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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2002-10-19, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 OCTOBRE 2 0 0 2 ROMAN Tigre en papier d’Olivier Rolin Page F 4 DE VISU Sam Taylor-Wood Page F 8 LE DEVOIR 8/ Entrevue avec Elias Khoury La francophonie est un mythe Pour la première fois de l’histoire du monde, la langue de l’empire n’est pas la langue de la culture.CHRISTIAN RIOUX ENVOYÉ DU DEVOIR Beyrouth — À la veille de l’ouverture du neuvième sommet de la Francophonie, l’écrivain libanais Elias Khoury n’est pas très optimiste.Pour cet écrivain arabe qui dirige aussi le cahier littéraire du grand quotidien arabe de Beyrouth, Al Nahar, la francophonie est encore largement imprégnée d’un rapport colonial avec la France.Heureusement, dit-il, la langue de l’empire n’est plus celle de la culture, et la domination de l’anglais n’en a peut-être pas pour très longtemps.Le Devoir a profité du Sommet de la Francophonie pour interviewer celui qui, en plus d’être né l’année de la création d’Israël, est aussi l’auteur d’un grand roman sur l’histoire palestinienne, La Porte du soleil (Actes Sud, 2002).Le Devoir.Au Liban, on s’est battu pour des questions religieuses.Mais ai-je raison de dire que les langues coexistent plus facilement qu’au Canada?Elias Khoury.Oui.Je pense que vous avez un problème linguistique beaucoup plus difficile que le nôtre.D’abord parce que vous êtes dans l’hémisphère américain, tout près des Etats-Unis, la Rome d’aujourd’hui, qui domine le monde.Pendant toute l’histoire humaine, le bilinguisme a été la norme.Qu’on prenne l’empire romain, byzantin, ottoman, il y a toujours eu une langue dominante, alors que les peuples parlaient leurs langues locales, le bilinguisme était tout à tait normal.Par exemple, au Liban, les gens ont toujours parlé plusieurs langues.Le syriaque fut une grande langue de culture avant de disparaître au XYII" siècle.L’héritage grec, qui a été traduit de l’arabe en latin, a d’abord été traduit du syriaque en arabe.Le multilinguisme est dont parfaitement naturel.Le Devoir.Alors, où est le problème?E.K.La différence, c’est qu’autrefois, la langue de l’empire était la langue de la culture, et les langues locales, celles de la vie quotidienne.Avec l’anglo-américain, c’est le contraire.La langue de l’empire est devenue la langue de la communication directe, du commerce, d’Internet et de la télévision pendant que les langues locales demeurent celles de la culture.C’est le monde à l’envers.Le Devoir.Les peuples vivent dont l’arrivée de l'anglais comme une régression?E.K.Oui.Mais en même temps, c’est la première fois que la langue de l’empire n’est pas vraiment une menace.Cet empire anglo-américain n’a pas les moyens de VOIR PAGE F 2: MYTHE ' *£,¦!$*•'**«*¥«**>*»- «***'• «jgÿf., ÿi’ ilè IM ¦ gÆjp ;¦ mm Mi S.lfe- ~,rl I < Mi L “ .læ * J ‘ j .y .?• k -A ' .52Ü Voyez l'exposition Suw-Coté.1869-1937.lumière et matière au Musee du Quebec à Quebec jusqu'au 5 janvier Z003 WL à Mt'Mît [tt'QUtMEt Québec S” Laurier Lacroix LES EDITIONS DE | la lhomme; www.edhomme.nom ll\ It'S sonnelle où l’abandon se mêle à la détresse.Un individu solitaire cherche constamment à se trouver ailleurs, incapable de vivre dans l’immobilité qui le rattrape d’un obstacle à l’autre.Les femmes finissent par brouiller une histoire qui hésite entre la perte et l’émerveillement.Les années temporaires peut aussi se lire comme une quête du désir perdu.Il y a beaucoup d’ombres cachées dans cette longue suite à propos d’un homme d’âge mur et de son errance douloureuse: «La douleur des routes étend/ les chemins de l’univers l’encre manque à la langueur du soir/ qui veut parler de vous/ sur les rochers posthumes/ Olivieri UN BISTRO DES DIZAINES D’ÉVÉNEMENTS DES MILLIERS DE LIVRES 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Tél.: 51W39.3639 Fax : 51W39-3630 1 et les pages jaunies/ sur le crépitement invisible/ des fils sous les murs/ s’étend la main des brumes incandescentes/ Chagrine le temps/ ouvre le tiroir/ pour que l’aube s’ébroue».Même si le recueil fait appel à une urgence parfois moqueuse, une certaine confusion existentielle permet à l’ensemble de traverser ces excès d’amour.La poésie de Christian Rioux utilise souvent l’image pour semer les indices d’un parcours anonyme.Loin du récit ou du collage arbitraire, le recueil adopte un rythme ainsi que des questions fondatrices.D’ailleurs, «l’histoire commence/ au détour des certitudes».Malgré certaines faiblesses stylistiques («walk-man de l’oubli»), on découvre une voix qui n’hésite pas à faire face au «chant morose des années temporaires».Dans le Cinéma urbain de Donald Alarie, «les feuilles ne sont plus que des anges déchus» ou encore «nous avons oublié à quel moment/ la lumière rassurante nous a délaissés».Ce septième titre, aux Ecrits des Forges, de l’auteur de Petits formats pose un regard neuf sur l’automne qui dévoile ses CHRISTIAN RIOUX LES ANNÉES: TEMPORAIRES signes plutôt secrets.On se laisse guider par les pas du marcheur qui retrace les moindres sursauts du jour.Un peu de lumière bascule dans les arbres, alors que le bruit de l’hiver s’annonce.Du matin au soir, c’est encore le moment de quitter la chambre pour l’exté- LIBER Simon Harel Alain Médam Le regard long LE REGARD LONG Soixante dessins d'Alain Médam accompagnés d'une méditation poétique de Simon Harel rieur avec ses lieux aussi discrets qu’inévitables: «il reste dans certains regards/ des traces de vent chaud/ nous faisons fi du frimas/ et des fantasmes que la nuit a laissés/ pour décorer notre fenêtre/ la voix inquiète ne sait pas/ comment elle réagira/ devant l’absence de couleurs/ doit-on se prononcer/ le sol est presque blanc».Avec un ton des plus sobres, la poésie de Donald Alarie donne la parole à un voyageur solitaire et immobile qui observe «l’étendue du silence qui recouvre tout».Alarie emprunte un souffle lapidaire et elliptique afin de dire cette beauté qui lui échappe sans cesse.Les saisons se succèdent au cours de cette méditation à l’image de la pluie froide de l’automne.Une sa-: gesse inquiète transforme le «monde [qui] est devenu/ une immense pièce sombre et glaciale».Parfois, une étrangère ou des voix enfantines se mêlent à cette déambulation redonnant vie à la mémoire heureuse.Au cours de l’errance urbaine, le vertige devient inépuisable.Un simple détail offre au jour son air soucieux.Peu importe le climat et l’heure exacte, la rencontre a lieu dans un parcours tout à fait réel.Encore une fois, «le pied seul a la réponse».Autant de variations inquiètes dans la complicité des matins.LES ANNÉES TEMPORAIRES Christian Rioux Ecrits des Forges Trois-Rivières, 2002,59 pages CINÉMA URBAIN , Donald Alarie Écrits des Forges Trois-Rivières, 2002,72 pages ?I ( LE DEVOIR.LES SAMEDI ID ET DI NI A X ( H E 2 O OCTOBRE O O 2 Livres LE FEUILLETON Le mensonge qui tue Certains écrivains, en prenant de l'âge, s’assagissent.D'autres retrouvent les sentiments de révolté qui les animaient à l’adolescence, la maturité et la profondeur en plus.Roth est certainement de ces derniers.C’est avec un grand plaisir qu'on le retrouve ici, plein de verdeur et d’une extraordinaire acuité à l'égard de son Amérique, de notre Amérique, puisque aussi bien sommes-nous tous devenus un peu américains depuis un certain 11 septembre, depuis que nous avons découvert que nous avions des valeurs et qu’il nous fallait les défendre jusque dans leurs contradictions et leurs effets pervers.En démocratie, le jugement est libre et chacun, en principe, peut tracer son destin comme il l’entend.On a même fini par croire que l’individu pouvait s’émanciper des contraintes sociales et, tel un pionnier, inventer ses propres règles, définir son propre territoire, conquérir sa propre liberté, à l'abri du poids des traditions et de la terrible machine à produire du «nous» qu’est toute société.E n’en est bien sûr rien.Et Roth nous le rappelle de la façon la plus péremptoire qui soit en nous concoctant une tragédie moderne se déroulant à la manière des tragédies antiques.Les dieux ne sont plus là.certes, pour décider du sort des hommes.Mais c’est pire encore.Avec eux au moins, nous pouvions croire être l’objet de caprices qui nous étaient en partie extérieurs.Dans notre monde, tout tourne autour des régulations sociales et des champs d’intérêt qui se heurtent II se peut qu’un individu puisse alors être désigné comme bouc émissaire afin de sauver les apparences ou encore de souder la communauté.Le motif peut être absolument trivial, reposer sur la mauvaise foi la plus absolue.Reste que cette loi est plus forte que l’individu.«[.] 11)/ n’avait pas attendu l'affaire des zombies pour savoir ce qui peut aigrir et gauchir un homme qui se croit victime d’une injustice.Il le savait par la colère d’Achille, la fureur de Philoctète, les fulminations de Médée, la folie d’Ajax, le désespoir d'Electre et la souf- Jean-Pierre Denis ?france de Prométhée: il s’ensuit des horreurs sans nombre quand le paroxysme de l’indignation conduit à exercer des représailles au nom de la justice, et qu’on entre dans le cycle de la vengeance.» La tragédie des persécutés L’affaire des zombies.Une maladresse transformée en tragédie par la lâcheté, l’opportunisme, l’ambition de professeurs d’université qui se sont tous rangés derrière leur bonne conscience pour avoir la peau du doyen, l’helléniste Coleman Silk.Traiter de zombies deux étudiants qu’il n’avait encore jamais vus en classe mais qui, pour son malheur, étaient noirs, voüà un «racisme» impardonnable, même si le sens du mot zombie n’est ici qu’un prétexte fallacieux.«On se révèle ou on cause sa propre perte en employant le mot parfait.» Voilà l'Amérique hypocrite, sourde et aveugle à ses propres trahisons.Les conséquences seront inversement proportionnelles à la hauteur du méfait.Démission de l’université, perte de sa femme qui s'est lancée dans sa défense, et puis une amertume qui croît comme un cancer, faisant de Coleman un être aigri que ronge le désir de vengeance.Et c’est alors qu’apparaît l’écrivain Nathan Zuc-kerman (le double de Philip Roth), que Coleman approche afin qu’il écrive le livre qui le disculperait.Comme dans toute bonne tragédie, il le fera trop tard.Mais on aura droit à la naissance d'une amitié assez rare en littérature, où l'on voit deux vieillards danser sur le rythme d'une mélodie jazzee et se confiant leurs secrets.Quelle force ici, de la part de Roth, que cette rencontre improbable où se résu me toute la beauté du monde quand les masques tombent et que l'essentiel s'exprime sans apparat.L'essentiel, c’est-à-dire le sexe, l’exultation des corps, l'être mis à nu.la mort L’un, Coleman, qui, à soixante et onze ans, a découvert les vertus du Viagra, l'autre, Zuckennan, qui n’y a plus droit depuis qu’il s’est fait opérer de la prostate.Et voilà le mal qui entre par la porte dérobée chez un écrivain qui croyait en avoir fini avec cette «jolie que le désir fait naître».Coleman, lui, en fera le levier de sa renaissance, avec une femme de ménage prétendument illettrée, Faunia.qui a la moitié de son âge et qui est poursuivie par son ex-mari, ancien combattant du Vietnam, qui brûle de fureur et de vengeance.Scandale encore, mais qui aura des répercussions bien plus tragiques pour ce couple secret qui ne cherche qu’à se réconcilier avec la vie.Roth ne nous épargne rien pour tenter de comprendre les parcours et les motivations de chacun de ses protagonistes.De Coleman, l’homme du secret, le renégat de sa négritude, le matricide qui prétend par là s’inventer lui-même, à Faunia, abusée sexuellement par un beau-père, reniée par sa mère et ayant fui le foyer à l’âge de quatorze ans, à Delphine Roux, qui a fui sa France natale pour échapper à l’influence étouffante de son milieu et de sa tpère, qui se retrouve enseignante dans une fac aux Etats- La tache Unis et qui se sert d’arguments teministes pour mieux écraser Coleman tqui est pimrtant ami iinxlele d'homme).en («ssant par Ia-s Farley.l’ex-Lil devenu fou de rage, et même Monica lewinski, lliilippe Roth tait un vrai travail d’écrivain, et il k- tüt avec générosité, c'est-à-dire au-dela des conventions et dr's clichés, au-delà dr's ideologies, au-delà des préjugés — ce qui nous vaut par exemple des pages extraordinaires d’intelligence, de sensibilité et de cœur quand il aborde la relation Cole-man-Faunia.De férocité aussi quand il plonge dans k's mensonges et l’hypocrisie des bien-pensants, dans k-s cakiils et les intérêts qui déterminent leur comportement.Un roman réaliste?En grande partie, oui.mais sans la prétention du narrateur omniscient à la Balzac qui a toujours une théorie explicative sous la main.lût prenant de la maturité et de la profondeur, un écrivain sait qu’il ne peut tout _______________ expliquer, que le mystère de la vie lui échappe.«CV que nous savons, hors cliches, c’est que personne ne sait rien.On ne peut nen savoir Même les choses que l'on sait, on ne les sait pas.Les intentions, les mobiles, la logique interne, les sens des actes?C'est stupéfiant, ce que nous ne savons pas.ET plus stupéfiant encore, ce qui passe pour savoir.» Un gnuul livre, qui n’est pas s;uis parenté avec celui de J.M.Coetzee, ht Disgrâce.IA TACHE Philip Roth Traduit de l’anglais par Josée Kamoun Editions N RF Gallimard, coll.«Du Monde entier» Paris, 2(X)2,44 d |>ages Les légendes urbaines à l’ère d’Internet Les légendes urbaines sont ces histoires fausses qui se propagent parce qu’elles font peur, font rire ou nous mettent en garde contre les dangers de l’époque.Elles ont l’air vraies puisque «c’est arrivé à une copine, une cousine, l’ami d’un ami».À l’ère d’Internet, elles prolifèrent comme jamais, mais elles sont aussi démenties plus rapidement que jamais.Le combat entre le vrai et le faux est, comme le reste de notre monde, accéléré.Conversation avec Véronique Cam-pion-Vincent, sociologue qui s’intéresse depuis longtemps à ce phénomène et co-auteure de De source sûre, nouvelles rumeurs d'aujourd’hui.ANTOINE ROBITAILLE A R.Rumeurs, légendes ur-• baines: pourriez-vous nous aider à distinguer ces concepts?Dans votre livre, vous glissez souvent de l’un à l’autre.V.C.-V.Je peux les distinguer, mais c’est un continuum.La rumeur, c’est quelque chose qui peut se dire en une seule phrase et dont on ne peut déceler tout de suite qu’elle est fausse: «le président a un cancer».Si je la développe en une histoire mise en scène, ça deviendra une légende.Je raconterai alors «qu’avant-hier, ma cousine m’a raconté que quelqu'un lui a dit avoir vu sortir l’homme politique de l’hôpital où il était entré en cachette».Le récit est mis en scène et donc devient plus qu’une rumeur.Le mot «urbain» qui qualifie la légende signifie au fond «contemporain».A.R.Vous les collectionnez, ces histoires, vous les classez depuis longtemps.Quelle est votre préférée?Di SOURCE SÛR! Nomeltss lemem diuiounthai V, C.-V.Oh, c’est difficile! J’aime bien ces légendes un peu ironiques comme l’histoire du «ticket mangé».Celle où une dame fait la maligne dans un tram en critiquant les noirs.Des noirs présents dans le tram se vengent en mangeant son ticket.Un peu plus tard, lors d’un contrôle, un policier lui impose une amende.Alors, personne ne la défend parce qu’elle s’était comportée de façon insupportable.C’est une légende antiraciste.L’histoire est fausse, bien entendu, mais je l’aime bien parce qu’elle est gentille et peu dramatique.A.R.Ce n’est pas le cas de bien d’autres légendes et rumeurs que vous présentez dans le livre.V.C.-V.En effet, c’est souvent le même message qui se dégage des rumeurs et légendes: le changement, c’est mauvais.Les problèmes viennent de tout ce qu’il y a de nouveau.Les thématiques qu’elles véhiculent sont donc habituellement conservatrices.Elles permettent de dire l’inavouable, comme la peur de l’étranger, la peur de la technique.A.R.Toutes les sociétés ont ce type d’histoires fantasmagoriques.V.C.-V.Oui, mais à notre époque, il y a abondance de nouveautés apportées par les systèmes scientifiques, techniques et commerciaux.Nous sommes poussés, par la révolution technique, vers du nouveau chaque jour.Cette nouveauté provoque l’imaginaire conservateur dont je parlais plus tôt.L’incertitude ambiante joue aussi.A.R.D’où une profusion de légendes, aujourd’hui.V.C.-V.En effet.C’est pour cela qu’un des plus importants chapitres du livre est celui qui porte sur ce qu’on qualifie de «technopeurs».On est passé de l’histoire du chat dans le micro-ondes à celui du danger des téléphones portables, des ordinateurs maléfiques, etc.A.R.Vous critiquez l’appellation «canular» pour parler des légendes urbaines, pourquoi?V.C.-V.Canular, c’est le mot qu’emploient souvent les médias à propos de ces histoires.Les médias se centrent sur l’idée de «source».Or, il y a rarement un individu malveillant à l’origine de ces histoires.Ce qui compte, ce n’est pas que ce soit un canular, mais que l’histoire soit reprise.Cela signifie qu’elle a des résonances avec l’esprit de l’époque.C’est là son intérêt.Ces histoires nous révèlent quelque chose sur nous.A.R.Vous semblez dire qu’il y a un aspect excessif à ce phénomène, à notre époque.V.C.-V.Tout à fait.Ça a pris de telles proportions aujourd’hui * que je m’attends à ce qu’il y ait un phénomène de rejet, un tour de bâton dans l’autre sens.L’esprit de complot, par exemple, cette façon de dire: «ah, ce qu’on nous raconte n’est sûrement pas vrai».C’est en particulier dû à l’impression qu’on a, avec Internet, d’accéder à l’information même, sans la médiation des journalistes.Et je crois que des livres comme celui de Thierry Messan — affirmant qu’il n’y a pas eu d’avion sur le Pentagone, mais que c’était un complot des militaires — sont liés à cet esprit selon lequel on n’arrive plus à voir ce qui est vrai ou faux.Le succès de Messan est significatif.Comme la diffusion, cette semaine sur la chaîne Arte, d’un faux documentaire sur cette controverse selon laquelle les Américains ne seraient jamais allés sur la lune.L’angle est: et si c’était vrai qu’ils n’y sont pas allés?Et l’auteur du film expose des trucages qui auraient pu être utilisés.J’avoue que j’ai été choquée que cette émission soit diffusée par une chaîne comme Arte, qui vise la qualité.J’aurais plutôt vu ça dans le bas de gamme, les tabloïds.A.R.En lisant votre livre où vous analysez toutes sortes de croyances (l'effet des ondes, les paniques alimentaires, le vol d’organes, etc.), on se dit que l’abondance des messages qui circulent aujourd’hui par toutes les formes de communication fait que nous sommes toujours dans le «il paraît que», «il semble que».«Chaque personne qui a une théorie a maintenant un mégaphone», écrivez-vous.Contrairement à ce qu’on nous annonçait, c’est-à-dire «une ère d’information» — on parlait même d’une économie du sa voir — il semble qu’on soit plus que jamais dans l’approximatif, dans l'incertitude.L’ère de l’information semble déboucher sur quelque chose de totalement incertain.V.C.-V.Je suis d’accord avec vous.Le problème, c’est celui qu’on nomme la surcharge cognitive, en quelque sorte.On a tellement d’information qu’on n’arrive pas bien à distinguer.On n’arrive pas bien à choisir.On n'arrive pas à distinguer le vrai du faux.A.R.Diriez-vous qu’il y a trop d’information pour les limites de la raison humaine?V.C.-V.On dirait bien.En partie parce que le phénomène est vraiment devenu mondial.Dès que vous avez un attentat comme celui de Bali ou du World Trade Center, tout le monde réfléchit à partir des mêmes images dans une rapidité immense.A.R.Et face à cette surcharge, que proposeriez-vous pour avoir une vie plus saine?V.C.-V.Je pense qu’il faut être un peu modeste, c’est-à-dire qu’on ne peut pas tout saisir d’un coup.Il ne faut pas non plus faire un drame de ce que l’incertitude soit parmi nous.Vous parliez de l’ère de l’information, moi quand j’ai commencé à m'intéresser à ces sujets, il y a déjà bien longtemps, au milieu des années 1970, c’était la grande période du journalisme.On croyait qu’on allait conquérir l’information et l'exactitude.On s’est aperçu que les deux n’allaient pas toujours de pair.A.R.Diriez-vous qu’on est piégé par nos outils?V.C.-V.Non, je dirais plutôt qu’on avait des espoirs un peu trop grands.On disait: mainte- lAKiejtHihcrt Lhumour du-MKC créai monde ique et ondial édition alyse approfondie dances planétaires .lan de l’année pour les et territoires de ta planète Les enjeux politiques et es à l’aube du III* millénaire en collaboration avec 672 pages • 27,95 $ nant, fini l’incertitude puisqu’on saura tout.A.R.C'était un peu l’espoir des Lumières: plus il y aurait de communication, plus il y aurait d’information, plus il y aurait de transparence, plus on serait libre.«L'information, c’est la liberté», disait-on.Mais on s’aperçoit que, avec la surcharge d’information, les rumeurs et légendes prolifèrent, on ne sait plus distinguer le vrai du faux et le monde devient de plus en plus opaque.V.C.-V.Opaque?Je ne sais pas.Je pense que le monde devient de plus en plus complexe et difficile à interpréter, d’où la survie de ce genre de récits de «source sûre» qui simplifient le monde et qui nous procurent de petites histoires auxquelles il est facile d’adhérer et qui semblent dire la vérité.C’est ce qu’on dit à la fin du livre: ces histoires racontent des choses simples à propos de choses compliquées.a rohita ille(a>sym patico.ca DE SOURCE SÛRE NOUVELLES RUMEURS D’AUJOURD’HUI Véronique Campion-Vincent et Jean-Bruno Renard Payot Paris, 2002,394 pages ftk.JèwJ jJI Le bonheur de lire 1 HOMANS IKANÇAIS fini ni i mu ! fri eue CdM/Jn’on et / nwçiiin t hieltet Hélène Gaudreau et François Ouellet 100 romans français qu'il faut lire « Ce généreux voyage au pays du grand roman français s’avère un réel plaisir de lecture et une franche réussite pédagogique.» Louis Comellier, Le Devoir 1 l LE DEVOIR.LES SAMEDI I » ET DIMANCHE 20 OCTOBRE 2 0 0 2 F 6 -Essais^- La conversion du poète En une époque comme la nôtre où l’expérience religieuse catholique intense est souvent mal perçue, témoigner de sa propre conversion, avec toute l’emphase nécessaire à une telle mise à nu, n’est pas un exercice de tout repos, surtout pour un intellectuel.Aussi, en faisant le choix de publier son •histoire spirituelle», le poète, romancier et essayiste Fernand Ouellette ne se fait pas d’illusions quant à l’accueil qu’on risque de réserver à son témoignage en certains milieux: *Je suis conscient de perturber ou de heurter de front ce qu'on appelle l’horizon d’attente, ou le fond mental de mes contemporains débordant de prétentions et de refus, d'idées à la mode, de concessions au marketing, de croyances élastiques ou sur mesure, en somme de tout ce qui alimente l’air du temps et les médias.Mais Dieu n’a tout de même pas créé l’homme et l'univers pour aboutir à ce fatras mental et spirituel.» Livre A’•action de grâce» qui se veut •l'expression d’une jubilation», Le Danger du divin ne cherche donc pas à ménager qui ou quoi que ce soit en modérant ses transports.Convaincu qu’il a le devoir de •rendre raison de l’espérance qui est en [lui], mais avec douceur et respect», l’écrivain joue cartes sur table avec un allant empreint de gravité qui ne peut que saisir à l’âme le lecteur de bonne foi.Dans une langue somptueuse et vibrante toujours en quête de l’essentiel, Ouellette cherche à dire une expérience que le langage ne parvient jamais à saisir exactement mais qui a néanmoins besoin de ce passage pour accéder au sens et au partage.Il en résulte une méditation dont l’intensité, à tout le moins, approche la mesure de la puissance d’éveil de l’événement en cause.Avant d’en arriver à cette nuit de la Pentecôte du 18 mai 1997, «en l'année du centenaire de la mort de Thérèse [de Lisieux]», précise-t-il, Ouellette fut «un suppliant qui s’ignorait».Le récit de ses années A’•éloignement de l'Église» atteint une profondeur d’analyse renversante.Pleinement engagé dans une quête littéraire qui le rendait méfiant à l’endroit de toutes les certitudes, dont la catholique, qu’il percevait alors comme une forme de •sécurité mystique» Louis Cornellier ?asséchante, selon les mots de Péguy, Ouellette demeurait •dans le champ d’attraction du Dieu vivant», mais il était, écrit-il, •sollicité par des élans religieux encore trop esthétiques».Et dans une formule simple mais puissante et belle, il résume l'essence du don exigeant qu’il a reçu: •Il est beaucoup plus difficile qu’on ne se l’imagine de passer de la beauté à l’amour» Celui qui était poète en quête mais surtout, dirait-il maintenant, en marge de l’absolu se définit aujourd’hui comme un •chrétien poète» parce qu’il sait, depuis sa nuit, qu’il existe quelque chose comme un danger du divin auquel il ne peut plus se soustraire: 41 ne faut pas craindre d’avouer qu 'il y a un danger réel à fréquenter le Christ, dirais-je avec un soupçon d’humour, car c’est se mettre en danger de conversion, en danger de dépouillement et d’abandon, danger que j’appelle, en m’inspirant de Claudel, le danger du divin, ou le danger d’être brûlé par les flammes du Buisson.» Ouellette sait bien que sa conversion n’est pas •raisonnable» et que des modernes ne résisteront pas à l'interpréter en ayant recours à des considérations scientifiques et terre à terre.C’est par un refus radical qu’il accueille ces tentatives de désenchantement: »Je sais bien.j’ai une raison de poète, sans rigueur, sans équations, plus habituée à se confronter aux merveilles.De les appeler même.Mais cela n’infirme pas mon témoignage, ne signifie pas que le don reçu ne soit pas une réalité actuelle en moi.Je par- le donc ici, non sans risque, d’un acte de l’Esprit Saint, et certainement pas d'une fabulation ni d’une remontée de quelques débris de l’inconscient.» Annoncée par un poème de sa petitefille de six ans et inspirée, croit-ü, par l'action de Thérèse de Lisieux auprès de l’Esprit Saint (•C'est le grand don qu'elle m’a fait après la rédaction de mon Je serai l'Amour»), l’expérience de la •verticalité» décrite par le converti consiste en une sorte de désenfouisse-ment, au cœur de son être, »de l'Être transcendant, ou du Père».Et ce n’est pas lui, Fernand Ouellette, qui fut la cause de cet événement intérieur «Car je ne l’ai pas imaginé, c’est l’événement qui m’a pris de court, bouleversé et transformé.» Un mysticisme qui décoiffe Une telle parole, évidemment, risque de décoiffer même les esprits les plus ouverts au sentiment religieux.Même enrobé de modestie, le mysticisme de Fernand Ouellette, car c’est bien de cela qu’il s’agit, reste la manifestation d’une expérience extrême dont la logique et l'intensité demeurent étrangères à la plupart des humains, croyants ou non.La force et la beauté qui s’en dégagent s’offrent en partage mais troublent et ne sauraient se recevoir comme une argumentation à évaluer, ce dont Ouellette est tout à fait conscient: •Et ce lien profond avec le Christ, même sans “goût sensible", provenant de tout mon être, est beaucoup plus l’expression de ce que je crois, le fondement de ma foi, sa concentration, que tous les arguments que je pourrais enchaîner pour convaincre qui que ce soit.» S’inscrivant, enfin, dans la tradition des grands écrivains ayant professé un catholicisme sans concessions (Claudel, Bernanos et plusieurs mystiques), Ouellette aborde la grande question des rapports entre la liberté, le mal et Dieu, dénonçant avec sévérité le relativisme de ses contemporains afin d’insister sur la dynamique de vérité qui opèpe au cœur de l’Église: •On voudrait enfin que notre Église sainte défende des valeurs morales à la carte, qu'elle renie ce que lui ont enseigné Jésus et les premiers apôtres.On voudrait que notre lâcheté soit reconnue, fortifiée, et PHILOSOPHIE La citadeüe du sage Le parcours de Pierre Hadot que s'impose une pensée molle.Tandis qu 'il est esseti-tiel, pour l’évolution de l’humanité elle-même, que l'Église préserve, maintienne la tension entre les exigences du Christ et son idéal nécessaire pour l’édification du Royaume, et le pardon, la miséricorde que Dieu a pour les êtres concrets, pauvres pécheurs.» Cet emportement catégorique m’apparaît abusif.Va, oui, pour la tension nécessaire entre l’idéal et la miséricorde, mais accepter cela, me semblet-il, ne devrait pas nous dispenser, au nom de Y •Église sainte».de procéder, comme le suggérait Simone Weil, à un •nettoyage philosophique de la religion catholique» à même de distinguer l’essentiel de l’accessoire dans un magistère qui, souvent, gagnerait à être plus modeste.Une remarque semblable s’applique d’ailleurs aux critiques sévères que Ouellette formule à l’endroit d’une pastorale par trop spectaculaire et commerciale.L’Église, c’est vrai, perd à tenter de «se vendre», mais ce n’est pas nécessairement se dégrader que de procéder à certaines adaptations formelles en fonction des habitudes contemporaines.La concep.tion du beau qu’évoque OueDette n’a rien, à mon avis) d’un absolu, et la musique populaire peut trouver sa place, à côté du grégorien, dans la maison du Père.Ces considérations secondaires, sujettes à débat, ne sont toutefois pas celles qui méritent d’êtré d’abord retenues de cet ouvrage.Quand Ouellette, eif conclusion, traite avec gravité du choix de son •lieu d’attente», c’est-à-dire de tout ce qui concerne la mort,' on ne peut que l’accompagner, même si c’est de loin^ en admirant sa parole vive tournée vers le ciel.louiscornellier@,parroinfo.net LE DANGER DU DMN Fernand Ouellette Ftdes Montréal, 2002,256 pages =====-— : GEORGES LEROUX Le retour aux Anciens n’est pas un phénomène nouveau et la faveur dont leur étude jouit aujourd’hui ne doit pas étonner, compte tenu de l’extension du phénomène général de déchristianisation de la culture.Les Anciens n’ont-ils pas développé une sagesse d’avant les exigences de la religion chrétienne?Cette polarité est bien sûr un stéréotype un peu commode, la pensée antique étant à ce point imprégnée de ses nombreuses lectures chrétiennes qu’elle en est devenue avec le temps quasi indiscernable.C’est néanmoins dans le contexte d’une recherche d’authenticité, principalement élaborée dans le domaine de la conduite de la vie, que le retour aux Anciens s’effectue comme recherche d’une pensée distincte du christianisme.Pierre Hadot, auteur d’une œuvre imposante sur la tradition néoplatonicienne, a proposé une lecture de cette pensée qui l’établit d’abord comme manière de vivre.travail sur soi-même et exercice spirituel.La brève synthèse qu’il a donnée de son approche (Qu'est-ce que la philosophie antique?, Gallimard, Folio, 1995) en expose les convictions les plus fondamentales: qu’elle ait été ou non développée sur un horizon de transcendance, qu’elle ait été platonicienne ou stoïcienne, la pensée ancienne a d’abord été la recherche d’une sagesse pour la vie présente.Dans un livre d’entretiens, où l’autobiographie s’accompagne d’un survol de ses principaux travaux, Pierre Hadot revient longuement sur l’exercice même de la philosophie comme choix de vie.Il faut en effet tenter de nous représenter un monde où le travail de la pensée n’est pas encore absorbé par les institutions qui vont lui apporter ses contraintes et son espace à partir du Moyen Âge, époque de la création des universités.Dans ce monde où surgissent les premières figures de sages, de Pytha-gore à Socrate, c’est d’abord une recherche personnelle, et non pas le Reni S€ «b-* pri * fr3i\Çoi $*H ©tdé et *ern!s$aGe ^e 1*6*position des oeuvres des finalistes L* -«r»e»*crej; î3 ®ct*h,»*e Î002 à 17 k 3o La Ville de Montréal, en collaboration avec le Conseil des métiers d'art du Québec, a fondé le prix François-Houdé afin de promouvoir l'excellence de la nouvelle création montréalaise en métiers d’art et de favoriser la diffusion d'œuvres des jeunes artisans créateurs fiMaiistés 2002 Mathieu Collette Laurent Craste Anyk Jade Dexter Carole Frève Yves-Jean Laçasse Félix Lapierre Stéphanie Lapierre Christina Mayr Caroline Ouellette Caroline Savoie Nathalie Tremblay L'exposition débutera le 21 octobre et se poursuivra jusqu'au 17 novembre 2002.Ouverture du samedi au mercredi de 10 h à 18 h et les jeudi et vendredi de 10 h à 21 h.GALERIE DES MÉTIERS D'ART DU QUÉBEC Marché Bonsecours, 350, rue Saint-Paul Est, Montréal (Québec) H2Y1H2 Téléphone : (514) 878-2787.Courriel : cmaqOmetiers-d-art.qc.ca Site internet : www.metiers-d-art.qc.ca 'ViUVu'r' Ville de Montréal Orra projet d’un savoir purement scientifique, qui conduit à la formation de groupes et d’écoles, chacun définissant ses règles de vie, sa discipline, et rédigeant, pour ainsi dire de manière purement propédeutique, sa vision du monde et ultimement la métaphysique qui la justifie.Ce point de départ est toujours une éthique concrète, et la vie philosophique, dans sa riche diversité, constituera pour toute l'Antiquité le choix de vie le plus élevé.Dans la doctrine des trois formes, la vie théorique dépasse en effet la vie politique et la vie privée purement productive.Mais on aurait tort de les opposer, comme le montre le grand exemple de Marc Aurèle, empereur entièrement engagé au service de l’Empire et philosophe consacrant le meilleur de lui-même à la recherche d’une sagesse, d’une paix du cœur fondée sur une connaissance lucide du monde.Du retranchement à l’accueil L’approche de Pierre Hadot met en relief une dimension centrale de la sagesse grecque: le projet des philosophes n’était pas d’abord la construction de systèmes, mais la recherche d’une forme de vie concrète, dont l’exercice spirituel était la composante quotidienne.En premier lieu, l’exercice socratique essentiel: apprendre à mourir, en second lieu, la discipline du désir et l’adoption du regard universel sur la place de chacun dans l’économie générale du Tout exercices stoïciens et épicuriens.Plusieurs thèmes secondaires viennent s’agréger autour de ces attitudes de base, comme l’importance de l’instant présent, la conscience cosmique, l’inscription dans la communauté.Tous les penseurs n’ont pas développé la même précision: le dialogue socratique veut reconduire l’interlocuteur à son ignorance essentielle, à sa fragilité, et il déstabilise facilement les identités surfaites, fondées sur le statut social ou les talents naturels.L’exemple d’Alcibiade est ici éloquent Ce dia- LE CENTRE DEPOSITION DE BAIE-SAINT-PAUL Mél*n« *oy, CS«nt liaMow - Un* unguMr* r*n»ontr*.Album te.& («MteO, 2001-J0Û2 P**ntuc* *t cr*t* sur (MP** 66 x 150 cm «KKO P»uï Cwnon 21 SEPTEMBRE 2002 - 5 JANVIER 2003 HÉLÈNE ROY DES CHANTS COMME DES PENSÉES LÂCHÉES PAR LE SOUFFLE O 23.RUE AMBROISE FAFARD BAIE-SAINT-PAUL (QUÉBEC) G32 2J2 T.(418) 43S-3681 F.(418) 435 6269 WWWCENTREDART-BSTPQC CA CARTBSTP*CHARLEVOIX NET LE CENTRE D'EXPOSITION EST SUBVENTIONNÉ PAR LE MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS DU QUÉBEC logue suppose une interlocution, et comme Hans-Georg Gadamer l’a montré, la philosophie de Platon ne s’est construite que de l’avoir entièrement intériorisée dans l’âme de chacun.Par contraste, les prescriptions stoïciennes sont plus silencieuses, favorisent la méditation et la lecture et n’ont plus rien d’initiatique ou même d’érotique.Les modèles sont donc nombreux et, dans le parcours qu’il retrace, Pierre Hadot nous confie qu’il est lui-même passé d’un attrait naturel, formé dès sa jeunesse, pour la contemplation et la recherche d’une fusion quasi mystique, favorisée par la fréquentation des néoplatoniciens, à une éthique plus austère, moins gratifiante, la discipline des stoïciens.Toute l’œuvre de Pierre Hadot peut en effet être relue comme l’histoire de ce passage.De son édition de Plotin (en cours, aux éditions du Cerf) à ses travaux plus récents sur Épictète et Marc Aurèle (le premier tome de son édition des Pensées est paru en 1998 aux Belles-Lettres), le fil conducteur demeure très net c’est la question de la sagesse comme transformation de soi-même.Musicien, grand lecteur de Rilke et de Goethe, fervent de Montaigne et de Wittgenstein, dont il admire la vocation intérieure, il ne cesse d’interroger la tradition des Anciens sur la possibilité d’une vie rationnelle, cohérente et pacifiée.Chez Marc Aurèle, chez Sénèque, il trouve la notion de cette citadelle intérieure, dont il a fait un de ses plus beaux livres (Fayard, 1992): pour ces penseurs, la rie active se construit sur un recueillement in- cessant et s’il les admire tant c’est que, à la différence de Plotin qui demande de retrancher toutes choses, ils exigent eux, un accueil universel.Les paradoxes d’uné éthique du consentement à la nécessité, sa terrible dureté, ne sont certes pas des positions faciles, sur-' tout sur le plan politique, mais Pierre Hadot — citant Sénèque («Fis pour autrui, si tu veux vivre pour toi», Lettre 48) — en conçoit l’exigence comme la condition essentielle de la sagesse et de la vie vécue dans son intensité.Lors d’une cérémonie, le 27 septembre dernier, à l’occasion des Grandes Fêtes commémorant sa fondation, l’Université Laval a conféré, extra-muros, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, un doctorat honoris causa à Pierre Hadot à la suite d’un colloque tenu en son honneur.Dans son éloge, Jean-Marc Narbonne a cité Montaigne: •Vaine est la sagesse du sage qui né saurait servir à lui-même».Ce Mon-taigne-là n’est que la reprise de Marc Aurèle, de cette citadelle du sage, de sa liberté inexpugnable, de son consentement pacifié, et le lecteur qui veut aller à la rencontre de ces penseurs trouvera en Pierre Hadot un guide exemplaire et un maître authentique.LA PHILOSOPHIE COMME MANIÈRE DE VIVRE Entretiens avec Jeannie Carlier et Arnold î.Davidson Pierre Hadot Albin Michel Paris, 2001,281 pages LIBER Laurent-Michel Vacher Jean-Claude Martin Marie-José Daoust Débats philosophiques Une initiation 264 pages.20 dollars Laureni Michcl Vtrchet ffAB-CîWHl* M*r|Î0 M*T** J«*t Débats philosophiques Une lier.» ! i I LE DEVOIR.LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 OCTOBRE 2 0 0 2 F 7 ?DE VISU ?Des révélations équivoques LE SECRET LE MIEUX GARDÉ À MONTRÉAL Ingrid Bachmann.Mary Anne Barkhouse.Thérèse Chabot, Stéphane Gilot.Vid Ingelevics Galerie d’art Leonard-et-Bina Ellen 1400, boul.de Maisonneuve.*8484750 Jusqu’au 14 décembre MARIE ÈVE CHARRON v A lui seul, le titre de l’exposition, Le secret le mieux gardé à Montréal, a de quoi piquer la curiosité.Celle-ci est en partie satisfaite lorsqu’on apprend que la galerie d’art Leonard-et-Bina-Ellen souligne, avec l’exposition en cours, sa dixième année d'occupation dans le pavillon McConnell de l’université Concordia.Mordre à l’hameçon, c’est déjà jouer le jeu, et c’est bien en quoi il est difficile de passer sous silence l’histoire de la galerie que vient souligner l’événement.Les dix ans d’existence du musée universitaire dans les locaux actuels coiffent un parcours qui remonte aux années 1960, lorsque, sous le nom de Galerie d’art de l’université Concordia, la collection permanente faisait ses premières acquisitions.Depuis, la galerie poursuit dans cette voip en privilégiant l’art canadien.A l’instar de son pendant franco-phope à Montréal, la galerie de Î’UQAM, avec laquelle on peut la comparer, la galerie d’art de l’université Concordia est présente, au sein de la communauté universitaire, par le biais de la recherche, de publications et d’une anipiation éducative.A la brochette d’artistes variée que regroupe l’exposition, la commissaire invitée, Ilga Leimanis, a demandé de concevoir diverses installations portant sur le «thème de la célébration et la projection vers l’avenir», dans le but de faire du lieu un agent de diffusion et de collection de l’art canadien.A vouloir viser trop d’avenues à la fois, la proposition de la com-piissaire n’offre pas un cadre clair pour les œuvres regroupées.D’après le texte signé par Leimanis dans un catalogue à paraître, Le secret le mieux gardé à Montréal concernerait moins exclusivement la nouvelle des 10 ans d'anniversaire que le dévoilement, à travers les œuvres, des ressorts souterrains de la muséologie et de l'histoire propre à la galerie.Aussi, dans la mesure où le dénominateur commun de ces œuvres est la modalité installati-ve — ce qui est une bien mauvaise façon de viser un corpus —, elles ne révèlent pas nécessairement les particularités de la galerie, sa mission et son histoire, et on peut dès lors penser que certaines de ces œuvres ne sont pas particulièrement adaptées au contexte, quelles auraient pu fonctionner dans un autre cadre.Pour cette raison, les liens entre les œuvres apparaissent parfois ténus, et leur rencontre, finalement, ne fait pas la force de cette exposition.Knit one, Swim Two, d’Ingrid Bachmann, accueille le visiteur par un dispositif sophistiqué grâce auquel l’artiste provoque les croisements entre l'étude des textiles et les technologies numériques.L’œuvre amplifie le principe d'interactivité souvent observé dans les musées, dans l'art ou dans les outils didactiques; des aiguilles à tricoter en aluminium pèsent de tout leur poids dans les mains du visiteur, qui doit les manipuler pour actionner le dessin d’un nageur apparaissant sur un écran d’ordinateur.Les tentatives de coordination des mouvements rendent l’effort explicite, révèlent le lourd appareillage qui préside au jeu — un système de poulies notamment — où les retards et la déception dans les effets escomptés laissent le visiteur impuissant, devant l’image.Au détour d'une cimaise, Wake, de Mary Anne Barkhouse, installe un environnement végétal et sculptural portant sur la conservation de la faune, du castor précisément, qui cherche peut-être moins à éveiller les consciences qu’à inviter à la contemplation.Le savoir-faire dans le traitement des matériaux (résine, bois, verre) prévaut dans cette installation comme dans celle, voisine, de Thérèse Chabot, Une reine, 700 mâles, 26 646 ouvrières, au délicat parfum émanant des pétales de rose imbriqués pour esquisser une robe captive.Or, la délicatesse de la réalisation, bien que fascinante, ne fait pas oublier la lourdeur de la métaphore tissée entre le pouvoir féminin et l'univers des abeilles.Avec son Unité de transformation génétique pour la colonisation de Mars, Stéphane Gilot fait passer le visiteur dans un abri où il est soumis à des «émissions monochromatiques-.Avec le renfort d'une trame sonore, l’expérience de cette «boite», à la blancheur immaculée, fait se rencontrer de brillante façon les références à l’art et au cinéma de science-fiction de série B.Environnements à la James Turret?Faux programme de conditionnement behavioriste?Dans les deux cas, les artifices de la fiction, les effets captivants de l’illusion visuelle sont démontés et ironisent sur les projections vers l'ailleurs dont l'humain raffole.L'œuvre pointe plus sérieusement les envies de conquête — dans sa première mouture à Bruxelles, il y a un an.l'installation avait hérité d’un site célèbre pour avoir été un lieu géographique stratégique à l’époque de l’expansion coloniale belge — motivées par la recherche de contrées encore vierges, Mars ou l’espace blanc de la galerie.L’installation s’adosse au mur du fond de la galerie, derrière lequel s’activent les employés, s'accumulent les archives.Ces archives, Vid Ingelevics les met à jour par une judicieuse exploitation de la vitrine avant de la galerie, qui donne sur le hall du pavillon, en alignant des boîtes de carton pleines de documents.S’inscrivant dans le droit fil de ses travaux antérieurs, l’artiste expose les dessous de la machine muséale.Le dispositif insiste sur les failles de la classification, comme dans la mosaïque à l’intérieur de la galerie, autre volet du projet, qui rassemble des photographies conservées sans identification et que l’artiste a dénichées dans les archives.Au visiteur, maintenant, de trouver une famille à ces images anonymes.En réponse à ces cases laissées vides qui sollicitent l’imaginaire, l’artiste a dressé un inventaire minutieux de chaque objet utilitaire présent dans la galerie, fac-tures et photographies à l’appui.A la fois vouloir tout saturer par la documentation et devoir céder à ce qui ne se laisse pas saisir, voilà une contradiction inhérente aux institutions muséales qu’ln-gelevics montre avec habileté.•I«K re 2002 au 185, rue Sainte-Catherine Ouett, Montréal (Québec) Renseignements : (514) 847-6226 www.m
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