Le devoir, 2 décembre 2006, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE A D E i E M BRI 2 O O * HISTOIRE Li quatorziiiiK* colonit1 l*a^r F li ENTREVUE .)(»so Sarama^o Page F 8 Il VUES Comment le père Noël est • X arrive parmi nous CAROLINE MONTPET1T Il est un jour entré dans nos vies en passant par la cheminée.Depuis ce jour, on ne remet plus, ou si peu, son existence et son pouvoir en question.Le père Noël, tel qu’on le connaît aujourd’hui, n’a pourtant pas toujours vécu parmi nous.Dans Hourra pour Santa Claus.un essai qui paraît chez Boréal, le sociologue Jean-Philippe Warren retrace l’histoire de l’arrivée au Québec, à la fin du XK' siècle, du gros bonhomme vêtu de rouge, qui a supplanté le petit Jésus dans nos maisons comme distributeur de cadeaux.En fait, avant la moitié du XIX' siècle, c’est bien le jour de l’An, et non Noël, qui est la grande fête de l’hiver dans la vie des Canadiens français.C’est à ce moment-là que la parenté se retrouve et échange des cadeaux, la fête de Noël, quant à elle, passe pratiquement inaperçue.Les collégiens n’ont pas de congé scolaire à cette occasion et ne retournent pas dans leur famille pour la célébrer.Tout au plus fréquente-t-on la messe de minuit et confectionne-t-on un petit réveillon à la maison.«[.] à une exception près, aucun article de The Gazette de Montréal ne mentionne Noël entre 1785 et 1840», note Warren.Noël est alors l’une parmi d’autres très nombreuses fêtes religieuses du calendrier.Mais vient la révolution industrielle, et les patrons d’entreprise de cette époque font pression pour que le nombre de fêtes de ce calendrier, qui sont autant de congés pour les employés, diminue.Entre le XVIT et la fin du XIX siècle, le nombre de fêtes d’obligation passe, au Canada, de 40 à neuf, relève Warren.«Les temps modernes sont temps de progrès par l'accroissement du temps de travail.On ne peut tolérer que le quart de l'année (40 jours de fête et 52 dimanches) soit rendu improductif.En 1900, 85 % des jours sont disponibles pour le travail», écrit à ce sujet Ollivier Hubert dans Sur la terre comme au ciel.Moins de fêtes, donc, et par conséquent plus de temps pour les espérer et les préparer.C’est l’une des explications que propose Jean-Philippe Warren pour justifier l’ampleur phénoménale qu’a prise la fête de Noël depuis plus d’un siècle.L’autre étant bien entendu, la venue de la société de consommation.Quant à Santa Claus, qui deviendra ensuite le père Noël, c’est un Allemand d’origine, qui a transité à travers la Hollande pour devenir momentanément Sçnter Klaas, avant d’être adopté aux Etats-Unis à la fin du XK’ siècle.Contraire ment a saint Nicolas, personnage mythique d’origine française et qui ressemble a Santa Claus a plusieurs égards, ce dernier donne indifféremment a tous les enfants.En effet alors que, traditionnellement saint Nicolas était accompagne du pere Fouettard et emmenait les enfants qui n’avaient pas été sages dans une grotte, Santa Claus est généreux sans condition.Rien de tel que ce gros bonhomme prodigue pour faire le bonheur d’une société de consommation en emergence, avec en ligne de front les nouveaux magasins a rayons, dont le refrain est de vendre, vendre, vendre, a tout prix et a tout le monde.Ce sont les magasins John Murphy, Scroggie’s.Hamilton, S Carsley.Au bon marché.Dupuis freres et Zé-raphin Paquet qui ouvrent, à la fin du XK’ siecle, leurs édifices a etages a Montreal rue Sainte-Catherine ou Saint-Joseph.La Presse, 1910 ^Au t refus, c'était bien le petit Jésus qui distribuait les cadeaux», précise Warren.C’est lui qui venait remplir de présents les petits souliers des enfants durant la nuit.Mais n'était-il pas devenu embarrassant de mettre en vitrine autant de petits Jésus qu’il y a de magasins, ou encore de faire monter des petits enfants sur les genoux d’un chérubin pour établir leur liste de souhaits pour Noël?Car ce sont les marchands, d’abord et avant tout, qui ont intérêt à importer au Canada français la folie de Santa Claus qui a gagné l'Amérique anglophone.Non contents d’attirer chez eux les mil liers de consommateurs en mal d’étrennes à donner, ils forcent ensuite les parents à leur rendre visite avec leur famille en créant entre leurs murs de véritables pays des jouets, qui se reproduisent de commerce en commerce.C'est sans parler du célèbre défilé du père Noël, qui attire des miHiere d'enfants dans la rue.La formule, désonnais incontournable, a du être jugée gagnante puisqu’eBe a réussi à se frayer un chemin jusqu'à nous.Ainsi, à partir de la fin du XIX' siècle, inverse-t-on, le jour de Noël, le rapport qui régit habituellement les relations entre parents et enfants.Alors que la société traditionnelle était axee vers les besoins, la nouvelle société de consommation est orientée vers le désir, note Warren.Et qui de mieux que les enfants pour entretenir cette fièvre débridée du désir, cette envie de goûter et de toucher à tout sans distinction et sans réserve?-Lrn font veut tout et n importe quoi», relève Warren.En ce sens, il est tout à fait en phase avec la mentalité nouvelle des commerces, avec leur avalanche de jouets bruyant^ et d’objets de luxe, mêlant allègrement le nécessaire et le superflu.Reste que les Canadiens français n’ont pas fait la vie si facile à Santa Claus, cet Allemand d’origine à l’accent américain.A son arrivée ici, le rouge bonhomme est en fait un illustre inconnu.-Au début, il fait peur aux enfants», dit Warren en rigolant.Puis vient la Premiere Guerre mondiale, et le passé allemand de Santa Claus ne lui fait pas bonne presse.»On se sert au Québec des hostilités avec l'Allemagne pour monter une campagne contre cet immigré teuton, ce “prince de la camelote teutonne", ce ‘gros vieil .Allemand du pôle Nord’, ce fantoche "mode in Germany", ce “boche", infiltré pour ainsi dire illégalement dans le pays et qui mériterait d'en être prestement délogé», écrit Warren.D fallait donc tout au moins rebaptiser Santa Claus.•Saint Nicolas, de parson nom.aussi de par sa figure plus émaciée et son allure plus austere, sans compter sa fréquentation du père Fouettard.continuait a être trop associé à l'univers religieux dans une société de plus en plus gagnée par la commemahsatum et l industnalisa-tion».ajoute-t-il.C’est donc le pere Noël précédé du bonhomme Noël et du petit Noël qui gagnera le cœur des Québécois et qui a pignon sur rue ici depuis kirs.D n’y a d’ailleurs pas que les origines allemandes de Santa Claus qui incommodaient les nationalistes VOIR PAGE F 2: SANTA CLAI S >• Autrefois, c’était bien le petit Jésus distribuait les cadeaux » 24 décembre % m.¥ La Presse, 24 décembre 1912 Inconvenient no 2 \ Disponible en kiosque et en librairiç LE 1) E V 0 I K .LES SAMEDI 2 ET DI M A X CUE DECEMBRE 200t> F 1 LIVRES EN APARTÉ Un million d’exemplaires Jean-François Nadeau Il y a treize siècles, entre 764 et 770, les Japonais produisirent des livres à plus d’un million d’exemplaires.A la même époque, évidemment, rien de tel en Europe, comme le rappelle une exposition en cours à la magnifique bibliothèque publique de New York.Même aujourd’hui, les livres qui connaissent pareille multiplication d’eux-mêmes soqt vraiment rares.Très rares.A la fin du VIH siècle, faut-il rappeler que les presses de Gutenberg n'existent pas encore?Sa fameuse bible, premier livre produit en une série à peu près semblable, ne sera tirée que bien plus tard.Et encore est-ce à moins de 200 exemplaires seulement! Bien sûr, les presses à levier donnent lieu, dans l’ensemble de l’Europe, à une explosion du nombre global de titres publiés.Mais on demeure loin du million d’exemplaires produits en six ans, sept siècles plus tôt, par les bouddhistes insulaires d’Asie! Avant l’invention de l’imprimerie en Europe, ce sont les moines qui produisent le plus de livres.Ces copistes patients, au talent artistique certain, ont confirmé un rapport au livre qui n’est pas d’abord celui de la diffusion du savoir mais de sa conservation.On n'a d’ailleurs pas fini de découvrir tous les trésors que leurs mains et leurs monastères ont permis de sauver du gouffre de l’oubli.Ainsi, les Palimpsestes d’Archimède, vendues chez Christie en 1998, révélent depuis peu, grâce a une équipe de chercheurs de différentes universités, des pans encore inconnus de l’œuvre du légendaire mathématicien grec et de celles d’autres auteurs de l’Antiquité.Cette découverte est du même ordre, dit-on, que celle du manuscrit de Strasbourg, lui aussi fort précieux pour approfondir notre connaissance de mondes qui ont façonné le nôtre.Au fil de l’histoire, un livre n'a jamais ou presque été envisagé comme puisant sa valeur dans le nombre de ses exemplaires en circulation.Pourtant, notre conception du livre se résume aujourd'hui souvent à cela, comme en témoignent la valse inouïe des palmarès et autres efforts souvent loufoques pour mesurer l’intérêt du public envers tel ou tel effet de mode.Loin d’être le seul fait d’une démocratisation de la lecture, la course aux tirages élevés, tenue désormais comme seule mesure du sens de l’existence des livres, tient d’abord au fait qu’un ouvrage est vu comme un objet susceptible de diffuser une œuvre pour un motif qui, le plus souvent, la transcende: l’argent.Sur la question du rapport entre la culture moderne et l’argent, on peut d’ailleurs tirer profit, si on peut dire, de la lecture de Georg Simmel, dont Alain Deneault vient de publier, à l’enseigne des PUL, un choix des œuvres sous le titre de L’Argent dans la culture moderne.L’exemple du vieux Japon est peut-être, apres tout, le plus à même de faire comprendre, tant son cas est extrême, à quel point un tirage élevé peut aussi être le fait d’une autre conception du rôle que doivent jouer les livres: le million d’exemplaires produits entre 764 et 770 n’étaient pas d’abord et avant tout destinés à la consommation des multitudes! On plaçait plutôt ces livres entre les mains de bouddhas miniatures qui devaient alors les lire pour l’éternité et se gorger d’un savoir sans cesse réinvesti.C’est dire la haute valeur que l’on accordait à l’écriture.C’est sans doute pénétré d’une telle conception qu’en 1279, un livre somptueux fut imprimé et donné à un éminent shintoïste comme principal moyen de protection devant une invasion imminente des Mongols.Le livre, croyait-on, pouvait tout.Qui le croirait encore?Et pourtant.Dans Im Grande Numérisation, un essai qui vient de paraître chez Denoël, Lucien X.Polastron, déjà auteur d’une formidable Histoire de la destruction des bibliothèques parle feu, interroge notre rapport actuel aux livres.Numériser, c’est d’abord rendre plus accessibles des ouvrages à tous, du moins en principe: plus de support papier, donc plus de prix, théorique ment.Mais est-ce aussi préserver les livres que de les dématérialiser ainsi?Ce n’est pas encore certain du tout comme le souligne Alberto Manguel dans La Bibliothèque, la nuit, un livre ou ce dandy, spécialiste des conversations suaves de salon, narre l’aventure malheureuse de la version multimédia du Domesday Book, un immense recensement cadastral du XT siecle.En 2002, l’information électronique de ce livre, colligée quelques années plus tôt fut jugee a jamais inutilisable.Restait le vieux livre d’origine.Même une multiplication des exemplaires n’avait rien changé à l’issue fatale de la version électronique.Faut-jl repenser notre rapport aux livres aujourd’hui?A l’heure de la concentration des maisons d’édition et de distribution, les enjeux financiers qui y sont sans cesse associés semblent de plus en plus gonflés à l’hélium.Quel poids réel, en terme économique, occupe en effet le ballon de l'édition moderne auquel s’attachent les grands groupes?A New York, point central de l’édition mondiale, amusez-vous à comparer la seule puissance d’une Anna Wintour, la grande patronne de la mode qui a inspire le personnage du roman Le diable s’habille en Brada, à celle de n’importe quel grand patron de l’édition.L’exercice finit par vous convaincre tout à fait, si vous ne l’étiez pas déjà, que les enjeux financiers qui étranglent les livres dans l’édition moderne ne se comparent même pas aux autres champs financiers.Tout cela tourne à vide.Peut-être les mondes anciens, maigre leurs faiblesses relatives, avaient-ils au moins la force d'éviter de dénaturer les livres et le rôle qu’ils doivent jouer en société.( jfnadeaiPa ledeioir.com Faut-il repenser notre rapport aux livres aujourd’hui ?SANTA CLAUS Im fête de Noël, avec tous ses excès, a bien fini par rallier les marchands et le clergé SUITE DK LA PAGE F 1 canadiens-français.In frénésie de cadeaux qui n’ont rien de catholique fait aussi froncer les sourcils des conservateurs, qui suggèrent l'achat d’images pieuses plutôt que les oursons en peluche devenus l’usage.Mais la grande fête de la générosité et de la consommation, traînant les paradoxes les plus criants, allait avoir raison de la morale, tout en récupérant certaines de ses valeurs, dans une sorte de syncrétisme dont, il faut l'avouer, tout un chacun s’accommode depuis siuis problème.Ou- la fête de Noël, avec tous ses excès, a bien fini iuu rallier les marchands et le clergé.les premiers parce que la fête fait évidemment leur affaire et leur promet les ventes les plus importantes de l’année, les seconds parce que, fête religieuse d’abord et avant tout, elle supplante le jour de l'An, fête païenne, dans les mœurs de la population et redonne, malgré tout, entre le clinquant et la pacotille, une place certaine à la Nativité.Le Devoir HOURRA POUR SANTA CLAUS Jean-Philippe Warren Boréal Montréal, 2006,205 pages * Jean-Philippe Warren sera l’invité de la librairie Clément-Morin.à Trois Rivières, pour une causerie ouverte à tous le samedi 2 décembre à 15h.Trésors cachés Le nec plus ultra de Tunivers bibliothécaire La Staatsbibliothek de Bavière compte (entre autres) la plus grande collection d’incunables au monde après la British Library Les grandes bibliothèques se multiplient dans les métropoles du monde depuis quelques décennies.La Staatsbibliothek de Bavière compte parmi la poignée d’institutions séculaires qui nourrissaient déjà, à la Renaissance, l’ambition de réunir le savoir universel.FRÉDÉRIQUE D O Y O N Munich — Il est midi quand on pénètre dans la lumineuse salle de lecture principale de la Staatsbibliothek (Bibliothèque de l’État) de Bavière, à Munich.Dernière station d’une visite vertigi-neuse de l'institution bavaroise fondée en 1558 par le duc Albrecht V, enrichie de manuscrits médiévaux porteurs de mille ans d’histoire, en partie bombardée (les livres avaient été retirés) lors de la Seconde Guerre puis reconstruite selon l’architecture d'hier et dotée des technologies actuelles.le soleil qui entre à Ilots pim les fenêtres en ce jour de novembre nous permet de réintégrer l'instant présent, après avoir été ballotté par l’histoire de tous les savoirs.1 .'ultime salle, qui réunit les ouvrages bibliographiques et de référence, bourdonne des réflexions studieuses et silencjeuses de ses nombreux usagers.À cette heure, inutile de chercher une place libre parmi les 600 disponibles, avertit l’agent d’information, Wynfried Schultz-Nottar.Mais une zone est destinée aux chercheurs, qui peuvent réserver leur place.Chaque section de la Slaatsbi-bliothek, fréquentée par les chercheurs et les universitaires du monde entier, semble ;iinsi conçue poig faciliter l'accès à tous les savoirs.A l’instar de la vénérable institution où il travaille depuis 30 mis, notre guide dévoué et empresse a réponse à toutes les questions.D’abord dérangé par notre demande de visite individuelle en cette semaine de vacances où le personnel fait défaut, il négociera ensuite la durée de la visite à la hausse.Impossible de faire le tour en moins de deux heures, dira-t-il, avant de nous entraîner dans le dédale infini des 273 km de rayons de neuf millions de livres que contient l’édifice.Ai milieu d’un corridor de bouquins minutieusement classés par thèmes (la pathologie, l’anatomie, etc.), selon un ancien système de cotation, Tespace-temps éclate.la journaliste et son guide semblent rapetisser sous le poids de l’histoire et des livres disproportionnés aux tranches surannées.*11 y a pour des milliards et des milliards de dollars de livres ici-, lance M.Schulz-Not-tar, complétant l’irréel de la scène en nous tendant un palimpseste de l’historien et géographe Sfrabon datant de 1576.Nous sommes au cœur de la plus imposante collection d’incunables au monde — 20 000 livres imprimés entre 1450 et 1500 — après celle de la British Library.Les livres rares (71 000) et les manuscrits (90 OtX)) y abondent aussi.-Après la sécularisation [en 18031, tous les Hires rares des églises, les manuscrits, ont été rapatriés ici.* On l’aura compris, la Staatsbibliothek de Bavière, ex-bi-bliothèque royale, est Tune des plus riches de l’Europe, le nec plus ultra de Tunivers bibliothécaire.Collections spéciales L’édifice, situe sur la très royale éditions Liber Hhilosophic • Sciences humaines • 1 ictcr.uure Line Mc Murray La beauté des petites bêtes que personne naime Q Place des Arts Studio-theâtre Le, Studio Littéraire, Uk est ipuce les nu line M< Mum» [j> beauté des petites bêtes que personne n'aime pour les HKfts COMPLET t3 décembre OTl* 14 décembre 2006 Autour de Pablo Neruda Tous trois d'origine chilienne.Manuel Arenguiz.Maroela Ptzarro et Aletandro Venegas Usent, en français et en espagnol, leurs poèmes favoris de Pablo Neruda.Cette lecture vibrante et passionnée sera également i par des chansona chiliennes.SAISON 2006*2007 i jusqu'au 9 mst Entré* tff* (tWISÉMUl 1 M Milita (tVKMnt» 10 t* WWW pdê QCCO Les Capteurs de mots 1 1S vioifatr SSL © w / SOURCE STAATSBIBIOTHKK La salle des incunables de la Staatsbibliothek, fréquentée par les chercheurs et les universitaires du monde entier.avenue Ludwigstrasse, abrite une quinzaine de collections spéciales, dont cinq majeures qui disposent chacune de leur propre salle de lecture et d’un portail virtuel: l’histoire, la musique, les études classiques.l’Europe de TEst et l’Asie de TEst.Dans la collection sur l’histoire de la Russie, huit ouvrages sur dix n’existent pas ailleurs qu’ici.Quelque 650 000 livres portent sur l’Europe de l’Est.Pour le catalogage en ligne de la collection est-asiatique, une collaboration inédite avec la Bibliothèque de Taiwan et la library of Congress permet à l’internaute de naviguer automatiquement d’une banque de données à l’autre depuis 19(19.Les gens qui font le catalogage sont issus de la culture visée par chaque collection.«Le perstmnel est toujours à proximité, disponible sur place pour répondre aux questions des usagers, souligne le guide avec fierte.C'est une de nos ftnres.- Les historiens viennent aussi consulter la collection la plus complète d'ouvrages lùstoriographiques au monde.• C'est le departement Rolls Royce*, lance M.Shulz-Nottar.Le répertoire international de sources musicales est base à la Staatsbibliothek.qui compte 350 000 partitions musicales manuscrites et imprimées et 200 000 ouvrages de référence.«Le centre mondial de référence en matière d’édition musicale se trouve ici, précise-t-il.Ijs éditeurs d'annotation musicale viennent ici consulter les partitions, surtout pour le classique et le kizz.- L'institution est aussi reconnue pour sa collection de 40 000 périodiques, qui rivalise avec celle de la British Ùbrary, et la base de données numérisées qui leur sont reliées compte la plus grande collection de microfilms d'Europe.Cartes et reliures En passant d’une salle de lecture à l'autre, on traverse de vastes corridors qui tiennent presque du musée.Ici, le monde ancien s’étale sur les murs grâce à la collection de 400 000 vieilles cartes géographiques.«C'est une petite collection, mais de grande valeur*, note M.Schulz-Nottar.On y trouve notamment Tune des premières cartes exactes du monde qu’a réalisé le pape de la cartographie.Philipp Apian, en 1568.Un etage phis bas se tient l'exposition annuelle dediee aux reliures anciennes, intitulée Mille ans de reliure, rien de moins.En vedette, un grand livre à la couverture dorée.aux coloris uniques dans les marges du texte, remonte au Ve siècle: il n’en existe que cinq exemplaires dans le monde.On observe que quelques empereurs bibliophiles de l'Antiquité, tel Marc-Au-rèle, ont aussi joué de la plume et de l’enluminure.Fragile héritage Mais les trésors cachés de la Staatsbibliothek s’avèrent aussi un héritage des plus fragiles.«D'ici 15 ans, au moins le tiers des livres seront perdus à cause de la détérioration du papier», s’inquiète M.Schulz-Nottar.Avec la croissance de l’édition au XK' siècle, les chiffons et les fibres qui composaient le papier ont cédé la place à la pâte de bois en 1840.Mais le sulfite de ce nouveau papier voue les livres à une destruction rapide.C’est pourquoi l’institution cherche constamment à élargir le cercle des Amis de la bibliothèque afin d’amasser les fonds nécessaires à la numérisation (66 millions d'euros seraient nécessaires) et à la restauration (30 000 euros pour chaque ouvrage).D’ailleurs, comme toutes les institutions du livre et du savoir, celle de Munich s'active depuis 1997 à la numérisation des ouvrages libérés de droits pour faciliter l’accès à ses ressources.Dans cet esprit de modernisation, des photocopieurs et même des machines à numériser sont mises à la disposition des visiteurs, près du magnifique hall d'entrée.On peut même demander des photocopies particulières, qui permettent de retrouver la forme originale d'un document.Tous ces services compensent un problème majeur de la bibliothèque: l'acheminement des ouvrages depuis les rayons aux etages jusqu’aux usagers.Les 50 000 abonnés doivent commander par Internet les livres qu'ils veulent emprunter, et il faut un ou deux jours de traitement.C’est pourquoi, si 5000 volumes sortent tous les jours, 10 000 documents sont traites quotidiennement Reste qu'avec ses 400 éditeurs.Munich, le village d’un million dames comme on l'appelle, incarne encore et toujours l'une des grandes villes éditoriales du monde.Le Devoir Prix du gouverneur général - essais A force de voir Histoire de regards Pierre Ouellet V 2 « 0 li LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 ET D l MA N i II I A Dill M R R I LITTERATURE Le débat des profs Cinq profs de cégep s'interrogent sur ce quïl faut enseigner am jeunes en littérature et en philosophie Danielle Laurin Yves Thériault ou Jacques Perron?Miron ou Rimbaud?Michel Houellebecq ou Victor Hugo?Michel Onfray ou Nietzsche?Michel C.Auger ou Fernand Dumont?Que faut-il enseigner aux jeunes Québécois?On les dit incultes, incapables de penser, d'ecrire.Comment les motiver?Faut-il se mettre à leur niveau?Privilégier l'accessibilité et l’actualité des œuvres à étudier?Ou favoriser l'élévation de la culture, du savoir?Cinq professeurs de cégep s’interrogent.Des profs de littérature, de français.Et de philo.C’est le chroniqueur du Devoir Louis Cornellier, par ailleurs enseignant au Cégep de Joliette, qui lance le bal.C’est lui qui a pris l’initiative d’interpeller ses collègues.Dans une lettre.Une lettre enflammée, qui dérange.Il le dit d’emblée: il aime enseigner, il aime les jeunes, il aime le cégep.Autrement dit, il a le feu sacré.Et il n’en peut plus de voir la mine patibulaire de tous ces profs de cégep découragés, écœurés d’enseigner, qui arrivent en classe le matin ¦'avec/impression d’aller à l’abattoir ou au salon funéraire*.Vous ne voyez pas que vous donnez des munitions à ceux qui voudraient abolir le cégep, ou à tout le moins la formation générale?Assez, c’est assez.Arrêtez de vous plaindre, sortez de votre déprime et relevez-vous les manches.N’attendez pas une énième réforme imposée par des hurluberlus décrochés de la réalité.C’est en substance la bombe qu’il leur lance, à ses collègues enseignants, Louis Cornellier.Bien sûr, convient-il, les mauvaises conditions d'enseignement, -les contraintes extérieures qui pèsent sur notre mission pedagogique et culturelle-, ont de quoi faire bondir.Mais, plaide-t-il.cela ne doit pas • nous empêcher de reconnoitre nos responsabilités dans le relatif discredit qui.frappe l'enseignement de nos matières au collégial.* Oui, iijsiste-t-il.les profs peuvent changer les choses.A condition de se remettre eux-mèmes en question.De s'interroger sur leur mission.Sur leur rôle.Sur le rôle qu’ils accordent à la littérature et à la philosophie, aussi.C'est ici que l'exercice qu’il propose à ses collègues devient passionnant.Chacun a son point de vue.sa vision, ses propres definitions.Et ses solutions.On est loin de la belle grande unanimité, loin d'une belle grande vérité.Vive la diversité.Les etudiants s’ennuient dans nos classes?Pas étonnant, affirme l’auteur de Lettre à mes collègues sur l’enseignement de la littérature et de la philosophie au collegial.Cessons de les assommer avec Flaubert Balzac et Platon! Comment voulez-vous qu'ils apprennent à aimer la littérature et la philosophie s'ils ne se reconnaissent pas dans les œuvres qu on leur impose.C’est simple.Fournissons-leur des textes plus accrocheurs.plus actuels, plus proches de leur -vécu».Après tout, argue Cornellier, -pourquoi frequente-t-on la littérature ou la philosophie, sirum pour mieux vivre, c est-à-dire mieux penser la vie?* Quoi?! réplique Monique InRue.Passer sous si lence Flaubert Balzac et tous ces grands auteurs du passe qui -ont accompli l’exploit de transmettre une pensée, un conception, un récit de la vie humaine qui aident à pallier l'insuffisance de toute experience individuelle* .Non mais, dit-elle! Elle s’indigne, elle rage.Elle y tient S elle enseigne la littérature, ce n'est pas pour -que les gens apprennent à mieux vivre ou à mieux penser par eux-mêmes*.Non monsieur.C'est pour -qu 'ils sachent, oui, qu ’il y a eu avant eux des humains exceptionnels, supérieurs à la moyenne, dont ils ne sont pas les égaux*.Basta le nivellement |vir le bas.s’indigne fa prof du haut de ses trente années d'experienoe en enseignement.Si elle ne dédaigné pas a inclure dans son corpus des œuvres modernes, et pu tois même des articles de journaux.Monique laRue est formelle quand vient le temps de detinir ses objectifs pédagogiques: -Le but de notre enseignement est de trans mettre un savoir objectif, une competence, pas seulement de .taire aimer mis cours notre matière, ou de rendre la vie plus humaine * Fit vlan, Louis Cornellier! Jean Pierre Girard n’y va pis de main morte lui non plus.Comment ça.jouer le jeu de la séduction avec nos etudiants?Comment ça, être évalue sur notre performance scénique, nous, les profs?Coin ment ça.choisir des œuvres pour leur plaire ’ Autrement dit instrumentaliser la littérature?Dis question, plaide le prot-ecrivain -la littérature ne nous ron/urtc pas dans ce que nous sommes comme êtres humains, elle nous aspire ailleurs, vers nous, l'ers l’inconnu, et oui.c’est proprement terrifiant Et non, ce n est pas vendable.* Marc Chabot fait partie des prots île philo qui ne jurent que ptr D Banquet de Platon, -le premier livre complet sur l'amour*.Rien a voir avec n'importe quel livre à la mode sur le même sujet, avec le genre d'ouvrage -qui tombera dans l'oubli diet trois mois, mais qu 'on nous présenté comme de Ut nourriture essentiel le*.Pour lui.-l’école est un lieu de resistance.Sous nous devons de résister à l'inculture, a l'autosatisfiic tion télévisuelle L'enseignant est celui qui defend la mémoire de l'humanité*.Quant «i Michel Morin, lui aussi prof de philo, il soutient que c’est a l’enseignant de réactualiser, de repenser les grands textes qui appartiennent au pis sé.Sa préoccupation première: élever le niveau de culture des jeunes qui lui sont confiés.On pourrait continuer, les questions abordées pu les cinq coauteurs sont legion.Et les désaccords affluent.Parmi les sujets chauds qui soulèvent le plus de passion: la place de la littérature québécoise dans l'enseignement.Faut-il lui donner préséance?Absolument: -quand un peuple n'est meme [uis ra ptMe de se hnr a
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