Le devoir, 14 décembre 2002, Cahier F
LITTERATURE étrangère Austerlitz de W.G.Sebald Page F 5 L K DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 DECK M B R K 2 0 O 2 ' 1 LITTÉRATURE /¦ Les livres de Noël Page F 8 LE DEVOIR Aux ¦ m1' ¦ wW 'M m Le «soubedar» major Bahadur Mial Singh des «Rattray’s Sikhs» JOHN BURKE.N WFP, 1880 : '"“V’1 il Le «Durbar» des chefs du Pendjab, 1885 MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE LE DEVOIR Mansfield Park, la lank* Norris s’inquiète un jour du châle qu’un homme de la famille doit lui rai> porter du Cachemire.En apparence clos, l’univers de Jane Austen bruit ainsi, par intervalles, de la rumeur de l’Empire britannique, si diversifié qu’il réunit, à l’ombre de la couronne d’Angleterre, le trappeur canadien et l’émir d’Afghanistan.Pour introduire ce second supplément sur les beaux gttSfmÉ: livres de fin d’année, voici Du Cachemire à Kaboul, un album ’Sfc&v d’histoire et de photographies tout entier placé sous le regard de l’autre, de l’étranger, qu’il s’agit de dominer, au nom d’une violence coloniale alors jugée légitime, mais dont la différence suscite parfois l’admiration.Cependant, parce qu’il est originaire d’Islamabad, son auteur, Omar Khan, pose aussi le regard de l’indigène sur les images saisies par la lentille blanche, impérialiste, quoique peu conventionnelle, des Anglais John Burke et William Baker.Etablis à Meere, dans l’actuel Pakistan, les deux photographes intrépides remuèrent dans la région entre 1860 et 1900.Etoffé d’un commentaire substantiel et d’une chronologie, l’ouvrage rassemble des clichés saisissants, introuvables, dont les plus anciens coïncident avec la naissance d’un médium à la recherche de son propre langage.Image oblige, on sera d’abord sensible à la beauté plastique de ces grands formats qui immobilisent des paysages si soigneusement composés qu’on les dirait peints par Constable.Puis, en scrutant les visages de ces montagnards enturbannés, en observant les anciens de la tribu réunis pour la jirgah du 3 avril 1891, chargée de ratifier quelque accord avec l’occupant, c’est la pé- DU CACHEMIRE À KABOUL Les photographies de John Burke et William Baker.1860-1900 Omar Khan Traduit de l’anglais par Jean-Yves Berthault Gallimard Paris, 2002,206 pages LES AVENTURIÈRES XVir - XK' siècle.Récits de femmes voyageuses Barbara Hodgson Traduit de l’anglais par Marc Albert et Camille Gerfant Le Seuil Paris, 2002,216 pages JOHN BURKF.KAWA1 l’INDI, I'KNOJAB, 4 AVKII 1888 rennité de ces cultures qui frap|>e l'imagination et confère aux clichés de Burke et Baker un aspect quasi intemporel, toutefois teinté de fatalisme, dès lors que l’Angleterre et la Russie se disputaient déjà l’Afghanistan, selon un Great Game géopolitique dont l’actualité internationale a, depuis peu, redessiné les contours.John Burke, qui fil cavalier seul à partir de 1873, mourut à lahore, en 11XX), à l’âge de 57 ans.Non sans une pointe de subversion, l’Irlandais aura photographié avec la même curiosité empathique l’église catholique de la Sainte-Trinité de Murree, le temple hindou de Martand et la mosquée de Shakaranallum Sahib; les lords généraux de l’armée britannique des Indes et ses officiers indigènes.Le monde est bariolé, disent les images de John Burke, que des mains gantées, dans les salons de Londres, s’échangent avec étonnement.Avec Les Aventurières.XVII' - XIX' siècle, Barbara Hodgson s’est lancée sur la piste des voyageuses, Anglaises excentriques, veuves fortunées, femmes déshonorées ou artistes, que la perte d’une paire de gants devait laisser pour le moins indifférentes.Ce recueil d’anecdotes, délicieusement édité avec de nombreuses gravures d'époque, pourrait presque faire croire que le combat des suffragettes était d’abord l’affaire des Anglaises du continent, tant la liberté de ces voyageuses semble grande.Un poignard à la taille, un pistolet sous l’oreiller (diversement retrouvé à chaque étape), elles sillonnent la planète, s’introduisent dans des harems dont les portes se referment au nez de leurs confrères occidentaux, dînent avec le grand khan ou l’empereur de Chine.Et si le corset gêne un peu aux entournures, il n’y a qu’à le balancer.du haut de l’Himalaya.ULv.-tv % i ¦ F I D E S 52 PAGES LlVUE ET CD 24,95$ Un merveilleux conte de Gilles Vigneault Le piano muet Musiqitt dt DENIS GOUCCON • Illustrations GÉR ARD DUBOIS Coédition SMCQ (eoneste / ATMA Classique Vs %! ?1 L R DEVOIR.LE A MED! 14 ET DIM A X CHE 15 DÉ( E M B R E 2 0 0 2 F 2 BEAUX LIVRES OUVRAGES D E RÉFÉRENCE Athlètes de la langue française RENÉE ROWAN La grammaire est une chanson douce», comme le dit Erik Orsenna, mais aussi un art oh! combien difficile.Chaque année, près de trois millions de téléspectateurs et cinq cent mille candidats se passionnent pour les dictées de Bernard Pivot aussi bien ici qu’en France.Ces dictées, les voici pour la première fois réunies en un ouvrage, toutes accompagnées de leurs corrigés.S’y ajoutent des jeux de 4 mots et sur les mots, des tests pour s’entraîner et pour apprendre, des questions à choix multiples, des conseils pour parler correctement le français.La petite histoire d’une dictée, racontée par Pivot, coiffe le tout.Et pour terminer, il y a la fameuse dictée de Mérimée ainsi qu’un index d’une grande utilité des principaux mots cités dans l’ouvrage, «ceux qui nous font trébucher, les sournois, les pervers, les acrobates, les facétieux, les assassins, les snobs, les naturalisés, les inconnus, etc.» Tout un exercice de mémoire et quel défi à relever! la dictée du bien-aimé animateur de Bouillon de culture, que beaucoup de téléspectateurs n’ont pas fini de pleurer, compte seize années de championnat de France (et du monde) d'orthographe.Comment Pivot pouvait-il, en 1986, imaginer l’essor extraordinaire de la dictée à la- quelle des concurrents de plus de cent pays ont participé depuis.Succès aussi inattendu que populaire.11 n’y a pas que les concurrents officiels qui font la dictée de Pivot, il y a aussi tous ces amoureux de la langue française qui, chaque année, saisissent cette occasion pour se mesurer à ses pièges, à ses bizarreries, pour vérifier l’état de leurs connaissances orthographiques et grammaticales.Certains le font seuls, devant leur appareil de télévision, d’autres jouent avec les mots en famille ou entre amis, mettant de côté leur amour-propre ou s’enorgueillissant de leurs résultats! Cet ouvrage, qui se présente comme un dictionnaire, constitue une véritable bible à la fois instructive et amusante.Un cadeau stimulant à offrir à ceux qui aiment le français «comme on aime un bon copain un peu compliqué et farceur, ou un vieil oncle savant, strict, bavard, espiègle, fascinant, qui a toujours le mot pour rire, un mot de passe et le mot de la fin», écrit Pivot qui, depuis son enfance, adore les dictionnaires et ne craint pas d’y recourir inlassablement.LES DICTÉES DE BERNARD PIVOT Les Dicos d’or Albin Michel Paris, 2002,527 pages Palmarès le baromètre du livre au Québec du 3 au 9 décembre 2002 7 1 Biograph Oc ROBERT PICHÉ AUX COMMANDES DU DESTIN P CAYOUETTE Libre Expression 6 2 Roman Qc UN PEU DE FATIGUE S.BOURGUIGNON Qc Amérique 6 3 Cuisina Qc LE GUIDE DU VIN 2003 M.PHANEUF L'Homme 4 4 Pratique l£ GUIDE DE L AUTD 2003 DUVAL / DUQUET L'Homme 9 5 Jeunesse QUATRE FILLES ET UN JEAN T A.BRASHARES Gallimard 25 6 Cuisine Qc U SÉLECTION CHARTIER 2003 15* E CHARTIER Flammarion Qc 5 7 Essais Qc LE LIVRE NOIR OU CANADA ANGLAIS, t.2 N.LESTER les Intouchables 4 8 Actualité Qc L'ANNÉE CHAPliAU 2002 S.CHAPLEAU Boréal 4 9 Polar LE BILLET GAGNANT M.HIGGINS-OARK Albin Michel 2 10 Psychologie HS VILAINS PETITS CANARDS ?B.CYRULNIK Odile Jacob 88 11 Roman Qc UN HOMME ET SON PÉCHÉ C -H.GRIGNON Stanké 6 12 Roman Qc CATALINA ¥ G.G0UGE0N Libre Expression 9 13 Guide Qc GUIDE DES RESTOS VOIR 2003 BtAUCHtMN/RENAUD Itoir 4 14 BD IH0RGAL, t.27 - La Barbare VNI HhAMÉ / ROSIASN Lombard 3 15 Roman Qc UFE0FPIT Booker Prire 2002 Y MARTEL Vintage Canada 7 16 Jeunesse Qc CHANSONS El RONDES POUR S'AMUSER (Livre & 0C) H.MAI0R Fldes 8 17 B.D.MIDAM Dupuis 1 18 Roman IA CROIX DE FEU, t.5 - 2e partie D GABALD0N libre Expression 5 19 Essais Qc PAROLES D'HOMMES M.BRUNO Qc Amérique 7 70 Polar VOYAGE FATAL K.RE CHS Robert Laffont 8 21 Roman PAS DE N0ÉI CETTE ANNÉE J.GRISHAM Robert Laffont 4 22 Roman U RUE DE L ESPOIR D.STEEL Pr.de la Cité 7 23 Polar MYSTIC RIVER V D.LEHANE Rivages 34 24 Essais Qc LE LIVRE NOIR DU CANADA ANGLAIS N.IESTER les Intouchables 54 25 Jeunesse IE DIC0 DES FltlES D -A R0UYER Fleures 3 26 Roman LE PIANISTE M W.S2PILMAN Robert Laffont 93 27 Biograph Qc ET ANGÉLIL CRÉA CÉLINE J.BEAUN0YER Trait d'Unlon 4 28 Psychologie DE L'ESTIME DE SOI A L'ESTIME DU SOI J.M0NB0URQUETTE Novilis 8 29 Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT E.TOLLE Ariane 114 30 $c Fiction L'ARBRE DES POSSIBLES 9p B WERBER Albin Michel 4 31 Roman Qc CAP-AU-RENARD l.PORTAL Hurtubise HMH 10 32 Essais Qc LE LIVRE NOIR DES ÉTATS-UNIS PSC0WEN les Intouchables 15 33 leunesse ARTHUR, 1.1 ¦ La pierre prophétique AT K.C.-H0LLAND Hachette 34 34 Ésotérisme LE RÊVÉ ET SES SYMBOLES ?M.C0UPAL de Mortagne 17.35 Jeûnasse Qc RACONTE-MOI IA NOUVELLE-FRANCE.?FOURNIER/RéMOND Rose-films 7 36 Actualité APRÈS L'EMPIRE * E.T0D0 Gallimard 9 3/ Cuisine SUSHIS ET COMPAGNIE ?COLLECTIF Marabout 34 38 Jeunesse ARTEMIS FOWL t 2 - Mission polairo E.C01EER Gallimard 7 39 Biograph.Qc C.PARY Pu bli star 1 40 Essais LES NOUVEAUX MAITRES DU MONDE J.ZIEGLER Fayard 6 41 loisirs DICTIONNAIRE DES MOTS CROISÉS, •ouval» Mlton t.BEAUDRY Quebecot 12 42 leunesse Qc LE PIANO MUET (livra 5 DC) AT 1$* Gilles VtGNEAULT Fldes 5 43 Biograph.Qc TESTAMENT D'UN TUEUR DES HEILS P MARTINEAU les Intouchabtes 14 44 Biographie KARLA - Le pacte avec le diable S.WILLIAMS Trait d'Unlon 4 45 Roman Qc LE GOÛT DU BONHEUR, t.l Gabnelle AP M.LABERGE Boréal 104 V : Coup de Coeur RB : Nouvelle entree ie»m»Miiwe«vM»nnrti«i T Plus de 1000, Coups de Cœur, pour mieux choisir.».' ¦ LJL Ce Noël, faites coup double.Offrez les cadeaux sélectionnés * par l’équipe de Joël Le Bigot et Etenaud-Bray *1 (r verseraJ à La grande guignolée * 15 produits identifiés par cet autocoNant ’ ! par article vendu MW FOLKLORE Caprices de Pair ODILE TREMBLAY LE DEVOIR r Edouard Brasey fait partie du cercle restreint des elfico-logues, distingués spécialistes du monde des elfes, fées, lutins et autres créatures magiques.Les el-ficologues sont tous un peu poètes, on l’aura compris, quoique savants aussi.Ils vous diront que l’étymologie du mot «fée» provient du latin fatum signifiant «destin».Chez les Romains, on appelait fata les déesses du destin présidant aux heurs et aux malheurs des hommes.Formés des parties les plus subtiles des quatre éléments qui composent la nature, également appelés élémentaux, les esprits enchantés habiteraient l’air, l’eau, la terre ou le feu.Attention! I^sdites créatures ne se révèlent pas toujours bienveillantes, loin s’en faut.Une prudence extrême est recommandée à ceux qui croisent leur chemin.«Les fées les plus séduisantes peuvent à tout moment se métamorphoser en sorcières grimaçantes, et cela, sans autres raisons que de subtils manquements à l’éthique féerique ou au code d’honneur elfique — auxquels, avouons-le, demeurent étrangers la plupart des mortels», explique l’auteur.Qu’on se le dise! Démons et merveilles ne prétend pas établir une nomenclature exhaustive du monde elfique mais faire voyager le lecteur à travers leurs saisons en quatre chapitres principaux.Place également ici à une riche et souvent gracieuse iconographie que les peintres romantiques ont alimentée à tire-d’aile, un ravissement pour l’œil qui parcourt ce beau volume.Au printemps, à l’heure où les bonnes fées sortent de leur long sommeil, l’époque est paraît-il sans égale pour surprendre leurs jeux et leurs ébats.Le \” mai, les fées changent de logis et déménagent d’une colline à l’autre.A l’été, c’est entre solstice et fête de la Saint-Jean, autour des grands feux, que le monde des humains se mêle à celui des fées.L’automne venu, durant «la saison sombre», la face obscure et terrifiante de la féerie tend son profil crochu.La nuit de l'Hallo-ween ouvre le passage aux créatures maudites de l’autre monde, sorcières à dos de balai, démons, revenants et autres terrifiants compères prêts à ensorceler le plus inoffensif passant.L’hiver, à l'heure où dorment la plupart des esprits, des visiteurs des Fêtes s’agitent, comme les lutins de l'hiver Scandinave qui offrent les cadeaux aux enfants et balaient la maison.En Bretagne, la nuit de Noël, les animaux se mettent à parler, les arbres à verdir, les dragons dansent au clair de lune avec les licornes.C’est bel et bien au moment des équinoxes et des solstices que s’effaceraient les frontières entre le monde des humains et celui des fées.Ainsi le prétendent du moins les elficologues, grands poètes, grands rêveurs et grands savants familiers des créatures déroutantes et capricieuses qui volettent entre ces pages.DÉMONS ET MERVEILLES, FÉES, LUTINS, SORCIÈRES ET AUTRES CRÉATURES MAGIQUES .Edouard Brasey Éditions du Chêne Paris, 2002,183 pages Yasmina Khadra Yusininu KIuuli Les hirondelles de Knlmul rmnmi JuHliird Un roman éblouissant « Écrivain de la détresse et de l'exaction, il manie l'art de juxtaposer la douceur et la brutalité, la compassion et le cauchemar.» Guylaine Massoutre, Le Devoir « Un cri déchirant au cœur de la nuit de l'obscurantisme.» Le magazine littéraire «Dans un style regorgeant de trouvailles linguistiques, où le français est sans cesse enrichi par la langue et la culture arabes, Yasmina Khadra a su prouver que, si le drame de l’intégrisme religieux islamiste résiste aux analyses et au manichéisme, celui-ci peut trouver une explication dans la fiction.» Elias Levy, La Presse «Yasmina Khadra met toute son efficacité narrative au service d'un conte effrayant et sublime [.].On sort chancelant de ce livre.» Le Point Julliard LANGUE FRANÇAISE Cassedn aux apostrophes et autres délices MARTIN DUCLOS LE DEVOIR Déjà auteur d’ouvrages sur l’argot, les jurons et la poésie érotique, chanteur-parolier (Le Zià, Les Jolies Colonies de vacances), élève et ami de Brassens, vieux copain de Pivot avec qui il a en partage le goût de la table, du vin et de la langue — la vraie, la vivante, celle qui change, celle des gens «d’en bas» —, Pierre Perret, bientôt 70 ans, vient de publier Le Parler des métiers, résultat de 12 ans de traque attentive du langage quotidien, de la parlure informelle, inventive, spontanée, truculente, souvent tordante, parfois grave, rarement banale, de 145 métiers et professions en France, du curé au bistrotier, du proxénète au boulanger, du policier au joueur de boule lyonnaise.Résultat: sur près de 1200 pages, environ 13 000 de ces expressions que Perret qualifie de 'friandises linguistiques».Si Perret se défend d’avoir voulu établir un lexique de l’argot des métiers, son volume en compte pourtant une large part, usage courant oblige.Sans prétention à l’exhaustivité, on y recense donc ce langage des boulots, véritable patrimoine linguistique, en voulant rendre compte du fait que celui-ci «s'est développé hors tutelles normatives et en marge de la langue dite générale à laquelle on a coutume de l’opposer».Bref, une somme érudite, ahurissante, hilarante, des usages familiers de ceux qui utilisent la langue et l’inventent chaque jour dans l’exercice quotidien de leur gagne-pain.On apprend donc que le joueur de billard qui a troué la pastèque vient de faire un accroc dans le tapis vert de la table, que le peintre qui se tape la meringue est en train de brosser le SacréCœur, qu’une prostituée qui réserve les infusions de muqueuses à son mec régulier garantit à ce dernier l’exclusivité des «savants baisers profonds», qu’une chlorophylle, pour le serveur, est une simple salade verte mais, dans le milieu interlope, une tapineuse qui arpente les parcs et que le curé qui époussette les anges confesse les religieuses.Et tutti quanti.On découvre aussi, disséminées au fil des pages, quelques amusantes missions fictives dont un apprenti peut être, à la blague, chargé d’accomplir.Le cuistot débutant pourra donc se faire envoyer chercher, chez le garagiste, la pompe à gonfler les soufflés ou, chez le pharmacien, le bleu de méthylène pour faire les pâtes au bleu; le charcutier qui commence dans le métier se fera demander de ramener le couteau à désosser le boudin; le nouveau pâtissier, lui, pourra être chargé d’aller chez le quincailler pour ramener l’échelle à monter les blancs d'œufs.Concluons avec le parler du milieu de la presse écrite.Ainsi, le journaliste qui est à poil ne dispose d’aucun élément d’information; celui qui astique la virgule signe un article qu'il n’a pas forcément écrit; l’écrivasseur qui rédige aussi plat qu’un trottoir n’utilise que des clichés; le reporter qui vient de chier dans le cassetin aux apostrophes vient tout simplement d’abandonner le métier.Un tunnel est la partie trop longue d’un papier qui lasse le lecteur («gare au tunnel où s'engouffre l’ennui!»), le feu de poubelle est une info insignifiante, le typographe qui monte par le cul compose un article en commençant par la fin, un papier à tiroirs est un article dont on peut supprimer un ou plusieurs paragraphes sans en changer la cohérence et une terrine du chef est un sujet ennuyeux, commandé par le patron.Et ainsi de suite.Lexique éminemment franco-français (le reste de la francophonie, faute d’espace, est mis de côté, sauf exception), Le Parler des métiers sera d’une lecture tout bonnement fascinante pour ceux qui savent goûter le dictionnaire atypique, qui aiment à plonger dans des ouvrages à la fois sérieux et bi-donnants.A feuilleter avec un bon café soviétique (un verre de vin rouge), à la santé de l’ami Perret LE PARLER DES MÉTIERS Pierre Perret Robert Laffont Paris, 2002,1174 pages Essais sur l'toprégnation fasciste au Québec EN VENTE CHEZ VOTRE LIBRAIRE.Essais sur l'imprégnation fasciste au Québec Esther Deiisle .Dans le premier essai, Fragments d'une jeunesse retrouvée, l'auteure relate le passé étonnant de certaines figures importantes du Québec et fait ainsi comprendre pourquoi elles préfèrent taire cet épisode de leur vie.Le deuxième essai, Vieille garde et jeunes Turcs, est consacré à la Révolution tranquille.L'auteure y expose la circulation des idées entre nationalistes et fédéralistes, entre la droite et la gauche.Enfin, dans Heil Christ !, Esther Deiisle raconte une histoire invraisemblable mais révélatrice, qui eut des retentissements internationaux.LES ÉDITIONS JVARIA www.vana.com ISBN 2-92224S-79-9 216 pages • 23,95 S Distribution : Prohgu* LE LIVRE DES SAGESSES L'AVENTURE SRIRlfUELU DE L'HUMANITE 1»?Syênzjjjzni Pour /a première fois, toutes les sagesses de l'histoire de l’humanité réunies en un seul volume! Les meilleurs spécialistes contemporains dressent le portrait des grands maîtres spirituels et proposent une anthologie des plus beaux textes.ISO figures spirituelles 100 illustrations 200 textes du monde entier 2000 pages ayar c Distribution NOVALIS t LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DI M A N ( H E I 5 D E l E M R R E BEAUX LIVRES HISTOIRE DE L’ART La présence, cœur de l’œuvre JOHANNE JARRY Qu’est-ce qu'un artiste cherche à saisir du monde qui 1 entoure?Quel est l'enjeu de sa création?Ce questionnement est au cœur des cinq textes critiques que propose le poète et critique d'art Yves Bonnefoy, à partir des œuvres de Giacometti, de Picasso et de Morandi.La manière dont ces artistes appréhendent le monde est le fil qui relie ces articles parus dans diverses publications, réécrits pour former l'ouvrage fort inspirant qu’est Remarques sur le regard.Petit bémol toutefois: la lectrice ou le lecteur qui espère y admirer des reproductions en couleurs se contentera du noir et blanc.Plus connues, les œuvres de Giacometti et de Picasso souffrent moins de ce traitement minimal, mais celles de Morandi y perdent en lisibilité.Yves Bonnefoy scrute avec attention et intensité l’œuvre d’Alberto Giacometti.On lui doit notamment un livre fouillé et poétique intitulé Alberto Giacometti.Biographie d’une oeuvre.Dans Remarques sur le regard, il précise de nouveau en quoi l’œuvre de cet artiste cherche à saisir la présence de l’être.«La présence?Que cette personne soit là, en face de lui, alors qu’elle pourrait ne pas y être, et bientôt n’y sera plus.Alors que le monde n ’existe que du fait de cette présence.» Pour Bonnefoy, cette présence que recherche Giacometti, Picasso la fuit, lui dont le travail ne cesse d’«osciller entre la virtuosité et le besoin de détruire».Mais surtout, constate Bonnefoy, l’œuvre de Picasso refuse de regarder le modèle.Cette passionnante analyse s'articule autour de la toile Peintre et son modèle (1928).On est moins prêt à suivre Bonnefoy quand il affirme que Picasso y projette son «inaptitude à rester en pleine présence d’un autre être», mais l’énoncé a ceci de bon: on regarde l’œuvre de Picasso avec une plus grande acuité.Bonnefoy démontre aussi comment Morandi, un artiste italien qui peint essentiellement des natures mortes et des paysages, interroge intensément la réalité, une démarche qui rappelle celle de Giacometti.Il observe: «Et une question nous vient alors à l'esprit, devant le recommencement presque à l’infini que Morandi fait de ses natures mortes, comme s’il y butait sur un sens qui à la fois y affleurait et s’y dérobait.Peu importantes chacune, mais si obstinément répétées, ces figures ne sont-elles pas là pour rappeler avec insistance ce fait qu’il y a de la réalité au-dehors de toute analyse ou emploi qu’en font les signes?» «Renonce à la trouvaille.» Ce commentaire que Giacometti adressait à Picasso vaut pour quiconque crée.Voici des textes qui répondent à cette exigence.«L’art est la recherche de la clef perdue de l’amour», affirme Yves Bonnefoy.Il livre ici une réflexion sensible sur sa nécessité.REMARQUES SUR LE REGARD Picasso, Giacometti, Morandi , Yves Bonnefoy Éditions Calmann-Lévy Paris, 2002,192 pages Vous aimez discuter?PoléwiquÊ vous avez des secrets?Pour 4 à 8 joueurs.En vente dans les boutiques de jeux et les librairies.Présence d’Émile Ollivier Gilles Marcotte Je lisais ses livres, nous étions de la même université, mais j’ai très peu souvent rencontré ou même vu Emile Ollivier.D y a eu un colloque, au cours duquel il m'a dit, avec un rien de provocation ironique.que «l’écrivain-migrant représente une chance pour les écrivains québécois» — il a repris cette idée dans son dernier livre.Repérages — parce qu'il leur offre un exemple d’ouverture à la diversité.Puis, au cours d’une séance de lecture à laquelle participent plusieurs écrivains, je l’entends réciter, de sa très belle voix, un extrait de Mille eaux, qui est à mon avis son chef-d’œuvre.Ce pourrait être ce passage, que je relis aujourd'hui dans ce livre: «Comment aurais-je su à l'époque que je prendrais mon bâton de pèlerin et que j’irais sur des routes de sables, tantôt juif errant, pèlerin d’un étemel chemin, tantôt ramier sauvage aux ailes de plomb qui rêve de lévitation mais que la gravité oblige faute de mieux à choisir la marche.“Où va-t-il?”, demandent ceux qui croisent ma route.Il ne le sait pas! Ici! Partout! Nulle part! Il s’en va quelque part dans l’inachevé.» Tout l’homme, tout l’écrivain est là, dans ces quelques lignes: une maîtrise parfaite de la langue, cette langue qui était intensément la sienne même si elle ne lui avait pas fait oublier le créole de son enfance; des images flamboyantes, parfois étranges, comme venues du fond d’une autre mémoire; et, enfin, une expérience difficile, parfois tragique, de ce qu’il appellera tour à tour Texil et l’errance, celle de l’Haïtien qui a fait à Montréal une carrière universitaire de premier plan mais qui n’a jamais pu ni voulu se séparer des paysages de ses origines.«Je n’ai jamais été aussi proche d’Haïti que depuis que je vis au Québec», écrit-il dans Repérages.Ët encore: «J’ai quitté Haïti; en revanche, Haïti ne m’a jamais quitté tant toute mon œuvre est obsédée par la mémoire du pays natal.» Donc, un «écrivain haïtien qui vit à Montréal», comme on le lit sur la quatrième de couverture de son premier romap publié à Paris, Mère-Solitude?A certains égards,,cette description est exacte.Émile Ollivier est né en littérature dans un «Haïti littéraire» dont seuls quelques noms nous sont connus parce qu’ils ont, eux aussi, émigré au Québec: Anthony Phelps, Serge Le-gagneur.Mais nous ignorons à peu près tout de la plupart des compagnons dont parle Ollivier, Davertige, Roland Morisseau, René Philoctète, Jean-Richard Laforest, Wooly Henriquez, Gigi Mevs, de tous ceux-là qui rêvaient de faire une Révolution littéraire et plus que littéraire dans le Port-au-Prince des années 60, «ville grouillante et dévorante, écrit superbement Émile Ollivier, cité grandiose de saleté et de détresse humaine, ville insomniaque qui sombrait sans sommation».Il existe une littérature haïtienne — classée en 1963 par l’Histoire des littératures de la m CARREFOURS Pleiade, avec la canadienne (la québécoise notait pasnee), dans la catégorie des «littératures connexes» —, et il suffit de lire quelques pages d’un roman d’Émile Ollivier, où la langue française est traitée avec une exubérance toute tropicale, pour convenir qu’il en fait partie.Mais Émile Ollivier n'a pas voulu n’être qu’un écrivain haïtien exilé à Montréal, et l'expression «écrivain-migrant», qu'il utilise lui-même à quelques reprises, finit par Iqi paraître réductrice.«A vrai dire, j’éprouve quelque irritation devant l'épithète d'écrivain-migrant puisque je me sens enfermé dans un piège, le ghetto, alors que je fais tout pour m en évader», écrit-il dans Repérages.Il n'a pas voulu n’être qu’un écrivain haïtien déplacé, privé de son lieu d’origine, de son lieu naturel.On peut citer à ce propos de nombreux passages de son œuvre qui parlent de Montréal — de Notre-Dame-de-Grâce en particulier, dont il est sans doute le seul chantre dans notre littérature! —, mais cela ne sera pas suffisant.C’est per la langue, pour la langue, qu’Émile Ollivier, écrivain, s’est fait Québécois.Ce n’est pas pour lui une langue de naissance, comme elle l’est pour les vieux Québécois; il a dû s'arracher à celle de sa mère, le créole, pour acquérir une langue française devenue parfaitement la sienne et dans laquelle il peut accueillir les paysages du nouveau pays, «les cent noms de la neige, le cri des goélands, les aurores boréales et la démarche nonchalante de l’orignal au beau milieu de la route dans le parc des Lauren-tides, l’automne, quand les érables Émile Ollivier se dépouillent de leurs feuilles (for à la veille de la dormance».A la séance de lecture dont je parlais plus haut se trouvaient, encadrés pas quelques nés natifs, un Haïtien et un Libanais.Tous deux Québécois, par la langue d’abord, par l’expérience ensuite.U's accents diffèrent, sans doute.Mais on commence à savoir qu’une telle diversité est une richesse, non pas une ennuyeuse complication.Je reviens à la question soulevée au début de cette chronique, celle de l’écrivain-migrant comme «chance pour les écrivains québécois».Emile Ollivier voulait dire par là que la présence au Québec d'écrivains venus d’ailleurs, intégrés comme on dit mais pourvus également d’une autre mémoire, pouvait nous aider à combattre JACQUES GRENIER l.E DEVOIR l’obsession identitaire dont nous sommes victimes.«Qui mieux qu'un migrant, écrit-il, cet être dont le ressort premier est de chercher le mouvement de la vie, peut comprendre les processus de scission, de conflit, de déchirement, de séparation, d’aliénation, mais aussi de distorsions de la communication, de non-dits, de malentendus, d’oublis, de refoulements, bref de tout ce qui fait le tragique de l’his- toire québécoise?» On aurait aime qu’à chacun des termes réunis dans cette phrase évidemment portée par une emotion forte, celle du «migrant» qu'il était lui-même justement, Émile Ollivier ait pu apporter les développements nécessaires.Il ne l’a pas fait.11 savait sans doute qu’il est périlleux pour un écrivain venu d’ailleurs, et même s'il s’est fait Québécois depuis longtemps, de porter le fer dans les inquiétudes québécoises.Mais on comprend mieux, après avoir lu Repérages, pour quoi il a inscrit au début de son livre ces quelques phrases de l'écrivain ultraquébécois (au double sens du mot!) qu'est Jacques Poulin: «Lhxs dites que vous êtes “quelque chose entre les deux".Eh bien, je ne suis pas du tout de votre avis.Je trouve que vous êtes quelqu'un de neuf, quelque chose qui commence.» ?Emile Ollivier, Repérages, collection «L’Ecritoire», Leméac, 2(X)1; Mille eaux, collection «Haute enfance», Gallimard, 1999.Ia*s romans et le recueil de nouvelles d'Emile Ollivier ont paru chez Al bin Michel: Mère-Solitude, 1983; !m Discorde aux cent voix.1986; Iss Urnes scellées, 1995; Regarde, regarde les lions, 2001.Passages, paru en 1991 à L’Hexagone, et été repris au Serpent à plumes en 1995.nf l'ANP1" uü La tache ^ONDE E\r GALLIMARD au septentrion Paul-Louis Martin Les Fruits du Québec Histoire et traditions des douceurs de la table Ce livre nous Invite à redécouvrir les saveurs anciennes et surtout à conserver un patrimoine végétal aussi original gue prédeui.‘J Nicole Tremblay I L’œuvre de sable Cet ouvrage rené compte ée la démarche créatrice et des œuvres principales de l’artiste Nicole Tremblay: magnifiques peintures, vitraux et murales.Une trentaine de tableaux sont accompagnés de commentaires et de textes critiques.SIMI KH K Ml MH 4 Vf Edward H.Dahl at Jean-François Gauvln Sphæræ mundi À partir de la collection dot globes du Musée Stewart, les auteurs offrent un survol solidement documenté de ces objets d’art et de leurs créateurs.Ils nous entraînant dans l’univers mystérieux des globes anciens, jadis sources de savoir et de pouvoir.Septentrion www.Mptontriofl.qc .ca Félicitations à nos finalistes au prix Archambault z O CU < ^ U “ 'LU W S I! M1SIOUK : ‘A, vmsm m Irtlll l/AUMO VHiHVMIt ROMAN ?520 PAGES ?27,95 $ « Un roman réussi qui raconte avec un égal bonheur des rêves nord-americains et leur évanouissement.» Robert Chartrand Le Devoir « Une fresque historique chaude, drôle et colorée.» Jocelyne Lepage, La Presse c' > a; l .«i ROMAN ?432 PAGES ?27,95 $ ROMAN ?120 PAGES ?17,95 S « Avec son style toujours très incisif et efficace, Louis Caron nous guide, haletants, dans une traversée du désert ou une vallée de larmes qui mène.vers les étoiles.» Chantal Guy, La Presse « Une oeuvre forte, contrôlée, d’une grande puissance poétique.» Caroline Montpetit, Le Devoir « Un livre somptueux [.].Des images évocatrices qui savent faire leur chemin et frappent i retardement.» Benny Vigneauit, Le Soleil MÊÊÊM ROMAN - 400 PAGES » 24,95 S « Une hallucinante fresque contemporaine, peuplée de personnages hauts en couleur et admirablement servie par la verve, l’ironie, la sensibilité, l'imagination et le style alerte d'une romancière qui compte parmi les plus douées.» Stanley Péan, Le Libraire 11 PRIX FRANCE-QUÉBEC JEAN-HAMEMN 2002 ROMAN » 270 PAGES ?22,50 $ « Ce deuxième roman confirme la voix de l'écrivain qui élargit son registre et peaufine son style.» Chantal Guy, La Presse $ Boréal Miww.editlonsboreal.qc.ca 1 F 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 DÉCEMBRE 2 BEAUX LIVRES NATURE LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Les grands fonds marins Le désir par-dessus tout LOUIS-GIL LES FRANCŒUR LE DEVOIR Voilà un des livres les plus difficiles qu’il m’aura élé donné de commenter.Et cela, malgré la fascination renouvelée qu’il suscite dès que je l’ouvre.Et pour cause! En effet, on n’y trouve a peu près pas de texte, hormis l’introduction de Yann Queffélec, qui ressemble un peu trop à un texte de circonstance.Puis, des centaines de photos délirantes, étonnantes, émouvantes et déconcertantes, pour dire le moins.Philip Plisson fait partie depuis 1991 du corps historique des Peintres de la Marine.Il n’aimait pas beaucoup l’idée d’intituler ce livre Im Mer.Superstition de marin, certes.Mais aussi par humilité devant l’énormité du sujet, devant la majesté du monstre qui se fait bleu, rouge, or, vert, rose, jaune au gré des saisons et de l'heure.«Ce titre, confesse Philip Plis-son dans l’épilogue de son livre, a été voulu par des terriens qui ne connaissent rien à nos superstitions de marins et au respect que nous avons pour la mer.Oser soutenir que les 412 pages que vous venez de tourner illustrent ce qu’est la vie avec la mer serait indécent.» Peut-on imaginer à quel point de l’eau, toujours de l’eau, des vagues, toujours des vagues, peuvent mystifier autant par la diversité des paysages, des atmosphères, qu’elles peuvent susciter?Ce livre en donne une idée.La mer, féroce au point de vouloir culbuter des phares qui osent résister avec insolence à ses assauts, se fait tout à coup rieuse sous les tropiques, romantique sur la Loire, sage à Connemara.Elle se marie aux jeux de plage, avec toutes ces voiles colorées qu’on survole à la façon des photos dYann Arthus-Bertrand, dans La Terre vue du ciel, un livçe apparenté, publié lui aussi aux Editions de la Martinière.Ce livre magnifique, puissant, on y revient comme on sort du chalet pour aller voir, revoir et sentir dix fois par jour la même mer qu'on voisine depuis des semaines, sans raison.Mais il ne se raconte pas: en effet, il ne raconte aucune histoire.Cependant, il en fait deviner des centaines, faites d’émerveillement, de défis, de catastrophes, qu’on touche par l’image: phares de nuit, dauphin dansant devant une proue tita-nesque, grand voilier noyé de brume qu’un peintre du XVIL siècle aurait pu reproduire à peu près à l’identique, petits coursiers agressifs, puis simple nœud de corde en noir et blanc, tout est magie pour les yeux et magie pour le cœur.Philip Plisson, dans ce livre, a voulu faire porter aux images le «poids de tendresse, d’émotion et de rêve» que les mers d’Europe lui ont inspiré.Il a visiblement réussi.Certaines photos arrivent même à renouveler notre regard sur des scènes et des lieux connus.Sa photo du mont Saint-Michel fait oublier tout ce qu’on a déjà vu du lieu.Le paysage des l'Équité salariale et autres derives et dommages collatéraux du féiniiusmo hu Quebec II! ¦ r à V-"~ ¦ EN VENTE CHEZ VOTRE LIBRAIRE.L'Equité salariale et autres dérives et dommages collatéraux du féminisme au Québec (André Célinas André Célinas soumet à la réflexion publique des considérations à la fois techniques et polémiques.Notre Loi sur l’équité salariale est la plus « chromée » de toutes les lois du genre, soutient-il.Elle assure aux femmes une rémunération au moins égale et parfois supérieure è celle des hommes tout en empêchant que les hommes aient une rémunération supérieure à celle des femmes.Une telle dérive s'expliquerait par un discours féministe tellement dominant qu’il a émoussé le sens critique des Québécois.POTIONS 256 pages • 24,95 $ wlklvARiA www.varia.com Dominique Leglu DOMINIQUE LEGLU LA MENACE BIOTERRORISME : LA GUERRE À VENIR ROBERTlAFFONT I .sr t .« Ne vous demandez pas si des actes terroristes vont avoir lieu, mais quand.» Dominique Leglu, journaliste d’investigation spécialisée dans Us questions scientifiques, nous livre la première grande enquête en langue française sur cette guerre à venir.Robert Laffont Dents de la mer, en Galice, m’a ramené à la pointe aux Aiguilles, à l’extrémité de l’Afrique.Et ce début de tempête à la péninsule de Mullet, dans le comté de Kerry, en Irlande, fait ressentir la puissance des éléments déchaînés.Et que dire des bateaux, petits et gros, altiers ou modestes, dolents ou agressifs, qui traduisent chacun à sa façon l’indomptable désir des humains de vivre la mer de toutes les fàçons possibles?Ce livre et son propos — difficile d’en trouver un plus vaste! — sont admirablement servis par le type et le format des grands livres-photos auquel ont recours les Editions de la Martinière.On y trouve des planches qui équivalent à quatre pages disposées côte à côte.Ce format permet de rendre par la photo le sentiment d’immensité que suscite le spectacle de la mer.Quand on regarde ces planches à une distance normale pour la lecture, on couvre un champ de vision qu’aucun écran géant ne peut fournir au cinéma.Il faut presque tourner la tête de gauche à droite pour balayer le paysage du livre, comme dans la réalité! Cette maison d’édition a d’ailleurs utilisé le même format pour La Terre vue du ciel, dYann Arthus-Bertrand, dont elle offre cette année une édition enrichie de nouveaux textes et de nouvelles photos, de quoi allécher les personnes qui ont vu l’exposition en plein air à Montréal, sur l’avenue McGill College, au cours des derniers mois.Les parents seront auçsi intéressés de savoir que les Editions de la Martinière ont tiré, pour leur collection «Jeunesse», des versions pédagogiques, destinées aux enfants, de ces grands livres que sont La Mer et La Terre vue du ciel, ainsi que d’un autre ouvrage que je ne connaissais pas, Les Volcans.Ces plus petits formats ont l’avantage de répondre aux mille «pourquoi?» que les images du grand livre ne manqueront pas de susciter.LAMER Philip Plisson Introduction de Yann Queffélec Editions de la Martinière Paris, 2002,412 pages LAMER RACONTÉE AUX ENFANTS Textes dYvon Mauffret .Dessins d’Emmanuel Cerisier Editions de la Martinière, collection «Jeunesse» Paris, 2002,79 pages DAVID CANTIN Où vont, au juste, ces jeunes héroïnes qui cherchent l’amour, la passion, le réconfort ou la simple présence de l’autre?Au fond d’elles-mêmes, peut-être?On connaissait surtout, de Corinne Larochelle, un univers poétique capable d’évoquer les angles tout comme les repères d’un monde intime.Ma nuit est sans épaule dérive à travers une galerie de personnages féminins où les émotions semblent en quête d’un espace situé à mi-chemin entre les gestes et les mots.De l’humour aux accents tragiques, ce premier livre de récits paru aux Herbes Rouges illustre les contours d’une errance plurielle dans le désordre des rencontres.Dans ces villes d’ici et d’ailleurs, des femmes se retrouvent au centre même d’une histoire fixée sur l’incertitude du destin: une Miss Quebec cède aux charmes d’un Acadien tout droit arrivé d’un périple dans les Prairies, une autre veut goûter au miel savoureux d’un apiculteur alors qu’une étudiante se rappelle la mère inconsolable d’une amie.Elles partagent cette joie vulnérable qui traverse les jours comme les matins sans fard.Avec une certaine précision, Larochelle met à l’épreuve une écriture ciselée et nerveuse, lœ ton se rapproche souvent du murmure ou de la confidence discrète.Faut-il ainsi se fier à l’impatience de celle qui projette la solitude au bout des «choses fugaces de l’existence, la peur, le désir, la faim, l'amour»?En quelques pages, l’auteure est souvent capable de rendre crédible une atmosphère qui ne tient qu’à un fil.Dans «Crayon sur un demi-sommeil», elle se plaît à imaginer: «Il faudrait heurter le papier avec du bruit.Avec de la maladie.Ainsi, la mollesse dans les avant-bras, les chevilles et les jambes se dissiperait.Le flou aussi.Mais un écho affaiblit l’impact des mots.Je suis retenue.L’impression de pousser sur le crayon d’un autre.Est-ce que j’invente?» On croit saisir un peu de ce temps qui entraîne la paro- le vers un endroit ou un couple en particulier.Parfois initiatiques, ces quêtes ressemblent à des histoires qu’on voudrait ranger à jamais.Ces femmes possèdent quelque chose d’attachant, de la simple tristesse amoureuse à la perte beaucoup plus grave.On dirait que les souvenirs glissent vers des zones charnelles, instables et enfouies de la conscience féminine.Heureusement, Larochelle nous épargne des justifications nombreuses et parfois inutiles.Ces personnages se risquent à un voyage ou une aventure qui ne peut échapper à la mémoire.De plus, la structure interne du livre ouvre sur le mystère fragile de certaines conclusions.On devine, à quelques endroits, une voix qui s’empare du bonheur imprévu et même de la jouissance sans réserve.«Nous respirons sans bruit, tandis que je pense au mot félin.C’est-à-dire doux avec des dents pour mordre la peau de l'autre, sa blancheur animée.C’est-à-dire seuls avec une aptitude étonnante pour les caresses et la fuite.» Ma nuit est sans épaule demeure une première incursion dans la fiction fort convaincante.MA NUIT EST SANS ÉPAULE Corinne Larochelle Les Herbes rouges Montréal, 2002,112 pages ARTS VISUELS Arthur Villeneuve et Tart de maison ARCHIVES LE DEVOIR Détail d’une œuvre d’Arthur Villeneuve: Le Baptême de l’air (1987).LOUIS CORNELLIER Naïf, maladroit diraient même ceux qui restent attachés au dogme de la perspective traditionnelle, l’art du peintre Arthur Villeneuve (1910-1990) n’en reste pas moins fascinant.Longtemps méprisé par ses concitoyens, qui le considéraient comme «un original un peu fou qui se disait peintre», le peintre-barbier originaire de Chicoutimi, qui a transformé sa modeste maison en œuvre d’art, trouve, en Nathalie Boudreault et Micheline Marion, qui signent Villeneuve: un homme et sa maison, des commentatrices attentives, informées et admiratives.Sympathique et enrichissante visite guidée de la maison Ar- A NOËL, OFFREZ UN VOYAGE A TRAVERS LE MONDE OFFREZ L'ANNÉE FRANCOPHONE INTERNATIONALE LAnnèe francophone internationale est une revue annuelle de 450 pages qui offre un tour d’horizon social, culturel, économique et politique de la francophonie.Des graphiques, tableaux, statistiques, photos, adresses et renseignements pratiques complètent les articles.200 collaborateurs des cinq continents participent à la réalisation de cette publication.L’édition 2005 donne plus d’espace à l’Afrique et offre une nouvelle couverture, tout en conservant sa rigueur et son souci de dresser un portrait fidèle de l’état du monde francophone.Un lectorat du monde entier et de différents domaines d’activités utilise LAnnée francophone internationale comme outil de référence.Pour vous procurer LAnnée francophone internationale 200J, rendez-vous au www.francopHone.net/afi ou communiquez avec nous au (418) 656-5772.Annuaire économique et géopolitique mondial 22e édition I! eu | Ite uejfcmUitH ^ 2003 Une analyse approfondie des grandes tendances planétaires Un bilan de l’année pour les 226 États et territoires de la planète Les enjeux politiques et économiques à l’aube du III* millénaire en collaboration avec le devoir 672 pages • 27,95 $ thur-Villeneuve désormais installée, depuis 1994, dans le musée La Pulperie de Chicoutimi, ce beau livre d’art entend rendre hommage à cette œuvre atypique en la montrant, en l’analysant et en en reconstituant la généalogie.Villeneuve avait compris, écrivent Boudreault et Marion, «que, dans le domaine de la création artistique, trois composantes sont intimement liées et s’influencent mutuellement, sans que ces interventions se fassent selon un ordre établi.L’expérience, la connaissance et l’imaginaire alimentent la source qui nourrit l’œuvre de l’artiste».Dans le cas de Villeneuve, l’expérience se résume à une vie de gagne-petit (ouvrier, barbier commerçant et barbier d’hôpital) , dans la première moitié du XX” siècle, dans une ville de région rythmée par le catholicisme.Sa découverte de la parabole des talents aurait, semble-t-il, influencé sa décision de devenir peintre.Quant à sa connaissance, elle «se structure à partir de conversations écoutées, de discussions entendues et de sa propre observation» de la nature, toutes choses qui, pour lui, restent vierges de tout contact avec l’univers de l’art institutionnel.Son imaginaire, enfin, repose sur sa perception de ce qu’il appelle son «sus-conscient», «un état, une sorte de vision qui se manifeste, sans qu’il en connaisse ni la source ni la cause», et sur la «continuance», un néologisme personnel qui «recouvre le lien, la continuité qui existe entre la matière brute et les objets, la provenance de la nourriture et le vivant qui s’en nourrit».Les fresques peintes dans sa maison, qui sera ouverte au public en 1959, puisent à ces sources et disent, dans un langage pictural à la fois naïf et déstabilisant, «l’envergure de l’hôpital, la vigueur économique de Chicoutimi, l’importance des temples, la beauté de la nature, mais elles racontent aussi la petite histoire régionale et des moments forts de l’histoire nationale».Tout ça, donc, mais encore plus: une vision du monde empreinte d’une forte spiritualité catholique, mais néanmoins farouchement indépendante sur le plan de l’imaginaire d’ensemble.Faut-il vraiment expliquer ces œuvres?Interrogé en ce sens, Villeneuve répondait: «Je n’ai pas à m’expliquer avec des mots.Ce que j’ai à dire, c'est là.Vous n’avez qu’à regarder.» Boudreault et Marion, elles, se risquent à l’épreuve des mots.Et leur ouvrage, qui se veut une sorte de défense et d’illustration de l’œuvre de Villeneuve, donne raison à ceux, nombreux à partir des années 1960, qui y ont vu une démarche artistique unique en son genre et d’une richesse incomparable.VILLENEUVE: UN HOMME ET SA MAISON Nathalie Boudreault et Mjcheline Marion Editions JCL Chicoutimi, 2002,134 pages r LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET D I M A X ( H E I 5 D E (' E M B R E 2 O O 2 BEAUX LIVRES LE FEUILLETON L’arpenteur de ruines «[¦¦¦] si Newton a réellement pensé que le temps s'écoule comme le courant de la Tamise, où est alors son origine et dans quelle mer finit-il parse jeter?» JEAN-PIERRE DENIS On entre toujours dans les romans de Sebald comme si on glissait dans un film en noir et blanc, du temps de la photo, avant que le cinéma ne vienne animer le temps en le diluant Son univers est chtonien, crépusculaire, souvent mélancolique, avec parfois de soudaines trouées de lumière, mais qui ne durent pas.C’est que Sebald est le témoin et le gardien du temps.D'un temps oublié, ruiné, qui pèse trop lourd sur les consciences, d'un temps qui pousse trop lentement son convoi dans le brouhaha moderne, un temps en lisière, en marge, un temps à la limite du supportable tant il semble immobile, piégé qu’il est dans les trappes de l’histoire.Même son style d’écriture semble emprunter au passé, surtout au XK' siècle, avec ses longues descriptions, ses conversations (ou plutôt ses monologues) qui s’allongent indéfiniment tant Jean-Pierre Denis elles sont nécessaires au corps du récit (peu importe leur vraisemblance), ces aveux qui, couche après couche, dans un lent mouvement de reconnaissance et de déni (ses personnages cherchent quelque chose, même si l'objet de leur quête leur échappe), dévoilent l'àme, enfin ses artefacts narratifs qui ne sont là que pour favoriser l'expression d'une mémoire ou d’une parole entravée.Et c’est ici plus vrai que jamais, avec son personnage principal.Jacques Austerlitz, qui erre dans l'espace-temps comme un somnambule qui n’arrive pas à se réveiller; mais qui, en même temps, est animé par une capacité d’analyse et d'observation hors du commun.«Dès le départ, j’étais stupéfait par la façon dont Austerlitz rassemblait ses idées en parlant, formant des phrases parfaitement équilibrées sur n’importe quel sujet qui lui passait par la tête, pour ainsi dire, et la façon dont, dans son esprit, le transfert de son savoir semblait devenir une approche graduelle d’une sorte de métaphysique historique, ramenant à la vie les événements remémorés.» On a affaire là à un personnage qui ne vit que dans son esprit.Donc, dans la langue et ses résonances.De la puissance des symboles *[.] si je songe combien peu nous sommes capables de retenir, si je songe à tout ce qui sombre dans l’oubli chaque fois qu’une vie s’éteint, si je songe que le monde pour ainsi dire se vide de lui-même à mesure que plus personne n’entend, ne consigne ni ne raconte les histoires attachées à tous ces lieux et ces objets innombrables qui n'ont pas eu, eux.la capacité de se souvenir [.]» Qui est ce Jacques Austerlitz?Un enfant adopté par un pasteur anglican d'une grande sécheresse, et sa femme, alors qu'il n’a que cinq ans, au moment de la Seconde Guerre mondiale.Lui-mème ne se rappelle plus avoir été adopté, et dans quelles conditions.Il ne l’apprendra qu'à la mort de son père adoptif, ainsi que son nom, Jacques Austerlitz.Depuis, il est devenu historien, mais un historien qui ne s’intéresse qu'aux signes et aux symboles de la puissance un peu tonitruante, maladive du temps passé, à l’architecture monumentale du capitalisme: immenses gares en verre et en métal que l’on trouve un peu partout en Europe et qui semblent avoir été édifiées comme des cathédrales dédiées «au commerce mondial et aux échanges internationaux» (exhibant ses nouvelles divinités: les mines, l’industrie, les transports, le commerce et le capital) ; «débordements hypertrophiques du langage de la fortification et de la poliorcétique» qui ont conduit à l’édification de forteresses surdimensionnées, repoussant toujours plus loin les murs de leur enceinte, complexifiant sans cesse leurs dispositifs de défense, mais oubliant cette vérité toute simple: les places les plus fortes sont par nature celles qui attirent aussi les armées les plus fortes.Cités ouvrières idéales, nées dans la tête de philanthropes, qui se transforment imperceptiblement en leur contraire, des casernes; palais de justice qui vous écrasent de leur grandeur et où existent des «corridors et des escaliers qui ne [mènent] nulle part, des pièces et des halls sans porte où jamais personne [n’a] pénétré».Austerlitz porte aussi un intérêt particulier au vol des oiseaux, à la botanique, aux pigeons, aux Admirablement écrit, profondément sérieux, presque insupportable- ment mélancolique mites, au temps, enfin à tous ces autres phénomènes de la nature qui demeurent pour lui des mystères.Pourquoi cette fascination un peu maladive pour tout cela?On l'apprendra au fil du récit que nous rapporte fidèlement le narrateur, une personne rencontrée par hasard dans la salle des pas perdus de la Centraal Station de Anvers et qui touche, bien sûr, les origines de ce personnage.celle d'un enfant juif ayant échappe miraculeusement au nazisme, mais qui paie, depuis, d'une amnésie incurable, sa survie.Il lui faudra retourner à Prague, sur les traces de ses parents disparus, pour commencer enfin à comprendre et à se souvenir d’où il vient.C'est comme toujours, chez Sebald, admirablement écrit, profondément sérieux, presque insupportablement mélancolique, irrigué de souvenirs comme des plaies restées ouvertes, de lieux hantés, désertés, de ruines, d’oublis abyssaux.Mais lire Sebald, c'est aussi plonger dans un temps historique, et sa lecture a tout pour déplaire au lecteur contemporain, y compris dans ses manies descriptives, son érudition, l’absence d’action de ses récits.Claustrophobes, donc, s'abstenir.Mais pour les autres, ceux qui n’ont pas peur d’affronter la mortelle lourdeur de notre temps, ce voyage en vaut la peine.Il nous rappelle par ailleurs, comme Proust, que les chemins de la mémoire ne nous reviennent pas par la réflexion, mais bien par les sens qui de nouveau s’éveillent après une longue période d’anesthésie ou de sommeil.denisjp(qh>ideotron.ca AUSTERLITZ W.G.Sebald Traduit de l’allemand par Patrick Charbonneau Actes Sud Arles, 2002,250 pages NAUDOT Un élixir de bonheur ! « Le bonheur, c’est si fragile.C’est comme une île flottante, un gâteau des anges.ou des profiteroles ».Franc ixLM « Cortanze se range du côté de l’aventure et du feuilleton-fleuve.Ses personnages sont portés par le vent de l’Histoire.Nobles, généreux, cultivant le panache, ils incarnent l’esprit chevaleresque.» Le Figaro « Un livre-monde dépaysant, intelligent, mêlant subtile réflexion politique et intense bonheur de lecture.» Lire « Une des grandes entreprises littéraires d’aujourd’hui.» Le magazine littéraire %LBIN MICHEL www.albin-michel.fr P.rluisirs partages Je Francine lu ici jtMOC***™* La comédienne Francinh Ruel a colligé dans ses cahiers les grands et petits bonheurs de chaque saison.Elle vous invite à Içs partager dans ce livre rempli de « choses qui font du bien à l’âme ».La révolution photogénique GUY TAILLE FER LE DEVOIR Par la marque de quelque cluse, la photo n’est plus quelconque, a écrit il y a déjà longtemps Roland Barthes.Le nx>t décrit parfaitement bien la qualité exceptionnelle du contenu de Iji Havane - 75 ans de photographie cubaine.Gareth Jenkins.spécialiste de la culture cubaine, a regroupé 125 photos souvent inédites d’une trentaine de photo graphes cubains.d’Alberto Korda à Osvaldo Salas, de Raid Corrales à Constantino .Arias.Nombre de cliches primés y sont réunis pour la première fois dans un seul ouvrage.Ce qui frappe dans ce livre très réussi, assaisonne de clins d'œil à la littérature, ce sont justement tous les quelque chose — ces details immobilises par le génie collectif de cette galerie de photographes — qui viennent donner souffle aux nombreuses photos qui dépeignent l’ordinaire du quotidien havanais, de la vie de travail et de quartiers.Avant d’avoir voulu montrer la Havane, dont le Malecôn en fait une ville ouverte «comme un grand stm- rire sur l’océan».Jenkins avait de toute évidence décide de ne pas oublier les Habancrvs.Toutes ks photographies sont en noir et blanc, comme par allusion à l’embargo américain qui a rendu la pellicule couleur introuvable pendant 40 ans.Comme aussi un déni oppose au Cuba des touristes étrangers, trop représenté.L’ouvrage de M.Jenkins ne fait pas l'économie des cliches obligatoires et célébrés du Che et de Fidel (la photo de Guevara discutant avec Simone de Beauvoir et Sartre dans son bureau en mars 1960 est tout simplement fascinante), mais il trace le portrait d'une «révolution exceptionnellement photi>grnique» où la vie populaire le dispute au mk- des chefs.IA HAVANE - 75 ANS DE PHOTOGRAPHIE CUBAINE Gareth Jenkins Traduit de l'anglais |iar Françoise N;igel Editions Autrement Puis, 2(X>2,192 pages CHEZ OLIVIERI CHOIX EXCEPTIONNEL DE LIVRES-CADEAUX 5219, C6te-des-Neiges Montréal, Qc H3T1Y1 Tél.: 51V739-3639 Métro Côte-des-Neiges service@tibralrleolivleri.com EN VENTE PARTOUT lilxv ÎFxpiX’ssion eoi fRfroK Mil] Pie Per perler des métiers PIERRE PERRET DICTIONNAIRE THEMATIQUE ALPHABETIQUE Robert Laffont « Ce dictionnaire est du nanan, un inépuisable banquet pour ceux qui ont la gourmandise des mots.» Bernard Pivot, Le Journal du Dimanche « Un cadeau à s’offrir si on aime la langue française » Joël Le Bigot, Samedi et rien d’autre Robert Laffont LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 15 DÉCEMBRE 2 0 0 2 BEAUX LIVRES VOYAGES f Epures PAUL CAUCHON LE DEVOIR Dans le genre «livre pour table à café», celui-ci n’est pas mal.En fait, le mot livre n’est pas adéquat: Déserts est un boîtier dans lequel on trouve 20 reproductions très grand format de photographies signées George Steinmetz, photographies prises dans différents déserts de par le monde, au Sahara, en Californie, en Chine, en Amérique du Sud.Cactus géants, caravanes perdues dans le sable, bateaux de pêche dans une oasis, formes diverses et extraordinaires, les photographies témoignent à la fois de la force de la nature et de la présence humaine dans ces lieux souvent plus habités qu’on ne le croit.C’est beau.mais le projet souffre de la comparaison avec La Terre vue du ciel, de Yann Arthus-Bertrand, dont certaines images se rapprochent En introduction, l’auteur, Philippe Frey, livre un texte de huit pages en cahier détachable sur l’histoire des déserts et le type de vie qu’on y trouve.Ce n’est pas mal fait: c’est plutôt trop court.L’intérêt du livre est donc d’abord photographique.S’y intéresseront les amoureux inconditionnels du désert, qui voudront afficher des photos sur leur mur.DÉSERTS Des images au mur GEO Texte: Philippe Frey Photos: Geojge Steinmetz Tana Editions Paris, 2002, sans pagination ESSAIS QUÉBÉCOIS La philosophie en débats © GEORGE STEINMETZ Détail d’une photo de George Steinmetz pour Déserts.ans Pratiques de la pensée, un bel ouvrage paru au printemps dernier et dans lequel cinq professeurs de philosophie témoignaient de leur longue expérience de l’enseignement de cette matière au collégial, Laurent-Michel Vacher plaidait en faveur d’une «pédagogie de la discussion», c’est-à-dire en faveur d’une approche «théorétique», plus pertinente, à son avis, que le modèle historico-herméneutique dominant qui «contribue à renforcer le culte des personnalités d’exception, comme si les idées, théories et arguments étaient indissociables de la subjectivité individuelle de leur créateur».Ainsi, selon lui, pour aller à l’essentiel, l’enseignement de la philosophie devrait privilégier la triade «questions, thèses, arguments» et «reléguer en conséquence loin derrière les allusions aux “grands auteurs”».C’est ce projet pédagogique qu’il met en œuvre, en collaboration avec Jean-Claude Martin et Marie-José Daoust, dans l'excellent et très original Débats philosophiques - Une initiation.Recueil, comme son titre l’indique, de débats philosophiques en acte qui mettent «au premier plan les idées et leurs justifications tout en essayant de détourner un peu l’attention, si possible, des “grands auteurs” et de l’histoire de la philosophie», cet ouvrage est un pur délice pour l’esprit.Volontairement contradictoires, énergiques, intelligents et magnifiquement rédigés, les textes qui le composent parviennent avec force et clarté, comme le souhaitent leurs auteurs, à donner «une petite idée du genre de ruminations qui trottent dans la tête des philosophes».Le projet exigeait beaucoup de générosité et de modestie puisqu’il demandait à des professeurs de philosophie de laisser de côté leurs propres visions du monde afin de produire, honnêtement, des argumentations types parfois opposées à leurs convictions personnelles.Et non seulement Vacher, Martin et Daoust ont relevé le défi, ils y sont parvenus avec une renversante maestria.Je les soupçonne même, tant l'ensemble est vif, d’y avoir pris beaucoup de plaisir.Ingénieux (après tout, ce sont des profe!), ces penseurs au servi- Dominique Leglu DOMINIQUE LEGLU BIOTERRORISME : LA GUERRE À VENIR ROBERT UFFÛNT «Ne vous demandez pas si des actes terroristes vont avoir lieu, mais quand.» Dominique Leglu, journaliste d'investigation spécialisée dans les questions scientifiques, nous livre la première grande enquête en langue française sur cette guerre à venir.Robert Laffont Louis Cornellier ?ce des idées ont même inscrit les débats qu’ils recréent dans des contextes particuliers (causeries contradictoires, dialogue socratique entre étudiants, échange de courriels, journaux personnels d’étudiants en philosophie, débat télévisé, lettre) afin de dynamiser l'ensemble et de lui donner un caractère concret La querelle épistérrçologique ouvre le bal des idées.A partir de la grande question «Que pouvons-nous savoir?», les auteurs développent un solide plaidoyer pour la position sceptique (caractère relatif des savoirs empiriques, relativité des opinions) qu’ils font suivre d’une convaincante défense du réalisme, attachée au sens commun et à l’épreuve de l’expérience.Ensuite, c’est par l’entremise du journal, fictif évidemment, d’une étudiante en philosophie particulièrement brillante que la question connexe qui consiste à se demander «Que vaut notre raison?» est abordée.Défense du surnaturel J’ignore si Laurent-Michel Vacher est l’auteur du chapitre suivant, qui démontre que «la croyance au surnaturel est raisonnable» puisque les textes ne sont pas signés.Un matérialiste pleinement assumé peut-il composer une aussi forte défense du surnaturel?L’ironie, en tout cas, serait belle.L’auteur y développe d’abord cinq arguments classiques mais méconnus, soit l’argument du «consentement universel» (toutes les sociétés, à toutes les époques, ont cru à une forme de surnature), les arguments cosmologiques (chaque événement a une cause), l'argument téléologique fia nature n'est pas chaotique mais pleine de régularités et de stabilité), l’argument ontologique C’idée d’un être parfait suppose son existence) et les arguments moraux (la conscience morale ne peut venir de la nature), pour ensuite exposer les erreurs des matérialistes: la méconnaissance de l’invisible, la confusion entre critique des religions et pensée du surnaturel et le piège de l’orgueil.Archibrillante, la démonstration a beau être suivie d’une réfutation qui correspond plus à la véritable pensée de Vacher (croire en une chose n'engendre pas l’existence de la chose, il ne faut pas confondre le langage et les choses, le sens moral a des causes naturelles), elle apparaît comme un des moments forts du livre, et c’est tout à l’honneur des auteurs, qui prouvent ainsi qu’ils ont compris que les thèses les plus contestées méritent le plus de soin.Ils rappellent par là, aux dogmatiques qui s’ignorent, que les débats philosophiques sont toujours plus complexes qu’on ne le croit.L’échange de courriels entre Maxime et Solange illustre lui aussi la qualité de cet ouvrage.Au premier qui défend le relativisme moral, la seconde réplique par le principe de non-contradiction («une même chose ne peut pas être, en même temps et du même point de vue, vraie et fausse»), par la douleur comme fondement objectif de la morale et par une belle pirouette rhétorique: le mérite du relativisme serait d'engendrer la tolérance, mais sur quoi baser la valeur de cette tolérance si l’intolérance peut être aussi défendable?Qui sommes-nous?Sur quoi se fonde la morale?Le respect de la vie est-il un absolu éthique?Le capitalisme est-il bon?La politique est-elle compatible avec nos valeurs idéales?La vie a-t-elle un sens?Tous ces débats, classiques et essentiels, animent les autres pages de ce livre audacieux qui défend, par la pratique, une conception de la philosophie comme «entreprise théorique à la fois rationnelle et critique [.], composée avant tout d’idées ou de raisonnements plutôt que d’opinions personnelles, fût-ce celles de génie comme Platon, Descartes ou Kant».Cette pédagogie de la discussion «théorétique» a l’avantage d’éliminer le name-dropping et l'argument d’autorité qui squattent trop souvent le discours philosophique et de ramener les débats à leurs fondements.Elle risque toutefois d’engendrer un certain relativisme — un dérapage potentiel que les auteurs s’efforcent de réfuter — et d’encourager un rejet de la tradition philosophique sans laquelle, pourtant, elle se condamnerait à du bavardage prétentieux et insignifiant Les textes de la tradition Combattre le culte de la personnalité philosophique est une chose.Refuser de tenir compte des grands textes de la tradition en est une autre, inacceptable.Je ne dis pas que c’est ce que font Vacher, Martin et Daoust mais il n’en reste pas moins que même si leurs exercices philosophiques se fondent sur les idées issues de ces grands textes, jamais, ou presque, leurs références ne sont mentionnées, serait-ce à titre indicatif.C’est un manque.Une bibliographie intitulée, par exemple, «pour aller plus loin» ou «pour aller aux sources» aurait enrichi leur projet Pour rappeler, au moins, à ceux que guette le piège de l’orgueil qu’on ne pense jamais par soi-même de soi-même.«Quelle philosophie et pour quoi faire?», demandent-ils en conclusion.A un doctorant en philosophie qui répond par une obscure envolée heideggerienne (philosopher, c’est accompagner «le travail secret de l’Être vers son accomplissement», c’est «faire alliance avec l’Être»), ils font répondre un certain oncle Jean-Max, prof de philo et double de Vacher (il se dit réaliste, naturaliste, scientiste, humaniste athée et socialiste démocrate), qui plaide en faveur d’une «conception modérée de la philosophie».Sa belle conclusion, qui résume ce pourquoi Laurent-Michel Vacher est une figure intellectuelle québécoise indispensable, mérite d’être citée: «Je rêve parfois du jour où la philosophie retrouverait le souci de la clarté, une modeste rigueur rationnelle, la simple honnêteté intellectuelle, le respect minimal des gens ordinaires et de la réalité objective, le sens des responsabilités, le goût de la vérité, la retenue dans les controverses, la circonspection dans l'érudition et le commentaire — ces vieilles valeurs aristotéliciennes auxquelles je suis attaché mais que les modes de notre joyeuse époque nihiliste ont reléguées au magasin des accessoires kitsch, dépassés et risibles.» louiscornellier @parroinfo.net DÉBATS PHILOSOPHIQUES -UNE INITIATION Laurent-Michel Vacher En collaboration avec Jean-Claude Martin et Marie-José Daoust Editions Liber Montréal, 2002,264 pages PROVENCE Les fruits du soleil DIANE PRÉCOURT LE DEVOIR Encore des livres sur la Provence?C’est qu'on ne se lasse pas de scruter cette région du sud de la France dans toute sa variété de couleurs, de saveurs et d'effluves.Ceux qui y ont déjà mis les pieds retrouveront dans le coffret de deux livres de format pratique, publié par Flammarion, les odeurs et les teintes qui les auront charmés, tandis que ceux qui n'y sont jamais allés voudront à coup sûr découvrir ce coin de pays tant encensé.L’un des livres, Provence terres de soleil, présente la région dans son aspect géographique, architectural, faunique et gastronomique, depuis les Baux-de-Provence, ce village posé sur un chaos de roche nue, jusqu’aux fontaines d'Aix-en-Provence, en passant par les festivals et les bistrots.Il est difficile d’imaginer, depuis le Québec où la température peut descendre très en-dessous du point de congélation, qu’en plein mois de janvier le mimosa y est en fleurs, dans toute sa beauté d’un jaune franc et réjouissant Pas étonnant qu’on en ait fait une fête de bataille de fleurs.L’autre livre du coffret Traditions provençales, présente ses saveurs et parfums, le savoir-faire des artisans et un carnet d’adresses.Tout y est y compris les marchés aux coideurs et produits que l’on voudrait tous emporter dans son panier.Les fameuses herbes de Provence, les olives, la truffe, la cuisine locale, le pastis, les vins.Un véritable tour de table agrémenté de photos éloquentes, qui précède une autre partie sur les poteries et faiences dont regorge la région, les crèches et santons, les fleurs et leurs essences, les meubles et la brocante, sans oublier les tissus réputés pour leurs gais coloris.Ajoutons à cela quelques recettes du cru et des conseils pour le choix des produits, notamment ITiuile d’olive, et le coffret vous aura fait voyager à travers un style de vie particulier, dans une région tempérée où le soleil donne abondamment ses fruits et où certains recoins profitent de microclimats si bienfaisants.TRADITIONS PROVENÇALES Sylvie Girard-Lagorce PROVENCE TERRES DE SOLEIL Marie SiMoni Flammarion Paris, 2002, deux livres en coffret de 192 pages au total POÉSIE Poèmes de l’au-delà CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR C> est la mémoire d’avant la mémoire, celle de la contrée au-delà de la contrée.Dans Chants polaires, un magnifique recueil de poèmes doublé d'un recueil de photographies, Jean Morisset propose un périple — mais n’est-ce pas plutôt un séjour?—, un regard — ou n’est-ce pas plutôt une méditation?— dans le Nord, cette terre désolée, avec ses glaces, ses traces de pas, ses langues, son histoire, sa mémoire.Coureur du Haut Arctique, comme l’éditeur le définit sur le rabat de jaquette, Jean Morisset a tracé ces poèmes comme un journal rendant compte de ses trajectoires à travers la terre de Baffin, la terre d'Ellesmere, le détroit d’Euréka, la porte du Diable, l’ile d'Igloolik.Aux confins de la terre, à la frange du pays, ses mots se for- CHANTS POLAIRES ft;nn Monter.ment comme de toutes récentes traces de pas dans la neige, qu’une bourrasque de vent pourrait effacer.Et le poète semble libre de toute culture, de toute mémoire, pour savourer dans le nord du Nord cet instant présent.Ici, la vie est toujours à recom- mencer.Ici, le présent est si vaste qu’il chasse ce qui aurait pu s’écrire dans une vie antérieure, «salut à toi / ancêtre illettré / dont j’ai perdu la langue / salut à toi analphabète altier / qui savait humer vents et marées», écrit Morisset.Plus loin, il conclura: «j’irai un jour/te rejoindre au fond des mers /au panthéon de la dignité / et des coureurs de constellations».Ici, le paysage est si profond qu’il ne peut se cueillir que par fragments, qu’il ne peut s’embrasser que par morceaux.«qu ’est-ce que / nous savons / du désir / d’un seul / bois de dérive / ayant navigué / de sibérie / en groënlande / et qui s’arrête / pour la pause / dix ou trente ans / sur ellesmere».Dans cet univers presque désert, dans cet horizon de glace, chaque os, chaque son, chaque sourire décuple son sens et sa force.Chants polaires avance dans le Grand Nord silencieusement, patiemment, régulièrement, comme un kayak filant doucement sur les eaux calmes de 1 a mer.En liminaire, dans un texte chaleureux intitulé L’Ami, Nancy Huston écrit que Jean Morisset lui restitue un Nord «que / faute de l’avoir parcouru / faute d’avoir rencontré ses habitants / faute, faute, triple faute / je ne savais même pas perdu».A la fois joyeux et tristes, connaisseurs et émerveillés, ces chants polaires offrent, au-delà du voyage fabuleux au nord et par le silence qu’il impose, une occasion au lecteur de plonger en lui-même.Pour l’amateur de poésie et d'espace, ce sera un moment de délice.CHANTS POLAIRES Jean Morisset Leméac / Actes sud Montréal / Arles, 2002,80 pages TRAM Design Multimédia présente SALUT, RI0PELLE / Une expérience ludique et intuitive dans les mondes de l'artiste.« Un très beau cadeau pour les amateurs de Riopelle, d'arts, de culture et d’histoire.# Micheal Handheld, Societas Criticus - Arts « .l’hommage qui est rendu au peintre est à la hauteur du personnage.» Paul Cauchon, Le Devoir DVD-Rom Mac / PC MUSÉE DU QUÉBEC U .• *¦ ¦ - U5TE DES POINTS I 4 1 LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DI M A N < H E I 5 D E ( E M B R E 2 O O 2 BEAUX LIVRES SPIRITUALITÉ H l S T O 1 K K O K S R E 1.G 1 O N S Sur le chemin de l’étoile DAVID CANTIN Qu’est-ce qui motive les pèlerins du UT millénaire?Cette question que pose Marc Censi, président de l'Association de coopération inter-régionale Les Chemins de Saint-Jacques-de-Com-postelle, est au cœur même de l'ouvrage illustré Sur les chemins de Compostelle.Loin d’ètre exhaustif, un tel livre a l’avantage de suivre les principales étapes de ce pèlerinage qui représente un acte de foi décisif.Patrick Huchet et Yvon Boelle expliquent les détails entourant ce trajet à l’image de l'une des données fondamentales de la piété au Moyen Age.Des sentiers de France et d'Espagne, à chacun sa réponse.Comment faire la part des choses entre la légende et l’histoire?Jacques était le fils de Zébédée et de Marie Salomé.Frère de saint Jean l’Evangéliste, il fut l’un des premiers à répondre à l'appel du Christ.Ainsi, l’homme se verra confier la lourde tâche de convertir les peuplades celtibères (la future Espagne).Sa mission, pratiquement impossible, l’amènera toutefois vers de nombreuses conversions en Palestine mais aussi à être condamne à une mort violente par le roi Hérode Agrippa I".Avant d'ètre livré en pâture aux chiens comme aux rapaces, des compagnons de l'apôtre recueillent sa dépouille pour ensuite l'amener sur les côtes de Galice (guidé par un ange ou par la main de Dieu).Les premiers écrits relatant la découverte du tombeau de l'apôtre datent de 1077.A l’aube du IXr siècle, un ermite du nom de Pela-gius est témoin de phénomènes surnaturels et reçoit, en songe, la révélation du lieu du tombeau de saint Jacques.Après s'ètre confié à l’évèque Théodomie, les deux hommes partent à sa recherche guidés par une étoile mystérieuse brillant au-dessus de celui-ci.Ils découvriront les sarcophages de l’apôtre Jacques et de ses deux compagnons, Athenase et Théodore.La nouvelle fera beaucoup de bruit et le roi Alphonse II fera édifier une église sur ce «campus stel-lae» (champ de l’étoile).Des foules se déplaceront ainsi pour rendre hommage à l’apôtre du Christ Peu à peu, saint Jacques deviendra le symbole de la lutte contre les infidèles.Voilà pour la légende, sans entrer dans les nombreux détails ou les débats autour de ce récit Le livre, avec l'aide d’un texte soigne ainsi que des images magnifiques, explique donc les heurts et malheurs du pèlerinage au cours de l’histoire, les motivations, l’équipement du pèlerin, ainsi que les differentes routes à prendre.On mentionne, par exemple, que la coquille deviendra le symbole de l'accomplissement du pèlerinage, la récompense suprême.Les photos des fieux sont superbes, sans verser dans une imagerie trop exotique.Des cartes géographiques, de l’art, ainsi que des repères importants permettent de saisir l’essence même d’une histoire captivante.On suit donc Patrick Huchet et Yvon Boël-le entre les paysages majestueux qui font partie de ce trajet spirituel.De plus, en fin d’ouvrage, un répertoire des associations jac-quaires, des sites Internet, des renseignements pratiques et une bibliographie intéressante complètent cette invitation au pèlerinage.SUR LES CHEMINS DE COMPOSTELLE Patrick Huchet et Yvon Boëlle Editions Ouest-France Rennes, 2002,253 pages DÉCORATION De la hutte stylisée au palais SOPHIE POULIOT Le photographe Henri Wilson, spécialisé en décoration intérieure, a parcouru le pays de Gandhi, caméra à la main, à la recherche de façades, de cours intérieures, de vérandas, de jardins et de salons dignes d’intérêt.Ce qu’offre Wilson aux lecteurs du livre qui résulte de son périple photographique, c’est un voyage en Inde, plus précisément une visite guidée à travers ce vaste pays, où chacune des haltes qu’il propose est propice autant à l’étude des différents styles qu’à l’émerveillement.Le lecteur entre ainsi dans la demeure de riches marchands d’Ahmedabad et de Shekhavati, parcourt les palais jadis laissés à l’abandon mais revampés au cours du XX' siècle pour être convertis en hôtels de luxe, pénètre dans les petites maisons de terre et de paille des villages.Le tout est d’un exotisme indéniable, sans compter que le mariage entre design traditionnel et influences européennes diverses est fascinant.Les intérieurs indiens n'ont pas vendu leur âme à la modernité étrangère, mais ont plutôt su en tirer profit, l’adapter, la fondre à leur esthétique propre.Enfin, c’est le cas des exemples de résidences choisis par l’auteur.D’aucuns voudront peut-être en savoir davantage sur le peuple indien, les principes particuliers auxquels il adhère quant à son mode de vie, à la présence de l’art dans le quotidien, à la répartition des tâches selon les castes et les sexes dans l'élaboration et l’entretien des maisons, etc.D'autres, au contraire, apprécieront le peu de détours que prend l’auteur pour traiter du design intérieur et de l’architecture de l’Inde, d’autant plus que les photographies sont accompagnées de légendes détaillées.Ce livre splendide offre, en plus des images qui ornent chacune de ses pages, des reproductions de plusieurs motifs ornementaux, et ce, dans l'optique avouée d’inspirer les Occidentaux qui désireraient donner un cachet indien à leur décoration intérieure.Dans cette veine pratique, le livre s’achève sur une liste d’adresses françaises, britanniques, américaines et indiennes où il est possible de se procurer des meubles et des objets d’artisanat ou de décoration indiens.Il ne manque plus qu’une liste d’agences de voyages.INDE: DECORATION, INTÉRIEUR, DESIGN Henry Wilson Gründ Paris, 2002,160 pages C 1 i l ido DEBE titVCL Ct! Cli tu U, UC fcLMÎlUUi RESTAÜHANT», TBAtTCU»*, VINS, tiASTfiONOMIE.GOURMANDISES, TOURISME.éVÉNITMPNTS.AORESS.KS GOURMANDES, ETC.c)
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