Le devoir, 13 janvier 2007, Cahier E
LE DEVOIR.LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 JANVIER 2007 CINÉMA Luchini en fan de Djehny»! « L’interprète de Beaumarchais donne la réplique à Johnny Hally day dans Jean-Philippe, de Laurent fuel, qui gagnait hier nos salles ODILE TREMBLAY On a rencontré Fabrice Luchini au lendemain de ses spectacles de poésie si populaires et à brillants à la Place des Arts l’été dernier.D planait L'accueil des Montréalais avait été follement chaleureux.L’acteur français, un brin cabotin doublé d’un époustouflant homme de scène, définissait avec une évidente sincérité, sa rencontre avec le Québec comme un des moments phares de sa vie.Il en profitait pour promouvoir un film particulièrement franco-français, qui a pris hier l’affiche dans nos salles (voir notre critique en page E 8).Rien de plus collé aux obsessions de l’Hexagone que Jean-Philippe de Laurent Tuel, où Luchini tient la vedette au côté de Johnny Hallyday.Le chanteur rock, qui vient de déménager ses pénates en Suisse pour fuir l’impôt, est une très grande idole en son pays, qui le vénère depuis les années Salut les copains!.Un mythe assez incompréhensible au Québec, où le rock ne s’offre guère des accents argotiques.Luchini l’a compris: «Le Québec ne voue pas de culte à Johnny.» Ce qui devrait avoir une incidence sur le succès du film chez nous.«Mais même en France, Johnny est plus populaire sur scène qu’au cinéma», admet l’acteur.Caricatures Fabrice Luchini, l'ancien garçon-coiffeur parigot, grand admirateur de Céline et de Victor Hugo, n’est pas dans la pure mouvance de Johnr ny.«J’ai tout Glenn Gould sur i-Pod, précisait-il.Mais Johnny, en France, c’est immense.Il est numéro un depuis 45 ans sans discontinuer.J’ai grandi avec ses chansons, que je connais par cœur, comme tous mes compatriotes au fait.Pourtant, les gens le caricaturent comme un imbécile alors qu’il est très intelligent.» Caricaturé aussi, Fabrice Luchini.Au cinéma, son personnage de dandy un brin décalé et ahuri lui a longtemps collé à la peau.Un film comme Jean-Philippe lui aura permis de s’éclater, en chantant «feux» mais de tout son cœur du Johnny Hallyday, au côté de la vedette qui s’est révélée charmante.Il vante la délicatesse et la simplicité de celui qui fait trembler ses fans éperdus en leur entonnant «Que je faime!».Tous deux se connaissaient déjà, mais ils ne s’étaient jamais autant rapprochés.Les fous rires ont seek lé leur drôle de tandem.Jean-Philippe imagine un monde où Johnny Hallyday n’est jamais devenu vedette, et où son fan principal (Luchini), collectionneur frénétique de disques et d’affiches, se réveille dans un monde parallèle où il s’ingénie à ressusciter une star passée à côté de son destin.Au départ, Luchini avait refusé le rôle, malgré les pressions de Johnny qui voulait vraiment jouer à ses côtés.Mais, guère convaincu par l’intrigue, le comédien se faisait tirer l’oreille.«C’est ma fille Emma qui m’a convaincu d’accepter.Elle a compris le potentiel de cette histoire.VOIR PAGE E 2: LUCHINI Après avoir séduit Stratford, Lorraine Pintal remonte son Don Juan au TNM Présenté en anglais et en français à Stratford l’été dernier, le Don Juan de Lorraine Pintal arrive à Montréal.avec un nouveau don Juan: James Hynd-man succède à Colm Feore.Son don Juan est un rebelle, une sorte de «pèlerin athée» mettant lui-même en scène la vaste pièce de théâtre qu’est sa vie.Avec un Sganarelle qui est son envers et qui lui sert de repoussoir en plongeant aux racines du jeu comique.MICHEL B É LAI R | u TNM, le Don Juan de Molière fait presque partie des meubles.Jean Gascon l’a joué sous la direction de Jean Dalmain en 1954, et depuis tous les directeurs artistiques de la compagnie l’auront mis en scène, en plus de Martine Beaulne qui s’exécutait en 2000 à la demande de Lorraine Pintal avec David Boutin dans le rôle-titre.Mais celui que propose la directrice de la maison à compter de mardi est particulier à plusieurs titres.Un Italien «Oui, Molière est un auteur fétiche du TNM, raconte d’abord Lorraine Pintal.C’est probablement le dramaturge le plus joué depuis la fondation de la maison il y a maintenant 55 ans.J’ai moi-même monté ici Les Femmes savantes il y a presque une vingtaine d'années [c’était en 1990].Mais favoue que j’ai maintenant une attirance beaucoup plus marquée pour les classiques du répertoire québécois, et c'est vraiment parce que Richard Monette [à l’époque directeur artistique au Festival de Stratford] m’a proposé de monter Don Juan que je m’y suis mise.Pour moi, il était important de renouer les liens déjà très riches entre nos deux institutions.et puis je me suis laissé prendre.» L’aventure de Stratford fut à ce point pas- sionnante pour elle et pour son équipe que la directrice du TNM a décidé de la poursuivre à Montréal avec tout le monde ou presque.On retrouvera donc ici la même mise en scène, les mêmes concepteurs et les mêmes comédiens, sauf quelques rares exceptions, dont celle de Colm Feore en don Juan.qui sera incarné ici par James Hyndman.«On a beaucoup commenté le personnage de Molière depuis quelques siècles, poursuit Lorraine Pintal en esquissant un sourire; il y a en lui quelque chose d’inépuisable.Et cela s’explique entre autres par les thèmes abordés dans la pièce: l’amour, la religion, le pouvoir.toutes des questions aujourd’hui encore très brûlantes.C’est cela qui m’intéressait: parler au monde d’aujourd’hui dans cette langue fabuleuse et à travers ce personnage annonciateur de la modernité qu’est don Juan.Alors j'ai plongé.Passionnément!» La metteure en scène expliquera ensuite qu’elle est allée se plonger dans l’atmosphère de la pièce en la relisant dans ce pays de violents contrastes qu’est le sud de l’Italie, où Molière a situé l’action de son Don Juan.«Dès le départ, c’est un Don Juan tout à fait italien à plusieurs égards et pas seulement parce que l’action se déroule là-bas.Molière, qui avait besoin de sous après l’échec de Tartuffe, a voulu se refaire en montant un show qui marche, une “pièce à machines” à l’italienne [les effets spéciaux de l’époque, en quelque sorte], avec du tonnerre, des spectres et des éclairs, sans compter la terre qui s’ouvre et les feux de l’enfer.Mais aussi, une pièce qui sent un peu les tréteaux et qui laisse beaucoup de place à /a commedia dell’arte.L’action se passe donc en Sicile, un pays de contrastes violents et d’oppositions, et cela se sent dans son texte.La Sicile de la pièce a quelque chose de la fille de joie, et don Juan donne l’impression, dès qu'il y met les pieds, qu’il veut baiser tout ce qui bouge autour de lui.» Ce don Juan est un arrogant Un baveux.Un «enfant-roi rebelle, selon les mots de James» [Hyndman], rapporte Lorraine Pintal.Une sorte d’éternel adolescent ne souffrant aucune forme d’autorité.Qui veut tout tout de suite, toujours.Un séducteur prêt à tout pour arriver à ses fins.Un «drogué de l’amour et du pouvoir qu’il en retire», dira-t-elle aussi.Et un homme en révolte contre tout ce qui n’orbite pas autour de lui.Un personnage noir, dangereux, cruel, désillusionné, attiré par l’abîme et qui, sous nos yeux, s’y condamnera lui-même.Un metteur en scène «Molière joue à fond le registre de la comédie dramatique, reprend Lorraine Pintal.Dans la pièce toujours, le noir côtoie le soleil, comme en Sicile le ciel limpide est souvent déchiré par l’arrivée soudaine d'une horde de nuages noirs.Trois actes lumineux et deux dans la noirceur totale; présence du noir et du soleil partout, l’un s’appuyant sur l’autre, prenant sa couleur de l’autre.Nous avons beaucoup travaillé à partir de cette opposition.Elle est féconde et elle fonde aussi, oui, l’importance de la présence forte, essentielle, indispensable du Sganarelle de Benoît Brière.» Sganarelle, qui «permet» en quelque sorte à Molière de mettre en scène le personnage sombre de don Juan.Sganarelle, bouffée de vie, de fraîcheur, de sens pratique, de principe de réalité.Et de ce fait même, irrésistible de drôlerie dans cette opposition.Sganarelle toujours «casté» par son maître de façon à ce qu’il soit sa réplique inversée.«Ce sont là les racines mêmes du jeu comique», comme le fait remarquer Pintal.Et, oui, Don Juan peut aussi vous faire crouler de rire.Heureusement.D’autant plus que Benoît Brière jouait déjà le rôle pour Martine Beaulne, en 2000, et qu’il vient de le faire en anglais et en français à Stratford.«C’est lui qui nous fait sentir à quel point don Juan est le constant metteur en scène de son destin.C'est Sganarelle qui rend encore plus évidente cette espèce de boulimie d'ego qui agite son maître et qui lui sert de conscience.Qui met en lumière aussi le trou vertigineux qu’est la vie intérieure de don Juan.Un être tout en bravades extérieures et en défi, un homme en quête d’identité beaucoup plus qu’à la recherche du plaisir érotique.Don Juan qui est un provocateur, oui, mais dans le seul but de s’autoglorifier.Et Sganarelle à côté qui lui renvoie constamment son image pas très reluisante, mais qui en même temps doit être assez habile pour esquiver les attaques et garder malgré tout son maître en vie parce que sa survie financière en dépend.Un personnage comique et un personnage tragique.Tout cela nettement marqué, actuel.Plein.Et avec ce grand plaisir de diriger deux acteurs hors du commun.J’ai très hâte de voir comment le public va se sentir concerné par notre proposition!» Nous aussi, madame Pintal.Le Devoir DON JUAN De Molière.Mise en scène: Lorraine RntaL Avec James Hyndman, Benoît Brière et plusieurs autres.Au TNM du 16 janvier au 10 février. L K DEVOIR.LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 JANVIER 2 0 0 7 E 2 Ministre fantôme Odile Tremblay On fait parfois des vœux de début d’année irréalistes, invoquant quelque inaccessible étoile, les yeux dans l’eau, sous prétexte qu'après tout, l’espoir fait vivre.Comme la semaine dernière, à l'heure où Stephen Harper concoctait des changements à son cabinet.Dans mon for intérieur, je le savais bien, allez, que nul ne songerait à éjecter la ministre du Patrimoine Beverley J.Oda de son fauteuil à Ottawa, malgré son profil bas et son portefeuille enfoui sous tous les autres.J’y rêvai tout de même un moment Faut croire aux miracles.Mais si on y avait oublié là-bas jusqu'à son existence?Quelqu’un se préoccupe-t-il vraiment de culture sur le trône de la feuille d’érable?On réclame des noms.Tellement discrète, presque invisible, une vraie petite souris, la ministre du Patrimoine, en poste depuis près d’un an pourtant.Liza Frulla, et même Sheila Copps, imposait sa présence culturelle aux Communes et se battait pour ses dossiers.Désormais, c’est le grand vide.Un fantôme, un courant d’air, Bev Oda.A Montréal, après s’être assise devant quelques galas, pfft! Plus rien.Sa nomination n’avait pourtant pas été trop mal accueillie dans le milieu culturel.Elle comptait vingt ans d’expérience dans le secteur de la radiodiffusion avant son entrée en politique.Quand les tournées d’artistes ont failli être sabordées ces derniers mois, les applaudissements s’étaient déjà tus.Le milieu avait eu l’année pour déchanter.Le gouvernement Harper a aboli les centres culturels de Londres, de Berlin.Il s’apprête à démanteler celui de Paris, mettant notre rayonnement en berne.Les conservateurs ont sabré le Programme d’assistance aux musées, après s’être engagés à l’appuyer.Ils n’ont pas révisé la Loi sur les droits d’auteur, malgré leur engagement à le faire.N’en jetez plus! Les hauts faits de Line Beauchamp, la ministre québécoise de la Culture, malgré quelques bémols, scintillent d’autant plus fort que sa vis-à-vis d’Ottawa croupit dans l’ombre.Line Beauchamp a surtout éteint des feux à coups d’aides ponctuelles, mais à l’heure des crises, elle retroussait ses manches.Entre les deux ministres, le fossé est béant, le contraste, vertigineux.Encore heureux, diront les esprits optimistes, que les conservateurs n’aient pas carrément sabré la culture, démantelé ses institutions, jeté les artistes par-dessus la patinoire du canal Rideau.Ils ajouteront que Bev Oda a épaulé l’Opéra de Montréal à l’heure où son navire menaçait de couler, qu’elle a dégoté des fonds non récurrents (et insuffisants) pour le Conseil des arts du Canada.Si peu.Prisonnière de son unilinguisme Pour l’heure, les plus grands mérites de la ministre consistent à avoir reculé devant les pressions sur certains fronts douteux.Ouf! Elle n’aura pas éliminé complètement le Programme de promotion des arts qui appuie l’aide aux tournées d’artistes.Ni révisé le mandat de la CBC et de la SRC, eq lorgnant une éventuelle privatisation.Du moins, l’Etat conservateur se montre-t-il sensible à l’opinion publique.Maigre consolation! Battez-vous, milieu culturel! Parfois ça rapporte.La culture, insaisissable et mouvante entité, cœur et âme des peuples, n’entre pas dans les priorités de ce gouvernement.La chose est entendue.Sinon, jamais le premier ministre Harper n’aurait confié ce portefeuille à une unilingue anglophone.N’est-ce pas au pluriel que la culture canadienne s’accorde?Deux solitudes officielles et des communautés de partout s’imbriquent dans la mosaïque d’un océan à l’autre.Entre tous les ministères, celui du Patrimoine exige le bilinguisme.Car comment saisir au vol la culture québécoise sans fréquenter son théâtre, ses films, sans lire sa littérature en captant les intonations vitales.L’âme d’une langue dans son ondoyante diversité culturelle demeure intraduisible.Prisonnière de son unilinguisme, la voilà sourde à nos cris, à nos jurons, à nos murmures, à notre poésie, cette ministre du Patrimoine.Durant plusieurs mois, des projets francophones ont fait antichambre à son cabinet, en attente de traduction, tandis que les anglophones bénéficiaient d’un traitement accéléré.Désormais, les projets québécois s’acheminent directo in englische.Com-prenisch?Le vieux rêve trudeauphile d'un Ottawa bilingue s’est englouti.De toute façon, même si la ministre Oda voulait bouger, ses mains sont liées par son chef, insensible aux questions culturelles.«Bev Oda est une femme de paille», tranche Maka Kotto, porte-parole de l’opposition bloquiste en matière dç culture.Quant aux déboires journalistiques.A la direction des communications du ministère du Patrimoine, en vaine quête d’interlocuteurs à force de lancer des appels sans réponses, de guerre lasse, les médias lâchent souvent prise.Au cours de la saga des festivals de films de Montréal, alors que le rôle de Téléfilm semblait si nébuleux, nos questions de journalistes sont demeurées lettre morte.L’été dernier, la crise du financement des films en langue française déclencha la venue d’une petite caravane québécoise sur la colline.Oh! La ministre Oda fut, paraît-il, charmante, laissant planer des ouvertures, des sorties de fonds.Producteurs et cinéastes s’en sont retournés à Montréal le sourire aux lèvres.Puis paf! Pas un sou n’est sorti de ses goussets.Le Québec dut endiguer tout seul, quoique de manière ponctuelle, les tournages en panne.Ici et là, on croise des fonctionnaires culturels canadiens.Ils rient ou pleurent de concert, jurent que le gouvernement conservateur n’en a rien à cirer de la culture, attendent les bras ballants que le régime tombe.Nous aussi.Faut se pincer pour y croire.Eh oui, devant la menace que ces fossoyeurs de la culture reprennent le pouvoir, on s’ennuie bel et bien des libéraux.otrem blay@ledevoir.com ANNJK MH DE CARUFEL LE DEVOIR La ministre fédérale du Patrimoine, Beverley J.Oda JACQUES GRENIER LE DEVOIR Line Beauchamp, la ministre québécoise de la Culture VBÊSSÊ Les BELLES SOIREES de CONSTpjLATîON et l'Université de Montréal (leAatÀ 1,970 vous proposent une semaine de THÉÂTRE À PARIS du 20 au 28 avril 2007 J en compagnie de | Mme PASCALE MONTPETIT, comédienne | Rens.et Réservations : Marjorie (514) 397-0467 ou (514) 987-9798 f CUL ET VIOLENC de Guillermina Keruvin et Didier Lucien MERCREDI- BAVARD 24 janvier Étirez le plaisir! Rencontrez les artistes après la représentation AVEC Valérie Le Maire Brigitte Poupart Guillermina Kerwin _ Frédéric Pierre , Widemir IMormil Didier Lucien CONCEPTION Guillaume Cyr Christian Gagnon Thomas Godefroid Jacinthe Perrault UNE PRODUCTION DU Nouveau Théâtre Expérimental www.nte.qc.ca nn Wfél'Wiû/ DU 9 JANVIER AU 3 FEVRIER 2007 du mardi au samedi à 20h30 À ESPACE LIBRE 1945 rue Fullum [métro Frontenac) RÉSERVATIONS : 514-521-4191 9SDEIC© oC* LIBRE LE DEVOIR LUCHINI SUITE DE LA PAGE E 1 J’ai embarqué et je m’en félicite.» Le film fut l’occasion d’un face-à-face avec Johnny.Il a entonné ses chansons devant lui, toute honte bue, au second degré.«Il est très drôle, Johnny, vous savez.Mais son humour est un secret bien gardé.» Même Hallyday avait refusé le projet de Jean-Philippe au départ Loin de lui l’intention de mêler ses métiers de chanteur et d’acteur.Il l’avait fait pour Lelouch dans L’Aventure, c’est l’aventure (1972) et pour Noël Howard dans D'où viens-tu Johnny?(1963), mais c’était de l’histoire ancienne.Depuis longtemps, le divorce t ni nm «via! MAI (Montréal, arts Interculturels) 3680, rue Jeanne-Mance Montreal, QC h2x 2k5 T.514 982-3386 www.m-a-i.qc.ca ALLY NTUMBA BEYA (Collectif MOYO) Village de bonne espérance Du 19 au 28 janvier Vendredis et samedis à 20h 20$/15$ Avec abonnement : 16$ /12$ Dimanches à 15h30 -Matinées familiales gratuites pour les 15 ans et moins Montréal @ sr LE DEVOIR GO JACQUES GRENIER LE DEVOIR Fabrice Luchini en spectacle lors de son dernier passage à Montréal, l’été dernier.entre ses deux métiers lui semblait capital.Sauf que le scénario de Jean-Philippe lui a plu, parce qu’il impliquait une distance par rapport à son propre destin.Il ne désirait que Luchini dans le rôle du fan.Et voilà! Tout n’a pas baigné dans l’hui- 1 1 \ K DU VENT ENT Création THÉÂTRE D'AfIJOVRD Text* EMMANUELLE flMEMEE Mis* en «fiâtio MARTIN FAUCHER LES DEN Avec JULIE MOOLEMEMC, HÉLÈNE MERCIER, MACHA L1MOMOHIK, MURIEL OUTIL, ÉM1LIE R1EEAU, JEAN MAHEUX, OAMY BOUDABAULT et OLIVIBA MOAIM.DU le JAN.AU 10 rÉV.2007 THÉÂTRE D'AUJOURD'HUI 114 111 1100 3900 tu* Balnt-Denii, Montréal (Métro Iherbtool») WWW,THE ATREDAUJOURDMUI.ee.OA u: leoiii le sur le plateau de Jean-Philippe.Laurent Tuel ne possédait pas beaucoup d’expérience.Luchini tirait du côté de la comédie.Le cinéaste traquait souvent l’émotion.«Il possédait des maladresses, mais les petits conflits qu’on a connus apparaissent rétrospectivement sans grande importance.Le métier de comédien réclame une adaptation constante.Il faut devenir vide.» Antipodes Ça tombait bien car, comme il le définit lui-même, être fan consiste à perdre son identité, à se projeter dans une autre personnalité.«Je ne suis pas comme ça.De toute façon, si j’avais eu à être fan, ç’aurait été de grands écrivains.» Lui qui fut un des acteurs fétiches d’Eric Rohmer (Le Genou de Claire, Perceval le Gallois, L’Arbre, le Maire et la Médiathèque, etc.) aura été révélé au grand public dans La Discrète de Christian Vincent en 1990.Il avoue avoir connu les antipodes en matière de direction d’acteurs: de la méthode improvisée de Claude Lejouch aux directives précises d’Eric Rohmer.«Mais je préfère l’encadrement à la liberté.On ne trouve jamais mieux sa liberté qu’au cœur des contraintes.» Luchini est devenu lui aussi une icône, dans une autre sphèfe que Johnny.L’acteur de La Discrète et de Confidences trop intimes de Patrice Leconte (un rôle très fin qui lui a permis de sortir de ses ornières) possède désormais une statue de cire à son effigie au Musée Grévin.Entre ses spectacles sur les maîtres de la littérature, le cinéma l’a récupéré.On le verra bientôt dans Molière de Laurent Ti;-rard, dans les prochains films de Klapisch, d’Anne Fontaine et dé Leos Carax.De quoi mettre en veilleuse ses projets de sautera la réalisation, à travers un road-movie peut-être québécois.L’été dernier, l’idée lui tenait à cœur.Aujourd'hui, allez savoir.Mais on le reverra peut-être bientôt dans nos parages.Le Devoir 614 LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 JANVIER 2007 E 3 CULTURE THÉÂTRE Le roi du polar entre en scène Carmen Jolin monte une pièce de Henning Mankell, Antilope^ chez Prospéra MICHEL BELAIR Tout le monde connaît Henning Mankell.Mettant en scène des héros ordinaires déchirés par la vraie vie, le Suédois auteur de polar est devenu, en l’espace de quelques années à peine, un auteur de best-sellers: avec plus de 20 millions d’exemplaires ven-dus dans une trentaine de langues, les aventures du commissaire Kurt Wallander ont fait le tour de la planète.Puis, avec les traductions qui se multipliaient dans le désordre, on a bientôt appris que Mankelll est marié à l’une des filles d’Ingmar Bergman et qu’il partage son temps entre la Suède et l’Afrique.«L’Afrique» a ensuite pris le visage plus précis du Mozambique, puis de Maputo, la capitale, où Mankell dirige le Teatro Avenida et travaille avec le Mutumbela Gogo, une troupe de théâtre pour laquelle il écrit et signe des mises en scène.Et comme on n’arrête pas le progrès, on a plus tard appris que Henning Mankell écrivait du théâtre tout autant pour les adolescents que pour les adultes (une bonne vingtaine de pièces jusqu’ici) tout en dirigeant une fondation et une maison d’édition (Léopard) qui publie de jeunes auteurs.En janvier 2006, Gallimard publiait la version française à’Antilopes, une pièce qui remonte déjà à 1986 et qui met en scène deux coopérants suédois en Afrique.C’est ce texte, créé il y a quelques mois au Théâtre du Rond-Point à Paris, que Carmen John met en scène chez Prospère à compter de mardi.Un constat d’échec Première surprise: chez Pros-pero, personne ne connaissait Mankell l’auteur de polars.«C’est Teo Spychalski qui a trouvé le texte ^’Antilopes dans une revue polonaise consacrée aux nouveaux textes de théâtre, explique Carmen Jolin.Ici, personne ne connaissait les romans policiers de Mankell et, lorsque nous avons mis la main sur la traduction française du texte il y a moins d'un an, nous avons décidé de monter Antilopes parce que c’est une œuvre riche, dans la grande tradition des textes nordiques et Scandinaves avec tout ce que cela suppose d’analyse et de rigueur même si je ne veux surtout pas comparer Mankell à Strindberg ou à qui que ce soit d’autre.Mais il ne faut pas oublier que cet homme fait du théâtre en Suède depuis l’âge de 18 ans et qu'il a développé un langage dramatique authentique.Autre élément important, il est très engagé vis-à-vis de l’Afrique; il dit d’ailleurs quelque part que l’Afrique a fait de lui un meilleur Européen.[.] Il faut retenir de tout cela que JACQUES GRENIER LE DEVOIR «C’est un véritable défi que de donner à tout cela une cohérence et un ton juste de façon à ce que, au bout du compte, tout s’imbrique et prenne un sens», dit la metteure en scène Carmen Jolin en parlant de la pièce Antilopes, de Henning Mankell.Mankell a au théâtre une écriture très particulière, très dense.C’est d’abord cela qui nous a intéressés.» Antilopes raconte l’histoire d’un couple suédois bien intentionné venu en Afrique pour faire de la coopération internationale: ingénieurs spécialisés, ils sont là très précisément pour construire des puits dans une vaste région qui en a bien besoin.La pièce commence au moment où le couple trace le bilan de cette dizaine d’années qu’ils ont passées là (11 selon lui, 14 selon elle) alors qu’ils se préparent à retourner en Suède en laissant leur place à un remplaçant Ces trois personnages joués par Danielle Lépi-ne (la Femme), Gabriel Arcand (l’Homme) et Paul Doucet (Lun-din, l’ingénieur qui vient leur succéder) sont placés dans une sorte de huis clos puisque, même si une série de personnages se pointent durant la pièce, aucun ne viendra jamais sur scène.«La ligne dramatique de la pièce est double, reprend Carmen Jolin, et tourne autour de la prise de conscience de l’échec.Il y a, d’une part, une critique de la corruption omniprésente et de l’aide internationale telle qu’elle se fait encore sur le terrain en n’impliquant pas suffisamment les Africains et en les maintenant dans un état de perpétuelle dépendance par rapport à l’Occident.Et d’autre part, il y a l’échec de ce couple désabusé.» Puzzle Ces deux coopérants suédois sont des gens un peu bizarres.On les devine dès le départ détruits, traversés par l’Afrique dont on sent toujours la présence sans la voir puisque Mankell a voulu que la pièce se passe dans un salon bourgeois, un appartement tout ce qu’il y a de plus suédois.transposé en Afrique.Tout au long de la pièce, cet homme et cette femme, dont on ne saura jamais le nom, parlent à des serviteurs que l’on ne voit pas; un peu comme si l’Afrique était d’abord dans leur tète.«Rapidement, poursuit la metteure en scène, on sentira qu’ils ne se sont d’ailleurs jamais adaptés à ce continent fait d’excès de toutes sortes et que, comme la plupart des Européens, ils sont arrivés là avec leurs solutions toutes faites, leur point de vue d’in- Uhpl Le Théâtre de La Manufacture présente Coma i; n du 9 (ner au H ' I dans me mi9e 60 ^25^" r A ^ - —, X Partenaires de la saison "¦V Vv / 4559, PAPINEAU-MONTRÉAL-QC RÉSEAU ADMISSION \ www.theatrelalicorne.com 514.790.1245 ou **5^» LA LICORNE 5 1 4.5 2 3.2 2 4 6 1.800.361.4595 Télé Québec IKIHAOII! génieur qu’ils n’ont jamais réussi à appliquer concrètement sur le terrain.Au fil de leurs échanges, on comprendra que tous les puits qu’ils ont construits ont été sabotés et que jamais un seul d’entre eux n ’a fonctionné.On apprend tout cela par bribes parce que, tout au long, Mankell s’amuse à bifurquer d’un sujet à l’autre en passant de l’absurde à un dialogue psychologique très serré, en prenant un malin plaisir à osciller constamment d’un pôle à l’autre.Tout cela en vient à tracer une sorte de puzzle envahissant.» Un puzzle qui deviendra encore plus complexe lorsqu’il deviendra peu à peu évident que «quelque chose» s’est passé.L’Afrique n’est pas la seule chose qui ait détruit ce couple, même si les présences envoûtantes qui hantent le continent y ont sans doute contribué pour beaucoup: l’homme a vécu ce que la metteure en scène appelle une «dérive» sans vouloir en dire plus.Et c’est aussi ce rapport entre deux êtres défaits dont traite Mankell dans une forme bien particulière.«Le dialogue est extrêmement serré, poursuit Carmen Jolin; pas de monologues nulle part, que des échanges de phrases qui souvent n’ont rien d’un échange.Les répliques volent dans tous les sens, déroutantes.En passant d’un registre à l’autre, elles incarnent en quelque sorte les fêlures qui hantent l’homme et la femme.Et puis, il y a aussi cette présence obsédante de l’Afrique, que l’on ne voit pas mais que Ton entend souvent dans la bande sonore suggérée par l’auteur.C’est un véritable défi que de donner à tout cela une cohérence et un ton juste de façon à ce que, au bout du compte, tout s’imbrique et prenne un sens.» On pourra le constater dès mardi, mais soulignons qu’en dirigeant ici Gabriel Arcand pour la première fois, Carmen Jolin signera avec Antilopes sa cinquième mise en scène au Groupe de la Veillée.Le Devoir ANTILOPES Un texte de Henning Mankell mis en scène par Carmen Jolin.Une production du Groupe La Veillée présentée chez Prospero du 16 janvier au 10 février.Perdre le nord Martin Faucher monte Du vent entre les dents au Théâtre d’Aujourd’hui, un texte sur la dénaturation MARIE LABRECQUE Où était donc Martin Faucher?Le metteur en scène s’est fait plus rare sur nos scènes ces dernières années.C’est qu’après avoir aligné une foule de projets en 2004, il a pris la clé des champs.L’artiste a bénéficié du studio du Québec à Paris durant six mois, puis de quelques mois supplémentaires pour faire la tournée des capitales çultu-relles du Vieux Continent (Edimbourg, Dublin, Londres et Berlin, centre du «meilleur théâtre au monde actuellement»).Un séjour éclairant, où il a fait le plein de spectacles.A son retour, on lui a offert la présidence du Conseil québécois du théâtre (CQT), puis une charge de conseiller artistique au Festival TransAmériques.Son mandat au CQT — qui se termine en octobre 2007 — dévore beaucoup de temps: le metteur en scène n’a monté que Bri-tannicus la saison dernière, et la pratique de son art lui manque.«Mais je pense que c’est important de contribuer à sa communauté.Je me rends compte que le théâtre a été vraiment négligé.Ça ne paraît pas de l’extérieur, puisqu’il y a plus de productions que jamais.Mais en ce qui concerne les modes de production et la place de l’artiste dans la société, c’est comme si ça ne bougeait pas.Le gros constat que j’ai fait durant mon séjour en Europe, c’est à quel point on a négligé nos institutions théâtrales au Québec.» Faucher se désole par exemple qu’un établissement comme le Théâtre d’Aujourd’hui ne dispose que d’une seule salle de répétition, occupée lorsque lui en a eu besoin.«On n’a plus de place au Québec pour ne faire que du théâtre, ajoute-t-il.Et je crois qu’incons-ciemment, on s’est mis à penser qu’un acteur avait beaucoup plus de mérite si dans la même semaine il jouait Phèdre, faisait un téléroman et une voix en hors champ.Si on décide de ne se consacrer qu’à Phèdre pendant trois mois, c’est un peu douteux.Ce que je trouve un peu dur, c’est que j’aime le théâtre plus que jamais, et qu’à 44 ans, je pense que je suis davantage en possession de mes moyens.Mais les acteurs sont éparpillés, quand j’aurais besoin de vraiment discuter avec eux, pour dépasser l’évidence que les textes suggèrent.Cette étapedà, VOIR PAGE E 4: NORD Le metteur en scène Martin Faucher JACQUES GRENIER LE DEVOIR J* / •C.Ta Brigitte Haentjens d’après Virginia Woolf avec Câline Bonnier, Marie-Claude Langlois et Sébastien Ricard I «JB PEgStSTB À CHOIR VIRGINIA WOOLF, h DE A RE DES CHOCS EST" UI FAIT DE MOI UN ÉCRIVAIN » Une création de Sibyllines en coproduction avec L’Usine C DU 23 JANVIER AU 3 FÉVRIER 2007 Billeterie Usine C: 514 521.4493 1345, avenue Lalonde SIBYLLINES USINE 0 TNtATII 01 CltOTIM (C«HM DI CRfAllO* IT 01 OlMUIlOO riVRIOtieiWNAIHl PHOTOGRAPHIE ANGELO BARSET1I / DESIGN T BONE LE DEVOIR.LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE '14 JANVIER 2007 E 4 CULTURE NORD DANSE De pierres et de bouleaux FRÉDÉRIQUE DOYON JACQUES GRENIER LE DEVOIR.Margie Gillis dans A Stone’s Poem SUITE DE LA PAGE E 3 elle n 'est pas possible ici, actuellement.Ma consternation, c'est de voir qu’on ne nous offre pas de réel outil de travail et qu’on compte beaucoup sur le miracle: tout va se passer trois jours avant la première.Ce n'est pas comme ça que le théâtre se fait.» L’impact concret de ce déficit de moyens?«Je pense qu’on se fie encore beaucoup à l’émotion brute pour faire passer les pièces.Quand, parfois, ça prendrait autre chose.Le manque de temps produit un théâtre qui est souvent dans l’évidence.Quand il faut aller au-delà de l’émotion brute, ça prend plus de temps de répétition, des essais et erreurs, de la discussion.C’est fou, mais je me rends compte qu’il faut discuter autant, sinon plus, que répéter.Parler des valeurs que le texte véhicule, des valeurs de la société, de ce qu’on veut y célébrer et y dénoncer.C’est important de tenir ce dialogue avec les acteurs comme avec les concepteurs, pour que ce qu’on fait ne soit pas purement décoratif.Faire du théâtre, c’est prendre la parole.Mais avant, il faut penser.» Un monde déboussolé Et Martin Faucher avait justement envie de porter le propos de Du vent entre les dents, la création qu’il monte au Théâtre d’Aujour-dTiui.Ije metteur en scène est visiblement impressionné par la pièce de la comédienne Emmanuelle Jimenez.«Ça fait longtemps que je n’ai pas lu un texte québécois qui me fasse tripper autant.C’est une écriture tellement singulière! Ça allie une grande qualité d’émotion et une intelligente prise de parole sur notre condition sociale, environnementale et personnelle.C’est un texte se situant à plusieurs niveaux différents, donc d’une complexité et d’une richesse étonnantes.C'est vraiment autre chose.» Le metteur en scène compte sur une fort belle distribution (Macha Umonchik, Julie McClemen,s, Hélène Mercier, Muriel Dutil, Emilie Bibeau, Jean Maheux, Gary Bou-dreault et Olivier Morin) pour créer cette fable.Dans un Montréal suffoquant sous la fumée de l’incendie qui dévore les forêts du Nord s’agite une drôle de faune, coupée de ses racines, de ses repères: Amérindienne paumée, jeune fille remodelée par la chirurgie esthétique, banlieusarde obnubilée par sa piscine.Une humanité qui a perdu le nord.Texte «pertinent», Du vent entre les dents traite de dénaturation.«On s’est dénaturé comme humain, on a dénaturé la nature.On ne sait plus vraiment qui on est.Souvent, ce qu’on vit ne correspond pas à nos valeurs réelles; on s’est encore a né dans une tonne d’affaires qui ne nous ressemblent pas.Et le pas suivant, pour vraiment être en harmonie avec nous-mêmes, est tellement facile.Il suffit d'avoir une ouverture réelle vers l’autre, un rapport humain simple.» Mais, lâche l’artiste en évoquant la démolition du paysage urbain et la destruction de l’environnement, «l’être humain est stupide, aveuglé par le pouvoir et le confort».Les conditions ont beau être parfois frustrantes, Martin Faucher reste convaincu de vouloir faire du théâtre, cette «expérience humaine unique».«Aller au théâtre, c’est se prêter à une expérience intime.Et id, on a peur de l'intimité.On a tendance à en rire, plutôt que d’accepter d’être en contact avec quelque chose qu ’on ne maîtrise pas, qui nous déconcerte ou nous provoque.C’est important qu’une œuvre d'art nous amène là où on ne pensait pas aller, dans des zones personnelles.» Collaboratrice du Devoir DU VENT ENTRE LES DENTS Texte d'Emmanuelle Jimenez, mise en scène de Martin Faucher Du 16 janvier au 10 février, au Théâtre d’AujourdTiui Ce sont les aléas du métier d’artiste.Margie Gillis, grande dame de la danse moderne, s’apprêtait à mettre en veilleuse le travail de soliste qu’on lui connaît surtout pour offrir A Stone’s Poem en duo avec Paola Styron, proche collaboratrice de la chorégraphe américaine Martha Clark.Après deux ans et demi de travail acharné, le décès du père de Paola, l’écrivain réputé William Styron, a chamboulé le cœur des deux femmes et leur programme artistique.On retrouvera donc Mme Gillis de nouveau seule, avec sa fougue de cinquantenaire infatigable.«C’est une énorme perte, personnellement mais politiquement et socialement aussi», confie en entrevue la danseuse, qui dédie le spectacle à la mémoire de l’écrivain qui a toujours soutenu son travail.D’un commun accord, Paola Styron, surmenée par cette perte, et Margie Gillis ont décidé que cette dernière interpréterait le matériel que devait danser Paola à l’origine.Ironie du sort, la pièce semble ainsi plus achevée aux deux femmes.«D’habitude, on travaillait en parfaite complicité, rapporte Margie Gillis en ajoutant que, cette fois, elles avaient toutes deux créé de manière individuelle.On savait que c’était incomplet, mais on ne savait pas ce qu’il manquait.Finalement, on est arrivé à ce qu’on voulait.» La sagesse des pierres A croire qu’il y a un destin.La nature aurait-elle si bien fait les choses qu’elle aurait empêché la symbiose, sachant qu’un triste événement allait les séparer?Qui sait.D’ailleurs, la nature a tout à voir avec cette pièce créée à partir de l’observation des phénomènes naturels, les plus simples comme les plus complexes.«Il y a une sagesse que je peux trouver seulement dans la nature, dit Margie Gillis.La pierre me permet de comprendre la patience.Et la danse peut témoigner de ça, en donner une expérience complète, intellectuellement, physiquement et spirituellement.» D’où le titre de cette série de solos, A Stone’s Poem (Poème d'une pierre).«On voulait vivre une expérience dans la nature et la porter sur scène», explique la chorégraphe, qui nous a habitués à ses courtes danses expressives, chargées en émotions.On pense notamment a Loon, dans laquelle la danseuse campe une petite créature au milieu d’une jungle sonore nocturne.Mais il y en a près de cent autres dans son répertoire immense qu’on pourrait citer.Les deux femmes ont donc profité de diverses résidences en Norvège, dans une carrière de quartz, dans les paysages sauvages du Yukon, au bord du fleuve à Baie-Comeyu et à Martha’s Vineyard, aux Etats-Unis, pour écouter la sagesse d’une pierre ou faire corps avec la force du bouleau qui se redresse une fois délivré des glaces hivernales.Margie Gillis évoque les runes, ces petites pierres qui forment un genre de tarot des pays nordiques, et les pierres de la région du Kil-martin en Ecosse, dont on tirait des instruments de musique à l’Age de bronze, que des musiciens contemporains ont tenté de reproduire.Cette musique ponctue d’ailleurs le paysage sonore de la pièce, composé par Larsen Lupin.Des photographies de Cylla Von Tiedemann accompagnent la danse.La chorégraphe montréalaise puise aussi dans la nature l'acceptation du vieillissement inéluctable, une expérience que toute l’humanité a en partage et dont elle peut encore témoigner à travers la danse.«J’ai besoin de la nature pour me rappeler que je prends de l’âge, confie-t-elle./’oi vécu beaucoup de changements très rapides ces dernières années, hormonaux, esthétiques: le corps change, les besoins changent.Et c’est dans la nature que j’ai trouvé la façon d’accepter ces transformations.Je m habitue à cette nouvelle femme.Je peux danser ça, le montrer comme une expérience.D’ailleurs, quand je danse, il y a des moments où je ressemble à quelqu'un de très jeune et d’autres où je ressemble à quelqu'un de très vieux.» Le Devoir A STONE’S POEM De et avec Margie Gillis Du 17 au 27 janvier à l’Agora de la danse Au THÉÂTRE DE QUAT’SOUS du 22 janvier au 24 février 2007 Texte ROLAND SCHIMMELPFENNIG Traduction Johannes Honigmann et Laurent Muhleisen Mise en scène THEODOR CRISTIAN POPESCU Avec SIMON BOUDREAULT, EVELYNE BROCHU, GUILLAUME CHAMPOUX, GAÉTAN NADEAU, CRISTINA TOMA Concepteurs : Magalie Amyot, Manon Bouchard, Michel F.Côté, Ginette Grenier, Marc Parent, Julie Vérès Une coproduction du Théâtre de Quat’Sous et de la Compagnie Theodor Crietian Popescu Une nuit ara SUPPLÉMENTAIRES 14,15 ET 16 FÉVRIER UNE PRÉSENTATION GazMetro *#«!¦ .m Théâtre du Nouveau IVJqnoe Avec JAMES HYNDMAN / BENOIT BRIERE JEAN-FRANÇOIS BLANCHARD / PAUL ESSIEMBRE / ÉVELINE GÉLINAS / NOÉMIE GODIN-VIGNEAU / FRÉDÉRIC-ANTOINE GUIMOND / SARA HANLEY / CLAUDE LAROCHE / JEAN-MICHEL LE GAL / MAGALIE LÉPINE-BLONDEAU ! GARETH POTTER / JEAN-LOUIS ROUX / NICOLAS VAN BUREK DU 16 JANVIER AU 10 FÉVRIER WWW.TNM.QC.CA 514.866.866a A STONE’S POEM 17 AU 27 JANVi£R_2Q H PUZZLE DANSE FRANCE/QUÉBEC 4 CHORÉGRAPHES - 4 DUOS - 4 UNIVERS 31 JANVIER AU 3 FÉVRIER 07 20 H le groupe de I^VClIlbC présente Antilopes D'HENNING MANKELL 3 criuk »0N m à 3p CHORÉGRAPHE ET INTERPRilt^MARGIE GILLIS Conseiller artistique.paniei jagkson I ECLAIRAGES _PJ£*Rf LAVOIE < REGIE ALEXANDRA IANGL0 AVANCEMENTS ÏKWICAUX LA m AGORA DE LA DANSE 840.RUE CHERRIER.MÉTRO SHERBROOKE WWW.AG0RADANSE.COM 514 525.1500 ADMISSION SU 790 12AS Québec ¦>” PHOTO CHRIStINE CÔTÉ , m m LE DKVllIlt /thônfXIpes J # ^janvier au lOfévrier 20 h V m 1 il -A Mise en scène Carmen John Avec Gabriel Arcand, Danielle Lépine, Paul Doucet Traducteur Gabrielle Rozsaffy avec la collaboration de Bernard Chartreux Concepteurs Jean-François Labbé, Marie-Michèle Mailloux, Euterke ON JOUE AU PROSPERO] 1371, rue Ontario est billetterie 514 526 6582 admission 514 790 1 245 www.lnvelllee.qc.en ARH MONTREAL Québec«ïïï c*> lllH\N||; O LE DEVOIR.LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 JANVIER 2 0 0 7 E 5 CULTURE MUSIQUE CLASSIQUE La musique contemporaine pour tous ?CHRISTOPHE HUSS Quelques jours après la finale du concours de composition organise par Kent Nagano et à la veille du festival consacré par le Conservatoire de musique de Montréal à Luigi Nono, le nouvel opéra de Tan Dun, Le Premier Empereur, créé le 21 décembre 2006 au Metropolitan Opera, sera projeté dans quatre Ci-neplex au Québec, dès 13h30 cet après-midi, et pourra être entendu sur les ondes d’Espace Musique.Cette exposition inaccoutumée de la musique de notre temps té-moigne-t-elle d’un regain d’intérêt du public pour la création musicale?Alors que les représentations de nouvelles créations théâtrales attirent les foules, que les créations chorégraphiques rivalisent d’ingé-mosité devant de nombreux spectateurs ou que l’architecture repousse les limites de l’audace, la création musicale dite «savante occidentale» semble évoluer en vase clos.Fatalité?Certainement pas, et partout — y compris au Québec, avec Jacques Hétu, notre compositeur le plus joué et le plus exporté — des compositeurs cherchent (et trouvent) des réponses intéressantes pour briser cette autarcie.Concessions?On dit souvent que la musique classique est morte.D est vrai que les compositeurs se retrouvent dans un singulier étau.Leur faut-il poursuivre dans la voie de la rupture entamée après la Seconde Guerre mondiale ou chercher à renouer avec les auditeurs?S’ils optent pour la seconde solution, quelle serait la nature des compromis à effectuer?Un article de Jean-Jacques Nattiez dans Le Devoir du 1" août dernier illustrait bien ce problème.S’agissant de l’opéra, l’éminent musicologue soulevait «la difficulté éprouvée aujourd’hui lorsqu'on ne veut faire ni du sériel, ni du tonal, tout en étant “lyrique’'».Le chef d’orchestre Stéphane De-nève, en entretien avec Le Devoir il y a moins d’un an, se disait lassé du «discours intellosnob» et se lançait dans un véritable plaidoyer «Pour les trois quarts du public, “musique contemporaine” en concert, c’est synonyme de pilule amère, de “mauvais médicament avant d’écouter de la vraie musique”.Mon combat est de changer ce cliché.» Daps ce but, à.l’Orchestre national d’Ecosse, dont il est le directeur musical, il programme des œuvres de Connes-son, de McMillan, de Rautavaara ou de Penderecld, qu’il définit comme des auteurs de «musiques qui peuvent être très exigeantes mais permettent de retrouver une relation plus lo- 26a saison piano < Dorothy Fieldman Fraiberg violon : Yukari Cousineau violon : Alexander Lozowskl alto.Brian Bacon violoncelle : Vincent Bernard contrebasse : Reuven Rothman harpe : Jennifer Swartz clarinette : Simon Aldrich I cor : Nadia Côté basson : Lise Millet Oeuvres de Kahn, Ries, Nielsen & Respighi jeudi 18 janvier, 20 heures Salle Redpath, Université McGill Entrée libre www.allegrachambermusic.com cnt«iu,rMenisnte9vKeF«oértfonArnértanedHMuK9era(AFM.).iascuhpe-jn«s ji tiMues mswmxmen! en peOe cet événement muscM pour pratcuvolr la par rennrrM » K GiMd» dus ItNioens X QuétMc Hydro Québec l! N i P A U $ E m tm-K m ifgWCTl i SOURCE METROPOLITAN MUSEUM Une scène du Premier Empereur, l’opéra de Tan Dun créé au Metropolitan Opera, à New York gique avec le public».Dans les «concessions», certains sont allés très loin, comme Arvo Part, avant-gardiste forcené transformé en «bondieusiste planant».D’autres, tel Penderecld, se sont «déradicalisés».Des sources historiques Pourra-t-on se relever du geste de rupture des créateurs après la Seconde Guerre mondiale, période marquée par une juxtaposition entre une musique expérimentale et, à l'opposé, des institutions symphoniques réactionnaires (et longtemps rejetées par l’avant-garde), qui, une fois éclusé leur quota de «mauvais médicaments», tournent comme des hamsters dans leur répertoire du XIX' siècle?A ce titre, la déconnexion avec la création musicale est aussi un héritage pervers de la politique culturelle européenne, et notamment germanique entre 1930 et 1950.Nombre de compositeurs importants (Zemlinsky, Schreker.) ont été bannis par les nazis.Certains ont péri, d’autres, exilés, tels que Wax-man, Steiner ou Komgold, ont créé le son hollywoodien des années 40.Lorsque, après la guerre, il se serait agi de rattraper le temps perdu et de reprendre contact avec le courant musical brisé, ce ne fut pas le cas.Seul Mahler, le père des post-romantiques, y réchappa à partir de la fin des années 50.Mais le fait est que nous sommes aujourd’hui fondamentalement malgré le timide retour en grâce des musiciens bannis dans les quinze dernières années, des acculturés musicaux du XX': siècle, c’est-à-dire de certains compositeurs fondamentaux de la période 1920-1940, et de leurs continuateurs de l’aprèsguerre.Des figures isolées comme Britten et Chostako-vitch sont les cache-misère de cette déconnexion fondamentale avec une branche importante du continuum créatif de l’après-Mahler.Sur un autre versant celui des continuateurs de Schoenberg, on adjoindra à ces éminentes figures des «créateurs de contenus» plus radicaux, dont Luigi Nono, dont nombre d’œuvres, notamment son «opéra» Intolleranza 1960, reflètent l’humanisme et l’engagement idéologique.Pour le chef Stéphane Denève, nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins: «L’avant-garde, qui a provoqué la rupture avec les mélomanes, est un courant en perte de vitesse.Aux États-Unis, c’est fini.En Europe, on est en plein dans le combat.L’avant-garde commence à être “has been” au profit d’un courant beaucoup plus varié et complexe, avec évidemment des choses très mauvaises, mais aussi un pan de la création qui permet au public de retrouver une musique moderne, nouvelle et excitante, qui provoque des réactions normales et musicales.» Tan Dun, le compositeur du Premier Empereur, est le héros de la si-nophilie forcenée des instances musicales américaines en quête d’exotisme et de sons nouveaux.Alors que pendant ce temps la bataille fait rage, notamment à Paris, entre les tenants du pouvoir incarné par Pierre Boulez et les supporters des Connesson, Escaich et Dubugnon de ce monde, Stéphane Denève constate avec raison que, «normalement, le public devrait être plus excité de découvrir une nouvelle oeuvre que d’entendre une symphonie de Beethoven pour la vingtième fbis»\ Nous vous proposerons dans un prochain article cinq exemples d’œuvres récentes pour lesquelles cette considération de pure logique s’applique indubitablement Le Devoir À us Pilles élewufues fusecmt Richard DesjardiNS 5 é > ÎNvité d’hoNNeur , % , fÈÊmÊËÊ.SuppléMeNtaire à La Tulipe |3@§&|É| Jeudi 1er février - 20h - 28$ H Richard Guétare Billets dès le 16 jaNvier: AdMissioN 514-790-1245, La Tulipe 514-529-5000 Jeudi 8 février - 20h30 - 25$ «Le peuple invisible» + «Aliéner» Richard DeyardiNS nous parle de son prochaiN filw sur le peuple algûNquiN et préseNte son Monologue «Aliénor» Une reNCONtre privilégiée dans ViNtiMité de La Sala Rossa Billets dès le 16 janvier: AdMissioN 514-790-1245, Espace Go 514-845-4890 U TT 44-30, Wéwe Peipl ÜT faléf HW# 4I4I/ iW facrt-Lmw les séries I MusiS 2006'2007 U R M t .s U R I SÉRIE ÉMERAUDE Théâtre Maisonneuve, Place des Arts, 19 H 30 LES SOLISTES DE MOSCOU DlRfCnON YIJRI BASHMt I, Al LISTE Lundi, 13 |anvi*r 2007 PROGRAMME Divertimento en ré majeur, K.136, de Mozart Monoloque pour aho et cordes, de Schnittke Lacrymae, op.4Ka, de Britten Sérénade, en ré mineur, de Dvorék wmrnmmmÈsmÊmmmi t-rr *.Billets iS $, 10 $, 15 $ (étudiants) (taxes et redevance en sus) En vente à la Place des Arts : 842 2112 Renseignements: Pro Musica, 514 845-0532 * t-SPACï MUSIQUE 1007 hiScena Musicale Atf Québec *» ** (514)842.2112 1-866-842-2112 www.pda.qc.ca Réstau Admission S14-7*0-1243 CONSERVATOIRE > de musique de Montréal > Demande d'admission Année scolaire 2007-2008 Date limite V* mars 2007 Spécialités offertes Profil Interprétation Alto, basson, chant, clarinette, clavecin, contrebasse, cor, direction d'orchestre, flûte, guitare, harpe, hautbois, orgue, percussions, piano, saxophone, trombone, trompette, tuba, violon, violoncelle.Profil Composition Composition, composition électroacoustique, écriture.Pour information : 4750, avenue Henri-Julien Montréal H2T 2C8 Tél.: (514) 873-4031 cmm@mcc.gouv.qc.ca www.conservatoire.gouv.qc.ca/montreal Conservatoire de musique et d’art dramatique Photo : Louise Leblanc Québec ran EXPOSITION Photos entre ville et désert RENÉ VIA U "P hotographier, disait Tartis-te québécois Charles Gagnon, c’est percevoir; peindre, c’est concevoir.» Tandis que le Musée d’art contemporain expose une quarantaine de ses tirages, l’historien d’art Olivier Asselin vient de consacrer un essai à Charles Gagnon photographe.«Si j’apprécie l’oeuvre de Gagnon dans toute sa variété et sa peinture en particulier, je continue de penser que la photo, qui est au cœur de son travail, nous dit peut-être mieux ce que le reste de l’œuvre ne dit pas», explique Olivier Asselin.Dans son analyse, les «chapitres» sont entrecoupés d’une trentaine de reproductions.Chacune est abondamment commentée hors des limites de l’ancrage thématique proposé.Il pratiquait un art dénué de pathos, a écrit Asselin, cette fois-ci dans Parachute (numéro 156), au moment de la mort de Gagnon en 2003.Il habitait Montréal mais il aimait New York, les villes nord-américaines qui se ressemblent toutes, les grandes routes qui mènent loin et surtout le désert D avait été plusieurs fois en Arizona.Il semblait avoir trouvé là son paysage.D voulait toujours y retourner.D était allé aussi près de Red Rock, en Arizona, en territoire navajo, sur un site réputé être le lieu d’une concentration terrestre et cosmique.Il était resté là, cinq jours durant, pour éprouver dans son corps même cette énergie.Ce ne fut pas un grand succès, semble-t-il.Mais Charles en tira une magnifique photographie d’un énorme rocher massif qui trône au milieu d’un paysage aride et sous un ciel clair où le passage d’un avion a laissé comme d’étranges hiéroglyphes.«Ces images argentiques combinent recherche esthàique et un aspect zen.» Gagnon, selon Olivier Asselin, «s’attache à montrer la ville moderne et son envers absolu: le désert».Dans les deux cas, l’ici et maintenant y laisse transparaître un monde intérieur.A cet espace urbain ambigu et fragmenté, comme l’envers du décor de la ville, font pendant d’autres images dépouillées, peut-être plus intimes.Le désert «qui ne donne rien à voir» et «désoriente».Transcende espace et temps.• Au Musée d’art contemporain On peut voir la plupart des œuvres dont traite Obvier Asselin au Musée d’art contemporain dans le cadre de l’exposition Acquisitions récentes (jusqu’au 25 mars).Serrées sur un très large mur à l’horizontale, les photos font partie d’un legs de 138 œuvres offertes au musée par la femme de l’artiste, Michiko Yajima-Gagnon.Au départ, Gagnon veut évoquer l’emprisonnement de la nature, le poids minéral de l’urbain que rompt l’échappée d’une porte.Le flâneur y privilégie des aspects inso-lités de la vibe.Ce Sans titre de 1975 fait se rencontrer la vitrine barrica dée d’un cinéma de quartier et des fragments architecturaux kitsch çt déco des années 30 évoquant l’Egypte antique.Une inscription, Blue room, propose une désignation tota lement dysfonctionnelle à ce non-lieu.Ailleurs, l’élément incongru, un poteau, une poubelle au centre de la plage, des bornes d’incendie mal placées, marque une aliénation et une rupture.De moins en moins encombrées, les images les plus récentes intègrent les objets captés dans un cadre naturel, et le plus souvent désertique, comme ce cactus anthropomorphe, au vide ambiant Le paysage a beau être saisi «comme hors du temps», prévient Asselin, «des allégories fragmentées, des figures pétrifiées et des histoires suspendues» confèrent à ces images «la densité des rêves».Collaborateur du Devoir LE FLiNEUR ET L’ALLÉGORIE Essai sur la photographie de Charles Gagnon .Olivier Asselin Editions Dazibao Montréal, 2006,136 pages Invitation à la Mélomanie Une série de 8 cours d’initiation à la musique classique basée sur l’écoute commentée d’extraits sonores CLAUDIO RICIGNUOLO de l’Orchestre Métropolitain \udio Ricignuolo est un passionné de musique et un formidable vulgarisateur.» - YVES BEAUCHEMIN Hiver - printemps: ¦ Série classique ¦ Requiems et Stabat mater ¦ Minisérie sur Mahler Yannick Ntart-Séfluin fMhci s CblpkoYv -dfinctcqir Ae-Hrh jue PROCHAIN CONCERT JEUDI 25 JANVIER 2007 20 H Concertos pré-classiques Concertos pour flûte traversière de Richter, Stamitz et C.P.E Bach.Avec le Quatuor Franz Joseph.Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours 400, rue Saint-Paul Est, Vieux-Montréal TfT ESPACE MUSIQUE VENDREDI 23 MARS 2007,20 H Bach et la mort Cantates del S Bach avec Matthew White, alto masculin En coproduction avec Les Voix Baroques Salle Pollack, Université McGill 555, me Sherbrooke Ouest.Montréal JEUDI 3 MAI 2007,19 H Garde-robe Spectacle pour tous de 4 à 94 ans En coproduction avec le Moulin à Musique Auditorium Le Prévost 7355, me Christophe-Colomb, Montréal RR Hyver, Finaliste Karina Gauvin An to - os/06 et Les Boréades NOUVEAUTÉS EN MAGASIN Purcell, Karina Gauvin et Les Boréades Beatles Baroque III BILLETS ET RENSEIGNEMENTS : 514-634-1244 “-SSiSS LE DEVOIR LA LISTE»" ftswrf cornet onium tmeuntu “ST* |*| “gg" muaicâction LE DEVOIR.LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 JANVIER 2007 De Visu Quand la figuration se met à table MICHELE DELISLE PEINTURES 2003-2006 Galerie Eric Devlin Sur rendez-vous (514 86643272 ou 514 8854238) RENÉ VIAU .Le catalogue était prêt.L’exposition était programmée pour septembre, explique Eric Devlin.Après le déménagement forcé de mon local de la rue Saint-Alexandre, il m'a fallu trouver un nouveau lieu pour exposer Michèle Delisle.Cherchant de nouvelles stratégies adaptées à la situation montréalaise, je me suis dit: pourquoi pas, du moins pour l’instant, cette formule?Un lieu, même temporaire, et une exposition.» Dans Saint-Henri, rue Saint-Jacques, à l’angle de la rue Rose-de-Lima, l’endroit est immense.Aux murs de brique de ce plateau industriel recyclé, une dizaine de toiles figuratives sont accrochées.Dans ces toiles, comme autant d’allers-retours entre la vie et la peinture, Michèle Delisle va au-delà des scènes quotidiennes, de ce que nous avons sous les yeux, de ce que, blasés, nous ne regardons même plus.Captées à Montréal, au Maghreb ou en Italie, ces scènes donnent à voir non plus tant des choses ou des personnages, mais bien ce qui pourrait exister entre ces choses, entres ces personnages.Ces peintures au cadrage cinématographique amorcent ainsi une narration en points de suspension en invitant le spectateur à imaginer pour lui-même une suite.Là, dans Sarah sul mare (2004), l’éclat rubis d’un verre d’apéro s’insinue sur un fond bleu céruléen.In lumière de cette terrasse en Italie ensemence le doute.Nos yeux parcourent les embruns de la Méditerranée tandis que l’empreinte d’un visage de jeune femme se brouille.Dans presque tous ces tableaux se trouve une table.Les personnages tantôt s’y agglutinent, tantôt s’y reflètent En arrière-plan d’une autre toile, le miroitement de la Galerie d'art Stewart Hall 176, Bord du Lac, Pointe-Claire TABLE RONDE Dimanche, le 14 janvier 2007 à 13 h 30 EN CONVERSATION Confessions de trois galeristes avec : Simon Blais Jocelyne Aumont Pierre-François Ouellette Animatrice de discussion : Dre Lise Lamarche Prof., Université de Montréal Info:(514) 630-1254 l’orangé est soutenu par une zone de vert.C’est la chemise de l’un des hommes assis devant un plateau déjà cerclé d’or et de bleu sur lequel sont déposés des petits verres de thé maure.On décèle ailleurs un, retrait un arrêt ou un échange.A travers ces couleurs saturées, le cliquetis de ces verres, de ces couverts, les rumeurs urbaines atteignent une zone silencieuse.Ici, dans un loft ou un appartement chic, d’autres tables, d’autres invités.Leurs visages sont décalés, découpés, escamotés.Dans un autre tableau, en costume sombre, un homme d’âge mûr semble perdu dans ses pensées sur fond de façade hivernale.À la table succède la fenêtre.Clairs-obscurs en mauves, là, dans De l’atelier: la montagne la nuit, en panoramique, le ciel, celui de Montréal, se charge de traces électriques.Striant une vue urbaine, le balancement incandescent d’un rideau vertical déchire de l’intérieur le panorama s’ouvrant sur un quartier industriel.L’impression qui se dégage est celle de participer à un moment d’intimité.Traitant «de cette grande énigme de la peinture qu’est la présence de l’autre», Michèle Delisle rejoint, écrit au catalogue le philosophe Georges Leroux, toute une filiation de peintres qui «ont voulu saisir le rapport humain au cœur de la peinture, dans la matière même de la peinture».On assiste ici en même temps, selon les mots de Laurier Lacroix au catalogue, à «une fête poignante de la couleur».De la couleur «[.] en surcroît qu’exacerbe cette prise de possession d’une portion du réel».Michèle Delisle récuse tout schéma basé sur des oppositions qu’elle juge dépassées^entre figuration et abstraction.«Etre peintre, confie-t-elle, c’est avant tout un contact avec me sensualité, celle de la couleur, celle de la matière mais aussi une expérience de vie.Cela concerne ce que tu vois finalement.Et la réalité est infiniment plus riche que ce que l’on pense.Tu peux en faire ce que tu veux.» MICHEL DENEE Jusqu’au 21 janvier Projex MÜ Galerie Michèle Delisle.Michel Denée.Un même prénom.De mêmes initiales.Un même recours à la figuration en poussant dans ses retranchements l’abstraction.Mais les similitudes s’arrêtent là.Dans ses nouveaux tableaux, Michel Denée nous donne à voir, comme autant de «puits de lumière», des vues d’intérieurs intemporelles.De petits formats, ses tableaux captent en perspective des espaces aux murs blanchis.Ils évoquent tout autant les murs à la chaux d’anciens couvents ou monastères que le cube blanc des espaces d’expositions contemporaines.Les pans de mur ainsi composés s’éclairent en fond de scène de nuances riches où se modulent les variations d’une lumière ambiante.Pour Michel Denée, la figuration serait avant tout un outil, une façon de couvrir de références le champ de la culture et l’histoire de la peinture.«Ces œuvres sont des icônes basées sur le tableau qui implose en lui-même, dit-il.Je suis obsédé par le thème du tableau dans le tableau.» Cet artiste «cul- '¦JÜ ¦ c/ «8! r ____! SOURCE GALERIE PROJEX MTL Dans ses nouveaux tableaux, Michel Denée nous donne à voir, comme autant de «puits de lumière», des vues d’intérieur.tivé» fouille, interroge, commente tout autant la peinture de la Renaissance que l’art minimal.Il allie ainsi en un cocktail décoiffant Fra Angelico et James Turell.«De ces chambres claires, ex-plique-t-il avec un sens étonnant de la formule, jaillit la divine compagnie d’un mur transfiguré par la lumière zénithale».Denée, qui fait de cette lumière «en apparition» le sujet de ses œuvres, tente selon lui de retrouver «ce refoulé majeur chez Rothko et les minimalistes» qui est celui «judéo-chrétien» de la peinture religieuse: la lumière théologique «de l’Annonciation» avec l'Esprit-Saint tandis que.dans cette trini-té, «le corps du Christ devenu lumière nourrit tous les archétypes de la Renaissance».Issues pourtant d’autant de «lectures», ses toiles ne ressemblent à rien d'autre et vraiment méritent au moins qu’on s’y attarde longuement en les interrogeant et en les contemplant.Vigile d’autant de transfigurations dantesques, Denée, dans une autre salle, bricole de la même façon, c’est-à-dire avec originalité et talent, des inspirations, des rapprochements a priori aussi disparates que les compositions en croix de Malevitch et la tradition des tableaux de vanités du XVIL siècle.Ce qui pourrait sembler alambiqué se révèle limpide.Denée déconstruit et reconstruit un «code» qui visuellement et intellectuellement éblouit.Fiat luxl Collaborateur du Devoir Un repas, 2006, de Michèle Delisle Michèle Delisle.Michel Denée.Un même prénom.De mêmes initiales.Un même recours à la figuration en poussant dans ses retranchements l’abstraction.Mais les similitudes s’arrêtent là.GALERIE ERIC DEVLIN I Voyagez dans le temps avec votre vieille CAM Sur présentation de votre CAM périmée, nous vous offrons un voyage dans le temps à moitié prix.Embarquement immédiat! Le McCord est à deux pas ! Galerie d’art d’Outremont Musée McCord 690, rue Sherbrooke Ouest (angle Victoria) -r——t-’—-"¦’¦"¦-"Ty; GAO 514 495-7419 FRANÇOIS MORELLI jusqu’au 4 février Centre de céramique Bonsecours 444 rué Saint-Gabriel, Vieux-Montréal H2Y 2Z9 www.centreceramiquebonsecours.net CÉRAMIQUE DÉCOUVERTE DE L'ARGILE EXPLORATION ET CREAÎION Tournage, niveaux débutant, intermédiaire et avancé Tournage de la porcelaine (niveau avancé) Tournage, Façonnage et cuisson RAKU (niveau débutanit) Tournage, Façonnage et Cuisson au four à bois (niveau avancé) semaine du 4 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 JANVIER 2 0 0 7 E 7 inûimn I11U111U) • e x Ce n t r i s -t ' EX-CENTRt5.COM / S14.847.2206 ÉDICTION DES FLEURS DOREES (CURSE OF THE GOLDEN FLOWER) / ZHANG YIMOU 14h30 17h00 19H15 21H30 Charmant (mais trop sage) MISS POTTER Réalisation: Chris Noonan.Scénario: Richard Maltby.Avec Renée Zellweger, Ewan McGregor, Emily Watson, Barbara Flynn, Bill Paterson, Matyelok Gibbs, Lloyd Owen.Image: Andrew Dunn.Musique: Maggie Rod-ford.Montage: Robin Sales.ODILE TREMBLAY Voici une charmante (mais trop sage) biographie de la grande auteure britannique Beatrix Potter.Au début du XX' siècle, ses contes pour enfants s’appuyaient sur un talent de dessinatrice hors du commun: oies et lapins en fête.Ce film de facture classique, avec des clins d’œil oniriques, constitue le portrait de cette femme libre dans une Grande-Bretagne collet monté, corsetée sous les convenances.D’origine australienne, le cinéaste Chris Noonan nous avait donné en 1995 le merveilleux Babe, histoire de cochon parlant devenu star qui fit un malheur au guichet.Son Miss Potter n’a pas l’originalité de cette extraordinaire chronique animalière, mais l’humour et la fantaisie demeurent au poste, quoiqu’en mode mineur.En entrant dans la peau de Bridget Jones, l’Américaine Renée Zellweger avait déjà convaincu la Grande-Bretagne qu’elle pouvait incarner une Anglaise pure tasse de thé, accent y compris.Sa Miss Potter le confirme.Le film offre une incursion dans le monde de la bourgeoisie londonienne victorienne, dont la créatrice de The Tale of Peter Rabbit est issue.L’action se déroule au début du XX' siècle, alors que la dessinatrice a renoncé au profil conformiste de la fille à marier et trouve un éditeur pour asseoir ses créatures fantaisistes sur les rayons des libraires.Elle va obtenir un succès monstre.Le film aborde des aspects multiples de la vie de cette femme artiste: ses rapports épineux avec ses parents, qui lui collent un chaperon aux basques, ses amours, sa passion créatrice, la ferme de rêve qu’elle a acquise dans la région du Lake District.L’époque renaît en arrière-plan avec son puritanisme exacerbé, ses interdits, ses conventions étouffantes, que seule une personnalité brûlante pouvait secouer.Aux côtés de Renée Zellweger, vraiment convaincante à la tête de cet univers enchanté, Ewan McGregor incarne l’éditeur amoureux timide et charmant.Quant à Emily Watson, elle crève l’écran en amie assoiffée elle aussi de liberté.La distribution est forte, les décors et costumes, éloquents.Les robes empesées des femmes en disent davantage sur leur condition d’asservissement que tous les discours rétrogrades de la mère de l’artiste.Bon! Le film aurait pu pousser plus loin la fantaisie.Lapins, oies, hérissons et compagnie ont beau s’animer sous le crayon de la dessinatrice, en bougeant de concert, reste que Chris Noonan a choisi la voie de la biographie conventionnelle et sa mise en scène demeure trop discrète pour un sujet aussi éclaté.Miss Potter saura plaire à tous les publics mais ne suscitera pas l’engouement qu’a connu Babe.Le Devoir La distribution est forte, les décors et costumes, éloquents Au pays de la mémoire blessée LE CÔTÉ OBSCUR DE LA DAME BLANCHE Réalisation: Patricio Henriquez.Image: Raul Cuevas, Rénald Bel-lemare, Sylvestre Guidi, Ricardo Correa, Patricio Henriquez.Musique: Robert M.Lepage.Montage: Michel Grou.ODILE TREMBLAY Le Côté obscur de la dame blanche est l’un des plus beaux documentaires de Patricio Henriquez.11 a su y capter la poésie derrière l’horreur et placer dos à dos beauté et cruauté extrême comme des sœurs siamoises.Ce cinéaste engagé d’origine chilienne établi à Montréal a souvent abordé le cauchemar du régime Pinochet, notamment à travers 11 septembre 1973, le dernier combat de Salvador Allende et Images d’une dictature.Pinochet est mort le mois dernier, mais ses généraux et ses hommes de main courent toujours.Esmeralda, blanc voilier à quatre mats, navire-école et fleuron de la marine chilienne, surnommé «la dame blanche», a vécu l’enfer dans ses flancs.Séquestrations et tortures, s’y sont succédé après le coup d’Etat de la junte en 1977.Amarré au port de Valparaiso, il fut un navire-prison., Trente ans plus tard, l’État chilien reconnaît l’existence des crimes passés, mais la marine refuse de dévoiler le nom des marins qui ont torturé les opposants au régime.L’omerta entoure ces jours noirs.Ici, les témoignages poignants des victimes alternent avec le malaise des anciens officiers qui manient la langue de bois.Des images superbes et la musique lancinante de Robert M.Lepage font contraste avec le propos, le rendant plus sombre encore.Ce port de Valparaiso, si paisible avec ses maisons qui grimpent le cap, ses funiculaires romantiques, son charme colonial, s'oppose au noir passé, à l’instar du superbe voilier hanté par ses fantômes.Hautement et ouvertement politique, le documentaire, qui repose sur une imposante recherche, se fait en partenariat avec Amnistie internationale, organisme en faveur de poursuites judiciaires contre les anciens tor-tiopnaires chiliens.A l’écran et pour la première fois de sa vie, une femme vient témoigner des sévices sexuels subis à bord de YEsmeralda, évoquant le plaisir mêlé de répulsion éprouvé alors.L’ancien maire de Valparaiso, le professeur de philosophie Sergio Vuskovic Rojo, nous livre sa réflexion sur la torture, alors que la sœur d’un prêtre assassiné sur YEsmeralda, qui réclame justice depuis trente ans, ne rencontre que bouches cousues.On verra les manifestations des victimes se heurter à l’indifférence générale, alors que le voilier-école s’apprête à reprendre la mer.Les vagues, le roulis, le soleil sur les voiles immaculées nous entraînent dans un voyage au cœur des ténèbres, terrible et magnifique, sur la mémoire blessée d’un pays amnésique.Le Devoir SOURCE ONF L’Esmeralda, blanc voilier à quatre mats, navire-école et fleuron de la marine chilienne, surnommé «la dame blanche».Bouleversante chronique de ruelle HICHAM LABIB Ces filles-là aborde avec une grande générosité et sans aucun préjugé l’univers des adolescentes de la rue dans un quartier du Caire.\ S V CES FILLES-LÀ (EL-BANATE DDL) Réalisation: Tahani Rached.Image: Nancy Abdel-Fattah.Montage: Mona Rabie,, Musique: Tamer Karawan.À Ex-Centris.ODILE TREMBLAY La documentariste d’origine égyptienne Tahani Rached, qui travailla plus de vingt ans à l’ONF de Montréal, eut la surprise de voir son premier film indépendant après son départ de l’ONF retenu en sélection officielle au dernier Festival de Cannes.Brillant démarrage pour Ces filles-là, produit en Egypte par les Studios Masr, qui célébraient avec ce film leur renaissance.Posant un rare regard sur une collectivité mal connue, méprisée, que la cinéaste apprivoisa avec beaucoup de patience, Ces filles-là aborde avec une grande générosité et sans aucun préjugé l’univers des adolescentes de la rue dans un quartier du Caire.Leur quotidien balisé de violence, de drogue, de grossesses sans père, peut sembler un pur cauchemar.11 n’est jamais exempt de joies, de solidarité, de courage surtout.Se refusant à brosser un portrait totalement sombre de celles que les bonnes âmes appellent «ces filles-là» mais qui pourraient offrir des leçons d’humanité à tant de bien-pensants, Tahani Rached livre une bouleversante chronique d’un microcosme régi par ses propres règles.De partout viennent les menaces: de la police inquisitrice, des parents violents, des compagnons de rue qui kidnappent les filles pour en faire des esclaves sexuelles, lorsqu’ils ne (entent pas de les balafrer.En Égypte, on ne badine pas avec la virgini- té.Leur marginalité est totale, leur vulnérabilité, infinie sous les armures.Plusieurs images du film sont très puissantes.Dès le début, une des jeunes filles galopant sur un cheval manifeste une joie de vivre plus forte que toutes les horreurs balisant son existence.Ces adolescentes marient le rire et les jeux aux plus terribles souvenirs.Les enfances malheureuses de fillettes maltraitées se dessinent partout en filigrane.Entre elles, les batailles alternent avec les fous rires, avec l’amitié qui les lie à la vie à la mort Ces filles-là nous fait connaître aussi l’angélique Hind, une femme qui aide les jeunes itinérantes, les guide, les aime surtout, travailleuse sociale sans le titre.La force du film repose sur la vie elle-même dont les héroïnes débordent.La caméra a su se mettre à l’affût de cet univers de la marge, capté de plein fouet, dans un décor presque surréaliste: autos abandonnées, boîtes de carton en guise de ber- ceaux, ruelles menaçantes, courses dans la nuit Les jeunes visages féminins, beaux et puissants, leurs témoignages ahurissants de misère sublimée nous hantent longtemps.On peut reprocher au documentaire un certain flou, une structure qui cherche parfois son épine dorsale, mais il s’inscrit en nous avec sa faune aussi libre qu’opprimée, comme une invitation tacite à toutes les tolérances.Le Devoir ou réalisateur DE HEROS F.T LE SECRET DES POIGNARDS VOLANTS cia gJj cJj Eij ^ I-«»• I ¦¦»-1 —»• »¦¦¦-» «i ¦-««¦i-» B «UN SPECTACLE CAPTIVANT! CHOW YUN FAT EST MAGNIFIQUEMENT MALÉFIQUE.GONG LI A UN REGARD FOUDROYANT.» Richard Corii», TIME MAGAZINE «UNE PARTIE ÉPOPÉE D’ARTS MARTIAUX ET UNE PARTIE LE LION EN HIVER.» TNTEKTAINMENT WEEKLY «EPOUSTOUFLANT! UN HLM VISUELLEMENT SPECTACULAIRE.GONG U EST SENSATIONNELLE.» -fete Hammond, MAXIM «L'une des meilleures comédies écrites ces dernières années.» JDD «Hilarant touchant et émouvant!» Zurban «Une comédie joyeuse et bien ficelée!» Figaroscope «Original, drôle et stylé!» Télé 7 Jours GAGNANT L'UN DES MEILLEURS FILMS DE L'ANNEE CHOW YUN FAT GONG LI La MALÉoicnoN des FLEURS DORÉES ( Curse of the Golden Flower ) ET SI VOTRE IDOLE N'AVAIT JAMAIS EXISTÉ?.FABRICE LUCHINI JOHNNY HALLYDAY un film de ZHANG YIMOU WWW.SONYCLASSICS.COM Présentement à L'AFFICHE |-CIN£PLEX «VERT1SSOOEMT-1 .IsTABcntiiiotrmÉÂL/l _______________1 nCINEPLEX DtVERTlSSEMENT-, l-CINÉMA-Il-MÉOA-PLEX-» GUZZO-1 l-CINEPLEX DCVEHTISSEMENT-, EX-CENTRIS ?11 VERSAILLES ?11 ST-EU STAC HE ?] | JACQUES&AKT1ER 14 ?! | BROSSARD^ l I-CINÉMA PINE-1 ( MAISON DU CINÉMA 1 -CINÉMA-I P dNEPLEX DIVEHT1SSEMENT-.r- CINEPCEX CRVHRTISSEMENT-, I STE-ADÉLE ?11 SHERBROOKE ?11 LE CLAP ?llBEAUPORT ?llCieiEXOOEOWSTE-fOY/l ¦ VERSION ORIGINALE AVEC SOUS-TITRES A 13 I CINEMAS AMC -11 ONEMM FORTUNECINEMAS FORTUNE i CINEMA» FORTUNE——1 Ile forum 22 ?1 Icarr.anqwonon ?1 Icôte-des-heiqesTI[cavendish (Maio ^ l ?SON | MÉGA-PLEX- GUZZO —J f— LES CINÉMAS GUZZO —I r— MÉOA-PLEX” GUZZO I DKiïTAL ISPHERETECH 14 ?! | DES SOURCES 10 ?1 [TASCHEREAU 18 ?I métropole PRÉSENTEMENT À L'AFFICHE [QUWIERlATrN UlT,7l [i^USTAClüTl i-CINEPLEX DIVERTISSEMENT -i CINÉMAS FORTUNE- r— MAISON DU CINÉMA —n P— CINÉMAS FORTUNE I | BOUCHERVILLE ?11STARCITÉ HULLt'l [SHERBROOKE ?| IsTARCITÉ STE-FOY ?! JH ?SON DIGITAL [ -——CINÉMA-1 rÇlNEPLEX DnjmæEMENT-, CONSULTEZ LES GUIDES t-E CLAP ?11 BEAUPORT ?| horaires des cinémas ftgfes-: ÜS5I i*IS Bibliothèque et Archives nationales du Québec et l’Institut du Nouveau Monde vous invitent à assister à fa table ronde LA CULTURE QUÉBÉCOISE AU CONTACT DU PLURALISME CULTUREL ET RELIGIEUX présentée dans le cadre des Midis citoyens BAnQ/INM à l'Auditorium de la Grande Bibliothèque 475, boulevard De Maisonneuve Est métro Berri-UOAM L» jeudi 18 janvier 2007 de 12 h 30 à 14 h Table ronde animée par Ariane Émond, avec : Georges Leroux, professeur au Département de philosophie, à l’UQAM Jacques Beauchemin, professeur au Département de sociologie, à l’UQAM Tanla Kontoyanni, comédienne et auteure Karina Goma, journaliste et documentariste Avec la participation de Michel Vanne, directeur général de TINM Entrée libre dans la limite des 300 places disponibles www.banq.qc.ca www.inm.qc.ca BHMtothèqv Québec an % r LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 JANVIER 2007 E 8 Cinûmo BAI XIAO YAN Dans Curse of the Golden Flower, la vérité n’a rien d’historique, entièrement soumise aux lois du spectacle.Shakespeare sauce chinoise CURSE OF THE GOLDEN FLOWER (V.F.: LA MALÉDICTION DES FLEURS DORÉES) Réalisation: Zhang Yimou.Scénario: Wu Nan, Bian Zhihong.Avec Chow Yun Fat Gong Li, Jay Chou, Lie Ye, Chen Jin.Image: Zhao Ziaoding.Montage: Chen Long.Musique: Shigeru Ume-bayashi.Chine, 2006,114 minutes.V.o.en mandarin avec s.-t français ou anglais.ANDRÉ LAVOIE Le cinéaste chinois Zhang Yimou revient au cinéma-spectacle après une parenthèse mélancolique (Riding Alone far Thousands of Miles), troisième incursion dans l’univers du film d’arts martiaux enrobé de prétentions historiques et de décors opulents.Or on retrouve dans Curse of the Golden Flower me gravité toute shakespearienne, un ton étranger à Hero et House of Flying Daggers, de superbes divertissements qui étonnent encore de la part d’un cinéaste jadis plus critique à l’égard des us et coutumes de son pays.Ceux qui s’ennuient du réalisateur de Ju Dou et de Raise the Red Lantern doivent donc prendre leur mal en patience.Curse of the Golden Flower nous ramène encore une fois en des temps lointains, aux derniers jours (sanglants et chaotiques) de la dynastie Tang, en 928, alors que la Chine est toujours menacée par les Mongols.Mais la famille impé- riale semble avoir d’autres soucis, dont celui de s’entredéchirer.L’impératrice (Gong Li) avale avec régularité des potions pour soigner son anémie même si ses douleurs ne font que s’amplifier.Le protocole étant très strict, l’empereur (Chow Yun Fat) y veille, de mèche avec le médecin royal qui ajoute un ingrédient destiné à lui faire perdre la raison.A l’occasion de la fête de Choang Yang, les trois fils de la famille reviennent au bercail pour participer aux intrigues du palais.Entre le prince héritier Wan (Liu Ye) qui couche à la fois avec sa belle-mère — il est né d’un précédent mariage de l’empereur et se croit orphelin de mère — et la fille du médecin, le cadet (Qin Junjie) se sent injustement négligé tandis que le prince Jai (Jay Chou) accepte de participer à une rébellion fomentée par l’impératrice.Grâce à une espionne — dont il faut taire l’identité pour ne pas altérer le plaisir —, elle découvre les manigances de son époux, raison de plus d’orchestrer sa vengeance.Les sinologues patentés et autres férus d’histoire se sentiront égarés, voire trahis, devant cette nouvelle extravagance signée Zhang Yimou.Dans Curse of the Golden Flower, la vérité n’a rien d’historique, entièrement soumise aux lois du spectacle, celui d’une tragédie qui s’inspire des tourments de Hamlet et du roi Lear avec son habituelle effusion de sang et de révélations fracassantes.Mais alors que les âmes troublées de ses personnages peinent à voir la lumière — obscurantisme accentué par BABEL (avec a.-t.français) tous tea jours: 16h4Q.1BH15 DBRNMRS JOURS BABEL (avec s.-t.anglais) sam.et dim.: 13h00, 21h00 lun.mar.mer, et jeu.: 21 hOO OMRMtKRS JOURS SHORTBUS (v.o.anglaise avec s.-t.français) O DMRMIMR9 JOURS sam, et dim.: 14h00, 21h15 lun.mar.mer, et Jeu.: 21h15 UILLUSION TRANQUILLE to nouveau film québécois - tous les jours: 19h48 PAYSAGES FABRIQUÉS (v.o.anglaise avec s.-t.français) tous les Jours: 10h00.IflhOO D*.K 19 Janvier EN EXCLUSIVITE: LETTERS FROM IWO JIMA de Cllnt Ea.twood PS» te 19 Janvier en ».o.espagnole nvc a t françal»: LE LABYRINTHE DE PAN 3575, avenue du Parc ?(SH) 28 I - I 900 3 heures de STATIONNEMENT GRATUIT www.cinemaduparc.com /GAGNANT) * Meilleur Documentaire • European Film Awards ' «FASCINANT, CAPTIVANT, PASSIONNANT! Atkavers un rythme feutré et une mise en scène HARMONIEUSE, M GRÛN1NG RÈVÈUE LA BEAUTÉ» MANOHIA DAJLGIS TME NEW YOUTIMIS en ni» os mtimp SEN EXCLUSIVITÉ! varalon originale française et latine avec eourtftriSMglili | j «uctr.! «•a.as Mat :11W0~Ï4M0 - SIM» / Mar : tÏMO / Jse: 14M0-I1M0 PRÉSENTEMENT A L'AFFICHE V»R«KJN OniOINIUS FtUNÇAIte .i—III II rèÂRisMsrfêgsüifoffSia CONSULTEZ LES OUIO€8 HORAIRES DES CINÉMAS r GAGNANT! A .MEILLEUR FILM CANADIEN J ^ ^ TORONTO FILAA FUTtVAt «Boulversant.Un rayaga d'une grande beauté.» UN FILM DE ROBERT GUEDIGUIAN IM FIA OE JENMFERgMnWt un scénario encombré d’intrigues dont on peine parfois à suivre la logique narrative —, ceux-ci déambulent dans des décors aux couleurs chatoyantes, splendide bric-à-brac de discothèque branchée bien plus que de palais impériaL Une fois encore, l’esthète prend le pas sur le conteur, Zhang Yimou livrant une superproduction où les stars traversent l’écran avec panache, drapés d’étoffes qui auraient rendu Uberace fou de jalousie.Et que dire de l’affrontement final?Une immense bagarre réglée avec tant de précision et de minutie dans les acrobaties qu’on en oublie ses ficelles numériques.L’envoûtement de Curse of the Golden Flower ne tient pas seulement à une direction artistique exemplaire.Zhang Yimou renoue enfin avec celle qui fut sa muse, Gong Li; leurs talents respectifs sont toujours décuplés lorsqu’ils travaillent main dans la main.Mieux servie par ses compatriotes (et nettement plus à l’aise en mandarin qu’en anglais, à en juger par sa piètre performance dans Miami Vice), Gong Li affiche une élégance que le temps ne peut altérer.Malgré une absence prolongée, elle demeure la reine, ou plutôt l’impératrice, incontestée du cinéma de Zhang Yimou.Collaborateur du Devoir Pas de vacances pour les idoles JEAN-PHILIPPE Réalisation: Laurent TueL Scénario: Christophe Turpin.Avec Fabrice Luchini, Johnny Hallyday, Guilaine Londez, Antoine Dulery.Image: Denis Rouden.Montage: Valérie Deseine.Musique: André Manoukian.France, 2006, 90 min.ANDRÉ LAVOIE Dans Jean-Philippe, Laurent Tuel (Un jeu d’enfants) pose une question qui ferait frémir la France d’horreur si celle
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