Le devoir, 3 juin 2006, Cahier G
LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 JUIN 2006 LE DEVOIR Premières Nations Présence autochtone m ; i ^ S’inscrire dans l’héritage laissé par Myra Créé Page3 Le village où Inuits et Cris vivent en parallèle Page?A vol d’oiseau _______MPi Unakuluk, cher petit, un documentaire de la réalisatrice Marie-Hélène Cousineau Ils vivent côte à côte.Ils sont blancs.Ils sont indiens.Ils sont inuits.Ils sont devenus métis.Et ils partagent un même continent De la difficile relation entre les peuples.NORMAND THÉRIAULT Depuis 1980, une lueur d’espoir apparaît dans l’univers de l’archéologie.Un travail sur des sites récemment découverts en Amérique centrale a permis de décoder pour une première fois l’écriture maya, qui non seulement n’est pas phonétique, mais voit le même signe être repris sur plus d’une seule forme calligraphique.Là, les fermes évoluent se transforment et la beauté de l’ensemble semble avoir autant sinon plus d’importance que le personnage, ou le symbole, ou l’action qu’elle dépeint ou raconte.Double héritage L’Europe et par-delà, l’Amérique et l’Asie blanche savent tout de leurs mythes fondateurs: en psychanalyse, les spécialistes, Freud en tête, dans un geste qui lie la Grèce préclassique au monde contemporain, ne retournent-ils pas jusqu’à Homère ou autres Sophocle et Eschyle pour expliquer la vie sexuelle des êtres?Et depuis combien de siècles ne mesure-t-on pas la hauteur des pyramides pour établir le haut niveau de connaissances mathématiques des anciens Egyptiens?En retour, sur ce continent-ci, on ignore tout ou presque des premiers peuples et des différentes cosmogonies qui ont établi leur lecture de l’univers.Demanderions-nous à un citoyen québécois de citer un seul mythe iroquois, ou huron, ou inuit, qu’à l’exception près, la réaction engendrée serait prévisible: au mieux, une réalité, réduite à une légende, serait évoquée.Pourtant à lire ce que raconte un Bernard Saladin d’Anglure, lui qui fréquente depuis plus de 50 ans maintenant une terre inuite située au nord du Nord, il y a là, pour expliquer les mystères d’une sexualité complexe, des récits à entendre qui font paraître simplistes les explications d’un Freud et de ses divers successeurs.Réconciliation Nous sommes au sud coupés de notre environnement immédiat Les premiers gestes de conciliation posés, en vue d’une éventuelle réconciliation, décrivent a contrario les politiques du passé.On remet ainsi en question les décisions qui sont à l’origine des «réserves».On veut modifier les lois qui refusaient à des peuples et à leurs citoyens leur identité.On considère enfin inadmissibles toutes ces législations qui faisaient de l’autochtone un sous-être, infantilisé par les divers protectorats qui lui étaient imposés.À jeter un coup d’œil sur les productions culturelles des divers peuples, une richesse apparaît Et alors on regrette que le législateur britannique, soutenu par son bras armé, ait mis fin à la culture du «potlatch», ce système économique qui a permis, sur la côte ouest canadienne, à l’art haida d'atteindre à la magnificence.Par contre, on se félicite de l’action menée, au milieu des années 1940, par les coopératives actives dans la région de la baie d’Hudson, le» quelles ont permis qu’il y ait encore aujourd’hui une sculpture inuite, art qui pousse maintenant plus loin ses limites, au-delà de la seule représentation traditionnelle des «contes» et «légendes».Renaissance Des vont se font donc entendre, que maintenant on écoute.Elles racontent des mythes créateurs.Elles décrivent aussi des situations insoutenables, ARMAIT VIDEO surtout quand elles s’attardent sur le sort réservé à tous ces «inadaptés» qui n’ont sur terre nulle place, la vie traditionnelle n’ayant plus de raison de se poursuivre sur la terre natale et le «nouveau monde» étant pour eux une terre où les embûches sont plus présentes que les occasions de réussite.Aussi, dans leur cinéma, après des films qui ont raconté à l’occasion un passé glorieux, d’autres images s’enregistrent où le quotidien est présenté crûment, et où il n’est pas craint de mettre en relation instants de bonheur et moments de déchéance.C’est à ce prix qu’une renaissance autochtone devient possible.Pourtant U n’y a pas là dans ces terres que des situations difficiles.À l’occasion de Présence autochtone, le Sud peut avoir fenêtre sur le Nord, certes, mais aussi sur les réalisations de ces concitoyens nés dans une autre culture que l'occidentale.Ce qui hier encore était au mieux de l'artisanat prend aujourd’hui une autre apparence: quand les critères de lecture se transforment quand le regard n’est plus unidimensionnel, un autre monde peut naître.Alors, les objets et les êtres prennent vie.Et l’on découvre, nous gens du Sud, qu’à vol d'oiseau vivent ici de grandes civilisations Le Devoir PARC EMILIE-GAMELIN Festival Page 2 Boréades Page 6 MEDIAS Wapikoni et Paradiso Page 3 Isuma Page 4 LITTERATURE Bernard Saladin d’Anglure Page 4 Algonquins de Trois-Rivières Page 5 ARTS Robert Davidson Page 4 Métamorphoses Page 6 FEU.TOME I et FEÜ.TOME 2 Éditions Libre Expression & LES PEUPLES DU FKKD Ulmoff 11 S ¦Mmt s 1 î mWm 1 LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 JUIN 2006 PRESENCE AUTOCHTONE Parc Émilie-Gamelin Vivre en direct la création Le grand rendez-vous autochtone de Montréal À l’occasion de la deuxième vague du festival Présence autochtone, du 21 au 25 juin, le parc Émilie-Gamelin accueillera tous les jours plusieurs artisans iroquoiens et al-gonquiens.En plus de faire sur place des démonstrations de leur savoir-faire, ils seront disponibles pour répondre aux questions des visiteurs sur leur art et leur culture.De plus, des musées d’archéologie de la région de Montréal tiendront des kiosques pour donner de l’information sur leurs collections.MARTINE LETARTE La partie centrale du parc Émilie-Gamelin sera consacrée aux artisans iroquoiens.Cette année, Présence autochtone reçoit la visite dinvités spéciaux de la nation cherokee, en provenance de la Caroline du Nord.Les Chero-kees seraient, selon certains ethnolinguistes et anthropologues, à l’origine de la culture iroquoienne.«Nous sommes très heureux de les avoir parmi nous parce qu’ils sont méconnus ici.Beaucoup de Québécois connaissent la jeep Cherokee, les vêtements de marque Cherokee, mais ils ne connaissent pas la nation cherokee.Plusieurs sont très surpris d’apprendre qu’elle fait partie de la grande famille iroquoienne», affirme le coordonnateur du site extérieur de Présence autochtone, Sylvain Rivard.Vanneries et poteries Comme d’autres peuples du Sud-Est américain, les Cherokees des Appalaches méridionales entrelacent des lanières souples A’Arundinaria gigantea, une plante aborigène robuste de la famille des bambous qu’ils teignent de couleurs chaudes et naturelles.Ds fabriquent des paniers et des petits objets jadis utilitaires et maintenant recherchés par les collec- tionneurs.Quelques vannières cherokees seront présentes sur le site pour faire des démonstrations de leur savoir-faire.Les Cherokees sont également reconnus pour leurs poteries.Ils les font cuire à plein feu, une technique qu'ils maîtrisent depuis plus de 2500 ans.Quelques potiers cherokees seront à l’œuvre sur le site extérieur de Présence autochtone pendant les quatre jours de festivités.Iroquoiens et Algonquins d’ici Des artisans iroquoiens seront aussi présents au parc Émilie-Gamelin pour exposer leur savoir-faire aux Montréalais.«Des membres de la nation huronne-uiendat feront des démonstrations de tressage de mocassins, de poupées et de tapis avec des feuilles d’épis de mais», affirme M.Rivard.Les tresseurs invités sont rattachés à la Maison Tsawenhohi de Wendake, près de Québec, dont le mandat est de privilégier la sauvegarde et la transmission des métiers d’art traditionnels hurons-wendat Les festivaliers pourront également observer le savoir-faire de spécialistes d’orfèvrerie sur argent, de fabrication de tambours d’eau et de confection de tenues et d’accessoires iroquoiens.De Cette année, la nation Cherokee est à l’honneur au parc Émilie-Gamelin.plus, des membres de la communauté mohawk viendront faire des démonstrations de vannerie de frêne, de perlage, et de fabrication de pagaies miniatures.Autour de la partie gazonnée du parc, on pourra observer des artisans de quelques nations al- Le Jardin des Premières-Nations a 5 ans! Une foule d'activités tout l'été ! JARDIN BOTANIQUE •A fe- «fv.¦ ; gonquiennes à l’œuvre.Il y aura des démonstrations de fabrication de tambours, de la vannerie, du travail sur de l’écorce de bouleau et de la confection de sacs.Il y aura également des kiosques où l’on fabriquera des bijoux à partir de piquants de porc-épic ou de petites perles de verre.Sculpture et artisanat Les festivaliers auront aussi la chance d’observer le travail du sculpteur montagnais Allen Grégoire.«Son travail est tout à fait remarquable.Il sculpte un grand éventail de matériaux: l’os, l’ivoire, la pierre et le bois.Ses œuvres sont parfois très ancrées dans la tradition, parfois plus contemporaines», explique M.Rivard.La femme de M.Grégoire, l’artiste Johanne Blacksmith, participera également au volet extérieur de Présence autochtone.«Elle fait de la broderie sur cuir fumé.Les motifs qu'elle reproduit appartiennent à la tradition amérindienne.Elle a appris son art de religieuses lorsqu’elle était toute petite.Les pièces réalisées par Mme Blacksmith et celles de son mari sont de qualité muséale.D’ailleurs, ils fournissent la bou- Des animations at visitas guidées Du 15 mai au 16 juin, samedis et dimanches de 11 h» 18 h.Du 17 juin au 4 septembre, tous les jours de semaine de 11 h à 18 h.Des expositions L'Echo des arbres: Présence de la communauté abénakise 27 mal au 4 septembre Savoirs et savoir-faire : Objets traditionnels et contemporains 15 mal au 31 octobre Des événements et activités culturelles Inauguration de la murale éphémère dans le cadre de la Journée Nationale des peuples autochtones Oeuvre de Jean St-Onge: Kamishta-kushpit mercredi 21 juin à 14 n journée internationale des populations autochtones (ONU) Musique autochtone et cubaine mercredi 9 août à 11 h 30, 13 h 30 et 14 h 30 Dégustations, démonstrations artistiques, contes et musique traditionnelle.-1 En primeur le spectacle de Florent Voilant samedi 5 août à 14 h % î ¦ - & il * * * " v* 't, i’ .T ^ Une programmation complète sur notre site Internet www.vlire.montreat.qc.ca/Jardin 4101, nie Sherbrooke Est 514 872-1400 ' LJ r% *;*" P -r.oiw ¦' Montréal* accès ,oa.y.A-oMny.d%-cs>c.our land, our people, our future, notre terre, notre peuple, notre avenir.hté VtAC/'ri VA4d( Vofi* nmtf JO-AT VU Air Inuit First Air Halutik Enterprises Inc.Nunavtk Creations LP'Aé* dt'IV‘ A\nVrV joint Venture Companies/ 'WVdc-b’n’dn'f*: bPè'Or AoVWjfl'D (RAIL) bi.' AWo-dlV ^.v bFè'or èmécV' •.'i* fe.HVèe-'J1 d4>k.H s-è'?)rn.ns LA PEWSEE (514) 848-9042 Lorraine LETOURNEAU CÉLÉBRITÉS NORUAL mORRISSEAU (SI 4) 843-5991 «r Mon art reflète mon spiritualisme » i «mi loin *i i JACQUKS GKENIKK I I DKVOIK La cinéaste Manon Barbeau Le Conseil de la Nation Atikamekw est heureux de souligner la 16' édition du festival Présence autochtone, un événement voué à la promotion et à la mise en valeur des cultures des Premières Nations.Le Conseil de la Nation Atikamekw vous invite donc à célébrer les Premiers peuples jusqu'au 25 juin 2006, une occasion unique de découvrir et de partager notre richesse collective.Conseil de la Nation Atikamekw 290, rue Saint-Joseph, C.P.«4(1 % La Tuque, Québec G9X 3P6 Tél.: 819-523-6153 Mv/t/ig/aphii- V'fgc lauvin mà LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 JUIN 2006 G 4 • PRÉSENCE AUTOCHTONE • L’Igloolik de Bernard Saladin d’Anglure Cinéma La vie avant soi «Un dualisme sexuel est à l'origine de la conception inuite du monde» L’anthropologue Bernard Saladin d'Anglure, photographié en 2002.JACQUES GRENIER LE DEVOIR À partir de quand peut-on dire qu’un livre est un classique?Le jugement attend généralement le poids des années.Il ne se décrète, du moins, jamais du vivant de son auteur.Ce n’est pourtant pas le cas du dernier ouvrage de l’anthropologue Bernard Saladin d’Anglure, Être et renaître inuit: homme, femme ou chamane (Gallimard).CHRISTIAN RIOUX Paris — Le livre venait à peine d’arriver en librairie qu’il était déjà rangé parmi les «classiques».Et pas par n’importe qui, mais par Claude Lévi-Strauss qui, du haut de ses 98 ans, n’hésite pas à parler de son disciple et ami comme d’«wn cas exceptionnel dans l’histoire de l’anthropologie».Mais trêve de compliments.Car l’anthropologue, qui résume dans cet ouvrage plus de 30 ans de fré-entation assidue du petit village dlgloolik, est plutôt genre à s’effacer.Toute son œuvre a consisté à donner la parole à ces hommes et à ces femmes du Grand Nord où il a découvert et illustré quelques mécanismes de fabrication des mythes et du chamanisme.Premiers contacts C’est à ces populations et à leurs mythes riches et complexes que l’anthropologue d’origine française, mais Québécois d’adoption, a consacré sa vie.Est-ce de ses maîtres inuits qu’il a acquis ces talents de conteur?L’homme, qui parle parfaitement la langue inuite, raconte comme si elle datait d’hier sa première arrivée dans le Nord québécois, en 1955.Le jeune homme de 19 ans n’avait fait qu’un bref séjour en In-ponie lorsqu’il traverse l’océan sur \Homérique et débarque à Montréal grâce à une petite bourse de la fondation française Zellidja.Il fait tous les métiers avant de s’envoler pour Sept-îles, de prendre le train vers Shefferville et de poursuivre son périple en avion et en traîneau jusqu’à Payne Bay, aujourd’hui Kangirsuk.De là, on le mène à Quaaqtaq où il passe plusieurs semaines avec des populations inuites qui vivent dans un camp traditionnel.À son retour, le sociologue Marcel Rioux le convainc de s’inscrire à l’Université de Montréal où il fera sa maîtrise et son doctorat De retour en France, les exposés de Bernard Saladin d’Anglure semblent alors contmlire les thèses de son maître Claude Lévi-Strauss, selon qui les peuples autochtones du Nord avaient peut-être des techniques plus développées, mais des formes de parenté beaucoup plus simples que les autochtones du Sud.Or, les premières approches du jeune anthropologue laissent entrevoir un système de filiation complexe où les ancêtres, oncles, tantes, gnuids-parents, se réincarnent dans les nouveaux-nés.Cette confirmation, d'Anglure l’aura lorsqu’il se rendra finalement à Igloolik en 1971 alta d’enquêter sur fa conception inuite de 1a reproduction de la vie.«C’est l'endroit où j'allais revenir régulièrement pendant 35 ans.Dans le Nunavik québécois, le christianisme était beaucoup plus présent.Les premières conversions remontaient au XIX' siècle.Il y était donc beaucoup plus difficile d'enquêter sur le chamanisme.À Igloolik, il était encore très facile de trouver des Inuits (Umt les parents avaient été chamans.» Retour aux origines intra-utérines Lorsqu'il rencontre Ujarak, un converti à l’anglicanisme de 70 ans, et Iquallÿuq, une catholique dans 1a soixantaine, Bernard Saladin d’Angtade sait qu’lgloo-lik ne cessera plus de le hanter.Par un hasard inespéré, ces deux personnages avaient assisté dans leur jeunesse aux entretiens du grand anthropologue danois Knud Rasmussen qui passa dans la région.Au bout de quelques heures d’entrevue, d’Anglure aborde le sujet des récits intra-utérins dont il a eu vent au Nunavik.Ixirsqu'il demande à Iquallijuq si elle a déjà entendu parler de gens de sa communauté ayant conservé le souvenir de leur naissance, il se fait répondre: «Si cela t 'intéresse, je peux te raconter la mien ne et même ma vie d’avant.» Et Iquallijuq de lui raconter qu’elle avait été auparavant son grand-père maternel, ses souvenirs de sa gestation et comment elle avait changé de sexe juste avant de naître.C’est sur ce récit fondateur que s’ouvre le livre de Bernard Saladin d’Anglade.Un récit qui démontre comment la conception du monde des Inuits est intimement liée à ces formes de réincarnation où les êtres peuvent changer de sexe et même devenir transsexuels.«Ces récits étaient entièrement nouveaux, dit d’Angtade.La première fois que j’en ai parié dans le séminaire de Claude Lévi-Strauss, on m’a demandé ce qui prouvait que je ne les avais pas inventés.» D’Anglade compare aujourd’hui ces nombreux récits intra-utérins qu’il a patiemment recueillis au témoignage d’un Salvador Dali qui disait se souvenir de sa naissance; ou encore au célèbre monologue dYvon Deschamps intitulé Le Fœtus.«C’est toute une théorie de l’âme, tout un système de réincarnation qui se déployait sous mes yeux, dit-il.Un système très complexe où les Inuits jouaient avec les identités sexuelles et la parenté de façon très habile.» Êtres multiples Selon l’anthropologue, une société en crise comme la nôtre a beaucoup à apprendre de cette vision du monde.Bien avant nous, les Inuits ont trouvé des façons de concilier les identités sexuelles qui coexistent dans un être.D’Angtade ne veut pas ouvrir un débat terre à terre sur l’homosexualité ou X«homoparentali-té», mais il tient à rappeler comment les mythes contribuent de façon souvent très subtile à résoudre ces contradictions.L’anthropologue Marcel Mauss n’avait-il pas expliqué que l’été était chez les Inuits ta saison de l’individualisme et l’hiver, celle du communautarisme?Et cela, même sur le plan sexuel.«En arrière-plan de cette dualité, je découvre qu’il y a des rapports de genre dans la mythologie inuite.L’été est la saison des femmes et l’hiver, celle des hommes.Ce dualisme sexuel est à l’origine de la conception inuite du monde.» Et d’Anglade ajoute que ce système permet même le chevauchement entre les sexes, avec l’apparition d’un homme-femme ou d’un troisième sexe.«Mon défi, c'est de sensibiliser notre société à cette possibilité qu’offrent nos propres mythes de créer ce troisième sexe qui peut devenir dans les situations de crise un médiateur.» Pour d’Anglade, toutes les sociétés ont besoin de ces médiateurs et de ces chamans.«Comme des pompiers, ils vont éteindre les feux en situation de crise.Ils ont une sensibilité et une intuition particulières.Toutes les sociétés ont leurs chamans.Chez nous, ils portent les noms de grands écrivains, de poètes, ils peuvent même s'appeler de Gaulle ou René Lévesque.» Renommer les territoires Mais au lieu de s’inspirer de ta richesse de la mythologie inuite, les gouvernements ont souvent le réflexe de l’ignorer.Quand ils ne concourent pas à sa perte.Bernard Saladin d'Angtade suit de très pie's les discussions de l’ONU, qui accouchera bientôt d’une déclara- tion universeUe des droits des peuples autochtones.11 se réjouit particulièrement qu’on y ait inscrit le droit des autochtones de conserver leurs croyances, leurs noms de lieux ainsi que leurs noms traditionnels.En éradiquant des registres les noms inuits (qui sont ceux d’un ancêtre réincarné), les gouvernements, dit-il, ont créé une grave crise d’identité qui n’est pas sans expliquer les taux élevés de suicide des jeunes.Au lieu de leur envoyer des armées de psychologues, d’Angtade propose tout simplement de leur redonner leur nom.L’anthropologue participe à deux projets, financés par le ministère de la Culture du Nunavut À Igloolik et $anikiluaq, on est en train de réécrire les registres d’Etat civil avec les noms inuits de chacun des habitants.En septembre, pour la première fois, l’école de Sanikiluaq utilisera les noms traditionnels des enfants, jusque-là réservés à ta famille.Naissance d’un mythe N’est-il pas étrange que le Québec, où chaque enfant porte le nom qu’il veut ne respecte pas les noms traditionnels inuits?, se demande d’Anglade.«Il s’agit de renouer ce lien social qui est à la base de la culture et de réconcilier ces populations avec leur identité», dit-il.D’Angtade cite le cas de ces jeunes Inuits à ta recherche de leur propre mythologie, qui en viennent même à adopter comme surnom le numéro d’un joueur de hockey célèbre.L’expérience d’igloolik et de Sanikiluaq, croit-il, pourrait avoir des répercussions importantes chez les populations amérindiennes plus au sud.Mais l’anthropologue n’est pas pour autant pessimiste.Son livre se termine sur le récit fabuleux de la création d’un nouveau mythe.L’histoire dira si ce récit de «l’aïeule cannibale» — selon lequel, pour survivre, Ataguttaaluk aurait mangé à sa demande le cadavre de son mari — deviendra un mythe.La légende a déjà dépassé le territoire où s’est produit le drame.Le nom de cette femme morte en 1948 a été donné à de nombreux bébés nés depuis et même à l’école d’igloolik.Un peuple qui crée encore des mythes aura toujours un avenir.Bernard Saladin d’Angtade s’intéresse aujourd’hui aux alliances mystiques des chamanes, ces mariages symboliques que l’on retrouve dans de nombreuses cultures et qui unissent un homme et un esprit.«C’est ainsi, par exemple, qu’on explique parfois les pollutions nocturnes des jeunes hommes.» D’Anglade a découvert quelques récits du genre chez les Inuits.Nul ne sait pour autant avec quels esprits convole l'anthropologue certains soirs.On sait seulement que son travail n'aura, comme il dit «jamais de fin».Correspondant du Devoir à Paris ÊTRE ET RENAÎTRE INUIT HOMME, FEMME OU CHAMANE Bernard Saladin d’Anglure Préface de Claude Lévi-Strauss Gallimard, Paris, 2006,429 pages Arts Formuler l’abstraction haïda «Mon idée initiale est de pousser encore plus loin les frontière de cet art» Robert Davidson, un maître de la tradition haïda, une population autochtone de la côte nord-ouest du Canada, expose enfin ses œuvres à Montréal.Les peintures et sculptures de l’artiste sont présentées nu Musée McCord jusqu'au 15 octobre 2006.Incursion au cœur de l'abstraction.ULYSSE HERGERON D* entrée de jeu, M.Davidson définit «l’art haïda comme un art très abstrait, lœs gens qui se penchent pour la première fins sur cet art se demamU'nt tie quoi il s'agit, parce qu’il n’y a pas réellement d’éléments qui nous mcrrockcnt à la nvhtc».Cet art s'artioide traditionneDement autour de lignes figuratives dont l’épaisseur et tas changements de direction sont inspirés de règles bien établies.S'appuyant sur fit's symboles tels que tas animaux — porti-cunèrement ta corbeau, dont ta récit sert de cosmogonie —, les H aidas ont créé un monde artistique où chaque composante est teintée d’ime dimension spirituelle.lœs immenses totems monumentaux en mire proviennent justement (ta taur culture.1\hit M.Davidson, il s’agit justement de «npousser Us limites de la compréhensi<>n» qu’il a de l’abstraction hakta.tout en maintenant un lien intime avec ta tradition de son peuple.«Muvait qu’y être appuyée.Collaboratrice du Devoir y r A propos d’Elise Les données généalogiques indiquent que Élise Noël fa grand-mère paternelle de Claude Nubert était une descendante de Nicolas Lanitouy, chef des Algonquins de Yamachiche vers 1713.Ce dernier avait épousé une certaine Marguerite vers 1705.D15 août 1707, Nicolas et Marguerite faisaient baptiser un (ils sous le nom de Noël «Nous savons que le père de ce Nicolas se nommait également Nicolas Lanitouy, et qu’il avait épousé Marie Kanakabisthichit vers 1685.En cherchant dans le vieux registre de Sillery, nous avons trouvé l'acte de baptême d’un enfant baptisé sous le nom de Nicolas le 25 avril 1651, dont le père se nommait Noël Nega-bamat dit Tekouerimat, né vers 1600 et mort le 19 mars 1666.Le terme Tekouerimat était un titre dynastique transmis au successeur d'un chef défunt.» Cet ancêtre d’Élise Noël, «le premier néophyte d'importance de la colonie, selon le Dictionnaire biographique du Canada, se présenta au baptême à Québec le 8 décembre 1638».le prénom français Noël lui avait sans doute été donné en l'honneur de Noël Bru-lart de Sillery; l’année précédente, cet aristocrate pieux avait joué un rAle déterminant dans la concession du territoire sur lequel les jésuites érigèrent près de Québec la célèbre réduction, qui hérita du nom de son patelin en banlieue de Reims.Noël Bru Lut de Sillery ne mit jamais les pieds en Amérique.Noël Negabamat ! 77 CAt-NIAS (255-6327) Montréal ; (514) 597-0186 www.neas.ca LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 JUIN 2006 G 6 ?PRÉSENCE AUTOCHTONE * Boréades de la danse Les guerriers d’Anikituhwa à l’assaut de Tiohtiake Le grand rendez-vous familial de Présence autochtone I II I I I AAI N- P • DE LA V0ÎE 0RAtE A LA VIRTUELLE.L.I.Wl V il V -3 I .UNE EXPERIENCE *»/,McP.SlVE CHEZ LES INUITS DU HUNAVUC: AUTOMNE 2006 fiffSfe'.^ SftRAH «id.AMMIWi ï % ’v: ¦ i Une page du site Illlumi SOURCE: ULLUMI L’Internet inuit La naissance d’Ullumi Procéder au passage de Voral au virtuel Les grands spectacles familiaux de Présence autochtone, «Les Boréades de la danse», feront bouger petits et grands au parc Émilie-Gamelin samedi et dimanche les 24 et 25 juin, en après-midi.Cette année, les danseurs cherokees de la troupe Les guerriers d’Anikituhwa, de la Caroline du Nord, sont les grands invités spéciaux.Pour ceux qui veulent pousser un peu plus loin leur niveau de connaissance des Amérindiens, deux archéologues viendront donner des conférences les 21, 22 et 23 juin.MARTINE LETARTE \ Al’occasioij du festival Présence autochtone, le site du parc Émilie-Gamelin sera baptisé «Tiohtiake», le nom mohawk de lUe de Montréal Des troupes de danse des traditions autochtones d’Amérique du Nord et du Sud viendront partager avec fierté leur riche héritage culturel avec les familles montréalaises.«Les danses amérindiennes, avec leurs tenues traditionnelles flamboyantes, sont tout à fait spectaculaires.“Ijes Boréades de la danse” est vraiment un événement convivial et haut en couleurs qui saura intéresser toute la famille», affirme le coordonnateur du site extérieur de Présence autochtone, Sylvain Rivard.Les danses iroquoiennes Une troupe de danse mohawk viendra présenter un répertoire de danses sociales traditionnelles qui étaient pratiquées dans les maisons longues.«Les danseurs exécuteront entre autres l’une des rares danses rondes iroquoiennes notées et dessinées qui datent du début du régime anglais», précise M.Rivard.Ce sera la première fois que la troupe de danseurs cherokees «Les guerriers d’Anikituhwa» participera au festival Présence autochtone.Pour l’occasion, elle présentera une partie de son répertoire de danses sociales traditionnelles comme la danse de l’ours, la pantomime de la chasse aux castors et la danse de l’amitié.«Les danseurs nous feront également SOURCE: PRÉSENCE AUTX)CHTONE Danse au parc Émilie-Gamelin if;' connaître deux danses très anciennes: l’une guerrière et l’autre dite de la queue d’aigle.Elles ont été présentées au XVIII' siècle à un lieutenant anglais qui les a décrites dans ses mémoires», précise M.Rivard.Encore une fois cette année, Andicha n’de Wendat sera au rendez-vous familial de Présence autochtone.Ces quatre femmes de Wendake, le village huron de la région de Québec, viendront entonner leurs chants traditionnels et des danseurs suivront les rythmes des tambours.Ce sera la quatrième année que cette troupe viendra partager une parcelle de sa culture huronne-wendat avec les Montréalais.Les danses originaires d’Amérique latine Les festivaliers pourront aussi assister à une performance de la troupe montréalaise Mexico-Magico, fondée il y a déjà 15 ans.Elle présentera les danses les plus connues de la culture mexicaine.«Leur répertoire contient beaucoup de danses datant d’avant l’arrivée des Européens, et d'autres métisses, qui mélangent les influences autochtones et espagnoles», explique M.Rivard, en ajoutant qu’à l’occasion de la Fête nationale, le 24 juin, Mexico-Magico organise un événement spécial sur la scène.La Bolivie sera également bien représentée lors des Boréades de la danse cette année.Tout d’abord, la troupe Nuevo Amanecer, née en 1997, viendra présenter quelques danses des plus populaires de l’époque préhispanique.Toujours d’origine andine, Kollasuyo sera aussi de la fête.Créée à Montréal en 1983, la troupe de ballet folklorique permet à des jeunes de demeurer en contact avec leurs ancêtres et de faire connaître leur culture partout au Québec.En cas de pluie, les troupes de danse se produiront à l’agora du pavillon Judith-Jasmin de l’Université du Québec à Montréal, située au 405, rue Sainte-Catherine Est Espace conférences Four les gens qui désirent aller beaucoup plus en profondeur dans les us et coutumes amérindiens, Présence autochtone et Recherches amérindiennes au Québec organisent un espace de conférence?et de démonstrations «Wickiup», toujours au parc Errülie-Ga-melin.«Des archéologues viendront partager leurs découvertes avec des connaisseurs, des gens vraiment intéressés à en connaître davantage sur les Amérindiens Les conférences seront assez pointues et ne ciblent pas les familles, mais plutôt les universitaires», prévient M.Rivard.Le 21 juin à 15h, Eric Chalifoux, de Recherches amérindiennes au Québec, donnera une conférence sur l’outillage lithique.Pour illustrer la présentation, le spécialiste de la reproduction d’objets amérindiens Michel Cadieux taillera dans la pierre des pointes de flèche, des couteaux et autres objets du quotidien des Amérindiens.Enfin, l’archéologue Laurent Girouard viendra donner une conférence sur les pipes d’argile iroquoiennes les 22 et 23 juin à 15h.Encore une fois, Michel Cadieux viendra illustrer les propos du spécialiste en fabriquant sur place des pipes d’argile.Collaboratrice du Devoir De manière un peu étonnante, la 16' édition de Présence autochtone met l’accent sur la création d’un site Internet alors que les Premières Nations sont habituellement bien pourvues dans ce domaine.Pourquoi?DENIS LORD Ullumi — aujourd’hui, en inuktituk — est un ambitieux projet réunissant tant des Québécois que des Inuits du Nunavik, et jumelé à un documentaire qui sera présenté à Québec et à la chaîne de télévision aborigène APTN l’automne prochain.L’animatrice de télé Suzanne Méthot est l’«idéatri-ce» et la productrice déléguée du projet Ullumi.«Même si les Inuits sont un des peuples qui a été le plus étudié sous l’angle anthropologique et social, et qu’il existe une abondante littérature sur leur environnement, on ne les connaît pas vraiment, affirme Mme Méthot, et on a surtout diffusé des aspects négatifs.Et le projet a aussi aidé les Inuits à réfléchir sur leurs conditions de vie et leur identité.Notre webmestre, Derek Tagoona, a eu ce commentaire: “Dans le fond, on ne se connaît pas tant que ça”.» Initiative du Sud mais dans une perspective nordique, site trilingue, Ullumi veut sensibiliser les gens du Sud à la réalité du Nord, la démystifier, et offrir aux Inuits un miroir de cette réalité.«Nous voulons, explique Suzanne Méthot présenter le quotidien des Inuits, leur vie d’aujourd’hui sans analyse ni jugement de valeur.» La mise en ligne graduelle du site se fera à partir de novembre.Fenêtre sur le Nunavik Faisant un grand usage de la technologie Flash, Ullumi propose 14 visites virtuelles (aéroport, maison, territoire, frigo communautaire, etc.) du Nord rendant compte tant des traditions que de la modernité.C’est une fenêtre ouverte sur l’éducation, la politique, les liens intergénérationnels et la culture.On y retrouve un forum sur l’emploi, une section ludo-éducative où l’on compare les prix des aliments au Sud et au Nunavik.Un espace est accordé aux «role models», infirmières, professeurs ou sportifs, figures positives qui peuvent transmettre leur passion pour leur métier.À Ullumi, on met l’accent sur finteractivité; l’image et le son sont privilégiés par rapport au texte.Pour Henry Welsh, directeur des communications de Présence autochtone et spécialiste de la préhistoire, le langage du virtuel se rapproche davantage des traditions orales, celles des Inuits en particulier, que l’écriture.«Le virtuel, explique-t-il, avec sa polysémie, son interactivité et sa non-linéarité, convoque davantage de figures que l’espace écrit, plus artificiel dans le contexte.H rend aussi mieux compte de la perméabilité entre les différents univers — le quotidien, les légendes — et offre un meilleur rapport d’immédiateté.» Dans cette optique, des membres de l’équipe d’Ullumi donneront le 21 juin prochain un atelier proposant une réflexion sur le passage d’une culture de tradition orale à l’utilisation de la technologie virtuelle pour la transmission des savoirs.Convergence Nord-Sud Associé au site Internet, le documentaire Ullumi (52 minutes) a été coréalisé par Tunu Napartuk, Evie Mark, Qajaaq et Lena Ellsworth, et propose un point de vue critique sur les thèmes du «leadership», de la langue, de l’identité et des femmes.Choisis sur le terrain, ces quatre jeunes réalisateurs ont été formés dans les ateliers des Films de l’Isle.Cette confluence de talents et d’énergies illustre bien la volonté d’Ullumi de tisser des liens entre les communautés.«Le volet de la transmission du savoir à travers l’équipe a été très important, précise Suzanne Méthot Pour le site par exemple, les programmateurs inuits se sont impliqués dans le contenu et dans la direction; en échange, nous leur avons donné l’occasion de développer leur maîtrise des technologies Internet.» Les droits du volet Internet d’Ullumi sont partagés à parts égales entre Films de lisle et Turbulent Média inc., une firme montréalaise spécialisée dans le développement de logiciels Internet et d’applications interactives pour le cinéma, la télévision et les communications.Le département Internet de Kativik, qui gère tous les contenus virtuels officiels du Nunavik, est également impliqué dans le projet, tout comme l’agence Science-Presse, qui contribuera au renouvellement mensuel de la section «La Science dans le Nord».Collaborateur du Devoir nations Geoffrey Kelley Ministre délégué aux Affaires autochtones Dix années se sont écoulées depuis que le 21 juin, jour du solstice d’été, a été déclaré Journée nationale des Autochtones.Pour ces peuples, reconnus pour leur spiritualité et la richesse de leurs traditions, le solstice d’été est la fête de la lumière.Cette journée, la plus longue de l’année, permettrait, selon la tradition autochtone, d’accumuler la force, la sagesse et l’énergie nécessaires à toute réalisation.Profitons de la Journée nationale des Autochtones pour rendre hommage aux Premières Nations et aux Inuits, et souligner ainsi leur importante contribution à la société québécoise.Les festivités qui ont lieu aux quatre coins du Québec constituent autant de rendez-vous nous permettant de célébrer la culture, le patrimoine et l’héritage des peuples autochtones.À titre de ministre délégué aux Affaires autochtones, je souhaite mes meilleurs vœux aux onze nations autochtones du Québec.Secrétariat aux affaires autochtones Québec nn Sculpture La pierre, l’homme et la bête Métamorphoses, célébration des chamans Jusqu’au 30 juin, la Guilde canadienne des métiers d’art, en association avec la Fédération des coopératives du Nouveau-Québec, présente l’exposition Métamorphoses, qui regroupe onze des meilleurs sculpteurs inuits du Nunavik.DENIS LORD Maurice Achard est le commissaire invité de cette exposition dont les participants proviennent de cinq vüfages; Inukjuak, Pu-vimituk, AkiiHvik.Ivujrvik et Kanqè qsujuak.Directeur du Centre d’art contemporain Circa.M.Achard est un des grands spécialistes de la sculpture du Nunavik.Il est le conservateur attitré de l’imposante collection de la Fédération des coopératives du Nouveau-Québec, qui comprend des œuvres d’art, mais aussi des armes, des jouets et des vêtements.Une part de cette collection a été exposée en Eàirope et en Asie.C’est M.Achard qui a choisi les artistes et le thème de Métamorphoses.«Les représentations d’animaux et de scènes de la vie tradition-neüe — chasse, pèche, etc.— sont ce qu"ou connait le mieux de l’art inuit Mais plus inspirantes sont les légendes.depuis longtemps transmises ivalement dans tout le cercle circumpolaire.Elles illustrent cette faculté qu avaient certains chamans de se tmnsftrmer.d’emprunter des formes animales.L'œuvre de Noak Eeha-look, par exemple, traite d’une légende très nmmte, cede de Kautjajuq, un (frphdin pauvre et maltraité.Grèce à une interventùm d’un lumme dans la Lune, ü iievient un géant et se venge de ceux qui lui ont Jbt du mal» Le thème de Métamorphoses permet egalement aux artistes de puiser dans leur propre imaginaire pour créer des mutations à la mesure de leur inventivité.C’est le cas de la sculpture dTI Ehjasia-pik, qui montre un couple où l’homme se transforme en ours et la femme, en morse.Des œuvres remarquables De talent exceptionnel, ayant appris leur art dans un cadre familial, les 11 sculpteurs de l’exposition, tous nés avant 1951, ont été élevés dans le mode de vie traditionnel des Inuits.«Ils ont vécu en igloo, explique Maurice Achard, se rappellent des longues nuits où l’on se racontait des histoires.Ils ont chassé et connaissent bien la mor-phologie des animaux • Leurs sculptures en stéatite ont été créées spécialement pour l’exposition et sont de dimen-sions de beaucoup supérieures à ce qu’on retrouve sur le marché.«C’était un défi de convaincre ces artistes de se plier aux contraintes de l’exposition, de dire M.Achard.Ils doivent parcourir de longues distances pour aller chercher la stéatite, l’extirper du sol avec une barre à mine et la rapporter en VTT ou en motoneige.Ils ne font pas ça pour l’argent, parce qu’ils auraient pu faire plusieurs petites pièces qui leur auraient rapporté davantage.» De fait la beauté et les dimensions spectaculaires des œuvres ont créé une vive impression au vernissage, tout comme à la Fédération des coopératives du Nouveau-Québec.qui diffuse les sculptures du Nunavik à travers le monde.Leur mise en valeur, en 1949.a été à l’origine de la création de la Fédération, qui vend aujourd’hui du pétrole, des vêtements.des aliments, etc., avec un chiffire d’affaires de 125 millions de dollars.«Les Inuits, de dire M.Achard.ont un immense respect pour leurs sculpteurs et la Fédération tient à conserver ce marché, même s’il est peut-être aujourd'hui déficitaire.» Maurice Achard est responsable des projets en milieux amérindiens et inuits pour l’intégration des arts à l’architecture au gouvernement du Québec.Selon hii, fart du Nunavik est sans doute plus brut et moins poH que ce» lui du Nunavut mais il est plus puissant en raison du traitement dans les formes et de la puissance de fexpression.RONAL LABELLE Sculpture d’Eli Elijasiapik 100' anniversaire La Guilde canadienne des métiers d’art fut la première organisation au Canada à promouvoir l’art inuit tenant en 1949 la toute première exposition-vente consacrée à ce peuple.L’organisme célèbre cette année son 100e anniversaire et présente pour l’occasion quelque 160 sculptures, gravures et artefacts du Nunavik datant de 1900 jusqu’à nos jours, sélectionnés dans sa collection permanente.Pour faire le Ben entre Métamorphoses et la collection de la Guilde, les 11 sculpteurs du Nunavik ont été invités à produire des œuvres de phis petite dimension.Plusieurs d’entre eux venaient pour la première fois à Montréal et ont découvert avec étonnement à la Guilde des pièces fabriquées par leur onde, leur père ou leur grand-père.Outre les artistes déjà cites.Métamorphoses présente des œuvres de Aisa Anuttu, Mattiusi Ivaituk Adamie Anautak.Thomassie Echa look.Tairmsiapik Sivuarapik, Jobie Amaituk.Jobie Uqartuk.Lucassie Echalook et Joanasi Jack Ittukallak.Collaborateur du Devoir GUILDE CANADIENNE DES MÉTIERS D’ART 1460, rue Sherbrooke Ouest Montréal * 514 8496091 LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 JUIN 2 0 0 6 (i 7 PRESENCE AUTOCHTONE Nunavik Vivre Fisolement dans les jumelles du Nord Whapmagoostui et Kuujjuarapik, imbriqués mais séparés C’est unique au Canada, sinon en Amérique du Nord.Dans un village du Nunavik à peine plus gros qu’un stationnement de Wal-Mart, deux Premières Nations vivent côte à côte.Dans ce village double de la baie d’Hudson, les Inuits et les Cris — 1215 personnes au total — possèdent chacun leur école, leur service de police et d’incendie, et même leur ligne aérienne! DENIS LORD Au 55' parallèle nord, là où la baie d’Hudson se jette dans la Grande rivière de la Baleine, Inuits et Cris se rencontrent et se mêlent, aux limites de leurs territoires respectifs.Les deux peuples fréquentent la région depuis près de 3000 ans.Au fil des années, tous deux se sont sédentarisés.On dit que c’est un des très rares endroits au Canada possédant officiellement trois noms: Kuujjuarapik, Grande rivière de la Baleine et Great Whale River.Mais dans les faits, on a ici affaire à deux entités administratives distinctes, bien qu’étroite-ment imbriquées: Kuujjuarapik pour les Inuits, Whapmagoostui pour les Cris, qu’on appellera K et W pour simplifier.Plat pays L’architecture de Kuujjuarapik et Whapmagoostui semblera morne au visiteur du Sud.Comme dans toutes les agglomérations nordiques, les maisons, manufacturées dans le Sud, sont très uniformes.En périphérie de la bourgade, des cabanes aux murs de tuiles, l’air abandonnées, où vivaient autrefois Cris et Inuits.Bien qu’ils soient confortables, les deux hôtels locaux, avec leur devanture de tôle ondulée, ressemblent davantage à des «shops* de quartier industriel Les rues de Kuujjuarapik sont faites de sable.Ça vous revoie à la figure quand le vent souffle, ou que passent les omniprésents VTT.C’est très «western», mais nordique! Aucune route ne reliant K/W à quoi que ce soit les seules voitures s’oxydent doucement dans l’impressionnant dépotoir municipal, qui ferait n'importe où ailleurs la fortune d’un vendeur de pièces usagées.D n’y a de clôture nulle part sinon autour du cimetière et de la piste de l’aéroport Comme partout au Nunavik, les chiens se promènent en toute liberté.Le seul à avoir jappé après moi était attaché! Et comme partout au Nunavik, il y a des enfants, beaucoup d’enfants, magnifiques, libres eux aussi, se baignant sans surveillance dans la Grande riviè- re de la Baleine.Soixante-dix pour cent de la population du Nunavik a moins de 20 ans! Deux solitudes Les Cris de K et les Inuits de W partagent le même code postal et utilisent le même alphabet syllabique.Ils ont tous les deux l’anglais comme langue seconde et privilégient la religion anglicane.Les liens s’arrêtent là ou presque.Manifestement, les fusions municipales ne sont pas passées par ici.Deux administrations différentes se partagent un périmètre peut-être équivalent à celui du Flateau-Mont-Royal, mais avec une population infiniment moindre.W a le statut de réserve, K est une municipalité.K et W ont chacune leur école, leur service de police et d’incendie et leur radio communautaire.Chaque communauté est desservie par une flotte aérienne distincte, dont le titre annonce la couleur Air Inuit et Creebec.D n’y a qu’un seul CLSC, mais il abrite des infirmières attitrées à chacun des peuples.«Aujourd'hui, affirme Pierre Roussel, secrétaire-trésorier de K, la population inuite diminue, et celle des Cris augmente.Plusieurs jamilles inuites ont déserté K pour Umiujak en 1985, craignant un impact négatif des barrages hydroélectriques.Entre 1985 et 2005, les Cris, eux, sont passés de 500 à 800 personnes.Ils construisent de nouvelles résidences chaque année.Il faut dire qu’ils bénéficient de meilleurs programmes de subvention à l’habitation que les Inuits, sont exemptés de taxes et se sont enrichis avec la Paix des braves.» Rapprochement Les deux administrations font tout de même des rapprochements.La nouvelle église anglicane est le fruit d’une collaboration entre Inuits et Cris, tout comme les égouts et un aqueduc, dont les travaux ont commencé en 2005, et qui feront de K le seul village du Nunavik possédant l’eau courante.D’autres projets ont achoppé, comme celui d’un centre culturel conjoint *Nous n’avions pas assez d’argent poursuivre les Cris», ex- OFNIS I.OKO Au 55' parallèle nord, là où la baie d’Hudson se jette dans la Grande rivière de la Baleine, Inuits et Cris se rencontrent aux limites de leurs territoires respectifs.plique Pierre Roussel.Pour le maire inuit Lucassie In-ukpuk, ce serait préférable qu'il n’y ait qu’une seule municipalité, mais ce n’est pas demain la veille.‘C’est déjà difficile défaire travailler ensemble nos services de police.» Il n’y a pas longtemps, les policiers cris ne pouvaient procéder à une arrestation sur le territoire inuit et vice-versa.Pierre Roussel n’y croit pas non plus.‘Les Cris, comme les Inuits, sont fiers de leur culture, c'est normal.Il y a certains problèmes entre eux lorsqu'ils sont adolescents, mais c’est tout.Pour les rapprocher, on les fait jouer dans les mêmes équipes sportives.» Vie et mort dans le Nord •La Convention de la Baie-James a dressé une frontière entre les communautés crie et inuite.Avant, il n’y avait qu’une seule administration.» C’est le prêtre anglican de K/W qui s’exprime ainsi.Torn Martin, 69 ans, un colosse de 6’4” arrivé ici il y a 21 ans.D donne des messes séparées pour chaque communauté sauf à Pâques, Noël, et lors des enterrements.Dans ces occasions, et lors de la chasse au béluga, des activités sportives et des sorties dans les bars.Cris et Inuits se mélangent Ces deux peuples sont-ils si différents, hormis le fait que les Cris, hommes ou femmes, soient de méchantes armoires à glace?Selon Torn, les Cris ont un meilleur sens de l’humour, dans lequel ils peuvent se montrer cruels.Leur sens de la famille et leur respect des aînés sont plus développés que chez les Inuits, pair qui l’individu vient en premier.Les Inuits sont généralement d’une grande timidité; on dit qu’il ne faut jamais poser une question à un Inuit avant d’avoir passé deux heures avec lui.Si les deux peuples ont été traditionnellement ennemis, on ne peut aujourd’hui parler de racisme.Les seuls incidents opposent des gens ivres ou stupides.Plusieurs couples mixtes sont installés d’un côté ou l’autre de La frontière.Où habiter dans ces cas?On ne paye [vas de taxes chez les Cris; par contre, chez les Inuits, un logement, électricité comprise, coûtera 200 $ par mois, soit quatre fois moins qu'à W.Inuits et Cris sont confrontés à un haut taux de suicide, trois fois plus élevé que la moyenne nationale.Vingt-cinq pour cent des décès .au Nunavik sont dus au suici de et une fois sur quatre, ils arrivent entre 11 et 17 ans.K/W a été relativement épargné p;ir ce fléau, mais Tom Martin y a tout de môme été confronté.‘Ça vient de l’isolation, des familles brisées.Nous élevons une génération d'enfants en colère.Certains jouent dans la rue jusqu'à 2h du matin.U’urs parents sont absents, jouent et boivent.Quand les enfants se font arrêter pour vol ou vandalisme, il faut chercher leurs parents au bar.ou à l’église.De prétendus chrétiens jugent leurs semblables et disent: “Tu n 'es pas bon, tu iras en enfer".Alors les gens se suicident en se disant: "De toute façon, je vais aller en enfer’.» ‘Ici, t'es “pogné" avec ta communauté, ajoute Chris, le fils de Tom, |>oli-cier à Kuujjuarapik, Si tu fais une erreur, tu vas en entendre parler pendant des années.» Collaborateur du Devoir 21 JUIN JOURNÉE NATIONALE DES AUTOCHTONES ABÉNAQUIS • ALGONQUINS • CRIS ATTIKAMEKS • HURONS-WENDATS INNUS • MALÉCITES • MICMACS MOHAWKS • NASKAPIS • INUITS Depuis io ans Onze nations en fête ! Bien avant l’arrivée des Européens, les Autochtones célébraient déjà le solstice d’été.Le gouvernement du Québec est fier de prendre part aux festivités entourant le dixième anniversaire de la Journée nationale des Autochtones.Profitons de ce jour de fête pour découvrir l'héritage exceptionnel des onze nations autochtones du Québec.Québec BS www.autochtones.gouv.qc.ca t \ ¦T Bernard ASSMIWI ¦Mi LA MÉDECINE DES INDIENS D’AMÉRIQUE 448 pages - 34.40S GUÉRIN littérature (514)842-3481 L'ouvrage comporte une taxinomie comoieie oei plantes utilisées oar les Amérindiens dont l'auteur décrit les propriétés si iss usagés.En vents déni loutei lei libramet Us prix sont indiqués sous résurvu do modifications Donald C.BARNETT CÉLÉBRITÉS CeiiKiion iiiuaripmem POUNDIYIAKER 64 pages - 10,95 S — porte-parole des cris des plaines de l'Ouest 0 Guilde canadienne des métiers d’art 1480.w Stiertjfoofce Ouest, iurte B Montréal.T 514 849 6091 www guiklecanndiefinedesmétiefsdart com METAMORPHOSES ONZE SCULPTEURS DU NUNAVIK Aisa Amittu Jobie Amaituk Adamie Anautak Lucassie Echaiook Noah Echaiook Thomassie Echaiook Bi Bijasiapik Joanasi Jack Ittukallak Mattiusi lyaituk Tamusiapik Sivuarapik Jobie Uqaituk du 25 mai au 30 juin 2006 MarJ au verrt&l, lOhâ 18K • SamerJ 'Oh à 17h Commissaire invité : Maurice Achard TERRES EN VUES ()«)•)••(»() LAND InSIGHTS i 16e édition Montréal PRESENCE AUTO C HTO NE du 25 mai au 8 juin et du au 25 juin 2006 littérature Lancement et lecture publique de l’émouvant roman Le chemin des âmes de l’écrivain d’origine ojibway Joseph Boyden.En présence de l’auteur et du comédien huron Charles Bender, un 5 à 7 littéraire d'une grande for, c.INDIAN SUMMER: THE OKA CRISIS A BRIDE OF THE SEVENTH HEAVEN TRUDEIX films et vidéos Le meilleur de la production récente fictions, documentaires, courts et longs métrages, vidéos d’art et films d’urgence Samedi, 3 juin I 14 h Indian Summer : The Oka Crisis I 18 h 30 Brockett 99-Rockin’ The Country I 20 h 30 Bride of the Seventh Heaven Lundi, 5 juin I 18 h 30 Trudell en Le chtijati datâmes Jusqu’au 8 juin Au Cinéma ONF 1564» rue St-Denia 514.496.6887 Jusqu’au I" octobre Grande Bibliothèque Collection nationale, niveau I arts visuels Le patrimoine écrit des Premières Nations : explorer, annoter, révéler LA.MACHINE À EXPLORER LES SIGNES Raymond Dupuis LA DÉCHIRURE (detail) Ashukan PROPHESY Pauline Lahache CONTES de la Myth.Atharaskanne (detail) Virginia P.Bordeleau site extérieur Parc Emilie-Gamelin, au cœur de Montréal, les gens de l iohttake vous accueillent Ju Le» Iroquoien* du Saint-Laurent Une invitation à la découverte, cinq jours d'ateliers, de démonstrations et de palabres dans un climat d’amitié.Du 31 nu 35 juin de midi à 20 h 21 fl 9 J 1 iin v?2 t « t juin de midi à 18 h Le» Boréade» de la danse Mercredi 21 juin À partir de II h Jour national des peuples jum autochtone Cérémonie officielle et ouverture du (ite Tiohtiak* en préience d'une autochtone quechua appelée à jouer un rôle capital pour l’avenir de* pays andins, Celinda Sosa, Ministre du Développement économique de la Bolivie.L’événement populaire par excellence du festival Présence autochtone Des troupes mohawk, wendat, abénakises.maya et quechua partagent leur riche héritage.UH Mercredi 7 juin, h 17b A la Grande Bibliothèque Jusqu au 30 juin du mardi au samedi Guilde canadienne des métiers d’art 1460, rue Sherbrooke Ouest métamo rphoses Nous sommes du Nunavik Sans titre Onze sculpteurs Inuit contemporains Thomassie Echalook Jusqu'au 15 octobre: Musée McCord 690, rue Sherbrooke Ouest Robert Davidson Au seuil de l’abstraction & Art Haida, les voies d’une langue ancienne SOUTHEAST WIND (detail) Robert Davidson 1 info festival I 5I4*9^9*3®®9 ^ tev® native lynx, tjc.ca native lynx.qc.ca Canada Québec K" Montréal üPî lü LeDevihr ECP MuséeMcO^t 5i Contai àm VU CMdaCoMKfl KTTfWTPB flL duCMte tortfwAift IB ., .-i coHsaœsAm D€ MONTUtAL -fw- ML -3^, Sè A U JjHemsthnes kCtntntmme
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