Le devoir, 31 mai 2006, Supplément 1
INTERNATIONAL I NATIONAL I CULTURE Népal : le triomphe du peuple j Changements climatiques GRID à l'Espace libre Manifestations en Égypte j Rivière Rupert L'écrivain Alain Mabanckou alternatives LE JOURNAL VOL 12 • NO.9 / JUIN 2006 UN JOURNAL POUR UN MONDE DIFFÉRENT WWW.ALTERNATIVES.CA Suspension de Taide étrangère Crise humanitaire en Palestine PHOTO MICHEL LAMBERT La décision d'Israël, du Canada, des États-Unis et de l'Union européenne de suspendre leurs transferts de fonds à l'autorité palestinienne, depuis la formation d'un gouvernement du Hamas, a d'ores et déjà provoqué une crise humanitaire sans précédent.Cent soixante mille fonctionnaires palestiniens sont sans salaire depuis trois mois.Les systèmes de santé et d'éducation manquent cruellement de ressources.«L'idée, c'est de les mettre à la diète», affirmait récemment Dov Weisglass, conseiller du premier ministre israélien, Ehud Olmert.RAMALLAH - Au cours des quatre derniers mois, quatre patients de l'hôpital Shifa sont morts à la suite d'une réduction du tiers des dialyses hebdomadaires.Le département de gynécologie et celui qui traite les grands brûlés sont maintenant fermés.Dans cet hôpital de la bande de Gaza, on ne pratique que les opérations les plus urgentes.Les traitements pour les hernies, les vésicules biliaires et les hystérectomies ne sont plus effectués.À l'hôpital de Ramallah, la situation s'est aussi grandement détériorée.«Dé/à, on ne peut plus pratiquer de chimiothérapie, les fluides nécessaires pour les dialyses sont pratiquement vides, et on craint de manquer d'antibiotiques dans les prochains jours», affirme le directeur, Dr Hosni Atari.Alors que le ministère palestinien de la Santé est responsable de 64,5 % des besoins médicaux de sa population, hôpitaux et cliniques sont au bord du précipice.«La communauté internationale pousse le système de santé à basculer vers une grave crise», soutient le docteur Yahya Shawar, président de l'Association médicale palestinienne.«Dans trois semaines, on peut s’attendre à ce que près de la moitié des réserves de médicaments soient épuisées.Un ou deux mois de plus et c’est la totalité des stocks qui sera écoulée.» En récoltant 42,2 % des suffrages lors des élections du 25 janvier dernier, le Hamas a acquis 74 des 132 sièges du Conseil législatif.Sitôt la création de son gouvernement annoncée, le Canada, suivi des États-Unis et de l'Union européenne ont suspendu leur aide financière à l'Autorité palestinienne, tant et aussi longtemps que le Hamas ne reconnaît pas à Israël le droit d’exister, ne renonce à la violence et ne reconnaît le processus d'Oslo.Cet arrêt de laide internationale, s'ajoutant au gel du transfert des taxes perçues par l’État israélien, se traduit par un manque à gagner mensuel de 147 millions de dollars US pour l’Autorité palestinienne - soit 83 % de son budget régulier.Le docteur Atari dénonce ces sanctions collectives.«Les Palestiniens n'ont rien fait de mal, ils n'ont fait que voter.Nous vivons dans une démocratie, le résultat du scrutin ne devrait pas mener à une punition telle qu ’on la vit.C’est la communauté internationale qui est responsable de cette crise, c'est à elle de trouver une solution.» •Les coffres des ministères des Finances et de la Santé se vident.Les finances de notre hôpital dépendent de ces ministères.déplore-t-il.On ne peut plus renouveler nos stocks, même sur le marché local.» Et cette situation ne se limite pas aux institutions publiques, fait remarquer D' Atari.Certaines ONG, qui travaillent en collaboration avec le ministère de la Santé, sont aussi victimes de la suspension de l’aide internationale.Le professeur israélien Zvi Bentwich, épidémiologiste et membre du conseil d'administration de Physicians For Human Rights - Israel (PHR) s'inquiète des conséquences de cet état critique.«Normalement, le système de santé dans les Territoires occupés est en état de crise chronique.On fait maintenant face à une crise urgente.C'est la situation la plus grave à laquelle le système de santé de l’Autorité palestinienne n'a jamais fait face.» La détérioration des services de santé a poussé l’organisation de médecins israéliens à lancer une campagne de solidarité au profit des hôpitaux palestiniens.Constatant le «déficit aigu de besoins de base tels que les médicaments et la nourriture» dans les Territoires occupés, PHR s'est senti «moralement obligé de soutenir» ses collègues palestiniens.L'organisation recueille les dons des particuliers et des organisations en Israël et à l’étranger.Le manque de ressources affecte également tous les moyens logistiques.«La pénurie de carburant fait en sorte que le système d'ambulances ne fonctionne pas adéquatement», commente D' Rafi Walden, directeur du département de chirurgie de l'hôpital Tel Hashomer, à Tel Aviv.«Les employés n'ont pas eu de salaires depuis trois mois.Certains secteurs fonctionnent présentement avec 60 % des employés réguliers, les autres ne peuvent pas se rendre au travail, faute de moyens.» Pour apaiser la crise, les membres du Quartet fÉtats-Unis, Russie, ONU et Union européenne), réunis à New York le 9 mai dernier, affirmaient quant à eux vouloir trouver une solution pour payer directement les employés privés de salaires.La Banque mondiale fera en sorte que l’argent ne passe pas entre les mains de l'Autorité palestinienne.De son côté, Israël a décidé de rendre un sixième des taxes de douane destinées aux Palestiniens.Ceux-ci attendent toujours.Une fin d'année scolaire difficile Dans son bureau du ministère de l'Éducation à Ramallah, Basri Saleh s'inquiète pour la fin de l’année scolaire.1,2 million d’étudiants aux niveaux primaire et secondaire et 150 000 universitaires attendent le dénouement de la crise.«Durant la première et la deuxième semaine de juin auront lieu les examens finaux et le Tawjihi, l'examen d'admission à l'université.On ne sait pas si on aura les ressources nécessaires pour imprimer tous les documents.» La population palestinienne est en pleine expansion.«Chaque année, 50 000 élèves font leur entrée à l'école.C’est une nouvelle gymnastique à chaque fois.» La prochaine rentrée risque d'être corsée.Le représentant du ministère de l'Éducation s'attend au pire.«On pense déjà à fermer des écoles.On n'a plus d’argent.Si ça persiste, on va faire face à une horrible situation.» La crise humanitaire actuelle s'additionne à la misère que connaissaient déjà les Palestiniens.«Les 40 000 professeurs ont besoin de leurs revenus, à peine suffisants pour subvenir aux besoins quotidiens», s'exclame Basri Saleh.Les professeurs gagnent en moyenne 400 S par mois, rappelle-t-il.Certains craignent que la situation ne renforce la position du nouveau gouvernement islamiste.L'isolement du Hamas, le forçant à se replier sur lui-même et ses alliés (comme l'Iran), risquerait de renforcer le courant islamiste.Mais après tout, n'est-ce pas ce que le gouvernement israélien cherche à provoquer?Selon Michel Warshawski, du Alternative Information Center, «le plan élaboré par Ariel Sharon et reconduit par le premier ministre Olmert est justement, de façon perverse, de renforcer le Hamas, pour isoler encore davantage les Palestiniens».C'est aussi l'avis de Refaat Sabah, directeur du Teacher's Creativity Center, une ONG d’enseignants palestiniens qui travaille pour assurer un climat sécuritaire dans les écoles.«Beaucoup de gens se tournent vers le Hamas car c'est la seule porte À Ramallah, un» hlUtt» doit parcourir qu»lqu»t kilométras supplém»ntair»s à son retour d» l icol», depuis la construction du mur d» sécurité par l'État israélien Ce mur sillonne largement à l'intérieur des Territoires palestiniens.ici, il divise littéralement la route en deux qui semble rester ouverte», une situation qui affaiblit le camp laïc et démocratique.De bien mauvaises prophéties Selon la quatrième Convention de Genève de 1949, une puissance qui occupe un pays est aussi responsable du bien-être de sa population.«On doit arrêter de croire que le gouvernement israélien est trop occupé par les questions de sécurité et de prévention du terrorisme, dénonce le professeur Zvi Bentwich.On demande au gouvernement israélien d'hospita-liser tous les cas les plus urgents, sans condition de paiement.» Un rapport de la Banque mondiale publié le 7 mal dernier laisse entrevoir «un déclin dramatique de l’économie dans les huit prochains mois».L'organisation entrevoit que le taux de pauvreté passera de 44 à 67 %, et le taux de chômage de 23 à environ 40 %.Plusieurs médecins israéliens et palestiniens dénoncent le fait que la population civile sent prise en otage de la sorte.«Il faut que la communauté internationale considère enfin les Palestiniens comme des êtres humains, s'exclame D' Yahya Shawar.On ne veut pas détruire l'Etat d'Israël.Si le système de santé s'effondre, tout le reste risque de tomber à son tour.» SIMON couru Étudiant en journalisme, l'auteur est actuellement en reportage dans les Territoires palestiniens.Physicians for Human Rights : www.phr.org.il Pourcentage du territoire palestinien sous désignation territoriale Paieitine hi»tonqu« 100% Plon de partition Territoires Territoires des Nations unies palestiniens avant palestiniens après la 1947 l’occupation militaire construction du mur 45% 1967 de sécurité 22% 12% UBCE P*CESTN!AÜ SOCCTy rœ THE STUDY 0e wrçRHATONAl AftrdRS f VWtVt PA >3iA 0*TG « 2 - Internationali- Pour une décentralisation citoyenne en Haïti L'investiture du président René Préval le 14 mai dernier a, aux yeux de certains, conclu le processus de normalisation politique en Haïti.Pourtant, nombre d'organisations de la société civile haïtienne martèlent l'importance des élections locales dont la tenue, le 21 juin prochain, semble de plus en plus incertaine.Alternatives les a rencontrées.PORT-AU-PRINCE - Les analystes en font mention rarement mais la Constitution haïtienne prévoit d'importants mécanismes de participation citoyenne au niveau des collectivités territoriales.Depuis l'entérinement de cette Constitution en 1987 toutefois, la faiblesse des législations adoptées par le Parlement n'a pu concrétiser l’implantation des structures administratives nécessaires à l'implication des citoyens dans la gestion de leurs sections communales et communes.«Ça fait 20 ans que la Constitution postule un nouveau fonctionnement de l'État basé sur la décentralisation et les collectivités territoriales», soutient Tony Cantave, coordonnateur géné- rai du Groupe de recherche et d’intervention en éducation alternative (GRIEAL).«Malheureusement, jusqu'à présent, l'ensemble des mécanismes pour mettre en place les collectivités territoriales n'ont jamais été créés.» Même son de cloche à la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA), un groupe d'éducation populaire lui aussi basé à Port-au-Prince.«Il y a une série d’acteurs importants qui ne sont pas intéressés à la question! Certains croient qu'ils vont perdre des pouvoirs avec le processus de décentralisation», souligne Jean Rénol Élie, professeur de sociologie à l'Université d'État d'Haïti et chercheur pour la PAPDA.Concentré et centralisé M.Cantave poursuit: «L'exécutifdétient tous les pouvoirs.Les services sont concentrés à Port-au-Prince.On a une “République de Port-au-Prince", et ensuite un désert d’Haïti.» «Il ne faut pas oublier que l'aménagement du territoire résulte d'une division faite par l’armée», explique le professeur Élie.Le découpage de la république en six départements - pour autant de divisions militaires.- et en cantons avait longtemps servi le régime Duvalier, à une époque où les chefs de cantons et les tontons macoutes servaient également à contrô- ler les populations.«Ces problèmes de découpage rendent difficile la concertation populaire au sein des communes.» Autant de raisons qui ont amené les artisans de la Constitution haïtienne de 1987 à prévoir une décentralisation «basée sur la démocratie participative et le développement local, des mécanismes qui permettraient à Haïti de sortir de cette pauvreté massive qu'on connaît», rappelle M.Cantave.Les deux chercheurs militants demeurent toutefois profondément déçus du peu d'avancées sur le plan de la démocratisation en termes de législations.«Il ne s’agit pas seulement de faire les élections et de mettre en place les élus locaux, il faut institutionnaliser les collectivités territoriales.On dit à la section communale qu'elle doit s'occuper d’assainissement, mais avec quel budget, quels moyens, quelles ressources humaines?», s'inquiète le coordonnateur du GRIEAL.«Le pouvoir ne délègue pas facilement.Ça demande une lutte pour que les populations des collectivités territoriales arrachent au pouvoir central certaines concessions.» Espaces publics Le professeur Élie collabore au programme de démocratie participative de la PAPDA.«D'un côté, on part de l'hypothèse que les acteurs du mouvement populaire sont pour la participation citoyenne, mais ne comprennent pas nécessairement les mécanismes et modalités.De l’autre, on voit que les gens au pouvoir ne sont pas intéressés à mettre en place les modalités prévues par la Constitution.» Le travail de sensibilisation s'effectue donc à plusieurs niveaux : trois études approfondies, dont deux sont déjà aux presses, servent à orienter les débats et à influencer les décideurs du pays.De ces textes, du matériel d'éducation populaire et de formation en est tiré - des textes courts, en créole - à l’attention des agents des collectivités territoriales, des élus locaux et des orga- «La décentralisation ne doit pas être l'objectif, mais plutôt un moyen pour arriver à une démocratie participative», soutient Jean Rénol Elie.PHOTO.ARCHIVES ALTERNATIVES Paysans maliens expulsés de leurs terres Dans le cadre du Forum social : mondial polycentrique de janvier dernier, plusieurs centaines de paysans maliens se sont rendus à Bamako pour signifier haut et fort leur mécontentement face au mauvais traitement que leur font subir les autorités publiques depuis plusieurs années.BAMAKO - Interrogé sur les raisons de sa presence au Forum social mondial de Bamako, Oumar Traoré, passai) malien sexagénaire, préfère repondre par la preuve.Une liste soigneusement S dactylographiée de près de 100 noms de paysans maliens de la région do Niono est tendue à Alternatin '- Le document Indique qu'ils ont été emprisonnes.À côté de chaque nom est indiquée la raison de son incarcération «Oblige de panr redenmee eau».«Oblige de quitter son champ repique et fertilise": «Oblige de n ndre son ri/, battu et de quitter son champ», etc.Enfin, la dernière colonne du tableau Indique le nombre de jours d’incarcération de chacun, allant de .1 à 48 jours, l'iiis, vient la liste des fonctionnaires de l'Etat qui ont repris les terres de ces agriculteurs expropriés : préfet de Niono, policier, régisseur, colonel, etc.Brisant le silence, M.Traoré explique : «On a pani les redevances dans le delai fixe par I Office.Ft voilà qu’on nous emprisonne et qu'on nous retire nos champs de ri/ pour les donner aux nouveaux bénéficiaires qui sont récolter nos produits.Sous préférons mourir que de perdre nos champs», prévient-il.«Bonn* gouvernant*» Souvent cité comme un modèle de démocratie en Afrique, le Mali est considéré comme un «fwi elèsc» par le FMI et la Banque mondiale.Depuis le processus de démocratisation entrepris en 1991, les élections, qui ont lieu à intervalles réguliers, satisfont aux critères de bonne gouvernance édictés par les institutions internationales.Pourtant, la mauvaise gestion des terres agricoles de l’Office du Niger a PHOTO MIRIAM FAHM'i plongé les cultivateurs maliens, qui représentent 80 % de la main-d'œuvre du pays, dans une situation de précarité qui ne fait que s'aggraver depuis 20 ans.Gréé en 19.12 dans le but de devenir le «grenier du Mali», l’Office du Niger tONï est l’entité publique qui administre les terres fertiles aux abords du Niger, le fleuve qui traverse le Mali d’est en ouest.Le million d’hectares de terres cultivables est alimenté par un barrage qui permet une bonne irrigation durant toute l’année.La direction de l’organisme parapublic doit veiller à la bonne gestion de ces terres.Les taux de recouvrement élevés et des modalités de paiement inappropriées, imposés par l’Office du Niger, ont placé les paysans maliens dans une situation impossible Occlusion préméditée Depuis trois ans.les paysans de I ON sont fréquemment expropries pour des motifs indus.Avant travaillé et habité légalement sur ces terres pendant des décennies, certains refusent de perdre le droit d’exploitation et de se faire remplacer par de gros investisseurs ou des fonctionnaires corrompus Ceux qui résistent se font emprisonner.«Le noinxau proprietaire est arriw asx c des papiers pour prendre la terre.Il était accompagne d im gendarme.explique Salifou Koueta Quand j'ai refuse de quitter, ils m'ont pris de force à la police, / y ai fuisse trois jours*.Un paysan malien, menacé d'expulsion par les ouTontës de / Office du Niger, rencontré lors du Forum social mondial polycentrique de Bamako.raconte-t-il.L'accusation fallacieuse de ne pas s’ètre acquitté à temps de sa redevance d’eau est le prétexte avancé par l’ON pour justifier son expulsion.11 n'avait reçu aucun préavis.Au début de l’année, l’Office du Niger a réclamé le depart de 290 cultivateurs, sous prétexte qu’ils n’ont pas paye leur taxe d’eau.Ils sont 575 à avoir été évincés en deux ans.Selon leur avocat, maître Amadou Tiéoulé Diarra, ils sont victimes de collusion, «L'État profite d'une situation pour faire ce qu il ivulait secrètement : évincer les paysans pour privatiser les terres, pour les revendre avec profit à dautres», affirme maître Diarra.président de la Ligue pour la justice et le développement des droits humains du Mali.Une procédure judiciaire est actuellement en cours pour empêcher l’ON de poursuivre ses expulsions.M.koueta avoue sétre résigne : «C'esf seulement quand j'ai accepte de quitter la terre pour de bon qu 'ils m ont libéré.Ils m ont fait signer un papier.Depuis, je survis par la grâce de Dieu et de mes enfants», conclut-il.MIRIAM FAHMY avec la collaboration de MARILYN MARCEAU Les auteures reviennent d'un stage effectue avec Alternatives en Afrique de l’Ouest.nisations populaires sur le terrain.Avec l'appui de l'ONG Alternatives, la PAPDA a entamé ce travail d'encadrement dans deux communautés spécifiques, à Petite-Rivière de l'Arti-bonite, au nord de Port-au-Prince, et à Cap-Rouge, dans le département du Sud-Est.Le plan d'action vise à favoriser l'émergence d'un espace public local comme lieu de concertation et de participation sociale à la vie et à l’action publique.Devançant les mesures législatives qui se font toujours attendre - et dont la notion même de démocratie participative demeure floue - les organisations populaires, les élus et agents municipaux ont convenu de travailler à la création d'espaces publics de concertation.Tony Cantave, dont l'organisation, le GRIEAL, anime des initiatives similaires de démocratie rapprochée, croit fermement que «les populations sont extrêmement intéressées au projet vités territoriales, prévues pour le 21 juin prochain.Après que la Mission des Nations unies eut rétorqué que les fonds seraient disponibles, le CEP s'est confondu en excuses, prétextant qu'un match de la Coupe du monde de football ce jour-là rendrait impossible un scrutin.Le CEP envisagerait maintenant de restreindre les élections à celles des conseils communaux, l'équivalent des mairies, abandonnant les espaces de démocratie plus rapprochée.Selon M.Cantave, cette tergiversation s'explique par le fait que «les gens du CEP ne comprennent pas l’enjeu des collectivités territoriales dans la nouvelle organisation de l'État.D’autant plus que ces élections territoriales [auraient dû] précéder les élections législatives et présidentielles», tenues plus tôt cette année.«Le fait de les mettre en troisième lieu démontre la non-importance accordée à ces élections.» Instances de démocratie locale en Haïti CONSEIL DEPARTEMENTAL ASSEMBLEE DEPARTEMENTALE CONSEIL COMMUNAL ASSEMBLEE COMMUNALE CONSEIL DE SECTION COMMUNAL ASSEMBLÉE DE SECTION COMMUNALE •- Vote indirect — Vote direct de décentralisation.Notre travail, dit-il, c'est de les outiller pour savoir comment mettre en place les mécanismes qui puissent leur permettre d’aboutir au projet de décentralisation».«Mais attention, rétorque Jean Rénol Élie.La décentralisation rte doit pas être l'objectif, mais plutôt un moyen pour arriver à une démocratie participative», précise-t-il.Report des municipales?En avril dernier, le Conseil électoral provisoire (CEP) déclarait ne pas avoir les fonds nécessaires pour la tenue intégrale des élections des collecti- En raison du manque total de campagne de sensibilisation autour des élections des collectivités territoriales, le GRIEAL préférerait nettement que ces élections soient reportées en septembre ou en octobre.«Il faut donner du temps au temps, croit M.Cantave, pour pouvoir préparer une vraie campagne.Pour que les gens puissent comprendre les vrais enjeux de ces élections.» FRANÇOIS L'ÉCUYER Reportage réalisé avec l'appui du gouvernement du Canada, par l'entremise de l'Agence canadienne de développement international.Rude campagne au Mexique MEXICO - Depuis la surprenante victoire du Parti d’action nationale (PAN, droite) en 2000, devant le Parti de la révolution institutionnelle (PRI, centre-droit), Vicente Fox et son «gouvernement du changement» ont déçu, tant à droite qu'à gauche.L’immunité accordée par Fox aux ex-mandataires du PRI, véritable parti-État au pouvoir depuis 1929, et les nombreux scandales impliquant des membres de son gouvernement (financement illégal de campagnes électorales, trafic d'influences) ont mis fin aux espoirs des progressistes d’en finir avec le corporatisme, la corruption et l'impunité.À droite, l’incapacité du gouvernement de faire adopter par une chambre des représentants divisée en trois tiers la plupart des réformes structurelles promises (ouverture du secteur de l'énergie à l'investissement privé, flexibilisation du marché du travail, taxe régressive sur les médicaments et les aliments de base) a déçu le secteur des affaires.À cela s'ajoutent des indicateurs économiques peu reluisants : augmentation du PIB de 7 % seulement en six ans, stagnation de l'emploi, augmentation de la pauvreté urbaine de 50 à 55 %, etc.Un bilan bien difficile à défendre pour le successeur de Fox, Felipe Calderôn, candidat du PAN aux présidentielles de 2006.Pour sa part, le candidat vedette du Parti de la révolution démocratique (PRD, centre-gauche), Andrés Manuel Lôpez Obrador, voit sa popularité croître régulièrement.Maire de Mexico depuis 2000, «AM LO», comme le surnomme ses partisans, mise sur des politiques à caractère social et un style souvent populiste.Portant son slogan aux quatre coins du pays, «Pour le bien de tous! Mais d'abord les pauvres!», Obrador promet la création de programmes d'aide aux plus démunis, des médicaments et des effets scolaires gratuits, ainsi que la réduction du salaire des fonctionnaires fédéraux.En conformité avec le principe d'eaustérité républicaine», le salaire du président serait réduit de moitié et sa résidence de fonction «rendue au peuple».Obrador s'engage enfin à affronter de nouveau l'électorat à la mi-mandat, dans le cadre d'un plébiscite sur le bilan de son gouvernement.La popularité d'Obrador a conduit le PAN et le PRI à s'acharner contre lui tout au long de son mandat à la mairie de Mexico.Le gouvernement Fox était même allé jusqu'à intenter des procédures judiciaires dans l’affaire de la construction d'une route menant à un hôpital, visant à empêcher sa candidature présidentielle (voir notre édition de mai 2005).Une manifestation rassemblant plus d'un million de ses partisans avait toutefois réussi à bloquer la manœuvre.Alors que Calderôn continue volontiers à dépeindre Obrador comme autoritaire et dangereux, le candidat du PRI, Roberto Madrazo, lui attribue la responsabilité de l'insécurité de Mexico.Aussi, plusieurs observateurs expliquent le récent épisode de répression violente au Mexique - pour lequel le gouvernement de Vicente Fox est depuis près d'un mois la cible des journalistes, des mouvements sociaux et des organismes de droits humains - par la nécessité du gouvernement de prouver sa capacité à maintenir l'ordre.Le 4 mai dernier en effet une opération destinée à mater les manifestants du Frente de Pueblos en Defensa de la Tierra (FPDT) de San Salvador Atenco s'est soldée par la mort d'un enfant tombé sous les balles de la police, et l'arrestation brutale de plus de 200 personnes, la majorité d entre eux ayant été sauvagement battus et plusieurs femmes violées.Qu’à cela ne tienne, Calderôn martèle qu’il aurait agi de la même manière.La situation est suffisamment grave pour retenir depuis, dans la capitale, toute la caravane de La Otra Campafla, la «contre-campagne» électorale que mène à moto, à travers la république, le Subcomandante Marcos.Mise sur pied avec l'objectif de fédérer les différentes luttes sociales du pays, «l'autre campagne» s'est immédiatement portée à la défense du FPDT et entend demeurer à Mexico jusqu’à la libération de tous les pnsonniers politiques d'Atenco.Depuis, les manifestations de dénonciation de la répression se succèdent à travers le pays.Au milieu de la tourmente, de plus en plus de citoyens se sentent désillusionnés face aux partis politiques.Cest le cas de Rosa Nava, chômeuse, qui participait à une marche organisée par La Qtra campana sle ne me sens représentée par aucun part politique, explique-t-elle.J'ai I impression qu ils ne fuient être au pouvoir que jxx/r avoir du pouvoir.Ils ne se préoccupent pas d’instaurer des politiques qui bénéficient au peuple.» Jesus Flores, organisateur communautaire et militant de gauche de longue date, n attend pas non plus grand-chose d'un éventuel gouvernement du PRD.«La marge de manœuvre d'AMLO sera extrêmement limitée.Les engagements du Mexique auprès des institutions financières internationales et le non-contrôle de la chambre le réduiront à mettre sur pied des politiques soaafcs cosmétiques, comme celles qu 'il a implantées à Mexico.» Il reste que pour des miHions de Mexicains, AM LO, que les sondages placent à égalité avec Calderôn, incarne un espoir de changement FRÉDÉRIC JULIEN é 3 Népal : le triomphe du peuple AP PHOTO / MANISH SWARUP »l| %, Le 24 avril dernier, le dictateur du Népal, sa majesté le roi Gyanendra Bir Bikram Shah Dev, s'adressait à la nation pour annoncer que la Chambre des représentants, dissoute en mai 2002, était réinstaurée.Le moins que l’on puisse dire, c'est qu’il ne s'agit pas d’un cadeau royal accordé au peuple népalais.En fait, c’est le résultat d’un mouvement de masse qui a renversé la monarchie et sa dictature.Une victoire populaire triomphante.Comme l’écrivait un journaliste indien couvrant les événements, «le court intervalle entre le 6 et le 24 avril restera comme un moment révolutionnaire dans l'histoire du Népal, durant lequel le peuple a mis à genou un monarque suprême, autocratique et arrogant, par l'unique force morale et politique de l'action collective».Les représentants de la Chambre se sont rapidement rassemblés pour déclarer, le 18 mai dernier, la fin du régime monarchique, en s'engageant à «restaurer un État inclusif par la formulation d'une nouvelle Constitution, et à rétablir une paix durable par la démocratie et la tenue d'une assemblée constituante».Le Népal fut déclaré État séculaire, en opposition au royaume Hindu d'autrefois.Maoïstes et Alliance des sept partis En février 2005, le roi Gyanendra avait imposé l’état d'urgence et s'était arrogé tous les pouvoirs, prétextant que le Parlement n'était pas en mesure d’écraser les forces armées maoïstes.Les sept partis politiques présents au Parlement se sont aussitôt rassemblés sous l’égide de l’Alliance des sept partis.Alors que la répression contre les populations népalaises s’accentuait, des manifestations régulières ont émergé à la grandeur du territoire, incluant la capitale, Katmandu.De multiples mesures furent imposées par le roi pour écraser la dissidence : arrestations, passages à tabac, censure des médias et brouillage des moyens de communication, y compris les téléphones portables.C'est en 1994 que l'un des partis communistes népalais, le Parti communiste maoïste du Népal (CPN-M), se distanciait des partis parlementaires et adoptait la voie de la lutte armée, s’organisant à partir des villages.Le mouvement s'était rapidement étendu à la grandeur du pays, allant jusqu'à contrôler 75 % du territoire au début des années 2000.La croissance rapide de ce mouvement armé fut accompagnée d'une réflexion pragmatique quant à ses orientations stratégiques.Les débats internes devenant de plus en plus intenses, le CPN-M conclut qu'il ne pouvait fonder une stratégie politique viable sur la seule lutte armée.Le parti maoïste, pour citer le dirigeant du CPN-M, Baburam Bhattarai, se déclara alors en faveur d'un «système multipartis compétitif, [des] droits civils et fondamentaux, [des] droits de la personne et de l'État de droit».Cette ouverture a donc rendu possible, à la 6n de 2005, des pourparlers entre l'Alliance des sept partis et le mouvement maoïste.Une entente portant sur douze points fut élaborée.L'Alliance et les maoïstes réussirent à trouver un compromis sur deux demandes principales : un engagement à mettre un terme à la monarchie ainsi qu’au conflit opposant l'armée maoïste à celle du roi.En fonction de cet accord, il fut entendu qu'un gouvernement intérimaire tiendrait des élections pour instaurer une assemblée constituante, dès la fin de la monarchie autocratique.C'est à la suite de cette entente que l'Alliance et les maoïstes purent préparer le terrain pour une action concertée.Ainsi, les mobilisations populaires en début d'année, rassemblant des millions de Népalais à travers le pays, se sont conclues par la défiance répétée des couvre-feux imposés par le roi, et de nombreux affrontements avec l'armée royale.Le jeu américain Le CPN-M, une organisation terroriste aux yeux de Washington, a été un joueur des plus importants dans l’élaboration de cette entente avec l'Alliance des sept partis.Les dirigeants des partis parlementaires avaient compris que, sans la participation des maoïstes, toute négociation directe avec le roi aurait été rejetée par le peuple népalais.L'ambassadeur des États-Unis au Népal, James Moriarty, a donc pris grand soin de discréditer l'inclusion des maoïstes dans cette négociation.Les critiques de l’ambassadeur ont été réitérées par Donald Camp, conseiller spécial pour le Népal au département Des milliers de manifestants ont pris la rue, le 24 avril, après que le roi Gyanendra eut annoncé la réinstallation du Parlement népalais d'État américain, dans une déclaration faite à un comité du Congrès américain : «Nous sommes préoccupes [par le fait] que les maoïstes, qui ont refusé de renoncer à la violence, puissent gagner une plus grande légitimité de par leur engagement [auprès] des partis politiques.» À ses yeux, cet accord avec l'Alliance des sept partis «a consolide davantage [le[ pouvoir [des maoïstes] et renforcé leur position contre le roi».Selon Japan Bose, du South Asia Forum for Human Rights à Katmandu, «l'ambassadeur américain ne se lasse jamais de comparer les maoïstes népalais aux Khmers rouges.Les experts américains, poursuit-il, ont encore une fois ressorti leurs discours académiques, comparant la situation du Népal aux cas du Pérou et du Cambodge.Les agences américaines ont financé les chercheurs népalais afin qu'ils étudient les techniques d"'analyse de conflits", de “résolution de conflits” et de "transformation de conflits".Des séminaires étaient organisés, où les scé- narios du Jugement dernier étaient créés et discutes.Les maoïstes étaient dépeints comme un groupe rapace, affamé de pouvoir, qui utilisait les pauvres».L'implication directe de gouvernements étrangers dans l’armement de l’armée royale du Népal est encore plus déconcertante, écrit Tapait Bose, «ravitaillée [de] 20 OOO fusils M-16 par Washington.20 000 fusils Insas de Delhi, 100 hélicoptères de Londres, et 20 000 pistolets Minimax de Belgique».Détermination populaire Au-delà de telles manipulations et de la force brutale utilisée par le monarque népalais, le peuple népalais semble avoir tire une leçon de la démocratisation amorcée dans les années 1900.Plusieurs indicateurs sociaux démontrent les réelles avancées sociales atteintes au cours de cette période : le taux d'alphabétisation a doublé, passant de 4t.à près de 70 %, et l'espérance de vie s'est prolongée de dix ans.«Plus important encore, écrit le politologue indien Praful Bidwai, après 1990 le développement s’est déployé aux regions traditionnellement peu avancées à l'extérieur de la Vallée de Katmandu.Les groupes ethniques subalternes, lanajatis, les minorités religieuses et les femmes ont connu une amelioration de leurs conditions de vie et de l’accès aux services.Tout ceci a établi une pertinence substantielle de la democratic pour le peuple.Les classes désavantagées ont obtenu le droit de vote et se sont affranchies.» Comme le fait remarquer Tapan Bose, «les Américains n'ont jamais connu de révolution du type de celle qui prend place au Nepal.La revolution américaine ne fut pas menée par les masses affamées et exploitées.Ceci est arrivé en France, en Russie, en Chine,
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