Le devoir, 14 septembre 2002, Cahier C
LE DEVOIR LES SAMEDI l ET DI M A S C H E 15 SEPT E M R R E 2 O O 2 THEATRE Succomber au chant des sirènes.Page C 3 CINÉMA Violence souterraine Page C 6 LE DEVOIR fâ?¦ J 'M :,lf L' • ••• P c est mot: Au Musée des beaux-arts de Montréal, l’exposition Richelieu - L’art et le pouvoir montre à l’œuvre le ministre de Louis XIII, sa prédominance, ses goûts — l’État.MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE yy LE DEVOIR Etre un roi est un métier, estimait Louis XIV, non sans résignation.Mais pour briller avec autant d’éclat dans la seconde moitié du XVIIe siècle et un peu au delà, il aura fallu au Roi-Soleil et à la France un prédécesseur susceptible de préparer le terrain des institutions, des arts et des conquêtes.Ce sera Louis XIII; son ministre, surtout Richelieu, à qui, au demeurant la Nouvelle-France doit d’être passée du statut de comptoir de traite à celui de colonie de peuplement aussi C’est une bien dire son existence.Ne .serait-ce que pour cette rai- prodigieuse son (mais ü y en a aussi beau- ., coup d’autres), il faut voir Ri- intelligence chelieu - L’art et le pouvoir, nnliriniie qui ouvre ses portes au Mu-sée des beaux-arts de Mont- mise réal à compter de mercredi, le 18 septembre prochain.au service Remarquable, l’exposition réunit, autour de la figure du moins d’un cardinal-ministre omnipotent, près de 180 pièces di- individu que verses — peintures (des , Poussin, des Georges de la de la France Tour, des Philippe de Cham-paigne, des Simon Vouet.), gravures, médailles, dessins, études, plans, sculptures (dont un buste du Bernin).Une exposition royale, c’est entendu — après tout, nous sommes dans la France de l’Ancien Régime —, mais aussi une exposition tout à la fois nationale, politique, civique — on n’ose écrire «étatique» tant le sens qu’a pris ce mot au XX' siècle n’a plus riep à voir avec la haute conception de l’Etat, en tant que corps social et divin, qui prévalait en France au XVII' siècle.En la personne du cardinal Richelieu, ministre de 1629 jusqu’à sa mort, survenue en 1642 à l’àge de 57 ans, cette conception de l’Etat trouva sa plus rigoureuse incarnation.Au départ, pourtant, rien n’était ga- gné pour Armand Jean du Plessis.Il appartenait à la noblesse, mais il était pauvre, de surcroît fils cadet Son père, François IV, grand prévôt auprès d’Henri III, avait eu la mauvaise idée de se marier au-dessous de sa condition et de laisser pour tout héritage, à sa mort, un «océan de dettes», comme le rappelle Marc Fumaroli dans la substantielle étude qu’il signe pour le catalogue de l’exposition.Il aimait l’escrime, Iq danse et l’équitation.Adieu, plaisirs! A18 ans, il n’a d’autre avenir que d’entrer dans les ordres.En 1607, Armand Jean soutient une thèse de théologie à la Sorbonne.Malgré son jeune âge, il est nommé évêque de Luçon, seul et maigre bénéfice ecclésiastique de la famille.Le voilà en selle.En 1615, il est aumônier de la reine Anne d’Autriche, que Louis XIII a épousée trois ans plus tôt En 1616, il entre au Conseil du roi comme secrétaire d’État.En 1619, son frère aîné meurt au cours d’un duel, et il prend la tête de la famille en même temps que le nom de Richelieu.En 1622, il est fait cardinal.En 1624, «principal ministre» au Conseil du roi.Précédant de peu son monarque, il vainc les huguenots au siège de La Rochelle en 1628 et se découvre un goût pour la poudre.En 1630, il sort raffermi de l’affrontement avec Marie de Médicis, mère de Louis XIII, un temps régente et qui s’est mal résignée à devoir céder le trône à son fils.Richelieu est duc.Il est pair.Il crée l’Académie française en 1635, l’Imprimerie royale en 1639.Autant d’ambition, que l’on ne conçoit pas sans intrigpes ni bras-de-fer, s’alliant à l’image d’Epinal du vilain, héritée d’Alexandre Dumas en raison de la fortune cinématographique des Trois Mousquetaires, aurait dû rendre le personnage tout à fait antipathique.Il n’en est rien.Ce que permettra de voir à l’œuvre l’exposition, présentée au MBA avant de se déplacer à Cologne du 31 janvier au 20 avril 2003, c’est une prodigieuse intelligence politique mise au service moins d’un individu que de la France et de son identité, qu’il s’agit alors d’ordonner de telle façon que le pays puisse rivaliser, dorénavant sur le plan de la culture et de la SOURCE MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL Nicolas Prévost, Salomon adorant les idoles.Entre 1633 et 1636, huile sur toile.civilisation, avec l’antique Rome, la sainte Jérusalem et l’écrasante Italie, tout en réduisant à néant les prétentions de la menaçante Espagne.Pour accomplir ce dessein, tout est bon: institutions, richesses, alliances, victoires militaires, mais aussi, et peut-être surtout les arts réunis: architecture, peinture, musique, théâtre, littérature.Ainsi la France, à travers le roi (et son ministre), pourra-t-elle rayonner en Europe et au delà Un rêve de dix ans Hilliard Todd Goldfarb, conservateur en chef adjoint au Musée des beaux-arts de Montréal, a conçu et dirigé l’exposition.Il réalise là un rêve de dix ans, grâce à l’appui entier et immédiat insiste-t-il, du directeur du musée, Guy Co-geval.Mais pourquoi avoir choisi comme principe organisateur de l’exposition celui qui, à la cour, n’en tenait pas moins le second rôle et non le premier?«Avec Richelieu, explique M.Goldfarb, rencontré au musée alors que les précieux cartons abritant les œuvres voya geuses affluaient d’un peu partout nous sommes en présence d’une conception moderne de l’État, doté de frontières modernes et d’institutions modernes, dont certaines sont encore actives de nos jours.L’art doit refléter cet État, et pas n’importe lequel: celui de la France, à un moment où il lui importe de se définir par rapport à la suprématie italienne.» Tout à la fois pivot et moteur de l’entreprise, Richelieu, par le truchement de commandes passées aux artistes de son temps, marquera donc profondément ce qu’il faut déjà appeler le goût français.Le goût de Richelieu, par conséquent comment le qualifier?«Austère, explique M.Goldfarb.Son ordre architectural de prédilection, c’est le dorique.Il n’aime pas vraiment Vouet, alors premier peintre du roi.Ses préférences vont plutôt à Philippe de Champaigne.» C’est d’ailleurs Richelieu qui fait revenir en France Poussin, installé en Italie.Le baroque, très peu pour lui.On dit qu’il ne se serait pas reconnu dans le buste de lui-même, commandé au Bernin par l’un de ses collaborateurs d’alors, un certain Mazarin, seul écart baroqui-sant que l’on pourra voir dans une exposition au parcours résolument classique.L’artiste avait pourtant retenu ses ciseaux.D montre un Richelieu immobile, impénétrable, refermé sur son mystère.«Depuis le XVI' siècle, explique Guy Cogeval, il y a cette idée d’un paysage français raisonnable, tout en douceur “angevine’’.Richelieu reprend l’idée, assène cela chaque jour et met en place une mesure proprement française qui contraste avec la démesure italienne.L’exposition montre la quintessence de l’esprit classique.» Le langage des tableaux Richelieu est aussi un homme de la Contre-Réforme: les images doivent parier, ce qui, dans une France encore largement analphabète, devient presque une nécessité.Aussi, l’un des plaisirs intellectuels et esthétiques de cette exposition consistera, pour le visiteur, à interroger les œuvres pour en recueillir la leçon servie aux contemporains.Des exemples?Aussi déconcer- tant que le résultat puisse paraître à nos yeux habitués à plus de grâce chez la reine venue d’Orient, Nicolas Prévost prête à la reine de Saba les traits empâtés de Marie de Médicis, dont l’hommage au roi Salomon devient alors transparent Il en va de même du cycle d’Hercule commandé à Poussin et aux artistes de son atelier pour orner la grande galerie du Univre, alors palais royal puisque Versailles n’existe pas encore.Au XVI' siècle déjà, Henri IV était présenté comme un Hercule gaulois.Ijouîs XIII le sera aussi, mais également son ministre-héros, qui sut se distinguer en accomplissant divers travaux.Le passage par l’allégorie n’est pas toujours nécessaire.I,a galerie des hommes illustres, que Richelieu fait construire et orner de tableaux dans son Palais-cardinal, à Paris, propose pour sa part une lecture politique et historique de l’avènement de Louis XIII, préparé de longue main.Entre le connétable Olivier de Clisson et le sombre Simon de Montfort, on pourra voir, rue Sherbrooke, quelques spécimens de ces grands hommes, parmi lesquels Richelieu voulut bien compter trois femmes: Jeanne d’Arc, Marie de Médicis et Anne d’Autriche.Un ministre aussi voyant, qui se fait peindre en pied, comme les grands, par Philippe de Champaigne, ne s’expose-t-il pas au crime de lèsemajesté?Hilliard Goldfarb croit le cardinal trop fin diplomate pour ne pas avoir su doser sa gloire, sans jamais remettre en cause les rapports de sujétion qui le liaient à son souverain.«Sans doute aurait-il aimé être régent», concède-t-il après réflexion, mais ministre il fut, et ministre il demeura, tout en tirant parti au maximum des pouvoirs dévolus à la fonction.Les pièces maîtresses de l’exposition?Les Triomphes de Poussin, pour la première fois réunis avec les tableaux de Jacques Stella, depuis la vente du château du cardinal, en 1741.Aussi appelés Bacchanales Richelieu, ces grands tableaux ornaient le cabinet du roi aménagé dans le château du ministre, en Poitou.On y voit une superbe Amphitrite, toute en grâce vénu-sienne, trônant aux côtés d’un Neptune séduit et qui tient les rênes du char nuptial.Un autre tableau montre un Bacchus au cortège triomphant; un autre encore, le dieu Pan, plus vivant et VOIR PAGE C 2: L’ÉTAT LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 SEPTEMBRE 2 0 0 2 C 2 -?Culture * L’ÉTAT SUITE DE LA PAGE C 1 plus déchaîné que jamais; un autre, un Silène bedonnant, qui cuve son vin, trop peu digne et malgré tout triomphant L’ensemble fait preuve d’une sensualité débridée et païenne, où se mêlent ânes lubriques, nymphes fessues et abondantes li- bations.Ces tableaux, commandés par Richelieu, en disent long sur les limites des étiquettes que l'histoire voudrait accoler à l’austère cardinal voluptueux.Du coup, Richelieu - L’art et le pouvoir donne l’occasion de revoir certaines idées reçues sur un siècle qui, pour être grand, ne fut pas rigide.Pour mettre en valeur ces pièces remarquables, l’accrochage se fera théâtral, annonce Guy CogevaL •Nous avons pratiqué la synecdoque.Un détail, une pièce de mobilier, une tenture de'velours serviront à suggérer le tout.De plus, nous avons beaucoup travaillé avec les couleurs de l’époque, des rouges, un bleu sombre et métallique.» Plutôt que d’être placé devant une suite d’œuvres et sommé de les admirer, le visiteur devrait ainsi être séduit par une mise en scène, celled s’inscrivant du reste dans l’esprit d’une époque qui avait su faire de la représentation un véritable trait de civilisation.L’art séduit, l’art instruit.Même réglé, il ne se laisse pas aisément asservir, du moins chez les plus grands.Avec la férule de Richelieu pour guide, les très modernes que nous sommes pourront le vérifier avec bonheur.RICHELIEU -L’ART ET LE POUVOIR Au Musée des beaux-arts de Montréal Du 18 septembre 2002 au 5 janvier 2003 À noter: la conférence de Marc Fumaroli, au Musée des beaux-arts, à l’auditorium Maxwell-Cum-mings, le 18 septembre à 16h, sur le thème même de l’exposition.Entrée libre.De Marc Fumaroli, on lira également le récent essai Qfiand l’Europe parlait français (Editions de Fallois, 2001).BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE FRANCE %, R D 1 N A î.I Gravure de Michel Lasne, 1632, pour une thèse de théologie dédiée au cardinal de Richelieu.Rien a faire.ant Godot de Samuel Beckett Mise en scène : LORENT WANSON Jeudis et vendredis, 20 h ; samedis, 16 h 1 {Minutes si sottes sco/ilm m amune.I0h30, /3*J0sf J9M Avec CYRIL BRIANT, CALO VALENTI, FRÉDÉRIC HÉRION, RENAUD RIGA, GRÉGORY PRAET Concepteurs : Grégoiy Praet, Daniel Lesage, Guy Simard, Jean-Paul Dessy Une coréalisation du Manège-Mons et du Théâtre National de la Communauté Wallonie Bruxelles THEATRE DENISE-PELLETIER BILLETTERIE : «'4,253-8974 : SAISON 02-2003 ADMISSION : (514) 790-1245 1 800 361-4595 admission.com 4353, rue Sainte-Catherine Est ;; Papineau on Vian, autobus 34 ?S Pie IX.autobus 139 ABONNES 12 pièces ___!—T H E A T R E —__ DENISE-PELLETIER UN GRAND THÉÂTRE POUR DE GRANDS TEXTES En attendant Godot de Bcckctt Mise en scène LORENT WANSON Le Misanthrope de Moiüvc Mise en scene : FRANÇOISE FAUCHER Le Menteur & Comciiic ,Mise en scène : MARTIN FAUCHER Le Rcvizor de Gojioi Traduction ANDRÉ MARKOWICZ Mise en scène : REYNALD ROBINSON HORS-SÉRIE EN DÉCEMBRE Scroocfc Inspire de A Christmas Carol dr' ( bn vies Dickens Texte et mise en scene JEAN-GUY LEGAULT Une production du Theatre des Ventrebleus Tarif pré-vente pour les abonnes! En collaboration avec : , ,5,4,253-8974 r>âHvdro ABONNEMENT EN LIGNE Vov Québec www.dcnisc-pcllcticr.qc.ca THÉÂTRE JACQUES GRENIER LE DEVOIR Cristina lovita monte Jacques le fataliste de Diderot au théâtre Prospère.Le système lovita Mariage baroque entre la commedia deü’arte et le théâtre moderne Dès qu’elle ouvre la bouche en vous fixant de ses yeux ronds, on comprend qu’on a affaire à un personnage hors du commun.Cristina lovita est une sorte de centrale d’énergie sur deux jambes.Volubile, passionnée, ponctuant ses mots de rafales de gestes comme si elle voulait écarter les rideaux de fumée montant des cigarettes qu’elle pompe presque sans arrêt, elle parle de son «système» avec beaucoup de ferveur.Cristina lovita est metteur en scène.C’est elle qui monte Jacques le fataliste au théâtre Prospère avec sa bande du Théâtre de l’Utopie.Préparez-vous à rire.Jaune.MICHEL B É LAI R LE DEVOIR Lf entrevue — une journée de ' pluie comme une pause de vérité après des éternités de canicule tardive — aurait pu prendre toutes les directions.S’attarder du côté de l’aventure rocambolesque de la révolution roumaine, qu’elle a vécue sur les barricades.Ou du côté de la médiocrité et de la sottise régnant sur un système politique corrompu, comme ellç dit.Sur ses errances aussi: aux Etats-Unis d’abord, puis ici, depuis cjnq ou six ans, où elle a travaillé à l’Ecole nationale d’André Brassard avant de créer sa compagnie, le Théâtre de l’Utopie.Sur elle enfin, battante ne supportant tou- jours pas la bêtise et le compromis.Le destin des survivants est souvent riche d’enseignements divers.Avec le recul, ce fut un peu tout cela, saupoudré au gré des phrases et des bouts de souvenirs qui remontent Et toujours à partir de cette passion, cette quasi-transe qui la saisit, physiquement presque, quand elle se met à parler du théâtre.De sa vision du metteur en scène créateur, de son sens du sacré, de cette «géométrie spirituelle» plus ou moins invisible qui est à la base de sa technique.Mais cela s’est d’abord articulé autour d’une question, une seule, qui Ta lancée en orbite.Pourquoi ressortir aujourd’hui Diderot des tiroirs?Et pourquoi porter à la scène Jacques Ztl ^ àWfon, ™dtouZ«i.Voir, CLiébec Le Soleil, Québec M ° PZZT: ' \ K l n^o^Xr>ns Bor'c'iev i-elreLemorne / ftodré Pemer J encod«fl«s'ona',e M4-190-UW Il IHUill; ftdn"ss'°n le fataliste, un roman, alors que.La réponse vient, directe: «Parce que Diderot est plus qu’actuel, il est à l’origine même de la modernité! Le contrat social, la démocratisation des idées, l’accessibilité des connaissances, la libération des mœurs, la révolution sexuelle, le féminisme, même les interrogations sur le théâtre et sur le comédien, tout cela est là dans Jacques le fataliste.» Tout en avouant sa passion pour le XVIIP — elle a beaucoup travaillé sur Marivaux et les utopies théâtrales à l’École nationale —, Cristina lovita tire sur sa cigarette et reprend la phrase qu’elle avait laissée en suspens: «Ce roman est un appel à la liberté sous toutes ses formes: il ouvre sur toutes les lectures possibles en prenant lui-même toutes les formes.Et en passant du roman au théâtre, en adaptant le texte, je me suis fait plaisir: ce collage est le mien, bien évidemment.C’est mon texte, auquel j’ai d’ailleurs greffé des passages de Sade; j’en suis l’auteur.Comme les comédiens de la commedia dell’arte sont aussi les auteurs de leurs personnages et des situations dans lesquelles ils les mettent en scène [légère pause: café, re-bouffée de cigarette].Ce texte m’a trouvée.Par sa grande liberté de narration et aussi par la possibilité qu’il m’offre d’appliquer mon système.» L’« improvisation hautement contrôlée » Le système lovita, justement, repose sur ce que la metteur en scène appelle «l’improvisation hautement contrôlée».Et s’inspire, en droite ligne, de la commedia dell’arte, on l’aura deviné.Quelques précisions, peut-être?«Bien sûr, répond-elle avec un sourire presque enfantin./e propose en fait un parcours philosophique tout autant aux acteurs qu'aux spectateurs: le texte de Diderot nous en donne mille fois la possibilité.Au beau milieu d’une action quelconque, un comédien décroche du tableau qu'on est en train de jouer, s’avance vers la salle et lance une question.Il fait en sorte que le dialogue s’engage avec les spectateurs, et on se sert de ça pour créer un effet comique et pour tout mettre en perspective.Ça l’air compliqué, c’est risqué à chaque fois, mais c’est une mécanique simple qui joue sur les ruptures et les oppositions.» Ces improvisations hautement contrôlées surgissent à quatre ou cinq reprises dans le spectacle, se greffant aux lazzis de toute sorte qui font de l’ensemble un tableau baroque composé de plusieurs petites farces insérées l’une dans l’autre comme une poupée gigogne.«C’est finalement une sorte de comédie lubrique qui tourne à la farce tragique.Mais le point de départ est d’abord politique, précise lovita, parce que ma démarche artistique est avant tout politique.» Ça aussi, c’est rafraîchissant.Avouons-le, le discours politique se porte plutôt court sur les scènes québécoises.Oh, il y a bien quelques rares exceptions chaque saison mais, grosso modo, c’est le désert «Politique, reprend la metteur en scène, dans le sens où Jacques.nous donne l’occasion de nous demander si l’histoire mène l’humanité ou si c’est le contraire.En Roumanie, alors que je développais mon système, cela prenait la forme concrète et quotidienne de la résistance à la sottise d’un régime politique.Mais ici et maintenant, la question est tout aussi valide et importante.Ce spectacle repose sur une sorte d’escrime verbale: c’est une tragédie lubrique dénonçant l’obscénité VOIR PAGE C 3; IOVITA * t # LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 SEPTEMBRE 2002 fultur Succomber au chant des sirènes Au moment où La Nouvelle-Orléans s’enfonce, vous feriez quoi, vous ?C’est dans un univers particulièrement délirant que nous invite à plonger le plus récent texte d’Erik Charpentier, Mademoiselle Eileen Fontenot, pour dix sous de liberté.La scène du Théâtre d’Aujourd’hui s’ouvre dès mardi sur une sorte de monde parallèle où tout peut arriver.Et dans lequel, en passant, presque par hasard, les relations hommes-femmes en prennent pour leur rhume.MICHEL BÉLAIR LE DEVOIR Jean-Frédéric Messier a l’habitude des «gros bateaux»: •J’aime le théâtre qui donne l’occasion de sortir de la réalité, où tout peut arriver.J’aime surprendre et être surpris», lancera-t-il tout de suite.On ne s’étonnera donc pas qu’à l’aube de la trentaine, Messier soit cofondateur de Momentum, auteur, compositeur, metteur en scène et musicien, et qu’on le perçoive un peu partout dans le milieu comme l’homme des folles entreprises.C’est lui qui avait intégré les premiers textes connus de Charpentier à Nuits blanches au début des années 90 (Omerville, entre autres).C’est lui aussi qui avait signé la mise en scène de Si j’avais la seule possession dessus le Jugement dernier, qui souffla tout le monde lors de sa lecture puis de sa création en 1997.Même qu’il écrit aussi du théâtre jeunesse: il a reçu un Masque pour Un éléphant dans le cœur, produit par le Théâtre des Confettis, et il est l’auteur d’un texte remarquable, Au moment de sa disparition, qu’il a écrit pour le Théâtre Le Clou et qui s’adresse à un public d’adolescents.11 compose aussi de la musique de scène pour le théâtre et le cinéma après avoir trituré une guitare avec trois ou quatre bands de garage — chez lui, j’ai compté rapidement quatre ordinateurs, trois télés, au moins deux vidéos, une console, des panneaux de contrôle et des milliards de boutons et de manettes de tout type.Et comme si ça ne suffisait pas, il commence déjà à préparer la mise en scène d’un opéra contemporain, Sirius On Earth, qui prendra l’affiche à Londres à l’été 2003.Bref, c’est un homme aussi occupé qu’affable qui nous recevait en début de semaine, en plein cœur d'une 139e canicule depuis la mi-juin.La transposition Cette chaleur à s’en coller les neurones ensemble.colle d’ailleurs assez bien à cet univers dans lequel navigue Messier depuis quelques mois.Erik Charpentier situe l’action de sa pièce JACQUES GRENIER LE DEVOIR Jean-Frédéric Messier met en scène au Théâtre d’Aujourd’hui la dernière pièce d’Erik Charpentier, Mademoiselle Eileen Fontenot, pour dix sous de liberté.«C’est une pièce romantique, c’est sûr.Une pièce de gars reflétant la vision d’un homme blessé sur l’amour.À la lecture, on se dit que oui, les femmes sont toutes potentiellement des sirènes.Comme si c’était un état, une condition.» dans une Nouvelle-Orléans mythique qui est en train de s’enfoncer sous les eaux.Dans cette atmosphère chargée de miasmes et de parfums, de putréfaction tout autant que de beauté pure, on trouvera des personnages étranges.Entre autres un spectre, des sirènes sur le retour d’âge, un croque-mort esthéticien et un vendeur d’assurances.Le manuscrit parle de cinq ou six lieux différents, dont l’un planté sur le plancher de l’océan et un autre dans un salon d’esthétique ouvrant sur un salon funéraire.Pour vous faire une idée plus juste, ajoutez à cela des écailles de poisson qui traînent un peu partout, des tas de références au magazine Bowling Is You et des relations amoureuses sans queue mais avec tète entre des sirènes et des humains.Un peu comme dans le monde complètement éclaté du romancier américain Tom Robbins (Jitterbug Perfume, Still Life Tout cela s’épanouit dans un climat que l’on ne peut qualifier que de baroque.Et dans une langue surprenante par ses excès.With Woodpecker, etc.), qu'on a surnommé le Houdini de la métaphore.•C’est un lieu imaginaire absolument fantasmé dans lequel on peut se permettre toutes les libertés, précise Messier.Tout est possible ici, comme en théâtre jeunesse.Mais on n 'est pas au cinéma.Et je ne vois pas l’intérêt de représenter de façon réaliste toutes les indications de l'auteur — la poésie n’est pas brute et concrète.J’ai donc choisi la voie de la transpo-sitiçn.Abondamment.» A la scénographie, le metteur en scène s’est entouré de Marie-Claude Pelletier qui, elle non plus, ne voit pas les indications de l’auteur comme •une commande à remplir».«Pour Marie-Claude, la scène pourrait être nue, reprend Messier.Tout pourrait se passer dans la tête des protagonistes.Bien sûr, la scénographie s’inspire des idées d’Erik.Mais nous en avons fait notre propre lecture dramaturgique, de laquelle s’est peu à peu dégagée une vision qui, je pense, colle bien au texte.U n’y aura pas d'unité stylistique dans la production.Tout sera en contrastes, en ruptures.On passera d'une chose à l'autre: de la série B au baroque et au pastiche, même au gore et au lyrisme.Comme dans le texte.• Et un peu comme à La Nouvelle-Orléans, tiens, quand on passe d'un quartier à un autre au gré des parfums divers qui donnent sa couleur à la ville.Une naïveté de surface Mais le texte d'Erik Charpentier frappera d'abord par sa dimension naive, presque enfantine.•C’est vrai que c'est un texte moins trash que ceux que Charpentier nous livre d’habitude, explique Messier.Mais c’est une naïveté de surface.Mademoiselle Eileen.n’est pas une pièce “heavy métal”, non: certains riront à plusieurs reprises.Mais Charpentier y fait d’abord état de la fatalité qui enveloppe les rapports hommesfemmes.Et la seule issue que Ton voie représentée ici est celle du naufrage.C’est une pièce romantique, c'est sûr.Une pièce de gars reflétant la vision d’un homme blessé sur l'amour À la lecture, on se dit que oui, les femmes sont toutes potentiellement des sirènes.Comme si c’était un état, une condition.Comme celle de Don Juan.On le voit bien à la fin, quand on assiste à des funérailles qui sont en fait une sorte de nuit de noces illustrant le fait que ça ne peut pas marcher.» Tout cela s’épanouit dans un climat que l’on ne peut qualifier que de baroque.Et dans une langue surprenante par ses excès de lyrisme et par son améri-canité.•Dès les premiers textes d’Erik que j’ai montés, poursuit le metteur en scène, j’ai été frappé par le caractère nord-américain de son écriture.C’est une langue affranchie du “bon goût” européen.Une langue d’ici, rigoureusement théâtrale, qui prend tout son sens lorsque les comédiens se la mettent en bouche.Mais dans Mademoiselle Eileen., c’est comme si Erik avait aussi souhaité se déghettoïser par rapport au Jugement dernier, comme s’il avait tenu à ce qu’on ne le perçoive pas comme faisant du sous-An-tonine Maillet.La pièce se passe à La Nouvelle-Orléans, en plein pays cajun, mais elle met en relief plusieurs niveaux de langue.C'est une écriture étonnante, qui n'a plus rien de folklorique et qui ne ressemble à rien d’ailleurs.Mais c’est une écriture qui sonne et qui prend tout son sens quand des comédiens la parlent sur scène.» Ces comédiens (Macha Limon-chik, Miro, Didier Lucien, Han Masson, Julien Poulin, Stéphane Demers et le musicien Luc Bonin), ils forment la dream team de Jean-Frédéric Messier.Et c’est dès mardi, au Théâtre d’Aujourd’hui, qu’ils vous offrent de «sortir de la vie», comme disait Messier, pour passer à la phase exploratoire.Et plonger.IOWTA MaoeMoisEue EilEEti Font dix sous de lieertÉ D’Erik Charpentier mise en scène Jean-Frédéric Messier assisté de Jean Gaudreau avec Macha Limonchik I Miro I Didier Lucien I Han Masson I Julien Poulin I Stéphane Demers I Luc Bonin les concepteurs Marie-Claude Pelletier I Sonoyo Nishikawa une création du Théâtre d’Aujourd’hui EN COLLABORATION AVEC /"'X Hydro Quéi du 17 serteMBre au 12 ocToere 2002 JJ900^njeJ>aint-^^ Montréal | (514) 282-3900 j wwwJhealredaujou^^ René Richard Cyr, Jacques Vézina, Oies Renaud S3 L> s Arts du Mouriar SUITE DE LA PAGE l 2 de l’histoire.Iss intellectuels de toutes les époques.Diderot y compris, ont voulu changer le numde.Us ont donne naissant e à d'autres systèmes, souvent tout aussi tyranniques, sinon plus, qui les ont d'ailleurs décapites pour la plupart.Le monde est une enorme farce, l'ous voyez bien que Diderot est encore très actuel.et qu’il aurait probaNt'ment perdu la tète s'il avait vécu la Réi\>lutùm française.» Son rire derrière la fumée de cigarette; comme une sorte de constat, de prise de position globale sur l’existence.Ces yeux, aussi, qui ont survécu à l’horreur et à la bêtise; qui n’ont pas de temps à perdre.Et quelques der nières phrases qui claquent encore, quelques jours plus tard, comme des banderoles plantées sur des barricades, au front.•Nous produisons sur scène des réalités éphémères qui doivent rejeter le système de réalité en place, sinon nous créons de la pollution.» «Le théâtre est une affaire de sensualité, le théâtre est dérangeant.» •L'acteur, l’artiste, la création est anthropomorphe.» •Notre métier est de déchiffrer le sacré, de piéger 1 impermanent.» Vous disposez encore de quelques jours de répit: Jacques le fataliste prend l’affiche du théâtre lYospero le mardi 17 septembre.DU 10 AU 21 SEPTEMBRE 2002 SAMUEL BECKETT Mise en scène Denis Marteau Avec Gabriel Gascon Concepteurs : Daniel Fortin, Stéphane Jolicoeur, Stéphanie Jasmin En coproduction avec UBU, compagnie de création et le Théâtre français du Centre national des Arts.Représentations du mardi au vendredi 19h30 • samedi 16h et 20H30 Réservations (514) 844-1793 www.rideauvert.qc.ca mmu.i *| s"r«ju[t .MnohapaAstral Media' s - LE THEATRE OE L'UTOPIE FI LE GROUPE DE LA VEILLEE PRÉSENTENT S 'UU d'apres le roman de DENIS DIDEROT Adaptation et mise en scène de CRISTINA I0VITA assistée rte Stéphanie,CAPISTRAN LALONDt Avec Nathalie COSTA Danny GAGNÉ Catherine HAMANN Michel LAVOIE ! Marc MAUDUIT Concepteur-, Stéphanie CAPISTRAN LALONDE Anne-Catherine SIMARD OERASPE Anne Marie MATTEAU DU 17 SEPTEMBRE AU 12 OCTOBRE 2002 AU THÉÂTRE PROSPERO 1371.rue Ontario Est Billetterie (514) 526 6582 i Admi le groupe de la veillée (514) 790 1245 Tir Passeport-Prospero LE DEVOIR, LES SAMEDI IJ ET DIMANCHE 15 SEPTEMBRE 2 0 0 2 C 4 Culture DANSE Relire L’Odyssée D’un voyage à l’autre: après Odyssia intérieure d’Irèni Sta-mou à l’Agora de la danse, voici Persephone's Lunch du Toronto Dance Theatre, œuvre que son chorégraphe et directeur artistique Christopher House a créée comme un écho à L’Odyssée d’Homère.FRÉDÉRIQUE DOYON Voyage de tous les voyages à travers des contrées loin- taines qui puisent toute leur force d’évocation dans l’imaginaire d’un peuple, voire de toute une culture, le poème homérique sert de canevas au chorégraphe Christopher House, qui ne prétend ni n'aspire à une lecture exacte de l’œuvre: «La danse n ’est certainement pas une interprétation littérale de L’Odyssée, précise-t-il.Travailler avec le poème était presque un simple procédé formel pour aider à l’organisation des idées plutôt que le choix d’illustrer une histoire.Mais beaucoup d’images tirées I I LE STUDIO t Les créations de : Alexander Baervoets - Belgique Hélène Blackburn Estelle Clareton Lucie Grégoire Laurence Lemieux / Danse-Cité Lola MacLaugwun - Vancouver lOCELYNE MONTPETIT Jean-Pierre Perreault Denis Plassard • France Karine Ponties - Belgique Harold Rhêaume Irèni Stamou Min Tanaka Japon François Veyrunes France Forfaits de 4 ou 8 billets disponibles 514.525.1500 LULL L'AGORA DE LA DANSE mm 840, RUE CHERRIER.i de I Agora de la dur du poème d’Homère surgissent dans l’oeuvre.» Après Nest, qui explorait les liens entre l’esprit scientifique et le processus créateur, et Severe Clear, qui faisait une incursion dans le Grand Nord canadien, on peut voir Persephone’s Lunch, troisième volet de la trilogie, comme une l’exploration de Fart, laquelle complète le triangle nature-scien-ce-art Après tout, le poème d’Homère est fondateur de tout un imaginaire qui constitue le terreau de notre culture et, par conséquent, de son expression artistique.Christopher House le dit lui-même: *L’Odyssée fournit cet extraordinaire répertoire d’images qui a inspiré tant d’artistes et d’écrivains depuis presque 3000 ans, et on mesure à quel point ces images sont profondément enracinées dans notre culture.» Mais la démarche artistique est souvent réfractaire aux classifications, et le chorégraphe a puisé autre chose dans l’œuvre homérique, qu’il exprime à travers les gestes de ses danseurs.Persephone’s Lunch, explique le chorégraphe, «a surtout beaucoup plus de sensualité que les deux autres pièces.J’ai vraiment été influencé par l’exquise sensualité des personnages de L’Odyssée.Quelqu’un a dit que L’Odyssée est une sorte d’hymne à la beauté du monde qui peut être éprouvée par l’imagination — ce à quoi j’ai ajouté: “et par le corps”, parce que j’y ai trouvé les descriptions, des attitudes et des personnages tellement physiques et sensuels».Cette distance qui s’est inévitablement installée avec l’œuvre homérique ainsi que le désir de saisir l’essence sensuelle de son imaginaire sont tous deux présents dans le choix du titre de l’œuvre chorégraphiée.Si Persé-phone, fille de Déméter, enlevée aux Enfers par le dieu Hadès, n’est pas un personnage à proprement parler des aventures d’Ulysse, l’épisode des pommes grenades que le dieu lui donne à manger apparaît dans L’Odyssée et a servi de point de départ à l’œuvre chorégraphique.«Nous savions que nous voulions intégrer les pommes grenades, qui représentent ce superbe archétype ancien de la fertilité et de la féminité», explique-t-il.Car la présence féminine est un autre trait du poème d’Homère qui a fasciné le chorégraphe.«Les femmes mènent vraiment l’action, elles sont tellement complexes, tentatrices mais aussi imaginatives et très intelligentes, beaucoup plus que les hommes, qui tendent plutôt à être bidimensionnels et interchangeables, mis à part peut-être Ulysse.» Homère, Internet et ben Laden Si le chorégraphe du Toronto Dance Theatre s’est plu à interroger une œuvre de l’Antiquité grecque pour nourrir la sienne, le résultat demeure résolument contemporain.Outre l’installation visuelle du scénographe, James Robertson, qui propose des métaphores du paysage ho- SOURCE TORONTO DANCE THEATRE Avec Persephone’s Lunch, le chorégraphe Christopher House complète une trilogie amorcée dans le but d’explorer de nouvelles formes artistiques.mérique, Persephone’s Lunch fait appel à une autre forme artistique: la vidéo, moyen jusqu’ici inexploré dans la trilogie, que House utilise pour «rapprocher le mouvement des spectateurs dans les moments où la danse se fait petite et détaillée [dans les solos et les duos]».L’actualité de l’œuvre de Christopher House se traduit aussi dans le recours à Internet, mais en esprit plutôt que dans la forme: «On part d’un sujet, et la première chose qu’on sait, on aboutit dans les espaces virtuels les plus bizarroïdes qu’on ait jamais imaginé pouvoir visiter.» Enfin, sans délibérément vouloir s’inscrire dans la conception graphique, les événements du 11 septembre sont présents en arrière-plan.«Ils ont eu un impact important sur le processus créatif», ajoute Christopher House.Un critique a même vu dans les extraits de discours du Cyclope de L’Odyssée la folle poursuite de George Bush cherchant à débusquer Oussama ben Laden de ses grottes! Avec ce va-et-vient entre les mémoires collectives, Christopher House, sans conteste l’une des figures clés de la danse contemporaine au Canada, donne naissance à des œuvres visuellement soignées, kynétique-ment inventives et toujours teintées d’un humour rafraîchissant et subtil, plutôt rare dans ce domaine.Avec Persephone’s Lunch, il complète une trilogie amorcée dans le but d’explorer de nouvelles formes artistiques.En bout de piste, la trilogie se révèle un hommage à l’inépuisable force du processus créateur, qui emprunte de nombreux dédales et suscite de merveilleuses coïncidences.Persephone’s Lunch tout comme L’Odyssée en sont l’expression même: «Je n’avais pas l’intention de faire une trilogie, ajoute-t-il, mais j’ai compris que les trois pièces se rejoignaient dans leur façon d’observer le surgissement des idées et dans la disponibilité par rapport aux différentes manifestations du hasard ou du destin, susceptibles de modifier les chemins empruntés, dans la vie comme dans le processus créateur.» PERSEPHONE’S LUNCH Au Centre Pierre-Péladeau Du 19 au 21 septembre 2002 DANSE DANSE Toronto Dance Theatr Pe RSEpHONE's lüNch SAISON LE STUDIO DE L AGORA DE LA DANSE PRÉSENTE cenTRe pierre-péladeau UNE ŒUVRE SOLO CRÉ PAR IRÈNI STAMOU ET DANSÉE 12 au 14 et 18 au 21 2002 à 20 h Métaspora Danse en coproduction avec î'Associacion Cultural Incorpore au Costa Rica 19, 20,21 SEPT 2002 - 20 H (514)987-6 interprètes Maud SI meneau.George S tamos, Jordl Ventura Fabra, Daniel Villeneuve, SlOned Watkins, Sarah Williams compositeur/violoniste Malcolm Qoldstein répétitrice France Roy création et design sonore Nancy Tobin éclairages Marc Parant costumes Denis Lavoie LE DEVOIR usine: 0 AboNNEZ'VOlls! Brochure gratuite (514) 848-0623 www.dansedanse.net L’AGORA DE LA DANSE .MAAVs 840, RUE CHERRIER METRO SHERBROOKE 514.525.1500 I Reseau Admission 514.790.1245 1346.rue Lalonde (entre les rues Panel et de la visitation) 25 au 28 septembre, 20 h 514 521.4493 Admission 514 790.1245 Québec S S M Québec 55 —¦.*= sas— DELTA MGMTItéi. LE DEVOIR.LES SAMEDI 11 ET DIMANCHE I 5 S E I* T E M R R K 2 O O Cull lire Pour ntocœn compte*, consukei ï ô ^ • .r y UrMH cmerna ly ^enda CINÉMA UN SPÉCIALISTE Realisation: Rony Brauman et Eyal S van.a partir des images enregistrées en ;961 par Léo Hurwitz.Inspire d’Eichmann à Jérusalem - Rapport sur la banalité du ma\, d"Hannah Arendt Musique: Krishna Lévy, Yves Robert Béatrice Thiriet 1961-1999.En noir et blanc.A Ex-Centris.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR On peut prendre l’Holocauste par tous les bouts sans jamais purger son horreur.Cela étant les documents les plus passionnants sur la question sont souvent aussi les plus authentiques, les plus collés au documentaire.Revoir Nuit et brouillard d'Alain Resnais avec les amoncellements de cadavres et de lunettes au coin des camps en dit davantage sur le drame qui déchira le dernier siècle que toutes les fictions du monde.Or voici qu’un récent montage des images tirées du célèbre procès d’Adolf Eich-mann à Jérusalem en 1961 nous ramène à l’atroce banalité de ceux qui dirigèrent la Shoah.Très apprécié pour son efficacité et son sens de l’organisation, Adolf Eichmann était entre autres chargé de superviser le transport des juifs dans les wagons de l’Holocauste.En 1945, échappant à l'ignominie de la défaite et au futur procès de Nuremberg, il s’enfiiit en Argentine où, 15 ans plus tard, un commando des services secrets israéliens alla le kidnapper.D fut jugé à Jérusalem en 1961 et pendu en 1962.Eichmann avait été l’une des tètes centrales du nazisme, ayant travaillé à la déportation des juifs d’Allemagne, d'Autriche et de Tchécoslovaquie, orchestré le recensement des juifs français, approuvé un système de gazage par le tuyau d’échappement des camions, mis en place le transport des juifs hongrois vers Auschwitz.Il avait auparavant assisté à la conférence de Wannsee où fut décidée la Solution finale.Or voici ce Eichmann ressuscité dans le box des accusés, avec un regard fuyant et vaincu, plus pathétique que repoussant.Malgré le côté bidon du procès, rien de plus fascinant que cet interrogatoire rigoureusement mené et, hormis quelques cris matés dans l’assistance, fort paisible.Si l’on songe que les témoins, tout comme le public, les avocats et à peu près tout le monde à Jérusalem en Un pion efficace SOURCE K FILMS Adolf Eichmann était entre autres chargé de superviser le transport des juifs dans les wagons de l’Holocauste.1961, avaient été victimes directes ou indirectes de l’Holocauste (même les techniciens à l’enregistrement portent un matricule), ce procès de calme relatif et de rigueur envers un grand criminel nazi constituait un tour de force et un modèle de civisme.Il s’agit d’un document essentiel.D'abord parce que l’accusé qui exécutait ses tâches avec le perfectionnisme d’un fonctionnaire zélé ou d’un valet de l’Etat fournit force dé tails sur l’infrastructure du plan d’extermination: calcul du nombre de passagers par wagon, méthodes de mise à mort rapide recherchées, etc.Aujourd'hui, on connaît ces dé tails, mais à l’époque, leur précision technique, la mise en application de la mécanique homicide furent la froide démonstration du mal.Comme bien d’autres avant et après lui, Eichmann ne se sent pas responsable de l’horreur.Il a exé cuté les ordres.Du moins, c’est ce qu’il se plaît à répéter, tout en pré cisant s’être dédoublé pour mettre sa conscience en veilleuse et demeurer un bon soldat d'Himmler et d’Hitler.Il déclare ensuite avoir été moralement contre l’extermination des juifs, ce qui s’avère d’ailleurs sans doute en partie vrai et en partie faux.En 1944, Eichmann avait tenté d’échanger les juifs hongrois aux Alliés contre 10 000 camions, proposition qui fut rejetée.Trois cent mille d’entre eux furent gazés pour la peine.K FIIMS AMÉRIQUE US CINÉMAS NATIONAUX UE QUA1ITÉ PRÉSENTE UN SPÉCIALISTE v.o.allemande, hébraïque et anglaise avec s.t.français RONY BRAUMAN & EYAL SIVAN OBERSTURMFURHER SS ADOLF EICHMANN - .- K ¦ rt KT n fekJI KT .*»«» «T»» jAlIT O AJM CRIMINEL MODERNE PRÉSENTEMENT A L’AFFICHE! C I NÉMA PARALL 3L E Sam., dim.: 13h00 - 17h05 - 21h10 Ven, el lun.à jeu : 17h05 - 21h10 LE FILM Na.1 AU CANADA! «ON A PAS BESOIN D’ÊTRE GREC POUR AIMER CE FILM, JE N’AI JAMAIS RI AUTANT DEPUIS LONGTEMPS.» - UN SPECTATEUR KUWftMLOS JOHN CWBEÏÏ LAINE KAZAN MCHAEl CORSTAXTIRE m AKORtA MARTIN «JQEVFATME LE MA RI AC.i DE L’ANIMÉE MY BIC.E-AT" GRXXKW! OOINIO «Btumjrva-.-TiwriiaHBM —«mp —mua Æmmm MNB SU» MBN «BraiRNe WtfaN mNMU •«>!«.PRÉSENTEMENT A L'AFFICHE! vsoii DKITU lassssain nrcSMTTi raasfÆSTi raaaasfîf ;i i^aTuTaVi rsasw uSti fiassvgrpTf E^sasssSxTi rcACHEN^Ti i rr^ËS.^1 füuSüNasr^i rasssssr ti repair,! raiSKsrgs-Ti notir™;! n^s^TiiTi AUSSI A l AFFICHE EN VERSION ORIGINALE ANGLAISE CONSULTEZ LES GUIDES HORAIRES DES CINEMAS Un spécialiste porte le spectateur à méditer sur les notions de responsabilité humaine.Car cet homme qui témoigne à son procès en sachant bien qu'il sera pendu au bout du processus était à la fois aux premières loges décisionnelles et un simple pion sur l’échiquier de la croix gammée, faisant des choix mais avec les mains liées.C’est le nazi tapi dans chaque être humain qui nous regarde à travers l’œil torve d’Eichmann.Cet être humain privé de repères, qui s’interroge après coup mais qui n’a pas su s’échapper à temps de la machine infernale qui l'emportait, c’est Eichmann, et ce sont d’autres aussi, tant la morale est élastique en l’homme de toute façon.Sauf que l’enjeu de la Solution finale dépassait Eichmann et lui noua une corde autour du cou.Ce procès n’est pas que le procès du nazisme: c’est celui de chaque personne qui égare ses balises éthiques jusqu’au dérapage, lequel, dans les grands moments de l’histoire, dévoile son visage monstrueux.^ ïrïï" Québec SE du 13 au 26 septembre .'.«.un admirable film-poème ¦ inLie , -dédié à tous les exilés HOME vofysta du monde.» de Phyllis Katrapam Éiie castiei Sequences Au Cinéma Parallèle [Ex-Centris] 3536, boul.St-Laurent Cinéma ?fera pour les instantanés ce que «Psychose» a fait pour les douches^ Brace Handy.VANIK M ¦vraiment, profondément angoissant feferTiMn,NUJNSTME ooUndesHers les plus réussis HiMlioeiiei.feEintm «une réalisation de grande intelligence.M.Romanelieslà couper te soifeoc BréMittiemHf IBUORIlIffi xun tour de force qui mérite un Oscar' longtemps après » électrifiant, Un des meilleurs rôles de Williams àviex SteRtfi Me.MOU ooparrru tes récents , c'est celui eimeui livre une performance qui n'est rien de moins qu'époustouflante oc JAqliNilK-n lumière du jour» kflRÉI.SHWÜSOHM construit avec une performance pemdeuseet influhKahlo HlUUUUlfflWx tebetwfiwxœsara ROBIN WILLIAMS Photo obsession nrtbnlnncMOrfMIHOUItmintk.naaunc.n«i[ira3«iinMn«>i««mHiBiM/aviiMMiNieMB9»aMnaaBiui amUiiaUSIUI.aiMMnK JIHMTU MIM AMOEMM wmiMiawu www.IsxtMreMflIt.Cflfli M A L’AFFICHE! c»«pv£ji ooton aacoa-ptax- outzo t*
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