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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2002-08-17, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 AOUT 2 0 0 2 Symposium de Baie-Saint-Paul Page D 6 Le Canada anglais Page D 3 ! mîbW ompaflions Tant de livres à lire.Tant d’écrivains à découvrir, à re-connaître, à fréquenter.Et ces auteurs célèbres que tout le monde semble avoir lus! Comment s’y repérer?Chaque samedi au cours de l’été, le cahier Livres fait le portrait d’un romancier de réputation internationale et de son univers, en prenant appui sur son plus récent titre.Neuf rendez-vous, neuf écrivains.Autant de compagnons d’un été.Voici le dernier.SOURCE ÉDITIONS DU SEUIL Manuel Vésquez Montalbân Manuel Vâsquez Montalbân Un double mélancolique MARIE ANDRÉE LAMONTAGNE LE DEVOIR epuis Pirandello au moins, on sait que les personnages de fiction peuvent récriminer contre leur auteur.En créant, dans les années M 1970, le personnage de Pepe Car-velho, privé barcelonais, maître ès fourneaux et instigateur d’autodafés méthodiques et résolus dans la cheminée de son salon, Manuel Vâsquez Montalbân s’est doté d’un alter ego qui mène sa propre vie avec succès (littéraire, s’entend) et est susceptible, par conséquent, de se rebiffer devant les exigences de son créateur.La chose n’a pas manqué de se produire.Comme le taisait remarquer récemment la créature dans une pièce de théâtre (Avant que le millénaire nous sépare, 1997, pour l’édition originale, et il en est ainsi de toutes les dates de publication indiquées entre parenthèses dans cet article), son maître, entre autres torts, s’arroge tous les droits d’auteur des aventures de Pepe Carvalho, lequel en est réduit, du coup, à n’être que de la «chair à littérature».Que les lecteurs se rassurent de telles révoltes demeurent sans lendemain.Le patron reste Mon-talbân.Carvalho est moins un privé, s'il faut en croire ce dernier, qu’un «moyen technique», c’est-à-dire un point de vue qui lui aura permis, en tant que romancier, d’écrire la chronique de l’Espagne qui s’est mise en place à la mort de Franco, survenue en 1975.Pour un homme de gauche résolument anti-franquiste comme Montalbân, la tâche promettait d’être passionnante.Né en 1939, Montalbân tait naître Jose Carvalho Lario, dit Pepe, en 1935, au numéro 11 de la rue Botella, à Barcelone — catalan, donc.Les origines populaires de l’un et l’autre ont fait le lit de leur engagement communiste et l’un et l’autre n’ont connu leur père qu’à sa sortie de prison, en 1944.Quant au goût de la bonne chère qu’affiche Carvalho en toutes circonstances, il ne peut qu’être partagé par son auteur.On voit mal, en effet, comment ce dernier pourrait truffer le récit des aventures de son privé de préparations culinaires aussi nombreuses que détaillées sans s’y connaître un peu.Encore que l’auteur ait dû faire amende honorable pour avoir osé, dans les premiers temps, montrer un Carvalho en train de servir un sauternes avec du poisson.Même à gauche, même dans le monde de la fiction, il est des hérésies impardonnables.Une constante, cependant pour Montalbân comme pour Carvalho, la cuisine est une forme camouflée de cannibalisme qui permet d’assassiner, dépecer, coudre et mitonner un animal, le tout avec art et quelques fines herbes, afin de feire oublier le caractère primitif de l’opération.Quant au reste, leurs chemins se séparent.Montalbân est l’auteur d’une trentaine de livres sur différents sujets.Or ces choses-là, Carvalho les brûle, quelle que soit l’envergure de l’auteur.Il agit ainsi par amertume, par revanche, parce que les livres ne lui ont pas appris à vivre, par tristesse.Par ailleurs, Montalbân a fait des études de sociologie et son œuvre, protéiforme, prolifique, en garde la trace, en se voulant constamment en prise sur le monde actuel.Pour ce faire, tous les genres sont bons: poésie, essais historiques, politiques ou d’actualité, chroniques (comme celle de sa ville parue en 1990 sous le titre de Barcelones, et qui ne fut que récemment traduite en français au Seuil), journalisme (de lady Di à l’islam, Montalbân se veut éclectique et donne souvent à lire le résultat dans le quotidien El Pais).Enfin, le roman, genre pour lequel la planète Carvalho n’est que l’excroissance la plus séduisante et la plus populaire.Pour sa part, Pepe Carvalho a fait des études de lettres qui lui ont valu, en 1963, après un mariage raté avec une certaine Muriel, militante commupiste dont il a eu une fille, de se retrouver aux Etats-Unis, lecteur d’espagnol dans une université du Middlewest, bientôt agent de la CIA, garde du corps du président Kennedy.J'ai tué Kennedy, premier titre de ce qui allait devenir la série des Carvalho, paraît en 1972, mais c’est dans Tatouage (1974), le suivant, que Carvalho commence à brûler sérieusement les livres.Quand il a un coup de cafard, il en sort un de sa bibliothèque, qui en compte près de 3500, lit quelques phrases à voix haute pour se conforter dans sa résolution, et passe à l’acte.Chaque fois, le romancier prend soin de préciser l'auteur et le titre; à charge pour le lecteur d’interpréter le choix de Carvalho, voire de l’approuver.Le premier livre a être jeté au feu, conscience historique oblige, est un ouvrage d’histoire sur l’Espagne (L’Espagne en tant que problème, de Pedro Lain Entralzo).Il sera suivi par les maîtres-livres de Dostoïevski, E.M.Forster, Adomo, Beckett, Goyti-solo — compatriote d’origine catalane vivant aujourd’hui entre Tanger et Paris.Récemment envoyé en Argentine à la recherche d’un cousin disparu durant la dictature militaire (Le Quintette de Buenos Aires, 1997), Carvalho jette son dévolu sur Bor-gès, c’est fatal.La culture littéraire du détective est en effet aussi vaste que sa mélancolie.Alma, ex-gauchiste dont la petite fille, il y a 20 ans, a été kidnappée par les militaires et confiée en adoption, a beau avoir fait le deuil de ses idéaux politiques et s'être rangée en apparence dans l’enseignement, sa première réaction est d’êti;e horrifiée par le geste sacrilège de Carvalho.À l’université, ne tente-t-elle pas d’inculquer à ses étudiants la liberté de pensée en même temps que le goût de la littérature?Même Oscar Pascuali, chef de police scrupuleusement démocrate, quoique piètre lecteur, est indigné: *Brûler des livres, c’est bon pour les fascistes.Vous êtes fasciste?» L’écrivain Sanchez Bolin, autre projection romanesque de Montalbân, dont le lecteur avait fait la connaissance lors d’une cure dans Les Thermes (1986) et qui hante, dans Le Prix (1996), les corridors du grand hôtel madrilène où l’on s’apprête à décerner, non sans quelques péripéties, un important prix littéraire, ne dit pas autre chose quand il croise le privé iconoclaste.Et alors?rétorque Carvalho, fasciste, oui, un peu, comme tout le monde, mais on sent que sa réponse (en l’occurrence à Pascuali) oppose surtout une fin de non-recevoir à toute tentative de la part d’autrui de s’immiscer dans son cercle domestique.Car Carvalho vieillit.Ainsi l’a voulu Montalbân.Trois temps se superposent dans les romans de la série, explique-t-il: la durée de l'intrigue à proprement parler, l’évolution historique SUITE PAGE D 2: PEPE Lieux de mémoire Compagnon d’Ulysse Quels sont les lieux privilégiés d’un écrivain ?La pièce où il écrit?le paysage où il rêve?les mots qu’il aligne?Chaque samedi au cours de l’été, notre collaboratrice Guylaine Massoutre, forte de ses lectures et de sa visite des lieux, a exploré le paysage naturel et imaginaire d’un écrivain.C’est à l’historien Pierre Nora que cette série a voulu emprunter son titre, histoire de lui donner le crédit d’une heureuse formule, comme il se doit, mais aussi pour rappeler que littérature et mémoire sont intimement liées.Pour cette dernière incursion de la série, les lieux de Nikos Kazantzakis.GUYLAINE MASSOUTRE Quand on arrive dans l’aéroport d’Héraklion, en Crète, la plus méridionale des îles grecques, un large panneau, seul au-dessus du carrousel à bagages, invite à visiter la maison du plus fameux écrivain local: Nikos Kazantzakis.D est né dans la capitale, qu'il appelle, dans son œuvre, de son ancien nom, Mégalo Kastro.la forteresse.Il est vrai que l’île dresse ses bastions face à la mer, depuis l’Antiquité.Sous elle, un taureau frappe encore parfois de ses cornes.Lorsqu’il mugit, il sème l’épouvante: la bête dévoreuse d’hommes sort aux tremblements de terre.Si la renommée d’un écrivain mérite une telle invitation, c’est qu’il s’identifie au personnage auquel il a donné vie, Zorba le Grec.Il l’avait fréquenté, vers 1917, alors que c’était un mineur à la truculente personnalité.Maintenant, ce nom résonne partout, immortalisé sous les traits d’Anthony Quinn.Irène Papas et Alan Bates, qui jouait le personnage de l’écrivain dans le film de Cacoyannis, en 1964, lui donnaient la réplique.Tout cela est sorti du roman Alexis Zorba, en 1946, de Kazantzakis.Zorba, «unegrande âme du peuple», disait Kazantzakis à la fin de sa vie, a ouvert son pays à la renaissance culturelle que l’écrivain a tant voulue.Ce bouillant romancier et poète, sa femme Eleni le résume comme «l'homme qui a tout sacrifié à la liberté et à la langue néo-grecque», dans Le Dissident, biographie qu’elle lui a consacrée.Il est aussi à l’origine des films Celui qui doit mourir de Jules Dassin, en 1957, et La Dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese, en 1988.Mais il faut lire son récit autobiographique, Lettre au Greco.On y comprend de quelle semence est sorti l’arbre de sa vie.Son enfance, à la fin des années 1880 et 1890, a respiré l’air féroce des combats qui déchiraient Grecs et Turcs, forgeant l’âme trempée des Crétois.Poésie du tonnerre Ce livre fascinant regorge de surprises.La Crète y paraît une terre d’aventures extrêmes et d’inspiration permanente.La spiritualité y a absorbé l’histoire des civilisations qui se sont implantées dans l’île.Là, l’imagination fait éclater la liberté et le non-conformisme qui animent tout grand écrivain, avec une luxuriance que Kazantzakis retourne au peuple dont il vient Ainsi, Alexis Zorba est le dialogue d’un lettré et d’un homme simple, unis dans la ferveur deâ valeurs grecques.Elles s’ancrent à des certitudes: une solide joie de vivre et de discourir, une vision forte des dieux humains et des hommes dieux, l’amour enthousiaste d’une nature lumineuse, aussi généreuse au moment de la récolte des olives et des vendanges que le paradis originel.La beauté méditerranéenne, incomparable, inonde cette œuvre.Puisons une poignée de sel grec, crissant dans la Lettre au Greco: «Dans la lumière grecque, le corps n’est plus une matière brute et aveugle, il est traversé par une âme intense qui le fait briller et le rend digne, si on le laisse libre, de prendre tout SOURCE MUSÉE NIKOS KAZANTZAKIS Nikos Kazantzakis SUITE PAGE D 2: KAZANTZAKIS ÉDITIONS DU ROCHER « voici don^ U'it ou à c°nsuiter fry sécha" ,,, .„ , ,.h^nheur, On r'connattle^ d ii.«n u* «.» bn.lt r « * * k Renaud Bouquin d'enfer THIERRY SÊCHAN Monaco, Éditions du SB ftrlroiirrs atn*i dans ce liera, la dixr«graphie de fteiiand ef le texie intégra! de* rhanxon* du dernier CD Renaud Bonran d'enfer y Communications Ja Ann Clinm/mgne 1) 2 l,K I) K V 0 I R , LES SAMEDI 17 ET DI M ANCHE 18 A 0 Û T 2 0 0 2 Livres PEPE SUITE DE LA PAGE D 1 qu’aura connue l'Espagne au cours des 30 dernières années, et le temps biologique de Carvalho, désormais affligé de petits ennuis de santé (érectiles, notamment) et qui, dans L’Homme de ma vie (2000), se fait reprocher par son banquier son imprévoyance en matière de retraite et de fonds de pension.Aussi la pauvreté guette-t-elle celui qui, déjà à Buenos Aires, en avait été réduit à combler un manque provisoire de liquidités en ouvrant une agence de détectives avec l’aide d’un associé autochtone.Quant à sa vie affective, elle aura connu, au fil du temps, un rétrécissement semblable à celui qui afflige le cher petit dans son pin talon.De la petite famille d'élection constituée à Barcelone, il ne reste que Biscuter, gnome fidèle, homme à tout faire, cuistot doué qui tâte maintenant de la cuisine fusion quand il ne se laisse pas tenter par les sectes, comme dans le plus récent roman de la série.Bromure, le compagnon de route, est mort.Charo, qui faisait le tapin dans le Barrio Chino de Barcelone et, jusqu’en 1991, son bonheur affectif, ne lui a pas pardonné d’être tombé amoureux d’une cliente et a fui en Andorre se refaire une dignité.De Buenos Aires, Carvalho lui écrit de longues lettres de réconciliation sans se résoudre à les mettre à la poste.Mais, dans L’Homme de ma vie, voici qu’elle rentre à Barcelone, devenue une femme d’affaires avisée, doublée d’une amante au cœur attendri juste ce qu’il faut pour être capable, tout compte fait, de reconnaître en Carvalho «l'homme de sa vie», ce qui est, hélas, aussi la conclusion à laquelle en vient l’éblouissante Yes, fille de riches rencontrée dans les Oiseaux de Bangkok, expédiée à Katmandou l>ar Carvalho pur fuir la passion qu’elle lui inspirait et qui revient à son tour, plus belle à 40 ans qu’en ses 20 ans paumés.Comme dirait l’autre, il en va des amours comme des livres: passé un certain âge, on relit.Enfin, chose plus grave, Carvalho ne reconnaît plus ses chères «Barcelones» que les Jeux olympiques, le libéralisme économique et la culture yuppie née de la mondialisation ont défigurées, aseptisées.Toujours combatif Pour autant, la lecture d’un roman de Pepe Carvalho demeure roborative et n’a rien de déprimant.la décision de faire vieillir le héros comme le premier être humain venu n’était pas sans péril.Comment allait-il s’en tirer ?Au ton acerbe et souvent désopilant des premiers livres a succédé une lucidité mêlée d’amertume et de pugnacité.Quoi qu’il arrive, Carvalho est prêt à rendre les coups.«Nous acceptons tout, déclame chaque soir un faux histrion sur une scène minable de Buenos Aires.Dieu est mort.Marx est mort.L’homme est mort.Marlene Dietrich est morte.Moi-même, je ne vais pas très bien.Tout est permis! Ijes États ne sont plus souverains.Les multinationales, les fonds monétaires, les prix fixes, les militaires yankees nous dirigent.La souveraineté des tortionnaires est la seule qui nous soit restée.Quand un juge étranger veut inculquer nos tortionnaires, halte-là, souveraineté nationale!» Pour le Chilien Pinochet, on sait que ce juge étranger fut un Espagnol Or, en Argentine, l'Espagnol est un gallego, terme par lequel, là-bas, on souligne, avec une pointe de mépris, les origines galiciennes de bon nombre d’émigrés en Argentine.le gallego est aussi reconnaissable entre tous, ajoute-t-on, à sa démarche et à son accent Vantardise?Esprit de revanche?L’Argentin paraît sans complexe par rapport à l'ancienne mère patrie et Le Quintette de Buenos Aires, avec ses tangos tristes et son climat de plomb, peut se lire aussi comme la parade amoureuse d’un animal du Vieux Monde transplanté dans le Nouveau.Cependant on n’oubliera pas que l’Espagne, pour un Catalan, demeure le lieu d’une hégémonie politique et économique à laquelle répond unç culture revendiquée dans toute sa singularité.A cet égard, les temps sont moins durs que sous Franco, alors que le clergé catalan, soumis à Madrid, pouvait soupirer «On leur prêche en castillan et ils se damnent en catalan!» En Catalogne, l’affirmation identitaire est un combat si bien mené que le gouvernement de la Generalitat dans L’Homme de ma vie, songe désormais à se,doter de services de renseignement comme tout Etat normalement constitué, c'est-à-dire avant tout soucieux de garder le pouvoir.Parcourir l’œuvre de Montalbân revient donc à ouvrir plusieurs portes de la maison Espagne, et celle qui donne sur la Catalogne, regardée avec sympathie mais aussi avec une salutaire ironie, n’est pas la moins intrigante.Du reste, la langue mise à part, qu’est-ce qu’un Catalan?C’est d’abord, explique Mon-talbàn dans Barcelones, fort de ses lectures érudites, un homme qui ne peut s’empêcher d’uriner quand il en voit fare un autre.Lecteur, tu as bien lu.L’histoire remonterait à la construction de la tour de Babel.Excellents maçons, bons travailleurs, les Catalans étaient, semble-t-il, les seuls présents quand l’Esprit-Saint est venu semer la confusion que l’on sait Ils furent donc te nus coupables et l’on réclama un châtiment H prit cette forme plaisante, qui, encore aujourd’hui, serait un sipie d’identité indubitable.Culture populaire, petites cultures, les unes et les autres ont la sympathie de Montalbân.Ces dernières montrent aussi parfois une vitalité qui permet d’accéder, comme on dit à l’universel.Leonardo Sciascia a déjà dit de la Sicile qu’elle était une métaphore.Andrea Camilleri, pour sa part, voue une si grande admiration à Pepe Carvalho que ce dernier lui a inspiré le personnage de l’inspecteur Montalbano, au nom d’ailleurs forgé sur celui de l’écrivain espagnol.De l’un à l’autre personnage, cependant le changement de statut professionnel est significatif Dans une Sicile mafieuse et en permanence au bord du chaos, le héros ne pouvait pas être un détective privé, il devait être polider.«La police fait régner l’ordre, explique Carvalho.Moi, je me contente de révéler le désordre.» Pour la petite histoire, précisons qu’en février 1999, Camilleri et Montalbân se sont rencontrés à Barcelone au moment du lancement du dernier Montabalno, et la vision de ces septuagénaires aux porte-feuilles débordant de personnages qui se saluent de loin en loin ne manque de confirmer la suprématie de l’imagination par rapport au monde réel.Comme il fallait s’y attendre, le succès remporté par les romans de Pepe Carvalho a indté la télévision espagnole, en 1995, à s’intéresser au personnage.Ce n’était pas la première fois.Une première tentative, désastreuse de l’avis de Mon-talbàn, avait eu lieu en 1987.Cette fois, il s’agit d’une co-production espagnole, italienne et française.Mais le médium a ses limites.On n’allait pas ennuyer le téléspectateur avec des histoires de vieillesse et de lutte des classes.Au petit écran, Pepe Carvalho jouit d’une quarantaine triomphante et se révèle tout à fait apolitique.Caro a 30 ans.Elle est blonde, elle est chanteuse.Elle n’a jamais été prostituée.On peut dormir tranquille: les romans ont encore de beaux jours devant eux.On trouvera les romans de la série Pepe Carvalho chez Christian Bourgois, ainsi que le recueil plaisant qui réunit Les Recettes de Pepe Carvalho.À quelques exceptions près, la plupart des essais traduits en français {Et Dieu est entré dans la Havane, Barcelones) ainsi que les romans non carvalhiens {Galindez, Moi, Franco) ont paru au Seuil.;f I m Palmarès Renaud-Bra Le baromètre du livre au Québec du 7 au 13 août 2002 m i ! MONIQUE PROULX « Un livre époustouflant, peuplé de personmujes hauts en couleur qui tient autant de Vhommage à Ducharme que du “polar existentiel " de Paul Auster.* * * * * » Stanlev Pcan A .mm LE CŒUR EST * ¦i: .V MUSCU INVOLONTAIRE * *• .s *: ¦, ^ ./.-•SrW •-'"‘V., 1 .f'ï > ‘ ,; t’ ’.'a * • ¦ % **"' , 'V'Bk li rai __.LE CŒUR EST UN MUSCLE INVOLONTAIRE Roman ~ 400 pages • 24,95 $ Boréal www.editlonsboreaf.qc.ca 1 Nutrition BON POIDS, BON CŒUR V MONRGWC/DUNESNL Flammarion Qc r 12 2 Roman Qc BONBONS ASSORTIS ¥ M.TREMBLAY Leméac/Actes Sud 8 3 BD.1ARG0 WINCH, 1.12- Shadow VANHAMME/FRANCQ Dupuis 5 4 Dictionnaire LE PETIT LAROUSSE ILLUSTRÉ 2003 COLLECTIF Larousse 6 5 Roman Qc LES QUATRE SAISONS DE VIOLETTA C.BROUILLET Denoél 8 6 Biograph.Qc L'ALLIANCE DE U BREBIS G.LAVALLÉE JCL 17 7 Roman Qc OUF! T D.BOMBARDIER Albin Michel 14 8 Roman LE PIANISTE y W.SZPILMAN Robert Laffont 77 9 Polar MYSTIC RIVER V D.LEHANE Rivages 18 10 Jeunesse QUATRE FILLES ET UN JEAN y A.BRASHARES Gallimard 9 11 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?y J.SPENCER Michel Lafon 86 12 Roman Qc LE GOÛT DU BONHEUR, 1.1,2 & 3 4P M.LABERGE Boréal 87 13 Roman LA CROIX DE FEU, t.5- 1™ partie D.GABALDON Libre Expression 10 14 Roman ÉLOGE DES FEMMES MÛRES ?S.VIZINCZEY du Rocher 67 15 Roman Qc UN PARFUM DE CÈDRE y A.-M.MACDONALD Flammarion Qc 92 16 Polar TOI QUE J'AIMAIS TANT V M.HIGGINS-CLARK Albin Michel 11 17 Polar PARS VITE ET REVIENS TARD ?F.VARGAS Viviane Hamy 36 18 Roman LES ENFANTS DE IATERRE, t.5- Les refuges de piene J.M.AUEL Pr.de la Cité 15 19 Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT E.TOLLE Ariane 98 20 Essais Qc LE LIVRE NOIR DU CANADA ANGLAIS N.LESTER Intouchables 38 21 Roman LE LIT D'ALIÉNOR M.CALMEL XOéd.24 22 Roman Qc VOYAGE AU PORTUGAL AVEC UN ALLEMAND y L.GAUTHIER Fides 17 23 Spiritualité LE GRAND LIVRE DU PENG SHUI V G.HALE Manise 63 24 Dictionnaire LE PETIT ROBERT DE IA LANGUE FRANÇAISE 2002 COLLECTIF Le Robert 4 25 Spiritualité METM EN PRATIQUE 1£ POUVOR DU MOMENT PRÉSENI E.TOLLE Ariane 16 26 Roman MADEMOISELLE LIBERTÉ A.JARDIN Gallimard 28 27 Roman LE BAISER D.STEEL Pr.de la Cité 12 28 Essais IA RAGE ET L'ORGUEIL 0.FALLACI Plon 6 29 Cuisine RECETTES ET MENUS SANTE, t.2 M.MONTIGNAC Trustar 129 30 Arts 365 JOURS POUR LA TERRE YARTHUSaSTTWC de La Martinière 38 31 Sexualité FULL SEXUEL 1.ROBERT L'Homme 22 32 Guide Qc QUÉBEC LA BELLE PROVINCE ?C0UECTIF Phidal 188 33 Biograph.Qc MON AFRIQUE y L.PAGE Libre Expression 42 34 Roman P.DJIAN Gallimard 8 35 Psychologie CESSEZ D'ÊTRE GENTIL, SOYEZ VRAI ! y T.D'ANSEMBOURG L'Homme 84 36 Beaux livres LA TERRE VUE DU CIEL y Y.ARTHUSBERTRAIC de La Martinière 142 i7.Cuisine BARBECUE y S.RAICHLEN L'Homme 16 38 Roman QUELQU'UN D'AUTRE y T.BENACQUISTA Gallimard 27 39 Sc.Sociales LES FRANÇAIS AUSSI ONT UN ACCENT i- B.NADEAU Payot 19 40 Roman LE CHARDON ET LE TARTAN D.GABALDON Libre Expression 9 41 Jeunesse CHANSONS DOUCES, CHANSONS TENDRES 0ml DC] 4P H.MAJOR Fides 44 42 Roman LE TALISMAN D.GABALDON Libre Expression 9 43 Nutrition IA BOÎTE A LUNCH EMBALLANTE y EM0ND/BRETON Flammarion 0c 52 44 Sport GUIDE DES MOUVEMENTS DE MUSCULATION 4P F.DELAVIER Yigot 218 45 B.D.ALBUM SPIROU.t.264 COLLECTIF Dupuis 6 m : Coup de Cœur RB WÊÊÊÊÊÊM : Nouvelle entrée Nbn de samaincsdupuii parution T Plus de 1000 Coups de Cœur, ^3^ pour mieux choisir.KAZANTZAKIS Il faut aller en Crète, où le respect de Thistoire fait partie des traditions et de l’orgueil d’un peuple SUITE DE LA PAGE D 1 seul une décision et de trouver le chemin qu’il faut prendre, sans qu’intervienne 1‘intelligence.Et l'âme réciproquement n’est pas une idole invisible, faite de vent: elle a reçu la sûreté et la chaleur d’un corps et jouit du monde avec un plaisir pour ainsi dire charnel, comme si elle avait une bouche, des nariqes et des mains pour le caresser.» A réconcilier l’esprit et le corps, l’écrivain crétois a consacré sa vie.Souvent, il a retrempé sa force sur l’émouvant sol de Cnossos, y composant son Odyssée, une épopée de 33 333 vers, parue en 1938.Joyce avait fini son odyssée en 1922.Quand on traduisit celle de Kazantzakis en français, en 1971, Hubert Aquin brûlait ses cartouches pour se délivrer d’un semblable envoûtement; dans Point de fuite, les sirènes d’Ulysse, croisant près des dangereux rochers d’Aptera, entonnaient encore leur fascinant chant légendaire.Kazantzakis avait eu le projet de traduire toutes les œuvres littéraires majeures.Il faillit se perdre dans ce labyrinthe, mais il eut la sagesse de renoncer à ce travail d’Hercule.Toute son écriture s’est pourtant affinée à l’or pur des grandes flammes, avivant son Verbe de créateur aussi sûrement que le diable chauffe la fournaise de Dante en enfer.La maison du fils prodigue La maison paternelle des Kazantzakis, dans le village de Varvara, où l’écrivain voyageur revenait fréquemment, n’est qu’à quelques kilomètres de Cnossos.Là se dresse le palais de Mi-nos, vieux de 40 siècles et vibrant de mystères.A Varvara, on n’a pas craint le décalage, en ouvrant les portes d’une plus modeste demeure.On a su y reconnaître la conscience universelle de l’écrivain: «Il y a une sorte de flamme en Crète, disons une âme, quelque chose de plus fort que la vie et que la mort.Il y a la fierté, l’obstination, la bravoure et en même temps quelque chose d’autre, d'inexprimable et d’impondérable, qui fait que l'on est à la fois joyeux et terrifié d’être un homme.» Toute blanche de chaux à l’intérieur, avec ses deux étages, la maison ocre abrite un bel ensemble de documents littéraires.Editions en diverses langues, documents iconographiques, photographies, affiches, manuscrits, correspondance, film documentaire, la collection évite avec intelligence le bavardage et la sanctification.Elle met en valeur un parcours international et un rayonnement humaniste de 50 ans de vie littéraire.Il faut aller en Crète, où le respect de l'histoire fait partie des traditions et de l’orgueil d’un peuple.On y comprend le lien entre l’accueil d’un étranger, venu découvrir les richesses archéologiques, naturelles et humaines d'une île, et la conscience d’un patrimoine intellectuel, artistique et littéraire né du terroir.Ici, le souvenir et le sens de la postérité ne font qu’un même rapport au temps.En Crète, la mort passe ainsi au ralenti.Pourtant, comme ailleurs, les hommes y ont amené la destruction.La terre volcanique y a détruit des villes florissantes.Mais en relativisant le bien et le mal, le beau et l’horreur, Kazantzakis a fait œuvre de civilisation.De l’atmosphère tragique de sa jeunesse crétoise, il a su dégager les aspirations à la liberté, tant politique, civile que morale, qui fondent, en Occident, les plus belles luttes des Lumières.Le regard crétois Ce qu’un D’Annunzio avait vécu comme un mirage, une simple lueur au bout d’un chemin : UNE VAL|.ÉR|D^LAjlorr UNE VALLÉE DE LA MORT ATTENDAIT LES FRANÇAIS par Aurélien Boisvert Qui vivait dans les basses terres de la vallée laurentienne lorsque Champlain a fondé Québec en 1608 ?Les Français ont-ils refoulé le peu d’habitants qui y vivaient alors ?112 pages - prix total et frais postaux: 16 $ I .es Edifions 101 ( .I’.501.Stuc.Desjardins Montréal 1151111(7 lil!|): lUHi.t.sMnpatieo.ea au.boisu'i l noir, Kazantzakis, qui faillit croire, au début, en Mussolini, le chercha radicalement dans le communisme.Puis, toujours épris de retraite ascétique dans quelque monastère du mont Athos, il crut tranquilliser son âme dans le Christ En vain.Dionysos l’attendait toujours pour quelque exaltation.Plus près de Nietzsche, il lui fallut trouver la consolation dans l’écriture.Qui lui prit la main, en route, pour le mener à Assise, où, comme à chaque étape de sa vie, il allait écrire un livre de spiritualité et d’humanité?Un homme, un serpent, une fourmi?Il y a toujours rencontré quelqu’un qui lui passait la pierre philosophale.Elle lui fit connaître Bouddha.Il comprit alors que pour gouverner sa propre démesure et son anarchie, il fallait mettre un monarque absolu au fond de soi.Cette force, ce souffle d’esprit tempère chez lui un furieux goût de vivre et d’embrasser.En Crète, on est au cœur du monde occidental.L’île abrite les lieux de naissance des dieux — Zeus possède sa grotte au mont Ida, ses anciens cultes et ses légendes.Plus que des ruines, de ce passé nous viennent les fondements de nos codes de lois, les bases de notre rationalité, les principes de notre psychologie, le souffle de notre littérature: Ulysse était sans doute Crétois.«Le monde entier s’est déployé en moi comme une Crète gigantesque», raconte Kazantzakis.Les Crétois n’avaient-ils pas pensé toutes les luttes à venir?Si Thésée, l’aspirant au trône d’Athènes, y avait occis le monstre Minotau-re, n’était-ce pas pour emporter, grâce à la complicité d’une Crétoise, le savoir-faire d’un architecte, Dédale, qui s’y connaissait plus que tout autre dans l’art de bâtir les palais, autour desquels grandissent les empires?Avant qu’une explosion volcanique cause la ruine de Cnossos, l’île rayonnait sur la Méditerranée, d’Athènes jusqu’en Egypte et, plus loin à l’Est, en Asie mineure.Ensuite, elle a montré que le savoir des hommes frétait pas près de s’y éteindre.A travers les 40 siècles d’histoire crétoise, de l’antique à la vénitienne, sans occulter la terrible guerre civile sous l’occupation turque, les Crétois n’ont eu qu’un cœur, celui de Zorba.La Crète contient tous les symboles en ses lieux.L’espace virtuel de la mémoire est ici serti dans des fondations lourdes de sens: à Cnossos, Phaistos, Mafia, Gortyne, Kato Zakros, le marquage territorial fait resurgir, entre la pierre et les mots, le génie invisible du fieu.Les vestiges livrent la trace spirituelle d’une organisation intérieure.Elle s’est inscrite dans la durée; une autre volonté la tient accueillante, dans la géographie.L’archéologue la ranime, parfois avec audace, comme à Cnossos, où Evans a rebâti le site et refait les fresques, avec beaucoup de fantaisie.En voilà un à qui les ruines ont parlé! / Eternel retour La maison d’un écrivain est une coquille vide, une porte d’entrée sur l’imaginaire qu’une œuvre litté raire bâtit Antre d’un fou ou cadre d’une muse au travail, elle protège le livre qui relie un esprit à tous les autres.Tout écrivain cherche à transmuer son expérience solitaire en parole universelle.Kazantzakis y a mis tout son souffle.Comme Anne Hébert.Marie-Claire Blais.Marguerite Yourcenar.Julien Gracq.Marcel Proust Dans l’archétype de la maison d’écrivain, lorsque la résonance, comme chez Kazantzakis, est paisible, l’inconscient collectif trouve l’image archaïsante et édifiante d’un rassemblement silencieux.-Il est bon de commémorer les épisodes fondateurs d’une nation, au lieu qu’ils se dispersent aux quatre vents.I-a Grèce s’est battue contre l’envahisseur turc, italien, albanais, allemand.Kazantzakis, personnage complexe, a été de tous les mouvements de libération nationale.De Lénine etTrotski à Nehru, en passant par la Chine — «l'Alma Mater, l’Asie», disait-il à la fin de sa vie —, il a participé à la vie politique grecque, sans cesser de puiser dans L’Odyssée d’Homère et d’en confronter l’éblouissant héritage aux grandes religions.En 1956, il est membre du Comité international de la paix.Il meurt un an après, âgé de 72 ans.Son œuvre n’a cessé d’être traduite.En français, elle reprend son élan, tous les dix ans, depuis la disparition de son auteur.LETTRE AU GRECO, BILAN D’UNE VIE Nikos Kazantzakis Pocket Paris, 1997 d" édition: Plon, 1961) 1 » L E 1) E VOIR, LES SA M E I) I 17 ET I) I M A \ C HE IK A O II T 2 0 0 2 I) li —~ Livres*- EN PARTANCE Terre partagée L été est une saison propice aux dépaysements.Tout au cours de l’été, notre collaboratrice Johanne Jarry a fait entendre ici quelques voix d'écrivains dont les œuvres ont permis de franchir les frontières et ont fait du lecteur un voyageur.Pour clore cette série estivale: le Canada anglais.JOHANNE JARRY Est-ce parce que l’histoire du pays est récente que plusieurs écrivains canadiens-anglais, du moins ceux dont les œuvres sont réunies ici, placent la vie de gens ordinaires au cœur de leur fiction?Parmi eux, il y a ceux venus d’ailleurs pour peupler le Nouveau Monde, tels les ancêtres d'/Uexander MacDonald dans La Perte et le Fracas (Editions du Boréal), le seul (magnifique) roman d'Mstair MacLeod.Ce sont ses souvenirs, mais plus encore ceux du clan dont il est issu que raconte Alexander MacDonald.Calum Ruadh, son arrièrç-arrière-arrière-grand-père, a quitté les Highlands d’Ecosse en 1779 avec sa femme, ses enfants et une chienne qui, refusant d'être abandonnée, a gagné leur bateau à la nage.De cet animal fidèle descendra une lignée de chiens qui «aimaient trop et voulaient trpp».«C’était plus fort qu’eux», disait le grand-père.A l’image de ces chiens, les membres du clan s’accrochent au souvenir de leurs prédécesseurs méprisés par Wolfe qui, s’agissant des Highlanders qu’il pensait recruter dans son armée, écrivait: «S’ils meurent, leur perte ne causera qu’un bien petit fracas».Ces mêmes Highlanders lui auront pourtant permis de remporter la bataille des Plaines d’Abraham.Ce premier roman d’Alistair MacLeod, né en Saskatchewan, a été précédé par deux recueils parus aux Éditions L’Instant même: Cet héritage au goût de sel et Les hirondelles font le printemps.Plusieurs des nouvelles font penser à des pièces détachées qui, une fois rassemblées, composent la toile de fond du roman.On y trouve les thèmes que creuse l’œuvre de MacLeod: la quête identitaire, l’attachement au lieu d’origine, les liens du sang, le dur travail des hommes de la mer dans l’obscurité des mines.Et, plus que tout, une attention aux êtres et au monde, et la reconnaissance de la filiation.Femmes rattrapées par les mots Subtilité et sensibilité caractérisent aussi l’œuvre d’Alice Munro, née en 1931, en Ontario.Ses personnages mènent des vies qui seraient sans doute demeurées sous silence si sa plume n’avait été là pour capter un regard, une hésitation, un état de grâce.Dans plusieurs de ses nouvelles, genre qu’elle privilégie et pour lequel on salue son talent, ce sont souvent des vies de femmes qui sont ainsi rattrapées par les mots.Des femmes lucides, parfois flouées, mais qui endossent rarement le rôle de la victime.Dans le recueil La danse des ombres heureuses (Rivages), récemment paru et qui regroupe des nouvelles écrites entre 1968 et 1974, elles tentent de percer le mystère de ce qui les lie à leur mère, elles envient le succès littéraire de leur ancien mari, elles hurlent dans la nuit devant la porte de leur fiancé rentré de voyage et marié à une autre ferpme.Mais aucune d’elles ne cède au désespoir.A lire aussi chez le même éditeur, L’amour d'une honnête femme, un très bon recueil parmi plusieurs autres.Une autre époque Si la plupart des nouvelles d’Alice Munro emploient le «je» (qui n’est pas celui de l’auteure), donnant une impression de proximité, celles de Mavis Gallant sont narrées par une voue extérieure, ce qui place parfois le lecteur en position d’observateur.Lors de la lecture du recueil Vers le rivage (L’Instant même), l’effet de distance est amplifié, car plusieurs des nouvelles rappellent les années d'après-guerre et un mode de vie moins familier aujourd’hui.Mais si les anecdotes semblent avoir vieilli, les sentiments qu’éprouvent les personnages sont intemporels, presque palpables.Cet écrivain passe aisément d’un registre à l’autre, de la gravité à la mélancolie en passant par l’ironie, comme en témoigne ce passage où une jeune Américaine réagit à une demande en mariage: «Carol, avec une grande efficacité, s’attaqua presque immédiatement à la tâche de tomber amoureuse.L’amour nécessitait des conditions parfaites, comme un géranium.» Mavis Gallant, qui vient d’avoir 80 ans, vit à Paris depuis les années 1950.Elle a publié 15 livres (dont quelques-uns sont disponibles dans la collection de poche de Rivages) dont les leitmotive sont, .¦ '¦ ARCHIVES LE DEVOIR Ca Cabot Trail, au Cap-Breton, en Nouvelle-Ecosse.ËNÉm entre autres, les destins d’expatriés et les séquelles de la guerre.Que signifie écrire pour elle?«Like every other form of art, literature is no more and nothing less than a matter of life and death.» Les silences d’une vie «Toute vie comporte des chapitres qui sont rarement lus, en tout cas pas à voix haute», lit-on dans le roman La Mémoire des pierres (Le livre de poche) de l’écrivaine Carol Shields, phrase qui évoque aussi les œuvres de Munro et Gallant.Née dans l'Illinois en 1935, Carol Shields a émigré au Canada en 1957.D’elle on a pu lire tout récemment Une saison de célibat, co-écrit avec Blanche Howard et publié chez Fides, un échange épistolai- re hélas pas très convaincant entre une femme et un mari séparés temporairement pour des raisons professionnelles.Comme elle est présentée par certains critiques comme une auteure populaire, on ne s’étonne pas de la voir signer une biographie de Jane Austen (collection «Grandes figures», Fides) ; leurs œuvres vont bien ensemble.Publié en 1995 en français, Im Mémoire des pierres est le plus salué des romans de Shields.Prix Pulitzer, il a aussi reçu le prix du Gouverneur général.Présenté comme l’autobiographie de Daisy Goodwill, née en 1905 et enterrée en Floride au début des années 1990, ce récit intègre aussi le point de vue des tiers sur Daisy, un arbre généalogique, des lettres de toutes sortes, des photographies, presque tout ce qui tient lieu de traces d’une vie humaine.Il n’y a rien de spectaculaire dans le déroulement de la vie de Daisy.Deux maris, des enfants avec (et pour) lesquels elle a semé au cours des ans des listes de choses à faire, des recettes de gâteau, des menus de pique-nique.Mais cette absence de coups d’éclat ne la prive pas de sa singularité; le lecteur y accède grâce au style sobre et cependant loin d’être convenu de Carol Shields.Ainsi naît un personnage.Terminons avec deux titres d’auteurs moins connus.JJ'abord Im Reine du Nord (Petite bibliothèque, Editions de l’Olivier) d'Eden Robinson, née en 1970 dans la réserve de Kitamaat en Colombie-Britannique.La plupart des nouvelles de ce recueil racontent l’histoire de jeunes Amérindiens qui, l’espace d’un moment, s’imaginent vivre dans une famille où ils mangeraient à leur faim et où ils ne craindraient pas les coups de leur frère ou de leur père.Le tableau est noir, mais évite de sombrer bêtement dans le folklore.Pour poursuivre dans une voie pas très «politiquement correcte», lire Im récit de voyage en Nouvelle-France de l’abbé peintre Hugues Pommier (L’Instant même), et plus particulièrement la nouvelle qui donne le titre au recueil de Douglas Glover.L’abbé Pommier dessine un portrait qui malmène quelque peu l'auréole de sainteté que les manuels d’histoire de jadis prêtaient volontiers aux missionnaires chargés d'évangéliser les «sauvages».A titre indicatif, signalons que Micheline Dinctôt rêve d’adapter pour le cinéma Im Rédempteur, roman du même auteur publié chez le même éditeur.LITTÉRATURE FRANÇAISE Le sacrifice de la naïveté CATHERINE MORENCY Fidèle à son habitude, Jean-Claude Pirotte, grand poète et prosateur contemporain, se présente avec un récent livre mais comme sur le bout des pieds, sans agiter ni la machine médiatique ni les cercles littéraires.C’est que son dernier roman, Ange Vincent, se défend seul.Et le fait magnifiquement.Présenté comme un roman autobiographique, on y reconnaît d’emblée la fine ironie de l’auteur, qui nous a habitués au fil des publications (romans, nouvelles, carnets, recueils de poèmes, essais) à sa prédilection pour les ruptures de genre, les égarements discursifs, et à sa vision impressionniste du réel.Cette fois, il nous convie à entrer dans son univers amoureux (mais est-ce bien le sien?), esquissant le portrait de trois des femmes qu’il a adorées, de l’adolescence à un âge adulte à propos duquel il demeure évasif.«Je pense à toutes les femmes que j’ai aimées, écrit-il en guise de prélude, à celles que je n’ai pas aimées, Olga, Samantha, toutes ces vies.Je pense que je vais les quitter, me détruire car que serais-je jamais sans elles?Je vais rejoindre Claire et Mariuc-cia, Lise aux longues paupières, la petite serveuse du Moderne, les putains slaves d'Yvan, Lucina, Caria, Perle d’eau, je vais enfin me confondre avec Ange Vincent, mon double aux gants raccro- chés.» Durant une centaine de pages, cette prose délicate, ciselée tel un bijou précieux, fredonnera l’air tantôt langoureux tantôt plus morbide d’une danse rituelle et fatale, dont cet ange plus sombre que vierge apprendra les pas, au détriment d’une candeur trop tôt détruite.«C’est étonnant, le nombre d'existences que la vie nous propose.Et puis on ne change pas, on écoute éternellement le même fado fatal et miraculeux», poursuit le protagoniste qui, de connivence avec l’auteur, se raille de ce roman, qui ne serait peut-être finalement qu'«««e histoire sans importance, fabuleuse».Par moment, on hésite même à écarter le nom de poésie pour évoquer la douceur mêlée d’ef- froi qui sert d’encre à Pirotte.Son écriture, fascinante parce que polie par le doute et l’incertitude, s’observe en train de claudiquer, peinant, non sans une certaine fascination pour son propre mystère.Ainsi, Pirotte signe, avec Ange Vincent, une œuvre forte, brève mais incontestable forte, qui montre à la fois la maturité et l’éternelle jeunesse d’une prose française, une œuvre qui représente, aujourd’hui et au jugé des œuvres précédentes, un moment de grâce dans l’époque actuelle.ANGE VINCENT Jean-Claude Pirotte la Table Ronde Paris, 2001,127 pages Le seuil du vide FRASQUES Hubert Lucot RO.L Paris, 2001,267 pages FAUTES QUE J’AI FAITES Danielle Mémoire RO.L Paris, 2001,190 pages MARIE CLAIRE LANCTÔT BÉLANGER Le titre du livre d’Hubert Lucot évoque quelque chose que le lecteur cherchera en vain.Peut-être y sentira-t-il la proximité des mots frasques et fresques: tableau d’ensemble d'une vie donné en divers morceaux, en segments épars.La mémoire y est convoquée, mélange de souvenirs et d’oublis.Mémoire qui reconnaît les personnages de l’enfance.la «petite enfance dans Paris obscur», au temps de la guerre.Mémoire des amis maintenant morts.Amis et connaissances qui ont, auparavant, fait l’objet d’écrits, ceux qui ont accompagné les années de militance et les autres.L’auteur, lui, est vivant, même s’il se tient souvent au bord du vide.Son «je» très présent emplit l’espace du livre.Le Hubert, ses traces, ses lieux et ses «ob- BOIS DORMANT ET AUTRES POÈMES EN PROSE Gérard Macé Gallimard, coll.«Poésie» Paris, 2002,223 pages La poésie de Gérard Macé est le lieu d'une certaine «avant-mémoire», comme dirait Jean Roudaut.La prose poétique édifie un espace, une voûte, voire même un ancrage dans un mon- jets lucotiens» sont dispersés dans ces pages pour élaborer une écriture intime, une autofiction.Mais tout auteur n’est pas Proust, même s’il prétend aimer une Odette! Ainsi, Hubert Lucot resserre à ce point le référent de son écriture (à la famille, par exemple) que l’universalité souhaitée n’est pas au rendez-vous.Exclu de la référence, le lecteur risque de n’y voir que des effets prétentieux.Ou une recherche de citations, de références (littérature, peinture, géographie, personnages publics) marquée de préciosité.Parfois, le miracle d’un lien très fort entre l’intime et l’universel se produit; le plaisir de la lecture est alors très grand.Cela arrive autour d’une histoire de chat, d’une visite à New York ou de certains hommages à une femme, A.M., à son corps, à sa présence.Pour le reste, malgré la référence à Suzanne Jacob, au Québec et aux autres stratifications logées dans sa mémoire, dans son histoire, Lucot déçoit.Fichier Errata Un livre qui s’écrit sur ce qui s’écrit, tout en s'écrivant.Non pas dans l’intériorité qui livrerait l’âme du texte ou qui élaborerait une fiction.Ni dans une fantaisie permettant d’entrer dans le À L’ESSENTIE de sans cesse éphémère.Au fil de Bois dormant, des souvenirs se condensent pour mieux répondre à un sentiment d'unité perdu.L’oubli se faufile-t-il dans les intervalles de la parole?Au milieu des Balcons de Babel, on peut lire: «Les miroirs de maintenant sont encombrés de souvenirs plus vrais que nature.» Le conteur devient ici un autre, une figure solitaire qui avance dans l'incertitude et le calme.Chez ce poète français contemporain.mode de la création.Ni encore ouvrant des avenues nouvelles, interrogeant l’écriture, son rapport à la vie, à la mort.Pourtant, Danielle Mémoire lance des avertissements, un premier puis un troisième, en omettant le deuxième: «Le texte, jusqu’ici, et pour quelque temps encore, mortellement ennuyeux, va devenir, dans sa deuxième moitié, ABSOLUMENT PALPITANT.» Or le lecteur peut attendre: la deuxième moitié promise n’arrivera jamais.Le texte restera ennuyeux, confus.Les personnages, doubles de l’auteur, apparaîtront, disparaîtront.Sans consistance, sans entité.Un château profilera son ombre, ses habitants, ses jeux, ses règles.Celles de l’Oulipo?Rien n’est certain.Peut-être pour perdre le lecteur et l’entraîner dans une série de chausse-trappes.L’auteur (un des auteurs, se plaît-elle à dire) recherche vainement, à la fin, «le sujet» et répond: «Nous digressons donc, et puis nous di-gressons encore.» Ce n'est pas l'association libre ni le flottement qui déçoit.Plutôt l’outrecuidance.Et l’impression d’avoir été floué.Un livre est qne promesse.Ici, non tenue.A moins que ce qui brûle, dans lès dernières lignes, alors que Balzac vient d’être cité, ne renvoie le l’homogénéité de l’univers se manifeste à travers une langue qui, sans cesse, ressuscite la longue mélopée du temps.Des voix ancestrales se croisent, alors que l’histoire intime va d’un refuge à un autre.Des allusions à Baudelaire, Nerval et Proust se dissimulent dans cette approche très personnelle du récit elliptique.Une œuvre riche qui continue toujours son chemin vers l’imprononçable.David Cantin lecteur a un chef-d’œuvre incon nu.Ou méconnu.librairie ?bistro BISTRO DES DIZAINES D’ÉVÉNEMENTS DES MILLIERS DE LIVRES Métro Côtu des Neiges «cil M GERARD BOUCHARD MISTOOK « Un roman réussi oui ratante avec un éaal bonheur des rêves nord-américains et leur évanouissement.» Hubert Chartraml Le Devoir « Une fresciue historit/ue étonnamment chaude, drôk et colorée.^ Guillaume Buurgiuill-Côté / e Soleil « Un roman historfaue excebt ioiuicl » Jocelvnc lepage" I a Presse É; , *¦: luurri*#?lYOSTOUK J* » Roman 520 pages • 27,95 $ Boréal www.editionsboreal.qc.ca LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 A O U T 2 0 0 2 1) 4 •'Essais** Petit tombeau d’André Naud (1925-2002) Une éthique pour le pape et la liberté pour les croyants Le pape et les évêques, par leur fonction, sont amenés à se prononcer sur toutes sortes dç sujets au nom de la foi et de l’enseignement de l’Église desquels ils sont les porte-parole officiels.Mais, pour ce faire, à quelle éthique doivent-ils soumettre leur parole?Suffit-il d’évoquer «la» vérité ex-cathedra pour répondre à cette question?Professeur émérite de la faculté de théologie de l’Université de Montréal, André Naud, avant de quitter ce monde le 28 juin dernier, intervenait courageusement dans ce débat avec Pour une éthique de la parole épiscopale.Partisan d’un magistère modeste, «conscient d’être détenteur d’un trésor précieux» et qui «n'a pas à être dénué de toute certitude», mais qui ne doit jamais oublier qu’il porte ce trésor «dans un vase d’argile», Naud incite le pape et les évêques à la prudence dans «les affaires qui relèvent de la Transcendance» et à l’heure d’imposer «des obligations absolues à la conscience».Pour lui, le devoir de loyauté envers la vérité doit absolument s’accompagner de «l’idée de liberté» sans laquelle l’enseignement perd toute crédibilité.Traitant des «devoirs du pape», le théologien plaide en faveur d’une infaillibilité pontificale circonscrite à des domaines précis (par exemple, écrit-il, il faut faire savoir qu’elle «ne peut s’étendre à des dilemmes relevant de la loi morale naturelle que la Révélation ne tranche pas»), d’une vision de l’unité chrétienne attachée à l’essentiel (la charité) plutôt qu’obsédée par l’orthodoxie intellectuelle et il insiste sur la reconnaissance d’une parole épiscopale libre: «Mais n’y a-t-il pas contradiction pour les évêques à recevoir une mission magistérielle qu’à toutes fins utiles ils ne peuvent pas exercer vraiment sur tant de points gui intéressent la foi et le comportement chrétien, l’Eglise du milieu dont ils ont la charge, le concret des jours de tant de croyants?» Quelle éthique, en effet, respecterait donc celui qui enseigne une parole sur laquelle repose un interdit absolu d’interprétation?Le respect de la vérité et celui de la liberté peuvent et doivent se concilier pour que l’on puisse parler de magistère valable.Cette exigence, indique André Naud, nous éloigne de toute «terre de facilité», mais Louis Cornellier ?c’est la validité même de la mission en cause qui l’impose.«Pourquoi faudrait-il qu’on n'envisage jamais d’être audacieux», lance enfin le théologien, invitant ainsi le magistère à délaisser un autoritarisme et un conformisme débilitants pour renouer avec une parole épiscopale vivante.Un nettoyage philosophique de la religion catholique André Naud ne fut jamais un théologien assis, tranquille et satisfait Inébranlable défenseur de la liberté de conscience individuelle, battup en brèche, selon lui, par la rigidité doctrinale de l’Église, il n’a jamais cessé de revendiquer pur les croyants le respect de leur intelligence.Publié à titre posthume, son ultime essai intitulé Les dogmes et le respect de l’intelligence expose avec une sérénité inquiète (cet oxymoron résume bien l’attitude globale du croyant) son point de vue sur la question, point de vue qu’il doit, surtout, à une relecture attentive de l’œuvre de Simone Weil.Philosophe intense, complexe et atypique à la pensée résolument chrétienne, Weil, pourtant, refusait d’adhérer à l’Église catholique par le baptême.La raison: «Un malaise de l’intelligence dans le christianisme», dû, selon elle, au fameux dogme qui affirme «Hors de l’Église, point de salut».Très sensible à ce rapport particulier à l’Église «fait de reconnaissance et d'attente, d’un côté; de regret et de méfiance, de l'autre», André Naud y a trouvé l’inspiration népessaire à son plaidoyer en faveur d’une réforme de l’Église.Revendication d’une liberté totale face à toute autorité extérieure à l’intelligence, liberté qui «se concrétise par le refus que l’Église puisse obliger à adhérer aux dogmes qu’elle formule», le plaidoyer de Naud (et de Weil) reconnaît la pertinence des dogmes, mais insiste aussi sur le droit inaliénable de questionner et de douter.Au devoir d’adhésion imposé par le magistère, il oppose un devoir d'attention inconditionnelle et respectueuse qu’il résume en dix règles.Presque mot à mot, cela se lit comme suit: toujours soutenir ce qu’on pense, ne pas adhérer systématiquement, ne pas négliger de prier, être prêt à abandonner n’importe laquelle de ses opinions dès l’instant que l’intelligence recevra plus de lumière, reconnaître l’importance d’un bloc compact de dogmes en dehors de la pensée comme quelque chose d’infiniment précieux, reconnaître que ce bloc es) offert à l’attention plutôt qu’à la croyance, dire de l’Ecriture qu’elle est «le plus souvent» inspirée, faire confiance pux dogmes, ne pas oublier que ce qui vaut pour les Évangiles vaut aussi pour les dogmes et, finalement, avoir la même attitude d’esprit à l’égard des autres traditions religeuses ou métaphysiques et des autres textes sacrés, tout en ayant le droit d’estimer que la foi catholique est de toutes la plus pleine de lumière.Fasciné par la pensée de Simone Weil, Naud en présente les assises afin de permettre à ses lecteurs de bien comprendre comment )a philosophe en est arrivée à cette position face à l’Église.Il traite, ainsi, de son «goût profond pour le réel» et de son «refus de l’abstraction» en prenant bien soin de citer cette formule: «Le caché est plus réel que le manifeste», et d’ajouter qu’elle écrivait aussi: «Celui qui nie la présence réelle du mystère à jamais impénétrable est plus qu’un naif, il n’est peut-être pas digne d’être considéré comme un homme»-, il traite aussi de son opposition aux «simplifications du savoir scientifique» obsédé par un idéal de puissance; de sa conception de la philosophie comme réflexion sur les valeurs; de sa conviction selon laquelle «ce qu’on saisit dans la lumière de la grâce, on le saisit par la raison»-, enfin, de son insistance sur «la nécessité de multiples lectures du réel et de la nécessité de comprendre que toutes les parties de l’âme ne sont pas engagées de la même manière ni au même degré dans chacune de ces lectures».Ce sont ces assises qui amenaient Weil à réclamer l’établissement d’une «logique spéciale adaptée au domaine des Mystères ou au domaine surnaturel», logique faite de modestie, de discrétion et de tolérance, étant entendu que, pour elle, «le mystère est ce qui est absolument et pour toujours impénétrable et non pas ce qui est provisoirement caché ou non encore découvert».Weil, d’ailleurs, affirmera que le christianisme parle trop, et avec trop d’assurance, des choses saintes.Eloge de la quête de la vérité recherchée en toute liberté «avec l'aide du magistère», d’une foi en quête de son intelligence et d’une intelligence en quête de sa foi, éloge de la raison alliée à la grâce, de la prière nécessaire et de l’attention portée à l’attention, la pensée weilienne ne pouvait que combler l’indéfectible croyant inquiet qu’était André Naud, qui affirme «avoir trouvé enfin une sorte de bonheur dans [sa] propre foi et dans l’Église [qu’il ne peut] servir qu’en lui proposant de se réformer».Le théologen est mort, mais il nous laisse un héritage, grâce à ce livre très profond habité par le souci constant de relever un défi colossal: être clair en parlant du mystère de la foi, ce possible bonheur de la conscience chrétienne individuelle.louiscornellier@parroinfo.net POUR UNE ÉTHIQUE DE LA PAROLE ÉPISCOPALE André Naud Éditions Fides Montréal, 2002,64 pages LES DOGMES ET LE RESPECT DE L’INTELLIGENCE Plaidoyer inspiré par Simone Weil ,André Naud Éditions Fides Montréal, 2002,150 pages Platon, taliban avant la lettre ?Le mystère contre le rationalisme Retraduire La République, de Platon: travail herculéen qu’a effectué Georges Leroux, professeur de philosophie à l’UQAM mais aussi animateur inlassable, prolixe et généreux de notre scène intellectuelle (il collabore au Devoir).«Sa» République, résultat de presque une décennie de travail méticuleux, a été publiée ce printemps chez Garnier-Flammarion, dans la fameuse édition de poche — celle que les lycéens et étudiants de la francophonie se procurent le plus souvent.Livre fondateur de la philosophie politique occidentale, La République peut être considéré comme la première utopie politique.D’aucuns y voient des relents totalitaires.Qu’en est-il vraiment?Conversation sur l’actualité de Platon.ANTOINE ROBITAILLE Le Devoir.Dans La République, Platon s’interroge sur l’essence de la justice, mais se dit contre la démocratie.Pour nous, aujourd’hui, les deux vont de pair.G.L.Son antidémocratisme, en partie dû à des circonstances historiques, nous choque, c’est évident.Et quand j’enseigne La République, il y a toujours un moment où, dans mes classes, je sens un certain tremblement: lorsque j’aborde la phrase de Platon disant «la démocra- .tie est le seul régime où L les fils peuvent insulter impunément leur père».Pour Platon, il était clair que la démocratie n’était pas le meilleur des systèmes parce qu’elle correspondait au règne des désirs de tous.Mais cet- DES te opinion si différente de la nôtre ne l’a pas empêché de nous révéler beaucoup de choses.Notamment le caractère insatiable du désir, qui peut mener à des injustices.Le Devoir.Le projet politique que contient La République a souvent été taxé de totalitaire.Vous-même, dans une conférence récente, vous vous êtes exercé à infirmer la «comparaison scandaleuse» qui consisterait à dire: le régime des talibans était en quelque sorte platonicien.G.L II y a dans La République deux trains de mesures autoritaires qu’il faut distinguer.Un premier qui s’adresse à tous et qui est essentiellement un programme esthétique politique.Ça touche par exemple le contrôle de la représentation et du son.Dans notre monde, Platon contrôlerait, voire bannirait, télévisions et radios.la seule musique recevable serait militaire.Sur ce plan, on peut rapprocher les talibans et le Platon de La République.Pour ce qui est de cette première catégo- rie de mesures, le mot de totalitarisme n’est pas trop fort.Mais il serait excessif pour la deuxième catégorie, qui ne s’adresse pas à toute la cité mais au seul corps d’élite que forment l’armée et les gardiens, lesquels n’ont ni vie ni propriété privées.Il y a bien sûr des aspects indéfendables dans son projet politique, mais il faut voir que c’est contrebalancé par un ensemble de propositions antitotalitaires: l’égalité des hommes et des femmes, la confiance en la raison, _la priorité à l’éducation.R E Tous éléments qui entrent en tension avec les prémisses totalitaires.Le Devoir.Vous dites avoir tenté de faire ressortir l’aspect politique de La République.Cet aspect n’est-il pas évident?G.L.Peut-être, mais il y q un courant très important aux États-Unis en ce moment selon lequel La République est creuse politiquement.On dirait que les Américains refusent d’y voir tout ce qui ne concorde pas avec leur libéralisme.Ils préfèrent que La République soit quelque chose comme un stoïcisme avant la lettre, ce qui accommode l'âme américaine, laquelle, au fond, aime se faire dire quoi?Que le vrai bonheur est individuel, qu’il faut s’occuper de soi et que la vraie vertu, c’est d’être juste, sur un plan personnel, d’être capable d’affronter Dieu à la mort et, surtout, d’obtenir les récompenses éternelles.Ce courant néglige pour ce faire toutes les composantes politiques du livre: la redistribution, la question de l'autorité, la question du pouvoir, la division de la société en classes, les privilèges de l’éducation, etc., bref, tout ce qui, dans La République, a trait à la justice.Le Devoir.Avez-vous un livre préféré dans La République?G.L.Le livre IV est un de ceux que je préfère.Platon y expose son intuition selon laquelle nous ne sommes jamais uniques.Tout sujet politique, tout sujet social est toujours double, dialo-gique.Il y a toujours un autre à l’intérieur de moi qui entre en conflit avec moi-même.Penser, c’est poser «A» et saisir immédiatement que quelqu’un à l’intérieur de moi dit «non-A».Et donc, selon l’analyse platonicienne du désir, qui est prodigieuse, désirer quelque chose, c’est immédiatement comprendre que j’ai en moi la capacité de réfréner mon désir.Je veux boire?Je peux m’interdire de le faire.Ce conflit, lorsqu’il n’est pas maîtrisé, conduit au chaos de l’immoralité et de l’injustice.C’est la matière sur laquelle le philosophe doit travailler.Le Devoir.Comment imaginez-vous Platon?Après 10 ans de fréquentation intense, il est probable qu’il ait pris une forme dans votre esprit.G.L.J’ai du mal à l’imaginer jeune puisque lui-même, dans son autobiographie — si elle est authentique — ne dépeint pas cette période autrement que par la rencontre et l’éloge de Socrate.La partie suivante de sa vie, on l’imagine beaucoup mieux.C’est celle des voyages en Sicile.Ici, on peut se le représenter assez facilement comme un idéaliste, qui croit qu’on peut changer les choses.Mais dans la lettre VII, il exprime sa grande déception à l'égard de ses amis de Sicile, qui n’ont finalement rien réformé.Il écrit en substance: «vous êtes en fin de compte comme tous les jeunes démocrates: la seule chose que vous aimez c'est de vous faire bronzer sur la plage!» C’est écrit tel quel! Il y a enfin la troisième période, celle du philosophe qui conclut qu’il est vain de poursuivre un projet politique concret.Que lui, en tout cas, n’y parviendra pas.L’âge mais aussi son appartenance à l’aristocratie l’en empêchent.La seule chose qu’il peut espérer, c’est d’éduquer du mieux qu’il peut certains élèves, pour lesquels il va ouvrir l’Académie.C’est donc un homme assez désenchanté qui va tout donner dans l’écriture, laquelle sera chargée de recueillir ce qui ne sera pas réalisé dans son histoire.Le Devoir.Et son programme d’éducation s’avérera très influent.G.L.C’est devenu la base de l’éducation occidentale.Les écoles chrétiennes ont été les lÜITÏ! .J.' premières à l’accueillir et, à la Renaissance, les grands pédagogues, en particulier les jésuites, ont adapté parfaitement le programme de La République pour les collèges.Le cours classique est une application du programme de La République.Le Devoir.Vous avez été le promoteur, à l’UQAM, d’un programme d’études des humanités qui se nomme Histoire, culture et société.Peut-on faire un lien entre cette réalisation et un certain platonisme?G.L.Certainement.Je pense que, actuellement, le défaut principal de l’éducation post-secondaire, c’est l’absence de sa composante humaniste et critique.Le Québec a une grande chance: nous avons maintenu, alors que tout militait dans le sens contraire, l’enseignement obligatoire de la philosophie et de la littérature.Reste que nous ne nous prémunissons pas suffisamment contre les défauts qui viennent de l’excès de spécialisation de la formation universitaire, laquelle devient professionnalisante, très technique.Sans les préconiser pour tous, nous devons, comme à Concordia ou à McGill, maintenir des programmes libéraux.Des programmes permettant à l’étudiant de circuler, de s'aérer.Et qui favorisent l’acquisition de références communes qui empêchent l'atomisation de la société.LA RÉPUBLIQUE Platon Traduit du grec, présenté et annoté par Georges Leroux GF Flammarion Paris, 2002,802 pages LOUIS CORNELLIER Philosophe intempestif qui chante la fulgurance du christianisme en proférant des imprécations à l’endroit d’un rationalisme moderne imbu de lui-même, André Dési-lets appartient à une tradition philosophique presque en voie de disparition.Critique radicale de la misère spirituelle contemporaine, son opuscule intitulé Les Tensions de l’errance propose cinq courts exercices d’admiration qui permettent à Désilets d’exposer sa philosophie de la transcendance, inspirée de certains penseurs religieux russes (Berdiaeff, Chestov).Le positivisme scientifique, le matérialisme, les sciences sociales et le rationalisme en général passent un mauvais quart d’heure sous la plume du philosophe qui tolère mal ces réductionnismes.«L'aventure de la connaissance, écrit-il, comporte une tension vers l’infini», un appel de l’absolu, qui débouche nécessairement sur une «philosophie de l’adhésion au mystère», seule à même de résister à «la chosification de l’homme» inscrite au cœur de «l’exigence rationnelle» étroite.Ennemis des systèmes théoriques qu’ils perçoivent comme des impostures visant à l’éradication d’un Mal radical dont seule l’expérience de la transcendance chrétienne peut pourtant nous sauver, les penseurs auxquels Désilets rend hommage sont des errants qui ont résolu d’explorer en toute liberté le courant de Y «intentionnalité originelle de l'âme qui bouscule sans cesse nos théories et nos sciences».Aux ravages spirituels d’une rationalité à l’horizontale qui nie «le caractère sacré de la personne», ils opposent une «contemplation des êtres et des choses» à la verticale.Sans rejeter la science, ils tiennent à rappeler sans cesse ses limites dont la négation confine, selon eux, au nihilisme.Pour Jean Brun, par exemple, «il ne s’agit pas de s’éveiller à la raison mais de se réveiller de la raison».Quant à Alexis Klimov, «il montre la prééminence de la vie sur le système, de la sainteté sur la vertu, de l’expérience mystique sur toute connaissance discursive, conceptuelle, objectivée».Le défi d’une telle conception du monde est celui de toute la pensée chrétienne: comment penser et dire l’absolue grandeur de l’homme en acceptant l’existence d’un Mal radical au sein même de la création?Dans cette logique, la réponse à cette question exclut, bien sûr, que l’homme soit à lui-même sa propre grandeur, sa propre solution.Dési- lets cite Dostoïevski: «Là où il n’y a pas de Dieu, il n’y a pas d’homme non plus, bien plus, il y a le démon, car l’enfer, c’est de ne plus aimer.» Condamnés à la métaphore puisqu’ils cherchent à exprimer ce qui relève, en bout de piste, de l’inexprimable, André Désilets et ses maîtres philosophent à coups de semonces en sermonnant leurs contemporains, oublieux, selon eux, de ce qui donne sens et valeur à la vie humaine.Leur christianisme bouillonnant, voire agressif, a le mérite d’ébranler les nouvelles idoles modernes, mais une tentation réactionnaire le guette qui devrait nous inciter à la prudence.Le mépris envers «Thomme-masse» qu’exprime le préfacier Jean Renaud constitue un symptôme de ce déplaisant penchant aristocratique, de même que l’affirmation de Désilets selon laquelle «notre monde continue de méconnaître le transcendant et le sacré au profit du social et du politique».Én fait, Renaud tombe lui-même dans le travers qu’il dénonce (celui de chosifier les hommes) en vomissant, à travers la figure de l’hom-me-masse, les hommes concrets qui la composent et qui ne sont massifiés que dans la tête des manipulateurs marchands ou politiques.Confondre, comme le fait insidieusement Renaud, le procès historique de l’égalité sociale avec l’effacement des singularités individuelles, la reconnaissance démocratique de l’égale dignité des hommes avec le conformisme, relève de l’imposture réactionnaire.L'égalité politique et sociale, qui reste à atteindre, loin de nuire à la reconnaissance du caractère sacré de la personne concrète et individuelle, en constitue même à la fois la condition et l’horizon terrestre.En d’autres termes, la voie alternative que pose Désilets entre transcendant et sacré, d’une part, et social et politique, d'autre part, est fausse parce que ces facettes de l’humain se nourrissent mutuellemenL Au lieu de les opposer, il vaudrait mieux rap^ peler la nécessité des unes et des autres à ceux, nombreux de part et d’autre aussi, qui ont la faiblesse de croire que l’Être se résume, pour parler comme le philosophe, ou bien à [’horizontale, ou bien à la verticale.A cet égard, les théologies de l’Incarnation et de la libération ont dit des choses essentielles.LES TENSIONS DE L’ERRANCE André Désilets Presses de l’Université Laval Québec, 2001,82 pages A IDÉES C a h i e l s p é c littéraire ’‘k-lS-* fa' è îtSiili àm gli 11111 Util Rentrée le Devoir i LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE I K AOÛT 2 O O 2 I) 5 * DE VISU • EXPOSITION Des joyaux de petits riens ICIETlA Jérôme Fortin Musée d’art de Joliette 145, rue Wilfrid-Corbeil Jusqu’au 5 janvier 2003 Pour renseignements: (450) 7560311 SOLITUDES Jérôme Fortin Pierre-François Ouellette Art contemporain 372, rue Sainte-Catherine Ouest Jusqu’au 8 septembre 2002 Pour renseignements: (514)3956032 MARI E-ÈVE CHARRON T érôme Fortin est un glaneur urbain infatigable.À en J croire l’exposition-bilan organisée au Musée d’art de Joliette par la directrice de l’institution, France Gascon, le jeune artiste lanaudois se penche depuis 1995 sur les petits riens avec la délicatesse du joaillier, rarement, voire pas du tout, avec l’esprit du recycleur écolo ou du patenteux halluciné.Non, si Fortin fait des surplus de la production industrieUe sa matière première, c’est que son œil alchimiste y voit toujours un peu d’ordinaire à sertir.Juste ce qu’il faut du moins pour insuffler au visiteur le même respect attentif envers les matériaux pauvres qui composent ses œuvres.Ces petits riens se déclinent sous l’apparence d’un herbier mural dans une œuvre comme Des /leurs sous les étoiles (1997), sorte de cercle ajouré où fleurs et bijoux installent une constellation finement ciselée.Les gestes patients de l’artiste sont venus à bout de l’indifférence autrement portée à de frêles éléments végétaux, des cartons d’allumettes, des filtres de cigarettes et d’autres objets banaux.Combien de fois les clous ont-ils été alignés ou les bouchons de liège piqués pour réaliser ce mariage avec la grâce céleste?Faire le décompte serait fastidieux.Y songer amène déjà suffisamment à comprendre la nature du projet rien n’y est précipité, tout résulte d’un calcul minutieux.Pourtant le résultat ne trahit pas ces efforts contraignants.Plus loin dans la salle du musée, les Bagatelles (2000) cultivent ce même esprit de mesure, toujours sans donner dans la monotonie.Sous des vitrines horizontales s’alignent des parures dont le clinquant à peine dissimulé des matériaux — capsules de bouteilles, couvercles de boîtes de conserve, notamment—ajoute un soupçon d’ironie au propos portant sur une fabrication de la rareté.Toutes les petites sculptures que donne à voir le dispositif sont faites de l’accumulation et de l’imbrication soignées d’éléments identiques, pas même altérés par l’usage.La cueillette de matériau chez Fortin repose sur une sélection aussi rigoureuse qu’inspirée, teÜe qu’eDe s’affiche aussi dans New York (2001), version remaniée de l’œuvre qui devait être présentée au World Financial Center l’automne dernier dans le cadre de Growth & Risk.Québec-New York quand les tragiques événements que Ton sait ont abruptement interrompu la tenue du projet L’accumulation prend des proportions affolantes dans cette œuvre qui ressemble à une table de vente où s’alignent habituellement les babioles en tout genre.Si, dans l’amas ordonné, ressortent bien quelques objets reconnaissables, des pages de bottins téléphoniques par exemple soumises à un pliage méthodique, l’excès et la profusion l’emportent soulevant le désir de toucher tellement tout s’offre à la main et menace de déborder.Démesure du régime de la consommation et rangement affectueux propre aux collections s’entrechoquent dans ces assemblages jusqu’à donner le vertige.Le confirment aussi des œuvres récentes de l’artiste réalisées en série et où encore la répétition d’éléments similaires sert de prétexte pour révéler des singularités.Dans les Variables (20(G), des fils d’appareils téléphoniques forment des cercles au registre chromatique varié; de leurs tiges hérissées, ils parsèment élégamment le mur en guise d’étoiles ou de fleurs.C’est ainsi que l’artiste semble avoir délaissé la confection de petits objets aux configurations variables pour adopter phis franchement des formes qu’il répète inlassablement Des formes simples, telles ces suites de tondo presque monochromes que font voir les Marines (2001 et 2002), chaque cercle résultant du découpage en fins rubans de contenants de plastique ensuite fixés au mur avec constance.Il y a bien quelques souillures qui nuancent avec délicatesse les marines de Saint-Jean-Port-Joli, amplifiant les évocations maritimes, mais elles font exception dans l’exposition.Les autres cercles ne souffrent d’aucune saleté et les couleurs se laissent énumérer rouge, orange, bleu et vert, selon une texture lisse plus souvent mate que moirée.Ces œuvres flirtent avec un certain vocabulaire formaliste, rapprochement par ailleurs qu’invite à faire avec justesse le musée en ayant réservé à quelques-unes des Marines le mur de l’escalier menant à la salle, là où s’accrochaient auparavant des tondi de Claude Tousignant tirés de la collection permanente.De même, il est intéressant de mettre en perspective le travail de Fortin avec celui de Denis Juneau, cet autre plasticien québécois de la seconde génération dont l’éclairante rétrospective se tient à Joliette jusqu’au 8 septembre, tant le cercle est au cœur des œuvres de chacun.Si les œuvres de Fortin fragilisent délibérément l'autarcie de l’art en conjuguant rigueur formaliste et recours aux objets du quotidien, il n’est plus possible aujourd’hui de regarder les œuvres de Juneau sans trouver dans les abstractions peintes des années 70 par exemple — des explorations formelles voulant se débarrasser de toutes références extérieures à la toile — une parenté avec l’univers visuel des jeux de patience et de diverses surfaces décoratives.Avec la série des Solitudes (2002) qui complète cette petite expo pas du tout ennuyeuse, la répétition semble toujours de mise, mais cette fois c’est la forme du losange qui s’impose au moyen d’origamis assemblés.Au nombre de trois seulement à Joliette, ces sculptures murales se déploient avec plus d’envergure à Montréal à la galerie Rerre-Frqnçois OueDette, où plusieurs garnissent les cimaises.Etonnantes encore pour la qualité de leur fabrication, toute empreinte d’une tradition japonaise, ces œuvres amusent aussi parce qu’elles sont faites, là du papier d’un comik, ailleurs d’un exemplaire de la revue d’art contemporain Parachute.Un des losanges a été laissé incomplet Fortin ne semble donc pas vouloir s’arrêter de manier le papier.A moins bien sûr qu’il réserve aux amateurs déjà bien conquis par son art une suite moins prévisible.«S» .M-.Y» MARTIN RONDEAU New York (détail), 2001, de Jérôme Fortin.Version remaniée de l’œuvre qui devait être présentée au World Financial Center l’automne dernier dans le cadre de Growth & Risk.Québec-New York quand les tragiques événements que l’on sait ont abruptement interrompu la tenue du projet.Dans les couloirs de l’intime LES ESTAMPES DE BETTY GOODWIN Musée des beaux-arts du Canada Jusqu’au 2 septembre BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR Il ne reste que quelques semaines pour voir la rétrospective de l’œuvre gravé de l’artiste montréalaise Betty Goodwin, au Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), elle dont la contribution au domaine des arts visuels est incontestable.Avant que la Biennale de Montréal, en septembre, n’accorde une place de choix à l’artiste aujourd’hui âgée de 79 ans, dans son volet sur le dessin, une visite de l’exposition du MBAC s’impose afin de revenir sur ce travail graphique et d’en mesurer l’importance.L’exposition fait avancer l’entreprise de catalogage des œuvres de Goodwin pqr les institutions canadiennes.A la fin de 1998, la Art Gallery of Ontario (AGO) consacrait à Goodwin une rétrospective qui couvrait son travail sur cinq décennies.Si, dans l’exposition de l’AGO, la gravure figurait au sein d’un corpus de dessins, de sculptures et de peintures, l’exposition du MBAC procède à un découpage selon une approche disciplinaire, isolant la gravure des autres domaines d’expression que l’artiste a abordés.Celle qui a influencé des artistes comme Lyne Lapointe, Spring Hurlbut ou Shelagh Keeley voit ainsi sa contribution dans un domaine spécifique être mise en relief.Le corpus remarquable de Betty Goodwin en gravure débute au milieu des années 50.L’exposition couvre cette période, mais l’accent est mis sur la période 1967-1975, années marquées d’une effervescence particulière.Le début des années 60 chez Goodwin est jugé de peu de conséquence, selon une idée reçue que l'exposition essaie de renverser.En effet, c’est dans ces années que germe ce qui, au tournant de la décennie suivan- SOURCE Chemise II, 1970, eau-forte de Betty MUSÉE DES BEAUX-ARTS DU CANADA Goodwin.Goodwin utilise des objets banals mais marqués par le temps, ce qui leur confère une chaleur te, sera considéré comme un moment de grâce dans la carrière de l’artiste, en route vers les séries où sont représentés, par la gravure, des boîtes de conserve, des colis, des gants, des chemises et des gilets.lions spatiales, des rythmes, de la couleur pour élaborer une structure au sein de laquelle un contenu significatif et les objets du tableau possèdent une réalité intense, plus révélatrice que le visible.» Inspirée par le mouvement pop, qui puise dans le quotidien ses icônes populaires, Goodwin utilise des objets banals mais marqués par le temps, ce qui leur confère une chaleur, comme des effets personnels chargés de l’histoire de ceux à qui ils ont appartenu.Dirigée par les enseignements reçus du regretté Yves Gaucher (a l’époque de l’université Sir-George-Williams) , un maître de la remise en cause des acquis techniques et esthétiques de la gravure qui a marqué l’histoire de la pratique, Goodwin prend également des libertés par rapport au médium.Fascination pour le tissu L’accrochage de l’exposition rend évidemment explicite un tel parcours, de même que les références très personnelles de l’artiste, chez qui la notion d’intimité n’a rien d’une généralité.Les chemises froissées, les colis adressés, aussi camouflés dans leurs emballages, permettent à Ambitions artistiques Ces motifs récurrents ici ont valeur de résidus, de restes porteurs des traces de ce que le passé laisse sur eux.En ce sens, et c’est une des idées maîtresses qui circulent dans l’exposition comme dans la publication majeure accompagnant la présentation, ces motifs de prédilection permettent à Goodwin de donner corps à une déclaration de l’artiste qui, en 1960, a précisé ses ambitions artistiques: «Je veux utiliser les éléments constitutifs des formes, des rela- V «Lui Fête de l'histoire du Vieux-Montréal 23, 24 ET 25 AOÛT 2002, RUF SAINT-PAUL OUEST èêtaisîrei tf 'éié ait XIXr sièc/e En présence des musées du quartier Avec : le poète Émile Nelligan et le cercle littéraire de 1899 Rencontre avec Paul Wyczynski, auteur de volumes sur le poète.Visiteurs de Cacouna, station balnéaire à la mode au XIXe.Animations d'Autrefois, théâtrales et musicales.Marchants en costumes d'époque.Horaires: vendredi 23, soirée libre de 17 h à 23 h, samedi 24, de 11 h h 23 h, dimanche 25, de 11 h à 22 h Pour INFO:(514) 844-2133 y^rr ^Organise par l Association d» commerçants du ¦ vieux-Montréal oumt en collaboration avri: J Les musées : • Château Ramczay .Centre d'Histoire j de Montréal «Sir CeoTRe-Étienne-Carticr ¦ .MarKueritc-Bourgeoys 4M ±-0 ntf ERIK »MN orado datlgn communication m MAtCHÉI lOtim MtNAUO IB ÉCHl la fois de proposer des effets formels captivants et d’introduire une idée du mystère qui ne partage rien cependant avec celle d’hermétisme.Les souvenirs de Goodwin et sa fascination pour le tissu sont éclairés par l’exposition, alors que la gravure est parfois présentée comme une étape dans la grande œuvre de l’artiste.Ainsi, la série des gilets, à laquelle Goodwin revient souvent, est présentée dans cette exposition comme faisant partie de la genèse d’une autre série, à la fois sculpture et peinture, celle des Tarpaulins, de grandes bâches porteuses de cicatrices, dont le MBAC a eu la bonne idée de présenter quelques exemples dans les salles de l’exposition permanente en art contemporain.Ces liens sont explicités dans l’exposition et ce parcours se poursuit jusqu’à la sublime série des Nerfs.03cHÉO QUÉBEC vei )ez « ^ Cf que ^Québe.C 3 dans lewpp-f-Kf* | m Nr tr.cgocable.ca ou sur le site Internet.Les artistes peuvent aussi le demander par poste régulière, è l'adresse suivante : La Biennale Internationale d’estampe contemporaine de Trois-Rivières Maison de la Culture de Trois-Rivières 1415, place de THÔtel-de-Vllle, C.P.368 Trois-Rivières, Québec, Canada, CçA 5H3 http://sltes.rapldus.net/blennale.trols-rMeres biennale.trols-rlvleres®>tr.cgocable.ca téléphone: 819-371-4611 20e édition SYMPOSIUM international d'art contemporain de Baie-Saint-Paul Du 2 août au 2 septembre 2002 Dimanche 18 août, 14h «BOUGE» QUI BOUGE?Duo Catherine Gaudet et Myriam Tremblay Performance danse Dimanche 18 août, 15h DEMARCHES ARTISTIQUES Dalia Chauveau (Québec) Nathalie Grimard (Québec) Catherine Marcogliese (France) Vendredi 23 août, 16h PROJECTIONS ET RENCONTRE avec le cinéaste Neal Livingston (Nouvelle-Écosse) Samedi 24 août, 13h30 à 17h FORUM L'Utopie comme projet De l’œuvre imaginée à l'œuvre devenue Martin Boisseau (Québec) Gilles Mihalcean (Québec) Christine Palmiéri (Québec) Jean-Pierre Vidal (Québec) Dimanche 25 août, 15h DÉMARCHES ARTISTIQUES Louise Boisvert (Québec) Nicus Lucà (Italie) Catherine Sylvain (Québec) FORUMS, CONFÉRENCES, TABLES RONDES, DANSE, POÉSIE, MUSIQUE, VISITES GUIDÉES, ATELIERS POUR ENFANTS Ouvert tous les jours sauf les lundis de 12h à 18h Le Sympoeium est subventionné per: et commendité per: ¦ ^ ¦ Patrimoine I Canada Québec S " * Québec 8S .arrv ISîîla* LeDouîiiteForjsl-PowerCopalioii Le De»-Le Soleil La Centra d'art de Baie-Saint-Paul 23, rue Ambroiee-Fafard, Boie-Saint-Paul (Québec) Canada G3Z 2J2 Té!.: (418) 435-3681 Téléc.: (418) 435-6269 www.cantredarl-bap.qc.ca courriel: canbetp®charlevolx.net J
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