Le devoir, 28 juin 2006, Supplément 1
INTERNATIONAL I NATIONAL Hébron, une ville occupée Arrestations de Toronto : La Chine investit TAfrique les lois de l'arbitraire alternatives LE JOURNAL VOL12 • N0.10 /JUILLET 2006 UN JOURNAL POUR UN MONDE DIFFÉRENT WWW.ALTERNATIVES.CA CULJURt Une nuit avec Youssou N'dour Entrevue avec le porte-parole zapatiste Marcos dénonce les crimes de la classe oolitiaue mexicaine PHOTO CP I CLAUDIO CRUZ Dans une entrevue accordée à Alternatives, le porte-parole de l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), le sous-commandant Marcos, analyse l'opération de terreur contre les habitants d'Atenco et dresse les perspectives de l'Autre campagne à la veille des élections mexicaines.MEXICO - Le sous-commandant Marcos (maintenant rebaptisé «délégué Zéro»), pour donner le coup d'envoi de l’Autre campagne annoncée par la Sixième déclaration de la Selva Lacandona (la sexta), a entrepris début janvier une tournée gui devait le mener dans tous les Etats du Mexique.Dans la sexta, les zapatistes annonçaient : «Nous allons aller écouter et parler directement, sans intermédiaires ni médiations, avec les gens simples et humbles du peuple mexicain et, en fonction de ce que nous entendrons et apprendrons, nous élaborerons, avec ces gens qui sont, comme nous, humbles et simples, un programme national de lutte.Mais un programme qui soit clairement de gauche, autrement dit anticapitaliste et antinéolibéral, autrement dit pour la justice, la démocratie et la liberté pour le peuple mexicain.» Le 4 mai, suite aux événements d'Atenco (voir encadré), Marcos a abruptement mis sa tournée entre parenthèses, décidant de demeurer dans la capitale mexicaine «jusqu'à la libération de tous les prisonniers d'Atenco» - désormais au nombre de 28.Changement de décor donc, car ce n'est pas dans la forêt que nous avons rencontré le porte-parole zapatiste, mais dans un local de classe plutôt ordinaire d'une université de Mexico - seuls le passe-montagne et la pipe devant nous rappeler que nous avions bel et bien affaire à la légende vivante.L'attaque d'Atenco D’entrée de jeu, le sous-commandant Marcos affirme que «les médias et la classe politique ont commis des crimes contre la population d'Atenco et [qu'] ils sont sur le point d'en commettre un autre.[.] Le premier crime est la stupidité et la trahison [des autorités locales qui décident] d'abandonner la voie du dialogue et prennent la voie de la violence.[Un deuxième crime est consommé lorsque] les médias délaissent leur travail d'information et se convertissent en avocats de la violence».Marcos rappelle que les médias, lors des événements des 3 et 4 mai, passent en boucle les scènes où les habitants d’Atenco résistent à l'action des policiers, mais omettent de diffuser celles où les policiers torturent littéralement les habitants.Selon lui, ces médias appellent alors «à un châtiment exemplaire, à ce que la force du pouvoir se venge du peuple.[.] L’attaque avec des milliers d’éléments de la police constitue un autre crime.Une attaque illégale.À aucun moment il n'y a de dénonciation pénale ni de mandat d’arrestation.Lorsqu'on donne aux policiers l’ordre d'attaquer dans ces conditions, il y a des choses qu’on leur “permet".Ils peuvent mettre à sac, et c'est pour cela qu'ils apportent des sacs et des condoms, pour transporter ce qu'ils vont voler, pour violer les femmes.Le saccage et le butin de guerre sont la norme de la police mexicaine».D’après Marcos, ce qui rend cet événement exceptionnel est que cette fois-ci cela s'est su.Ce qui a provoqué un revirement de l'opinion publique qui s'est rendu compte que les gens d’Atenco sont les véritables victimes, contrairement à ce qu’affirmaient les médias, insiste Marcos.C'est là, d’après lui, que la classe politique commet un autre crime : «La classe politique réagit en fonction d'un calcul politique, électoral et médiatique.Il n'y a aucune considération éthique ou légale.Le silence des uns est aussi assourdissant que les vociférations des autres.Ensuite, la classe politique regarde ailleurs et les médias font de même.Les politiciens demandent que l'on "tourne la page”.C'est ainsi que l'on arrive à un aime qui est sur le point d'être perpétré : l'oubli.Comme elle ne peut ni applaudir ni condamner, la classe politique essaie de gagner du temps, en espérant le Mundial et les élections.Avec l’oubli, ceux qui perdent, perdent deux fois.Notre devoir en tant qu'EZLN est de continuer le combat pour évita le dernier crime; c’est le devoir de toutes les personnes honnêtes dans le monde.» L'Autre campagne et les élections Pour Marcos, les événements d'Atenco, survenus à peine deux mois avant les élections présidentielles du 2 juillet, est emblématique de la classe politique mexicaine : «La plus bête du monde, qui ne se penche vas ceux d’en bas que pour frapper, violer, tuer, juger et condamner.Le mépris que nous leur inspirons n’a pas de limite.Aujourd'hui nous apprenons que le châtiment des policiers qui ont frappé et violé en suivant les ordres de leurs supérieurs sera de rencontrer un psychologue qui leur demandera pourquoi ils ont tué un chien.Pour les policiers violeurs, des psychologues.Pour les femmes violées, la prison.C'est ça la justice et la liberté avec lesquelles notre pays va célébrer les élections du 2 juillet.» Ces élections voient s’affronter trois candidats principaux dont le gagnant, dans la plus pure tradition autoritaire mexicaine, se verra octroyer la «présidence impériale» - le Mexique étant réputé pour son présidentialisme exacerbé et tout-puissant.Le candidat du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, centre droite) est donné perdant : l'ex «narco-gouverneur» de l'État de Tabasco a trop de squelettes dans son placard et le PRI est en déliquescence depuis son éviction du pouvoir après soixante-dix ans de règne.Le candidat du Parti d'action nationale (PAN, droite cléricale et conservatrice actuellement au pouvoir) est Felipe Calderôn, un «nain admirateur de Hitler» selon Marcos, rattaché au Yunque, une société secrète d’extrême droite très influente dans son entourage.Calderôn est évidemment le candidat des médias et des puissants, qui l'ont bombardé «favori», ce que les «sondages» n’ont pas manqué de «confirmer».Beaucoup d’espoir est mis dans la candidature d'Andrés Manuel Lôpez Obrador, du Parti de la révolution démocratique (PRD, centre gauche).Provenant de la gauche - il a dirigé des occupations ouvrières de puits de pétrole dans les années 1990 - mais ayant peu à peu adopté des politiques économiques et sociales conservatrices alors qu’il occupait la mairie de Mexico, l'homme est difficile à cerner : il a milité contre la corruption pendant que son parti faisait la manchette pour ses méthodes frauduleuses; il a mis en place des programmes sociaux avantageux pour les pauvres tout en investissant massivement dans le transport automobile - ce qui, rappelle Marcos, dans une ville comme Mexico où une infime minorité possède une voiture person- Nous préférons l'option civile et pacifitjue.Elle est plus inclusive, plus riche.nelle, «revient à prendre pour les lions contre les antilopes».Enfin, les mesures draconiennes qu'il a adoptées pour combattre «l'insécurité», sous les auspices de son conseiller Rudolf Giuliani (ex-maire de New York), ont laissé un souvenir amer aux organisations urbaines radicales.Cependant, l'espace politique n'est pas très grand pour les zapatistes, coincés entre une droite extrême dont la victoire entraînerait un durcissement réel du régime et une gauche modérée ayant le vent dans les voiles.Plusieurs intellectuels et militants «historiques», autrefois proches des zapatistes, ont récemment pris leurs distances, de même que de nombreuses organisations sociales et syndicales.«Tout est contre nous, dit Marcos : les médias, la classe politique, l'armée, la police, /'incompréhension des gens.C'est assez pour ne rien faire! [Rires] Tout ce que nous avons, c'est une idée claire de ce qu 'est notre devoir et ce que nous sommes : anticapitalistes et de gauche.» Pour Marcos, la solution de remplacement «n'est pas de voter pour l'un ou l'autre ou de ne pas voter du tout; l’alternative est de s'organiser ou non en bas, à gauche, [.] On peut être à gauche 'culturellement1’, contre le chauvinisme, la misogynie, /'homophobie.Mais la gauche politique doit se définir devant le système et être anticapitaliste.Elle doit se définir, en fait, en montrant du doigt un système, non pas seulement une administration».Faire de la politique fmême «autrement») dans le monstre urbain qu'est Mexico n'est cependant pas perçu comme étant aussi glamour que de diriger une guérilla dans les montagnes et d'émettre des communiqués depuis la Selva Lacandona Et le «mythe» Marcos, celui du guérillero au-dessus de la mêlée, pourrait se défraîchir au contact de l'extrême gauche de la capitale, réputée pour son sectarisme et ses jeux de coulisses Depuis deux mots, rencontrer Marcos dans les houleuses assemblées de l'Université nationale autonome de Mexico (UNAM) ou sur une tribune au Zôcalo est devenue chose presque commune.Emmêlé dans les rivalités entre les zapatistes de la «société civile», les trotskistes, les anarchistes et les maoïstes, le porte-parole de l'EZLN semble naviguer en eaux troubles.Questionné à ce sujet, il répond : «La gauche qui va naître de TAutre campagne va en surprendre plusieurs.Oui, ce sont les "mêmes que toujours", mais leur caractéristique commune est qu'ils ne se sont jamais rendus ni vendus.Ce sont des gens honnêtes et c'est cette honnêteté qui leur a permis de ne pas se rendre et de ne pas se vendre et qui leur sert aujourd'hui pour apprendre des autres.» Les élections présidentielles du 2 juillet ne changeront pas fondamentalement la donne.Selon le sous-commandant, “[.] toute la classe politique, le TAN, le TRI et le TRI) a perdu sa capacité d'interlocution.Non seulement elle n'a pas “avec qui" dialoguer, mais elle n'a pas “sur quoi" dialoguer non plus, car elle n’a plus de projet pour cette nation Dans le cas d'Atenco, la seule chose que la classe politique peut faire est de libérer les prisonniers et laisser TAutre campagne suivre son cours.Sinon, la seule chose qu'elle fait est de tout précipiter.» Et de conclure : «Il y a deux options.Nous préférons Toption civile et pacifique.Elle est plus inclusive, plus riche, il y a moins de destructions, moins de morts, même s'il y a de la répression.SI nous ne falsirms pas TAutre campagne, ce qui pourrait arriver est une guerre civile.L'Autre campagne est Tunique alternative pour que ce pays survive.Comment il va le faire, avec quel système politique, c'est ce que nous devons construire avec tous et toutes.» Clauds Rjoux Collaboration spéciale L’auteur est éditeur (revue A bâbord I, Lux Éditeur) il est également membre de la Commission civile internationale d'observation des droits humains, qui s'est rendue à Atenco du 28 mai au 4 juin Repères Le viol d'Atenco Les 3 et 4 mai derniers, une violente répression policière s'est abattue sur la petite ville mexicaine de San Salvador Atenco, faisant deux morts et terronsant des milliers d'habitants.Plus de deux cent personnes ont subi des traitements inhumains et dégradants - et des actes de torture - aux mains des poliaers.Comble de l’horreur ; en quelques heures, une trentaine de femmes ont été violées par les forces de l'État L’affaire trouve son ongme immédiate dans la ville voisine de Texcoco où, le 3 mai au petit matin, huit vendeurs de fleurs, tous membres du Front des villages pour la défense de la terre (FF*Dr), s'installent «illégalement» sur la place du marché.Une intervention policière musdée pour les évincer provoque la résistance des habitants d'Atenco (qui bloquent une autoroute), résistance qui sera matée le 4 mai, dans le sang et les larmes, par l'invasion sauvage de plus de 4000 poliaers à Atenco.La genèse de cette affaire remonte au mois de novembre 2001, au moment où le gouvernement de Vicente Fox décrète l’expropnation de 4500 hectares de terres appartenant aux paysans de la région d’Atenco-Texcoco pour y construire le nouvel aéroport international de la vilie de Mexico.Ce fut l'époque de la création du FPDT et de la résistance des habitants expropriés, qui sera radicale et acharnée, avec des marches de milters de paysans brandissant leurs machettes en plein coeur de Mexico.Devant (entêtement des habitants bénéfioant du soutien d’une large parte de la popuiaton, le président Fox avait été obligé d'annuler purement et simplement le projet d'aéroport.L'hurmhabon de la dasse politique mexicaine devant la résistance de «ceux d'en bas» est certainement à (origine de la véritable expédition punitive dont a été vietme Atenco au début de mois de mai.Détentions illégales, violations de donna le, vob.assassinats, actes de torture et hurnikabons, viols massifs de femmes (et aussi de deux jeunes hommes) et autres atteintes à la liberté sexuelle, déni de la présomption d'innocence la fete est longue de tous les aimes auxquels se sont livrées les forces de sécurité de (État, avec pour résultat une ville terrorisée, alors que des poliaers et leurs supérieurs jouissent de (impunité la plus totale ^International Manger local Des organisations paysannes en lutte pour la souveraineté alimentaire d'Haïti PORT-AU-PRINCE - Quand la responsable du Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a convoqué Chavannes Jean-Baptiste pour une rencontre, celui-ci s'est demandé si le déplacement en valait le coup.«Elle m'a dit que j’aurais une bonne nouvelle, alors que c'est plutôt rare avec eux!», se plait à blaguer le dirigeant du Mouvement paysan de Papaye, l'une des plus grandes organisations paysannes en Haïti.Le rendez-vous est fixé dans le département du Nord-Ouest, l'un des plus pauvres du pays.La déforestation accrue de cette région ne facilite en rien la vie des paysans de cette zone.Chaque jour, le PAM y distribue des milliers de rations en nourriture, trop souvent importée.Mais pour la première fois, indique Chavannes, le PAM a pris la «bonne décision» de contacter son organisation qui, fondée il y a plus de trente ans, rassemble des dizaines de milliers de paysans et compte plusieurs coopératives de production.«Le PAM nous a offert de leur fournir 6000 rations de nourriture par jour : kasav et manba, que nous produisons en grande quantité ici».La kasav est un pain traditionnel haïtien, sans levure, préparé à partir de farine de manioc, alors que le manba, le beurre d'arachide, est produit dans plusieurs régions du pays.Chavannes se réjouit de ce changement d'attitude de la part des organisations étrangères.Pour ce militant de la cause paysanne, le concept de «sécurité alimentaire» doit être jeté aux oubliettes.Seule une réelle «souveraineté alimentaire» permettra l'émancipation des paysans, tout en solutionnant le grave problème de carences alimentaires à travers le pays.«Les termes du contrat avec le PAM permettent à peine à couvrir les coûts de production et de s'assurer que les femmes qui vont préparer les cassaves puissent avoir un revenu décent», affir- me Chavannes.Pour lui, c'est à long terme que ce contrat est payant.«Il faut sensibiliser les gens à soutenir notre paysannerie nationale.On ne peut pas continuer à tout importer!» Libéralisation de l'agriculture Autosuffisant au plan alimentaire dans les années 1970, Haiti importe aujourd'hui 58 % de son alimentation, «alors que nos paysans éprouvent souvent de grandes difficultés à écouler leur stock», fait remarquer Jacques Ascencio, cultivateur de riz du bas plateau de l'Artibonite.Membre actif du Mouvement revendicatif paysan de l'Artibonite (MOREPLA), Ascencio ne se déplace jamais à Port-au-Prince sans des sacs de riz et de pois produits par les coopératives du MOREPLA, s'assurant que tous les bureaux visités «achètent "local"».Un rapport de l'organisation Christian Aid, publié en mars dernier, identifie les politiques de libéralisation du commerce comme cause principale de cette dégradation du secteur agricole haïtien.Cette étude, portant sur la culture du riz, du sucre et le petit élevage en Haïti, évalue que «831 900 personnes ont été directement affectées par des diminutions de revenus dues aux effets de la libéralisation de [ces] trois secteurs seulement».Professeur de sociologie à l’Université du Québec à Montréal, Franklin Midy ne peut qu'acquiescer avec Chavannes et Ascencio sur la nécessité pour Haïti de redevenir souveraine alimen-tairement.Il rappelle que l'exclusion économique des populations rurales haïtiennes - les deux tiers de la population, alors que la pauvreté touche 82 % de celles-ci - doit également être mise en parallèle avec leur exclusion sociale.«La paysannerie haïtienne a toujours été exclue des affaires du pays, et ce, depuis 1804.» Avec quelques collègues de la diaspora haïtienne qui gravitent autour de l'Institut Québec-Haïti (IQH), M.Midy s'est donné En direct de Kinshasa Élections en RDC : encore loin de la coupe aux lèvres Le premier scrutin libre et transparent en République démocratique du Congo s’avère être un casse-tête logistique incroyable.Alors que le pays se relève très mal d'une guerre qui a provoqué près de 5 millions de mort depuis 1998, plus de 25 millions d’électeurs sont appelés aux urnes, dans un pays vaste comme le Québec, mais dépourvu de toute infrastructure.Pourtant, en décembre 2005, la Commission électorale indépendante (CEI) avait réussi à tenir, dans une désorganisation téméraire, un premier référendum pour entériner la nouvelle Constitution Malgré un recensement de dernière minute et une campagne d’éducation bâclée, 60 % des électeurs avaient répondu à l’appel.Pour les élections de juillet, 33 candidats ont été retenus pour les présidentielles, ainsi que 9 632 candidats pour les 500 sièges de députés.Au total, 267 partis politiques.Une majorité de candidats représentent de nouveaux partis ou de coalitions nées de la dislocation d'anciennes.Certains partis n'ont vu le jour que quelques mois seulement avant la mise en route du processus électoral.Les programmes politiques des uns et des autres sont mal connus.Bien que formellement la campagne électorale ne doive commencer que le 29 juin, les partis et candidats les plus fortunés ont déjà entrepris de se faire valoir Dans cette catégorie se trouvent le président sortant Joseph Kabila, et trois des quatre vice présidents : Jean-Pierre Bemba et Azanas Ruberwa, anciens chefs des rébellions soutenues par l’Ouganda et le Rwanda, et Arthur Zahidi Ngoma, ancien rebelle reconverti en opposant politique.On retrouve aussi d'anciens mobutistes dont Pierre Pay-Pay, ancien gouverneur de la Banque centrale et ministre des Finances sous Mobutu, et Nzanga Mobutu, le fils du Maréchal dictateur.Les uns disposent de canaux de télévision, les autres de stations de radio ou de journaux.Mais les menaces persistantes pour la stabilité du pays sont plus pernicieuses.L'un des anciens groupes rebelles, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) de Azanas Ruberwa, est impopulaire et nsque de perdre une partie importante de son pouvoir au lendemain du scrutin.Plusieurs observateurs prédisent que le RCD, qui contrêlait autrefois plus du tiers du pays, puisse passer du statut d’acteur national majeur à celui de petit parti.Cette probabilité est étroitement liée aux combats qui se déroulent toujours dans l’est et le nord-est du pays, où des éléments contestataires du RCD, dont le tristement célèbre Laurent Nkunda, ont à plusieurs reprises attaqué des populations civiles, l'année nationale congolaise ou encore les troupes de la Mission de l’ONU au Congo (MONUC).Un autre important parti, le Mouvement pour la libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, continue lui aussi de laisser entendre qu’il ne se voit pas autrement qu’au pouvoir L es rumeurs se multiplient quant à d’éventuels préparatifs post-défaite : le MLC serait en tram de réorganiseï ses forces armées.Étienne Tshisekedi exige quant à lui de nouveaux accords de transition.Ceux-a, prolongés de douze mois l’année dernière, viennent à ternie le 30 juin, rendant ainsi illégitimes, aux yeux de Tshisekedi, les élections de juillet Le chef de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) multiplie les démonstrations de force à Kinshasa pour obtenir de nouvelles négociations.Enfin, le scrutin n’est toujours pas préparé convenablement bien que la CEI affirme le contraire Le travail d’éducation débute à peine, avec quelques programmes confinés à la capitale et dans les grands centres.Les mesures de précaution contre d’éventuelles fraudes restent minimales ou même hypothétiques, alors que des élections truquées pounaient replonger le pays dans le chaos.La communauté internationale, qui finance l'essentiel des 430 millions prévus pour le scrutin, semble pourtant minimiser les nsques de déstabilisation.Le porte-parole de la MONUC Jean-Tobie Okala, précisait récemment que son institution fuge que Je processus électoral congolais est plus que /amais irréversible» «Les élections sont nécessaires, mais si elles ne se déroulent pas correctement les conséquences pourraient être très graves», s’inquiète Jean-Claude Mwepu, directeur d'Altematives â Kinshasa Si la population ou les forces qui s'opposent ta concluent que le changement par les urnes n’est pas satisfaisant tous les recours pour contester les résultats deviendront possibles Voilà pourquoi il incombe de garantir que ces premières élections multipartites depuis 1965 soient une étape décisive mettant fin au trop long conflit congolais Michel Lambert L’auteur est coordonnateur des programmes internationaux d'Altematives ¦ ' -’v - .PHOTO : PATRICK ALLEYN comme objectif de venir appuyer les organisations paysannes dans leur travail de plaidoyer.«Avec le processus actuel de démocratisation, nous avons une opportunité concrète d'intégrer la paysannerie à la construction du pays, souligne M.Midy.C'est pourquoi l'IQH a décidé de travailler de façon spéciale avec ce secteur de la société haïtienne.» Rencontré à Port-au-Prince alors qu’il s’affairait à mettre en branle un programme de plaidoyer avec les organisations paysannes de cinq départements du pays, Franklin Midy explique que l'IQH entend «contribuer au développement du pays, à la démocratisation de la Pauvreté et alimentation - 66 % de la population vit en milieu rural - 82 % : taux de pauvreté en milieu rural - 41 % : taux de pauvreté en milieu urbain - 70 % de la population vit en état d’insécurité alimentaire - 58 % de la nourriture consommée est importée société et à la solidarité entre la diaspora et les gens du pays».«Il y a déjà les individus et les associations régionales qui jouent un rôle im- portant, avec de nombreux transferts de fonds, explique le professeur, qui vit au Québec depuis une quarantaine d'années.Avec l'IQH, nous voulons aller plus loin, pour faire en sorte que les individus de la?et S' génération puissent continuer ce travail de coopération.Ils ont très peu d’attachement au pays, puisqu'ils ne le connaissent pas.Il s'agit de leur faire découvrir Haïti, et de les amener à se sentir solidaire avec ce pays.» François L'Écuyer Reportage réalisé avec l’appui du gouvernement du Canada, par l'entremise de l’Agence canadienne de développement international.Une ville/ un prophète/ deux peuples Hébron, microcosme de l'occupation israélienne en Palestine HEBRQN - L'endroit ressemble à une ville fantôme.Les rues anciennement animées de la vieille ville sont vides, les commerces fermés tombent en ruines, des militaires à tous les coins de rue.Hevron en hébreu, al-Khalil en arabe : ces deux mots se traduisent par «ami».Difficile à croire quand on fait le tour de cette ville de Cisjordanie.C’est la seule colonie juive implantée au cœur d'une ville palestinienne.f.es Israéliens occupent la vieille ville où Ton retrouve le Tombeau des Patriarches, l’endroit où serait enterré Abraham.Juifs et musulmans reconnaissent l'importance du prophète.Depuis le massacre de 29 Palestiniens perpétré par Baruch Goldstein en 1994, la vieille ville s'est considérablement vidée de ses habitants arabes.Aujourd'hui, environ 600 colons occupent la ville d’Hébron, entourés de quelque 150 000 Palestiniens.Err 1997, dans le cadre de l'accord d’Hébron, la ville fut divisée en deux parties.L’Autorité palestinienne contrôle la zone Hl, et l’État d’Israël la zone H2.Un système de check points sépare celle-ci de la partie arabe.Seules les voitures israéliennes peuvent y entrer : des rues «stériles», dans le jargon militaire.Pour y accéder, les Palestiniens doivent détenir un permis.Les agressions des colons sur la population palestinienne ne sont pas rares.«Us nous lancent des niches, des œufs», affirme Parlai Abu Haikal, directrice d’une école dans la zone H2.«Ils nous attaquent aussi avec leurs chiens, qui s en prennent aux enfants palestiniens.» De leur côté, les colons soutiennent qu’ils ne font que se défendre.«Si les Arabes commencent une guerre, ils dohvnt comprendre qu’on rit1 se laissera pas faire, soutient David Wilder, le porte-parole des colons d’Hébron.Ce n est pas nous qui avons pris la décision de fermer toutes les rues, d'imposer des couvrc-feux.de fermer des commerces, c'est l'année.Les Palestiniens aiment mieux nous tirer dessus que fain' du commerce.C'était devenu tmp dangereux pour la communauté juive.» La présence militaire est considérable.Environ 450 militaires patrouillent dans les rues de la ville.Ceux-ci ont comme mandat de protéger les colons autant que les Palestiniens.Eli B.Smette, porte-parole de T1PH (Presence internationale temporaire à Hébron), dénonce plusieurs abus.•L'année occupe n'gulièn'ment des maisons palestiniennes.Parfois, ils forcent des familles à n'ster une journée entière dans une même pièce pour fouiller la resilience.Dans les nombreux cas J agressions de la part des allons, on déplon-le manque d'intervention de la part des autorités israéliennes.» PHOTO SIMON couru L’occupation militaire entrave aussi la liberté de mouvement des Palestiniens qui vivent près des colonies.«Il n'y a aucun moyen de me rendre en witure à ma maison, affirme Pariai Abu Haikal.Ils ont bloqué le passage 300 mètres en bas de la cote, je dois traîner à la main mes bombonnes de gaz, mes sacs de farine, ma nourriture.» Des restrictions qui amènent parfois à des situations dangereuses.«Il y a un an, mon père, 75 ans, a eu une attaque cardiaque, raconte Hani Abu Haikal.Il a fallu négocier 3 jours pour que l’ambulance se rende à sa maison située dans le quartier Tal Rumeida.Il était alors dans le coma.On n a pas pu le sauver.Quand l'ambulance est venue chercher le cadavre, les colons se sont mis à danser autour.Ils chantaient, donnaient des bonbons aux enfants.Ils fêtaient la mort d'un Arabe de plus.» Les colons d’Hébron affirment que la ville leur appartient.«Selon moi, Hébron fait partie intégrante de l'État d'Israël, clame David Wilder.Ici, il y a 4000 ans d'histoire du peuple juif.Le quartier nous appartient.Des Juifs y habitaient avant le massacre de 67 juifs en 1929.On a des contrats légaux qui prouvent qu ’on est propriétaires.Les Palestiniens ont leur état, la fordanie.Les Arabes qui vivent à Hébron ont la même religion, la même culture que les Jordaniens.» Ce n’est pourtant pas Taxis de neuf représentants des familles juives qui vivaient à Hébron avant le massacre.Le 16 mai dernier, ceux-ci manifestaient pour que cessent la xiolence et l’occupation des colons.«Le terrible massacre qui a eu lieu en 1929 ne justifie pas la violence Je ces colons, affirme Shula Rahav.résidante de Tel Avtv.(>t devrait laisser ces problèmes dans le HHMH passé et passer à autre chose.Cet endroit n'appartient pas strictement aux Juifs.» Amon Bierman, un habitant de Jérusalem, a souvent entendu son grand-père lui raconter comment cohabitaient les deux communautés avant 1929.«Ils récoltaient le raisin ensemble, ils s'entraidaient.Les juifs parlaient arabe et avaient adopté une partie de leur culture.Ce qu'on voit aujourd'hui à Hébron est effrayant.» Depuis le début de l’année, Tarmée israélienne a procédé à l’éviction d'une douzaine de familles juives qui occupaient illégalement des commerces et des maisons palestiniens.Une décision prise dans le contexte du nouveau plan de convergence du premier ministre Ehud Olmert.11 vise le démantèlement de certaines colonies isolées de Cisjordanie et le renforcement des plus importantes.«Le nouveau plan d'Omert est abominable, s'exclame David Wilder.C’est du nettoyage ethnique d’expulser les Juifs de leurs maisons de la sorte.» Le 7 mai dernier, les colons ont répondu violemment à l'opération des forces armées israéliennes qui ont vidé la colonie de Belt Shapira.Dans la vieille ville d'Hébron, les sourires sont rares, mais certains restent optimistes Farial Abu Haikal est de ceux-là.«Japprends à mes enfants à vivre en paix.On a l'espoir de pouvoir vivre un /our en harmonie avec la communauté juive.» Pourtant, ce n'est pas cette année que les deux peuples récolteront ensemble le fruit de leurs labeurs.Simon Coure Étudiant en journalisme, l'auteur séjourne présentement dans les Territoires occupés.HH 3 International Relations sino-africaines Coopération ou exploitation ?En Chine, la croissance économique phénoménale des dernières années a entraîné une explosion des besoins en hydrocarbures et en matières premières.A la recherche de fournisseurs, le gouvernement chinois courtise activement les pays africains.Présentées par Pékin comme un exemple de «coopération Sud-Sud», les relations sino-africaines semblent plutôt guidées par les intérêts de cette puissance émergente.Selon les données du gouvernement chinois, le géant asiatique est devenu dépendant de l'importation de pétrole brut depuis 1996.Avec une consommation pétrolière qui se classe désormais au deuxième rang mondial, tout juste derrière les États-Unis, il était nécessaire pour Pékin de trouver des alliés riches en hydrocarbures afin d'assurer la pérennité de son économie.Le gouvernement chinois voulait également diminuer les importations en provenance du Moyen-Orient, une région où la Chine a peu d’influence.Avec ses ressources naturelles abondantes, le continent africain semblait tout désigné pour accueillir les faveurs chinoises.Lors d'un passage devant l'Assemblée nationale du Nigéria en avril dernier, le président Hu Jintao exposait la situation ainsi : «L'Afrique a de riches ressources et un grand potentiel de marché, tandis que la Chine a accumulé dans sa modernisation une expérience profitable et des techniques pratiques.La coopération sino-africaine a donc de vastes perspectives.» Bien que l'Angola ait été le premier pays africain à fournir des hydrocarbures à la Chine et qu'il demeure aujourd'hui son plus grand fournisseur mondial - un nouvel accord entre les deux pays vient tout juste d'être signé en juin -, les relations sino-africaines ont été étendues à de nombreux pays du continent comme le Gabon, le Nigéria, le Congo et le Soudan.Malgré les conflits internes au Soudan, Pékin y a investi massivement pour exploiter les réserves pétrolières qui s'y trouvent - tout comme le Canada, les États-Unis et certains pays européens.À la fin des années 1990, la Chine vendait également des armes au gouvernement de Khartoum, en guerre contre des rebelles au sud du pays.Malgré les pressions occidentales, la Chine refuse d'intervenir de quelque façon que ce soit au sujet des massacres du Darfour.Les dirigeants chinois se targuent ainsi de respecter la souveraineté des pays et de pratiquer une politique de non-ingérence.Toujours au Nigéria, le président chinois Hu Jintao a déclaré que «la Chine soutient sans défaillance les pays d'Afrique dans leur sauvegarde de l’indépendance et de la souveraineté d'État, leur choix autonome d'une voie de développement selon leurs conditions nationales, leurs efforts pour s'unir afin d'être plus puissants et pour résoudre les problèmes de façon indépendante».Hu Jintao évite toutefois de mentionner un élément de la politique chinoise qui peut facilement être assimilé à de l'ingérence.La seule condition que le gouvernement chinois impose à ses partenaires africains est la dénégation de l’identité nationale de Taiwan.Mise en comparaison avec les exigences d'un semblant de démocratie et de respect des droits de l’homme imposées par les nations occidentales, cette condition paraît raisonnable pour beaucoup de dirigeants africains.Le président du Nigéria, Olusegun Obasanjo, exprimait son enthousiasme au sujet des relations sino-africaines en affirmant que «nous souhaiterions que la Chine dirige le monde et quand ce sera le cas, nous voulons être juste derrière vous».D’autres personnalités africaines sont plus mitigées par rapport aux relations commerciales avec les Chinois.Le vice-président du South African Institute of International Affairs, Moeletsi Mbeki, a déclaré que les relations sino-africaines n’étaient qu'une «répétition de la vieille histoire du commerce sud-africain avec l’Europe».Il a ajouté que les échanges étaient inégaux puisque l'Afrique du Sud vend ses matières premières à la Chine qui, en retour, les leur revend sous forme de produits manufacturés.«Le résultat est prévisible, dit-il, une balance commerciale négative pour I Afrique du Sud.» Les rapports sino-africains ne confinent-ils pas les pays africains à leur rôle d'exportateur de matières premières?Lors d'un point de presse donné le 9 juin dernier, le ministre adjoint des Affaires étrangères chinois, He Yafei, affirmait que «certains pensent que l'énergie, l'importation de pétrole, est le seul but de la Chine lorsqu'elle développe ses liens avec l'Afrique.C'est faux et biaisé.(.] La Chine et l'Afrique ont une coopération économique et commerciale très complète».Les relations économiques sino-africaines sont toutefois beaucoup plus profitables à Pékin qu'aux pays africains.La Chine peut inonder le marché africain de ses produits manufacturés.Elle peut également profiter des ressources naturelles qui abondent dans ces régions.Le seul bénéfice que les pays africains soutirent de ces échanges est un appui diplomatique quasi indéfectible.Lin avantage réel pour ces pays qui n’ont que peu de poids sur la scène internationale.Bien que les relations sino-africaines soient perçues par de nombreux dirigeants africains comme une solution de remplacement à la domination américaine ou européenne, il semble que l’Afrique soit toujours prisonnière de rapports d'exploitation qui ne favorisent en rien son développement.Ariane Lafrenière L'auteure est étudiante en journalisme à l'UQAM.Sous la supervision d'un contremaître chinois, un travailleur nigérian imtalle des câbles de télécommunications à logos.Pour le pays affichani la plus forte croissance économique, l'Afrique représente le dernier grand marché à conquérir.PHOTO CP / GEORGE 0S00I La pauvreté gagne du terrain au Maroc Un texte satirique embarrasse les autorités tunisiennes il- y kw Depuis quelques années, le Maroc connaît des avancées démocratiques importantes.Amorcée à la fin du règne du roi précédent, Hassan II, cette transition a permis une libéralisation partielle de l'espace politique et le développement d'une société civile organisée et rebelle.Aujourd'hui, le roi Mohamed VI semble vouloir accélérer le cours, alors que le problème de pauvreté croissante demeure entier.Selon une vaste enquête portant sur le développement au Maroc, le taux de pauvreté s’est sérieusement aggravé depuis 10 ans, malgré un léger refoulement en 2001.Plus de 5 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, parmi une population totale de plus de 30 millions.Dans les campagnes, c'est une personne sur quatre qui est vulnérable «Comment survivre avec un dollar par jour?», se demande Touhami Abdelkhalek, l’un des rédacteurs du volumineux Rapport sur le développement humain au Maroc, paru en fé- vrier 2006.«La question est sérieuse d'autant plus que les dépenses de l'État au niveau social ont connu de sérieuses baisses depuis l’imposition de programmes d'ajustement structurel tout au long des années 1980 et 1990.» C’est la solidarité des couches populaires, notamment en milieu rural, qui prend le relais.Depuis longtemps, en effet, le Maroc rural est quadrillé par un filet de sécurité communautaire dense, à travers des pratiques comme la jmaà (entraide agricole), la Vwiza (corvée collective) ou Yagadir (grenier collectif).À cela sont venus s'ajouter des associations modernes qui cherchent les unes à combler les besoins fondamentaux, les autres à canaliser les revendications populaires.Une culture politique qui résiste ou changement En dépit des avancées démocratiques, le système de pouvoir cache des réalités que les élites marocaines préfèrent ignorer.Les couches privilégiées, souvent connectées d'une façon ou d’une autre à la monarchie, continuent de dominer et de s’enrichir.Ainsi, le 10% le plus riche de la population exerce près de 40 % des dépenses, contre 1,2 % pour les 10 % les plus pauvres.Au niveau local, ces cercles restreints profitent de l’exclusion, de l'analphabétisme, de la misère.Selon Nizar Baraka et Ahmed Benrida, deux chercheurs ayant aussi contribué au rapport, le développement du pays est pénalisé par la persistance d’une «culture résistante au changement, centralisatrice et peu encline à la confiance et la délégation».Ils expliquent que les réformes administratives mises en place durant la dernière période ont tendance à répondre «d'avantage à une volonté d’encadrement politique qu’à un souci d’adaptation de la gestion publique» Alortos Les indicateurs macro-économiques devraient cependant sonner l’alarme.Alors que le taux de croissance du PIB frisait les 5 % dans les années 1960, il est de moins de 1 % depuis 1992.Le Maroc parait mal par rapport à des pays de la Méditerranée, par exemple l'Espagne, où le produit intérieur brut est trois fois supérieur (il était deux fois supérieur jusqu'en 1960).La forte progression du chômage est très inquiétante, même parmi les jeunes diplômés (30 % sont sans emploi), ce qui crée frustration et colère.Au train où les choses évoluent, estime Touhami Abdelkhalek, le chômage frappera un Marocain sur quatre en 2012.Résister et changer Réunis à Bouznika en janvier dernier, plusieurs centaines de militants et de militantes d'associations populaires se sont réunis pour préparer le Forum social maghrébin, prévu pour l'automne 2007.Ce secteur de la société bouge beaucoup et prend de l’expansion, tant dans le domaine social que par rapport à un espace politique qui semble encore figé Les défis sont gigantesques, y compris du côté environnemental, f’ays semi-aride, le Maroc s’en va vers une grave crise de l'eau.Déjà 30 % de la population rurale est en déficit d'eau potable, mais la situation pourrait s'aggraver.Selon les estimations d’Ali Agoumi et d’Abdelhafid Debbarh, le Maroc pourrait manquer d'eau d'ici 2025, notamment à cause du réchauffement de la planète.Le dilemme des décideurs politiques est grand, quand on considère que les revenus du pays dépendent en bonne partie d'une agro-industrie fortement consommatrice d'eau : 93 % de l'eau sert à l'agriculture irriguée.Chose certaine, les Marocains et les Marocaines sont déterminés, mais ils ne pounont pas faire seuls le travail.L'Union européenne doit être plus généreuse, d'une part en augmentant les programmes d’aide au développement, d'autre part en régularisant les immigrés marocains, souvent jugés «illégaux*, qui jouent par leurs transferts financiers un rôle déterminant dans la survie des populations, surtout en zone rurale.Pour le moment par contre, TUE semble plutôt allée dans le sens de l'érection d'un nouveau mur de Berlin pour empêcher les «hordes» africaines de pénétrer dans l'espace européen Pitm Bmldct Les régimes autoritaires n'ont aucun sens de l'humour.Si cette vérité de I a Pahce avait besoin d’une illustration, le pouvoir tunisien vient tout juste de la fournir L'histoire commence en mai 2002.Omar Khayyâm - le pseudonyme d'un tunisien vivant à Montréal - sévit dans le cyberespace Sa spécialité?Des textes satiriques de «politique-fiction» dans lesquels il laisse libre cours à son imagination avec, pour unique but, de tourner en ridicule les caciques du pouvoir en place C'est ainsi que «le badge du prieur» fait son apparition sur la Toile.Omar Khayyâm tient son (faux) scoop : Tunis vient de lancer un plan ministériel visant à «éviter l'anarchie et [à) rationaliser la visite des mosquées» Chaque Tunisien est désormais dans l'obligation de «remplir une demande de carte de prieur» Les imams doivent •s'assurer que tous les prieurs [soient] badgés» La police des frontières n’a pas oublié les touristes musulmans qui recevront des «cartes spéciales valables pour toutes les mosquées tunisiennes», ajoute Omar Khayyâm Le papier - que les Tunisiens s’échangent rapidement sous le manteau - fait les délices des lecteurs Même si l'information quîl contient est inventée de toutes pièces, beaucoup ont apprécié la dénonciation originale des mesures draconiennes imposées aux pratiquants depuis le début des années 1990 Dans sa lutte contre l'islam politique, le pouvoir tunisien a, en effet, limité les heures d’ouverture des mosquées, fait une chasse impitoyable aux «barbus» et traqué les femmes portant le foulard islamique, apparenté à un «habit confessionnel» L'article, qui fait boule-de neige, est repris dans plusieurs sites Internet et forums de discussion arabophones Le dernier exemple en date étant le journal jordanien Al Wasat qui a vilipendé, le 15 avril 2006, le gouvernement tunisien sans même prendre la peine de vérifier l’information Cette mauvaise publicité a tellement déplu aux autorités qu'un démenti gouvernemental a été envoyé à l’agence de presse Reuters, le 18 mai dernier, sort quatre ans après la publication de l'article! «Il s'agit de tentatives désespérées de certains regroupements [ ] qui visent à porter atteinte à limage de h Tunisie», indique le communiqué Notons que cette mise au pant (non signée) s’adressait uniquement à la communication externe Aucun média tunisien, pas même les journaux gouvernementaux, n'ayant jugé bon de fa reprendre Dès lors, plusieurs éditorialistes de la presse aux ordres de Tunis stigmatisent les «malades qui essayent de semer le désarroi chez te peuple tunisien» Des libertés en recul Au-delà de ce fait anecdotique, la situation des libertés publiques en Tunisie ne cesse de se dégrader À la fin mai, un membre de la section suisse dAmmstie internationale a été expulsé manu militari du pays Son crime?Avar montré sa solidarité avec les militants tunisiens Aussi, le bras de fer entre les autorités et la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH) - la plus ancienne association du genre dans le monde arabe et en Afrique - n’est pas prêt de se terminer La poke a eu recours à la force pour empêcher T organisation de tear son congrès t Le 15 juin, te Parlement européen a demandé à Tunis de fournir «des explications» suant à rmîefdrcîion du congn-r de la LTDH «La situation des droits et des libertés en Tunisie reste préoccupante [et) tes démarches entreprises /usqu'à présent par le Conseil [européen] ef la Commission [européenne] ont clairement montré leurs limites», estiment les eurodéputés Taies Mqaua Collaboration spéciale 4 Points de vue Billet Le défi afghan Le gouvernement conservateur persiste et signe en Afghanistan, en dépit de l’opposition majoritaire de l'opinion publique canadienne et de la situation qui s'aggrave sur le terrain.Certes, personne ne peut être contre la vertu.Oui, le peuple afghan a besoin d'aide.Mais laquelle?Pierre Beaudet Depuis plusieurs semaines, la situation se détériore dans plusieurs régions de l'Afghanistan.Dans le Sud, où les combats s'intensifient, l'armée américaine commande les contingents de divers pays, dont le Canada, jusqu'à ce que l'OTAN puisse prendre le contrôle.Les Afghans connaissent les «bavures» qui s'accumulent.Quand on regarde ce qui s'est passé depuis 2001, ce ne sont pas des exceptions.Plusieurs milliers d’Afghans, soupçonnés sans procès ni enquête d'être de mèche avec les talibans, ont été exécutés par les milices alliées des États-Unis.Des milliers de civils ont été tués ou blessés «par erreur» - peut-être parce que la vie des Afghans et des Afghanes ne vaut pas cher aux yeux de Donald Rumsfeld.Enfin, l'armée américaine a multiplié les centres de détention et de torture, après avoir été forcés de faire le ménage à Bagram en 2002, alors que ce Guantanamo afghan risquait de provoquer le même type de protestations internationales que celles soulevées par le scandale d'Abu Ghraib.Un projet de reconstruction qui piétine Parallèlement, la remise en place de l'État piétine.Des élections ont eu lieu en 2004 puis en 2005, mais deux ans plus tard, le président Hamid Karzai - que ses compatriotes surnomment «maire de Kaboul» tant il peine à contrôler le pays - se retrouve à la tête d'un gouvernement fantôme.Le programme de reconstruction élaboré par la Banque mondiale a établi de facto un gouvernement parallèle où les décisions sont prises par des technocrates anonymes nommés par Washington.Pour ceux-ci, la priorité est d'empêcher la reconstitution d'un État fort, ce qui passe par la privatisation la plus rapide possible.Par exemple, l'aide dans le domaine médical est orientée vers des cliniques privées, pendant que l'on abandonne les hôpitaux gouvernementaux.L'agriculture, le gagne-pain de la majorité des trente millions d'Afghans, fait figure de parent pauvre au plan du financement.En bout de ligne, les budgets dévolus à la reconstruction de l'Afghanistan restent de loin inférieurs (par habitant) à ce qui a été accordé pour d’autres crises (l’ex-Yougoslavie par exemple).En partie parce que le gouvernement central ne contrôle presque rien, le véritable pouvoir est exercé par des milices sous la coupe de seigneurs de guerre.Ceux-ci sont tolérés par les États-Unis selon la logique perverse de «l'ennemi de mon ennemi est mon ami».Au vu et au su de tout le monde, ils ont retransformé l'Afghanistan en un immense champ d'opium (80 % de la production mondiale).Dans plusieurs régions, l'État de droit demeure une fiction.Pire encore, ces seigneurs de la guerre ont une influence énorme sur le gouvernement central : selon le vice-président de la Commission afghane des droits humains, Ahmad Fahim Hakim, près de 40 °/b des parlementaires leur sont inféodés d'une manière ou d'une autre.Bref, l'Afghanistan d'aujourd'hui ressemble de plus en plus au chaos meurtrier de la guerre civile qui sévissait avant l'arrivée au pouvoir des talibans en 1996.Le retour des talibans Dans ces circonstances, faut-il se surprendre du retour en force des talibans?Selon le journaliste pakistanais Ahmed Rashid, les talibans comptent plus de 12 000 hommes en armes et contrôlent plus de vingt districts dans les provinces de Kandahar, Helmand, Zabul et Uruzgan, et aussi à l'Est, le long de la frontière avec le Pakistan.Ils recrutent des jeunes désespérés, souvent formés dans les centres islamistes qui continuent d'opérer au Pakistan.Car l'autre partie du problème réside dans ce pays voisin de l’Afghanistan.Encore là, les États-Unis appuient la dictature issue du coup d'État du général Pervez Musharaf, Les militaires pakistanais soufflent le chaud et le froid en faisant la chasse aux intégristes, mais en les laissant déstabiliser l'Afghanistan, en partie parce qu’ils ont besoin de la guerre pour justifier leur existence.Certes, les intégristes pakistanais contrôlent les provinces frontalières (Baloutchistan et North West Frontier).Mais comme dans le cas de l'Afghanistan, c'est un peu l'histoire de Frankenstein.Les intégristes, créés par les militaires pour nuire aux forces démocratiques et laïques, se sont retournés contre leur géniteur.Quel rôle pour le Canada?Le Canada n'a pratiquement pas été présent en Afghanistan, jusqu'à ce que les États-Unis n'y déclenchent leur chasse à Ben Laden.Après le refroidissement canado-américain lors de la guerre contre l’Irak en 2003, le gouvernement précédent avait décidé de s’investir de manière importante, sans doute pour accommoder Washington.Depuis la mise en place du gouvernement conservateur, cette tendance s'est accentuée.Délaissant le rôle traditionnel qu'il joue dans les opérations de maintien de la paix sous contrôle de l’ONU, le Canada est devenu un opérateur militaire sous commandement américain.C'est quand même problématique.En admettant qu'il faut aider ce pays à se reconstruire, est-ce la meilleure façon de procéder?Pour les observateurs afghans, il est douteux que la guerre en cours ne contribue réellement à rétablir la paix : les États-Unis et leurs alliés, notamment les milices afghanes, sont autant, sinon plus, discrédités que les talibans.Certes, il ne s’agit pas d'abandonner le peuple afghan.Mais il est impératif de se démarquer de l'unilatéralisme américain, qui a pour effet d'aggraver des crises déjà complexes plutôt que de les dénouer.Selon la charte des Nations unies, les États membres peuvent intervenir pour maintenir la paix, mais dans des conditions et selon des modalités bien précises, qui n’ont rien à voir avec les stratégies à court terme de l’une ou l’autre puissance.Il y a des limites à cette approche, mais c’est encore celle qui comporte le moins de dangers.Actuellement, Washington isole l'ONU sous prétexte de vouloir nous protéger contre les monstres terroristes qu’ils ont contribué à mettre au monde dans les années 1980 et 1990.Le Canada est-il condamné à réparer les pots cassés des États-Unis?En retournant vers le multilatéralisme, le Canada devrait remettre l’ONU au centre de la crise et de sa résolution.Mais il y a aussi un autre défi.La reconstruction de l'Afghanistan ne passe pas pat les petites recettes de la Banque mondiale.Il faut aider à remettre en place un État, ce qui demande du temps, de l’argent et de la détermination.Et plus fondamentalement cela exige de travailler avec des forces qui se battent réellement pour un projet démocratique, et non avec ceux qui sont simplement «les ennemis de nos ennemis».Les démocrates afghans et afghanes existent par milliers.ALTERNATIVES DIRECTEUR GÉNÉRAI.Robert DovkI RESPONSABLE DES COMMUNICATIONS : François L’Écuyer MONTRÉAL 3720.avenue du Parc, bureau 300, Montréal (Québec) H2X 2J1 Tél.(514) 982-6606 Fav (514) 982-6122 QUÉBEC 766, rue Samt-Vallier Ouest, Québec (Québec ) G1K 1K.2 Tél (418) 521 4000 Fax (418) 521-4000 Coumel commentanestii'ahematives.ca • Site Internet v\\\\\ alternatives.ta Ce tournai est produit par Alternatives réseau d'action et de communication pour le développement international, en partie gr«Ve 3 l'appui financier de l'Agence canadienne de développement international (ACDI).Le contenu n engage en nen ce dernier organisme Tirage 50 000 exemplaires Le tournai est distribué de façon indépendante et ce numéro est publié dans l'édition du 28 juin 2006 du quotidien Le Desvtr La reproduction des textes est autorisée Veuillez mentionner la source COORDINATION R RÉDACTION François L'Écuyer - COMITÉ DE RÉDACTION Pierre Beaudet Dapbnée Dion-Viens Batiste Foisv Vincent Fournier, Éve Gauthier France-lsabeHe Langlois, lean-François Millette Fred A Reed.Juhe Routhiei lama Vachon - CHRONIQUES Pierre Beaudet Gil Courtemanche.Francis Dupuis-Dén Anane Émond, David Homel, Naomi Klein.Judy Rebick et Michel Warschawski - RÉVISION ET CORRECTION DES TEXTES Gilles McMillan INFOGRAPHIE Brigitte Beaudet - CARICATURE Bons 60S AFSMAHiÇ-rAH?NeM.(A u ou VE UMûOSrH£ STêPMêM iwpêp ___________ Lettre ouverte La politique étrangère du Canada Dérives à ^américaine Le 23 janvier dernier, le chef du Parti conservateur, Stephen Harper, est devenu le ZZ' premier ministre de l'histoire du Canada.M.Harper dirige un gouvernement minoritaire, comme M.Paul Martin l'avait fait durant 18 mois.M.Harper a misé, lors de sa campagne électorale, sur un certain nombre d'enjeux de politique intérieure, tels la réduction de la TPS, l’aide financière directe aux familles pour la garde des enfants, la sécurité des villes, etc.Les relations internationales n'ont pas constitué un grand enjeu électoral.M.Harper a néanmoins indiqué qu'il était partisan d'une harmonisation de nos relations avec notre puissant voisin, les États-Unis, et qu'il était favorable à un accroissement de l'aide gouvernementale canadienne aux pays en développement.Même si son gouvernement n'a pas eu le temps d'élaborer une nouvelle politique de relations internationales, les décisions prises jusqu'ici donnent des indications assez claires sur ses grandes orientations.En effet, le discours du Trône du 4 avril dernier ne contenait qu'une brève allusion à l’aide au développement.Le gouvernement a simplement annoncé son intention de «repartir de façon plus judicieuse l'aide accordée à l'échelle internationale».Cette formulation laisse entendre que le gouvernement Harper, à l’instar du gouvernement de M.Paid Martin, n'atteindra pas l'objectif de 0,7 % du produit national brut pour l’aide au développement, engagement pris par le Canada devant les Nations Unies lors du Sommet du Millénaire en 2000.Le Canada en est actuellement à aussi peu que 0,28 %.Cinq pays européens ont déjà atteint ou dépassé le seuil reconnu, soit le Danemark, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas et la Suède.Six autres (Belgique, Espagne, Finlande, France, Irlande et Royaume-Uni) ont déclaré leur intention de l'atteindre avant 2015.En revanche, des augmentations très importantes ont été annoncées pour les budgets de la défense et de la sécurité : 5,3 milliards de dollars supplémentaires sur cinq ans pour l'armée, et 2,5 milliards de dollars sur deux ans pour ia sécurité des transports, la sécurité à la frontière et la lutte contre la criminalité.Le gouvernement Harper a aussi opté pour le renforcement et la prolongation de l'intervention militaire canadienne en Afghanistan.11 faut se rappeler que c'est le précédent gouvernement qui avait engagé les Forces armées canadiennes dans l'attaque lancée par les États-Unis contre l'Afghanistan, dans le cadre de la «guerre au terrorisme».La décision du nouveau gouvernement confirme la fin d une longue et honorable séquence de participation à des missions de paix.Pourtant, le peuple québécois, ainsi que la population canadienne dans son ensemble, ont clairement exprime leur rejet du militarisme, de toute guerre offensive en refusant que le Canada prenne part à l’invasion de l'Irak et en s'exprimant contre une participation au bouclier antimissile des États-Unis.L’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOC1) et d'autres groupes ont constate un durcissement des positions internationales canadiennes à propos de deux autres dossiers : la Palestine et le protocole de Kvoto.Suspension de l'aide à la Palestine Annoncée avant même que le gouvernement des États-Unis et d’autres gouvernements ne prennent position, la décision canadienne de retirer brusquement son soutien financier à l'Autorité palestinienne, récemment passée démocratiquement aux mains du Hamas, a eu pour effet immédiat l'annulation de quatre projets totalisant près de 7,5 millions de dollars et la restructuration d'une aide promise évaluée à une trentaine de millions dont l'Autorité palestinienne aurait été indirectement bénéficiaire.Les États-Unis et l’Union Européenne ont adopté des mesures semblables, provoquant ainsi une crise humanitaire au sein de la population palestinienne, déjà aux prises avec des difficultés énormes dans sa vie quotidienne.Ces mesures ont jeté un doute sur la sincérité de l’engagement de l’Occident, et conséquemment du Canada, envers la démocratie dans le monde : faut-il que le Canada endosse les choix démocratiques des autres peuples uniquement lorsque ces choix font l'affaire de son gouvernement ou de l’administration états-unienne?Rejet du protocole de Kyoto Le volume des émissions canadiennes a crû de 24 % depuis 1990.En vertu du protocole de Kyoto, le Canada devrait baisser ses émissions, d'ici à 2012, de 6 % par rapport au niveau de 1990.M.Harper a tout bonnement renié l'engagement pris par le précédent gouvernement à cet égard.Son gouvernement entend établir ses propres objectifs en fixant une cible plus réaliste.Toutefois, tout semble indiquer que la position de M.Harper se rapproche de celle de pays notoirement pollueurs qui n'ont pas ratifié le protocole, tels les États-Unis et l’Australie.Cet autre revirement majeur risque d'être une véritable catastrophe pour le Canada, tant sur le plan écologique que diplomatique.On ne peut que constater que des convergences de plus en plus évidentes s'établissent entre les politiques internationales du gouvernement conservateur de M.Harper et celles de l'administration Bush, qui ont pour priorité le renforcement des positions stratégiques, militaires et économiques des États-Unis dans le monde, et sont rejetées même par la population états-unienne.Nous, membres du réseau d’organismes de coopération et de solidarité au Québec, tout comme d’autres organisations de la société civile du Québec, sommes inquiets face à cette convergence qui se dessine de plus en plus.Nous considérons que le Canada doit continuer à exercer sur la scène internationale un leadership original et créateur.Ainsi, le Canada doit articuler sa politique internationale sur la lutte à ia pauvreté, élément essentiel pour assurer les droits fondamentaux et le développement humain.De plus, cette politique doit se baser sur le renforcement du droit international, des droits humains, de la démocratie participative, de l'égalité des sexes, du respect de l'environnement et de l'autonomie des peuples.De cette façon, nous nous assurerons d’une véritable sécurité pour tous les êtres humains de la planète.Maria-Luisa Monreal Lauteure est directrice générale de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI).L'équipe du journal fait relâche en juillet.Notre prochain numéro paraîtra le 30 août 2006.Les bureaux d'Alternatives demeureront cependant ouverts durant toute la période estivale.Bonnes vacances à tous et à toutes! Abonnez-vous au journal Alternatives ! EN VOUS ABONNANT.POUR SEULEMENT 25 $ PAR ANNÉE, vous conînbuez à soutenir l'équipe du journal qui travaille à vous offrir une information différente et de qualité, alternatives LE JOURNAL Nom Adresse Envoyez ce coupon avec un chèque à IOIIRNAI AITFRNATIVF8 Ville Code postal 3720, avenue du Parc, bureau 300.Montreal (Quetec) H2X 2J1 Telephone Courriel Alternatives, c est beaucoup plus qu'un journal ! Pour en savoir plus : www.attematives.ca I I I I I * A I I I I i: N a 11 o n a 5 Mesures antiterroristes Les lois de l'arbitraire À l'annonce des arrestations de Toronto, le 2 juin dernier, les médias nationaux ont repris le refrain du 11 septembre.Un nouvel élément en sus : «Ces terroristes sont nés et ont grandi chez nous!» En brandissant des images d'hommes barbus et de femmes en tchador, ils ont ravivé l'ennemi et légitimé une peur collective.Les arrestations de 17 personnes, accusées en vertu de la Loi antiterroriste, tombent à point.Alors que cette loi est en révision parlementaire, que la Cour suprême s'apprête à examiner la légalité des certificats de sécurité et que le gouvernement se prépare à légiférer sur la surveillance des communications électroniques, la tentation est forte d'oublier un peu les libertés civiles pour mieux faire face à la menace.Mais à trop vouloir «prévenir», alertent les organisations de droits de la personne, on court le risque de transformer le Canada en forteresse paranoïaque qui étouffe ses propres citoyens.Dans une lettre ouverte diffusée par la Ligue des droits et libertés le 9 juin dernier, la présidente, Nicole Filion, met en garde contre le «climat de peur» qui «rend l'opinion publique plus perméable à la manipulation».«Nous ne savons pas encore ce qui va se décider et nous ne le saurons sûrement pas avant plusieurs mois.On pourra se servir de la Loi antiterroriste pour exiger un procès à huis clos et utiliser la sécurité pour maintenir les preuves secrètes», explique Denis Barrette, avocat et militant de la Ligue des droits et libertés.La logique sécuritaire sert un discours particulier, partout dans le monde.Au nom de la sécurité internationale, on justifie des guerres préventives et des politiques migratoires répressives.Au Canada, elle permet de légitimer l’application progressive du programme national antiterroriste et d’aligner les lois, les pratiques administratives et la politique extérieure sur celles des États-Unis.Comme le rappelle Jean-Christophe Rufin dans son essai L'empire et les nouveaux barbares, en citant Caton après la destruction de Carthage : «Rome a besoin de ses ennemis.» «Nous sommes ciblés en raison de qui nous sommes, de notre façon de vivre, en raison de nos valeurs de démocratie et de primauté du droit, des valeurs que les Canadiens chérissent», affirme le premier ministre, Stephen Harper.Les déclarations officielles s’accompagnent de tribunes dans la presse qui mobilisent l'opinion publique en faveur d'une vision dichotomique du monde.Confondant islam et terrorisme, on porte aussitôt aux bancs des accusés les minorités ethniques du pays.Des lois ou mépris de la justice Au lendemain du 11 septembre, le Canada cède aux pressions états-uniennes en élaborant la loi antiterroriste (projet de loi C-36), sous prétexte que le droit pénal usuel n'offre pas un cadre juridique suffisant pour contrer la menace posée par le terrorisme.Adoptée hâtivement en décembre 2001, cette législation fait l'objet de critiques virulentes de la part de plusieurs juristes, d’avocats et d'organisations de droits humains qui y voient l'élargissement des pouvoirs de surveillance et de contrôle de l'État et de ses forces de sécurité sur les citoyens canadiens.«L'adoption rapide de ce projet de loi rédigé à la hâte, sans consultation externe, est le résultat d'un problème systémique attribuable à une pratique consistant à recourir aux solutions rapides pour assurer le maintien de l’ordre», explique Don Stuart, professeur de droit criminel à l'Université Queens de Toronto.Cette nouvelle législation modifie plus d'une vingtaine de législations dont le Code criminel, la Loi sur les secrets officiels, la Loi sur la preuve et la Loi sur l’accès à l'information.Elle revoit aussi les règles de justice fondamentale, notamment en matière d'arrestation, de détention et d'écoute électronique.Mesures liberticides Dans un mémoire préparé en avril 2005 dans le cadre de la révision de la Loi antiterroriste, la Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles (CL1SC), formée d'organisations de la société civile canadienne, souligne que les nouvelles mesures adoptées par le Canada après le 11 septembre «semblent contrevenir sur plusieurs points à certaines dispositions de la Charte canadienne des droits et libertés».Une des particularités de cette nouvelle législation est qu'elle introduit la «criminalisation des mobiles d'un crime», explique Denis Barette.Dans le cas des infractions reliées au terrorisme, ce ne sont pas seulement les actes, «mais les motifs — d'ordre idéologique, politique ou religieux — derrière ces actes qui sont déterminants», précise-t-il.Pourtant, ni le droit pénal canadien ni le droit pénal international ne reconnaissent le motif comme élément d'un crime.Par ailleurs, est exclu de cette législation tout acte motivé par des raisons pécuniaires.Un délit boursier commis pour s'enrichir ne pourra pas être considéré comme un acte terroriste, malgré ses conséquences sur l'économie canadienne.Toutefois, le même délit, ayant des conséquences similaires, mais motivé par des buts politiques ou idéologiques, pourra l’être.Profilage racial L'appareil législatif mis en branle pour lutter contre le terrorisme ne se limite pas à la Loi antiterroriste.La stratégie antiterroriste du Canada comprend d’autres mesures, dont les certificats de sécurité qui font partie de la législation sur l'immigration et la protection des réfugiés depuis 1978, et qui permettent au gouvernement «de renvoyer du pays une personne qui constitue une menace pour le pays ou la population».Au nom de la sécurité, ces certificats très contestés autorisent les procès secrets, les preuves cachées et la détention indéfinie.Au Canada, depuis le 11 septembre, cinq individus, tous arabes ou musulmans, ont été détenus en vertu de certificats de sécurités.Considérées dans leur ensemble, ces mesures favorisent l'application arbitraire de pouvoirs qui, dans le contexte actuel, ciblent les groupes les plus vulnérables du pays, les immigrants, les réfugiés et les autres membres des minorités ethniques.Motivées par des considérations liées à la religion et à l'appartenance politique et idéologique, les enquêtes policières préventives encouragent le profilage racial, religieux ou idéologique.Selon Raja Khouri, ex-président de la Fédération canado-arabe, le Canada «est en train de se livrer à un imprudent exercice d'automutilation : il se dépouillé des li bates civiles qui lui sont chèivs, joule aux pieds les ilroits des citoyens qu'il o fait serment de protéger et déchiré i) pleines mains le tissu multiadturel».Alors que dans l'ensemble du t anada, juristes, avocats et défenseurs des droits humains réclament pour les 17 individus arrêtés à Toronto un procès juste et équitable, sans recours à la Loi antiterroriste qui permettrait de «mener les proses à huis clos et ex parte, sans que les accuses et leurs avocats aient accès û toute la /neuve», le comité parlementaire doit déposer son rapport sur la loi antiterroriste au plus tard le 23 juin prochain.Dans un système où l'on décrète l’état d'exception comme norme au nom d'un mal suprême, les valeurs longtemps défendues par les Canadiens — égalité, liberté et tolérance risquent rie se perdre dans les mailles d’une démocratie fragilisée Catherink I’arpas Collaboration spéciale LES JOURNÉES ALTERNATIVES 25 - 27 AOUT 2006 .Une école de solidarité internationale Êtm mmcmm flljf ¦ .~ mmc ,Æà£yT v-»v î JmËi V- CONSTRUIRE û£S ALTERNATIVÊSi.Trois axes thématiques.30 ateliers.Une dizaine d’animations culturelles.Un spectacle endiablé.250 militants et militantes motivés.On refait le monde, et vous?C.Les jeunes sont-ils au rendez-vous de la résistance?Quel projet pour les forces progressistes québécoises?Table de controverse : un forum social Québécois, pourquoi?Un vent de changement en Amérique latine La bataille pour reconstruire les Amériques Forum social de Bamako et mouvements sociaux africains La victoire du mouvement social au Népal Nouveau départ pour Haïti?En France, la jeunesse en a marre de la droite! Les alternatives écologiques et citoyennes Initiatives communautaires et mouvements écologistes Le réchauffement de nos assiettes : alimentation et changements climatiques Changer le monde, une vie à la fois! Nouvelles technologies : où en est la cyber-révolution?Rêves et réalités de l’économie solidaire De la coopération internationale à l’altermondialisme Camp Papillon Saint-Alphonse-de-Rodriguez ?Option 1 : Z nuits + 5 repas + transport bais d'inscriptkm ÉtudtanlE et sans-emploi Enfant ?Optio* 2 : 1 nuit + 4 repas Frais d’inscription ÉludianlE et sans emploi Enfant D Option J : Camping 7 nuits + 5 repas + transport ?Option 4 Camping 1 nuit + 4 repas ?Option 5 t journée + 2 repas INSCRIPTION PAR LA POSTE Nom Mtr.x VU* Code postal Téiéphort* CHOIX DE FORFAIT ?Option 1 ?Option 2 Q ?Option 3 SOS 40 S 70S Les Journées Alternatives proposent des espaces de réflexion et de débat sur les luttes et les solidarités qui nous animent.Aussi locales soient-elle, ces batailles ne s’inscrivent-elles pas dans une résistance globale pour la protection du bien commun?En renforçant, ici, nos mouvements sociaux, en préparant nos luttes et en consolidant nos solidarités au Québec, au Canada et à travers le monde, c’est à un mouvement global que nous contribuons.3.Us alternatives pacifistes • Un Canada va-t-en-guerre?• Lutte contre le terrorisme et libertés civiques au Canada • Ces « clandestins * de plus en plus visèles.• Quel avenir pour le peuple palestinien?• Congo : une guerre passée sous silence • Vivre sous occupation en Irak • L'Iran dans la mire Aussi : des atekers spéciaux présentés par le Syndicat des étudiants employés de l’UQAM, l'Initiative vers un Forum social Québécois et ATTAC-Québecü! Nombre de partxipântEs ?Besom garderie Nbre d’enfant(s)_______________ F*Hm parvenir c* ronpoa t : ALTERNATIVES 3720, ««MM 4a fare, » 300 Neatréal (QaaW) H2X 211 MODE DE PAIEMENT G-pirt le montant de S ?chèque ?VISA ?MASTERCARD ¦km»?
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