Le devoir, 24 décembre 2002, Cahier A
w w w .I t'd o \ o i r .r o V o l .X f III X 2 9 :5 ?Nombre record de sans-abri à New York Malgré une économie florissante, Rudolph Giuliani avait imposé des compressions d'au moins 40 % aux budgets alloués aux projets dViabitations à loyer modique Il aura fallu la rébellion d’un agent de police refusant d’arrêter un sans-abri, des températures chutant bien sous zéro et une tempête de neige aussi magnifique pour les nantis que dramatique pour les sans-abri pour faire réagir la Ville de New York, jusqu’à présent complètement dépassée par le problème.MARION PIEKAREC New York — Trente-huit mille personnes seraient actuellement dans le réseau des maisons d’hébergement de la Ville ou vivraient dans la rue.Un record de tous les temps dans l’histoire de New York.Au cours des dernières semaines, le maire Michael Bloomberg a annoncé un plan ambitieux pour faire face à cette crisç.Une obligation: New York est la seule ville aux Etats-Unis à être juridiquement tenue de trouver un hébergement pour toute personne qui en fait la demande.Les prières répétées d'organisations comme Housing First, une coalition de chefs religieux, de chefs d’entreprise et de responsables d’associations caritatives, à l’intention du maire de New York, Michael Bloomberg, pour qu’il lance un plan d’investissement visant à créer 185 000 unités de logement à loyer modique en dix ans ont été entendues.Le 11 décembre dernier, le maire a annoncé un plan de trois milliards $US destiné à créer des dizaines de milliers d’unités de logement au cours des cinq prochaines années, mettant ainsi fin à plus d’une décennie de refus de la Ville de New York d’injecter des fonds publics dans le logement.Cette décennie correspond à peu près au règne de Rudolph Giuliani.Celui-ci, malgré une économie florissante, avait imposé des compressions d’au moins 40 % aux budgets alloués aux projets d’habitations à loyer modique et d’habitations spécialisées.«C’est d’autant plus dommage que l’on avait un système, installé en 1990, qui fonctionnait à merveille», dit David Marquee, analyste politique principal à la Coalition For The Homeless.Un accord entre la Ville et l’Etat VOIR PAGE A 8: SANS-ABRI «C’est d’autant plus dommage que l’on avait un système, installé en 1990, qui fonctionnait à merveille» EN CRISE, LA MÉDECINE?Quel avenir pour la médecine de pointe?\ ¦ A lire en page A 4 f* m h 1 DEVOIR I K M A 11 1)1 2 1 I) E < E M B I! E 2 O (I 2 ILLUSTRATION II FI" II' Le réveillon de la sorcière Odile Tremblay Le Devoir Il était une fois (et cette fois est peut-être aujourd’hui) une vieille sorcière à fichu, au nez crochu, au dos bossu, au châle à franges crocheté «là-bas», la vieille Pratesi disait toujours «là-bas» à l’heure d’évoquer son pays d’origine, avec un accent sicilien qui chantait.«Là-bas» était son paradis perdu.Noël frappait à sa porte, rue de l’Esplanade, comme à la porte des voisins, bien entendu.Le calendrier ne fait pas de discrimination.Même envers une vieille sorcière italienne mal décrochée de l’Hal-loween, qui n’aspire qu’à changer de saison.C’était écrit noir sur blanc à la une du Journal de Montréal: «24 décembre: veille de Noël».Et, en plus petits caractères: «Dépêchez-vous d’acheter vos derniers cadeaux.» Doux Jésus! On y était.Dehors, la lune était cristalline, accrochée là comme une décoration de Noël.Par la fenêtre, la vieille lui dit bonjour en patois sicilien, avec des mots surgis d’ailleurs.Elle se prénommait Teresa, mais qui, à part la lune, se souvenait encore de son petit nom?Surtout ici?La lune lui lança un clin d’œil coquin et lui susurra quelques mots doux qui firent rougir ses joues flétries.Puis, un vent de réalité la rappela à l’ordre.Montréal: la neige, le froid, le calcium.« Noël, c’est pour les gens heureux, pas frileux et pas gâteux» les souffleuses roulant des mécaniques pour intimider tout ce qui bouge, le village du père Noël étalé plein kitsch au Complexe Desjardins! Une sorcière italienne, même aux dons un peu ramollis, se sent persécutée pour moins que ça.«Noël, c’est pour les gens heureux, pas frileux et pas gâteux.» Du moins, c’est ce que se répétait la vieille en enfournant ses bonhommes de pain d’épices.Et si vous vous demandez pourquoi une dame à fichu, un peu sorcière par surcroît et Italienne à Montréal en proie au mal du pays depuis 40 ans, enfourne des bonhommes de pain d’épices la veille de Noël, sans visiteurs pour les manger, c’est que vous ne croyez pas aux miracles.la vieille Pratesi croyait aux miracles, mais en ronchonnant.Elle frottait et invoquait tour à tour ses amulettes, son chapelet et son traîneau de père Noël en plastique, logeant Dieu, diable et lutins à la même enseigne magique pour économiser les prières.Trois dans une.L’aubaine! On l'aura compris: la dame attendait quelqu’un sans l’espérer vraiment, d’où l’agitation et l’angoisse qui étreignaient ses doigts crochus.Elle attendait Lucio, son fiancé de «là-bas», celui qui l’appelait autrefois Teresa avec tant de douceur que le duvet de son bras en frémissait juste à l’évo- VOIR PAGE A 8: RÉVEILLON N D E X Annonces._B5 Avis publics.B 3 Bourse.S.B 4 Culture.B 8 Économie.B 1 Éditorial.A 6 Idées.A7.Météo.B3 Monde.A 5 Mots croisés.B 3 Sports.B6 Tétfrvision.B 7 Sauvetage du père Noël sur le toit d’une école Les pompiers et les policiers de Sainte-Anne-de-Beaupré sauvent la légende MARIE-ANDRÉE CHOUINARD LE DEVOIR Fiou! Il s’en est fallu de peu que le père Noël reste coincé sur le toit d’une école primaire de Sainte-Anne-de-Beaupré et doive remettre à l’an prochain sa traditionnelle tournée des cheminées.Mais grâce aux bons soins d’une équipe de pompiers, à la vigilance de deux policiers et, surtouL à la magie d’une enseignante de maternelle, le grand voyageur a été rescapé de ce mauvais pas.On pourrait presque commencer cette histoire par «il était une fois» tant elle a toutes les caractéristiques nécessaires pour figurer au registre des grands livres de contes.Pourtant, malgré l’emballage féerique, tout ce qui suit est bel et bien vrai.C’est la magie de Danielle Simard, qui enseigne depuis 35 ans au niveau maternel, qui a rendu possible cette belle aventure.Amie privilégiée du père Noël — «le vrai de vrai!», assure-t-elle —, cette prof de l’école primaire de la Place de l’Éveil, à Sainte-Anne-de-Beaupré, organise depuis des années pour ses tout-petits un réveillon de Noël, conviant les parents à venir déposer leurs enfants le soir à 7h, frais sortis du bain et vêtus de leur pyjama, pour les reprendre le lendemain matin, à 8h.Clou de cette nuit passée à dormir à l’école — un événement en soi pour des petits de cinq ans —, le père Noël meuble invariablement le réveillon de Noël et, à côté des «petits sandwichs pas de croûte» et du jus de raisin en pleine nuit, c’est toujours lui qui vole la vedette.VOIR PAGE A 8: SAUVETAGE # 7 ?T \\is I $ Deux guerres à la fois : Bagdad et Pyongyang / Les Etats-Unis pourraient remporter deux victoires décisives en même temps, dit Rumsfeld REUTERS ET AGENCE ERANUE PRESSE Washington — Ix's Etats-Unis ont déclaré hier que la crise irakienne ne les empêche pas de suivre attentivement les développements en Corée du Nord.Se disant décidés à ne pas céder au «chantage» nord-coréen, les responsables américains, tout en réitérant leur préférence pour la diplomatie, ont pour la première fois évoqué ouvertement le possibilité d’un conflit armé.«Nous sommes en mesure de nous engager sur deux conflits régionaux majeurs.Nous sommes capables d’emporter une victoire décisive dans l’un et d’infliger une défaite rapide dans l’autre.Il n'y a aucun doute là-dessus», a déclaré hier le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld.le1 chef du Pentagone a ajouté, en réponse à une question d’un journaliste, que Pyongyang ferait une erreur en se croyant à l’abri de toute réaction américaine à la reprise de son programme nucléaire en raison de l’Irak.«Fendant de longues années, on a tenté la diplomatie au sujet de l’Irak et ç'a été un fiasco.[.] Im situation en Corée du Nord est relativement récente.Ixi diplomatie en est à ses débuts» et elle est «justifiée», a déclaré le secrétaire à la Défense américain en rappelant les concertations avec la Russie, la Chine, le Japon et la Corée du Sud pour amener Pyongyang à composer.Mais en même temps, M.Rumsfeld a fait preuve de fermeté en réponse aux questions des journalistes, dénonçant le régime stalinien pour «ses camps de concentration» et le fait qu’TZ affame» sa population.la Corée du Nord, accusée de vouloir développer des armes de destruction massive et rangée dans un «axe du mal» avec l’Irak et l’Iran par le président George Bush, a annoncé son intention de réactiver son réacteur de Yongbyong, qui pourrait produire du VOIR PAGE A 8: GUERRES wÊÊÊm ?>î '?JOYEUX NOËL Le Devoir ne sera pas publié demain, jour de Noël, ni jeudi.De retour vendredi.Un contrepoids au désenchantement contemporain JACQUES GRAND M* Réenchanfc [a vie Jacques Grand’maison Réenchanter la VIE 296 PAGES • 24,95$ 778313000658 L E DEVOIR, LE MARDI 24 D E < E M B R E 2 0 0 2 A 'l ?E S A C T E ALITES- Un premier Noël sobre Résister à la tentation et apprendre à s'amuser autrement: tel est le défi pour 35 OOO alcooliques et toxicomanes au Québec L’alcool coule à flots dans le temps des Fêtes et les occasions de faire la fête ne manquent pas.Mais plus de 35 000 alcooliques et toxicomanes au Québec résisteront à la tentation de la fameuse coupe de champagne de minuit.Lors d’une visite à la clinique de désintoxication du Nouveau Départ, Le Devoir a rencontré quelques-uns de ces courageux qui célébreront bientôt leur premier Noël sobre.CLAIRANDRÉE CAUCHY LE DEVOIR Moment de réjouissances, de retrouvailles mais aussi de bilans, le temps des Fêtes est une période intense à la Clinique du Nouveau Départ: «Beaucoup de gens amorcent des cures juste avant les Fêtes ou au début janvier», explique la directrice, Anne Fortin.Di fatigue, les émotions et la nostalgie sont au rendez-vous.Un c(x:ktail dangereux pour un alcoolique ou un toxicomane abstinent.«Noël, c'est une grosse excuse pour boire», explique Stéphanie (nom fictif), a sa deuxieme semaine à la clinique.«L'an dernier, j'ai passé deux semaines en boisson, presque 24 heures sur 24.Ma mère remplissait le bar avant les Fêtes et on le vidait en deux semaines.» Cette année, la jeune femme de Z,i ans verra la famille de son père au réveillon et retournera à la clinique |x>ur le reste des Fêtes.«Je ne me sentais pas à l’aise de passer Noël avec ma mère et ma soeur, toutes deux alcooliques.Ce n'est pas la rencontre que j’aimerais avoir avec eux pour leur expliquer ce qui m’arrive.» Son voisin de table, que nous rebaptiserons John, a lui aussi préféré rester à la clinique.«Je ne suis pas prêt à sortir, surtout dans le temps des Fêtes.Je n ’avais pas le goût de demander qu’il n’y ait pas d’alcool dans le party pour moi», confie le musicien de 26 ans.Tôt ou tard, John devra cependant côtoyer des gens qui consomment.«Ix milieu de la musique est un monde de consommation.Je n'ai jamais fait un spectacle à jeun.J’ai un peu peur de savoir si je vais aimer ça autant.» Contrairement à John, l’entourage de Diane (nom fictiO ne boit pas.«Je me cachais pour boire.Mais fi- nalement, tout le monde devait s’en rendre compte.» Cette année, Diane s’est fait le plus beau cadeau de fête de sa vie.Elle a fait sa valise et s’est rendue à la clinique, sans même savoir si elle y resterait Elle s’apprête maintenant à passer «un Noël honnête en famille», à la grande joie de sa mère, pour qui c’est le plus beau cadeau de Noël.Changer ses priorités Arrêter de consommer signifie aussi changer ses habitudes de vie.Militaire de carrière, celui que nous appellerons Jean a replongé dans la bouteille après une thérapie de sept semaines.Vendredi dernier, il terminait une semaine de «recyclage» et était bien déterminé à passer un temps des Fêtes dans la paix et la sérénité avec sa conjointe et ses deux grands adolescents.Au menu: ski, réveillon familial et quelques réunions des Alcooliques anonymes.«Cette année, papa va être sobre!» Son séjour à la clinique l’incite à revoir la signification même du temps des Fêtes: «Je ne veux plus m’astreindre à faire le tour des partys de bureau, des réceptions et des cocktails.Cela devient plus important de passer du bon temps avec ma famille.» Récemment, Jean a d’ailleurs quitté un souper bien arrosé entre amis après avoir senti le niveau d’alcoolémie ambiant monter «Je ne veux plus subir la boisson des autres.Nous avons embrassé tout le monde et sommes allés louer un film!» L'homme de 41 ans a tenu à bien informer son entourage de sa maladie.«Si j’étais allergique aux crevettes, on ne m'offrirait pas de crevettes.C’est la même chose avec l’alcool, et je demande aux gens de respecter mon choix.» C’est d'ailleurs ce que recommandent les profes- sionnels qui viennent en aide aux dépendants.«On est souvent porté à le cacher dans les rencontres familiales.On ne sait pas comment les autres vont interpréter notre maladie, et on a peur de les inquiéter.Mais le dire, c’est comme accéder à la liberté.» N’empêche que la tâche est difficile, en particulier pour les plus jeunes.A 23 ans, Stéphanie s'inquiète de la façon dont ses amis vont prendre la nouvelle.«Les gens de mon âge se retrouvent dans les bars ou sortent souper avec une bonne bouteille de vin.Ils ne comprennent pas vraiment que je ne boive pas.J’angoisse un peu.Où est-ce que je vais rencontrer mon futur chum, au bingo?», s'exclame-t-elle en riant «J’ai l’impression que les gens sont mal à l’aise quand je dis que je ne bois pas, comme si ça les provoquait», explique la jeune femme.Elle craint d’ailleurs de se faire dire: «Ben voyons, tu peux quand même prendre juste un verre!» La directrice de la clinique, Anne Fortin, constate que plusieurs personnes ne savent pas comment réagir devant une personne abstinente.«Mais les gens n’ont pas à changer leur comportement.C’est la personne qui a un problème qui doit changer», fait-elle valoir.Apprendre à fêter sans fêter Et c’est ce à quoi s’attellent les personnes rencontrées.«Je me sens comme un handicapé qui recommence à marcher.Mais je sens que chaque jour mon aura est plus rayonnante», résume Diane, une étincelle dans les yeux.Vivre sans alcool et sans drogue, c'est aussi apprendre à s’amuser autrement.Défonce et fête sont intimement liées dans l’esprit de ces personnes, comme pour une bonne partie de la population.«Je dois maintenant réapprendre à faire la fête sans fêter», conclut John.Alors, lorsque votre beau-frère déclinera le verre de vin à Noël, demandez-vous si vous insisteriez pour qu’il mange des crevettes.A l’instar de quelque 35 000 Alcooliques anonymes, peut-être a-t-il ses raisons.Pour plus d’information sur la maladie ou pour connaître les horaires des réunions des Alcooliques anonymes et des Narcotiques anonymes dans votre région: wvuw.aa-quebec.org vl www.naquebec.org.ARCHIVES LE DEVOIR Arrêter de consommer signifie changer ses habitudes de vie.Chauve-souris enragée à Trois-Rivières Ecrasement d’avion en Iran Trois-Rivières (PC) — Près d’une quarantaine d’habitants de la région de Trois-Rivières pourraient être vaccinés contre la rage à la suite de la découverte, au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières, d’une chauvi ^souris porteuse de cette maladie mortelle.I.e vaccin a été offert à toutes les personnes hospitalisées dans le pavillon touché dans les jours qui ont précédé la découverte.L’infectiologue Jean Bouchard estime cependant que le risque de contamination est limité.Ce n'est pas la première fois qu’une chauve-souris est découverte au CHRTR.Cette année seulement, 26 ont été capturées par le personnel de l’établissement «La direction fait une lutte constante aux chauve-souris.Elles peuvent d'ailleurs difficilement passer inaperçues dans l’établissement parce que le personnel est présent durant les trois quarts de travail, a expliqué le Dr Bouchard.Chaque fois qu 'une chauve-souris est capturée, elle est envoyée au laboratoire spécialisé pour un examen.» Librairie Livres • Musique • Films • Cadeaux • Jeux SOLDE D'APRÈS NOEL LE 26 DÉCEMBRE sur tous les articles à prix courant à l’exception des revues et des journaux.sur les articles de décoration et de papeterie de Noël.AUCUN ÉCHANGE LE 26 DÉCEMBRE MM.ch 14} 342-1515 1155, rua Ste-Cathartna E Tét.: (>14} 527-4477 Carrefour Anfrfgnon Tét.; (514) 1>5-2M7 MM, rua SU De ms TéL: (514) 2WM»M 4301, rua St-Oenit TéL: (514} 4M4564 Succursale Chemptgny 4300, rua Bt-Oenl» TM.: (514) 044-25*7 1432, rua 9t»~Catherine O.TM.: (514) «70-0110 Complexe Deatardfne TM.: (514) 200-4044 5117, avenue du Parc TM.: (514) 270-7051 10*1, rua Fleury E*t TM.: (114) 3*4-0020 Galartaa «f Anjou TéL: (514) 353-2353 Plaça VareaHIaa TM.: (514) 351-0350 Centra Levai TM.: (450) 0024517 Carrefour Laval TM.: (4*0) 551-5032 TM.: (450) 443-5330 TéL: (4M) 653-0540 TéL: (4M) 432-0100 TM.: (4M) 740-0771 Téhéran (AFP) — Quarante-six personnes, des ingénieurs ukrainiens et russes pour la plupart, ont trouvé la mort samedi dans le centre de l’Iran dans un accident d’avion dont aucun passager n’a réchappé.L’avion, un Antonov, qui assurait une liaison entre la Turquie et l’Iran, s’est écrasé à environ 19h30 heure locale, a indiqué un porte-parole de la Direction de l’aviation civile iranienne, cité par la télévision d’Etat Le ministre des Transports, Ahmad Khoram, a indiqué qu’il n’y avait aucun survivant La radio officielle iranienne a indiqué que 46 personnes, dont quatre membres d’équipage, étaient à bord de l’avion et que toutes avaient été tuées.Selon les médias iraniens, l’avion s’est écrasé près du village de Ba-gherabad, dans une zone désertique et montagneuse située au nord est d’Ispahan, alors qu’il descendait vers cette ville.Ironie du sort les passagers du vol étaient des représentants de l’industrie aéronautique ukrainienne, plus quelques Russes, qui se rendaient en Iran pour assister à un vol d’essai.Gambard Vente et service technique ROLEX 630-A RUE CATHCART MONTRÉAL, CENTRE VILLE (514) 866-3876 Marche d’appui à Betancourt Une marche de solidarité a eu lieu à Montréal hier soir pour appuyer la politicienne Ingrid Betancourt, détenue par les Forces armées révolutionnaires colombiennes (PARC).La sénatrice colombienne et candidate du parti Oxygène lors de la dernière élection présidentielle a été enlevée le 23 février dernier.La marche a été organisée à l’initiative du pilote d’hélicoptère québécois Gilles Préjean, qui avait lui aussi été enlevé par les PARC.(Le Devoir) Postes Canada est accusée de favoritisme PRESSE CANADIENNE Ottawa — Des entreprises de messagerie accusent Postes Canada de favoriser injustement la firme Intercom Courrier, de Montréal, proche des libéraux.C’est ce que rapporte le Globe and Mail aujourd’hui en précisant que Postes Canada a investi un million l’an dernier pour acquérir la moitié des parts d’Intelcom.Des entreprises concurrentes, regroupées au sein de l’Alliance pour stopper Postes Canada, se demandent pourquoi Intelcom a été choisie et accusent la Société des postes de faire pression sur ses principaux fournisseurs pour qu’ils fassent affaire avec la compagnie montréalaise.Le Globe précise qu’Intelcom était contrôlée par Daniel Hu-don, un collecteur de fonds du Parti libéral fédéral et ancien membre du comité des finances de l’aile québécoise du parti.Par ailleurs, selon le journal, Intelcom a versé près de 23 000 $ au Parti libéral du Canada en 1998, se plaçant ainsi parmi les 50 donateurs du parti les plus importants au pays.Du côté de Postes Canada, on rejette les accusations, affirmant qu’Intelcom a été choisie parce qu’elle est l’une des dix entreprises de messagerie les plus importantes et une des meilleures au pays.QOn reçoit en grand ! w Demain 20 h Les lundis de Pierre Nadeau Les meilleurs moments : René Lévesque, Pierre Elliott Trudeau, les artistes et le référendum.Réaliution : Normand Nicol 18 h Passe-Partout Réveillon avec la famille de Pruneau et Cannelle.Conte de Grand-Mère.Réalisation : François Côté 18 h 30 Ciné-Cadeau Princes et princesses Six contes en théâtre d’ombres.Deux enfants vivent des histoires dont ils sont les héros.Ça change de fa 35 Télé-Québec telequebec.tv ri I I K l) K V 0 I R .L K M AUDI 2 1 l> K ( K M R R K 2 0 0 2 A :*> -• LE DEVOIR ?- ACTUALITÉS Vente et service technique de Rolex Accès à des médicaments bon marché L’Europe critique l’idée américaine d’un moratoire Bilan de l'année 2002 Massé craint la «catastrophe» ADQ La FTQ prépare sa propre plate-forme politique en vue de la prochaine campagne électorale AGENCE FRANCE-PRESSE Bruxelles — La Commission européenne a estimé lundi que la proposition américaine d'un moratoire des plaintes devant l’OMC contre les pays qui exporteraient des médicaments sous licence obligatoire vers un pays qui en a besoin ne «règle pas le problème» de l’accès aux médicaments des pays qui n’en produisent pas.«Il s'agit d'une proposition importante» mais qui «ne règle pas le problème des pays qui n'ont pas d’installations de production de médicaments», a souligné la porte-parole du commissaire européen au Commerce, Pascal Lamy.La porte-parole a en outre «regretté» l’absence d'accord vendredi dernier à l’OMC sur l’accès de ces pays aux médicaments à bas prix pour combattre les grandes épidémies.A la suite de l’opposition des États-Unis, les 144 pays membres de l'OMC n'ont pas trouvé d'accord vendredi pour favoriser l'accès aux médicaments des pays pauvres sans installations de production pharmaceutique.Washington a suggéré une solution intermédiaire ce week-end en proposant un moratoire sur les plaintes.«Il est dommage que malgré les efforts de médiation exercés par l’Union européenne pour rapprocher les positions, un compromis n’ait pas été trouvé dans ces négociations très importantes», a indiqué la porte-parole du commissaire lamy, qui négocie à l’OMC au nom des Quinze.«L’UE était prête à souscrire à la position de compromis présentée par le président du groupe de négociation, l’ambassadeur mexicain Eduardo Perez-Motta», qui «donnait une définition des maladies» pouvant être couvertes par l'accord sur les exceptions aux brevets «conformes à la déclaration de Doha» l’an dernier, a souligné la porte-parole.«Malgré toutes les assurances données aux Etats-Unis sur le fait que le compromis n’allait pas remettre en cause le droit à la propriété intellectuelle», Washington n’a pas souscrit au compromis, a regretté la porte-parole.La Commission espère qu’un compromis «sera trouvé» en janvier, lorsque les discussions à ce sujet reprendront à l’OMC, a-t-elle ajouté.EN BREF Le PLC est toujours très largement en tête Toronto (PC) — Un sondage Ipsos-Reid réalisé la semaine dernière pour le compte du réseau CTV et le Globe and Mail indique que les Canadiens appuient encore fortement les libéraux de Jean Chrétien.Selon le sondage, 41 % des répondants croient que le Parti libéral du Canada est encore le parti le plus apte à diriger le pays.L'Alliance canadienne arrive deuxième, avec 15 %, et le Parti progressiste-conservateur, troisième, à 13 %.Suivent les néo-démocrates, avec 10 % de la faveur populaire, et le Bloc québécois, avec 5 %.16 % des répondants ont affirmé être indécis.Les libéraux arrivent en tête dans presque toutes les régions, sauf dans les Prairies.Au Québec, ils obtiennent 51 % de la faveur des répondants, contre 19 % pour le Bloc.Le sondeur a aussi demandé aux répondants quel parti, selon eux, constituerait le pire gouvernement.26 % ont ainsi identifié l’Alliance canadienne, 22 % le NPD, 19 % le PLC, 12 % le Parti conservateur et 6 % le Bloc.Le sondage a été réalisé auprès de 1001 Canadiens entre le 17 et le 19 décembre.Sa marge d’erreur est de 3,1 %, 19 fois sur 20.Des élections au printemps au Nouveau-Brunswick?Fredericton (PC) — Il y aura des élections au Nouveau-Brunswick en 2003.Et si on en croit le premier ministre Bernard Lord, elles pourraient bien avoir lieu dès le printemps.«C'est une option qui est ouverte.J’ai indiqué clairement que les élections seraient en 2003.J’ai indiqué que ce serait probablement à la fin de l’été ou au début de l’automne, mais il y a des choses qui peuvent arriver qui font en sorte que vient le moment où c’est le temps de déclencher des élections», a-t-il indiqué lors d’une entrevue accordée à L’Acadie nouvelle.Certains observateurs de la scène politique provinciale croient qu'il pourrait être dangereux d’attendre l’automne pour appeler les électeurs à voter.En effet, la session parlementaire actuelle devrait prendre fin en mars, et il y aurait un délai de plus de six mois entre la fin des travaux et le scrutin.Cependant, au Nouveau-Brunswick, le.printemps a rarement été favorable aux gouvernements sortants.Bernard Lord ne cache pas sa fébrilité à l’idée de partir en campagne électorale.«J’ai hâte à la prochaine élection.J’aime gouverner, évidemment, mais j'aime prendre des décisions, débattre des idées, mettre en place des initiatives, des projets.J’aime faire campagne», a-t-il souligné.Klein promet de ne pas faire comme Chrétien Edmonton (PC) — Le premier ministre conservateur de l'Alberta, Ralph Klein, n’écarte pas la possibilité de se représenter aux prochaines élections provinciales, prévues en 2005, mais ne veut pas s’incruster de force, comme Jean Chrétien.Il a toutefois précisé que son épouse lui a donné le feu vert pour qu'il sollicite un nouveau mandat aux électeurs albertains.«Je peux clairement entendre ce que dit la population», dit M.Klein, qui vient de célébrer ses 60 ans.«Je sais décoder les signaux.Je ne donnerai à personne la chance de me congédier.Je démissionnerai.» Le premier ministre albertain se sent revigoré depuis qu’il a cessé de boire de l'alcool, l’an dernier.Cette décision l’a beaucoup aidé à faire son boulot, estime-t-il.Selon Faron Ellis, un politologue du Ixfihbridge Community College, M.Klein a la chance de pouvoir déterminer lui-même son avenir puisque personne au sein du Parti conservateur ou d’un autre parti ne menace son autorité.«Il est assis sur le siège du conducteur, a dit M.Ellis.T O M M Y CH O l! 1 N A R D LE DEVOIR Néfaste, catastrophique, épouvantable, radical.Le président de la FTQ, Henri Massé, ne tarit pas de critiques contre le programme de l’Action démocratique du Québec (ADQ), de son équipé et de son chef, Mario Dumont.La centrale syndicale s’affaire même à «sensibiliser» ses membres aux propositions adéquistes, élabore en ce moment sa propre plateforme politique et entend être «très active» en vue de la prochaine campagne électorale.«Il n’y a pas de place au Québec pour la droite radicale», a lancé hier Henri Massé lors d'une conférence de presse au cours de laquelle il a dressé un bilan de l'année 2002 à la FTQ.une année positive dans l’ensemble, mais marquée par le plus grand nombre de journées de travail perdues en dix ans en raison de conflits, soit plus de un million de journées, et par un nombre élevé de lock-outs, dont celui qui dure toujours chez Vidéotron.Le président de la plus grande centrale syndicale au Québec s'en est pris longuement à Mario Dumont, «un jeune chef à la tête d’un parti hétéroclite», pourvu de peu d'expérience politique, qui «recule» sur plusieurs volets de son programme.«Ce serait catastrophique si on appliquait intégralement le programme de l'ADQ», a-t-il affirmé.«En santé, avec un système à deux vitesses qui nous rapprocherait de ce qui se passe aux États-Unis, les plus riches seraient soi- gnés et les médecins seraient encouragés à se dégager du système public pour aller dans le système prive, qui est plus payant, a-t-il expliqué.On se dirigerait vers un régime où ceux qui n ont pas d'argent seraient obliges d'attendre davantage.Ce n’est pas vrai qu'on réduirait les listes d’attente avec le programme de l'ADQ: on les allongerait.» Henri Massé estime que le programme adéquiste pourrait être «néfaste» pour les membres de la I-TQ et entraîner des «reculs épouvantables», notamment au chapitre des relations de travail.C’est pourquoi, a-t-il précisé, la FIT) «sensibilise» en ce moment son demi-million de membres aux propositions ade-quistes qui pourraient tenter certains d'entre eux.Selon lui, l'ADQ «démantibulerait» l'article 45 du Code du travail, qui prévoit notamment que sans égard à la division, à la fusion ou au changement de structure juridique d’une entreprise, un nouvel employeur est lié par la convention collective et les procédures s'y rapportant aux lieux et place d'un employeur précédent «On a trop vu ce qui s’est passe en Ontario sur les lois du travail.Nos amis ontariens en ont probablement pour une vingtaine d’années à rebâtir afin de revenir au même niveau où ils étaient avant Mike Harris [l’ex-premier ministre ontarien].On ne veut pas que ça nous arrive au Québec», a-t-il indiqué.La MX} n'a pas encore officiellement pris position pour l’un ou l’autre des partis, ce qui exigerait la tenue d'un conseil spécial, mais Henri Massé précise que la centrale sera «très active» au cours de la cam- pagne électorale, le président dresse un bilan «sans complaisance» du Parti québécois, qu’il félicite entre autres pour sa loi contre la pauvreté, le réseau des garderies «à 5 $ par jour et sa revision des nonin's du travail.Cependant, il déplore l’état dans lequel se re trouve le système de smite, «un dossier qui a servi à la montée de l’ADQ».a-t-il precise.la FIX) n'est pas la première centrale syndicale à s'inquiéter des propositions adequistes et à vouloir en informer ses membres.La CSN a réagi de la même façon, comme l'a démontré sa présidente.Claudette Carbonneau, au début du mois.hi FIX) élabore pm' ailleurs sa propre plate forme politique, au sujet de laquelle seront interpellés tous les (Ctrl is.Elle sera terminée en février et traitera de santé et de relations de travail, a dit M.Masse sans autre precision.1a> président de la ITQ estime par ailleurs que 2(X)2 a été «une belle année pour reprendre l’offensive syndicale», notamment grâce à une «bonne performance de l’économie» et un marché de l'emploi tloris sant.Par ailleurs.M.Masse entend participer à la commission parlementaire qui se penchera en février sur la Caisse de dépôt et de placement, «dont 30 milliards d’actif proviennent de caisses de retraite de travailleurs», a-t-il précise.Selon lui, il faut améliorer la régie de la Caisse et recentrer ses activités sur la «gestion du bas de laine des Québécois», comme l’a précisé le mois dernier le nouveau président de la CDP, Henri-Paul Rousseau.Le sapin antiguerre JIM YOUNG REUTERS A L’OCCASION DE NOEL et devant la perspective d’une guerre en Irak, des pacifistes ont décoré hier un arbre devant la résidence du premier ministre Jean Chrétien, à Ottawa.«La guerre n’est pas la réponse», affirment ces pacifistes effrayés par l’escalade guerrière.Les plus hautes tours du monde à Ground Zero?«Une erreur», selon Giuliani AGENCE FRANCE-PRESSE New York — Ériger à l’emplacement du World Trade Center les plus hautes tours au monde, comme le proposent certains projets présentés la sussé la fondation à décider de leur faire essayer la |ceinture, en 1998.Leurs toiles sont des explosions de couleurs de style.abstrait Toute forme reconnaissable est le résultat de l’imagination des spectateurs. L E I) E VOIR.L E M A R Ü I 24 D É < E M B R E A \ , E S A (' T U A LIT E S LA MEDECINE, UNE PROFESSION EN CRISE?Des stars de la médecine qui vont à vélo plutôt qu’en Ferrari Quel avenir pour la médecine de pointe?JACQUES GRENIER LE DEVOIR I)r Francine Mathieu-Millaire, neuro-ophtalmologiste: elle a suivi les traces de son père et de son grand-père qui, tous deux, ont jeté les bases de la profession au Québec.* ISABELLE PAKE LE DEVOIR Deuxième tranche d’une série qui se termine vendredi Il y a 50 ans, son père révolutionnait la pratique de l’ophtalmologie au Québec.Aujourd’hui, sa fille, le Dr Francine Mathieu-Mil-iaire, a l’impression quelle et ses collègues investissent plus d’énergie à se battre pour obtenir le minimum de services pour leurs patients que pour faire avancer la médecine.«Les pionniers qui ont bâti le système de santé se battaient pour construire, pour développer des choses.Aujourd'hui, on se bat pour conserver le minimum.On se bat pour avoir des lits, pour opérer nos patients, pour avoir des équipements.C’est la différence majeure avec la médecine d’hier», croit l’ophtalmologiste.Pas facile, de nos jours, la vie d’un médecin spécialiste dans un hôpital universitaire.Fille et petite-fille de médecin, Francine Mathieu-Millaire sait tout à fait de quoi était faite la médecine d’hier.Petite, elle accompagnait son papa, le Dr Michel Mathieu, une ¦star- de la médecine québécoise, dans les corridors de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, où il passait le plus clair de son temps.«Moi et mon frère, on le suivait partout.On faisait la visite des patients sur les étages, et c’est là que je suis devenue passionnée», raconte le Dr Miliaire.Neuro-ophtalmologiste, elle a suivi les traces de son père et de son grand-père qui, tous deux, ont jeté les bases de la profession au Québec.Après des études à Paris, son père développa l’ophtalmologie au Québec, fonda la Banque d’yeux en 1966, inventa même des instruments de microchirurgie et fut un pionnier des premières transplantations cornéennes.Aujourd’hui, un institut de recherche en ophtalmologie porte son nom à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.«Aujourd’hui, on trotte de comité en comité pour obtenir des budgets.Ça prend tout notre temps.C'est inquiétant parce qu’il y a plein de gens brillants qui auraient le potentiel d'être des bâtisseurs mais dont toute l’énergie va ailleurs», déplore le Dr Mathieu.Même si elle a fait une carrière différente de celle de son père, le Dr Miliaire est elle aussi un phénomène à sa façon.Après des études postdoctorales à l’université Johns Hopkins de Baltimore, elle devient, en 1979, la seule femme neuro-ophtalmologiste au Canada, une surspécialité encore rarissime puisqu’on ne compte à l’époque que sept ou huit de ces spécialistes à travers le pays.«C'est une spécialité qui permet de détecter les signes oculaires d'une maladie neurologique.Pas moins de 65 % de l'œil est relié au cerveau.En fait, je ne souhaite pas aux patients de me voir! En effet, quand on me les réfère, c’est qu'on soupçonne souvent une tumeur ou une sclérose en plaques», dit-elle.Dès son retour au Québec, à la fin des années 70, le fossé qui sépare les conditions de pratique des médecins québécois et celles de ses collègues américains la frappe de plein fouet.«Quand je suis rentrée, il n ’y avait que deux scanners dans tout le Québec alors qu’il y en avait cinq à Baltimore, dans le seul hôpital universitaire, Johns Hopkins, où je travaillais.C’est là que j’ai mesuré le recul qu’avait pris le Québec», dit-elle.Formés dans les plus grandes facultés de médecine au monde, nombreux sont les spécialistes qui ont ensuite l’impression d’avoir à chevaucher une bicyclette pendant que leurs collègues américains filent à bord de Ferrari.Une vie de fou Une semaine dans la vie du I) Mathieu-Millaire n’a rien d’un long fleuve tranquille.lundi, c’est jour d’enseignement à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.Entre 8h et 20h, la spécialiste verra environ 50 patients, accompagnée de deux ou trois résidants auxquels elle devra faire l’enseignement en résumant les diagnostics posés, en expliquant les traitements potentiels, etc.«On n 'a pas le temps de s’asseoir pour rassurer nos patients parce qu ’il yen a trop à voir.Ça n ’a pas de sens.Notre dilemme est de choisir entre prendre du temps avec eux et refuser d’en voir d'autres», dit-elle.Pour former ses protégés, le Dr Miliaire doit rester constamment à la fine pointe des recherches dans son domaine.Mardi: cap sur l’hôpital Sacré-Cœur, où elle verra une trentaine de patients aux prises avec des troubles oculaires, eux aussi en attente d’un diagnostic.Le mercredi, c’est jour de chirurgie.7hl5 sonne le début d’une réunion où les chirurgiens exposent et analysent leurs cas de la journée.8hl5: c’est le début d’un long marathon.Compte tenu des rares disponibilités en salle d’opération, le Dr Mathieu-Millaire opérera sans relâche jusqu’à 15h ou 16h.«Nous opérons de huit à neuf patients pour des cataractes, parfois en compagnie d’un résidant auquel on doit montrer comment faire.On n’a pas le temps de dîner.Je croque une barre-tendre et je continue», explique la spécialiste.Pour clore la journée, elle tient une clinique où elle rencontrera environ neuf patients pour évaluer l’état de leurs cataractes.Le lendemain, dès 7h30, le médecin est de retour à l’hôpital pour effectuer le suivi des patients opérés la veille, histoire de s’assurer qu’il n’y a pas de problèmes postopératoires à l’horizon.L'après-midi sera consacré aux activités de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), où le Dr Miliaire investit un temps inouï à titre de vice-présidente.Le vendredi, l’ophtalmologiste enfile de nouveau ses gants chirurgicaux, mais à l’hôpital Saint-Luc cette fois-ci, qui a requis ses services compte tenu du grand nombre de patients atteints de problèmes oculaires.«Avant, les salles d’opération fonctionnaient tout le temps.Aujourd’hui, l’hôpital est fermé un mois à Noël et presque trois mois l'été.Ce n’est pas pour rien qu ’il y a des listes d’attente, on n’a plus de priorités opératoires», dit-elle.Et pour clore cette semaine bien remplie, la neuro-ophtalmologiste doit aussi préparer ses cours et les examens pour les résidants qui feront leur stage en neuroophtalmologie.Une semaine sur huit, le Dr Mathieu-Millaire assure aussi la garde à la clinique d’ophtalmologie d’urgence de l’hôpital M ai so n n e u ve- Rose m o n t, ouverte 24 heures sur 24.A son avis, il y a un monde entre la médecine pratiquée par son père et sa propre pratique.«On a du mal à participer à des congrès internationaux et à publier dans des revues scientifiques parce que nous n'avons plus les équipements à la fine pointe pour répondre aux standards.Mais le % pire, c’est qu’on n’a plus I de temps avec nos pa-tients», déplore-t-elle.Parmi la dizaine de patients qu’elle verra aujourd’hui, elle devra déterminer lesquels auront accès rapidement au scanner, qui permettra de diagnostiquer rapidement une tumeur.Les autres devront attendre.Les patients moins fortunés n’auront droit qu’à la lentille payée par le gouvernement et non aux plus récentes lentilles pliables, qui permettent de minimiser l’incision dans l’œil.«C’est sûr qu’en bout de piste, les patients sont traités.Mais on sait qu’ils pourraient avoir bien mieux.Plus l'incision est grosse, plus les risques d’infection et de problèmes postopératoires sont élevés», dit-elle.Malgré des conditions de pratique difficiles, cette dernière se dit toujours aussi passionnée par son métier.Dans son domaine, les nouvelles technologies se succèdent à un rythme effréné.Les cataractes, qu’on opérait autrefois au bistouri, sont aujourd’hui traitées au laser en quelques minutes.«Il y a de nouveaux équipements et de nouvelles techniques de chirurgie qui sortent chaque année.Nous sommes en perpétuel apprentissage.C’est passionnant et très valorisant», dit-elle avec des étincelles dans les yeux.«Ce n ’est pas rien, parce qu à chaque fois, nous redonnons la vue au patient.» À lire vendredi ¦ Gérard Marquette, spécialiste en exil ¦ Julie Lajeunesse, le médecin rêvé de François Legault Le goulag, la région?La médecine spécialisée, à 500 kilomètres des problèmes de la ville ISABELLE PARÉ: LE DEVOIR Infernale, la vie d’un médecin spécialiste en région?Pas à en croire le Dr Benoît Émond, un chirurgien qui, après 13 ans d’études, a décidé d’installer famille et pénates à Baie-Co-meau.Ici, point de listes d’attente interminables, de batailles rangées pour quémander quelques heures en salle d’opération.Les problèmes de la médecine urbaine ne semblent pas avoir encore atteint la lointaine Côte-Nord.«J'ai toujours voulu aller travailler en région, même avant de faire ma médecine.Après cinq ans de résidence a Québec, j’étais décidé à aller en région éloignée.Mais je ne savais pas où aller», explique le Dr Emond.C'est curieux à dire, mais le choix du lieu de pratique a été très influencé parla capacité de ma conjointe de s'y trouver du travail», soutient le Dr Emond, un passionné de grands espaces et de plein air.Il ne saurait si bien dire.De plus en plus de médecins s’installent là où leur âme sœur pourra elle aussi faire une vie selon ses choix.A l’époque ou les femmes tenaient maison et s’occupaient des enfants, la question était secondaire.Aujourd’hui, elle ne l’est plus.Certains hôpitaux font même des pieds et des mains afin de dénicher un emploi pour la douce moitié d’un médecin qu’ils veulent recruter.«Ce quijait qu'un spécialiste reste ou pas, c'est très souvent le bonheur de son conjoint.Si ça ne marche pas.ça finit par empiéter sur la vie professionnelle», croit le D’Emond.Avec une conjointe infirmière, il a donc décidé, il y a 18 mois, de s'installer à l'hôpital de Baie-Comeau.auquel on reconnaît une excellente atmosphère de travail et des équipes stables.11 sera chirurgien à l'hôpital, elle enseignera les soins infirmiers à Baie-Comeau.Avec quatre collègues chirurgiens pour se partager la tâche, la succession des quarts de garde la nuit est plus que tolérable.«Avec une semaine de garde sur quatre, on a quand même une qualité de vie excellente.Cette semaine-là, on fait nos heures le jour et on intervient au besoin quand il y a des urgences la nuit.Ce n'est pas toujours le cas ailleurs.Quand les équipes sont tellement réduites, les tours de garde reviennent à une cadence infernale», explique-t-il.A entendre le Dr Emond.la pratique en région n’a rien du goulag décrit par certains médecins.qui craignent d’etre isolés du reste du monde et dépourvus de toute forme de res-sourcement professionnel.Pendant sa semaine, ce spécialiste consacre trois journées entières à la chirurgie, et deux journées en clinique externe, à rencontrer des patients.En milieu urbain, on estime que la plupart des spécialistes qui ont une activité chirurgicale ne peuvent guère compter sur plus d’une journée en salle d’opération par semaine.Et parfois moins.«C’est sûr qu 'il y a des instruments diagnostiques qui nous manquent.Mais on n à pas le problème du temps opératoire, accordé au compte-gouttes.Un cancer détecté aujourd'hui sera opéré la semaine prochaine.Quand j'étais en centre universitaire à Québec, on devait se battre constamment et tenir des réunions pour obtenir du temps opératoire.J'ai vécu cela pendant toute ma résidence», soutient ce chirurgien, qui est bien heureux d'avoir laissé ces tracasseries administratives en ville.Au quotidien, la pratique de la chirurgie en région éloignée se révèle passablement différente de celle exercée dans les grands centres universitaires.Le chirurgien s’y fait généraliste et touche tantôt à la chirurgie plastique, tantôt à l’urologie, voire à l'orthopédie.Autant de domaines attribués à des surspécialistes en milieu urbain.•On voit aussi les patients en clinique externe pour des évaluations, et on réalise les examens diagnostiques comme les endoscopies, qui sont ef fectuées par les gastro-entérologues en ville», ex-plique-t-il.Ici, dès qu'un scalpel est requis, le chirur- gien est l’homme de la situation.Bien sûr, on y procède plus rarement aux interventions complexes, qui sont le lot des chirurgiens des centres spécialisés.«La fréquence des chirurgies majeures ici est beaucoup moindre qu'en ville.Ça peut devenir décevant pour certains médecins parce que nous sommes formés pour faire ce genre d’intervention.Mais en même temps, si on pense que notre utilité est de servir la population, c’est aussi important de faire des hernies et des pierres au foie que des opérations spectaculaires», souligne ce médecin.Après un an et demi passé à Baie-Comeau, ce spécialiste a la ferme intention de s’y installer à demeure.«C'est sûr qu'ici, il n'y a qu'un cinéma et un seul restaurant qui a du sens.Cela a ses limites.Mais il y a par contre beaucoup d’activités de plein air, et nous avons un groupe social important et très actif.J’ai plus d'amis que je n'en ai jamais eu durant mes années passées en pille», dit-il.A tout prendre, avec un salaire d’environ 195 000 $, majoré de 30 % en région éloignée, le Dr Emond estime avoir de très bonnes conditions de travail.Comme les autres médecins.il s'inquiète toutefois des lois qui pourraient venir briser cet équilibre fragile qui lui permet de concilier vie privée et vie personnelle.«J’ai commencé à travailler à 33 ans, après 13 années d’études universitaires.Je suis bien Payé pour ce que jetais, mais si on m'oblige à aller passer une semaine sur quatre au motel pour dépanner l'hôpital de Sept-Iles, on va créer un problème dans mon propre hôpital, où tout va bien et où les patients n'ont pas à attendre indûment.Je ne suis pas prêt à rester ici à n’importe quel prix.Je ne resterais pas seulement pour le salaire.En venant en région, j'estime avoir déjà fait ma part pour répartir les effectifs».juge-t-il.À son avis, la vraie solution au problènif des régions, c'est d'avoir plus de médecins.A trop vouloir répartir une denrée rare, on ne fait que partager la pénurie, croit-il.«Quand il n'y a pas assez de confiture sur le pain, ça ne rime à rien d'essayer de l'étaler, conclut-il Si on forme plus de médecins, tôt ou tard, il n'y aura plus de place en ville, et les gens devront aller s'installer en région.» «Ce qui fait qu’un spécialiste reste ou pas, c’est très souvent le bonheur de son conjoint», dit le Dr Emond vLjiisgkj , GASTON MARQUIS Benoît Emond, chirurgien à Baie-Comeau: «C’est sûr qu'ici, il n’y a_ qu'un cinéma et un seul restaurant qui a du sens.Cela a ses limites.Mais il y a par contre beaucoup d'activités de plein air, et nous avons uii groupe social important et très actif.J’ai plus d amis que je n’en ai jamais eu durant mes années passées en ville», dit-il.< L t DEVOIR.LE MARDI 24 DE ( E M B R E 2 O O 2 A f> ?LE DEVOIR * LE MONDE Les Etats-Unis ressentent les effets de la grève du pétrole au Venezuela Une commission parlementaire demande à la Maison-Blanche de recourir aux réserves stratégiques AGENCE FRANCE-PRESSE Washington — La Commission de lenergie et du commerce de la Chambre des représentants a demandé le recours aux réserves stratégiques de pétrole américaines pour faire face à la chute de l’approvisionnement due à la grève de plus de trois semaines au Venezuela, dans une lettre au secretaire à l'Énergie, Spencer .Abraham, publiée hier.«La poursuite de la crise économique au Venezuela a un impact de plus en plus grave sur l’économie des Etats-Unis», souligne le président de cette commission, Billy Tauzin, en faisant état des risques de pénurie de pétrole d'ici la fin décembre pour au moins deux raffineries américaines qui représentent approximativement 10 % du marché des produits raffinés.«Il apparaît que les livraisons de pétrole brut en provenance des réserves stratégiques de pétrole pourraient être utilisées pour contribuer directement à la pré- vention ou à la réduction d'un tel risque de pénurie», a ajouté M.Tauzin.«Nous sun E ( E M H K E 2 O O 2 A (i EDITORIAL Courriels du ciel Nous leur prêtons des ailes.Nous leur faisons même l’honneur d’avoir un corps, et souvent le plus beau corps qui soit Existent-ils?Existent-ils simplement parce que nous y croyons?Leur existence ne dépendrait-elle pas plutôt de la part d’imaginaire qui nous habite?Comment vérifier?Objectivement, cela va sans dire ! À l’affût de tout excès de croyance populaire, le Vatican s’est récemment inquiété de leur prolifération.c lien oit Lacroix, O.P.?O royance ou pas, ils font partie depuis longtemps du patrimoine culturel de l’humanité: Ravenne, Vézelay, les cathédrales du Moyen Âge.Et, au Québec, quelle église, quelle chapelle, quel cimetière n'a pas ses anges?Il faut dire que les peintres, les imagiers, les iconographes, les sculpteurs y sont pour beaucoup: Cimabue, Giotto, Fra Angelico, Botticelli, El Greco, Chagall, Osias Leduc, d’autres encore.Du côté des écrivains?Je citerais tout de suite Le Récital des anges du cher Nel-ligan.Plus près, le chantre dépareillé de la saga québécoise des anges bibliques, Rina Iasnier (1915-1997), et le poète Jean-Marc Fréchette qui, dans Im Porte dorée (Noroît, 2001), en route mystique vers Jérusalem, salue ses anges avec des mots riches de vie.Que je déroule la Torah, que j’ouvre la Bible ou le Coran, les anges sont toujours la.Des chérubins zélés montent la garde devant le Paradis terrestre; l’ange Gabriel, si cher à l’islam, accompagne le pèlerin Tobie.Selon \'Apocalypse, les anges se chiffreraient par milliers et myriades.Chacun, paraît-il, est unique en son espèce, comme nous, différent de tous les autres, et créature de Dieu.La vieille théologie, qui change rarement d’idée, a proclamé solennellement en 1215, au IV' Concile de Latran, que «notre univers est habité d’esprits invisibles», prêts à nous secourir au moindre apixi mais en tout premier, comme il se doit, au service du Tout-Puissant.La croyance est ferme en Orient depuis longtemps; elle est vite passée en Occident.Pour résumer des siècles et des siècles de foi, disons qu’il existerait, entre la divinité pure et l’humanité, des êtres moins divins que Dieu mais plus spirituels que nous, des êtres sans lourdeur, messagers d’En-Haut, |X)rteurs des courriels du ciel, médiateurs, génies volants si nous voulons, voyageurs de l’Esprit Magnificence du réel invisible! Débordement jamais à court de moyens de l’imaginaire humain! Certains anges, dit-on, sont des adorateurs souvent en extase devant l’Éternel.Sont-ils supérieurs à ceux qui ont la réputation d’être de grands musiciens?D’autres ont une mission essentiellement voyagère afin de nous rappeler, peut-être, la vocation spécifique de toute âme humaine éprise d’idéal et de vérité libérée.Attendons-nous qu’à Noël il y ait des anges.Beaucoup d’anges! Des anges plus ou moins discrets selon les situations dans lesquelles nous les plaçons.Un récit ancien, daté des années 80 de notre ère et signé Luc, raconte à voix basse, à voix haute, je ne sais plus, que tout à coup, dans la nuit du premier Noël, «l’Ange du Seigneur se tint près des bergers et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté.Ils furent saisis de crainte, mais l’ange leur dit: “Voici que je vous annonce me grande joie, qui sera celle de toute la Terre: aujourd’hui.dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ Seigneur." Et soudain se joignit à l’ange toute une armée du ciel en grand nombre qui chantait la louange de Dieu.Ils disaient: “Splendeur pour Dieu dans les hauteurs! Sur la Terre, paix pour les hommes ses bien-aimés!”» Lorsque les messagers furent repartis vers le ciel, les bergers se sont concertés: «Allons jusqu 'à Bethléem et voyons ces choses que le Seigneur nous a fait connaître.» Ils se sont hâtés et ils ont trouvé Marie, Joseph et l’Enfant couché dans l’étable.À nous, croyants de tradition ou chercheurs à travers ombres et clartés, le chemin des bergers, qui dans la nuit veulent voir et savoir ce qui se passe ailleurs, est encore ouvert par les courriels venus du ciel: c’est le privilège de la pensée, de la libre pensée, de la liberté pure et sans tache.«Toute la dignité de l’homme est dans la pensée» (Pascal).Il s’agit simplement de nous mettre en route, comme vers un Compostelle imaginaire.C’est à ce prix que s'opèrent parfois des conquêtes, les conquêtes jamais terminées de la pensée face aux croyances reçues! Chemins de vérité possibles aujourd’hui, ici au Québec plus particulièrement.Les randonnées au nom d'une liberté religieuse réapprivoisée ne peuvent qu’être bénéfiques à ceux, à celles qui souhaitent encore aujourd’hui passer de l’acquis à la découverte, du passé à l’avenir.Le temps de Noël est propice pour nous retrouver ainsi, joyeusement alertés, réunis aux frontières du voir et du croire, du savoir pour mieux croire.Dotés d’intelligence et de bon vouloir, déjà en voie d’absorber positivement les refus absolus de la RG volution tranquille, il n’est rien dont nous sommes moins capables, en 2(X)2, que d’aller plus loin, plus haut, au-delà de nos blessures.Intérieurement, cela va sans dire.Les voyages de l’âme sont beaux, captivants et prometteurs.L'horizon recule à mesure que l’on avance.St1 déploie devant nous l’univers aérien de la pensée renouvelée.Chemins du divin! Chemins des bergers! Chemins des anges! Peut-être, et c’est un ultime souhait de Noël, qu’un courriel du ciel, une illumination portée par un ange, nous y entraînera! Qui sait?Qui sait?Joyeux Noël! Une fête commune =====| etc chrétienne qui veut célébrer la naissance d’un En- Ffant, Noël est tout naturellement devenu la fête des enfants.Ceux-ci sont le prétexte à nos réjouissances que l'on prepare depuis des semaines avec la complicité des commerçants qui ne manquent pas, chaque ==J année, de s'inquiéter de notre bonne santé.économique.Un peu moins ou un peu plus de frénésie fera pour eux toute la différence dans leurs bilans.Devenu rite civique avec des symboles commerciaux parfois outranciers, Noël a néanmoins conservé ses symboles religieux.Vouloir les occulter comme certains en ont eu la pensée — fugitive, faut-il l’espérer— serait nier une partie de nos origines.S'ouvrir aux autres ne devrait pas nous conduire à nous transformer en ce que nous ne sommes pas.Chacun donne le sens qu’il veut à cette fête.Chacun y participe comme il l'entend.Certains, qui sont d'une autre tradition religieuse, seront plus distants.Rares toutefois seront ceux qui ne se laisseront pas imprégner par l'esprit de la célébration.Da pane, l’harmonie et le partage sont des valeurs on ne peut plus universelles que tous peuvent partager en cette journée.Peu importe comment chacun vivra cette fête, à tous, un joyeux Noël.Bernard Descôtcaux Le Devoir FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l'information JULES RICHER Directeurs adjoints de l'information PIERRE BEAULIEU, MARIE-ANDREE LAMONTAGNE.LOUIS LAPIERRE Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur, ventes publicitaires NICOLE CALESTAGNE Ci Nt ItÇ £ofgpA(ytS • Pi / ,4V m r 3/i ismm Liberté, liberté, que de choses on dit en ton nom ! Je suis né et j’ai grandi dans deux pays du Moyen-Orient.Dans ces deux pays, la cohabitation entre les différents groupes sociaux et religieux s’est déroulée de façon très civilisée jusqu’aux années 60.En Egypte et au Uban, plusieurs Européens s’étaient installés à la fin du XIX' siècle et avaient fait racine.Ils avaient leurs écoles, leurs hôpitaux, leurs maisons de retraite et même leurs cunetières.Ils vivaient en harmonie avec les gens du pays, qu’ils soient musulmans, chrétiens ou juifs, et leurs cultures sous-jacentes.Au Canada, on appelle cela du multiculturalisme.On ne se posait pas de questions existentielles.liira d’événements sociaux (mariages, funérailles, etc.) ou religieux (fêtes musulmanes, juives ou chrétiennes), les gens se rendaient visite naturellement Je me souviens même des commerçants qui décoraient leurs vitrines d’un sapin de Noël et du père Noël format géant.On reproduisait la neige avec du coton blanc.L’argent n’a pas de couleur; les uns et les autres faisaient une distinction entre le Noël des chrétiens et le père Noël.Au réveillon du jour de l’An, tout le monde fêtait, malgré que le jour de l’An des juifs et celui des musulmans ne correspondaient pas à LETTRES -?- celui des chrétiens.Nous fêtions aussi celui des autres.Bref, on profitait de toutes les occasions pour se rendre visite et fêter.Lorsque des troupes d'artistes européens venaient présenter des spectacles au Caire ou à Beyrouth et que les représentations étaient osées, eh bien, certains visiteurs se retiraient de la salle sans que cela fasse scandale.Bref, la tolérance était la norme.Puis, cet équilibre s’est effondré, il a été remplacé par l'intolérance, née de la frustration, qui sévit encore à ce jour dans certaines régions.Alors, quand j’entends des polémiques autour de «Noël» et du «sapin de Noël» dans ce pays à majorité chrétienne, je me dis: oups! la tolérance et la coexistence vont commencer à s’effriter en voulant plaire à Dieu et à son père.Aux musulmans, je dis: Eid el fetrsaïd.Aux chréüens, je vais dire: joyeux Noël.Aux juifs, j’ai dit: joyeuse hanoukka.À tous les autres: joyeux temps des Fêtes.Et à tous: bonne année et le paradis à la fin de vos jours! Nabil Zaloum Ottawa, 20 décembre 2002 Le père Noël à la rescousse d’Alcoa Voilà tout un cadeau de Noël.Alcoa, ce titan de l’aluminium à but lucratif, viens de se faire oc- troyer un prêt de 170 millions sans intérêt.Comme si ce n’était pas suffisant.Alcoa profitera également de dix ans d'exemption d’impôt Chanceux, va! Un General Motors plus tard, revoilà le même scénario qui défile sous nos yeux ahuris.Le pire, dans tout ça, c’est que la transnationale Alcoa ne prêche pas par l’exemple.Dans Le Devoir du 6 décembre («Les mortes de Juarez»), on y apprend qu’Alcoa, qui est installée sur la frontière mexicaine, dans la zone des maquiladoras, rémunère ses employés 35 $ par semaine.Des employés qui vivent dans des bidonvilles dans des conditions inimaginables pour nous.Et ir concevables pour les Mexicains.Malgré ce genre de situation déplorable, rien ne semble perturber les affaires.Car les affaires sont leurs affaires et non les nôtres, simples citoyens imposables.À part la joie des travailleurs de la Côte-Nord (joie tout de même compréhensible), dans cette affaire (comme d’autres à venir?), on peut dire qu'on s’est fait passer un beau gros sapin de Noël! Pendant que je rédige ce petit mot, la radio de Radio-Canada m’informe qu’au Saguenay, Alcan se plaint de cuves devenues vétustes.Tiens, tiens.Alcoa veut justement changer ses anciennes cuves Sodeberg par une nouvelle technologie plus moderne.En passant, d’où proviendront les futures cuves?Gaétan Fontaine Montréal, le 17 décembre 2002 LIBRE OPINION -?- L’incroyable ambivalence québécoise FRANÇOISE NDUWIMANA Gatineau Un Québec qui sauvegarde ses symboles religieux mais qui baigne dans un analphabétisme religieux, culturellement s'entend.Un Québec fort dans un Canada uni.Un gouvernement provincial qui tient tète au gouvernement fédéral tout en acceptant de ce dernier des conditions d'imputabilité dans le domaine des transferts provinciaux.Voilà quelques constats qui, pris sous l’angle de l’humour, peuvent contribuer à dresser des traits de la société québécoise d’une façon on ne peut plus caricaturale.Mais dans le domaine religieux, mis à part tous les éléments qui, à tort ou à raison, confèrent un tel portait au Québec, ce qui devrait guider la réflexion réside davantage dims la notion de patrimoine, de culture et de valeurs, et non dans la recherche tout azimuts de coupables.Si on analyse par exemple la polémique suscitée par le sapin ou l’arbre de Noël, on fait au moins un constat: la religion, dans sa figure de repère civilisationnel, constitue probablement, pour le Québec, son point le plus névralgique.En même temps, la levée de boucliers provoquée par cette question est tellement guidée par la passion qu'elle sombre dans la démesure.Quelques mises en garde méritent d’ètre faites.Il est très dangereux, dans un cas aussi sensible que celui de la religion, de monter avec empressement aux barricades et de cibler, sans preuves ni fondements, les coupables.Les immigrants, dans cette affaire, ont été montrés du doigt plus que de raison.Si on devait résumer la critique, on dirait avec simplicité que les Québécois sont tellement tolérants qu’ils en arrivent au point où ils se renient pour s’accommoder aux immigrants.Ce genre de propos a également été répandu lors des consultations qui ont entouré le rapport Proulx, lesquelles ont débouché sur la déconfessionnalisation des structures scolaires, la prise en charge de la catéchèse par les paroisses, l’introduction, au secondaire, d'un enseignement culturel des religions ainsi que le remplacement de la pastorale par des cours orientés vers le développement spirituel et l'engagement communautaire.Le rapport Proulx est une référence importante parce que la religion y a été reconnue non seulement dans sa dimension de foi mais aussi dans sa dimension de fait culturel.Référence importante aussi en ce qui concerne la réalité du pluralisme religieux.Référence enfin parce que la commission parlementaire qui y a été consacrée a permis de révéler une réalité qui vient déconstruire complètement les accusations fondées sur le refus des immigrants de composer avec la culture dominante.En effet, lors de cette commission, à quelques exceptions près et pour des intérêts privés, toutes les confessions étaient d’accord pour que l’école demeure confessionnelle.à condition que toutes les confessions qui ont des écoles ou qui veulent en créer soient subventionnées de façon équitable.Ce n’est donc pas contre le catholicisme que les autres religions se sont prononcées mais pour le traitement équitable.Ce type d’enseignement à la carte aurait évidemment constitué une entorse à la notion même de ciment de la société, rôle que l’école publique est censée remplir par le truchement des élèves, ces bâtisseurs d'avenir.Fait significatif à noter, le mouvement laïc québécois était probablement plus radical dans ses positions contre toute forme de manifestation publique religieuse que tous les autres mouvements qui se sont prononcés lors de cette consultation.Ce qui permet de poser la question suivante: est-ce que ce sont les immigrants qui constituent une entrave à l’expression religieuse au Québec ou une forme de laïcité tellement revancharde quelle ne fait plus de différence entre la foi, qui est une pratique privée, et la culture religieuse, qui est à la base de toutes les civilisations?On parle des immigrants comme si, en leur sein, il n’y avait pas de chrétiens, d'ailleurs plus pratiquants que la majorité québécoise et même plus porteurs de la foi chrétienne que la société d'accueil.On identifie les immigrants au prosélytisme, comme si ceux qui ne partagent pas la foi chrétienne étaient automatiquement réfractaires à toute manifestation catholique.La réalité dépasse tous ces clichés.Dans plusieurs pays africains d’où vient un nombre considérable d'immigrants, exception faite du Nigeria et du Soudan, où la religion fait figure d’outil politique, plusieurs religions cohabitent dans l’harmonie.Noël, Pâques et le ramadan sont des occasions de communion collective et nationale.Pendant ces fêtes, on célèbre la joie de vivre dans une société solidaire où l'amour et le respect du prochain deviennent à la fois une réalité et un défi devant guider le pas vers des lendemains qui chantent Puisse ce Noël incarner la renaissance et le renouvellement afin que, comme le chantait Pauline Julien, nous apprenions toutes et tous à ouvrir nos cœurs, et non seulement nos portes.Puisse-t-il être soustrait au caractère marchand pour que les enfants du Québec chantent et dansent, portés par la bonté humaine et non par la générosité télécommandée par les vendeurs de cadeaux.Puisse ce Noël nous faire réaliser qu'au delà de la pratique de la foi, les religions constituent une dimension non négligeable de notre culture.Plus nous en saurons sur elles, plus nous comprendrons le monde, sa misère mais aussi sa grandeur, et mieux nous nous comprendrons.Si, comme le disait feu Émile Ollivier.l'écrivain migrant représente une chance pour les écrivains québécois, les néo-Québécois et les Québécois de souche représentent ensemble une source d’autodécouverte et d’autocompréhension.Puisse ce Noël nous faire réaliser qu’au delà de la pratique de la foi, les religions constituent une dimension non négligeable de notre culture I K 1» K V (I 1 lï .I K M A li l> I l l> K l K NI B B K 2 0 0 2 A 7 Sororité, fraternité et histoire de vie Seul un frère ou une soeur sait de quoi on parle lorsqu 'on évoque l’odeur de la maison d’enfance, le son rauque de l’harmonium dans la maison de grand-mère, les mots d’une chanson, le fou rire lors d’une fête IDEES Dans l’ensemble des relations humaines, le lien qui existe entre sœurs est unique, la sororité est une forme d’amitié entre éiîaux.AKCÏIIVKS [J DI VIIIU RENÉE HOUDE Professeure au département de communication de l’Université du Québec à Montréal e lien fraternel est unique, ne serait-ce que par le partage d'expériences communes: seul un frère ou une sœur sait de quoi on parle lorsqu'on évoque l'odeur de la maison d’enfance, le son rauque de l’harmonium dans la maison de grand-mère, les mots d'une chanson, le fou rire lors d'une fête.Seule une sœur ou un frère connaît aussi intimement que soi les valeurs, les habitudes, les normes de la famille d’origine : tout le monde parlait en même temps à table (ou le contraire), mais on n’y parlait jamais de politique (ou le contraire), les amis étaient toujours les bienvenus (ou le contraire), papa et maman s'embrasaient devant nous et nous disaient qu’ils nous aimaient (ou le contraire).Seul un frère ou une sœur s’est frotté aux mêmes mythes familiaux: le silence sur le divorce de tante Charlotte ou la mort inexpliquée du cousin Arthur.Frères et sœurs ont, comme nous, été pétris par l'histoire de cette famille unique.Quand on est jeune, tout cela fait partie de la vie, du savoir in su.En grandissant, ce qui allait de soi sans mot dire demande à être nommé, explicité, analysé.Qu’est-ce donc qui caractérise et définit la sororité ou le lien entre sœurs?Comme la fraternité, ce lien se caractérise par le fait d’avoir les mêmes parents, Le.le même père et la même mère biologiques.Mais l'enfant naît à un moment du développement de la famille: l'aîné étrenne en quelque sorte le jeune couple dans ses nouveaux rôles de parents et le cadet bénéficie d’une indulgence et d'une sécurité acquises par ce couple avec le temps.Dès lors, deux sœurs n’ont pas tout à fait les mêmes parents.Pourtant, lorsque les sœurs ont peu de différence d'âge, elles appartiennent à une même génération, ce qui crée une complicité générationnelle.A l'âge adulte, il devient passionnant d’échanger les perceptions que chacune a de «ses» parents en faisant place aux différences de point de vue qui peuvent émerger plutôt qu’en les amenuisant Car si on n’a qu’une famille d’ori-gine, l’histoire de cette famille comporte autant de versions que de membres.Dans l’ensemble des relations humaines, le lien qui existe entre sœurs est unique.La sororité est une forme d’amitié entre égaux.On se rappelle qu’Aristote, dans son Ethique à Nicomaque et son Éthique à Eudè-me, distingue deux sortes d’amitiés: l'amitié entre inégaux et l'amitié entre égaux.A la première appartiennent l’amour du roi envers ses sujets et du sujet envers son roi, celui des parents envers leurs enfants et de l’enfant envers ses parents.A la seconde appartiennent les relations des citoyens entre eux et les relations qui existent entre les frères et sœurs.la sororité, comme la fraternité, est ainsi une forme d’amitié entre égaux même si elle n’est pas la seule forme d’amitié entre égaux.Si le petit d’homme connaît d’abord la dépendance à l’endroit des figures parentales et évolue à l’intérieur de relation entre inégaux, il apprend peu à peu, en grandissant, à vivre des relations entre égaux.Entre sœurs, toutefois, se joue l’intrigue de la construction de son identité comme femme: si la mère joue un rôle majeur à ce chapitre, la modélisation (identification et désidentification) à la sœur est un élément important du roman familial, filon moins exploité toutefois.Les confidences faites à la sœur sont-elles différentes de celles faites à la mère?Il semble que oui: il y a des choses que l'on ne dit pas à sa mère et que l’on dit à sa sœur.Et inversement Il n'y a pas qu’une seule manière d’être sœur.La pt^ tite sœur appelle protection, tendresse.La grande sœur inspire, guide, console.L’archétype de sœur se nourrit de la mythologie, de la Bible (Marthe et Marie, l’une active, l’autre contemplative, deux facettes de toute femme), des contes (Cendrillon et ses sœurs).Qu'exprime cette vieille dame quand elle me dit: «Ma sœur Louise, de six ans mon aînée, a été et est encore une mère pour moi?» Et que veulent ces femmes qui aspirent à être «comme une sœur» pour leur fille?Et quand le poète appelle «Mon enfant, ma sœur, songe à la douceur», ne fixe-t-il pas l’essence de la sororité dans ce qu’on appelle «l’âme sœur»?Enfin, la sœur est souvent une figure significative dans la vie d’une personne.Parfois, elle devient une figure transitionnelle, étant celle qui accompagne, écoute et comprend aux moments des crises et des transformations.À travers la vie La relation sororale traverse les vies, depuis la naissance jusqu’à la mort, à travers les grands événements d’une vie, comportant des moments de plus grande proximité et des moments où l’éloignement s’impose.Elle varie en intensité et en bien-être.Les conflits sont inévitables entre frères et sœurs.Ils font partie de la vie et sont une source d’apprentissages fondamentaux: délimiter son territoire, le partager (ses jouets, ses vêtements, ses livres), l’affirmer contre l’ennemi (les parents, les amis), et aussi faire confiance et faire méfiance.Si les premiers sentiments de partage et de mise en commun peuvent être vécus sororalement, de même en est-il des premiers sentiments de trahison.Rapprochements et éloignements suivent la valse du travail d’identité et du développement du self.En effet.la rivalité, la compétition, la solidarité, la complicité sont des apprentissages qui se font (aussi) entre frères et sœurs.Di relation sororale évolue dans le temps, lorsque les histoires sororales (comme les histoires fraternelles) commencent dans la rivalité, elles peuvent finir dans le soutien et l’affection indéfectibles.lx*s conflits relationnels de nature fraternelle et sororale sont tenaces, enracinés qu’ils sont d;ms des couches géologiques de notre psyché; en effet, l’équilibre de nos relations fait partie de notre security blanket, au trement dit, nos équilibres relationnels constituent un système tout à la fois de sécurité et de défense de notre self et du leur.En dépit de ces profonds ancrages et grâce au travail de la maturation, des fragilités peuvent, en vieillissant, réapparaître comme autant de brèches qui invitent à renouveler son regard sur soi-même, sur les autres, sur sa vie et sur son histoire.«Mais même lorsque les rivalités perdurent à l'âge adulte, changement et réconciliation sont encore possibles, les vieux schémas persistent mais ne sont pas gravés dans la pierre.Il arrive que les succès ou les dif- ficultés d'un frère ou d'une sœur fassent pencher la balance du côté de l'amour Une crise familiale peut rapprocher deux enfants.Voir clairement nos répétitions pénibles peut nous rendre libres de nous y prendre enfin autrement, les choses ne doivent pas nécessairement se passer toujours de la même façon» (Viorst, pages 09).Même sous le mode de l'absence (la sœur — ou le frère —- qu’on ne voit plus, qu’on évite, qui est moite), ces relations jouent un rôle central.C’est pour quoi le raccommodage — ou encore le renouvelle ment de nos relations avec nos frères et sœurs — est l’une des tâches importantes du vieillissement.Lors du travail d’intégrité dont parle Erik Erikson, le besoin de se souvenir des pans passés de notre vie et celui d’échanger ces réminiscences font du frère ou de la sœur un témoin d’élection et, a fortiori, une oreille recherchée |x>ur pallier les trous de mémoire: «Te souviens-tu le jour où.»; «Quelle était donc cette chanson de lirel qui parlait d’Amsterdam?» .Et voilà que la sœur se met à fredonner: «Dans le port.» Et ce sont encore la sœur et le frère qui sont là, et c’est contre leurs coudes qu’on serre les siens lors du décès de papa et de maman et des deuils qui s’ensuivent: comme nous, ils ont survécu aux parents et, comme nous, ils sont désormais les premiers sur la ligne de front du peloton que visitera, au gré de sa fantaisie, la Grande Faucheuse.Nos histoires avec nos frères et nos sœurs sont très porteuses: elles en ont long à dire sur notre propre histoire.Leur perdurance, leur profondeur, leur signification s’imposent: d’une certaine façon, elles nous ont façonnés.Le désarmement, c’est l’affaire de tout le monde LOUIS O’NEILL Professeur émérite à la faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval F" n doit se réjouir du fait Oque l'ONU exige de Saddam Hussein qu’il se débarrasse, s'il ne l’a déjà fait, des armes de destruction massive qu’il aurait en sa possession.On sait que le triste sire a jadis utilisé des armes chimiques contre les Kurdes et on le soupçonne d’en garder en réserve.Une rumeur veut en outre que l’Irak soit un jour en mesure de construire des armes nucléaires.De quoi inquiéter la communauté internationale.Mais une question surgit qu’on ne peut escamoter: des Etats auraient-ils le droit de posséder des armes de destruction massive alors que cela serait interdit à d’autres?La Russie, la Chine, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l'Inde, le Pakistan, Israël (et quels autres pays?) possèdent l’arme nucléaire.A eux seuls, la Russie et les Etats-Unis ont accumulé plus de 12 000 ogives et se sont engagés à réduire cette épouvantable force de frappe à 2000 ogives pour chacun d’eux d’ici 2010.Mais même alors, la dimension gigantesque de cette force de frappe résiduaire constituera une menace incommensurable pour l'avenir de l'humanité.On manque de données précises sur les armes chimiques.On sait toutefois qu’au, temps de la guerre froide, les Etats-Unis et l’URSS disposaient d’armes chimiques suffisamment puissantes pour effacer toute vie sur la surface du globe.Que reste-t-il de cet arsenal?En ce qui a trait aux armes bactériologiques (par exemple, le charbon, le botulisme, la variole), un protocole de contrôle a été adopté par la convention de Genève de 1972, mais son application demeure difficile.Les Etats-Unis ont même tenté de faire annuler le protocole sous prétexte que les «Etats voyous» trouveraient le moyen de le contourner.Selon Susan Wright (Le Monde diplomatique, janvier 2002), «l’administration Bush poursuit un programme de guerre biologique provocateur tout en sabotant les efforts multilatéraux visant à renforcer la convention».Un tel comportement.souligne-t-elle, peut avoir pour effet de relancer un nouveau type de course aux armements biologiques.Peu importent les prétextes invoqués, la possession d'armes de destruction massive laisse apparaître l'intention de terroriser, voire d’exterminer des collectivités humaines jugées hostiles.C’est de la barbarie virtuelle.Les décideurs politiques qui ont géré les affaires au temps de la guerre froide ont laissé en héritage une horrible boîte de Pandore où on trouve des armes de destruction massive plus puissantes que celles dont pourrait éventuellement disposer Saddam Hussein.On sera d’autant plus en mesure de faire la leçon à ce dernier qu’on liquidera d’un commun accord ces stocks dont la capacité de destruction donne le frisson.Ce sera une nouvelle réjouissante quand on apprendra que des inspecteurs des Nations unies auront reçu le mandat de faire l’inventaire des armes de destruction massive entreposées partout dans le monde, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Grande-Bretagne, en Russie, en Chine, en France, en Inde, au Pakistan, en Israël ou ailleurs s’il y a lieu.la communauté internationale respirera plus à l'aise quand on aura neutralisé l’immense potentiel de destruction qui menace toute vie sur Terre.Et on économisera ainsi beaucoup d’argent, d’énergie et de ressources scientifiques, qu’on pourra consacrer à des tâches humanitaires, au développement solidaire des peuples et, par conséquent, à la construction de la paix.Car «le développement, c’est le nouveau nom de la paix» (Paul VI).La possession d’armes de destruction massive laisse apparaître l’intention de terroriser ARCHIVES LE DEVOIR Un essai nucléaire aux États-Unis dans les années 50.L’ÉQUIPE OU DEVOIR l-A RÉDACTION Journalistes A l’information générale et métropolitaine : Gerald Dallaire {adjoint au directeur de l'information).François Cardinal (actualité municipale), Jeanne Cor ri veau reigife; Marie-Andrée Chouinard (education) : l’aule des Rivières (éditorialiste).Jean Dion.louis-Gilles Francœur (environnement) Benoit Munger (responsable du si/eMterart).Josée Boileau.Julie Carpentier (sports).Brian Myles (justice et faits divers).Isabelle Paré (santé).Michel Garneau (caricaturiste) ; Diane l’récourt (responsable des pages thématiques); Martin Duck» et Christine Dumazel (relecteurs).Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) :à l'information culturelle: Michel Bélair (responsable).Jean-Piene I-egaul!.Stéphane Baillargeon (théâtre).PaulCauchon (médias).Caroline Montpetit (livres).Odile Tremblay (cinéma).Bernard Umarche (arts visuels), à l'information économique Gérard Berubé (adjoint au directeur de l'injbrmation).Dominique Reny.Eric Üesrosiers.Valérie Dufour.Pauline Gravel.Claude Turcotte, à l’information internationale Claude Uvesque.Guy Taillefer, Serge Truffaut (éditorialiste); h l'information politique : Helene Buzzetti.Wanon Cornellier (correspondantes parlementaires à Offauo).Tommy Chouinard et Robert Dutrinac (correspondants parlementaires a Québec).Kathleen l>vesque ; Marie-Hélène Alarie (secrétaire à la rédaction) ; latuise-Maude Rioux Soucy, Geneviève Otis-Dionne (commis) Iss documentation : Gilles Pare (directeur): Manon Derome.Serge Implante (Québec).Rachel Rochefort (Ottmoo).LA PUBLICITÉ ET LE MARKETING.Jacqueline Avril.Jean de Billy.Gyslaine Coté.Marlene Côté, Annie Duguay.Martin Fournier, Christiane D-gault.Amélie Maltais.Jacques A.Nadeau, Claire Paquet.Micheline Kuelland.(publicitaires).Laurence Theriault (directrice ad/ointe).Manon Blanchette, Sylvie Uporte.Martine Bérube (secrétaire).IA PRODUCTION Daniel Bazinet (responsable de la production) XluuAm- Bédard, Michel Bernatchez, Philippe Borne, Johanne Brunet.Danielle Cantara! Richard Des Cormiers Donald Filion.Olivier Zuida.INFORMATIQUE, Yanick Martel (responsable) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE.Linda Theriault (responsable service à ta clientele, distribution et tirage).Marielve San terre, (coordonnatrice a la promotion et à la sollicitation).Monique l 'Heureux, Use lachapelle, Racheile Leclerc.Marie-France Dalcourt.L'ADMINISTRATION Nicole Carmel (responsable des sendees comptables).Céline Furoy.(«rmain Haeck (contrôleur).Ghislaine lafleur.Claudette Béliveau (adjointe administrative).Claudine Chevrier, Chantai Rochon, Danielle Ross.M FONDATION DU DEVOIR Roger Boisvert (Iicefirsidnunrcutijrtémieurgenrmt) A 8 I.K U K V 0 I R , L E M A R I) I 2 4 DÉCEMBRE 2 Ü 0 2 LE DEVOIR ACTUALITES SAUVETAGE SUITE DE LA PAGE 1 Bon an, mal an, Danielle Simard s’évertue a trouver une manière originale de faire atterrir son père Noël à Sainte-Anne.«Une année, il était arrivé à pied, dans une vraie tempête.Une autre fois, c’était en carriole avec les chevaux, une autre fois en motoneige, et je me rappelle même d’une fois en quatre-roues», raconte cette enseignante, relatant son histoire avec un tel amusement qu’on se surprend a vouloir retrouver nos cinq ans pour être dans sa classe.La fête magique, qui a eu lieu dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, était préparée de concert avec les enfants depuis le début décembre.En plus des décorations de la classe et de l’histoire d'Estelle la petite étoile qui voulait à tout prix venir visiter la Terre, il y a eu quelques échanges téléphoniques avec le père Noël en pleine classe.«Quand il téléphonait, je le mettais sur haut-parleur et il nous donnait ses consignes pour la semaine, nous disait où il était rendu, combien de milliers de kilomètres le séparaient de Sainte-Anne, et les amis étaient fascinés», explique l’enseignante, à qui quelques parents ont confié que leur tout-petit avait réussi, avec cette histoire, à réintégrer dans la magie de Noël des frères et sœurs plus grands qui avaient un peu mis de côté le père Noël.I-a dernière semaine, lors du dernier échange téléphonique, le père Noël a été très clair.«Je vous envoie le harnais du Petit Renne au nez rouge», leur a-t-il confié.«Faites-le sonner pour m’aider à me diriger.» Quelques jours plus tard, un curieux paquet est arrivé dans la classe: «C'était le fameux harnais, raconte Mme Simard, te enfants l’ont senti et ont dit: “Ça sent le cheval!’’En réalité, ça sentait le vieux cuir.» lœ soir dit, après quelques petites histoires et un film de Noël dans la grande salle, les enfants ont eu droit à un dernier gros morceau avant leur rencontre avec le père Noël.Une lettre signée par lui: «Je n 'ai pas les clés de votre école, il faudra donc sortir dehors et partira ma recherche.» Toutou et doudou à la main, les petits se sont endormis avec cette consigne en tête.Lorsque Danielle Simard les a réveillés, vers 23hl5, au son des grelots, ils ont enfilé bottes, tuque, foulard et habit de neige, et ont affronté le froid de la nuit.Lampe de poche à la main, la mission était exaltante: trouver le père Noël.«On marchait dehors et, tout à coup, une voiture de police s est arrêtée à côté de nous.“On n 'est pas des voleurs, on fait juste chercher le père Noël”, ont dit les enfants aux deux policiers qui sont débarqués [des complices.[*, raconte Mme Simard.«Est-ce qu’on peut chercher avec vous?», ont demandé les sympathiques policiers, se joignant à cette expédition miniature.Au bout de quelques minutes de recherches infructueuses, une petite fille a eu le réflexe de lever les yeux au ciel.Deux grosses bottes noires dépassaient du toit de l'école.«Le père Noël!», se sont exclamés les enfants.Il était là, bien là, endormi.sur le toit, quelques rennes un peu embrumés l’ayant laissé choir sur place, en fâcheuse posture, puis abandonné.Comment faire pour le sauver?«Les enfants ont suggéré l’échelle de l'école, puis l’escabeau, et quand on a vu que tout ça ne fonctionnerait jamais, une petite fille a pensé aux pompiers.» Hourra! Cinq minutes plus tard, deux camions rutilants sont arrivés à l’école, et six pompiers — encore des complices! — ont secouru le gros homme et sa non moins grosse poche de cadeaux.Après quelques culbutes et plusieurs drôleries, le père Noël a accepté l'invitation des enfants d’entrer quelques minutes dans l'école pour se réchauffer.Il a visité la classe, eu droit à une collation et distribué sa série de petits présents sous des yeux ébahis et enchantés.On se demande comment, après une soirée aussi rocambolesque et autant de papillons dans l’estomac, le professeur a réussi à border ses petits une deuxième fois, vers3h du matin.«l-e lendemain matin, quand les parents sont arrivés à l’école pour les cueillir, les enfants parlaient tous en même temps, racontaient l’histoire à chaque fois qu’un parent débarquait, et les adultes ne comprenaient rien!», raconte Danielle Simard en riant.Après 35 ans de réveillon et de magie de Noël préparés à l’école avec les petits, que constate-t-on?«te enfants croient autant maintenant qu’avant», dit l’enseignante.«Et je vous avoue qu'avec des aventures comme celle de cette année, je me demande si je n'y crois pas moi aussi!» Te devoir Les bureaux du Devoir sont situés au 2050, rue De Bleury, fr' étage, Montréal (Québec), H3A3M9 E3 Place-des-Arts Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30 à 17h.Renseignements et administration: (514) 985-3333 le site Internet du Devoir, www.ledevoir.com Comment nous joindre?La rédaction GUERRES Au téléphone Far télécopieur Par courrier La publicité Au téléphone Par télécopieur (514) 985-3333 (514) 985-3360 redaction@ledevoir.com (514) 985-3399 (514) 985-3390 Extérieur de Montréal 1-800-363-0305 (sans frais) Les avis publics et appels d’offres Au téléphone (514) 985-3344 Par télécopieur Par courrier (514) 985-3340 avisdev@ledevoir.com SUITE DE LA PAGE 1 plutonium à des fins militaires.Pyongyang a annoncé dimanche avoir commencé à retirer les systèmes de surveillance installés sur le site par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).Le secrétaire d’Etat Colin Powell s’est entretenu hier de cette nouvelle étape avec ses homologues russe Igor Ivanov et français Dominique de Villepin, a fait savoir le département d’Etat.•Tout le monde soutient le point de vue de l’AIEA selon lequel les actions de la Corée du Nord soulèvent de vives préoccupations et entrent en contradiction avec leur prétention officielle de produire de l’éleçtricité», a déclaré le porte-parole du département d’ÉtaQ Philip Reeker, qui a toutefois souligné que Washington souhaite résoudre ce problème de façon pacifique.Les Etats-Unis ont déclaré hier qu’il n’y aurait pas de dialogue avec la Corée du Nord sous la pression de la reprise de son programme nucléaire.«Nous ne céderons pas au chantage.La communauté internationale n’engagera pas de dialogue en réponse à des menaces ou à des engagements rompus», a déclaré Philip Reeker.«Nous n’allons pas négocier ou offrir des mesures d’incitation à la Corée du Nord pour qu’elle s'en tienne aux traités et accords quelle a déjà signés», a-t-il ajouté.M.Reeker a ajouté que Washington cherche toujours une «solution pacifique» à la crise ouverte par la reprise du programme nucléaire de Pyongyang, gelé depuis 1994 en vertu d'un accord avec les Etats-Unis.Il a toutefois ajouté que «la violation de ces engagements internationaux par la Corée du Nord aura des conséquences pour ce pays devant les Nations unies» et appelé le régime communiste de Pyongyang à «ne pas aggraver son isolement international».M.Reeker ne s’est pas montré plus précis sur les conséquences évoquées mais a souligné que le chef de la diplomatie américaine, Colin Powell, s’est entretenu au cours des derniers jours de la situation en Corée du Nord avec ses homologues des autres pays membres du Conseil de sécurité — Russie, Chine, France, Grande-Bretagne — ainsi qu’avec les ministres des Affaires étrangères sud-coréen et japonais.Interrogé à propos des déclarations du vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guéorgui Mamedov, qui a critiqué les Etats-Unis en laissant entendre qu’ils pratiquaient un chantage économique envers la Corée du Nord, M.Reeker s’est borné à affirmer que «la communauté internationale est unie» sur ce dossier.La Russie a violemment accusé les États-Unis d’avoir provoqué la crise nord-coréenne actuelle en rendant ce pays hostile et en jouant sur ses difficultés économiques.Le vice-ministre des Affaires étrangères russe, Guéorgui Mamedov, a dit estimer que Washington est responsable notamment de la reprise du programme nucléaire nord-coréen pour avoir fait à Pyongyang du chantage à l’aide économique.«Comment voulez-vous qu’un petit pays réagisse quand on lui dit qu ’il fait partie des forces du mal dans leur acception biblique et qu’il doit être combattu jusqu’à son anéantissement?[.] Il ne faut pas s'attendre à ce qu'\\]\ reste passif.[.] Il y a de fortes chances pour qu ’il enfreigne certains traités internationaux», a-t-il déclaré au quotidien Vremya Novosteï.«Mais il serait injuste de lui faire porter l’entière responsabilité de la crise.La responsabilité est partagée entre ceux qui lancent une campagne d’intimidation et ceux qui en saisissent le prétexte pour enfreindre des traités internationaux», a-t-il ajouté.SANS-ABRI «J'ai passé cinq ans en prison pour un crime que je n’ai pas commis.Vous ne pouvez pas avoir de vie à New York parce que vous faites partie du système, et le système, c’est “bouclez-les!”» Les petites annonces et la publicité par regroupement Au téléphone (514) 985-3322 Par télécopieur (514)985-3340 Les abonnements Au téléphone (514) 985-3355 du lundi au vendredi de 7h30 à 16h30 Par télécopieur (514) 985-5967 Par courriel abonnements@ledevoir.com Extérieur de Montréal 1-800-463-7559 (sans frais) Le Devoir est publié du lundi au samedi par I/* Devoir Inc.dont le siège social est situé au 2050, rue De Bleury, D" étage, Montréal, (Québec).H3A 3M9.11 est imprime par Imprimerie Québécor St-Jean.800.boulevard Industriel,Saint-Jean sur le Richelieu, division de Imprimeries Québécor Inc., 612, rue Saint-Jacques Ouest.Montréal.L’agence Presse Canadienne est autorisée à employer et à diffuser les informations publiées dans I* Devoir.U Devoir est distribue par Messageries Dynamiques, division du Groupe Québécor Inc., 900, boulevard Saint-Martin Ouest, laval.Envoi de publication — Enregistrement n” 0858.Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec.SUITE DE LA PAGE 1 de New York avait en effet permis la construction de plus de 4000 unités de logement dotées de services d’aide adaptés aux malades mentaux et aux sans-abri.«Cela a réduit le nombre d'adultes dans les abris de 40 % en cinq ans et, donc, le nombre de personnes dans les rues», explique-t-il.Autre raison du nombre actuel de sans-abri: la disparition, dans les années 90, de plus de 500 000 apparia ments de moins de 500 SUS par mois à la suite de la suppression de réglementations empêchant les augmentations abusives des loyers.Sans parler du montant des allocations de loyer pour une famille de trois personnes: 286 $US par mois.Une somme négligeable.Ces explications apportent donc un démenti aux bruits selon lesquels Giuliani aurait «fait enfermer» les sans-abri dans des asiles psychiatriques, voire dans de mystérieux camps de concentration.La disparition des sans-abri des rues de New York à la fin des années 90 ne serait en fait que le reflet des politiques du maire précédent, et la réapparition des sans-abri, le reflet des coupes subséquentes.Quoi qu’il en soit, malgré une conjoncture économique désastreuse, soit un déficit budgétaire de la Ville de New York qui pourrait atteindre les six milliards, le nouveau maire de New York, Michael Bloomberg, a décidé d’agir.Son programme est complexe.Il propose la rénovation de 38 (XX) unités de logement déjà existantes et la construction de 27 000 nouvelles unités dans la ville.I.es coûts seraient couverts grâce à un arrangement spécial en vertu duquel la société de développement des logements de la Ville emprunterait contre le capital hypothécaire de l’agence municipale.Ces emprunts de quelque 500 millions seraient ensuite prêtés à des investisseurs privés pour qu’ils développent des habitations pour les New-Yorkais à revenu faible et moyen.Le plan prévoit également que la Ville prenne des mesures pour encourager le développement privé d’habitations grâce à du rezonage, à la rationalisation du code de construction et au changement du processus d’acceptation des projets qui, jusque-là, décourageait les investissements privés.Cette initiative a été applaudie par les associations d’aide aux sans-abri, qui la trouvent d’autant plus louable quelle est lancée dans un environnement économique et budgétaire on ne peut plus difficile.Des solutions de broche à foin Jusqu’à présent, la Ville n’avait proposé que des solutions temporaires et controversées.En août dernier, elle a essayé de reloger des sans-abri dans une prison désaffectée du Bronx.Cette mesure a suscité la colère des associations d’aide aux sans-abri et a dû être abandonnée à la suite de la décision d’un juge.En novembre dernier, ce sont des bateaux de croisière qui ont reçu les faveurs du maire.Celui-ci a même prêté son jet privé à une équipe de son service d'aide aux sans-abri afin que celle-ci puisse aller faire du repe-rage dans les Bahamas.lx's navires convoités?Des paquebots évalués entre 21 et 36 millions de dollars.Linda Gibbs, commissaire des services aux sans-abri de la Ville de New York, est revenue enthousiaste, estimant que ce pourrait être «la meilleure solution» au problème actuel des sans-abri, les navires étant «idéaux» sous beaucoup d’aspects: en effet, ceux-ci sont construits comme autant de petits appartements privés.Or, selon David Marquee, de la Coalition for The Homeless, non seulement cette mesure était dommageable d’un point de vue «symbolique», elle était également «totalement absurde» d’un point de vue stratégique.«Cela envoie le signal aux sans-abri qu ’on préfère les voir en mer plutôt qu’intégrés à notre communauté».dit-il.En outre, selon lui.cette solution temporaire est beaucoup plus coûteuse que le fait, par exemple, de payer un premier mois de loyer, y compris le dépôt, pour installer une famille dans un vrai logement.«Quand la Ville de New York avait décidé de loger ses sans-abri dans la prison du Bronx, elle omit dû dépenser 300 000 $US pour la rénover et en- core plus pour la gérer», rappelle-t-il.Arrestations abusives Le programme d’incitation à la construction de logements sociaux du maire Bloomberg apportera donc, à moyen et long terme, un répit aux familles entières qui n’ont pas les moyens de payer un loyer dans les conditions actuelles.Cependant, à court terme, celles-ci risquent de continuer leur errance, de chambres d’hôtel réquisitionnées par la Ville en centres d’hébergement en logements temporaires.Les familles composeraient 75 % des quelque 38 000 sans-abri, et 13 000 enfants auraient dormi dans les centres d’hébergement de la Ville l’année dernière.Un phénomène que l’on croit inexistant car ces enfants sont invisibles: on ne les voit pas dormir sur les bancs de parc ou dans les stations de métro.Aussi, à l’extérieur des centres d’hébergement, en général situés dans les quartiers les plus pauvres et les plus reculés de la ville, ils ressemblent à tous les autres enfants.Il reste que si vous voyez une mère avec trois jeunes enfants et un gros sac dans un wagon de métro à trois heures le matin, ce qui arrive malheureusement souvent.il y a de fortes chances que ce soit une famille de sans-abri qui aura choisi de se réfugier dans le métro pour une nuit.Cette mère court néanmoins un grand risque: en effet, ne pas fournir un abri adéquat à ses enfants peut mener à leur confiscation par l’Administration For Children’s Services, l’agence d’aide à l’enfance de la Ville de New York.Les 25 % restants, ce s.ont ceux que l’on appelle parfois, aux États-Unis, les «sans-abri chroniques», ces hommes et ces femmes souvent atteints de maladies mentales qui hantent les trottoirs ou les bancs du métro, qui haranguent et qui mendient.Ceux-là ont la vie dure depuis quelques mois.Répondant à une prétendue augmentation du nombre de plaintes pour atteinte à l’ordre public, la police aurait reçu le mot d’ordre de multiplier les arrestations.Entre le 11 octobre et le 11 novembre derniers, il y aurait eu 580 arrestations de sans-abri, une augmentation de 16,2 % par rapport au mois précédent.Karl Wilson, un sans-abri de 47 ans rencontré à la mission Bowery, à Soho, le jour de l’Action de grâce américaine, conseille aux jeunes d’aller à l’école mais, surtout, de «quitter New York».«J'ai passé cinq ans en prison pour un crime que je n’ai pas commis, raconte-t-il.Vous ne pouvez pas avoir de vie à New York parce que vous faites partie du système, et le système, c’est ’bouclez-les!"» Tant et si bien qu’une association représentant les sans-abri.Picture The Homeless, et représentée par la New York Civil Liberties Union a intenté fin novembre une poursuite contre le service de police de New York en arguant l’inconstitutionnalité des arrestations massives.Le syndicat de la police a lui-même exprimé le malaise des policiers dans leur nouveau rôle, allant jusqu’à parler de «harcèlement organisé».Et le 28 novembre dernier, Eduardo Delacruz, un officier de police, s’est fait suspendre pour un mois sans salaire parce qu’il avait désobéi à l’ordre d’arrêter un sans-abri qui avait trouvé refuge dans un parc de stationnement sous-terrain.Lin signe du malaise croissant des policiers.Selon Arnold Cohen, président du Partnership For The Homeless, les politiques radicales sont vraiment «contre-productives» car elles amènent les sans-abri à se cacher, «ü est plus efficace d'essayer de communiquer avec eux grâce à des équipes multidisciplinaires bien formées qui comprendraient les raisons qui les ont menés à devenir des sans-abri.» Cette controverse n'a pourtant pas empêché le chef du service de police.Raymond Kelly, d’aller foire son petit tour à la mission Bowery alors qu’on y servait la dinde de l’Action de grâce et que son épouse y faisait du bénévolat.A la question de savoir si la police allait rectifier le tir, celui-ci a reconnu «qu'il n'y a pas de crime à être sans-abri».«Mais nous allons continuer à appliquer la loi, a-t-il assuré, et nous espérons qu ’ils la respecteront aussi.» Le syndicat de la police a lui-même exprimé le malaise des policiers dans leur nouveau rôle, allant jusqu’à parler de « harcèlement organisé » REVEILLON SUITE DE LA PAGE 1 quer.De mauvaises langues prétendaient — les gens sont si cruels — que Lucio était mort à la guerre bien des années avant ce jour.Mais allez accorder foi à pareille foutaise.Sa boule de cristal, transpercée d’éclats le soir venu, lui assurait le contraire en dessinant d’un trait le sourire de Lucio, tremblant et amoureux.Elle l’attendaiL Et bientôt, comme à chaque Noël, dans le petit appartement du Mile End, les bon-hommes de pain d’épices, debout en rang d’oignons sur le bahut, pétris d’espoir, tendraient leur mimique inquiète, tracée au glaçage à gâteau, vers une porte toujours close.Bientôt aussi, la bouteille de grappa, jamais débouchée, se draperait dans un semblant de dignité sur ce même bahut pour faire tapisserie en silence.Et s’il ne venait pas.Une fois de plus.Insoutenable perspective.Mais voilà qu’au mépris des traditions d’usage, les bonhommes de pain d’épices, sortis tout chauds du four, refusèrent cette année-là de mon-fer sur le bahut pour attendre le fiancé d’autrefois.A la faveur d’une cuisson trop hâtive, une graine de révolte avait germé en eux: ils menacèrent la cuisinière de leurs petits poings crispés, réclamant l’action et l’aventure.Entraînée par ce vent de mutinerie, la bouteille de grappa, à bout de dignité, glapit à son tour.«Prenez la porte et trouvez-le, votre Lucio! On en a assez d’attendre avec vous!» Trahie par ses propres pâtisseries, injuriée par une bouteille pleine de lie, impuissante à conjurer la rébellion domestique, la vieille mit la boule de cristal dans sa poche pour sentir, à défaut de pouvoirs magiques très efficaces, un peu du doux sourire captif de Lucio.Puis elle déposa dans un sac, à côté de la bouteille indocile, les bonhommes de pain d’épices qui trépignaient d’impatience et sortit avec eux chercher le fiancé de «là-bas» sur le macadam d’ici.Hélas! Les antiques sorcières italiennes ne sont pas bienvenues dans la rue, la veille de Noël.Rien ne jure davantage avec les fées des étoiles, les anges, les lutins et autres esprits blanc et rouge, prisés au temps des Fêtes, que les dames en noir de sa sorte.La robe sombre, le visage jaune au nez crochu et la mélancolie du cœur sont démodés en cette saison.Tellement out qu’ils n’ont pas droit de cité.De fait, le froid, cinglant, l’accueillit à coups d’épée: «En garde, ma vilaine!» Sur le boulevard Saint-Laurent, ni le gros homme au teint rougeaud et à la casquette insolente qui la bouscula à coups de paquets-cadeaux ni la dame en fourrure au visage de clown trop fardé ne l’aidèrent à se relever quand une plaque de glace étreignit sa semelle pour l’envoyer s’étaler tout du long.Deux fées blanches, coquettes et bavardes, la piétinèrent avant de s’envoler en pouffant de rire.Même un père Noël pressé l’enjamba sans façon.Elle se releva toute seule, pourtant soulagée de trouver la grappa et les petits bonshommes intacts dans le sac renversé, serrant la boule de cristal à pleine main crochue.«Lucio!», gémit la vieille.Précisons qu’au cours de la nuit du 24 au 25 décembre, esprits et humains ont l’habitude de se croiser, mais rares sont les mortels assez sensibles pour détecter leur présence.La sorcière Pratesi avait un pied dans chaque monde et englobait les créatures visibles et invisibles d’un même regard rageur ou douloureux.Au coin de la rue Laurier, devant la caserne de pompiers, elle s’arrêta pour écouter un magnifique chœur d’anges aux ailes déployées.«Adeste fideles / Lœti triumphantes», entonnaient-ils, même si plus grand-monde ne comprenait les paroles des cantiques en latin.Ils s’en fichaient, faute d’un auditoire très nombreux.Des flocons tombaient autour des choristes aériens sans faire de bruit, tâchant d’habiller élégamment la ville pour le grand soir, à renfort d’ouate, comme celle qu’on met au fond des crèches.C’était joli, mais il faisait trop froid.Le mi bémol se cassa dans la voix d’un ange avec un bruit sec.Même la musique grelottait.«Avez-vous vu Lucio?», demanda la vieille à l’ange maestro.Celui-ci la toisa de très haut, essuya son aube immaculée, se gratta l’auréole avec sa baguette, puis, prenant le parti de se moquer de l’intruse, lui désigna au loin quelques créatures grotesques en train de s’agiter.«Cherchez donc votre Lucio parmi ces gueux.» Trois gnomes brunâtres et repoussants, chassés par les esprits des Fêtes, faisaient le pied de grue devant les palissades de l’Auguste Théâtre.Ils voulaient participer, avec les lutins blanc et rouge, au grand spectacle de Noël.«Sus à la discrimination!», proclamaient leurs pancartes.Mais personne ne prenait la peine de les lire.Elle s’élança vers les gnomes qui cessèrent de piqueter pour lui tendre gentiment la main, comme à une des leurs.Premiers êtres chaleureux croisés sur son chemin, ceux-ci l’entourèrent et lui firent compliment pour son bel accent sicilien avant de se proposer comme escortes: de toute façon, aucune troupe de Noël ne voulait les engager, et ils avaient besoin de se délier les jambes.L’un d’eux offrit de porter son sac, tenu ensuite du bout des doigts avec mille délicatesses, comme s’il eût contenu les plus beaux cadeaux du monde.Puis ils l’entraînèrent bien plus bas, courant jusqu’à la rue Sainte-Catherine, cherchant un abri contre le froid.Seule la roulotte de Pops dévouée au peuple de la rue, sentant le café à plein nez.accepta d’ouvrir ses portes à pareil quatuor malsonnant Le gros véhicule dégageait tant de chaleur qu’ils s’engoufirèrent en lui avec volupté.Deux gnomes les y avaient précédés, entourés de robineux et d’adolescents aux nez percés avec des yeux trop noirs dans leurs orbites et des bras transpercés.Quand vint son tour de se nommer, la vieille sorcière se contenta de donner son prénom de «là-bas», en rougissant: «Teresa.» Un de ces jeunes-là, malgré sa maigreur, ressemblait tellement à laicio, voyez-vous.Alors, elle ouvrit son sac et offrit ses trésors à la ronde: les bonhommes de pain d’épices, redevenus sages comme des images, et la bouteille de grappa, depuis si longtemps poussiéreuse sur le bahut, soudain débouchée et coulante.C’était Noël, après tout.Dans sa boule de cristal, la sorcière éméchée vit en un éclair le sourire de son fiancé se transformer en rire comblé.Elle gloussa d’aise à ses côtés et lui parla sicilien en silence.Déjà, la roulotte s'envolait avec son monde à bord pour mettre le cap vers «là-bas».Chaque passager n’avait-il pas son «là-bas» bien à lui, où l’en-trainaient tous ses rêves?Dans ce monde des songes, Teresa retrouva son Lucio, les gnomes, leurs gnomesses, les robineux, leurs diablesses, et les adolescents paumés, leur enfance perdue.Minuit sonna à pleines cloches au bonheur des lutins et des fées, mais les noirauds de la roulotte ne les entendirent pas.Ils planaient au-dessus des esprits rouge et blanc, laissant même dans leur sillage les anges musiciens aux ailes exténuées.Et la boule de cristal riait, riait.
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