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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier G
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2002-09-07, Collections de BAnQ.

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L K DEVOIR.LES SAMEDI ET DI M A X l H E 8 S E P T E M B K E 2 O O 2 LE DEVOIR Télévision Michelle Tisseyre «J'ai été gâtée par le sort et j'ai adoré ma carrière», raconte celle qui fut la première animatrice-vedette de la télévision, et qui fut aussi plus tard la voix et l'image des émissions d'affaires publiques, flefour sur Music-hall et Aujourd'hui.Page 3 50 ans! Bernard Derome Chef d'antenne de l'information, l'homme du Téléjournal et des émissions spéciales croit toujours à l’utilité de la télévision publique: «Elle est la seule qui peut prendre des risques et qui en prend.» Page 5 Le Québec, au fil des ans, est devenu une anomalie planétaire quand il est question de télévision.C'était .ËjpP 50 ans a «boîte» est omniprésente.Dans plus d’une demeure, elle fournit un bruit de fond qui rythme toutes les activités quotidiennes.Pour les deux dernières générations québécoises, tout est comme si la télévision avait toujours été là.Il faut toutefois avoir été de celle de l’immédiat après-guerre pour se souvenir de la tante qui s’habillait en «dimanche» pour assister à sa soirée de Music-hall.Un demi-siècle.Une éternité, quoi! pour la jeune génération, celle pour qui aujourd’hui Internet est un outil de base, essentiel, sans lequel la Terre ne pourrait plus tourner.Pourtant, quand hier, un 6 septembre au soir, en 1952, Radio-Canada met en ondes CBFF, le Canal 2, le Canada est alors encore un pays jeune.Politiquement, cela fait alors à peine 20 ans qu’il a obtenu son indépendance de la Couronne britannique: le Statut de Westminster a été promulgué en 1931.Aussi, c’est seulement à la fin des années quarante que l’Office national du film avait été mis sur pied, ajoutant l’image à un imaginaire canadien jusque-là fabriqué par la seule radio.Ce sera toutefois la télévision qui va véritablement réaliser ce coast to coast, équivalent de ce qui au siècle précédent avait été l’ouverture des grandes lignes de chemin de fer.Statut particulier Au Québec, la percée fut fulgurante.Comme le dit Michelle Tisseyre, l’une des premières animatrices-vedettes de la CBC-Radio-Canada (comme on le disait à l’époque): «Il n’y avait pas moyen de mettre le nez dehors sans que quelqu’un nous reconnaisse.Nous étions adulés.Des vedettes avec un grand V L’engouement de la population était extraordinaire.» Quel engouement en effet pour cette «chose» télévisuelle: des téléromans aux émissions de variétés, tout fut adopté et la nostalgie rappelle qu’un Point de mire n’avait rien à envier en fréquentation à une Soirée du hockey.En fait, le Québec, au fil des ans, est devenu, et demeure encore, une anomalie planétaire, quand il est question de télévision.A la fin des années cinquante, il se produisait en heures à Montréal plus d’émissions «en direct» qu’en tout autre lieu, métropoles américaines y comprises.En retour, la fidélité des téléspectateurs était assurée.Ainsi, au temps fort de Dallas, le numéro un à l’audimètre tant européen qu’américain, au Québec, les téléromans québécois faisaient tous ici meilleure figure, la télésérie américaine ayant de la difficulté à figurer dans le •Top 10», comme eux le disent Au temps de La Petite Vit, comme cela fut aussi pour Lance et compte, il n'y avait aucune autre télévision qui aurait pu proclamer que 50 % de l’auditoire potentiel était à chaque transmission rejoint! Pendant presque 10 ans, Radio-Canada régna en maître dans l’imaginaire collectif, jusqu’à l’arrivée des Anita Barrière, Fernand Gignac et autres Réal Giguère.Si le monopole des chaînes prenait fin avec le lancement à Montréal de CFFM, ce ne fut qu’au prix d’une vive concurrence entre des télévisions aux émissions localement produites.Car toujours, la télévision d’expression française pouvait afficher à tout moment donné des audiences plus grandes que celles atteintes par l’autre télévision, celle de la CBC, même si le public potentiel était trois fois plus nombreux! Rôle public Des auditeurs donc, mais aussi une télévision de qualité.Ce sont les débats menés sur les ondes publiques qui ont permis aux idées avancées par les tenants d’une future Révolution tranquille de prendre racines, de devenir acceptables dans une société qui finalement s'ouvrait au monde.Une dramaturgie québécoise fut ainsi aussi soutenue, qui allait rendre possible l’établissement d’un théâtre québécois.Pour un Marcel Dubé, cela est clair: «Dans les premières années, on trouvait à Radio-Canada une concen-' tration de véritables écrivains comme Roger Lc-melin, Germaine Guèvremont, Claude-Henri Grignon, Guy Dufresne, André Giroux et plus tard, Victor-Lévy Beaulieu, ainsi que des créateurs qui ont donné à la télé de Radio-Canada son premier souffle: les Louis-Georges Carrier, Paul Blouin, Jean-Paul Fugère, etc.» Si la Société Radio-Canada a beaucoup profité de l’engouement des Québécois pour la télévision, il faut aussi savoir qu’elle avait tout fait pour le susciter.Toutefois, ici comme ailleurs, l’arrivée de la câblodiffusion, couplée à la multiplication des chaînes, a fait qu’elle ne trône plus comme avant dans les/oyers québécois.Pour se consoler, la société d'Etat, qui a plus que jamais la cote d’écoute comme mesure des choses, peut se consoler en regardant ce qui se passe au sud de la frontière: les grands réseaux américains affichent exceptionnellement une audience qui dépasse 15 % de la population (et le Super Bowl n’a fieu qu’une seule fois par année).C’était hier.Et, depuis hier, et en émission continue, pendant 48 heures, reprise après reprise, la télévision publique permet de voir, une fois de plus, les beaux moments de l’«7ci Radio-Canada».Normand Thériault Dramatique Marcel Dubé Jeunesse Louisette Dussault Sports Richard Carneau Culture Marcel Brisebois Société Christiane Charette Téléromans Claude Meunier Historique Société Radio-Canada Page 7 Page 4 Pa9e 6 Page 8 > I i -I mf 1 r .¦ «SRÿ-âS^Bfe Ici votre télévision depuis 50 ans.Notre histoire, c'est votre histoire 50 ans de petits et de grands moments que nous avons partagés.50 ans d'émissions pour vous informer, vous émouvoir et vous divertir Pour vous avant tout.C'est notre mission.Et nous continuons.50 ans LE DEVOIR.LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 S E P T E M R R E 2 0 0 2 (i TELEVISION Michelle Tisseyre Madame Radio-Canada La première animatrice-vedette de la télévision a été aussi la voix et l’image des émissions d’affaires publiques SOURCK SRI' «Je n’ai connu que le bon côté d’être une femme à la télé et à la radio [.] En vérité, j’ai été gâtée par le sort et j’ai adoré ma carrière», souligne Michelle Tisseyre.Rare femme à tenir la barre d’une émission de télévision dès les années 50, Michelle Tis-seyre a connu les premiers balbutiements de la télévision d’État canadienne et y a même contribué.Aujourd'hui retraitée, elle se remémore cette époque avec grand bonheur.Une époque faste pour les artisans du petit écran.Une époque où tout était à faire.G U Y L AI N E BOUCHER Le sourire dans la voix, celle qui lut élue Miss Radio-Télévision en 1959, raconte l'euphorie qui entourait la vie des animateurs et journalistes télé au tout début de la télévision de RadioCanada.«Aujourd’hui tout cela peu paraître prétentieux, mais j'ai toujours dit que j’ai connu dans les années 50 un peu ce que les vedettes célèbres internationalement peuvent vivre.Cétait la même chose pour tous mes collègues.H n'y a avait pas moyen de mettre le nez dehors sans que quelqu’un nous reconnaisse.Nous étions adulés.Des vedettes avec un grand V.L’engouement de la population était extraordinaire.» Une femme parmi les hommes Il faut dire que l’ancienne journaliste radio occupe alors plusieurs créneaux dans la grille horaire de la société d’Etat C’est à elle par exemple que l’on confie l’animation du premier talk show au Canada.En ondes dès 1953.Rendez-vous avec Michelle garde l’antenne pendant neuf ans.Des années au cours desquelles, l'animatrice aborde une panoplie de sujets, du contrôle des naissances au judo, le tout autant en anglais qu’en français, puisque l’émission est bilingue et qu’il n’existe durant ces années qu’une seule chaîne pour tout le pays.Parallèlement, Michelle Tisseyre tient également les rênes de Music-hall, la première émission de variétés à grand déploiement.Elle voit alors défiler dans son studio les grands de la chanson: Piaf, Leclerc, et compagnie.Une véritable révolution pour le Québec encore replié sur lui-même de 1955 et des souvenirs impérissables pour l'animatrice dont les toilettes font pâlir d’envie nombre de spectatrices.Aw'ourd’hui avec W ilfrid Lemoine Vient ensuite l’émission quotidienne d’affaires publiques Aujourd’hui qu’elle coanime de 1962 à 1970 avec Wilfrid Lemoine, principale tête d’affiche du service d’information de la télévision de RadioCanada.Une expérience professionnelle dont elle garde un vif souvenir.«C’est Marc Thibault, alors directeur de l’information, qui avait eu l'idée de réunir Monsieur information et quelqu'un qui était plus connu dans le show business.Nous avions six recherchistes et je pense aussi six réalisateurs.Chaque matin nous avions une réunion collégiale pour discuter de l’émission du soir et faire nos suggestions.C’était une émission vivante, qui se voulait moins intellectuelle que Carrefour, où les gens étaient tous assis autour d’une table pour discuter d’un sujet.Encore aujourd’hui, cette époque demeure pour moi exceptionnelle tant nous avons eu du plaisir à travailler.» Pionnière, elle est encore en 1970 l’une des rares femmes à évoluer devant les caméras, particulièrement dans une émission d’affaires publiques.Une situation dont elle assure ne pas avoir souffert outre me- sure.«Je n 'ai connu que le bm côté d'être une femme à la télé et à la radio.A la radio j’étais exclusivement entourée d’hommes et ils ont toujours été très gentils avec moi, presque protecteurs même, entre autres parce que j’avais un enfant en bas âge et que mon mari était parti à la guerre.A la télé, je n'ai jamais non plus connu de problèmes parce que j’étais une femme.Il faut dire qu'il y avait beaucoup moins de concurrence qu'aujourd’hui.J’étais la seule ou presque.En vérité, j’ai été gâtée par le sort et j’ai adoré ma carrière.» Contribuer socialement Avec le recul, ce que Michelle Tisseyre confirme avoir particulièrement apprécié, c’est cette impression tenace d’avoir contribué socialement.«Dans Rendez- vous avec Michelle je ne taisais pas de politique.Iss sujets abordes étaient toujours d’intérêt.tàmilial, mais fa ne nous a pas empêchés de brasser les choses.Je me souviens par exemple en 1955-1956 atvir interviewé une famille de la région de Chicoutimi, la mère était âgée de 28 ans et avait, je /xw.huit amples de jumeaux en plus de trois autres enfants.IjC père était jeune et sans travail Four les.tins de l'émission, ils étaient accompagnés par un km cure.J'ai intcrvicue le curé et je lui ai demandé si l’Eglise pouvait envisager que des jeunes qui se marient souluutent avoir moins d'enfants.Il m’atait répondu qu ’il y avait des cours de préparation au mariage dans la région.J’étais commanditée par Nestlé à l’époque.Deux semaines plus tard.Nestle et le président de Radio-Canada recelaient une pétition de 400femmes de Chicoutimi qui disaient que je m’étais moquée d’elle, lin sondage effectue sept ou huit ans plus tard démontrait que c'est dans la region de Chicoutimi que les femmes utilisaient le plus la pilule.Iss mentalités amient donc évolué.C'est un exemple de ce que la télé pouvait .faire à cette époque.Rétrospectivement, je pense même qu’elle lia télévision| a beaucoup contribué à amener la Révolution tranquille.» Même impression avec Music-hall.«Iss spectateurs voyaient en entrevue ou dans de longs tours de chants des gens dont ils avaient entendu parler et qu’ils n'avaient vus que brièvement à Ed Sullivan Show.C'était le culte.Certaines personnes voyaient aussi pour la premières fois des robes du soir ou des danseurs et danseuses en collant et tutu, lux culture était d'un seul coup démystifiée et accessible.» Mandat culturel L’importance accordée au français et à la qualité de l’information a, élit' aussi, selon l’animatrice, contribué à élargir les horizons du public des tout premiers débuts.«Déjà en 1941, à la radio, Radio-Canada était à cheml sur le français.Iss mêmes exigences se s/mt maintenues avec la télétnsion.Il y a toujours eu un spécialiste du français qui veillait à ce que l’on emploie les mots justes, la Société voulait donner l’exemple et assumer du même coup son rôle de leader culturel.Sincèrement, je pense que Unit cela faisait une différence.» Seule |x)inte de nostalgie perceptible, l’animatrice, aujourd’hui retraitée, confesse d'ailleurs regretter un peu le niveau d’exigences des premières années de vie de la télévision publique.«Personnellement, lorsque je regarde la télévision, je trouve qu’à certains moments, ça vole très bas et ça m'attriste.(Juand je vins Radio-Canada faire carrément dans le vulgaire, je suis gênée.Ce n 'est passon rôle.Pourtant, objectivement, nous n 'avons jamais eu autant de moyens techniques ou autres que maintenant.Quiconque a déjà vu les heures de concert sait de quoi je parle.Pour le reste, l’aventure a été si extraordinaire que je ne peux rien regretter.» So /ttisrs de irMfleiitS mémorables, d’information et de divertissement, grâce à la télévision pabliqae de Kadio-Canada! La télévision de Radio-Canada s'est taillée une place de choix auprès des téléspectateurs parce qu'elle a su se distinguer, faire preuve d'audace et d'un souci constant d'offrir des émissions diversifiées de qualité.La Confédération des syndicats nationaux et la Fédération nationale des communications tiennent à souligner l'engagement extraordinaire des artisans de la SRC qui, au quotidien, travaillent avec acharnement et investissent talent, connaissances et rigueur pour nous informer et nous divertir.Célébrons cette belle réussite de la télévision publique dont on doit assurer la viabilité et la pérennité.Il importe, cinquante ans plus tard, de sauvegarder ce service public de radiodiffusion, afin qu'il demeure un pilier de l'industrie et continue de contribuer à notre vie sociale, politique, économique et culturelle.Bonne fête et longue vie à la télévision pabliqae de Radio-Canada! Fédération nationale des communications 1952-2002 Cinquante ans de télévision syndiquée Un peu d’histoire Radio Canada existait bien depuis seize ans lorsque la télévision est arrivée en 1952.C’est alors que les organisateurs américains de la NAlil'T ( National Association of Broadcasting Employées and Technicians ) sont venus proposer la syndicalisation aux techniciens de Radio Canada d'un océan à l’autre.La première convention collective fut signée en 1953.C’est NABEI qui représenta les techniciens et les gens de métier des immeubles de Radio Canada jusqu’en 1979.C’est alors que les leehnicien(ne)s du réseau français fondèrent le SI Rf (Syndical des techniciens du réseau français tie Radio-Canada ), un syndical qu’ils voulaient plus près de leurs besoins.En 1995 Radio Canada demande an Conseil canadien des relations de travail (CCRT) de réduire le nombre des syndicats avec qui elle négocie, soit une dizaine pour le seul réseau français à ce moment là.Le CCRT réduit le nombre de syndicats à quatre au réseau français et quatre au réseau anglais.Les artisans, alors représentés par It1 Syndicat des employés de production du Québec et de l'Acadie ( SIT’QA ) lui même fondé en 1975, joignent ainsi le STRF qui devient le Syndicat des technicien (ne) s et artisan(e)s du réseau français de Radio Canada ( STARF ).Les gens Le STARF représente aujourd’hui les techniciens et techniciennes au son (radio et TV),à l’image, à l’entretien technique, an montage, etc., les artisans et artisanes aux décors, accessoires, maquillage coiffure et infographie entre autres, ainsi que les gens des métiers des immeubles, il s’agit de plus de 1200 personnes dont la compétence est reconnue par L industrie des médias en général.Le Syndicat Le STARF est un syndical entièrement indépendant ; il n’est donc affilié a aucune centrale.Il est entièrement contrôlé par ses membres et s'est doté de règles démocratiques strictes comme, par exemple, la Icnue de voles secrets par la poste pour faire en sorte que tous et toutes s’exprimeni sur les questions importantes.Son indépendance lui donne plus de liberté d'action et d’opinion.Le volontariat et l'implication des membres font le resit1.Ainsi, le STAR!1' ne fait pas de politique puisque tous ses membres ne votent pas du même côté.I .es dernières années font preuve que le STARF est un syndicat actif et près de ses membres, dont la convention collective soutient la comparaison avec ce qui a cours dans l’industrie.Pour ses cinquante ans de télévision, le STARF se souhaite à lui même et à Radio Canada des relations de travail fécondes et paisibles.STARF Syndicat des- tochnicient ne)s et artisanfels du réseau français de Radio-Canada Un syndicat par ses membres pour ses membres N \ ?4 LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE 8 SEPTEMBRE 2 0 0 2 G 4 TELEVISION Marcel Dubé Les doubles noces d’or «Donner le meilleur de soi-même» En 1952, la télévision de Radio-Canada fait son entrée au Québec.Au même moment, un étudiant de 22 ans écrit sa première pièce.La rencontre de ce jeune dramaturge montréalais et du nouveau média qu’est la télé va contribuer à l’établissement et à l’édification d’une dramaturgie québécoise à laquelle presque personne ne croyait.Marcel Dubé évoque l’importance de cette rencontre.SOLANGE LÉVESQUE Marcel Dubé est arrivé d’avance au rendez-vous.Tran- quille, il attend.Rien de flamboyant dans l’attitude de cet homme qui pourrait passer inaperçu.Mais qu’il se mette à parler, un feu s’allu- me aussitôt La parole est limpide, somptueusement organisée; une intelligence vive illumine le regard bleu auquel rien n’échappe.Mar- cel Dubé va droit à l’essentiel et cerne les contours de sa pensée avec une remarquable précision, jouant l’ironie au passage.•J'avais 22 ans à la naissance de la télé.Certes, elle a joué un rôle très important dans ma carrière.comme moi dans la sienne!» En 1952, Les Compagnons de Saint-Laurent avaient mis la clé sur la porte et l’Équipe de Pierre Dagenais s’était dissoute.Le Théâtre du Nouveau Monde venait de voir le jour et Le Rideau Vert n’existait que depuis trois ans.Le Québec trouvait l’emprise duplessiste un peu lourde; les artistes et p'enseurs tentaient bien de déployer leurs ailes sous l’impulsion de Refus global publié en 1948, mais plusieurs devaient s’expatrier pour survivre en tant que créateurs, gagnant le plus souvent la France.A part Gratien Gélinas (qui avait eu beaucoup de succès avec Tit-Coq (1948) et ses revues annuelles), personne dans la Belle Province ne croyait guère en un théâtre québécois.sauf Marcel Dubé.Sans le savoir, ce visionnaire allait poser la pierre angulaire de la dramaturgie québécoise et paver la voie aux dramaturges qui sont venus par la suite.Titres à la triple centaine En 1952, Marcel Dubé rafle un prix déterminant au Festival d’art dramatique avec une œuvre en un acte intitulée De l’autre côté du mur.L’année suivante, sa pièce Zone remportera tous les prix à l’édition nationale de ce même festival.Dans les cinq années qui suivent, il écrit 14 dramatiques pour la radio.De 1952 à 1972: 23 téléthéâtres, deux feuilletons et un quatuor pour le petit écran sortent de sa plume.Sans compter des séries de sketches brefs et la traduction de nombreux documentaires destinés au petit écran.En 50 ans, Dubé signe plus de 300 titres, une moyenne de six œuvres dramatiques par année! Car il écrit également pour la scène.«J’ai risqué de l’argent personnel — que je n’avais pas! — pour produire mes premières pièces avec de jeunes comédiens, amis fidèles et passionnés: Monique Miller, Guy Godin, Hubert Loiselle, Robert Rivard.Le peu que je gagnais à la radio et à la télé me permettait de payer les productions.» Ce fou de théâtre travaillait pour les trois médias en même temps.«Sur le plan de la création, la radio impose moins de contraintes; pour ce qui est de la scène ’et du petit écran, il y a peu de différence: chacun comporte des pièges et des lois à respecter.» Dans le processus de création, il est toujours resté près des artisans, du plus modeste machiniste aux comédiens et aux réalisateurs, as- sistant toujours aux répétitions •pour servir, pour aider», précise-t-il.«La télévision naissante requérait une furieuse capacité d’improviser et d’inventer, car «elle n’était pas encore très structurée et il fallait souvent tout faire soi-même.C’est en la faisant qu’on l’inventait, qu’on l’apprenait», explique-t-il.Non seulement Marcel Dubé a-t-il créé sa propre dramaturgie en puisant aux sources de son enfance et de son milieu, il a «défini non définitivement» ce que pourrait être une dramaturgie franco-québécoise à la télévision comme au théâtre.«Gélinas se donnait pour règle de ne jamais ennuyer le public et cela le torturait beaucoup quand il écrivait.Tout en respectant ses choix, j’ai choisi d’aller dans un autre sens pour explorer autrement la complexité de l’être humain.» Du théâtre pour tous Dubé a toujours écrit pour tous, autant dans ses pièces (Bilan, Au retour des oies blanches.Le Temps des lilas, etc.) que dans ses téléromans (La Côte de Sable, De 9 à 5, La Vie promise, etc.) Soyons francs: l’emploi abusif, aujourd’hui, du mot «élite» comme une épithète désobligeante à l’endroit des défenseurs d’un haut niveau de qualité en matière de langue (populaire ou châtiée, la langue devrait toujours sonner juste) n’est souvent qu’une stratégie de marketing visant à imposer la facilité et la vulgarité qui correspondent, au fond, à un refus de penser.Marcel Dubé regarde assez fréquemment les téléromans et les séries dramatiques.Bien qu’il ne prononce pas le mot, on sent qu’il constate un certain déclin de la télévision, un affadissement, à tout le moins, qu’il explique comme suit: «Deux facteurs ont beaucoup nui à la télévision: les coupures que Trudeau lui a imposées en 1982, ainsi que le Rapport Applebaum-Hébert, qui voyait Radio-Canada comme un diffuseur et non plus comme un producteur.Ce changement de cap a entraîné la mort des ateliers de création.» L’homme qui parle en éprouve du regret, car il aime profondément le petit écran.Tout en demeurant attaché à Marcel Dubé, auquel le Festival de Trois rendait un hommage en août dernier, n’a pas seulement écrit pour la radio, le théâtre et la télévision; il a été secrétaire, puis président du Conseil de la langue française, président-directeur général des Rencontres francophones du Québec, cofondateur et directeur général du Secrétariat permanent des peuples francophones (dont il est toujours admi- Radio-Canada, il déplore que téléthéâtres et concerts aient disparu de sa programmation.«Dans les premières années, on trouvait à Radio-Canada une concentration de véritables écrivains comme Roger Lemelin, Germaine Guèvre-mont, Claude-Henri Grignon, Guy Dufresne, André Giroux et plus tard, Victor-Lévy Beaulieu, ainsi que des créateurs qui ont donné à la télé de Radio-Canada son premier souffle: les Louis-Georges Carrier, Paul Blouin f Jean-Paul Fugè-re, etc.», rappelle-t-il.«On s'est mis à faire produire des séries par des gens qui ne sont pas nécessairement des écrivains; qui possèdent sans contredit un certain talent mais qui n’ont pas la cohérence d’esprit que les auteurs s'imposent, et qui copient à qui mieux mieux les formules américaines.» Nostalgique, Marcel Dubé?Pas un brin! Assez lucide pour savoir qu’on n’a pas intérêt à répéter le passé.Indigné?Parfois.Reconnaissant surtout, envers la télévision francophone d’avoir préparé la Révolution tranquille et du même coup, disposé la population québécoise à recevoir toutes les formes de la culture.«C’est à cette époque que le peuple québécois a pris conscience de ses valeurs culturelles et de son pouvoir créateur, dans tous les domaines de l’activité humaine.» Souhaits Marcel Dubé tient à exprimer ses souhaits à l’intention de la télévision de Radio-Canada pour son SO- anniversaire: «Qu’elle trouve un second souffle lui permettant de se redéfinir et de s’identifier vraiment comme une grande entreprise d’É-tat; que par des contenus exemplaires, elle retrouve la dignité qui lui conviendrait et qui lui ramènerait peut-être un grand public.En bref, que le respect mutuel entre la télévision de Radio-Canada et le public soit restauré.» Si sa vie était à recommencer, Marcel Dubé s’efforcerait de «donner le meilleur de lui-même», comme il continue de le faire dans ses écrits, comme il l’a toujours fait pendant ces années où il a joué le rôle d’un catalyseur dans l’évolution de la télévision et de la dramaturgie.nistrateur et conseiller).Il est membre de L’Académie canadien-ne-française qui lui a décerné sa médaille en 1987, ainsi que de l’Ordre des Francophones d’Amérique.D'innombrables prix, distinctions et témoignages de reconnaissance ont jalonné sa vie et sa carrière, dont le prix Athanase-David, le prix Victor-Morin, le prix Molson, un doctorat honorifique décerné par l’Université de Moncton.i .JACQUES NADEAU l.E DEVOIR Marcel Dubé regarde encore assez fréquemment les téléromans et les séries dramatiques.'i .L’homme public Louisette Dussault Quand Radio-Canada accoucha d’une souris «Je voulais donner un peu de tendresse à chaque enfant.» Elle a été Marylin, Jujube, Môman, Denise Laforêt, tant d’autres encore.Mais de tous les personnages incarnés par la comédienne et dramaturge Louisette Dussault depuis 40 ans, celui de la Souris verte semble avoir préférablement imprégné la mémoire du public.Louisette Dussault dans La Souris verte.SOURCE SRC DENIS LORD Au moment où louisette Dussault se joint à l’équipe de La Souris verte en 19ti6, celle-ci n’en porte que le nom.lo personnage n’existe pas encore, l'émission, animée par Claudia Lamarche, est et restera en noir et blanc.Formée à l’École nationale de théâtre, Louisette Dussault n'est plus une débutante lorsqu'on lui demande d’auditionner.Elle arrive d'une tournée de deux ans à travers le Canada avec, entre autres, Nicole Leblanc, Sophie Clément et Louise Forestier, et elle a fondé avec des camarades la troupe L’Amorce.A l'audition, 37 comédiennes se présentent devant une dizaine d’enfants, chacune ayant appris.le même texte! Le futur rongeur décide donc d’improviser, surprenant les enfants, suscitant c(tez eux un enthousiasme inédit.À la seconde audition, en studio cette fois-ci, elles ne sont plus que trois comédiennes en liste.Seule du lot, Ixmisette réussit à faire bouger, parler et chanter les enfants.C’est décidé, elle sera la Souris verte, un rôle qu'elle conservera jusqu’en 1971.L’émission au quotidien Diffusée quotidiennement dès l’arrivée de Mme Dussault, La Souris verte réunit une équipe considérable.«L’auteure et script-éditrice, Marie Racine, était assistée de quatre spécialistes, se souvient Louisette Dussault.Raymonde Boucher et André de Belle-feuille secondaient la coordinatri-ce et initiatrice du projet, Thérèse Patry, une femme remarquable.Gilles Sénéchal, un homme qui a été très important, chapeautait l’émission.Nous avons fprmé 17 jeunes réalisateurs!» A la musique: Pierre Brabant et André Gagnon, dont une des mélodies, créées pour l'occasion, sera reprise par Pétula Clark.Quinze minutes de diffusion nécessitent une journée entière de travail.«On tourne au Studio 44 de Radio-Canada, dans l’ancienne piscine du YMCA, coin Stanley et René-IJvesque, ce qui m’a fait dire que j’ai passé cinq ans de ma vie dans une piscine! Entre 9hOO et midi, nous faisons les répétitions en salle.Vers 13h00, on me maquille pendant que les machinistes enlèvent le décor de Chez Hélène.Commencent alors les répétition?sur le plateau avec les caméras.À l’époque, le contact avec les camé-ramen est très important puisque le type de lentille utilisée, changée manuellement, détermine le type de plan et donc Taire des mouvements.Je m’adressais directement à la caméra en m’imaginant que c’était un enfant pour qui j’éprouvais beaucoup de tendresse.» Avant qu'arrivent les six enfants, âgés entre trois et cinq ans, il y a sept répétitions, le blocking, deux enchaînements et la générale! Chaque jour, le contenu de l’émission, didactique mais amusant, se transforme au gré des invités: animation de La Leçon de choses par Claudia Lamarche, musique avec Yolande Rossignol, éducation physique avec Claire Mardi, professeure à l’Université de Montréal, contes de Réjeanne Charpentier avec François Tassé (l'agent Teuf-Teuf), Claude Grisé (Touche-à-Tout) et plusieurs autres.Je ne suis pas la Souris verte! La Souris verte s'avère un immense succès, conduit à la production de produits dérivés: disques, livres, etc.Forcément, on demande à Mme Dussault d’en faire la promotion.«Au départ, je le faisais de bonne grâce, dit-elle, mais ça m’a rapidement lessivée.Je voulais donner un peu de tendresse à chaque enfant, individuellement, mais ils étaient trop nombreux.Un jour, dans un centre commercial à Trois-Rivières Ouest, il y avait 4000 enfants en plus des parents, ça poussait tellement que c’en est devenu dangeureux et que la police a dû intervenir.» Hors plateau, on l’aborde souvent, pas toujours avec tact, elle qui se dit plutôt solitaire.Elle a beau multiplier les rôles au petit écran et sur scène, la référence à la Souris est presque inévitable.Paroxysme: «Lro 1970, au théâtre des Etoiles de la Ronde, j’incarne le rôle d’une prostituée vieillissante dans Demain matin, Montréal m'attend de Michel Tremblay.Lors d’une représentation, au moment où j’apparais sur scène, un spectateur pourtant adulte s’écrie: “La Souris verte!” Quand on est comédien, c’est habituellement pour être aimé mais on ne veut pa se voir réduit à un seul rôle.'» Réconciliation Il y a déjà belle lurette que la Souris.pardon, Louisette Dussault s’est réconciliée avec ce personnage fétiche du public québécois.qui lui a permis d’aller «chercher quelque chose de l'enfance quelle n’a pas vécu en étant l’aînée de la famille».Elle trouve flatteur que des décennies plus tard, les gens l’accostent en lui parlant de la tendresse et de la chaleur que projetait son personnage.Après sept années de diffusion, La Souris verte s’est terminée pour cause d’essoufflement, autant de la part de Marie Racine que de Louisette Dussault, qui aurait par ailleurs souhaité que l’émission devienne plus imaginative.«À cette époque commencent I^s 100 tours de Centours, qui se voulait plus didactique, supervisé par une équipe de psychologues et de pédagogues, mais aussi Sesame Street, qui proposait une magistrale façon d’apprendre.Après cinq ans de Souris verte, je ne dirais pas que c'était toujours une recette, mais les épisodes finissaient par se ressembler.J’avais beaucoup de latitude pour improviser mais je commençais à m 'ennuyer.J'auras voulu plus d’émotions qui se ventilent, davantage de fantaisie.» Pour Louisette Dussault, l’époque de La Souris verte est aussi celle d’un certain âge d’or artistique de Radio-Canada: «On y trouve du mime, des concerts, des émissions pour enfants, de la dramaturgie, etc.C’est une grosse machine qu’on dit élitiste mais ouverte aux expériences.Aujourd’hui.malgré certaines émissions intéressantes, Radio-Canada s’est fait un peu racoleur.Déjà vers 1972, on sentait de l’autocensure et une prudence face aux créateurs, une peur originant.» De manière générale, Mme Dussault trouve qu’il y a encore de bonnes émissions pour enfants qui se font, «peut-être plus agitées et violentes, leur rythme heurté ne favorisant pas le calme chez les enfants».» f # LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE S S E l‘ T E M R K E 2 O O 2 (i TELEVISION Bernard Derome Le chef d’antenne de l’information «Si la tendance se maintient, Radio-Canada annonce que.» De 1970 à 1998, il était l’homme du Téléjournal, comme il fut pendant ces années à Radio-Canada l’animateur des émissions spéciales.Sa figure familière est encore aujourd'hui visible à l’écran.Bernard Derome croit toujours à l’utilité de la télévision publique: «Elle est la seule qui peut prendre des risques et qui en prend.» REGINALD HARVEY Quelques chaînes de télévision francophones occupent maintenant le créneau de l’information et se partagent des auditoires friands de ce genre d’émissions présentées sous diverses formes.Le réseau français de Radio-Canada, pionnier en la matière, a régné durant longtemps en maître incontesté dans ce domaine; il a fait le plus souvent la pluie et le beau temps, tant dans le secteur des nouvelles que dans le champ des affaires publiques au fil des cinquante ans d’existence de la télévision québécoise.D suffit d’évoquer certains titres à travers le temps pour allumer autant de phares qui ont éclairé l’actualité ou qui sont encore braqués sur celle-ci; Le Téléjoumal, Point de mire, Aujourd’hui, Le Sel de la semaine, Consommateurs avertis, Le 60, Science-réalité, Le Point, Découverte, Zone libre, Im Facture, Enjeux.Il en existe des dizaines d’autres.Bernard Derome, chef d’antenne du Téléjournal de 1970 à 1998 et capitaine à l’animation de nombreuses émissions spéciales, a durant près de trente ans piloté à de nombreuses occasions le navire de cette info radiocanadienne télévisée.Il fut notamment le présentateur des fameuses soirées des élections, et plusieurs conservent en mémoire sa formule devenue classique: «Si la tendance se maintient, Radio-Canada annonce que tel parti formera le prochain gouvernement qui sera.» Aujourd’hui, Derome a quitté le gouvernail du Téléjournal et revient occasionnellement à l’antenne lors d’événements spéciaux, en plus d’animer sur une base réguliè- re le magazine dominical 5 sur 5; il présente aussi un bulletin quotidien international sur RDI depuis le 3 septembre.Il conjugue ici l’information télé au passé, au présent et au futur.Au sujet de l’évolution de cette dernière, il pose d’abord le constat suivant: «La télévision est une invention qui a marqué le dernier siècle, mais qui, à 50 ans, est très jeune.Au début, l’information télévisée était un secteur quelque peu négligé qui, tranquillement, a pris une expansion absolument incroyable, notamment grâce aux progrès techniques.Les gens ont découvert le médium et nos dirigeants ont compris que celui-ci les rejoignait beaucoup plus directement.De négligé, c’est donc devenu le grand médium à travers lequel les gens s'informent dans une proportion qui dépasse le 70 %, que ce soit au Québec, dans le reste du Canada ou aux Etats-Unis.De plus, la situation évolue de façon exponentielle avec la présence des réseaux continus et de la multitude des canaux, qui surgissent de partout.On n’arrête plus de zapper.» Prendre le temps de souffler Une croissance aussi rapide et d’une telle ampleur a simultanément suscité un questionnement au sujet de la qualité du produit: « Le problème, c’est que ça vient de partout.Les sources et la cueillette d’informations, c’est devenu quelque chose qui est difficile à contrôler.À un moment donné, il faut prendre un temps d’arrêt et dire: qu’est-ce qui est bon ou qu’est-ce qui ne Test pas là-dedans?Il faut prendre le temps de souffler et de respirer quelque part pour savoir où on s’en va.C’est devenu essoufflant et c’est à ce sujet SOURCK SRC Bernard Derome à ses débuts au Téléjournal.qu’il existe une responsabilité à prendre», croit-il.Dans cette perspective, le pourquoi des choses prend toute son importance et le fait de trop surfer empêche d’étudier les questions à fond.Dans cette même veine, il émet une sérieuse réserve par rapport à la très forte proportion de personnes qui ne s’informent que par le biais de la télévision: «Soixante-dix ou 75 % desgetis qui s’infirment uniquement par la télé, je trouve cela très dangereux, moi.je comprends que le monde compte sur le médium, mais on sait très Men que ça ne peut pas être complet, l'information à la télévision.Un bulletin de nouvelles, c’est une chose, des documentaires sur des sujets précis, cela en est une autre, mais ce n’est pas suffisant, il faut lire, il faut regarder les journaux.Je maintiens que c’est un moyen formidable de rejoindre le public et tant mieux si on arrive à lui donner le goût de découvrir des choses.Pourtant, même si le monde est devenu petit, on n’est pas dans une position d’après nous le déluge, loin de là.» Un inventaire arbitraire 11 est difficile, sans verser dans l’arbitraire, de quantifier et de cerner un certain nombre d’événements plus marquants les uns que les autres au cours d’une carrière qui s’est échelonnée sur un si grand nombre d’années que la sienne.Il existe certes des moments de télé remplis d’action et plus saisissants que les autres qu’il mentionne spontanément, mais comment en dresser à bnile-pour-point un répertoire objectif?D’autre part, ces grands moments peuvent tout aussi bien relever d’événements qui sont moins spectaculaires, mais qui sont tout autant sinon davantage chargés d’émotion.Bernard Derome cite un exemple: « Ça peut être le soir du référendum pendant lequel Uvesque nous apparaît dans toute la modestie qu'on lui connaissait.Il y a une période de langage non verbal durant les applaudissements et ensuite il dit ces quelques mots: “Si je vous ai bien compris, vous me dites à la prochaine fois." Voilà un moment de télévision.Je pourrais vous dire qu'il y en a eu aussi de tels instants durant la visite du pape, il y a peu de temps.» Peu importe l’événement, qu’il s’agisse de la crise d'octobre ou du sort reserve aux enfants durant la guerre en Afghanistan, il en tire cet enseignement: «C’est pathétique, nuiis le diriger c'est de ne pas tomber dans le Mmlxm.H y a là une question de jugement qui mut pour le firuma-lisme en général, écrit ou parlé.Il s'agit d'atxrir le ton fiiste.On ne dramatise pas quelque elurse qui ne Test pas assez et on ne dédramatisé pas quelque chose qui Test trop, ce qui est bien important.» Une entrevue mémorable Bien que la realisation d’entrevues remonte plutôt loin dans le temps pour lui.le journaliste se souvient particulièrement de l'une d’entre elles.«Jetais plus jeune et plus agressif à ce moment-là.Depuis, j'ai compris que ce n'était pas nécessairement la meilleure manière pour soutirer quelque chose à quelqu’un.C'était en 1979 avant la campagne référendaire de 1960 durant une entrevue d’une vingtaine de minutes avec René Isvesquc.Il n était pas le gars qui avait la réputation de tourner en rond, il répondait aux questions.Ce n'était pas un Trudeau qui vous retournait celles-ci, ni un Bou-rassa qui avait tendance à patiner, tellement il amit peur des pelures de bananes.Mais, cette f ris-là, il a fallu que je pose ma question à trois reprises avant que Uvesque réponde clairement.» Derome avait alors passablement brassé la cage de René Lévesque qui avait fini par avouer qu’il n’était pas question de tenir une deuxième consultation populaire avant de déclencher quoi que ce soit advenant la victoire du camp du oui au référendum.Cette réponse allait provoquer un débat qui a remué la scène politique québécoise durant un bon moment.Forces et limites de la SRC Appelé à identifier les points forts de la Société Radio-Canada, Bernard Derome insiste sur l'im- portance, de la cueillette de l’infor mation.A son avis, la SRC dépion un haut niveau de specialisation d;ms tous les domaines: Regard.les titres démissions qu 'on a et vou allez vous apercevoir qu'on en diffu se de tous les genres.D'aucunes sont scientifiques, alors que d'autres sont spécialisées en consommation et en justice.Sommez-les.C'est assez ex traordinaire et la filtre de cette réa lité.c'est qu’il existe une interaction entre Us unes et les autres.Voilà la tangente actuelle, ce qui doit joui et ce qui représenté la firree de Ra dio-Canada, de la télévision et de la radio publiques.• Quant aux limites ou à la princi ixde difficulté de la SRC, elle cousis te à ne (vis tomber dans les travers de la concurrence.«Il finit éviter ci travers de la television commercial! qui fiiit en sorte que le seul critère, a sont les cotes d’écoute.Il faut que la télévision publique continue d’assit mer et de jouer son rôle.Elle est la seule qui peut prendre des risques ci qui en prend.A mon avis, la télévi sion publique est la seule qui peu! amtinuerà inventer (ht ne réinren te pas la roue, mais on peut lui trou ver de nouvelles utilisations.Voilà ci qui est important.» Iji spécialisation du secteur public Bernard Derome, après ce ro tour vers le passé et ce regard sut le présent de l’info télévisée, envisa ge l'avenir sous l’angle suivant: «J< pense que Ton s'en va vers ta télévision sur demande.l’eu importe les champs d'intérêt de chacun, on ap puie sur un bouton et, par la suite, on obtient le répertoire et la série de reportages qui traitent du sujet re cherché.Tel est l’avenir de la télévi sion, particulièrement celle du sec leur public.Si on se met au servie! du public, ça ne consiste pas ri lut donner des bonbons.Allons-y pour quelques petites douceurs une firis di temps en temps et il faut continuer de divertir.Mais, il ne s'agit pas de dis tribuer le gros sac de bonbons.» En somme, une sorte de rigueur dans la sérénité.L'Office national du film, partenaire de Radio-Canada depuis 50 ans ! Série Panoramique Les Brûlés RÉALISATION : BERNARD DEVLIN, 1959 D'hier.Pour la suite du monde RÉALISATION : PIERRE PERRAULT, MICHEL BRAULT, 1962 U Wow RÉALISATION : CLAUDE JUTRA, 1969 Cordélia RÉALISATION : JEAN BEAUDIN, 1979 : ’5 I i $ m?» r;; ml (U ’ Tfïît7 >.; V* * ?A •pr j Louise Portai Jean Lajeunesse, Roland Bédard Disparaître RÉALISATION : JEAN-FRANÇOIS MERCIER, 1989 il Monique Simard Le Sort de l'Amérique RÉALISATION : JACQUES GODBOUT, 1996 Raymond Lévesque — D’amour et d'amertume RÉALISATION : LOUIS FRASER Radio-Canada/ONF, 1997 Il parle avec les loups RÉALISATION : CARLOS FERRAND Nova Media inc./ONF, 2001 Claude Jutra, portrait sur film RÉALISATION : PAULS BAILLARCEON Productions Docu 2 inc./ Fox-Fire Films LtdVONF, 2002 Cilles Vigneault, Lise Payette f 7 Michel Pageau René-Daniel Dubois, Jacques Godbout Raymond Lévesque A à aujourd'hui Claude Jutra mïTaMFBl www.onf.ca I N L E DEVOIR, LE S S A M E I) I ET DIMANCHE 8.SEPTEMBRE 2 0 0 2 (i () TELEVISION Richard Garneau Quarante-neuf ans de télévision et recordman olympique ! «Je referais la même carrière avec bonheur» L’homme est une encyclopédie.L’histoire est inscrite en lui.Seul Richard Garneau peut témoigner avec autant de références de cette fibre rassembleuse qu’est le sport, particulièrement au Québec.Après presque 50 ans d’une carrière qui dure toujours, 18 Jeux olympiques et d’innombrables événements grandioses, Richard Garneau, amoureux de sport et artisan majeur de notre télévision, raconte une bribe de son univers.ALEC CASTONGUAY Le timbre de voix est toujours le même, à notre grand bonheur.Une finesse dans le vocabulaire, une chaleur dans le ton.Richard Garneau fait partie, comme les Nadeau, Maisonneuve, Derome et autres, de cette trempe d’homme que le Québec entier a pris en affection.et comme référence.Et pour cause.Alors que la télévision fête son cinquantième anniversaire cette année, l’homme natif de Québec célébrera également près de 50 ans de carrière en 2003.Un parcours riche de souvenirs qu’il retrace avec nous.Son métier d’analyste et de commentateur sportif lui aura permis de franchir les continents, décrivant à peu près tout ce qui existe comme événement sportif de grande envergure.Le sport lui colle à la peau et il n’est pas pour s’en plaindre! «]e ne veux pas prendre ma retraite, lance-il./m la santé et j'adore encore ce que je fais.Ils devront m’arrêter parce que je vais continuer!» 11 en est pourtant passé des émissions au petit écran depuis que Richard Garneau a fait ses premiers pas dans le monde de la télévision en 1954, pour une station privée de Québec, qui «s’alimentait de Radio-Canada à l’époque, car il n’y avait que ça».Quelques années plus tard, il fait le saut à la télévision publique.Une association qui s’échelonnera del957 à 1990.«Au début, nous étions tous des généralistes à Radio-Canada, se rappelle-t-il.Nous faisions de tout.J’ai même présenté le téléjournal de fin de soirée à quelques reprises!» Mais l’heure des choix sonne en 1960.«On nous a demandé de nous spécialiser et j'ai choisi les sports.J’avais le goût de voyager, d’élargir mes horizons.Et le service des sports prenait de l'ampleur, l’occasion était belle.» À son arrivé dans le monde sportif, il n’y a que René Lecavalier et Jean-Maurice Bailly qui composent le département.Il sera le troisième de l’histoire de la télévision publique francophone.Le tournant: 1964 et les satellites Durant les 33 années qu’il arpentera les couloirs de Radio-Canada, il couvrira 18 Jeux olympiques, un record mondial qui tient toujours.Les premiers auront été les Jeux d’été de Rome en 1960.«Nous étions deux jours en retard pour la diffusion, raconte-t-il, un sourire dans la voix.Tout était enregistré sur bobine de film et il fallait envoyer ça à Montréal pour la télédiffusion.Ce n’était pas évident!» La révolution dans le reportage sportif se produit en 1964, lors des Jeux olympiques de Tokyo.«Tout a changé à partir de ce moment-là.» C’est l’arrivée des satellites dans le monde du sport.«C’est devenu beaucoup plus facile de travailler et plus intéressant pour les téléspectateurs.Nous étions non seulement en direct, ce qui était bien, mais les reprises vidéo sont également apparues.Cest un point marquant dans le sport, les Jeux olympiques de 1964.» Tous ces rendez-vous olympiques lui auront permis de voir à quel point les Jeux sont plus que du sport «Ily a plus de pays inscrits dans le mouvement olympique qu’à l’Organisation des Nations unies! Ça prouve l’importance de l’événement.Et j’ai pu constater avec le massacre de la place des Trois cultures en 1968, la tuerie des Jeux de Munich en 1972, puis le boycott des Jeux de Montréal en 1976 par les pays africains, et ainsi de suite, que SOURCE SRC Les voix et les visages des sports à Radio-Canada: Lionel Duval, Pierre Dufault, René Lecavalier, Richard Garneau et Raymond Lebrun.¦b\ s\ ARCHIVES LE DEVOIR «J’ai connu j’âge d’or du sport à Radio-Canada.C’était formidable.Mais j’appréhende l’avenir.En 2008, la télévision publique devra renégocier les droits pour la diffusion des Jeux olympiques.Et ce sera à celui qui offre le plus d’argent», déclare Richard Garneau.l’importance de l’événement donnait à toutes sortes de groupes et de gens une vitrine de contestation.Il se brasse beaucoup de choses autour des Jeux olympiques.» Ce mélange d’idées, de sports et de performances, Richard Garneau se sent privilégié d’en avoir fait partie, même par la bande.«Je suis très chanceux.L’olympisme est ma passion.C’est toujours impressionnant de voir les meilleurs athlètes au monde se dépasser.» Et même avec le gigantisme des Jeux et les scandales de drogue, il affirme ne pas avoir perdu la flamme.«Je suis juste plus cynique et plus détaché.Drogués ou pas, ils restent les meilleurs du monde.» Avec les années, Richard Garneau voit bien que la façon de faire de la télé a changé.Et pour le mieux selon lui.«Au début, il fallait faire les statistiques à la main! C’était long et complexe.Aujourd’hui, on appuie sur un bouton et on obtient tout ce dont on a besoin.C’est beaucoup plus facile.» Mais pas question de relâcher l’attention pour autant.«Il faut tout de même rester au courant de ce qui se passe.Je fais encore mes propres fiches et comparaisons sur les athlètes pour me maintenir à jour.» L’avenir du sport à la télé Comme bien des amateurs de sports, la presque disparition de La Soirée du hockey à Radio-Canada lui «a donné un coup».Peut-être un peu plus, lui qui a tenu l’antenne de l’émission culte durant 23 ans.«J’ai connu l'âge d’or du sport à Radio-Canada.C’était formidable.Mais j’appréhende l’avenir.En 2008, la télévision publique devra renégocier les droits pour la diffusion des Jeux olympiques.Et ce sera à celui qui offre le plus d’argent.» Radio-Canada, qui n’est déjà plus l’ombre de ce qu’elle était dans le domaine sportif, pourra-t-elle continuer la transmission de l’événement?«L’avenir en sport est définitivement aux chaînes spécialisées, avance-t-il.RDS couvre déjà presque tout.Il faudrait plutôt que les réseaux trouvent le moyen de collaborer plus étroitement au lieu de se battre entre eux.Il faudrait plus de convergence pour que le pu- blic y gagne.Mais je n’ai vraiment pas une boule de cristal entre les mains, ça change tellement vite en télévision.Et avec le numérique qui commence, les gens ont accès à tellement de chaînes spécialisées dans tous le secteurs.» S’il est inquiet pour l’avenir de Radio-Canada, Richard Garneau, les 70 ans passés, peut regarder en arrière avec le sourire.«Je ne regrette absolument rien.Quand j'ai quitté la télévision publique en 1990, j’avais couvert la Série du siècle en hockey et beaucoup de Jeux olympiques.Ce sont les deux événements les plus marquants de ma carrière.Il me restait un rêve, commenter le Tour de France en cyclisme.Et depuis, je l’ai réalisé.Quoi demander de plus alors?Je referais exactement la même carrière avec bonheur.» Lui qui travaille aujourd’hui pour la maison de production Ser-dy Vidéo — qui a entre autres les contrats de couverture du patinage artistique —, sera des prochains Jeux olympiques.«Si Dieu le veut, je serai à Athènes en 2004.» Nous l’espérons.Marcel Brisebois Au temps des rencontres La télévision doit demeurer un point de service aux collectivités La défunte émission Rencontres donnait à réfléchir sur des grandes questions de notre temps par le biais d’une approche spirituelle.Personnalité ecclésiastique singulière, Marcel Brisebois, aujourd’hui directeur du Musée d’art contemporain de Montréal, fait partie des quelques animateurs chevronnés s’étant succédé à la barre de cette série qui a fait époque.Parmi les invités de marque qui y ont été reçus figurent notamment Françoise Dolto, Rina Lasnier, Guy Rocher, Julien Green, Eugène Ionesco, Hubert Reeves, Claude Mauriac, Gilbert Cesbron, l’abbé Pierre, Michel de Certaux, Claude Lévi-Strauss, Jean Fourastié et Edgar Morin.SOURCE SRC Très lié aux questions religieuses et opérant sous la direction du réalisateur Raymond Beaugrand-Champagne, Marcel Brisebois s’intéressait à différents domaines de la vie en société et avait pour ligne directrice l’ouverture.MADELEINE LEBLANC De son expérience des médias (radio mais surtout télévision), Marcel Brisebois retient d’abord la nécessité de travailler en équipe pour réussir à faire quelque chose de valable, ce qu’il garde toujours à l’esprit dans ses tâches actuelles, préci-se-t-il.Il déplore le fait que le succès d'une émission soit trop souvent attribué uniquement à la personne que l’on voit à l’écran.Outre ces considérations pratiques, il se considère comme privilégié, d'un point de vue plus général, d’être arrivé à Radio-Canada à un moment où «c’était encore une institution prestigieuse avec des personnes qui ont mis sur pied, au lendemain de la guerre, un établissement qui a contribué au développement socioculturel du Québec.» Il évoque une vie effervescente où la circulation des idées était encouragée notamment par la qualité des gens qui collaboraient alors à la diffusion de l’information.«Quand on regarde une émission, on voit le point d'aboutissement de quelque chose.Il y a tout un travail de réflexion qui précède ce moment.Quand j’ai commencé à travailler à Radio-Canada, je n’étais que collaborateur.Dans un petit café situé de l'autre côté des bureaux d'alors, vous pouviez trouver Hubert Aquin, Jean-Guy Pilon, Wilfrid Lemoine ou Michelle Tisseyre en train de discuter.» Place publique Reprenant le parallèle entre ses fonctions d'alors et celles d’aujourd’hui, il croit que l'on assiste plus rarement maintenant à des échanges qui permettent l'expression de différents points de vue.«Mon expérience au Musée d'art contemporain (dont il est le directeur depuis 1985] m'amène à dire qu’il est très difficile d'avoir cette circulation aujourd'hui.Maintenant les gens qui s'intéressent à la musique contemporaine ne sont pas nécessairement ceux qui fréquentent notre institution, malgré nos efforts.Et c’est la même chose partout.Chacun s'enferme dans son champ et on ose peu franchir les frontières.Radio-Canada, c’était vraiment une place publique.Les gens pouvaient se rencontrer et exprimer des opinions opposées ou non.Il y avait place pour le dialogue.» Très lié aux questions religieuses et opérant sous la direction du réalisateur Raymond Beaugrand-Champagne, Marcel Brisebois s’intéressait, sous cet angle, à différents domaines de la vie en société et avait pour ligne directrice l’ouverture.«On tentait de faire en sorte que la vedette ne soit pas l’interviewer mais la personne qui était invitée à exposer sa pensée en toute liberté.On voulait lui permettre d’occuper tout l’écran et faire en sorte que le spectateur sente qu’il était en contact direct avec cet interlocuteur.» Cette règle d’effacement était adoptée dans le but de respecter le téléspectateur le mieux possible.«Et puis, voir quelqu 'un réagir avec ses tics et ses manies transmet quelque chose que d’autres médiums, comme Internet par exemple, ne permettent pas.n'est-ce pas?Iss auteurs sont des êtres humains en perpétuelle recherche.» Nostalgie Nostalgique de ce que la télévision semble de moins en moins favoriser, il se gardera bien de se prononcer sur ce quelle est devenue.«J’ai quitté.J’ai fermé une porte et ce n 'est pas à moi de juger de ce qui s’y passe.Iss objectifs de Radio-Canada, ses stratégies, les rapports que la boite veut entretenir avec la vie sociale du pays et avec les aspirations qu ’on peut y présenter, ne me regardent pas.Chose certaine, Radio-Canada n’est plus, pour moi, un lieu de désirs.» Cela dit, télé et spiritualité peuvent toujours, d'après lui, faire bon ménage.H croit que cette plateforme peut encore permettre à des gens de se rencontrer, de dialoguer, d'essayer de partager des idées, de faire évo- luer la pensée et l’être humain.«Freud disait qu'un être humain équilibré est capable d’entrer en communication, d’aimer et de jouir.Oui, la télévision peut permettre tout cela.C’est à elle d'aller dans ce sens.Elle n’est pas étrangère à l'aventure spirituelle de l’humanité; au contraire elle peut y contribuer de façon très puissante.[.] L'un des grands problèmes actuels, c’est qu'on a confondu culture et divertissement.» Cela explique peut-être pourquoi il est si peu satisfait de la programmation en général.A son avis, les responsables des politiques culturelles se comportent en empereur romain.«Donner du pain et des jeux, c’est très bon pour l’audimat.Mais la télévision ne devrait pas être qu'un médium populaire, c’est du mépris à l'égard des gens simples.Très souvent les gens m’arrêtent dans la rue et me demandent si je vais revenir à la télévision et ce ne sont pas des profs d'université pour autant.Alors, est-ce qu’on ne méprise pas un peu le peuple?Vous savez, il y a une parole dans l’Evangile qui dit “je te remercie, Père, de ce que tu as révélé aux simples et que tu as caché aux sages et aux puissants.”» Comme observateur, il ne qualifierait toutefois pas la situation actuelle comme étant à son déclin.«Les paramètres sont différents et l’orientation maintenant est très différente de celle qu'on a connue à la naissance de la télévision et dans les années qui ont suivi.Est-ce que Radio-Canada rend service à la collectivité, notamment de langue française qu’elle veut desservir, en laissant passer toutes les fautes élémentaires de français qu 'on y entend?Je me pose des questions, mais je n’ai pas réfléchi assez profondément là-dessus et je n ai pas tout le bagage nécessaire pour porter un jugement de valeur.Je ne veux pas condamner ceux qui ont des responsabilités et qui les prennent.» i # LE DEVOIR.LES SAMEDI ET DI M A \ (HE 8 SEPT E M B R E 2 O O 2 TELEVISION HISTORIQUE Radio-Canada par les dates 1 936.La Société Radio-Canada, radiodiffuseur public national est créée le 2 novembre en vertu de la loi votée quatre ans phis tôt 1949.Le Parlement du Canada autorise Radio-Canada à emprunter quatre millions et demi de dollars pour établir un service de télévision à Montréal et à Toronto.1951.Le 18 mai, inauguration de l’édifice RadioCanada (ancien hôtel Ford) à Montréal, sur le boulevard Dorchester Ouest (maintenant boulevard René-Lévesque Ouest).En noir et blanc 1952.En février, début de la production des émissions expérimentales.Le 2 juin, première image (mire avec un indien).Le 25 juillet, première émission présentée sur les ondes de CBFT, une partie de baseball entre les Royaux de Montréal et les Cubs de Springfield.Le 6 septembre, avènement de la télévision au Canada avec l’entrée en ondes de CBFT à Montréal et de CBLT à Toronto deux jours plus tard.CBFT est bilingue jusqu’en 1954.1953.Le 10 août, présentation de la première soirée d’élections fédérales à CBFT.1954.Le 10 janvier, CBFT devient une station uniquement de langue française.Les 19 et 20 mars, CBFT produit le premier téléthon, d’une durée de 19 heures, de l’histoire de la télévision québécoise (paralysie cérébrale), en provenance du Théâtre Saint-Denis.Le 17 juillet, la station affiliée CFCM-TV à Québec se joint au réseau.Le 21 novembre, la station affiliée CJBR-TV à Rimouski se joint au réseau.1955.Le 7 janvier, Radio-Canada diffuse l’ouverture de la session parlementaire à Ottawa.Le 24 juin, la station régionale CBOFT à Otta- wa se joint au réseau.Le 1" décembre, la station affiliée CKRSTV (maintenant CKTV) à Jonquière se joint au réseau.1956.le 12 août, la station affiliée CHLT-TV à Sherbrooke se joint au réseau.1957.Le 25 décembre, la station affiliée CKRN-TV à Rouyn-Noran-da se joint au réseau.1958.Le 15 avril, la station affiliée CKTM-TV à Trois-Rivières se joint au réseau.En juillet, entrée en service du réseau transcanadien de télévision (le plus long réseau hertzien du monde).Radio-Canada adopte une nouvelle signature en ondes.Le 30 août, la station affiliée CKBL-TV à Matane se joint au réseau.1959.Le 21 décembre, la station régionale CBAFT à Moncton se joint au réseau.Le 17 octobre, la station affiliée CHAU-TV à Carie-ton se joint au réseau.1960.Le 24 avril, la station régionale CBWFT à Winnipeg se joint au réseau.1962.Le 14 janvier, la station affiliée CKRT-TV à Rivière-du-Loup se joint au réseau.En juillet, le premier relais de télévision est réalisé par le satellite de communications Telstar entre l’Amérique du Nord et l’Europe.1964.Le 7 septembre, la station régionale CBVT à Québec se joint au réseau français.Elle remplace alors la station affiliée CFCM-TV.En couleurs 1966.Le 1" septembre 1966, débuts de la télévision en couleur à Radio-Canada.Le 4 octobre, mise en chantier de la future Maison de RadioCanada.1967.Le 27 avril, quelque 650 millions de téléspectateurs de plus de 70 pays assistent aux cérémonies d’ouverture d’Expo 67.TELEVISION 5 0 A N S ! CR CAHIER SPÉCIAL EST PUBLIÉ PAR LE DEVUIR Responsable NORMAND THÉRIAULT ntlierianll@Iedevoir.ca 2050, rue de Bleary, 9' étage, Montréal (Québec) H3A 3M9.Tél.: (514) 985 3333 redartiun@ledrvoir.coni LA GUILDE DES MUSICIENS DU QUÉBEC 50 ans de travail en harmonie! Les musiciens du Québec vous disent merci! d*écriture 35 OOO pages de téléromans à Radio-Canada 7 best-sellers aux Éditions Trois-Pisloles jeu i ftîor-Leu Be joint au réseau.Elle remplace alors la station affiliée CHLT-TV.1976.En juillet.Radio-Canada est diffuseur hôte des Jeux olympiques d’éte, tenus à Montréal.La Société met à la disposition des radiodiffuseurs du monde entier les installations techniques nécessaires et leur procure aussi des reportages prêts à être diffusés dans leurs pays.Le 16 juillet, la station CBEFT à Windsor se joint au réseau.Le 27 septembre, la station régionale CBUFT à Vancouver se joint au réseau.Le 8 novembre, la sta- tion régionale CBKFT à Regina se joint au réseau.1977.Le 1" août, la station CJBR-TV à Rimouski, qui appartenait au privé, devient officiellement une station de base du réseau.1979.Debut de la diffusion en direct.par satellite et par câble, des débats de la Chambre des communes à la télévision.1982.RadioCanada diffuse pour la première fois une emission sous titrée codée pour les malentendants.La' 31 octobre, la station régionale CBST à Sept-ues se joint au réseau.1984.En septembre, Radio-Canada est diffuseur hôte de la visite du paix1 Jean-Paul II au Canada.1985.Radio-Canada se joint au ro seau européen TV'S.1990 1a' 5 décembre, Radio-Canada annonce une restructuration des services régionaux de tdeviskxi 1995.Ia1 1" janvier, inauguration du Réseau de l’information (RDI).Inauguration du site Web radio-can a daca, reflet de la programmation radio et télévision.2001.Inauguration du Centre de l’information, qui permet au Service de l'information de la télévision de Radio-Canada de se convertir à 1ère numérique.I a» 1" septembre, inauguration d’ARTV, chaîne consacrée aux arts et à la culture.2002.En mars, les derniers ser vices analogiques de distribution par satellite sont convertis à la technologie numérique.D'après le site Web de Radio-Canada Soit soit sol.solide hilarité?Aux syndiqués de Radio-Canada Pour fêter le 30e anniversaire du syndicat local 675, venez vous dilater la rate avec Sol au Medley (1170, rue St-Denis, Montréal) le jeudi 3 octobre à 19 h 30 ( Les billets, au coût de 5 $, seront en prévente pour les membres de la section locale 675 avant d'être disponibles pour l'ensemble des autres syndiqués de Radio-Canada, (limite de deux billets par syndiqué), joindre le 514-521-8965 Au Quebec, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) représente au total quelque 7 000 membres dans les communications, notamment à Radio-Canada.TVA.Global, ONF, Radiomédia, TQS, Cogéco, Journal de Québec, Covitec, etc.Le SCFP est aussi présent dans plusieurs autres secteurs, notamment dans les universités, la santé et les services sociaux les sociétés d'État et organismes publics québécois, l’éducation, les transports urbain et aérien, l'hydroélectricité et les municipalités.Avec près de 100 000 membres, le SCFP est le plus important syndicat affilié de la FTQ Syndicat canadien de ¦ la fonction publique rro mm LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE 8 SEPTEMBRE 2 0 0 2 8 TELEVISION Christiane Charette Le direct avant toute chose « Sans l’artifice du montage » Reconnue pour sa vivacité, son intelligence, son aisance à aborder des sujets variés auprès d’un large spectre d’invités, Christiane Charette est passée de la radio à la télé sans difficulté.Ayant vu son père Raymond Charette jongler avec l’un et l’autre, elle s’est sentie tout naturellement appelée, au fil des circonstances, à en faire autant.Au-delà du moyen, ce qui l’allume d’abord, c’est «de faire du direct».SOURCE SRC Christiane Charette remarque que depuis les débuts de son émission éponyme en 1995, les temps ont déjà bien changé et qu’une transformation importante est en cours.MADELEINE LEBLANC D adio et télévision sont deux " l\méditims qui ont leur personnalité propre, leur caractère, leur spécificité et qui ont quelque chose de très différent à offrir.Une des richesses du métier que je fais, c'est de pouvoir le pratiquer dans deux médiums aussi riches et aussi différents.C’est formidable pour un animateur d’être en mesure de varier autant l’approche selon qu’il s’agisse d’une entrevue télé ou radio.» Christiane Charette n’a donc pas arrêté de parcours ni résolu d’adopter la télévision pour de bon.«Chaque médium a ses qualités.Ce qui est important, c’est d’embrasser le médium.La télé est plus puissante e{ plus visible, c’est une lapalissade, mais, par rapport à la radio, elle perd en intimité.Quelqu’un qui a une démarche assez complexe, subtile, et personnelle sera, la plupart du temps, mieux seryiparla radio.» A la veille d’entamer l’animation d’une émission qui sera diffusée les dimanches après-midi et poursuivant dans la veine animiste, elle explique devoir se plier aux exigences du moment de diffusion.Pour elle, les cases horaire ont aussi leur personnalité, tout comme les chaînes.«On s'adapte, tout en restant soi-même.Dans mon cas, la constante, c’est le direct.J’aime que ce que je fais soit présenté aux gens au moment même où ça a lieu et sans l’artifice du montage, qu’on voit la chose telle qu’elle se passe au moment où elle sc passe.Le dimanche après-midi, c’est l’antithèse du prime lime.Cela laissera peut-être plus de place au contenu, je ne sais pas, niais j'ai bien hâte.» Propos distincts Commentant l’évolution récente de la télévision du point de vue d’un de ses artisans et sans emprunter la lorgnette de l’analyste, Christiane Charette remarque que depuis les débuts de son émission éponyme en 1995, les temps ont déjà bien changé et qu’une transformation importante est en cours.«Le nombre d’émissions et de stations disponibles s’est multiplié.Beaucoup de gens qui font de la télé sont susceptibles de s’intéresser aux mêmes invités que nous et au même moment que nous.Il y a un ajustement à faire de notre part.» Devant l’offre grandissante et la fragmentation soudaine se distinguer lui semble être de mise.Elle évoque la portée massive que les Marc Labrèche et Véronique Cloutier peuvent encore obtenir tout en soulignant que devant le choix important proposé aux téléspectateurs, son positionnement par rapport au médium est constamment à repenser.Et par delà l’offre, la compétition s’avère féroce.«Pour avoir une force d’impact maintenant, je me dis qu’il faut peut-être devenir plus personnel puisque les gens peuvent voir la même personne interviewée 15 fois.Si on choisit de recevoir aussi cette personnalité, la seule façon de le faire, c’est d’être le plus personnel possible.Je crois que maintenant pour moi, c’est peut-être la façon de faire de la télé.Ce qu’on donne devient alors unique.» Télévore par nécessité professionnelle, elle porte parfois un regard critique et sévère à l’endroit de ce qui est présenté au petit écran.«Il y a des choses affreuses.Des fois, on est indulgents.Je trouve qu’on laisse passer des choses qui ne font pas le poids et qu’on n'y met pas toujours les efforts.Par contre, il y a des choses que je trouve formidables dans la télé d’ici et d'ailleurs.Et puis, l’ac- cessibilité à ce qui se fait en Europe ou aux Etats-Unis crée une vraie émulation.» L’été venu, Christiane Charette s’impose toutefois de ne pas regarder la télévision afin de prendre la part de recul qui lui semble nécessaire.Elle ne se rabat pas sur Internet pour autant tout en ayant conscience de l’incidence de ce véhicule sur la télévision.«La notion d’éphémère change.On retrouve de nombreuses entrevues sur Internet et la télé numérique existe.Je ne sais pas combien de temps une télévision qui a une force d’impact collective pourra durer.» Jeunesse et maturité Souvent accusée d’être dépassée et superficielle, la télé se fait aussi reprocher son «jeunisme».Christiane Charette a pratiquement le même âge que RadiceCa-nada.A-t-elle peur d’être reléguée aux oubliettes pour autant?Elle convient que cet état de fait pourrait l’effrayer, mais assure que ce n’est pas le cas.«Premièrement, moi j’ai envie d'entendre aussi des gens qui sont plus matures, qui ont des expériences de vie, des réflexions et une pensée.Je prends l’exemple facile de Jacques Languirand qui a quelque chose à offrir à partir de son âge.Mais bien sûr, il faut que la télévision nous veuille.Quand on a une tribune, il faut qu’on nous la donne.Est-ce que j’en aurai une ou pas?Ça peut ne pas avoir à faire avec l'âge non plus.La télévision est gourmande et pour nourrir tous ces postes et cette demande, je me dis que l’âge pourra peut-être devenir non pas un atout mais une donnée incontournable.Je pense qu’il y a quelque chose à faire avec le médium quel que soit notre âge, oui.» Certes, la télévision s’est montrée réfractaire dans sa forme à ce qui était marqué par le temps et n’est sûrement pas à la veille de confier la lecture des bulletins de nouvelles ou l’animation des jeux questionnaires à des personnes plus mûres.«Mais en général, la télévision est maintenant obligée de se réinventer, de s’ouvrir à tout et peut-être qu’elle va pouvoir intégrer cette nouvelle réalité.Je trouve qu'il y aurait là un lieu de créativité et un vrai besoin aussi.Tous ces gens qui ont pris leur retraite prématurément et qui continuent de vieillir sont sûrement prêts à entendre une réflexion philosophique sur ce qu 'est cette réalité.Je me dis qu’ils seront disponibles pour la télé et j’espère que celle-ci aura quelque chose à leur offrir et non pas parce qu’il le faut mais spontanément et naturellement, je l’espère vraiment.» Claude Meunier L’enfant de la télé « La Petite Vie, c’est un peu Les Plouffe.sur l’acide » % yYV ;; ¦.É * %-v* 1 «* * * • SOURCE SRC Môman (Serge Thériault) et Pôpa (Claude Meunier) dans La Petite Vie.Claude Meunier avait tout juste un an lorsque le petit écran a été inauguré officiellement au Québec.Enfant de la télé, il a été façonné par elle puis l’a marquée à son tour.Humoriste, comédien et auteur prolifique, on l’associe aux désormais célèbres Dong, Mr Pepsi et Pôpa de La Petite Vie.À l’occasion des 50 ans de la télévision francophone, Claude Meunier se souvient.MYLÈNE TREMBLAY Difficile de s’entretenir avec Claude Meunier ces jours-ci.Pris entre le tournage d'un spécial d’une heure de La Petite Vie, présenté le 16 décembre à Radio-Canada, la préparation de la pièce Iss Noces de tôle, prévue à l’horaire chez Jean-Duceppe au printemps prochain, et le développement de ses projets personnels, l'écrivain-comédien ne sait plus où donner de la tête.Consciencieux, réglé comme une horloge, il tient pourtant promesse et s'excuse d’emblée du peu de temps dont il dispose.«J’adore jaser», clame-t-il, en se prêtant avec entrain au jeu de l’entrevue.C’est la raison pour laquelle, d'ailleurs, la télé lui sied si bien.«C’est un médium qui me convient parfaitement parce que j’aime ça faire parler le monde.J’aime quand ça jase et la télé permet de le faire!» Contrairement au cinéma, le petit écran lui laisse tout le loisir de contrôler le produit et de créer à profusion.«Au cinéma, c’est tellement long que le produit nous glisse un peu des mains.Je ne suis pas vraiment un auteur cinématographique, avoue Meunier dont le seul film à son actif.Ding et Dong, le film, a connu un succès remarquable en salle mais a été passablement égratigné par la critique.Minutie Extrêmement minutieux, il fignole ses textes plusieurs mois à l’avance.C’est sûrement ce souci du travail bien fait qui lui laisse croire que la qualité de la télévision québécoise se compare facilement à celle de la télé américaine.«La télévision au Québec est très avancée.On n’est pas loin des standards de la télé américaine à certains égards.C’est étonnant comme notre culture est forte.Au cinéma, on n ’est peut-être pas encore rendu à ce niveau-là.» Lorsqu’on lui demande ce qu'il concocte du fond de sa retraite à Saint-Adolphe-d’Howard.Claude Meunier se fait discret, hésite à vendre la mèche.«J’ai une façon particulière de travailler.Je pars souvent de personnages et selon l’histoire qui leur arrive, ce sera soit une pièce de théâtre, soit une émission de télé.Disons que j'espère travailler pour la télé», lâche-t-il enfin.Puis, il ajoute: «Je suis en train de développer une série télévi- suelle qui semble bien partie pour aboutir.» De ce projet, on n’en saura pas plus.Enfant de la télévision — il est né le 4 septembre 1951 — fanatique de la première heure, c’est à elle qu'il doit ses débordements de créativité.Gamin, il était fasciné par le petit écran, écoutait toutes les émissions de la Boîte à surprises et écrivait des sketches puisés à même ses références télévisuelles.11 évoque, un brin nostalgique, les belles années de la télévision francophone de Radio-Canada avec la Ribouldingue.Le droit et l’humour Avant de faire rire le Québec avec les personnages qu'il a créés et incarnés en spectacle comme au théâtre, au cinéma ou à la télé — pensons notamment à Paul du trio Paul et Paul, Dong de Ding et Dong, Ti-Guy Le boeuf de la cam- pagne Pepsi ou Pôpa de La Petite Vie — Claude Meunier s’inscrit à la faculté de droit à l’Université de Montréal à la fin des années 60.D y obtiendra sa licence «par la peau des dents».Quel lien entre le droit et l'humour?Les Cyniques, avoue Meunier.L'humour absurde et les jeux de mots du fameux quatuor des années 60-70 ont été une révélation pour celui qui allait devenir l'un des humoristes les plus populaires du Québec.«Je savais que les gars dçs Cyniques étaient en droit, dit-il.A l’époque, il n’y avait pas encore d'école de théâtre reconnue.Je ne voulais pas jouer, je voulais écrire.Alors j'ai fait comme eux.» Durant ces trois années, Meunier se met à écrire des sketches en collaboration avec Jacques Grisé, avec qui il pousse l’absurde et la dérision un peu plus loin.Louis Saïa se joint à eux pour s’occuper de la mise en scène.Mais le spec- tacle intitulé Les 24 heures de la rue Sainte-Catherine n’aura pas lieu.Il fait aussi la connaissance de Serge Thériault qui l’introduit au monde de la télé.«Serge jouait à la télé de Radio-Canada dans La Fricassée, une émission pour enfants qui est en fait l’ancêtre de Pop Citrouille.Il m’a présenté au réalisateur André Bousquet et j’ai commencé à créer des sketches pour la télé.» Paul et Paul De là prend forme le trio Paul et Paul, qui réunit Claude Meunier, Serge Thériault et Jacques Grisé.Les années suivantes, de 1976 à 1981, Meunier les passe du côté de la scène.«À un certain moment, j’ai senti le besoin de revenir à la télé.» En fait, l’amour du sitcom le rattrapait «J’ai été élevé à l’école des sitcoms américains, dit-il.À la maison, on les écoutait tous.Les trois quart du temps, je n’y comprenais rien car j’étais trop petit.Mais vers l’âge de 12 oul3 ans, je me suis mis à les suivre assidûment avec mon père.C’était des moments privilégiés car il travaillait beaucoup.» Ces sitcoms — et ces moments bénis — lui sont restés en tête, au point de vouloir lui-même en écrire.Les personnages de La Petite Vie, nés d’un hasard comme tous les autres, en sont la preuve.Au départ, Claude Meunier et Serge Thériault cherchaient à créer une satire de téléroman.«C’est parti de Ding et Dong», explique-t-il.Les origines de l’émission-culte seront d’ailleurs dévoilées le 8 septembre à 20h à Radio-Canada dans un extrait des Lundis des Ha! Ha! (émission d’humour diffusée de 1983 à 1985).Pôpa On y retrouve pour la première fois les deux maîtres de cérémonie en peau de vache, Ding et Dong, en Pôpa et Môman.«Je n’avais même pas encore ma barbe, se souvient Meunier.On refaisait souvent le même sketch et les gens l’aimaient de plus en plus.» L’idée a fait son chemin et le géniteur de Pôpa s’est enfermé durant six mois pour développer ceux qui allaient former la plus étrange mais non moins commune famille du Québec: Pôpa, Môman et leurs quatre enfants, Caro, Rod, Rénald et Thérèse.Claude Meunier, qui de son propre aveu dit se retrouver dans tous les personnages, a pris la chose très au sérieux, suivant à la lettre les règles du sitcom.Les Québécois connaissent tous l'histoire de Pôpa-Môman.Aussi acceptent-ils la convention que Môman soit jouée par un homme, en l’occurrence Serge Thériault «Tandis qu’à l'étranger, les gens ne le comprennent pas», précise Meunier.Pourquoi un tel succès autour d’une émission d'humour qui, à première vue, parle pour ne rien dire?Parce qu’elle traite de sujets universels, explique l'auteur.«C’est la vérité et la cruauté de la vie.Il y a beaucoup de franchise, les gens se disent tout ce qu’ils pensent, mais sans méchanceté.La cruauté de La Petite Vie est spontanée irréfléchie et naïve.» Mais le gros du succès, mis à part la qualité des interprètes, Meunier l’attribue à cet incroyable optimisme qui se cache derrière.«Il peut arriver les pires choses mais tout s'arrange.La vie vaut la peine d’être vécue.» Bref, on rit pour ne pas pleurer, pour oublier.Et tout le monde se reconnaît à travers ses personnages.Combien de fois s’est-il fait dire dans la rue: «C'est vrai ce que vous avez dit, mon frère est un Rénald, ma sœur est une Thérèse.» Avec l’avènement du numérique et la multiplication des chaînes, les phénomènes comme La Petite Vie sont-ils appelés à disparaître?Sans être pessimiste, celui qui a su rassembler tous les Québécois durant 30 minutes, de 1993 à 1998, ne cache pas sa crainte, «lœs canaux diversifiés font en sorte que l'auditoire se disperse énormément, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soit, dit-il.Ça va être difficile pour la survie des postes ici.» A son avis, les émissions à succès comme Lance et compte.Un gars une fille ou La Petite Vie, deviendront des exceptions.H ajoute, rieur «La Petite Vie, c’est un peu Les Plouffe.sur l’acide.» » I
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