Le devoir, 8 juin 2002, Cahier D
LE DEVOIR.LES SAMEDI S ET DI NI A N l II E 9 .1 I I N 2 O O L' POLAR Eduardo Mendoza Page D 6 ROMAN Atiq Rahimi Page D 5 ?LE DEVOIR ?Lectures Vw k ÉÈm apy.:- j ¦ SOURCE: THE MIAMI HERALD/PHILIP BROOKER MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE LE DEVOIR A-t-on jamais vu l’équiiH5 de football de Venise se qualifier en finale de la Coupe d’Italie?la question mérite d’être posée, ne serait-ce que pour introduire en beauté ce premier supplément lectures d'été du cahier Livres, qui paraît sur fond de Mondial.l^s footballeurs vénitiens n'auraient aucune chance de se distinguer, s’il faut en croire l’écrivain Tiziano Scarpas.Ce fils du pays sait de quoi il parle.Dans Venise est un poisson (Christian Bourgois), amoureuse évocation littéraire de l’une des villes les plus touristiques du monde mais qui n'est pas que cela, Scarpas évoque au passage la performance des joueurs de la Sérénissime, si médiocre quelle a donné lieu, après la guerre, à l'expression «faire le Vénitien*.De quoi s’agit-il?D’un «type de jeu exaspérant, égoïste, le ballon toujours au pied, plein de dribbles et peu de passages, vision du jeu limitée.Forcément: ils avaient grandi dans ce tourbillon variqueux de venelles, de ruelles, de virages en épingle à cheveux, de goulets [.) Évidemment, quand ils descendaient sur le terrain en shorts et en maillots, ils continuaient à voir des ruelles et des petites places partout*.Venise est un poisson est sans contredit l'un de ces livres à emporter en vacances, italiennes ou non.On y apprendra ce qui distingue la strada de la calle, la via de la salizade.ou de la fondamenta, même si la maîtrise de telles subtilités langagières n’empéche en rien de s’y perdre avec bonheur.Détail piquant: le ciao qui, du Plateau Mont-Royal à Montparnasse, de Manhattan à Berlin, s’arrondit dans toutes les bouches à la mode, est une abréviation de l’expression vénitienne s’ciavo: votre esclave.Bien d’autres livres accompagneront l’été.Nos collaborateurs en présentent quelques-uns dans ces pages.Une autre sélection suivra dans l’édition du 15 juin.Cependant, un peu plus tôt cette semaine, Caroline Montpetit s’est amusée à regarder par-dessus l’épaule de lecteurs inconnus, surpris à la bibliothèque ou au café, en train de s'adonner à leur «vice impuni*.Que lisez-vous?leur a-t-elle demandé.Ijeurs réponses sont disséminées dans ces pages, parmi nos suggestions de lecture.A chacun de repérer les livres qu’il lui faut, pour mieux, et aussi égoïstement qu’un joueur de football vénitien, disparaître, sa provision estivale sous le bras.Ciao ! ÉDITION Un E pour l’effort.Économiste, actrice, sémiologue, journaliste: la tentation romanesque en guette plus d’un, surtout s’il est une figure un peu connue dans son domaine.Et quand on y cède, avec la complicité d’un éditeur ravi de l’aubaine, c’est souvent à travers le genre du polar.Avec un bonheur inégal.STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR On peut écrire de très bons romans et devenir une vedette, voire une très grande vedette.C’est arrivé à J.K.Rowling, la maman d’Harry Potter, dernière en date des mégastars mondiales des lettres.On peut aussi être une vedette bien établie dans un domaine donné et se mettre à écrire des romans.C’est le cas du journaliste d'enquête Normand Lester, passé depuis peu de Radioklanada à TVA Celui-ci vient de publier Chimères, un thriller qui parait chez libre Expression, une division de Québécor Médias, entreprise qui possède aussi TVA comme quoi tout se tienL Le livre, qui s’appuie sur «les plus récentes avancées scientifiques», est cosigné par la recherchiste Corinne De Vailly.Le récit oscille du Montréal actuel de la haute technologie et des manipulations génétiques au Moscou stalinien des années 30, avec sa furie dogmatique, sa science prolétarienne, ses grandes purges paranoïaques.Les protagonistes crédibles et l’écriture efficace respectent les règles de base du genre.Au cours des dernières années, les animateurs de radio Michel Desautels et Richard Carneau ont également pondu des romans assez bien accueillis.Mais les célébrités peuvent aussi pondre des navets.Comme Roger D.Landry.L’ex-flic.Le papa de Youppi.L’ancien président et éditeur de La Presse.L’auteur du Sans tache, un «roman policier» (c’est écrit sur la couverture, franchement laide).Sous-titré Un homme, deux femmes et leur secret, le livre de 200 et quelques pages, avec autant de longues, très longues longueurs, a en fait été écrit par un hom- me (M.Landry, donc) et deux femmes.Loti Miller et Clara Marais, mais ce sont des «noms de plume», d’où le secret, puisque tout se tient tellement partout que c’en est merveilleux.L’histoire?Franchement, qui s’en soucie?Il y est question d’une jeune avocate et de son papa hyperactif et mortel, d’un suicide dans le milieu des affaires montréalais, mais est-ce bien le cas, hein?Le style?E fait songer à un mauvais pastiche du magazine L’Actualité, là où on écrit simplement mais correctement une langue artificielle, lue par tous mais parlée par personne.Ce qui donne par exemple ceci, page 102, à propos d'un tagueun «H pleut à torrents.Sur le toit du Palace, Félix, canette en main, tente de terminer son piece.Philippe appuie l’échelle sur le côté de l’édifice.Il s'essuie le visage et dépose son sac à dos contenant ses couleurs.- Salut man, les flics voulaient te parler, hier soir Ils prétendaient chercher Éric Gariépy.» Dans la bouche d’un bum montréalais crédible, les «flics» ne «prétendent» pas: ce sont les bœufs qui font accroire ou les chiens qui font semblanL Bref, comme on pouvait s’y attendre, on est loin, mais alors très, très loin des romans de haute voltige stylistique de Use Bissonnette, ex-directrice du Devoir, ou du mordant critique des essais d’André Pratte, chef éditorialiste de La Presse.L'ouvrage de l'homme lige de Power Corporation paraît chez Sfanké, une autre division de Québécor Média II n’y a pas plus de limites à la convergence qu’à la bêtise.A quand les mémoires non autorisés de Pierre Karl Péladeau en feuilleton dans Ije Soleil?En fait, le «sans tache» ne jure pas là où il se trouve.July Giguère, une étudiante de l’Université de Sherbrooke, rattachée au Groupe de recherche sur l’édition littéraire du Québec, vient de compléter un catalogue exhaustif des Éditions Stanké, qui compte maintenant 875 entrées.«Im maison a publié de l’excellente littérature, beaucoup de Gabrielle Roy, Marie-Claire Blais, 62 romanciers sur 514 au total, observe-t-elle.Mais elle a surtout fait sa marque avec des livres-événements, publiés quelques semaines après un évènement important, avec des œuvres populaires et des livres de vedettes.* VOIR PAGE D 2: EFFORT Énrnovsm \ ROCHER / rqurnres iny*.dr* *n*h*r* «ods profr*»ioanrl».gnrr en confia life, «rlopprr aa #tralé|pe et sarmonlrr Mlaatioa* difficile*, *c don i movrn* pour aller plu* loin.fjf f.iiinuiHiiicutians /»> )nn ( humiHigui' A :> ^ ^x£.LA -O' ^ * ^ M BASES DU GOLF FÉMININ l L fcuuni Ma» Hum at Katfcm Matoonv « £ i.~ i «t àt, f a * ^ ' • L E D E V OIK, S A M EDI 8 E T i) 1 M V N ( H E 9 J f I \ 2 0 0 2 I) 2 I.E S ÆCTURES D’ETE LITTÉRATURE FRANÇAISE Passages légers Désinvoltures et orages romanesques GUY LA I N E MASSOUTKE Vous souhaiteriez emporter en vacances des livres légers mais bien écrits, pas trop casse-tête.En voici trois.Ce sont des romans aux sujets classiques: moment particuliers, aventures sentimentales, destins singuliers.Rien de plus.Détente.Ce qui, entre autres maisons d’édition, est le projet de l’éditeur Le Dilettante, soit satisfaire ce même dilettante: «Personne qui s’adonne à une occupation, à un art en amateur, pour son seul plaisir.Personne qui ne se fie qu’aux impulsions de ses goûts» (larousse).Une jolie toile pointilliste Anna Gavalda n’a pas 30 ans.Après un recueil de nouvelles assez réussi, elle propose un roman qui n’est pas mal non plus.Offrez-le à une fille de son âge, ou retournez-y vous-même, comme si vous étiez né au début des années 80.L’intérêt de ce livre, c'est la mentalité d’une génération qui a connu le divorce, la séparation des parents et l'éducation à deux têtes.Qu’en pensent les cœurs sensibles, eux-mêmes à l’âge de contester à la fois les valeurs et les bêtises de leurs parents?A lire Je l’aimais, les progrès d’une mentalité semblent lents.Mais il y est acquis le principe d'une autonomie affective à construire, encore que les grincements l’emportent parfois sur la joie de vivre.Le temps est au clair-obscur.Le tête-à-tête entre un homme ANNACAVAIIM Jk i.’aimais * h mûr et une jeune femme avec enfants est assez bien vu.Entre les personnages règne une distance respectueuse que vient parfois troubler un sursaut de désarroi.Mais les relations sont difficiles à construire.Comme si, d'une génération à l’autre, la main tendue était encore remplie de pièges ouverts.Un couchant gansé d’or Morgan Sportès aime écrire des histoires d’amour un peu folles.Surtout si l'amante est Japonaise.Une fenêtre ouverte sur la merest un roman d'aventure sentimentale marocaine.La recette est éprouvée: de la mer, de la chaleur, de l’exotisme et beaucoup d’épices, au milieu d’un paysage à photographier à chaque çoin de rue, de chemin de ronde.A Essaouira, tout est art, couchant gansé d’or.Le baromètre du livre au Québec 2 du 29 mai au 4 juin 2002 H — 7 Roman D.GABALD0N Libre Expression 8.D.ASTÉRIX ET CLÉOPÂTRE, nouvelle édition GOSCINNY/UDERZO Hachette 3 Polar M HIGGINS-CLARK Albin Michel 2 4 Roman Qc OUF! AP 0 BOMBARDIER Albin Michel 4 Nutrition BON POIDS, BON CŒUR V MONTIGNAC/DUMESNIL Flammarion Qc 4 6 Cuisine BARBECUE ¥ S RAICHLEN L'Homme 7 2 Roman LE PIANISTE ¥ W.SZPILMAN Robert Laflont «l Biograph.Qc L'ALLIANCE DE LA BREBIS G.LAVALLÉE JCL 7 Roman LES ENFANTS DE LA TERRE, T.5 - Les refuges de pierre J.M.AUEL Pr.de la Cité 6 Polar MYSTIC RIVER ¥ D.LEHANE Rivages U Biographie QUE FREUD ME PARDONNE ' J.V0YER Libre Expression 8 12 Polar WONDERLAND AVENUE ¥ M CONNELLY Seuil 6 13 Spiritualité MEURE EN PRATIQUE LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT E.TOLLE Ariane 7 M Roman LA QUATRIÈME MAIN J.IRVING Seuil Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRESENT E.TOLLE Ariane 89 ü Roman LE LIVRE DES ILLUSIONS ¥ P AUSTER Leméac/Ades Sud 3 £ Psychologie CESSEZ D'ÊTRE GENTIL, SOYEZ VRAI ! ¥ T.D'ANSEMBOURG L'Homme n li Roman LA DERNIÈRE RECOLTE J.GRISHAM Robert Laffont It ii Roman Qc LE GOÛT DU BONHEUR, T.1,2 S 3 ¥ M.LABERGE Boréal II 20 Actualité 11/9 : AUTOPSIE DES TERRORISMES N.CHOMSKY Serpenté plumes IL ' B.D TUNIQUES BLEUES N° 45 - Emeutes à New York LAMBIL / CAUVIN Dupuis j 22 Roman LE LIT D'ALIÉNOR M.CALMEL XOéd.i!L - il Sc.Fiction STAR WARS ÉPISODE 2 - L'attaque des clones COLLECTIF Phidal 2 24 Histoire LES JUIFS, LE MONDE ET L'ARGENT ¥ J, ATTALI Fayard ü 25 Actualité 11 SEPTEMBRE 2001 - L’effroyable imposture T.MAYSSAN Carnot éd.7 ü Roman MADEMOISELLE LIBERTÉ A.JARDIN Gallimard ÜL IL Roman Qc MISTOUK G.BOUCHARD Boréal 4 n Roman ÉLOGE DES FEMMES MÛRES ¥ S.VIZINCZEY du Rocher 57 29 Roman QUELQU'UN D'AUTRE ¥ T.BENACQUISTA Gallimard 19 30 Sc.Sociale NEXT ¥ A.BARICCO Albin Michel n Santé RECETTES ET MENUS SANTÉ, T.2 M.M0NTIGNAC Truslat 126 32 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?¥ J.SPENCER Michel Lafon 77 33 Faune LE PEUPLE MIGRATEUR ¥ PERRIN/MONGIBAUX Seuil 15 34 Roman Qc LE CŒUR EST UN MUSCLE INVOLONTAIRE ¥ M.PR0ULX Boréal 8 35 Voyage LES SENTINELLES DU SAINT-LAURENT ¥ P.HALLEY L'Homme 8 36 Roman OÙ ES-TU ?M.LÉVY Robert Laffont 29 37 Erotisme Qc HISTOIRES DE FILLES J.PELLETIER Québécor 20 38 Faune GUIDE DES OISEAUX DE L'EST DE L'AMÉRIQUE ¥ D/L.STOKES Broquet 275 39 Cuisine SUSHIS ET COMPAGNIE ¥ COLLECTIF Marabout 8 40 Roman BAUDOLINO ¥ U.ECO Grasset 12 41 Essais G.DEVROEDE Payot 5 42 Roman Qc UN PARFUM DE CÈDRE ¥ A.-M.MACDONALD Flammarion Qc 83 43 Roman ROUGE BRESIL ¥ J.-C.RUFIN Gallimard 40 44 Polar PARS VITE ET REVIENS TARD ¥ F VARGAS Viviane Hamy 27 45 Roman Qc VOYAGE AU PORTUGAL AVEC UN ALLEMAND ¥ L.GAUTHIER Fides 8 V : Coup de Cœur RB : Nouvelle entrée Nfert fe semâmes depuis parution Plus de 1000 Coups de Cœur, pour mieux choisir.succursales r L SCABRINI MEDIA Bien au-delà de la simple impression et r ^ AGMV Marquis J* IMPRIMEUR INC.La passion du livre québécois Longueuil • Montréal • Montmagny • Sherbrooke Avec légèreté, Sportès semble reprendre toujours la même histoire, qu’il maquille et habille d’un décor neuf.\jl pleine lune resplendit sur celle-ci.La jolie silhouette féminine, menacée, a une allure d'apparition laiteuse qui laisse craindre le pire.On nage entre le rire et les larmes, dans l’ambiance des relations éphémères et pourtant faites pour combler le souvenir.Ce sont là les qualités des vacances, n’est-ce pas?Il y en a toujours un peu plus chez Sportès.Ce roman-ci est dédié à la mémoire de Guy De-bord, qui écrivait, il y a près de 50 ans: «Notre idée centrale [.] est la construction de situations, c'est-à-dire la construction concrète d’ambiances momentanées de la vie et leur transformation en une qualité passionnelle supérieure.» Inévitablement, Sportès rapporte cette qualité du bonheur au goût délicieux du libertinage.Près du désert, le vin fou pétille mieux.Lady Hamilton prend la mer Gilbert Sinoué est un amateur de légendes et d’histoires égyptiennes.Il est passé maître du genre populaire, recherchiste fidèle aux faits historiques et habile manipulateur de vraisemblance psychologique.Amateurs d’idoles s’abstenir: ses personnages vieillissent et meurent sans écho.Cette fois, c’est à Emily Lyon, née près de Liverpool en 1765, qu'il s’intéresse.La roturière, une intriguante doublée d’une séductrice et d’une ravissante actrice, va faire son chemin jusqu’à Naples.Elle mène une vie mondaine, assez rocambolesque, au pied du Pausilippe, fréquente roi et reine, jusqu'au jour où elle devient la très officielle madame l'ambassadrice.Les cieux de la baie n’ont jamais été aussi bleus, surtout quand elle y croise le capitaine Nelson.Il est amusant de noter que ce terme, «ambassadrice», est ici employé dans le sens pur de l’Académie, qui continue de voir en ce titre la femme de.et non, comme vous auriez pu le croire, celle qui, par ses compétences remarquables, aurait su briguer et obtenir une si haute fonction.JE L’AIMAIS Anna Gavalda Le Dilettante Paris, 2002,217 pages UNE FENÊTRE OUVERTE SUR LA MER Morgan Sportès Seuil Paris, 2002,172 pages L’AMBASSADRICE Gilbert Sinoué Calmann-Lévy Paris, 2002,358 pages Gjtivieri librairie «bistroH BISTRO DES DIZAINES D’ÉVÉNEMENTS DES MILLIERS DE LIVRES 5219.Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Tél.: 514-739-3639 Fax : 514.739.3630 service@librairieolivien.com LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Une Indienne d’Afrique à Paris JOHANNE JARRY En marchant dans certains arrondissements de Paris, on a l’odorat facilement titillé.De nature curieuse, on a envie de savoir dans quel sillon de parfum on avance; le découvrir en promenant son nez dans les parfumeries devient un jeu d’enfant.Mais ces suaves effluves sont une odeur parmi bien d’autres, si bien que s’aventurer dans les rues de Paris, c’est aussi exposer son nez à une multitude de stimuli.Sans doute est-ce cette sensibilité olfactive qui a attiré mon attention sur L’Odeur, le premier roman de Radhika Jha.Mais ce qui pique encore plus la curiosité, c’est que cet ouvrage raconte l’histoire d’une jeune femme d’origine indienne, née au Kenya et exilée à Paris.L’auteure de ce premier roman, elle-même une Indienne de 32 ans, a étudié les sciences politiques à Chicago, et son livre a remporté, selon son éditeur français, un grand succès en Inde.Même si elle se sent plus indienne qu’africaine, Ula se considère chez elle au Kenya.Malheureusement, la situation politique et raciale tendue à Nairobi fait des victimes.Parmi celles-ci, son père, tué lors d’une émeute.La mère de lila s’exile en Angleterre avec ses deux jeunes garçons et confie sa fille au frère de son défunt mari, propriétaire d’une boutique d’épices à Paris.Cette séparation, même si elle est censée être temporaire, blesse Lila, qui comprend mal pourquoi sa mère l’abandonne au moment où elle a tant besoin d’elle.Elle se raccroche donc aux promesses que recèle la beauté légendaire de Paris, espérant profiter au maximum de sa visite.Son oncle lui vante les mérites de la capitale.«Les gens viennent ici du monde entier pour s’intégrer à la ville.Ils viennent s’imprégner de son esprit parce que son esprit est encore plus grand que le nombre de ses habitants.» Cette affirmation requinque le moral de la jeune fille, le temps de rouler quelques kilomètres et d’apprendre qu’ils se dirigent vers la banlieue de Paris.Le choc est encore plus grand lorsqu’elle découvre l’appartement minuscule où ils vivront, barricadés de peur d’être dévalisés.Pour qui vient de l’Afrique, vivre enfermé, c’est la grande misère.Pendant quelques mois, Ula aide son oncle à tenir sa boutique d’épices dans le coin de Barbés pendant que sa tante lui apprend à cuisiner.Au début, elle ne se croit pas douée, mais sa tante l’assure qu’elle sera une grande cuisinière parce qu’elle sait d’instinct marier les parfums.Cette sensibilité olfactive devient son moyen de survie.Conte de fées Lorsque Lila apprend que sa mère remariée ne fera aucune démarche pour la rapatrier en Angleter- re, elle ressent de plus en plus d’animosité pour son oncle et sa tante ainsi que pour la vie monotone qu’elle mène avec eux.Heureusement, sa cousine Lotti, plus au fait de la vie parisienne, la présente à Maeve.une jeune Indienne chez qui Lila vivra quelques semaines.On comprend rapidement que la beauté et l’exotisme de Maeve sont ses principales (et excellentes) sources de revenus.Et comme elle a beaucoup d’amis, elle lui trouve une place de jeune fille au pair dans une famille très chic où lila devient la mai-tresse de l’homme de la maison.Lila ira d’homme en homme, sans papiers, sans métier, sans chambre à soi.Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, les splendeurs de Paris peuvent accabler ceux qui y débarquent dans l’espoir de changer de vie.C’est ce que ressent lila.«Les rues étaient trop belles pour réserver une place à ce que je portais en moi.» Dans un moment d’angoisse suscitée par l’absence d’ancrage réel, elle découvre quelle a une odeur, elle aussi.«Une sombre odeur de fauve, trop forte pour être civilisée, trop puissante pour être dissimulée.» Et maintenant, Lila redoute qu’on la rejette parce qu’elle pue.Ce récit alterne entre le conte de fées (hommes riches, superbes jeunes femmes) parfois agaçant et le roman d'initiation d'une jeune femme en quête de son identité.Car Lila, et c’est ce qui fait qu’on s’attache à elle, n'est pas dupe des apparences; elle sait que sa vie dépend de celle de l’homme qu’elle captive (jusqu’à quand encore?).Quel sera son avenir?Par moments, son désarroi est si bien exprimé qu’on respire presque l’odeur de son corps affolé.Le roman de Radhika Jha permet au lecteur de sentir le regard d’une étrangère sur Paris.Une jeune femme qui, bien que souvent parée de beaux bijoux, est démunie et observe le monde avec désarroi.Voyons les Parisiens, par exemple: «Ils marchaient avec une sorte de grâce attentive qui semblait dire: “Nous avons vraiment de la chance d’habiter Paris, non?”» Et ce roman réussit surtout à solliciter un sens qui, comme le constate un publicitaire dans le roman, en est de moins en moins un: «[.] la publicité a tout changé.On ne réagit plus à l’odeur, seulement à la vue.Si ça continue, les hommes perdront tous leurs autres sens, ils n’en auront plus besoin.Parfum, moutarde, tout sentira pareil, on ne les distinguera que par la forme et la couleur de l’emballage.» Alors, à vos nez, tous! L’ODEUR Radhika Jha Traduit de l’anglais (Inde) par Dominique Vitalyos Editions Philippe Picquier Paris, 2002,349 pages Que lisez-vous?S JACQUES GRENIER LE DEVOIR PIERRE LAVOIE, 49 ans, était plongé hier dans un Stephen King, Dolores Claiborne, de son poste de gardien de la Bibliothèque nationale du Québec.«C’est le deuxième de cet auteur que je lis, parce que je passe beaucoup d’un auteur à l’autre.Les gens pensent que Stephen King n'a écrit que des romans d’horreur.Il a aussi écrit des romans d’un tout autre genre.» Autrefois affecté à la surveillance de l’Université du Québec à Montréal, fonction dans laquelle il ne pouvait pas lire autant, Lavoie est désormais ravi de se plonger dans des romans aux portes du vénérable édifice de la rue Saint-Denis.L’emploi idéal, quoi! EFFORT SUITE DE LA PAGE D 1 Dans ce cas, la qualité de l’ouvrage semble à l’évidence moins importante que la notoriété de la signature.La jeune chercheure refuse de se prononcer.«Je vois très bien la différence entre une certaine littérature populaire et la littérature consacrée, mais dans mon travail, je me suis contentée de recenser les publications.» Elle ajoute tout de même que le fondateur de la maison d’édition, Alain Stanké, «aime et connaît la littérature» tout en jouant «son rôle d’éditeur commercial».André Gagnon, adjoint à l’éditeur de la maison depuis quelques mois, n’a pas accepté le manuscrit mais ne le renie pas pour autant.«C’est de l’amateurisme, du dilettantisme, mais c’est bien fait, sans prétention», dit celui qui confie recevoir un manuscrit de célébrité par mois.«D’ailleurs, toute la promotion a été faite de manière humoristique.Nous avons envoyé une invitation à tous les juges du Québec en leur annonçant que leur nom était dans le livre.En fait, nous avons publié une liste de 140 noms en préface.» Le flair se confirme.Tous les 2000 exemplaires du premier tirage de Sans tache sont placés en librairie, ce qui serait exceptionnel.L’éditeur a écoulé 115 livres le soir du lancement; son service de presse n’a pas suffi à la tâche.A Triptyque www.generation.net/tnpt) Tél.: (514) 597-1666 POP WOOH POPOl VUH, LE uvw: IM TEMPS ¦ao’fr quirhe* Pierre 1 >e>K-u!>H*au\ Vnjvi Pierre DesRuisseaux -.lux D.iis\ Amava le /L/< Uoo/i.sou vein qualifie de bible may.i-qiiktuv racimtc la lîenè'se el I evolution du jx'üple nuv.i ;i ii’.nee» \i luliure nulleiuire (.e reeii exemplaire témoigné îles réalisations d une civilisation, puis de s.i decadence, avant même l’arrivée îles Funi|xvns en terre d'Amérique.n Us RogerD, landry Clara Marais lorl Miller 1 oAiiS I iftU Vn homme, deux femmes et leur secret I) ;j LE DEVOIR, LES SA M EDI S ET D 1 M A X ( HE 0 411 X 2 0 2 ¦ ECTl'RES D ETE Le roman.Sa vie, son oeuvre.Michel Biron On croyait tout savoir sur l'histoire du roman: les études de Gyorgy Lukacs.Erich Auerbach.Mikhaïl Bakhtine, Marthe Robert René Girard et quelques autres nous ont brillamment instruits sur les spécificités de ce genre littéraire.Pour continuer à réfléchir sur le roman et se faufiler à travers ces grands noms de la critique, il ne restait apparemment plus qu’à se spécialiser choisir un des sous-genres du roman, une époque restreinte ou un auteur.On a vu se multiplier des experts du roman fantastique, des dix-neuviémistes, des balzaciens.Depuis quelque temps toutefois, grâce notamment à Lakis Proguidis et à sa revue LAtelier du roman, les choses ont recommencé à bouger, et une réflexion d’envergure semble de nouveau possible.Parmi les voix critiques qui renouvellent le plus intelligemment l'étude du roman, il faudra à présent faire une place de choix à Isabelle Daunais.Spécialiste de Flaubert et du roman réaliste, professeure de littérature française à l’Université Laval, Isabelle Daunais possède une plume exceptionnelle et s’intéresse à tout ce qui touche au roman.Son dernier livre.Frontière du roman - Le personnage réaliste et ses fictions, contient certaines des propositions les plus ambitieuses et les plus séduisantes depuis celles de Kundera sur l’art du roman.Frontière du roman: c’est dans le singulier du mot «frontière» que se trouve la grande audace de ce livre d’Isabelle Daunais.Ce singulier intrigue: y aurait-il une seule frontière qui sépare le roman des autres former littéraires et artistiques, des autres types de fiction?A une époque où dominent des catégories incertaines comme celles de Ihybridité, du métissage ou du baroque, comment savoir ce qui appartient en propre à un genre?Hybride, métissé, baroque, le roman le fut toujours plus ou moins dans la mesure où il n'a jamais cessé de se nourrir des autres genres, de les absorber.On trouve de tout dans un roman: de la philosophie, de la poésie, du théâtre, du conte, du journal intime, de l’autobiographie, etc.Mais qu’est-ce qui fait qu'un roman est un roman et pas autre chose?C’est afin de répondre à une telle question que Daunais (re)construit l’histoire interne du genre.Son point d’appui principal est le roman du XDC siècle, le roman prétendument réaliste qui va de Balzac à Proust en passant par Flaubert, les frères Concourt, Zola et Maupassant.Ce choix très pédagogique permet de centrer le propos autour du moment où tout bascule, où le roman entraine à sa suite le reste de la modernité.Première proposition: de Balzac à Proust, nous assistons au passage d’un roman de l'oralité (où il s'agit avant tout de raconter une histoire suivie) au roman de la visibilité (où le personnage se regarde agir).Le temps de l’action se perd au profit de perceptions fragmentaires et fugaces.Le roman se spatialise et cherche à faire voir simultanément des mondes sépares, contingents.Pour comprendre ce qui se passe alors, Daunais se tourne du côté de la peinture.Elle évoque bien sûr le cubisme, qui va en quelque sorte accomplir cette spatialisation, mais elle insiste davantage sur les mutations artistiques de la fin du XDS?siècle.Le Déjeuner sur l'herbe de Manet, par exemple, exhibait une femme nue fixant le spectateur, pleinement consciente d’appartenir à une fiction.De la même façon, le personnage romanesque de Frédéric Moreau (héros de L'Education sentimentale de Flaubert) se dédouble: observé et observateur, il fait partie de la fiction, mais il revendique aussi une conscience toute nouvelle par rapport à l’illusion qu’est l’iini-yers romanesque.Vaguement ironique, il a tendance à agir de moins en moins et à se regarder de plus en plus.Il rêve de ne rien faire, il devient peu à peu un «homme sans qualités» (Musil), il s'abolit dans l’ordinaire des choses, tout entier absorbé par sa nouvelle passion: se voir en train d'être vu.D’où la deuxième proposition d’Isabelle Daunais: le roman réaliste, qui naît de la modernité, signe en même temps sa propre fin.Cette époque que l’on associe toujours au triomphe du genre en marque paradoxalement la spectaculaire impasse.la?roman renonce à ce qui fait son essence même, à savoir la possibilité d’un éloignement d'hypothèse est empruntée au critique Thomas Pavel) par rapport à la réalité ordinaire.Le héros romanesque ancien, de Don Quichotte à Lucien de Rubempré, est toujours un héros exceptionnel.A partir de Flaubert, Maupassant et GOl'PII.Gustave Flaubert par Eugène Giraud.surtout Proust, c’en est fini des Rastignac qui se prennent pour des dieux, le héros s’affaiblit, s'atrophie même au point de ne plus être un héros du tout.11 ressemble à tout le monde.Et voici la troisième proposition d'Isabelle Daunais, celle par laquelle elle lève le plus gros lapin: le toman a en quelque sorte trop bien réussi son coup.A la lin, ce n'est plus lui qui ressemble au monde, c’est le monde qui se met à lui ressembler, la?monde moderne — le nôtre — devient l’œuvre du roman, non l’inverse.Un monde sans éloignement, où le réel et le fictif se sont tellement rapprochés qu'ils finissent par être indistincts.le roman a voulu représenter un tel monde au risque de s'anéantir lui-même.Il est allé le plus loin possible dans cette direction, avec Flaubert, Proust ou Musil.À ce jeu toutefois, le roman n'a pas les moyens dont disposent la peinture et la musique.Il ne peut pas se libérer pleinement de la representation mimétique du reel: qu’on le veuille ou non, le personnage romanesque ne peut se résoudre à la perte du temps, la durée romanesque peut se comprimer, mais elle ne s’abolit jamais tout à fait.Impossible de condenser parfaitement la realite eu une seule image, en un seul tableau.Pour le dire en une formule, il n'y a pas de roman cubiste.C’est là la limite du genre, son ultime frontière.C'est aussi ce qui lui permet aujourd'hui de résister, mieux que d'autres formes artistiques, à l'abstraction et à l’indifférencia tion du monde moderne.Le roman résiste à un monde qu’il a lui-même contribué à créer.Réintroduire de la distance, de la duré**, de la singularité: tel serait alors l’avenir du genre.le sujet de Frontière du roman est si passionnant qu’on s’y enfonce en oubliant de parler tie l’auteure qui l’amène.Disons-le en clair Isabelle Daunais a écrit un essai magnifique, brillant, soutenu par une imagination critique admirable qui déborde la seule question du roll um réaliste.Peu d'intellectuels sont cailabiés, comme elle, de naviguer avec autant de bonheur entre une analyse serrée des textes et une réllexion plus vaste sur la fiction littéraire.En guise de complément, signalons qu’on [X'ut la lire régulièrement, et avec le même plaisir, dims une revue québécoise assez joyeuse intitulée L'Inconvénient.FRONTIÈRE DU ROMAN Le personnage réaliste et ses fictions Isabelle Daunais Presses de l’Université de Montréal -Presses universitaires de Vincennes, collection «Espace littéraire» Montréal-Paris, 2002,24-1 |>ages M CARREFOURS xiu roman LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Les raisons du cœur CATHERINE MORENCY Depuis 1995, année de parution du petit récit Le Mur entre nous, l’écrivaine d’origine polonaise Tecia Werbowski traduit en littérature sa vision du monde slave.Cette fois, elle pose plutôt, dans les pages A'Amour anonyme, un regard extérieur et furtif sur ses origines, laissant entrevoir sa profonde filiation avec l’Amérique et sa fascination pour la genèse de l’amour.Court roman de moins de cent pages, son dernier ouvrage est présenté par l’auteure elle-même comme une œuvre de fiction dédiée «aux femmes seules», et plus particulièrement «à toute femme amoureuse d’un homme marié ou d’un homme qui est figé sur le plan affectif ou incapable de s'engager».Est-ce à dire que celles qui ne répondent à aucune de ces descriptions sont exclues d’emblée du cercle des destinataires?Non.Car le roman de Werbowski est d’abord un hommage aux amours difficiles, une réflexion sur la nature du malaise affectif et sur les jeux de pouvoir, de manipulation et de hasard qui le définissent Le point de départ de l’histoire n’a rien de très original: Olga, trente-naire slave et maîtresse secrète d'Henri, homme marié de près de vingt ans son ainé dont le lecteur assiste à la mort d’entrée de jeu, voyage beaucoup.Alors quelle rentre d’un séjour à Paris, celle-ci tombe sur une pile de lettres oubliées sur un banc de l’aéroport Charles-de-Gaulle.La lecture de ces lettres, rédigées par une femme éprise d’un homme engagé auprès d'une autre, intriguera Olga dans un premier temps.Après réflexion, ces lettres sembleront lui renvoyer l’écho de sa propre histoire, lui permettant de trouver un certain réconfort dans le caractère universel du phénomène amoureux.Citant allègrement ses auteurs fétiches, Werbowski annonce d'ailleurs le ton de sa pensée en paraphrasant George Sand, qui écrivait à Musset: «Il n’y a au monde que l’amour qui soit quelque chose.» Le défi est lancé: évoquer les sinuosités de la relation passionnelle sans verser dans le sentimentalisme bonbon ou dans la fresque émotive consommée.Le roman n’aurait peut-être pas supporté de se prolonger sur trois cents pages: ainsi le choix de l’auteure de contraindre l’acte d’écriture à l’essentiel se révèle-t-il heureux.Si les élucubrations de la CRITIQUE DE CAMÉRICAMTÉ Mémoire et démocratie au Québec JOSEPH YVON THÉRIAULT Mémoire et démocratie au Québec TYpo Tb+rteuft QUE M C AMEftlQUt CRITIQUE DE L'AMÉRICANITÉ « Riche, sophistiqué et détaillé dans ses analyses qui n'oublient à peu près personne, Critique de l'amène unité est un ouvrage majeur[.] Joseph Yvon Thériault s'impose comme un essayiste courageux et costaud pour qui la modernité québécoise a une profondeur historique et n'est pas une coquille vide.» Louis Cornellier - Le Devoir QUEBEC AMERIQUE www.quebet-amerique.com - * — \_________________________________ maîtresse devant la perte de l’être cher, puis les longues séances de remémoration du temps partagé sont fécondes, c’est qu’elles demeurent marquées au sceau du laconisme et ne cèdent jamais au pathétique qui caractérise trop souvent de tels récits.De plus, Werbowski donne à voir certains traits de l’âme slave.Bien qu’elle soit assimilée à sa terre et à sa culture d'adoption (le Québec), l’auteure semble demeurer profondément attachée à une vision du monde romantique, parfois même un peu surannée.Les longues déambulations d’Olga dans Prague ne permettent donc pas seulement au récit de prendre ancrage, elles permettent aussi à l'imagination de se nourrir à même le terreau fertile de la mémoire.Dans une langue simple, humble et sans excès de style, Amour anonyme se dessine librement comme un tableau de Vermeer.Comme dans les œuvres du peintre hollandais, l’esprit des protagonistes semble émerger en vertu d’une acuité particulière devant l’intime.Il est difficile de juger dans quelle mesure la prose de Werbowski, traduite de l’anglais, perd de son charme.Cependant, l’essence de cette entreprise modeste subsiste, l’auteure redonnant ses lettres de noblesse aux amours cachées, souvent considérées comme impures mais pourtant au cœur de bien des liens sociaux, tant archaïques que modernes.AMOUR ANONYME Tecia Werbowski Traduit de l’anglais par Emile et Nicole Martel lœs Allusifs Montréal, 2(X)2,8ti pages La Quatrième Main combine tout à la fois la farce sexuelle, la satire du journalisme et la tendre histoire d’amour.USA Today Son roman le plus drôle.Danielle Laurin Elle Québec JOHN ** La Quatrième Main IRVING _ téi a Seuil^ r \ 11 I! If II II h ¦s I! I! U I 1 CfaiteA proM&Wiu pour l’été J cÀ Vuehut de trois Urnes, Me Q)arehemin omis offre: I 15% mr Ir prrmlrr linrr * | I 20% mr le t/ênjrième tinre* | de robots M jrià Sise te leoisiènie lisiee* Offre en niqariir fnsi/si 'au 16 fuiu 2002 eSetr prisettlaliflH de ortie aunnuee seulement le Parchemin • S§ Mezzanine métro Berrl-UQAM, 505, rue Sainte-Catherine Bat TéLs 514-845-5243 Hbralrie«parchemin.ca — — — — — — FREITAG L'oubli de la société Pour une théorie critique de la postmodernité de MICHEL FREITAG Michel Freltag «évw la coltobofation de Y vu.fiotmy Nu ni tel* «iti w II II «simù'iUs COLLECTION SOCIOLOGIE CONTEMPORAINE dirigée par Daniel Mercure 434 pages, 35$ Avec la collaboration de Yves Bonny Sociologue francophone né en Suisse et vivant au Québec, Michel Fteitag a produit au fil des années une œuvie importante et réuni autour de lui une équipe extrêmement dynamique, animant notamment un séminaire et une revue renommés, et conduisant certains à parler d'une «École de Montréal».Ses écrits ont acquis une notoriété certaine dans son pays d'adoption, ce dont témoigne, entre autres, la réception du prix du Gouverneur général du Canada en 1996.Ils commencent aujourd'hui à être diffusés en langue anglaise.Les Presses de l’Université Laval tâi Pour de fs!us timides informations Les Editions PIT, IQRC Tel.(418) 656-7381 • Téléc.(418) 656-3305 l rofninique.Giiigiras€ pul.uiavai.cM www.u la val.ça /pul I.K DEVOIR.LES SAMEDI 8 ET DI M A S f H E 9 .1 1‘ I \ ?D O 2 1) 1 LECTURES D'ETE DANS LA POCHE POLAR En attendant les vacances JOHANNE JAKRY Pourquoi attendre le jour V (pour «vacances») pour prendre le large quelques heures?A qui aurait besoin, à l’image d’Aurelio Zen, d’une petite «fuite psychique», on recommande sans hésiter Orage de sang (Pocket), un polar du Britannique Michael Dib-din.On y retrouve l’austère inspecteur italien Aurelio Zen, cette fois transféré à Palerme.Caria, sa fausse fille adoptive (voir Vengeances tardives pour les détails), s’y trouve elle aussi pour informatiser «les services de la Direzione Investigativa Antimafia».Une juge, sous haute surveillance policière pour être chargée d’une enquête sur la découverte d’un cadavre qui pourrait appartenir à une famille mafieuse, devient son amie.Unir travail gêne.On fera le nécessaire pour que les deux dames se tiennent tranquilles, mais Aurelio Zen sera plus difficile à neutraliser.La Sicile que décrit Michael Dibdin est plus violente que celle qu'évoque l’Italien Andrea Camilleri (notons qu’ils sont tous deux traduits par Serge Quadruppani) dans ses romans.Mais leurs inspecteurs partagent ce trait de caractère: ils sont désinvoltes.Cependant, être ainsi est peut-être une question de survie quand on exerce ce métier-là.Michael Connelly, étoile du polar américain, se passe de présentation.L'Envol des anges (Points) met en scène son personnage fétiche, Hieronymus «Harry» Bosch, flic aussi tordu que l’œuvre du peintre dont il porte le nom.Il est appelé à résoudre le meurtre d’un avocat en droits civiques sur fond de tensions raciales qui ne demandent qu’à embraser ü)s Angeles, une fois de plus.Bosch doit marcher sur des œufs, ce qui n’est pas sa spécialité.Un bon cru chez un auteur dont certains trouvent la production inégale.Bill James, lui, doit être présenté.Il est un des grands du polar britannique moderne mais reste pratiquement inconnu des lecteurs francophones.Raid sur la ville (Rivages Noir) est le premier d’une série de 17 romans situés dans une ville qui ne porte pas de nom mais Michael Dibdin Orage de sang qui pourrait être Liverpool.Chez James, pas de suspense classique (qui a commis le meurtre?): le récit tourne presque toujours autour de la préparation d'un coup par une bande de malfrats dont les policiers sont plus ou moins au courant grâce à un indicateur.Le personnage principal est un flic, Colin Harpur, dont les interactions avec ses deux supérieurs, l’un idéaliste et naïf, l’autre cynique et corrompu, constituant la trame secondaire de la série.À découvrir.Autre Britannique, catégorie best -seller celui-là et qui fait l’objet d’une adaptation cinématographique.A propos d'un gamin (10/18) est le troisième roman de Nick Hornby et offre, comme les précédents, un personnage d’adolescent attardé.Will a 36 ans et vit des rentes d’une chanson de Noël jadis écrite par son père.Ses seules ambitions dans la vie sont de s’amuser et de baiser des femmes qui ne lui demanderont rien en retour.Il croit avoir découvert un filon intéressant: les mères célibataires.Sa quête lui fera rencontrer Marcus, 12 ans, qui n’en peut plus du statut de marginal auquel les idées rétro de sa mère le condamnent.Chacun des deux aidera l’autre à «grandir».Du cynisme qui fait aussi place à l’émotion.On peut s’évader autrement en lisant le très beau recueil Séparations (Livre de poche) de l’Italienne Francesca Sanvitale.Dans ces nou- NOUVEAUTES Geneviève Amyot CORNEILLE ET COMPAGNIE Chiots recherchés Jeunesse, 149 p.9,95 $ (V.Mkùi* MttptMR» vmbnmut CORNSUt' i ; cnwAtîN» nathalie Stephens L’EMBRASURE Poésie, 80 p.18,00 S François Piazza L’EXIL CHRONIQUE Poésie, 53 p.15,00 S U tmk mHiepcrtui* lltMtMt PisiSJ L'Exil chronique Jacques Rancourt LA NUIT DES MILLEPERTUIS Poésie, 46 p.18.00$ Marie Savard LA FUTURE ANTÉRIEURE Trilogie, 159 p.22,00$ (incl.CD) tout* peM* est I* terre la wwm AJsnrÉmwm & Isabelle Miron TOUTE PETITE EST LA TERRE Poésie, 81 p.15.00$ velles, les personnages sont pour la plupart des intellectuels solitaires dans la cinquantaine plutôt impitoyables pour leur petite personne.Très portés sur l'introspection, ils assument leur vanité, leur égoïsme, leur lâcheté, et ne cherchent en rien à devenir meilleurs ni à changer de vie.Ils sont à l’heure des constats et aux prises avec des séparations.Les plus douloureuses ne sont pas nécessairement liées à l'être aimé.Par exemple, le narrateur de la nouvelle intitulée «Nostalgie dAdmont», après avoir rompu avec une femme, s’éveille tous les matins en pensant à une bibliothèque visitée lors d'un voyage avec elle.C’est de ce lieu qu’il se sent douloureusement séparé.Francesca Sanvitale entraîne le lecteur dans l’univers complexe de personnages vieillissants, coupés de l’immensité qu’était ou qu’aurait dû être leur vie.Comment ne pas s’y retrouver un peu?On peut poursuivre ce dépaysement livresque en Asie et voir à quels changements ont été soumis les Pékinois à la fin de l’Empire et lors des premières années de la République (1912).De l’ouvrage Histoire de ma vie (Folio) de lao She, s’il fallait retenir un mot résumant le point de vue du narrateur, ce serait sans doute «injustice».Issu d’une famille pauvre, notre homme a été hâtivement retiré de l’école pour apprendre un métier d'artisan.11 devient colleur de papier, réussit à faire un bon mariage et gagne suffisamment de sous pour faire vivre ses deux enfants.Tout bascule le jour où sa femme le quitte, laissant à sa charge les deux petits.L’influence occidentale accélère la modernisation et le travail des artisans est de moins en moins sollicité.Notre homme devient donc, par la force des choses, policier.La position, respectée et bien rémunérée en Occident, ne représente rien en Chine à cette époque-là.Que peut un homme contre son destin?Le récit alerte et non dénué d’hu- mour de Lao She se développe en partie autour de cette question.Pour clore la boucle, le journaliste Jean-Paul Dubois examine les travers de la société américaine dans L'Amérique rn’inquiète (Petite Bibliothèque, Éditions L’Olivier).La plupart des textes, tous parus dans Le Nouvel Observateur au cours des 15 dernières années, commentent des moments forts de l’actualité (le procès d’O.J.Simpson, le scandale Woody Allen) ou tout autre phénomène qui caractérise le continent (violence, sexe, etc.).Ce regard étranger sur une culture qui lui est familière permet au lecteur de voir comment cette culture est perçue ailleurs.Et, ce qui est loin de gâcher la sauce, Jean-Paul Dubois est écrivain, ce que Carnet de fin de voyage, le dernier texte du recueil, rappelle avec plaisir.En vrac Dans Graveurs d’enfance (Folio), de Régine Detambel, plusieurs objets scolaires (crayons, agrafeuse, cahiers) et leur utilisation sont décrits à tour de rôle et deviennent chacun le sujet d’un court récit.Un beau livre pour ceux qui veulent retracer les années d’apprentissage scolaire.Mais attention: puisqu’il s’agit de matériel scolaire français, il y a des objets dont on ne fait pas usage ici.Autre retour sur le passé avec Ostende (Québec Amérique compact), un roman de François Gravel.Tout commence en 1963 quand Jean-François Kelly, 13 ans, apprend la mort de J.E Kennedy et commence à rêver de changer le monde.Quelle était la vie sentimentale (mais surtout sexuelle) des adolescents anglais avant la Seconde Guerre mondiale?Brian Aldiss, connu comme auteur de science-fiction, décrit la chose (et un peu plus) dans Un petit garçon élevé à la main (Métailié Suites).Enfin, une publication à souligner: D’argile et de souffle, une anthologie préparée par Pierre Nepveu et qui réunit des poèmes d’Hélène Dorion écrits entre 1983 et l’an 2000.GRANDE VENTE du mardi 11 au samedi 15 juin 2002 EDITIONS TROIS sur tous les livres en magasin* et plus de 40 à 70% sur une vaste sélection de titres.LA LIBRAIRIE PAULINES, CEST AUSSI UN FONDS DIVERSIFIÉ : littérature, psychologie pratique, sociologie, philosophie et sciences religieuses.4362 rue St-Denis (514) 849-3585 Mont-Royal Tâulines LIBRAIRIE * Les manuels scolaires et les revues sont exclus.Que lisez-vous : JACQUES GRENIER LE DEVOIR SURPRISE à la Bibliothèque nationale, Maryse Dorais, 38 ans, était penchée sur divers ouvrages concernant l'histoire du droit de vote des femmes au Québec et les Québécoises du XX’ siècle.«Je lis dans le cadre d’un cours de littérature», dit-elle, puisqu’elle est étudiante à Concordia en traduction.Mais elle lit aussi pour ses loisirs.«J’ai découvert la littérature québécoise avec Marie Laberge.Avant je lisais plus de littérature américaine.Et maintenant j’aurais envie de lire d'autres auteurs québécois.» L’inspecteur Bosch de retour dans un bon cru de Michael Connelly MARIE CLAUDE MIRANDETTE Harry Bosch, désormais célèbre inspecteur au IAPD, reprend du service une fois encore alors que la nouvelle année s’amorce.Entre deux suicidées dont il assume seul l’ouverture de l’enquête (son comparse est au match de basket), un coup de fil d’un collègue le ramène à la réalité dans ce quelle a de plus horrible.Sur les hauteurs de Laurel Canyon, un chien a rapporté à son maître, un ancien médecin, un joli «nonoss», vieux de plusieurs années.Ne faisant ni une ni deux, Hieronymus se pointe sur Wonderland Avenue pour y retrouver ses collègues et constater de visu de quoi il retourne.Parce que si les soi-disant trouvailles d’os humains sont légion dans cette Babylone moderne, peu d’entre elles se révèlent fondées.Pourtant, il s’agit bien d'un humérus humain ayant appartenu jacjis à un jeune enfant.A la brunante, en compagnie du chien Calamity qui porte plutôt bien son patronyme ainsi que de son maître, Bosch part à la recherche du squelette d’origine qu’il retrouve bientôt, enterré à la va-vite dans une petite clairière presque à flanc de montagne.Dès le lendemain, à l’aube, toute une équipe d’archéologues et de spécialistes de tout acabit se met à gratter le sol afin de faire jaillir des entrailles de la terre les restes humains qu’elle cache.Sauf certains membres qui ont dû faire le bonheur de quelque animal, l’essentiel est retracé et transporté au labo où le médecin légiste rétablit de biens sombres faits.L’enfant, âgé d’une dizaine d’années, a été toute sa vie durant et à répétition battu et maltraité.Multiples fêlures, cassures.et opération, même, au crâne.Force est de constater que la petite chose a bien mal vécu ses quelques années ici-bas.Entre deux crises existentielles et un doute profond sur la nécessité de son sale boulot de flic, Harry rencontre une jolie admiratrice, recrue au LAPD, qui lui rappelle que son métier «change les choses».Et pour laquelle il éprouve plus qu’une attirance, tant et si bien qu’on découvre la géographie des cicatrices de ce vieux loup marqué par l’armée et le Vietnam.Regain de passion chez Bosch pour son métier et sa collègue donc, voire peut-être un semblant de nouvelle vie sentimentale.Qui sait?Cette nouvelle enquête est rondement menée et regorge de rebondissements.Elle s’engouffre dans quelques tangentes labyrinthiques qui amènent Harry au-delà des habituelles histoires de meurtres, de carnages et d’horreur auxquelles Connelly a habitué le lecteur au fil des ans et des romans, ouvrant la voie à une réflexion plus sentie sur ce que l’humanité a de plus vil et de CONNELLY WONDERLAND AVENUE Wonderland Avenue laisse entrevoir le pire pour Harry Bosch plus lâche: la violence envers les enfants, innocentes victimes sans défense des pires travers de l'homme.Les amateurs de cet auteur de best-sellers se régaleront d’une pseudo-entrevue entre Connelly et son personnage publiée, dans le cadre des activités de promotion de ce nouveau roman, sur le site officiel de l’auteur (http.y/www.michael-connelly.com/Bosch-QA/boschqa.html).Au cours de cette Conversation Piece enregistrée dans un cybercafé de L.A.le Tr avril dernier (ils ne manquent pas d’humour, ces deux-là!), chacun se dévoile un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, parlant enquête, littérature, relations conjugales et tutti quanti.La vie quoi! Sans oublier aussi cette enquête en particulier.Meilleur que les précédents romans de l’auteur à succès, Wonderland Avenue (le titre original, City of Bones, convenait tout de même mieux) laisse entrevoir le pire pour Harry.D’autant que Connelly a quitté L.A.pour ramener ses pénates en Floride et consacre le plus clair de son temps à la rédaction d’un roman d’un tout autre genre, essentiellement très autobiographique.Et dans lequel un homme récemment installé dans une nouvelle ville hérite du numéro de téléphone d’une vieille dame dont quelques connaissances s’inquiètent et appellent aux nouvelles.Sortie prévue en octobre en anglais; traduction espérée dans les mois suivants.Mais Harry reviendra-t-il une fois encore pour un autre tour de manège ou Connelly l’enfermera-t-il définitivement au fond d'un tiroir verrouillé?L’auteur retournera-t-il à ses brèves amours avec des personnages féminins, question d’enterrer définitivement les restes de Bosch?Seul le maître qui tire les ficelles le sait, peut-être.D’ici là, savourez un peu ce dernier cru: comme la tête de Danton, il en vaut la peine.WONDERLAND AVENUE Michael Connelly Traduit de l’américain par Robert Pépin Le Seuil, collection «Policiers» Paris, 2002,336 pages Dell t vogue la galère entrion Josée Mongeau Et vogue la galère.Chroniques de Ville-Marie, 1659-1663 C'est ce qu'ont fait les familles qui se sont embarquées à la Rochelle au début de l'été 1659 à bord du Saint-Andn.Pour recréer un pan de vie de ces gens simples qui ont trimé dur, l'auteure a su marier habilement histoires vraies et histoires inventées, ce qui en fait à la fois un roman historique et un récit d'aventures.François Canniccioni La juive En 1941, en Tunisie, dans la belle ville de Sousse encore épargnée par la guerre, François, adolescent s'est épris de Claude.il est chrétien, elle est juive, les familles décident que le petit Jacob qui naît de leur union sera instruit dans les deux religions.Mais l'arrivée d'une délégation de SS va bouleverser toute la communauté.SeptentruÉn www.Mptentrion.QC ca LE I) E VOIR LES S v M E D ET l> I NI A \ l H E !» .1 LIN > (» O 2 d r* ÆCTl’RES D'ETE LITTERATURE ÉTRANGÈRE Survivre à Varsovie T T É R A T l R E F R A N V A S E Chroniques des oubliés CAROLINE MONTPET1T LE DEVOIR C* est une histoire poignante, comme la plupart de celles racontant l'Holocauste.Un pianiste juif, Wladyslaw Szpilman, survit comme par miracle, seul, affamé, traqué et malade, en plein ghetto de Varsovie, à travers la tourmente de la Deuxième Guerre mondiale, dans le crépitement des armes.Son récit, écrit immédiatement après la guerre, s’inscrit dans la lignée de ceux des films La vie est belle ou La Liste de Schindler, répétant l’horreur des camps de concentration et l’enfer des survivants de l’Holocauste, qui ont placé le spectateur aux premières loges d’un des épisodes les plus cruels de l’histoire moderne.Dans sa première version, publiée en polonais en 1946, le livre de Wladyslaw Szpilman s’appelait Le Robinson Crusoé de Varsovie.L’ouvrage a tout de suite été interdit par le régime communiste.Rebaptisé Le Pianiste et récemment traduit en français chez Robert Laffont, ce récit a aussi inspiré le film de Roman Polanski, qui vient d’être couronné de la palme d’or de Cannes.Entièrement autobiographique, il raconte donc l’histoire de Szpilman, qui a échappé par miracle au massacre du camp de Treblinka où ont été envoyés ses parents, ses frères et ses sœurs.Se cachant de ruine et ruine, de cachette en cachette, il survit en buvant l’eau noire de baignoires désertées, en grignotant les miettes laissées par les souris.Autour de lui, le ghetto juif de Varsovie, dont environ 500 (XK) habitants ont été massacrés, est assiégé, brûlé, rasé par les Allemands.De cet observatoire invivable, il assistera à l’exécution de ses pairs dans les rues.Désespéré, il tente même de se suicider pour échapper aux forces nazies, mais sans succès.Il participe à la résistance.Puis, quelques semaines avant la fin de la guerre, il est caché et nourri par un officier allemand, qui lui sauve ainsi la vie.Ce genre de récit est presque devenu classique, et l’histoire cje ce pianiste a fait fureur aux Etats-Unis.Journal étonnant Par ailleurs, le journal de Wilm Hosenfeld, l’officier allemand qui a sauvé Szpilman, dont des extraits sont publiés à la fin de l'édition de Laffont, est plus étonnant.Dans son journal, cet officier, qui avait déjà servi sous les drapeaux pendant la Première Guerre mondiale, exprime sa colère, son mépris des excès du régime hitlérien.Avant la fin de la guerre, déjà, il avait honte d’être Allemand.Ce journal était régulièrement envoyé par la poste à la famille d'Hosenfeld.Selon le poète et essayiste Wolf Biermann, si les ^sinistres sbires en manteaux de cuir» étaient alors tombés sur ces documents, «ils l'auraient massacré sur place».Hosenfeld s'y indigne ouvertement du traitement fait aux juifs et aux Polonais durant la guerre, et plus particulièrement dans le ghetto de Varsovie.Le 23 juin 1942, déjà, Hosenfeld écrit: «De sources différentes et toutes dignes de foi, nous apprenons que le ghetto de Lublin a été vidé, que les juifs ont été tués en masse ou chassés dans les forêts et que certains d’entre eux ont été emprisonnés dans un camp proche.Des témoins venus de Lietsmannstadt et de Kutno racontent que les juifs, hommes, femmes et enfants, sont asphyxiés dans des unités de gazage mobiles, que les cadavres sont dépouillés de leurs habits avant d'être jetés à la fosse commune et que ces vêtements sont ensuite recyclés dans des usines textiles.» Plus loin, après avoir écrit qu’il a peine à croire ces témoignages, il précise: «Je n'arrive pas à penser qu’Hitlerpoursuive un but pareil, ni qu ’il y ait des Allemands capables de donner de tels ordres.Si c’est par malheur le cas, il ne peut y avoir qu'une explication: ce sont des malades, des anormaux ou des fous.» Cet homme, qui a sauvé quelques juifs, dont Szpilman, pendant la guerre, a été emprisonné à la fin du conflit et a fini ses jours dans un camp soviétique.Szpilman, qui, à l’époque, ne connaissait pas son nom, n’a pas pu l'aider.Et c’est ainsi que finit ce récit simple mais affolant de la rencontre de deux hommes victimes d’hostilités.Loin de la propagande, c’est un autre exemple terrifiant de l’absurdité de la guerre.LE PIANISTE Wladyslaw Szpilman Traduit de l’anglais par Bernard Cohen Robert Laffont Paris, 2002,270 pages G UYLAI N E MASSOUTRE Trois écritures courageuses ont pénétré des maisons au bord du vide, suivi des chemins sans issue, entendu les voix les plus isolées aujourd'hui.Les personnages sont successivement Afghans, dé tenus, sidéens en phase terminale.Tous condamnes.Jamais les livres n'ont de plus belles raisons d’être que dans les causes humanitaires, relayées entre auteurs et intervenanis de métier.Elles ont besoin des meilleurs porte-parole.Fiction ou témoignage, la fonne sert ici la réalité des marges de nos sociétés.Entre quatre murs blancs L'écrivain afghan Aîiq Rahimi.né en 1962, est réfugié en France depuis 1984, où, il y a deux ans, il li-vraiL traduit du persan, un puissant Terre et cendres (EO.L).D y dénonçait avec véhémence le pouvoir taliban.Les Mille Maisons du rêve et de la terreur est un livre de même teneur, un des plus bouleversants qu'il m'ait été donné de lire.Ce roman écrit en brefs paragraphes, à la manière de Duras, campe le triste sort d’un étudiant, battu à mort dans la rue sans raison autre que la terreur ambiante.Une femme généreuse et résistante aux talibans le recueille, le sauve et le cache, jusqu’à un autre enfer, le Pakistan.Outre l’évocation discrète, mais significative, de l’horreur et des subterfuges incroyables inventés pour y survivre, le roman a la particularité de nous faire intelligemment pénétrer dans l’esprit d’un musulman éduqué.La plupart des situations quotidiennes sont pensées à travers les sourates des textes sacrés.Pour comprendre le monde afghan, il faut plonger dans cet univers religieux où la parole, hautement poétique, agit selon le pouvoir des choses abstraites toujours à décrypter.Certains les prennent pour des viatiques, d’autres pour des vérités littérales.C’est ainsi que la beauté jouxte l’horreur.Le contraste entre cette culture SOURCK l'O.L L’écrivain afghan Atiq Rahimi, né en 1962, est réfugié en France depuis 1984.de hautes pensées et sa derive intégriste explose.Pour pénétrer dans l’impensable, il faut lire le francophile Aüq Rahimi.qui s'est réduit au silence pendant douze ans, le temps de reprendre son souffle sans la guerre.En mots succincts, il fait surgir un monde absurde et atnx-e.De l’intérieur, sa dénonciation fait comprendre ce qui le condamne.La douceur avec laquelle il accueille l’immense souffrance des victimes n'a de nom que beauté.D1 moindre des paradoxes est cet antidote, la beauté, prix de la vie à restaurer.la victime est ici un homme; la force, féminine.Pour ne pas biaiser sa compassion, Atiq Rahimi dédie son livre à sa mère.Sans doute livre-t-il certains détails de sa vie, lui dont le père fut emprisonné durant quatre années.On souhaitera que la puissante figure féminine qu'il dessine, veuve flanquée d’un enfant et d’un frère retombé en enfance, soit davantage dévoilée.On lira, en ce sens, l'écrivaine Spôjmaï Zariâb, née en 1949, l’autre grande voix afghane en France; ceux qui l’ont entendue, à Montréal, au Festival de littérature organisé par l’Union des écri- vaines et écrivains québécois, savent que, cet été, il faut réserver du temps pour Ces murs qui nous écoutent (L’Inventaire, 2000) et pour ses nouvelles parues dans Di Plaine de Caïn (L'Aube, 2001).U;u' Rahimi et Zariâb sont des écrivains littérairement accomplis.Ir» maison d’arrêt Avec Parloir de Christian Giudi-celli, c'est un sujet de réflexion collective, porté par plusieurs écrivains depuis quelques années, qui se poursuit.Où en est la condition des détenus au XXI siècle?Michèle Sales, Philippe Claudel et Denis Montebello témoignent chacun cette année de la vie de l’esprit, sinon du corps, en prison.Giudicelli a choisi le mode du récit, mené par un narrateur prénommé Christian, amoureux du jeune beur Kamel.Celui-ci se retrouve en prison après une rixe stupide qui tourne mal.L’auteur suit la voix du cœur pour rapporter les rencontres au parloir, susciter les confidences d’un être ordinaire et dresser le constat des tristes réalités quotidiennes d’une détention.Parloir procède d’une logique impeccable des sentiments I idylle est un peu fade mais credible, et c'est sur cette piste que la realite carcérale apparaît crûment.L'empathie n'est pas toivee: elle fait ap paraître ce que la société, oublieuse de ceux quelle exclut à l'intérieur des murs, a de parfaitement rétrograde et dégradant A tous as paumes, elle n'oppose que son silence sur l'insalubrité, le viol et les sui-cidesqui finissent pareil résulter.Derrière d'autres murs, ceux dis soins palliatifs à dis malades en phase terminale, se cache une autre* humanité.Antoine Audouard, qui a été directeur général chez Laffont, y a suivi une equiix*.venue travailler un script de film, la Mort intime.11 n'en reste pas là.Après sept mois de partage, il met en forme Une maison au bord du monde.Ce récit, hommage à ceux qui y vivent, y meurent et y travaillent, s'attache aux figures souriantes qui rendent à la vie ce que la douleur lui ôte.Six cents personnes ont demeuré à ce jour dans la douzaine de chambres auxquelles se dévouent quarante salariés.Grâce à eux, elles sont parties en paix.•Je retiens l'image de ce moment d'harmonie: des mains qui accompagnent le visage sans le toucher, une musique des âmes.» La maison ocre aux volets bleus apaise les souffrances inutiles, le livre sonne bien.lES MIÜE MAISONS DU RÊVE ET DE LA TERREUR Atiq Rahimi l'O.L Paris, 2(X)2,201 ixiges PARLOIR Christian Giudicelli Seuil Paris, 2(X)2,169 |)ages UNE MAISON AU BORD DU MONDE Antoine Audouard Gallimard Paris, 2001,378 liages ÉDITIONS DU [\ ROCHER Prix Nobel de 1,ttera^n^ Un inédit d’une portée I POU R EN FINIR AVEU VON MENSONOFS Limtant même NOUVELLES-ROMANS-ESSAIS Un été POLAR En cette saison faste pour le polar, La Muraille invisible est à placer sans hésitation au sommet avec les derniers Lehane, Mystic River, et Connelly, Wonderland Avenue.Gilbert Grand — La Presse Mankell Connelly Lehane derniis lehane Henning MANKELL LA MURAILLE INVISIBLE CONNELLY WONDERLAND AVENUE mastic river 432 pages • 29,95$ * A ' 4* »• I * T*'1 JL " « , iEUltM Policiers 336 pages • 29,95$ 408 pages • 29,95$ POUR EN FINIR AVEC VOS MENSONGES Un recueil d'entrevues retraçant, sur trente-six années, le parcours de Vidiadhar Surajprasad Naipaul.Un inédit dans lequel V.S.Naipaul s'exprime sur son oeuvre, liée à sa vision du monde, dont un texte sur ses débuts d'écrivain a Londres dans les années cinquante.(( On doit écrire pour apporter sa propre réponse au monde et non pour un quelconque prestige.(.) Écrire est devenu pour moi une affaire bien plus pratique : communiquer des idées.L'ambition s'est transformée en un simple désir d'aider, de servir.W ! et?** .RUE DES ROSIERS Rue des Rosiers, lieu mythique de l'immigration juive que les siècles ont chargé d'événements tragiques.Charme habite l'appartement d’une famille juive déportée a Auschwitz.Elle est terriblement traumatisée depuis son enfance par cette histoire de bébés jamais retrouvés.Les jumeaux Rosenwieg ont-ils été sauvés de l'Holocauste ?Les murs se plaignent-ils vraiment et sont-ils porteurs de la douleur des martyrs et des absents?Un jour, elle fait la rencontre de Noam et croit reconnaître en lui l'un des jumeaux qui l'obsèdent tant.Pour s'aimer, ils devront élucider le destin de cette famille disparue.Jacques Lammana est l'auteur d'une vingtaine de romans, dont Le Pavillon des Affreux chez Du Rocher.'f Connu un ica lion s lo Ann Champagne L E I) K V OIK.L K ,\ M E I) I ET I) I M A \ ( Il E 9 .1 I' I X 2 0 0 2 I) (> LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE La diagonale du fou STÉPHANE BAI LLARGEON LE DEVOIR a y est, il est revenu.Eduardo V' Mendoza vient de ressusciter son héros de roman policier loufoque et à vrai dire complètement siphonné du cibouloL Les indéfectibles fidèles, comme moi, attendaient ce retour messianique et macaronique depuis deux décennies.On se signe et on dit merci.le nouveau trucmuche littéro-zinzin s'intitule L’Artiste des dames.La traduction paraît au Seuil, un an après La Aventura del Toçador de seiioras.Le verdict?A mes yeux, c’est rien de moins que jouissif.Le secret, la touche, la recette même, tient d’abord au héros.le littérature policière a décliné le type de l’enquêteur de toutes les manières imaginables, du commissaire beau mec tombeur de ses dames (genre San-Antonio) aux petites grosses brillantes (comme Maude, l’héroïne de Chrystine Brouillet).Les recoins de la grande bibliothèque du crime abritent des limiers gays, aveugles, moines ou amérindiens, des petits, des grands, des laids, des alcooliques anonymes, des cocus, des brutes et des tendres.Name it.Sauf erreur, dans ce monde où tout a déjà été vu et lu, le héros de la série de Mendoza demeure unique en son genre.Il s’agit d’un personnage sans nom et sans visage, dont le principal trait caractéristique est d’être fou.Enfin, pas complètement fou, juste un peu zinzin, hors foyer, à peine à côté de la norme.Dans les deux premiers volumes de ses aventures, Le Mystère de la crypte ensorcelée et Le Im-byrinthe aux olives, un commissaire véreux de Barcelone sortait le zigoto de l’asile et lui donnait deux ou trois jours pour résoudre une énigme emberlificotée au possible.Cette fois, c’est l’asile psychiatrique qui expulse son pensionnaire, comme tous les autres, pour cause de magouille foncière et de projet immobilier douteux.Ic directeur le met à la porte avec-une poignée de pièces en poche et l’aventure recommence.La désinstitutionnalisation force le pauvre zig, qui se révèle être un ancien filou, à renouer avec sa sœur prostituée, mariée à un homosexuel scabreux.lœ beauf pla- ce son beauf à la tète de son salon de coiffure miteux, L’artiste des dames.Mais le champion autoproclamé des tifs est évidemment entraîné dans une affaire tirée par les cheveux coupés en quatre.Eduardo Mendoza se révèle encore une fois complètement abracadabrant.Surtout, il développe son délire sans jamais faiblir, ligne après ligne, au plus grand plaisir et étonnement des lecteurs.Ce qui donne par exemple ceci, au moment où le commerce familial explose sous l’effet d'une bombe: •Nous avions à peine atteint la porte que nous avons entendu un coup de tonnerre, avons été enveloppés d'une épaisse fumée, avons senti dans notre dos une chaleur ardente et avons exécuté un bref vol plané au cours duquel j'ai tenté sans succès d’attraper, au fur et à mesure qu'ils passaientprà de moi, les différents éléments composant Ut boutique (le séchoir, le fauteuil, la cuvette) qui, du fait de leur moindre densité, se déplaçaient plus vite que moi.» La dérive littéraire est contrôlée sur plus de 300 pages.On comprend que dans son pays, l’Espagne, Mendoza, qui a 59 ans, soit considéré comme un des plus importants auteurs contemporains.La chose vaut en elle-même.Une fois les larmes de plaisir séchées, on pense aussi découvrir que l’immense delirium tremens cache une féroce satire sociale.Tout dans cette ville des prodiges empeste la corruption et la magouille.Même le maire de Barcelone est écorché drolatiquement au passage.Mais est-ce bien le cas?Mendoza a-t-il vraiment voulu caricaturer sa société, son époque, la nôtre?On sent plutôt la volonté de se laisser aller au pur plaisir de l'imagination débridée, dans une pure tradition surréaliste.I,a convention mendozienne — et cela ajoute à la fascination de l’ouvrage — lance et relance les échappées discursives, multiplie les jeux de langage, délie le batifolage narratif, propage les bizarrerie du récit Et on en redemande.Et on en obtient.Et on redit merci.L’ARTISTE DES DAMES Eduardo Mendoza Traduit de l’espagnol par François Maspero Le Seuil Paris, 2002,304 pages Que lisez-vous?JACQUES GRENIER LE DEVOIR CLAUDE M AJ EAU, 33 ans, a fait un saut à la librairie pour acheter deux romans.Le premier.Pensées secrètes de David Lodge, est destiné à son chum.Quelqu’un d’autre, de Tonino Benacquista, c’est pour elle.«Je ne sais pas du tout de quoi ça parle mais j’aime l’auteur.J’aime lire toute la production d’auteurs que je choisis, entrer dans l’univers de l’écrivain.» Entre le travail et les enfants, elle trouve le temps de lire, avant de dormir.«C’est une nécessité de lire, pour décrocher.» Et pour rêver un instant, éveillée.ANNMARIE ADAMS et PETA TANCRED Voici un portrait de l’ensemble des architectes canadiennes, depuis leur entrée dans la profession durant les années 1920 jusqu'aux années 1990.En s’appuyant sur des documents originaux, incluant des données d'architectes, des projets réalisés et des entrevues, Annmarie Adams et Peta Tancred démontrent que les femmes ont joué un rôle de premier plan dans la profession.220 pages • Illustré • 26,95 S En vente chez votre libraire ,ARCHITECTURE L'ARCHITECTURE AU FEMININ les éditions du remue-ménage ÆCTURES D’ETE Entrevue avec Roberto Bolano De poésie et de révolution CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Roberto Bolano est un écrivain singulier.En Espagne, où il vit, et dans le monde hispanophone en général, il a connu la faveur de la critique sur le tard, après avoir tâté cent métiers.Des romans comme La Littérature nazie en Amérique, Nocturne du Chili ou Lés Détectives sauvages, qui comptent tous une composante autobiographique, ont été écrits après l’âge de 43 ans et ont depuis fait de lui un écrivain respecté.L’ensemble de son œuvre lui a valu une multitude de prix.Depuis, il répond parfois aux questions des journalistes avec un peu d’humour noir.Quand on lui parle de son triomphe auprès des critiques, il répond que c’est une «exagération totale» et il se souvient bien d’une époque où il vivait de presque rien, dans un état voisin de la mendicité.Né au Chili, Roberto Bolano a, jeune adulte, vécu quelques années au Mexique.C’est sans doute de cette époque qu’est inspiré son roman Amuleto, qui vient d’être traduit en français par la maison d’édition québécoise I^s Allusifs.Presque surréaliste Amuleto, c’est un récit presque surréaliste (Bolano faisait partie du mouvement des infraréalistes au Mexique, dans les années 70) vu à travers les yeux d’Auxilio La-couture, jeune Uruguayenne demeurée enfermée durant treize jours dans l’université de Mexico (UNAM) alors que celle-ci était envahie par l’armée, en 1968.Femme errante, fantasque, fragile, Auxilio s’autoproclame «mère de la poésie mexicaine», fréquente les poetes de son temps, se promenant de bar en bar.de chaumière en chaumière.«Tous [ces poètes] grandissaient protégés par mon regard.C’est-à-dire: tous se développaient dans l’intempérie mexicaine, l'intempérie latino-américaine, qui est l’intempérie la plus grande qui soit parce qu’elle est la plus divisée et la plus désespérée», écrit-il.•Elle incarne les faibles qui ont pour seul luxe les mots», dit Bolano, joint par Internet en Espagne où il vit Cette Auxilio (un mot qui veut dire assistance ou secours en espagnol) est une femme «déséquilibrée et paradoxalement très lucide».Dans l’entourage de cette femme-fantôme, on trouve notamment un Chilien d’origine, Arturo Belano, membre d’«une famille de Chiliens voyageurs qui avaient émigré au Mexique en 1968».En 1973, dans le roman, Belano retourne au Chili «pour faire la révolution».Quand il revient, Allen-de est tombé.•Dans Amuleto, Arturo Belano est un personnage secondaire, le personnage principal est Auxilio, qui connaît Arturo depuis qu’il a 17 ans et qui, en quelque sorte, l’a vu grandir, ajoute Bolano au cours de l’entretien.Par ailleurs, presque tous mes livres comptent une forte composante autobiographique qui se canalise et se structure à partir d’un alter ego, cet alter ego est A rturo Belano.» Son roman est aussi un hommage à la jeunesse latino-américaine des années 70, «une génération entière de jeunes Latino-Amé- ricains sacrifiés», comme il conclut à la fin du roman.«Je fais référence ata jeunes qui, dans les années 1970, ont cru et ont tenté de faire la révolution.Certains sont morts ou ont été incarcérés.Je fais référence aux jeunes de différentes classes sociales qui sont morts pour une utopie et qui, dans le cas où la révolution aurait vaincu, auraient été massacrés par les dirigeants révolutionnaires qui, entre parenthèses, sont toujours vivants et en bonne santé.» Auteurs fétiches Robert Bolano avait quinze ans lorsqu'il est arrivé au Mexique, où il a vécu quelque temps de littérature et en publiant des articles.Quand les événements de 1968 sont survenus, son expérience de la répression politique à cette époque était minime, «atténuée par l’éblouissement que me procurait la ville».Ce n'est qu’en 1977 qu’il s’est installé pour de bon en Espagne, où il vit dans le village de Blancs, avec sa famille qu’il chérit pardessus tout Parmi ses auteurs fétiches, il cite Borges et Cortâzar et fournit quelques réponses originales^ au questionnaire de Prqust, qu’on lui a servi en 2000.«A quelles occasions mentez-vous?» «Quand je parle de peinture abstraite et de poésie métaphysique.» «Quelle est la vertu la plus valorisée socialement?» «Le succès, mais le succès n’est pas une vertu.C'est seulement un accident.» «Quelle personne vivante admirez-vous?» «J’admire les mères et les grands-mères de la place de Mai.Des gens comme elles.» «Quelles sont les défauts que vous déplorez le plus?» «Je suis une personne pleine de défauts et tous sont déplorables.» «Quelle est votre idée du bonheur parfait?» «Mon bonheur imparfait: être avec mon fils et que mon fils aille bien.Le bonheur parfait, ou la quête de ce bonheur, engendre l’immobilité ou les camps de concentration.» Les Editions Christian Bour-gois, en France, viennent pour leur part de traduire en français deux autres romans de Roberto Bolano, Étoile distante et Nocturne du Chili.AMULETO Roberto Bolano Traduit de l’espagnol par Émile et Nicole Martel Éditions Les Allusifs Montréal, 2002,145 pages LITTÉRATURE FRANÇAISE Marcel Aymé ou l’impertinence du style SERGE TRUFFAUT LE DEVOIR Dans les lettres, les françaises, on ne sait plus tellement rigoler.On maîtrise beaucoup moins qu’avant la confection de cette grappe de mots qui fait gondoler les boyaux.Probablement que c’est affaire d’époque, d’humeur; d’une humeur toute janséniste.C’est vrai, quoi! le verbe est avaricieux.le sujet est maigre et le complément, lorsqu’il y a complément, est souvent décharné.C’est très dans cet air du temps qui est tout nouveau roman.Toujours est-il que pour la rigolade, les plats odorants et la tendresse du simple, le pôvre citoyen est presque toujours dans l'obligation de* se rabattre sur les anciens.Plus précisément sur ce groupe de tailleurs des arts et des maux du bipède qui usent de la langue en sachant fort bien que ce n’est pas la faute des mots si certains d’entre eux sont gros.Bon alors, de-que-cé, comme on dit ici.Eh bien voilà, c’est Raymond Queneau, la divine quenouille, c'est René Fallet, le nez dans le Beaujolais, c'est Antoine Blondin, la plume fantaisiste, c’est Alexandre Vialatte, correcteur de la Montagne, et c'est Marcel Aymé, l'Artiste.C’est pas nous qui l'avons sacré ainsi, mais bien l’affreux Daiis-Ferdinand, le Céline.Dans une lettre envoyée à Albert Paraz, le Céline qui écrivait jusqu’au bout de la nuit soir ligna ce qui suit: «Très bien le livre de Marcel Aymé Uranus — à mon avis — chronique de Tan 1000 — 1948 en naturaliste acharné — cette écriture méticuleuse et artiste n’est pas de mon registre mais il y excelle.Que mms font chier tous ces encombrants Faulkner, Passas, Steinbeck, Miller et patatas et foutre nous faisons mille fois mieux — en forme et en fond! En’y a qu'un auteur français qui soit aussi gratuit, tocard et camelote que les Américains, c’est Sartre.» Alors quoi?Quoi! Voilà que Gallimard a eu enfin la bonne et juste idée de réunir en un seul tenant, un pesant question poids, toutes les nouvelles composées par le Marcel.C’est dans la collection «Quarto».C'est un régal qui \ouvclles complètes soûle deux fois plutôt qu’une, sans qu’il y ait besoin ou nécessité de boire Pernod, le seul alcool qui fait boire de l’eau.C’est pas tout, ça.par où qu’on commence?Allons-y avec Balzac, le Honoré fasciné par les comtesses et qui fascina tant Karl Marx parce qu’il déclina avec force détails combien le bipède état fondanentalement, et contrairement à ce qu’il prétend encore et toujours, un faux-monnayeur.Balzac parce qu’un jour, parlant de Simenon, Georges de son prénom, le bien nommé Aymé formula ce mot: «Simenon, c’est Balzac moins les longueurs.» Eh bien, ami lecteur, le Aymé, c’est Balzac moins les longueurs, et le Nouveau Roman moins les emmerdements, parce qu’il n’écrit pas à la première personne.Il ne met pas en scène ses émois.Il ne se papaoute pas le nombril.Il est tout à son affaire qui est faite de tendresse et de sympathie pour le cordonnier et la lingère, le boucher et la mercière, l’écolier et l’hirondelle.Bref, il est front populaire.Il est et demeure le témoin attendri d'un monde aujourd’hui disparu.Boulogne-Billancourt ne désespère plus parce que Boulogne-Billancourt n’existe plus.C’est quoi, le Boulogne-Machin?Le concentré géographique de l’univers prolétarien de la République.Bref, c’étaient les usines Renault.Passons.Passons et retenons ces débuts de nouvelles toutes aussi exemplaires les unes que les autres parce qu’elles situent d’emblée l’enseigne où logera la petite histoire.L’Œil commence ainsi: «Meunier gagnait sa vie paisible chez les Frères Bois et Cie, des pâtes dentifrices.Les Frères Bois étaient bons pour lui.» Augmentation commence comme suit: «À quarante-cinq ans, le droguiste avait pris le mal d’amour et épousé une vierge fragile.La droguerie était bien achalandée; Antoine Lesau-veury avait succédé à son père.Le commis blond et maigre, était de l’espèce dévouée qui ne connaît jamais sa myopie.Un matin, Antoine Lesauveur dit à son commis: “Vous travaillez consciencieusement, Dominique, je pense à vous augmenter^'.» Et il y a cette amorce, ce petit chef-d'œuvre de mise en place qui introduit Le Vin de Paris: «Il y avait, dans un village du pays d’Artois, un vigneron nommé Félicien Guérillot qui n’aimait pas le vin.Il était pourtant d’une bonne famille.Son père et son grand-père, également vignerons, avaient été emportés vers la cinquantaine par une cirrhose du foie et, du côté de sa mère, personne n’avait jamais fiait injure à une bouteille.» Bon.C’est tout simple, Marcel Aynié fut et demeure l’anatomiste de cette comédie qu’est la vie.Il est génial! NOUVELLES COMPLÈTES Marcel Aymé Éditions Gallimard, «Quarto» Paris, 2002,1367 pages LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE La mort immortelle NORMAND CAZELA1S Harry Mulish serait-il un écrivain pessimiste?S’il croit, hors de tout doute, en la liberté humaine, il reste fesciné par le poids de la destinée.Et de la faute.Dans la lignée de ses autres romans.La Procédure en est une démonstration.Fort brillante d’ailleurs.Néerlandais d’origine, Mulish est d’ascendance juive.11 aura 75 ans cette année, mais le regard qu’il pose sur le monde et les hommes, à la fois judéo-chrétien et singulièrement païen, n’a rien perdu de sa vitalité.Le 16 février 1592, le vieux rabbin et savant Maharal Yehou-dah Loew ben Bazalel quitte sa maison du ghetto miséreux de Prague pour monter, transi de froid, jusqu’au château où l'a mandé Rodolphe II, ci-devant suzerain d'Autriche, roi de Bohè- me et de Hongrie, empereur du Saint-Empire romain.Entouré d’alchimistes.d'««cro« internationaux et autre racaille», celui-ci lui ordonne de créer dans les meilleurs délais un golem, c’est-à-dire un être vivant à partir de l’argile inanimée.Et Loew, parce qu’il n’a pas vraiment le choix, s’exécutera.Un geste qui aura de§ répercussions tragiques.A 400 ans de distance, Victor Veker, chimiste et en partie juif de son état, a réussi à fabriquer en laboratoire un éobiont, c’est-à-dire la vie à partir de U matière sans âme.Obtiendra-t-il le Nobel pour cet exploit?C’est sans compter la jalousie de la communauté scientifique, le ressentiment de nombreux monothéistes et.croit-il.la «haine abyssale» que lui vouerait son ex-assistant.Divorcé depuis à peine un an et s’interrogeant sur le sens de sa vie, il écrit à sa fille mort-née trois longs «courriers» qui tiennent du journal personnel et d’une lettre d’amour à Clara, celle qui fut sa femme et la mère de cet enfant n’ayant jamais vu le jour.«Je suis désolée, lui a-t-elle laissé dans un mot sur la commode en partant, je ne peux faire autrement.J’ai essayé, mais je n’y suis pas arrivée.Je te quitte et ne reviendrai jamais.» Puis, une nuit par hasard, il surprend une conversation téléphonique annonçant le meurtre imminent de quelqu’un.Qui?Des bribes de ce qu’il a entendu le lancent, pour empêcher ce crime, sur diverses pistes qui le mèneront à son destin.Im Procédure, qui commence par un acte de bravoure littéraire et qui contient des pages à faire frémir de bonheur tout lecteur, n’a pas le côté envoûtant, éblouis- sant, de La Découverte du ciel dont nous avons déjà parlé en ces pages.Il ne se révèle pas moins un roman de haute voltige, d’une indéniable qualité, qui navigue avec une égale aisance des rivages des structures d’ADN à ceux de l’alphabet hébraïque, entre des mots d’une sensualité bouleversante et le ton d’un clinicien, entre les mystères de la sexualité et les ambiguïtés de la métaphysique.La mort, demande Mulish sans le dire, donnerait-elle l’immortalité?LA PROCÉDURE Harry Mulish Traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin Gallimard.collection «Du monde entier» Paris, 2002,288 pages I) E VOIR A M E I) 1 LECTURES D'ETE ESSAIS ESSAIS QUÉBÉCOIS A la rencontre des œuvres et des villes DAVID CANTIN On n’en finit plus de débattre autour de la notion de métissage depuis quelque temps.Est-ce un signe comme les autres ou une caractéristique générale de notre époque?L'an dernier.François Laplantine et Alexis Nouss publiaient un dictionnaire qui.aussitôt, allait devenir une référence sérieuse pour quiconque s’intéresse à ce phénomène culturel.Il existe d'ailleurs, selon eux, «hkc pensée du métissage [qui] passe d’abord par une expérience individuelle de la désappropriation et une reconnaissance de l'altérité en nous-méme-.Tel un fil conducteur, une nouvelle collection (que dirige l’écrivain Nairn Kattan) intitulée «Métissages» prend place chez Fides ayant pour but d'approfondir une vision multiple du monde.Les deux premiers titres invitent déjà à mener une réflexion profonde sur ce devenir métis.Miles.Ijangues d'accueil de Pierre Ouellet poursuit une démarche déjà entamée avec Ombres convives (Le Noroît, coll.«Chemins de traverse», 1997).L’œuvre littéraire devient le reflet d’une autre, trace des ponts d’une écriture à un imaginaire particulier.Seulement, les écri-vains dont parle Ouellet ne trouvent refuge que dans cette parole qu’ils inventent Dès les premières lignes, l’auteur suppose que «l’homme s’invente une langue, alors, des langues, puis des cultures et des histoires, qui sont abris, refuges, campements, non dans l’espace mais dans le temps.Dans la durée, non pas dans l'étendue».De Salah Stétié à Réjean Du-channe, en passant par Marcel Moreau et Pierre Guyotat les chemins tracés creusent cette mémoire qui recule sans cesse dans le temps.La vérité angoisse, le poète retourne à son exil constant l’errance dçvient ainsi fulgurance de la parole.A propos de la littérature, Ouellet écrit: «Un livre s’ouvre comme une brèche dans une vie.Illisible histoire où notre mémoire nous jette, puis nous emmure, vivant.On n’ouvre pas un livre.C’est lui qui nous ouvre: trop grand.Nous fend le cœur en deux.L’entaille.Pour en extraire quelques souvenirs [.]» A travers les marées et les maisons de mémoire, il y a dans ces pages une lecture stimulante de l’œuvre qui mêle avec bonheur la création, le registre philosophique, tout en ouvrant une certaine brèche autobiographique.En parlant de Daive.Reverzy, Langlais ou Quignard, Pierre Ouellet ne se questionne-t-il pas aussi sur son propre trajet d’écriture?Asiles.Langues d’accueil démontre, encore Petites méditations posthumes et hymne à la vie Hit iSSHES une fois, l'exigence derrière cette quête qui ne cesse de prendre de l'importance à l'intérieur même de la littérature contemporaine.Tout aussi passionnant.Labyrinthes des rencontres d’Alain Mé-dam fouille les villes comme les époques pour mieux comprendre le fonctionnement du monde urbain.Ce trajet, à la fois littéraire et anthropologique, passe par Montréal, Beyrouth, Barcelone, New York, tout comme bien d’autres lieux d'échanges.Médam ne s’intéresse pas au phénomène en soi, mais plutôt à son flux et à ces rencontres qui constituent véritablement les villes.On part ainsi vers ces territoires comme ces tribus.Tailleurs ou l'horizon incertain du monde.Comme le mentionne l’auteur d’origine française, «on le voit: le centre, ici, rattrape la périphérie.On distend l’espace, mais on ne peut se passer de carrefour.On transmigre sur la grande toile, on recherche des étrangetés, on se porte vers l’indéfri-ché, vers l’indéchiffrable, mais finalement on crée une ville: une centralité, on choisit des interlocuteurs qui soient tant soit peu similaires à ce que l’on est, en cette concitoyenneté virtuelle.On reconstitue des cercles d’initiés et, en ceux-ci, on creuse des intériorités communes».Magnifique suite à La Tentation de l’œuvre (liter, 2002), ce texte d’Alain Médam va beaucoup plus loin que la plupart des préjugés qu’on associe habituellement aux structures urbaines.Une enquête fascinante.ASILES.LANGUES D’ACCUEIL Pierre Ouellet LABYRINTHES DES RENCONTRES Alain Médam Editions Fides, coll.«Métissages» Montréal, 2002, respectivement 255 et 203 pages Publicitaire de carrière — c'est lui qui aurait eu l’idée du fameux slogan •Maîtres chez nous» et dont René Levesque parlait comme de «l’un des meilleurs de son époque» —, Jean-François Pelletier, mort en 1994 à Tàge de 76 ans.a rédigé, surtout au cours des 14 dernières années de sa vie alors qu’il était atteint d'un cancer, un «journal spirituel» qu’il souhaitait publier.Voflà qui est chose faite grâce aux Editions Lescop, qui en font paraître des morceaux choisis sous le beau titre de Journal de la vie cachée.Divisé en deux sections intitulées «Profane» et «Sacré», cet ouvrage joliment écrit (sauf pour deux ou trois «en quelque part» de mauvais aloi) regroupe de brèves méditations sur des sujets éternels connue la mort, la liberté, la beauté, le mensonge, la vérité et la foi.De tempérament morose et mélancolique, Pelletier y apparait toutefois, aussi, comme un esprit curieux capable de tendresse et d’éblouissement.Navigant entre la lucidité un peu noire («Chaque homme reste seul dans sa nuit, enfermé à double tour dans Tile de son être sans jamais pouvoir en sortir — Robinson jusqu ’à sa mort et sans le secours d'aucun Vendredi») et le volontarisme humaniste («Car seule la volonté réfléchie s'avère capable de rendre l'amour “plus fort que la mort” — la vraie force de l'amour n’étant point dans la violence de l’instant extatique mais bien dans la tendre douceur de la durée»), Pelletier nous livre une œuvre de la sérénité à la façon ancienne d’un honnête homme discret, rompu à l’art bourgeois de la réflexion cultivée.Habitée par une foi catholique très profonde mais réceptive aux ébranlements salutaires (Pelletier se délecte de la pensée de Teilhard de Chardin et rend hommage à Luther), la sagesse du soir contenue dans ce Journal de la vie cachée est tout entière tournée vers un horizon d’espoir aux couleurs divines: «Et tu verras, cet abîme n’en est pas vraiment un, sauf lorsqu’on le considère d’en haut vers le bas, comme s’il s'agissait d’un trou dans la terre.Le croyant, lui, sait très bien que pour contempler correctement l'abîme de la mort, il faut absolument inverser la vision, il faut regarder cet abîme d’en bas vers le haut, le considérer comme ascension vers les hauteurs.» L o te is Cornellier ?Jean-François Pelletier est parti, seul peut-être, mais non sans avoir compris que la réunion de Tamour et de la volonté, en Dieu comme ailleurs, justifiait le miracle de l’existence qu'éclaire la mort.Le psychiatre en fauteuil roulant Jeune étudiant de 21 ans qui s’apprête à entreprendre sa troisième année de médecine, Jacques Voyer se casse bêtement le cou au fond d’une piscine et devient quadriplégique.Il avait tout ce qu’il voulait, ou presque, et les promesses de l'avenir devant lui.Désormais, il ne lui reste rien, sinon «l’insoutenable».C'était en juillet 1970.Aujourd’hui, 32 ans plus tard, le docteur Jacques Voyer, psychiatre en fauteuil roulant, raconte bellement sa vie dans un franc récit autobiographique intitulé, statut professionnel oblige.Que Freud me pardonne!.Et que les grincheux qui craignent comme la peste les bons sentiments se rassurent: le témoignage ne sera ni larmoyant ni trop moralisateur.L’histoire, cela étant, fascine: comment fait-on pour se relever d’une malchance aussi dramatique et définitive?Qu'y a-t-il entre le jeune homme terrassé de 21 ans que hante la solution suicidaire et le psychiatre renommé d’aujourd’hui qui parle calmement de bonheur?Du courage?Certainement, mais d'une nature toute particulière qui n’a rien de pompeux: «Nombreux sont ceux qui, par la suite, m’ont parlé du courage de ma décision de poursuivre mes études en médecine, puis dans une spécialité.Je sais maintenant que chez moi, le courage et la peur sont siamois.C'est la peur de perdre ma vie à ne rien faire qui m’a donné tous les courages.» Ce ne fut pas simple pour autant, et Voyer raconte sans complaisance son expérience de quadriplégique: deuil tragique de ses LECTURES DU GENRE Sous la direction d'ISABELLE BOISCLAIR Qu'en est-il du masculin et du féminin dans la production littéraire contemporaine ?Que permettent d’apprendre sur les textes du passé les hypothèses actuelles quant au caractère culturel du dispositif de la différence des sexes ?Lectures du genre Des textes d'Isabelle Boisclair, Martine Delvaux, Sandrine Joseph, Lucie Joubert, Louise-L.Larivière, Evelyne Ledoux-Beaugrand, Sylvie Mongeon, Sylvie Pelletier et Elise Salaün.180 pages • 19,95$ En vente chez votre libraire les éditions du remue-ménage 110, rue Ste-Thérèse, bur.501, Montréal (Qc) H2Y 1E6 Tél.(514) 876-0097 • Téléc (514) 876-7951 7^ LIBRAIRIE U, PREND DU VOLUME 15 ans, ça se fête! La librairie Alire, située au Centre commercial de la Place Longueuil, déménage ses pénates dans un nouveau local trois fois plus grand (ancien Rona).Afin de souligner ce double événement, la librairie Alire lance le concours Gagnez une bibliothèque de livres.Une centaine de livres offerts par de prestigieuses maisons d’édition québécoises et françaises, ainsi qu’une magnifique bibliothèque Laçasse, gracieuseté de Rubanco, Buro Plus de la rue Saint-Charles à Longueuil, feront Tobjet d un tirage le samedi 24 août 2002.Pour avoir la chance de gagner ce prix d’une valeur approximative de 4 500 S, veuillez remplir le coupon de participation ci-joint, et venez le déposer dans la boîte préparée à cet effet à la libraire Alire, Place Longueuil, 825 rue Saint-Laurent Ouest à Longueuil.Nom: Prénom : Adresse: Ville: Prov.: Code postal: Tél.Ce concours est soumis aux lois de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec Les fac-similés ne sont pas acceptés capacités et potentialités, de son grand amour de jeunesse, de son autonomie physique: déchirements existentiels perpétuels, sentiment de honte et dépendance quasi absolue envers des proches et des proposes sans lesquels «le quadriplégique ne sc lève même pas».Voyer, pourtant, a continué, a réussi, pourrait-on dire, même s’il persiste aujourd'hui à ne pas trop savoir pourquoi, sinon que la seule logique à sa vie, c’est qu’il l'aime, grâce à des gens qui ont «décelé en [lui] des braises restantes alors [qu'il] n'y percevait que des cendres froides».1 je récit de son parcours de psychiatre atypique compte d'ailleurs pour beaucoup dims l’intérêt que suscite ce témoignage.Doté d'une curiosité insatiable, passionné par le «volet psychosocial» do la médecine, un penchant qui lui valut, un jour, ce commentaire d’un patron interniste: «une fascination trop régulière pour des détails autres que cliniques», Voyer était presque destiné à la psychiatrie, mais le dramatique hasard de l'existence Ta néanmoins entraîné, en ce domaine, sur des chemins peu fréquentés.Sa pratique de l’approche psychanalytique, à l’Hôpital général juif, fut marquée, par exemple, par des phénomènes de transfert colorés par ses «limites physiques si évidentes».Aussi, ses rapports avec des patients psychiatriques aux tendances suicidaires ont retendu en lui son propre ressort de vie: «J’avoue aussi que j'aime trop aider et pratiquer ce merveilleux métier pour y avoir jamais mêle, de quelque façon, mon propre questionnement sur la logique de ma rie après l'accident.Au contraire, c'est comme si le suicide comme adversaire m'avait donne un coup de pied au cul supplémentaire, en m ’apprenant que survivre maigre l'épreuve jusque-là inadmissible n 'est pas anormal ou névrotique.» Hymne à la vie, à l'amitié et à Thuinanite souffrante (Voyer, qui rend ici un hommage discret à ses patients, avoue n'avoir aucun sens de l’humour devant des blagues de mauvais goût sur les «fous»), Que Freud me pardonne! se veut d'abord le livre du «respect de l'autre, quelle que soit Tin dignité que lui impose la maladie».Ne serait-ce que pour avoir tenté de redire avec une intensité très intime cette évidence qui n'en est jamais une aux heures où elle devrait s'imposer, Jacques Voyer peut compter, j'en suis sûr, sur le pardon du vieux maître de l'inconscient JOURNAL DE 1j\ VIE CACHÉE Je;u) François Pelletier Editions Lescop Montréal, 2(X)2,174 (xiges QUE FREUD ME PARDONNE! D'Jacques Voyer Editions libre Expression Montréal, 2(X)2,176 pages LES FRANÇAIS AUSSI ONT UN ACCENT Les mésaventures anthropologiques d’un Québécois en Vieille-France Jean-Benoît Nadeau ÜC4 Fhaæçlis ont Un ftgenT Payot 324 pages - 24,95$ Suite à un long séjour en France, l’auteur nous livre, avec humour et intelligence, scs découvertes, ses émerveillements et ses coups de gueule.Payot *9 t .Se dépayser.sans/ s/e/ Sebastian Faulks ^Qces inyliermes 'JSk ' -3^ -w il ' UH HaituiMr'.orag • , + G-Td Noces indiennes Sharon Maas « Magnifique ! Une histoire si touchante.» Louise Latraverse « Les manages organisés par les parents pour leurs enfants sont au centre des rebondissements du récit.Destins croisés, amours contrariées, colonialisme bien eleve [.J arrogance des riches, conflits politiques et religieux, Sharon Maas mêle tous ces ingredients des grandes sagas.» Le Monde Les désenchantés Î.T'' .Sebastian Faulks « Faulks, Tun des tout meilleurs écrivains anglais contemporains, nous chauffe salement avant de nous mettre le grappin dessus.Mais, quand il Ta fait, il ne lâche pas, et Ton suit d’un œil inquiet le jeu de massacre, Telan vers le pire de ces destins fêles.I e roman culmine dans une chambre d’hôtel a Moscou.» Le Point dcsenchantés Flammarion I L K l) E V 0 I R , I.E S A M E I) I « E T IJ I M A X C H E 9 J I I X > 0 0 2 I) 8 LECTURES D'ETE Les impasses de l’idéologie de l’américanité Dans les dernières décennies, le caractère américain du Québec a souvent été présenté comme une part injustement niée, méprisée, refoulée de notre identité.Une dimension qu’il fallait de toute urgence reconnaître, voire revaloriser.On connaît la chanson.Mais là, ça suffit! disent aujourd’hui certains.C’est le cas de Joseph-Yvon Thériault, sociologue à l’Université d’Ottawa, qui publie Critique de l’américanité, un livre à la fois polémique et réfléchi, qui cerne une sorte d’idéologie de l’américanité menant selon lui à de graves impasses.Notamment à celle qui consiste à saper la différence québécoise.ANTOINE ROBITAILLE Le Devoir: Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous en prendre de façon polémique au discours contemporain de «l’américanité»?Joseph-Yvon Thériault: Ça m'intriguait de voir soudainement ce mot sur les lèvres de tous: intellectuels, universitaires, politiciens, représentants des milieux culturels, etc.Or ce concept ne me semblait nullement contribuer à rendre intelligible ni le parcours du Canada français ni la permanence, aujourd’hui, d’un projet de société s’articulant autour de la langue française.Je pensais que l’américanité niait d’une certaine façon ce projet.Le Devoir: Mais lorsqu’il visite l’Europe, tout Québécois ressent son américanité.Elle se révèle dans les choses triviales: en Europe, pas de beurre d'arachide, pas de baseball, pas de grands espaces vierges, les gens sont habituellement plus formels, etc.N’est-il pas vrai que ces dimensions de notre américanité ont été gommées dans la tradition intellectuelle canadienne-française?J.-Y.T.: Certes, lorsqu’on voyage, on sent que nous sommes Américains dans notre manière de vivre.Mais en même temps on ne peut nier qu’en France, par exemple, la «culture seconde» — les références littéraires et historiques, par exemple — nous est amplement connue en raison de notre participation à la francophonie.Le discours de l’amé-ricanité met l’accent sur notre participation à la civilisation nord-américaine, sur les plans technique, économique et culturel, mais elle tire de cela une espèce de postulat positiviste duquel découleraient des choix politiques et une référence culturelle seconde.C’est là le cœur du problème de cette pensée: vouloir faire de la culture première l’élément qui fonde la culture seconde, un projet politique, une littérature.Cette conception du monde débouche sur une abdication de la dimension politique des sociétés.C’est un postulat populiste, positiviste, qui empêche de voir la capacité qu’ont les collectivités humaines d'interpréter différemment les matériaux premiers.Bien sûr que la culture américaine est présente au Québec — et partout dans le monde, d’ailleurs.Mais ça n'élimine pas sa capacité de réinterpréter et de transformer cette culture-là dans une référence seconde.Le Devoin Concernant cette culture seconde, on a souvent parlé de ce qu'André Laurendeau a nommé «le retour d'Europe».C’est-à-dire l’expérience de ceux qui sont allés s’imprégner de la culture européenne pour revenir en Amérique avec un regard dépréciateur sur le Nouveau Monde, attitude que certains ont qualifiée d’«aliénante».Ne fallait-il pas rompre avec cela?J.-Y.T.: Considérer l’éloignement de la culture première comme une aliénation est une erreur, je crois.La capacité de sortir de la culture qui nous est immédiate afin de la modifier, de l’organiser autrement, sans toutefois rompre avec elle, c’est notre capacité, comme société, d’agir sur nous.Si le rapport à l’Europe a été une occasion de prendre une distance par rapport aux déterminations de ce continent, pourquoi donc appeler ça aliénation?Rappelons que le Canada français et le Canada anglais ont tous deux été des tentatives de se distancier d’une certaine façon de vivre ce continent.Ça passait, pour le Canada anglais, par l’attachement à l’Empire britannique; et au Canada français, par celui à une tradition catholique française.Le Devoir: Dans le discours de l’américanité, l’intentionnalité nationale est évacuée, dites-vous.Mais cette «intentionnalité» n’est-elle pas généralement considérée comme non moderne, voire antimoderne?J.-Y.T.: J’emploie le mot «intentionnalité» dans le sens, non pas d’une essence, non pas d’un déterminisme, mais dans l’idée que les humains, collectivement, sont encore capables de donner un sens.Le mot «intentionnalité» provient d’une sociologie de l’ac- SOURCE QUÉBEC-AMÉRIQUE Joseph-Yvon Thériault tion qui soutient que l’acteur est capable d'interpréter le monde.Je dis que l’américanité évacue cette dimension d’intentionnalité puisqu’elle tient pour acquis que, notre culture première étant similaire à celle des Etats-Unis — et encore là, il faudrait nuancer —, on devrait logiquement avoir la même représentation sociale et politique.Je rappelle dans mon livre le beau mot utilisé dans Maria Chapdelaine pour parler du Canada français, «témoignage».Nul déterminisme ici, mais une intention.L’idée de l’intentionnalité dans l’histoire est-elle conservatrice, réactionnaire?Non, car toutes les sociétés contemporaines sont confrontées à cette question en raison de notre univers devenant de plus en plus homogénéisant.C’est le débat, central en philosophie politique, entre communau-tariens et libéraux.Ce qu’il y a de particulier dans la tradition libérale au Canada français, c’est qu’elle a été marquée par la tension entre la volonté de construire une société démocratique libérale et l’exigence de maintenir une singularité historique.C’est une tradition moderne et politique très différente de celle des Etats-Unis, lesquels n’ont jamais vraiment eu à se poser cette question-là.Le Devoir: Pourrait-on dire au fond que vous reprochez à l’idéologie de «l’américanitisme» de simplifier la modernité?J.-Y.T.: Absolument.La modernité ne se réduit pas à la dimension du développement des processus institutionnels, tels l’industrialisation, l'urbanisation, la judiciarisation, la démocratisation.La modernité, c'est aussi la capacité que les êtres humains se donnent de conférer un sens à ces mêmes processus.Si elle n’avait été que développement des processus, elle aurait constitué une sorte de fascisme institutionnel imposant aux êtres humains, à partir des institutions, des modalités de vivre.Le Devoin Ce débat sur l’amé-ricanité a cours depuis que le Québec existe, ou presque.Il y a vingt ans, Fernand Dumont et lise Bissonnette en avait débattu dans les pages du Devoir.Depuis le temps le débat a-t-il évolué?J.-Y.T.: Jusqu’aux aimées 50, on ne parlait que de l’américanisation.«L’américanité» nouvelle surgit à partir des années 80 et remet en question la notion d’«être québécois».C’est ce que Lise Bissonnette reprochait à Fernand Dumont.Chez Dumont, le mot contenait peut-être un peu d’essentialisme, mais je pense que la question qu’il posait reste fondamentale: collectivement, sommes-nous capables de donner un sens?Tout l’enjeu de la diversité culturelle était ainsi posée.Ce qu'il y a de différent aujourd’hui, ce sont ces courants, comme celui de l’américanité, qui ont dilué la capacité de penser l’intentionnalité québécoise, la diversité culturelle québécoise, au nom d’un certain positivisme en science sociale.On a affaire à une analyse de la société québécoise qui, si elle est laissée à elle-même, peut conduire à de terribles impasses.arobitailleCqsympatico.ca CRITIQUE DE L’AMÉRICANITÉ Mémoire et démocratie au Québec Joseph-Yvon Thériault Québec Amérique, coll.«Débats» Montréal, 2002,373 pages Que lisez-vous?Mil JACQUES GRENIER LE DEVOIR HOMME D’EAU, homme de bateau, Germain Vannini, né en 1952, est assigné au grément du Marie-Clarisse, un navire construit en I860 qui appartient désormais à Uito-Québec.Attablé dans la salle de lecture de la Bibliothèque nationale du Québec, il consulte The Oxford Companion to Ships and the Sea, sur les gréments de bateaux anciens.Il est passionné de pouliage, de cordages.«Les livres en français sur ce sujet-là sont rares.Et quand il y en a, ils ne sont pas abordables.» Quand il ne travaille pas sur les bateaux des autres, il est sur son voilier de 32 pieds, qui mouille à Repentigny et qu’il habite douze mois par année depuis cinq ans.Cet été, il pourrait prendre le large, dans le golfe Saint-Laurent, et visiter la Côte-Nord, sans doute en compagnie de quelques bons romans de science-fiction.L'AIRE DES IDÉES « Considérer l’éloignement de la culture première comme une aliénation est une erreur, je crois » MUS W prendre ABONNEZ-VOUS AVANT LE 15 AOÛT 2002, ET COUREZ U CHANCE ÜExGAGNER UN VOYAGE POUR DEUX A PARIS! CV PHOTO ¦ ptiotogrspM» www.cvpilOto.t» CAHIERSwTHÉÂTRE JEU » Utéâlre www.rôvuejeu.oig LETTRES QUÉBÉCOISES « littérature www sodep.qc.ca ART LE SABORD • poésie et arts «isuele www sssaboriLttc.ca ESPACE » sculpture www fispace-sculplurecMï 25$ PRIX UNIQUE D'ABONNEMENT À L'UNE OU L'AUTRE DES REVUES OU JUSQU'À 54% DE RABAIS Rabats supplement,ure appliqué pour abonnement à plus d’une revue.Chaque abonnement a une revue ajoute un droit de participation au tirage, qui auta lieu début septembre 2002 » RETOURNER A : LE COLLECTIF; 4888 RUE SAINT-DENIS, MONTRÉAL.QUÉBEC, H2J 216 » RENSEIGNEMENTS : (514) 286-0051 Abonnement à ; • 1 revue 25$ • 2 revues 45$ ¦ 3 revues 60S OFFRES SPECIALES laves incluses MON OU MES CHOIX a LETTRES QUÉBÉCOISES • nttétaturo a ESPACE - sculpture a ART LE SABORD » poosip et arts visuels a CAHIERS DE THÉÂTRE JEU théâtre a CV PHOTO photographie MODE DE PAIEMENT Facturez-moi Paiement joint VISA COORDONNÉES Nom ’• ii.- ¦- 1*1 Patrimoln# cAnadien Cons«*«l des Arts ÇSo Canada Council du Canada for lire Arts ROMAN HISTORIQUE Le grand roman de Paméricanité québécoise LOUIS CORNELLIER Roman historique, d’aventure, du terroir et de colonisation, le bouleversant Mistouk de Gérard Bouchard est d'abord un grand roman d'amour.Amour de Méo Tremblay, son personnage principal plus grand que nature, pour le large, pour le continent, du nord au sud, mais aussi, et surtouL amour de l’historien-romancier pour les siens, pour son peuple, pour ceux qui nous ont précédés sur cette immense terre d’Amérique qui est la nôtre.S'agit-il d’un roman à thèse dont le but serait d’illustrer, grâce au détour de la fiction, les théories de l'intellectuel?Oui, répondrai-je, mais dans le sens le plus noble du terme puisque Bouchard a trouvé là la veine épique que ses théories contiennent mais n’actualisent pas comme telle.Partisan d'une américanité québécoise qui appréhende l’expérience historique québécoise comme celle d’une société neuve aux potentialités américaines, c’est-à-dire continentales, donc distinctes, par la force des choses, de celles de la mère patrie française, l’historien Bouchard, en fait, se veut un chantre du Québécois libre qui définit lui-même, en fonction de la réalité dans laquelle il vit, ses propres codes.Oui à l’héritage français, dit-il, mais réinterprété, réapproprié à travers l’optique américaine au sens large du terme.Oui à l’expérience américaine, donc, mais telle qu’investie par nos propres représentations.C’est en ce sens qu’on peut dire de Mistouk qu’il est le grand roman de Tamérica-nité québécoise: ce qu'il raconte, avec force, c’est une Amérique française qui appartient en propre à ceux qui l’ont faite, c’est-à-dire aux gens d’ici et non à ceux, fantasmés, de là-bas; une Amérique française qu’ils ont vécue et rêvée dans la fidélité à un réel dont la grandeur se suffisait à elle-même et qui exigeait une réponse québécoise, et non française de France, à ses appels.Mistouk est le roman d'un peuple qui est né ici, même si ce n'était pas à partir de rien, et qui mérite qu’on le traite comme tel.Ils sont libres et fiers, les personnages de Gérard Bouchard, et ils n’entendent pas se faire dicter leur conduite par des porteurs de chimères importées.Debout devant la France, qu’ils n'ont pas l’intention de reproduire ici puisqu’un {el projet n’a aucune pertinence.Debout devant les Etats-Unis, qui les passionnent mais ne leur inspirent aucun sentiment d'infériorité.Debout, oui.amplement debout et partants pour une aventure dont il leur appartient, à partir d’ici, de tracer les contours, suivant les appels du Nord amérindien et du Sud etats-unien.«Tutoyer la vie»: telle pourrait être la devise de cette américanité québécoise qui contient au delà des ambiguités suscitées par son nom qui en irrite plus d’un, le plus beau chant d'indépendance qui soit Le plus grand mérite de ce roman est justement de faire comprendre cela De sa naissance, en 1887, à Mistouk, sur les rives du lac Saint-Jean, à sa fin tragique, en 1925, Méo Tremblay incarne l'obsession de la découverte.Celle de son pays, d’abord, qu’il parcourt en tous sens.Celle du Nord, qu’il traverse en compagnie de ses frères amérindiens.Celle des «Etats», où il constate l’inscription tumultueuse des siens.Figure de lumière éblouissante dont la fraîcheur, l’entrain et la pureté «n'étaient guère résistMes».le héros crée par Bouchard nous transporte au cœur des plus belles et des plus fortes légendes amérindiennes, sur la mer et dans le sud industriel, à partir d’un centre du monde «saguenayen» où la dure colonisation cherche à se décliner, pour ceux qui la font, dans le vocabulaire de la liberté.Le terroir raconté par Bouchard n'a pas les accents grecs pompeux de celui inventé par Félix-Antoine Bavard, que le romancier démolit au passage, mais il n’en reste pas moins épique en évoquant le courage et la noblesse populaires, celles qui trouvent à ras du sol la profondeur du sens de la vie.Au discours aristocratique et paternaliste d’un groupe d’«Amis de la colonisation» Qe père laçasse, le romancier Damase Potvin, le comte de Foucault et le juge Basile-Adolphe Rou-thier), de passage au lac à l’été 1903, qui remercie les colons de ce qu’ils font pour la France et les félicite de leur zèle dans l'accomplissement de la «grande mission nationale», l’écrivain oppose l’évocation de personnages modestes mais indépendants qui répliquent par un sincère «c’est bin pour dire», révélateur de toute leur indifférence à l’égard d’un tel délire élitiste.Bouchard a réussi ses portraits de personnages, sympathiques (un curé populaire, les colons, les Indiens, son géant Méo et sa parenté) ou pédants (la plupart des membres de l’élite); ses descriptions de paysages sont grandioses et ses évocations à saveur culturelle (légendes amérindiennes, soirées canadiennes, contes et pétage de broue paysans) tirent franchement les larmes.Efficacement construite, son intrigue, une sorte de chant du bonheur qui tourne à la tragédie, captive du début à la fin malgré quelques longueurs.Basé sur du matériel véridique, son récit, au surplus, est criant d’authenticité, même dans ses exagérations.Le romancier, bien sûr, s'est amusé un peu en inventant une mort fabuleuse à Alexis le Trotteur, en faisant de Louis Hémon une connaissance de la famille Tremblay, en transformant Lorenzo Surprenant, ô la belle ironie!, en acheteur de la terre d'Eutrope Gagnon et dç Maria Chapdelaine, partis tenter leur chance aux Etats, et en prêtant même au Survenant de Germaine Guévremont — quelle bonne idée! — les traits de son Méo.Le véritable génie de ce grand roinan de la frontière québécoise, cela étant, se situe dans son affirmation souveraine d’un peuple, le nôtre, et de la liberté inscrite en son cœur noble.Certains, et j’en fus, ont cru lire, dans les ouvrages théoriques de Gérard Bouchard, une intention d'en finir avec une bonne part de l’héritage ca-nadien-français auquel ils üennent tant, à juste raison, par souci de fidélité (voir ma chronique de la semaine dernière à ce sujet).Mistouk.à cet égard, remet les choses en persptxlive et révèle, aux sceptiques en tout cas, un Gérard Bouchard profondément attaché à la substance même de l'expérience historique québécoise telle qu’il la perçoit Serace assez pour réconcilier les rétifs avec le concept d'américanité?Peut-être pas, mais ce sera certainement assez pour faire comprendre à tous qu’il se conjugue, dans l'esprit de Gérard Bouchard, avec une inébranlable fidélité aux siens.Ne servirait-il, ou presque, qu’à lire ce grand roman que votre été ne serait pas gaspillé.louiscomellierfiparroiiifo.net MISTOUK Gérard Bouchard Editions du Boréal Montréal, 2002.520 pages LE DEVOIR S SAMEDI S ET DI M A \ l II E 0 J II \ LECTURES D'ÉTÉ * Au bord du gouffre MARIE CLAUDE MIRAN D ETTE Disons-le d’entrée de jeu: Henning Mankell est bien plus qu’un simple scribouilleur de petits polars de divertissement; c'est un fin observateur d'une société en perdition, un humaniste dans lame qui cherche à disséquer et tente de comprendre ce monde étrange et malade dans lequel il vit, et nous tous avec lui.Ce monde qui, à force de jeter aux orties les bases de ses fondements sociaux et moraux, semble courir irrémédiablement vers le néant Mankell met en question les valeurs, ou leur absence, de cet univers en perpétuel bouleversement, voire l’existence même de la social-démocratie dans ce pays qui, aux yeux du monde entier, l'incarne comme nul autre: la Suède.A travers le regard désabusé de l'inspecteur Kurt Wallander, Mankell scrute cette chose sombre et sordide qu'est devenue Ystad.qu'il a naguère connue et aimée.Mais cette petite ville de Scanie, autrefois coquette et tranquille, est depuis un moment déjà (cinq romans en fait, du moins dans les titres traduits en français) le lieu de tous les crimes et d’une violence sans nom perpétrée par des gens de prime abord au-dessus de tout soupçon.Dans ce nouveau titre, deux adolescentes assassinent sans raison et surtout sans remords un chauffeur de taxi.Puis, un informaticien, un certain Tynnes Falk, meurt de manière plus que suspecte, avant que son cadavre ne disparaisse de la morgue.Et c’est au tour du corps d’une jeune femme—l’une des pré-sumées meurtrières — d’être retrouvé calciné.Vraiment, elle a perdu son charme, son innocence et son calme, cette bourgade suédoise, et il ne fait plus très bon y vivre! Avec l’aide d’un hacker patenté, Wallander cherche à percer les dossiers de Falk afin de tenter d’y voir plus clair.Et ce qu’il découvre n’est pas piqué des vers: il met peu à peu au jour une vaste machination d’envergure planétaire impli- quant rien de moins que la Banque mondiale et qui étend ses tentacules via Internet.Et dont le cerveau dirigeant semble avoir élu domicile au cœur de l’Afrique, où.doit-on le rappeler, Mankell passe une bonne partie de son temps (U dirige un petit théâtre au Mozambique.histoire d’oublier toutes les horreurs du monde qu’il côtoie quotidiennement dans son beau pays du Nord).Après Le Guerrier solitaire.La Cinquième Femme, Meurtriers sans insage et Les Morts de la Saint-Jean, Mankell revient en force avec un nouvel opus intense et troublant qui ne dément pas son talent.Et même si ça sent un peu la recette, force est de constater que ça marche, que c’est dense, captivant, déroutant même, par moments.L’histoire est lente, longue, complexe à souhait, minutieusement menée, finement écrite, les descriptions habiles et bien senties.Et comme toujours, Wallander, cet étrange héros solitaire, tourmenté et vieillissant, se perd plus souvent qu’à son tour dans un dédale de pistes qui ne mènent nulle part ou peu sans faut.Et il doute, et il reprend, et il désespère encore un coup, de la lenteur administrative en particulier et de l’humanité en général.Mais c’est justement en raison de ses égarements, de son profil «humain trop humain», pour reprendre une formule éculée, qu’on l’aime, ce vieux Kurt! Et cela même si la sauce est étirée par moments, si certains passages semblent un peu exagérés et si le dénouement est un peu bâclé, laissant le lecteur sur sa faim et dans quelques zones plus que nébuleuses, comme toujours.Mais pourquoi bouder son plaisir quand il ne demande qu’à être pris?IA MURAILLE INVISIBLE Henning Mankell Traduit du suédois par Anna Gibson Seuil, collection «Policiers» Paris, 2002,429 pages Que lisez-vous?JACQUES GRENIER LE DEVOIR DANIEL MACGUIRE, 22 ans, étudie pour un examen d’admission en droit, le nez plongé dans son LSAT, The Official Triple Prep, dans un café de la rue Saint-Denis.Jouissant à la fois des nationalités canadienne et américaine, il vient de terminer des études en histoire à McGill.Né en Caroline du Nord, il pourrait étudier le droit soit aux États-Unis, soit ici.«Le droit est différent aux deux endroits, et je ne sais pas encore lequel je pourrais choisir.» Il pourrait aussi décider de prendre l’année prochaine pour faire un voyage en Amérique du Sud, après avoir rendu visite à sa sœur en Afrique.S’exprimant parfaitement en français, il admet un faible pour Daniel Femme mais compte Catch 22, de Joseph Heller, parmi ses romans favoris.Devenir adulte l’été DENIS LORD L’ histoire de la bande dessinee québécoise r se révèle beaucoup plus riche qu’on ne l’imagine generalement.on n’aura, pour s’en convaincre qu’à consulter le BDQ de Michel Ylau.Pour diverses raisons, les longs récits sont cependant en déficit; j’aurais tendance à croire que ce n’est qu’avec leur recrudescence que la bande dessinée québécoise entrera dans Tàge adulte, prendra son veritable envol.Ije phénomène a semblé s’amorcer vers la fin de la précédente décennie, mais a, depuis, connu un notable essoufflement, qu’on espère passager.Illustrateur nouvellement venu à la bande dessinée, Michel Rabagliatti ne semble pas, lui.manquer de capacité respiratoire.Son premier album.Paul à la campagne, paru en 1999, a reçu plusieurs prix et distinctions dont, aux Etats-Unis, un Harvey pour le «Meilleur nouveau talent» et une nomination aux Eisner Awards.Et voilà que l’artiste revient avec son alter ego Paul dans un récit autobiographique de 152 pages sous le signe d’une esthétique dans la filiation des Albert Chartier et Dupuy et Berberian, en adoptant une manière de réalisme esthétisant plutôt sixties.Si le trait au pinceau se veut caricatural, il n’en recèle pas moins une précision et une expressivité exemplaires, une générosité peu commune, palpable jusque dans l’ampleur de l’œuvre, qui n'a peu (être pas d’équivalent au Québec.Cent cinquante-deux pages de six cases chacune, taut pas être économe! Rabagliatti a de plus à son arc une gamme étendue de moyens graphiques qui donnent du rythme à l’album, je pense ici aux transitions entre les jeux de masses de noir et les effets de trame manuelle, à ces vignettes nocturnes où les personnages se manifestent par un simple trait.Du grand art, mes lapins.SOURCE En DE LA PASTEQUE Une planche de Paul a un travail d'été, de Michel Rabagliatti.L’été de toutes les rencontres En 1979, adolescent de classe moyenne de Saint-Léonard, au nord de Montréal, Paul, entre deux années scolaires qui lui sont décidément insupportables, devient animateur dans un camp d’été laurentien pour les jeunes défavorisés.I,e groupe auquel il se joint est éminemment sympathique et le cadre de vie offre une li berté indéniable mais il y a le boulot accomplir des tâches humbles, apprendre à faire de l’escalade et surtout, le sommet, négocier avec des «teenages», avec lesquels Paul, au départ ne sent aucune affinité.L’œuvre est émaillée de moments forts, comme l’arrivée au camps d’une jeune fille aveugle, qui, on l’apprendra plus tard, deviendra avocate.La justesse de ton est constante, le jouai sciemment utilise'.Le travail de narration s’avère fluide et remarquablement maîtrisé, l’auteur jouant habilement des flash- back.des rêves, de l’imaginaire du narrateur.D;uis une entrevue accordée à Eric Faquin, de l'hebdomadaire 1 air, Rabagliatti révèle que c’est la découverte du courant autobiographique anglophone (Joe Matt, Seth, Chester Brown) qui l’a amené à la bande dessinée, après quelques tentatives infructueuses dans sa jeunesse, C’est donc dans ce courant que si- situe l’auteur, avec ici et là quelques touches de fiction.Il ne faut tout de même pas s’attendiv à des revelations scandaleuses sur son intimité pro tonde.Paul a un tnitail d'éte s»' prosente comme un récit initiatique où un jeune homme s’ouvre à la sexualité, au dépassement et à l'affirmation de soi, à l'empathie.Si quelques conflits arrivent au long d^ pages, ils seront immanquablement résolus.Dans l’univers de Rabagliatti.il n’y a de place ni pour la tragédie ni pour la bizarrerie; ce ciel uniformément bleu, dans son gr.uid renfort tie beaux sentiments, questionne.Ce n’est pas un hasard si Saint-Exupéry y est cite.T out de même, il semble que tout en demeurant dans la simplicité.Rabagliatti se révèle plus profond que dans les titres précédents, où ses prouesses gra-phiqueset narratives camoullaient mal la légèreté du propos.Pour les qualités citées plus haut, pour la verve, pour la générosité, Paul a un travail d'été m’apparaît comme un titre marquant de l’histoire de la bande dessinée québécoise.On ne |X'ut que souhaiter que Rabagliatti persévère dans cette voie.denislorda end irect.qc.ca PAUL A UN TRAVAIL D’ÉTÉ Michel Rabagliatti Editions de la Pastèque Montréal, 2(X)2,152 pigi-s LES OS J’AI TANT DE SUJETS DE DÉSESPOIR Laure CONAN - Correspondance, 1878-1924 Dure Conan est un grand mytht d* la Cttérature québécoise A une époque où bien peu de choix s'effraient aux femmes, elle décida de s'isoler du monde, de rester célibataire et de vivre de sa plume.Ce livre rassemble des lettres écrites par taure Conan et par ses nombreux correspondants, ainsi que des lettres écrites par des tiers qui patient entre euxde leur amie Laure Conan.Os correspondances sont d'une importance capitale pour quiconque s'intéresse à la biograph le et à l'auvrede Laure Conan.Photos, biblioghaphiu moot 2002, 500 R, 36,95 $ f ISBN 2-9222*5-66-7 ) LES OS Patrick DOUCET Conte i Victor n'avait jamais vraiment eu envie de se compliquer la vie.Cependant, par un curieux détour du destin, i! se retrouve un matin i mort-vivant, ou plus précisément, squelette.Ainsi dépourvu de tout ce qui peut remplir une existence (besoins primaires, plaisirs amoureux, etc.), il sera confronté plus que personne i la nécessité de trouver un sens i sa vie.Déconcertante parodie de roman initiatique, à la fols terriblement ironique et tendrement h umalne, 2002,192 R, 19,95 S i ISBN 2-9222*5-67-5 ] LES CONTES DU HASCHISCH Yves potvin Contes Le narrateur de ces contes consomme le haschisch en connaisseur, avec raffinement.Ayant visité quelques pays exportateurs, il peut se représenter les traditions, les légendes et les conflits entourant la mise en marché du haschisch.Ce livre n'adopte jamais le ton nostalgique du hippie vieillissant, ni celui, mélodramatique, du toxicomane repentant.Il s'agit ici d'amuser et de surprendre, de prendre plaisir à raronter et à sefaire raconter des histoires.2002,18* R, 19,95 $ [ ISBN 2-9222*5-68-3 ] cppT HEliW.S D'ABSENCE SEPT HEURES D’ABSENCE Marie-Agnès Courouble Romon Ce roman s'inspire d'une étrange et terrifiante expérience vécue par uneamiede l’auteure : untrou de mémoire,unedéfalllance.qui dura sept heures.Une femme est là, elle attend quelqu'un.Puis, l'instant d'après, elle constate avec étonnement le passage du temps.Sept heures lui ont échappé.L'univers décrit donne le vettlge, transporte dans une rêverie mystérieuse.2002,92 A.12,95 $ [ ISBN 2 9222*5-60 8 j LACOMBE La rencontre de deux peuples élus Comparaison des ambitions nationale et impériale au Canada entre 1896 et 1920 de SYLVIE LACOMBE Sylvie Lacombe twptstl «4 mMMS Mot U ««Mt » OMI MM lltl COLLECTION SOCIOLOGIE CONTEMPORAINE dingée par Daniel Mercure 302 pages, 30$ ^ LES ÉDITIONS A 1 VARIA DistrüudotrPmiogat Çpop.C' www.varia.com O ¦ > m Adresse électronique : info**v*rii.com Il CP.35040, CSP Fleury, Montréal!QO HX 3*4,Tel.:(51*) 389 8448 • Télec : (514) 589-0128 Au tournant du ZO' siècle, deux visions de la Confédéiation - de sa nature et de son avenir - se disputent l'adhésion des Canadiens.D'un côté, l'ambition nationale Incarnée par Demi Bourassa voit dans le Canada une nation britannique, bi-tadale, fondée sur un double pacte constitutionnel et dont elle prône l'indépendance à long terme.De l'autre, l'ambition impériale tient la loyauté à l'endroit de la Couronne et de l'Empire britanniques pour la substance même du Canada, et fait de son intensification la seule voie pouvant mener à la maturité nationale.Or, chacune à leur manière, ces deux idéologies débordent largement le domaine du politique pout déboucher sur deux conceptions du monde.La rencontre de deux peuples élus propose une comparaison systématique de ces deux visions.Pour de plus amples informations Les Éditions PUL IQRC Tel, (418) 656-7381 • Téléc.(418) 656-3305 Dominiquc.Cîingrastépul.ulaval.ca www.h laval .ca/pu I aœaret Atwood tm tueur avctïtrlè ERIC MEYER Sois riche et tais-toi ! Portrait de la Chine d'aujourd'hui Wladysluw S/.pilinanj Le Pianiste L’extratMTJirtaire désuni —
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