Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (10)

Références

Le devoir, 2002-11-02, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
LE DEVOIR.LES SA M E I) I ET DI M A N (' Il E A \ O V E M R R E 2 O O 2 littérature française Pascal Quignard et le Concourt Page F 5 ?LE DEVOIR * LITTERATURE JEUNESSE La Belle et la Bête nouvelle version Page F 9 u / 0 m’intéresse plutôt aux petits détails dans la vie de mes personnages» SHEU.Y HARRISON ¦À ouce Parfois, la vie bascule, le temps d’un drame.Dans son sixième roman, Un baume pour le cœur (Doing The Heart Good), qui paraît dans quelques jours en traduction française chez Boréal, Neil Bissoondath raconte l’histoire d’Alistair Mackenzie, Anglo-Montréalais qui, à la suite d’un incendie qui a réduit sa maison en cendres, doit habiter chez sa fille et son gendre d’origine francophone.Du coup, l’ancien professeur de littérature, devenu un vieil homme, se trouve plongé dans un milieu nouveau et déconcertant.JOHN FOLEY/OPALE Entrevue avec Leslie Kaplan Vivre sa vie JOHANNE JARRY Scénario classique.Un livre (attendu) paraît Le journaliste rencontre l’auteur pour lui poser des questions.Il écrira, à partir des réponses obtenues, un article.Mais que faire quand aucune question ne surgit?Pas d’explications à demander ni de flous qui exigent d’être précisés; le livre se tient tout seul.Comment combler ce vide de questions au moment de l’entrevue?Exposer à l’écrivain ce qu’on retient de son livre, ce à quoi il nous fait penser, est une possibilité.C’est ce qui s’est passé récemment avec Leslie Kaplan, lors d’un échange téléphonique portant sur Les Amants de Marie, qui vient d’arriver en librairie au Québec.On croyait que Le Psychanalyste achevait une trilogie intitulée Depuis maintenant, mais cette aventure romanesque dans le monde d’aujourd’hui se poursuit avec Les Amants de Marie, roman lui aussi publié chez POL Ce onzième roman, dit-elle, s’est écrit à partir d’une question; «L’amour, qu’est-ce que c'est?» Mais les histoires de Leslie Kaplan ne se limitent jamais à un seul sujet ni à un seul personnage.«La polyphonie m’intéresse beaucoup.J’aime qu'il y ait plusieurs voix et plusieurs personnages; ce sont autant de points de vue à partir desquels on peut voir le monde», confiait-elle au Devoir.Us Amants de Marie fait écho à ses propos.L’histoire tourne autour de Marie.Le lecteur l’a croisée ailleurs dans l’œuvre de Leslie Kaplan et peut-être bien dans le bureau de Simon le psychanalyste.On comprend que l’analyse est terminée.On entre dans sa vie au moment où elle est prise de désir «Je n’en peux plus, disait Marie.Il fait trop beau.Je n’en peux plus, disait Marie.C’est un vrai temps d’amour.» Elle recroise David, elle rencontre Jimmy, mais c’est le souvenir de Max qui se fait insistant quand elle marche dans Paris.Une ville qui offre toujours quelque chose de singulier au regard, ce qui en fait un espace stimulant, moteur, générateur de désirs.«L’environnement est déterminant et a un impact sur ce que Ton vit.Je suis tout à fait matérialiste à cet égard», ajoute Leslie Kaplan.Marie est en mouvement et sa vie croise celle des autres.«J’ai tenté de la présenter par tous ses aspects possibles.Je voulais montrer Tamour et comment des strates qui sont toutes sortes de moments et de rencontres demeurent là en nous, font ce que nous sommes.Et aussi comment on VOIR PAGE F 2: VIVRE DAVID CANTIN Installé dans la banlieue de Québec, Neil Bissoondath se réjouit d’avoir trouvé une certaine paix.Après avoir vécu 16 ans à Toronto, sept ans à Montréal et six ans dans la Vieille Capitale, il avoue avoir trouvé l’endroit parfait pour écrire.De retour de Vancouver, l’auteur a plutôt bonne mine.Qu’est-ce qui a été à l’origine de ce roman?, lui demande-t-on d’emblée.«Curieusement, c’est la fin du roman qui s’est d’abord imposée.Après l’incendie, j’ai aperçu cet homme de 70 ans dans la maison de sa fille avec son petit-fils.Ce qui s'annonçait comme une simple nouvelle est par la suite devenu un récit assez complexe.J’ai voulu utiliser toutes les histoires qu’Alistair conservait en lui.Ce personnage m’a imposé un certain rythme.» Comme l’explique Bissoondath, il ne restait plus qu’à puiser dans les souvenirs anciens de ce solitaire désormais tenu à l’écart d’un milieu exclusivement anglophone.Au fil des chapitres, on apprend à décou- vrir les êtres qui gravitent dans le monde intérieur d’Alistair Mackenzie: sa femme Mary, le beau-fils Jacques (qu’il s’entête à appeler Jack), sa fille Agnès, l’écrivain Dan Mullen ou encore une sœur, Ruth-Ann, dont il s’est éloigné.Soldat pendant la Deuxième Guerre mondiale, Alistair Mackenzie évoque, par une série d’allers-retours temporels, les épisodes d’une vie plutôt paisible.Il retourne sur les chemins d’un exil qui fut autant anglophone que francophone.«Comme il ne s’exprime pas en français, cet homme entretient un rapport ambigu avec Jacques ou encore M.Tremblay [deux personnages du roman].De plus, son attitude face à ses collègues universitaires le confine à une très grande solitude.On sent un énorme malaise chez lui, surtout face à sa fille, qu’il n’arrive pas à comprendre.C’est grâce à Mary qu’il a su vivre.Une femme peut faire toute la différence.Elle Ta obligé à s'accepter mais aussi à s’ouvrir aux autres.» Neil Bissoondath s’est inspiré de son séjour à Montréal pour élaborer la trame A Un baume pour le cœur.«Je ne suis jamais arrivé à comprendre ces anglophones qui refusent systématiquement d’apprendre le français.C’est, selon moi, impensable au Québec.Four autant, je n’ai pas voulu faire passer un quelconque message à travers ce roman.Ce n'est pas le rôle de l’écrivain.Je m'intéresse plutôt aux petits détails dans la vie de mes personnages.Il faut être subtil en laissant parler et voir à travers les gestes des individus.A travers son insécurité, Alistair arrivait à me surprendre, suscitant même une certaine sympathie.» Avec ses premiers romans, l’auteur de l’essai Le Marché aux illusions a surtout traité d’immigration, de déracinement et d’identité.Aujourd’hui, il semble avoir fait le tour de ces questions.«On pourrait dire qu’Alistair se retrouve déraciné à cause de Tincendie.Il flotte désormais dans son besoin de raconter sa vie.Le fait de me sentir vraiment chez moi à Québec me permet une plus grande liberté au niveau de Imaginaire.D’un roman à Tautre, je me concentre aussi sur d’autres aspects de l’existence.» Loin de la veine autobiographique, Bissoondath préfère se mettre à l’écoute des personnages qui naissent en lui.Pour écrire ce roman, il affirme être entré presque complètement dans la peau du vieillard.Selon lui, l’écriture est à l’image même de la mémoire.Bissoondath abordera donc Un baume pour le cœur comme un voyage dans les souvenirs d’Alistair.VOIR PAGE F 2: MÉMOIRE Michael MOORE MIKE CONTRE-ATTAQUE ET S’EN PREND AUX ESCROCS QUI ONT FA MAIN BASSE SUR LA MAISON-BLANCHE Lin livre pamphlétaire jouissif par l’auteur de Bowling For Columbine I « CONTRE-ATTAQUE I Mkhael Moor* ET VEN PREND AU* ESCAOCS QUI ONT EAIT MAIN IASSI EU* IA MAISON-HANCHE ttt.ETol Traduit de l'anglais (États Unis) par Marc Saint-Upéry 240 pages • 19,95$ Boréal www.«dltlonsbor*al.qc.c< % F 2 I.K I) H V 0 I H .I.K S S \ M K I) I > K T Ü I M A X ( Il K 3 X » V E M B R E 2 0 II 2 VIVRE Livres MEMOIRE SUITE DE LA PAGE F I existe en traversant des moments différents.» On croise donc au fil des pages Pauline qui aime danser, Kati qui raconte de mauvaises blagues, Jimmy qui aime Paris, Rachid qui décroche, David qui «bégaie de désir» et Dahlia qui va tenter le coup: vivre sa vie.Quant a Sammy, le vendeur d'abonnements itinérant, il aime les regarder.«Sammy ne se lassait pas, c'était des vies qui vivaient leurs vies, hors de lui, aussi pleines et entières que la sienne, chacune de ces figures fabriquait un monde, et les morceaux d’un monde pouvaient appartenir à d’autres mondes, ça se recoupait.» L'amour, dans tout ça?«l^e résumé, dit Marie, si je veux résumer, c’est que je suis toujours partie, dit Marie.J'ai toujours claqué la porte et je suis toujours partie en courant.» Maintenant, pourtant, elle va revenir frapper à la |x>rte de Max.«Un dialogue avec soi-meme» Marie est en quête d’amour (ou enquête sur l’amour?) mais elle n’est pas en peine.Marie se parle, et Leslie Kaplan fait entendre dès les premières pages ce dialogue d’une femme avec elle-même, dialogue qui laisse entendre davantage d'ouverture que le monologue, forme narrative plus fermée.«Marie n’était pas du tout seule, elle était en bonne compagnie, avec elle-même, plongée dans son travail du moment, une documentation à préparer, la ville et la banlieue, la question du logement, architecture et urbanisme, reproductions et journaux, livres et films à choisir, commentaires à écrire, Marie aimait beaucoup cette façon de travailler, mettre ensemble des choses différentes et établir des liens, des rapports entre ces choses.» Sa manière de faire va tout a fait dans le sens de l’œuvre de Leslie Kaplan, où rien n’est jamais donné une fois pour toutes.«Ce livre est non explicatif.Il présente Marie à un moment de sa vie.Sa totalité n 'est pas épuisée.Je ne crois pas qu’on puisse tout dire d’un personnage, et ce n’est pas Iç genre de livre que je veux faire.A la fin, on ne sait pas ce qui arrivera à Marie ni aux autres personnages, mais on peut imaginer.» Le roman, de nouveau: «Ce dont les femmes ont besoin, pensait Marie, c’est évidemment ce dont tout le monde a besoin, pas seulement pour écrire mais pour vivre de façon décente, pour vivre en pensant sa vie.Un peu d’argent, c’est-à-dire un peu de temps, et une chambre à soi.» Travailler, c’est rarement la partie la plus facile d’une vie.Les personnages de Leslie Kaplan, Kati mise à part, y arrivent sans avoir l’impression d’y perdre tout leur temps.Idyllique?lœ travail de Marie lui donne les moyens de penser sa vie.Elle n’est pas la seule à combiner harmonieusement travail et réflexion.Parmi tous, il y a Max, qui aime Marie et le cinéma.Il écrit sur des classiques qui repassent en salle.Son analyse de M le Maudit, de Fritz lang, est sévèrement contestée par une lettre signée «M le Malade».«J’ai eu envie, explique Leslie Kaplan, de mettre en parallèle la pensée de Fritz Ixing telle que la reprend Max et un personnage qui critiquerait à sa façon le monde d’aujourd’hui.Qu'est-ce qu'on montre, qu’est-ce qu'on ne montre pas, qu'est-ce qui se voit ou pas?Il semble que c’est une des questions de Lang.De son côté, M le Malade se pose la question: qu ’est-ce que la société actuelle montre ou pas, promeut ou pas, tri-vialise ou pas, et pourquoi et quels effets ça a.Le cinéma peut être une révélation, il accompagne.Il ¦‘ça Palmarès Renaud-Bra Le baromètre du livre au Québec du 23 au 29 octobre 2002 Santé ET SI ÇA VENAIT OU VENTRE?P.PALLARDY Robert Laffont 7 n Pratique LE GUIDE DE L'AUTO 2003 DUVAL/DUQUET L'Homme 3 3 Essais Qc M.BRUNET Qc Amérique J 4 Santé CE QUE LES MAUX DE VENIRE DISENT DE NOTRE PASSÉ G.DEVROEDE Payot 11 £ Roman Qc CATALINA y G.GOUGEON Libre Expression 3 F Polar VOYAGE FATAL K.REICHS Robert Laffont 2 ! Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?W J.SPENCER Michel Lafon il 8 Roman Qc P.MORENCY Boréal J Jeunesse E.GOLFER Gallimard 1 m Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT E.TOLLE Ariane 108 u Roman U TACHE ¥ P.ROTH Gallimard 5 ü Essais MIKE CONTRE-ATTAQUE ! ¥ M.MOORE Boréal 2 11 Roman Qc LA ROUTE DE L'OUEST R.HÉTU vlb éditeur 2 4 Pratique L'ANNUEL DE L'AUTOMOBILE 2003 COLLECTIF Annuel inc.4 11 Roman LE PIANISTE ¥ W.SZPILMAN Robert Laffont 87 11 Essais Qc LE LIVRE NOIR DES ÉTATS-UNIS P.SCOWEN les Intouchables 9 U Roman Qc W.MOUAWAO Leméac 1 !!.Roman ROBERT DES NOMS PROPRES A.N0TH0MB Albin Michel 13 11 Spiritualité METTRE EN PRATIQUE LE POUVOIR DU MOMENT.E.TOLLE Ariane 26 20 Cuisine COLLECTIF Fondation des Ailes de la mode 1 ?1 Actualité L'ÉTAT DU MONDE 2003 COLLECTIF Boréal 3 .V Jeunesse QUATRE FILLES ET UN JEAN ¥ A BRASHARES Gallimard 19 23 Psychologie CESSEZ D'ETRE GENTIL, SOYEZ VRAI ! ¥ T.D ANSEMB0URG L’Homme 94 24 Polar LE PACTE CASSANDRE R LU0LUM Grasset 2 2b BU.ALBUM SPIR0U, t.266 COLLECTIF Dupuis 3 26 Biograph.Qc TESTAMENT D'UN TUEUR DES HELES P.MARTINEAU les Intouchables 7 11 Psychologie C.OLIVIER Albin Michel 4 H Jeunesse CHANSONS DOUCES.CHANSONS 1ENDRES (livre A OC) ¥ H.MAJOR Fides 54 29 Roman Qc MUSIC-HALL ! ¥ G.SOUCY Boréal 9 30 Roman Qc CAP-AU-RENARD L.PORTAI Hurtubise HMH 4 31 Roman LES CORRECTIONS J.FRANZEN Boréal 8 11 Jeunesse CHANSONS DROLES.CHANSONS LOUES (Livre 4 OC) ¥ Henriette MAI0R Fides 108 33 Essais Qc POUR EN FINIR AVEC LA MODESTIE FÉMININE P.NAVARRO Boréal 2 34 Roman Qc BONBONS ASSORTIS ¥ M TREMBLAY Leméac/'Actes Sud 18 35 Érotisme Qc AU FOND DES CHOSES W.ST-HILAIRE Lanctet 10 36 BU TITEUF, t.9 - La loi du préau ZEP Glénat 6 37 Polar MYSTIC RIVER ¥ 0.LEHANE Rivages 28 38 Actualité APRÈS L'EMPIRE ¥ E.TOOD Gallimard 3 39 Psychologie MÉRES-FIILES.UNE RELATION A TROIS ¥ EHACHEFF/HEINICH Albin Michel 36 40 Roman Qc MEILLEURS CONTES FANTASTIQUES QUÉBÉCOIS COLLECTIF Tides 41 11 Biographie RETROUVER SARA f.BRIN Michel Lafon 3 42 Arts 365 JOURS POUR LA TERRE ¥ Y ARTHUS-BERTCAND de La Martiniére 48 43 Actualité GUERRE ET MONDIALISATION M.CH0SSU00VSKY Écosociété 8 44 Roman TIGRE EN PAPIER 0.ROLIN Seuil 7 45 Roman Qc OUF! ¥ 0.BOMBARDIER Albin Michel 24 V : Coup de Coeur RB Nouvelle entree Nbre de semaines depuis parution Plus de 1000 Coups de Coeur, pour mieux choisir.^^ûccûrsàlë^n^üeEèn Ek.fait — comme tout art! — partie de la vie, et il a toujours une éthique, qui est son style, sur lequel il est important de réfléchir: le politique est là aussi.» Max s’abstient de répondre, mais M le Malade insiste.E écrit à tous les journaux et bientôt toute la ville parle de lui.Parallèlement, un petit homme s’exhibe furtivement un peu partout dans Paris.Est-ce M le Malade?Fera-t-on confiance au jugement d'une personne qui signe ses lettres avec un nom pareil?C’est bien beau, se soucier de la destruction de la planète, écrit-il, mais «il faudrait tout de même que l'on commence à prendre aussi au sérieux l’autre forme de cette destruction, la destruction de l'espace mental commun, l'espace public».Comment ne pas être d’accord avec ce qui suit, aussi?«Tout ce qui est mis en circulation, ou presque, comme œuvre, travail de pensée, projet, devient anecdote.Et devant une anecdote, il n’y a rien à dire ni à penser, mais seulement rester là, passif, assis.» Il connaît aussi des histoires, M le Malade.Par exemple, un ami de ses amis fait des «sexpériences».Il les fait toutes, sauf avec les enfants (il a des principes).Enfant, il copiait les examens de ses camarades.Ça l’excitait, mais dès qu’il recevait sa copie (une bonne note), il retombait à plat.lü, il se demande: «Est-ce que je copie quand je fais l’amour?» lœslie Kaplan fait le lien avec Marie.«M le Malade se met en colère contre la société industrielle et la sexualité de masse et Marie essaie de vivre sa vie à elle.Comment passer ailleurs, cesser de reproduire, de copier, en étant à mille lieues de son désir à soi?Comment retrouver ce désir d’être soi et pas le voisin?» Marie dira: «Essayer de ne pas être en dessous de soi.» Roman ouvert et à l’érotisme aérien.Les Amants de Marie ne va pas dans le sens du marasme ambiant.On sait que le monde ne tourne pas rond, mais il y a le plaisir de penser, celui de regarder la ville.Il y a des liens qui comptent et du désir.Et de la plénitude aussi, quand Marie entre dans le parc et entend «l’arrivée du silence».Là, on respire un grand coup; on se sent bien vivant.LES AMANTS DE MARIE Leslie Kaplan Editions EO.L.Paris, 2002,282 pages SUITE DE LA PAGE F 1 Dès les premières pages, l'homme âgé comprend de manière sereine que «ce qui me trouble, c’est de sombrer dans le vide ici-bas.De n être plus rien ici-bas.De s’estomper, après une ou deux générations, d’être réduit à un nom et à quelques photos.A la pensée d’une telle obscurité, mon cœur bat à tout rompre.Mes entrailles se glacent.Car la vie après la mort réside uniquement dans la mémoire du monde».Quel défi présentait une telle situation narrative?Souriant et discret, Bissoondath affirme s’être quelque peu interrogé sur le genre littéraire à adopter.«Au départ, je croyais sincèrement que cela allait me mener vers un recueil de nouvelles.Puis, le personnage d’Alistair s’est imposé naturellement.On se demande toujours comment s’y prendre pour raconter une histoire de façon différente.Dans ma tête, j’ai donc suivi les anecdotes qui remontaient à la mémoire de ce septuagénaire.En un sens, il demeurait essentiel de rendre l’histoire crédible sans se perdre en cours de route.» Professeur de création littéraire à l’Université laval, l’écrivain s’explique sur son art à travers les conseils qu’il donne à ses étudiants.«Lorsqu'on me demande mon avis, je suggère très souvent d’avoir en tête le respect du lecteur comme du personnage.Il ne faut pas chercher à tout expliquer.Le pire reste encore de voir l'autre d’une manière plutôt simpliste.» À un certain moment de ses souvenirs, Alistair fait remarquer «Il ne me reste donc plus que le territoire glissant de la mémoire, elle dont la magie confère aux événements une vie propre bien après leur fin, redonne vie à des sentiments depuis longtemps disparus, ranime des corps que le souffle vital a quittés.» Un sujet tabou Bissoondath trouve absurde qu’on puisse imaginer une quelconque thèse politique derrière son roman.Plus sérieusement, il s’étonne de constater à quel point la question des communautés francophone et anglophone est encore un sujet presque tabou.«Le romancier n’a pas à faire de la politique.Certains journalistes [au Canada anglais, où le livre a paru en février de l'année dernière] m’ont reproché de ne pas poser un véritable jugement sur les événements de la Crise d’octobre ou encore de ne pas avoir approfondi la discussion entre Alistair et Jacques au sujet de Pierre Trudeau.Ce qui m'intéresse réside plutôt dans la profondeur des émotions humaines.C’est ce qui importe, finalement.» Au fil A'Un baume pour le cœur.l'humour trouve aussi une certaine place dans l'œuvre de l’auteur canadien.«J’étais vraiment heureux que certaines personnes remarquent cette touche tragico-mique dans le roman.Cela marque, disons, une tentative nouvelle pour moi.» Bissoondath ajoute qu’il travaille dans l’immédiat à un nouveau roman qui, cette fois-ci, se déroule dans un pays inventé.«J’en suis au deuxième jet d'écriture.Ce sera assez différent pour moi, je crois.» Croit-il un jour aller jusqu’à écrire un roman en français?«On ne sait jamais.Peut-être que je vais me réveiller un matin et qu’un personnage va me dire ’’bonjour" plutôt que “good morning”?» UN BAUME POUR LE CŒUR Neil Bissoondath Traduit de l’anglais par Lori Saint-Martin et Paul Gagné Boréal Montréal, 2002,413 pages En librairie le 7 novembre LITTÉRATURE SUD-AMÉRICAINE Les bouts de papier de la mémoire GUY TAILLEFER LE DEVOIR Il n’y avait personne en lui», a écrit il y a une quarantaine d’années le dieu des lettres argentines, Jorge Luis Borges, dans une brève nouvelle intitulée Everything and Nothing.Le non-héros du dernier roman de l’écrivain argentin Pablo de Santis est rempli à ras bord de cette dense vacuité borgé-sienne.Vie torturée que celle de son LA RAISON ET L'ÉQUILIBRE EN NOVEMBRE.L'AUTEUR SERA PRÉSENT AU SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL La Raison et l'équilibre Libéralisme, nationalisme et catholicisme dans la pensée de Claude Ryan au Devoir (1962-1978) Olivier Mardi Claude Ryan est sans aucun doute l'un des plus influents intellectuels du Québec des cinquante dernières années, mais un intellectuel dont la carrière et l'œuvre sont encore, somme toute, peu étudiées.Cet ouvrage se veut une analyse de sa pensée à l'époque où il était éditorialiste et directeur du quotidien Le Devoir.A travers des événements qui ont marqué l'histoire récente du Québec il trace, dans la pensée politique d'un intellectuel qui a vécu la Révolution tranquille, la trajectoire et la confrontation de trois idées-forces de l'histoire du Québec : le libéralisme, le nationalisme et le catholicisme.2002 • ISBN 2-922245-78-0 • 292 pages • 24,95 $ jg.LES ÉDITIONS ,{VARIA C.P.35040, CSP Fleury, Montréal (DC) H2C 3K4 Tél.: (514) 3M-8448 • Téléc.: (514) 389-0128 WstriOirtioo ./ho/ojoe _ c—^ www.vana.com info@varia.com Q>t=>£0 W Québec n éditeur félicite Guy Demers finaliste au Prix de la Gouverneure générale du Conseil des Arts du Canada catégorie fiction pour son roman L’intime personnage principal, le docteur Nigro, neurologue insomniaque et spécialiste de la mémoire que des collègues de travail ont surnommé le docteur Personne.Cet homme intense et intelligent est atteint d’un trouble de l’inexistence, pour ainsi dire; et, souffrant d’invisibilité, il la cultive néanmoins par une sorte d’intime conviction philosophique.Homme énigmatique aussi, placé au cœur d’une intrigue où il cherche à percer un secret scientifique sur la mémoire, dont il n’accepte pas d’avoir été exclu par feu le docteur Fabrizio, maître à penser brillant et Imbuvable.Homme qui souffre d’amour enfin, mais que Lu-ciana refuse d’entendre pour des raisons, proches de la répugnance, que le mystère malsain qui baigne le roman n'élucide pas complètement Le docteur Nigro parcourt ces labyrinthes jonchés de kilos de papiers, de feuilles tapées à la machine et, tentant de s’y retrouver en essayant de tout déchiffrer, il prend à l’évidence un plaisir vaguement masochiste à se perdre.Nous prenons plaisir à le suivre.Ici, le fils amnésique d’un père architecte qui a soudainement disparu en tentant de reconstituer le «théâtre de la mémoire de Giulio Ca-millo».Là, le désagréable triumvirat de Lex, Mosca et Usi qui poursuivent en secret leurs travaux en consommant une inquiétante drogue brunâtre appelée T-Frost Mais un récit au sein duquel le personnage du docteur Nigro demeure, en dépit de sa prétention à l’inconstance et à la distraction, le moteur efficace de la narration.Perce de la lumière parmi ses tergiversations.Il flotte parmi les personnes l'ahlmlf'Sanlis i.e Tlu “Aire la mémoire :I et les objets avec un détachement que seule autorise une conscience claire de son insignifiance.Dans le désordre des souvenirs boiteux et emboîtés, le roman s’interroge: la mémoire est-elle la conscience et a-t-elle conscience du temps?Comment fabriquer de faux souvenirs?Ou encore: si nous parvenions à entrer dans la mémoire d’un autre, ses souvenirs, qui nous sembleraient entièrement neufs, nous feraient-ils l’effet exact de la réalité?Feu le docteur Fabrizio, qui est tout sauf invisible, avait préparé sa mort de manière à enchaîner son entourage à sa mémoire.Dans la mise en scène de M.de Santis, Nigro constitue une brebis sans défense.Fa soumission de toutes les mémoires à la dictature d’une seule est l’une des formes les plus graves de l’amnésie.LE THÉÂTRE DE LA MÉMOIRE Pablo de Santis traduit de l’espagnol par René Solis Métailié L'AGENDA DES FEMMES 2003 'isitez notre librairie [•lîy igrandie et rénovée 4000 p.c.de livres, de musique, de jeux, de cadeaux et plus encore ! Complexe Desjardins « (514) 288-4844 i.miuw Dans cette 26e édition, des femmes écrivent sur les impacts de la mondialisation et démontrent que les solidarités se conjuguent aussi au féminin.4L, Illustré • Fi En vente chée Votre libraire les éditions du remue-ménage 10.rue Ste-Thérèse.bur 501, Montréal (Qc) H2Y 1E6 'Tél (514) 876-0097 .Téléc (514) 876-7951 I) K V Oil!.A M K I» I O \ K M li TIER T U R E COIS Deux versions du quotidien DAVID CANTIN Deux nouvelles voix parmi tant d’autres cette saison.Comment expliquer un pareil phénomène chez les éditeurs de poesie au Québec?Une génération montante se bousculerait-elle sérieusement aux portes?Qui sait?Far ailleurs, il faut bien reconnaitre que trop de livres sont sans lendemain.Au cours de la dernière décennie, peu de jeunes auteurs ont véritablement su s’imposer sur l’horizon poétique actuel.A cet egard, on pourrait même dresser une courte liste, fort subjective.Qu'importe.Que dire, maintenant, des premiers recueils de Julie Fauteux et Martin Poirier?Le proche avenir s’annonce-t-il meilleur?Au cours des années récentes, quelques noms de la relève ont réussi à se tailler une certaine place aux Herbes rouges.On se souvient d’ailleurs des très beaux livres de Tania Langlais et Mathieu Boily.Pour l'automne 2002, c’est au tour de Julie Fauteux et de Benoît Dugas d’entrer dans l’institution, toujours marginale, des frères Hé bert.C’est un bruit qui me sauve, de Julie Fauteux, gravite autour d’un univers sensible où le moindre geste vient remplir les lieux du poème.Il est question de paroles à mi-voix, d’un chien qui aboie, du jour en retard ainsi que d’une absence énigmatique.En fait, ce voyage traverse la partie silencieuse du temps.Une femme observe autour d’elle la chambre qui s'ouvre comme un monde à part entière.Elle guette, à l'extérieur, des arbres et des routes qui retiennent leur souffle.Constamment saccadée, cette voix passe du rêve le plus fluide à une réalité parfois brûlante.On se retrouve ainsi sur la corde raide d’une existence, à attendre que le monde dévoile son inattei-gnable lenteur: «Au-dessus de la ville, / dix fois plus haut et plus vaste qu 'elle, / un nuage./ Masse de vapeur, fines gouttelettes: /une ville au-dessus de la ville./ J’entre et très loin en haut / le nuage se déchire./ Chaque chose qui le peut / allonge son ombre./ Les chiens bâillent sous les arbres, / la poussière se pose./ Debout ou couché, / selon la nature, / ce qui respire dort.» Tout est question d'angles et de mots dans cette poesie qui impose déjà une certaine exigence formelle.Il ne s'agit guère de reveler mais davantage de surprendre grâce à ce champ de vision comparable à 4a forme d'un seul œil».Les poemes de Fauteux avancent dans la tranquillité d'un présent inquiet.Le jour attend comme cette lumière qui aide la bouche à parler.L’espace entre les objets se transforme telle l'empreinte secrete des choses.Rien n'est sûr dans ce paysage urbain, pourtant révélateur d’un manque qui.à chaque détour, guide vers l’immensité.Une voix remplie de promesses.Fuite et inquiétudes On a aussi affaire «aux bruits du jour» chez Martin Poirier.Toutefois, Les Matins carnivores traîne au fil d’un ronronnement poétique assez ennuyeux.Bien sûr.il est question de perte amoureuse, de solitude comme des mois qui s’empilent les uns sur les autres.Cette fuite dans le temps multiplie les images, les souvenirs ainsi que les inquietudes quotidiennes.Une pareille quête devient trop prévisible, surtout à cause de cette «légère cadence» rythmique.On se demande bien pourquoi l’auteur ne va pas au-delà de la surface, plutôt lisse et redondante, des événements: «J’arrose le géranium, plie la nappe, / sors mon cahier./ Sur la porte du frigo, des photographies, / un calendrier./ Le jour prend un nom./ Dans un mouvement de balancier, l'écriture / du quotidien devient le quotidien de l'écriture./ Il y a des hommes tout autour, et des lettres / d'amour qu'on n'écrit plus.|.]>•> Dans ce cahier où le poème ressemble à un découpage de notes et d’observations, on trouve difficilement quelque chose d’autre à lire que l’éloge d’un narcissisme convenu.Le monde existe, mais en rapport avec l’exagération discrète de la moindre banalité.Il me semble qu’on a assez entendu, depuis le milieu des années 80, ce discours répétitif et racoleur.Le pire, c’est que l’ensemble du recueil n’est même pas mauvais.Au contraire, on a droit à quelque chose d’assez cohérent.Par contre, où se trouve la tension poétique dans une écriture qui ne fait qu’accumuler les anecdotes d’une histoire sentimentale?«Suspendre mes vêtements fatigués, / asseoir mon corps sali, / déposer mes peines./ Au milieu de la chambre / une chaise.» Assez dit C’EST UN BRUIT QUI ME SAUVE Julie Fauteux Les Herbes rouges Montréal, 2002,56 pages LES MATINS CARNIVORES Martin Poirier Triptyque Montréal, 2002,77 pages Portrait d’un raté Une réflexion sur la société occidentale contemporaine où il faut briller pour oser être heureux SOPHIE POI LIOT Le premier roman de Johanne Villeneuve est troublant.Pas nécessairement intéressant du début à la fin — il comporte son lot de redondances et de longueurs — .mais il ne laisse certes iras indifférent.Pourquoi?Parce qu'il autopsie l’un des côtés obscurs de la société de performance dans laquelle nous vivons: la difficulté de vivre dans l’anonymat et la banalité.Si l’objectif de l’auteure était de faire réfléchir le lecteur, de le pousser à remettre en question ses jugements sur autrui et la hiérarchie qui s’impose souvent entre les individus selon leur degre de réussite sociale, elle y sera parvenue.Dans un monde où un individu est défini uniquement par ce qu'il accomplit, il n’est rien s'il ne fait rien.Il est donc impératif de réaliser quelque chose.Peu importe quoi, mais quelque chose dont, idéalement, on parlera.L'antihéros de Johanne Villeneuve sent bien cette pression, cette urgence.11 jouera du pinceau, grattera la guitare et étudiera l'histoire, ne sachant quelle voie emprunter afin de se distinguer.Résultat: les années passent sans que le grand destin auquel il croyait pouvoir aspirer ne se concrétise.Que reste-t-il comme échappatoire?La traditionnelle ivrognerie, la fréquentation d’une personne qui a réussi sa vie afin de ramasser les miettes d’un sort enviable qu’il vivra par procuration et, enfin, la déprime.Et lorsque ces fausses ressources seront épuisées, il lui restera l’ultime fuite à laquelle ont recours nombre de (Québécois chaque année pour différentes raisons, le suicide (1600 en 1999, selon l’Institut national de santé publique du Québec).Pas facile de faire partie de la masse anonyme à l’ère de l’hégémonie des médias.C’est par la vont d’une écriture lancinante, où les répétitions multiples et délibérées renvoient à une litanie — qui ne manque pas d’ennuyer le lecteur à plusieurs reprises —, que l’auteure raconte la triste destinée de cet homme paralysé par la volonté de s’illustrer.En fait, le narrateur est le chien du héros, d’où le titre du livre.Sauf en ce qui concerne l’introduction et la conclusion, le fait que la narration soit assurée par un animal de compagnie n'apporte rien de particulier au récit.11 aurait pu s'agir tout aussi bien d’un autre témoin ou encore d’un narrateur omniscient.Dans les prémices du roman, par contre, Johanne Villeneuve y va de maintes fantaisies en ce qui a trait à l’univers canin.«En dépit de toute leur science, les hommes ignorent que la constitution d'un chien n’a rien d'organique et qu'elle tient de la pierre.Mais la science ne s’intéresse pas aux chiens.Et la géologie se tait sur les vestiges de ma race.» On apprendra, dans la même veine, que les chiens ne meurent pas.Que seul leur devoir d’obéissance les pousse à mettre en scène leur propre mort, histoire de ne pas trop déstabiliser leurs maîtres qui croient que tout être vivant doit mourir un jour ou l’autre.Si imagi- natifs que soient ces propos, leur lien avec le corps du roman apparaît douteux.Peut-être le lecteur est-il invité à se pencher sur la difference existant entre les impératifs existentiels canins et humains.Chose certaine, la rupture de ton entre ces theories extravagantes et le récit de la vie de l'homme aux prises avec ses aspirations et celles que lui impose la société laisse perplexe.Quoi qu'il en soit, le fidèle et Lv quace toutou raconte donc les pe ripéties du protagoniste, dont sa rencontre avec un homme énigmatique que l’on ne désignera que par une lettre, S.S a réussi sa vie.Critique et professeur de musique, il habite Outremont avec la femme que le héros a jadis fréquentée, Madeleine; il sait s'amuser tout en prenant soin de répandre partout où il passe la sagesse qui l’habite.Est-il la personnification même de la réussite?Peut-être que S (comme dans «succès»?) représenté ce que le héros aurait pu être s’il ne s’etait (xis lui-même coupé les ailes en se répétant des phrases telles «Que saurais-tu faire qui ne st>it déjà accompli?».Mémoires du chien est loin d’etre dénué de sens ou de contenu.11 propose une reflexion sur la société occidentale contemporaine où il faut briller, avoir des motifs notoires de bonheur pour oser être heureux.Ainsi, si la forme, pour les raisons énoncées plus haut, s'avère par moments rebar bative.le lecteur fera bien de tenir bon et de se rendre jusqu'à la fin du livre.Il le refermera habite d’un vague sentiment de compassion, doublé d’un très net malaise.Le coup aura porté.MÉMOIRES 1)U CHIEN loi mime Villeneuve HMH Hurtubise.collection America Montreal, 2(X)2, 142 pages Occupée éé .la.morr secrète et voluptueuse îles petites filles et l’éternel scandale de l'amour.99 Madame Figaro éé .un roman envoûtant et pas du tout politiquement correct.99 marie france Le Mangeur de bicyclette « La langue coule en douceur et en beaute tout au long des pages du Mangeur de bicyclette, et c'est là le fruit d'un travail d’une précision redoutable.•> > Pierre Thibeault.la Les tans y retrouveront le ludisme inventif et la séduisante étrangeté du créateur de l'ensorcelant Ventriloque .> Ma Je t.abreuque.Voir 514) 524-5558 lemeacwlemeao.com Ça va aller Il faut lire Ça va aller de Catherine Mavrikakis [.] Il faut le lire les yeux ouverts, l'esprit en bataille et le cœur â l’ouvrage, comme disaient nos aïeux » ¦ Pierre Thibeault.Ici SEANCE DE SIGNATURE Mercredi 6 novembre 2002.19h à 21h LIBRAIRIE L ÉGUME DES JOURS 125.rue Saint-Viateur Montréal (Québec) Tél : 278-4523 emeac®lemeac corn CO « I.K I) K V O I K .I.K S S A M K I) I K T I) I M A \ ( Il K \ il \ K M P> Il K i II II 2 F 1 W' J ER T l Les forces LE FEUILLETON qui transforment l’histoire Nadine Gordimer.Fille d'émigrés juifs dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, blanche nantie qui se découvre très tôt des sympathies a l’égard des noirs, intellectuelle qui préfère le milieu de la bohème artistique, souvent paumée, à celui des classes favorisées et affairistes, résistante de la première heure a toute forme d’injus-tice sociale, qui avoue quelle n’aurait pu devenir écrivaine si elle n’avait pas été blanche et qui, donc, n’en fait pas un privilège ou une récompense attendue, malgré son Nobel de littérature en 1991, Nadine tior-dimer est une femme de conviction et de parole.Une écrivaine militante.Mais une écrivaine subtile qui ne tombe pas dans les pièges de l’idéologie — qu’elle soit de droite ou de gauche.Ses convictions, son travail d’écrivain, elle les place dans sa quête de vérité, qui va bien au-delà des apparences et des faux-semblants de la bonne ou de la mauvaise conscience, bien loin de tout manichéisme aussi.Il n’y a pas de bons ou de méchants dans ses romans, mais des forces dont tous sont les victimes ou les marionnettes.Elle observe, elle constate, elle met a nu.L’humanité est un tissu de contradictions, une nuée d’intérêts, un champ miné de passions et de pulsions obscures.Y trouver sa place et son sens demande de la dextérité, de la patience, beaucoup d’observation, une indépendance farouche, des convictions profondes, du moins une obstination, qui est peut-être un fatum.L’histoire est toujours lente à réagir aux changements qui st* font en profondeur dans les consciences et les mœurs.Il arrive cependant qu'on puisse être surpris par ses soudaines accélérations, comme Nadine Gordimer le fut lorsqu’elle vit d’anciens syndi-qués, d’anciens prisonniers ou opposants parvenir au pouvoir dans son pays (comme on peut l’être aussi d’apprendre qu'en Afrique du Sud une loi a été votée pour reconnaître aux homosexuels le droit d’adopter des enfants).L’apartheid est fini, les Noirs ont naturellement pris dans ses romans des places qui étaient impensables il y a seulement quelques années (riches avocats fréquentant le meilleur monde, hommes d’affaires prospères), mais il reste d’autres combats qui outrepassent les frontières et où s’affrontent religions et Etats, pays du Nord et pays du Sud, mobilité Jean-Pierre Denis ?de l’individu et interdits frontaliers, cultures et civilisations.Encore une fois, Nadine Gordimer évite de faire thèse, de soumettre ces questions au tranchant de l'intelligence analytique.Elle part de l’individu mis en situation d’accepter ou de ne pas accepter les limites de sa condition initiale.lœ propre de l'homme est le mouvement, qui est parfois une fuite ou une dénégation, mais peu importe.Sans ce mouvement, pas de conséquences, pas de choix, pas de conscience de sa réalité et de ses limites.la vérité nous vient souvent après une longue errance.L’amour comme pays lœ hasard d’une panne de voiture va faire se rencontrer deux êtres qui n’étaient pas faits pour aller ensemble.Elle Oulie) est blanche, fille d’un puissant homme d’affaires sud-africain, lui (Abdou) est un immigrant illégal qui vivote au noir comme mécanicien.Elle a fui les valeurs bourgeoises de sa famille, reniant même sa fortune, lui ne rêve que d’intégrer cette société dont il est exclu, afin d’être respecté.Elle est fondamentalement rebelle à la famille, lui ayant préféré une bande de marginaux branchés mais terriblement bavards et inutiles, lui ne songe qu'à faire venir sa mère pour lui offrir une vie meilleure.Elle se sent coupable de ce qu’elle possédé, il n’a d’yeux que pour ce qu'il ne possède pas.«Elle a honte de ses parents; il pense quelle a honte de lui.Ils ne se connaissent pas l’un l’autre.» Tout est là pour les éloigner.Pourquoi cela se pas-se-t-il autrement?L'amour.L’attirance physique.Et tout un complexe de raisons que même un écrivain ne pourrait circonscrire sans risquer le simplisme.Au lecteur de lire entre les lignes, en comptant sur les indices que seme l’auteure.Une chose est sûre, ni l'un ni l’autre ne savent où tout cela peut les conduire, bien que chacun trouve en l’autre une voie d'accès à une vérité à laquelle il ne peut échapper, tant ici le malentendu tient lieu d’écran aux désirs inconscients, qui, eux, ne se trompent pas d'objet Chassé-croisé où chacun trouve en l'autre son miroir renversé.Il sera chassé d’Afrique du Sud pour illégalité, elle le suivra dans son pays, jamais nommé, quelque part aux abords d'un désert, dans un petit village perdu et sous-développé.Dès lors, il n’aura de cesse d’obtenir un visa, pour n’importe lequel des pays riches qui voudraient l'accueillir (Nouvelle-Zélande, Australie, Canada, Etats-Unis), offensant entre-temps sa famille en refusant l’offre généreuse d’un oncle de devenir l’héritier de son entreprise.De son côté, elle s’habituera peu a peu aux conditions de vie de ce peuple sous-développé, où les femmes ne peuvent faire chambre commune le jour pendant la période du ramadan, pas plus qu’elles ne peuvent se mêler aux hommes dans certaines réunions familiales, allant même jusqu’à donner des cours d’anglais pour se faire un peu d’argent Après des mois de patient labeur et de déceptions répétées, il obtiendra enfin ce fameux visa, pour les Etats-Unis.Survient alors un dénouement que je tairai, évidemment.A vous de l'apprendre en le lisant, car je vous recommande chaudement ce livre.Non seulement pour l’histoire, pour le récit, mais tout autant pour l’écriture très particulière que Nadine Gordimer pratique, elle dont on a comparé les nouvelles à celles de Katherine Mansfield.Une écriture indmiste, mais pleine de silences et de trous par où les protagonistes nous échappent; une description pointilliste qui se répercute dans une syntaxe sautillante, brève; une perception qui saisit les infimes mouvements de la conscience ou de l’âme, mais en les suggérant seulement; une sorte d'extériorité de la voie narrative qui donne le sentiment que nous survolons les destinées à partir d'une intelligence du cœur et des lois humaines.mais sans jamais en épuiser les motifs ni en fixer le sens.Bref, ça respire, ça suinte, ça ouvre.là est la grande générosité de Nadine Gordimer.denisjptà videotron.ca ARCHIVES LE DEVOIR Nadine Gordimer UN AMANT DE FORTUNE Nadine Gordimer Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Georges Lory Editions Grasset Paris, 2002,345 pages ; André Brochu écrivain Table ronde inaugurale l.e jeudi 7 novembre 2ix)j ù mhixi Aver la participation de : Jacques Braull.Renald Bérubé.Robert Dion et André Major • Salle d'Auleuil du Gesù IL!(X), rue de Bleurv.Montréal * Colloque l.e vendredi K novembre J(X)J.de 9100 à I7h30 * Avec la parlieipalion de : Jacques Allard, Réjean Beaudoin.Jeanne Deniers, l-rançois Dumont.Jane Hveretl.Laurent Mailhot.Robert Major.Paul Chanel Malenlant, Gilles Marcotte, Ginette Michaud.Pierre Nepveu.Liana Nissim, l-rançois Ricard.Lucie Robert Salle c 9141.Pavillon Lionel-Groulx, l iniversilé de Monircal .il.70.rue Jean-Brillant.Montréal organisé par le centre d'études québécoises de IJ iniversilé de Montréal (CPTUQ) Cl I I (J : (514) 343-73(39 Cetuq(5'i imonlreal.ca la courte échelle Maryse Pelletier On m’a toujours dit que je lui ressemblais.Quand •fille, c’était le malédiction La duchess* les Bois-branc j'étais petite pue.c était une véritab à porter, d’autant plus que j’avais peur d elle ncore aujourd hui, son ombre me précède et me suit partout où je vais dans tout ce que je fais.Elle, c 'est ma grand-mère Catherine.LITTÉRATURE FRANÇAISE beauté à tout prix JACQUES GRENIER LE DEVOIR CAROLINE MONTH ETIT LE DEVOIR On a déjà dit que la beauté exerçait la pire des discriminations.Une discrimination insidieuse et subtile, difficile à cerner.Tout récemment, au bulletin télévisé, on mesurait les ravages de cette dictature en observant comment une Mexicaine était morte des suites d’une chirurgie plastique bâclée et comment une autre, victime de la même médecine, devait se résigner à se faire amputer les seins.Encore récemment, dans Le Foids des apparences, une étude sur la beauté, l’amour et la gloire (Odile Jacob), Jean-François Amadieu démontrait que les beaux, comparativement aux laids, sont plus favorisés par notre société, du berceau jusqu'à la mort.Dans Lorsque j'étais une œuvre d’art, son dernier roman paru chez Albin Michel, Eric-Emmanuel Schmitt livre un roman, à la fois philosophique et humoristique, sur le désir d’être beau et sur la tyrannie des apparences, une fable sur le thème de Hiomme-objet.Son héros, homme affligé d'une apparence quelconque, est suicidaire.C'est au moment où il contemple l'éventualité d’en finir pour toujours qu'il rencontre le créateur, l'«artiste», Zeus-Peter lama, qui fera de lui un être beau, admiré, adulé.«Etre une heure, une heure seulement, beau, beau et con à la fois», chantait Brel.Tazio, qui sera rebaptisé Adam Bis au cours de l’opération, signe alors un pacte avec l'artiste, au- Éric-Emmanuel Schmitt quel il abandonne tous ses droits d'être humain.C'est Faust qui signe un pacte avec le diable, ou un Dorian Gray dont le vœu de jeunesse éternelle n’aurait pas tenu la route.Mais Lorsque j’étais une œuvre d’art est un roman moderne.Et c’est de notre société, celle de l’image, de la sensation, que se nourrit le drame dont Adam Bis est la victime.Une société que l’on ne connaît que trop et dont Eric-Emmanuel Schmitt exagère à peine les traits.Une société qui ne vit que dans les apparences.Tazio, d’autant plus désespéré que ses deux frères sont des éphèbes, accepte donc toutes les mutilations que l’artiste, un fumiste qu'on appelle Zeus, entreprend sur sa personne.Au départ, l’opération fonctionne assez bien.Après avoir feint la mort, Tazio revient à la vie sous la forme d'une œuvre d'art impeccable, un corps plus que parfait qui sera désormais exposé dans les musées.Une beauté sans mystère.Mais il y a un hic.Le hic, c’est que, tout content qu'il soit d’être Annuaire économique et géopolitique mondial 22e édition Une analyse approfondie des grandes tendances planétaires Un bilan de l’année pour les 226 États et territoires de la planète Les enjeux politiques et économiques à l’aube du ill’ millénaire Du i, au 8 novembre 2002, écoute; C'est bien meilleur le matin, de 5 h à 9 h animé par René Homier-Roy.sur la première chaîne de Radio-Canada, 95,1 rw et coure; la chance de gagner un exemplaire de L'État du Monde 2003.fltil U McomvrM/Bwtal en collaboration avec Boreal i p niyom 'të*radio www.fdltlonsborMl.qt.ca LlU I/I.\ \ »IU BBBBBBBB 672 pages • 27,95 $ enfin le centre de l'attention, Adam Bis n'en a pas pour autant perdu son âme.Est-ce cette âme qui fait en sorte que, au détour d’une promenade sur la plage, l’Adonis tombe amoureux?C’est l’amour, force obscure, intérieure, force universelle répartie également entre les êtres humains, indépendamment de leur apparence, qui fait qu’Adam Bis a tout simplement envie de redevenir lui-même.Las des journées passées sur son socle à subir les observations de tous, victime surtout de l’échec des interventions chirurgicales qui lui ont laissé un corps couvert de cicatrices, blessé et malade, l'homme ne rêve plus que de passer une existence banale, d’être père de nombreux enfants et de vieillir à l’ombre de son amour paisible.Grâce à l’intervention de sa promise auprès de l’artiste, Adam Bis se défait de ses chaînes.Et les deux amoureux vécurent alors heureux et eurent de nombreux enfants.Eric-Emmanuel Schmitt a une formation de philosophe.Aussi, ces livres offrent-ils toujours au lecteur une réflexion qui dépasse celle de la seule intrigue.Son précédent roman, La part de l'autre, proposait une réflexion sur le destin et sur l’art, à travers le personnage d’Adolf Hitler.Lorsque j'étais une œuvre d’art s’intéresse à notre société de l’image, à ses excès et surtout à ce quelle nous fait oublier, à ce quelle nous fait négliger, qui est pourtant fondamental.Plus que dans ses autres œuvres peut-être, on sent la morale à fleur de texte dans ce roman.La langue de Schmitt est simple et accessible et sa fable est limpide, au risque de paraître caricaturale.On y pourfend l'imposture d’un certain art contemporain, qui cherche à faire parler de lui plutôt qu'à faire œuvre, on y dénonce l’attrait de la réclame, au détriment des vraies valeurs, amour, famille, enfants.On y interroge, en ces temps de clonage et d'enfants-éprouvette, l'objectivation de l’être humain.Les rouages moraux de ce roman sont donc peut-être plus apparents que dans les précédents de Schmitt.Ainsi, la belle peinture finit-elle par être celle de l'aveugle, posté devant la mer.celle qui ne se nourrit pas des feux des projecteurs et du bruit des médias.La beauté authentique sera celle que l’on devine au-delà des enveloppes charnelles.Il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas.Il y a la vie intérieure et celle qui est exposée à la vue et aux commentaires de chacun.Au-delà des apparences.c’est la deuxième, comme le disait le Petit Prince, qui est essentielle.LORSQUE J’ÉTAIS UNE ŒUVRE D’ART Eric-Emmanuel Schmitt Albin Michel Paris, 2002,293 pages i I y I) K V O I H .I K S A \M H I I 1 I» I M V \ l II I \ 0 \ I \l 11 11 I _> (I |l r 11 rii E R A T l'R E LITTER A TI RE FRANÇAIS F Le palimpseste Pascal Quignard obtient le prix Concourt pour un essai GU Y LAI N E MASSOUTRE Inclassable parce que hors genre, hormis sous la rubrique flottante des «fragments», inactuel a cause de ses préférences latines, et pourtant le mieux prime, puisqu'il vient de se voir decemer un prix d'ordinaire attribue a une oeuvre de fiction, Les Ombres errantes est un livre de pensées intimistes, paradoxale ment jeté sous les projecteurs.Quil soulève déjà, dans la presse française, des réactions etonnees ou boudeuses, ce prix récompense une passion d’écrire: Quignard s'écarte dans «un autre royaume», de plus en plus loin d’ici et de maintenant Quignard, à 54 ans, était-il vraiment un outsider dans la course prisée?Sans doute, si on considère qu’il s'agit du premier volume d’un ensemble réflexif, intitulé Dernier royaume.Moins, si on considère que deux autres volumes, Sur le jadis et Abîmes, paraissent ensemble, en un coup de maître de son nouvel éditeur, Grasset Mais nul doute que, du côté de l’auteur, ces pages soient le fruit d’un long mûrissement, la délivrance d’une pensée extatique, les éclats baroques d'une postmodernité qu’on croyait éteinte.La prose de Quignard vole en éclats.Pratique du fragment longtemps éditeur et édité chez Gallimard, l’essayiste aborde les rives de la sagesse, sous une élégante couverture blanche.Son ton d’ermite monacal, plus stoïcien que ses essais sur la sexualité chez les Latins ou sur la musique, a su plaire et surprendre, autant que ses huit Petits Traités de 1990, composés il y a vingt ans, ou que son cher Marin Marais, dont il fit connaître un air fameux au grand public, avec la complicité artistique du cinéaste Alain Corneau.KIT I FRS Le Prix Concourt, Pascal Quignard (à gauche), sable le champagne avec Gérard de Cortanze, Prix Renaudot pour Assam.Cette fois encore, il montre l'ampleur de sa curiosité, l'étendue de sa rêverie.Les Ombres errantes?C’est le dernier livre pour clavecin de François Couperin.I/’ Dernier Royaume?C’est une cha-cone au luth qu’affectionnait Richelieu.Quignard butine sur mille sujets que l'écriture noie d’ombre.S’il invente, c’est par la forme, ménageant des surprises plus grandes que l'éclectisme de son savoir.On hésite à deviner si ce sont des phrases perdues, des souvenirs éphémères, des pensées prosaïques, des bribes de conversations avec soi-même, ou bien un hypertexte, à savoir un travestissement bien calculé.Quelque main en coulisses or- chestre-t-elle ce florilège en un bouquet savant?Peut-être, car citer une citation aurait l’air ici de ramasser un simple petale.Chose certaine, son Dernier royaume contient une riche bibliothèque, traversant le temps, les genres et les nations.Aussi racé de plume, mais plus poseur que Pierre Bergounioux —jamais suspecté de briguer les honneurs —, c’est dans une même qualité de silence qu'il s’y cloître, pour mieux y confronter le temps.Mais la rencontre est différente: Quignard définit l’immobilité, énonce des sentences, jette des passerelles avec ce qui est au-dessus du néant.Et on s'y retrouve en marge de tous ses livres précédents.Lecture au long cours Carnet d’autobiographie intellectuelle, essais souples et libres, comme l’a défini Montaigne, la lecture méditative y occupe une part égale au souci d’inscrire une écriture dans l’éternel inédit de la grande littérature.Ce classicisme peut de-ranger.On dira que tout ceci n’est qu’apparences, fumée sans feu, verbosité brillante.Mais il faudra acquiescer au baroquisme, qui place ici l’œuvre de Quignard même au cœur de cette pensée de la marge.Borges disait des préfaces qu’elles sont comme des vestibules: elles permettent d’entrer dans l’œuvre ou d’en sortir.Dans ce lieu tout classique, il plaît à Quignard d’avoir un jour pensé que le E S S A Les leçons de Steiner DAVID CANTIN Faisant suite à la parution d’un livre phare tel Grammaires de la création (Gallimard, 2001), deux nouveaux titres s’ajoutent à l’œuvre déjà imposante du Britannique George Steiner.Ce professeur honoraire au Churchill College s’est surtout fait connaître grâce à des essais comme Après Babel, Réelles présences et Passions impunies.Un commentaire sur la Bible hébraïque chez Albin Michel ainsi qu’un recueil de textes critiques chez Bayard viennent désormais enrichir ce parcours intellectuel des plus stimulants.Une pensée vivante capable de tisser des liens entre la culture contemporaine et la tradition.De la Bible à Kafka rassemble une dizaine d’essais ou de brèves conférences portant sur des sujets aussi vastes que l'imagination philosophique de Simone Weil et les limites du langage dans l’esprit du Tractatus.On découvre, d’un chapitre à l'autre, le savoir encyclopédique ainsi que la finesse d’esprit de ce grand lecteur.Dans La Grande Tautologie.Steiner évoque une formule de Cantor sur les nombres transfinis ou se réfère à la dialectique mystique d’Angelus Silesius afin d’illustrer le paradigme de la création divine.A propos d’un passage crucial dans Le Procès, l’auteur s’attarde à dire à quel point «la “tristitia ”, la tristesse à mourir des écrits de Kafka, de ses lettres, de ses journaux et de ses propos à bâtons rompus, est sans fond.Mais il y a aussi en lui un satiriste social, un artisan du grotesque, un humoriste amateur de farce et de bouffonnerie.On est tout près de l'humour de pince-sans-rire et des acrobaties d'un Buster Keaton».En quelques pages, Steiner est également capable d’entrer dans l’essence même de la phénoménologie d’Husserl.Une courte méditation qui passe par Adorno, Derrida, Kant et Heidegger.Dans sa Préface à la Bible hébraïque, l’auteur d'Errata s’arrête sur le sens de la lecture et de la traduction.Il commente plusieurs passages en prenant comme point de départ la King James Version (1611), qui fut le véritable creuset de la langue anglaise.De plus.Steiner interroge le texte biblique à la lumière de l’histoire moderne, notamment la Shoah.Il explique en quoi «le Livre-est celui qui pose le plus de questions à l’homme: «Il se peut que la vie, telle que nous la connaissons, ne se soit pleinement remise de la malédiction de Job.Mais dans cette malédiction persiste une voix inextinguible.Et c’est une voix qui proclame à la fois son innocence et le soupçon, à peine pensable, qu’il y a quelque mystérieuse culpabilité dans le fait même d'exister, que l’homme n’a de place licite dans aucun ordre humain, ni inhumain.» Cette lecture fort percutante se termine par un chapitre admirable où Steiner montre l’influence colossale des thèmes bibliques dans l'histoire de la littérature occidentale.De Shakespeare à Dickens, «retirez une seule brique, et c'est l’édifice entier qui s’effondrera».Un des textes les plus personnels de Steiner.DE LA BIBLE A KAFKA George Steiner Traduit de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat Bayard Paris, 2002,200 pages PRÉFACE À LA BIBLE HÉBRAÏQUE George Steiner Traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat Albin Michel Paris, 2001,140 pages % Grand Prix du livre de Montréal 2 0 0 2 34' Grand Prix du Félicitations aux finalistes livre de Louis Gauthier Montréal Voyage au Portugal avec un Allemand Fides Le nom du lauréat sera Judith Lavoie Mark Twain et la dévoilé parole noire lors d'une Les Presses de l'Université de Montréal cérémonie qui se tiendra à Pierre Nepveu Lignes aériennes l'hôtel de ville Éditions du Noroît le lundi Gaétan Soucy 11 novembre 2002 Music-Hall ! Boréal Guillaume Vigneault Chercher le vent Boréal Ville de Montréal seul vrai fruit défendu du paradis humain, c'était un livre.Un livre pomme.I n livre empoisonné comme un sortilège de conte.De ce livre a mordre à belles dents, un morceau, ce jour-là.lui était reste coince en travers de la gorge.Il a eu peur, s’est tache et s’est a jamais arrêté, prisonnier consentant, pétrifié jiai (’experience du livre.De la ces bribes expressives, fragments d’un bonheur ne dans l’interstice, l’intervalle, le passage, l’aube, lit formule heureuse abonde.echo du monde comme des livres.Que de pistes ainsi ouvertes, avec, parfois, des voies sans issue, des redites ou des banalités.Parfois, on y voit rebondir le ciseleur de Ternisse à Rome, habile à l’encodage précieux, amateur de traits graves dans la pierre.Dans ces (hnbres errantes, la rhétorique du texte renaît en une pratique spontanée, quïl s’agisse du démarquage subtil dans la citation ou de l’allusion, jaillie d’une mémoire richement sédimen-toe.La paraphrase s’y complaît, ns dite jouissive d’une source intarissable, d'un enthousiasme qui ne démord lias de sa rage d’en découdre avec le monde actuel.Il faut laisser le lettre errer près de ses chert's ombres, dire telle manie de Tibère, tel penchant de Des cartes, tel air sombre de L'ouix'rin: emprunter à Sei Shonagan, à la Ta rah, à Tchouang-Tseu, à Spinoza, aux livres rares et au conte tahilien.St's rebonds manifestent l'étonne- ment: sentir une aspérité du temps, un accnx' des mots dans la |vnstv.bref, la resistance des livres.Liratus prodeo — je m'avance masque, disait Descartes.1 es au leurs de la postmodernite ont aime cette formule, et Quignard se l’ap proprie à son tour.Sous sa culture, une pensee virile fait son chemin.Quignard aime la tension des |X‘n sees paradoxales, des images épurées qui disent le désir d’absolu.1 e désir tout court.Le bav ardage de bon goût s'y effondre en eclats ba roques, où le plaisir essaime ses trouvailles comme autant de perles libérées, la forme y i>erd tout caractère prévisible, elle impose des delais au sens.Mais en l’absence du pnijet complet, le lecteur se contentera des manques, des creux, des enigmes, de l'incomplet.Dans ces melanges, il s'y fera aisément un espace habitable.Les mots auront pris de l’avance sur l'événement, dont cette publication jette les prémisses.Etonnant Goncourt.Quignard a t il joue du piège?l u niant d'avance le terme, en préférant le |ialimpseste, la ligiux- ouverte, la vraie et la fausse surprises, l'attente, son livre a convaincu le jury de débouter le lecteur de romans.A suivre.LES OMBRES ERRANTES Pascal Quigmu'd ( irasset Paris, 2(X>2, UH) liages |o-coa^e échelle Félicitations à Sylvain Meunier Finaliste au Prix du Gouverneur général Littérature de jeunesse - texte Lectures librairie ?bistr ÉDITIONS DU NOROIT 30 ans de poésie 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges service@librairieolivieri.com Carie Coppens Le Grand Livre des entorses Bernard Laverdure Audioguide Germaine Mornard Lumière des pays Madeleine Ouellette-Michalska Le cycle des migrations Dimanche 10 novembre 15 h Réservations : 739-3639 Un brunch est servi au Bistro à partir de 10 heures L’Hexagone félicite ses auteurs finalistes au prix du Gouverneur général 2002 Catégorie poésie Paul-Marie Lapointe Louise Warren ; • F HEXAGONE www.edhcxagone.com V I.K I) K V OIK.L K S S A M K I) I 2 HT I) I M A X < Il H :1 X O V E M B H E 2 0 0 2 F (» -«"Littér ATrRE»- LETTRES FRANCOPHONES L’horreur au quotidien LISE GALVIN Convenons que le défi était de taille: raconter l’horreur d’une guerre tribale en plus de 300 pages sans s’exposer aux répétitions, voire aux piégés du spectaculaire et du scandaleux, ces formes détournées de l’exotisme dont sont friands les lecteurs occidentaux.Emmanuel Dongala a choisi la voie intimiste, celle qui fait alterner le point de vue de deux protagonistes, une jeune fille de 16 ans, Laokolé, obligée de fuir l’envahisseur en poussant sa mère handicapée dans une brouette, et un jeune garçon du même âge, qui se fait appeler Johnny Chien Méchant, petit chef intrépide d’une troupe en mal de pillages et de meurtres.D’un côté, la victime; de l’autre, le bourreau.Mais la distribution des rôles, pour être évidente, n’en est pas moins efficace dans la mesure où le tueur se trouve lui aussi présenté de l’intérieur, avec les naïvetés, les [K'urs, les désirs fous de quelqu’un qui, a peine sorti de l’enfance, ne connaît du monde des adultes qu’une certaine imagerie transmise par des héros de cinéma à la Rambo.Ni tout à fait enfant-soldat comme ceux que décrivait Kourouma Anns Allah n'est pas obligé, ni encore maître de ses actes puisqu’il obéit à des ordres venus d’ailleurs, Johnny apparaît plus pathétique que méchant plus inconscient que coupable, bien que terriblement dangereux.Dans un Congo ou on a décrété un pillage général de 48 heures et ou tous les reperes s’effondrent, la jeune Laokolé doit fuir avec son petit frère de 12 ans et sa mère aux jambes fracassées."Poussière, bousculade, cris, pleurs.Nous fuyions, mais pourquoi?Qu avions-nous fait?Pourquoi devrions-nous souffrir pour un combat de chefs ne nous concernant pas?Qu’est-ce que cela changeait pour nous si c’était le chef des Tchétchènes — nom d’emprunt donné à l’un des groupes d’opposants — ou celui des Mata Mata qui avait le pouvoir?Rien.Absolument rien.Et pourtant, c’était comme ça, nous étions l’herbe sur laquelle se battaient deux éléphants.» lu jeune fille doit faire fi de ses projets et de ses rêves, occupée de la seule survie des siens et d’elle-même.Devant l’urgence de la situation, elle n’a pas le choix: «Non, je ne dois pas pleurer, se dit-elle.Fofo ne doit pas me voir pleurer.À 16 ans, on était déjà une femme.Je suis maintenant la mère de ma mère et la mère de mon frère.Je dois continuer à avancer.» Celte maturité imposée l’amène même à refuser d'être rescapée par héli- coptère lorsque le danger est imminent et les espoirs de s’en sortir de plus en plus minces.D’étranges soldats de plomb En contrepoint a la sienne, une autre voix se fait entendre, celle de Johnny dit Gazon, puis Mauvaise Herbe et enfin Chien Méchant.Johnny joue a la guerre comme d’autres jouent au soldat avec des figurines de plomb.Il cherche à devenir le maître de ses troupes et de son destin, à coups de rafales et de coups de crosse.Ses arguments sont ceux des armes et de la terreur.Pourtant, cet adolescent se pique d’être plus intelligent que son supérieur: «[.] il fallait que je prenne le commandement de mon nouveau commando et que je leur montre que j’étais un chef aussi efficace et coriace que Giap, pense-t-il, et en plus intelligent.» Chose étonnante, c’est sa superbe qui le rend sinon sympathique, du moins vulnérable aux yeux du lecteur, qui ne peut que constater l’incroyable naïveté avec laquelle il accomplit ses actes.Il va même jusqu’à se prendre pour un intellectuel, statut qu'il définit ainsi: «C’est quelqu'un qui a été à l'école et dont le cerveau fonctionne même quand il dort; il cannait la surface du cube Emmanuel Dongala Johnny Chien Méchant et de la sphère, il a étudié la gram-matologie et la stroboscopic, et il a beaucoup de livres dans sa bibliothèque.» Plus encore que le chef de son petit groupe, Johnny est le maître des idées toutes faites, de celles que véhiculent une imagerie fétichisée par certains films-cultes ou certains héros du grand ou du petit écran.C'est ce qui explique qu'il se soit appliqué, comme premier acte de puissance et de gloire, à attaquer une speakerine connue de la télévision locale.Johnny Chien Méchant est un roman qui interroge les frontières du réel lorsque les choses basculent dans l'inénarrable ou l'impensable.Une scène est à ce sujet hautement symbolique.Laokolé, en regardant les nouvelles à la télé, voit une scène insupportable: celle d’une jeune fille vue de dos, pétrifiée devant un char qui se dirige vers elle.Une femme la prend soudain par les épaules et l’oblige a bouger, lui évitant ainsi le pire.Mais Laokolé s’aperçoit seulement après coup, une fois que les images ont défilé devant ses yeux, que la jeune fille en question n’était nulle autre qu’elle-mème.Comme si le fait de visionner l’événement lui donnait un poids de vérité supplémentaire.Comme si seule l’image permettait d’échapper au somnambulisme créé par l’horreur.Une autre scène est aussi saisissante.11 s’agit cette fois encore de Laokolé, qui fuit dans la brousse pour échapper au massacre: à demi morte de faim, elle rencontre une équipe de scientifiques venus chercher des spécimen^ de gorilles en voie d'extinction.A la jeune fille qui supplie qu’on l’amène elle aussi puisqu'elle risque de mourir de faim ou d’être dévorée par les bêtes, les responsables de l’expédition répondent que leurs assurances ne leur permettent pas de rescaper des humains.A côté de ces pseudo-scientifiques, le roman montre des bénévoles au grand cœur, ceux qui accueillent les réfugiés dans le cadre d’organisations bénévoles et qui ont le courage de ne jamais baisser les bras tout en sachant qu'ils ne pourront jamais enrayer ce mal endémique, la guerre.Le tableau que livre Emmanuel Dongala a l’avantage de s’en tenir a des notations concrètes, à des faits qui parlent plus clairement que tous les discours.Le livre refermé, on se souvient de Petit Piment, de Piston, de Giap et de Chien Méchant comme de pantins désarticulés, témoins d’une bêtise qu'ils tentent de faire subir au monde mais dont ils sont eux-mêmes prisonniers.On peut toutefois s’étonner que cette fresque rocambolesque n’ait pas fait intervenir davantage les registres de la langue et ait choisi la neutralité du français classique pour rendre la triste épopée de ceux qui s’étaient désignés sous le nom de Tigres Rugissants.JOHNNY CHIEN MÉCHANT Emmanuel Dongala Le Serpent à plumes Paris, 2002,359 pages LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Suivez le cygne Frères d’armes JOHANNE .1 A K K Y U n fait compte dans notre vie non pas dans la mesure où il est vrai mais dans la mesure où il a une signification», écrivait Goethe, auteur qu’Hella S.Haasse cite en épigraphe de son récit, Viser les cygnes.Celui-ci commence lors d'un voyage en train vers Leyde, aux Pays-Bas, où elle doit prononcer une communication intitulée «Le roman, reflet ou prémonition».Son regard est happé par la présence inhabituelle d’un tireur à l’arc à la lisière d'un champ; l’homme est si intensément concentré qu’il la trouble.Elle sent (mais pourquoi, elle se le demande) que cette vision la concerne.Peu de temps avant d’arriver à destination, elle voit le cadavre d’un cygne dans un fossé.«Entre l'archer et le cygne mort, il y avait un lien qui ne relevait pas de l’ordre normal des choses.» Son récit est la quête de ce lien.Le sujet de la conférence de l’auteure, soit «la fiction narrative comme projection de l’expérience ou comme exploration par l’écriture d’un réseau de corrélations qui n'avait pas encore été observé», est étroitement lié à sa façon de penser et d’écrire à partir de l’archer et du cygne.Elle emprunte divers chemins pour comprendre ce r "I I I 1 I I !' I 1 i i i i i i i i i i i i i i i i i Agenda littéraire Novembre 2002 LJrsTEO Union des écrivaines et des écrivains québécois Des mots de tous les jours Lectures et chansons inspirées par le quotidien AVEC MONIQUE PROULX et YVES BEAUCHEMIN et le chanteur-guitariste RICHARD PORTIER 4 NOVEMBRE Bibliothèque de Dorval 5 NOVEMBRE - Bibliothèque de l’île-Bizard 11 NOVEMBRE - Château Dufresne 20 NOVEMBRE - Bibliothèque d'Ahuntsic 26 NOVEMBRE - Bibliothèque de Mont-Royal À 19 H 30.Entree gratuite.MARDI 12 NOVEMBRE, 19 H 30 Les Mardis Fugère Confidences littéraires de l’Ecrivaine LOUISE PORTAL En collaboration avec COUP DE CŒUR FRANCOPHONE Maison de la culture Frontenac 2550.Ontario Est, Montréal.Entœe gratuite.I 1 I I I I I I I I i I i I 1 VENDREDI 15 NOVEMBRE, 17 h 00 Livres comme l’air Lecture des dédicaces de 10 écrivains québécois adressées à 10 écrivains persécutés ou emprisonnés En collaboration avec AMNISTIE INTERNATIONALE et le CENTRE QUÉBÉCOIS DU PE.N.INTERNATIONAL Salon du livre de Montréal MARDI 19 NOVEMBRE, 20 H 00 Notes de vers - Inspiration orientale Récital de poésie et de musique NADIA CHALEM et NADINE LTAIF Avec les musiciens Bruno Deschênes, Émiko Toguchi et François Landry Maison de la culture Plateau Mont-Royal 465.Mont-Royal Est, Montréal.Laissez-passer.JEUDI 28 NOVEMBRE.19 H 30 Des mots et des sons - Divine Diva Lecture-concert inspirée par L’ITALIE avec l'écrivain DANIEL CACNON et la soprano AURÉLIA CALABRESE En collaboration avec l'Institut culturel italien de Montréal Maison des écrivains, 3492, avenue Laval.Montréal.Entree gratuite.Réservation obligatoire.Renseignements et réservations au (514) 849-8540 www.uneq.qc.ca * it qu’ils signifient.L’un d’eux est une bibliothèque où elle se souvient d’un livre illustré sur Louis 11 de Bavière (The Swan King), passionné par la légende de Lohengrin, le chevalier au cygne qui en avait reproduit l’emblème partout dans son château.Elle retrace la présence de cygnes dans plusieurs textes (Zeus devenu cygne pour s’unir à Léda, signification érotique du motif du cygne dans un chapitre de L’Eau et les Rêves de Gaston Bachelard).Mais elle réalise aussi que son investigation doit tenir compte de la piste biographique.C’est pourquoi elle décide d’ignorer le message que lui adresse cette inscription sur un mur: «Achats d’archives et papiers divers, destruction garantie».lx* cygne entre dans la vie d’enfant de l’auteure avec l’histoire du vilain petit canard d’Andersen.Chaque fois qu’elle entendait l'histoire, la transformation du canard en cygne l;i bouleversait jusqu’aux larmes.A partir de là, Bella S.Haasse remonte la piste du cygne à l’image de petits cailloux semés tout au long de l'histoire familiale.C’est une histoire faite de creux mystérieux (elle n'apprend qu’en 1982 quelle a une demi-sœur) et dont un des enjeux pourrait être lié à l’identité de l’au-teure.Le passé, surtout celui de ses grands-mères (elle a hérité de l’une d’elles d'un carnet de bal orné d’un cygne), est omniprésent.D'ailleurs, l’auteure reconnaît des aspects de sa personnalité dans chacune d’elles.Quant au passé de Bella S.Haasse, il est marqué par le déracinement puisqu’elle a du quitter les Indes néerlandaises (Indonésie) à l'âge de 20 ans pour rentrer aux Pays-Bas.Elle a partagé cet amour des Indes avec son frère qui, à la différence de sa sœur, s’est enraciné ailleurs, en Australie, au début des années 50.Elle lui rend visite pour la première fois en 1992.Pourquoi avoir attendu aussi longtemps?I,a question n'est pas soulevée dans le récit.Elle constate que son frère, installé non loin de Perth, vit dans un paysage qui fait écho à celui de leur enfance.Dans ce pays, certaines zones géographiques sont réputées pour leurs grands rassemblements de cygnes noirs.«Cygne noir, je suis le transgresseur sur les eaux de Tailleurs», a écrit un poète australien inconnu.Hella S.Haasse s’y reconnaît et déduit que «celui qui ne vit pas iü Bella S.Haasse dans son propre élément est partout un “cygne noi/’».Détours, bonds dans le temps et dans l’espace (Amsterdam, bush australien, Indes), les signes (et les cygnes) s'entrelacent au récit biographique et entraînent parfois l’auteure dans la fiction (un chapitre consacré à la création de Jason).Toutefois, bien que le récit fourmille d’éléments intéressants, son noyau demeure inaccessible.Opacité à laquelle l’auteure semble se heurter elle aussi lorsqu’elle constate que le lien établi entre l'archer et le cygne mort demeure, au terme du récit, inexpliqué.«Le cygne, — une imago, semble-t-il, qui provoque en moi des émotions contradictoires et inexprimables — incarne-t-il la partie vulnérable par excellence de ma personnalité, ce “moi’’qui doit inventer des histoires pour avoir part à la réalité?» Et encore: «Que res-te-t-il alors quand la raison menant méthodiquement son enquête vise l’imagination ailée de flèches bien ajustées?» La réponse d’Hella S.Haasse vise le lecteur: «Ne me le demandez pas.» Voilà une façon plutôt abrupte de lui signifier son congé, VISER LES CYGNES Hella S.Haasse Récit traduit du néerlandais par Annie Kroon Actes Sud/Leméac Arles, 2002,160 pages Motus et cœtera, la Bouqulnerle de Cartier et le Musée du Québec vous Invitent à la DEUXIÈME rencontre littéraire de la 2* saison de la série LE MÉTIER D’ÉCRIVAIN Pour l'occasion, venez entendre les écrivains LOUIS GAUTHIER (Fldes) et LOUIS JOUCOEUR (L’Instant même) La soirée sera animée par monsieur GILLES PELLERIN.Le mardi 5 novembre 2002 à 19 h 30 à l’auditorium du Musée du Québec.Entrée libre Veuillez confirmer votre présence à la Bouqulnerle de Cartier, au 418-525-6767, MISÉE DU QUÉBEC QuHWiM Bmiquinerie d* orner Inc.CATHERINE MORENCY Désarçonnant et délicieusement profanateur, le premier roman d’A.C.Drainville, paru récemment aux éditions de l’Effet pourpre, ne risque pas de passer inaperçu.C’est qu’en plus d’y écorcher avec virulence le milieu universitaire et les différentes sphères du pouvoir politique, l’auteur des Carnets jaunes de Valérien Francœur y fait montre d’une rare exigence littéraire.On reprochera sûrement — et avec raison — à Drainville d’avoir écrit un énième roman sur les déboires de la vie universitaire moderne, avec son lot tragique de corruption et d’arrivisme.Il est vrai que, en la matière, le pari de l’originalité est plutôt lourd à relever.Pourtant, A.C.Drainville prouve aisément que la réussite d’un roman réside moins dans le choix du sujet que dans son traitement.En effet, s’il s’intéresse à la pathologie d’un professeur qui tuera ses collègues à la suite d’une lente agonie intellectuelle et misanthrope, ce n’est pas dans le but d’en extirper un récit sanglant.Drainville chercherait plutôt à mettre en scène la corné die burlesque qu’est devenu l’univers jadis protégé de la pensée universitaire et de l’intelligentsia occidentale, en proposant «une histoire universitaire d’ânes insignifiants, de raseurs suffisants et de niais titularisés, racontée par un professeur, romancier et meurtrier, à un collègue compréhensif».A travers ce qui s’avère une fantasmagorie subjective et un portrait impitoyable du nouveau «siècle mondial», le narrateur, jeune professeur de sciences politiques à l’emploi de l’Université Mazarin, devient donc le confident d’un collègue, l’aîné Valérien Francœur.Ce dernier accumule depuis plus de vingt ans des carnets jaunes dans lesquels U compile les remarques désobligeantes et les effusions paranoïaques à l’égard de ses pairs de la faculté.Si Francœur entretient depuis des lustres le rêve de voir ses opuscules publiés, un désabusement insondable l’empêche de passer à l’action.C’est en la personne de Drainville qu’il reconnaîtra son seul espoir de pérennité intellectuelle, lui léguant ses pages fielleuses contre la promesse de les voir un jour structurées en un roman à saveur d’hécatombe.Ce qui déconcerte, dans ces Carnets., ce n’est pas le crime annoncé d’emblée par le narrateur (qui écrit son propre récit mis en abîme dans celui de Francœur et faisant suite à l’assassinat par ce dernier de quatre de ses collègues), qui prend le lecteur à témoin dans son entreprise atypique de conservation d’une œuvre démente.Non plus que les extraits des carnets jaunes qu’il insère çà et là, selon une logique plus ou moins transparente, à travers les interstices de son texte.Tout cela tient d’un subterfuge recevable et s’insère naturellement dans une trame que reconnaîtront les adeptes du Nouveau Roman.L’imposture romanesque surgit en fait d’où on ne l’atten- dait pas, les carnets de Francœur s’effaçant subtilement de la surface narrative pour laisser place, en une saillie de plus en plus protubérante, à la pensée intime d’A.C.Drainville.Ainsi, cette commercialisation du savoir, la nouvelle hégémonie des entreprises sur la gestion de la pensée et une douteuse productivité intellectuelle sont les démons qui hantent autant le narrateur que son confrère aliéné.Et s’il emploie la verve de ce dernier pour porter les attaques les plus brutales («moutons angoissés, immonde cochon, bande de laquais polis et soumis, pion pitoyable et arrogant, moribonds titularisés»), il est tout de même signataire de la part la plus acerbe de l’œuvre, de ses attaques les plus virulentes.Somme toute, le silencieux narrateur des Carnets jaunes de Valérien Francœur est, à sa façon, un assassin qui dissimule ses armes.Imputant à Francœur la tâche odieuse et la pathologie du désaxé, il tient serrées les ficelles d’une prose à la fois hargneuse et moqueuse, dont l’ironie mordante et la caricature sont les principaux fers de lance.L’emploi même de l’étiquette «carnets» n’est pas innocent.Drainville, lui-même professeur et chercheur en sciences politiques dans une université de la Vieille Capitale, livre un pamphlet décapant sous le faux couvert du journal d’un fou.A la différence de son vis-à-vis imaginaire, il jouit d’un avantage qui aurait pu se retourner contre lui: sa double identité d’auteur et de narrateur le met de plain-pied dans une position délicate.à cheval entre réel et fiction.S’il se sort indemne de l’équivoque narrative dont il est le seul responsable, c’est qu’il possède un talent de maître dans l’art de brouiller les pistes.Reste à voir si la petite histoire classera son premier livre sous la bannière du roman ou celle de l’essai.LES CARNETS JAUNES DE VALÉRIEN FRANCŒUR, QUI A CREVÉ QUELQUES ENFLÉS AC.Drainville traduit de l’anglais par Michel Saint-Germain Les éditions de l’Effet pourpre Montréal, 2002,217 pages U» «mets jmincs tic V.tk-ncn I ramutir.qui a ctwv quelques enfles Drainville cherche à mettre en scène la comédie burlesque qu’est devenu l’univers jadis protégé de la pensée universitaire i I> K V (MK.I.E S S A NI E I) E T I) I M V \ ( Il I ;l X 0 .K M H I! I L‘ 0 d i SS AI S '*- Le grand roman américain à la portée de tous ickey Mouse, Coca-Cola, t'ivis.Ronald Reagan, George W.Bush et le dollar ne — résument pas les États-Unis.Ce pays fut et reste le lieu d'une culture, et plus particulièrement d une littérature, riche, originale et férocement critique.Avec Le Roman américain en question, le professeur et poete Marcel Labine en fournit une éclatante demonstration.Les gros sabots de l’establishment politico-milita-ro-financier états-unien nous le font souvent oublier, mais le pays de l'oncle Sam appartient aussi aux puissances.littéraires de ce monde.Plusieurs de ses romanciers méritent de figurer au tableau des plus grands de la littérature universelle, autant pour leur génie stylistique que pour la profondeur critique de leur propos.En effet, nul autre pays au monde, probablement, n’a vu naître en son sein autant d’esprits dénonciateurs capables d’universali-ser leurs critiques d’abord adressées a leur propre société tout en demeurant profondément patriotes.Ce n’est pas pour rien que Sartre les aimait.Fondés sur deç mythes exaltants (civilisation nouvelle, nouvel Eden, destin providentiel, égalité SOURCK i n.K QUl KKC William Faulkner Louis Cornell i e r ?des hommes, liberté, recherche du bonheur, democratic) qui ont pris forme du XVII au XIX' siècles, les États-Unis apparaissent comme le lieu d’une utopie sans cesse menacée de se trahir elle-même.Parties prenantes de cette construction symbolique, ses écrivains appartiennent aussi au camp de ses plus sévères contempteurs.Déjà, au XIX siècle, explique Marcel Labine.les Hawthorne, Melville, Thoreau et Twain livrent des œuvres imposantes (on pense, dans l'ordre, à Im Lettre écarlate, a Moby Dick, à Walden et aux Aventures de Huckleberry Finn) qui, tout en reprenant plusieurs des éléments mythiques de leur tradition nationale, insistent sur les rates du destin américain.Au début du XX' siècle, les écrivains de la lost generation (Hemingway.Fitzgerald, Miller) pousseront ce pessimisme critique plus loin, mais dans un registre plus réaliste.Labine, par exemple, conclut ainsi sa présentation de l’œuvre de Fitzgerald: «Im tragédie de Gatsby, qu'on retrouvera noyé clans sa piscine, est l'incarnation de ce que sont devenus les Etats-Unis: une nation qui a sacrifié son être au profit du paraître et sa Pastorale au profit de la Cité.» A partir d’un semblable constat mais dans une veine plus socialement engagée, Dos Passos et Steinbeck incarneront la conscience ouvriériste de leur nation qui, selon eux, édifie son rêve sur le dos des exploités.Plus tard, les écrivains de la beat generation (Ginsberg, Burroughs, Kerouac) suivront aussi cette voie, mais de manière plus tordue, en faisant du décrocheur social, et non plus de l’ouvrier, la figure du laissé-pour-compte de ['American dream.Ajuste titre, labine insiste beaucoup, dans cet essai, sur la spécificité, à l’intérieur de cette tradition, du roman sudiste.Marqué par l’œuvre troublante et complexe de William Faulkner, cet univers romanesque compte aussi, au nombre de ses meilleurs représentants, ces grands tourmentés que sont Carson McCullers (morte en UKî7).Flan nery O’Connor (morte en UHi-t) et William Styron.Un malaise typiquement sudiste habite ces o uvres «chaudes» qui sont parmi les plus dérangeantes de toute la littérature etats-unienne: du' roman du Sud.le “southern", est marque parla presence de l'esclavagisme et le souvenir douloureux de la défaite de la guerre de Secession, lu' monde du Sud est un monde à part, un pays à l'intérieur du pays.| .| Ce sont des romans noirs et durs, hantes par la culpabilité et l'échec économique, familial ou psychologique.Ce sont des univers troubles et decadents où se terrent des drames inavouables: meurtres, viols, incestes, mixité raciale, alcoolisme, etc.» Ce malaise du Sud.c’est aussi celui de ses victimes premières, c’est-à-dire ces hommes et ces femmes réduits en esclavage et dont les descendants.au milieu du \\ siècle, commencent a faire sentir leur presence dans l'univers littéraire américain.la's pages que Marcel Labine consacre a ces romanciers afro-américains, qui se sont imposes de 1940 à 1970, permettent plusieurs belles decou vertes.Les œuvres des pionniers que furent Richard Wright (Black Boy.1945),.lames Baldwin (Les Elus du Seigneur, 1953), Ralph Waldo Ellison (Homme invisible.1952) et, plus tard, Toni Morrison (L'Œil le plus bleu, son premier roman, en 1969) y sont brillamment commentées.Au sujet, par exemple, de ce premier roman de Morrison, l’essayiste retient ceci, qui ramasse en quatre phrases la crise identitaire afro américaine: «La pauvreté affective et économique présentée par Morrison n'est que le reflet de l'alienation dans laquelle se retrouve cette famille.Le seul rêve de Pecola.qui sombre lentement dans la folie, est celui d'avoir désormais les yeux bleus, bleus comme ceux des petites poupées blondes et à la peau blanche qu ’on donne aux enfants riches.Sous l'influence d'un prédicateur, elle en fait même la demande à Dieu dans ses prières, l/i petite Pecola Breedlove incarne la tentation (le phantasme de se blanchir) qui guette chaque personne noire dépossédée de tout.» On retrouve cette même sensibilité et, surtout, ce même art du résumé narratif brillant dans les passages qui abordent les œuvres des romanciers de la «Renaissance indienne» (Momaday, Welch) et celles des grands romanciers juifs américains comme Saul Bellow, Norman Mailer et l’immense Philip Roth.Pour la période contemporaine, Ltbine y va plu tôt à la pièce, compte tenu de la grande variété des formes romanesques actuelles, qui incite à la prudence à l'heure des regroupements, les incontournables d'aujourd’hui sont présentés (Bret Easton 1MIHVUIONAI l'OKIKUl UAI I KKX Flannery O'Connor Ellis, Paul Auster, Tom Wolfe, Bukowski, Banks, Carver, McCarthy) et une passionnante analyse de la tradition des «romans de sport» (surtout le base bail dans /e Grand Roman américain, de Roth, et Shoeless Joe.de Kinsella, ainsi cpie la pèche dans Ixi Grande Rivière au cœur double.d’Hemingway, et l/i Rivière du sixième jour, de Norman Maclean) vient rappeler la permanence de la tentation mythique datjs la littérature américaine.A la fois simple, riche et très efficace, cette introduction, sous forme de question:?réponses, aux romanciers américains, qui «sont d’abord et avant tout des “raconteurs d'histoires" et des créateurs de person nages hors de l'ordinaire», est une belle réussite.Souhaitons que les titres à venir de cette collection intitulée «En question» en fassent leur modèle.Ion iscornellierfa'iHi rroinfo.net LE ROMAN AMÉRICAIN EN QUESTION Marcel labine Québec Amérique Montréal, 2(X)2,144 pages BIOGRAPHIE Fourre-tout dantesque SOPHIE POULIOT Monstre sacré de la littérature médiévale, Dante Alighieri, qu’on se contente généralement de désigner par son prénom, a eu une influence majeure sur les poètes occidentaux des siècles subséquents.Fort de son prestige, il participa, de son vivant, à la destinée de sa ville bien-aimée, Florence, en gravissant les échelons de la fonction publique jusqu'à occuper le poste clé de prieur.Poète, adepte enflammé de l’amour courtois, moraliste — il suffit de lire Im Divine Comédie pour s’en convaincre — et citoyen engagé, l’homme mérite certes d’être connu.On croit sans peine que sa biographie sera riche et captivante, d'autant qu’elle est l’œuvre d'un biographe émérite, R W.B.Lewis.Or rien n’est moins évident Notons d’emblée que plutôt qu’une biographie en bonne et due forme, il s’agit plutôt d'un ouvrage sur Dante.Dans les premiers chapitres, c’est à travers l’histoire de Florence que la vie de Dante est abordée-(l’auteur a signé, il y a quelques années, un ouvrage remarqué portant sur cette ville, ce qui peut expliquer la surenchère de détails lorsqu'il la décrit et en raconte les vicissitudes).Ensuite, c’est à travers le résumé de son œuvre qu’émergent quelques renseignements sur la vie et la personnalité de l'écrivain.Ainsi, il serait beaucoup plus juste de dire qu’il s’agit d’une analyse de la trilogie constituée de L'Enfer, du Rogatoire et du Paradis à partir de données biographiques que d’une biographie qui renvoie à l’œuvre.\n distinction n’est-elle qu’un détail?Que nenni, comme l’auraient dit les contemporains français de Dante Alighieri, car qui a déjà lu la trilogie du poète trouvera superfétatoire d’en lire un résumé si détaillé.Quant aux lecteurs qui ont déjà parcouru une des nombreuses analyses parues sur l'œuvre et qui espéraient parfaire leurs connaissances par une biographie de l’écrivain, ils en seront quittes pour leurs frais.En revanche, et pour toutes ces raisons, le profane y trouvera son compte.Il y découvrira à la fois l’œuvre, un |x.hj de l’homme — il est au moins dit qu'il a été amoureux de Beatrice Portinari jusqu’à la mort de celle-ci, qu'il a été exilé à la suite de la prise du pouvoir, à Florence, des guelfes noirs et qu’il était, de son vivant, un poète estimé — ainsi que la ville qui l'a vu naître.Il reste que le style de Lewis n’est pas des plus vifs, sans compter la traduction, qui n’est pas sans défauts.Par exemple, l’emploi d’expressions comme «de bien entendu» laissera le lecteur perplexe.la lecture de ce livre s’avère donc fastidieuse et le fait que Fauteur ait déjà reçu par ailleurs le prix Pulitzer pour une biographie d'Edith Wharton n’y change rien.Certains apprécieront sans aucun doute, mais ceux qui espéraient connaître véritablement l’homme de lettres et de loi seront déçus.DANTE R W.B.Lewis Traduit par François Tétreau Fides, collection «Grandes figures, grandes signatures» Montréal, 2002,255 pages Stéphane Bourguignon vieri librairie »bistr Des livres pour savoir Vous aimez discuter?Çoléwiqufi vous avez des secrets?Pour 4 à 8 joueurs.En vente dans les boutiques de jeux et les librairies.21,99$ En collaboration avec la revue Relations La langue: simple REFLET DU MONDE OU REGARD SUR LE MONDE?jacques Brault Hélène Dorion Émile Ollivier Lundi 6 novembre içhso 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Tél.: 51A*739-3ô39 Fax : 514.739.3630 | service@librairieolivieri.com Raymond lloudon o/tciix ne LA MORALE f nfi.CLts DES VALEURS?12,95 $ — Raymond Boudon — Déclin de ta morale ?Déclin des valeurs ?Non.la morale n’est pas en déclin.Du moins pas dans le sens où on l’entend généralement.À partir d'une enquête internationale, Raymond Boudon dénonce vivement certaines idées reçues.Un livre renversant ! # Éditions Nota bene èM-*' ’ i; • iiiiiii|fhM| MnHH 1 J ¦ w\ LJ / / L K I) K V 0 I H .LES SAMEDI 2 ET DI M A X C H E :î X 0 V E M B H E 2 0 0 2 F 8 -, où plusieurs observateurs s’inquiétaient de l’extension du système soviétique.Mon sentiment était celui d’une perception inversée de la réalité.Aujourd’hui, les observateurs s’horrifient des dépenses militaires américaines, de cette Amérique qui n’a plus en face d’elle un contrepoids.D-s observateurs ont été amenés à interpréter, dans les derniers mois, l’action diplomatique et même bientôt militaire américaine comme l’expression d’une puissance sans fin.Moi, je regarde tout cela de façon plus classique et j’y vois les soubresauts d’un système impérial en cours de désagrégation, qui fait face à un affaiblissement économique, idéologique et — aussi paradoxalement que ça puisse paraître — militaire.A.R.Si c’est la réalité, pour- quoi ne perçoit-on pas les choses ainsi, généralement?E.T.Parce qu’on a été habitué de vivre dans un monde, celui l’après-guerre, où l’Amérique a réellement été un empire.Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle fait la moitié du produit brut mondial.Elle est totalement autonome sur les plans industriel, énergétique, avec des moyens militaires incomparables.Même les Soviétiques ne faisaient pas le poids.Face à elle, il y avait le vieux monde, l’Eurasie, qui traversait une période difficile et qui avait pris l’habitude d’appeler l’Amérique à l’aide lorsqu’elle était aux prises avec des crises — la montée des totalitarismes, par exemple.Bref, l’Eurasie avait besoin des Américains, alors que ces derniers n’avaient besoin de rien.Mais, depuis 1970, depuis l’émergence du déficit commercial américain, la situation s’est lentement inversée.L’Eurasie est sortie de sa phase agitée avec l’effondrement du communisme et la disparition des fascismes.Elle n’a plus besoin des Etats-Unis.Ces derniers, dans la même période, sont entrés dans une sorte de dépendance économique phénoménale.Ix*ur déficit commercial est passé de 100 à 450 milliards de dollars, ils sont déficitaires par rapport à la plu- part des pays importants du monde.Ils sont devenus extraordinairement improductifs.A.R.Curieux! Ici, au Canada et au Québec, on nous culpabilise constamment avec «notre faible productivité» par rapport a la «grande productivité» des Etats-Unis.E.T.Si l’on pense en terme d’exportations industrielles réelles et de rapports de dépendance, le Canada fait clairement partie cje ces pays qui nourrissent les Etats-Unis.En fait, tous les pays du monde sont dans cette situation.Ce discours sur la productivité américaine, il existe aussi en Europe.Or, l’Europe équilibre ses comptes extérieurs: elle peut payer ses importations avec des exportations.Les Etats-Unis, ce n’est pas ça du tout.Ils sont depuis longtemps en déficit dans les domaines de technologie moyenne.Mais, aujourd’hui, ils flirtent avec le déficit même dans les biens de technologie avancée.A.R.N’y a-t-il pas, dans toutes ces analyses, une part de «wishfül thinking» chez l’Européen que vous êtes?E.T.Honnêtement, je ne pense pas.Je crois qu’on a pne vision tout à fait fausse des Etats-Unis.Tous les produits avec lesquels vivent les Européens sont maintenant de meilleure qualité que les produits américains: bagnoles, trains, avions.Je ne parle pas des téléviseurs, car les Américains n’en fabriquent plus.A.R.Mais ils produisent des films, des logiciels, etc., du «contenu», pour le dire de façon réductrice, qui est «consommé» partout dans le monde.Cela change la donne économique, non?E.T.On me dit que je suis archaïque, mais je crois que l’on ne peut concevoir de puissance réelle et durable sans véritable puissance industrielle.Je ne suis même pas tellement certain que l’armée américaine, dans la durée, soit tellement puissante.Imaginez: ils ont eu du mal à refaire leur stock de bombes après la guerre d’Afghanistan, après avoir tiré trois pétards sur des types armés de fusils.A, R.D's Européens ne sont-ils pas devenus Américains dans leur tête?Prenons la langue.Les Européens parlent anglais entre eux.Les Français sont particulièrement fascinés par l’anglais: dans les entreprises, entre francophones, on tient les conseils d’administration en anglais, etc.E.T.Ah, mais c’est la surface des choses! L’anglais sera la langue universelle, il n’y a pas là de problème.C’est une langue de communication.Quand un Français se trouve au Japon, il est très content de pouvoir parler anglais.La langue n’est pas la substance de la société.Quand on est en Europe et aux États-Unis, on est dans deux types de société différents.A.R Mais l’abandon de la langue par les Français à l’ONU, dans les grandes entreprises, n’est-il pas signe d’une américanisation?E.T.Vous avez un point de vue trop québécois.Au Québec, la langue anglaise met en péril la substance de la société québécoise, mais pas en Europe.Tous les Scandinaves ou presque sont bilingues, par exemple, et je vous garantis que la Suède est la Suède.A.R.Je ne vous parle pas du bilinguisme, qui est nécessaire, je parle de l’anglophilie galopante en France, qui va de pair avec une américanophilie folle.E.T.Vous n’avez pas idée ,de la dégradation de l’image des États-Unis dans les douze derniers mois en France! La politique de Bush a produit un phénomène de cristallisation dont l’effet global est de faire exploser la vieille idée de camp «occidental».Il y a aujourd’hui d’autres puissances dont la somme est beaqcoup plus puissante que les États-Unis.Selon moi, elles vont devoir se mettre d’accord pour contenir les Américains, et j’oserais parler d’une stratégie de «containment»\ Car la réalité, c’est qu’ils s’apprêtent à attaquer un pays faible, insignifiant, de 20 millions d’habitants: l’Iraq.A.R.Nous sommes passés, en un an, de «nous sommes tous américains» à «nous sommes tous anti-américains»?E.T.Non, parce que ça n’a plus de rapport avec le contenu de la civilisation américaine.Je crois que la plupart des gens en France, par rapport à l’époque où j’étais jeune, croient que l’Amérique produit beaucoup de choses «sympas», agréables.Personnellement, même si je crois qu’il faut des contrepoids à l’Amérique, ça reste un des pays dont je me sens proche sur le plan civilisationnel.A.R.Vous étiez contre la monnaie unique, contre l’Europe de Maastricht Vous vous êtes réconcilié avec ces politiques?E.T.Bien sûr.J’étais contre la marche à la monnaie unique parce que le chemin choisi pour s’y rendre me paraissait destructeur.Aussi, l’Europe comme concept de «puissance» ne m’intéressait pas.Inconsciemment, j’étais «atlantiste», ap sens où j’avais confiance aux États-Unis.C’est la tradition de ma famille.Ce qui a fait de moi un Européen de raison, ce sont deux choses: d’abord le fait que l’euro soit une monnaie faible, qui a perdu ses caractéristiques néfastes.Ensuite, le comportement des États-Unis, qui devient vraiment menaçant.Ce sont eux qui ont fait de moi un pro-Européen.Compte tenu de ce que je suis, c’est un tour de force! arobitailleCasympatico.ca APRÈS L’EMPIRE Essai sur la décomposition DU SYSTÈME AMÉRICAIN Emmanuel Todd Gallimard Paris, 2002,233 pages Emmanuel Todd APRÈS ?L'EMPIRE UMi sut ta stecwtfacsitfari du tyslew?amàiitam L'AIRE DES IDÉES ESSAI La longue route du français CLAUDE POIRIER Ceux qui ont apprécié la série Histoire de parler, réalisée de main de maître par le journaliste Daniel Raunet et diffusée' à la radio de Radio-Canada en 1999-2000, auront plaisir à lire cette synthèse vulgarisée des origines et de l’évolution de la langue fran- çaise.Dans un petit livre peu coûteux qu’on pourra feuilleter dans l’autobus, Mireille Huchon, spécialiste réputée de la Sorbonne, réussit l'exploit de renouveler, dans une langue allégée du jargon disciplinaire, l’explication de l’histoire du français depuis ses origines latines jusqu’à nos jours.Un glossaire offre le dépannage pour certains termes inévitables, comme diachronie et diphtongue.Un des mérites de l’au-teure est de nous amener à réfléchir sur l'usage actuel et l’avenir du français à la lumière des mutations qui ont marqué la formation de cette langue.Elle sait maintenir l’intérêt du lecteur au moyen d’exemples bien choisis, qui ne nianquent pas d'intriguer parfois.A propos, pourquoi Jacques et Charles s’écrivent-ils avec un s?Comment se fait-il qu’un même mot latin a pu donner à la fois cheville et clavicule?11 faut d’entrée de jeu prendre acte que, non, le français ne vient pas du gaulois, contrairement à ce que certains croyaient encore au XV!1, siècle.Curieusement, cette langue celte, qui était parlée dans toute la Gaule à l’époque où les Romains l'ont Étiemble, en 1578 et 1579, dénonçant le «nouveau langage français italianizé» des courtisans.Le français avait fait subir une épreuve bien plus grande encore à l’anglais à la suite de l’invasion de l'Angleterre par les Normands au XL siècle: un millénaire plus tard, le vocabulaire de l’anglais compte encore plus de mots d’origine française que de provenance anglo-saxonne.La lecture de ce livre fait prendre conscience de la destinée étonnante de la langue française qui est issue d’une construction en plusieurs étapes à partir d’une forme de latin populaire.Ce latin a par la suite été profondément altéré par la langue des Francs qui ont déferlé dans la Gaule du Nord au Ve siècle.Il en est résulté une langue variable (le roman) qui a donné naissance au picard, au normand, au champenois, etc., qui ont joué un rôle tout aussi important que le dialecte de Paris dans la formation de ce qui est devenu le français.Comment le français, qui s’est nourri des éléments les plus populaires du latin et s'est le plus éloigné de son point de départ La diplomatie française Au XVIIL siècle, après la cure d'amaigrissement ordonnée par Malherbe et le traitement esthétique que lui ont fait subir Vauge-las et l'Académie pendant le Grand Siècle, le français devient la langue de la science et de la diplomatie.On l’apprécie dans les cours d’Europe.A la veille de la Révolution, l’Académie de Berlin lancera un concours dont la première question confirme le prestige considérable qu’il s’est acquis: «Qu'est-ce qui fait de la langue française la langue universelle de l’Europe?» La réponse gagnante appartiendra à un jeune écrivain, Antoine Rivarol, dont la brillante démonstration implantera chez l’élite une telle estime de la langue classique qu’il deviendra presque impossible d'adapter le français aux besoins changeants de la société, même sur le simple plan de l'orthographe, comme on l'a vu encore dans les années 1990.C’est au lendemain de la guerre 1914-1918, curieusement à la même époque où il devient enfin la langue de tous les habitants de la France, que le français devra commencer à partager son statut en conséquence de l’émergence des diverses identités francophones.Pour ce qui est des Canadiens, ils devront accepter une autre évidence: le Canada n’est pas, ou du moins n’est plus, le second pays francophone.C’est l’Algérie qui compte le plus grand nombre de locuteurs du.français après la France.L’avenir du français est d’ailleurs lié au sort qui lui sera fait dans les pays où il a d’abord été importé comme langue seconde.On conçoit mal qu’un francophone cultivé ne dispose pas des notions de base concernant l’histoire de sa langue.Ce livre de poche fournit un cadre de référence utile pour combler cette lacune, le cas échéant, mais sa lecture fera en même temps surgir des interrogations fondamentales.Comment expliquer, par exemple, qu’une langue synthétique comme le latin, dont le génie autorisait une grande liberté dans l'ordre des éléments, ait pu se transformer en une langue analytique, fondée sur une tout autre logique, commandant un ordre strict des mots?Si l’on parcourt le livre rapidement, on aura au moins retenu que cette ¦ Le Chemin .des pierres ¦ Si les témoignages de guerre sont toujours émouvants, certains narrateurs savent rendre les leurs universels!- .).Ljubica Milicevic possède ce talent.-¦ ¦ Sophie Pouliot.le Omw rj (514)524-5558 lemeacaiemeec corn conquise, n a laisse que quelque 150 mots en français, en plus d'avoir, peut-être, contribué au système de la numérotation (le fait de compter par vingt, comme dans quatre-vingts) et d’avoir joué un rôle dans la genèse de la prononciation du son /u/ (comme dans mur, qui se disait «mou-ro» en latin vulgaire).En revanche, l’italien a inondé le français d’emprunts à l'époque de la Renaissance (balcon, carrosse, concert.), au point où Henri Es-tienne a fait une sortie à la (comparauvemem a i uauen ei a l’espagnol, par exemple), a-t-il pu distancer les autres langues romanes quant au rayonnement?En raison de sa beauté?de ses qualités intrinsèques?On peut en douter.Mireille Huchon insiste en tout cas sur d’autres causes: notre langue a été favorisée par la victoire des Normands sur les Anglais, par les croisades, qui en ont permis la diffusion jusqu’au Moyen-Orient, par la Réforme, qui l’a adoptée de préférence au latin.ue pieuueie langue uueniauuna-le avec l’anglais qui, depuis, le lui a ravi.Il reste que le français conserve de beaux atouts sur lesquels les francophones peuvent encore tabler pour peu qu'ils envisagent leur langue de façon plus objective.11 faut reconnaître d’abord que le français est une langue très variable, en France même, et prendre acte qu’il est en voie de subir de nouvelles mutations, qu'on le veuille ou non, en relation avec l’évolution des technologies, mais aussi meiamorpnose resuite a la lois de l’apport du peuple et des lettrés.Le français est en effet, comme un bon vin, issu d’une lente maturation dans un milieu naturel et d’une élaboration savante en laboratoire.HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE Mireille Huchon Librairie générale française, coll.«Le livre de poche» Paris, 2002,315 pages ReLatioNS 'uwiclc politiifvc reunion Dossier J Que résiste la langue! La langue : simple reflet du monde ou regard sur le monde?Dans la foulée de notre dossier, vous êtes invités à une table ronde afin de réfléchir sur cette question avec nos invités : Jacques Brault.Hélène Dorlon et Émile Ollhler Mercredi 6 novembre, à 19 h 30 Olivieri librairie • bistro 5219.chemin de Lv COtk-dks-Neiges Montréal (métro C(Vte-des-Nhges) Entrée ubré L K It K V O I R .LES S A M E R I E T 0 I M A N ( Il E A \ 0 \ E M BRI 2 0 (t 2 K 5) -^ Livres ^- LITTÉRATURE JEUNESSE Des petites filles et des bêtes.SOURCE DOMINIQUE ET COMPAGNIE Illustration de Stéphane Poulin pour Annabel et la bête.GISÈLE DESROCHES La thématique de la belle et la bête en fascine plus d'un depuis la publication du texte original de Mme Leprince de Beaumont, qui remonte au XVIII siècle.D’innombrables créateurs en ont livre des versions: on doit à Ravel un opéra sur ce thème, les comedies musicales se sont multipliées: Cocteau, entre autres cinéastes, en a tiré un film encore apprécié aujourd'hui des cinéphiles, on trouve maints albums et livres de contes traduits et distribues dans le monde entier, des pièces de théâtre, etc.Les Productions Disney, en plus d'avoir orchestré le 9 octobre dernier la sortie mondiale de La Belle et la Bête 2.suite du film d’animation à succès, viennent de reprendre à leur compte une pièce de théâtre sur Broadway présentée depuis cinq ans et qui ne semble pas près de s’essouffler.Dominique Demers a fait de ce thème le point central de son roman pour adultes: Là où commence la mer (Laffont).Elle reprend maintenant le theme à l’intention du public enfant dans un superbe album, Annabel et la bête, en le recréant, en lui redonnant, en somme, son statut de conte, en simplifiant la narration, bien sûr, mais sans la dépouiller de sa force pour autant.Une fillette, appelée La Belle, rêve de rencontrer celui qu’on appelle La Bête, qui vit en solitaire dans son château du cap Enragé, affublé d’un masque pour cacher sa laideur.La première rencontre se passe plutôt mal, mais l’homme lui propose bientôt une chasse au trésor, un jeu destiné à prouver à la petite fille qu’il n’est pas méchant, en lui faisant découvrir au fil de leurs rendez-vous quelques-uns de ses secrets: les soins qu’il prodigue aux oiseaux, les animaux marins, la lumière des algues, la beauté de la lune.Un jour, il l’entraîne dans son château où, grâce aux milliers de personnages de livres présents dans sa bibliothèque, il affirme n’être jamais seul.11 lui dévoile son visage avant de la chasser et de se laisser peu à peu mourir de chagrin.Après un hiver d’isolement, La Belle, ayant vu agoniser La Bête en rêve, accourt à son chevet.Il lui avoue son amour, elle lui avoue le sien et, après un baiser, La Belle, qui s’est transformée soudain en jeune fille, le soigne et le sauve.Oui, très belle histoire, qui fait état de la puissance salvatrice de l’amour et du désir d’aimer ancré au-delà des apparences.Dans la version de Demers, pas de soeurs orgueilleuses et envieuses, pas de père à sauver, pas de statut social à défendre.Aucun sens du devoir ne s’interpose entre le désir et la famille.Aucune morale énoncée ne vient chapeauter le récit.Toute la place est laissée aux émotions: l’attrait du mystère, la découverte de la bonté de La Bête (qui s’exprime ici au sujet de la nature), l’apprivoisement, l’innocence et la force du désir avivé par l'absence, l’urgence révélée par le rêve.La magie qui transforme la petite fille en femme arrive à point nommé pour éviter des problèmes d’inter-prétation au premier degre, qui n’auraient pas manque de soulever un toile d’indignation.line puissance intacte La puissance de cette histoire demeure encore inouïe au troisième millénaire.La version qu’en livre Deniers remet entre les mains de l’enfant-sujet la res-ponsabilite des gestes accomplis.Ce n’est plus pour sauver son père que La Belle va vers La Bête, mais bien parce qu’elle ''S'inquiète de le savoir si seul et détesté-, la psychologie de l’enfant a suffisamment évolué pour que l’intervention du père et la présence de la famille ne soient plus indispensables à la resolution de ce drame, qui repose sur la sensibilité de l’enfant.Les illustrations de Stéphane Poulin viennent confirmer le statut universel de cette histoire en révélant la puissance des éléments, des attitudes, des forces en présence, les tableaux de Poulin fascinent et envoûtent le regard, qui s’attarde, revient, se fixe sur un détail, relit, s’arrête, s’imprègne de l’ambiance de chaque tableau de façon presque hypnotique.La beauté de la Belle aux yeux lavande tranche sur les silhouettes noires et inquiétantes présentées en arrière-plan; le chapeau à bords immenses dissimulant un visage masqué ajoute au côté dramatique du personnage; le château fabuleux perché au sommet du cap stimule l’imagination au plus haut point.L’album est une œuvre marquante, aussi réussie que Vieux Thomas et la petite fée, créé par le même duo en 2000.Un homme mystérieux Anique Poitras.dans Isidor Su ior.fait elle aussi intervenir une fillette curieuse, que le mystère entourant un sculpteur de son v illage intrigue.On le dit laid et détestant les humains, le mérité de l’apprivoisement revient entièrement à l’heroïne, la jeune Anique, qui, malgré les rebuffades.réussira à amadouer le vieil homme et à découvrir ses secrets.Le personnage qui fait l’objet de la curiosité d’Anique se rapproche encore plus de 1 a Bête que celui de Demers, puisque le lecteur découvre, en même temps que la fillette, qu’il s'agit d’un centaure.Si les deux thèmes si1 ressemblent.les motifs en sont bien differents.Ici, pas question de désir charnel, même si le sculpteur «fabrique les plus belles statues de femmes du monde entier-.Pas question d'amour entre les deux, mais d’amitié, les mots serviront à la fois d'appât et de lien, puisque c’est en glissant de petites notes sous la porte du sculpteur et en faisant le siège de sa residence qu’Anique réussira à percer son mystère, à obtenir une première réponse.Bien que l'homme prétende avoir le cœur si dur qu’on ne puisse plus rien y sculpter, Anique ne le croit pas.Le cadeau qu’elle lui offre, crée par elle, réussira à op pages tissé autour du conte de lai Belle et Li Bête, se cache, outre le thème de l’apprivoisement au-delà ties apparences, la découverte de l'art et des artistes.Ce joli roman, à plus longue portée qu'il n’y paraît, est illustré par Céline Malepart; il trouvera, je l’espère, le moyen de charmer son public.ANNABEL ET LA BÊTE Texte de Dominique Deniers Illustrations de Stéphane Poulin Dominique et compagnie Montréal, 2002,32 pages ISIDOR SUZOR Texte d’Anique Poitras Illustrations de Céline Malépart 1 )ominiqtie et compagnie, coll.«Roman rouge» Montréal, 2002,4ti liages DICTIONNAIRES D’amusants petits maîtres RENÉE ROWAN Ces petits bonshommes bleus que sont les Schtroumpfs, et qui parlent une drôle de langue, n'ont pas fini de nous faire rire et de nous étonner, de nous instruire même.Non, il n’y a rien à leur épreuve.Cette fois, un admirateur de Peyo, Jean-Loup Chillet, comme lui un amoureux des mots, nous invite à schtroumfer le français en nous proposant un dictionnaire franco-schfroumpf.Eh oui! Les fidèles lecteurs de ces albums qui ont vu le jour en 1963 savent combien les textes de Peyo, apparemment inoffensifs, sont truffés de schtroumpfs d’orthographe.Or, comment décortiquer ce langage, comment débusquer ces pièges?C’est ce à quoi s’emploie l’auteur, avec beaucoup de bonheur et d’astuce.Le principe de cet album est simple, comme on l’explique en avant-schtroumpf.Des illustrations et de courts textes extraits,des albums de Peyo publiés aux Editions de Lombard: pour chaque mot schtroumpf en couleur — bleu, bien sûr—Jean-Loup Chiflet propose deux orthographes au choix.Un numéro correspondant renvoie le lecteur à la fin de l’ouvrage, où est indiquée la bonne réponse.C’est la formule «apprendre en s’amusant».Ainsi, à titre d’exemple, un dessin montre des Schtroumpfs alités, pendant que Schtroumpfette s’agite en tout sens pour répondre aux demandes de chacun: «Je vois que tout le monde réclame à schtroumpf et à schtroumpf notre merveilleuse schtroumpf médicale!», constate l’un d’eux.Eaut-il écrire «à cor et à cri» ou «à corps et à cris»?Voir la réponse au numéro 109: «à cor et à cri» — signifiait à l’origine «chasser avec un cor et à grand bruit pour exciter les chiens».«Je pense qu’il [Peyo] aurait apprécié que, grâce à lui, des milliers de francophones, petits et grands, puissent réviser dans la Joie et la bonne humeur cette bonne langue française qu’il schtroumpfait si bien!», écrit Jean-Loup Chiflet.Nous le croyons aussi.SCHTROUMPFEZ-VOUS FRANÇAIS?Jean-Loup Chiflet Mots et Cie Bruxelles, 2002,93 pages Autre ouvrage qui ne ressemble à aucun autre et qui, cette fois, s’intéresse aux expressions idiomatiques en langue française ou en Les Éditions TROIS félicitent CLAIRE VARIN lauréate du Prix de la Société des .écrivains canadiens 2002 (section de Montréab pour son roman Ç./éterl langue anglaise.Ouvrage multiple, Sur le bout de la langue — On the Tip of One’s Tongue, de par son organisation, est à la fois un lexique, un cahier d’exercices, qui s’adresse tout aussi bien à l’étudiant qu’au lecteur qui veut améliorer ses connaissances grâce à «l’aide-mémoire», et un ouvrage de référence dont les index donnent accès rapidement à une banque d’expressions — 3000 en français et en anglais — et d’exemples d'application pratique.Ainsi, l'expression «tempête dans un verre d'eau» devient en anglais «tempest in a teapot».Application: «ce scandale politique à la municipalité est en réalité une tempête dans un verre d’eau — the political scandal in the municipality is in fad a tempest in a teapot».Un livre pratique pour tous, aussi bien francophones qu’anglophones.SUR LE BOUT DE LA LANGUE ON THE TIP OF ONE’S TONGUE André Couture Les éditions de l'Homme Montréal, 2002,314 pages Autre guide intéressant: 500 trucs pour mieux communiquer au travail, un guide qui permet à chacun d’employer les bonnes formules dans sa vie professionnelle et sociale, que ce soit pour l’expression orale ou écrite, par téléphone ou télécopieur ou sur Internet «La communication est devenue le maître LIBER Guy R.Legault La ville quon a bâtie Trente ans au service de l'urbanisme et de l’habitation à Montréal 1956-1986 270 pages, 25 dollars « -a*i.nr mot de notre vie courante-, constate Francis Balle, co-auteur et préfacier de cet ouvrage collectif.Le but de cet outil est de permettre d'engager une conversation et de la poursuivre en s’exprimant clairement, avec méthode, de rassembler ses idées et d’en adapter le ton au sujet et au destinataire.500 TRUCS POUR MIEUX COMMUNIQUER AU TRAVAIL Collectif Editions Larousse Paris, 2(X)2,447 pages Les droits l)ts PKRSONNES INCARCÉRÉES ISBN 2 89546-008-6 360 pàges • 39,95 $ MEBSBEl DANS DROIT .h,,- : NOUVEAI Etre roi k ii.ki : INT; RRUH VSKiN MAV H IM.FAUX m.El INK RI Criminoi.ogik iol-üs CT nitORUS § ¦ Être policière: une profession masculine Line Beauchesne ISBN 2 39546 006 X 278 pages • 29,95 $ «A ! Les faux en peinture Philippe Bensimon ISBN 2-895400061 384 pages • 39,95 $ Criminologie -Idées et théories Jean-Claude Bernheim ISBN 2 895460000 330 pages • 39,95 $ i yVIéridien ËOITIONS DU MÉRIDIEN cursus 20 ANS Univertifairo J -mgasram 1 [ Spirale^' lüiS ¦ Aki^ràirkiTDu numéro 187 de spirale û IM I r IV/I r IM 1 ET DES 2 NOUVEAUX TITRES L n M V L IYI L 1 1 1 DE LA COLLECTION 0T«*'TD’UNION Table ronde portant sur le « Désarroi » Spirale/ Animatrice : Catherine Mavrikakis Participants : Simon Harel, Michaël La Chance, Pierre Migneault et Riton V.jeudi 7 novembre 2002 à 17 h 30 Maison des écrivains, 3482, avenue Laval, Montréal m sherbrooke Simon 1 lard Un boîlipr dérriurc * Riton V.le futur «t demeve nous m E52 \ i I BORÉAL COMPACT», C’EST DE GRANDS TEXTES À PRIX ACCESSIBLE Cilles Archambault l-a Fleur aux dents s Gilles Archambault LA FLEUR AUX DENTS roman K»ÊAL COMPACT N" 141 • 192 PAGES • 12,95 î Gil Courtemanche Un dimanche à la piscine a Kigali OMII Gil Courtemanche UN DIMANCHE À LA PISCINE À KIGALI roman BOREAL COMPACT If 139 • 288 PAGES • 14,95 î France Daigle Pas pire France Daigle PAS PIRE roman BORÉAL COMPACT N* 133 • 206 PAGES • 14,95 S Jacques Godbout le Temps des Galameau Jacques Godbout LE TEMPS DES GALARNEAU roman BORÉAL COMPACT N° 140 • I92 PAGES • 12,95 $ Francois Ricard La littérature contre elle-mcme mm François Ricard LA LITTÉRATURE CONTRE ELLE-MÊME essai BORÉAE COMPACT N“ 135 * 228 WGES • 13,95 $ Guillaume Vigncault | Carnets de naufrage Guillaume Vigneault CARNETS DE NAUFRAGE roman BORÉAL COMPACT N" 132 « 270 PAGES • 13.95 $ Les quatre nouveaux classiques de la collection « Boréal compact » Honoré Beaugrand l a Chasse-galerie ri Attlrt-s reçus Flonoré Beaugrand U CHASSE-GALERIE et autres redis BORÉAL COMPACT IT 139 • 192 PAGES • 6,95 $ Laure Conan Angelinc de Montbrun Laure Conan ANGÉLINE DE MONTBRUN roman BORÉAL COMPACT N" 138 • 248 PAGES • 6,95 î Philippe A, tie Gaspe père Les Anciens Canadiens UMKI Philippe A.de Gaspé père LES ANCIENS CANADIENS roman BORÉAL COMPACT N° 136 • 504 PAGES • 6,95 $ Joseph-Charles Taché Forestiers et Voyageurs Joseph- Charles Taché FORESTIERS ET VOYAGEURS récits BORÉAL COMPACT N* 137 «192 PAGES • 6,95 $ Boréal, cest aussi Boréal Maboul, de 6 à 8 ans à 8,95 $ 1m Mm Jy M«lt« «» »*« i*ur« «« JbM» (jFj *ai ta y.Av, b Crn^eaM de cousine Christiane Duchesne et Bruno St-Aubin JULIA ET LA FOUGÈRE BLEUE Christiane Duchesne et Bruno St-Aubin JULIA ET LE LOCATAIRE Sonia Sarfati et Jacques Goldstyn LE COUTEAU DE COUSINE la jeunesse Rémy Simard LES ACARIENS AHAQUENT! l^aurent Chabin et Denis Goulet L’ENLÈVEMENT DE LAMÈRETHUME Boréal junior, à partir de 9 ans à 8,95 $ Philippe Chauveau et Rémy Simard DANS LE VENTRE DU LAPIN d.\J.i&Y ./rv Paule Brièrc et Jean Morin POUAH!DU POISON! Andrée-Anne Gratton LE TRÉSOR DEZANLEPIF Boréal Junior n° 77 êtlmàefH î, cajittaine seau tant&me Bernard Boucher BRIGITTE, CAPITAINE DU VAISSEAU FANTÔME Boréal Junior n- 78 Boréal Inter, à partir de 10 ans à 9,95 $ Cdmillc Bmicturtl LA MARQUE DES LIONS Mag«U Fîvît À L OMBRE DU BÛCHER LOR BLANC UplWT Ml • O « t A i > n W Roy MacGregor UNE DANGEREUSE PATINOIRE Traduit oc l’anglais par Marié Ioséc Briéri Lis Carcajous n^ 7 Camille Bouchard LA MARQUE DES LIONS Boréal Inter n* 35 Boréal www.editionsboreal.qc.ca Magali Favre À L’OMBRE DU BÛCHER SÉRIE l'ENFANT DES DRAILLES 1 Boréal Intîr n° 33 Magali Favre L’OR BLANC SÉRIE L'ENFANT DES DRAILLES 2 Boréal Inter n* 36 Le Ce an t’a moto .e t 'jn ïm?tixmt s Jean-Pierre Davidts LE GÉANT À MOTO AVEC DES JUMELLES ET UN LANCE-FLAMMES Boréal Junior n” 79 DONOVAN ET LE SECRET DE LAMINE Marc Tremblay DONOVAN ET LE SECRET DE LA MINE Boréal Inter n* 34 I < 1
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.