivaient, il y a trois quarts de siècle, des romans «édifiants» destinés autant au «bon peuple» qu’à la «belle jeunesse».Aujourd’hui comme hier, voilà une approche littéraire qui tient du naufrage de la pensée.jfnadeauffledevoir.com L’édition au pays d’Amazon L’ubiquité ferronienne ÉRIC LESER Confrontés au déclin régulier de la lecture, notamment chez les jeunes — 43 % des Américains de 18 à 24 ans lisaient des livres en 2002, contre 60 % en 1982 —, les éditeurs aux États-Unis ont misé sur de nouveaux canaux de distribution et notanunent Internet.Pour l’instant cela leur a réussi.En 2005, sur un chiffre d’affaires de l'édition de 34,6 milliards $US, la vente en ligne a représenté 4,3 milliards, soit une augmentation constante depuis 1995 et la naissance d’Amazon.com.Depuis 2(X)2, les ventes d’Amazon.com aux États-Unis s’accroissent en moyenne de 15 % par an et celles des chaînes traditionnelles comme Barnes & Noble ou Borders, de 5 %.C’est pourquoi ceux-ci ont aussi créé leurs sites de vente en ligne.«Internet fait progresser les ventes car il offre un accès sans précédent au consommateur, en matière de quantité d’ouvrages, de dispmibilité et d’accessibilité», explique Albert Greco, professeur à la Fordham University et expert du groupe d'étude de l'industrie du livre.«Dans un grand magasin des chaînes Bames & Noble ou Borders, vous avez environ 170 (XX) titres disponibles.Sur un site, c'est de l’ordre de trois millions et demi.» Cette tendance accélère la concentration des réseaux de distribution et la disparition des librairies de proximité.En revanche, elle apporte un soutien aux petits et moyens éditeurs qui, par les sites des grands distributeurs, ont accès à un immense marché.Internet a aussi entraîné le développement rapide du marché de l’occasion.Sont en concurrence, en ligne, le livre neuf et le livre d’occasion, bien moins cher, d’où une perte estimée à 2,5 milliards de dollars par an pour les éditeurs.Plus d'un tiers des livres achetés par les universités ne sont pas neufs.Le Monde * Le dimanche 28 mai à 14 heures, Dany Laferrière vous invite à la fête de Vava à la Librairie Monet ! vien librairie » bistr Un petit goûter et des cocktails fruités seront servis ! Martin Larocque, comédien, vous fera la lecture de cette jolie histoire LECTURE OLIVIERI - LE NOROÎT Jean Chapdelaine Gagnon, Cantilène Jean-François Beauchemin, Voici nos pas SUR TERRE Mona Latif-Ghattas, Ambre et lumière Dimanche 28 mai à 15 heures s Librairie 2752, de Salaberry • Galeries Normandie Montréal, Qc -H3M1L3 514) 337-4083 www.LibrairieMonet.com 5219.Côte-des-Neiges 739.3639 MICHEL LAPIERRE Un médecin a soigné un hçm-me qui vient de mourir.À la radio de sa voiture, il écoute au hasard un professeur et se rend compte qu’il prévoit «à la virgule près» les propos que ce pur étranger va tenir.Il se confond avec l’autre et s’écrie: «O merveille, ô folie, de n’être rien Par moi-même!» Les familiers de l’œuvre de Jacques Perron auront reconnu ici, dans le dénouement d’un conte inédit, l’un des thèmes les plus profonds de l’écrivain.Ce thème bouleversant, on le retrouve en particulier dans la lettre que Perron a écrite, le 1" avril 1982, à son ami Julien Bigras, psychiatre et romancier.Mais il n’a jamais rayonné comme aujourd'hui à la fin de Vautour Haché, le conte présenté par Luc Gauvreau dans le beau livre illustré par Cari Pelletier.L'ouvrage renferme en appendice la Petite Histoire du Mont-Providence, ces quelques pages de Perron que Victor-Lévy Beaulieu a dénichées et commentées.«Vautour Haché», ce n’est pas un plat gastronomique.C’est le nom typiquement acadien, mais surtout typiquement ferronien, d’un vieil homme originaire de Saint-Amateur, village réel du Nouveau-Brunswick, croyez-le ou non.Faut-il préciser que le médecin qui, à l'Hôtel-Dieu de Montréal, soigne cet Acadien ressemble comme un frère au docteur Perron?«Je lui fis sa piqûre et m’en allai.Le lendemain matin, il était mort», raconte le bon médecin à propos de son patient Dès le premier paragraphe, le conte semble fini.Mais le docteur héritera de la boîte de cigares «à peine entamée» de Vautour.Il fumera un de ces havanes et le conte deviendra curieusement théologique.Dans sa Renault 15, le médecin dictera le discours de l’inconnu qui parle à la radio.Grâce au don soudain d’«ubiquité», il deviendra cet inconnu.«Si j’avais été mystique, conclura-t-il, j'aurais été ravi, en extase dans le sein de Dieu.» éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • l inérarure «Figures libres» Simon Richer Le chant de Venclume Portraits d’héritages vivants P "if l e i lttoit de Prnaume Comme ce narrateur.Perron, si agnostique qu’il se montre, ne serait pas étranger à la tentation de la folie mystique.Quoi qu’il en soit, aucun écrivain québécois, pas même Hubert Aquin, n’explore la folie tout court autant que lui.Perron discerne dans le déséquilibre psychique, du moins dans le sien, «un problème de communication entre soi et les autres».Ce qui correspond sans doute à la tragédie de l’écrivain québécois incompris qui doit affronter le lectorat restreint et insensible d’un «pays incertain».Perron voit dans l’identification à autrui le remède de sa folie et ose le trouver divin comme pour mieux oublier que la folie paraît insurmontable.Collaborateur du Devoir VAUTOUR HACHÉ Jacques Perron Editions Trois-Pistoles Notre-Dameries-Neiges, 2006, 80 pages POÉSIE SUITE DE LA PAGE F 1 que ce soit de l’Angleterre, des États-Unis ou du Canada, est beaucoup plus narrative, ce qui a peut-être permis une moins grande distance par rapport au public lecteur.» Mais ce colloque et levénement-performance qui le precede seront aussi l'occasion de voir et d’entendre des artistes étrangers qui explorent d’autres avenues (poésie-action, poésie sonore, poésie beat) depuis un moment, comme Eric Giraud du Centre international de poésie de Marseille et le Belge David Giannoni.«Ça va être intéressant de voir la rencontre des deux courants, plus conceptuel d’une part et plus lyrique d'autre part», conclut Mme Courteau.Le Devoir Prix Jean de La Fontaine A T occasion de Vivre TAmerique française à Paris, le prix Bttenure Jean de La Fontaine a été décerne à Marc Laberge pour La Ba/nae d’Aubert, un recited de contes et reals du Quebec publie aux Editions Trois-Pistoles.Le jury a particulièrement apprécié la dimension humaine de ces contes.- Le Devoir ! LE DEVOIR.LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 MAI 2006 -~ ! ITTERATURE - De l’espèce humaine et autres considérations Suzanne Giguère La vie réunit de manière impromptue deux frères qui s’opposent presque en tout, au point d’apparaitre le négatif l’un de l’autre.Avec une lucidité mâtinée d’humour, Un petit gros au bal des taciturnes nous emmène à la lisière de la tragédie intime des deux frères.Sous-tendu par une sensibilité philosophique, le roman est entrecoupé de réflexions sur la distillation du temps, le jaillissement perpétuel du vivant la barbarie, le deuil, le pessimisme ambiant et un certain regard désenchanté Sur l’espèce humaine.Le roman va bien au-delà d’une histoire de filiation et d’affection mutuelle pour toucher à l’universel, c’est-à-dire la part insondable au cœur des êtres qui nous sont les plus chers.L’âpreté du monde Le titre tient du burlesque, les premières pages également.Léo, l’homme corpulent qui débarque dans la vie de son frère cadet et dérègle son quotidien, est un homme défait accablé par ses déboires conjugaux, au bord de la faillite.On dirait Buster Keaton dans une scène du film Le Mécano de la General ou encore de La Croisière du Navigator.À la fois tragique et subtilement comique.Homme d'affaires, flambeur, Léo adore les signes extérieurs de la réussite.«Le monde était pour lui une course à obstacles, pas un rêvoir.» D traite son frère de contemplatif, ne comprend pas la quasi-indigence dans laquelle il vit A ses yeux, il est inadapté.Ecrivain à l’esprit libre et indépendant rêveur, sensible et orgueilleux, Jacques a conquis sa liberté au prix d’obscures privations et de contradictions douloureuses.Amoureux des mots et le nez plongé dans les livres, il poursuit ses tète à tète avec les écrivains impitoyablement lucides qui trempent leur plume dans l’âpreté du monde.Léo demande à voir les livres de ces écrivains «en- Jacques Marchand ragés».Ayant développé une aversion passagère pour l’espèce humaine, il a besoin d’entendre des voue «aigries».11 remplit un cahier de citations et de maximes les plus noires.«Les livres cafardeux loin de le déprimer le réconciliaient avec l'existence, l’euphori-saient même», note Jacques, qui a entrepris la rédaction d’un roman sur son frère.Détournant pour mieux se les approprier les MARTINE OOYON codes de l’autofïction, Jacques Marchand émiette une vingtaine de fragments de sa propre vie.Il chemine à rebours dans le labyrinthe de ses émotions d’enfant et d’adolescent.Les mots s’enroulent comme du lierre autour du pays d’enfance retrouvé.Ils décrivent ici la tendresse immense du garçon pour sa mère, là l’ivresse soudaine partagée avec la petite voisine, un peu plus loin le ton de l'indignation ver- tueuse des institutions et curés, l’embrigadement scolaire.Les images de l’adolescence se recomposent, défilent à leur tour le premier -frenchkiss» à treize ans: «le baiser, en s'éternisant, prenait les dimensions d'une aventure homérique»: le voyage en Europe avec IA» et la sensation prodigieuse de fuite en avant, de l’intensité du bonheur d'exister.Un autre fragment montre le père racontant sans cesse des blagues pour masquer sa mélancolie.Une dernière image, pénétrante, sur l'agonie du père, donne soudainement au récit une profondeur grave.Le rire et les ombres «Uo rêve de calme mais il a besoin de tempête.» Jacques écrit ces mots le jour où son frère aîné décide de repartir à l’assaut du monde des affaires.Ces deux mois et demi passés ensemble ont rapproché les deux frères, moins dissemblables qu'il n’y paraissait de prime abord, lors de leurs adieux, la gorge serrée, dit à Jacques qu'il est le seul à vraiment le connaître.Cette confidence jette l'écrivain d;uts le doute.«Qui suis-je pour y voir clair?Multiple et mobile.sans cesse contradictoire, la nature humaine est le plus erratique des sujets d'observation.» U's pages finales résonnent mélancoliques et joyeuses.Jacques marche avec la nonchalance du promeneur dans un sous-bois inondé de lumière.11 entend le chant d’un rouge-gorge qui a bercé son enfance.11 le regarde longuement, comme s’il attendait d’avoir la même légèreté que l’oiseau.A mi-distance entre l’ironie et l'humour, la gravité et la tendresse, le plaisir fou Adresse Ve Code postal Courrttl OjONN If__________ (Signature 0 Mastercard ExpNtle Date J Ratoumtri: 1711.meSant-Hukert.MotdrM(QaMecJHH>21 TMatant (SU)S»Mit w: (5141S2S7SJ7 • Coumel wh^liWmJOMrturtm.gu».m l 2752, de Salaberry Galeries Normandie 0r)e^ Montréal, Qc «H3M1L3 514) 337-4083 www.LibrairieMonet.com « Ce petit recueil de onze récits brefs présente un dépouillement, une sorte de simplicité volontaire littéraire : en écrire le moins pour en dire le plus.Résultat : des personnages bien campés, pour lesquels la mise au point, comme en photographie, capte la faille, la fragilité.» Pascale Navarro, Ici « Caroline Montpetit possède une plume sensible et un regard juste, souvent voilé de tristesse.» Monique Roy, Châtelaine « Une série de petits instants d'humanité d'une extrême sobriété.» Florence Meney Info-culture Radio-Canada Nouvelles 128 pages • 17,95 S i F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 MAI 2 0 0 6 Littérature POÉSIE QUÉBÉCOISE Autour du prix Émile-Nelligan HUGUES CORRIVEAU AU moment d’attribuer le prix Emille-Nelligan à Renée Gagnon pour Des fois que je tombe, la présidente du jury, Denise Desautels, soulignait que ce recueil est «d’une superbe gravité, marqué par le doute, la peur, le déséquilibre, la perte [.avec] une voix inhabituelle [.] entre douleur et conscience».Renée Gagnon avoue une sonorité avec Danielle Collobert qui, tout comme elle, travaillait la langue dans sa brisure, au plus près du minimal; on ne peut toutefois ignorer chez Gagnon des filiations nombreuses et radicales avec l’œuvre de la regrettée Anne-Marie Alonzo.Même manière de casser les phrases, de jouer de l’ellipse, complexifiant à loisir les ruptures et les heurts de sens, les trous et les failles.Voyons, dès le second poème: «oublier que terre est solide / terre j'enverrais veines au poste/ puis le reste?main frêle, cou, estomac / le reste suivrait / vraiment marcherait».Alonzo brisait le rythme, la marche des mots, pour traduire une impuissance à la danse et aux pas, pour témoigner des hésitations et des incapacités physiques dans la matière même de ses poèmes, grammaticalement empêchés, alors que Renée Gagnon utilise cette même cassure du débit en une espèce de hoquet qui bloque l’épanchement.«Creuse la voix / quoi entendre?/ ouvrir quoi dans mes oreilles?», voilà bien la question que l’auteu-re se pose, car à «trop savoir ce que décide langage / langage s'éloigne sous / peau».Trouver la route Dès le début du recueil, l’auteurc nous dit son désarroi devant son parcours hésitant, son étouffement Ce cri morcelé va envahir l’œuvre comme un appel à vivre, comme si le bouleversement prenait sens dans ce «recommençons» qu’elle s'impose: «je sais maintenant où traînent les mots / les miens /tu entends la moindre cloche / moi je / je Parle tout bas / avec peur /s’il faut respirer / dans des vestes à silhouette / l’ombre /falaise / me tombe au ventre / et c'est?branches mortes / me touchent».Force nous est de reconnaître une manière peu commune de traduire, à travers le spasme syntaxique, le péril.L’auteure n’a pas d’autre vocation que celle de vivre malgré tout, car il «faudra que la tête ou n'importe tremble / Telle| respire un peu».D ne fait aucun doute à mes yeux que ce premier recueil est d’une richesse formidable, et le fait même d’avoir été écrit sous l’aile tutélaire d’Anne-Marie Alonzo prouve une gratitude et îles lectures.Voilà donc un recueil dont on distingue l’infinie intelligence de la mise en scène, de la mise en place qui déplace toute convention.Pour l’audace et la solidité de l'expérience.s;uis doute, ce recueil mérite amplement l’aura dont il bénéfice.Cette voix, dans ses à-coups et ses saccades, témoigne d’un féminin inquiet, in-certain, mais en quête de sens, tout troublé qu'il soit.Pour la pulsion poétique qui sous-tend ces morceaux de langue, pour ce désir sous-jacent de parvenir à dire l'inquiétude d’un moi déchiré, ce recueil va au cœur de sa nécessité.Deux autres recueils se distinguent les deux autres recueils püs en nomination pour le prix Émile-Nelligan de cette année méritent assurément qu’on s’y attarde.D'abord, avec Tout près de la nuit, Daphnée Azoulay signe, à 23 ans.fmm WM tSiel î ' ?if JACQUES GRENIER LE DEVOIR l-C président de la Fondation Émile-Nelligan, Michel Dallaire.a remis le prix Émile-Nelligan à la poète Renée Gagnon pour son recueil Des fois que je tombe.un recueil d’une rare acuité et, d’une certaine façon, très audacieux dans la mesure où tous les textes imposent avec une obstination constante un «je» omniprésent.Plus de la moitié des vers du recueil commence par ce pronom et, dans la plupart des autres, on trouve des «mon», des «ma», comme si une force centripète ramenait l’univers entier à soi, que le centre absolu ne pouvait jamais être autre chose que l’existence de la poète.Et si on ajoute à cela une voix éclatée et des images absolument étonnantes ou saugrenues, on tient là un recueil fort et dynamique, qui cherche, qui fouisse, qui va au-delà du banal et du convenu.4 Les deux premiers vers donnent le ton: «Je pédale sans lumière / Avec mes roues de nuit».Peu banal, disais-je, et tout le propos va tenir cette hauteur, comme une gageure, comme s’il se pouvait qu’on dérape constamment, que l’équilibre brisé, que la perte de repères soient fondateurs d’une parole qui témoigne de l’errance, d’une pensée fragilisée, sorte d’optique brouillée que la poète tente de mettre au foyer.Ainsi, le recueil semble entière- Un recueil dont on distingue l’infinie intelligence de la mise en scène ment formé de confidences inattendues qu’il nous faut, tant bien que mal, décoder mais qui nous saisissent dans nos certitudes, ici, mises à mal: «Je n ’atteins pas mes oiseaux / Je contourne les membres des corps / Qui ont des comités dans l'air/Je n’atteins pas mes échos /J’engloutis mes lumières.» Cette quête prend des allures parfois souffrantes et inquiètes: «Je me mendie», «Je vais dans les caillots / J’appelle à l’aide», «Ma tête est brisée / Je mouille dans l’os».Il n’y a pas à dire, cette jeune auteure force l’admiration tellement sa recherche, autant formelle que thématique, sort de l’ordinaire, nous mettant en devoir de jouer son jeu sans compromis.Quand elle dit avec une certaine douceur «Je suis rare aujourd’hui», on a le goût de la croire.Prisme vital Marc André Brouillette nous offre un cinquième recueil d’une grande rigueur, entièrement écrit autour de sept couleurs, à savoir le bleu, le mauve, le rouge, le noir, le blanc, le vert et l’or, qui vont servir de titres aux sept parties du livre, constituées chacune de dix poèmes.Nous ne sommes pas ici dans l’arbitraire, mais au contraire dans un texte qui est méticuleux, inscrivant dans chaque texte la couleur autour de laquelle le discours s’écrit répétant même jusqu’à trois fois le mot pour que le lecteur pénètre avec le poète dans les sensations vives que la teinte du monde dorme au regard, à la vie, pour qu’il saisisse comment elle incarne l’être différemment comment le monde lui-même change, varie, se tourne et se contourne suivant ce que le prisme impose par sa nuance.Marc André Brouillette vient de recevoir en mars, à la mairie de Paris, le prix Louis-Guillaume du meilleur recueil de poèmes en prose pour ce M'accompagne qui confirme sa voix déjà ciselée.C’est avec délicatesse, dirait-on.que le poète regarde le monde en couleurs.«Le noir est une ile dont on ne quitte jamais le centre», dit-il en une pénétrante formule.Ou encore: «le blanc ne répond pas.il pose l’insondable au cœur de l’avancée solitaire».La précision qu’atteint Marc André Brouillette dans ce kaléidoscope développe une mosaïque qui convie le lecteur à voir le monde tel qu’il apparaît au poète, tel qu’il nous est proposé, nous obligeant souvent à nous questionner sur notre relation à telle nuance dévoilée au cœur du monde.Parfois, «c'est une blessure qui s'engrène dans le temps et que la main tente de saisir en peignant un petit carré rouge»: tantôt, on saisit absolument que «le mauve est un mélange d’eau et de soleil»: ailleurs, c’est tout un paysage qui s’ouvre dans la profondeur du monde: «le bleu imbibe le coton et couvre le corps des nomades.Ces êtres de lenteur parcourent l’étendue d’un rêve enfoui dans le sable.Ils portent sur eux les couleurs d’une eau trop lointaine, trop discrète pour y goûter.I^ursyeux boivent le ciel et le lait des étoiles».Dans cet univers ouvert à la contemplation ou à la méditation se déploient à la fois l’intensité d'une vision poétique du réel et une grâce à en reconnaître la beauté.Collaborateur du Devoir DES FOIS QUE JE TOMBE Renée Gagnon lœ Quartanier Montréal.2005,88 pages TOIT PRÈS DE LA NUIT Daphnée Azoulay lœs Herbes rouges Montréal, 2005,56 pages M’ACCOMPAGNE Marc André Brouillette Editions du Noroît Montréal.2005,96 pages ROMAN QUEBECOIS MICHEL LAPIERRE C y est peut-être déjà un sacrifice que de m’aimer quand vos compagnons fourbissent leurs armes pour en finir avec nous, les Canadiens», dit Émilienne à Timothy, chirurgien des troupes britanniques.«Etes-vous militaire ou poète?», demande-t-elle à celui qui croit à l’innocence de l’amour.Il répond: «Je suis amoureux.» Ce dialogue tropjoli résume l’intrigue du roman Emilienne, de Pierre Caron, et nous rappelle la banalité du thème de Tamour entre ennemis.Mais, dans sa chronique très détaillée de la conquête anglaise du Canada, en 1759 et 1760, le romancier québé cois a l’ingéniosité d’associer l’ambiguité de l’amour à ce qu’il appelle «un mouvement ambigu de l’Histoire qui allait irrémédiablement vers une finalité encore indéfinie».Tant bien que mal, Caron s’efforce d’échapper à la médiocrité litté raire des romans historiques dont les auteurs semblent allergiques à l’originalité esthétique et à la réflexion riche, mythologique et spontanée que devrait pourtant susciter l’histoire.11 ne craint pas de décrire la conquête britannique comme une débâcle sans mesure au cours de laquelle les Français, autant que les Anglais, ne paraissaient pas se soucier du sort des Canadiens.Caron raconte que Vaudreuil, le premier Canadien de naissance à avoir été gouverneur général de la Nouvelle-France, a, dans une lettre lue dans toutes les paroisses au milieu de la tourmente, averti la population que la France cessait de rembourser Iç papier-monnaie des Canadiens.A l’ignominie des Anglais qui dévastaient le pays s’ajoutait celle des Français qui vengeraient leur défaite par le vol.Ce que l’on appellera le Québec n’était destiné d’aucune manière à devenir l’enfant chéri de l’Europe.Vaudreuil, qui savait qu’une guerre d’escarmouches à l’amérindienne était la seule qui convenait au Nouveau Monde, ne pouvait que rester perplexe devant une guerre en dentelles, ballet où Anglais et Français s'entretuaient élégamment pour l’honneur de rois étrangers à l’Amérique plutôt que pour le bonheur d’un peuple obscur.Les scènes d’amour entre Émilienne et Timothy, cet Irlandais catholique, indigène européen sous la férule anglaise, sont l'écho de l'art militaire raffiné que déploient les qfficiers français et britanniques.Émilienne éprouve «un plaisir acéré comme la pointe d’une lame d’argent».Quant à Timothy, il ne peut résister à «la vague frénétique», qui ébranle le corps combatif d’Émi-lienne.«A l’unisson», les amants succombent «dans les spasmes du plaisir».Ils «dérivent toujours dans un état bienheureux» sous les flammes.Par le ridicule, Pierre Caron invente sans le vouloir l'allégorie érotique définitive pour symboliser autant les morts si européennes et si théâtrales de Wolfe et de Montcalm que le dérisoire baroud d’honneur de Lévis qui, afin d’éviter que la vieille Angleterre ne s’en empare, brûle les drapeaux d’une puissance hégémonique tellement semblable: la vieille France.Collaborateur du Devoir EMILIENNE Pierre Caron VLB éditeur Montréal, 2006,560 pages CABARET POÈTES BROUSSE Hommage à Thérèse Renaud VENDREDI 2 JUIN 2006 À 22H AU QUAI DES BRUMES 4481 rue Saint-Denis av»c Julwn d Abngeon \France).Véronique Cyr (Quetec) Davnl Giarmoni (Belgique) j Catherine Latonde (Québec), Alain MabancAou (Congo-France', Jean-François Pixioart j (Montréal).Réiean Thomas (Canada) Jean Pierre Verheggen (Belgique).David Worméker (Longueuil) Musique MUTANTE THERESE THÉÂTRE QUÉBÉCOIS Relire Larry Tremblay Çflp Com«èl Art* cE> SOLANGE LÉVESQUE Au moment où un nouveau texte de bury Tremblay, intitule Di Hache, est créé sur fa scène du théâtre de Quat’Sous (du 24 avril au 27 mai 2006) et où l’auteur fait son entrée dans la collection «Blanche» de Gallimard avec un recueil intitule Piercing (Le Det'oir, 15 avril 2006).l'occasion est belle de relire Trois seamdes ù la Seine n a pas coule, un récit poétique publie en 2001 et créé au Theatre d'Au-jourdhui en janvier 2006.Sous la plume de Larry Tremblay, tout s’anime et les relations entre les êtres humains sont souvent révélées par les rapports que ceux-ci créent avec des objets qui les entourent Cette fois-ci.c'est à un fleuve, la Seine, que l’auteur donne la parole.D'ordinaire, la IxTixipale activité de la Seine est de couler, mais voilà qu’une nuit elle s'endort, cesse de couler et fait un rêve.«Une nuit Je me suis endormie Je ne coulais plus Trois se-comics à peine Trrstmne ne Ta remarque Mais J’ai,tait un rêve / Mon premier Le von-t.» La Seine, qui a des «idées piles».raconte des histoires; ceüe de la Ve» SOURCE MATHIEU RIVARD Geneviève Martin dans la création de Trois secondes., en janvier.rite, par exemple, qui a l’habitude de se cacher au fond d’un puits et qui apparaît à son tour au cœur du récit Elle prend elle aussi la parole pour raconter ce qu elle a vu: deux jeunes amants «en feu» qui devront tinir par fa regarder en taie.•M aimes-tu?/ .Ah la jolie question (.) / Comme dans les films Quand le train quitte la gare (.) /Je t’aime beaucoup (.) / Beau-amp est une valise perdue / Je t'aime énormément Enormément est un petit poisson triste Je t'aime jusqu’à la fin des temps/La fin des temps a perdu son chemin.• Les personnages de Larry Tremblay ne manquent pas d’esprit et jouent sur les mots avec un humour très fin.Le monologue de fa rivière s’enrichit bientôt de fragments de dialogues.Après avoir confié ses pensées à fa Seine, fa Vérité interroge son reflet puis retourne se cacher.Quant à la Seine, elle réfléchit en bon cours d’eau quelle est et finit par tout oublier avant de se remettre a couler.Au fil de ce texte, Larry Tremblay nous entraîne une fois de plus dans le délicieux vertige d’un récit qui ne s'embarrasse pas de logique conventionnelle.S'inspirant d’images très simples, l’auteur réussit à en évoquer toutes les richesses par le truchement d'une langue espiègle qui demeure à la portée de tous.Collaboratrice du Devoir TROIS SECONDES OÙ LA SEINE N’A PAS COULÉ Larry Tremblay Editions du Norôit Montreal 2001.97 pages LE DEVOIR.LES SAMEDI ET DIMANCHE 2 S M Al 2 0 0 t> Un paysage critique GUYLAINE MASSOliTRE De Roland Barthes, Bernard Comment, son élève, a gardé, outre la curiosité intelligente et critique, le goût prononcé du fragment Le réel, forteresse blindée, se saisit de biais, par vagues successives et répétées.Cette personnalité de romancier venu de Suisse, qui sait plonger dans la société du spectacle pour faire valoir ses convictions artistiques comme critique, comme scénariste, comme traducteur, donne au Seuil un tour de sa main fort intéressant à suivre.En témoignent, au Seuil, deux ouvrages qu’il a lancés dans la mêlée des idées.D’abord un essai, que signe un journaliste du Monde des livres, bien connu des gens de plume, Patrick Kéchichian.A l’heure où, en coulisses, la curée des courtisans, valeureux ou moindres, s'efforce de faire gagner le premier rang de la visibilité — une place dans les médias — à ceux qui souvent s’en gaussent, Kéchichian s’est vidé le cœur.Voici Des princes et des principautés, pamphlet Névroses en miroir La charge est brève, écrite en petits paragraphes, et décrit avec cynisme l’écrivain en quête de gloire.Portrait?Le grand écrivain est un premier de classe, nostalgique des récompenses de son enfance.Son narcissisme sans bornes Jui donne un appétit sans limite.Ecrire s’impose à lui comme une urgence, «comme un dû, comme un droit»: «Vous pourrez même y tenir le rôle du juge suprême.» L’écrivain travaille son image,,il la contemple jusqu’au culte.Evidemment, la concurrence gêne le grand écrivain.Il fourbit ses flèches dans le nectar.Se déclare exception, mal compris, persécuté, etc.L’écrivain aurait aimé réussir, en espèces sonnantes et trébuchantes.Il mène, avec son énergie puérile, sa petite entreprise et veut la faire fructifier, la rendre florissante.Kéchichian n’est pas seulement un moraliste, avec ses remarques acides et ironiques.Son humour noir touche les travers humains en général.Bien sûr, en les retournant comme un gant, il aplatit ces qualités qu’un critique littéraire fait le métier de signaler.lœ défoulement n’est pas inutile, mais le milieu qu’il dépeint est-il spécifique aux écrivains?Est-il bien nécessaire à la littérature de stigmatiser ce milieu des lettres, futile et dévoyé comme tant d’autres?On dira oui, la critique ayant trop à faire, et trop vite, pour suivre une production multiforme et monstrueusement diversifiée.Mais ce vigoureux portrait passe sous silence l’existence des écrivains discrets, au public choisi et restreint, qui ne trouvent pour ainsi dire jamais l’accompagnement que leur plu- me exigeante mérite.Qu’on crie une fois de plus que l’empereur est nu, c’est vrai, ne change rien à la littérature.Les écrivains ne supportent pas la critique, on le sait, quand elle fait obstacle à leurs visées.Mais les médias ont toutes sortes de fonctions.Que ces acteurs du milieu n’aient pour prétexte que la littérature, c’est un principe qu’on peut soutenir également.Requiem pour la postmodernité Autre humour, loufoque et léger, celui d'Emmanuelle Pireyre, jeune auteure de trente-cinq ans.Dans Comment faire disparaitre Ut terre?, une jeune femme essaie de court-circuiter la pression du consumérisme, des normes libérales et des conventions bourgeoises.La littérature peut-elle encore y faire quelque chose d'utile?Ou doit-elle prendre acte que la liberté est broyée?L'intérêt de ce livre, désespérant par bien des côtés, vient des surprises qu’il ménage.Cette femme de trente ans embrasse son temps.Monde médical, télévision, immobilier, sport hommes, livres, voyages.elle a un moment d’écriture pour chaque sujet Pointilleuse sur ses arguments, elle accompagne ses sorties, au besoin, d’une photo, d’un schéma, d’un produit brut collé à son enquête.Au lecteur revient le jeu de piste, la fantaisie qu'elle propose.Qu'apprendra-t-on de cette nouvelle figure, la sémiologue Pireyre?Qu’elle déteste Ponge et la biographie à l’américaine, entre autres choses.Ou qu'elle en saisit la rumeur.C'est éclectique, donc forcément actuel.Quelque chose d’incontournable, dans cet excès de la performance, passe dans le livre: un état attristant des lieux; une saturation; une confusion des valeurs; une effroyable complexité à la portée de chacun, la mondialisation, grand marché de la camelote, trouve chez Pireyre un cahier des charges bien rempli.Toutefois, un trait tout autre frappe davantage: l'impact d’un courant scénique éclaté, visuel et critique, très marqué par l'abstraction conceptuelle, sur l’ensemble des choix opérés dans cet ouvrage.Le roman a du mouvement, des pulsions et il rejoint les arts vivants.Collaboratrice du Devoir DES PRINCES ET DES PRINCIPAUTÉS Patrick Kéchichian Le Seuil Paris, 2006,141 pages COMMENT FAIRE DISPARAÎTRE LA TERRE?Emmanuelle Pireyre Le Seuil Paris, 2006,234 pages E N Alessandro Baricco en feuilleton Proposer en feuilleton un essai sur la décadence de la culture contemporaine, dominée par l’éphémère et la superficialité, c’est l’étonnant projet dans lequel BREF s’est lancé Alessandro Baricco, le célèbre écrivain dont les romans sont traduits dans le monde entier.Depuis quelques jours, en effet, le quotidien italien La Repub-blica publie les différents épisodes d’une réflexion intitulée I barba ri (les Barbares), que l'auteur de Soie (Albin-Michel, 1997) écrit au jour le jour.- Le Monde autei SERAI du Vieil-Age, éditions Gallimard LRCHÉ FRANCOPHONE DE LA POESIE Il participera à l’hommage Si Senghor m'était conté le vendredi 2 juin à 21 h Il fera une lecture le samedi B juin à 19 h et sera en séance de signatures le B juin à 17 h et à 19 h 30 TOUS CES ÉVÉNEMENTS SE DÉROULENT SOUS LE CHAPITEAU DE LA PLACE CÉRALD-CODIN Gallimard Littérature^ Il était une fois dans l’Ouest canadien Louis Hamelin Les éditeurs français, c’est connu, ont découvert l’Amérique avant tout le monde.Ils s’y retrouvent en terrain vierge, et c'est pourquoi j’ai pu lire quelque part (dans un quelconque communiqué de presse) que la maison Albin Michel publiait cette annee le premier roman du Canadien Guy Vanderhaeghe traduit en français.Or il se trouve que j’ai consacré, il y a quelques années, l'espace de cette chronique au précédent roman de ce même Vanderhaeghe et que je l’ai bel et bien lu en français.même si je n’ai gardé le souvenir que du titre anglais (The Englishman Boy, Prix du gouverneur général en 1998) et que je suis incapable de récupérer le papier en question, l’ordinateur qui le contenait ayant fini par manger un coup de fusil.Plus fiables, les archives du Devoir en conservent sans doute la trace.Tout ça pour dire que, s’agissant de la présentation du remarquable ouvrage qui vient de passer la semaine sur ma table de cuisine, je me serais volontiers privé de la préface signée Annie Proulx (selon le principe voulant qu’une œuvre de cette envergure devrait pouvoir se défendre par ses propres moyens) et des petits extraits critiques qui, à l’américaine, décorent le rabat de la jaquette («Tout simplement un magnifique écrivain», nous dit Richard Ford, et on veut bien le croire, mais là n’est pas la question).Par contre, j'aurais apprécié d’y voir figurer une simple bibliographie de l’auteur en guise d’aide-memoire.la Saskatchewan, voyez-vous, c’est encore bien plus loin du Québec que la France, et nous ne demandons pas mieux que de connaître un peu mieux nos voisins.Comme Mordecai Richler, par exemple.Dans une entrevue publiée par la revue L'Inconvénient, le Grand Grincheux confia un jour que le but ultime de la rie de tout homme de lettres était d'arriver à écrire au moins un livre susceptible de durer, sinon à quoi bon?Lui-même avait franchi le cap de la cinquantaine quand il s’est attaqué à Gursky, qui l’a alors en glouti pour le recracher comme un bout de cigare six ou sept ans après.Né exactement une génération plus tard, Vanderhaeghe aurait semble-t-il croisé le monstre sacré sur sa route.Et il n’est pas interdit de penser que, avec ce gros roman ambitieux où il continue de revisiter les mythes de l'Ouest, notre homme a décidé de s'attaquer à son tour à son Gursky.Là où Richler prenait la liberté d’ajouter deux passagers clandestins, juifs et londoniens, à l’expédition de Franklin, Vanderhaeghe envoie dans le Nouveau Monde, un quart de siècle plus tard, deux missionnaires anglais mus par l’obscure croyance qui voit dans les Indiens d’Amérique les lointains descendants d’une tribu perdue d’Israël.A peu de choses près (par exemple, l’importance du whisky en tant que facteur historique.), le parallèle entre les deux livres s’arrête là.L’écriture de Vanderhaeghe, souple, ample et parfaitement narration disciplinée, surfant sur un considérable travail de recherche et d’éru dition, ne possède jamais la force de frappe de celle de son aîné, ni ce petit quelque chose qui chatouille là où il ne faut pas, cette inconvenance qui parle aux tripes et cette virtuosité dans l’amour et la haine qui vous tire une grimace ou vous laisse bouche bée.In dernière traversée est prodigieuse, à la manière de certains films à grand déploiement.C’est un divertissement de grand style, assez conventionnel dans la forme, sinon toujours dans le propos.Une fresque plutôt restaurée que d’une originalité à tout crin, soutenue par un art de la narration presque parfait, doté d’une richesse de palette comme on en voit rarement et qui, à défaut de donner un véritable chef-d’œuvre, ne manque pas d’en mettre plein la vue.Bons ou méchants S’il faut absolument trouver une Une fresque plutôt restaurée que d’une originalité à tout crin, soutenue par un art de la presque parfait, doté d’une grande richesse de palette HUMANITAÔ PRINTEMPS 2006 LE MANUSCRIT DU DÉGEL Saint-John Kauss «On ne fréquente pas sans s'infecta’ la couche du divin; et (le) ciel est pareil à la colère poétique, dans les délices et l'ordure de la création.» Poèmes, 162 paRes, 14,95 S PERLE NOIRE Marie Flore Domond Une chasse absolue aux images tantôt naïves, tantôt réglementées par la rupture inattendue des syllabes, dans ces poèmes aux accents parfois d'un désespoir insurmontable.Poèmes, 86 pages, 13,95 î FICTIVE ANDALOUSE EN MA MÉMOIRE Lenous (Nounous) Suprice Elle me demande de la prendre à mon cou / avec son grand chêne sous la pluie / pour m'enfuir avec elle.Poèmes, 68 pages.8,00 S L'ADDITION Constantin Stoiciu Raconte-t-il vraiment sa vie le narrateur de ce roman ou celle d un autre?Le regard malicieux, sceptique, souvent cynique et corrosif qu il porte sur lui-méme, sur les autres et sur le monde en général est-il le «en ou celui d'un personnage social?Roman, 376 pages, 24,95 S < h« nrim»nwnts CHEMINEMENTS / CARNETS DE BERLIN (AVRIL-JUIN 1999) V.Y.Mudimbe •SVxi désir de durer, illogique, se dit bien dans les limites et incohérences des veillées qui, en ce livre, transcri vent, au quotidien, I impondérable et ses contingences en une trajectoire vécue en 1999 » Coilecüon Circonstances, 224 pages.25,00 $ AUX VENTS DES VAILLANCES Sylvain Rivière Entre terre, ciel et mer, un bistrot ou trois énerguménes en quête de petits bonheurs racontent les drames des pécheurs Théi»e, 86 pages 12,95 S 990 Picard, Ville de Brosurd.Québec, Canada MW ISS Tétéphone/Télécopieur: (4SO) 460-9717 • humanités» r vberglobr nrl œuvre pouvant servir de point de comparaison (c’est presque inévitable quand un auteur choisit de repasser par ces vieilles pistes ar-chi-rebattues qui mènent à la Frontière.), c'est vers le premier grand western de Leone qu’il taut se tourner, le fort Benton décrit par le romancier canadien évoque fatalement l’émouvante et âpre pt^ tite ville qu'un inoubliable plan d'// était une fois dans l’Ouest taisait pratiquement naître de la poussière sous nos yeux.On y trouve même une flamboyante rouquine à laquelle (insidieuse magie du grand écran) on peut difficilement se retenir de prêter les traits de Claudia Cardinale.Bons ou méchants, les personnages de ce livre sont en général plus bavards que Charles Bronson, ce qui résulte en un roman polyphonique où les registres propres à la gentry angkiise et à la racaille des comptoirs à whisky et des villes-champignons (les gens bien de Fort Ben-ton tiendraient dans un canoë.) s'entrechoquent joyeusement.In maîtrise avec Laquelle l’auteur coule d:ms fi forme écrite et fut s»' voisiner ces discours modelés par des environnements différents est plus subtile que spectaculaire: il arrive même, au début, à nous rendre las-siuites les contorsions morales et le méfuige de rigueur et de préciosité de son Anglais domestiqué par la civilisation, pour mieux nous jiréci piler ensuite dans la langue plus simple et vivante, plus impure aussi, par laquelle on entre dans la peau de ces hommes et de ces femmes qui vivent au milieu des chevaux, dorment dans des chariots, tiennent saloon ou, plus simplement, font profession de partir à l’aventure et d’en revenir fi plupart du temps, la verdeur du langage est une des vaches sacrées du mythe de l’Ouest et aucun lecteur ne prendrait au sérieux un cow-boy qui ne lancerait pas de temps à autre à son ennemi: «Titus Kelso, Lt verdeur du langage est une des vaches sacrées du mythe de l’Ouest t es qu'un pauvre demeuré dont la cervelle a coule le Umg des cuisses de ta mère.» Il y a beaucoup (énormément) de bonnes choses dans ce livre.Des descriptions de nature désertique et d'espaces sauvages portées pir un lyrisme si sobre et efficace qu'on ferme les yeux, puis les rouvre, et on s’y croirait.«Une nuee d'oiseaux s'abat sur les arbres parmi lesquels Tours a disparu, puis s'envole d'un seul coup comme un feu d'artifice de fusées noires.Une alouette fait ses gommes Un rat musqué depose sa signature à la surface du cours d'eau.» Ailleurs, on se réveille en pleine ba-taille de la guerre de Sè cession, parmi le sang, la fumée et les tripes, et là aussi on s'y croirait.Pourquoi écrire sur l'Ouest si ce n’est pas pour réécrire l’Ouest?La contribution de Guy Vanderhaeghe me semble être d'avoir placé att centre de son aventure ft figure du Métis («un homme rendu different et f>rt par le melange des sangs et le melange des influences»), de sorte que le vieux sang blanc, angfüs, sy phiütique et épuisé, ne vient pas seulement pourchasser en Amérique les chimères paradisiaques d'un autre messianisme, mais aussi la promesse de sa propre régénération.Ft attendez de voir la nuinière suprêmement habile dont l'auteur traite de l’homosexualité chez les Indiens Crow de la Little Big Horn.Un lieu de perdition, vraiment.Cinq ans après le départ du Charles Gaunt de Vanderhaeghe, le général Custer y laissera ses boucles jaunes.Collaborateur du Devoir LA DERNIÈRE TRAVERSÉE Guy Vanderhaeghe Traduit de l'anglais |)ar Michel lederer Albin Michel Paris, 2006,461 liages PALMARÈS LIVRES ARCHAMBAULT?» # QUEBECOR MEDIA Résultats des vantes Du 16 au 22 mai 2006 ROMAN u «noue du mofisut* de Henning Mankell (Seuil) OECEmON «ONfl Dan Brawn (X Lattes) D* VINCI CODE Dan Brown (X Lattes) ANGES H DtMONS Dan Biown (X Lattes) Cteyitio* Bioullel (Courte échelle) Nicot» Dxknei (Alto) CHAMES LE TtMtlUUU l S Vm Beeuchemin (fuie») FreiJ Patlenn (Ptanere Hedettei am, CMMurm saMoas Tore «oite (Robert Lettort) ynn Stoles ?Joe Moon (ADA) LIVRE DE POCHE OUVRAGE GÉNÉRAL PASSAGES MUfitS Josélrto Michaud (Libre exprewuon) OU EST CHAAUCT U MANDE EXTO Martin Haixlfonl (Gnjntf) S.O.S.SEAI/Tt: MENUS ET.Chantal taciola (La seniame) U CVCU DE RINÇAGE Piwre Motency (îianacontinenlal) VOILE DE LA PEUR Samia Shanft (JOL) DEMANDEE ET VOUS RECEVREZ Pierre Morenry (trantcootmentiil) MA ME David Suzuki (Boréal) ÉLOGE DI LA MCHESSE Alain Dubur.(Voir Parallèles) MAGASIN SÉNéRJU.11: NANi B lotsel/J I Tnw (Caiterman) UNE ANTRE AME DANS MA RUI Ane* LatnaHe (Dauphin Aiarx.) NOUVEAUTÉ ANGLOPHONE Dan Brown (fockatt ARMS PARAGON 111: U MASQUE DE.Bryan Perre (MouctatAesi UN DMItDnG A U fISCNM A KIGALI I (jS Courtamanche (Bcreali Carlos But?Eaton flwre 0e poche i ENSCMSLf C’EST TOUT | tane Ctntte U n kit m erm ms emm lummm SMphera Doreparrt (OuAbac Arrano») LA RART RI L'ANTRE f nc trnmsnuN Sdvwü (lure 0e podat LA Rttli •( OMTRE an CMtaM mam lAoni Mtaal t«ar «orttl DA MNCI CODE Dan Brown (Anchor! DEjCEPTWR POSSft Dan Brown Simon S SchusMr) MGETAl FORTRESS Dan Brown SI Martin s Pretsi Vjpree Kmaota (Bantam DeR) moern Dean Koont/ (Bantam Books) DRVMCMt mi Ota Brown (Andwrt I ( oorard Ocrer (McCleAM * SMwart) MAR SE MMES Mmes BoNns (A*on BrtaSi M- ’we ,'«-• « V-V», FtaM> (Morue (Harper CoNrao / D I M A N ITTERATURE LETTRES FRANCOPHONES Le mal de terre LISE GAUVIN Mais sa Bey, romancière et nouvelliste algérienne, était l’une des 40 invités officiels du Salon du livre de Paris de mars dernier consacré à la francophonie.Dans un numéro spécial de la revue Internationale de l'imaginaire publié à cette occasion, elle précise qu’en aucune façon la langue dans laqueüe elle écrit n’est une rivale de l’autre, dite maternelle.Comme chez plusieurs écrivains francophones, on sent chez elle un certain agacement devant la question souvent posée, et mal posée, d’une langue qui en aurait éclipsé la première, au prix de douleurs et de tiraillements sans fin: «Ni déchirement, ni renoncement.Cette langue est mienne.Définitivement.Sans que je me sente obligée de dérouler les arguments maintes fois évoqués, des explications maintes fois convoquées.Langue investie, innervée, insolée, intaillée.C’est dans cette langue, et seulement dans les motifs de cette langue, que je peux tisser la trame de mon écriture sans que l’autre, inscrite dans le corps même de ce qui vient à moi, n’en soit absente, cette autre qui flue, qui muse et se glisse dans un blanc, un espace, un soupir.» Cette mutuelle complicité, Maïsa Bey la met en œuvre pour «écouter», «guetter», «tendre l’oreille», «laisser venir à soi les frémissements de la mémoire que l’on nomme souvenirs».Bouleversement algérien Surtout ne te retourne pas, ropian qui vient d’être édité en livre de poche aux Éditions de l’Aube quelques mois à peine après sa parution en 2005, retrace les bouleversements subis par une partie de la population algérienne lors du tremblement de terre de 2003.Ce qui est relaté, ce sont moins les dégâts matériels causés par la catastrophe que les profondes perturbations qu’elle produit chez les différents personnages représentés dans le livre.Le lecteur est prévenu dès les premières pages du récit de la difficulté du projet: «Je n’aurais pas assez de toute une vie pour dire ce que j'ai vu.Ce que je vois.Dire ou se taire à jamais.» Cédant à un appel mystérieux, une jeune fille décide de quitter le cocon familial pour aller rejoindre les lieux dévastés: «La ville est là.Tout n'est qu'impétuosi-té, désordre et délabrement de plus en plus visibles.Iss hommes et les femmes vont et viennent, totalement indifférents à ce qui les entoure; immeubles décrépits, façades parcourues de profondes balafres, murs lépreux, balcons en ruines, trottoirs défoncés, rues entaillées de fondrières, ordures amoncelées.» Dans cette atmosphère de fin du monde, tous ont «l’impression presque physique d’avancer sur un fil en vacillant, en équilibre instable.Comme s’ils avaient le mal de terre».Puis arrivent les secours.La vie reprend peu à peu.De nouvelles familles se créent telle celle que réussit à légitimer une grand-mère improvisée, Ai'cha Dadda, en adoptant une jeune fille amnésique, une lycéenne orpheline et un garçon plein d’ingéniosité.La vie reprend son cours, mais autrement, «dans une autre dimension», «dans une autre relation au temps et aux choses».De manière étonnante, certaines nécessités apparaissent, certains métiers resurgissent, notamment celui de coiffeuse, dont l’action s’avère bientôt indispensable et réussit à transformer l’ambiance du camp.Mais la solidarité la plus touchante y côtoie l’égoïsme et la rapacité, sans compter les mesquineries et régressions de toutes sortes.Car «le tremblement de terre n'a pas seulement détruit des édifices et arraché des milliers de personnes à l’affection de leurs proches mais [il a] aussi ébranlé toutes les croyances, perverti tous les comportements et mis à nu les aspects les plus primaires, les plus haïssables, les plus odieux de la nature humaine.Et le retour aux traditions religieuses, les plus anciennes, les plus rigoureuses, n’est pour beaucoup qu'une façon de se donner bonne conscience».Le cataclysme devient ainsi l’expression d’une inquiétude qui se répercute à tous les niveaux du récit et que la voix de la narratrice, cherchant à nouer les fils de sa propre histoire, reproduit à la manière d’un leitmotiv lancinant.Portrait d’une époque et de personnages rendus exemplaires par l’amplitude d’un séisme dont la principale conséquence est de redistribuer les territoires de l’intime.Collaboratrice du Devoir SURTOUT NE TE RETOURNE PAS Maïssa Bey Éditions de l’Aube Paris, 2006,207 pages YVES HERMAN REUTERS Un soldat algérien au milieu des décombres d’un édifice de 10 étages détruit par un tremblement de terre meurtrier, en mai 2003.Le livre de Maïssa Bey retrace les bouleversements subis par une partie de la population algérienne lors de ce séisme.LA PETITE CHRONIQUE Une femme en cache parfois une autre GILLES ARCHAMBAULT Vers 1972, j'eus l’occasion d’interviewer Dominique Aury d;uis les bureaux de la N RF, rue Sébastien-Bottin à Paris.Je garde le souvenir d’une femme discrète, d’un jugement littéraire très sûr, vêtue de façon austère.On disait depuis quelques années qu elle avait peut-être écrit cette Histoire d'O qui en 1954 avait scandalisé les bien-pensants.Cette petite femme à la voix si pansée être l’auteur de cette perle de la littérature érotique, de ce récit qui relatait des relations amoureuses à bast' de sado masochisme?On devait se tromper.Non, c’était bien plutôt Jean Paulhan, figure équivoque de la vie littéraire parisienne et avec qui elfe était liée, qui l’avait écrit.11 a fallu attendre plusieurs minées encore pour que Dominique Aury révèle la vérité à un écrivain américain.C’est autour de la personnalité complexe d’une femme exceptionnelle que s’élabore la biographie fouillée que lui consacre Angie David.Travail de recherche exécuté avec minutie, rédaction à l’occasion poussive, compliquée par l'ajouts de détails par fois inutiles, entachée par une obstination qui vise à l'en- combrement plutôt qu’à l’interprétation, cet essai passionnera l’amateur de la vie littéraire française, du moins celle qui s'articulait autour de fa Nouvelle Revue française.Angie David a une sympathie évidente pour 1a personnalité dont elle entreprend de raconter 1a vie.On le comprend facilement.Dominique Artry a une vaste culture, est dépourvue de préjugés.Sa nature effacée ne l’a pas empêchée de frayer avec quelques-unes des figures importantes de la peinture et de la littérature.De son nom véritable Anne Du-clos, Dominique Artry commencera par se reconnaître dans une certaine croite politique et littéraire.Elle se marie, a un enfant, divorce peu de temps après.Suivront des relations amoureuses diverses.Ayant accès à des correspondances privées, Angie David ne cache rien des singularités amoureuses de son modèle.«Son amour des femmes est aussi charnel et elle accepte d’etre parfois regardée comme un garçon.Elle ne cherche pas à imposer sa condition de femme pour être à l’égal des hommes, mais à bouleverser les identités sexuelles.Vivre avec une femme ne doit pas l’empêcher de vivre avec un homme.» Dominique Aury aura aimé deux hommes, nous dit Angie Da- vid: Thierry Maulnier et Jean Paulhan et deux femmes: Edith Thomas et Janice Aeply.Disons tout net, le lecteur que je suis se passerait de bon nombre de détails concernant ces liaisons amoureuses ou même ces passions.M’intéresse bien davantage le climat social et intellectuel dans lequel évolue Dominique Aury.Là non plus, l'auteure ne pêche pas par la modération.Très souvent, l'analyse s’efface devant l’accumulation des documents.Plutôt que de résumer un document Angie David a tendance à le citer en entier.En sonune, une évocation respectueuse d'une vie bien remplie.Dominique Aury qui s’est appliquée pendant longtemps à brouiller tellement de pistes aurait-elle approuvé cette mise à nu?Comment trancher?Le lecteur se sept un peu voyeur, mais enfin! A regretter, comme le déplore également Angie David, que l’éditeur ait choisi de ne pas inclure d’index.Collaborateur du Devoir DOMINIQUE AURY Angie David Editions Léo Scheer Paris, 2006 551 pages LITTÉRATURE JEUNESSE Raconte-moi une histoire que je connais déjà.ANNE MICHAUD Pour les tout-petits, rien n'est plus agréable que de se faire raconter une histoire qu’ils connaissent déjà par cœur.sauf peut-être de se la raconter eux-mêmes! Mais les albums sont souvent trop grands et bien difficiles à manipuler pour de petites mains.C.’est pour cette raison que les Éditions Dominique et compagnie ont décidé de rééditer en petit format quelques-uns de leurs albums les plus populaires des années passées.C’est ainsi qu’Edmond le raton.Bébé-fantôme, Le Dodo des animaux et plusieurs autres histoires parmi les préférées des tout-petits renaissent dans un format très facile à manipuler, aux pages cousues et semi-cartonnées.Les textes, signés par quelques-uns des meilleurs auteurs québécois pour la jeunesse, n’ont rien perdu de leur fraîcheur et de leur qualité; quant aux superbes illustrations, elles sont mises en valeur par le fini lustré et les couleurs vibrantes des pages de chaque livre.Un peu plus et on aurait quasiment le goût de retomber en enfance ou d’agrandir fa famille! Collaboratrice du Devoir EDMOND LE RATON, BÉBÉ-FANTÔME ET CINQ AUTRES TITRES Divers auteurs et illustrateurs Dominique et compagnie, coll.«Pour les petites mains» Montréal, 2006,24 pages (Dès deux ans) La figure de l’écrivain auscultée L’université de Sherbrooke organise un colloque international intitulé La fabrication de l’auteur du 12 au 15 juin prochain sur son campus Longueuil.Une trentaine de conférenciers aborderont 1a figure de l’écrivain du point de vue de l’histoire du livre.Comment 1a construction de cette figure s'opère-t-elle?Quel effet produit-elle dans le champ littéraire?L’événement qui tentera de répondre à ces questions, est organisé conjointement avec les universités de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, de Liège, Paris 13-Velle-taneuse, l’École pratique des hautes études de Paris et l’Association québécoise pour l’étude de l’imprimé.- Le Devoir Remise des Prix de poésie Estuaire Les cinq titres finalistes 2006 du prix de poésie Terrasses Saint-Sulpice de la revue Estuaire, sont maintenant connus, fl s'agit de Origine des méridiens de Paul Bélanger, (Noroît), Vingtièmes siçcles de Jean-Marc Desgent (Écrits des Forges), L’étang noir de Benoit Jutras (Les Herbes rouges).Le Pas gagné de Marcel Labine (Les Herbes rouges) et Les morts de l’infini de Joël Pour-baix (Noroî).Remis chaque année depuis 1990, ce prix récompense une oeuvre poétique de langue française.Une bourse de 3000 dollars lui est associée.Il sera attribué au terme d'une soirée de lecture des finalistes, le 1er juin prochain.18h, à Montréal, au Cabaret des Terrasses Saint-Sulpice (1680, St-Denis).-Le Devoir 11§11 I IHportert fionttôres I POUR LA ÜBuTE DE IA PRESSE f U En achetant le nouvel album de photographies de Reporters sans frontières, vous nous aidez à défendre les journalistes emprisonnés pour avoir simplement fait leur métier.EN VENTE MAINTENANT -13,00 $ N'attendez pas qu'on vous prive de l'information pour la défendre.BANDE DESSINÉE Humour de bottine et coureur des bois FABIEN DEGUISE Nouvelle-France, été 1754.Au cœur d’une guerre connue entre Français et .Anglais pour le contrôle de l’Amérique du Nord, un idiot débarque.Chevalier de son état, Louis-Joseph-Honoré du Sault de LapeccadiDe — c’est son nom — n’est plus le bienvenu en France, où Louis XV lui-même ne «puis plus supporter la présence de ce crétin», écrit-il.Et forcément, le Canada et les États-Unis en formation deviennent par la force des choses sa nouvelle terre d’accueil.Une chance.Aux côtés d'un coureur des bois, Laflèche, et de deux .Algonquins dévergondés, Tomtak et Kanasuk, cette patate de sous-baron va goûter très vite aux -plaisirs- de fa NouvelfeFran-ce: attaque de forts, course à pied sous des murs de flèches enflammées et surtout balades en rabas-ka dans les grands espaces, sur les nombreux lacs et les rivières, afin de retrouver Watapiti.fille du grand chef algonquin Toutakabi enlevée par ces maudits Iroquois, anil's des Anglais Ouf.l.a mission, on s en doute, va être truffee de rebondissements Elle est aussi un prétexte pour Mario Landrv et Marcel Levas- seur.les hommes derrière cette aventure, de mettre pour la première fois en scène ceux qu’ils aiment pompeusement présenter comme des nouveaux héros de la bande dessinée québécoise»: La-flèche.le trappeur trapu au gros nez.et ses amis Avec Fort Nécessite, ce premier opus, le ton est donne.Coup de crayon d'un classicisme consommé.découpage d’une lenteur ünfr-nesque — ou hergéesque, c’est selon —, humour de bottine arrivant à peine à la cheville d’idefix (à l’époque où Astérix était vraiment drôle) et gags laissant une odeur de punch 15 vignettes à l'avance.Laflèche n'a visiblement pas l’intention de révolutionner le genre, préférant plutôt canoter sur des cours d’eau déjà ouverts à une autre époque par les Tuniques bleues ou Lucky Luke.Poyr ne citer qu'eux.A une époque où les visages du 9' art sont pourtant en pleine reconstruction et où les lectorats prennent désormais un petit coup de vieux, le chemin emprunté par les deux nouveaux bédéistes — l’un est un scenariste-réalisateur dans le domaine du multimédia, l'autre est un comédien illustrateur — peut bien sûr surprendre.Autant par la facture de ce récit que par son décor — la Nouvelle-France, les Indiens, les coureurs des bois — loin d'être dans l'air du temps.Erreur?Méconnaissance de l'univers de la bédé?Ou coup de génie visionnaire?Le jeune lecto-rat, puisque c’est visiblement et uniquement lui qui est visé, devrait trancher.Le Devoir LAFLÈCHE 1- Fort Nécessite Mario Landry et Marcel Levasseur Anon editions Lac-Beauport 2006.48 pages LE DEVOIR.LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 2 S MAI 2 O O B F ( -«"E ss f Pour une Eglise qui change Louis Cornellier 1 - â Les catholiques conservateurs, pour refuser les appels au changement dans l’Eglise, assènent toujours le même argument la vérité catholique, inspirée par l’Evangile, ne peut pas changer, ne peut pas évoluer, sauf à trahir sa sainte source.Les adversaires du catholicisme, d’ailleurs, se nourrissent abondamment de cette attitude.Puisque, disent-ils, certains aspects de la doctrine nous déplaisent souverainement et que l'Église ne peut en changer, il n’y a rien à faire avec elle.Refusant l’une et l’autre de ces positions, les catholiques progressistes se sentent parfois bien orphelins.Etonnante Église, le plus récent essai du théologien Gregory Baum, devrait les réconforter.Professeur émérite de l’université McGill et membre du comité de rédaction de la revue Relations, Baum, qui a été expert au concile Vatican II, peut être qualifié de théologien de gauche.Dans cet ouvrage nécessaire, rigoureux et puissamment original, il illustre «l’évolution extraordinaire survenue dans l'enseignement officiel de l’Eglise catholique» depuis Vatican II et réfute ainsi l’argument bidon qui postule l’immobilisme doctrinaire du catholicisme.Gregory Baum raconte que, dans les années 1950, il avait été troublé d’entendre une jeune catholique affirmer «que les papes avaient tort de condamner le principe de la liberté religieuse».Il lui donne, aujourd'hui, raison en reconnaissant que, en contexte historique de changement d'hoyizon éthique, «on peut rendre un grand service à l’Église en n’étant pas d’accord avec le magistère, en l’aidant à réagir aux signes des temps q la lumière de la foi catholique».L’Église a changé; l’Église peut changer, et il arrive que «le dissentiment avec l'enseignement officiel peut être un devoir de conscience».La principale thèse défendue par Baum dans cet ouvrage est simple et forte: «Quand l’Église entre dans un nouveau contexte culturel, elle doit se demander comment interpréter le message chrétien de manière adéquate.» Et ce principe, avec Vatican II, l’Église Ta appliqué en se laissant (enfin!) interpeller par l’horizon éthique de la société libérale, tout en combattant en fidélité avec sa tradition, le «versant sinistre» de cette modernité.En 1832, dans l’encyclique Mirari vos, Grégoire XVI plaide en faveur de Tordre aristocratique féodal, dénonce la société libérale et attaque la liberté de presse.En 1891, Léon XIII, dans Rerum novarum, dénonce l'inégalité sociale engendrée par le capitalisme, mais ne fait «aucune concession à la démocratie».Pourtant Jean XXIII, en 1963, en s’inspirant de la no tion de «signes des temps», renverse ces positions en reconnaissant un fondement théologique aux droits de la personne, ce qui rend légitime la contestation de l'exploitation des travailleurs, de l’instrumentalisation de la femme et du colonialisme.Gaudium et spes, aussi issue de Vatican II, fait Téloge de ces trois valeurs modernes que sont la liberté, l’égalité et la participation, un mouvement que poursuivra Jean-Paul II en parlant des êtres humains comme de «sujets», «c’est-à-dire des agents historiques libres, responsables d’eux- mêmes et coresponsables des diverses institutions auxquelles ils appartiennent».Dans ses propres rangs, TÉ-glise ne sera pas toujours à la hauteur de ses enseignements, mais l'évolution de ces derniers n’en reste pas moins évidente.Cette même évolution.Baum la retrouve aussi dans l’enseignement qui concerne «la présence rédemptrice de Dieu dans l’histoire».Pendant des siècles, l'Église a distingué Tordre naturel, la création entachée du pé- j ché, de Tordre surnaturel, l’oeuvre de rédemption divine, pour distinguer les exigences de la vie spirituefie de l'action dans le monde.On pouvait, alors, être un grand chrétien sans engagement terrestre concret Toutefois, «depuis le pape Jean et le concile du Vatican, l’enseignement social catholique est présenté comme une dimension constitutive du message chrétien: la vie de foi, d’espérance et d’amour à laquelle sont appelés tous les chrétiens comprend l’engagement pour la paix et la justice sociale».L'évolution de cet enseignement mènera à «l'option préférentielle pour les pauvres» qui modifie la conception organique et corporatiste de la société jusque-là promue par l’Église dans le sens d'une «vision plus conflictuelle [.], attentive aux structures de domination et à la victimisation des pauvres et des faibles», fi faut dorénavant lire la société et les évangiles du point de vue des pauvres, se solidariser avec eux en faveur de la justice et refuser d’être les complices d’une structure de péché.Jean-Paul IL reconnaît encore Baum, a parfois opté plus pour l’institution ecclésiale que pour les pauvres, mais l'enseignement de l’Église permet au moins, depuis lors, de cri-tiquer cette attitude, même de l'intérieur.L’Église, qui a déjà prôné la théorie de la «guerre juste» et condamné les objecteurs de conscience en cette matière, professe plutôt, aujourd’hui, une culture de la paix et du dialogue qui reconnaît la légitimité du pluralisme.En matière religieuse, même, son enseignement a connu une radicale évolution.Elle disait, les plus vieux s’en souviendront, «que les non-catholiques allaient et) enfer après leur mort», que les chrétiens hors de l’Église n’étaient pas de vrais chrétiens, qu’il fallait prier pour la conversion des Juifs qui avaient collaboré à la mort du Christ et elle refusait l’œcuménisme.Tout cela, avec Vatican II et depuis, a été révisé (malgré quelques reculs occasionnels) et le pluralisme religieux, maintenant, est reconnu par l’Église, même si l’articulation précise entre le dialogue et la proclamation reste à définir.L’Église, donc, a changé, et même si plusieurs de ses membres, entre autres ceux de la hiérarchie, résistent à ce nouvel enseignement, la preuve est faite que l’argument de l’immobilisme sacré ne tient pas.L’horizon éthique d’aujourd’hui, écrit Baum, interpelle l’Église sur les questions de son «centralisme autoritaire», de «l’égalité des hommes et des femmes à la lumière de la révélation divine» et du «sens de la sexualité» en rapport avec la foi catholique.Les progressistes dans ses rangs ne lui demandent pas de s’inféoder à Tair du temps, mais d’accepter le pari d’une relecture évangélique à la fois fidèle au meilleur de sa tradition et sensible aux richesses humaines que portent les nouveaux signes des temps.Gregory Baum, dans ce livre essentiel, trace la voie de ce catholicisme solidaire.lou iscornellierCfoparroinfo.net ÉTONNANTE ÉGLISE L’Émergence du cathoucisme solidaire Gregory Baum Bellarmin Montréal, 2006,232 pages AIS W ¦"¦'i.’Zl HBHHH JACQUES N AD K AU LK DEVOIR Dans son nouvel essai, Hervé Fischer explore les travers de l’inconscient social de l’Occident.sa** ESSAI Q V É B É COIS L’inconscient de l’Occident ULYSSE BERGERON Dans Cyberprométhée, l'artiste et philosophe Hervé Fisher visitait l’envers de la médaille de la révolution numérique et technologique.Pour ce faire, il s’appuyait sur le mythe de Prométhée, titan puni par Zens pour avoir dérobé le feu du ciel afin de le transmettre aux hommes.11 nous mettait alors en garde contre le remodelage de l’humanité que risquent de provoquer les nouvelles technologies.Avec Nous serons des dieux, Fischer reprend la mythanalyse, méthode qui mélange l’analyse sociologique à la psychanalyse.Mais cette fois, il explore les travers de l’inconscient social de l’Occident, les motivations profondes qui font que nous nous comportons d’une façon plutôt que d’une autre.Deux mythes quelque peu paradoxaux lui servent de base: la légende prométhéenne qui étale l’instinct de puissance des hommes et le mythe de la souffrance et du masochisme issus des monothéismes.Fischer s’attarde particulièrement aux effets de ces derniers.Il dénonce tout particulièrement le dolorisme qui hante encore aujourd’hui l’Occident en raison de l’empreinte toujours présente des religions.«Le malheur a atteint le co ur de l'humanité occidentale, non seulement en tant que punition, mais aussi — et c’est cela qui est le plus bizarre — en tant qu opportunité de rachat de la transgression originelle.» Selon l’auteur, les sociétés, même laïques, se transmettent le concept de douleur rédemptrice d’une façon quasi génétique: •l'eut-être s'est-elle même insinuée dans nos gènes.» Et c’est de ce dolorisme chronique et omniprésent que Fischer souhaite nous extraire.Dans le dernier tiers de Tou-vrage, il esquisse une solution au cul-de-sac des croyances dans lesquelles semble s’être enlisée, voire emprisonnée l’humanité au fil des millénaires.Se détachant de la tentation nihiliste et pessimiste, il écrit avec raison que «nous avons besoin d'une nouvelle philosophie planétaire pour le III' millénaire, qui ne se contente plus d’être critique et autocritique [.|, mais qui propose une vision hyperhumaniste».En d’autres termes, il faut changer de mythe pour changer l'humanité.El cette transformation d’attitude philosophique réside, selon lui, dans le développement d’une philosophie matérialiste de la na lure; une philosophie où l’humain reprendrait les rênes de sa destinée en sortant du «long cauchemar» des religions et en assurant sa propre évolution, et cela en étant en complète harmonie avec la nature.L’approche intimiste qu'il in-suffle à l'ouvrage ouvre tout grand la porte, non seulement à sa ré-flexion, mais à l’ensemble de son univers personnel: enfance, relation avec ses parents, périodes de remises en question.Et c’est là certainement une des forces de Fischer: il réussit à captiver son lectorat sans pour autant diluer son analyse.Collaborateur du Devoir NOUS SERONS DES DIEUX Hervé Fischer VLB éditeur Montréal, 2(X)6, 283 pages marchedulivre.qc.ca librairie agréée livres et bandes dessinées Neufs et d’occasion Sur le campus UQAM.i deux pat de la Grande Bibliothèque 514.288.4350 fingle de IDaisonneuue et St-Hubert Novi acbeto.l à domicile livre; de «walité ^ > ____________^ BOUOUIMERIE SAINT-DENIS 4075, rue 51 Denis, Ouiuthi 288-5567 boi quinerIe Ha du plateau 799 Mont Royal.sr 523-5628 Carnet de voyage 30* CONCOURS LITTÉRAIRE CRITÈRE Pour souligner la conclusion de sa 30e édition, le Concours Critère désire souligner la participation de plus de 6 000 étudiantes et étudiants en provenance de la presque totalité des collèges publics et privés du Québec.Nous sommes fiers de dévoiler la liste des lauréats et des finalistes du Concours de cette année, qui ont produit des textes de 4 000 mots sur le theme de « Carnet de voyage ».Lauréates et lauréats 2005-2006 Premier prix : Simon Boulerice Collège Lionel-Groulx Deuxième prix : Emmanuelle Belleau Collège François-Xavier-Garneau Troisième prix Geneviève Monn Collège François-Xavier-Garneau Mentions 'par ordre alphabétique) Cathenne Arsenault Alexandre Gilbert-Vanasse Laurence Grenier-Laroche Mytame Massicotte Tatiana Saint-Louis Cégep de Gaspésie et des îles Cégep de Sainte-Foy Collège Edouard-Montpetit Cégep de Victonavitte Cégep de Saint-Laurent Nous remercions sincèrement nos commanditaires : • Le ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport du Québec • La Chaire en esthétique de l’Université du Québec a Montréal • L’Université de Sherbrooke • Le Reseau imercollegial des activités socioculturelles du Québec (R1ASQ) • Le Collège François-Xavier-Garneau • Lepire Design Les Éditions du Noroît Nouveautés 2006 35 ans de DOésie www.lnnoralt.aom À I.tujtK s Rrauh LA RT f S A N Jacques Brault L'Artisan Jean-François Beauchemin Voici nos pas sur la terre Voici nos |ias sur la terfï .es Éditions Rodrigo) présentent C&t>aret poétia^® RodriQ01 m Procu re/.-vou.s notre dernière parution: Les Sports, textes sués chez tous les vrais libraires?i«té* v*r MMVI vys ’ pat^0 Roy a' t’st ,(>.Mont- 2 2P/ ^ LE I) E V 0 i H , LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 MAI 2 0 0 H F 8 -«-Livres-»- HISTOIRE Une histoire de Fanimation menée cahin-caha SOURCE ONF Pour comprendre ce qui caractérise l’animation québécoise (et canadienne), il y a une clef de voûte: Norman McLaren.MARCO DE BLOIS Le Québec a publié quelques ouvrages sur le film d’animation, mais aucun ne proposait jusqu’à maintenant une histoire générale de l’animation québécoise.Pourtant, cet art, qui est ici méconnu et mal enseigné, nous a propulsés sur la scène internationale et nous a valu des avalanches de prix (des décennies avant l’Oscar des Invasions barbares').Mira Fa-lardeau suggère de combler le vide.Or cette Histoire du cinéma d’animation au Québec comporte de nombreuses faiblesses, ce qui atténue l’intérêt qu’on pourrait lui porter.Pour raconter cette histoire, l’auteure emprunte un ton enthousiaste, multipliant les bons mots à l’endroit de tout un chacun.Elle évoque d’abord la carrière du pionnier Raoul Barré à New York dans les années 1910 et à Montréal vers 1930.Elle survole la production d’animation à l’Office national du film depuis sa fondation en 1939 jusqu’à aujourd'hui, consacre quelques pages au secteur privé et à l’animation par ordinateur et conclut sur le multimédia.Tout ça en 187 pages illustrées (en noir et blanc) et bien tassées.Oui, le cinéma d’animation d’ici possède une riche histoire et compte des œuvres fortes.Falardeau l’affirme à juste titre: la contribution de l’ONF, «un organisme unique au monde [qui] a joué un grand rôle dans le financement et le rayonnement de cet art», est fondamentale.Et pour comprendre ce qui caractérise l’animation québécoise (et canadienne), il y a une clef de voûte, Norman McLaren, «figure prédominante du paysage des arts au Canada et dans le monde».Le livre ne manque pas de souligner l’apport d’autres artisans, comme René Jodoin, Colin Low, Gerald Pot-terton, Frédéric Back et Daniel Langlois.Mais il reste que l’Histoire du cinéma d’animation au Québec emprunte des pistes discutables.Par exemple, dans un chapitre intitulé «Les techniques du dessin animé», Falardeau prend soin d’expliquer en long et en large le fonctionnement du dessin animé traditionnel sur feuille de celluloïd, une technique davantage associée à l’industrie privée et qui occupe une place marginale chez les auteurs québécois.Puis elle expédie en quelques paragraphes les autres techniques qui ont marqué notre cinéma et n’ont rien à voir avec le dessin animé (marionnettes, animation gravée ou peinte sur pellicule, éléments découpés, etc.).Si bien que les descriptions de l’œuvre des principaux réalisateurs se font anecdotiques, impressionnistes, pour ne pas dire floues.On doit à Falardeau, spécialiste de l’humour visuel, une histoire de la bédé québécoise (La Bande dessinée au Québec, Boréal, 1994).C’est peut-être cette déformation professionnelle qui la pousse à faire remonter les origines de l’animation québécoise aux cartoonists et à accorder tant d’importance à l’anima-tjon sur celluloïd.L’approche pourrait fàire sens aux Etats-Unis, mais pas au Québec, la plupart des auteurs d'ici (McLaren, Jodoin, Back, Drouin, etc.) ayant été formés aux Beaux-Arts.Enfin, on relève plusieurs inexactitudes gênantes qui entachent la fiabilité de l’ouvrage.Un film allemand de silhouettes découpées, Les Aventures du prince Achmed (Lotte Reiniger, 1926), devient ici un dessin animé.La compagnie croate Zagreb Film, de l’ex-Yougoslavie, est relocalisée en Tchécoslovaquie.Marc Aubry remplace Martin Barry comme réalisateur de Juke-Bar (1989).Le Chapeau, de Michèle Cournoyer (2000), se voit attribuer la Palme d’or du court métrage à Cannes, alors que le film n’était pas en compétition officielle.On pourrait donner bien d’autres exemples de la même eau.Et que penser de cet étonnant amalgame: «[Caroline Leaf] a inventé la technique d’animation de sable peint sur une plaque de verre.» Le sable sur verre et la peinture sur verre sont deux techniques distinctes mises au point par cette cinéaste.Une affirmation farfelue qui dénote, il faut bien le dire, une compréhension approximative de la matière.L’auteur est conservateur du cinéma d’animation à la Cinémathèque québécoise.HISTOIRE DU CINÉMA D’ANIMATION AU QUÉBEC Mira Falardeau Typo essai Montréal, 2006,187 pages P H I L O S O FUIE LINGUISTIQUE Regards croisés sur Emmanuel Levinas GEORGES LEROUX L> hommage mondial rendu à 1 Emmanuel levinas, en cette année du centenaire de sa naissance, est aussi unanime que vibrant.Les études se multiplient mais, devant les regards croisés de tant de lecteurs, se tient simplement une œuvre limpide, franche et offerte à tous ceux qui aujourd’hui sont à la recherche d’une pensée de l’altérité.Dans le numéro que la revue Cités lui consacre, Yves Charles Zarka note justement comment cette œuvre, marquée par une méditation sur la différence de la pensée grecque et de la Bible sur la question de la violence (Totalité et infini, 1961), choisit dès le point de départ la figure d’Abraham, et non celle d’Ulysse.L'exil définitif est sa condition, l’arrachement aux racines pouvant exiger jusqu’au renoncement à sa propre identité.Venant d’un penseur juif, féru de talmudisme et témoin de l’aventure d’Israël, cette proposition garde sa part de paradoxes et Levinas, qui en a fait le titre d'un recueil important, n'a jamais minimisé la difficulté de la liberté.Dans son effort constant pour aller à la rencontre de cet autre homme, toujours autre et tout autre, il est allé jusqu’à affirmer que nous étions tous les otages les uns des autres, ne serait-ce que par notre responsabilité de protéger chacun contre le mal et la souffrance.On peut s'approcher de la pensée de Levinas d’abord par ses questions les plus ouvertes sur l'histoire.Sa profonde réflexion sur la violence, et en particulier sur les guerres, l’a conduit à en rt'-tracer l’origine dans la fixation occidentale sur l’Un, le Même, l’identique.Parce que la pensée occidentale, de par ses origines grecques, s’est crispée sur l’identité, elle a développé une hostilité à l’égard de tout ce qui excède, île tout a' qui échappe et ultimement de tout ce qui est autre.Son concept central, l’être, est en effet d’abord le concept de ce qui est identique et stable, et il ne supporte ni l’infini, ni la difference.Jean-Man' Narbonne retrace ici les fondements de cette ontologie.C’est à partir de ces présupposés radicaux que Levinas a élabore une éthique où le Bien et k' Visage de l’autre apparaissent toujours comme premiers, originaires, absolument primordiaux.L’éthique et la vie On peut aussi considérer la vie, à tous égards modeste et effacée, d’un intellectuel que tout plaçait au carrefour de l’expérience européenne: la jeunesse aux contins de la Russie, l’exil, la judéité.Ce riche numéro reprend le titre d’un écrit de jeunesse (De l’évasion, 1935) et rassemble plusieurs essais où cette éthique vécue est sondée de part en part.S’évader, mais de quoi s’agit-il?D’abord et avant tout, accepter la déprise de l’identité du moi, subjectif et historique, pour aller à la rencontre de l’expérience.Biographe de Levinas, Marie-Anne Lescourret montre comment ce philosophe né en Lituanie a accompli pour lui-même ce devoir d’altérité.Dans son œuvre, mais aussi dans une pratique insistante de la lecture des sources bibliques, littéraires et philosophiques: il n’était pas facile de convoquer ces «écritures» si différentes pour les faire concourir vers la paix, vers «l'humanisme de l'autre homme».On se tromperait si on faisait de l’œuvre de Levinas une pensée confessionnelle.car son horizon est demeuré celui d’une universalité du rapport à l’autre.Jacques Derrida, qui fut son ami et son lecteur le plus critique, n’a cessé de fouiller cet interstice du «greek-jew» et Stéphane Mosès revient ici sur cette lecture avec beaucoup de finesse.Emmanuel lésinas a vécu avec son temps, il a fait l’épreuve du nazisme et du totalitarisme, et toute son œuvre peut être reçue comme une réponse aux malheurs du XX siècle: son éthique de l’altérité est en effet une histoire de la liberté, dont les combats traversent le judaïsme et le christianisme toujours pénétré de ses origines grecques.Désireux de garder le judaïsme au sein de l’histoire spirituelle de l’Europe, il a dégagé son importance en insistant sur les thèmes du pardon, du repentir, de l'accueil et du retour.Si l’être est inévitablement "guerre", seule une pensee radicale de Faltérité peut conduire à l'amour, les chemins pur lesquels cette pensee arrive à raccorder un devoir concret d'ouverture et d'accueil à une méditation sur le déficit de l'ontolo- SOURCE: FIAMMARION, LUC PERENOM Emmanuel Levinas gie exigent certes de bons marcheurs, mais personne ne regrettera de s’y être engagé.la raison grecque ne s’oppose pas à la relation avec le prochain.Levinas le rappelle dans un entrer tien inédit de 1986 présenté dans ce numéro.L’écriture du philosophe reproduit la densité de sa parole, et ce qu’elle n'a cessé de reprendre, c’est cette méditation sur l'obligation qui me vient de l'autre au sein même de la raison.Cette parole repose sur une intuition simple et claire: rien chez lui qui soit scolastique ou académique, tout est au contraire élabore à compter d’une confiance dans l’écriture, qui résulte d’une longue familiarité avec des sources aussi diverses que les prophètes, la poésie de Celan et les romans de Dostoïevski.[.'.altérité, c'est aussi cela, un travail de la philosophie dans une écriture de l’ouverture et de l'accueil.Tous ceux qui purent l'entendre lorsqu'il vint à Montréal pour le XVII' congrès international de philosophie, à l’invitation de Venant Cauchy, se souviennent de la force de cette parole.Collaborateur du Devoir EMMANUEL LEVINAS.UNE PHILOSOPHIE DE L’ÉVASION Revue Cités.n° 25 Dossier coordonné par Guy Petitdemange PUF Paris, 2tX)6,206 pages Faire valser et voyager la langue LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY La jaquette de ces Facéties du français ne paie pas de mine, mais, sous la couverture, la proposition est séduisante pour qui craque pour les travers et les incohérences de la langue française.C’est que son auteure, la linguiste et professeure de littérature Nicole Ricalens-Pour-chot, a sciemment choisi de prendre ki grammaire à bras-le-corps de manière à la faire «danser et valser».Le résultat, même s’il est heureux, est difficile à définir.Une chose est certaine, on n’a pas affaire ici à un simple dictionnaire qui aurait pour mandat de recenser les difficultés ou erreurs les plus fréquentes.On ne pourrait pas non plus comparer cet ouvrage à une grammaire qui distillerait froidement des régies de syntaxe, de sémantique ou de ponctuation.L'auteure se défend bien d’ailleurs d’avoir voulu fàire un ouvrage scientifique, encore moins L’œuvre de Levinas O n ne compte plus les livres consacrés à l’œuvre d'Emmanuel Levinas, et on trouvera im aperçu des partitions récentes dans le numéro de la revue Cità.Notons que la belle biographie d’Aime-Marie Lescourret publiée en 1994 et dotée d’un supplément konographique.est rééditée pour le centenaire (Levinas.Fkimmarion, 2006).Parmi les études récentes, une place particulière doit être réservée au travail de Rodolphe Câlin sur k* sujet la solitude et la communauté (Levinas et l'exception du soi.PIT'.«Epi-méthée», 2005).Joe lie Hansel présenté im recueil de contributions (Levinas, de l'Être à l’Autre, PUF, «Débats philosophiques», 2006).Les PLIF rééditent le beau numéro de ki revue Rue Descartes, paru d’abord en 1998 (Emmanuel Levinas.IT'F, «Quadrige», 2006), avec un texte-hommage de Jean-Luc Marion.Jean-Marc Narbonne apporte une contribution importante à ki question grecque (Levinas et l’héritage grec.Presses de l’Université laval.«Zetesis», 20(H).Signalons aussi ks travaux de Francis Guibal, {Approches de Levinas.PIT', 2(X)5).L’annee 21X16 sera marquee par un ensemble de manifestations à travers k monde: on en trouvera la liste sur k site urne letinasUXl org.- Le Devoir.une «étude approfondie et diachronique de la langue», avec ces quelques facéties.Peut-être pourrait-on comparer cette recension à un florilège personnel rassemblant des faits langagiers, ceux qui, aux yeux de Nicole Ricalens-Pourchot, sont ks «plus étonnants, déroutants ou originaux.voire comiques».Phonétique, orthographe, syntaxe, grammaire, vocabulaire, sémantique, ponctuation et étymologie sont dans la mire de la linguiste.Celle-ci répertorie avec humour ks pièges courants, mais aussi les excentricités du français par le biais de courtes capsules.Si certaines tombent sous le sens et pèchent par excès d’évidence, la majorité sont amusantes et plusieurs sont même surprenantes.D y a dans ces facéties des «mots à chapeaux à plumes, des mots à falbalas, des mots à béquilles et à dentiers», comme k dit si bien François Cavanna dans Les Ritals.Des mots à collectionner qui font voyager, un peu comme le fait le Dictionnaire universel des gentilés en français publié par Unguatech éditeur.Cet ouvrage du linguiste et latiniste Jean-Yves Dugas, à qui l’on doit le Répertoire des gentilés du Québec, s'adresse à toute la francophonie.Jean-Yves Dugas y dresse un panorama varié des noms collectifs français d’habitants du monde entier non sans y ajouter parfois des explications de nature historique, linguistique, toponymique ou anecdotique qui permettent au fil des quelque 8000 entrées, de s’évader un peu.Le Devoir FACÉTIES DU FRANÇAIS Nicole Ricalens-Pourchot Armand Colin Paris, 2005,282 pages DIC0.UNIVERSEL DES GENTILÉS EN FRANÇAIS Jean-Yves Dugas Unguatech éditeur Montréal, 2006,530 pages éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature «Voix psychanalytiques» Karim Jbeili Le psychisme des Orientaux Différences et déchirures 120 page*.16 dollar* - mm V - .tes* sacs LA FONDATION ÉMILE NELUGAN PRIX EMILE:NELLICAN 2005 Finalistes DAPHNIE AZOULAY.Tout prés (Je la mot.les Herbes rouges MARC ANDRE BROUILLET TE.M accompagne.Le Noroît Laureate RENEE GAGNON.îles fois que /e tombe.Le Quartanier 1 .i; B*- LECTURE des finalistes et lauréats du pr« Éinite Nethgan Samedi 3 juin, 16 h Scène du rhapdeau de ta place Gèratd-Godin (métro Mont-Royat).Entrée ton* Avec DAPHNÉE AZOULAY (finaliste 2005).i RENÉE GAGNON (lauréate 200S).i BENOÎT tUÏRAS (lauréat 2002) et i TONY TREMBLAY (lauréat 1998) ! Animée par Florence Leport | En eottoboratum avec k Murrhe francophone de ta poesie
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.