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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2002-09-21, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 21 ET DI M A \ ( H E S E P T E M B R E 2 O O 2 IDÉES Concordia: la liberté d’expression manipulée?Page B 5 SCIENCE L’histoire du Québec racontée par gènes Page B 6 LE DEVOIR » PERSPECTIVES Les produits équitables marché qui tarde \ a s’imposer Alors qu’ils foisonnent dans les pays européens, les produits issus du commerce équitable tardent à prendre leur envol au Québec.Par manque de visibilité, de diversité, d’appui des gouvernements tout comme des grands réseaux de distribution.FABIEN DEGLISE COLLABORATION SPECIALE La révolution annoncée n’a pas encore eu lieu.Ouvert en grande pompe à la fin des années 90, le marché des produits équitables est encore loin d’avoir donné au Québec les résultats escomptés par les promoteurs du «consommer éthique».Trop peu nombreux, pas assez visibles et surtout peu soutenus par les instances gouvernementales mais aussi par les géants de la distribution, les produits équitables en sachet, en granulé, à pelure, à pétale ou en bois tardent en effet à se démocratiser.Ou pire, à faire leur apparition.Et cette tendance lourde est peut-être là pour rester.La philosophie sous-jacente, martelée à maintes reprises dans les médias au tournant du dernier siècle (celui du premier pas de l’homme sur la Lune!), avait pourtant de quoi séduire: en jetant son dévolu sur les cafés, sucres, thés, meubles et consorts frappés du sceau de Transfair Canada, l'organisme chargé de certifier l’équitable, l’habitant du Nord assurait ainsi aux producteurs du Sud une juste rétribution pour son labeur.Loin des nombreux intermédiaires avides de profits entretenus par les règles du commerce international conventionnelles.Une question de «justice et de développement durable» qui aujourd’hui se résume ici à un seul produit, ou presque: le café.Plus que le café Les chiffres sont sans équivoque.La quantité de café torréfié et certifié équitable vendu au pays est passée de 22 tonnes à.227 tonnes entre 1998 et 2001, selon Transfair Canada, qui anticipe près de 400 tonnes pour l’année en cours.Une goutte d'eau, certes, au milieu des 53 000 tonnes importées VOIR PAGE B 2: ÉQUITABLE Les cultivateurs de café n’ont pas le monopole de la servitude REUTERS Les ventes de café équitable atteindront 400 tonnes cette année au Canada.ILLUSTRATION CHRISTIAN TIFFET Au début des années 80, le resserrement de la concurrence dans le transport aérien a incité les entreprises à donner leurs premiers «milles aériens».m&à; s-SpM'i fc»,»' e :: Les programmes de fidélisation de la clientèle Acheter.et voler Air Miles, Aéroplan et autres appâts permettent aux commerçants de connaître leurs clients Plus qu’un effet de mode, les programmes de fidélisation Air Miles, Aéroplan, Optimum et autres Pétro-Points sont là pour rester.S’ils sont, pour le consommateur, un moyen d’en tirer un peu plus de chaque dollar dépensé, ils constituent, pour les commerçants, non seulement une façon d’appâter la clientèle mais surtout une rare possibilité d’apprendre à mieux la connaître.ÉRIC DESROSIERS LE DEVOIR Il fut un temps où tout bon commerçant connaissait ses clients.11 savait quelles étaient leurs habitudes.Il pouvait détecter leurs changements de goût II parvenait à trouver les petites attentions qui leur feraient plaisir.Depuis, ces commerçants ont été remplacés par des gérants de magasins à grande surface pour lesquels la clientèle est devenue une masse anonyme qu’ils ne comprennent pas.«C’est l’aspect le plus intéressant et certainement le plus rentable des programmes de fidélisation», explique Jacques Nantel, professeur de marketing à l’Ecole des hautes études commerciales et titulaire de la chaire de commerce électronique RBC Groupe financier.«Biew sûr que ces cartes et ces programmes visent à récompenser les clients qui prennent l’habitude de venir chez vous.Mais leur plus grand avantage est d’aller chercher plus d'information sur les caractéristiques de ces consommateurs afin d’ajuster les stratégies de marketing.Et cela, je crois que les entreprises auront de plus en plus de mal à s’en passer.» L’idée des programmes de fidélisation ne date pas d’hier.On distribuât déjà des dollars Canadian Tire dans les années 50.Une dizaine d’années plus tard, les belles-sœurs de Michel Tremblay collaient des timbres-prime Goldstar.Au début des années 80, le resserrement de la concurrence dans le transport aérien a incité les entreprises à donner leurs premiers «milles aériens».Le phénomène s’est reproduit quelques années plus tard dans le domaine du commerce au détail, provoquant une multiplication rapide du nombre de programmes offerts aux consommateurs.Aujourd’hui, on estime qu’un peu plus de 60 % des Canadiens seraient détenteurs d’au moins une carte du genre.«C’est un bon moyen d’établir une relation à long terme avec sa clientèle en des temps où les gens se révèlent de plus en plus infidèles en ce domaine», dit Jacques Nantel.Néanmoins, l’expérience ne se révèle pas toujours des plus positives.Nombreux sont ceux qui ont perdu l’espoir d’avoir un jour assez de points pour pouvoir toucher ce fameux billet d’avion gratuit qu’on leur a fait miroiter.Il fallait avoir fait des achats de 60 000 $, voire de 150 000 $ selon le cas, pour avoir droit à un aller simple pour Paris avant que les compagnies aériennes n’annoncent récemment une réduction de la valeur de ces points.Diversification «Au début de notre programme, en 1992, nous n ’avions quasiment que des billets d’avion à offrir à nos membres», dit Brian Pearson, président du pro-gramme Air Miles au Canada, qui compterait aujourd’hui plus de 12,5 millions de membres au pays et dont on évaluait l’an dernier que sept millions de membres n’avaient toujours pas dépensé un seul de leurs «milles aériens».«Depuis, nous avons ajouté plusieurs autres récompenses plus faciles à obtenir, comme des billets de cinéma, des billets pour les matchs du Canadien, du matériel électronique, etc.Il est vrai qu’une part importante de nos membres préfèrent accumuler leurs points dans le but de réaliser un grand rêve, comme partir en Europe, ajoute-t-il.Mais il y en a beaucoup d’autres, particulièrement au Québec, qui choisissent de les utiliser pour s’offrir de plus petites récompenses.Ce qu’on doit surtout comprendre, c’est qu’il n’est pas dans notre intérêt d’avoir l’air de piéger les gens.» D’autres problèmes sont apparus avec le temps.On s’est notamment inquiété de l’impact que pouvait avoir sur les compagnies aériennes la circulation de l’équivalent de 170 à 765 milliards $US en «milles aériens».Cela justifiera d’ailleurs la décision de certaines compagnies d’en déprécier la valeur de façon unilatérale.On s’est également interrogé sur le droit des individus de s’approprier les points bonis remis pour des achats réglés par leurs employeurs.Ce problème éthique provoquera la démission de députés en Allemagne, fi incitera également la Cour canadienne de l’impôt à décider en 1995 — sans grand effet jusqu’à présent — que ces points bonis devaient être comptabilisés comme une forme de revenu et par conséquent être imposables.Information «sensible» Malgré tous ces problèmes, de plus en plus d’entreprises évaluent la possibilité de créer leur programme de fidélisation ou de se joindre à un programme existant «C’est une décision lourde de conséquences, explique Paul Lafortune, vice-président exé- cutif de la société montréalaise Cyberpro Technologies.D’une part parce qu’elle représente un engagement financier important dans des secteurs où les marges de profit sont souvent très minces.D’autre part parce qu’me fois que les clients ont des cartes de fidélisation entre les mains, on ne peut plus reculer.» Diverses avenues technologiques s’offrent alors.On peut opter pour une carte magnétique ou munie d’un code-barre et dont les renseignements seront transmis à un serveur central d’où il faudra par la suite extraire l’information.On peut opter pour la carte à puce, plus coûteuse mais qui facilite la mise à jour du compte des clients en temps réel.Chez Van Houtte, on a décidé de marier les plus vieilles techniques de marketing aux plus récentes technologies.Les clients de la chaîne de cafés continuent de trimballer l’éternelle carte qui sera marquée chaque fois qu’ils achèteront un café et qui, au bout du compte, leur vaudra un café gratuit Les employés de bureau, de leur côté, sont invités à se rendre sur un site Internet où, en échange de leur opinion sur les produits offerts dans les machines à café Selena, ils courent la chance de gagner un voyage en Europe.«Cela nous permet de connaître un peu mieux notre clientèle et de savoir ce qu’elle aime», dit Jean-Yves Mo-nette, vice-président exécutif et président de l’exploitation café chez Van Houtte.Les renseignements dont ont typiquement besoin les commerçants n’ont rien de très compliqué, explique Paul Lafortune.Le simple fait de pouvoir aller au delà des habituelles statistiques de ventes et de connaître le taux de fréquentation ou les dépenses moyennes des clients permet de comprendre beaucoup mieux la façon dont se subdivise cette clientèle et quelles stratégies de marketing sont susceptibles d’être les plus efficaces.La possibilité de croiser ces données avec les habitudes de consommations de ces mêmes clients au supermarché ou dans leurs loisirs démultiplie évidemment la somme de données à tirer de ces programmes.Cela pose alors inévitablement la question de la confidentialité de ce genre d’information.Par le passé, on ne s’est pas gêné pour vendre de telles banques de données lorsqu'on s’est retrouvé en difficultés financières, note Jacques Nantel.«us détaillants, de nos jours, perçoivent ces données sur leurs clients comme l’un de leurs actifs les plus importants, fis sont donc très réticents à les vendre, dit Paul Lafortune.Ils savent aussi que les clients risquent de ne pas apprécier la manœuvre et de le leur faire payer cher.Le but de ces programmes de fidélisation est de mieux satisfaire la clientèle, pas de se la mettre à dos.» «Je crois que les entreprises auront de plus en plus de mal à s’en passer » i B 2 LE DEVOIR.LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 SEPTEMBRE 2 0 0 2 PERSPECTIVES Turbulence en Côte d’ivoire Un putsch annoncé Crise financière de l’Etat, guerre des chefs et xénophobie ont eu raison du « modèle ivoirien » STEPHEN SMITH ET JEAN-PIERRE TUQUOI LE MONDE Pendant trente ans, la Côte d’ivoire est restée une équation stable: une autocratie plus éclairée qu’ailleurs et l’ouverture des frontières aux «parents pauvres» des arrière pays du Sahel alimentaient une prospérité résumée en deux mots: le «miracle ivoirien».En réalité, l’infantilisa-don — longtemps cultivée par une pléthore de coopérants français — et une immigration massive, mal vécue par les Ivoiriens, y préparaient des lendemains explosifs.Si un «modèle ivoirien a un jour existé, il a volé en éclats en 1990.Jusque-là, l’ancienne colonie française offrait l’image d’un pays uni autour de son président charismatique, Félix Houphouët-Boigny.Le multipartisme n'y était pas de mise (en violation de la Constitution), mais le développement réel du pays — premier producteur mondial de cacao et troisième exportateur de café — faisait oublier le régime du parti unique.Mais au printemps 1990, la Côte d’ivoire s’enflamme.Un mouvement de contestation ébranle l’autorité de l’État et contraint le gouvernement à retirer un plan d’économie dont les fonctionnaires devaient faire les frais.«Houphouët, voleur!», crient les manifestants dans les rues d’Abidjan.le multipartisme devient effectif, et une quarantaine de partis politiques voient le jour.Cette surabondance n’empêche pas les élections présidentielle (pour le 7' mandat de Félix Houphouët-Boigny), législatives et municipales d’avoir lieu dans le calme.Avec un score honorable de 19 %, l’opposant Laurent Gbagbo prend ses marques.Le décès de Félix Houphouët-Boigny, le 7 décembre 1993, ouvre une période d’incertitude.Une réforme de la Constitution avait prévu de confier au président de l’Assemblée nationale l’achèvement du mandat présidentiel en cas d’incapacité ou de disparition, mais sa lecture est diversement interprétée.Récusé par le premier ministre de l’époque.F -—fit/' >ft** •s.»».i .-jfic.«N is AGENCE FRANCE-PRESSE Il y a deux ans déjà, des supporters du dirigeant de l’opposition ivoirienne, Alassane Ouattara, envahissaient les rues pour protester contre le scrutin d’octobre 2000.Alassane Ouattara, l’héritier du «Vieux», Henri Konan Bédié, est un président contesté.Autoritarisme et anarchie Le scrutin présidentiel d’octobre 1995 aurait dû changer la donne.Cependant, jugeant inac- ceptable le code électoral, l’opposition le boycotte.Henri Konan Bédié est élu avec 96 % des voix sur fond de manifestations de rue violentes.La crise financière de l’État est le problème de fond.La Côte d’ivoire a beau être la troisième économie d’Afrique subsaharienne — derrière l’Afrique du Sud et le Nigeria —, la dégringolade des cours de ses matières premières ampute les ressources du pays et révèle la gabegie des deniers publics et l’étendue de la corruption.La dévaluation de 50 % du franc CFA, en janvier 1994, n’a permis qu’une relance éphémère, sans impact sur ces déficiences de fond.La situation politique ayant épousé une courbe parallèle, une mutinerie de soldats impayés vire, en décembre 1999, au coup d'État, le premier de l’histoire du pays.Le général Robert Gueï, à la tête d’un Comité national de salut public (CNSP), destitue le président Bédié.•Les règles de la démocratie seront respectées», promet-il.En réalité, la junte au pouvoir conjugue autoritarisme et anarchie.Le discours xénophobe du président Konan Bédié, héraut de «l'ivoiri-té», est repris et développé.Il sanctifie la chasse aux «allogènes», en particulier dans la «boucle du cacao», l’ouest du pays, où la présence de nombreux étrangers — un tiers des habitants au niveau national — pose un problème foncier réel.Mais la classe dirigeante ivoirienne joue à l’exclusion pour se débarrasser d’Alassane Ouattara, de «nationalité douteuse», à l’approche de l’élection présidentielle de l'automne 2000.Finalement, en l’absence du chef du Rassemblement des républicains (RDR), c’est le socialiste Laurent Gbagbo qui déjoue un coup de force électoral avec l’appui de la rue.Devenu président, il souffre d'un déficit de légitimité, d’autant qu'il reprend à son compte la querelle identitaire, concentrée sur le «Nordiste» Alassane Ouattara, érigé en symbole de ralliement des «porteurs de boubous» venus du Sahel.L’attentisme des investisseurs et des bailleurs de fonds, au premier rang desquels le FMI et la Banque mondiale (pour cause d’arriérés de paiement), aggrave la crise.Ayant mis le pays «sous observation», l’Union européenne tarde également à reprendre sa coopération.Le dernier coup de force en date, imputé au général Gueï, intervient alors que les vannes financières commençaient à se rouvrir et que les cours du cacao — au plus haut depuis trente ans — nourrissaient l’espoir d’une «consolidation», en attendant la relance.En début d’année, Paris avait débloqué 183 millions d’euros d’aide budgétaire, «la plus importante attribuée depuis 1995 à un État africain», soulignait alors Paris.A présent, tout est à refaire.EQUITABLE Outre le café, le riz, le sucre, le thé, le cacao, les meubles à monter soi-même, les fleurs ou encore les bananes et d'autres fruits sont disponibles dans le commerce équitable SUITE DE LA PAGE B 1 bon an mal an du Brésil, de la Colombie, du Guatemala, du Mexique, du Pérou ou encore du Salvador.Un bon début aussi pour Oxfam, un des pourvoyeurs de café équitable au Canada, qui Îilus tôt cette semaine a décidé de ancer une vaste campagne médiatique afin d'inciter les multinationales du café à payer elles aussi un prix plus juste aux producteurs.Histoire d’accentuer, par le jeu de la consommation de masse, ces résultats.Mais le commerce équitable, on s’en doute, ne se limite pas à cette seule boisson qui «fait dormir quand on n’en prend pas», comme la décrivait l'humoriste français d’une autre époque Alphonse Allais.Les cultivateurs de café n'ont pas le monopole de la servitude vertement dénoncée par les organisations caritatives.Et dans les régions reculées du Vietnam, du Laos, de l'Uruguay, du Chili ou encore du Congo, les producteurs de riz, de sucre, de thé, de cacao, de meubles à monter soi-même, de fleurs ou encore de bananes et autres fruits seraient logés à la même enseigne.En Suisse, l’un des modèles en matière de généralisation du commerce équitable, les consommateurs pourvus d’une conscience sociale le savent bien, eux qui depuis maintenant 10 ans peuvent s’approvisionner en produits équitables de toutes sortes dans une épicerie près de chez eux: bananes Oe «produit phare» de ce nouveau concept chez les Helvètes), fleurs, sucre, miel, riz, jus d’orange, cacao et bien sûr café y sont disponibles.Là-bas, l’offre comme la demande sont telles que Max Havelaar Suisse, l’organisme qui orchestre la mise en marché de l’équitable au pays du chocolat, annonçait en mai dernier ne plus avoir besoin de subventions de l’État pour poursuivre sa mission.Ventes records •L'an dernier, nous avons fait Le destin du commerce équitable est étroitement lié à celui de ralimentation biologique un chiffre d’affaires record de 84 millions de francs suisses [88 millions SCAN]», explique Didier Deriaz, porte-parole de Max Havelaar Suisse, dans un entretien téléphonique avec Le Devoir.«Le commerce équitable, ajoute-t-il, se porte très bien ici.Nous avons eu la collaboration inconditionnelle de l’ensemble des distributeurs de la Confédération, l’aide du Secrétariat d’État à l'Économie [une subvention de 160 000 $ par année pendant huit ans] qui nous a permis de lancer des campagnes publicitaires à la télévision, l’adhésion massive à nos produits des cantines et restaurants d’entreprises et de grandes institutions comme les bureaux de l’ONU ou de Novartis [8000 employés] et le soutien de la population dont 50 à 60 % sait que nous existons et ce que nous offrons.» Une formule gagnante qui a de quoi rendre jaloux les homologues canadiens de Max Have laar Suisse, les Équiter-re, Oxfam-Québec et autres Plan Nagua qui sont à des années-lumière d’une telle diversité de produits et surtout d’une telle pénétration du marché.Certes, le café équitable se retrouve depuis peu sur les étagères des Lo-blaw, IGA ou Provigo de la province.Mais leur présence se fait encore timide et se limite bien souvent aux espaces consacrés à l'alimentation naturelle.«Pour le moment, c’est là que nous pouvons le vendre, explique Josée Bédard, porte-parole de Loblaw.Le produit n’est pas assez connu et semble répondre seulement aux besoins des gens qui s'intéressent à cette forme d’alimentation.» Accessibilité Même chose pour le cacao, les tablettes de chocolat, le sucre et le thé, disponibles en dose homéopathique au Québec généralement dans des magasins spécialisés peu fréquentés par une «masse critique qui fait toute la différence», commente M.Deriaz.«Si les produits équitables ne sont pas facilement accessibles, ajoute-t-il, si le consommateur doit faire un effort pour se les procurer, la sauce n’a aucune chance de lever.» Une sauce à laquelle il est également impossible d’ajouter du jus de fruit, du miel, du riz, des bananes ou encore des fleurs, qui brillent depuis toujours par leur absence de ce côté de l’Atlantique.•C’est que nous en sommes encore à nos débuts, explique Isabelle St-Germain, coordonnatrice du programme commerce équitable chez Équiterre.Au départ, nous voulions axer nos campagnes de sensibilisation vers les consommateurs et sur le café seulement, un produit consommé par tous, pour faire passer le message.Il reste encore du travail à faire et le reste devrait suivre.» Peut-être.Car la jeunesse du mouvement n’explique pas à elle seule l’incapacité de l'alimentation équitable à s’immiscer dans les paniers d’épicerie d’un grand nombre de consommateurs.Depuis leur apparition, les produits issus de cette nouvelle forme de commerce rencontrent en effet une multitude d'écueils que leurs promoteurs ne semblent pas en mesure d'éviter.Lié au bio A preuve: le destin du commerce équitable est aujourd’hui étroitement lié à celui de l'alimentation biologique — la plupart des produits équitables s’affichent également bio — et à son bassin de consommateurs marginaux.«En plus de la responsabilité sociale, nous avons fait le choix ici de la qualité des produits», résume Mme St-Germain.Mais en même temps, celui d'une faible demande et d’une politique de prix à la hausse qui aujourd’hui devient un frein à la diversité.Surtout dans le cas des fleurs, des bananes ou du jus d’orange équitables.•Ce sont des produits importés frais qui ont besoin d’être écoulés rapidement sur le marché, commente Caroline Whitby, directrice de Transfàir Canada.Nous avons donc besoin de trouver un bon réseau de distribution et de nous assurer d’une demande suffisante pour que cela soit rentable.On ne peut faire venir un demi •> S Y P 1 Y M B H K 2 O O 2 JACQUES NADEAU LE DEVOIR IDEES irai Wh i Manifestations étudiantes à Concordia lors de la visite de Benjamin Nétanyahou Quand on manipule la liberté d’expression Concordia : j’y étais JULIEN BAUER .ierre Beaudet, président d’Alternatives, P cherche à me faire passer pour un menteur.Manque de chance pour M.Beaudet: Concordia, le 9 septembre, j’y étais.Ix's lecteurs du Devoir ont le droit de sa-— -1| voir ce qui s’est passé.Arrivés sur place, mon épouse et moi, avant llh, nous avons constaté que les portes donnant sur le boulevard de Maisonneuve étaient bloquées par des manifestants.Un de leurs leaders hurlait des imprécations pour chauffer la foule.Le service de sécurité nous a dit d’entrer par la rue Mackay puis nous a dirigés vers la rue Bishop.Nous avons attendu plus d’une demi-heure, puis, tout à coup, venant du nord où il n’y avait aucun policier, plus d’une centaine de personnes ont dévalé la rue et poussé ceux qui attendaient.Ils ont scandé ce grand hymne pacifique, «sans hargne et sans haine», dixit M.Beaudet «Par le sang, par le feu, nous construirons la Palestine.» Ils avaient un assortiment plutôt curieux de drapeaux: des drapeaux palestiniens, des drapeaux du Hamas, un drapeau libanais (sans doute en signe de solidarité avec le Liban occupé par la Syrie), des drapeaux rouges avec Che Guevara et un drapeau soviétique avec faucille et marteau.A trois reprises, les manifestants «sans hargne et sans haine» ont attaqué ceux qui croyaient, naïvement, que le droit de parole fait partie de la vie démocratique.La tension montant, les attaques, je le précise, venant exclusivement des amis de Pierre Beaudet et à aucun moment de ceux qui étaient venus écouter Nétanyahou, j’ai essayé tant bien que mal de protéger mon épouse des coups et lui ai recommandé de se mettre à l’abri de l’autre côté des barricades gardées par des policiers.Une policière a alors dit à mon épouse: «Si tu passes, je te matraque.» Finalement, nous ayons pu entrer à Concordia.A l’intérieur, des manifestants «sans hargne et sans haine» hurlaient des insultes.Lors-• qu’on a annoncé que Nétanyahou ne donnerait pas sa conférence, j’ai cru qu’il ne nous restait plus qu’à partir.C’était sans compter les manifestants «sans hargne et sans haine» qui, non contents d’avoir empêché un invité de parler, voulaient en prime attaquer ceux dans la salle.La police nous a fait attendre plus d’une heure et demie avant que nous puissions sortir.D’autres personnes que je connais ont eu une expérience encore plus désagréable.Lorsqu’un manifestant a attaqué Norma Joseph, professeur à Concordia, son mari a voulu la défendre.Les «sans hargne et sans haine» se sont partagé la tâche, un homme frappant M.Joseph et une femme se chargeant de son épouse.Que de tels agissements soient présentés par Pierre Beaudet comme «un message de paix» en dit plus long sur la hargne et la haine des manifestants que n’importe quelle analyse.NICOLAS RENAUD Editeur du magazine en ligne Hors champ et ancien étudiant en arts à l’université Concordia la suite de la manifestation du lundi 9 septembre à l’université Concordia, tous les médias locaux et nationaux sans exception, tant chez les éditorialistes que dans les lettres des lecteurs, ont publié et télédiffusé une seule version des faits.La condamnation des manifestants pour avoir empêché Benjamin Nétanyahou de prononcer son discours a été unanime, à des degrés plus ou moins sévères selon les médias.Il est toutefois désolant qu’une fois cet os de la liberté d’expression lancé par Nétanyahou, tous l’aient mordu si fort que personne ne semble avoir vu l’enjeu de l’événement dans son ensemble, c’est-à-dire la manipulation de nos médias, permettant ainsi à un politicien, avec l’assentiment général, de démo-niser un groupe de façon indiscutablement grossière et injuste, faisant parader son image de victime afin de soustraire au débat le fond réel de son programme politique.Il est nécessaire de le rappeler ce programme ne se soucie guère de débat et de liberté.Si, à juste titre, tout le monde s’est empressé de critiquer les manifestants, il est plutôt stupéfiant que personne n’ait cru bon de critiquer la vision de l’ancien premier ministre d’Israël, qui prône l’expulsion des Palestiniens, qui a reproché à Sharon de participer à toute forme de négociation et qui est venu en Amérique essentiellement pour semer dans l’opinion publique le message qu’il a répété à Montréal: «Les militants propalestiniens soutiennent aussi Saddam Hussein, Arafat et Oussama ben Laden.» D faut certes défendre la liberté d’expression, ce qui ne signifie pas que de pareilles énormités en soient un usage sain et que nous ne devions pas les condamner aussi.Tremplin idéologique J’étais présent Je ne suis ni Juif ni Palestinien, mais j’appuyais ceux qui voulaient dé noncer l’utilisation d’une université comme tremplin idéologique d’un politicien d’extrême droite, entraînant l’opération provocatrice d’une ségrégation à l’intérieur de l’institution, où un groupe est admis pendant que l’autre doit faire face aux forces policières venues contenir son mécontentement Je suis contre toute violence dans le cadre de n’importe quelle manifestation.Ces actes n’ont aucune vertu dans la lutte pour la justice.Je suis aussi en désaccord avec le fait d’empé cher une personne de s’exprimer.Ce fut là un manque flagrant de jugement de la part des organisateurs de la manifestation.Finalement, j’ai été mal à l’aise devant l’intimidation qu’ont eu à subir des étudiants juifs dans leur école.Toutefois, comme tous ceux qui étaient sur place, je ne suis pas un «nazi», ainsi que l’a déclaré Israel Asper, l’un des promoteurs de la venue de Nétanyahou.Je ne suis pas non plus un «sympathisant de terroristes qui font exploser des autobus de bébés [.], la même lueur de haine dans les yeux que je vois au Moyen-Orient», comme l’a déclaré Nétanyahou.Victime, peut-être, mais aussi très heureux de la tournure des événements, comme en témoignent ses propos irresponsables, sans la moindre valeur de discours rationnel, nous en conviendrons, et uniquement dédiés à son intérêt politique.Des phrases comme celled: «On m’a empêché de parler à 600 personnes mais je peux maintenant m'adresser à 30 millions de Canadiens» semblaient d’ailleurs bien préparées à l’avance et trahissent la satisfaction de voir le scénario idéal se réaliser.Détournement Certains médias ont ignoré ces propos alors que d’autres les ont rapportés avec ferveur.Lesquels ont été les plus prompts à diffuser son message et à dépeindre les manifestants comme des barbares?Ceux, entre autres, qui appartiennent à Israel Asper lui-même (Global, National Post, ITie Gazette).Il est propriétaire de Can West, tête de la plus importante concentration de médias au Canada, elle-même la principale menace, nous pouvons l’affirmer, de la liberté de presse dans ce pays.N’oublions pas qu’Asper a déjà défendu à ses journaux de publier toute critique des politiques d’Israël et qu’il leur impose chaque semaine un «éditorial national» unique.Mais toutes ces filiations, déterminantes derrière la représentation des faits qui leur était offerte, n’ont pas préoccupé les vaillants défenseurs de la liberté d’expression qui ont fait front commun.A la télévision, aucun réseau, à ma connaissance, n’a expliqué l’idéologie politique de Nétanyahou, laissant croire qu’il était ciblé simplement parce qu’il est un politicien israélien.De plus, tous ont omis de mentionner le nom du groupe organisateur, nom qui, en soi, n’exprime rien d'anti-israélien: la Coalition pour une paix juste au Moyen-Orient Aux nouvelles de 18h du Téléjoumal de Radio-Canada, on donnait la parole à un représentant de la manifestation.Cet extrait avait disparu dans le bulletin de 22h.Et on pourrait ainsi relever la direction prise par tous les médias dans leur couverture de l’événement La liberté d’expression est un bien beau principe, mais à quoi cela sert-il de le défendre quand on accepte qu’il soit utilisé et détourné à des fins politiques et récupéré par certains médias dont l'objectivité est d'avance impensable?À trois reprises, les manifestants «sans hargne et sans haine» ont attaqué ceux qui croyaient, naïvement, que le droit de parole fait partie de la vie démocratique R 5 Denise Horn bordier ?La pensée magique Il ne si* passe guère une journée s;ms qu’un inter-locuteur vous interrompe et vous demande: «De quel signe êtes-vous?» Ce à quoi je réponds souvent «Trouvait.» la plupart du temps, ce dernier de file tous les signes du zodiaque avant d’arriver au mien.Alors, pas dépité pour deux sous, il ajoute: «C'est à cause de votre ascendant que je n ’y suis pas arrivé.» Dans les dîners autour d’une table, la discussion est vive, serree et intellectuellement articulée jus qu’au moment où l’un des participants introduit un argument ésotérique du genre: «Ix karma de Saddam Hussein lui dicte sa conduite.Quant à Hush, un drainage lymphatique calmerait ses ardeurs guerrières.» Caricature, direz-vous?Si pou.Un chercheur à la fois scientifique et original de l’Université de Montréal, Serge I^arivée, dont on connaissait déjà les travaux sur le plagiat dans le monde universitaire, vient de publier une étude qui montre que les livres de pseudo-sciences occupent sept fois plus d’espace sur les rayons des librairies que les ouvrages de vulgarisation scientifique, à cause, bien sûr, de la demande des clients lecteurs.Dims les bibliothèques publiques — qui auraient, à ce qu’on sache, une vocation pédagogique —, les livres sur résotérisme, l’astrologie et le fourre-tout qu’on appelle nouvel âge dominent les ouvrages à caractère scientifique.Doit-on s’en étonner?Le rejet de la religion traditionnelle qui a entraîné l’abandon des références spirituelles a ouvert tout grand les portes à des croyances diverses, plus ou moins aberrantes.Ajoutons à cela la philosophie du vécu qui a dominé la pédagogie scolaire durant quelques décennies et qui pourrait se résumer par l’affirmation suivante: «Je ne suis jamais allé en Turquie, donc la Turquie n’existe pas», et on se retrouve avec une partie importante de la population qui croit à des forces extraterrestres et à l’énergie de gar-nottes payées la peau des fesses, qui vouent un culte absolu aux aliments naturels en oubliant que des champignons, aussi naturels soient-ils, peuvent nous tuer dans l’heure qui suit leur consommation et que les médecins n’en savent pas plus que les «doux médecins» qui massent, engourdissent et intoxiquent l’esprit et le corps à des prix non soldés comparativement au taux de l’acte médical.L’adhésion aux pseudo-sciences met en échec la connaissance elle-même.Ceux qui savent (un peu ou beaucoup) sont dans le meilleur des cas écoutés distraitement et, dans le pire, suspectés.Plusieurs confondent l’astrologue et l’astronome, le chimiste et l’alchimiste, le physicien et l’autodidacte de la théorie du trou noir.Nous vivons entourés de gens qui ont foi dans les ondes, les vibrations, les voix intérieures et les esprits bienfaisants ou malfaisants.Comme nous n’en sommes pas à un paradoxe près et puisqu’on découvre, si on en doutait encore, que la technologie n’est que de la quincaillerie, ces mêmes gens utilisent Internet pour s’enfoncer davantage dans l’irrationnel ou pour diffuser leurs pseudo-sciences à tous les naïfs, les inquiets et les angoissés de la planète à la recherche de réponses simples et définitives à des questions sans réponse ou à choix multiple.L’adhésion aux pseudosciences met en échec la connaissance elle-même Changer devient progresser La pensée magique évacue aussi l’expérience comme critère de compétence.Dans ce contexte, changer devient progresser.Transposée dans le domaine politique, cette façon d’appréhender la vie n’est pas sans conséquences.la pensée magique entraîne aussi un fatalisme social puisqu'elle soumet les êtres à des forces occultes et, en ce sens, elle repTé-sente une régression indiscutable de l’évolution humaine, ou plutôt humaniste, devrait-on préciser.La rationalité nous a permis de nous soustraire à la loi du Talion, d’instaurer un système de droit basé sur l’égalité des personnes, de nous éloigner de tous ces intégrismes dont nous subissons hélas les tristes conséquences, d’améliorer les conditions de vie, bref, d'élever l’être humain au-dessus des multiples tyrannies qui le menacent.Si la science, ultime expression de l’intelligence humaine, n’est pas le bien, elle permet néanmoins d’y accéder alors que la pseudo-science mène facilement à l’obscurantisme, l’exploitation et l’aliénation.L’engouement pour les pseudo-sciences exprime évidemment une angoisse que l'accès à la connaissance n’arrive pas à apaiser.Il indique aussi que très nombreux sont ceux qui n’acceptent pas les limites de la science, lesquelles ne sont que les limites de la connaissance humaine.la maladie, le malheur, la souffrance et la mort ne sont plus vécus comme des fatalités mais comme des erreurs de fonctionnement ou, pire, des punitions, des injustices que l’on devrait nous épargner.En se réfugiant dans le monde magique de l’irrationnel, on cherche avant tout à se soustraire aux risques inhérents que constitue le savoir scientifique, c’est-à-dire le doute perpétuel et l’obligation de remettre en cause.ses croyances, ses idées et ses espoirs.Or le vrai progrès humain prend sa source dans cette pratique de la rationalité.?Merci aux lecteurs qui m’ont rappelé mon erreur d’avoir confondu le texte d’Aragon et celui de Raymond Lévesque dans la précédente chronique.La mémoire sélective m’a joué un tour, je suppose.denbombardieréaiearthlink.net L’ÉQUIPE DU DEVOIR LA RÉDACTION Journalistes à l'information générale et métropolitaine : Gérald Dallaire {adjoint au directeur de l'information), François Cardinal (actualité municipale), Marie-Andrée Chouinard (éducation) Yves d’Avignon (sports), Paule des Rivières (éditorialiste), Jenn Dion.l^ouis-Gilles Franccuur (environnement), Benoit Munger (responsable du site Internet).Josée Boileau.Brian Myles (justice et faits divers).Isabelle Paré (santé): Michel Garneau (caricaturiste) ; Diane Précourt (pages éditoriales, responsable des pages thématiques), Martin Duclos et Christine Dumazet (relecteurs), Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) ; À l’information culturelle Michel Bélair (responsable), Jean-Pierre Legault Stéphane Baillargeon (théâtre), Paul Cauchon (médias), Caroline Montpetit (livres), Odile Tremblay (cinéma), Bernard Lamarche (arts visuels), A l'information économique Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l'information), Dominique Reny.Éric Desrosiers.Valérie Dufour, Pauline Gravel.Claude Turcotte; è l’information internationale ; Claude Lévesque, Guy Taillefer, Serge Truffaut (éditorialiste); à l’information politique : Hélène Buzzetti, Manon Cornellier (correspondantes parlementaires à Ottawa), Mario Cloutier et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Kathleen Lévesque ; Marie-Hélène Alarie (secrétaire d la rédaction) , Louise-Maude Rioux Soucy, Geneviève Oüs-Dionne (commis).La documentation : Gilles Paré (directeur): Manon Derome.Serge Laplante (Québec), Rachel Rochefort (Ottawa) LA PUBLICITE ET LE MARKETING.Jacqueline Avril, Jean de Billy.Gyslaine Côté.Marlène Côté, Annie Duguay, Martin Fournier.Christiane I^egault.Amélie Maltais.Jacques A.Nadeau.Claire Paquet.Micheline Ruelland.(publicitaires), Laurence Thériault (directrice adjointe), Manon Blanchette.Sylvie Laporte.Martine Bérubé (secrétaire) LA PRODUCTION Christian Goulet (respcmsable de la production), Claudine Bedard.Michel Bernatchez.Philippe Borne, Johanne Brunet, Danielle ( antanç Richard Des Cormiers.Donald Filion.Olivier Zuida.INFORMATIQUE, Yanick Martel (responsable).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE, ünda Thériault (responsable service a la clientèle, distribution et tirage), Marie-Éve Santerre, (coordonnatrice à la promotion et à la sollicitation), Monique L’Heureux.Use lachapelle.Rachelle Leclerc.Marie-France Dalcourt.L’ADMINISTRATION Nicole Carmel (responsable des services comptables).Céline Furoy.(iermain Haeck (contrôleur), Ghislaine Lafleur, Claudette Béliveau (adjointe administrative), Claudine Chevrier.Chantal Rochon.Danielle Ross! IA FONDATION DU DEVOIR Roger Boisvert (vice-président exécutif et directeur général) U B 6 LE DEVOIR.LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 SEPTEMBRE 200 2 LE DEVOIR SCIENCE Faculté de l'éducation permanente Diversifiez vos compétences ;o 343.6090 www.fop.umotitreal.ca Université de Montréal E N BREF Gène agresseur (ASP) — Des enfants qui ont été maltraités dans leur enfance deviendront eux-mêmes des parents abusifs.Mais pas tous.Pourquoi cela ?Des chercheurs viennent de mettre la main sur un gène qui pourrait contenir une partie de la réponse.Il accroîtrait les comportements violents chez ceux qui ont connu de tels problèmes dans leur enfance.Selon une étude parue dans la revue Science, une mutation de ce gène libérerait dans le cerveau une substance qui augmenterait le risque qu’un homme soit violent, mais uniquement chez ceux qui furent maltraités quand ils étaient enfants.Les scientifiques spécialistes du cerveau ont identifié depuis des années certaines de ces substances qui poussent à l’agressivité ; mais c’est la première fois qu’on établit un lien entre une telle substance et les passés familiaux d’un aussi grand nombre d’individus : les dossiers médicaux de 1 037 personnes nées aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne en 1972 ont été épluchés, de leur enfance jusqu’à aujourd’hui.Je pense que je suis stupide, donc je le suis (ASP) — L’estime de soi est décidément chose bien fragile.Chez certaines personnes, il suffit de se sentir rejeté.pour soudain obtenir de moins bons résultats aux tests d’intelligence.Pendant deux ans, un psychosociologue de l’Université Case Western Reserve (Ohio) a suivi différents «cobayes»: aux uns, il a par exemple remis une fausse évaluation de leur personnalité, qui laissait croire qu’ils étaient destinés à rester seuls toute leur vie.D’autres étaient rejetés par un groupe auquel ils essayaient d’apporter leur aide.Après ces expériences déplaisantes, les tests d’intelligence qu’on leur faisait subir étaient invariablement moins bien réussis qu’avant l’expérience, parfois de 25 ou 30 %.Et dire qu’on se plaint du sort réservé aux rats de laboratoire.Les mystères de TOuest (ASP) — On ne sait pas trop ce que John Wayne en dirait, mais le Far West avait lui aussi des secrets bien cachés.Une archéologue a découvert une seringue et des aiguilles qui témoignent d’un usage régulier de drogues dans une résidence de Virginia City, Nevada, il y a 125 ans.L’analyse au microscope a révélé des traces de morphine sur les aiguilles: elle a aussi révélé des fragments d’ADN appartenant à au moins quatre personnes, ce qui signifie qu’on se partageait les aiguilles.Et au moins un de ces individus était un Noir, comme quoi il y avait des lieux où la discrimination n’était pas une priorité.Arbre généalogénétique (ASP) — Les habitants du pays de Galles sont génétiquement distincts de ceux qui vivent en Angleterre, pourtant juste à côté.la raison est vieille de 1 500 ans : les invasions barbares, comme on les appelle dans les livres d’histoire.À cette époque, des peuples anglo-saxons ont débarqué sur l’île britannique et en ont délogé ceux qui vivaient déjà là : les Celtes.Les descendants de ceux-ci ne se retrouvent plus, aujourd’hui, qu’au pays de Galles.Ils ont dû les déloger très rapidement pour que cette différence génétique subsiste encore quinze siècles plus tard.Au point où, révèle une analyse menée au Collège universitaire de Ixmdres, les hommes d’Angleterre sont génétiquement plus proches des habitants de la Frise, une province des Pays-Bas d’où on croit que les Anglo-Saxons étaient originaires, que de leurs voisins gallois.La «frontière génétique» correspond même, en gros, à la fron-tjère qui avait cours au Moyen Age, entre l’Angleterre et le pays de Galles.L’histoire racontée par les gènes De la fondation de Québec jusqu’à nos jours, la destinée de la population québécoise a fortement accéléré l’évolution de son patrimoine génique Le 13 septembre 1759, sur les plaines d’Abra-ham, les troupes britanniques écrasent en moins d’un quart d’heure une armée française mal préparée et en attente de renforts qui arriveront trop tard.Cette célèbre bataille scelle le destin de la Nouvelle-France.et du même coup détermine celui du patrimoine génétique de sa population qui, en grande partie, choisit de demeurer sur cette terre d’Amérique désormais gouvernée par l’Angleterre.PAULINE GRAVEL LE DEVOIR De la fondation de Québec en 1608 jusqu’à nos jours, la destinée de la population québécoise a fortement accéléré l’évolution de son pool — patrimoine — génique.lequel a vu la fréquence de certaines mutations se modifier substantiellement en l’espace de quatre siècles, avec pour conséquence la prévalence élevée dans l’est du Québec d’une dizaine de maladies héréditaires peu fréquentes, voire inexistantes ailleurs dans le monde.Parmi celles-ci : la dystrophie musculaire oculopharyngée, la dystrophie myoto-nique (ou maladie de Steinert), la tyrosinémie, l’ataxie spastique Charlevoix-Saguenay et la neuropathie sensori-motrice avec ou sans agénésie du corps calleux.Par contre, quelques maladies génétiques relativement communes dans les populations européennes, comme l’hémophilie et la dystrophie musculaire de Duchesne, sont rarissimes dans cette même région du Québec.Le « fardeau génétique » de la population canadienne-française du Québec n’est donc pas plus lourd que celui de la plupart des autres populations humaines.Simplement, il se distribue différemment Cette distribution toute particulière des gènes est caractéristique de quelques rares populations dites à « effet fondateur », comme la Finlande et l’Islande.Les populations dites à effet fondateur sont généralement issues d’un petit groupe d’immigrants qui s’établissent sur un territoire le plus souvent inoccupé où ils donnent naissance à une nouvelle population qui se reproduit ensuite en vase clos.Ces populations intéressent au plus haut point les généticiens car l’effet fondateur rend la localisation et l’identification des gènes responsables de maladies héréditaires nettement plus simples que dans une grande population hétérogène, comme celle de la France par exemple.Dans une population à effet fondateur, la majorité des personnes atteintes d’une même maladie génétique partagent en général un bout de chromosome plus ou moins long qui leur fut transmis par un ancêtre commun, habituellement l’un des fondateurs de la population.Cette séquence d’ADN commune comprend la mutation ainsi qu’une petite portion du chromosome de chaque côté de la mutation où siègent des « marqueurs » génétiques reconnaissables à leur taille caractéristique.Dans une population hétérogène, le gène délétère et surtout les marqueurs qui l’avoisinent peuvent par contre être de tailles différentes chez des individus souffrant d’une même maladie génétique, ce qui complique considérablement la recherche de mutations.De plus, la croissance extraordinaire qu’a connue la population canadienne-française en l’espace de trois siècles et demi a favorisé la multiplication des porteurs de certaines mutations fondatrices.Or un nombre de porteurs élevé constitue aussi une source exceptionnelle d’informations pour les généticiens.Mais si la population québécoise a acquis de telles particularités génétiques, qui désormais la distinguent nettement de la population française, c’est en raison de facteurs sociaux, culturels et économiques, souligne Gérard Bouchard, historien et sociologue à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).* La Nouvelle-France n'attirait pas beaucoup les Français en raison de son climat rigoureux mais aussi parce qu 'elle n’offrait guère de débouchés commerciaux », rappelle Bertrand Desjardins, chercheur au département de démographie de l’Université de Montréal.Les courageux qui décidaient malgré tout d’immigrer dans la colonie naissante provenaient principalement de Normandie, du Perche et du Poitou, des provinces situées à proximité des ports d’embarquement.« Arrivés très tôt dans la colonie, ces pionniers contribueront plus que les autres au pool génique de la population actuelle car ils auront eu davantage de descendants susceptibles de diffuser leurs gènes », explique-t-il.Sous le règne de Ixniis XIV, l’Etat met en place des mesures incitatives qui permettent de trouver de nouvelles recrues en Bretagne, dans l’Aunis, la Saintonge et la région parisienne, mais aussi en Auvergne, en Anjou ainsi que dans le Ixmguedoc.La contribution des femmes Jusqu’en 1660, l’inunigration féminine demeure toutefois rarissime et pour remédier au problème, la France envoie en vingt ans près de 1200 « filles du roi », auxquelles celui-ci promet une dot de mariage intéressante.Orphelines ou enfants trouvées que l’Etat recueille sous son aile à l’hôpital général de Paris, les filles du roi reçoivent une bonne éducation de même qu’une certaine instruction avant leur départ Elles trouvent généralement mari dans les semaines qui suivent leur arrivée.Malgré cet effort de peuplement, les femmes demeureront néanmoins nettement minoritaires parmi les 7 500 immigrants que l’on considère comme les fondateurs de la population québécoise francophone puisqu’ils sont les seuls à avoir laissé une descendance en Amérique.« Parce que les femmes sont arrivées assez tôt, essentiellement avant 1680, et en petit nombre, leur contribution au patrimoine génétique de la population est par contre immense, voire majoritaire et supérieure à celle des hommes.Leurs gènes sont davantage représentés dans le pool génique actuel », souligne le démographe.En effet, les fondatrices avaient déjà des centaines de descendants lorsque débarquaient les derniers immigrants français peu avant la Conquête.Ceux-ci se mariaient alors avec les descendantes de quatrième, voire de cinquième génération des pionnières.‘Y mm; -v Sy*-é 1 - ARCHIVES NATIONALES DU CANADA La mort du général Wolfe à la bataille des plaines d’Abraham, Québec, 1759.D’autre part, « les 7500fondateurs venus en grande partie de l’ouest de la France ne représentaient pas me réplique exacte du génome de la mosaïque humaine qu ’était la France ancienne avec ses quelques millions d’habitants regroupés en une multitude de petites entités relativement autonomes », explique Gérard Bouchard.Ils n’en constituaient qu’un échantillon partiel comportant quelques mutations rares mais en même temps exempt de certaines autres.Ce biais d’échantillonnage s’est ensuite accentué grâce à un taux de natalité parmi les plus élevés au monde.Si bien que l’écart s’est graduellement creusé entre le pool génique de la nouvelle population d’Amérique et celui de sa population mère.Alors qu’en France le déclin de la natalité était déjà enclenché, la colonie avec son immense territoire à exploiter favorisait toujours les progénitures nombreuses.L’Etat accordait même une prime à la naissance du douzième enfant ! De plus, peu de guerres, de famines et d’épidémies venaient décimer les familles, si bien que celles-ci comptaient Æil as*": J Y StSti JACQUES GRENIER LE DEVOIR «Si la population québécoise a acquis des particularités génétiques qui la distinguent de la population française, c’est en raison de facteurs sociaux, culturels et économiques», souligne l’historien-sociologue Gérard Bouchard.en moyenne sept enfants qui atteignaient l’âge de la reproduction.Et cette tendance s’est maintenue jusqu’au début du XX; siècle.A ce rythme-là, il est facile d’imaginer la pro lifération des porteurs d’une mutation introduite par une femme entrée dans la colonie en 1630 ! « Ces conséquences de l'effet fondateur auraient pu être atténuées, voire annulées par une immigration abondante et diversifiée », lance Gérard Bouchard, mais l’issue de la bataille des Plaines d’Abraham a écarté cette possibilité.A partir de la Conquête, toute immigration française cesse.Les nouveaux immigrants sont désormais des Anglais protestants et des Irlandais catholiques.Les barrières de la langue et de la religion limitent les unions entre les Canadiens français catholiques et ces deux communautés.De plus, les enfants issus des unions non officielles entre les coureurs des bois et des Amérindiennes sont, comme on peut l’imaginer, le plus souvent adoptés par les indigènes.« // y a donc eu apport de gènes européens chez ces derniers, mais l’inverse est négligeable », précise l’histo-rien-sociologue.L’immigration anglophone se concentre dans l’ouest de la colonie, principalement à Montréal où elle répand ses effets diversificateurs, auxquels se joindront au début du XX' siècle ceux d’immigrants d’origine juive, grecque, italienne et autres.Les Canadiens français, quant à eux.restent fortement majoritaires dans l’est du Québec où l’effet fondateur se perpétue, voire se concentre.Second effet fondateur Une fois que les colons eurent occupé les terres de la vallée du Saint-Laurent entourant les ports d’arrivée de Québec et Montréal, le peuplement s’étend en amont de Montréal et en aval de Québec, plus particulièrement vers le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie sur la rive sud et vers Charlevoix sur la rive nord.* Le peuplement de Charlevoix qui s’amorce en 1675 s’apparente à un second effet fondateur fait remarquer Gérard Bouchard.Cette fins, les immigrants proviennent de la région de Québec et leur nombre est plus limité.De plus, le recrutement n 'est pas vraiment aléatoire puisque ce sont des « grappes de parenté » qui émigrent.» Une première famille part en pionnière et lorsque la vie semble prospère dans le nouveau coin de pays, d’autres parents viennent les rejoindre.Les immigrants sont donc en partie porteurs des mêmes gènes.Comme les terres fertiles sont plutôt rares dans Charlevoix, les familles commencent à éprouver des difficultés à établir leurs enfants à partir de 1830.Cette situation déclenche un nouveau mouvement migratoire en direction du Saguenay-Lac-Saint-Jean (SLSJ), un troisième « effet fondateur » en quelque sorte.Cette fois aussi, l’apparentement entre certains migrants accroît l’homogénéité du nouveau bassin génétique.Comme très peu de sang neuf en provenance du vieux continent parvient jusqu’à ces régions éloignées à partir de la Conquête, la dynamique de l’effet fondateur se poursuit « Les populations se reproduisent en vase clos à partir du stock génique initial, mais le vase est celui d'une macrorégion », précise Gérard Bouchard.De plus, l’industrialisation de la région du SLSJ, à la fin du XIX' siècle, attire des immigrants de l’ouest de la province qui introduisent de nouveaux gènes et ainsi tempèrent l’effet homogénéisant des premières migrations en provenance de Charlevoix.N’empêche, la succession d’effets fondateurs régionaux conjuguée à un taux de natalité élevé a sans aucun doute contribué à l’accroissement rapide du nombre de porteurs de certains gènes délétères.Mais un autre facteur était aussi à l’œuvre.En reconstituant des généalogies à l’aide du fichier BALSAC — qui rassemble tous les actes de naissance, mariage et décès de la région du SLSJ depuis 1836 —, Marc Tremblay, de l’UQÀC, et Evelyne Heyer, chercheur du CNRS au Laboratoire d’anthropologie biologique du Musée de l’Homme à Paris, ont observé que la taille des familles se perpétuait d’une génération à l’autre.Ainsi, les familles qui avaient le plus grand nombre d’enfants mariés faisant souche dans la région voyaient leurs enfants engendrer à leur tour une progéniture nombreuse peu encline à l’émigration.« Il est donc clair que les gènes portés par ceux qui ont eu les progénitures les plus nombreuses ont vu leur fréquence s’accroître rapidement par rapport à ceux véhiculés par les fondateurs ayant eu une plus petite descendance, résume Evelyne Heyer.Comme chaque être humain porte dans son génome quatre à cinq allèles [copies de gène] récessifs [qui ne donnent la maladie que si l’on reçoit la mutation à la fois de son père et de sa mère], ceux qui étaient portés par les fondateurs les plus prolifiques se sont retrouvés — des générations plus tard — à des fréquences suffisamment élevées dans les régions où l’effet fondateur a perduré comme au SLSJ pour que certains individus reçoivent par hasard l’un de ces allèles à la fois de leur père et de leur mère.» Dans les populations européennes, certains de ces allèles récessifs (ceux notamment de l’ataxie spastique Charlevoix-Saguenay) sont demeurés par contre si rares qu’il n’y a pas eu d’unions entre deux individus porteurs ayant donné naissance à un enfant malade.Une chose est certaine : l’incidence accrue au SLSJ de certaines maladies héréditaires récessives ne découle donc pas d’unions entre individus de proche parenté.D’autant plus que, depuis le début de la colonie, l’Église catholique décourageait les mariages entre cousins germains et exigeait une dispense pour ceux du deuxième degré.Elle est plutôt attribuable à une « consanguinité éloignée » dans le sens où les conjoints d’un couple ne se connaissent pas de liens de parenté mais ils possèdent à leur insu un ancêtre commun à la 10e, la 12e, voire la 14' génération.Et c’est de ce lointain ancêtre qu’ils ont reçu chacun la même copie défectueuse d’un gène.Homogénéité mais aussi diversité Un grand paradoxe caractérise néanmoins le patrimoine génétique des habitants du SLSJ.Malgré d’importants éléments d’homogénéité, une grande partie du génome présente une remarquable diversité.Les analyses moléculaires de 1 ADN mitochondrial (transmis uniquement par la mère) et chromosomique effectuées par Évelyne Heyer et 1 équipe de Damien Labuda, de l’Hôpital Sainte-Justine à Montréal, ont en effet révélé une étonnante variabilité que l’on attribue en grande partie à l’hétérogénéité de la population fondatrice.Cette dernière provenait en effet d un éventail assez large de régions de France.Pas encore cenfralisée, la France du XVII' et du début du XVIII' siècle était habitée par une population bigarrée en raison d’une immigration incessante depuis le Moyen Age et partagée en plusieurs entités régionales.« ù SLSJ a bien sûr perdu un peu de la diversité génétique de la France mais c est surtout la fréquence des gènes qui a changé », précise Evelyne Heyer.Et, ironie du sort, la variabilité de l’ADN mitochondrial au SLSJ se rapproche davantage de celle de l’Angle,terre que de celle de la France entière.« Évident, réplique Evelyne Heyer, puisque les fondateurs de la population québécoise venaient pour la plupart des mêmes régions que ceux qui ont colonisé la Grande-Bretagne ! »
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