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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2002-07-20, Collections de BAnQ.

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DEVOIR, LES SA M EDI 20 E T 2 0 O 2 L E DE L’ En partance: Japon Page D 3 .jf D I M A N (' H E .1 l! I L L E T DE VISU Invitation au voyage Page D 5 - LE DEVOIR C Livres om paillon s Tant de livres à lire.Tant d’écrivains à découvrir, à re-connaître, à fréquenter.Et ces auteurs célèbres que tout le monde semble avoir lus! Comment s’y repérer?Chaque samedi au cours de l’été, le cahier Livres fait le portrait d’un romancier de réputation internationale et de son univers, en prenant appui sur son plus récent titre.Neuf rendez-vous, neuf écrivains.Autant de compagnons d’un été.duïiPtp J ohn Irving MICHAEL KOOREN REUTERS John Irving ¦ ’H* «gisait 'S»',"' ' i v Comment ne pas perdre la main.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR On le connaissait pour ses personnages burlesques, ses mises en situation absurdes, de celles qui faisaient lever bien haut les sourcils alors qu’avançait la lecture du Monde selon Garp ou à’Hôtel New Hampshire.Peut-être John Irving, vieillissant, a-t-il observé que la réalité dépassait la fiction?Car il y a moins d’excentricité, moins de rebondissements spectaculaires dans Im Quatrième Main que dans ses romans antérieurs.Oh! il y a bien quelques féministes, un lion vorace, des femmes en mal de maternité, puis cette greffe de main qu’on tente mais qui échoue.Mais on y trouve en général moins de spectacle et plus de réflexions, notamment sur le monde des médias et sur leur traitement de l’information sensationnelle, plus d’humour et de légèreté aussi.Tout en étant plus simple, La Quatrième Main est plus intérieur que les autres romans d’Irving.11 porte aussi sur la faculté de refaire sa vie après l’avoir ratée durant plusieurs années.La rédemption par l’amour.Pas que le romancier de 60 ans, attaché à son New Hampshire natal, ait perdu la main, comme son personnage principal, le journaliste Patrick Wallingford, amputé de la main gauche par un lion affamé, pourrait le laisser entendre.Mais disons qu’il s’est attaché cette fois-ci à décrire un autre univers que celui, familial et peuplé d’enfants, que l’on retrouve traditionnellement dans son œuvre.Mais parce qu’on n’y trouve pas de famille et peu d’enfants, son univers peut sembler plus vide aussi.A priori, Patrick Wallingford, Y «homme au lion», le présentateur de télévision, n’est pas sympathique.Homme volage, il est divorcé de sa première femme pour lui avoir précisément refusé des enfants.Beau comme un dieu, mais à l'identité chancelante, il accepte indifféremment toutes les femmes qui lui tombent dans les bras.Et elles sont nombreuses.«Il n ’avait pas l'assurance de quel-qu 'un qui se destine à faire quelque chose de sa vie», dit une de ses anciennes conquêtes.Le fait qu’une bête féroce (en cage) ait avalé sa main alors qu’il complétait un reportage télévisé sur un cirque en Inde le rend à peine plus attachant, ni plus attaché d'ailleurs, mais ce fait n'hypothèque en rien son succès auprès des femmes.Et au bout de quelques chapitres, on finit par se rendre à l’évidence, John Irving est maître dans l’art de rendre ce personnage exaspérant.Qui plus est, contrairement à bien d’autres habitants de l'univers ir-vingien, Patrick Wallingford manque de tendresse.Il n’a pas la profondeur d'un Garp ou d'un Holmer Wells.Il n’hésite pas à faire entendre à son épouse en phase de devenir son ex, la voix languissante de sa nouvelle maîtresse au téléphone, la dénommée Monika avec un k.Il en remet aussi en envoyant paître la femme à qui il a accepté, en désespoir de cause, de faire un enfant, en lui indiquant clairement qu’il est en train de passer la nuit avec une maquilleuse aux chewing gums de couleurs douteuses.Horripilant, vous dis-je.Et sans doute fort conscient de l’être.Parce que l’homme, même amputé d’une main, n'est pas du coup entièrement dépourvu d’humanité.Mais il lui manque quelque chose, qu’il est à la veille de trouver.En fait, il est hanté par le contenu du rêve bleu survenu alors qu’il avait avalé la gélule de prescience d’un médicament contre la douleur, offert par un médecin indien mais depuis retiré du marché.Ce rêve, c'est l’amour de Doris Clausen, la femme d’Otto, celui-là même dont Patrick portera la main greffée durant quelque temps.Une main qu’il apprivoisera d’abord, avec laquelle il réussira même à ouvrir des portes et à attacher ses souliers, mais qu’il rejettera finalement, verdie, malade, mésadaptée à son nouveau porteur.Cette femme, qui avait attendu vainement de son premier mari qu’il lui fasse un enfant (une autre!), s’empressera d’arracher au greffé un peu de son sperme, essayant de retrouver dans le poupon qui en naîtra un peu de l’âme de son défunt conjoint.Et le hasard, qui en fait toujours à sa tête, fera que Patrick tombera éperdument amoureux de Doris.Et c’est dans cet amour que le présentateur, la beauté creuse et sans passion de Patrick trouvera le salut, un peu d’ampleur à donner à son âme.L’amour de Doris et du petit Otto, qu’il retrouvera dans le chalet d’un lac entouré de sapins du Wisconsin.Encore une fois, comme c’est souvent le cas dans les romans d’Irving, c’est la famille qui sauve les âmes, qui redonne le goût de vivre aux êtres* autrement perdus.Des romans d’hommes au léger goût de sueur Toujours très typiquement américain, l’univers de John Irving est aussi à la fois ironique ment réaliste et moderne.Les divorces sont relatés ici avec l’humour grinçant qu’on lui connaît.«Je n’aime pas le théâtre, la musique, toutes ces "choses culturelles" qui font vivre les gens de la ville.Sauf le basket-ball.Mais je peux le regarder à la télé», écrivait John Irving dans Le Nouvel Observateur il y a une dizaine d'années.Aussi ses romans sont-ils des romans virils, VOIR PAGE D 2: IRVING L’univers de John Irving est aussi à la fois ironiquement réaliste et moderne Lieux de mémoire Uexotisme extravagant Quels sont les lieux privilégiés d’un écrivain?La pièce où il écrit?le paysage où il rêve?les mots qu’il aligne?Chaque samedi au cours de l’été, notre collaboratrice Guylaine Mas-soutre, forte de ses lectures et de sa visite des lieux, explore le paysage naturel et imaginaire d’un écrivain.C’est à l’historien Pierre Nora que cette série a voulu emprunter son titre, histoire de lui donner le crédit d’une heureuse formule, comme il se doit, mais aussi pour rappeler que littérature et mémoire sont intimement liées.Cette semaine, les lieux de Pierre Loti.GUYLAINE MASSOUTRE Nulle ville française n’est plus austère que la cité militaire et protestante de Rochefort Tout près, dans les marais, le port de Brouage, aujourd’hui en pleine terre comme Rochefort, vit partir un natif fameux, Samuel de Champlain.Mais ce fut La Rochelle qui l’emporta: elle seule s’ouvre toujours sur l’océan.Rochefort ne compte pas seulement sur sa corderie royale pour attirer le passant.Derrière les murs anonymes d’une rue quelconque, se cache un bijou d’orientalisme, une maison de rêve dans laquelle un certain Julien Viaud naquit en 1850.Y enfermant sa mère, sa femme et son fils, il allait la quitter pour de longs voyages, au terme desquels il transformerait tout.D’abord son nom, qu’il doubla du pseudonyme Pierre Loti, puis cet invraisemblable musée, théâtre d'une vie désormais ni huguenote ni provinciale, celle d’un sympathique hurluberlu romancier, grand voyageur militaire.Sur une photo de 1907, on voit le capitaine de corvette à Constantinople, où il vécut une piquante aventure amoureuse, lui qui aimait les hommes, avec une jeune épouse de harem, entrevue à travers des persiennes à Istanbul.Il avait alors 26 ans, un bel âge pour oublier le monde sur les eaux de la Corne d’or, caché sous un caftan et n’en sortant que pour se glisser entre les voiles d’une inconnue nautique.Audacieuse navigation.Gide ne crut rien de l'affaire, mais Loti mystifia tout le monde.D’abord, il voulut se faire musulman, puis ramener la jeune personne à Rochefort, lui qui était marié.Est-ce pourquoi il embarqua sur son navire, vers la Vendée, en la laissant au port?Il lui écrivit, elle aussi, lui peut-être un peu moins emballé qu’il ne criera son chagrin.Car, quand il revint en Turquie, elle était morte.Il allait alors écrire Aziyadé.Évasion Dès sa première solde, il avait acheté des armes africaines, des masques polynésiens, des peaux de girafe.Imaginez sa mère, à Rochefort, chargée d’accueillir le bric-à-brac troqué aux indigènes.Elle voit la maison familiale étriquée dériver sur la vague de la fantaisie insondable de son fils.Il VOIR PAGE D 2: LOTI Pierre Loti !U.USTRATION:TIFFET ^ D® I) 2 L K I) K V OIK, L E S S A M E D 1 20 ET D I M A N (’.ME 21 JUILLET 2 0 0 2 Livres IRVING SUITE DE LA PAGE D 1 pleins de sports et de tanclubs, de la lutte au jogging en passant par le football américain, dont la belle Doris est particulièrement fervente.Ce sont donc des romans d’hommes, au léger goût de sueur.Pas étonnant quand on sait que John Irving s’entraîne tous les jours dans le gymnase de sa résidence du Dorset.Ancien lutteur, l’écrivain perfectionniste a fait de la compétition jusqu’à 34 ans et a été entraîneur jusqu’à 47 ans.Et pour lui, écrire un roman s’apparente à mener un combat de lutte gréco-romaine.«Le temps du combat, très court, vous paraît très long.C’est dur, précis, immense.Très proche de la façon dont je ressens l’écriture.Il faut des tonnes de patience.Vous faites et vous refaites le même geste à l'infini.Oui, l’entraînement est ennuyeux.L’écriture, c'est pareil.Vous travaillez le même geste, encore et encore.Vous écrivez péniblement trois pages en une journée, cinq au maximum, dix parfois.Mais relisez, réécrivez encore et encore, il en reste à peine la moitié! C’est quelque chose que vous construisez lentement et le résultat final est si loin de vos efforts», écrivait-il encore dans Le Nouvel Observateur.John Irving dit avoir eu envie de ce roman plus léger au cours du tournage de L’Œuvre de Dieu, la part du diable (en anglais: Cider House Rules), réalisé à partir du roman du même nom, une histoire plutôt sombre d’orphelins, d’avortements et d’inceste.Mais l’idée plus spécifique de Ixi Quatrième Main lui est venue alors qu’il écoutait à la télé un reportage sur une greffe de main avec sa femme Janet, qui est aussi son agent Celle-ci s’est demandé ce qu’il arriverait si la femme du donneur réclamait un droit de visite sur la main.Il n’en fallait pas plus à John Irving pour plonger dans le récit alambiqué de ce droit de visite et dans celui, non moins tordu, des salles de nouvelles de télévision.Car id, l'écrivain devient presque pamphlétaire.La télévision qu’il décrit celle de Canal Plus, surnommé aussi Calamitel par ses détracteurs, offre une information purement sensationnaliste, sans profondeur.Elle est dirigée par des patrons qui en ont successivement «ras le bol» de la religion, des enfants, de toute chose qui ne soit pas un fait divers insolite et sanglant, du genre même de celui dont a été victime le présentateur, à la main avalée par un lion en cage.Sa critique se préd-se quand il relate la couverture de presse de la mort de John Junior Kennedy, en compagnie de son épouse Caroline Bessette, à bord de leur avion privé.«Qu’on trouve les corps ou pas, quel que soit le temps que ça prendrait, qu’il y ait ou pas une “conclusion", comme disaient les journalistes, il n'y aurait pas de fin — tant que tous les événements de l’histoire récente liés aux Kennedy n’auraient pas fait l’objet d’un reportage.Et le viol de la vie privée n’était pas l’aspect le plus abject de tous.Pour Patrick, le pire, c'est qu’on ne serait même pas dans l’actualité, mais dans le mélodrame recyclé», écrit-il.En fait, John Irving a créé un univers à l’image d’un certain monde moderne, superficiel, insouciant, souvent individualiste, où on trouve très peu d’enfants.Un monde drôle en apparence mais, finalement, profondément triste.LA QUATRIÈME MAIN John Irving Traduit de l’anglais par Josée Kamoun Seuil, Paris, 2002 387 pages baromètre Quebec du 10 au 16 juillet 2002 ¥ : Coup de Coeur RB : Nouvelle entrée Ubrt de ssmames flepun panjlion T Plus de 1000 Coups de Cœur, pour mieux choisir.1 Roman Qc BONBONS ASSORTIS ¥ M.TREMBLAY Leméac/Actes Sud 4 2 Roman Qc LES QUATRE SAISONS DE VIOLETTA C.BROUILLET Denoël 5 3 Essais 0.FALLACI Plon 3 4 Roman LA CROIX DE FEU, T.5 - lre partie D.GABALD0N Lite Expression 7 5 Biograph.Qc L'ALLIANCE DE LA BREBIS G.LAVALLÉE JCL 13 6 Roman Qc OUF ! ¥ D.BOMBARDIER Albin Michel 10 7 Polar MYSTIC RIVER ¥ D.LEHANE Rivages 14 8 Polar TOI QUE J’AIMAIS TANT ¥ M.HIGGINS-CLARK Albin Michel 8 9 Roman LE PIANISTE ¥ W.SZPILMAN Robert Laffont 74 10 Dictionnaire LE PETIT LAROUSSE ILLUSTRÉ 2003 COLLECTIF Larousse 3 11 Jeunesse QUATRE FILLES ET UN JEAN ¥ A.BRASHARES Gallimard 6 12 Roman JE L'AIMAIS ¥ A.GAVALDA Dilettante 19 13 Roman LE UT D'ALIÉNOR M.CALMEL XOéd.21 14 Roman LES ENFANTS DE LA TERRE, T.5 - Les refuges de piene J.M.AUEL Pr, de la Cité 12 15 Polar WONDERLAND AVENUE ¥ M.CONNELLY Seuil 12 16 Roman Qc LE GOÛT DU BONHEUR, T.1, 2 & 3 ¥ M.LABERGE Boréal 84 17 Polar PARS VITE ET REVIENS TARD ¥ F.VARGAS Viviane Hamy 33 18 Roman Qc MISTOUK G.BOUCHARD Boréal 10 19 Roman LE BAISER 0.STEEL Pr.de la Cité 9 20 BD.COLLECTIF Dupuis 3 21 Cuisine BARBECUE ¥ S, RAICHLEN L'Homme 13 22 Roman Qc UN PARFUM DE CÈDRE ¥ A.-M.MACDONALD Flammarion Qc 89 23 Roman LA QUATRIÈME MAIN J.IRVING Seuil 12 24 Roman Qc LE CŒUR EST UN MUSCLE INVOLONTAIRE ¥ M PR0ULX Boréal 14 25 Sexualité FULL SEXUEL J.ROBERT L'Homme 19 26 Guide Qc GtTES ET AUBERGES DU PASSANT AU QUÉBEC 2002 COLLECTIF Ulysse 21 27 Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT E.TOLLE Ariane 95 28 Roman BAUD0LIN0 ¥ U.ECO Grasset 18 29 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?¥ J.SPENCER Michel Lafon 83 30 Roman QUELQU'UN D'AUTRE ¥ T.BENACQUISTA Gallimard 24 31 Roman ÉLOGE DES FEMMES MÛRES ¥ S.VIZINCZEY du Rocher 64 32 Roman LE LIVRE DES ILLUSIONS ¥ P.AUSTER Leméac/Actes Sud 9 33 Roman MADEMOISELLE LIBERTÉ A.JARDIN Gallimard 25 34 Roman LE SECRET DE KATIE BYRNE B.TAYLOR-BRADFORD Pr.de la Cité 4 35 B.D ASTÉRIX ET CLÉOPÂTRE, nouvelle édition G0SCINNY/UDERZ0 Hachette 9 36 Spiritualité METTRE EN PRATIQUE If POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT E.TOLLE Ariane 13 37 Biograph, Qc QUE FREUD ME PARDONNE ! J.VOYER Libre Expression 14 38 Roman U DERNIÈRE RÉCOLTE J.GRISHAM Robert Laffont 13 39 Essais NEXT ¥ A.BARICCO Albin Michel 10 40 Histoire LES JUIFS, LE MONDE ET L'ARGENT ¥ J.ATTALI Fayard 22 41 Polar LA TRAHISON PROMÉTHÉE ¥ R.LUDLUM Grasset 23 42 Essais Qc LE LIVRE NOIR DU CANADA ANGLAIS N.LESTER Intouchables 35 43 Jeunesse CHANSONS DOUCES, CHANSONS TENDRES (livre &Dc) ¥ H.MAJOR Fides 40 44 Arts 365 JOURS POUR LA TERRE Y.ARMJS-BERTRAND de La Martrnière 35 45 Roman Qc VOYAGE AU PORTUGAL AVEC UN ALLEMAND ¥ L.GAUTHIER Fides 14 LOTI SUITE DE LA PAGE D 1 nomme la première pièce à devenir originale la Chambre océa-ne.Et rient rapidement une seconde, la Salle turque.Ce sont des lieux hautement co- lorés, qui disent l’enthousiasme de l’exotisme et la mélancolie du re- tour.Dans les petites pièces où il lait escale, il ressuscite les apparitions .« * aperçues ailleurs, s’enivre de mo- 24 succursales au Quebec ments hors du commun, efface les contingences et le trop-plein de réalité familiale et sodale.L’astucieux personnage collectionne aussi les conquêtes féminines, il commande des repas extravagants, pour la meilleure société de l’entourage, et lance, très à l’avance, des soirées costumées, à thème.Insensé Diti! Il compose des saynètes pour enchanter ses invités.Et il se fait donner la répartie, sacrifiant aux rites de tel derviche, ayatollah ou seigneur médiéval.«Les lieux où nous n’avons ni aimé ni souffert, écrit-il, ne laissent pas de trace dans notre souvenir.En revanche, ceux où nos sens ont subi l’incomparable enchantement ne s’oublient jamais plus.» Après son séjour à Tahiti, où il retrouve le passage de son frère mort, il aime les îles autant que sa maison natale.Cela donne Mon frère Yves.Mais D agit au contraire de Proust: ces lieux, il ne les transpose pas, il les importe et les recrée chez lui, quitte à en prolonger le souvenir dans de délicieux petits romans, auréolés de joie.Le Mariage de Loti, Roman d’un spahi, Pêcheur d’Islande.Il possède maintenant un catafalque, des tapis, des sabres et des burnous, des chambres couvertes de mosaïque, des objets de mosquée, des lampes et ostensoirs, le narguilé sur le brocart, ses turque-ries.Il se fait photographier dans de multiples rôles, en pharaon, en émir, en pêcheur breton, en mandarin chinois.Sur fond de décadence et de volupté étourdissantes, plus amusantes que la chambre fanée de Des Esseintes, imaginée dans À rebours de Huysmans, le roman décadent par excellence de la fin du XK siècle, il se garde toutefois une chambre austère, digne d’un protestant.Là, une couche militaire et un broc d’eau rappellent la discipline, qui est aussi la sienne lorsqu’il écrit.Dans cette chambre, il a son bureau d’écrivain.«Mon cœur est plus changeant qu’un ciel d’équinoxe», formulait-il en une élégante pirouette.Il disait tout en n’expliquant rien, avec art Il charma Sarah Bernhardt, qui fit le voyage de Paris jusqu’à Roche-fort, Anna de Noailles et tant d’autres; mais il leur donna de belles rivales, la mer, ou Blanche, cette épouse qu’il consigna au Salon bleu, entre les boiseries et le cristal, avec ses jours de réception et lui les siennes, tandis qu’il se retirait au Salon rouge, où il dormait en matelot par terre.Il n’y avait pas, bien sûr, de salle PHOTO DELPHIN, ROCHEFORT/AUBERON Loti dans la mosquée de sa maison de Rochefort, en costume d’émir porté pour une soirée donnée le 3 juin 1892.de bains; le jardin était étriqué et le mobilier authentique, parfois un manteau de chentinée gothique ou un vitrail médiéval, beaucoup trop imposant pour des pièces étroites, sans recul possible.Invivable, la maison de Loti, c’est sûr.Caracolant maître de cérémonie Mais il savait renouveler ses surprises.Il poussa l’exotisme vers le Japon.Il avait mis la main sur une importante dot apportée par l’épouse; ses droits d’auteur devenaient substantiels.Il ajouta des tapisseries d'Aubusson, fit dispa-raître les murs sous des boiseries gothiques, acheta des fenêtres à ogives dans une église en démolition et des pièces d’armure, bref il battit les antiquaires à la ronde et dégotta des merveilles.Le 12 avril 1888, il recevait, en manteau d’hermine, le Tout-Paris avec sa dame pour un repas Louis XI! Aux invités d’apporter leur gobelet d’argent.Ce fut une mémorable agitation de maison, au service et au menu exceptionnels, dans un espace grand comme un corridor.Loti défraie la chronique, à tel point que ses extravagances font envie à Paris.Il a même fait transporter la tombe d’Aziyadé à Roche-fort mais certains flairent la supercherie.Il passe, en tout cas, pour une sorte de diplomate, un écrivain capable de parler en bien de l’Empire ottoman.Alphonse Daudet soutient sa candidature à l’Académie: on en demandera davantage à Yourcenar, plus tard! Mais, pour Loti, les Immortels font mine d’ignorer ses frasques dans les villes arabes, tout comme ses poses en tutu avec l’air canaille.C’est que, politiquement, il sert à écarter Maupassant ou Zola de l’Académie.Mais à peine élu, il ferraille tantôt contre les naturalistes, tantôt pour eux, tournant l’affaire — et même son élection — à la farce.Puis, il achète une nouvelle maison, à Hendaye, au Pays basque.L’anecdote veut qu’il y ait fait murer les portes de son bureau et installé une corde lisse au balcon, par laquelle il grimpait dans son repère! Mais le hardi coureur d’aventures continue de sillonner les mers, accompagnant ses expéditions de textes enflammés.Comme Rimbaud, il se rend en Abyssinie et au Moyen-Orient.Sa langue s’épure dans Au Maroc, Le Désert, Vers Ispahan.Puis il découvre l’Inde, et il en retire L’Inde sans les Anglais', ces récits ont été réédités pour leur couleur locale et pour leur réel charme.Cela se lit toujours bien: Loti n’est jamais ennuyeux.Capharnaüm Après la mort de sa mère, en 1896, dont il épanche le chagrin dans Cette étemelle nostalgie.Journal intime 1878-1911 (La Table ronde, 1997), il continue à enrichir sa maison saugrenue de Rochefort On y compte la Chambre arabe, la Salle paysanne, la Pagode (disparue aujourd’hui) et une superbe mosquée, le clou de l’édifice, si savamment divisée et recomposée, dans l’espace d’un mouchoir de poche, que vous y perdez rapidement le sens de l’orientation.Dans cette mosquée de son cru, le pla- fond de cèdre, déménagé avec d’infinies précautions d’une mosquée en démolition à Damas, imite celui de TAlhambra; supporté par des colonnes de marbre, il abrite une fontaine intérieure.Des cénotaphes couverts de soieries orientales semblent attendre les célébrités dont les photographies, dans la salle d’à côté, hantent les lieux.L’affaire Dreyfus éclate, et Loti, un peu plus sérieux que d’habitude, se range du côté de Zola.Mais il préfère se retrouver à Pékin, ce qui n’est pas banal au tournant du siècle, et vaut un salon chinois à Rochefort.,Et soudain le voici au Japon, en Egypte, à New York même! Sa femme le quitte, exaspérée par ses frasques.Au bout de l’aventure, le petit homme aura fait dix fois le tour de la terre et publié une quarantaine d’ouvrages.Il est enterré, en 1923, selon sa volonté, à Saint-Pierre-d’Oléron, dans la dernière demeure qu’il acheta et nomma la Maison des aïeules, dans l’île d’Oléron; une maison où il n’a jamais vécu.Sa maison de Rochefort, rue Saint-Pierre devenue rue Pierre-Loti, est aujourd’hui un musée municipal, qui offre des visites guidées.la promenade vaut, sinon le voyage, du moins le détour.Proust aimait bien Loti, André Breton le traitait d’idiot, et le critique Edmond Jaloux, qui soutint Marguerite Yourcenar dès ses débuts, le trouvait humain.Les romans de Pierre Loti ont été rassemblés en un volume paru en 1989, aux Presses de la Cité, coll.«Omnibus».LITTÉRATURE JEUNESSE De jolies petites taupes GISELE DESROCHES Une nouvelle collection aux 400 coups, «Comme trois pommes», met en vedette deux petites sœurs taupes dans diverses situations très simples.Les sœurs Taupe, qui ont d’abord rencontré leur public anglais (The Mole Sisters And.) s’entendent en tout point, ne s’ennuient jamais, s’amusent d’un rien dans la nature et parfois même ne font rien, ce qui, dans une société hyperactive, est en soi plutôt apaisant Ces petits albums, format souple à l’italienne (19 x 14 cm), couleurs estompées sur de grandes marges blanches, phrases courtes, texte très simple, s’adressent tant à des lecteurs débutants qu’à des bambins d’un an ou deux qui s’amusent de galipettes et de coucous.Les histoires sont empreintes de découvertes, de créativité et d'expériences nouvelles.De mignonnes peluches miniatures qui les représentent, pouvant s’agripper l’une à l’autre grâce à de petits boutons de velcro, sont également disponibles.LES SŒURS TAUPE ET IA MOUSSE IŒS SŒURS TAUPE ET LE CHAMP DE BLÉ LES SŒURS TAUPE ET LA PLUIE LES SŒURS TAUPE ET L’ABEILLE Texte et illustrations de Roslyn Schwartz Traduit par les sœurs Lauzon Ijes 400 coups, collection «Comme trois pommes» Montréal, 2002,32 pages Pour rester dans la nature et les découvertes, Marie-Louise Gay ouvre, avec l’album Stella, fée des forêts, l’univers enchanté de Stella et de son jeune frère Sacha, qui vont jouer dans la forêt.Essentiellement A Les sœurs Taupe et le champ de blé.SOURCE LES 400 COUPS faite de dialogues entre les deux enfants, l’histoire avance au gré des questionnements de Sacha, auxquels sa grande sœur Stella répond avec autant de poésie que d'imagination.Sur leur chemin, les moutons ressemblent à des nuages qui font la sieste dans les champs, les papillons sont peutètre des fées qui ont oublié leur baguette magique à la maison, une tortue peut ressembler à s’y méprendre à une pierre et un rocher être aussi gros parce qu’un géant l’arrose tous les jours.Les enfants se fabriquent une maison avec un toit de fougère sur un lit de mousse et font des vœux pour y rester toujours.Légèreté et liberté imprègnent les illustrations qui sentent les vacances et le plaisir.Chut! Parlez plus bas, les ours ont le sommeil léger!, affirme Stella STELLA, FÉE DES FORÊTS Texte et illustrations de Marie-Louise Gay Dominique et compagnie Montréal, 2002,32 pages Dans Le Grand Voyage de Monsieur Caca, album au contenu informatif sur la digestion, l’auteure An- gèle Delaunois a choisi une narration à la deuxième personne, s'adressant directement au jeune lecteur et lui expliquant en termes vulgarisés ce que deviennent les aliments qu’il ingère.En tout juste 12 pages, Tauteure réussit à expliquer sommairement comment est transformée, étape par étape, la pomme présentée à la première page.Les phrases, enserrées dans une sorte de gaine noire, sont illustrées à raison d’une par double page.L’illustratrice Marie Lafrance a confié cette narration à un loup au museau pointu, affublé d’une blouse de médecin et d’un stéthoscope.Des commentaires humoristiques («Allô le foie, on a besoin d'aide!» ou «Ça ne sent pas la rose par ici!») ou des conseils divers jalonnent et animent le parcours.Toutes sortes de trouvailles: petits bonshommes-enzymes, onomatopées, panneaux indicateurs, flèches, gags visuels, etc., s'insèrent dans l'image, conférant un aspect très ludique à ce documentaire unique et original.LE GRAND VOYAGE DE MONSIEUR CACA Texte d’Angèle Delaunois Illustrations de Marie Lafrance Les 400 coups, collection «Carrément petit» Montréal, 2002,12 pages Les albums de la nouyelle série produite par La Courte Echelle, signée Sonia Sarfati et Christine De-lezenne, s’inscrivent tout à fait dans une tendance «arts visuels» avec des illustrations utilisant des médias mixtes et juxtaposés (photos, collages, matériaux à trois dimensions, dessins d’enfants, etc.), un langage iconographique varié, des personnages à peine esquissés sur fonds bruts, des flèches, des chiffres, des graphiques, des lignes de textes placées en oblique, ne respectant ni la droite ni l’horizontale, bref, des images où la créativité et l’innovation sont mises en avant, accompagnant admirablement un texte drôle et amusant Les deux titres parus jusqu’à maintenant sont aussi intéressants l’un que l’autre: Pas de toutou pour Loulou raconte tous les efforts qu’a dû déployer Lou pour convaincre ses parents de lui offrir un chien.Drôle de peau pour un cabot poursuit avec les efforts que IjOu déploie pour réparer son chien cassé.En effet, Lou est d’avis que son chien a un problème: il ne remplit pas sa peau, c’est un shar-pei.L’enfant entend bien le réparer.Il se montrera très inventif, mais on se doute bien que ce ne seront pas toujours de bonnes idées.Ijcs deux albums sont plaisants à découvrir et à relire, tant pour les détails tit's illustrations que pour la douce folie qui s’en dégage.DRÔLE DE PEAU POUR UN CABOT PAS DE TOUTOU POUR LOULOU Texte de Sonia Sarfati Illustrations de Christine pelezenne lit Courte Échelle Montréal, 2002,36 pages » f V L E I) E V 0 I R .I, E S S A M EDI 2 0 D I M A N C HE 2 1 .1 U I L L E T 2 0 0 2 E T -» Livres •»- PARTANCE Pluie de pétales I) :i W c, JS* REUTERS Les cerisiers en fleurs des jardins du Palais impérial, à Tokyo.L été est une saison propice aux dépaysements.Chaque samedi tout au cours de l’été, notre collaboratrice Johanne Jarry fera entendre ici quelques voix d’écrivains dont les œuvres permettent de franchir les frontières et font du lecteur un voyageur.Cette semaine: le Japon.JOHANNE JARRY Un jeune homme s’engage seul sur le sentier d'une montagne et se parle à lui-même en marchant.«Lorsque le mal de vivre s’accroît, l’envie vous prend de vous installer dans m endroit paisible.Dès que vous avez compris qu’il est partout difficile de vivre, alors naît la poésie et advient la peinture.» 11 vient de quitter Tokyo avec pour tout bagage du papier pour écrire et quelques pinceaux pour peindre.11^ cherche le repos.«Souffrir, s’irriter, enrager, pleurer, c’est le lot du monde des hommes.Moi-même, je n’ai fait que cela pendant trente ans et j’en ai assez.» Il progresse, réfléchit à sa façon de peindre et d’écrire.«La poésie à laquelle j’aspire n’est pas celle qui exhorte les passions terrestres.Mais plutôt celle qui m’affranchit de préoccupations triviales et me donne l’illusion de quitter — ne fût-ce que pour m instant — ce monde de poussière.» Voilà sur quels sentiers le narrateur entraîne le lecteur dans Oreiller d’herbes (Rivages poche), selon une expression qui évoque le voyage au Japon.Nat-sumé Sôseki présentait son livre comme un roman-haïku.Porté par le regard attentif d’un peintre, ce très beau texte exprime aussi la sensibilité d’un poète qui souhaite détacher sa création de sa source anecdotique.Né en 1867 et mort en 1916, Sôseki s’est spécialisé dans la littérature anglaise; Kenzabu-rô Oé le présente comme «le plus grand écrivain qu’ait produit le Japon au cours de sa modernisation».On peut poursuivre ce voyage dans la montagne en lisant Le 210' Jour, présenté comme le pendant ironique à’Oreillers d’herbes, disponibles dans la collection «Rivages poche», tout comme la plupart des romans de Sôseki.Croire ou ne pas croire ?On est bien tenté d’associer le narrateur de Scandale (Livre de poche), roman de Shûsaku Endô, à son auteur, écrivain catholique engagé.On dit qu’un écrivain réputé pour son œuvre et sa foi catholique a été vu à quelques reprises avec une prostituée qui, lors d’un banquet, confirme la rumeur en l’approchant familièrement lors d’une soirée.L’homme proteste, s’inquiète de ce que ses lecteurs penseront de lui.Cette situation troublante l’amène à se demander si la belle âme qu’il affiche est vraiment la sienne.Fantasmer, est-ce faillir?Ce narrateur n’échappe pas au sort que Endô réserve à tous les autres: il doute.Et il finit par se sentir coupable, autre sentiment pré- sent dans l’œuvre de Shûsaku Endô et qui étonne, car c’est un thème plutôt rare dans la littérature japonaise.Les principaux personnages du roman Le Fleuve sacré (Folio) espèrent échapper à cette culpabilité et trouver un sens à leur vie sur les bords du Gange.L’une veut revoir un homme dont elle s’est moqué, le deuxième espère reconnaître (histoire de se faire pardonner?) l’âme réincarnée de sa femme.Quant au dernier, il souffre de se souvenir de ce qu’il a fait pendant la guerre de Birmanie.Pendant que ces personnages sont en quête de pane, les cadavres d’animaux se mêlent à ceux des hommes et dérivent sur les eaux dans lesquelles on entre pour se purifier.Ce roman marquant rend compte avec beaucoup de finesse du choc entre deux monde?et pose singulièrement la question de la croyance.A découvrir.Une affaire personnelle L’œuvre de Kenzaburô Oé, Prix Nobel de littérature en 1994, s’élabore autour d’un événement personnel.L’écrivain met fin à un cycle romanesque familial avec Une famille en voie de guérison (Gallimard), récit où le narrateur se remet des bouleversements qu’a causés la naissance d’un fils handicapé mental.Avec le temps, l'homme réalise que son fils est, à sa manière, doué d’expression et de vie; sa sensibilité lui permet aussi de composer de la musique.Que serait-il advenu d'Hikari si on l’avait laissé à lui-même?«[.] le style fondamental de ma littérature consiste à partir de faits concrets et Autobiographiques pour les rattacher à la société, à l’Etat et au monde», déclarait Oé dans son discours de réception du prix Nobel, publié à l’intérieur du livre Moi, d’un Japon ambigu (Gallimard).Ce livre très intéressant regroupe d’autres conférences destinées au public Scandinave et éclaire autrement l’œuvre d’Ôé.L’auteur y analyse son parcours d’écrivain, retrace des influences (en première place, la littérature nordique lue lorsqu’il était enfant), certains aspects de la société japonaise et les œuvres des jeunes écrivains japonais.Frôler la mort .Banana Yoshimoto est l’un des écrivains cités par Oé.Il reproche à ses livres (et à ceux de Haruki Murakami) d’exprimer «l’expérience d’une jeunesse politiquement non engagée ou détachée, ravie de vivre une adolescence attardée ou une sous-culture postadolescente».Le lecteur qui se limiterait à son premier roman, Kitchen (Folio), vendu à deux millions et demi d’exemplaires, pourrait partager son avis.Mais son recueil Le Dernier Jour (Editions Philippe Picquier), paru récemment, propose une matière plus étoffée.La plupart des nouvelles se déroulent en Argentine et mettent en scène des jeunes femmes confrontées de diverses façons à la mort.C'est là qu’elles prennent la réelle mesure de leur vie, ressentent combien le simple fait d’exister est une chance.Ces jeunes femmes d’aujourd’hui sont accompagnées d’un homme avec qui elles errent à l'autre bout du monde.Ils voyagent comme ils vivent; ils sont là sans y être, ensemble comme s’ils étaient étrangers.Arrive la mort pour leur rappeler qu’ils sont vivants.Dans ce recueil, l’écriture de Yoshimoto s'ouvre davantage à la réalité des autres, même si elle demeure essentiellement centrée sur les questions existentielles de ses héroïnes.Zones troubles On entre dans des eaux beaucoup plus troubles avec Yôko Ogawa, la plus inquiétante des écrivaines japonaises.De deux ans l’aînée de Yoshimoto (née en 1964), cette auteure explore des zones où s’aventurent rarement les femmes, et encore moins les Japonaises.Comment le fétichisme, le sadisme, le masochisme peuvent-ils cohabiter sans sombrer dans la pornographie sensationnaliste à la mode?Il règne dans les livres inusités d’Ogawa un climat inquiétant où les personnages (presque toujours en duos ou en trios) sont captifs de lieux clos abandonnés; l’univers fictjf d’Ogawa ne leur ménage aucune sortie.Etrangers à toute rectitude politique ou morale, les personnages d’Ogawa peuvent très bien cuisiner des confitures avec des pamplemousses impropres à la consommation pour nourrir une femme enceinte.Et pourtant, ni la haine ni une monstruosité évidente semblent motiver ce geste.Alors quoi?Chaque livre d’Ogawa laisse le lecteur sur une interrogation, sauf peut-être Parfum de glace, le plus récent de ses romans.L'histoire de deuil de cette jeune femme dont l’amoureux s'est suicidé est beaucoup plus conventionnelle, touchante mais moins convaincante, donc peu représentative du style si particulier de Yôko Ogawa.Tous ses romans sont publiés chez Actes Sud, dont certains dans la collection «Babel».Sont particulièrement recommandés: Im Grossesse, Le Réfectoire un soir, Une piscine sous la pluie et L’Annuaire.Concluons avec le livre de Nicole-üse Bernheim, Saisons japonaises (Petite bibliothèque Payot), récit sensible d’une Française en voyage au Japon.A ne pas manquer: les deux premiers romans de Kazuo Ishiguro: Un artiste du monde flottant (10/18) et Lk-mière pâle sur les collines (10/18).On a l’impression que ce Britannique, arrivé du Japon à l’âge de cinq ans, rend compte dans ses premières œuvres de son héritage japonais.Enveloppant.ROMAN QUÉBÉCOIS Père absent, père trafiqué LETTRES QUÉBÉCOISES UInde de Tintérieur LE CARNET DE LÉO Danielle Dubé XYZ éditeur Montréal, 2002,200 pages Elle a une curieuse façon de se poser des questions, la narratrice du roman de Danielle Dubé, en y incluant parfois leur réponse, comme dans celle-ci, qui est au cœur même de son propos: «D’où vient cette recherche constante du père, cristallisée par l’Absence et la Distance séculaires?» Le sien, de père, vient précisément de mourir au début de son récit, foudroyé par une crise cardiaque alors qu’il séjournait en Floride comme le font tous les hivers des milliers de Québécois retraités.Le Carnet de Léo se veut une sorte de tombeau littéraire en son honneur, où la fille aînée, au gré de ses propres souvenirs et de ceux de ses proches, va recomposer la figure de cet homme ballotté par la vie.Il fut agriculteur, chercheur d'or, gardien d’usine et voyageur de commerce, chaque fois par nécessité.Il allait là où il y avait de quoi gagner son pain, du Bas-du-Fleuve à l’Abitibi, du Saguenay aux Bois-Francs.Léo a été un père somme toute assez gentil.Bon raconteur d’histoires, imitateur doué, il avait cependant des peurs irraisonnées qui se sont aggravées avec l’âge.La retraite venue, il n’a plus été qu’un mari grincheux, perpétuellement vissé devant son poste de télévision.Il n’est plus resté grand-chose de celui qui s’était intéressé aux oiseaux, du bricoleur habile, de l’homme qui aimait faire rire et qu’on avait surnommé «le roi Léo tant il était fier de ce qu ’il était, et de son allure».Ce portrait en pièces détachées d’un homme pourtant sans grande histoire est intéressant lorsque la narratrice s'y tient, sans chercher à donner à son père et au souvenir qu’elle a de lui une envergure qui de toute évidence ne lui ressemble pas.Rien à faire, la tentation est trop forte: elle s’adonne à de vastes considérations sur la vie, l’âme ou la mort, inspirées de ses lectures: Le Soin de l’âme, du psychothérapeute américain Thomas Moore, Le Livre des mourants tibétains, notamment.Il en ressort que chacun doit faire son deuil de la personne disparue, ce qui relève du simple bon sens.Mais la narratrice semble vouloir à tout prix relier la mort de son père au grand ensemble cosmique.Se profile en effet, dans son récit, la certitude que tout se tient dans l'univers, que le hasard n’existe pas.11 n’y a que de la nécessité, un ordre qui donne un sens à ce qui, pourtant, paraît ne pas en avoir.La narratrice du roman de Dubé s’appuie d’ailleurs sur des preuves.Elle découvre, avec l’aide d'une de ses sœurs, que la vie de Léo semble avoir été réglée sur le chiffre sept, dont le lecteur est incité, par quelques appels du pied, à mesurer toute la charge symbolique.Et puis, il y a la cou leur jaune qui s’offre elle aussi aux lectures qu’on voudra bien.Jaune, la couverture de cuir du carnet de Léo, où elle lit «des chiffres et des signes, des dessins de trains, de voitures et de chevaux, des noms de personnes avec adresses et numéros de téléphone».Un humble carnet qui ne semble pas dire davantage que les soucis quotidiens d’un petit commis-voyageur, où sa fille va pourtant tenter de trouver autre chose, une sagesse profonde, un fil conducteur.Car, écrit-elle, «de tout temps, les humains ont raconté, résumé, illustré par des symboles, des objets, Robert Chartrand des artefacts que d’autres humains à leur suite s’échinent à déchiffrer dans les grottes, les cavernes ou sur des lambeaux de papier».Et voilà le petit carnet arraché à sa simplicité première, qu’on tente de promouvoir au rang de trésor archéologique alors que, laissé à lui-même, si la narratrice avait bien voulu le lire sans le trafiquer, il aurait révélé son propriétaire bien plus justement.Pour ajouter de la profondeur à cette quête du père disparu, comme si elle manquait de substance, la narratrice met à contribution de grandes œuvres littéraires: L’Odyssée, L’Étranger, Don Quichotte, où Léo aurait peine à se reconnaître.Et puis, elle convoque, pour la recherche de la figure du père, biologique ou symbolique, Le Fou du père de Robert Lalonde ou Monsieur Melville de Victor-Lévy Beaulieu.Tout cela est très bon, et voici la narratrice en prestigieuse compagnie.Cette quête du père est infinie, elle a donné lieu à des œuvres remarquables.Mais Léo, lui?Qu’a-t-il à faire de toutes ces références qui ne font que souligner le peu que sa fille a à écrire de ce qu’elle ressent, elle, de sa perte intime?Plus embêtant encore, chez cette narratrice: elle s’en tient, sur le thème du père absent ou disparu, à des références masculines, d’écrivains ou de personnages, elle qui pourtant déplore avec une belle régularité le rôle effacé des femmes, y compris de sa propre mère, et qui se demande même — la question est futile — pourquoi on ne cherche pas de «mère» littéraire.Et pourtant, si elle s'était donné un peu la peine de lire davantage, elle aurait trouvé des appuis de taille.Sans remonter jusqu’à Y Ange line de Montbrun de Laure Conan, elle aurait pu évoquer Ce fauve, le bonheur de Denise Desautels, Les dimanches sont mortels de Francine D’Amour ou L’Homme des silences de Christiane Duchesne, où sont écrits de façon remarquable les rapports de femmes ou de fillettes avec leur père.Le Carnet de Léo est un récit qui papillonne autour, et par moments très au-dessus, de son projet.Le père décédé est englouti dans des citations, des références dont l’accumulation finit par donner l’impression d’un bazar.Fallait-il vraiment enrober le récit de cette jeune femme comme si, à vrai dire, elle aurait eu si peu à dire de ses rapports avec son père?Danielle Dubé a dédié son roman à sa mère, ce qui veut sans doute dire quelque chose.I^o, lui — paix à ses cendres.—, est ici enterré dans un récit qui lui rend un hommage embêté.Père distant, mort dans sa lointaine Floride, étranger à jamais, il sert ultimement à célébrer la perpétuation de la vie, selon sa fille, en Australie.11 aura été, et jusque après sa mort, aussi absent que présent.Celle qui le raconte n’a pas su faire le tri dans tout cela, et c'est malheureusement son discours nouvelâgiste qui prend le pas sur la mémoire.Pauvre lio.robert.chartrand5Casympatico.ca POUDRE DE KUMKUM Larry Tremblay XYZ éditeur, coll.«Hiéroglyphe» Montréal, 2002, 77 pages SOPHIE POULIOT Ta folie dans les cheveux, le ^Ljsang jamais satisfait, je voyage.» Ceux qui connussent l’intérêt que l’auteur et metteur en scène Larry Tremblay porte à l’Inde et à sa culture ne seront pas surpris d’apprendre que Poudre de kumkum relate deux des nombreux voyages qu’il y a faits.Tremblay, à travers quelques commentaires sur le pays — et particulièrement sur le kalhakali, une danse théâtrale indienne —, brosse un portrait du changement inévitable que subissent les recherches ontologiques menées par l’être humain au cours de sa vie.En vingt ans, il passe du jeune homme qui pose un regard curieux sur le mystère que constituent la vie et sa signification à l’adulte qui désespère d’y comprendre un jour quoi que ce soit.Poudre de kumkum est donc composé de deux parties bien dis- tinctes.La première est le journal de bord d’un voyage de jeunesse où l’auteur formule diverses réflexions quant aux notions d’identité, de travail, d’accomplissement et ainsi de suite.Dans la seconde section, le voyageur, âgé d'une quarantaine d'années, vient de perdre sa mère et essaie de reconstruire sa propre existence dans le pays qui l'a si souvent accueilli depuis son premier périple.Bien que la juxtaposition des deux parties soit intéressante, force est d’admettre que la seconde s’avère bien plus sensible, profonde et riche que la première.L’auteur y décrit avec beaucoup de justesse les sentiments ravageurs qui hantent celui qui a assisté et qui doit survivre au trépas d’un être aimé.«Je regardais ton ventre où j’ai séjourné, où maintenant tout s’est définitivement arrêté, et j’eus soudain la sensation que ma vie désormais n’avait plus qu’une direction, que tout était devant moi.Un pas en arrière et je tombais dans le vide que ta mort avait subitement créé.» Cette précision, cette limpidité s’oppose à la poésie parfois assez abstraite de la première section du livre.«J’ai l’horizon au bout des doigts et les yeux inutiles.Je bois l’eau du sable, comme une pensée entre deux rêves.J’ai bien fait de mettre l’orage dans ma théorie, histoire de la faire éclater.Se souvenir de la chevelure de l’histoire, toujours à peigner.» La lecture de tels propos peut s’avérer ardue, malgré plusieurs métaphores efficaces.Ainsi, Poudre de kumkum n'est certes pas recommandé aux amateurs de récits de voyage conventionnels.L’auteur parle bien davantage de lui-même, de ses questionnements et de la vie en général — sous une forme philosophi-co-poétique — que de l'Inde.lorsqu’on a ne serait-ce qu’un bref aperçu des problèmes écologiques, économiques et sociaux du pays, il est indéniable qu’il y aurait une multitude de choses à dire et à écrire à propos de cette terre mythique.Or ce n’est pas ce que voulait faire l’auteur et ce n’est pas ce qu’il a fait.Larry Tremblay philosophe sur la vie, l’identité et l’équilibre personnel, avec l'Inde pour trame de fond.Heureusement, il le fait de façon plutôt intéressante.POLAR Le retour de San-A MARIE CLAUDE M IRANDETTE Ça y est Après le vin nouveau, le premier «nouveau San-An-tonio», gribouillé non pas par Frédéric mais par Patrice Dard, fils de feu papa, vient de paraître.lo comparaison peut commencer.Comment fiston arrive-t-il à relever ce défi surhumain, à reprendre le flambeau laissé par un monument de l'humour sans gêne et grivois, voire grossier, à incarner Béru, Marie-Marie et toute la ribambelle des personnages mal dégrossis et délicieusement pervers auxquels nous avait habitué le paternel?Plutôt bien, en fait, même si la plume manque parfois un peu de magie et que le récit ne pèche pas par excès d’imagination.C’est tout de même assez fidèle au style et à l’esprit des personnages sculptés au fil des ans et des romans.Ce n’est toujours pas de la grande littérature, et ça n'en a pas du tout du tout la prétention, mais ça se laisse lire le sourire aux lèvres.Dans celte nouvelle aventure, Béru et Marie-Marie sont en Espagne et, en bons touristes, assistent à une corrida.Après le spectacle, le torero, un certain Joselito Ypukantybez, est retrouvé un peu mort et totalement vidé de son sang, un bandillero traversant sa gorge de part en part.Embroché comme une saucisse, le torero! Il était le frère d’Hora-cio, une crapule que Béru a envoyée derrière les barreaux lors d’une précédente affaire et qui, par le plus curieux des hasards, vient de s’évader de prison.Béru ne fait ni une ni deux et contacte son pote Blanc, un black qui vient de démissionner de la fli-caille pour endosser une carrière politique.Mais celui-ci accepte néanmoins de l’aider un peu dans sa quête.Fiston aussi est appelé à la rescousse par le paternel.Mais à cette histoire de meurtre s'en greffe une autre, celle d’une jeune prostituée polynésienne vendue par sa maman vaguement junkie à des «intérêts espagnols» et enfermée à double tour dans la chambre au-dessus de celle du célèbre couple sanantonien.N'écou- tant que son courage, Béru décide de prendre la jeune Lucia, 12 ans, sous son aile; il la confie à son épouse avant que de tenter de sauver sa sœur, dans le même pétrin.Pas simple, la vie de flic! Les amateurs de San-Antonio seront ravis de retrouver ces personnages hauts en couleur, avec leurs histoires hilarantes et leur verbe pour le moins direct et parfois un tantinet vulgaire.La plume est dans le ton de celle à laquelle Frédéric avait habitué son public, et l’humour si typique à cette littérature de taverne est encore et toujours au rendez-vous.Un peu bref mais plaisant comme lecture, pour les amateurs du genre il va sans dire.LES NOUVELLES AVENTURES DE SAN-ANTONIO CORRIDA POUR UNE VACHE FOLLE Patrice Dard Fayard Paris, 2002,300 pages I L K I) K V () I R .L E S SAMEDI 20 E T DIMANCHE 21 JUILLET 2 0 0 2 I) 4 'Essais- Un peu de gauche pour se rafraîchir LES GROS RAFLENT LA MISE À QUI PROFITENT LES FONDS PUBUCS À L’HEURE DE LA MONDIALISATION?Steyen Gorelick Éditions Écosociété - Silence Montréal-Lyon, 2002, 216 pages QUAND L’UTOPIE NE DÉSARME PAS Les pratiques alternatives DE LA GAUCHE LATINO-AMÉRICAINE , Pierre NJouterde Éditions Écosociété Montréal, 2002,200 pages Coordonnateur de l’International Society for Ecology and Culture, l’Américain Steven Gorelick, qui vit sur une petite ferme au Vermont, critique sévèrement le modèle économique industriel que les actuels maîtres du monde tentent d’imposer à toute la planète.S’inscrivant dans la tradition idéologique du «small is beautiful», son essai intitulé Les gros raflent la mise récuse le caractère fatal de la mondialisation industrielle et plaide en faveur d’une organisation économique respectueuse des spécificités locales.L’essentiel de son propos pourrait se résumer comme suit les gouvernements utilisent l’argent public, celui des citoyens, pour l'investir dans des infrastructures et établir des réglementations qui ne profitent qu’aux grosses industries dont la logique encourage un mode de vie destructeur.En effet les entreprises multi ou transnationales, qui attribuent leur prospérité à leur génie privé, ne doivent leur «réussite» qu’à l’orgie de dépenses publiques réalisées en leur faveur au détriment de projets à échelle plus humaine.Qu’il s’agisse de la mise en place d’infrastructures de transports et de communications, de plantureuses subventions à la recherche en innovation technologique, de lois nationales et internationales favorables au libre-échange, de réglementations commerciales sans effet sur les gros producteurs mais mortelles pour les petits, Louis Cornellier ?toutes ces initiatives gouvernementales visent à faciliter un expansionnisme industriel qui, sans elles, serait peu attrayant pour ses hérauts.Gorelick est catégorique: c’est l’argent des petits qui engraisse les gros dont les projets détruisent l’environnement, font reculer la démocratie et tuent la vie socioéconomique des communautés locales.Même l’école publique, grâce à la complaisance des gouvernants, contribue à ce désastre en adoptant une approche utilitaire et une idéologie consomma-toire qui «renforce l’idée que toute société viable doit être fondée sur le modèle industriel».Nulle fatalité dans ce processus, donc, mais plutôt le triste résultat d’un oligopole politico-industriel sciemment mis en place par des requins de la finance et du pouvoir.Plutôt radical quoique rédigé sur un ton dénué d'agressivité, l’essai de Gorelick comporte deux enseignements nécessaires: l’évolution économique du monde ne relève pas d’une fatalité naturelle et le pouvoir de l’entreprise privée est le résultat d’un détournement des fonds publics en sa faveur.L’impuissance civique devant le cours des choses est donc un mythe, et le pouvoir de changer le monde existe.Toutefois, la saveur écolo-radicale de sa critique de l’industrialisme et de ses solutions vaguement hippies cantonne l’essayiste dans une position de critique externe réconfortante pour la bonne conscience mais peu pertinente et donc illusoire.Essentielle, la critique de l’industrialisme, quand elle s’éloigne de la rationalité social-démocrate, débouche souvent sur un militantisme qui, pour être de bonne foi, n’en flirte pas moins avec la réaction.Des gauches latino Sociologue et professeur de philosophie au Collège de Limoilou, Pierre Mouterde ne nie pas la crise actuelle qui frappe la gauche à l’échelle mondiale.Après l’expérience communiste qui a donné lieu à tant de pratiques totalitaires, la social-démocratie qui a connu «un véritable effondrement idéologique» et les mouvements nationaux et populaires du Tiers-Monde qui ont fait le lit de dictatures multiformes, comment résister à la tentation de considérer tout projet de transformation sociale ou politique progressiste comme «illusoire et dénué de sens»?Pourtant, demande-t-il, «peut-on, au nom des échecs conjugués auxquels ils ont abouti dans le dernier tiers du XX' siècle, tirer un trait définitif sur les séculaires efforts des couches populaires pour se faire entendre, et se résoudre à considérer la gauche comme l’ultime avatar d’un monde moribond»?Formulées à qui mieux mieux à gauche et à droite depuis plus d’une dizaine d'années, ces conclusions, selon Mouterde, «résistent difficilement à l’épreuve du réel social et politique» et «détonnent au regard des conditions de vie concrètes de millions d'individus».Le projet de la gauche, qui postule un progrès historique possible et la nécessité d'une «action humaine libératrice», n’a en ce sens rien perdu de sa pertinence fondamentale, mais sa survie et ses éventuels succès exigent que ses porteurs s’engagent avec pragmatisme et sans dogmatisme dans un présent fluctuant «En ce sens, être aujourd’hui de gauche, lorsqu’on cherche à éviter les pièges du passé, ce n’est pas nécessairement pousser coûte que coûte à la radicalisation ou rappeler haut et fort quelques idéaux hors d’atteinte, mais à partir de conditions données — aussi défavorables soient-elles —penser et trouver les chemins pratiques qui peu à peu permettront l’affirmation grandissante des classes populaires.» Journaliste et chercheur spécialisé dans l’étude des mouvements sociaux en Amérique latine, Mouterde nous propose donc d’aller voir ce qui se passe là, à cet égard, dans Quand l’utopie ne désarme pas.Conçu comme une sorte de réplique à L’Utopie désarmée, un ouvrage de l’intellectuel mexicain Jorge Castaneda qui prônait en 1993, «la réconciliation entre la gauche et l’ordre bourgeois et libéral», l’essai engagé mais très nuancé de Mouterde offre d’abord une vision d’ensemble très claire de l’évolution sociopolitique de l’Amérique latine au XX' siècle.En gros: du populisme aux espoirs progressistes suscités par la révolution cubaine de 1959 et suivis par l’arrivée, dans les années 70 et dans plusieurs pays, de dictatures de sécurité nationale qui laissent place, vers 1990, à un retour des «démocraties restreintes ou sous tutelle».L'essentiel de son propos s’intéresse principalement aux questions suivantes: quel rôle a joué la gauche dans ce processus?Quels furent ses bons coups et ses erreurs, dans les cas cubains, nicaraguayens et haïtiens, plus particulièrement?Et surtout, où et comment son utopie s’incarne-t-elle aujourd’hui de la plus belle façon?Combinant l’approche journalistique et l’analyse sociopolitique, X«observation concrète et [1’] élaboration conceptuelle», Mouterde consacre enfin quatre chapitres à des cas de figure illustrant cette «utopie stratégique» qui constitue, selon lui, l’avenir de la gauche, «une utopie qui ne désarme pas et qui, loin de se concevoir comme une fuite hors du réel, cherche à s’y enraciner, socialement, politiquement».Il s’agit de la Confédération des nationalités indigènes d’Équateur, de l’Armée zapatiste de libération nationale du Mexique, du Mouvement des sans-terre au Brésil et du projet de gestion participative du Parti des travailleurs brésiliens à Porto Alegre.Capable à la fois d’enthousiasme et d’esprit critique face à ces mouvements, Mouterde souligne ce qui les distingue d’une gauche traditionnelle sclérosée et salue en eux l’émergence d’une «gauche historique» (attention à l’ambiguïté de l’expression) qui, «tout en s’enracinant dans le passé, se veut en marche, branchée sur les temps présents» et, avertissement aux militants sans-frontiéristes désincarnés, portée par des mouvements «enracinés dans leurs réalités locales».Non, les sans-voix n’ont pas dit leur dernier mot.louiscornellier@parroinfo.net HISTOIRE De Gaulle au présent BÉDÉ Miroir aux utopies PIERRE VADEBONCŒUR Cy était de Gaulle.Qu’est-ce que ce livre énorme?C’est en effet de Gaulle, sur le vif, donc en profondeur, c’est lui, à travers ses propos notés par l’auteur au jour le jour, dans les années soixante, avec ceux de quelques ministres, en particulier Couve de Murville, Pompidou et Peyrefitte lui-même.Celui-ci était en contact très fréquent avec de Gaulle, notamment au conseil Olivieri librairie » bistro a UN BISTRO DES DIZAINES D’ÉVÉNEMENTS DES MILLIERS DE LIVRES 5219, Côte-des-Neiges Mélro Côte-des-Neiges Tél.: S1W39-1639 Fax : “jiW39-3630 sorvicc^librai rieolivipri.com des ministres, consignant tout ce qu’il pouvait dans des cahiers avec l’assentiment du Général.Ces notes abondantes et précises sont reliées par les explications et commentaires de l’auteur.Peyrefitte n’est pas un historien mais un chroniqueur averti, renseigné et attentif, doublé d’un hojnme appartenant à l’appareil d’État, donc connaissant les affaires et en conduisant lui-même un certain nombre.H n’existe pas d’ouvrage d’historien comme celui-là.Les historiens écrivent sur du ouï-dire.Ils reconstituent et interprètent Mais ici c’est l’histoire elle-même dans un des lieux où elle se déroule.C'est la réaction immédiate de certains acteurs, ce sont les décisions à leur point d’origine et dont on peut maintenant apprécier la justesse à la lumière de ce qui s’est passé depuis.De Gaulle a des vues parfois fulgurantes et à longue portée; puis, inébranlable, confiant dans sa pensée, il les fait mettre à exécution sans hésiter.On se rend compte que nombre de ses jugements sur les situations peuvent être repris trente ou quarante ans plus tard, non seulement pour le passé mais à propos des situations actuelles.Comme dans le cas suivant La guerre israélo-arabe de 1967, dite des Six Jours, venait de se terminer par la victoire d’Israël.De Gaulle, au conseil des ministres du 15 juin, commenta ainsi: «Nous ne pouvons admettre d’entériner des conquêtes territoriales.Les Israéliens ne voudront lâcher ni Gaza, ni Charm-el-Chei-kh, ni les étendues du Sinaï, ni les rives du Jourdain, ni les hauteurs du Golan.Or les Arabes ne peuvent accepter ces conquêtes.Il y a donc un armistice, mais pas la paix.(.] Les conséquences morales et politiques du drame pèseront lourd.[.] Ce drame du Moyen-Orient a rouvert une période de guerre froide qui peut aller très loin.[.] On ne recouvrera pas la paix avant très longtemps.» Autre exemple, celui-ci de 1965, au conseil des ministres, à propos de la guerre du Vietnam: «Si les Américains ne décident pas de se retirer, la guerre durera dix ans.[.j Elle se terminera dans la honte.L’armée américaine aura été battue, au terme d’une guerre où elle aura été l’agresseur, face à des populations misérables.» La prédiction du Général devait s'avérer éton- ARCH1VES LE DEVOIR De Gaulle au Québec en 1967.namment exacte: en 1975, dix ans plus tard presque jour pour jour, l’armée américaine allait quitter Saigon en catastrophe.Le personnage est décrit non par intuition d’écrivain ou de romancier, mais par des faits et des paroles précisément rapportés; le personnage donc, tel qu’on le saisit à le voir, à l’entendre, sur des détails directement notés, ses humeurs, son autorité habituellement souveraine, et un caractère sans faiblesse si ce n’est un grand orgueil.On a le sentiment que personne, en fait, n’était vraiment à sa hauteur — et qu’il en était lui-même persuadé, non sans raison peut-être.Un travail de moine Ce livre est un travail de moine, contribution à l’histoire comme il n’y en a sans doute pas beaucoup.De Gaulle chercha constamment à préserver la souveraineté de la France, souvent contre la politique de pays alliés.Il a pratiqué une politique générale audacieuse et féconde.Son œuvre fut immense, pendant la guerre, à la libération, dans l’après-guerre et par la suite.Le gouvernement souverain par des Français, immédiatement rétabli contre la volonté des Alliés, notamment Roosevelt, en 1944; deux guerres civiles évitées au pays; le congédiement de la IV' République, assez semblable à la III'; la réconciliation avec l’Allemagne; la décolonisation; des politiques de rattrapage économique; une politique européenne résolue, l’Europe des patries.Tout cela sur une idée maîtresse, qui était son culte de la France, appuyé sur des valeurs de civilisation et un profond humanisme.Sans oublier sa fidélité de fond à l’idée républicaine.Sans oublier non plus ses Mémoires, ouvrage d’un écrivain de premier ordre.Pour nous, il faut lire en particulier le chapitre VI, 80 pages sur la question du Québec, puis sur l’Acadie.Un livre comme celui de Peyrefitte ne peut vraiment avoir de substitut, car il comporte essentiellement des renseignements de première source.Il est fait de matière première.Pour en donner un avant-goût, voici quelques citations du Général.Sur la permanence des peuples: «Un peuple vit aussi longtemps que le cèdre.» Une nation est infiniment plus résistante que les idéologies, veut-il dire, et ce sera là le fondement de sa politique pour la France, pour les colonies, pour le Vietnam, pour la Palestine, pour le Québec.Sur le poids politique des peuples: «Les seules réalités internationales, ce sont les nations.» Il parlait souvent aussi du «fond des choses».Sur l’incarnation des politiques par de grandes figures: «La politique, c’est quelqu'un ou ce n’est rien.» Sur l’audace: «Toute ma vie j’ai fait comme si.Ça finit souvent par arriver.» Sur son pouvoir «Je tenais ma légitimité de l’Histoire.» Sur le Québec: «Je n’irai pas au Québec pour faire du tourisme.Si j’y vais, ce sera pour faire de l’Histoire.» Sur Péguy: «Aucun écrivain ne m’a autant marqué.» Sur la Grande-Bretagne: «L'Angleterre est devenue un satellite des Etats-Unis.» Cela a commencé pendant la guerre, puis n’a plus cessé.Sur la responsabilité des gouvernements: «On ne fait pas une politique en suivant l’opinion publique.» Ouvrage précieux, matériau brut, un de Gaulle sans fard, comme il l’était lui-même.C’ÉTAIT DE GAULLE Alain Peyrefitte Gallimard, «Quarto» Paris, 2002,1960 pages Réédition en un seul volume çl’un ouvrage d’abord publié aux Éditions Fallois/Fayard, en 1994, puis republié en 1997 et en 2000.LE JUIF DE NEW YORK Ben Katchor Amok Paris, avril 2002,97 pages DENIS LORD Les lieux de la ville de New York et, dans une certaine mesure, la judaïté: voilà sans doute les véritables protagonistes de l’œuvre de Ben Katchor.De l’aveu même de l’auteur, son personnage de Julius Knipl, un photographe immobilier qu’on retrouve entre autres dans The Beauty Supply District (Pantheon Books, non traduit à ce jour), n’est qu’un prétexte pour mettre en scène la ville ainsi qu’une foule de commerçants et d’artistes de la mégalopole.Bien que l’action se situe au début du XIXe siècle, Le Juif de New York reprend ces thématiques.Mordecaï Noah, politicien et dramaturge amateur, tente de fonder un Etat juif sur une île près de Buffalo.Le projet avorte et un des colonisateurs, Nathan Kishon, un boucher, devient l’assistant de Moishe, un trappeur de castors.Ses péripéties servent de fil conducteur entre un nombre impressionnant de personnages: Abel Marah, importateur d’articles religieux, Yosl Feinbroyt, cabaliste visionnaire, Enoch Letushim, vendeur itinérant de terre consacrée de Jérusalem, dont les pas s’attachent à Francis Oriole, homme d’affaires qui veut gazéifier le lac Érié pour en faire la plus gigantesque source de boissons gazeuses au monde.Nations en naissance Cette mosaïque de personnages, et bien d’autres encore, s’agite dans une Amérique naissante où la diaspora juive cherche à s’inscrire.Si le concept du sionisme commence à faire ses marques, d’aucuns croient que les États-Unis pourraient bien être la Terre promise.Les Amérindiens, certains rabbins en sont convaincus, ne sont-ils pas une tribu perdue d’Israël?La fresque de Katchor montre le Nouveau Monde en évolution, une civilisation en train de se construire.Ironiquement, Katchor trace un parallèle entre les humains et ces autres bâtisseurs que sont les castors.Le trappeur ypr SOURCE AMOK Dessin de couverture du dernier ouvrage de Ben Katchor, Le Juif de New York.Moishe, un de leurs principaux prédateurs, sera si peiné de leur disparition qu’il finira par se prendre pour un castor; une glande du rongeur sera utilisée dans la fabrication d’un stimulant sexuel destiné à accélérer le peuplement de l’Amérique.Cette dernière est le tabernacle des utopies les plus hirsutes, qu’il s’agisse de religion ou de commerce.Moishe sera accueilli par une secte d’adorateurs de l’air qui vivent en autarcie et s’affairent à traduire en hébreu la déclaration d’indépendance.Difficile de démêler le fictif du réel dans Le Juif de New York', on sait cependant que quelques-uns des personnages qui y sont pré» sentés ont réellement existé.Quoi qu’il soit, comme bande dessinée, comme bande dessinée historique, Le Juif de New York, dans le mode narratif tout comme dans le propos, s'avère d’une étonnante singularité, notamment en raison du foisonnement des personnages, peut-être sans équivalent dans le neuvième art.Influencé par le nouveau roman, par la non-fiction (catalogues, manuels d’instructions, etc.), Katchor propose une œuvre exigeante, aux prolongements imprévisibles.L’humour n’en est pas pour autant absent.Si le livre en soi est d’une jolie facture passéiste, les très beaux lavis (très XIX' siècle) de Katchor auraient bénéficié d’un plus grand format.Le narratifs et les dialogues sont surabondants: il n’y a sans doute pas dût cases muettes dans toute l’œuvre et on étouffe.A consulter: www.katchor.com.denislord@endirect.qc.ca 0SSILOR www.essilor.ca présente : Cçiurent du •Stiii'i wJ5S^’'is“sorB Québec un U été du livre À Québec, Terrasse Dufferin 19 juillet au II août de II h à 23 h En collaboration avec : Hydro VaU Québec Porcs Parks LOUIS IIËBBRT Csnsds Canada CHRC80 wrayim I L E I) E V 0 l R , LES SAMEDI 2 0 E T I) 1 M A N C 11 E 2 I .1 U I L L E T 2 0 0 2 - ' DE VISU * EXPOSITION Cartes postales d’ici INVITATION AU VOYAGE 35 écrivains/35 artistes Maisons de la culture Ahuntsic-Cartierville, Frontenac et Plateau Mont-Royal Jusqu’au 24 août 2002 MARIE-ÈVE CHARRON Que seraient les vacances sans les départs?Les premieres ne semblent pas aller sans les seconds.Peut-être avant tout période de repos, les vacances se nourrissent pourtant souvent de l’excitation des déplacements et du dépaysement d'un voyage.Pas étonnant dès lors que, pour leur programmation estivale, les Maisons de la culture Ahuntsic-Cartierville, Frontenac et Plateau Mont-Royal proposent une Invitation au voyage, exposition qui emprunte à un poème de Baudelaire son titre et la fascination pour les chemins qui mènent ailleurs.Le projet d’exposition passe par la thématique du voyage pour regrouper pas moins de soixante-dix artistes.Ceux-ci proviennent à parts égales du milieu de la littérature et de celui des arts visuels.La particularité du périple proposé par cette exposition consiste à avoir jumelé une création littéraire à une œuvre visuelle, provoquant ainsi des rencontres entre des champs disciplinaires pas totalement étrangers, surtout pas en art actuel, mais qui en général ont des terrains d’action bien distincts.La formule pourrait agacer certains parce que sommeille en elle le danger de voir attribuer à l’art visuel la fonction d’illustrer la part écrite qui l'accompagne.Mais plutôt que de réanimer un vieux débat qui hante l’histoire de l’art depuis la Renaissance, il faut savoir que, dans la majorité des cas, les œuvres visuelles existaient déjà et que l’exposition leur donne finalement un autre cadre de présentation à travers le mariage avec le texte.Les écrivains ont eu le privilège de définir la nature de leur relation avec l’image et il en ressort des arrimages complices mais qui ne sont jamais réducteurs pour l’une ou l'autre des créations.L’exposition se prend bien comme ça, avec la participation des écrivains qui installent des climats, racontent des histoires et disposent à regarder différemment.Dialogues entre textes et images Dans les trois lieux d’exposition, l’accrochage se concentre MAISONS DE LA CULTURE AHUNTSIC-CARTIERVILLE, FRONTENAC ET PLATEAU MONT-ROYAL L’arbre, stratton et moi, 2000, épreuve argentique couleur de Marc Laforest.Le voyage, c’est une manière aussi de s’attarder sur un détail, de le rendre hypnotisant, d’amener à le voir pour la première fois.C’est l’arbre isolé par Marc Laforest dans ses photographies.surtout sur les dialogues entre les textes et les images et moins sur une perspective d’ensemble où des liens seraient tissés entre les œuvres visuelles.Aussi le parcours se laisse-t-il approcher comme on élit des coups de cœur, principe qui, au dire des trois organisatrices (Liette Gauthier, Joanne Germain et Louise Matte) dans le catalogue qui accompagne l’événement, les aura d’abord guidées dans le choix des artistes.A défaut de pouvoir se rabattre sur un argument, disons, plus rationnel, cette démarche a la fâcheuse faiblesse de présumer de la part du visiteur un même élan sans équivoque envers les œuvres.Fort heureusement, cela ne manque pas d’arriver.Certains bons moments sont au rendez-vous, tout comme les découvertes, lesquelles toutefois dépendent de la familiarité du vi- siteur avec les formes artistiques présentées.Le nombre a permis de regrouper des artistes de générations différentes et dont les médiums varient du côté des arts visuels bien qu’une certaine pratique de la photographie noir et blanc domine dans la sélection.Qu’est-ce qui fait le voyage pour ces artistes?Du côté des arts visuels, une forte tendance se dégage en faveur du paysage, genre qui informe sur une manière de regarder et qui témoigne de l’effort accompli par l’artiste pour se saisir d’un lieu, pour le charger de signification.Les endroits arpentés par les peintres Peter Krausz et Peter Hoffer se rapprochent de visions oniriques.Les œuvres d'Ivan Binet et de Jérôme Fortin renvoient à d’étranges cartographies où les vastes étendues de ce monde sont collectées par fragments puis alignées sur une surface ou patiemment pliées.Ces gestes de l’artiste importent beaucoup, ils pro- Une forte tendance se dégage en faveur du paysage, genre qui témoigne de l’effort accompli par l’artiste pour se saisir d’un lieu, pour le charger de signification voquent la différence, et Martine Audet le rappelle avec justesse dans les mots qui accompagnent l’œuvre de Fortin.Le dépaysement vient aussi la nuit, quand la ville revêt ses lumières (Dennis Eks-tedt, Michel Patry).Le voyage commence donc à côté de chez soi, ou bien quelque part en Europe, dans ces lieux modestes par exemple que les photos de Gabor Szilasi affectionnent et sur lesquelles Catherine Ma-vrikakis a écrit des lignes qui en fouillent la matérialité.Autrement, c'est la fiction qui transforme légèrement les lieux, comme dans l’œuvre vidéo d’Isabelle Hayeur où le ressac de la mer exerce une action saisissante qu’a voulu souligner Louise Dupré: «La mer avale tout / de sa vague hautaine / même ce vertige / à l’intérieur des mots / que tu confonds parfois / avec le silence.» Le voyage, c’est une manière aussi de s’attarder sur un détail, de le rendre hypnotisant, d’ame- ner à le voir pour la première fois.C’est l’arbre isolé par Marc Laforest dans ses photographies ou le rai de lumière de Serge Clément qui irradie et sur lequel Hélène Dorion a écrit: «Il n 'est de voyage / qu'en cette forme heurtée / du regard, cette boussole qui te déplace./ Et la route se dérobe — d’autres mondes / d'autres voyages.Tu deviens pour toi-même / désert et limite, la frontière éclatée.» Ainsi, les voyages sont peut-être moins les déplacements géographiques qu’un mouvement par rapport à soi-même, dans la solitude.L’exposition ouvre aussi sur une réalité parfois douloureuse du voyage; s’arracher du familier pour aller vers l’inconnu bouleverse souvent, comme lorsqu’il faut quitter les siens, semblent suggérer les photographies d'Anne-Marie Zeppetelli et de Yan Gi-guère.Les départs ont pour effet de modifier les contacts avec les proches et le travail de certains écrivains permet de toucher à cette dimension avec la forme épistolaire qu’ils ont adoptée.C’est le cas de Corinne Laro-chelle, qui poursuit le ton badin inscrit par le dessin animé de Diane Obomsawin.Dans le duo Danielle Bérard-Hélène Monet-te, seul jumelage à avoir vraiment donné lieu à un travail de collaboration, des cartes postales côtoient des paysages empreints de désolation.Encore un malaise, ce qui ne laisse pas de doute sur le fait que, si l'exposition a un mode de présentation rafraîchissant, elle ne fait pas pour autant dans la légèreté.Le disent et le montrent aussi Nicole Brossard, Denise Desautels, Raymonde April et Alfredo Abeijon.Inutile de poursuivre cette énumération qui remplace bien mal la visite.Pourquoi ne pas plutôt, en suivant l’itinéraire de l’exposition, vous faire vous aussi voyageur?MAISONS DE LA CULTURE AHUNTSIC-CARTIERVILLE, FRONTENAC ET PLATEAU MONT-ROYAL L'Invitation au voyage, atlas plié, 2002, de Jérôme Fortin.MAISONS DE LA CULTURE AHUNTSIC-CARTIERVILLE, FRONTENAC ET PLATEAU MONT-ROYAL Onde (Barcelone, Espagne), 1999, photographie de Serge Clément.Voyages thématiques et découvertes ! Jeudi I" août les plantes aromatiques et le BONSAÏ Dimanche 4 août FÉLIX LECLERC à l’île d’Orléans Mardi 6 août le sculpteur BOURDELLE au Musée du Québec ^ beaux détours CIRCUITS CUITUREIS (514) 276-0207 En collaboration avec Club Voyage* Rosemont Amériques françaises Les villes des ingénieurs du Roy au Nouveau Monde 17e et 18e siècles Venez,.SanIE0 QUEBEC b -fvrw tfe b dlRmisc 4?nribWofir cc que le 3 dans ie\ #ppj+i^p I - Tattoo militaire le jeudi 15 août Info: (514) 861-6701 — www.stewart-museum.org h*' h"' J,, qg mai ail 20 septembre 200* lieux de visite ¦T "-W-r.I, IVcifurp.Mmu'.le calendrier de dan', le*, bureaux dt Toürkme Québec Québec H» Tourisme Québec 1-877-BONJOUR www.archeo-dimanche.com r 1 LE DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 JUILLET 2 0 0 2 D (î LE DEVOIR DeVisd A SJ ^ ^ç£MAP^0reS ,)U l /3ê 2 juin au 27 octobre 2002 / www.regart.levin ux.or g EXPOSITIONS wKsSËM i» v & gpî i » i .¦ BPI • .« il .fil ïiill m j s« i'vi k m .W' ; j Le musée qui n’existait pas, de Daniel Buren, au Centre Georges-Pompidou.Si la rayure est partout, en un subtil contrepoids, elle se simple que l’on s’est faite de son travail avec une grande exubérance dans les formes, les matériaux, les couleurs.PHILIPPE MIGEAT fait pourtant discrète.Daniel Buren se démarque de l’idée si Consécration parisienne.par la bande Le Centre Georges-Pompidou transformé en labyrinthe spectaculaire par Daniel Buren RENÉ VIA U Paris — Septembre 1965.Un jeune peintre, Daniel Buren, découvre au marché Saint-Pierre, au pied de la butte Montmartre, une toile de store rayée.Banale.Industrielle.Impersonnelle.Cette toile est pourtant, pour lui, une révélation.Les bandes verticales alternées blanches et colorées d’une largeur de 8,7 centimètres deviendront son principal et unique «outil de travail».Adoptées dans l’indifférence totale, ces rayures se placent par la suite sous le signe d’une incontournable visibilité.Apposées en 1985 sur les colonnes qui composent sa sculpture da- s les jardins du palais Royal, elles se font les étendards d’une violente polémique politico-artistique.«Le burin pour Buren!», lit-on.Les graffitis apposés aux palissades du chantier en disent alors long sur l’incompréhension suscitée par cette commande de l’État.Pire: «T'es colonnes sont au palais Royal ce qu 'est un furoncle sur un jolie fesse.» Et encore: «Si tu crois qu’en arrosant, ça va pousser!» Ou plus loin: «Buren au poteau!» Et carrément: «Buren, destructeur de la patrie.» 17 ans après ce scandale, Buren est devenu l’artiste français le plus connu et le plus exposé dans le monde.À la recherche de la rayure perdue Exhibées comme un talisman, ces palissades-souvenirs sont au cœur de la grande exposition que lui consacre, jusqu’au 22 septembre prochain, le Centre Georges-Pompidou.Au coût de un million SCAN, sur plus de 2400 mètres carrés, l’espace est investi, approprié et radicalement transformé par le «dispositif » de Daniel Buren.Une fois de plus, Buren joue avec nos repères.Il transforme les salles d’exposition, les terrasses et même le parking du Centre Georges-Pompidou pour créer Le musée qui n'existait pas (titre de l’exposition).«Exposer dans un musée, c'est aussi exposer le musée.» Buren, toujours à sa manière si dérangeante, justifie ainsi une mise en espace qui est à la fois contenant et contenu et s’en prend à la défi- Non content d’occuper l’ensemble du bâtiment, Buren investit également la ville alentour nition traditionnelle du musée.L’exposition est en fait une vaste déambulation libre à l’intérieur de 60 cellules très différentes les unes des autres.Celles-ci sont agencées en une matrice qui emprunte la forme caractéristique de ses trames.Ici, il faut se livrer au jeu du «cherchez la rayure».La rayure?Elle est partout.En un subtil contrepoids, elle se fait pourtant discrète.Buren se démarque de l’idée si simple que l’on s’est faite de son travail.Quelle exubérance dans les formes, les matériaux, les couleurs! D’austère et répétitive, l’œuvre de Buren, maintenant opulente, reste toutefois, non sans sens critique, une mise en espace et un questionnement.Si l’exposition examine les limites du musée, elle interroge aussi les limites de la propre attitude de l’artiste.Ainsi, ce musée qui n’existe pas, c’est à nous, spectateurs, de le réinventer.Non content d’occuper l’ensemble du bâtiment, Buren investit également la ville alentour avec une œuvre intitulée Les Couleurs (1977).Là, le ciel lui appartient.Des drapeaux rayés, visibles à l’aide de jumelles grossissantes pour touristes, flottent sur les principaux monuments de Paris.Buren démontre ainsi qu’au départ, à l’heure où le land art fleurissait dans les déserts et les lieux inaccessibles, il a pris la ville comme champ d’intervention.I I avec une œuvre intitulée Les Couleurs Voir l’art autrement Avant d’aborder, pendant les années 70, l’œuvre in situ, Buren voulait d’abord contester la peinture en considérant la rayure comme le degré zéro de cette forme d’expression.Provocateur, le groupe BMP!', fondé en 1966-67 et auquel il est lié, réunit, outre Buren, trois autres peintres: Mosset, Parmentier et Toroni.Chacun décide de se partager la répétition systématique d’un motif différent, Buren, bien sûr, choisit la rayure verticale comme arme.Débordant de sa contestation de la peinture, il s’entête et persiste, autour de 1968, à utiliser la rayure, qu’il place dans la rue.Avec elle, il procède à des affichages sauvages.Les bandes s’impriment sur des tracts.Buren organise même des manifestations où des hommes-sandwichs sont tartinés de son lancinant motif sériel.Assimi- PHILIPPE MIGEAT Daniel Buren a investi et radicalement transformé les salles d’exposition, les terrasses et même le parking du Centre Pompidou.lées à l’art conceptuel, ses œuvres investissent alors les supports les plus variés: murs, portes, poteaux indicateurs, tableaux d’affichage, pans de verre et de toile, voiles de bateau, vêtements de gardien de musée.1971.Buren fait pendre au cœur du Musée Guggenheim, à New York, 200 mètres carrés de tissu rayé.Cette pièce sera décrochée de la spirale cen- Ïale à la demande des autres participants à l’expo.la Documenta V de Cassel, l’année suivante, il impose ce qui est devenu sa signature, tapissant de papier peint rayé les cimaises sur lesquelles sont accrochées les œuvres d’autres artistes.Aujourd’hui, c’est le Centre Georges-Pompidou qu’il transforme en labyrinthe spectaculaire que le spectateur est invité à expérimenter.Mettant la rayure dans tous ses états, Buren repose chaque fois une même question: comment une pareille économie de moyens peut-elle engendrer une production aussi riche et aussi complexe?Désormais acceptées du public, ses œuvres fleurissent là où on les attend le moins sans susciter les réactions courroucées d’autrefois.Pour preuve, le journal Libération a demandé à Buren, dans son édition du 5 juillet dernier, d’imprimer à toutes les pages ses bandes de 8,7 centimètres de large.Une manière de signature pour cet activiste de la ligne rayée.S’escrimant comme un forcené afin d’imposer, de façon intempestive, ses fameuses bandes qui ont fait sa légende, Buren nous oblige à voir l’art, et le quotidien, autrement.reneviau@aol.com s
de

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