Le devoir, 11 septembre 2002, Cahier A
w w w .led e v o i r .e o in DEVOIR V o L .X C I 1 1 X • 2 0 5 ?LE M E R (R E D I 11 S E I' T E M B R E 2 0 0 2 8 7 O + T A X K s .I $ NEW Y0RK.8H46 84 étages à dévaler Un survivant raconte sa fuite du WTC STÉPHANIE TREMBLAY Le matin du 11 septembre, beaucoup de New-Yorkais se préparaient à aller au bureau, à voter aux primaires des élections municipales ou faisaient déjeuner leurs enfants.Brian Clark, lui, était au bureau depuis 8hl5.Son entreprise occupait alors tout le 84e étage de la tour sud du World Trade Center.Ce Canadien, né à Toronto, s’est joint à la compagnie Eurobrokers en 1973.Quand sa compagnie a quitté Toronto pour New York, en 1974, il a suivi et s’est installé dans la Grosse Pomme.En 2001, il en état l’un des vice-présidents.Brian Clark était donc assis à son bureau quand un avion a percuté la tour voisine.Il a vu le ciel s’embraser et son premier réflexe a été de dire à tout le monde de partir, de quitter leur bureau.Il a pris cette initiative parce qu’il était un des responsables de l’évacuation en cas d’incendie.Certains employés sont partis, mais d’autres sont restés ou revenus, car quelques minutes après, un message a été diffusé dans tout l’édifice, demandant aux gens de rester calmes et de ne pas évacuer la tour.Il n’y avait aucun danger.Quelques minutes plus tard, le deuxième avion s’écrasait sur la tour de Brian, à peine quelques étages sous son bureau.L’édifice a été ébranlé, les plafonds et les murs endommagés.«Mon bureau était du côté ouest de la tour, dit Brian.C'est pour ça que j’ai pu m’en sortir.» Il restait tout de même les 84 étages à dévaler avant de sortir de la tour.Avec sept de ses collègues, il commence à descendre les escaliers, choisissant par un pur coup de chance la cage d’escalier située le plus loin du point VOIR PAGE A 14: ÉTAGES On cherche partout Tombre des tours PAUL CAUCHON LE DEVOIR Cy est une absence d’une présence assourdissante.Impossible d’y échapper, impossible de l’oublier.L’absence est partout dans la ville, elle flotte comme une ombre, elle rôde dans les ruelles.Sur la 5e avenue, les piétons ne semblent s’agiter que pour mieux combler ce vide.Les deux tours sont partout dans les tètes.Et lorsqu’un avion passe dans le ciel, le temps semble s’arrêter, la ville retient son souffle.Dès qu’on arrive à New York, on cherche l’ombre des deux immenses tours disparues.Le paysage est bancal, violemment incomplet, qu’il soit vu de l’eau, des ponts ou du haut de l’Empire State Building.C’est une absence d’une présence assourdissante parce que tout nous rappelle les attentats.Chez les vendeurs itinérants à tous les coins de rue, dans toutes les boutiques de souvenirs à la grandeur de Manhattan, sur Broadway comme le long de Central Park, on est assailli par des milliers et des milliers d’images, d’affiches, de cartes postales, de statues, de tasses à café, de t-shirts à l’effigie des deux tours.L’image la plus nécrologique est celle qui porte l’inscription 1973-2001 sous la photo des tours.VOIR PAGE A 14: TOURS INDEX Annonces.B 4 Avis publics.B 6 Culture.B 10 Économie.B 4 Éditorial .A12 ’ 1 ¦41 'J , V1.- - .¦¦ ¦ 'm / 'H'j m- ! IM# m Le monde.A 11 Les sports.B 13 __ Mots croisés B 13 Télévision.B 11 KH9 Météo.B13 WSr- % .’jme:’ ».• Ils voient un avion se diriger dans leur direction à 756 km/h Il y a un an, l’horreur FRANÇOIS CARDIN A L LE DEVOIR Seules quelques personnes se doutent de l'importance du moment.Il est 7h59.Le vol 11 d’American Airlines décolle, pour la dernière fois, de l’aéroport logan de Boston.Parmi les 92 personnes à bord, il n’y en a que cinq à connaître l’itinéraire véritable du vol.Le pilote n’est pas du nombre.A bord, Mohammed Atta est confortablement assis.Dès que l’avion quitte la piste de décollage, il prend son téléphone cellulaire et fait le numéro de Marouan al-Shehhi.Quelques mots sont échangés en arabe, puis les deux hommes raccrochent.11 est 8h.Dans 14 minutes, le vol 173 de la United Airlines dans lequel prend place Maroyan al-Shehhi quittera à son tour l'aéroport Logan.A son bord, 5fi passagers et neuf membres d’équipage.Outre les quelques personnes affairées à réciter in petto des prières musulmanes, aucun passager des deux avions ne sait qu’il voyage dans une bombe.Pas plus que les 109 personnes qui sont montées à bord des vols 93 et 77 de la United Airlines, lesquels décollent à l'instant des aéroports Newark, au New Jersey, et Dylles, à Washington.Il est 8hl0, le soleil brille et les États-Unis se réveillent avec le sourire du bienheureux.Leur pire cauchemar, ils le vivront bientôt au grand jour, les yeux bien ouverts.Dans les minutes suivant la propulsion des quatre avions dans l’espace aérien, les passagers s’installent.Certains sortent une couverture, d’autre un ordinateur.Inutile.Des commandos de quatre ou cinq personnes armées de couteaux et de cutters se précipitent dans les cockpits.Dans le premier des deux Boeing 767 partis de Boston, les pirates de l'air enjoignent aux passagers de rester assis.«Ne faites rien d’insensé, lance l'un d’eux.Vous ne serez pas blessés.Nous avons plus d’avions, nous avons d’autres avions.» Mohammed Atta prend les commandes du vol 11 pendant que des passagers, apeurés, téléphonent à leurs proches à i’aide de cellulaires.D-s agents de bord sont dirigés à l’arrière de l’avion puis tout simplement égorgés, le pilote d’American Airiines, écarté du cockpit, appuie à plusieurs reprises sur un bouton d’appel de son téléphone malgré les ordres répétés des pirates de l’air.Il sait qu’il n'a plus rien à perdre.Même situation dans le vol 175 que pilote maintenant Marouan al-Shehhi.Cachée au fond de l’appareil, unç hôtesse de l’air compose un numéro d’urgence.A la personne qui répond, elle explique la situation en précisant qu'une de ses collègues vient d’être froidement exécutée à ses côtés.A quelques minutes d’intervalle, les deux kamikazes modifient le cap des avions.Ils manœuvrent les appareils avec aisance, descendent très bas dans le ciel, déconnectent les transpondeurs assurant la communication avec les tours de contrôle et s’approchent de Manhattan.8h45.Ix temps est au beau fixe, il n’y a pas de brouillard et le soleil darde sur les gratte-ciels.Grouillantes de monde, les rues accueillent les gens qui se rendent d’un pas assuré vers leur travail.Dans les milliers de locaux administratifs de Wall Street, les employés de la haute finance discutent autour de cafés, lisent les journaux, consultent Internet, /dem dans les tours jumelles du World Trade Center.sauf peut-être dans la tour nord.Incrédulité, surprise, puis panique.Ijes employés qui ont une vue vers le nord voient un avion se diriger dans leur direction, à 756 km/h.8h46.Le Boeing 767 avec 10 (XX) gallons de carburant à son bord percute la tour nord du WTC à quelques étages du sommet, s’engouffre aisément en son sein puis explose.L’onde de choc fait trem hier l’immeuble de 415 mètres comme s’il s’agissait d'une vulgaire tente secouée par le vent.Les 15 derniers étages du symbole de la toute-puissance américaine s’enflamment.Une épaisse fumée noire s’échappe du trou de huit étages laissé béant par l’impact de l’avion.Des centaines de personnes sont faites prisonnières de l’immeuble.Seul choix: brûler vif ou se jeter dans le vide.L'agitation est grande dans la rue.Sous les 110 étages de la tour, corps et débris tombent comme de la grêle.Dans la tour voisine, la chaleur de l’incendie est ressentie.Malgré tout, on exhorte les travailleurs à ne pas paniquer, à rester dans leur bureau.Erreur.Il est 9h3 lorsque l’avion piloté par le kamikaze Marouan al-Shehhi se transforme en missile guidé et explose à son tour au 80' étage de l’autre tour.VOIR PAGE A 14: L’HORREUR JACQUES NADEAU LE DEVOIR .sur le drame du 11 septembre 2001.Steve Simon Jetez un œil nouveau.J* Empty Sky Pèlerinage à Ground Zero » QUEBECOR MEDIA W 72 pages de photos 24,95 $ I 778313000665 I.E I) E V OIK.LE Al E R C K E D I II SEPTEMBRE 2 0 0 2 11 SEPTEMBRE Septembre 2001 (rnnind Zerr> Dans los jours (jui suivent la tragédie du World Trade Center, les New-Yorkais dérouvrent avec stupeur l’ampleur de la destruction.Steve Simon, un photographe d’origine montréalaise, capte alors l’émotion qui se lit sur les visages atterrés.2^.O 'vlfc m POINT DE VUE Une année difficile Nous regretterons ces lois sécuritaires ! «Les considérations de sécurité risquent de l’emporter chaque fois et cela n’est pas réjouissant» Avocat spécialisé dans la protection des droits de la personne Un an après l’horrible crime du 11 septembre, il est clair qu’en dépit des nouvelles lois sur la sécurité et de l’ambiance de colère et de peur, nous n’avons pas été plongés dans une crise permanente.En effet, la démocratie continue d’exister, à peine amochée, non seulement au Capada mais même aux Etats-Unis où elle éprouve cependant quelques difficultés et où on a pu observer des violations majeures des droits.Ces difficultés ne se sont pas produites ici.Sans doute l’aspect le plus réconfortant de cette année est l’absence de toute persécution systématique de l’Islam ou des ressortissants des pays islamiques malgré un certain nombre d’incidents fâcheux à cet égard.Le pluralisme nord-américain s’est avéré assez fort pour éviter ce qui aurait été une catastrophe en d’autres temps et lieux.La triste histoire des Canadiens d’origine japonaise témoigne de façon éloquente de ce qui aurait pu se produire.Pourtant, rien ne serait plus dangereux que de tirer de ces données encourageantes une conclusion édulcorée que tout va Julius Grey TRAIT D’UNION Le II septembre des poètes du Québec bien et que notre système politique est parfait ou encore que les événements dull septembre ne l'ont aucunement ébranlé.En réalité, l'absence des conséquences directes et immédiates du durcissement tant de nos lois que de nos cœurs masque plusieurs développements potentiellement néfastes.Les actes du 11 septembre n’étant pas sérieusement défendables, une forme naturelle d’unanimité s’est installée dans notre société.Tout le monde partage colère et tristesse.Pourtant l’unanimité est toujours un phénomène indésirable dans une démocratie.Déjà des sondages indiquent que presque la moitié d'Américains perçoivent la liberté d'expression comme une entrave à la sécurité.Bon nombre de Canadiens pourraient se rallier à ce point de vue.Il existe donc une probabilité que notre population accepterait facilement des mesures drastiques présentées comme des outils indispensables de lutte antiterroriste.En ceci, la situation ressemble aux débuts de la guerre froide.Certes, le régime meurtrier de Staline, le coup d’Etat en Tchécoslovaquie et la guerre de Corée justifiaient une condamnation vive du communisme.Pourtant, le maccarthysme est maintenant reconnu comme ayant été à la fois injuste, immoral et inefficace comme réaction.Les lois adoptées par le Canada depuis le 11 septembre devraient nous inquiéter.Nul doute que l’absence de conséquences immédiates reflète le véritable but de notre gouvernement qui était de se montrer, sensible aux exigences des États-Unis sans sacrifier les droits fondamentaux.N’empêche que nous avons maintenant des lois qui permettent des procès péremptoires, et en partie secrets et qui ouvrent la voie à la filature et aux violations de la vie privée.La définition du terrorisme est assez large et pourrait facilement permettre l’application de la loi dans des domaines non prévus, par exemple pour combattre le crime organisé.Il suffirait d’un moment de panique généralisée pour permettre une atteinte majeure à la démocratie.Avant le 11 septembre, l’équilibre entre la sécurité et la liberté était déjà précaire et la sécurité avait le vent en poupe.Maintenant, les considérations de sécurité risquent de l'emporter chaque fois et cela n’est pas réjouissant.La liberté a un prix.Il serait certes plus facile de diminuer le taux de criminalité et de rendre la vie quotidienne plus sécuritaire si on déliait les mains de la police et si on abolissait les chartes.Le coût de telles mesures pour la qualité de vie serait énorme.Même si les nouvelles lois sur la sécurité et sur l’immigration ne vont pas si loin, nous pouvons d’ores et déjà gager que nous finirons par les regretter amèrement.La deuxième conséquence du 11 septembre constitue un très mauvais augure pour le Canada — l’intégration rapide avec les États-Unis.Les dispositions sur le contrôle de la zone frontalière, sur la sécurité conjointe et sur l’harmonisation des affaires militaires sans le mpindre quiproquo de la part des États-Unis démontrent l'effritement partiel mais réel de la souveraineté canadienne.L’exemple le plus frappant de cette intégration à ce jour se trouve dans le domaine des traitements des demandes du statut de réfugié.Non seulement nous acquiesçons aux accusations que le Canada est un pays trop généreux, ce qui n’est pas du tout le cas, mais nous avons autorisé le refoulement des demandeurs de statut de réfugié aux États-Unis.Le refoulement sans vérification des revendications est à la fois illégal en droit international et injustifiable.Il serait naïf de penser qu’en créant une union territoriale avec un géant à côté de nous, nous pourrons maintenir des institutions distinctes.Tout ce à quoi les Canadiens et le Québécois tiennent le plus, à savoir l’assurance-maladie, l’éducation accessible à tous, la justice sociale à un niveau plus haut qu’aux États-Unis et la pérennité du français étaient déjà menacés avant le 11 septembre à cause de la globalisation et du libre-échange.Les attentats du 11 septembre ont intensifié le processus d’intégration sans provoquer le débat vigoureux qui aurait accompagné de telles mesures en temps ordinaire.Si les développements politiques et juridiques depuis le 11 septembre sont dérangeants, la situation n’est pas encore désespérée et nous pouvons toujours nous redresser.D’abord, il faut encourager le débat et l’expression d’opinions dissidentes même si ces opinions risquent parfois de nous choquer.C’est seulement dans un climat de débat vigoureux que nous pourrons éviter ou ralentir l’effritement de la liberté et de la souveraineté du Canada.Deuxièmement, il serait utile que les nouvelles lois soient contestées devant les tribunaux.Si la grande partie de ces lois est probablement constitutionnelle, il y a sans doute des dispositions qui vont trop loin et les chances d’une cassation partielle paraissent assez bonnes.Un tel jugement mitigé aurait l'effet de rappeler aux Canadiens l'importance des droit fondamentaux.Troisièmement, il faut mieux présenter à la société les avantages de la liberté et la proposition que le prix en vaut les désavantages.S’il existe, pour des raisons très valables, une nouvelle vigilance contre le terrorisme, il faut la confronter avec une vigilance tout aussi zélée pour la liberté et la justice sociale.Ainsi, la deuxième année après le 11 septembre pourrait nous permettre d’enrayer les dangers créés au cours de la première.pratiques et politiques SOCIALES ET ECONOMIQUES LOUIS FAVREAU LUCIE FRECHETTE Un livre: Le 11 septembre des poètes du Québec 122 poètes issus de toutes les générations Un événement: Spectacle commémoratif 40 poètes, comédiens et musiciens reunis sur une même scène Le mercredi 11 septembre à 20 h Salle Salnt-Sulpice de la Bibliothèque nationale du Quebec 1700.rue Saint-Denis (entne rote sudl Entrée libre Mondialisation, économie sociale, développement local et solidarité internationale Prince de Ren* L»ch»(>etle rt 0®n»Ui Uwo»e LOUIS FAVREAU et LUCIE FRÉCHETTE PRÉFACE DE RENÉ LACHAPELLE et Gérald Larose 27$ 2002, 286 pages ISBN 2-7605-1089-1 ÉUmvAnut* Ouél Les enjeux et les défis de l'économie sociale et du développement local à l'heure de la mondialisation f Presses de l'Université du Québec TéJ.: (418) 657-4399 • Téléc.: (418) 657-2096 Achats «w ligne : www.puq.uquebec.ca EN VENTE CHEZ VOTRE LIBRAIRE PETER SCOWEN LE LIVRE NOIR DES ÉTATS-UNIS Un best-seller international ! Bientôt traduit en dix langues.En primeur au Québec.Paru le 4 septembre 2002.JAC QUES NADEAU LE DEVOIR «Après le 11 septembre, je sentais le regard des gens posé sur moi.On me scrutait.» Arabes et musulmans new-yorkais sont encore sur leurs gardes STÉPHANIE TREMBLAY \ A Astoria, un des quartiers de Queens situé à une petite demi-heure de métro de Manhattan, les Grecs ont installé leurs pénates depuis des lustres et créé leurs repères culturels.Mais, dans ce même quartier, depuis une dizaine d’années, une nouvelle vague d’immigrants a commencé à s’installer, les Arabes, venus en partie de l’Afrique du Nord.Sur une distance de quelques coins de rues de la Steinway Street, on se retrouve soudain en plein monde arabe.H y a les mosquées, le boucher, qui fabrique lui-même ses merguez (denrée rare à New York!), l’épicier, le libraire, qui arbore sur sa façade une affiche disant «Lisez le Coran», l’agent de voyage et l’avocat en immigration.Des Arabes de partout à New York y viennent pour faire leurs emplettes, réserver un billet d’avion, acheter des bouquins, et, surtout, pour se retrouver entre copains au café.Et ils sont nombreux, les cafés, sur ce petit bout de Steinway Street.Il suffit de jeter un coup d’œil à l’intérieur de l’un d’entre eux pour se sentir subitement transporté en Afrique du Nord, ou au Moyen-Orient.On y voit des gens assis paisiblement, fumant le narguilé.Celui où Hamid Kherief m’emmène est surtout fréquenté par la communauté maghrébine.A l’intérieur, on boit le thé à la menthe, on mange des tajines ou (jes hamburgers — on est aux États-Unis quand même.Les conversations sont animées, joviales.Ça parle français, arabe, anglais, et, parfois, les trois langues se mélangent allègrement dans la même phrase.Pour les musulmans et les Arabes de New York, l’année qui vient de s’écouler a été difficile.Abderahmane K, Algérien d’origine et client du café de Steinway Street, explique qu’avant le 11 septembre, il se sentait toujours à l’aise à New York.«Après, dit-il, sentais le regard des gens posé sur moi.On me scrutait.» Installé à New York depuis dix ans, ce n’est qu’après le 11 sep- tembre qu’il s’est décidé à devenir citoyen américain.«Je paye mes impôts, je travaille.Il est temps que je puisse voter et exprimer mon point de vue», dit Abderahmane K.11 n’est pas te seul.Dans les diverses communautés musulmanes et arabes des États-Unis, plusieurs ont décidé de demander la citoyenneté après le 11 septembre.Le American Muslim Council, une association, encourage d’ailleurs tous les musulmans à devenir citoyens.«Ils habitent aux Etats-Unis, ça ne peut être qu’une bonne chose qu’ils deviennent des citoyens adijs», explique Faiz Reh-man, le directeur des communications de l’association.Panni les sujets qui inquiètent, il y a l’effritement des libertés individuelles.Depuis un an, le gouvernement américain a incarcéré plus d’un millier de musulmans et.dans certains cas, les a gardés emprisonnés plusieurs semaines sans jamais porter d’accusations.Beaucoup ont été déportés.«On est venus ici pour trouver une liberté qu’on n'avait pas dans notre pays», explique Abderahmane K.Les musulmans se sentent maintenant surveillés.«On n’ose plus faire de dons à des organismes de charité qui viennent en aide aux pays arabes», continue-t-il.Le gouvernement américain, qui a scruté à la loupe ce type d’organismes, a donné l’impression à des gens comme Abderahmane K.que leurs dons pourraient leur attirer des ennuis ou être perçus comme une façon déguisée de financer le terrorisme.Bien que des chiffres exacts soient difficiles à obtenir, toutes les personnes rencontrées disent que leur communauté a souffert économiquement des attentats.«Les petits commerçants, les restaurants, les boutiques ont eu moins de revenus», déclare Faiz Rehman.Dans les mois qui ont suivi le 11 septembre, des familles ont quitté les États-Unis.«Pour certains, c’était trop.Leurs enfants se faisaient harceler à l'école, ils ne se sentaient plus à l'aise dans la société américaine.», dit Hamid Kherief.VOIR PAGE A 3: ARABES II UVR£ NOR DES ETATS-UNIS CD ^ < -S X -g U ^ Z) i O s t- s Z 2 l LE DEVOIR.LE MERCREDI II SEPTEMBRE 2 0 0 2 A 3 j Il SEPTEMBRE Coupables par association ?Le 11 septembre a fait passer un test de tolérance aux Québécois à l’égard de la communauté musulmane Ils étaient nerveux et agacés il y a un an, les Arabes et les musulmans qui habitent au Québec, sentaient qu'on les condamnait par association.Se jugent-ils toujours, un an plus tard, victimes de cette présomption de culpabilité?GUY TAILLEFER LE DEVOIR état d’esprit de l’imam montréalais Salam Elme-< nyawi est assez représentatif; une certaine inquiétude face à l’avenir, mais constatation en même temps que la vague d’intolérance antiarabe et antimusulmane qu’il redoutait dans la foulée du 11 septembre 2001 n’a pas déferié sur la société québécoise.Vrai que des incidents se sont produits — 83 «événements à caractère haineux», la plupart du temps sous forme d’agressions verbales, ont été recensés à Montréal —, mais ils sont loin d’avoir été d'une ampleur ou d’une gravité telles qu’on puisse parler d’intolérance généralisée, affirme l'imam, d’origine égyptienne, qui est président du Conseil des musulmans de Montréal, une organisation qui chapeaute une quarantaine de mosquées.Le coup de sonde effectué auprès de lui et d’autres membres de toutes tendances au sein de la communauté arabe révèle souvent de l’appréhension.Le pire ne s’est peut-être pas produit, disent-ils, mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont rassurés pour de bon.Si, donc, la «rue» est plus ou moins revenue à la normale et que des femmes ont osé reporter le foulard qu’elles laissaient à la maison au lendemain des attentats, le gouvernement fédéral a adopté sans grand débat des lois de lutte au terrorisme et sur la sécurité intérieure qui, au nom de la défense de la démocratie, «ont froissé» les libertés.«Je ne peux pas m'empêcher de penser au sort fait aux ressortissants japonais pendant la Deuxième Guerre mondiale», affirme M.Elmenyawi.A l’échelle du pays, Riad Saloojee, directeur du Council of American-lslamie Relations, section canadienne, est assez convaincu que les services policiers prennent aujourd’hui des libertés au chapitre notamment de l’interrogation de citoyens d’origine arabe qu'ils n'auraient pas prises avant les attentats.«Difficile de ne pas voir apparaître une tendance au racial profiling [le ciblage d’une communauté]», affirme-t-il.Au Québec, les Maghrébins en général et les Algériens en particulier, dont la réputation a été ternie par l'affaire Ahmed Ressam, arrêté à la frontière de la Colombie-Britannique en 1999 avec des explosifs, ont sans doute été les plus touchés par les retombées du 11 septembre.«Ça ne s’est pas arrangé pour nous, au contraire», dit Karim Settouane, étudiant en génie mécanique et bénévole au Centre culturel algérien à Montréal.En avril, la communauté a été assommée par la décision d’Ottawa de lever le moratoire qui permettait aux réfugiés algériens sans statut de rester au Canada.Un millier d'Algériens — la communauté compte 40 000 personnes au Québec — risquent d’être expulsés.Chercher de l’emploi De façon générale, estime M.Settouane, «les gens ont aujourd'hui plus de difficulté à vaquer à leurs occupations — à passer la frontière, à se trouver un emploi».Ce que confirme Naima Bendris, Marocaine d'origine, au Québec depuis une vingtaine d’années, spécialiste de la communauté arabe d’ici.«Des intervenants dans le domaine de l’insertion à l’emploi se sont fait dire par des employeurs de ne pas leur envoyer de CVde candidats arabes.» Des cas très isolés, croit cependant Ismail Belkhous, Algérien d’origine, qui s'occupe du service d’emploi du Centre d’accueil et de référence sociale et économique pour immigrants (CARI) de Saint-Laurent, capitale avant la lettre de la diversité ethnique au Québec.Il a vu passer par ses bureaux 1500 chercheurs d’emploi au cours de la dernière année, dont plus de la moitié étaient arabophones.«Des candidats qui sont très souvent surqualifiés par rapport aux emplois de techniciens qu'ils décrochent.» O récuse formellement l’idée que, sur le marché de l’emploi, la communauté arabe (ils sont 250 000 personnes et plus au Québec) ait été punie pour la catastrophe du 11 septembre.«Je n'ai aucune raison de penser que les entreprises québécoises mt fait preuve d'intolérance», dit-il.M.Belkhous vient de trouver une place à un Maghrébin chez Bodycote, une entreprise en chimie de l’environnement installée à Pointe-Claire.Le cinquième environ de la trentaine de personnes qui forment son personnel de laboratoire est d’origine arabe-.«Une exception de tolérance?J’espère bien que non», affirme Yves Moras, superviseur des labos.Naïma Bendris reconnaît tout à fait le fond de tolérance des Québécois «de souche».Elle estime que le Québec n’est pas les Etats-Unis ou l’Europe.Mais elle n’en soupçonne pas moins ici une part de racisme rampant nourri par les clichés des médias, une acceptation de l’autre qui tourne à «l’évitement, à une tendance à garder ses distances».«Beaucoup de Québécois sont solidaires et se lèvent contre les préjugés, dit-elle, mais il existe une part de tolérance de façade à laquelle les gens se sentent tenus par rectitude politique.Derrière, le noyau dur des préjugés est toujours là.» Elle constate un «apaisement» depuis un moment, mais doute qu'il soit définitif.«1m situation politique est bouillonnante.Rien n ’est vraiment réglé en Afghanistan.Un nouvel événement pourra se produire qui ajoutera me autre croûte au racisme.» Il y a un paradoxe.En même temps que le 11 septembre en a conforté plusieurs dans leur «peur de l'Arabe», les attentats ont rendu beaucoup de Québécois curieux de l’islam et du monde arabe, raconte le libanais d’origine Hassan Isedean, proprio de la Librairie du Moyen-Orient, à Saint-I auront: «Après le 11, il y a eu un boom d’intérêt qui ne s’est pas démenti depuis.» Y compris même au sein de la communauté arabe, dit-il, «qui a cherché à se renseigner sur eüemême».4 JACQUES NADEAU LE DEVOIR À Montréal, depuis le 11 septembre, la «rue» est plus ou moins revenue à la normale et des femmes ont osé reporter le foulard qu’elles laissaient à la maison au lendemain des attentats.SUITE DE LA PAGE A 2 Directeur du département d’immersion et d’anglais langue seconde à la City University de New York, Kherief est aussi vice-président de l’Association algérienne-américaine.Il raconte même que des gens qu’il connaît ont décidé d’américaniser leur nom, pour passer inaperçus.Ali est devenu Al.Nabil s’est transformé en Billy.«Tous les musulmans ne peuvent être tenus responsables des actions meurtrières de 19 hommes», écrivait l’Égyptienne Mona Eltahawy, dans une lettre ouverte au New York Times.Ce sentiment fut exacerbé par, entre autres choses, des commentaires de l'évangéliste Franklin Graham, fils du célèbre révé- ARABES rend Billy Graham, qui a déclaré il y a quelques semaines que les représentants de la religion musulmane ne s’étaient pas assez excusés.«Le silence des membres du clergé [musulman] du monde entier est inquiétant, a-t-il dit.Pourquoi ne sont-ils pas venus aux Etats-Unis, pourquoi n’ont-ils pas présenté leurs excuses au peuple américain, pourquoi n'ont-ils pas expliqué aux Américains que [ben Laden] ne représente pas le véritable Islam et que ces gens n’agissent pas au nom d’Allah?» Au restaurant où travaille Hamid Touileb, ç’a été difficile de reprendre le boulot après le 11 septembre.«Personnellement, je n’avais plus le moral, dit-il./e me suis porté volontaire dans le bas de la ville.Je me suis fait un plaisir de faire des sandwiches aux policiers, aux pompiers, à connaître les gens qui venaient aider, qu’ils soient Allemands, Français, catholiques ou musulmans.C’était un plaisir parce que c’est ça New York», conclut-il.Avec le premier anniversaire des attentats, la crainte revient dans la communauté.«Ils sont inquiets, explique Raiz Fehman, et craignent une vague de représailles.» Inquiets, oui, mais ils n’ont pas oublié que «la vaste majorité des Américains ont été tolérants», affirme par contre Hussein Ibish, directeur des communications à l’American-Arab Anti-Discrimination Committee (ADC).«Il faut maintenant s’organiser pour faire passer notre message et changer les perceptions envers notre communauté», pense Hamid Kherief.Jean-Robert Sartsfaçon New York, c’est le cœur de ce continent auquel nous appartenons PERSPECTIVES Leur destin et le nôtre Il y a un an.les États-Unis subissaient l’attaque foudroyante de trois groupuscules ka mikazes islamistes.Des milliers de personnes de race et de religion différentes sont mortes à bord des avions et dans les immeubles du Pentagone et du World Trade Center.Dans les secondes qui ont suivi les attentats, le monde entier, horrifié, incrédule, impuissant, a pu assister aux événements.Même si nous avions maintes fois par le passé suivi le déroulement d'un drame en direct à j la télévision, l'attaque contre le 'JÉ WTC dépassait tout ce à quoi ,# nous aurions pu nous attendre.=JL==J À cause, bien sûr, du gigantisme de l’événement et des cibles quasi mythiques choisies par les terroristes, mais aussi à cause de l’improbabilité qu'une telle chose puisse se produire réellement.Aucun cinéaste d’Hollywood n’aurait même osé pousser la fiction jusqu’à faire s’écrouler complètement les tours du WTC à la suite d’un attentat.Une autre raison explique aussi notre désarroi, nous Québécois et Canadiens: la proximité du lieu et l'identité des victimes.Des dizaines de milliers d’êtres humains meurent tragiquement chaque année dans le monde, que ce soit par le feu ou par la famine, sans que cela nous affecte personnellement, par-delà la compassion et la solidarité humaine.Cette fois, cela se passait près de chez nous, et les victimes étaient ou auraient pu être un parent, un ami.New York, c’est l'Amérique du Nord, comme Montréal ou Toronto.New York, c’est le cœur de ce continent auquel nous appartenons, même si nous aimons oublier cette réalité chaque fois qu’elle heurte notre sensibilité culturelle ou [xditique.Nous ne sommes pas Américains et nous tenons à notre spécificité.Mais comme le chantait le très Québécois Robert Charlebois (paroles de Pierre Çalvé): «Vivre en ce pays, c’est comme vivre aux Etats-Unis, la pollution, les mêmes autos, les mêmes patrons, [.] le même confort, et quand tu es mort, y a des tas de gens qui te jouent à l’argent.» Nation des extrêmes, les États-Unis sont un pays de guerre au Vietnam et de complot au Chili, mais ils sont aussi un pays de libération contre le nazisme et de lutte contre l’épuration ethnique.Pour bien des nôtres, les Américains sont une masse indistincte d’obèses sans culture et sans goût, consommateurs de Big Mac et acheteurs de VIT.Pourtant, les États-Unis sont aussi l’endroit où se déploient les meilleures universités et où évoluent le plus aisément les plus grands scientifiques et les plus grands créateurs de la planète.I^s Américains ont inventé les technologies les, plus avancées et ont su mieux que quiconque les rendre accessibles au plus grand nombre à travers un système de marché certes controversé mais dont nous profitons nous-mêmes largement à titre ; de premier partenaire commercial de ce pays.Non, nous ne sommes pas Américains! Mais ne nous illusionnons pas trop quant à l’étendue de' notre spécificité.Si nous nous réclamons souvent ; avec délectation d’idéaux plus égalitaires, combien \ de fois n’avons-nous pas réalisé par la suite que | l’idée avait d’abord été développée dans quelque : incubatpur intellectuel de la Californie?Les États-Unis, ce sont leurs élites, leur classe j financière et politique dont l’arrogance et l’ambi-j tion dominatrice nous offrent tant d’occasions de I manifester notre opposition.En revanche, ce sont \ aussi leurs simples citoyens, ni plus ni moins ins- ; fruits et cultivés, affranchis ou aliénés que ceux de j chez nous.D’ailleurs, qui peut prétendre qu’il y a ; plus de différences entre une famille blanche ne la ! classe moyenne de la banlieue de Boston et une ! autre de la banlieue de Montréal qu’entre un Noir du Bronx et un Blanc du Texas?Pour le meilleur et pour le pire,"en tant que Nord-Américains, Canadiens et Américains sont appelés à partager un destin fort semblable.Si les événements du 11 septembre 2001 survenus à New York (et non à Montréal) nous ont rappelé que nos voisins sont des guerriers aux pieds d’argile, ils nous ont aussi renvoyé de nous-mêmes l’image d’une nation relativement protégée contre un tel drame.Moins à cause de la pureté et de l’innocence de la politique canadienne qu’à cause du peu de pouvoir et de responsabilités qui incombent aux petites nations.Certains s’en attristeront, mais en ce matin du 11 septembre 2001, nous en étions pour la plupart soulagés.j rsa nsfaconfwledevoir.ca formation : t v 5. SEPTEMBRE REUTERS Lundi, le premier ministre Jean Chrétien rencontrait le président américain George W.Bush afin de discuter d’une éventuelle intervention américaine en Irak.Le Canada a multiplié les efforts pour soutenir les Etats-Unis HÉLÈNE BUZZETTI DE NOTRE BUREAU D’OTTAWA Quatre vies humaines, 7,7 milliards de dollars et deux projets de loi: c’est, en résumé tout simple, ce que le Canada a sacrifié à la lutte contre le terrorisme dans la foulée des attentats d’il y a un an.Les événements du 11 septembre ont chamboulé l’ordre dp jour du gouvernement fédéral.A peine un an après leur élection, les libéraux voulaient mettre la rentrée parlementaire sous le signe de l’environnement, des autochtones et de l’innovation.Ces dossiers auront été relégués à l’arrière-scène pour ne parler que de sécurité.Et entraîner un ministre dans son tourbillon.Le Canada en Afghanistan Ainsi, pendant six mois, le Canada a envoyé 750 militaires en Afghanistan pour aider les Américains à mettre le grappin sur Oussama ben Laden et déraciner les talibans.Avec un tel contingent, la participation canadienne aux opérations en Afghanistan était la quatrième en importance parmi tous les pays impliqués.Quatre soldats canadiens ne sont toutefois pas revenus, ayant été tués par une bombe américaine au cours d’un exercice de tir réel.Ce déploiement a aussi été l’occasion de railler les Forces canadiennes qui se sont présentées dans cet environnement désertique avec des habits de camouflage verts.Des vêtements beiges ont été commandés depuis.Un ministre à la mer La présence canadienne a mené à la destitution du ministre de la Défense, Art Eggleton.M.Eggle-ton avait oublié d'informer le cabinet que les soldats canadiens avaient fait des prisonniers afghans et les avaient remis aux soldats américains.Le détail était important parce qu’un débat faisait rage à ce sujet pu Canada: on craignait que les Etats-Unis ne respectent pas les conventions internationales sur les prisonniers de guerre.Une manne pour la sûreté Ottawa a aussi devancé le dépôt de son budget pour annoncer des investissements de 5,5 milliards en cinq ans destinés à la sécurité nationale.On a mis sur pied quatre équipes intégrées de la sécurité nationale (EISN) regroupant des policiers de tous les paliers pour enquêter sur le terrorisme.On a augmenté la surveillance aux frontières et acheté de l’équipement de détection plus sophistiqué destiné aux aé- Michel Chossudovsky ^ - ;.y ' Guerre üuerre I x.et fnondialisation La vérité derrière le 11 septembre 256 page» o 17,00$ ISBN 2-921561-77-8 DIFFUSION DIMÊDIA Dans ce livre-choc, Michel Chossudovsky remet en question la thèse répétée par les médias que les attaques du 11 septembre sont la conséquence de «lacunes» des services de renseignements américains.À partir d’une recherche méticuleuse, l’auteur décrit les enjeux politiques derrière le 11 septembre et dévoile non seulement le camouflage mais également la complicité de hauts responsables au sein de l’administration Bush.D’après l'auteur, la «guerre contre le terrorisme» n’est qu’un mensonge reposant sur l’illusion véhiculée auprès de l’opinion publique, qu’un seul homme, Oussama ben Laden, a réussi à déjouer l’appareil des services secrets américains dont le budget annuel s'élève à plus de 30 milliards de dollars.Le 11 septembre s’est avéré le moment attendu par l'administration Bush, la «crise utile», qui lui fournissait le prétexte non seulement pour mener une «guerre sans frontières» mais également pour suspendre les libertés fondamentales et les droits constitutionnels.Dans la foulée des événements tragiques du 11 septembre, la présumée «campagne contre le terrorisme international» se convertit en une guerre de conquête, visant à imposer un «Nouvel Ordre mondial» dominé par Wall Street et le complexe militaro-industriel américain.àeiécosociété A CONTRE-COURAN reports.On a renfloué le réseau de laboratoires et les groupes d’intervention en cas d’attaques chimiques, biologiques ou nucléaires.De cette sonune, un milliard servira à emprisonner davantage de réfugiés qui refusent de décliner leur identité à leur arrivée au Canada ainsi qu’à en renvoyer davantage dans leur pays.On engage ainsi plus d’agents d’immigration au Canada (15 à 30 %) et à l’étranger (on veut doubler leur nombre).Sécurité aérienne Dans ce même budget, une autre somme importante de 2,2 milliards de dollars a été affectée au resserrement des mesures de sécurité dans les aéroports et les avions.Une facture entièrement assumée par les usagers, qui doivent désormais débourser une taxe supplémentaire de 24 $ pour chaque vol.Une aide financière non chiffrée a été accordée aux compagnies aériennes afin qu’elles renforcent les portes des cabines de pilotage.I.a responsabilité du contrôle des voyageurs et de leurs bagages a été retirée des compagnies aériennes et confiée à une nouvelle agence gouvernementale.De plus, le Canada a fait marche arrière et finalement décidé de placer des policiers armés, habillés en civil, à bord de certains vols.Le ministre des Transports, David Colle- nette, se refuse toutefois à permettre aux pilotes de porter une arrpe, contrairement aux Etats-Unis où, sans que la mesure soit en vigueur, le Sénat vient d’y donner son feu vert Définir le terrorisme Au lendemain des attentats terroristes, les avocats au ministère de la Justice à Ottawa se sont mis à un nouveau régime: pizzas, frites et poulets rôtis mangés sur le pouce tandis qu’ils rédigeaient le premier projet de loi antiterroriste canadien.Ils ont mis à peine cinq semaines pour en accoucher.On y définit pour la première fois ce qu’est un acte terroriste et on l’assortit de peines plus sévères.Cette définition a été revue afin que des manifestants ou autres grévistes illégaux ne soient pas visés par la loi.La loi permet aussi des arrestations préventives si des policiers soupçonnent une personne de vouloir commettre un acte terroriste ainsi que l’imposition par un juge de conditions de libération même si aucune accusation n’a été portée.Fait inusité, la loi autorise aussi les interrogatoires pour fins d’enquête: une personne peut être convoquée pour répondre aux questions d’un juge (elle perd son droit au silence) sans que des accusations soient portées contre elle.Etant donné la levée de boucliers que ces deux mesures ont provoquée, elles seront abrogées dans cinq ans.La loi a été adoptée en décembre.Big Brother plus efficace Un autre projet de loi, fourre-tout celui-là, a été déposé quelque temps après.On rendait criminels la rage de l’air ou encore les blagues à caractère terroriste.Surtout, on permettait au gouvernement de déclarer des «zones de sécurité militaire», de dimension illimitée, autour d’endroits ou d’installations que les forces armées ont reçu le mandat de protéger.Cette mesure a créé tout un émoi.Le projet de loi a finalement été abandonné par le gouvernement, qui l’a remplacé, en avril dernier, par un autre projet qui va encore plus loin.Désormais, la GRC et le Service canadien du renseignement de sécurité ont le droit de consulter les listes de passagers des compagnies aériennes pour leur permettre d’épingler des personnes recherchées (crimes passibles de cinq ans, notamment les méfaits, les immigrants faisant l’objet de renvoi et les personnes devant comparaître devant un juge).Les circonstances où un périmètre militaire peut être instauré ont été limitées, et ces zones ne peuvent plus être créées qu’autour d’installations militaires.Le projet de loi est toujours dans le collimateur parlementaire, mais avec le discours du Trône, il mourra au feuilleton.Il faudra voir si le gouvernement le ressuscitera ou non.Vos papiers! Quant aux preuves d’identité, le Canada a resserré les contrôles.Les résidants permanents, qui ne détenaient qu’un simple bout de papier facilement falsifiable, ont dû se doter de la nouvelle carte plastifiée d’identité au coût de 50 $.Le passeport a changé lui aussi: la photo est numérisée et imprimée à même la page plutôt que simplement collée, et une pellicule microscopique est appliquée pour empêcher les falsifications.Pour l’obtenir, les Québécois ne peuvent plus présenter un baptistère comme preuve d’identité.Seuls les certificats de naissance (carte bleue) émis par l’État civil après le 31 décembre 1993 sont reconnus.Enfin, un nombre accru d’employés travaillent à la vérification des renseignements fournis par les requérants.Au ministère des Affaires étrangères, on refuse de dévoiler leur nombre pour des raisons de sécurité.On reconnaît que ce ne sont pas 100 % des demandes qui sont vérifiées mais que «les mailles sont très serrées».La politique américaine « Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous » - George W.Bush CLAUDE LÉVESQUE LE DEVOIR Parmi les prophéties de l’après-11 septembre qui ne se sont pas réalisées, signalons celle voulant que les attentats allaient infléchir la politique étrangère des États-Unis dans le sens d’un plus grand engagement au sein des institutions multilatérales.Certes, les événements du 11 septembre devaient fatalement avoir un impact sur cette politique: ils semblent en fait l’avoir radicali-sée dans le sens qu’illustre cette phrase chère au president Bush et à son entourage: «Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous.» Depuis son intronisation à la Maison-Blanche, l’administration républicaine a multiplié les gestes marqués au coin de l’unilatéralisme: rejet du protocole de Kyoto, dénonciation du traité ABM et poursuite de la défense antimissile, opposition à la Cour pénale internationale, obstruction aux travaux de l’OCDE sur les paradis fiscaux, remise en question de la force de maintien de la paix en Bosnie, etc.Cette attitude n’a pas changé après les attentats du 11 septembre.Elle contraste non seulement avec celle de Bill Clinton, qui privilégiait la diplomatie économique conjuguée à une certaine coopération multilatérale, mais avec cinq décen- nies d’engagement dans les princi-pales institutions multilatérales.Une deuxième prophétie consistait à dire que le peuple américain allait tout à coup se découvrir une passion pour les problèmes de la planète.Après avoir effectivement suivi en direct la riposte aux attentats terroristes, les Américains ont assez vite reporté leur attention sur les questions intérieures.On peut dire qu’ils suivent en cela cet autre mot d’ordre de leurs dirigeants: continuez à vaquer à vos occupations.Ils se sont passionnés pour la série mondiale de baseball, pour le Superbowl, pour les exploits de leurs athlètes olympiques à Salt Lake City, pour les finales tout américaines de l’Omniun de tennis des États-Unis.Ils s’inquiètent également de l’économie chancelante et des scandales financiers à répétition, ce que leur président n’aurait peut-être pas souhaité.Comme ils ne sont pas les imbéciles qu’on imagine trop souvent, ils ont été moins enclins que leurs dirigeants à crier vengeance.Ils semblent souhaiter que les responsables des attentats répondent de leurs gestes devant la justice.Ils ne raisonnent pas autrement en ce qui concerne les responsables des magouilles qui ont fait fondre leurs modestes économies.Après le 11 septembre, l’influence des «va-t-en-guerre» sur la poli- tique étrangère des États-Unis est devenue plus apparente.On parle de Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, Richard Perle, John Negroponte, I.Lewis libby, entre autres, qui sont respectivement vice-président, ministre de la Défense.adjoint de ce dernier, président de la Defence Policy Board, ambassadeur aux Nations unies, conseiller du vice-président sur les questions de sécurité.Depuis la fin de la guerre froide, ceux-ci avaient tracé les grandes lignes de leur pro-gramme dans des écrits et des conférences, ou par des gestes quand ils occupaient des postes dans le gouvernement de George Bush père: primauté de l’intérêt national et recours à la force, au besoin unilatéralement, afin d’empêcher l’émergence d’une nouvelle puissance mondiale.«La politique étrangère a changé dramatiquement.[.] Les personnages clés dans la prise de décisions sont Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz et Perle.Condoleezza Rice [présidente du Conseil national de sécurité] est sur la ligne de touche et Colin Powell [le secrétaire d’État] est complètement marginalisé», estime Larry Hufford, directeur du programmé de relations internationales à l'Université SL Mary’s à San Antonio, au Texas.Ce dernier note une similitude entre la présente guerre antiterroriste et la guerre froide: «Le slo- gan “avec nous ou contre nous" implique qu’on s'accommode de dictatures, dit-il.En outre, cela se traduit par l’envoi de troupes dans des pays aussi différents que le Yémen, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan, les Philippines, la Géorgie, la Colombie, etc.» Niveau de confiance Au printemps dernier, on a appris que de hauts responsables au sein des services de sécurité et de renseignements, ainsi que de l’administration, avaient eu connaissance un an plus tôt d’indices qui auraient dû être pris plus au sérieux qu’ils ne l’ont été.Le président lui-même aurait été mis au parfum lors d’un briefing \t 6 août 2001.Les politiciens d'opposition et les éditorialistes ne sont pas allés jusqu’à accuser ces responsables de complicité, même par omission, comme cela a pu se faire outre-Atlantique.Le Congrès a néanmoins exigé des comptes.Au terme d’audiences tenues essentiellement à huis clos pendant l’été, les parlementaires ont conclu à un sérieux dysfonctionnement des services concernés.En même temps qu’il admettait ses torts, le directeur de la police fédérale, Robert Mueller, a demandé et obtenu des pouvoirs accrus, VOIR PAGE A 5: BUSH 4 D t VOIR M E R ( R E D I S E P T E M R R E Il SEPTEMBRE L’Europe et les États-Lînis Uantiaméricanisme fleurit de plus belle en France Pour les Européens, le 11 septembre n’a pas fait basculer le monde dans une nouvelle ère.Il a surtout creusé le fossé entre l’Europe et les États-Unis.CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT DU DEVOIR A PARIS Paris — Lorsque retentiront ce matin les premières notes du Requiem à l’église Notre-Dame de Paris, on sera tenté de croire que le 11 septembre a rapproché les Européens des Américains.C’est ce qu’avait laissé penser l’immense émotion ressentie en Europe dans les semaines qui suivirent la tragédie.Les déclarations et les gestes de solidarité n’avaient pas tardé.Rarement les Européens avaient-ils ainsi communié en direct au drame d’un peuple étranger.«Nous sommes tous Américains», titrait le prestigieux quotidien Le Monde sous la plume de son directeur, Jean-Marie Colombani.Un an plus tard, il faut pourtant constater que Ips rapports entre l’Europe et les Etats-Unis n’ont jamais été aussi tendus depuis la crise des euromissiles au beau milieu des années 80.L’antiaméricanisme fleurit de plus belle en France et en Allemagne.Même l’opinion britannique, traditionnellement proche des Américains, rechigne aujourd’hui à suivre l’oncle Sam dans une action contre l’Irak.Tous les sondages d’opinion en témoignent «Les relations transatlantiques connaissent une nouvelle crise», dit André Dumoulin, maître de conférences associé à l'Université de Liège.A une semaine de l’anniversaire du 11 septembre, le premier ministre allemand.Gerhard Schroe-der, et le président français, Jacques Chirac, n’ont pas craint de s’opposer conjointement à une action militaire américaine en Irak.En lieu et place de la France, c’est même l’Allemagne, ancien allié indéfectible des Etats-Unis, qui a pris la tête de la rébellion.«L’amitié n 'exige pas que vous fiassiez tout ce que réclament vos amis, sinon ce n’est plus de l’amitié mais de la soumission», a déclaré le chancelier Gerhard Schroeder en pleine campagne électorale.Dans le New York Times, il affirmait qu’il n’accepterait pas de recevoir «un appel deux heures avant le déclenchement d’une opération» pour se faire dire: «Nous attaquons!» Or les leaders européens sont encore beaucoup plus conciliants que leurs populations, au sein desquelles la politique américaine suscite une animosité de plus en plus âpre depuis le 11 septembre.Interrogés la semaine dernière par l’hebdomadaire parisien Marianne, 76 % des Français souhaiteraient que les Américains exercent moins d’influence sur la politique internationale.Selon une étude réalisée cet été par le Fonds Marshall allemand et le Conseil des relations étrangères de Chicago, 55 % des Européens vont jusqu’à affirmer que le comportement de Washington dans le monde n’est pas étranger aux attentats.Les Français sont plus nombreux à penser ainsi (63 %) que les Italiens (51 %).Au Royaume-Uni, le Daily Mirror a demandé aux Britanniques quelle est la personnalité la plus dangereuse pour la paix mondiale.George Bush arrive en troisième position, immédiatement derrière Oussama ben Laden et Saddam Hussein.Que s’est-il donc passé pour que la compassion se transforme en une incompréhension grandissante?L’antiaméricanisme croissant a d'ailleurs suscité une rencontre REUTERS Les soldats américains en Afghanistan.La fébrilité américaine a fini par susciter l'inquiétude en Europe.d'urgence à Washington entre des représentants du département d’Etat et une vingtaine d’intellectuels et de chercheurs pour tenter de comprendre le phénomène et tâcher d'y remédier.«J’avais toujours fonctionné avec l'idée que les Etats-Unis étaient une puissance raisonnable», dit le démographe Emmanuel Todd, qui vient publier cet automne un essai sur la décomposition du système américain (Après l'empire, Gallimard).«J'ai été assez indifférent à la construction européenne parce que j’avais une vision positive des États- Unis.Je pensais que l'effondrement de l’URSS puis de la Russie n’appelait pas la constitution nécessaire d’un contrepoids européen aux Etats-Unis.Je croyais naïvement la paix possible dans un univers démocratique merveilleux.Au cours de l’année écoulée, j'ai été très frappé par la façon dont les États-Unis se sont emparés de la question du terrorisme.J’ai eu l’impression de l’émergence d'un semi-bellicisme, d'une fébrilité américaine qui ont fini par susciter l’inquiétude.» Il faut dire que les Européens ont plus de difficulté que les autres à croire que le monde a basculé le 11 septembre 2001.Iis seraient plutôt de l’avis d’Arthur Schlesinger, ancien conseiller du président Kennedy, qui écrivait dans le New York Times que nos contemporains oublieront vite cette date malgré l’ampleur de la catastrophe humaine.Plusieurs facteurs influencent l’opinion européenne.D’abord, le terrorisme islamiste n'a rien de neuf en Europe, où il sévit depuis une bonne quinzaine d’années.Ensuite, les Européens avaient découvert l’unilatéralisme américain bien avant le 11 septembre.«S’agissant de la réalité, il est clair que les attentats du 11 septembre n’ont pas fait basculer le monde dans une ère nouvelle», écrit le politologue Pascal Bonifa çe (L’Année stratégique 2003, Editions IRIS).«Les rapports de force internationaux n’ont été que peu modifiés, et le poids de chaque puissance n ’a guère changé.» Qu’est-ce qui a changé, alors?, se demande le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques de Paris.«Rien, ou du moins pas grand-chose!» Pourtant, Pascal Boniface n'hésite pas à parler d’un «Occident fracturé».Il se pourrait en effet que le 11 septembre ait mis à jour deux manières radicalement différentes de voir les relations internationales.Deux manières qui opposent depuis déjà un certain temps les États-Unis à l'Europe.C’est ce qu’affirmait cet été le philosophe américain Francis Fukuyama lors d'une conférence prononcée à Mel bourne, en Australie.Pour le philosophe de renommée internationale, «un immense fossé s’est creusé entre les perspectives américaine et européenne du monde, et le sentiment de valeurs partagées s'effiloche progressivement».Selon Fukuyama, les Européens considèrent de plus en plus que la volonté de la communauté internationale doit primer sur celle des États-nations alors que les Américains acceptent de moins en moins qu’on leur impose des règles de conduite.Fussent-elles dictées par des organismes internationaux aussi irréprochables que l’ONU ou le Tribunal pénal international.En frapptuit le World Trade Center, Oussama ben I.aden a peut-être ébranlé à jamais la solidarité occidentale issue de l’après-guerre.BUSH J.-Claude St-Onge SUITE DE LA PAGE A 4 en plus de ceux conférés par le Patriot Act adopté à l’automne et qui avait permis la détention prolongée et sans accusation de nombreux ressortissants du Moyen-Orient.Le Congrès des États-Unis débat actuellement du projet de création d’un superministère de la Sécurité intérieure, qui regrouperait diverses agences, à l’exception notoire du FBI et de la CIA Si la majorité des Américains — les deux tiers selon un sondage commandé par CBS en juillet 2002 —jugent ce projet utile, la plupart des défenseurs des libertés fondamentales s’en jnquiètenL «À long terme, les gens n’accepteront pas longtemps de voir leurs libertés réduites.Ils exigeront de la transparence dans le gouvernement, comme ils en exigent déjà de la part des directeurs de compagnies et du haut clergé», estime le professeur Hufford.Ironiquement le renforcement de l’appareil sécuritaire est défendu par une administration qui, idéologiquement, devrait s'opposer à l’interventionnisme du gouvernement central.Pour différentes raisons, le taux de satisfaction des Américains à l’égard du président Bush a chuté depuis le sommet de 88 % atteint dans la foulée du 11 septembre.Depuis avril, à la suite du cafouillage dans la politique au Proche-Orient et des scandales financiers impliquant, après Enron, des sociétés comme WorldCom, Xerox et Global Crossings, il se situe habituelle ment sous la barre de 70 % (68 % se Ion le coup de sonde publié dans le Wall Street Journal le 10 avril dernier, 65 % selon celui de Newsweek fin juillet, et même 62 % selon l’enquête Zogby du 17 juillet).Les Américains vivent aujourd’hui dans la hantise de nouveaux attentats.Cette hantise est attisée par les fréquentes déclarations de leurs dirigeants en ce sens.Les Américains font davantage confiance à l’équipe Bush qu’à leurs adversaires démocrates pour assurer leur sécurité.En revanche, les démocrates obtiennent une meilleure note en matière de gestion de l’économie.La comparaison avec George Bush père, chassé de la présidence en 1992 après que sa cote de popularité eut atteint des niveaux stratosphériques au moment de la guerre du Golfe un an plus tôt, s’impose.Néanmoins, selon plusieurs commentateurs, le locataire actuel de la Maison-Blanche a pour lui une meilleure aptitude à communiquer avec ses commettants.En outre, il dispose de plus de temps avant la prochaine élection présidentielle.Pour continuer de livrer une guerre qui n'est pas limitée dans le temps, le gouvernement américain devra soit annuler les réductions d’impôt votées en juin 2001, ce qui risque de déplaire à sa base électorale conservatrice, ou réduire encore les programmes sociaux.«Les Américains ne l’accepteront pas après les scandales financiers récents.En particulier, le projet de privatisation des régimes de retraite est mort-né», prédit Larry Hufford.Des élections de mi-mandat auront lieu en novembre.Les républicains, que la question de l’Irak divise actuellement, espèrent que ce débat aura été résolu entre-temps.Quant aux frappes contre le pays de Saddam Hussein, elles ne devraient pas commencer avant la fin de l’année.est mon copilote La Bible, le Coran et le 11 septembre Depuis le 11 septembre 2001, des commentaires fusent de toutes parts à l'effet que la religion musulmane est fondamentalement violente et conquérante, et qu'elle mène nécessairement au terrorisme, contrairement au christianisme qui, lui, serait religion de paix et d'amour.Ibn Warraq et Guy Hennebelle proclament que: «L'islam n'est pas une religion modérée: il suffit de lire le Coran, truffé de menaces et d'imprécations en tout genre pour s'en convaincre.» Dieu est mon copilote s'élève contre cette vision trop simpliste.Effectuant une relecture des Livres saints des trois grandes religions monothéistes (l'Ancien Testament, le Nouveau Testament et le Coran), l'auteur montre qu'aucun d'entre eux n'est plus ou moins violent que l'autre.Dans chacun de ces livres, des messages de paix et d'amour sont submergés par des appels au meurtre et à la vengeance.Ancrant sa thèse dans le contexte de la guerre sainte antiterroriste dans laquelle les États-Unis se sont engagés, l'auteur renvoie dos à dos le célèbre couple Bush-ben Laden qui, par-delà leurs différences, partagent une même vision dualiste et absurde de l'univers où tout est-réglé en fonction de l'opposition entre «nous» le Bien, et «eux» le Mal.184 pages o 16,00$ ISBN 2-921561-75-1 DIFFUSION: DIMÉDIA è&écosociété 'HjgF A CONTRE-COURAN Parce que les mots et les images parlent mieux que les bombes.LES »touns BABEL ptembr LouiB-Pierre Bougie Jean Piciiutte Mbit: Séguin Nanny Huafion N/iarc Qameau Jean-Daniel Lafond Fronçota Vinrent.Suzanne Jacob A.Frôdérick Baizilt! Joél Des Roaiare Sylvain BouthiHeete Hôlône Dori on John Max Georges Leroux Jacek Jamuezkiewicz Hélène Mo net te Michéle Defisie Thierry Hentsch Uno Jacoues Mascotto René Donais Jocefyne Montoetft Dominique Blain Giiieo Tremblay JoBée l amherr.Jean-François Caasbonna Jamaiie Hassan Pau! Gharnberiant) Rowt Eloge Jean F oroot Martin Bureau Brigitte Heentjons Stéphanie Béliveau Ragine Rohm Alain Pilon Fernand Ouellette Ébane Excoffiar Khadiyetoulah FaM Mana Rouhoiamini Michaéi La Chance David Lafrance Marie Brodeur Philippe Bahe Wajdi MoubwbO Stéphane Poulin Les 4oo coups I Ce qui a changé depuis le 11 septembre 2001 Sous la direction de Jean Renaud, Linda Pietrantonio, Guy Bourgeault LES RELATIONS ETHNIQUES EN QUESTION 288 pages • 29,95$ www.pum.umontreai.ca Les Presses de l'Université de Montréal Université de Montréal > LE DEVOIR.LE MERCREDI 11 SEPTEMBRE 2002 Il SEPTEMBRE Les créateurs réinterpréteront le drame réel Battery Park Des tours vertigineuses qui s’effondrent, des lettres qui apportent la mort, et Oussama ben Laden pourchassé dans des cavernes.L’imagination fut puissamment frappée le 11 septembre, mais qu’en fut-il de la création?Le vrai impact est encore à venir, analysent deux spécialistes de l’écriture théâtrale.JOSÉE BOILEAU LE DEVOIR Le chauffeur de taxi était en verve ce matin-là, exposant avec conviction comment le président américain George W.Bush avait lui-même envoyé un avion sur le Pentagone pour favoriser ses politiques.Plusieurs auraient souri, protesté, discuté.Pas Dominique Lafon.«/e me disais: voilà, on donne un pouvoir maléfique aux gens.Croire que Bush aurait sacrifié sa population pour se donner du pouvoir, c’est réactiver le vieil archétype du tyran démoniaque, tout comme L’intéressant Bush lui-même réactive l’archétype du Mal en au théâtre, turban.Pour l’art, c'est un fonds extraordinaire!» c’est quand Dominique Lafon en jubilerait presque.Elle a 1* une excuse: professeure , ,, de dramaturgie à l’Uni- n interprète versité d’Ottawa, elle est fascinée par tout ce qui " * stimule l'imaginaire.Le l’événement 11 septembre, et ses suites, fut, à cet égard, brut mais un formidable matériau: le Mal qui tombe du qu’il le ciel, sans signe avant-coureur, l'anthrax, peste transforme moderne qu’on ne peut contrer.«Et cet homme qui s’enfuit dans les montagnes et qui fait des vidéos.Sur le plan narratif, c'est fou!» L’impact est déjà là d’ailleurs, puisque, à New York, on présente ces jours-ci une cinquantaine de scènes théâtrales, de monologues ou de chansons inspirés du 11 septembre, rappelant notamment combien les Américains ont eu peur ce jour-là Eh bien non, ce n’est pas de cet imaginaire qu’il est question!, proteste aussitôt Mme Lafon.Les pièces new-yorkaises, de l'ordre du témoignage, participent d'un mouvement de patriotisme, note-t-elle.Or, la véritable influence de tels événements est beaucoup plus profonde, beaucoup plus subtile sur les créateurs.«L’intéressant au théâtre, c’est quand il n’interprète pas l’événement brut mais qu 'il le transforme.Sinon, il ne fait que redoubler les médias.» Il ne s'agit donc surtout pas de mettre en scène des terroristes ou des pompiers.Mais voir comment sera traduite l’insécurité ressentie, celle qui, même si l’état de choc est passé, rend dorénavant impertinents les discours rassurants.Des pièces où le 11 septembre ne sera pas mentionné, mais qui, prévoit-elle, seront faites de conspirations, de conventions qui sombrent.Ou d’un mal qui couve de l'intérieur, «comme dans le théâtre grec où les familles sacrifient leurs enfants, ou couchent avec eux, bref font l’innommable», dit-elle.Probable, approuve Elizabeth Bourget.A une nuance près: même en cette ère de surmédiatisation, «les médias ne disent pas tout», croit-elle.Il y a moyen de hure des relectures, des recoupements, partager les événements autrement avec le public.Le 11 septembre peut donc aussi faire place à un théâtre plus politique, plus «conscient».Surtout que cette préoccupation est là depuis un certain temps chez les jeunes auteurs, insiste-t-elle.Elle l’a vue monter depuis 1988, tout au long de ses années d’enseignement à l’Ecole nationale de théâtre, en écriture dramatique — section quelle a d’ailleurs dirigée pendant six ans.JACQUES NADEAU LE DEVOIR «Mais la question que je me pose, renchérit-elle, c’est comment s’inscrit le monde dans l’imaginaire québécois?Concrètement, qu’est-ce qu'un auteur québécois fait du 1 1 septembre?Va-t-il se l’approprier?» Ailleurs, les auteurs pigent allègrement aux géographies lointaines, aux histoires des autres.«Nous, ce qu’on écrit se passe toujours au Québec.Les jeunes auteurs commencent à en sortir, mais pour aller dans des lieux pas tout à fait définis.On est ici mais on pourrait être en France, à I/mdres ou ailleurs.Alors face à un événement comme le 11 septembre, quel point de vue prend-on?On a été des Canadiens français, puis des Québécois.Mais on a encore du mal à savoir ce qu’est un Québécois et voilà qu’il nous faut devenir citoyens du monde!» Des citoyens qui, le 11 septembre, en raison de la proximité géographique, ont eu massivement peur.Puis qui, comme l’ensemble canadien, ont joint l’effort militaire en Afghanistan — celui-ci se soldant par quatre morts.causées par des Américains.«Alors là, c’est Ro-sencratz et Guildenstern dans la tragédie d'Ham-let!, s’exclame Mme Bourget.Us sont dans leur petite barque mais ils ne savent pas ce qui va se passer.Ils sont dans le drame mais une partie leur est complètement extérieure.» C’est exactement ce que vit le Canada, et le Québec, dans la foulée des attentats: touchés sans l’être.Comment se situer par rapport à ça?Peut-être — comme l’a fait l’auteur britannique Tom Stoppard en écrivant dans les années 60 la pièce Rosencratz et Guildenstern sont morts —, faut-il revoir la tragédie d’un tout autre point de vue?Dans ce cas-ci, explorer notre difficile rapport à l’Autre?«Les jeunes, à l’Ecole nationale, ont été très mobilisés par Iç Sommet des Amériques, illustre Elizabeth Bourget.Leur motivation était claire: faire prévaloir la démocratie face aux impératifs économiques.Et le 11 septembre est venu comme une baffe: ils ont vu des gens prêts à mourir pour tout à fait autre chose.» L’incompréhensible Autre devenait soudain incontournable en terre d'Amérique.Chaque coin du monde l’interprétera à sa façon.Le théâtre américain lui-même — «qui a toujours été très fort pour poser les questions: après tout Les sorcières de Salem, c'était la réponse d’Arthur Miller au maccarthysme!», rappelle Mme Bourget — saura bien dépasser les morceaux de bravoure.Pour le Québec.Dominique Lafon fait le pari: «On va voir apparaître des personnages qu’on a peu vus dans le théâtre québécois: des étrangers à la famille — mais attention: l’Autre comme métaphore, pas comme Noir ou Arabe.L’intolérance, que l'on croyait abolie par des années de discours universaliste, va entrer dans l’imaginaire, tout comme le topos de la violence, jusqu'ici absent du théâtre québécois.» «Je crois plutôt qu ’on ne sera pas capable de poser le problème, qu’on n 'est pas si prêt à le faire, rétorque Elizabeth Bourget.Parce quid, il faut qu'on soit d'accord avec tout le monde, comme si on était dans un perpétuel état de siège.Intra-muros, il faut que l'autre soit comme nous: c'est trop dangereux de le penser différemment.» Le Québec encore replié sur lui-mème à cause de la langue, du pays non fait, de sa petite population?Oui, commence-t-elle par répondre.Et puis, à bien y penser, non: peu importe les différences dans la façon de le poser, «ce rapport à lAutre, est-ce que ce n'est pas actuellement le talon d'Achille de tout l’Occident?», conclut-elle avec curiosité.î?#*v •-¦kd m VitTEk [ mm mi m 7 f ' " : 11 I » M >• Si Un an après, notre photographe Jacques Nadeau porte son regard sur la vie new-yorkaise an il * ! I fi t.35.è/.- »>»**%•* r ¦j# tkVi l-i wmm *«*%.?v-vJ f À Y id r » "^r WW *!£¦ - MB* 9m : (F \ ïh F ¦ & I5II m / ¦ ' .a LE DEVOIR.LE MERCREDI II SEPTEMBRE 2002 A 8 11 SEPTEMBRE Rappel historique Le terrorisme religieux gagne du terrain SERGE TRUFFAUT LE DEVOIR Au cours de la décennie antérieure, le monde a accouché d’un nouveau type de terrorisme.Qualifié tout simplement de nouveau par un expert comme Mark Juergensmeyer, doyen de la faculté des études internationales à l’université de Californie, ce terrorisme se distingue de l’ancien, celui qui a eu cours de 1961 à 1990, par ses fondements religieux et l’importance accordée à la dimension symbolique des actes commis.ü;s attentats du 11 septembre constituent le point d’orgue de ce nouveau terrorisme.Evidemment, il y a une exception.Le premier coup d’éclat effectué au nom de Dieu fut perpétré le 20 novembre 1979 à La Mecque.Ce jour-là, 200 intégristes s’emparèrent de la Grande Mosquée.Aidés ou aiguillés, on ne sait trop, par des forces françaises, les militaires saoudiens prirent d’assaut le premier lieu saint des musulmans.Bilan: 200 morts.Cela rappelé, le terrorisme religieux se distingue du terrorisme traditionnel par une ferme volonté de marquer fortement les esprits en usant de moyens assurant, si l'on ose dire, le maximum de dégâts matériels et humains.Après avoir multiplié les entrevues avec les auteurs des attentats commis au World Trade Center en 1993, à Oklahoma City en 1995 et contre les cliniques américaines réalisant les interruptions de grossesse, Juergensmeyer a acquis la certitude que ces gens-là avaient ceci de commun que pour eux la fin justifiait les moyens.Qu’au nom de Dieu, il est tout à fait légitime d’anéantir les productions des laïcs.Lorsque des terroristes tuent ou posent des bombes au nom de la nation ou de Marx, ils visent, règle générale, dés élus, des postes de police, des cibles économiques ou des opposants.En deux mots, le terrorisme de LIRA, de l’ETA ou des PARC en Colombie se conjugue avec cible.Rien de tel avec les autres.Dans le cas de Timothy McVeigh, par exemple, il a réalisé son acte sans jamais se préoccuper du nombre d'innocents que l'explosion de l’immeuble fédéral entraînerait.En ce qui concerne celui commis le 11 septembre par Mohammed Atta et ses 18 complices, on a atteint un autre stade.On a franchi une étape.L’avion n’est plus objet, parmi d’autres, d’un troc.Qui plus est, pour la première fois dans l’histoire moder- ne, des innocents, les passagers des quatre Boeing, ont été transformés en bombes volantes pulvérisant d’autres innocents.Autre trait commun à tous ces groupes religieux, la culture du complot.Selon eux, des forces malveillantes ont pour objectif la destruction de l’œuvre de Dieu.Quelles sont ces forces?Les mêmes que celles qu’on évoque depuis des lunes, soit les juifs capitalistes et les francs-maçons, auxquels on a ajouté récemment les Américains.Cela étant, pour illustrer l’expansion du terrorisme religieux, voici des chiffres éloquents: en 1994, on estimait que, sur 49 groupes terroristes répartis dans le monde, 16 étaient religieux.Deux ans plus tard, on en comptait 26 sui 56.Aujourd’hui, on calcule que le réseau travaillant à l’imposition de la dictature de Dieu dépasse la trentaine.Autrement dit, leur nombre a doublé au cours des dix dernières années.?Histoire de retracer l’évolution du terrorisme depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, on vous propose la chronologie des principaux actes commis.¦ 1961: le 1" mai, un Portoricain du nom d’Antuilo Ramiriez Ortiz détourne un avion de la National Airlines en direction de la Havane où, une fois arrivé, il demande l’asile politique.¦ 1970: le 31 juillet, lesTupama-ros enlèvent le conseiller de la US Agency for International Development à Montevideo, en Uruguay.¦ 1972: le 21 juillet, à Belfast, une attaque à la bombe par des militants de TIRA se solde par la mort de 11 personnes et 130 blessés.L’événement sera baptisé Bloody Friday en référence au Bloody Sunday du 30 janvier 1972.¦ 1972: le 5 septembre, à Munich, huit Palestiniens du groupe Septembre noir kidnappent 11 athlètes israéliens lors des Jeux olympiques.¦ 1976: le 27 juin, à Entebbe, le groupe Baader-Meinhof, en association avec le Front de libération de la Palestine, s’empare d’un avion d’Air France.¦ 1978: le 16 mars, à Rome, le premier ministre Aldo Moro est kidnappé par les Brigades rouges; 55 jours plus tard, il est trouvé assassiné.¦ 1981: l’Armée rouge allemande fait exploser une bombe dans une caserne américaine à Ramstein.¦ 1983: le 18 avril, le Djihad islamique fait sauter l’ambassade américaine à Beyrouth.Bilan: 63 morts et 120 blessés.¦ 1983: le 23 octobre, le Djihad islamique fait exploser des bombes contre des installations militaires américaines et françaises; 242 Américains et 58 Français sont tués.¦ 1984: le 12 avril, à Torrejon, en Espagne, le Hezbollah fait sauter une bombe dans un restaurant fréquenté par des militaires américains.Bilan: 18 tués et 83 blessés.¦ 1984: le 5 juin, des terroristes sikhs s’emparent du Temple d’or d’Amritsar, en Inde.Après intervention des forces militaires, on dénombre 100 morts.¦ 1985: le 23 juin, des terroristes sikhs et cachemiris font exploser un 747 d’Air India au-dessus de l’Atlantique.Bilan: 329 morts.¦ 1985: le 7 octobre, le Front de libération de la Palesüne s’empare du bateau de Vigne Achille Lauro-, 700 personnes sont prises en otages.¦ 1986: le 5 avril, des Libyens font sauter une discothèque que fréquentent des soldats américains à Berlin.¦ 1988: le 21 décembre, un avion de la Pan Am expjose au-dessus de Lockerbie, en Ecosse.Des Libyens ont signé cet attentat qui fait 259 morts.¦ 1992: le Hezbollah fait sauter l’ambassade israélienne à Buenos Aires, 29 morts et 242 blessés.¦ 1993: le 26 février à New York, une bombe endommage lourdement le World Trade Center à New York.Commis par des intégristes, cet attentat fait six morts et près de 1000 blessés.¦ 1995: le 20 mars à Tokyo, des membres de la secte Aoun déversent du gaz sarin dans le métro: 12 morts et 5700 blessés.¦ 1995: le 19 avril, à Oklahoma City, Timothy McVeigh et Terry Nichols détruisent un immeuble du gouvernement fédéral.Bilan: 166 morts et des centaines de blessés.¦ 1996: le 3 décembre, à Paris, une bombe explose dans le métro.Cet attentat commis par des extrémistes algériens fait quatre morts et 86 blessés.¦ 1997: le J7 novembre, près de L.ouxor en Egypte, des membres d’al-Gama’at alTslamiyya tirent sur des touristes.Bilan: 58 morts et 26 blessés.¦ 1998: le 7 août, deux bombes explosent simultanément à Nairobi, au Kenya, et à Dar es-Sa-laam, en Tanzanie.Les cibles?Deux ambassades américaines.¦ 2000: le 12 octobre, à Aden, au Yémen, un canot pneumatique rempli d’explosifs s'encastre dans le USS Cole.REUTERS Frappés de plein fouet par des Boeing détournés par les pirates de l’air, les deux tours du World Trade Center sont en flammes.Pour la première fois dans l’histoire moderne, des innocents, les passagers des quatre Boeing, ont été transformés en bombes volantes pulvérisant d’autres innocents Contre le terrorisme L’Europe pourra-t-elle faire l’économie d’une défense militaire ?«À partir de 1999-2000, il était possible d’affirmer avec certitude que les États-Unis devaient être frappés un jour ou l’autre sur leur sol » CHRISTIAN RIOLIX .CORRESPONDANT DU DEVOIR Paris — Le 11 septembre, alors que le monde entier avait les yeux rivés sur les écrans de télévision, le conseil des ministres français s’est réuni d’urgence pour déclencher le plan Vigipirate.Cet étrange nom désigne en France la série de mesures antiterroristes que le gouvernement français applique périodiquement depuis plus d'une dizaine d'années chaque fois qu’un attentat terroriste est commis sur le sol français.Ce plan implique le renforcement de la sécurité dans les lieux stratégiques comme les aéroports, les gares et les édifices gouvernementaux ainsi qu'une mobilisation maximum des effectifs policiers et militaires.Malgré l'ampleur exceptionnelle du drame qui a frappé les États-Unis le 11 septembre, la F’rance n’a donc pas été prist' de court en matière de sécurité.Une fois l'émoi passé, c’était presque business as usual.En France et en Allemagne, les principaux instruments de la lutte antiterroriste étaient d’ailleurs déjà en place.Ia France s’est contentée d'adopter une loi facilitant les perquisitions.Quant à l’Allemagne, elle a centralisé un certain nombre de banques afin de mieux contrôler les étrangers sur son territoire.De plus, dans les milieux concernés, on a même rapidement senti monter une rumeur sourde qui di- sait à peu près ce qui suit: «Depuis le temps qu'on vous le disait!» Le grand patron français de la lutte antiterroriste, le juge Jean-louis Bruguière, y allait en termes à peine plus diplomatiques lors d’un colloque organisé le 12 mars dernier par l'Institut des relations internationales et stratégiques de Paris.•Personne ne peut avoir la prétention de dire qu 'il avait prévu les attentats, disait-il.Mais à partir de 1999-20Q0, il était possible d'affirmer avec certitude que les États-Unis devaient être frappés un jour ou l'autre sur leur soi» Pour le juge chargé des enquêtes à la section antiterroriste du parquet de Paris, il ne fait pas de doute que les Français ont longtemps prêché dans le désert Ces attentats «sont le résultat d’une longue évolution à laquelle nous aims assisté, ajoutait le magistrat Nous avons pris part au combat depuis le début alors que régnait une relative indifférence à la fins en France et à l’étranger».Les causes Jean-Louis Bruguière fait remonter les causes du 11 septembre à l'effondrement du communisme en 1990 et à l’explosion islamiste algérienne issue du salafisme, qui prône la révolution mondiale.En 1994, la France a d'ailleurs connu un premier détournement kamikaze.L’appareil Airbus détourné par des terroristes algériens a heureusement été immobilisé à Marseille.Mais on sait maintenant qu’il devait s’écraser sur Paris, probablement contre la tour Eiffel.Cette tentative «fut trop rapidement oubliée, explique le juge Bruguière, alors qu ’elle était tris précisément identique à celle des terroristes qui commirent les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis».On sait aussi qu’un autre complot visait directement l’ambassade américaine de Paris.Alors que des réseaux islamistes s’installent en Europe vers 1992 et 1993, la nature de ces organisations se transforme à partir de 1995.«La menace de type classique a changé de forme au profit d'une menace d'un troisième type, mondialisée, éclatée, globalisée, protéiforme et très difficile à appréhender», dit M.Bruguière.En d’autres mots, les terroristes n’étaient plus connectés entre eux selon un schéma classique mais selon des liens flous et presque informels.Contrairement aux Américains, les Européens n’ont donc jamais démantelé leurs activités de renseignement.Cela ne veut pas dire pour autant que l’Europe serait aujourd'hui capable de riposter à un attentat comme celui du 11 septembre.Si un pays d'Europe «avait été victime d'une attaque comparable à celle du 11 septembre 2001, il est certain qu'aucune réponse d’une telle ampleur n'aurait été possible».constatait le président de la Commission des affaires étrangères du Sénat fiançais, Xavier de Villepin.Le 11 septembre a donc forcé les Européens à prendre conscience de leur faiblesse militaire face à l’énorme capacité de riposte américaine.Après le 11 septembre, l’Allemagne a bien débloqué 0,77 milliard supplémentaire.La France et le Royaume-Uni ont aussi légèrement augmenté leur budget.Tous pays confondus, l'Europe n’affecte pourtant à sa défense que 130 milliards $US par année.Une somme en baisse depuis des années et sans commune mesure avec le rattrapage qui portera le budget militaire américain à 329 milliards de dollars en 2002 et à 379 milliards en 2003.En comparaison, le seul accroissement des dépenses militaires américaines décidé par George W.Bush après le 11 septembre dépasse le budget total de la défense britannique.Cet écart illustre bien sûr l’analyse radicalement différente que font Européens et Américains de la menace terroriste.Contrairement au tout-militaire des Etats-Unis, les Européens ont choisi de combattre le terrorisme par les armes du renseignement et de la politique.C’est pourquoi l’Europe, qui n'a toujours pas de véritable «politique européenne de sécurité et de défense», a notamment envisagé de se donner une police des frontières commune.L’écart militaire grandissant entre l’Amérique et l’Europe inquiète cependant de plus en plus.Les fabricants européens craignent en particulier que se crée un fossé technologique irrémédiable.La question est posée: une grande puissance comme l'Europe pourra-t-elle se passer encore longtemps d'une véritable force militaire?I SUR LE TERRAIN, CHAQUE MINUTE COMPTE.POUR NOUS AUSSI.La meilleure information à la radio.Tout de suite.«Si Première Chaîne .¦.* 4 BAZZO EN DIRECT DE NEW-YORK #95 Première Chaîne ____ h__ -L'impact des événements, un an après.-Entrevue avec un survivant du 47e étage -Le point de vue d’Élie Wiesel, Prix Nobel de la paix.-Reportages exclusifs de Frédéric Nicoloff et Yvan Cloutier www.radio-canada.ca/indicatifpresent Aujourd'hui Réalisation : Danielle LeBlanc A 10 LE DEVOIR.LE MERCREDI II SEPTEMBRE 2002 * 11 SEPTEMBRE * Les Etats-Unis déploient leurs forces aux quatre coins du monde r-' /// |feü a.m œA y’M Washington ne semblait pas pleinement conscient de l’importance stratégique de la région de l’Asie depuis l’effondrement de I union soviétique.Ulran reste un acteur important du Moyen-Orient CLAUDE LÉVESQUE LE DEVOIR Le coût de l’opération terroriste du 11 septembre a été estimé à 500 000 $.Un demi-million, ça ne change pas la carte du monde, mais.On peut déjà constater que des événements importants se sont produits autour du lieu où se cachait le commanditaire présumé de ce feu d’artifice aux allures apocalyptiques.Une guerre habilement menée a permis de remplacer les talibans par un gouvernement provisoire ami dans la capitale et dans certaines régions de l’Afghanistan.Pour la livrer, les Américains ont dû conclure des alliances circonstancielles avec plusieurs gouvernements.Les trois seuls pays à avoir reconnu le régime tajiban, soit l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis et le Pakistan, ont rapidement rompu leurs relations avec celui-ci.Fait à noter, malgré ce revirement officiel, la classe politique américaine se demande si le pays dirigé par la maison Saoud doit être considéré comme un ami ou un ennemi.C’est moyennant des considérations financières qu’il pouvait difficilement refuser que le Pakistan a renié le régime dont il avait favorisé l’ascension: nouveaux prêts, rééchelonnement de la dette contractée auprès du FMI, levée des sanctions fiées à son programme nucléaire.Les militaires, au pouvoir depuis 1999, se sont ainsi refait une respectabilité en rejoignant la coalition antiterroriste.Washington a dû promettre que ses troupes ne fouleraient pas le sol national pour mener la campagne afghane.Dans les zones tribales voisines de l’Afghanistan, une partie de la population appuie ouvertement al-Qàj'da et les talibans.La fiabilité de cet allié mouvant demeure incertaine au regard de la force des mouvements islamistes que le général Musharraf s’efforce de réprimer mais également en raison de probables sympathies envers les talibans et al-Qaïda au sein de l’armée et des services secrets.L’implication des Etats-Unis dans la région a aussi bénéficié à l’Inde, qui a pu faire un rapprochement entre al-Qaïda et l’insurrection islamiste au Cachemire.En se rapprochant des États-Unis, le président russe Vladimir Poutine a réussi à faire taire les critiques occidentales sur sa politique en Tchétchénie.En contrepartie, il a obtenu que Moscou soit reconnu comme un membre de plein droit du G8 tout en négociant un accord avec l'OTAN.Ayec la bénédiction de Moscou, les États-Unis ont une présence militaire dans les ex-républiques soviétiques de l’Ouzbékistan et du Kirghizistan, ce qui aurait été impensable il y a une douzaine d’années.Des sociétés pétrolières de plusieurs pays occidentaux, dont les États-Unis, étaient déjà actives en Asie centrale avant le 11 septembre, mais Washington ne semblait pas pleinement conscient de l’importance stratégique de la région depuis l’effondrement de l’Union soviétique.Les États-Unis ont-ils trop dispersé leurs troupes depuis le 11 septembre?Charles Kupchan, professeur de relations internationales à Washington, ne le croit pas.«Chaque opération actuellement en coûts est assez limitée.Nous assistons à un redéploiement de troupes ainsi que de matériel mobile, comme des avions et des drones, en nombre restreint.Im situation serait différente si l’offensive contre l’Irak devait nécessiter une intervention massive au sol», que l’universitaire juge improbable.Larry Hufford enseigne la résolution des conflits aux militaires stationnés à Fort George, au Texas.«Le moral est très bas.Ils estiment que l’administration leur demande l’impossible», estime-t-il de son côté.M.Hufford, qui dirige le programme de relations internationales à l’université SL Mary's à San Antonio, ajoute que «l’administration croit à tort que la guerre [en Afghanistan] sera courte.Des rapports émanant de services de renseignement indiquent que les talibans et al-Qaïda veulent piéger les Américains dans une longue guerre d’usure».Oussama ben Laden et le mollah Omar demeurent introuvables.Selon M.Kupchan, les Américains ont sousestimé les difficultés inhérentes à un terrain montagneux situé à la frontière de deux pays tout en surestimant la loyauté de leurs alliés afghans.L’universitaire rappelle en revanche que le réseau al-Qaïda se trouve aujourd’hui dispersé et privé de ses moyens de communications.Pour les Afghans, le bilan de l’opération Enduring Freedom paraît mitigé.Au passif, des organismes de défense des droits fondamentaux réclament une enquête sur de présumés crimes de guerre commis par l’Alliance du Nord l'automne dernier.Des groupes féministes déplorent que, malgré les nombreuses promesses, les femmes ont été écartées du gouvernement pro visoire issu de la Loya Jiiga de juin.Les rivalités interethniques et le retour en scène des chefs de guerre fragilisent le gouvernement preside par Hamid Karzaï.En revanche, le sort de l’Afghanistan a suffisamment ému la communauté internationale pour quelle propose un programme quinquennal de 4.5 milliards pour la reconstruction de ce pays dévasté par 23 ans de guerre' et trois de sécheresse.SERGE TRUFFAUT LE DEVOIR Selon l’adage bien connu, l’ennemi de mon ennemi est mon ami.On rappelle cela pour mieux souligner que l’Iran était l’un des principaux amis du commandant Massoud et de son Alliance du Nord, qui avaient les talibans pour ennemis.Alors, pourquoi diable le président Bush a-t-il qualifié l’Iran de membre de r«axe du mal»?Si on essaie de répondre à cette question en usant de la stricte loupe géopolitique, alors la position de Bush est difficile à saisir.Avec le régime des talibans.l’Iran avait en effet un contentieux d’autant plus énorme qu’il présentait plusieurs profils.C’est après que le mollah Omar et ses tristes sbires firent main basse sur l’Afghanistan que la communauté chiite du pays fut mise en coupe réglée.En cette histoire, il ne faut pas oublier que les talibans appartenaient dans leur grande majorité à la communauté pachtoune.Celle-ci fait partie de la grande famille sunnite qui, depuis toujours, croise régulièrement le fer avec la famille chiite, dominée par les Iraniens.La dernière fois que ces deux camps s’affrontèrent directement, ce fut justement en Afghanistan.Les Iraniens, on le rappelle, avaient choisi le camp de l’Alliance du Nord.la dimension ethnique mise de côté, il faut maintenant souligner que la culture à grande échelle du pavot que privilégiaient les talibans a eu des conséquences énormes en Iran.La production d’opium afghan dans les provinces pachtounes du Helmand et l’acheminement, en direction de l’Europe, de celui-ci par l’Iran se sont traduits par une augmentation très prononcée dans le pays du nombre de narcomanes, auxquels s’ajoutaient les réfugiés afghans eux aussi sous l’emprise de l’héroïne.Bref, à cause des talibans, les Iraniens sont aux prises avec un problème social d’une grande ampleur.Cela étant, si on use de la loupe économique, alors la position de Bush s'explique.Elle ne se justifie pas, mais elle se comprend.Sur ce front, l’Iran s’avère le principal concurrent de l’Arabie Saoudite.Plus exactemenL d’ici une vingtaine d’années, l’Iran va supplanter l’Arabie Saoudite à titre de premier exportateur mondial de pétrole.En effeL contrairement à ce dernier, l’Iran a un pied dans la mer Caspienne.Cette dernière renferme, dit-on, d’énormes réserves d’hydrocarbures.De fak, lorsque l’infrastructure afférente à l’exploitation du pétrole des environs sera opérationnelle, l’Iran sera le seul pays au monde à avoir un pied dans les deux plus importantes réserves mondiales.Ce faisant, l’Iran sera en mesure d’imposer davantage ses visées politiques sur tout le Moyen-Orient.Et ce, au grand dam de l'Arabie Saoudite.L’Angleterre va-t-en-guerre MARYELLE DEMONGEOT CORRESPONDANTE DU DEVOIR Londres — Les politiques étrangères de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis se sont souvent confondues ces dernières années.C’est encore plus vrai depuis les attaques du 11 septembre.«Les Américains, en soulevant ce problème, n’ont pas tort, ils ont raison; et la raison pour laquelle notre place est à leurs côtés ne tient pas à quelque allégeance mal placée ou quelque loyauté aveugle mais parce que c’est la bonne chose à faire», a dit Tony Blair le 3 septembre à la presse, justifiant son soutien aux Américains et à leurs visées guerrières sur l’Irak.la remarque de Tony Blair résume la position anglaise sur la question irakienne mais son ton défensif laisse transparaître les accusations dont est souvent victime la Grande-Bretagne: celles de suivre les Américains à tout prix.Depuis le 11 septembre, et les mauvaises langues diront depuis la guerre d’indépendance des Etats-Unis contre la Grande-Bretagne, les deux pays ont eu des politiques étrangères proches et quasi com- Ïunes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.la différence que, jusqu’à la Première Guerre mondiale — début du déclin des puissances européennes —, c’était généralement l’Angleterre qui menait la danse.Depuis, ce sont les États-Unis, et la Grande-Bretagne ne peut que suivre.Cette simplification à l’extrême de la politique étrangère britannique est certes caricaturale.Mais elle a le mérite de coller parfaitement à la réalité de ces 12 der- niers mois.Car la Grande-Bretagne n’est pas seulement le pays qui soutient,le plus vigoureusement, avec Israël, la position des Etats-Unis face à l'Irak.Elle est aussi le pays qui a le plus soutenu les Etats-Unis dans sa guerre contre le terrorisme depuis son lancement aux lendemains des attaques du 11 septembre, même si on doit créditer Tony Blair d’avoir su freiner l’ardeur du président Bush après les attaques.Mais une fois ce premier moment de retenue passé, les Britanniques ont appuyé les Américains sans restriction dans leur croisade antiterroriste.La première attaque sur l’Afghanistan, le 9 octobre dernier, était une attaque conjointement menée par les deux forces aériennes.Comme la grande majorité des opérations militaires qui ont suivi.Certes, le Canada, la France, l'halie, l’Allemagne, etc., ont eux aussi contribué à l’effort de guerre en Afghanistan, mais à un moindre degré, avec beaucoup moins de conviction, d’enthousiasme et de moyens.Les Britanniques ont engagé leurs troupes d’élite, et des moyens financiers importants, et ont perdu des hommes dans la bataille La population n’a pas totalement soutenu ce gouvernement va-t-en-guerre.Les musulmans britanniques, une bonne partie des membres du Parti travailliste au pouvoir et des médias ont dénoncé la campagne en Afghanistan.Destructrice, meurtrière, sans justification, illégale, vouée à achever de briser l’Afghanistan, tous les arguments ont été avancés pour tenter de modifier la position du gouvernement En pure perte.Le soutien britannique est compréhensible dans une certaine mesure.Quel pays est le plus menacé par une attaque terroriste après les États-Unis, si ce n'est la Grande-Bretagne?L’importance de Londres comme capitale financière, la place historique de la Grande-Bretagne dans le monde .occidental et ses liens historiques mêmes avec les États-Unis en font une cible de choix pour toute nouvelle attaque terroriste.Derrière l’apparent suivi des Anglais, c’est le pragmatisme qui parle.Reste à voir si les Britanniques suivront cette fois encore dans la campagne contre l’Irak.S’il n’en tenait qu'à Tony Blair, qualifié de caniche par le respectable hebdomadaire The Economist, la Grande-Bretagne participerait aux opérations sans la moindre hésitation.Dans sa dernière conférence de presse, le premier ministre a une fois de plus énuméré les dangers posés par l’Irak et avancé l’argument en faveur de la guerre avec presque autant de force que le vice-président américain Dick Cheney.Les Britanniques ont une histoire houleuse avec LIRA, comme avec la plupart des pays du Moyen-Orienb presque tous passés sous domination britannique à un moment ou un autre de leur histoire récente.L'Angleterre avait été un allié ferme de l’Irak lors de la guerre de 1980-88 contre l’Iran, à l'époque où l'homme à abattre pour les Américains n’était pas encore Saddam Hussein mais Khomeiny.Et depuis la guerre du Golfe, dont ils avaient déjà été l’un des plus fervents soutiens, ils suivent les Américains en tout point Les forces anglaises sont les seules à surveiller la zone de non-vol irakienne et parfois à bombarder.Mais le soutien sans faille des Britanniques est en train de s’effriter.C’est un gouvernement de centre gauche qui est au pouvoir cette fois, et non plus les conservateurs de John Major.Et certains membres de ce gouvernement issus de la tradition travailliste et socialiste anglaise, refusent de partir en guerre contre l’Irak sans le vote d’une résolution des Nations unies dans ce sens.Une bonne partie de l’opinion publique britannique ne paraît pas très enthousiaste non plus.Le dernier sondage commandé par le quotidien The Daily Mirror montre que 71 % des Britanniques s’opposent à une intervention en Irak sans approbation préalable des Nations unies.Il est vrai que la cause est moins facilement défendable que l’attaque sur l’Afghanistan.Aucune preuve n’a été faite jusqu’à maintenant d’une participation irakienne dans les attaques du 11 septembre, la menace irakienne est loin d'être un fait après l’expulsion des inspecteurs de l’ONU en 1998 et le sort du peuple irakien une fois Saddam Hussein déchu n’est pas très clair non plus.L'administration Bush semble elle-même divisée, ce qui place Tony Blair, après sa dernière intervention publique, sur le devant de la scène.Blair espère que la publication dans les prochaines semaines d’un dossier accablant sur l'Irak aidera à convaincre son opinion publique.En attendant son attitude résolue le met à la tête de va-t-en-guerre mondiaux de la croisade antiterroriste, avec le vice-président Dick Cheney et le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld.La Grande-Bretagne risque de reprendre à cette occasion son rôle de leader mondial, mais peut-être pour le pire.i 4 LE DEVOIR.LE M E R C R E D Il SEPT E M B R E 2 O O 2 A I I -* LE DEVOIR •*- LE MONDE EN BREF Mary Robinson critique les Etats-Unis Genève (Reuters) — Pour ses adieux à la presse après son mandat a la tète du Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme.Mary Robinson a vivement critiqué hier les Etats-Unis, coupables à ses yeux d’affaiblir les libertés publiques dans le monde depuis les attentats du 11 septembre.L'ancienne pré sidente irlandaise, dont le mandat s'achève aujourd'hui.a estimé que de nombreux \ pays avaient utilise l'attitude des Etats-Unis dans leur «guerre contre le terrorisme» comme pré texte à des violations des normes internationales sur les droits de l’homme.«C’était nécessaire de critiquer d'abord les États-Unis [.] parce que lorsque fai critiqué [d’autres] pays, on ma dip "Mais Reuters voyez ce qui se passe aux États-Unis"», a-t-elle déclaré en français.Mary Robinson, qui considère les attentats du il septembre comme un «crime contre l'humanité», sera remplacée par le diplomate brésilien Sergio Vieira de Mello en tant que haut-commissaire des Na dons unies aux droits de ITioipme.Elle a régulièrement provoqué la colère des Etats-Unis à cause de ses critiques sur le traitement des talibans et des membres d'al-Qaida prisonniers sur la base américaine de Guantanamo, à Cuba Sharon nomme un proche à la tête du Mossad Jérusalem (Reuters) — Le premier ministre israélien Ariel Sharon a nommé hier un de ses proches, le gé néral à la retraite Meir Dagan, considéré comme le meilleur expert en contre-terrorisme du pays, pour diriger le Mossad, les services secrets israéliens.Dagan remplacera l’actuel chef du Mossad, Ephraim Halevy, dans les prochaines semaines, a fait savoir le bureau du premier ministre.Âgé de 55 ans, Dagan avait été préféré l’an dernier par Ariel Sharon au ministre travailliste des Affaires étrangères.Shimon Peres, pour diriger la délégation israéliénne lors des négociations de paix avec l’Américain Anthony Zinni.Ces pourparlers s’étaient soldés par un échec.Ancien conseiller en matière de .contre-terrorisme auprès des premiers ministres Ehoud Barak et Benjamin Nétanyahou, Dagan servait sous les ordres de Sharon dans les années 70.À l’époque, il dirigeait un commando chargé d’abattre dans la bande de Gaza des activistes palestiniens recherchés.Halevy, resté quatre ans à la tête du Mossad, présidera désormais un organe de conseil sur la sécurité intérieure.Les sociaux-démocrates allemands sont en tête Munich (AFP) — Les sociaux-démocrates du chancelier allemand Gerhard Schroeder devancent pour la première fois de la campagne les conservateurs dans les intentions de vote, à moins de deux semaines des législatives du 22 septembre, selon un sondage de l’institut Infratest-Dimap publié hier.Si les élections avaient lieu dimanche, le SPD recueillerait 39 % des voix (+2 % par rapport au précédent sondage du même institut) contre 38 % (-1,5 %) pour les Unions chrétiennes (CDU-CSU) emmenées par le Bavarois Edmund Stoiber, selon cette enquête réalisée lundi après-midi auprès de 1000 personnes pour la radio Bayerische Rundfunk.C’est le premier sondage effectué après le deuxième et dernier duel télévisé, dimanche soir, entre le chancelier socialdémo-crate et son rival conservateur, duquel Gerhard Schroeder est sorti vainqueur selon la plupart des enquêtes réalisées après l’émission.Pékin renoue contact avec le dalaï lama Pékin (Reuters) — Deux émissaires du dalaï lama se trouvent à Pékin pour renouer officiellement contact avec le gouvernement chinois, pour la première fois depuis la rupture en 1993 des relations entre la Chine et le chef spirituel des Tibétains, a annoncé un de ses porte-parole.I/)di Gyaltsen Gyari et Kelsang Gyalt-sen, deux émissaires spéciaux du dalaï lama, sont arrivés à Pékin lundi.Cette visite dénote un assouplissement de la position de la Chine vis-à-vis du dignitaire tibétain sans toutefois augurer de la résolution du principal obstacle à une normalisation de leurs relations, Pékin exigeant du dalaï’ lama de reconnaître que le Tibet et Taïwan sont des territoires chinois, ce qu’il n’est pas disposé à faire.Les émissaires, accompagnés de deux assistants, doivent également se rendre dans la capitale du Tibet Lhassa, a annoncé Tenzin Takhla, assistant du dalaï lama.la Chine, qui a instauré en 1950 un régime communiste au Tibet a noué des contacts officiels avec le dalaï' lama en 1979 avant de rompre le dialogue en 1993.Baisse du nombre de demandes d’asile Genève (Reuters) — Le nombre de personnes ayant demandé l’asile en Occident question très sensible depuis le 11 septembre, a baissé de 12 % au premier semestre 2002, a annoncé hier le Haut-Commissanat des Nations unies aux réfugiés (UNHCR).En tout 268 498 personnes ont demandé l’asile politique dans les 28 pays industrialisés d’une zone comprenant l’Europe, l'Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis mais pas la Russie.Plus de 22 800 d’entre elles étaient des Irakiens, soit 15 % de moins qu'au second semestre 2001.Les Afghans sont la deuxième population demandant le plus l’asile, même si leur nombre a chuté de 44 % de janvier à juin 2002, soit à 15 514.Cette évolution est due à la chute du régime des talibans, qui a par ailleurs permis à deux millions de personnes de rentrer en Afghanistan.Suite aux attentats du 11 septembre, imputés à des islamistes, l’immigration est devenue un thème encore plus sensible dans les pays industrialisés, ce qui a entraîné une poussée du vote pour l’extrême droite dans de nombreux pays.Contrairement à la tendance, les demandes d’asile aux Etats-Unis sont en hausse de 9 %, à 32 441.Le nombre de demandes d’asile dans 24 pays européens chute en revanche de 12 % à un peu plus de 216 500.Les pays les plus demandés sont la Grande-Bretagne puis l’Allemagne.L’ONU discute de la reprise des inspections en Irak Bagdad appelle les Arabes à riposter en cas d'attaque ^ AéJJbJ f FAI.KH KHEIRKR REUTERS Saddam Hussein est prié de se soumettre aux exigences du Conseil de sécurité des Nations unies.AGENCE FRANCE-PRESSE New York — Le Conseil de sécurité des Nations unies a discuté hier des préparatifs nécessaires à une éventuelle reprise des inspections sur le désarmement en Irak alors que le président américain George W.Bush continuait ses consultations avec des dirigeants étrangers avant son discours très attendu de demain à l’ONU.En Europe, le premier ministre britannique Tony Blair, le plus proche allie de Washington, s’est prononcé en faveur d’une dernière chance à l'ONU pour résoudre le problème irakien tout en avertissant que si l’Irak ne respectait pas les décisions internationales, une action militaire serait déclenchée.Le president du Conseil italien Silvio Berlusconi a fait savoir qu'il soutiendrait l’option militaire contre Bagdad si celle-ci s'avérait nécessaire, et le chef du gouvernement espagnol José Maria Aznar a apporté son soutien au président Bush sur l’Irak, expliquant qu'il s’agissait «d’une affaire liée au terrorisme international».L'Irak a pour sa part appelé hier les Arabes à attaquer «/es intérêts matériels et humains» des Etats-Unis partout dans le monde si le président Bush venait à déclencher une guerre contre Bagdad.Lors de ses discussions sur les préparatifs nécessaires à une éventuelle reprise des inspections en Irak, le Conseil de sécurité n’a pas abordé la question d’un éventuel ultimatum à l'Irak pour la reprise de ces inspections, une idée avancée par la Grande-Bretagne.La France a également avancé l’idée d’une nouvelle résolution exigeant de Bagdad d’accepter ce retour.Jeremy Greenstock, l’ambassadeur de GrandeBretagne, a estimé peu probable que le Conseil discute d’une nouvelle résolution sur l’Irak avant le discours de M.Bush demain devant l’Assemblée générale des Nations unies.M.Bush a précisé hier qu’il soulignerait lors de cette intervention la nécessité pour l’ensemble de la communauté internationale de contrer les menaces posées par l’Irak, «f expliquerai comment nous devrions procéder et œuvrer ensemble pour maintenir la paix.\.\Je pense qu’il s’agit d’un problème international et nous devons œuvrer ensemble pour y faire face», a-t-il déclaré.Un haut responsable de son administration a toutefois souligné que M.Bush se gardait le droit d’agir unilatéralement si la communauté internationale restait inactive.Alors que la Maison- Blanche avait souligné lundi l'écho plus favorable que semblent rencontrer les thèses de son administration, le president du Conseil italien Silvio Berlusconi a declare hier qu’il soutiendrait éventuellement une opération militaire contre l'Irak.«Ou les choses changent, ou il sera nécessaire d'agir concrètement, avec tous les moyens diplomatiques et politiques possibles.sans exclure l'option militaire, afin de garantir la sécurité globale face à un danger effectif».a écrit M.Berlusconi dans une lettre à paraître aujourd'hui dans le journal II Foglio.«Mensonges» le chef du gouvernement espagnol José Maria A/nar a tait part de son soutien au président Bush sur l'Irak lors d’un entretien téléphonique tout en lui exposant le souhait de l'Espagne de parvenir à un consensus sur les mesures à prendre au sein dis Nations unies.«Je pense que s’occuper de Saddam par le biais des Nations unies est la bonne chose à faire», a pour sa part declare le Britannique Tony Blair.Mais «qu’il soit clair que si la volonté des Nations unies est ignorée, l'action suivra», a-t-il déclaré.le regime irakien a une nouvelle fois nié vouloir se doter de l'arme nucléaire, qualifiant de «mensongères» des informations selon lesquelles il chercherait à se procurer des équipements servant à l'enrichissement de l'uranium en vue de fabriquer une bombe.Le ministre irakien des Affaires étrangères, Naji Sabri, a affirmé que l'Irak aviüt dévidé depuis une décennie «de quitter le club des armes de destruction massive».11 a dénoncé la «propagande contre l'Irak pour préparer le terrain à l'agression et la guerre contre le peuple irakien».I);uts cette perspective, le via» président irakien Taha Yassine Ramadan a appelé les Arabes à riposter si Washington en venait à bombarder l'Irak.En cas d'attaque, «nous appelons les masses arabes à combattre les intérêts matériels et humains des agresseurs où qu’ils soient», a déclaré M.Ramadan après un entretien à Amman avec le roi Abdallah II de Jordanie.La Suisse est devenue le 190e État membre de PONU AGENCE FRANCE-PRESSE New York — La Suisse est devenue hier le 190e État membre des Nations unies par acclamation à l'ouverture de la 57e Assemblée générale de l’ONU.La candidature de la Suisse avait été présentée, au nom de ses voisins, par le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin.Une quarantaine de personnalités suisses, parmi lesquelles le président en exercice de la Confédération, Kaspar Villiger, et le chef de la diplomatie helvétique, Joseph Deiss, avaient fait le voyage à New York pour l’occasion.La Suisse, qui abrite à Genève l’un des principaux quartiers généraux de l’organisation, avait depuis 1948 le statut d’observateur à l’ONU.C’est par référendum en mars que le pays a décidé d’en devenir membre à part entière.54,6 % des 4,715 millions d’électeurs suisses se sont prononcés pour l’adhésion à l’ONU ainsi que 12 cantons sur 23, cette double majorité étant indispensable pour modifier la Constitution de 1848.En 1986, lors du précédent référendum sur cette question, 75,7 % des électeurs avaient voté contre l’adhésion à l’ONU, de même que la totalité des cantons.Le drapeau suisse a été hissé au cours d’une breve cérémonie devant le siège des Nations unies après qu’un orchestre suisse eut exécuté l’hymne national.Dans une conférence de presse donnée peu avant la cérémonie d’admission, M.Villiger a souligné que son pays n’était pas neutre face à la criminalité et au terrorisme international.«La position suisse sur la neutralité consiste à ne pas prendre position lors de guerres entre les peuples, mais il n’y a pas de neutralité en face de crimes», a-t-il ajouté.M.Villiger a fait remarquer que la neutralité suisse traditionnelle était nécessaire pour que les différents groupes composant le pays puissent vivre ensemble en paix.Le président suisse a aussi noté que «le rôle de centre financier de la Suisse était l’objet de préjugés et de clichés».EX-YOUGOSLAVIE Fin de la première partie du procès de Milosevic REUTERS La Haye — Après 95 jours de débat, la première phase du procès de Slobodan Milosevic s’est achevée hier au Tribunal pénal international de 1a Haye pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) avec l’audition du dernier des 124 premiers témoins de l’accusation.Accusé de génocide et de crime contre l’humanité en Croatie, en Bosnie et au Kosovo au cours des années 90, l'ancien président yougoslave est apparu détendu avant l’audition du dernier témoin sur les meurtres et les déplacements de population commis par les forces serbes au Kosovo en 1999.Le contre-interrogatoire de ce témoin par Milosevic devrait cependant se prolonger aujourd’hui.Apres une pause de deux semaines, le procès, prévu pour durer deux ans, portera ensuite sur la Croatie et la Bosnie avant que Milosevic ne présente sa défense.Depuis l'ouverture en février du plus important procès pour crime de guerre depuis ceux de Nuremberg, Caria Del Ponte, procureur général du TPIY, et son équipe ont présenté plus de 300 pièces, dont des dépositions, des vidéos, des cartes et des graphiques.En plus des 124 personnes venues témoigner en auditions publiques, le tribunal des Nations unies a également entendu à huis clos des témoins protégés afin de garantir leur sécurité.Malgré ses problèmes de santé qui ont entraîné plusieurs interruptions du procès, l’ancien président yougoslave, qui assure lui-même sa défense, s’est toujours montré offensif à l’encontre des divers témoins présentés par l’accusation pour prouver les projets de «purification ethnique» contre la majorité albanaise au Kosovo.Milosevic est accusé d’être responsable du meurtre de quelque 900 Albanais du Kosovo et de la déportation de quelque 800 000 personnes.Plusieurs témoins internationaux ont appuyés les accusations des procureurs du Tribunal de La Haye selon lesquelles Milosevic était au courant des atrocités commises au Kosovo.Ils ont déclaré au TPIY qu’ils avaient personnellement mis en garde Milosevic contre les risques de procès s’il n’arrêtait pas les violences contre les civils.Les exactions commises par les Serbes avaient déclenché une campagne de 11 semaines de bombardements aériens de l’OTAN sur la Yougoslavie en 1999.Les troupes serbes s’étaient ensuite retirées du Kosovo en juin 1999.Milosevic a refusé de plaider sur les 66 chefs d’inculpation prononcés à son encontre pour crimes de guerre.Les juges ont retenu qu’il plaidait non coupable.Depuis février, l’accusation a présenté plus de 300 pièces CPI : Kofi Annan cherche encore à rassurer t les Etats-Unis AGENCE FRANCE-PRESSE New York — U?secrétaire général des Nations unies, Kofi,Annan, a tenté hier une nouvelle fois de rassurer les Etats-Unis en proclamant que la Cour pénale internationale «n’est pas et ne dent pas devenir un organisme pour des chasses aux sorcières politiquement inspirées».M.Annan, comme la plupart des orateurs qui l'avaient précédé, répondait ainsi directement aux craintes exprimées par Washington qui, affirmant redouter des poursuites politiquement inspirées, a entrepris une vigoureuse campagne diplomatique ixiur obte-, nir que les ressortissants américains soient exempts de poursuites devant la nouvelle juridiction internationale, i «Les pays qui disposent de leur propre système, de justice criminelle n'ont rien à craindre de la cmr», a affirmé, M.Annan, dopt l’allocution clôturait la première As-, semblée des Etats parties, organisme directeur de la, CPI réunie depuis une semaine à New York.«Ceux qui.ne disposent pas encore d’un tel système pourront profiter [de la CPI], qui sera en mesure d’enquêter et de pour-, suivre dans les pays où le système de justice criminelle ne veut pas ou ne peut pas intervenir», a-t-il ajouté.; Les mêmes assurances avaient été données par la plupart des orateurs qui se sont succédé à la tribune lundi et hier, mais certains, plus que d'autres, ont critiqué les Etats-Unis, et parfois dans des termes sévères.Bill Graham, le ministre canadien des Affaires étrangères, a ainsi montré du doigt «ceux qui n’acceptent pas nos motivations invoquant un problème de confiance qui, selon eux, n’est pas acquise».Et, citant un politologue américain, il a ajouté: «Si l'Amérique affiche un manque de confiance dans les autres pays, il se peut que ceux-ci adoptent la même attitude à son égard.» Ijes représentants des 79 pays qui ont à a* jour ratifié le statut de Rome fondant la Cour pénale internationale ont formellement signé hier les documents encadrant le fonctionnement de ce premier tribunal international permanent compétent pour juger les crimes les plus gravis comme le génocide, les crimes amtre l’humanité et les crimes de guerre.L’Assemblée des Etats parties était parvenue en fin de semaine derniere à un consensus sur la principale question restant en suspens, celle des modalités de l’élection des 18 juges de la CPI, qui opposait quelques pays européens emmenés par la Grande-Bretagne aux autres pays, notamment ceux du Sud, appuyés par les organisations de défense des droits de l’homme.I^a procédure mise au point, particulièrement complexe, doit permettre d’élire les juges en respectant à la fois le principe de la liberté de vote et de la compétence avec ceux de la répartition géographique des magistrats ainsi que leur spécialisation professionnelle (droit pénal, droit international) tout en respectant un certain équilibre dans la répartition hommes-femmes.L’adoption de ce système constitue une victoire pour les pays et les très actifs militants des organisations non gouvernementales qui œuvrent pour la mise en place d’une justice internationale.L’élection doit survenir au début de l’année prochaine et la cour, entrée en vigueur le 1" juillet devrait être en mesure de commencer effectivement à fonctionner dès le printemps 2003. A 12 LE DEVOIR.LE MERCREDI 11 SEPTEMBRE 2 0 0 2 ÉDITORIAL Uami américain L’événement a été immense et son onde de choc à la mesure de ces trois attaques terroristes menées au cœur des États-Unis.Ce 11 septembre 2001, la réalité a rejoint la fiction, l’a dépassée.Aujourd’hui, la journée est consacrée au souvenir.On ne peut se soustraire au devoir de mémoire, ne serait-ce que pour mieux comprendre ce qui nous est arrivé et ce qui a changé depuis.c espace de quelques instants en ce matin du 11 septembre, la planète a semblé cesser de tourner.Il a été difficile de sortir de l’état de stupeur dans lequel nous étions plongés tant le traumatisme était grand.Lorsque le président George W.Bush a affirmé que «c’est la liberté qui a été attaquée», on a abondé sans trop vraiment comprendre, ne sachant encore qui attaquait la liberté et au nom de quoi.Si on connaît aujourd’hui les auteurs de cette attaque, dont on craint qu’ils ne la renouvellent, on discute encore de leurs motifs et de leurs objectifs.Parce que nous sommes voisins et amis des Etats-Unis, nous avons ressenti ces événements peut-être davantage qu’ailleurs en Occident.Les manifestations de sympathie ont été nombreuses.Malgré cette empathie, la solidarité exprimée est demeurée empreinte de réserve, si ce n’est de critique.Le rapport des Canadiens avec l’ami américain a toujours été trouble.Cela ne date pas d’hier.On aime bien notre voisin, mais on aime aussi le détester pour sa force et son rôle de superpuissance dominatrice.La réserve manifestée témoignait aussi de l’éloignement de bon nombre de nos concitoyens de certaines réalités géopolitiques.L’Afghanistan, avant le 11 septembre, était un pays lointain, et les exactions des talibans ne retenaient guère l’attention du public canadien.Parce que nous nous croyons un peuple pacifique et bon, nous nous estimions à l’abri du terrorisme.; J Bernard Descôteaux ?Ces attentats exigeaient que tous les amis des États-Unis se solidarisent derrière eux.Une riposte s’imposait, tout comme il allait de soi que les États-Unis en prennent la tête puisque c’est ce pays qui avait été attaqué.L’objectif de la réplique ne pouvait toutefois être la vengeance, même si l’horreur des attentats pouvait inspirer un tel sentiment.Avant toute chose, il s’agissait de faire en sorte que de tels attentats ne se reproduisent plus et d’assurer la stabilité de la planète.Pour tous ceux qui croient que la liberté est une valeur universelle, la solidarité avec les Américains allait de soi.Si les États-Unis peuvent représenter le pire du capitalisme, il symbolise aussi le meilleur de la démocratie.Le 11 septembre, c’est ce symbole qu’attaquait al-Qaïda.Sa cible était et demeure les valeurs démocratiques.Un an plus tard, cette solidarité s’impose toujours.Les inspirateurs du mouvement al-Qaïda n’ont pas changé d’objectif ni baisr sé les bras, et il ne faudrait pas se laisser emporter par les bons sentiments.Mais ce devoir de solidarité ne signifie pas qu’il faille aveuglément suivre l’ordre du jour tracé par l’actuel président américain, dont la volonté de puissance transparaît de plus en plus.Les événements du 11 septembre ont conforté celui-ci dans sa vision du monde où les États-Unis sont le pivot autour duquel la planète évolue.Dans le monde unipolaire que nous connaissons depuis la chute du mur de Berlin, ce pays veut être le général qui définit les enjeux, donne les ordres et mobilise.A plusieurs reprises, il n’a pas hésité à forcer le jeu, la lutte contre al-Qaïda devenant une occasion de renforcer la position des États-Unis dans le monde.D’où un malaise que plusieurs partagent ?Le Canada, tout particulièrement a eu à résister aux pressions américaines au cours des 12 derniers mois.Misant sur l’émotion créée par les attentats, Washington a cherché à forcer Ottawa à calquer nombre de ses politiques sur les siennes au nom de la sécurité continentale.Rappelons-nous le débat lancé par l’ambassadeur américain à propos du périmètre de sécurité.Ce n’était pas tant les mesures à prendre qui étaient en cause.Par exemple, la nécessité de revoir la sécurité aux frontières était évidente.Mais l’esprit dans lequel cela était demandé choquait On exigeait davantage que de la solidarité.On exigeait d’abandonner une partie de notre autonomie.Sous plusieurs aspects, les événements du 11 septembre ont entraîné de nombreux changements au Canada.De nouvelles lois sur la sûreté intérieure ont été adoptées et le gouvernement Chrétien a accepté de participer à l’intervention militaire en Afghanistan en plaçant ses troupes sous commandement américain.De nouvelles ententes militaires permettront des interventions de troupes américaines sur notre territoire, et vice-versa.Le gouvernement canadien, s’il a obtenu que cela se fasse dans les formes, n’a guère eu d’autre choix que de se plier aux exigences de Washington.Nous sommes aujourd’hui un peu plus Américains qu’il y a un an.Le passage du temps n’a pas ralenti les ardeurs de George Bush qui, fort d’avoir eu raison en Afghanistan, veut maintenant enrôler ses alliés dans une guerre contre l’Irak.Quelles que soient les raisons mises en avant, tantôt la poursuite de la lutte contre al-Qaïda, tantôt l’éradication d’une dictature qui pourrait détenir l’arme nucléaire, l’Irak est pour le président américain une idée fixe.Demain, aux Nations unies, il lancera un nouvel appel en s’appuyant sur le souvenir du 11 septembre.Avant de céder à ses pressions, les Nations unies devront faire la part entre ce qui, dans ses motifs, relève de la sécurité au Moyen-Orient et ce qui relève de son appétit de puissance.Il faudra aussi se demander si une intervention militaire ne créera pas davantage de tensions qu’il n’en existe déjà dans cette région du globe.Il est difficile pour un pays comme le Canada de s’opposer aux États-Unis.Articuler une vision de la sécurité dans le monde qui lui soit propre sans apparaitre comme une vont dissidente aux yeux de Washington est quasi impossible.On y va sur le bout des pieds et on suggère d’en appeler aux Nations unies, comme le premier ministre Chrétien l’a fait lundi.Mais si Washington acceptait de se soumettre à ce conseil, Jean Chrétien aurait-il encore l’audace de refuser son appui à une intervention en Irak?Il est vrai, comme le signalait il y a quelques jours le vice-premier ministre John Manley, qu’il n’y a pas sur la planète de peuples plus proches et plus semblables que les Américains et les Canadiens.C'est là une partie de notre drame.L’amitié qu’ils ont nouée au fil des ans n’en a toutefois pas fait des amis égaux.L’ami américain est puissant II est conscient de sa puissance et n’hésite pas à s’en servir, ce qui nourrit un antiaméricanisme latent chez bien des Canadiens.La dernière année, si elle a été l’occasion de nouvelles solidarités, aura fait ressortir combien l’amitié peut parfois être exigeante.bdescoteaux(àledet'oir.ca LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l’information JULES RICHER Directeurs adjoints de l'information PIERRE BEAULIEU.MARIE ANDRÉE LAMONTAGNE, LOUIS LAP1ERRE Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur, ventes publicitaires NICOLE CALESTAGNE UM Atf PtuS irjtfwtftie «We will never forget you» Cet été, à la fin du mois de juillet, je suis allé à Ground Zero.Quand on a eu l’occasion de contempler les Twins dans toute leur splendeur, le choc est réel.En sortant du subway par Fulton Street, j’ai vu à gauche le ciel vide et, devant moi, les grilles de la petite église Saint Paul.Sur les barreaux de métal, des gens ont accroché des casques de pompier, des drapeaux, des photos de disparus, des t-shirts en quantité avec des messages de réconfort écrits dessus.Nous défilions lentement, nulle envie de parler, le cœur ému et les yeux mouillés.Devant le trou immense, cette blessure dans la cité, j’ai écouté le silence.Car il y en a un, malgré les bruits familiers de la ville.Les gens marchent sans se presser, regardent et s’arrêtent derrière le grillage des clôtures qui protègent le site.Avec deux poutrelles entrecroisées, des travailleurs ont fabriqué une croix de fer.Sur la façade d’un immeuble, leurs familles destinent ces mots aux milliers de disparus dans l’effondrement des tours: «We will never forget you».Un an plus tard, je veux tout simplement songer à ces hommes et femmes qui sont partis tranquillement travailler, par une belle matinée de septembre.Ils ne sont jamais revenus.Marc Fournier Alma, le 7septembre 2002 L’illusion de la liberté «Si de parler le pouvoir m'est ôté, pour moi, j’aime autant perdre aussi l'humanité», écrivit jadis Molière.Dans le contexte actuel, ces propos reprennent tout leur sens.Celui qui chérissait la liberté dans son sens propre serait sans doute peu fier d’une époque digne de L’Avare.Non pas que nous ayons succombé à un totalitarisme tel que le subissent trop de peuples encore aujourd’hui.Il s’agit plutôt de cette vision saugrenue que nous avons encore, malgré le «9/11», de la libération des êtres et des esprits.Parce que celle-ci, contrairement à ce qu’affirme George W.Bush, ne s’exprime pas à travers le libre marché, un pouvoir accru de consommation ou l’acharnement à vaincre les voix discordantes.Et la génération occidentale montante, celle qui sera au pouvoir demain, semble vouloir accentuer la tendance, pressée entre l’évacuation d’une vision sociale du monde et une rhétorique politique lassante.Quel espace reste-t-il alors pour apprendre à construire une société pacifiée où tous pourraient être des «citoyens du monde»?Car pour quelques utopistes, qui rêvent d’une vie à inventer, aujourd’hui plus que jamais, «les aubes sont navrantes».Alexandre Shields Etudiant en journalisme à l’UQAM Montréal, le 5 septembre 2002 Un révélateur Le 11 septembre ne fut qu'un «révélateur».Non pas comme on le pense.L’événement n’a fait que faire remonter à la surface un fixisme psychique, terreau de l’aveuglement de la pensée, inexpliqué encore aujourd’hui.Entre le fanatisme et le simplisme des uns et des autres, existe-t-il une différence?Pourquoi des humains sombrent dans les délires du sacrifice autodestructeur et deviennent des possédés de la sphère dialectique «bien-mal»?Pourquoi l’Amérique des renouveaux chrétiens, lit-téralistes, banals, infantiles et rigides a-t-elle réoccupé la conscience collective jusqu'au reniement des valeurs fondatrices?Bush et Cheney proposent haut et fort une politique ragaillardie par les Bible schools.Religion utilitariste: le pouvoir grossier, mal poli du combat des coqs: dominer pour dominer, l'esclavage.Une classe politique s’est servie de l’obscurantisme de la pensée unique.Tout à coup, on savait ce qu’il en était d'être Américain.La première dogmatique enveloppait la douleur pour camoufler notre douleur d'exister, notre fragilité.Ceux et celles qui ont osé dire que l’Amérique était encore à venir, à inventer, et que sa «terre» n'était pas universelle, mais à construire, ont été ostracisés.La tragédie conduit-elle LETTRES -?- à la folie?Et quelle tragédie?Ou, l’humain peut-il s’ouvrir à la blessure d’exister?Georges Tissot Professeur de science des religions, Université d’Ottawa Gatineau, le 8 septembre 2002 Un deuil immense Le 11 septembre 2002, je vais ouvrir les volets de ma fenêtre et je vais voir encore les maisons en bois multicolores de ma ville et sur-tout, cette maison grosse et blanche où vit encore la femme que j’ai aimée.Dans le paysage de ma vie quotidienne, il y a constamment une notion de perte qui m’accompagne malgré la beauté des jours.Le 11 septembre 2001, le soleil était radieux et semblait trop beau pour être vrai.Je me suis levé, cette journée-là, seul et sans amour.Et c’est au téléphone qu’un ami me fit part de la terrible nouvelle.A tous les gens qui s'aiment, j’aimerais adresser cette pensée; aimez-vous encore plus fort et face aux tragédies de ce monde, c’est la force de votre amour qui rejaillira sur les cendres engendrées par la folie et la haine.C’est cette pensée qui m’est venue le 11 septembre dernier quand j’ai vu les deux tours s’écrouler à la télévision.Ce jour funeste, je le porte en moi comme un immense deuil amoureux Yvan Giguère Saguenay, septembre 2002 L’horreur à nos portes Ce matin du 11 septembre 2001, j'entrais dans le cabinet de mon médecin.Je le connais depuis des années.Jamais je ne l’avais vu si bouleversé, si troublé.Il m’a bien parlé de nombreux morts.Je n’ai pas tellement porté attention à ses propos.Ma préoccupation à moi était ce pourquoi je me présentais à lui.Revenu à mon auto, j’apprenais à Ja radio le drame des attentats terroristes aux États-Unis.Saisi, je constatais que l’horreur était à nos portes, chez nos voisins.C’est là que j’ai compris l’attitude de mon médecin.J’ai regretté alors de ne pas m’être intéressé à ses propos.Mais comment aurai-je pu m’imaginer un tel drame?Un an après celui-ci, j’ai peine à y croire et j’en suis encore bouleversé.Bouleversé devant des milliers de vies fauchées si brutalement, si instantanément bouleversé devant la fragilité d'un pays si puissant, bouleversé et attristé de constater que des humains en arrivent à réserver un tel sort à d’autres humains.Jamais on n’a pu dans le passé et jamais on ne pourra dans l’avenir justifier des actes aussi barbares.Vraiment qui que nous soyons, où que nous soyons, nous ne sommes à l’abri de rien.Nous souvenir du 11 septembre 2001, c’est prendre à nouveau conscience de notre fragilité personnelle et de notre fragilité collective.C’est surtout vivre à plein le moment présent le seul, semble-t-il, sur lequel nous avons un certain contrôle.Benoît Descôteaux Montréal, le 3 septembre 2002 Qu’est-ce qui a donc changé?Petite, pour me rendre à l’école, j’empruntais un boulevard dépourvu de trottoirs.Je marchais donc en bordure de la voie, sans craindre qu’un véhicule dévie pour me happer.Le 11 septembre dernier quelque chose a changé: il n’y a plus de garde-fou ni gardien de la tour.Sur les trottoirs, les gens passent, les usent y meurent aussi.Depuis toujours à New York, partout dans le monde, plus significativement quand des symboles s’effondrent L’Amérique au parfum de tarte aux pommes cannelle dégage depuis lors des odeurs de charnier.Vient de basculer l'inconscience: nous ne vivons pas sous verre, mais nous en avions tant l'illusion.La réalité reprend ses droits.Avec les tours, le masque est tombé.L’Amérique causait valeurs pour mieux en imposer les conventions.Terminus.L’ordre des rapports est bouleversé, de même celui de la réflexion qu’elle devrait engendrer.Un monde fragilisé par la perte d’une grille de lecture flageolante, inspirée par Walt Disney, une sorte de Bible sans testament pas pire qu’un Coran ou qu’un grand livre de la vérité puisant aux meilleures intentions, incluant aussi aveuglement et fanatisme.Les versets ne fondent pas les hommes, le 11 septembre pas davantage.Cependant, l’angoisse du rien, qui n’est plus tout à fait pareille, érige parfois les assises d’une véritable humanité.Marie Renée Demers Sainte-Foy, 3 septembre 2002 L’agresseur agressé Un événement comme celui du 11 septembre nous oblige à relire certains auteurs.Je pense à Toynbee, fi a passé sa vie à essayer de nous faire comprendre que «nous» avons été les agresseurs acharnés du reste du monde.Il a très bien su démontrer que «pour nous.Occidentaux, c’est une expérience toute nouvelle que de subir de la part du monde ce que le monde a subi, depuis des siècles, de la part des Occidentaux».Ces lignes ont été écrites en 1952.Il faut relire ce qu’il dit de nos agressions perpétrées contre la Russie ou l'Islam ou l’Inde ou l’Extrême-Orient.Ce qui nous arrive était à prévoir.Et ce sera une bonne chose pour notre super-conscience.Nous avons tous ensemble fabriqué l’agent orange déversé au Vietnam et fait exploser les fusées d’uranium appauvri en Irak.Nous avons fait apprendre le «manuel du bon tueur» à des enfants talibans.Nous leur avons enseigné à se servir de nos avions.Nous vivons dans les tours de toutes les Bourses du monde et nous aimons croire que l’argent de ceux qui vivent dans les hauteurs est propre.Gilles Derome Laval, le 3 septembre 2002 La catastrophe du nouveau millénaire Je dirais qu’après le 11 septembre, le monde n’a changé qu’à court terme.Les attentats ont créé une sorte de frénésie, si bien que tous les médias se sont emparés de l’événement et en ont fait la catastrophe du nouveau millénaire.L’Amérique entière réclamait la vengeance, et peu après, la révolte s’est dissipée.Après un an, la poussière est retombée, et je crois que nous ne serions pas plus en mesure que maintenant d’évaluer l’impact réel que ces événements ont provoqué en Occident Nous devons prendre conscience du fait qu’en tant que société, tous nos faits et gestes ont un impact sur le monde qui nous entoure.Il y a forcément quelque chose que nous n’avons pas encore saisi pour que de tels événements arrivent encore.Michaël Giguère Saguenay, le 3 septembre 2002 Au service de l’ogre du pétrole Les États-Unis ou le monde (selon que l’on soit citoyen américain ou non) ont-ils changé depuis le 11 septembre dernier?Poser la question, c’est y répondre.George Bush s’est-il rendu à Johannesburg?Ne persiste-t-il pas dans sa croisade contre l’Irak en dépit des hésitations de ses généraux à quatre étoiles (qui n’ont pourtant rien de missionnaires humanitaires)?Plus près de nous, a-t-on vu l’ombre d’une tentative de résolution du conflit du bois d’œuvre (qui, soit dit en passant, est en voie de régler à petit feu le sort de certaines communautés de ma région)?La présidence américaine est au service de l’ogre du pétrole et toute la misère du monde (et de la planète) ne pourra jamais éclairer l’esprit de ceux qui gouvernent selon la logique de celui-ci.J’ai bien peur que nous ne soyons pour bien longtemps les convives d’un affreux banquet où la cupidité est servie de l’entrée au plateau de fromages! Louis Routhier Ingénieur forestier Saint-Prime, 3 septembre 2002 LI DEVOIR, LE MERCREDI S E P T E M R R E 2 O O 2 IDEES t Mit A i 4, > à Une mouvance politique presque centenaire D’où viennent les intégristes ?Que veulent-ils ?Pourquoi démontrent-ils tant de haine envers l’Occident?Y VAN CLICHE L’auteur, auteur de nombreux textes de presse sur l’islamisme depuis 15 ans, fut un des premiers universitaires québécois à rédiger un mémoire sur l’intégrisme musulman (1987, Université de Montréal).i l’intégrisme musulman est depuis le 11 septembre 2001, une réalité connue de tous, son existence remonte à une centaine d’années et est décortiquée par des spécialistes depuis déjà des décennies.Autrefois épiphénomène de l’actualité mondiale, souvent présenté dans les médias comme le grand danger en devenir menaçant la stabilité mondiale, cet islam est effectivement devenu un des grands défis de l’OccidenL D’où viennent les intégristes?Que veulent-ils?Pourquoi démontrent-ils tant de haine envers l’Occident?Les spécialistes font remonter les cjébuts de l’intégrisme islamique en 1927-1928 en Égypte, pays le plys influent et le plus populeux du monde arabe.L’Égypte y est alors sous influence anglaise.Le mode de vie occidental séduit une élite faisant sienne la musique, les vêtements, la nourriture et, surtout, la pensée venue d’Occident.En Orient musulman, l’empire ottoman, sis en Turquie, qui a régné quatre sièclçs en terre arabe, est anéanti et est remplacé par des États-nations dont les frontières sont délimitées selon les intérêts des puissances occidentales.Un jeune homme originaire d’une bourgade égyptienne, Hassan al-Banna, ressent ce mal de vivre qui habite la plupart de ses concitoyens, notanunent les plus démunis.Grand lecteur d’un propagandiste ayant sévi à la fin du XK' début XXe siècle, Al-Asada-badi, dit Al-Afghani (l'Afghan), qui prône le réveil des musulmans, de Mohammed Abdou, puis de Rashid Rida, le trio étant considéré comme le courant salafi (retour aux sources), al-Banna, devenu professeur, juge le temps venu d’endiguer l’influence occidentale et de combattre l'injustice sociale.Pour lui, une arme, l’islam, considéré à la fois comme une lumière spirituelle mais aussi comme un système temporel complet pouvant guider les actions politiques.Avec quelques compagnons d’armes, il fonde une association, les Frères musulmans, qui se font fort, et c’est là une des sources de la popularité historique du mouvement, de pallier les petites misères d’une population en forte croissance, dont de nombreux paysans arrivant des campagnes et s’installant dans des camps de fortune, notamment dans la capitale.Le Caire.Tout en faisant œuvre d’éducation sur le Coran et la sunna (les traditions) musulmane et en militant pour la restauration de la charia (loi musulmane), les Frères musulmans offrent des cours gratuits en divers domaines, fondent des clubs sportifs, prêtent à des petits entrepreneurs de l’argent sans intérêt (l’usure est interdite en islam officiel) pour créer de petites entreprises.En quelques années, al-Banna devient le chef d’une mou-vançe politique majeure, qui redéfinit la carte politique en Égypte et dans tout le monde arabe.Appuyant la révolution de 1952 en Égypte, les Frères musulmans, opérant à del ouvert, se font les alliés du président Nasser, trop heureux de contrer une gauche très en vogue dans le pays.Mais, rapidement, l’affrontement entre Nasser et les Frères devient inévitable, ces derniers l’accusant de ne pas en faire assez pour islamiser le pays et pour combattre le nouvel ennemi juré, Israël, État créé en 1948 et considéré comme un avant-poste de l’hégémonie ocddentale dans le .
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