Le devoir, 6 juillet 2002, Cahier D
L E ROMAN Les quatre saisons de Violetta de Chrystine Brouillet Page D 2 DEVOIR, LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 JUILLET 200 J h m DE VISU L’art afghan au Musée Guimet Page D 6 - LE DEVOIR ?ompagnons Tant de livres à lire.Tant d’écrivains à découvrir, à re-connaître, à fréquenter.Et ces auteurs célèbres que tout le monde semble avoir lus! Comment s’y repérer?Chaque samedi au cours de l’été, le cahier Livres fait le portrait d’un romancier de réputation internationale et de son univers, en prenant appui sur son plus récent titre.Neuf rendez-vous, neuf écrivains.Autant de compagnons d’un été.Umberto Eco Une orgie cérébrale MICHEL BIRON 1 y a deux ou trois ans, une université montréalaise a voulu décerner un doctorat honoris causa à un intellectuel de grand renom.Elle a retenu la candidature d’Umberto Eco et s’apprêtait à aller de l’avant lorsque les responsables se sont aperçus que le grand sémioticien italien en avait déjà reçu.27, dont un venant d’une autre université montréalaise.Inutile de dire que le projet fut aussitôt abandonné.Je me souviens d’avoir assisté moi-même, il y a une douzaine d’années à l’Université de Liège, à la remise d’un de ses doctorats honorifiques (son combientième, déjà?).La salle était bondée, l’impétrant avait alors tenu des propos à la hauteur de sa réputation, mais l’événement n’avait pas été particulièrement mémorable.Rien de provocateur ni de spectaculaire chez ce savant-vedette que des sémiologues purs et durs n’hésitent pas à critiquer à l’occasion, lui reconnaissant surtout le mérite d’être un vulgarisateur génial.Eco n’est ni Lacan ni Chomsky.S’il fascine son public, c’est pour des raisons qui tiennent sans doute moins à l’originalité de ses idées qu’à sa façon de les rendre accessibles, vivantes, généreuses.Peu de professeurs de littérature peuvent se vanter d’avoir écrit un best-seller comme Le Nom de la rose.Ce polar médiéval qui a fait le tour du monde était, ne l'oublions pas, son premier roman.Eco excelle dans l’art des commencements — son premier essai, L’Œuvre verte ,(1965), fut tout aussi fulgurant.Ecrivain ou critique, il ne perd pas de temps à faire ses gammes: il touche la cible au premier coup.Et les cibles ne manquent pas chez cet auteur qui s'intéresse à tous les sujets avec la même intelligence et la même ironie.Quand il ne pratique pas le roman ou l’essai, Eco s’amuse à écrire des pastiches et des parodies pour les journaux italiens.On ne se lasse pas de lire et de relire ces courts textes, dont plusieurs ont été traduits en français fie plus récent re- cueil de ces pastiches et postiches s’intitule joliment Comment voyager avec un saumon?).L’écriture d’Eco prend toujours la forme d’une extravagance.Comme le mot le dit, elle erre et nous amène quelque part à l’extérieur des espaces familiers, en marge des textes canoniques que l’auteur ne cesse jamais de fréquenter pour autant.Dans tous ses textes, Eco pratique l’art de la diversion.Il semble prendre un malin plaisir à choisir des sujets percutants, puis à s’en écarter de toutes les manières possibles.L’extravagance, chez lui, est une force créatrice et presque un précepte moral.Vous l’imaginez sérieux, il vous raconte blague sur blague: vous souhaitez rire, il vous assène 20 pages sérieuses comme un traité de philosophie.Ce mélange de culture savante et de culture populaire constitue la marque de l’écrivain, qui trouve ses vérités aussi bien chez Kant qu’au-près de Superman.De roman en roman, l’extravagance passe à la vitesse supérieure et devient chaque fois plus déroutante.Le lecteur est prié de suivre, sans quoi il est bientôt perdu.Dans Le Nom de la rose, en 1982, ça allait encore assez bien.Mais dès le deuxième roman, Le Pendule de Foucault (1990), ceux qui — ayant adoré Le Nom de la rose (livre ou film) — croyaient retrouver le même univers en ont été quittes pour s’instruire sur les arcanes des Rose-Croix.L’auteur ne leur a rien épargné: ni la glose des textes ésotériques, ni les citations latines.Les choses se sont encore compliquées avec son troisième roman, L’Ile du jour d’avant (1996), mélange de roman d’espionnage et de roman scientifique se déroulant en 1643 sur une île du Pacifique.Les lecteurs d'Eco sont-ils toujours là?L’éditeur français a cru bon, pour lancer son dernier-né, Baudolino, de parler d’un retour aux sources et de faire le lien avec Le Nom de la rose.Une œuvre baroque Nous revoici en effet au Moyen Âge, à l’époque où tout commence, où le monde moderne n’est pas encore né.Mais Baudolino ressemble tout autant aux autres romans d’Eco.Pas question de faire la fine bouche devant les plaisirs mêlés d’une œuvre qui, tout entière, se place sous le signe du baroque.Il n’y a pas à choisir entre le gai savoir et le suspense ro-manesque: ça va ensemble." ?Umberto Eco, c’est comme Woody Allen: même : exaspérant, c’est tou- / jours bon.Eco fait partie de ces artistes auxquels tout réussit, y compris les faiblesses et les manies.Un souffle d’air frais anime chacune de ses œuvres et donne à tous ses romans une irrésistible allégresse.Il y a chaque fojs 100 pages de trop?Oui, et alors?À ce compte-là, Rabelais, Balzac, Hugo aussi.Pour bien comprendre le genre de roman qu’est Baudolino, le mieux est de se représenter le cocktail suivant: d’abord un roman historique qui se déroule à la fin du XIL siècle, au moment de la troisième croisade.Livrée aux hordes de barbares, la civilisation européenne va mal.Baudolino est né à Alexandrie, dans le Piémont (comme Eco lui-même), et devient le fils adoptif de l’empereur Frédéric Barberousse, qu’il entraînera dans la troisième croisade.Baudolino est ensuite un polar médiéval (à la manière du Nom de la rose) dont l’événement déterminant consiste en la prétendue noyade de l’empereur alors qu’il se trouvait sous la protection de ses hommes en route vers Jérusalem.Mais ce crime — car c’en est un —survient seulement au milieu du roman et n’occupe pas toute la scène romanesque, loin de là.Baudolino se présente aussi comme une série d’aventures picaresques ou, si l’on préfère, comme la parodie du roman de chevalerie, mais sans moulins à vent.Au lieu d’avoir pour héros Don Quichotte, Eco choisit en Baudolino une sorte de Sancho Pança particulièrement futé et menteur, plein de bon sens et pas guerrier pour deux sous.Roman policier, épopée picaresque, Baudolino est encore autre chose, soit un extraordinaire récit de voyage au bout de l’Orient, composé comme un conte merveilleux à la Mille et une nuits.Mais on peut le lire aussi bien à la manière du Seigneur des VOIR PAGE D 2: ECO Umberto Eco, c’est comme Woody Allen: même exaspérant, c’est toujours bon Dürer, 1500 environ, Le Joueur de fifre et le Joueur de tambour.SOURCE: T.Q.Marie-Claire Blais Lieux de mémoire La toile humaine Quels sont les lieux privilégiés d’un écrivain?La pièce où il écrit?le paysage où il rêve?les mots qu’il aligne?Chaque samedi au cours de l’été, notre collaboratrice Guylaine Massoutre, forte de ses lectures et de sa visite des lieux, explore le paysage naturel et imaginaire d’un écrivain.C’est à l’historien Pierre Nora que cette série a voulu emprunter son titre, histoire de lui donner le crédit d’une heureuse formule, comme il se doit, mais aussi pour rappeler que littérature et mémoire sont intimement liées.Cette semaine, les lieux de Marie-Claire Blais.GUYLAINE MASSOUTRE Le roman est semblable à une toile d'araignée, écrivait Virginia Woolf, attachée à la vie par ses quatre coins.» Elle signait, en 1927, un essai qui n’a pas pris une ride: Une chambre à soi.Elle ouvrait alors un grand livre sur la condition de la femme écrivain.la toile d’un Shakespeare flotte sans aide, arguait-elle; mais qu’en est-il des toiles déchirées ou éraillées sur le côté?Devant ces imperfections, «on se souvient que ces toiles ne sont pas tissées dans le vide par des créatures incorporelles mais sont l’œuvre d’une humanité souffrante et liée à des choses grossièrement matérielles, tels la santé, l’argent et les maisons où nous vivons».Marie-Claire Blais connaît bien l'œuvre de Virginia Woolf.Outre l’insoumission aux conventions, elle lui a révélé le choc précis de la vie avec l’art.Comment le rapport d’un humain à un autre peut-il tenir dans le mince édifice du roman ou dans une pièce de théâtre?Cette tâche de l’écrivain qui, à son terme, donne de quoi sentir et penser exige liberté, connais- sance et vagabondage.Toutes choses que mesure la révolte qui les inspire.Née en 1939 à Québec, Marie-Claire Blais a connu la Grande Noirceur.«Les femmes sont restées assises à l’intérieur de leurs maisons pendant des millions d'années, si bien qu’à présent les murs mêmes sont imprégnés de leur force créatrice».Cette prison-là, dénoncée par Woolf, la jeune Blais entreprit de la déverrouiller.Forte de l’exemple, elle se jetait farouchement dans la création.I.a vérité résisterait à l’avalanche des opinions contraires.Une saison dans la vie d'Emmanuel, en 1966, tout bouillant de colère, allait lui valoir le Médicis à Paris.Toute une première! Le roman s’ancrait déjà dans un fort sentiment d’humanité compatissante, dont les dernières manifestations, Soifs (1997), avec Virginia Woolf en exergue, et Dans la foudre et la lumière (2001), avec Anne Hébert en exergue, sont un autre grand cru.VOIR PAGE D 2: BLAIS * I &__________ LE DEVOIR.LES SAMEDI (i ET DI -» Livr e BLA!S Marie-Claire Blais aime la vie des cafés et des bars, un pli de voyageuse S '***- ROMAN QUÉBÉCOIS Femme et maléfices LW histoire est souvent mise à contribution dans les romans de Chrystine Brouillet, tout au moins dans ceux qu’elle destine aux adultes: c’était le cas pour sa trilogie sur le personnage de Marie Laflamme et, dans un registre plus fantaisiste, pour Les Neuf Vies d’Edward (tous parus aux Editions Denoël).Elle y recourt ici encore, en appuyant son récit sur mille petits détails dont on devine qu’ils sont authentiques.D n’est pas dit cependant que Les Quatre Saisons de Violetta soit un roman historique, ou qu’il ne soit que cela.On a plutôt affaire ici à une saga au vrai sens du terme, c’est-à-dire une histoire de famille (s) qui se déroule sur près de trois siècles, même si ses deux protagonistes-vedettes sont les mêmes tout au long du récit On se dira qu’il y a de la sorcellerie là-des-sous et on n’aura pas tort Dès les premières pages du roman, alors qu’on se trouve dans le Paris très vraisemblable du XVIP siècle, il faut s’agripper ferme et consentir à ce que le banal côtoie l’étrange, voire le surnaturel.La ville de l’époque est bien là, avec son quotidien, mais visitée par l’Autre Monde, celui des sorciers ou des démons, comme si cela allait de soi.D en sera ainsi tout au long du roman de Brouillet.Mieux vaut s’y faire le plus tôt possible.C’est à prendre ou à laisser.Le début du récit coïncide avec la naissance, pendant une nuit d’éclipse à Paris, d’une fillette, Violetta, dont la mère, elle-même orpheline, est soupçonnée d’être un peu sorcière.Violetta est le fruit d’un étrange accouplement le géniteur, Lorenzo, est un authentique sorcier, voyageur du temps et de l’espace, qui détient par son ascendance des pouvoirs sur l’eau, le feu et l’air.Il lui manque cependant l’élément terre, dont le contrôle lui permettrait d’accéder à un cercle plus prestigieux parmi les démons-sorciers.Mais voilà: la terre est l’apanage d’une famille rivale qui aurait légué à une humaine fia mère de Violetta) son précieux pouvoir.Lorenzo a donc engrossé cette femme, sûr qu’elle accouchera d’un fils.Il devra dévorer celui-ci s’il veut acquérir des pouvoirs magiques sur la terre.Première déconvenue: l’enfant est une fille.Qu’à cela ne tienne: il devra la séduire au lieu de la tuer.Ainsi en ont décidé les sorciers de l’Autre Monde.Le défi se déplace donc de l’affrontement meurtrier entre le père et le fils à l’inceste obligé, qui deviendra un jeu cruel avec ses règles bien précises: Lorenzo devra séduire sa fille au plus tard en mars 2000; il aura droit, pendant ces quelques siècles, à sept métamorphoses; s’il la tue (Lorenzo, à l’instar de l’Œdipe de la légende, est un colérique), elle ressuscitera dans un contexte de catastrophe, etc.Une fois ce dispositif bien compliqué mis en place, on suivra les tentatives de séduction du père dans le Chicago des années 20 et 30 du siècle dernier, dans le Paris sous l’occupation pendant la Deuxième Guerre mondiale, puis, pour finir, dans celui des premiers mois de l’an 2000.Brouillet nous plonge dans chacune de ces époques charnières avec un égal souci du détail historique.On ne peut qu’y croire; c’est la juste récompense du lecteur, de qui on a exigé au départ un si grand effort.Violetta, la jeune fille traquée par son père, est elle-même un être hybride qui tient de son ascendance démoniaque des facultés hors du commun qui lui seront, selon les circonstances, utiles ou nuisibles: une absence de sensibilité qui lui permet de Robert Chartrand ?tuer quiconque sans état d’âme, une capacité de communiquer avec les animaux (les reptiles, en particulier), un odorat exceptionnel (désigné, hélas, comme de «l’hypersomnie»)', et elle ne vieillit que d’une trentaine d’années en quelque trois siècles.Elle possède toutefois, traits qui lui viennent de sa mère sans doute, la faculté d’éprouver de la compassion pour la misère humaine, celle de se révolter contre les injustices et de prendre parti pour les opprimés, et manifeste un attachement viscéral à la musique qui sera son viatique d’une époque à l’autre.C’est d’ailleurs cette dernière caractéristique qui la rend plus humaine que démone: les êtres de l’Autre Monde, est-il suggéré, sont en effet réfractaires à l’art.Violetta est d’ailleurs, sans le dire ouvertement, une adepte du symbolisme: elle pressent spontanément mille correspondances entre les sons, les couleurs et les parfums.Chacun des quatre moments du récit raconte les manœuvres de Lorenzo pour circonvenir Violetta.Alors qu’elle ne peut s’empêcher de participer aux catastrophes des époques qu’elle traverse, de lutter contre elles tout en préservant son intégrité personnelle, son géniteur, lui, la traque inlassablement.Il contient souvent mal sa rage native — quels horribles meurtres il commet! —, se déguise et se métamorphose à volonté, usant de toutes les ruses dont il est capable pour arriver à ses fins: c’est la part du suspense de ce gros livre dont plusieurs épisodes sont assez bien aménagés.Quant à la démonologie, au spiritisme et à la télépathie auxquels les personnages s’adonnent, le lecteur, qui est prié d’y croire, en fera ce qu’il peut.Ils donnent en tout cas au roman une allure composite, une naïveté dans le propos qui contraste étrangement avec la cruauté de plusieurs épisodes.Les Quatre Saisons de Violetta relate autant de moments cruciaux de l’histoire.Une histoire où prévaut la folie des hommes — entendre ici les mâles — avec leur volonté de puissance.Mais où les arts — et particulièrement la musique, comme l’indique le titre — peuvent, si on sait en faire bon usage, adoucir les mœurs.C’est un bon gros pavé où l’on retrouve le talent de conteuse de Chrystine Brouillet en dépit de certains passages dialogués souvent très longs où l’action est suspendue et la tension disparue.ro bert.cha rtra ndSdsym pati co.ca LES QUATRE SAISONS DE VIOLETTA Chrystine Brouillet Denoël Paris, 2002,703 pages Un bon gros pavé où Ton retrouve le talent de conteuse de Chrystine Brouillet SUITE DE LA PAGE D 1 Lorsqu’elle a commencé à écrire, à Québec, au milieu d’une maison animée et bruyante, il n’était pas question d’avoir «une chambre à soi», «/’at été habituée, enfant, à écrire parmi mes frères et sœurs, sur un coin de table, explique Marie-Claire Blais en entretien.Ensuite, j’ai travaillé dans la cave, chez mes parents, la nuit Pourvu que je puisse écrire, j’étais heureuse et je ne me rendais pas compte des conditions d’inconfort.» Dès 16 ans, elle loue une chambre, car le besoin d’écrire est souverain.«Tout ce que je gagnais, je le mettais sur la chambre et je me privais du reste.Ensuite, étudiante à Montréal, j’ai partagé des appartements.» A Paris, en 1959, la voici à l’hôtel avec de jeunes boursiers.Bientôt, elle quitte la promiscuité pour une chambre de bonne, près de la gare d’Austerlitz, où elle fait un profitable apprentissage d’écrivain.Les conditions sont plus que modestes.Et de pouffer de rire à ce souvenir.Boursière, en 1963, elle séjourne aux Etats-Unis et y voyage.«J'ai souvent vécu dans de très belles maisons d’amis américains ou canadiens.J’avais toujours un coin.Quand on écrit, on s’enferme dans un lieu pas très grand.Une chambre suffit: on est angoissé par les vastes espaces.J’ai été frappée, en arrivant aux États-Unis, par le fait que mes amis peintres ou écrivains avaient des espaces larges, réconfortants, silencieux.Cela ne me semblait pas si nécessaire, au début.Je pouvais écrire partout.» Le rythme de la phrase est-il affecté par ces conditions?«Il est certain que quitter l’inconfort pour des lieux très beaux procure un réel bien-être.Cela passe en écriture, sans toucher sa raison d’être.Je n’ai eu un lieu à moi qu’assez tard, ce que j’ai beaucoup apprécié.Cela fait partie de l’épanouissement.» Cette croissance s’opère la porte fermée.«Je suis devenue plus difficile avec le temps! J’aime avoir un lieu tranquille pour écrire.Je vais beaucoup à la campagne, l’été, dans un lieu retiré des Cantons-deTEst.J’y ai passé pas mal d’années, parfois assez longtemps, d’avril à novembre.C’était long, trop long parce que j’ai souvent travaillé continûment dans la solitude.J’en ai tellement besoin.Mais je suis plus réticente à demeurer recluse; c’est un demi-enfermement, maintenant.» Apaisante longitude Marie-Claire Blais aime la vie des cafés et des bars, un pli de voyageuse.«J’y prends des notes.Pour rédiger et composer, la concentration exige un retrait clos.» Indépendante, elle garde sa liberté et ses habitudes souples.«En ce moment, dans les Cantons-de-l’Est, même si c’est un très beau lieu, je travaille dans la grange.Je ne peux pas le faire en présence d’amis.Cette ré- clusion m’est pénible: c’est l'épreuve principale d’un écrivain! Beaucoup de romanciers travaillent, comme moi, sur la route; nous préférerions écrire dans des lieux comme ici!» Nous devisons simplement à l’hôtel de La Montagne, à Montréal, par un bel après-midi tranquille.Il faut des livres pour écrire.«J’ai commencé à m’acheter des livres dès que j’ai pu travailler.La cave de mes parents en a vite été envahie.Mais ce n’était ni clair ni salubre!» Elle sourit, aujourd’hui heureuse d’allier sa condition bohème et sa parole au service de ceux qui ne l’ont pas.Celle qui a obtenu une résidence d’écriture à plusieurs reprises insiste sur la qualité du lieu: «U y a trois ans, j’ai reçu une bourse d’une fondation américaine pour écrire trois mois en Toscane.Dans une ancienne ferme, on a aménagé des lieux de création.Nous avions chacun une chambre austère, en fait un petit studio équipé d’un ordinateur.J’ai pu constater combien un écrivain est capricieux: mes collègues n’étaient jamais contents! La solitude leur pesait, face à l’obligation de montrer des résultats.Nous sortions de nos chambres vers 19h30, avec la hâte d'atteindre le moment du repas partagé.» Il faut du courage à un écrivain pour se confronter à soi-même, avec constance.Avoir un lieu paisible ne fait pas tout.L’écrivain transporte ses lieux en lui-même, au point qu’ils deviennent parfois moteurs d’une création.Michel Tremblay en est un exemple.Comme Marie-Claire Blais, il écrit sur la condition humaine à Key West, à l’extrême sud de la Floride.Libre de créer La maison d’écrivain, qui suit les circonstances d’une vie, est marquée par le rapport intérieur et extérieur «On veut tous une chambre à soi, maison veut aussi être présent à l’état du monde.» Dans Parcours d’un écrivain, elle raconte son incapacité à écrire à Cambridge, près de Boston, durant un mois.La solitude l’anéantit Heureuse ou malheureuse, en écrivant elle se motive à rencontrer du monde.A Cape Cod, dans les maisons puritaines de la Nouvelle-Angleterre, elle passe de l’une à l’autre.Cela dure huit ans.«favais enfin un lieu pour écrire, toute une conquête quand on n’est pas née pour en avoir un.» La trilogie des Manuscrits de Pauline Archange est née là Puis, durant quatre ans, elle vit dans une vieille maison froide de Bretagne, toujours humide, et à Paris, où elle a sa table au bar Le Temps perdu, rue de Seine.Les gens de la rue s’y donnent rendez-vous, et la romandère s’y retrouve parmi d’autres écrivains inconnus.De retour au Québec, elle plonge dans une vie culturelle alors très stimulante — «et qui l’est encore», ajoute-t-elle.Elle va faire d’incessants aljer-retour entre le Québec et les Etats-Unis, y passant de plus en plus de temps.«C’est déchirant d’être entre les deux pays, mais j’aime tellement Key West! On y a l’illusion de vivre dans la nature, avec ses petits jardins, sa vie animale, ses plages.J’ai un lieu où je travaille très bien, un petit deux-pièces qui n’est pas aussi dur à vivre que ma maison de campagne.La part de solitude y est moins extrême.Je vais à la plage ou je prends ma bicyclette et je fais le tour de l’île.Je ne vois pas passer les heures; je travaille dans une certaine sérénité.J’ai trouvé mon lieu.J’y échappe aux angoisses de l’écriture qui provoquent des dépressions, quand elles absorbent toute la vitalité d'un écrivain.» Dans ses pôles d’observation, elle s’attache aux gens.À Key West, elle voit vivre les personnages de sa dernière trilogie.Au café Exile, au Square One, au café Billie, lieux où on se répare.Elle a ainsi écouté le moine Asoka et l’a suivi par la pensée, restant près de lui malgré la distance.Par sa médiation sur l’agitation du monde, elle relie ses nombreux personnages, avec leurs contradictions et tout ce qu’ils n’ont pas besoin de se dire.Sur les routes ou dans les ghettos, les prisons, les squats, les parcs, lieux déshérités qui servent de toit aux pauvres, elle les connaît D en résulte une mosaïque humaine, une toile bien tissée, comme un paysage vu d’avion.Jamais œuvre n’a été si peu ancrée aux maisons et si chargée de vitalité américaine.La mondialisation force les esprits.Dans Soif, ils sont dehors pour accueillir autrui; enfants de passage, ils s’en vont ailleurs.Dans le volume suivant, Dans la foudre et la lumière, militants, ils se déplacent sans-abri, ils errent; artistes, ils voyagent; réfugiés, ils se cherchent un pays.«L’époque où nous vivons est pleine d’éveil.On ne peut pas oublier que le monde est constamment près de nous Il y aura toujours des gens généreux pour accueillir les réfugiés Notre souci de l’autre vient de ce que nous avons tous les outils pour le voir.Ça nous détruit et ça nh a I7h, le vendredi tie I ) a 21 heures Peinture, nature et sculpture.13 juillet te paysage dam l’art de TOM THOMSON à Ottawa 23 juillet art et histoire les VITRAUX de Notre-Dame l'août tes plantes aromatiques et le BONSAI Les, .peaux detours jh-ïQ'S <
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