Le devoir, 13 juillet 2002, Cahier D
I SÉRIE DE L’ÉTÉ En partance: A l’ombre d’un banian Page D 3 DEVOIR, LES SA M EDI 1 3 ET DIMANCHE 14 JUILLET 2 O O 2 DE VISU Joan Mitchell: la rage de peindre Page D 6 ?LE DEVOIR - Tant de livres à lire.Tant d’écrivains à découvrir, à re-connaître, à fréquenter.Et ces auteurs célèbres que tout le monde semble avoir lus! Comment s’y repérer?Chaque samedi au cours de l’été, le cahier Livres fait le portrait d’un romancier de réputation internationale et de son univers, en prenant appui sur son plus récent titre.Neuf rendez-vous, neuf écrivains.Autant de compagnons d’un été.John Le Carré Un témoin capital SERGE TRUFFAUT LE DEVOIR Mine de rien, John Le Carré est un écrivain qui se singularise par sa ténacité.Depuis 40 ans qu’il compose des romans dépassant généralement les 300 pages, il s’est toujours attelé à décrire et à mettre en scène des personnages soit tenaillés par les droits et les devoirs lorsqu’ils sont en mesure d'user de leur libre arbitre, soit captifs, donc victimes, des soubresauts de l’histoire conçus et imposés par les premiers rôles, par ceux qui ont fait main Jjasse sur les pouvoirs.A l’exception dTJn amant naïf et sentimental, une bluette qui détonne dans son œuvre, Le Carré n’a pas cessé d’être un témoin capital.Dans son dernier roman, La Constance du jardinier, publié par Le Seuil, le solitaire des Cornouailles ausculte, dépeint et s’insurge contre les effets pervers de la mondialisation.Par industrie pharmaceutique interposée, il décline comment le Nord exploite le Sud sans vergogne, tout comme il détailla dans ses précédents romans, Le Tailleur de Panama et Single & Single, le penchant prononcé de tristes sires pour l’avidité.Aujourd’hui, il est économiste là où il était politique hier.Autrement dit, il colle dans l'air du temps.C’est d’ailleurs là que réside cette qualité baptisée constance.L’air du temps, de nos jours, se conjugue avec le tout-économique?Le Carré le décrypte.L’air du temps d’hier inclinait vers davantage de politique et d’idéologie?Le Carré le disséquait Dans les deux cas, voire dans les deux tendances, il y a un dénominateur commun qu’une réduction de son œuvre à une stricte dissertation géopolitique a occulté.Dans tous ses romans, il y a toujours un ou deux personnages habités par l’affection, l’affection amoureuse.Hier, c’était celle qu’éprouvait George Smiley pour sa femme volage, la «chère Ann»\ aujourd’hui, dans La Constance du jardinier, c’est celle de Justin Quayle pour sa femme assassinée, la belle Tessa.Bref, Le Carré est plus flaubertien, pour parler en langue chic, que ne le laisse entendre le label «auteur de romans d’espionnage» qui lui colle à la peau depuis toujours.En clair, il est un écrivain complet Un écrivain total qui a ceci de typiquement britannique qu'il s’attarde davantage au contenu qu’au contenant Dans son style, il n’y a rien de ces recherches formelles qui anky-losent tant de ces romans de la francophonie.Jamais il n’écrit à la première personne du singulier.Jamais il ne se papaoute le nombril comme le font tant d’écrivains qui se prétendent à gauche alors qu’ils sopt tellement à droite.À droite toute.Né David Cornwell, Le Carré a toujours été un écrivain en retrait qui avait une propension naturelle à créer des personnages décalés.Des personnages qui, dans sa première période, abattent une besogne souvent contraire à leur éthique personnelle.C’était l’époque de Smiley, l’ère du tout-politique.C’était l’époque du Cirque, du nom des services de renseignement, où la contrariété était probablement l’un des traits de caractère des plus communs.Dans sa deuxième époque, c’est * davantage le sauve-qui-peut ou, plus exactement, le me, myself and I qui singularise ces personnages.Dans les deux cas, on retrouve le fameux , dilemme cornélien: devoir d’Etat ou devoir de famille.Tout un chacun le sait, dans l’œuvre de Le Carré, il y a un avant la chute du Mur et un après.Ce Mur qui symbolise plus que tout ce passage du politique à l’économique.Mais cela étant rappelé, il faut souligner que cette histoire de Mur a profondément marqué Le Carré.R était en poste à Berlin lorsque cette frontière physique propre à favoriser l’émergence et l’expansion de la schizophrénie fut construite.Avant cela, il était un écrivain débutant (Chandelles noires), influen- cé par James Galsworthy, Bernard Shaw (auteur du fameux «une même langue nous sépare»), P G.Wodehouse, Somerset Maughan, George Orwell et Joseph Conrad pour le style, l’humour et la confection psychologique des personnages.Côté intrigue, côté policier, il a puisé son influence dans le Conrad de L’Agent secret, Conan Doyle et surtout Eric Ambler, l’Am-bler du Masque de Dimitrios, l’Am-bler fin connaisseur des Balkans.Dès Chandelles noires, Smiley est présent Mais il est davantage policier enquêtant sur un meurtre commis dans l’univers glacial de ces publics schools si chères à Le Carré que maître espion.Il est tout aussi présent dans L’Appel du mort, porté à l’écran par Martin Ritt avec James Mason et Simone Signoret, mais en plus espion que policier.Dans ce roman trop oublié aujourd’hui, Le Carré nous fait découvrir un Smiley paradoxal: lui, le maître espion, a la violence en horreur.C’est après ces deux livres et à la faveur de la construction du Mur que Le Carré s’est pour ainsi dire libéré des ombres tutélaires nommées plus haut afin de mieux composer sa petite musique.Il s’agit évidemment de L’espion qui venait du froid, où Le Carré amorce son travail de déconstruction du monde animé par les hommes en gris.Il renvoie dos à dos les uns et les autres.Il passe à tabac l’idéalisme de ces ex-étudiants de Cambridge ainsi que le cynisme des bonzes du KGB.Par la suite, dans tous les Smiley, il moquera avec brio, avec intelligence, la mégalomanie de ces transfuges, ces agents doubles, ainsi que l’arrogance des patrons du Cirque.11 construit avec soin un puzzle qu’il démonte avec précision par la suite.Puis- Puis, Smiley fut mis définitivement à la retraite.Pas question, surtout depuis la chute du Mur, de conjuguer ses histoires avec Smiley.En fait, après que ce fabuleux acteur qu’était Alec Guinness eut campé le personnage de Smiley pour la BBC — Les Gens de Smiley —, Le Carré jugea que celui-ci «l’avait libéré de Smiley».VOIR PAGE D 2: LE CARRÉ Aujourd’hui, il est économiste là où il était politique hier SOURCE: ÉDITIONS ROBERT 1XFFONT John Le Carré - Lieux de mémoire La résidence invisible SOURCE: RADIO-CANADA Marguerite Yourcenar ‘ Quels sont les lieux privilégiés d’un écrivain?La pièce où il écrit?Le paysage où il rêve?Les mots qu’il aligne?Chaque samedi au cours de l’été, notre collaboratrice Guylaine Massoutre, forte de ses lectures et de sa visite des lieux, explore le paysage naturel et imaginaire d’un écrivain.C’est à l’historien Pierre Nora que cette série a voulu emprunter son titre, histoire de lui donner le crédit d’une heureuse formule, comme il se doit, mais aussi afin de rappeler que littérature et mémoire sont intimement liées.Cette semaine, les lieux de Marguerite Yourcenar.GUYLAINE MASSOUTRE Faudrait-il attendre, au Québec, qu’une œuvre rapporte annuellement, en droits d’auteur, deux millions $US, comme celle de Marguerite Yourcenar, pour qu’une résidence d’écrivain ayant la qualité d'un musée soit ouverte au public?Quoi qu’il en soit, tel est le cas de Petite Plaisance, dans l’île des Monts-Déserts.Vous entrez dans l’Acadia National Park par une belle route qui relie l'océan et la montagne glaciaire, sept villages de pêche au homard et le Maine.Bar Harbor et son Frenchman Bay.Ocean Trail, ses rochers et ses criques.Seal Harbor.Northeast Harbor.Vous y êtes.Dans le territoire des Rockefeller, là où Champlain, qui nomma l'île, passa dans la rade.Là où Marguerite Yourcenar écrivit ses romans Les Mémoires d’Hadrien (1951), L’Œuvre au noir (1968, prix Fe-mina) ou l’essai Mishima ou la vision du vide (1981).«U paysage de mes jours, faisait-elle dire à l’empereur Hadrien, semble se composer comme les régions de mon- tagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle.J’y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d’instincts et de culture.Çà et là affleurent les granits de l’inévitable; partout, les éboulements du hasard.Je m'efforce de reparcourir ma vie pour y trouver un plan, y suivre une veine de plomb ou d’or, ou l’écoulement d’une rivière souterraine, mais ce plan tout factice n’est qu’un trompe-l’œil du souvenir.» Indéfinissables travaux des jours heureux, un paysage les réfléchit.Petite Plaisance Entourée de maisons de millionnaires, l’une d’elles, certes plus modeste mais coquette, blanche sous la frondaison des kiwis, est dotée d’un joli jardin ouvert.Avec ses azalées en fleurs, son bassin de méditation, ses buissons où explosent les espèces de l’arboretum, elle enchante.Læs oiseaux y prennent leur bain; trois chiens y sont enterrés.Le fauteuil d’osier vert attend Madame.Depuis 1987, date de sa mort à 84 ans, alors quelle comptait partir pour le Népal, nulle trace de changement ici.La fondation y veille.Vous entrez dans le sanctuaire Yourcenar, tout à la fois home des Flandres, avec ses théières et ses carreaux de Delft anciens, et de la Nouvelle-Angleterre, avec son mobilier chaleureux et disparate.7000 livres vous accueillent sous le regard d’entrée de Pomone, que trompe le dieu Amour, déguisé en vieille femme après avoir été repoussé.Yourcenar aimait ce clin d’œil du peintre Coypel, de la fin XVIP siècle, à l’ambiguïté sexuelle; elle en a donné l’écho dans Alexis et chez maints personnages.Tout près, les sources livresques de L’Œuvre au noir, son chef-d’œuvre, redoublent l’émotion.Elle a aménagé son petit Odéon dans l’île.VOIR PAGE D 2: YOÛRCENAR I I) E V 0 I K DIMANCHE Livres LE CARRE « Ce ne sont pas tant les gens cruels qui détruisent le monde que les indifférents» SUITE DE LA PAGE D 1 Depuis lors, depuis que les rapports marchands ont imprimé leur marque sur tous les aspects des relations humaines, Le Carré a changé de cible mais en poursuivant sur l’essentiel, soit le démontage, la déconstruction.Dans son dernier roman, La Constance du jardinier, il s’en prend à la mondialisation du tout-financier.Pourquoi l’industrie pharmaceutique?Dans un entretien accordé à des Suisses, il confie: «J’ai commencé à m'intéresser à différentes industries.J’ai pensé au tabac, dont l’industrie produit à dessein des formes de tabac qui rendent ses consommateurs dépendants.C’est innommable.Ensuite, j’ai pensé au pétrole, au cas de Shell au Nigeria par exemple, qui est une autre histoire tragique, ou l'affaire du pétrole en Alaska.Jusqu’à ce qu’un de mes sages amis, grand connaisseur de l’Afrique, me dise que l’industrie pharmaceutique battait tout le monde sur le terrain de l’indicible.» Voilà pour le choix.Reste le plus important, le moteur de l’histoire, la motivation de l’auteur.Cela tient en un mot: l’indifférence.«Ce ne sont pas tant les gens cruels qui détruisent le monde que les indifférents.Les plus dangereux, ce sont les hommes gris, les conformistes, ceux qui ne posent aucune question sur leurs actes ou sur les actions de l’entreprise pour laquelle ils travaillent.» Point baromètre Quebec du 3 au 9 juillet 2002 1 Roman Qc BONBONS ASSORTIS 4P M.TREMBLAY Leméac/Actes Sud ?" 3 2 Roman Qc LES QUATRE SAISONS DE VIOLETTA C.BROUILLET Denoël 4 3 Roman LACROIX DE FEU,T.5-l'e partie 0.GABALD0N Libre Expression 6 4 Polar TOI QUE J'AIMAIS TANT V M.HIGGINS-CLARK Albin Michel 7 5 Roman Qc OUF ! 4P D, BOMBARDIER Albin Michel 9 6 Polar MYSTIC RIVER V D.LEHANE Rivages 13 7 Roman LE PIANISTE SP W.SZPILMAN Robert Laffont 73 8 Roman JE L'AIMAIS SP A.GAVALDA Dilettante 18 9 Roman LE BAISER 0.STEEL Pr.de la Cité 8 10 Dictionnaire COLLECTIF Larousse 2 11 Polar WONDERLAND AVENUE SP M.CONNELLY Seuil 11 12 Jeunesse QUATRE FILLES ET UN JEAN SP A.BRASHARES Gallimard 5 13 Roman Qc MIST0UK G.BOUCHARD Boréal 9 14 Biograph.Qc L'ALLIANCE DE U BREBIS G.LAVALLÉE JCL 12 15 Cuisine BARBECUE SP S.RAICHLEN L'Homme 12 16 Roman Qc UN PARFUM DE CÈDRE V A.-M.MACDONALD Flammarion Qc 88 17 Roman LES ENFANTS DE LA TERRE, 15 - Les refuges de pierre J.M.AUEL Pr.de la Cité 11 18 Polar PARS VITE ET REVIENS TARD Sp F.VARGAS Viviane Hamy 32 19 Roman LA QUATRIÈME MAIN J.IRVING Seuil 11 20 Roman Qc LE GOÛT DU BONHEUR, T.1,2 & 3 SP M.LABERGE Boréal 83 21 Guide Qc GtTES ET AUBERGES DU PASSANT AU QUÉBEC 2002 COLLECTIF Ulysse 20 22 Roman MADEMOISELLE LIBERTÉ A.JARDIN Gallimard 24 23 Roman LA DERNIÈRE RÉCOLTE J.GRISHAM Robert Laffont 12 24 Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT E.TOLLE Ariane 94 25 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?SP J.SPENCER Michel Laton 82 26 Essais Qc LE LIVRE NOIR DU CANADA ANGLAIS N.LESTER Intouchables 34 27 Histoire LES JUIFS, LE MONDE n L'ARGENT SP J.ATTALI Fayard 21 28 Biograph.Qc QUE FREUD ME PARDONNE ! J.VOYER Libre Expression 13 29 Roman Qc VOYAGE AU PORTUGAL AVEC UN ALLEMAND SP L.GAUTHIER Fides 13 30 BD ASTÉRIX ET CLÉOPÂTRE, nouvelle édition G0SCINNY/UDERZ0 Hachette 8 31 Spiritualité METTRE EN PRATIQUE LE POUVOIR DU MOMENT.E.TOLLE Ariane 12 32 Roman Qc LE CŒUR EST UN MUSCLE INVOLONTAIRE SP M.PROULX Boréal 13 33 Roman QUELQU'UN D'AUTRE SP T.BENACQUISTA Gallimard 23 34 Roman B TAYL0R-BRADF0RD Pr.de la Cité 3 35 Nutrition BON POIDS, BON CŒUR ¥ MONOOttC/DUMES».Flammarion Qc 9 36 Roman ÉLOGE DES FEMMES MÛRES ¥ S.VIZINCZEY du Rocher 63 37 Roman LE LIVRE DES ILLUSIONS ¥ P.AUSTER Leméac/Actes Sud 8 38 Roman J.M.AUEL Omnibus 3 39 B.D.LÉONARD n° 32 - Magic génie B.GROOT Lombard 3 40 Sexualité FULL SEXUEL J.ROBERT L'Homme 18 41 Roman BAUD0LIN0 ¥ U.ECO Grasset 17 42 Faune QUIDE DES OISEAUX DE L'EST DE l'AMÉRIQUE.¥ D.7 L.STOKES Broquet 280 43 Essais NEXT ¥ A.BARICC0 Albin Michel 9 44 Psychologie CESSEZ D'ÊTRE GENTIL, SOYEZ VRAI ! ¥ T.D'ANSEMBOURG L'Homme 78 45 Roman ROUGE BRÉSIL ¥ J.-C RUFIN Gallimard 46 T : Coup de Coeur RB ¦¦¦¦ : Nouvelle entrée Nbra de semaines depuis parution J Plus de lOOO Coups de Cœur, pour mieux choisir.w sticuirsalt's au (Jmlrt't BSiMH ¦ 1 s YOURCENAR SUITE DE LA PAGE D 1 Vous avancez dans le salon, son «parloir»', son châle repose à côté de l’éléphant en peluche offert par Jerry Wilson, son chauffeur et familier des dernières années, avant que le sida ne l’emporte, en 1986.Les livres omniprésents sont regroupés par période.Bibliothèque orientale, coin médiéval, éditions Yourcenar.Des objets de ses nombreux voyages sont posés là, sous les deux lampes où elle a transcrit en latin et en grec, des maximes d’Hadrien.Sur les murs blancs, des gravures de Piranèse, «architecture tragique d’un monde intérieur»-, elle les ,a longuement contemplées.A droite s’ouvrent la cuisine à l’ancienne et ses dépenses, tout près de la photo de Grace Frick, la grande amie qui fut sa traductrice, son initiatrice aux negro spirituals qu’elle traduisit et au monde américain qu’elle adopta.Elles avaient découvert l’île ensemble, en 1942, et loué une petite maison au bord d’une rivière, près du cimetière où elles reposent.Heureuse, Yourcenar acheva alors son plus lumineux roman, Les Mémoires d’Hadrien, un succès mondial inattendu compte tenu du caractère historique du sujet «Lieux où l’on a choisi de vivre, résidences invisibles qu’on s’est construites à l’écart du temps.J’ai habité Tibur, j’y mourrai peut-être, comme Hadrien dans l’île d’Achille», écrivait-elle dans ses notes, ignorant qu'Hadrien lui permettrait d’acheter Petite Plaisance.À gauche, la porte toujours ouverte, voici le bureau: tous les ouvrages y sont à portée de main.Un simple Larousse de 1927 suffisait à son érudition linguistique.La règle de fer, forgée par son père, Michel de Crayencour — l’homme clé de sa vocation et de son impressionnant savoir, elle qui n’est jamais allée à l’école —, sort d’une page A’Archives du Nord.La présence des statues gréco-latines se fait ici plus insistante, pièces achetées ou belles têtes de l’Antinoüs du Louvre, de l’aurige de Delphes, d’une furie endormie et d’un hermaphrodite.Images choisies parmi les documents iconographiques qu’elle colligea en une centaine de dossiers, elles rejoignent Hadrien et Zénon.Le temps retrouvé «Une chance analogue à celle de certains jardiniers m’a été départie: tout ce que j’ai essayé d’implanter dans l'imagination humaine y a pris racine», prêtait-elle à Hadrien, dont elle fit la figure exemplaire de l’homme politique éclairé.Il y a encore une salle à manger, où tout parle d’une maison construite à deux, sans concessions au regard extérieur.Mais les plus doux souvenirs sont à l’étage, où quatre chambres recèlent la bibliothèque de poésie anglo-saxonne, les romans du XXe siècle, les ouvrages du XIX' siècle, les livres de voyage.Ici, un plan ancien de Bruges; là, un délicat dessin de chevaux chinois; près de son lit, le début d’Anna, soror.a pris la stature d’œuvre encadrée.Une page d’antiphonaire jouxte un beau demi-portrait de Yourcenar, dessiné si finement qu’on y sent son ombre planer.Dans sa chambre, des livres annotés ou crayonnés côtoient de menus objets de beauté venus de sa mère, décédée dix jours après sa naissance.Ici, on trouve Thomas Mann, André Gide.et Montherlant, qu’elle ne remettait pas en place sans lui avoir rendu hommage en esprit.Professeur de Québec à la retraite, usufruitier de la maison, Yvon Bernier a été son second dans l’édition définitive de ses œuvres à la Pléiade.Grand lecteur et dévoué à l’auteur des Mémoires d’Hadrien, pour lequel il avait eu un coup de foudre de jeunesse, il témoigne de leur relation sans nuages.Sous sa distance aux apparences sévères, elle cachait un cœur simple, et si l’académicienne donna le change en public, c’était la marque d’un esprit subtil.Elle vivait, quant à elle, de contemplation à travers les siècles.«On n imagine pas Yourcenar mettant des manchettes à heures fixes, comme Sainte-Beuve, pour écrire.On la sentait attentive, toujours habi- GUYLAINE MASSOUTRE Petite Plaisance, la résidence de Marguerite Yourcenar, dans l’île des Monts-Déserts.tée.Elle écrivait n’importe où et n’importe quand, toujours d’abord mentalement.» Elle transcrivait, disait-elle, ce qui était prêt Du passé aux vivants Dans une de ses formules heureuses, elle disait entretenir «une intimité avec les visions» pour évoquer cet état si particulier de l’écrivain habité par ses lectures.«Quand on pratique son œuvre, dit Yvon Bernier, on se rend compte de son immense culture.Mais elle n’avait pas une âme de collectionneuse et donnait tout ce qui n’entrait pas dans sa bibliothèque, y compris ses propres ouvrages.Elle ne conservait que ce qui concernait son propre travail.» Elle s'est assise à Rawdon, au bord de la rivière Ouareau, à lire Pindare; elle attendait ses papiers de résidante américaine.Bernier me tend l’ouvrage en question, volumineuse édition bilingue en grec et latin.Elle l’a placé tout près de la porte du jardin.Nul doute, par sa «prise de possession d’un monde intérieur», elle approchait de ce qu’elle visait: «la libre vérité du pied nu».L'Amérique est-elle entrée dans son œuvre?À partir du moment où elle se consacre exclusivement à l’écriture, c’est-à-dire dans l’île, celle-ci lui procure un isolement L’île devient une figure de la liberté qui s’incarne en Zénon, un des premiers médecins de la Renaissance, héros de L’Œuvre au noir.Citoyenne active dans des combats proprement américains, elle a engagé sa fortune dans la protection des droits civils et légué une partie de ses biens à des organismes de protection de l’environnement Attirée par les philosophies orientales, Yourcenar avait une conscience aiguë de la vie humaine, animale, biologique.«À Seal Harbor, devant l’océan, j'ai été témoin auprès d’elle d’une sorte d’extase, se souvient Yvon Bernier.Elle était debout sur le rocher, comme une figure de proue, entourée de sa cape et de son châle, regardant le grand large avec un sourire énigmatique.Pendant quelques instants, j’ai eu l’impression étrange qu’elle s’était minéralisée.» Elle dérivait sur l’infini du temps.Yourcenar a nourri son œuvre de méditation, une façon de placer toutes choses et de calculer exactement les distances.Etait-elle hantée par l’œuvre à faire?Ou poursuivie par ses conversations imaginaires avec les êtres mi-historiques, mi-fictifs qui l’ont accom- pagnée toute sa vie?«Tant qu’un être inventé ne nous importe pas autant que nous-mêmes, il n’est rien.» Serait-ce sa réponse?Des procédés de sa création, elle en a révélé de passionnants.Ses notes de composition, dans ses carnets de La Pléiade, informent sur la genèse des œuvres.Mais elle accordait une telle importance au dosage de la réalité et de la fiction qu’il faut se garder de la prendre trop vite au pied de la lettre.Ainsi, Quoi?L’Éternité est un pan d’autobiographie qu’elle appelait, par lapsus, son roman.Comme Borges, qu’elle aima tant à la fin de sa vie, elle n’est pas historienne mais romancière.Visitez Petite Plaisance sans céder à un culte et ayez la puce à l’oreille: la savante Yourcenar, experte en fabulation, maniait aussi l’humour.La quarantaine de langues dans lesquelles elle est traduite, du japonais en passant par le chinois et le basque, fait rivaliser sa haute littérature avec le succès d’un best-seller.Mieux, c’est un passeport pour le monde entier.Petite Plaisance est ouverte l’été au public.Sur rendez-vous: o (207) 276-3940 DANS LA POCHE Avant de partir.JOHANNE JARRY Quelques suggestions de livres à mettre dans la valise, le sac à dos, le sac de plage ou la poche de l’imper.Si le mauvais temps s’empare du ciel, voici de quoi lui faire la nique: L’Homme à l’envers Q’ai lu) de Fred Vargas.Des brebis et une femme sont tuées.On pense qu’elles ont été victimes d’un loup-garou.Puisque la police du coin ne s’intéresse pas à l’affaire, ceux qui pleurent la morte décident de trouver le coupable.Ils seront bientôt secondés par le commissaire Adamsberg.Une fois encore, Fred Vargas crée des personnages avec lesquels on a envie d’aller se trimballer dans l’arrière-pays, dans le Mercantour.Quel style, quand même! On a le meilleur de l’écrivain cubain Leonardo Padura avec L’Automne à Cuba (Suites Métai-lié).Son inspecteur Mario Conde, romancier en panne, songe sérieusement à démissionner.Le fait qu’il ait choisi de rester au pays au lieu d’aller vivre sous des cieux plus tolérants n’altère en rien sa lucidité.La corruption du système, les misères quotidiennes du ravitaillement, les perspectives de changements improbables, tel est le Cuba que décrit Padura, et c’est pour ça qu’on l’aime.Donna I^eon a créé il y a dix ans un personnage de policier atypique.Son commissaire vénitien Guido Brunetti n’est ni aigri ni alcoolique; il est même heureux en ménage.Dans Noblesse oblige (Points), il doit résoudre une affaire de meurtre chez les aristocrates.Toujours le même regard fin et amusé sur Venise.Alicia Gi-ménez Bartlett, elle, a enfanté un couple de flics barcelonais dépareillé: l’inspectrice Petra Delicado et son adjoint Fermin Garzon.Dans Le Jour des chiens (Rivages/Noir), ils enquêtent sur une sombre histoire ayant pour cadre le milieu des éleveurs de chiens.C’est drôle et noir à la fois.Signalons enfin la réédition d’un grand roman de John Le Carré, Un pur espion (Poin(s), originalement paru en 1986.À travers une magnifique histoire de trahison, Le Carré y réglait ses comptes avec son propre père.Certains n’hésitent pas à dire qu’il s’agit là d’un chef-d’œuvre.Vous décidez d’écrire à un auteur dont l’œuvre vous bouleverse.Cette lettre marque le premier pas d’une relation littéraire.Im Fred Vargas L'homme à l'envers Policier jm, .OH, Correspondante (J’ai lu), d’Éric Holder, est un roman étonnant qui nous permet d’imaginer l’intensité du lien entre un écrivain et une femme qui ne vit pleinement que par la littérature.On verra comment cette relation particulière cohabite avec la réalité.On peut lire une autre histoire d’écrivain, en beaucoup plus noir, dans Ma vie folle (Pocket), de Richard Mor-gièvre, un récit autobiographique où l’écriture s’emballe, dérape.Par moments, ça fait penser à du Christine Angot; ceux qui détestent le genre devraient s’abstenir.«B y a des créatures destinées les unes aux autres qui n ‘arrivent jamais à se rencontrer et qui se résignent à aimer une autre personne pour raccommoder l'absence.Elles sont sages», lit-on dans Trois chevaux (Folio), d’Erri de Luca.Ce récit très poétique raconte la solitude d’un Italien qui a perdu une femme et un combat politique en Argentine.De retour au pays, il fait sa vie à l’écart, comme jardinier.Une autre femme le choisira, mais son destin ne semble pas fait pour l’amour.Incantatoire.Recommandés Pilgrim (Folio), de Timothy Findley, décédé il y a une semaine, a fait l’unanimité des libraires du Québec, qui lui ont décerné le prix du meilleur livre, catégorie littérature étrangère.L’histoire n’est pas banale.l>e drame de Pilgrim: la mort ne veut pas de lui.11 a beau se suicider, quelques heures plus tard, il revient à la vie.Placé dans une clinique psychiatrique, le patient devient un cas pour Cari Jung, l’un des médecins en fonction, qui en est fasciné.Comment romancer la vie d’une femme comme Marilyn Monroe?C’est le défi que relève l’écrivaine américaine Joyce Carol Oates.Son roman Blonde (Livre de poche) n’est pas une biographie et «les événements rapportés sont entièrement le fruit de l’imagination de l’auteur».On se demande si cette fiction, fort bien reçue, ne risque pas de devenir pour le lecteur la vraie histoire de Marilyn Monroe.La muse de Tracy Chevalier est devenue célèbre autrement.Dans son roman La Jeune Fille à la perle, la romancière invente une vie de servante à celle qui a servi de modèle au peintre.Si l’idée fait penser au lumineux roman La Demande de Michèle Desbordes (à lire), le style de Tracy Chevalier, plus romanesque que poétique, ne présente pas la même éconontie.À découvrir Filons maintenant dans le train Le Traîne-savates (Liana Levi, Piccolo), de Sholem Aleikhem.Ces contes ferroviaires font voyager le lecteur en compagnie de juifs d’Europe orientale débrouillards dont l’humour fin fera jubiler.Ça semble tout simplement savoureux.Autre livre qu’on a hâte de glisser dans la valise: La Véranda au frangipanier (10/18), de l’écrivain portugais du Mozambique Mia Couto.Ce roman raconte l’histoire d’un mort qui «rêve d’une belle mort», ce qui lui permet de se réincarner en inspecteur de police.On a bien envie de lire aussi les Histoires de détective (10/18), tome 1 et 2, de Dashiell Hammett, célèbre auteur du roman Faucon maltais.Même chose pour Tourne, roue magique (10/18) de Dawn Powell, qu’on présente comme la sœur spirituelle de Dorothy Parker.Dans ce roman, Powell trace un portrait de la vie littéraire à New York dans les années quarante.Dans la même collection, un roman très invitant: Jardins de Cannelle, de Shyam Selvadurai.Pendant ses études er' Angleterre, un jeune homme de la haute société ceylanaise devient amoureux d’un Anglais, ce qui scandalise sa famille.Vingt ans plus tard, les deux hommes se retrouvent à Colombo.Quant au roman Vue sur le port (Rivages poche) de la subtile romancière anglaise Elizabeth Taylor (ne pas confondre avec l’actrice), il 1 îiiKubv pindlev Pilgrim semble tout à fait indiqué pour la plage.Enfin, on voydra lire aussi Passages (Typo) d’Emile Ollivier, un roman sur l’exil haïtien En vrac À lire en famille: La plus belle histoire des plantes (Jean-Marie Pelt, Marcel Mazoyer, Théodore Monod et Jacques Girardon), La plus belle histoire des animaux (Boris Cyrul-nik, Jean-Pierre Digard, Pascal Picq et Karine-Lou Matignon) et La plus belle histoire de la terre (André Brahic, Paul Tapponnier, Lesfer R Brown et Jacques Girardon).Ecrits sous forme de questions-réponses, ces livres sont de petites encyclopé-dies très spécialisées, faciles à consulter en vacances, peu importe l’endroit où on se trouve.Pour les adolescents qui voudraient philosopher: Le Monde de Sophie (Points), un livre où Jo-stein Gaarder présente les grands philosophes en adoptant une forme romanesque.Pour ceux que l’amour fait rêver: Mademoiselle Chambon (GF Flammarion), d’Eric Holder, un roman qui compte de nombreux fans, ainsi qu’un recueil de nouvelles d’Annie Sau-mont, Aldo, mon ami (GF Flammarion).Ces deux publications paraissent dans la série «Etonnants classiques» et sont accompagnées d’une présentation et d’un dossier d’analyse.Pour les accros de Jean-Paul Sartre, Le Siècle de Sartre (Livre de poche, Biblio essai), de Ber-nard-Henry I/>vy, et Les Amants de la liberté (J’ai lu), un récit librement inspiré de la vie de Sartre et de Simone de Beauvoir, écrit par Claudine Monteil.è LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 JUILLET 2002 D 3 -*¦ Livres ••- EN PARTANCE X A l’ombre d’un banian SOURCE NEWSCOM Le figuier banian, sacré en Inde et dans tout le Sud-Est asiatique parce que c’est l’arbre sous lequel s’abritait le Bouddha.i^VAyv L’été est une saison propice aux dépaysements.Chaque samedi, tout au long de l’été, notre collaboratrice Johanne Jarry fera entendre ici quelques voix d’écrivains dont les œuvres permettent de franchir les frontières et font du lecteur un voyageur.Cette semaine: l’Inde.JOHANNE JARRY ,/p/ie Empire writes back»: ce jeu de mots inspiré " A du titre du deuxième film de la série Star Wars taisait la une du magazine Time il y a quelques années et signalait ainsi la vigueur d’une nouvelle littérature d’expression anglaise dont les auteurs viennent des anciennes colonies de l’empire britannique.Ces écrivains sont en grande partie d'origine indien-qe, et la plupart vivent en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ou au Canada.V.S.Naipaul, Salman Rushdie et Arundhati Roy sont les plus connus.En voici quelques autres qui gagnent à être lus.R K Narayan possède l’œuvre la plus volumineuse et aussi la plus traduite en français.Né en 1904 dans une famille de Madras appartenant à la caste brahmane, il est décédé il y a un an.La plupart de ses livres ont pour cadre Malgudi, une ville imaginaire du sud de l’Inde.Malgudi est un coin du monde serein.Le romancier concentre son attention sur ses habitants et les événements quotidiens (chercher du travail, laver les vêtements à la rivière, se nourrir); c’est sans doute sa capacité de rendre leur grandeur aux petites choses qui confère un caractère universel à son œuvre.Chaque roman joue une petite musique qui lance le lecteur en quête de ce banian, planté au cœur des villages indiens, sous lequel il pourra rêver.Plusieurs livres de R.K.Narayan sont disponibles en 10/18.On recommande particulièrement Le Licencié ès lettres, Le Peintre d’enseigne, Le Professeur d’anglais et, bien entendu, Sous le banian, un recueil de nouvelles.Maisons de famille Née à Bombay d’une mère allemande et d’un père bengali, Anita Desai vit à New Delhi, aux Etats-Unis et en Angleterre.Son œuvre, moins idyllique que celle de Narayan, est sensible à la condition des femmes en Inde, comme en témoigne La Claire Lumière du jour (10/18).Ce roman raconte l’histoire de Tara.Mariée à un homme prospère et mère de grandes filles, elle a quitté l’Inde depuis longtemps mais séjourne régulièrement à Delhi, où elle retrouve la maison de son enfance.Sa sœur aînée, restée vieille fille, y assure la garde de leur frère autiste.Tara met du temps à voir que la maison et le jardin donnent des signes de décrépitude, à comprendre qu’elle a abandonné sa sœur pour sauvegarder sa tranquillité.Chronique d’une famille indienne, ce ro- man accorde une plus grande place à l’introspection sans jamais prendre la forme d’un roman à thèse.Dans son plus récent roman, Le Jeûne et le Festin (Denoël), Anita Desai privilégie encore le thème de la famille, cellule à laquelle les fçmmes indiennes ont longtemps dû se soumettre.A lire aussi, un recueil de nouvelles,/eta au crépuscule (10/18).Saga humaniste Rohinton Mistry vit,à Toronto depuis plusieurs années.Son roman, L’Équilibre du monde (Livre de poche), publié en anglais en 1995, n’a reçu que des éloges.Cette saga humaniste réussit à rendre compte des multiples facettes qui font la complexité de la société indienne contemporaine.L’histoire commence en 1975.L’Inde, gouvernée par Indira Gandhi, est placée en état d’urgence.Le climat de terreur qui règne à Bombay rapproche quatre destins que religions et classes sociales devraient séparer.Dina, une jeune veuve sans ressources, survit grâce à son appartement.Elle loue une chambre à un jeune homme et transforme une piè- ce en petit atelier de confection.Deux hommes, l’oncle et le neveu, travaillent pour elle.Ils appartiennent à une caste d’intouchables et ont survécu au massacre de leur famille.Dissemblables mais rassemblés sous le même toit pour leur survie, ils apprennent à vaincre les préjugés qu’ils ont les uns envers les autres, se rendant compte que leur vie dépend de leur ouverture.Ce grand roman décrit un pays qui n’est sans doute pas celui qu’imaginait le lecteur.Le savoir-vivre des Indiens de Rohinton Mistry est une source d’inspiration.Exils Avec Bharati Mukherjee, qui a vécu au Canada avant de s’établir aux Etats-Unis, on entre dans la littérature de l’immigration, un autre thème dominant chez les écrivains angle indiens.Son roman Jasmine (Folio) raconte l’exil d’une jeune Indienne du Panjab à qui un astrologue a prédit, quand elle était enfant, «le veuvage et l’exil».Le vieil homme ne s’est pas trompé.Jasmine est forcée de fuir le pays à la suite de l’assassinat de son mari par un terroriste sikh.Elle immigre donc clandestinement aux États-Unis.L’Eldorado?Rien n’est moins sûr pour une femme sans papiers qui se retrouve aux prises, tout comme elle l’était dans son pays, avec la violence, la force de ce roman est stupéfiante, comme si l’écriture de Bharati Mukherjee était portée par l’urgence d’échapper à la mort.Autre titre disponible en français; Les Conquérants du monde (Gallimard).Le Couvre-lit bleu est le premier roman de Raj Ka-mal Jha, éditeur à [’Indian Express et résidant à New Delhi.Son roman est le récit fragmenté et à rebours d’une enfance difficile.Le narrateur se souvient de sa mère battue, morte brutalement.Il reste avec sa sœur aînée, et tous deux tentent de se protéger des coups de leur père alcoolique.L’amour, un amour interdit, les console.Le narrateur écrit pour une petite orpheline, la fille de sa sœur, morte après son accouchement.Il écrit pour qu’elle sache d’où elle vient, quelles sont les histoires qui précèdent son entrée dans le monde.Bien que parfois difficile à suivre, ce premier roman témoigne d’une sensibilité particulière aux atmosphères, à la lumière, au temps.Si la plupart des Indiens que nous connaissons écrivent en anglais, les francophones conunencent à découvrir la littérature d’expression bengali, hindi ou tamoul.Le roman La Mère du 1084 (Actes Sud) est écrit en bengali.Au début des années 70, un jeune homme est tué lors d’une intervention policière visant à coincer de jeunes communistes.Son père, un bourgeois bengali, fait en sorte que l’assassinat de son fils ne ternisse pas la réputation de la famille.Mais la mère du jeune homme, qui a failli perdre cet enfant à la naissance, refuse l’indifférence de son mari et de ses enfants à l’endroit de la mort de Brati.Le roman de Devi exprime le deuil impossible d’une mère dont le fils mort ne représente, pour les autorités, qu’un numéro parmi d’aufres: le numéro 1084.Mahasweta Devi, issue de la classe moyenne de Calcutta, a des affinités politiques avec le Parti communiste indien.Bien que ce roman soit le seul traduit en français, l’œuvre de Devi compte une soixantaine de romans et de recueils de nouvelles.Parmi les nouveautés, un recueil dé l’Inde du Sud au titre inspirant: L’Arbre nâgalinga (l'aube).Ces nouvelles sont traduites directement du tamoul au français.François Gros, professeur de littérature indienne, en assure la traduction.Éclairant, même si la présentation de chaque nouvelle est parfois trop didactique.Mentionnons aussi Le Palais des miroirs (Seuil) d’Amitav Ghosh, qualifié de fresque historique, et La Mort de Vishnou de Manil Suri, installé aux États-Unis.L’auteur s’est inspiré du souvenir qu’il a gardé de Vishnou, un homme qui vivait (et qui est mort) sur les marches de l’immeuble où il a grandi.Enfin, Gora («Motifs», Serpent à plumes), d’un auteur indien classique: Rabindranath Tagore.Situé dans le Calcutta des années 1920, le roman raconte l’histoire d’un jeune homme qui veut affirmer sa culture et combattre l’influence anglaise.ROMAN QUÉBÉCOIS POÉSIE Un imbroglio matapédien NOCES VILLAGEOISES Nicole Filion Editions Trois-Pistoles 2002,167 pages La petite ville anonyme qui sert de décor au roman de Nicole Filion pourrait bien être son Amqui d’adoption, qu’elle avait déjà raconté assez joliment dans Nouvelles locales, paru il y a trois ans chez le même éditeur.Ici comme là, on décrit joyeusement un arrière-pays riche d’humanité où chacun sait tout des autres et où même les chicanes ont quelque chose de convivial.Le lecteur, qui est pris à témoin à quelques reprises, est convié dans Noces villageoises au «racontage» d’une femme, mère de famille et écrivain — elle reçoit même, en cours de récit, un exemplaire de son dernier livre, tout récemment paru chez un certain Victor-Lévy Beaulieu doqt on sait qu’il est, dans la vie réelle, le patron des Éditions Trois-Pistoles.Noces villageoises n’est cependant pas un ro-man-dans-le-roman.La narratrice, dirait-on, a pris congé de l’écriture pour s’adonner à la parole raconteuse.Son récit ressemble en effet à celui d’un conteur qui fait mine de parler d'abondance, avec les redites inévitables de qui est emporté par son propos, des digressions qui se révèlent parfois plus révélatrices que le propos principal.Dans ce faux roman qui tient davantage du conte ou de la fable, comme cela est indiqué dans une note de bas de page, on ne sera pas surpris de l’absence des noces qu'annonce le titre, tout au moins comme on les entend d’habitude.Pas de mariage, ni de réjouissances.On aura même l’impression de tout le contraire puisque le sujet principal du roman, son argument en l'occurrence, tient à une dispute entre voisins.Résumons: la raconteuse et son mari ont acheté une maison dont le terrain est dit «enclavé», pour la tranquillité et la sécurité de leurs deux enfants.Encore faut-il qu’ils puissent circuler librement, comme ils pensaient le faire par deux chemins, propriétés de voisins mais frappés d’un droit de passage.Or les voisins ne l’entendent pas ainsi.Ils se servent desdits chemins à leur guise, les encombrent d’objets divers.L’affaire paraît simple.Il suffira que, pour faire valoir leur bon droit, les assiégés produisent les pièces justificatives qui leur assurent un droit de passage.Commencent donc la course à la paperasse et le recours à un avocat, grand parleur petit faiseur, qui promet à la narratrice de régler le tout en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.Ça ne se passera pas comme prévu.L’avocat exige des honoraires faramineux pour un travail qu’il ne fait pas.Il annonce des développements puis ne donne plus de nouvelles pendant des mois.Un jour, tout paraît réglé et le lendemain survient une complication qui ramène la cause à la case départ.C’est un cauchemar qui pourrait rappeler celui du Procès de Kafka — et la narratrice le note, car elle a des lettres —, mais cette femme a une bonne humeur foncière, un tonus moral qui lui épargne les abîmes métaphysiques où sombre le pauvre Joseph K.Ici, l’objet du litige est identifié dès le départ, ce qui n’empêche pas que le règlement et les chemins pour y parvenir soient d'une belle complication.Dans Noces villageoises, la maison de la narratrice est bien plus qu’un lieu à habiter.Il en est d’elle comme de la petite ville autour: un chez-soi à apprivoiser pour le rendre chaleureux, où règne un beau désordre qui fleure bon la vie, ouvert aux quatre vents et malencontreusement assiégé.Les Robert Chartrand ?environs immédiats sont magnifiques.Ils l’étaient du moins jusque vers la fin de la Deuxième Guerre mondiale, alors que l’asphalte et le béton se sont mis à les gruger par la grâce des «promoteurs», cette engeance haïssable qui sévit en région comme ailleurs.Défense et illustration de la nature On lira cela dans le livre de Nicole Filion, comme dans tout conte qui se respecte, où se profile une certaine visée éthique, diffuse mais insistante, version moderne de la morale des textes d’antan: une défense et illustration de la nature en son état, attaquée jusque dans ses derniers retranchements régionaux, et un parti pris pour le désordre au quotidien qui se conjugue avec le respect de Inorganique», plantes et enfants y compris.Sans trop de nostalgie, la raconteuse du roman de Nicole Filion rappelle que cette région de la Ma-tapédia a été, jusqu’au milieu du siècle dernier, «un pays extrêmement mamelonné, coupé de gorges et de ravines, et se présentant comme une mer de vagues de terre qui se déroule à l’infini vers un horizon inaccessible».C’est Arthur Buies qui la décrivait ainsi.La conteuse du roman de Filion, toute obsédée qu’elle paraît de cette question de droit de passage, voit bien plus large.Elle a des lettres, dont elle sème des indices comme le Petit Poucet du conte: citations ou paraphrases d'auteurs les plus divers (La Fontaine, Thomas Bernhard, ou le Tchèque Bohumil Hrabal, grand écouteur de ses compatriotes, dont la trilogie autobiographique Les Noces dans la maison a sans doute inspiré Éilion pour le choix du titre de son livre et bien davantage).Noces villageoises raconte donc une toute petite histoire qui serait insignifiante si elle ne mettait en scène, avec une bonne humeur foncière, des personnages attachants: Françoise Fougère, qui «élève des personnes âgées», un certain LePoète, l'infâme Fernand Petitête, Blouse Goyette et sa femme, le P’tit Fouinard, des avocats et des arpenteurs-géo-mètres qu’on aimerait connaître.L'auteur en rajoute au chapitre de la fantaisie par quelques résumés et des questionnaires, à la fin de certains chapitres, qui n’ajoutent pas grand-chose à l’agrément du livre.Filion parvient surtout à raconter une histoire sur presque rien, tout en ravivant des maximes, des sentences, des proverbes ou des expressions idiomatiques, repris tels quels ou moqués.Car une certaine langue qu’on aurait dite sclérosée est revisitée de même qu’une perception de l’arrière-pays, toutes deux revigorées par un bon coup de torchon.Noces villageoises est un livre trompeur qui ne triche pas sur l'essentiel, notamment sur ses sources.C’est à la vérité une création collective dont les auteurs — on en lira une belle définition à la page 31 — sont tous ceux qui l’ont inspirée: écrivains célèbres, proches ou simples connaissances.robert.chartrand5Cqsympatico.ca Ne plus croire a la mort DAVID CANTIN Qu’est-ce que la mort, la solitude, le temps et l’angoisse?C’est un peu çe à quoi tentent de répondre les derniers livres d’Élise Turcotte et d’André Roy.Le poème, lourd de sens, ouvre des chemins, dresse des constats, creuse l’émotion jusqu’à la blessure la plus vive.Toutefois, cela passe par l'intermédiaire d’une langue évocatrice, elliptique, mais aussi portée par une expérience troublante du monde.A travers la poésie, une sorte d'acte de foi a lieu afin de vaincre les épreuves du réel qui vont du premier mensonge à l'espérance partagée.Deux variations fascinantes sur l’épanouissement radical.Dans Sombre ménagerie d’Élise Turcotte, les anges ont des carcasses, le présent circule sans courage, les morts ne croient plus au repos et la guerre emporte tout avec elle.Le silence est pauvre, mais combien révélateur d’une solitude à ce point dérangeante.On entre d’abord dans cette nuit, ces ténèbres où une femme doit courir sur les morts pour survivre.Des images très fortes se succèdent afin de rendre compte d’une expérience intérieure qui gravite entre le rêve et la réalité.De l’horreur à l'émerveillement, cette poésie transcende un pessimisme factuel pour retrouver une vision beaucoup plus exigeante des choses perdues.Sous le poids de la nuit, une femme tente de rassembler les images qui défilent devant ses yeux.Alors que cette déambulation pourrait être particulièrement lourde à suivre, le ton laisse au contraire entrevoir une luminosité révélatrice.La poésie de Turcotte s’incarne dans un mouvement imprévisible qui évite les clichés ou même un certain narcissisme.Les images ressemblent souvent à des visions d’horreur qui délivreraient, en quelque sorte, d’un sort morbide.On descend parmi les ruines, les armes illuminées et les champs de bataille que met en scène cette série d’épreuves à accomplir.On reconnaît l’écriture, toujours aussi saisissante, de cette poète qui s’engage entièrement dans une pareille chute vers l’inconnu.Du songe au cauchemar, tout se décante pour en finir avec les mensonges, les gestes muets et les pensées meurtrières: «Je me tiens loin du soleil / il y a un jour précis / où l’astre crache / des visions cruelles / ton sang est contaminé / par une maladie sans âme /tes paroles miroitent / dans le cœur du plus grand nombre /fugitif, héroïque / tu rejoins ta dévotion / pour la maladresse/tuas trafiqué / d’anciennes / photographies /tuas fait un jeu de rien/je me soumets/afin que le matin me trouve morte / ou endormie / auprès des guerres plus réelles.» Un livre percutant et révélateur.Vérité Tout est très sombre également dans la plupart des pages qui composent Nous sommes tous encore vivants d’André Roy.Ce quatrième volet du cycle Nuits condense une écriture qui répond au reflet du temps.Le cinéma devient un intermédiaire pour dire le recul d’un individu devant sa propre quête de vérité.Comme toujours chez Roy, la passion trace les enjeux d’une existence pleine de secrets et d’énigmes à résoudre.Cette poésie va à l’essence même de la parole, afin de surprendre les corps qui se croisent dans ces lieux de dispersion.L’art cinématographique représente la métaphore d’une connaissance inquiète, l’enjeu d’un amour qui s’invente au fil des rencontres.Le regard fixe les acteurs d’un présent qui englobe du même coup les zones troubles du passé.Les événements s’accumulent pour dire que l’âme ne peut pas toujours rompre avec le corps.Le poète fait ainsi appel aux sens, au temps comme à l'urgence d’une intensité immédiate: «Les idées comme des insectes qui marchaient/Sur des corps aussi longs qu’un ruban; / Ce qui en émanait traduisait une espèce de fatalité./La réalité nous menaçait de ses poings, / Elle s’était entraînée à nous attaquer./ Mais la chose chimique en nous qui nous faisait plaisir/ S’imprimait dans les images de vos rêves de bêtes.» Il y a encore une fois dans Ta poésie d’André Roy un désir de vaincre les enjeux de la fatalité.L’univers bascule au fond du corps et ses multiples fantômes.Le poème devient ainsi l’écran d’une existence, d’un fantasme dispersé dans les détails du plaisir.Une œuvre qui trouve, au fil de ce recueil très dense, son expression la plus juste.SOMBRE MÉNAGERIE Élise Turcotte Mitions du Noroît Montréal, 2002,73 pages NOUS SOMMES TOUS ENCORE VIVANTS André Roy Les Herbes rouges Montréal, 2002,76 pages SPIRITUALITÉ traduction de la Bible Une autre RENÉE ROWAN Cette nouvelle édition populaire de la traduction de la Bible dite «de Jérusalem» a été réalisée, comme son mpdèle paru précédemment aux Édition^ du Cerf, par les dominicains de l’École biblique et archéologique de Jérusalem et leurs collaborateurs.La Bible a nécessité, une fois de plus pour cette traduction, beaucoup de rigueur scientifique et d’érudition.Cet ouvrage est le fruit d’un travail inlassable qui se poursuit depuis plus d’une centaine d’années et qui, dans cette édition populaire, vient s’ajouter aux autres traductions françaises disponibles.Un travail de moines, comme le dit l'adage, travail qui prend en compte les plus récentes découvertes archéologiques, historiques et exégétiques.La Bible reste un texte difficile d'accès, reconnaissent les éditeurs, qui ont pensé à proposer, pour cette édition, ce qui devrait en faciliter l'approche, des clés de lecture à différents niveaux: sur la base du sens littéral, le premier, on peut envisager des interprétations diverses, nourrir des réflexions sur le mystère de Dieu, sur la foi mais aussi sur bien des aspects de la vie humaine.11 s'agit certes, d’une lecture patiente, au long cours, une «aventure spirituelle exigeante» qu’il appartient à chacun de mener selon ses besoins intérieurs.À cette édition de référence, on a aussi ajouté des notes pour en rendre encore plus facile la compréhension.Un tableau chronologique, à la fin de l’ouvrage, donne les dates et les séquences historiques, ainsi que les correspondances avec l'histoire générale.On a ajouté des cartes qui présentent le cadre géographique général de l'Histoire sainte.L’ensemble des évêques français a accordé à cette Bible de Jérusalem son imprimatur reconnaissant ainsi sa conformité avec l’enseignement de l’Eglise catholique.U BIBLE DE JÉRUSALEM Fleurus/ LeCerf Paris, 2001,2559 pages L K DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 JUILLET 2 0 0 2 N ESSAIS"*- Le poème de l’énergie française LOUIS JOLLIET Le séminariste devenu explorateur Véronique larin XYZ éditeur Montréal, 2002,176 pages ET VOGUE LA GALÈRE.Chroniques de Ville-Marie (1659-1663) , Josée Mongeau Editions Septentrion Sillery, 2002,344 pages CM est toujours avec un plaisir renouvelé ^ que je reçois les nouvelles parutions de l’indispensable collection «Les grandes figures» dirigée par Xavier Gélinas chez XYZ éditeur.Consacrée à la vulgarisation historique par l’entremise de récits biographiques où la passion de l’histoire s’allie à la qualité littéraire, cette collection de plus en plus garnie contribue de fort belle façon à la transmission de notre riche patrimoine national que nous avons la faiblesse de méconnaître.Combien sent ceux parmi nous, par exemple, qui peuvent se targuer de connaître les exploits de Louis Jolliet (1645-1700)?Celui qui fut, selon l’historien André Vachon, «l’un des fils les plus grands et les plus illustres de son pays [.] et l’une des plus parfaites réussites de cette bâtisseuse d’hommes que fut la Nouvelle-France» et qui mériterait, à ce titre, «d’occuper la première place dans la mémoire collective de ses compatriotes» (Louis-Guy Lemieux), demeure, en effet, un illustre inconnu pour la vaste majorité des Québécois d’aujourd’hui, qui ignorent à peu près tout des grandeurs de leur propre passé.C’est cette injustice, due à notre ignorance collective, que l’ouvrage de Véronique Larin, Louis Jolliet: le sé- Louis Cornellier ?minariste devenu explorateur, nous offre la chance de corriger.Sobre mais allègre, ramassé mais généreux sur l'essentiel, ce récit biographique trace le convaincant portrait d’un être intrépide, béni des dieux, animé par une passion de la découverte et une fidélité à l’égard de la Nouvelle-France.Jeune séminariste et protégé de M8" de Laval, qui lui permettra de devenir l’organiste du premier orgue importé en Nouvelle-France, Jolliet se sent trop attiré par l’action pour consentir à une carrière ecclésiastique.Après une année d’études à Paris, où il apprend l’art de cartographier et de naviguer, ce Canadien dans l’âme revient au pays pour entreprendre une brillante carrière d’explorateur.Premier Canadien à atteindre le Mississippi, en 1673, en compagnie du père Marquette, envoyé spécial de Frontenac, son ennemi, à la baie d’Hudson, en 1679, dans le cadre d’une mission d’espionnage des Anglais qui y font commerce, capitaine d’une expédition au Labrador en 1694, Jolliet, dans tous ses audacieux périples, entre en contact avec de multiples tribus amérindiennes dont il apprend à maîtriser les langues, cartographie les côtes qu’il fréquente et s’enrichit par le commerce des fourrures.Mari heureux et une seule fois inquiet, quand sa femme, Claire-Françoise Bissot, sera capturée par les troupes de Phipps en 1690, père de sept enfants, seigneur d’Anticosti à partir de 1680, Jolliet le patriote — Larin lui fait répondre ceci à un gouverneur anglais qui veut l’engager à gros prix: «La richesse, monsieur, se pèse dans le cœur et non au bout des doigts.Aucun salaire ne me fera renier ma patrie [.] Voyez-vous, j’aime la terre qui m’a vu naître [.] Je l’aime parce qu’elle porte en elle le souvenir de ceux que j’ai chéris.Elle est ma mémoire.» —, après une vie de découvertes exaltantes traversée de risques et de périls, se résigne enfin, vers 1695, à la sédentarité.Le voyage du lecteur se termine aussi sur cette note mélancolique puisque, de la mort du héros en 1700, nul ne sait quoi que ce soit Lionel Groulx, dans Notre maître le passé, sermonnait ses contemporains au sujet de leur indifférence à l’égard de cette figure (et de celle du père Marquette), qui compte parmi les plus stimulantes de notre histoire: «Comment se fait-il qu’après de si grandes choses, les deux découvreurs du Mississippi soient encore des noms qui traînent après eux une confuse histoire?Nos yeux ne feraient-ils pas bien de se tourner plus souvent vers ces régions où fut écrit, plus fortement qu’aiüeurs, le poème de l’énergie française?» Voilà ce à quoi nous invite le beau livre de Véronique Larin.De l’histoire sociale romanesque C’est aussi ce poème de la persévérance, du courage et de la débrouillardise des humbles bâtisseurs de la Nouvelle-France que nous donne à lire l’émouvant et instructif roman historique de Josée Mongeau intitulé Et vogue la galère.La présence de cet ouvrage de genre narratif dans cette chronique s’explique justement par son caractère d’abord historique, qui s’exprime, entre autres, par une section finale où l’auteu-re départage le réel de l’inventé et fournit la liste de ses références.Le récit de ces modestes paysans français, éternels locataires terriens qui rêvent à la Nouvelle-Fran- ce comme d’une terre de liberté pleine de promesses et qui aboutiront à Ville-Marie en 1659, est prétexte à une belle leçon d’histoire vivante où l’on sent la fibre humaine.Par l’entremise de ses personnages simples et attachants en quête d’une prise sur leurs propres vies, Josée Mongeau nous fait revivre les craintes et les espoirs ressentis au moment de l’embarquement à La Rochelle, l’épreuve d’une traversée de l'Atlantique marquée par la maladie et la mort et la difficile aventure de la colonisation de Ville-Marie, en proie aux aléas de la nature et aux attaques iroquoises répétées.Jeanne Mance, Marguerite Bourgeoys, Maisonneuve et Lambert Closse occupent une place de choix dans ces pages, où l’on rencontre aussi, au passage, Dollard des Ormeaux, l’abbé Souart, M81 de Laval, Radisson et des Groseilliers.Ce sont, toutefois, les humbles colons, presque tous tirés de l’histoire réelle, qui constituent les véritables héros de ces «chroniques».Ouvrage d’histoire sociale de type romanesque, Et vogue la galère.use de récits d’aventure et d’intrigues sentimentales, familiales et sociales afin de brosser un tableau réaliste de la vie quotidienne à Ville-Marie entre 1659 et 1663.La joie des amours, des mariages, des naissances et de la colonisation qui progresse y côtoie la douleur des maladies, des trahisons (arnaque, viol, adultère, bigamie), de la guerre et de la mort dans des narrations descriptives qui instruisent sans ennuyer.Sans être un grand roman sur le plan littéraire, ce qui, de toute façon, n’est pas sa visée première, Et vogue la galère.n’en demeure pas moins une réussite par la qualité des informations qu’il contient et, surtout, par l’humanité qu’il rend à ces ancêtres dont le souffle de vie, malheureusement, ne parvient plus souvent jusqu’à nos consciences ingrates.louiscomellier@parroinfo.net Pour un juste équilibre entre mémoire et oubli Il est devenu presque rituel, aujourd’hui, d’invoquer un «devoir de mémoire» face aux injustices, aux horreurs du passé.«Plus jamais cela», répète-t-on.Se souvenir servirait à éviter de refaire les erreurs du passé.En France, après une période de silence sur la collaboration, le devoir de mémoire est graduellement devenu un leitmotiv.Et cela en irrite plusieurs aujourd’hui.Car faire de la mémoire un devoir, ce n’est pas nécessairement indiquer quel en est le bon usage.L’hy-permnésie ne peut-elle pas être aussi risquée que l’alzheimer collectif?La vie collective ne réclame-t-elle pas un apaisement de la mémoire?Traitant de ces délicates questions, le philosophe québécois Emmanuel Kattan, qui habite à Londres, en vient à plaider pour une «intégrité» dans l’usage de la mémoire et voit comme une erreur l’opposition que l’on dresse souvent entre mémoire et oubli, souvenir et réconciliation.ANTOINE ROBITAILLE Le Devoir.L’idée d’un devoir de mémoire s’est surtout imposée en France.Emmanuel Kattan.En effet, après une période de silence quasi total dans les années 50 sur l’épisode de la collaboration avec l’envahisseur nazi, on a assisté à partir des années 70 à une sorte de bourgeonnement de réflexions, de débats parfois plus ou moins tendus, sur l’héritage de la collaboration, sur l’héritage du régime de Vichy, pour aboutir, dans les années 80 en particulier, à une espèce de débor- " T Olivieri I i b r a I r i e » b i s t r BISTRO DES DIZAINES D’ÉVÉNEMENTS DES MILLIERS DE LIBRES tôte des Neiges Métro Côte-dev Neiges Tel.: si/4*7 19.3639 Fax : SIW39.3630 Nervicuù'llbrditipolivieri.com dement et de production culturelle, littéraire, filmique, dans tous les domaines de la recherche.Production qui a par la suite parfois été jugée comme «obsessive».C’est là que l’on a commencé à se demander s’il n’y avait pas, d’un côté, une mémoire raisonnable, qui a sa place dans la psyché d’un peuple, et de l’autre, un surplus de mémoire, ce que certains ont appelé une «hypermnésie».Le Devoir.Le citoyen ordinaire se dit généralement que le devoir de mémoire est une évidence, qu’il faut connaître l’histoire pour ne pas en reproduire les erreurs.Or vous dites que c’est problématique, pourquoi?E.K.L’évidence, c’est que le bon sens exige la justice à l’égard des victimes, n faut que Ton se souvienne, que l’on reconnaisse le crime.Mais d’un autre côté, lorsqu’on pense à un grand nombre de conflits contemporains, comme ceux qui tenaillent l’Irlande du Nord, le Chili, l’ex-Yougoslavie, etc., la question devient beaucoup plus complexe car la mémoire du passé est souvent «utilisée»; on en fait un mauvais usage qui provoque de nouveaux conflits, ou qui les envenime.Rappelons-nous que l’un des éléments déclencheurs du conflit en ex-Yougoslavie a été, en 1989, la commémoration de la bataille du Kosovo qui avait eu lieu des siècles plus tôt Le Devoir.La mémoire peut donc être le terreau du ressentiment E.K.C’est du moins l’une des utilisations de la mémoire.Je pense qu’il y a là une distinction à faire entre la mémoire elle-même comme phénomène normal de constitution d’une conscience de soi, à la fois au niveau individuel et au niveau d’un peuple, puis la forme manipulatrice de la mémoire, l'utilisation qu’on en fait à des fins politiques, de manière à affermir une domination ou à provoquer ou envenimer des conflits qui déterminent des intérêts politiques particuliers.Le Devoir.Une sorte d’instrumentalisation de la mémoire.E.K.Exactement Le problème est de déterminer l’utilisation judicieuse de la mémoire! Comment utiliser la mémoire d’une manière saine, de façon à ce qu'elle ne justifie pas les débordements de la violence qu’on a connus dans les conflits récents?Le Devoir.S je vous demandais assez directement: faut-il oublier pour vivre ensemble?J’ai lu Nicole Inraux moi aussi, qui nous rappelle que les Athéniens, en 403 avant notre ère, avaient décidé d’adopter une règle selon laquelle il ne fallait pas rappeler les malheurs du passé.E.K.Oui, c’est central comme question.D’un côté, on a une conception de l’oubli comme étant la fondation du politique.D n’y a pas de communauté politique sans un degré d’oubli.Renan le disait la fondation d’une nation repose aussi sur l’oubli et on ne peut pas avoir de communauté nationale en maintenant fraîche la mémoire de certains événements qui ont divisé les citoyens en camps opposés.D’un autre côté, on se rend compte que la mémoire est fondamentale au politique! D ne peut y avoir de communauté politique stable sans réconciliation et il ne peut pas y avoir de réconciliation sans mémoire.Une communauté politique repose donc sur un double rapport de confiance: confiance entpe les individus et confiance en l’Etat comme étant le garant de la justice.Si la justice n’est pas assurée, qu’on ne perçoit pas qu’elle a été effectivement rendue, il y a peu de chance pour qu’une réconciliation véritable s’établisse entre les individus et c’est là que l’on risque de voir ce que certains ont appelé le «retour du refoulé».r.r ç Le Devoir.Au fond, u t 0 peut-on choisir entre mémoire et oubli?E.K.Je ne crois pas qu’il y ait une opposition entre le devoir de mémoire et la réconciliation.Comme si se souvenir du passé était incompatible avec le processus de réconciliation qui permet à une société de retrouver la paix sociale, de survivre et de s’épanouir.Je pense qu’il faut à la fois de la mémoire et de l'oubli.Il faut développer la volonté d’établir une intégrité et une cohérence.Cela vaut autant sur le plan de l’histoire individuelle que sur celui de l’histoire des communautés.Le Devoir.Certains députés de la Chambre des communes canadienne exigent officiellement des excuses de la reine d’Angleterre pour la déportation des Acadiens.Est-ce un cas d’instrumentalisation de la mémoire ou de justice essentielle?E.K II m’est plutôt difficile de commenter sur ce cas précis.De manière générale, dans les dix dernières années, on a observé une multiplication des actes de pardon.Pour le jubilé, le pape a formulé une forme de demande de pardon pour toutes le$ exactions commises au nom de l’Eglise dans le passé, tout en exprimant en même temps un besoin de réconciliation.On rejoint ici l’idée du pardon et des responsabilités des communautés contemporaines face aux injustices du passé.Je pense que, même si c’est une frontière qui est toujours très difficile à définir, on peut dire que la manipulation politique intervient au moment où le souci n'en est pas vraiment un d’intégrité à l’égard d'une histoire ou à l'égard d’une communauté mais plutôt, de manière évidente, pn soud de stratégie politique.Evidemment, il n’est pas toujours très aisé d’en juger.C’est toute la complexité des enjeux qui entourent la mémoire.Le Devoir.Et le «Je me souviens», notre devise nationale, comment l'interprétez-vous?SOURCE PUF Emmanuel Kattan * E.K.Il y a dans cette devise l’idée de fidélité à l’égard du passé.Or cette idée traduit le sentiment que le passé n’est pas simplement là pour être étudié, mais I p r qu'il nous définit.Que, ' N ^ d’une certaine façon, pour comprendre ce que nous sommes, on est obligés de se tourner vers lui.Ça définit aussi quelque chose de plus important encore.De n r r q manière assez commu-^ t t 0 ne> on dit qu’il faut comprendre le passé pour pouvoir agir sur l’avenir.Je pense qu’il y a aussi le rapport inverse: l’avenir agit sur le passé.Dans la mesure où l’on ne peut rallier l’ensemble des événements qui nous définissent, l’ensemble des événements du passé, pour en former une unité que si on a une perspective sur l’avenir.La projection dans le futur agit comme un élément fédératif qui permet d’unifier les moments du passé.Lesquels ne sont pas unifiés simplement parce qu’on les regarde les uns après les autres en cherchant à en dégager la cohérence, mais parce que cette cohérence nous vient de notre idée du futur.C’est le futur qui donne son unité au passé.C’est ce que le «Je me souviens» maintient dans l’espace public.La chronique d’Antoine Robitaille vous reviendra à la fin du mois d’août.PENSER LE DEVOIR DE MÉMOIRE Emmanuel Kattan PUF Paris, 2002,153 pages \.Êrnm'artuV \ \ Kàtfah \\ v?PSYCHANALYSE Lacan, tragique le devoir de mémoire MARIE CLAIRE LANCTÔT BÉLANGER Le vaste univers de la psychanalyse est souvent traversé par de bruyants conflits internes.Conflits de groupes, conflits de théories, conflits d’individus, conflits de pouvoir.Emerge de beaucoup de ces conflits une figure de passion, Jacques Lacan, son personnage, ses écrits, sa pratique clinique, ses écoles, sa légende sacralisée ou dé-monisée, les allégeances, les soumissions, les dénonciations qu’il a suscitées et qu’il continue de faire, bien au-delà de sa mort Jacques Lacan (1901-1981), psychiatre et psychanalyste français, a fortement marqué l’histoire de la psychanalyse.Avec son «retour à Freud», avec ses avancées théoriques qui doivent beaucoup, à l’époque, aux autres théories, comme la linguistique, le structuralisme, le surréalisme, la mathématique même, Lacan a d'abord incarné une ouverture dans le monde des idées.Ses Écrits (Seuil, 1966) rassemblent les séminaires publics qu'il donne, pendant dix ans, à Paris.Ses phrases à la fois énigmatiques et éclairantes sont reprises à qui mieux mieux.Son emprise sur ses proches, étudiants et patients, s’étend.Bientôt sa façon de diriger les cures psychanalytiques attire l’attention de l’association internationale de la psychanalyse (API).L’agitation s’installe: enquête, scissions, diverses fondations d’écoles, regroupements, exclusions et dissolutions: «[.] le paysage actuel des groupes psychanalytiques s’est historiquement constitué par l’effet des regroupements allant vers ou contre Lacan.» En France, du moins.Bien que les histoires grandes et petites le traversent, le travail d’Alain Didier-Weil et de ses collègues ne se veut pas celui d’un historien de la psychanalyse.Ce livre rassemble les entrevues réalisées en vue d’un film, produit et diffusé en vidéocassette par les Editions du Seuil.Jean Clavreuil, Serge Leclai-re, Wladimir Granoff, Moustapha Safouan, Charles Melman, René Bailly, Claude Dumézil, Maud Man-noni, Michèle Montrelay, Christian Simatos, René Tostain, René Major et Daniel Wildlôcher sont convoqués.Ils ont tous, comme analysants, supervisés ou collègues, côtoyé Lacan de près.La nature du lien qui les rattache à cet homme soutiendra leur propos.Leur «soumission» à Lacan ou leur mise à distance, leur fidélité ou leur rejet, leur mimétisme ou leur différence, leurs transferts se manifesteront parfois avec souffrance, parfois avec enthousiasme.Lacan ayant incité les analystes à «oser s’autoriser à penser», il est surprenant, après tout ce temps, que continuent les tics et le jargon de la répétition dogmatique.Et décevant d’apprendre qu’unp des organisations lacaniennes (l’Ecole freudienne de Paris), «d l’origine de laquelle se trouvait un rejùs de l’exdu-sion, s’est achevée avec une volonté d’exclusion forcenée».Travail théorique Tous les témoignages ne susciteront pas le même intérêt L’intensité des personnes transparaît Ainsi en est-il de Granoff, dont le rapport douloureux à Lacan semble, au moment de l’entrevue, en 1994, encore à vif.Ni analysant ni supervisé, collègue du début puis rejetérejetant de la fin, Granoff précise que chacun s'est fait son Lacan, que le Lacan des uns n’est pas celui des autres, chacun s’étant bricolé son personnage selon ses besoins.Celui qu’il nous donne à voir, comme d’autres d’ailleurs, est un homme tragique.Et ses propos font ressortir une dimension importante souvent occultée des liens entre les psychanalystes, la rivalité fratricide.Au fil des rencontres, des questions théoriques sont reprises.L’inscription du langage, voire de la linguistique dans cette cure de parole qu’est l’analyse se précise avec «l’inconscient structuré comme un langage».Les liens du psychanalyste avec le savoir ou le désir sont repris par Safouan: la disponibilité de l’écoute devant l’inattendu, l’expérience de la surprise dans la parole de l’analysant.Le processus de la «Passe», mis sur pied par Lacan pour «permettre d’éclairer le moment de passage delà situation d’analysant à celle d’analyste», est évoqué par beaucoup.On apprend par Melman l’arrivée des nœuds borroméens et leur corollaire psychique.Et comment Montrelay, présentant un texte de Duras à Lacan, s’est vue «poussée» par lui à travailler le rapport de la femme au Réel.Puis, avec Wildlôcher, s’élabore une explication des séances courtes: en homme trop agité, Lacan «ne supportait pas de rester plus de quelques minutes possédé par la psyché d’un autre.[.] R ne supportait pas cette passivité d’attente, qui est pour moi quelque chose de central dans l’ascèse analytique [.].» Et surtout, au fil des témoignages, se précise la petite histoire de fa fameuse commission Tuquet mise en place par l’API pour enquêter sur les pratiques de Lacan.Beaucoup se questionnent quant aux qualités cliniques de Lacan.Partout, des images de séduction, de séducteur, des mises en scène.Séduction intellectuelle, le geste d’être l’élu et le choisi, ou encore l’utilisation diverse des patients: exemples vrais ou faux qui, parfois, font frémir.Il se dégage une impression trouble qui n’est pas sans attrait Ce qui se met en place, petit à petit, est semblable au fil d’un roman polyphonique.Lacan apparaît et s’échappe.Devient fiction.Les voix se complètent se chevauchent Un envoûtement se crée, tourne autour du personnage, le fait disparaître, comme Lacan savait si bien le faire lui-même.Les divers acteurs prennent tour à tour le devant de la scène, en appellent d’autres: Perrier, Dolto, Laplanche, Pontalis, Au-lagnier, Bataille même, se feront très présents sur fond d’absence.Chacun son Lacan, soit Reste le psychanalyste, son désir, sa technique, son écoute; reste fa psychanalyse, sa méthode.Restent les sociétés et les groupes de psychanalystes, leurs rivalités, leurs exclusions, leurs dispersions.Si Lacan insistait pour dire: «Est-ce que vous m’entendez?Est-ce qu’il y a quelqu’un pour m'entendre?» (Leclaire); si «la volonté d’emprise» se manifestait jusque dans les séances (Wildlôcher) ; si sa solitude, dans tout le tohu-bohu qu’il créait autour de lui, était celle d’un désert; si les événements prennent «un parfum de scandale et témoignent souvent d’un phénomène idolâtre» (Weiss), se profile, alors, dans 1a fiction et 1a réalité, la zébrure d’un personnage tragique.QUARTIER LACAN Témoignages sur Jacques Lacan Propos recueillis par A Didier-Weil, E.Weiss et E Gravas Denoëf Paris, 2001,265 pages L E DEVOIR, LES S A M EDI 1 3 E T DIMANCHE 14.1 l! I L L E T 2 0 0 2 1) 5 ' DE VISU- ART CONTEMPORAIN ¦ E v V- Xi % » I SOURCE PALAIS DE TOKYO Présentée au Palais de Tokyo, l’exposition Vue d’en haut regroupe une série de paysages agricoles ou urbains remodelés par des effets de lumière et de couleurs.Le photographe allemand Wolfgang Tillmans a souhaité modifier l’espace et montrer ses photographies sur des murs blancs.L’anti-musée sans collection Six mois après son ouverture, le Palais de Tokyo a-t-il tenu ses promesses ?RENÉ VIAU Paris — Le lieu se voulait, avec ses plateaux-lofts bruts de béton, une solution de remplacement à l’austère et muséal cube blanc.Il se présentait également, dès son ouverture, comme l’anti-Beaubourg, un centre d’exposition débarrassé de toute lourdeur administrative.Mot clé: la flexibilité au service de la planète de l’art actuel.Enfin, en un dérapage sémantique issu du vocabulaire des internautes, cet endroit se voulait non pas un «lieu» mais un «site».Six mois après sa création, qu’en est-il du «Site de création contemporaine du Palais de Tokyo»?La «zone franche» de l’entrée, ses «salons» confiés à de jeunes artistes, ses alcôves «Audio lab», ses «workshops», son «pavillon», sorte d’école d’art new look, ont-ils bien rempli la mission fixée par les maîtres de céans Jérôme Sans et Nicolas Bourriaud, critiques d’art indépendants nommés pour trois ans?Mission qui était de «créer un laboratoire, un terrain d’aventures, ouvert aux questions, aux contradictions, aux risques»?Contradictions et risques étaient au rendez-vous dès l’inauguration, le 21 janvier dernier.«Le Palais de Tokyo rouvre en Luna Park d’art contemporain», sous-titraient pour l’occasion Hervé Gauville et Elizabeth Lebovici dans Libération.En février, c’étaient des artistes squatters qui occupaient le Pa- lais de Tokyo, qualifié de «vrai faux squat».Et il est vrai que le réaménagement de cet espace patrimonial très Art déco, construit entre 1934 et 1937 et l’un des rares monuments survivants de l’Exposition universelle de 1937, a de quoi dérouter les sensibilités.À l’intérieur, une remise en route L’extérieur du Palais de Tokyo conserve encore son état d’origine.La structure intérieure avait été remodelée au fil des années.Sur cet emplacement de prestige, à côté du Musée d’art moderne de la ville de Paris, les architectes Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal ont livré un espace industriel de 4000 m2 de surface d’exposition.Minimaliste à l’extrême, la structure semble en fait n’avoir subi comme intervention que la remise aux normes techniques.Cette austérité s’explique en partie par le budget limité (cinq millions de dollars canadiens).S’attachant, disent les architectes, au terme d'installation, ceux-ci ont pris pour référence la place Djemâa el-Fna de Marrakech.Ce carrefour en perpétuel changement se réinvente continuellement et trouve sans cesse sa propre vie.Totalement décloisonné, comme l’art présenté, l’aménagement joue le temporaire contre le monumental.Cet esthétisme de l’essentiel s’allie à une capacité immédiate d’intégration.«Ce n’est pas une réhabilitation mais une remise en route», disent les architectes.Pour les artistes invités à y confronter leurs œuvres, tout doit y être possible, du nomadisme le plus léger à l’intervention qui remodèle à leur gré cet espace.Car ici, ce n’est pas tant le contenant ou l’écrin qui importe.«Nous avons préféré investir dans la production des œuvres», expliquent Bourriaud et Sans.Expositions, spectacles, ateliers, mode, sites Web, débats, design, musique, jeux vidéo, performances, DJ, fêtes.Tout est bon pour ce palais-friche.Œuvres et interventions sont disparates et métissées.La programmation (on préfère dire chantier) fait découvrir en même temps de 25 à 30 artistes avec des temps d’exposition variables.L’histoire de cet anti-musée sans collection, résume Jérôme Sans, «se fait avec les créateurs» qui s’y succèdent.Parmi ceux-ci: Urgent Painting, avec de jeunes peintres américains et russes en février.Forum de l’essai sur l’art en mai.Début juin, l’agence Andrea Crew mettait à la disposition des exclus des piles de vêtements déjà portés.Rançon du politiquement correct, le geste a davantage profité aux jeunes branchés.Pour l’exposition actuelle du photographe allemand vivant à Londres Wolfgang Tillmans, les murs d’une partie de ce décor de chantier ont été repeints en blanc.Et cela en contraste avec une ambiance voisine volontairement «destroy» que renforcent les autoportraits du Sud-Africain Kendell Geers, tandis que l’Autrichien Erwin Wurm fait monter les visiteurs sur une scène, dans un croisement loufoque entre le karaoké et la performance.Le midi-minuit de l’art contemporain Devant certaines de ces œuvres, quelques réactions fulminantes troublent parfois ce meilleur des mondes de l’art contemporain.Mais des «médiateurs» (on ne dit plus gardiens) sont là pour expliquer.Certes, ces vocables à la Orwell peuvent agacer.Quoi qu’il en soit, le «site» a tout de même, ce qui n’est pas peu dire, le mérite d’avoir su innover et bouleverser les habitudes du monde de l’art.«Il manquait à Paris, dit Jérôme Sans, une grande surface d’expression ouverte, un lieu de dialogue avec des propositions différentes.» Informé et ouvert, le duo Bour-riaud-Sans, toujours en quête de nouvelles attitudes, pourrait avoir gagné son pari là où bien d’autres avaient échoué.Après six mois, le tandem reste toutefois encore plus que jamais conscient de la difficulté, même à Paris, de déplacer un public pour l’art contemporain.Association recueillant des fonds de l’État et du privé, avec un conseil d’administration dont font partie plusieurs artistes, le «palais», c’est aussi une bonne librairie sympa, un restaurant agréable, une ouverture en continu de midi à minuit.reneviau@aol.com SOURCE PALAIS DE TOKYO Vue d’en haut, de Wolfgang Tillmans.Né en 1968 en Allemagne, Tillmans vit et travaille à Londres.11 a obtenu le Turner Price en 2000.Hommage à Jean-Paul Riopelle (1923-2002) Importante exposition Huiles - aquarelle - lithographies Années 50 à 80 - Jusqu’au 15 juillet "Composition" - v.1966 - Huile - 23 1/2" x 36 Jean-Paul Riopelle : Catalogue Raisonné Volume Deux : 1954 - 1959 Claude Lafitte est fier, en tant que l'un des principaux collaborateurs d’Yseult Riopelle, d'aider à la recherche d’œuvres de Jean-Paul Riopelle, dans le but de les inclure dans le second volume du catalogue raisonné en préparation.Pour authentification des œuvres ou pour les inclure dans le catalogue, veuillez contacter la galerie, f/ci/eMT?(/ /cuic/e , depuis 1975 Achats d’œuvres d’art de qualité Hôtel Ritz-Carlton 1270, rue Sherbrooke ouest, Montréal, Québec H3G 1H7 Tél.: (514) 842-1270 Fax (514) 842-4201 E-mail info@lafitte.com LES MAÎTRES DU QUÉBEC L’exposition se termine le 15 juillet Joseph Franchère - "Rue de La Gauchetière" - v.1900 Huile sur toile - 24" x 36" Paul-Émile Borduas 1 Jean Philippe Dallaire 2 Marc-Aurèle Fortin 3 Joseph C.Franchère 1 Clarence A.Gagnon 2 Jean-Paul Lemieux 3 MA.de Foy Suzor-Côté 2 Horatio Walker 1 f)a/erie (r /mu/e J^afî/£e, depuis 1975 Achats d’œuvres d’art de qualité Hôtel Ritz-Carlton 1270, rue Sherbrooke ouest, Montréal, Québec H3G 1H7 Tél.: (514) 842-1270 Fax (514) 842-4201 E-mail info@lafitte.com Sylviane Poirier art contemporain présente Du 13 juillet au 1 septembre 2002 Collection d'été Prêt-à-em porter .sage : samedi 1 3 juillet 2002, de 1 4h00 à 1 7h30 Allikas Boisseau Bouchard tavaillante Nash Merri II Prilchard Simms Tourangeau Trask 372, rue Sainte-Catherine O., local 234 Montréal (Québec) H3B 1A2 (514) 875-9500 poirier.sylviane^qc.aira.com En juillet la galerie sera ouverte du jeudi ^j!ini«nche de lj h àl7J^ du mercredi au samedi de I2h à 17h30 Dimanche de 13 h à 16h 30 et sur rendei-vous Une bonne nouvelle ! Le circuit à l’île d’Orléans sur FÉLIX LECLERC est repris le dimanche 4 août.Réservez tôt! Il reste quelques places jf ^ef beaux a détours pour le circuit nature sur le BONSAÏ et les plantes aromatiques : 1" août., j Bientôt, Vaudreuil.Sherbrooke .^rciRCuns culturels (514) 276-0207 En collaboration avec Club Voyages Rosemont mm JÉRÔME FORTIN 13 juillet - 8 septembre 2002 vernissage : samedi 14h00 cinéàma Pour Choraln compte*, consultez mer - ven 12h30à 17h30 sam - dimanche! 13h à 16h30 PIERRE-FRANÇOIS OUELLETTE ART CONTEMPORAIN 372, Ste-Catherine Ouest #216 (514) 395-6032 www.pfoac.com I I LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 JUILLET 2 O O 2 I) (> ?LE DEVOIR ?m »°2g 2 juin au 27 octobre 2002 / www.regart.le vinux.org Joan Mitchell : la rage de peindre Une rétrospective de l’œuvre de la compagne de Jean-Paul Riopelle prend l’affiche au Whitney Museum de New York THE PAINTINGS OF JOAN MITCHELL Whitney Museum, New York Jusqu’au 29 septembre 2002 HÉLÈNE DE BILLY COLLAPORATION SPECIALE New York — «On me dit que je suis une peintre pour peintres [a painters’ painter], confiait Joan Mitchell à l’historienne de l’art Linda Nochlin, en 1986.suppose que cela signifie que les peintres aiment ma peinture et que le vaste monde la néglige.» Pendant longtemps, en effet, le vaste monde a ignoré le talent de Joan Mitchell.Dans son pays d’origine, les États-Unis, «son travail n'a pas été montré ou évalué de façon régulière», peut-on lire dans le texte qui sert d’introduction à la fascinante rétrospective qui lui est consacrée au Whitney Museum de New York (à l’affiche jusqu’au 29 septembre 2002).«Il y a plusieurs raisons à cela, peut-on lire encore sur le mur de la salle d’ouverture de l’exposition.Parmi lesquelles on peut citer sa décision de résider en France à compter de 1959.» Joan Mitchell s’est en effet «exilée» à Paris pour y rejoindre Jean-Paul Riopelle, qui sera son compagnon pendant plus de vingt ans.«Une femme doit suivre l'homme qu’elle aime», disait-elle parfois avec une ironie grinçante pour expliquer un geste que ses compatriotes ont toujours eu de la difficulté à lui pardonner.A Paris, au début des années 60, Joan Mitchell se trouve dans une position inconfortable.D’abord parce qu’elle se situe d’emblée dans l’ombre de Riopelle, alors au sommet d’une fantastique carrière de peintre.Ensuite parce qu’elle est isolée et que les conditions de travail qu’elle s’est imposées ne sont pas idéales (elle ne dispose que d’un petit atelier, sur les lieux mêmes qu’elle habite avec Riopelle).Il faudra en effet attendre 1968, alors qu’elle s’installe à Vétheuil dans une imposante propriété dominant la Seine à une cinquanfaine de kilomètres de Paris, pour que débute véritablement ce qu’on peut appeler sa période européenne, marquée par l’utilisation d’une palette qui fera d’elle, toutes écoles confondues, l’un des grands coloristes de son époque.Mais revenons à cette date fatidique de 1959.Joan Mitchell a alors 33 ans.Née à Chicago dans une famille lettrée et très à l'aise financièrement, installée à New York depuis 1947, elle fait partie de l’Ecole des expressionnistes abstraits, un groupe dominé par la figure légendaire de Jackson Pollock, qui a réussi à redéfinir la peinture américaine et à faire de New York la nouvelle capitale mondiale des arts.Ayant séjourné au Mexique et dans le sud de la France, Joan Mitchell possède déjà une vaste connaissance des arts en général et de la peinture européenne en particulier.Son inspiration lui vient principalement de Van Gogh, de Cézanne, de Manet et de Monet dont elle a vu les toiles maintes fois à l’Art Institute de Chicago durant sa jeunesse.Elle est également influencée pat les travaux de ses aînés (Franz Kline et Willem De Kooning entre autres) ainsi que par l’œuvre du peintre d’origine arménienne Arshile Gorki.Au moment où Riopelle entre dans sa vie, Joan Mitchell figure panni les artistes les plus prometteurs de sa génération.D faut souligner que ses tableaux datant des années 50 possèdent une force indéniable, avec un vocabulaire qui évoque parfois une sorte de danse au-dessus du vide.Conçue par la conservatrice invitée Jane Livingstone, l’exposition du Whitney Museum accorde une place prépondérante aux œuvres de cette période pré-européenne, l’autre temps fort de la rétrospective étant consacré à la phase Vétheuil de l’artiste.Une petite salle a même été aménagée pour accueillir quelques-unes des toiles de la série La Grande Vallée.Exécutés en 1984, alors qu’on venait de lui diagnostiquer un cancer de la mâchoire, ces tableaux comptent parmi les plus lumineux (pour ne pas dire les plus beaux) que Mitchell ait jamais signés.Jane Livingstone a choisi les cinquante-huit tableaux de sa rétrospective avec un soin méticuleux.Ayant déjà travaillé à deux expositions de Joan Mitchell au cours des années 80, la conservatrice avait eu à composer avec les choix du peintre.Or, à l’époque, raconte-t-elle, les résultats lui avaient paru décevants, le peintre étant rarement un bon juge de sa production.Elle s’était promis qu’un jour elle «allait revisiter cet œuvre pour essayer de lui rendre justice».Dix ans après la mort de l’artiste, Livingstone s'exécute.Ce faisant elle passe outre à certains interdits promulgués par Joan Mitchell, notamment en ce qui a trait à Riopelle.Par espièglerie ou par vengeance, Mitchell avait pris l’habitude de n'offrir qu’une seule et même anecdote lorsqu’il s’agissait de commenter sa relation avec Riopelle, à savoir que celui-ci l’avait abandonnée après vingt-quatre ans de vie commune pour prendre la fuite avec la gardienne de ses chiens [the dogsitter] — une femme beaucoup plus jeune que lui.Livingstone ne manque pas d’évoquer cet épisode dans le catalogue de l'exposition, mais elle prend également la peine d’aborder la question de l’influence de l’artiste SOURCE WHITNEY MUSEUM 0F AMERICAN ART / ESTATE OF JOAN MITCHELL Joan Mitchell, photo de Walt Silver.ÆËÊÊkJ SOURCE WHITNEY MUSEUM OF AMERICAN ART La Ligne de la rupture, 1970-71, huile sur toile de Joan Mitchell.Collection Moya Connell-McDowell.JSÉ® québécois sur sa compagne.Elle se penche également sur leur fortune critique respective pour conclure que trois ou quatre années après le début de leur relation (à mon avis il aurait été plus juste de parler de dix à douze ans), la réputation de Mitchell avait dépassé celle de Riopelle.«Mais, ajoute-t-elle, on ne peut pas dire qu’elle le surpassera jamais pour ce qui est du charisme ou de la force vitale.Le talent de Riopelle était prodigieux, mais jusqu’à ce jour il reste méçonnu aux États-Unis.» A l’annonce de sa mort le 30 octobre suivant, Riopelle exécutera, on le sait, une fresque en sa mémoire.On aura tout dit sur Hommage à Rosa Luxemburg.Après tout, il ne s’agit peut-être que d’une œuvre qui, à travers le souvenir de Joan-Rosa, porte sur la mémoire elle-même.Car Joan Mitchell était une artiste qui, à la manière de Proust, cherchait à faire revivre dans son art une sensation qu’elle avait éprouvée le mois précédent, l’année d’avant ou durant l’enfance, devant un arbre, un cours d’eau, un être humain ou un tournesol.Ces émotions intimes se traduisaient le plus souvent par des symphonies de couleur synonymes d’un bonheur de vivre qui tranchait avec la personnalité guerrière de leur auteur.Car Joan Mitchell était une femme redoutable, animée par une rage de peindre aussi bien que par une rage tout court Une conversation avec elle signifiait bien souvent qu’on ait à se défendre contre des attaques verbales singulièrement perfides.L’interviewer relevait du tour de force.Mais étrangement, on ressortait ragaillardi de ces échanges, comme après un match de tennis chaudement disputé.Avec Riopelle, leur passion rimait avec compétition.Le fait qu’elle ait réussi à le supplanter à partir des années 70 (du moins dans l’esprit de la critique) allait contribuer à la maintenir devant sa toile.Car contrairement à Riopelle, Joan Mitchell n’a jamais abandonné ses tubes de couleurs pour des médiums plus éclatés, comme la bombe aérosol ou le crayon feutre.De fait, malgré la maladie, plus elle avançait en âge, moins elle semblait prête à renoncer au style «classique» qui était le sien.Pour tout dire, elle devenait de plus en plus elle-même, à mesure que le temps passait.Le départ de Riopelle en 1979 ne fit qu’accroître cette tendance.Elle s’adonna alors abondamment au triptyque et au tondo, deux formats que Riopelle avait visités aveç bonheur durant les années 50 et 60 et qu’il a complètement abandonnés par la suite.Comme le lait sobrement remarquer Jane Livingstone dans le catalogue de l’exposition, Mitchell a été «une victime classique de son sexe».A 50 ans, elle avait encore bien des choses à prouver.Au début des années 70, avec la montée du féminisme, constatant que l’histoire lui donnerait une seconde chance, elle a foncé.Plus rien alors, sinon la mort, ne pouvait l’arrêter.C’est ainsi que Joan Mitchell a accru considérablement sa production durant les deux dernières décennies de sa carrière.«Jusqu’à la fin, elle possédait une énergie phénoménale, dit Yvette Y.Lee, qui a assisté Livingstone pour cette exposition.Qu’elle ait réussi à peindre de cette façon alors qu’elle était si frêle relève presque du miracle.» Un miracle qu’il vaut la peine de visiter.Après New York, The Paintings of Joan Mitchell fera escale au musée de Birmingham, en Alabama, puis à Fort Worth, au Texas, pour finalement terminer sa course en 2004 à Washington D.C.ART IN SITU - EXPOSITIONS - VISITES DES SENTIERS POÉSIE - CONFÉRENCE ET TABLE RONDE V A L - D A V I D 6’ SYMPOSIUM INTERNATIONAL Andrée Anne Jérome Fortin Nathalie Levasseur Sonia Robertson Paul-Marie Lapointe Martine Simard-D'arc René Derouin Dupuis-Bourret et Poète Commissaire Directeur Laurent Lamarche artistique 1303, Montée-Gagnon, Val-David Tél : (819) 322-7167 Téléc.: (819) 322-6137 Courriel : rderouinOval-david.net TTiTnt Vous stationnez dans la cour de l'école Saint-Jean-Baptiste, à Val-David, et une navette vous transportera sur le site de la Fondation Derouin.ESPACE ET DENSITE Art contemporain et multidisciplinarité Du 10 août au 8 septembre 2002 Samedi et dimanche de 11 h à 18 h 10 août à 14 h Inauguration officielle en présence des artistes SiE LA FORÊT ENCHANTÉE GRANDE INSTALLATION COLLECTIVE 500 PARTICIPANTS DES TROIS AMÉRIQUES un « WORK IN PROGRESS » Sur le territoire ou en communication virtuelle Une oeuvre de solidarité sur la richesse des cultures des trois Amériques Autour de l'oeuvre La Pêche miraculeuse réalisée en partenariat avec la Biospère de Montréal Yvan Lamonde Gilks Upointp Pimp Nfpvpit Michil GonmvHIe François-Marc Gagnon Conférence et table ronde Culture et Américanité Le samedi 7 septembre à 14 h FINANCIÈRE BANOUC NATIONALE '^raiiscontinrntiil O Commit «|»b «rta ?*
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