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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2007-01-20, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 JANVIER 2 0 0 7 Pays-Bas: enquete au pays de la tolérance Page F 5 : 11 II II Adnen Arcand halo Balbo $ .pti»?§is .CROCIERA AEREfl DEL DECENNALE 1933 XI IO«OVOIAHT* SAVOIA MAftCHITTt nOTOPt CA TSO Ml» p»aschw»i hacmiti canccis i «Amen mua haCam.m Kr\K/W*i MUA 14OU10 MiftllMU Ml MT*9UÔ-*ÎMvi L’ARAIGNEE Mussolini et Hitler GORGEE DE SANG } KJ •Vl'V Liü i ( i] ¦j il S‘)î JC Lii.I-.I JEAN-FRANÇOIS NADEAU propos des terribles années 1930, un historien amateur, Raymond Ouimet, vient de rappeler, dans un petit livre intitulé L'Affaire Tissot, une page d’histoire régionale qui secoua Ottawa.Au moment où le Québec se déchire au sujet d’un sondage douteux sur le prétendu racisme des Québécois, cette histoire illustre à merveille à quel point l’intégration d’idées de haine dans une société, n’importe laquelle, ne va pas de soi même lorsque quelques-uns décident de s’en faire des porte-étendards bruyants.Voyez plutôt l’histoire: un officier de police d’origine belge, Jean Tissot, «fils de parfaits catholiques», distribue alors de la propagande antisémite à Ottawa avec l’appui de certains notables et l’approbation tacite d’une presse bien croyante, comme lui.Or Tissot est assez vite dénoncé pour ses gestes et ses paroles.Il est bientôt conduit à démissionner de ses fonctions.On lui fait un procès.Les campagnes de nationalistes et de fascistes outrés qui se portent à sa défense n’y changent rien: le voilà sans emploi.Lorsque Tissot entend faire de la politique pour défendre ses idées, il a beau être soutenu par les journaux d’Arcand à Montréal ou des membres de l’Ordre de Jacques-Cartier, il n'obtient finalement aucun véritable succès populaire.Défaite sur toute la ligne, au point où l'homme est forcé'de trouver refuge, grâce à quelques relations, dans un nouveau monde alors à peine colonisé, ce Far West québécois qui a pour nom l’Abitibi.Tissot devient là-bas le chef de police de Rouyn! Dans ce monde neuf, il pourchasse quelque temps les communistes et poursuit ses lubies antisémites, avant d’être congédié.On lui avait dit de ne plus faire de «politique».Est-ce pour cela qu’il est renvoyé?L’histoire ne le dit pas.Mais elle dit tout de même à quel point l’enracinement de la haine, même en cette époque très trouble, se fait dans un terreau populaire qui n’est jamais très profond.La croix gammée, cette araignée noire gorgée de sang, aurait-elle pu être l’emblème du Canada?Dans les années 1930, un certain nombre de Canadiens l’espèrent à tout le moins.Plusieurs publications internationales d’extrême droite circulent au pays des érables et nourrissent des rêves dictatoriaux.Le Swasica de Foc de Roumanie, le Narodni Pravo de Tchécoslovaquie, De Nederlandsche National-Socialist des Pays-Bas et, surtout, The Fascist, le journal britannique d’Oswald Mosley, sont lus, entre autres, avec intérêt par des Canadiens de toutes origines qui espèrent trouver, dans un mouvement politique radical de droite, une forme de rédemption sociopolitique nouvelle qui sache les protéger à jamais des affres du communisme tout en les lançant dans les voies d’une modernité industrielle miraculeuse.Les plus militants d’entre eux entretiennent bientôt des liens personnels avec la Ligue impériale fasciste de Mosley, la National Social Christian Party d’Afrique du Sud, la National Guard d’Australie et le Parti fasciste de la Rhodésie.Adrien Arcand, le chef principal de cette poignée de nazis canadiens, est connu en Allemagne de Kurt Lu-decke, un ami personnel de Hitler.Plusieurs journaux nazis connaissent aussi l’existence des petits journaux de cet homme à la plume prolifique.Né en 1899, fils d’un militant ouvrier, Adrien Arcand fut d’abord un syndicaliste très actif au quotidien La Presse avant de devenir un propagandiste de haines mis au service du chef conservateur Richard Bennett.Ce premier ministre canadien paye en effet à Arcand une somme rondelette afin qu’il mette ses journaux et sa plume au service de sa campagne électorale.C’est d’Angleterre et des différents pays constitutifs de l’Empire britannique que provient, paradoxalement, une large part de la pensée révolutionnaire d’Arcand et des siens.L’élégant Oswald Mosley, vedette du Parlement britannique, a alors lancé avec grand succès la British Union of Fascists.On croit même, pour un temps, qu’il peut devenir premier ministre tant sa verve rassemble des foules considérables.Première assemblée La première assemblée officielle des faaristes canadiens a lieu le 20 octobre 1933 à Montréal.À cette date, leur chef Adrien Arcand, correspond depuis plus d’un an avec des fascistes de partçmt à travers le monde.Les progrès du fascisme aux Etats-Unis l’encouragent beaucoup, Plusieurs pamphlets antisémites lui parviennent des Etats-Unis.Il admire les discours antisémites de Louis McFadden prononcés au Congrès américain.Il connaît les épouvantables propos haineux qu’a fait diffuser l'industriel Henry Ford grâce à son journal le Dearbonm Indépendant.Il cultive les appuis nombreux qu’il trouve au Canada anglais.Arcand emploie un langage simple, celui des ouvriers, sa clientèle politique principale.Il peut parler durant des heures, inépuisable.Quand il discourt, ses yeux deviennent ronds comme des billes.Ses paroles grondent Ses yeux roulent dans leur orbite.D insulte les Juifs.D veut leur peau.Sa fureur est bientôt totale.D parle ainsi jusqu’à perdre haleine.Si le charisme d’Arcand est indéniable, il est certain que les gens qui l’acclament créent aussi autour d’eux ce besoin charismatique: la grande crise économique favorise fidée que le peuple a besoin d’un nouveau chef.Tout concourt alors à la recherche de dirigeants «nouveaux» pour l’élaboration d'une société nouvelle.Au premier chapitre de l’Organisation et Règlement généraux du Parti de l’Unité nationale du Canada, on peut ainsi lire, évidemment que «l’autorité suprême et la décision finale résident dans la personne du chef».L’exemple du Duce en Italie apparaît alors resplendissant Même pour des hommes comme Gandhi ou Roosevelt A Montréal, la communauté italienne, parée de chemises noires, vient d’accueillir en triomphe l’escadre d’hydravions du général italien Italo Balbo, qui se pose à l’été 1933 près du pont du VOIR PAGE F 6: L’ARAIGNÉE I t DEVOIR JAN VIER LIVRES Compagnons d’humanité GUYLAINE MASSOUTRE On ne présente plus ce voyageur des mers, des îles, des déserts, des cordillères.Le Clézio sillonne la planète.Anthropologue en herbe, il s’est emparé du crayon dès qu’il a été en mesure de tracer une phrase.Or ce crayon court toujours.Très tôt, il a dénoncé le colonialisme, la prostitution des enfants en Thaïlande, l’exploitation de la femme et de l’homme par l’homme.Son esprit critique lui permet d’entrer en contact avec justesse et compassion.lit mondialisation économique, il l’a moult fois stigmatisée, en observant le lot des gens partout.Un mauvais sort, auraient dit les superstitieux.Il en a fait des romans.Il signe aussi des récits, témoignages littéraires et géographiques d’un grand intérêt, tel ce Raga.Approche d’un continent invisible, voyage en Mélanésie.L’Antillais Edouard Glissant dirige la collection, au Seuil, intitulée «Peuples de l’eau», où paraît cet inaugural Raga de Le Clézio.On y promet Edwy Plenel sur l'Arabie, Jean-Claude Guillebaud sur Madagascar et Patrick Chamoiseau sur la Mauritanie.La conscience maritime Raga, ou île de la Pentecôte, entraîne le voyageur au paradis perdu de Vanuatu, en Nouvelles Hébrides.Le Clézio, merveilleux guide en écriture, s’est fait conduire dans les secrets de lie.Rêveur fidèle à l’enfance, il ouvre son récit par une fiction.On arrive ainsi à Raga en pirogue, avec un bébé déshydraté; comme souvent chez lui, grâce aux étoiles palpitantes, le désert salé se fait moins vide.Si cet épisode séduit c’est que le limon du voyage se dépose sur une riche mémoire.L’écrivain se souvient de l’histoire de son ancêtre arrivant à lie Maurice.L’exploration joue sur deux tableaux, la mémoire et la découverte, fondues dans l’écoute de l’autre.S’il est vrai, comme l’affirme J.-B.Pontalis, qu’«o« est fait de mille autres».Le Clézio n’aura pas assez de sa vie pour faire entendre ceux qui parlent à travers à lui.Là réside le secret de son «approche du continent invisible», terre au ras de l’eau et sommets dans la brume.Les bruissements naturels s’y fondent aux légendes que chacun colporte et ajoute aux joies originelles.«A Raga, on est pénétré à chaque instant par le sentiment diffus, inexplicable, de la divinité», commente le visiteur, impressionné.Bien sûr, il voit les traces obscures de la colonisation, l’esclavage, les razzias, les sacrifices humains aussi, et le machisme univer- sel.Mais, aux contes locaux, il comprend les rites, tel ce curieux sacrifice des cochons, supposément nés d’un humain.Une résistance masquée Le Clézio ne partage pas les enthousiasmes d’un Malinoswki.Plutôt citer Henri Michaux; «Nous ne sommes pas un siècle à paradis», et montrer à sa suite, grâce aux rencontres éphémères, «la longue suite de désirs, de légendes, de masques et de chants qui se mêle au temps et resurgit et court sur la peau des peuples à la manière des épars en été», écrit Le Clézio.Sa très grande humanité, son talent de portraitiste, sa personnalité réservée lui valent un large lectorat.En 1994, les lecteurs de Lire l’ont élu le plus grand écrivain vivant de langue française.En 2005 se créait une association des lecteurs de son œuvre, à l’Université de Savoie.Ce Breton d’ailleurs, dont le père a été chirurgien dans l’armée britannique en Afrique, qui a vécu sur tous les continents, a pour patrie distincte sa langue magnifique.Encore en parle-t-il d'autres, car il n’a pas assez de ses sens, pourtant si bien utilisés, pour faire escale dans l’archipel.Les femmes y tiennent une grande place, telle cette Charlotte, une muse durant les trois semaines passées à Raga.Le revers de la médaille Plus tiède apparaît, en comparaison, un roman d’enquête dans l’histoire vietnamienne.Travaillé par la détestation de la colonisation, Un pont d'oiseaux d’Antoine Audouard nous amène au temps où certains peuples se donnaient le droit d’ingérence dans l’administration d’un autre.Terribles pages, qu’on découvre à travers le fils d’un militaire fictif, Pierre Garnier, actif en 1945, écho de la présence française en Cochinchine.Le roman semblera d’abord complaisant à l’aventure, et les Annamites, vus dans la distance.Les idées d’époque contribuent à la gêne.Mais la pondération historique prend ensuite la teinte souillée d’un compte impossible à solder.Audouard sait de quoi il parle.Petit-fils d’un militaire français en Indochine, il a effectué sept voyages au Vietnam pour ce livre.Petit-fils aussi du surréaliste André Thirion, entre eux il y a Yvan Audouard, journaliste au Canard enchaîné, auteur de dialogues dans vingt films connus, de contes provençaux délicieux (Laffont, Bouquins, 2006) et de pamphlets sur la connerie.De joyeux drilles, ces Audouard au grand cœur — voyez Une maison au bord du monde.j!.m .MARTIN CHAMBERLAND LH pF.VOIR J.M.G.Le Clézio entraîne son lecteur au paradis perdu de Vanuatu, en Nouvelles Hébrides.Un pont d’oiseaux passe et transpose l’héritage dVvan dans Le Sabre de mon père.Dans un style qu’on sent irrépressible, Un pont d’oiseaux présente les rêveurs et les salauds retrouvés.Le revers de la médaiDe pèse lourdement Depuis 2002, Antoine Audouard vit à New York.Au Pen Club, il présentait en 2006 la romancière Duong Thu Huong, qui vit en résidence surveillée à Hanoi et dont l’œuvre est traduite en français (voir Terre des oublis, Sabine Wespieser, 2006).A signaler, les lycéens ont choisi Un pont d’oiseaux pour leur Concourt de l’année.Collaboratrice du Devoir RAGA.APPROCHE DU CONTINENT INVISIBLE J.M.G.Le Clézio T jp Seuil Paris, 2006,137 pages UN PONT D’OISEAUX Antoine Audouard ' »m Gallimard Paris, 2006,430 pages L’amour sur des bouts de papier dépareillés Les Impatients et leurs complices publient le troisième tome de leurs Mille mots d’amour LOUISE RIOUX MAUDE SOUCY Cela pourrait bien devenir une tradition.Dès que la grisaille de janvier s’installe, un coffret scellé d’un ruban rouge fait son apparition dans les rayons des librairies.Dans la boîte grenat mille mots d’amour sont couchés pêle-mêle dans un désordre de papiers colorés.Gourmands, sans-gêne, tendres ou tristes, ils s'enroulent, se répondent et s’emballent pour le plaisir coupable de ceux qui osent encore les lire les yeux grands ouverts.Conjuguer le verbe aimer est une activité solitaire; rares sont ceux qui ont encore le courage de s’y plier, encore moins quand il s’agit de le faire publiquement.Et pourtant, ils sont cette année plus de 150 à avoir accepté de plonger tête première, démontrant ainsi un intérêt croissant pour la cause des Impatients, cet organisme dont la mission est d’offrir des ateliers d’art-thérapie et de musicothéra-pie aux personnes qui souffrent de problèmes de santé mentale.La marraine de ces Mille mots d’amour, l’animatrice Monique Giroux, résume bien la magie des Impatients en disant que leur «histoire est belle d’un bout à l’autre».Car c’est bien ce que l’on devine dans les 43 lettres que signent ces êtres à fleur de peau.«L’amourfait mal, mais on finit par s’y faire.On croit au bonheur, mais sait que ce-n’est pas vrai», écrit Louis-Simon.«L’amour forcé, ça donne rien que des divorces», renchérit G.Sorel.Sur papier, les Impatients sonnent étonnamment juste.Ce qui n’est pas le cas de tous leurs complices: artistes, penseurs, politiciens et grand public, si bien intentionnés soient-ils.On le sait, les lettres d’amour pèchent souvent par excès de bons sentiments, abusent du langage fleuri et multiplient les maladresses lexicales.Ce coffret, bien sûr, n’échappe à aucun de ces pièges.Et pourtant, l’exercice reste toujours aussi intriguant après trois ans.Intriguant et passionnant «Moi, je peux dire “je t’aime” et mentir», lance l’écrivaine Élisabeth Vonarburg.Vrai, mais pas ici, pas dans ce coffret qui conjugue le verbe aimer avec une franchise désarmante.Entre le petit pois à naître de Marie Hélène Poitras, le Québec amoureux d’Hélène Ped-neaull ou les jambes de sœur Angèle, le plaisir n’a de cesse de se renouveler.Voilà un plaisir coupable à lire et à relire avant l’expo-sition-encan qui se déroulera en février à la galerie Les Impatients.Le Devoir MILLE MOTS D’AMOUR -TOMES Collectif Éditions Les Impatients Montréal, 2007, non paginé *'«****¦ .“0"W**'W**.#*w , « * ft JACQUES GRENIER LE DEVOIR Une atomisation louisianaise Abandonnés culturellement par les créoles assimilés, les Acadiens louisianais ont été victimes du sectarisme anglo-saxon qui a mené à l’interdiction de l’enseignement du français à l’école publique.MICHEL LA PIERRE En 1881, à La Nouvelle-Orléans, l’un des derniers Blancs cultivés francophones, le docteur Alfred Mercier, esprit libéral, publie L’Habitation Saint-Ybars, un roman historique antiesclavagiste dont l’action se situe en Louisiane.«Je dédie ce modeste récit aux Canadiens français qui, comme les Louisianais, seront assimilés parce que, de part et d’autre, trahis parleurs élites fédéralistes», écrit-il en tête de son livre avec une audace brutale.Jeanne Castille (1910-1994), enseignante louisianaise qui milite au siècle suivant pour la survivance du français dans l’État américain, est consciente de défendre une cause désespérée, mais ne partage pas le cynisme politique du romancier né près de La Nouvelle-Orléans en 1816 et formé à Paris.Son autobiographie, Moi, Jeanne Castille, de Louisiane, rééditée avec une introduction perspicace de Jean-François Nadeau, fournit une précieuse explication sociologique de cette différence fondamentale.Alfred Mercier est créole, alors que Jeanne Castille est Acadienne.Malgré son patronyme d'origine espagnole (ni les créoles ni les Acadiens ne forment des castes totalement homogènes), la militante s’identifie à ceux que les Américains appellent les Cajuns.A la différence de ces Acadiens louisianais, les créoles, souvent propriétaires d’esclaves noirs, consti-tuaient, comme Jeanne Castille le signale, une caste prestigieuse et fiè-re de l’être.Ces Blancs avaient parfois un ancêtre venu du Canada à la suite des Montréalais d’Iberville et Bienville, qui avaient fondé la Louisiane entre 1699 et 1718.C’était le cas de Mercier.Même si certains d’entre eux Un chêne séculaire en Louisiane descendaient des planteurs de Saint-Domingue, les créoles s’enorgueillissaient devant les Acadiens qu’ils rangeaient au rang des peuples illettrés, d’avoir surtout des ancêtres arrivés directement de France.Ils s’estimaient supérieurs aux Cajuns, ces déportés qui avaient trouvé refuge dans les bayous misérables.En tant que caste, les créoles se targuaient en Louisiane d'une implantation plus ancienne et plus glorieuse.Mais il y a un hic.Beaucoup mieux instruits que les Acadiens, les créoles se sont paradoxalement assimilés les premiers aux anglophones.Du point de vue culturel, on ne peut parler d’eux qu’au passé.C'est ce qui rend le témoignage de Jeanne Castille, l’Acadienne naïve et irréductible, particulièrement émouvant.Jean-François Nadeau a su déceler l’ampleur d’une tragédie derrière ce qu’il appelle les «mots de pauvre» de la militante.Il souligne que, contrairement aux Noirs, unis dans leur lutte libératrice par le souvenir de l’esclavage, les Cajuns ont souffert de l’isolement, de l’atomisation et de l’absence d’une culture écrite.On ne peut que lui donner raison.Abandonnés culturellement par les créoles assimilés, les Acadiens louisianais ont été victimes du sectarisme anglo-saxon qui a mené à l’interdiction de l’usage du français à l’école primaire publique.Lorsqu’en 1968 l’Assemblée législa- ARCHIVES LE DEVOIR five de la Louisiane a remédié à la situation en proclamant le français seconde langue officielle de l'État, il était trop tard.La langue des Cajuns se mourait Ce n’était pas la première fois dans l’histoire du monde anglo-saxon que l’on reconnaissait une culture moribonde et que l’pri (entait hypocritement d’en favoriser la survie.L’attitude vis-à-vis des Amé rindiens avait ouvert la voie.On savait fort bien qu’une identité agonisante ne nuisait plus à l’ordre établi.Si la Cadienne Jeanne Çastille suscite la sympathie et la triste:?se, le grave avertissement qu’Alfred Mercier, le créole lucide, nous lance dès 1881 donne le frisson.Lorsque dix ans plus tard Louis Fréchette; pour témoigner dune pensée libérale et républicaine, envoie à VAthénée louisianais, cqnacle des derniers créoles francophones, le récit de sa rencontre avec Victor Hugo, il sait comme Mercier, que c’est la littérature, et non le foljdore, qui peut assurer l’avenir de pptre langue en Amérique.Collaborateur du Devoir MOI, JEANNE CASTILLË, DE LOUISIANE Jeanne Castille >r Présentation ' j de Jean-François Nadeau Lux Montréal, 2006,118 paèès • Arts et lettres • Des plumes et des mots • Carnet littéraire • Contes et légendes • À livre ouvert mercredi 19h30 samedi 16h00 dimanche WhOO samedi 20h00 hindi au vendredi 23hl5 'Æÿ'v.x fSïBWPw! Ra$a, 91,; Montréal ont une place de choix à Radio Ville-Marie 100,3 fm Sherbrooke • 89,9 fm Trois-Rivières • 89,3 fm Victoriavilü Ecoutez aussi sur le web au www.rodiovm.com J ¦¦¦Hi LE DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET D I M A .V C H E 21 JANVIER 2 0 0 7 LITTERATURE Le malentendu Monique LaRue, une écrivaine qui n’a pas peur de déranger Danielle Laurin Qui a dif qu'il n’y avait plus d’écrivains engagés?«On l’oublie, mais i écrivain peut et doit déranger.» C’est ce qu’affirme haut et fort Monique LaRue.Secouer les mentalités, cette écrivaine brillante en a fait une spécialité.11 n’y a qu’à parcourir ses livres pour s’en convaincre.Son essai De fil en aiguille, pour commencer.Elle y a rassemblé des textes écrits au fil du temps, depuis une quinzaine d’années.Des textes écrits au gré des événements, dans l’urgence.Des commandes, pour la plupart.«Si engagement il y a, c'est à répondre, note-t-elle dans l’introduction de son ouvrage.Répondre est, pour moi, un autre mot pour le métier d’écrire.» On est loin de l’écrivain élitiste dans sa tour d'ivoire.Pour elle: «Aucune des réponses humaines aux questions posées par la vie ne saurait être étrangère à l’écrivain véritable.Même, et surtout, les plus inhumaines et les plus injustes sollicitent sa réaction.» Toutes sortes de questions sont ici abordées.Même le droit au suicide.Mais parmi celles qui reviennent le plus souvent, on retrouve celles-ci: l’utilité, le rôle des écrivains dans la société; la place de la littérature dans les médias, dans l’enseignement; la quête de l’universel versus le particulier; la quête d’identité — celle des Québécois, en particulier.Quelques redites au passage.sans plus.Rien à voir avec une banale compilation de textes d’opinion.De page en page, on voit la pensée se déployer, les contradictions affluer et, au tournant, l’indignation se dresser.L’ironie pointe, aussi.Du genre: «A-t-on des cas, des exemples de personnes qui auraient été outrées et seraient restées outrées de savoir qui est Platon?» Elle-même n’écrit pas, ne pense pas seule, et le dit, le montre.Bon nombre de philosophes et d’écrivains l’accompagnent dans sa démarche.Et pas seulement les classiques.Toutes sortes de citations parsèment son livre, d’Aristote à Hubert Aquin, en passant par Kant, Kafka, Nabokov, George Steiner et Gabrielle Roy.Bref, on entre dans l’univers d’une écrivaine.Une écrivaine savante, oui, rigoureuse, qui a une formation en philosophie et en littérature, qui a étudié à Paris avec Roland Barthes.Une écrivaine qui enseigne aussi, depuis plus de 30 ans, dans un collège.Tout en publiant des romans qui lui valent des prix: le Grand Prix du Journal de Montréal 1996, pour La Démarche du crabe-, celui du gouverneur général 2002 pour La Gloire de Cassiodore, notamment.Un essai controversé Une écrivaine controversée, aussi.Qui a publié une petite bombe, il y a une dizaine d’années.L’Arpenteur et le Navigateur.Une plaquette, résultat d’une conférence prononcée dans le cadre de rencontres portant sur les transformations culturelles du Québec.Un essai d’une trentaine de pages à peine, qui lui a valu d’être traitée de passéiste, de fasciste, de xé- On est loin de l’écrivain élitiste dans sa tour d’ivoire nophobe.De raciste.Accusations non fondées, bien sûr.Mais imprimées en toutes lettres dans la revue Tribune juive.Oh l’encre que cela a fait couler ensuite dans les journaux! Les écrivains et les intellectuels québécois s’en sont donnés à cœur joie.Même Pierre Foglia s’en est mêlé.Mais de cette polémique enflammée, des lettres d’opinion qu’elle a elle-même envoyées au Devoir à l’époque, et des poursuites juridiques qu’elle a fini semble-t-il par abandonner, pas un mot dans De fil en aiguille.Dommage.L’auteure s’est contentée de reproduire, sans mise en contexte, sans le moindre commentaire, le texte litigieux.Pourquoi?Quoiqu’il en soit, à l’heure où les Québécois s’interrogent sur leur degré de racisme, sur la notion d’accommodement raisonnable, et sur le sens du mot nation, il fait bon relire L’Arpenteur et le Navigateur.De quoi était-il question au juste?De la littérature québécoise.Des écrivains québécois.Plus précisément, de la résistance des écrivains pure laine à intégrer les écrivains immigrants.En bonne polémiste, Monique LaRue dresse la table.Sous forme de récit réflexif, elle fait part à ses lecteurs d'une discussion qu’elle a eue, peu de temps après le référendum de 1995, avec un de ses amis écrivain.Un Québécois «de souche», comme elle.Pour cet écrivain-là, nous dit l’auteure, les écrivains venus d’ailleurs prennent trop place au Québec, et dans la représentation du Québec à l’étranger.D’autant qu’ils écrivent des livres «qui n’ont rien à voir avec ce Monique LaRue qu’on a toujours appelé la littérature québécoise» et «ne poursuivent pas sa recherche d’identité».Irrité au plus haut point, l’ami en question: «Par mauvaise conscience, par rectitude politique, par réflexe de colonisés minoritaires, nous nous laissons © JOSEE LAMBERT usurper notre littérature, nous avons cessé d’assumer son sens, son histoire, sa spécificité, son avenir.» Monique LaRue, de son côté, nous fait part de son malaise.Sans pour autant se refuser le droit de réfléchir à la question.«Ce qui est vrai, c’est que nous avons donné à la littérature québécoise, me disais-je, la mission de nous servir de patrie et de fondement identitaire, et qu ’elle arrive maintenant à un carrefour, tout comme la société.» C’est là que ça devient intéressant.Et éclairant dans le contexte actuel.Car Monique LaRue nous invite à sortir de la logique ethnique, à ne pas nous laisser gagner par le ressentiment.Elle en appelle à une redéfinition de la littérature nationale, et par là, remet en question la notion même de nation.Bref, en s’interrogeant sur ce que c’est qu’un écrivain québécois, elle nous amène à nous interroger sur ce que ça signifie d’être québécois.Pour étoffer son propos, elle imagine, en bonne romancière, deux personnages.Un arpenteur, «homme du territoire», qui «crée des frontières», animé par la passion de léguer, de transmettre.Et un navigateur, qui «rompt les amarres, largue son passé, mais transporte avec lui sa mémoire».Ces deux personnages seraient en nous, partageraient notre âme, comme «les deux faces de notre identité».Autrement dit: «Le navigateur ne peut se passer pour naviguer du travail de l’arpenteur.Et un monde de seuls navigateurs serait vide de traces.» On a beau s’intéresser de près à la littérature, privilégier la fiction comme champ de possibles et de réflexions, il y a des questions incontournables qui nous rattrapent dans la réalité.Des questions qui dérangent, oui.Collaboratrice du Devoir DE FIL EN AIGUILLE Monique LaRue Boréal Montréal, 2007,230 pages Coup de tête poétique Dans un remarquable premier roman sur fond de quête existentielle, Mathyas Le-febure raconte comment il est devenu berger.CHRISTIAN DESMEULES Larguer les amarres, certains ep rêvent durant toute une vie.A 30 ans, dans l’urgence de donner un sens à sa vie et la «panique de la vingtaine expirante», Mathyas Lefebure (Mathieu Lefebvre de son véritable nom) choisit de sacrifier un travail absurde ét de plus en plus aliénant dans une agence de publicité montréalaise où il mettait sa «créativité au service du viol des foules».Pour devenir berger dans le sud de la France.Pour concrétiser ses rêves.Pour se muer en écrivain et,, peut-être surtout, pour devenir enfin qui il est Et à travers ce «coup de tête poétique», comme il en parle lui-meme, c’est l’aventure d’un homme à la recherche de son ombre que raconte D’où viens-tu, berger?, ün remarquable premier roman, traversé d’un questionnement essentiel et sincère.N’ayant à peu près jamais vu urt mouton de sa vie, habité par tin «trac ontologique», Mathyas fait cap sur la Provence où son amoureuse, qui étudiait à Aix, lui avait déjà trouvé quelques pistes.Après avoir rencontré un éleveur qui accepte de l’embaucher malgré sa parfaite inexpérience, le bucolique cède très rapidement place à la dure réalité dç l’élevage des animaux.Une réalité qui rime avec bétail, marchandise, rentabilité, maladie.Sans parler des journées interminables, de l’effort physique, du sang, de la violence gratuite dé certains bergers et de la détresse des animaux.Malgré tout, le rêve ne s’émousse pas.«Sur mes pantalons de cadre, devenus pantalons de berger, il y a maintenant du sang, du fu-miêr, du placenta, de la laine, de la fiotfe, du foin, de l’eau sale, des écorchures de canif émoussé, des traces de marqueur de bétail bleu, du pus, du piétin.» On est loin de lldâivers de la pub, des 5 à 7, des mévroses urbaines» et du cynisme qui; commençait lentement et sû-i reïtient à prendre le dessus.«Tout Mà me porte, beaucoup plus que \iba vie d’avant.Je suis dans la lan- l«6« EMILIE RICHARD-FEVRE Mathyas Lefebure arrive à nous transmettre avec des mots justes et vivants tout le souffle de son aventure de berger illuminé.de, je travaille avec du vivant, je sens mon cœur battre.» Plus tard, on est au cœur des Alpes, dans les pâturages d’été de Savoie, en compagnie de 1500 brebis, du berger et de la bergère qui l’a rejoint.Il y a l’opinel, les chiens, le bâton, les sonnailles, le pastis, l’ivresse du vin et la beauté des montagnes.Les amitiés instantanées soudées par les verres de vin (les «canons») et la peur du loup.On y lit Nietzsche ou Cioran.«Et personne ne peut nous envier, écrit-il, car personne ne sait que ce miracle existe.» On Croit le suivre pas à pas dans sa découverte de la vie de berger, partageant son exaltation, ses angoisses, sa certitude croissante.On est avec lui devant le même horizon de liberté retrouvée.Et si on y croit c’est avant tout grâce à la solide force du talent de Mathyas Lefebure, qui arrive à nous transmettre avec des mots justes et vivants tout le souffle de son aventure de berger illuminé.En novembre 2005, certains s’en souviendront peut-être, Pierre Foglia avait consacré toute une chronique à ce couple de bergers hors du commun.Mathyas Lefebure a aussi tenu un blogue durant les premiers temps de l’aventure.«La biographie est le point de départ de la littérature», écrit-il quelque part, avouant du même souffle qu’il ne serait sans doute jamais devenu berger s’il n’avait pas déjà su qu’il écrirait sur cette épopée hors de l'ordinaire.Grand bien nous fasse.Collaborateur du Devoir D’OÙ VIENS-TU, BERGER?Mathyas Lefebure I^eméac Montréal, 2006,256 pages PALMARÈS LIVRE ARCHAMBAULT SI ® QUEBECOR MEDIA Résultats des ventes : Du 9 au 15 janvier 2007 ROMAN POUR RALLUMER US ÉTOILES Dominique Demers (Québec Amérique) DOCTEUR IRMA T.1: U LOUVE BLANCHE Pauline Gill (Québec Amérique) ODETTE TOULEMONDE ET AUTRES.Éric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel) US BIENVEILLANTES I Jonathan Littell (Gallimard) j UN TOURBILLON DE NEKE T.2 Diana Gabaldon (Libre Expression) | MES AMS, MES AMOURS Marc Levy (Robert Laffont) MARIE-TEMPÉTE Dominique Demers (Québec Amérique) COMME UNE ODEUR DE MUSCLES Fred Pellerin (Planète Rebelle) À TOMBEAU OUVERT Kathy Reichs (Robert Laffont) U PARFUM Patrick SusKind (Fayard) OUVRAGE GÉNÉRAL CUISINER AVEC LES AIMENTS.R.Béliveau / D.Gingras (Trécarré) L’ART DE U SIMPLICITÉ Dominique Loreau (Marabout) t£S MBUBNIES RECETTES A IA AUmBIK Donna-Marie Pye (Guy Saint-Jean) U GUIDE DU «N 2007 Michel Phaneuf (Éd.De L'Homme) MANGEZrUVRE AOTIRÉCME ,PR0MIN G.Guévremont, M.Lortie |La Presse) PASSAGE OBLIGÉS Josélito Michaud (Libre Expression) DEMANDEZ ET VOUS RECEVREZ Pierre Morency (Transcontinental) PETIT LAROUSSE ILLUSTRÉ 2007 Collectil (Larousse) | S.0.S, BEAUTÉ: MENUS PROGRAMME Chantale Lacroix (La Semaine) GUIDE DE L’AUTO 2007 Collectif (Trécarré) LIVRE DE POCHE NOUVEAUTÉ ANGLOPHONE I.IBRMRI 1- BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d'art et de collections Canadiana Livres anciens et rares Bibliothèque de la Pléiade Littérature Philosophie Sciences humaines Service de presse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@bellnet.ca NOUS NOUS DI PLAÇONS PARTOUT AU QUEBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.L’OMBRE DU VENT Carlos Roiz-Zafon (Livre de poche) US CERFS-VOLANTS DE KABOUL Khaled Hosseini (10/18) ENSEMBLE C’EST TOUT Anna Gavalda (J’ai lu) ERAGON T.I: L’HÉRITAGE Christopher Paolini (Bayard) UN PETIT PAS POUR L'HOMME Stéphane Domplerre (Québec Amérique) U PART DE L'AUTRE Éric-Emmanuel Schmitt (Livre de poche) U DIABLE S HABILU EN PRADA Lauren Weisberger (Pocket) AVANT U GEL Henning Mankell (Points) VOUS REVOIR Marc Levy (Pocket) MON NOM EST ROUGE Orhan Pamuk (Gallimard) YOU: ON A DIET: THE OWNER’S MAMIAI M.Roizen / M.Oz (Simon & Schuste) THE LAST TEMPLAR Raymond Khoury (Signet) CELL YOUR NUMBER IS UP Stephen King (Pocket Books) WALT DISNEY & ORLANOO 2007 Laura Lea Miller (John Wiley & So) THE DElflL WEARS PRAHA Lauren Weisberger (Random House) FALSE IMPRESSION Jeffrey Archer (St.Marlin's Press) THE HUNT CLUB John Lescroart (New American Library) MARY MARY James Patterson (Warner Books) OH THE RUN Iris Johansen (Bantam Books) CAHYDU KEEPASECREn Sophie Kinsella (Dell) 0bteMz?§iilvreîde format poche* dul VAlAttlff liMflu’Au 4 tovrtar F 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 JANVIER 2007 LITTÉRATURE Mémoires américaines Louis Hamelin Impossible d'imaginer des fées plus différentes que celles qui se sont penchées sur les : berceaux de ces deux écrivains.L’un né avec une cuiller d’argent dans le bec, d’une famille du Vieux Sud ayant fait fortune en dépossédant les indiens Chicksaws de leurs terres.Demi-frère de Jacqueline Bouvier, la future madame Kennedy, par le remariage de son père, un grand-père sénateur, et Jui-jnème à tu et à toi avec le jeune séducteur sans scrupules qui deviendra président sous le logo JFK.•Romancier à succès, à quelque chose comme 23 ans, «a vie sociale prend ensuite l’aspect d’un agenda mondain où défilent tous les noms qui comptent dans la culture américaine, de Tennessee Williams à Truman Capote, de Leonard Bernstein (vous pouvez •l’appeler Lenny) à Noureïev, d’Anaïs Nin à Allen Ginsberg.Et si vous remarquez une forte proportion -(le.mot est faible, comme l’est la chair) •d’homosexuels dans le petit exercice de name dropping qui précède, ce n’est pas vraiment un hasard.Notre homme est le Proust américain, fasciné par les vedettes de cinéma et de la politique comme Marcel par ses duchesses, collé au pouvoir des Kennedy comme l’écrivain de la rue Hamelin à celui des Guermantes, avant de choisir l’exil (doré, bien entendu) en Italie plutôt que la réclusion dans une chambre enfumée.Une telle orientation sexuelle et un physique d’éphèbe pourraient d’ailleurs expliquer non seulement l’aura de soufre qui s’attacha à son œuvre dans l’Amérique du général Eisenhower, et sa relative mise au ban au sein d’une littérature qui, depuis Hemingway, n’a jamais vraiment cessé de soigner ses muscles et de cultiver une image virile, mais aussi le fait qu’il soit aujourd’hui beaucoup moins connu chez nous que, par exemple.Norman Mailer.L’autre, maintenant.Fils d’immigrant irlandais pauvre né à New York, puis retourné, en Irlande avec sa famille, de retour ensuite aux Etats-Unis à titre d’immigrant lui-même.D se tape Ellis Island, le travail sur les docks, les boulots de merde, les pintes de bonne mousse dans des pubs pas toujours fréquentés par la crème de la société, avant de décrocher, tout au bas de l’échelle, un poste de dompteur de fauves, je veux dire: prof au secondaire, d’anglais, dans un programme technique.Sa carrière littéraire à lui va débuter sur le tard, à l’âge de 66 ans, avec le récit de son enfance malheureuse (on dirait aujourd’hui dysfonctionnelle) dans la verte Erin.Comment oublier cette succession d’enfants conduits l’un après l’autre à la tombe, tous ces petits cercueils, ces deuils engourdis de houblon dans un taudis en panne de charbon, qui rendaient le film tiré de son premier livre si ennuyeux à force de scènes larmoyantes et d’assommante fatalité?Vous avez sans doute déjà reconnu Frank McCourt, dont Les Cendres d’Angela ont fait le tour du monde tandis que lui se tapait sur les cuisses quelque part entre le bureau de son éditeur et la banque.Mc-Court revenait trois ans plus tard avec C’est comment l’Amérique?, que j’ai couvert ici même, c’était en 2002.Des cimetières de l’antique patrie de Yeats et de Joyce, dont la terre lui bouffait ses frères et sœurs, jusqu’à la liste des meilleures ventes du New York Times, McCourt a fait du mythe même de l’Amérique son fonds de commerce: l’immigrant des cabines de troisième classe et des camions d’éboueurs qui conquiert Manhattan et l’Ouest sauvage après avoir adressé un clin d’œil à la statue de la liberté.Ce qui n’aurait pas été possible si ce fils de la vieille Eire à la tête dure n'avait pas développé, en guise d’antidote à toutes ces misères, dans tous ces débits de boisson mal famés où venait se presser à son côté une humanité avide d’oubli mais parlante et écoutante, fraternelle, et ensuite devant ses classes de cancres, un art de raconter incomparable, rivant, drôle, naturel.Fabuleux.J’ai eu à l’école secondaire un prof qui s’appelait Claude Lavallée.J’ai complètement oublié la matière qu’il nous enseignait, mais pas le fait qu’il nous lançait des craies à la tête pour attirer notre attention, et parfois les brosses du tableau suivaient, soulevant des nuages de poussière blanche en atteignant la cible.Je n’ai jamais enseigné.L’écrivain qui se rend dans une classe de français ou de littérature se voit confier une tâche relativement facile, tout comme le mononcle magique, si populaire auprès des enfants, qui disparaît à la première odeur de couche souillée.C’est un tout autre défi qui attend MARIO ANZUONI REUTERS Gore Vidal, photographié en 2005 ftfc&aiiM iég&SsW’ LitÜÈl le prof parachuté chaque automne devant cinq fois trente-cinq petits monstres d’égoïsme et d’énergie obéissant à leurs propres codes.Vous n’avez alors pas vraiment le choix: vous allez disposer au maximum de quelques jours pour les percer, sous peine d’être éjecté.Comment aller les chercher sans trahir la ligne d’autorité?Gagner leur complicité sans perdre leur respect?Ce dilemme, le lecteur le vivra comme s’il était lui-même livré aux fauves en lisant Teacher Man, dernier volet de la trilogie des aventures de Frank McCourt en Amérique.Premier cours: un fils d’ouvrier italien garroche son sandwich et atteint un petit camarade.Le lunch choit par terre dans son papier d’emballage.Trente-cinq paires d’yeux se vrillent aussitôt sur la personne du prof.Ce sont eux, les étudiants, mais c’est lui qui passe un test.Après un flottement, McCourt marche tranquillement vers l’écolier fautif.Il s’arrête à mi-chemin, se penche et ramasse le sandwich, défait le papier d’emballage, examine la chose un moment et., la mange.En donnant tous les signes de se régaler, parce que, les amis, ce n’est pas de la baloney, mais de l’italien bien goûteux qu’il a entre les mains.Après, il bouchonne le papier, réussit un panier, et retourne s’asseoir à l'avant de la classe.Ah la vache! Sans même avoir besoin de viser le coupable avec une brosse pleine de poussière de craie, le nouveau rient de se gagner 35 petits esprits, le temps d’une trêve de quelques mois.Mais surtout, année après année, le prof McCourt va réussir à s’imposer à l’attention de ses pupilles grâce à la chose qu’il fait le mieux, à la seule chose que ce fils d’un pays de quatre millions d’habitants ayant donné au monde quatre Prix Nobel de littérature a toujours su faire au fond: raconter des histoires, ses mille et une nuits à lui qui deviendront un jour la trame des Cendres d’Angela et des livres suivants.En Amérique, écrit McCourt, 4ès médecins, les avocats, les généraux, les acteurs, les gens de télévision et les politiciens sont admirés et récompensés.Pas les profs.Les enseignants, ce sont les bonnes à tout faire du monde professionnel».En fait d’entreprise de réhabilitation, difficile de faiijp mieux que ces mémoires passionnants.Autant McCourt donne l’impression d’écrire dans le feu de l’action, toujours dans le vif du sujet autant Gore Vidal, l’enfant chéri et maudit de la tittérature américaine, rédige, de son exil méditerranéen, dés mémoires qui embrassent large, sa propre rie recoupant tant d’autres parcours, idées et êtres, lorsque contemplée de ce cap élevé de l’esprit humain où il écrit, à la main, avec quelque chose d’un sage de l’Antiquité dans sa manière de marier le plus haut savoir aux plus basses envies.Le livre a paru il y a déjà presque un an, mais, n’ayant pu le lire que pendant le temps des Fêtes, je suis content de pouvoir enfin en parler.Voilà une œuvre.Brillante et potineuse, remplie d’élégance, de secrets, d’érudition et de sexe.Un événement des lettres américaines.Et une langue sale servie par un style éblouissant! Ça se lit comme un numéro spécial de 600 pages de Paris-Match écrit par Marcel Proust Collaborateur du Devoir TEACHER MAN Frank McCourt Traduit de l'américain par Laurence Viallet Belfond Paris, 2006,374 pages PALIMPSESTE Gore Vidal i Traduit de l’américain par Lydia Lakel Galaade éditions Paris, 2006,637 pages LA PETITE CHRONIQUE Pour saluer Jean Rhys LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Être ou ne plus être :: Suzanne giguère I t f é Sangsues, couleuvres, araignées, chenilles, cafards, souris, ces petites bêtes «qui font de ‘nous des hystériques, des paniqués, ceux dont on a systématiquement fa.phobie» ont des leçons de rie à nous transmettre.Line McMur-•ray (qui nous avait enchantés •avec son roman Nous les enfants.Récits de quand j’étais petite, près du lac, dans la nature, U-her, 2004) en est convaincue.Ces petites bêtes sont là depuis plus longtemps que nous, elles ont survécu à bien des cataclysmes jet elles ont fait preuve de génie pour s’adapter à leur milieu.Elles Isüfrivront sans doute à l'extinction amorcée vers laquelle Ihom-;me, entraîne la planète, ce dernier n’jétant pas génétiquement le ïtuèux pourvu pour survivre à ses propres bêtises.La beauté des petites bêtes que personne n 'aime est un plaidoyer passionné où s’entremêlent des réflexions directes, franches, sur lai «(dénature» des hommes, des données scientifiques sur l’intelligence sensible des bêtes et des HUGUES CORRIVEAU Dans Fors le silence, Diane-Ischa Ross joue, et aime la rie qu’elle rend de façon sensuelle en une poésie lumineuse et dense, jcoipme on aimerait en lire plus ¦souvent.Quand elle pose une question, c’est une fresque qui s’ouvre avec le sourire entendu de qui en a vu d’autres: «l'avez-vous vu passer ma vie / avec les bottes en caoutchouc des petits chiens / entrer à la quincaillerie / se déboutonner croquer des friandises / retourner à la grosse roche / tremper ses pieds dans l’eau sale / l’œil mort puis animé au prochain bateau qui part / Tavez-vous vu kidnappée par un vitrail sorcier /fleuve noir tard / la nuit»?Un peu d’enfance fait du bien à l’âme perdue dans les atrocités ambiantes.Que nous faut-il en ce mois-ci?Eh bien! «tout petits / le lion d'acrylique l'écureuil de coton / voilà qui met de l'air dans les rétrécis de novembre».Et si je pouvais me fondre à ces textes, ou-vroirs de bonheurs potentiels, «je serais le secret des citrons verts / des araignées petites et brunes de quinze heures / à moi la vie rêvante / et le droit de voyage des amours démesurées».Si le temps, inévitable, se rembrunit, Diane-lscha Ross lui tient tête, confronte avec des bonheurs d’expression savoureux les plus récits drôles et charmants témoignant des expériences vécues de l’auteure avec les petites bêtes de son enfance.Alice au pays des symphonies pétillantes Enfant, Line McMurray passe ses étés à la pourvoirie de chasse et de pêche de ses parents, au cœur de la forêt mauricienne.La fillette ne se lasse pas d’observer les sangsues dans le lac et d’écouter leurs symphonies pétillantes, quand, entre leurs respirations, des globules d’air éclatent à la surface du lac.Elle considère les araignées comme «des artistes complets, écrivant leur vie en la dessinant».Un jour elle découvre que sa couleuvre préférée est devenue toute grise avec des yeux turquoise.Elle est en train de muer, tout simplement.Des relations de tendresse, de curiosité, de protection se tissent.Devenue adulte, Line Mc-Murray est persuadée que la frontière n’est pas si étanche entre l’espèce animale et l’espèce humaine.Malheureusement, les lourds chagrins comme les troubles du corps fragilisé: «Une tristesse à priver l’eau de ses miroitements / à durcir la salive en caillou j’ai cru l’autre si tendre / plus penché que les fougères».Même si «les demains pèsent du plomb armé sur la terre et le tendre du ciel», elle va sa route, destination bonheur.Le temps domestique, les lainages et les objets du jour, voici que la maison de la poète tourne tête-bêche pour s'ouvrir au monde de l’imaginaire.Une volonté de plaisir, à la limite frondeuse, gagne ce recueil plein de matières mangeables, plein de sens jouissifs.On aurait le goût qu’un Bachelard puisse encore l’analyser pour que l’imagination matérielle qui s’y déploie révèle tous ses secrets.Amours sèches Sous une couverture absolument navrante qui nous présente la photo d’un couple «Harlequin» qui s’embrasse sur une plage, les Ecrits des Forges nous offrent La chair est un refuge plus poignant que l’espace de Rosalie Lessard.Cette dernière a gagné en 1998 le Prix international jeunes auteurs, et publié chez le même éditeur, en 2000, A perte de monde.Le trop long titre de l'actuel recueil nous permet de croire qu’on aura droit à des poèmes sensuels, sinon torrides, alors qu’il n’en est humains sont loin d’être les animaux intelligents qu’ils prétendent être.«Nous avons trop régressé pour être capables d’entendre la voix de l’enfant que nous avons été et qui aimait les animaux, cette petite voix de l’âme qui essaie de nous ramener sur le droit chemin de l’équilibre, de la fusion avec la nature.» Oui, les bêtes pensent, écrit-elle.Et probablement beaucoup de mal des humains qu’il faudrait classer parmi les bêtes les plus féroces, peut-être la pire.Elle cite Yves Sciama {Petit atlas des espèces menacées, Larousse, 2003) : «Surexploitation des ressources naturelles, déforestation, pollution industrielle, tuerie des animaux, sans compter notre système économique continuant d’afficher des valeurs contraires au développement durable: profit à court terme, individualisme, irresponsabilité, absence de solidarité, avec les autres peuples ou avec les générations futures».Voilà ce que nous sommes, des prédateurs les uns pour les autres.La beauté des petites bêtes que personne n’aime nous pousse à rien.D’une froideur volontairement aseptique, les textes de la première partie, «Le Volcan sans fenêtre», parlent d’une femme soumise et tragiquement inquiète de tout, qui rit par l’autre, en l’autre, sous l’autre.On croyait le sujet à jamais obsolète, et puis non, Mme Lessard ayant de l'amour une vision proche du don de soi, sinon de l’absence à soi.«Tu fonds sur moi je disparais / corps d’attache / chair d’asile», nous confie-t-elle, non sans naïveté, comme s’il s’agissait qu’elle soit enceinte, et d’ajouter: «j’en oublie d’être seule».Qu’y peut-on quand le projet de vivre tient à se dédier tout entière?Il faut l’entendre: «j’abandonne ma vie à la nôtre / j’apprends à penser compter pour deux»?Mais pire est ce moment où l’autre ose se retrouver, alors: «approche l’heure noire / où tu retournes à toi / ma vie se vide s’échappe / ton seul abandon pour rivage».La deuxième partie, «Désordre et le souffle heurté», est de la même eau missionnaire: «à quel ouvrage prêter main-forte / soigner le corps / tracer des routes / parler des mots».Et l’angoisse de l’abandon couve toujours en ce cœur assombri par l’inquiétude, redisant: «pour ne pas me perdre / en même temps que toi».«Le Ciel et la main vide» est de loin la moins bonne partie, re- une prise de conscience des dérives vers lesquelles l’arrogance dominatrice des hommes nous conduit.Ce petit livre nous invite à la réconciliation.«Nous aurions tout intérêt à tirer des leçons des bêtes qui ont intégré la science de la vie en leurs comportements, et ce, pour que nous dessinions un futur vivable pour nos propres enfants.» Bêtes ou hommes, nos destins sont indissociables.On n’a plus raison de haïr ces, petites bêtes.Ecrites par une sorte d’Alice au pays des merveilles, les trente-cinq proses de ce bestiaire «rampant, velu et carapacé» sont accompagnées de dessins poétiques d’une grande fraîcheur.Collaboratrice du Devoir LA BEAUTÉ DES PETITES BÊTES QUE PERSONNE N’AIME Avec dessins de l’auteure line McMurray Éditions liber, coll.«Figures libres» Montréal, 2006,132 pages cueillant çà et là de petites œuvrettes faiblardes: «Tous souvenirs/où tu n’étais/qu’accom-pagnement / deviennent / souvenirs / de toi»\ On peut difficilement imaginer pire.Qu’y faire quand «aux confins d’une phrase», «il faut apprivoiser le pli d’un rêve»?Alors, que retenir de tout cela?La quatrième partie intitulée «La Distance en soi» dans laquelle l'auteure trouve mieux sa voix, qui nous convie à regarder en face «le temps des grands lézards / des hommes et des monstres / irradié».C’est moderne et torturé, la voix y est hachurée et les images fortes.Le monde ne se dérobe pas derrière le rose affadi des amours ancillaires, mais confronte notre époque avec vigueur.Collaborateur du Devoir FORS LE SILENCE Piane-Ischa Ross Éditions Triptyque Montréal, 2006,88 pages LA CHAIR EST UN REFUGE PLUS POIGNANT QUE L’ESPACE Rosalie Lessard Écrits des Forges Trois-Rivières, 2006,88 pages Gilles Archambault Le nombre de fois où j’ai dû expliquer que Jean Rhys était bien une femme! Son vrai nom: Ella Gwendoline Reese Williams.Née à la Dominique en 1890, décédée en 1979 en Angleterre.Son père était gallois, sa mère créole.Elle quitte son île à 17 ans, devient chorus girl à Londres, ville qu’elle a toujours détestée.Sa rie est une succession d’échecs sentimentaux et autres, elle connaît la pauvreté, la solitude, l’alcool.Après un long silence, elle publie en 1966 La Prisonnière des Sargasses.Pour en savoir plus long sur elle, on lira l’essai de Christine Jordis, Jean Rhys, la prisonnière ainsi que l’entretien accordé par la romancière à David Plante que l’on trouve dans Qui êtes-vous Jean Rhys paru aux Éditions de la Manufacture en 1990.Les deux nouvelles, À septembre, Pétronella et Qu’ils appellent ça du jazz qu’on publie en Folio sont extraites d’un recueil intitulé Les Tigres sont plus beaux à voir.Comme à peu près toujours chez notre auteure, ces textes sont de nature autobiographique.Pétronella et Selina, la petite Créole de la seconde nouvelle, sont des jeunes femmes visitées par une solitude innée.La malchance est leur lot, leur tristesse, totale.Elles sont de ces êtres nés paumés.La tendresse les habite en même temps qu’une révolte jamais inassouvie.Tout l’art de Jean Rhys est contenu dans une écriture précise, un maniement parfait du dialogue.Les silences chez elle sont d’une importance capitale.Rarement auteur aura réussi à rendre avec une telle économie de moyens la détresse de vivre.Pour tout dire, je n’ai jamais compris qu’un vaste lectorat féminin ne lui soit pas par avance acquis.Tout dans le tempérament de Jean Rhys, tout dans sa façon d’aborder l’écriture est de nature à retenir l’attention d’une lectrice le moindrement habitée par la sensibilité.Si l’action de ces deux nouvelles se situe à Londres, une partie importante de son œuvre a Paris pour cadre.C’est dans cette ville que Rhys vivra dans les années 1920.Quai des Grands-Augustins et Rive gauche témoignent de la rie de bohème qu’elle y a menée, perpétuellement aux prises avec ses démons et le sentiment de vide existentiel qui ne l’a jamais quittée.Ford Madox Ford, critique et éditeur américain, directeur de la Transatlantic Review à Paris,.et dont elle a été un temps l’amanté, l’aide à publier son premier romart.Quatuor.Roman autobiographique.Elle disait: «Je suis incapable d’inventer, je n’ai pas d’imagination.Je ne sais même pas ce que c’est qu’un personnage.» 11 est bien sûr question de Ford Madox Ford dans Les Exilés de Montparnasse de Jean-Paul Caracal-la.Aussi, évidemment, de Gertrude Stein, Sylvia Beach, Hemingwaÿ, Fitzgerald, Ezra Pound, James Joyce.Américains à la recherche d’une liberté qu’ils ne trouvent pas dans leur pays et qui profitent de surcroît d’un taux de change qui leur est favorable, ils ne seront pas membres du type de société que fréquenta Jean Rhys.Durant ces années-là, celles qui suivirent la Première Guerre mondiale, elle préféra là compagnie de personnages plutôt louches, dont son premier mari, un chansonnier franco-hollandais du nom de Jean Langlet Les bringues sans nombre, les réceptions que donnaient à cette époque Nancy Cunard et Hélène Rubenstein, et dont Jean-Paul Caracalla se fait l’écho à l’occasion, ne font pas partie de l’univers d'une femme qui ne s’est jamais vue autrement que comme une proie devant plus fort que soi, et dont les personnages divers ne furent que la représentation de la femme qu’elle était Collaborateur du Devoir À SEPTEMBRE, PÉTRONELLA Jean Rhys Gallimard, coll.«Folio» ’ ’ Paris, 2006,108 pages ; , LES EXILÉS i« DE MONTPARNASSE ’ ; Jean-Paul Caracalla Gallimard {j Paris, 2006,294 pages -, j ___________ E N Au cœur de la souffrance Les médecins la côtoient quotidiennement, les grands malades aussi: dans le vaste univers de la médecine, la souffrance n’est jamais bien loin.C’est notamment elle qui règle le quotidien des patients en phase terminale, imposant une présence lourde et douloureuse.Mais si vieille soit-elle, la souffrance reste aujourd’hui largement méconnue, peu étudiée.Le professeur et médecin Serge Da-neault s'est attaqué au dossier 11 BREF 11 .(f pour y consacrer un livre, Souf- n fiance et médecine (PUL), qui pose > (et répond à) un certain nombre ! -• de questions dérangeantes.Et si la médecine elle-même induisait une ’> part de souffrance?Quelle place ' > notre système de santé fait-ü à la '1 souffrance?Quel espace accorde-F il à son soulagement?Le constat : î est assez dur.Le manque de I î temps, de lits, de ressources, tout > concourt à laisser la souffrance de ! côté dans le processus de soins dispensés.Pour le Dr Daneault, ih > importe pourtant de ramener cette question au cœur de l’exercice de' • la médecine.- Le Devoir î \ n POÉSIE QUÉBÉCOISE Chair et fruit LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 J A N V I E«R 2 0 0 7 ESSAIS Enquête au pays de la tolérance Les enjeux de l’intégration aux Pays-Bas Les Pays-Bas seront en 2015 à majorité musulmane, et si la droite s’obstine dans une politique de refoulement et d’intolérance, et la gauche dans une lubie multiculturelle de renforcement des différences, on peut prévoir le pire.GEORGES LEROUX Le 2 novembre 2004, le cinéaste et journaliste Théo van Gogh, arrière-petit-neveu du peintre, se promène à vélo sur une piste cyclable d’Amsterdam.Il ne peut se douter que le destin l’attend au tournant Mohammed Bouyeri, un jeune compatriote d’origine marocaine, l’abat de plusieurs balles, lui enfonce une machette dans la poitrine et avec un second couteau, lui plante dans la poitrine un bref message sur un papier plié.La mise en scène soigneusement préparée de ce meurtre a pu être reconstituée par des documents provenant de milieux de propagande islamiste que fréquentait Bouyeri.Elle rappelle à beaucoup d’égards l’assassinat de Daniel Pearl et se réclame d’un mandat divin d’exécuter les profenateurs infidèles: spectaculaire, destinée aux médias, cette exécution est d’abord un geste politique.Horrifiés, les Néerlandais cherchèrent à comprendre comment la génération des enfants d’immigrants maghrébins, reçus avec générosité et sympathie au pays de la tolérance et des Lumières, pouvaient se retourner contre leurs hôtes avec une telle violence.Cette question est le sujet de l’enquête minutieuse, faite à la fois d’un retour détaillé sur les faits et d’une ré- flexion de fond sur les enjeux de l’intégration en Europe, réalisée par un écrivain lui-même d’origine néerlandaise, lan Buruma.Atous ceux qui s’interrogent sur la croissance de L'islamisme violent en Europe, cet essai apportera un témoignage de première main, mais il ne faut en attendre aucun optimisme: la fin des Lumières, selon Buruma, c’est d’abord l’échec d’un rêve d’harmonie et de paix, la faillite d’un pluralisme tolérant Au pays de Spinoza, la lecture du Trac-tatus, ce grand manifeste de la tolérance religieuse, a été reléguée aux oubliettes et c’est la logique d’un affrontement quotidien qui domine.A qui s’adresse le message de l’assassin?D’abord à l’Europe des libertés, qui rend possibles les manifestations les plus choquantes aux yeux des islamistes.Bouyeri s’en est pris à un personnage sulfureux, dont personne ne niera qu’il était un fameux provocateur, utilisant sans nuances les médias pour ridiculiser toutes les orthodoxies et tous les conservatismes.Les outrances de Théo van Gogh faisaient la manchette, et cet essai montre que la tolérance ne peut s’exercer à sens unique.Mais plus que ses émissions de télévision, c’est certainement le film qu’il réalisa avec Ayaan Hirsi ADi qui constitua le détonateur.Intitulé Soumission, ce film montrait le HISTOIRE DE ART Une deuxième vie pour la collection « L’Univers des formes » PAUL BENNETT Ly Univers des formes», la ' prestigieuse collection d'histoire universelle de l’art conçue par André Malraux comme un «musée sans murs», connaît en-fiq une nouvelle édition rajeunie, mais qui demeurera malheureusement incomplète, chez Gallimard, i Des 42 volumes de l’édition d’origine parus entre 1960 et 1997, plusieurs étaient épuisés alors que ceux qui étaient réédités se vendaient à un prix devenu prohibitif pour le simple amateur d’art Gallimard a donc entrepris de rééditer 20 volumes en tout, les plus «populaires» en matière de ventes, dans une nouvelle présentation et un nouveau format qui les rendent phis attrayants, et à un prix plus accessible.Trois volumes ont déjà paru en fin d’année dernière, soit La Préhistoire, Sumer et Le Temps des pyramides.Le nouveau format est plus compact donc plus maniable, la mise en page plus aérée, les photographies et les illustrations sont presque toutes en couleur, et les prix sont nettement plus abordables.Par exemple, les trois premiers volumes se vendent 43,50 $ avant taxes, alors que les éditions d’origine frisent les 150$.Chaque volume bénéficie d’un nouveau texte de présentation rédigé par les plus grands spécialistes afin de tenir compte des principales découvertes et avancées de la recherche pour la période considérée, puisque les textes des auteurs originaux ont été respectés intégralement sans révision ou ajouts importants.Chaque volume comprend également une bibliographie mise à jour permettant à l’amateur d'actualiser ses connaissances.Si les textes d’origine demeurent encore très pertinents, le fossé avec les développements les plus récents est évidemment plus difficile à combler pour un volume comme celui sur Sumer, paru il y a presque 50 ans, en 1960 (le tout premier de la collection, accompagné d’une préface d’André Malraux), que pour celui sur la préhistoire, dont fa première édition date seulement de 1991.Malgré 1a découverte régulière de nouvelles grottes peintes et de nouveaux sites de fouilles même en Europe, la grande nouveauté en matière d’art préhistorique est surtout d’ordre méthodologique, de nouvelles techniques de datation des pigments, des cendres ou des outils ayant permis de repousser les dates de certaines peintures ru-pestres jusqu’à 32 000 ans av.J .-C.Dans le cas de Sumer, Jean-Claude Margueron rappelle dans son texte de présentation que même si c’est toujours le «hasard seul» qui préside aux découvertes dans le domaine de l'archéologie, de grands ©JEROEN MULDER / HOLLANDSEHOOGTE / EDITINGSERVER.COM Le réalisateur Théo van Gogh, photographié par Jeroen Mulder le 1" janvier 1992 corps érotiquement voilé d’une femme musulmane, donnant à lire inscrits sur sa peau les versets du Coran condamnant fa femme à un statut de subordination.Très connue aux Pays-Bas, où elle était députée parlementaire, A.Hirsi Alli est originaire de la Somalie, où elle a grandi dans une famille d’opposants à 1a tyrannie de S.Barré.Dans son autobiographie, Ma vie rebelle, un récit d’un rare courage sur les impasses des sociétés islamiques traditionnelles, elle raconte comment elle a réussi à se détacher d’un milieu violent, où elle avait subi toutes les misères, de l’excision aux sévices quotidiens, pour s’établir aux Pays-Bas.Elle s’y fit rapidement connaître comme une critique virulente de fa dérive islamiste et y trouva très vite de nom-breux alliés, en fa personne de politiciens inquiets de 1a montée islamiste en Europe.Il était naturel que Théo van Gogh collabore avec elle et entreprenne de faire ces films qui lui furent funestes.Depuis la mort du cinéaste, faisant l’objet de menaces répétées, elle a décidé de s’exiler aux Etats- Unis, où elle réside désormais sous protection policière.Le multiculturalisme et la fin des Lumières fan Buruma remonte toutes les filières, rencontre tous ceux qui ont connu les acteurs de l’histoire, autant les familles de l’immigration que les politiciens et les écrivains, et il ne peut que buter comme tout le monde sur le conflit qui oppose une société bourgeoise et fière de ses valeurs à une immigration qui n’arrive pas à se reconnaître dans cette histoire faite de prospérité et de grandeur.Les «régents», comme il les appelle en évoquant les bourgeois de Franz Hais, n’ont-ils pas tout réussi?Pourquoi les Pays-Bas seraient-ils incapables, eux qui sont dépositaires de l’héritage européen de fa tolérance qui a fleuri sur leur sol à la suite des guerres de religion, de réussir aussi l’intégration?Il aurait été facile de répondre en blâmant seulement 1a provocation ou la montée des idéologies de droite, hostiles à l’immigration: ces phénomènes font partie de l’analyse, mais ils n’expliquent pas l’essentiel.Le regard de Buruma n’est pas complaisant, il ne veut épargner ni le multiculturalisme soi-disant progressiste, qui se révèle au bout du compte l’ultime faillite des Lumières, ni l’autosatisfaction crispée des conservateurs.Son analyse déterre bien des fantômes dans l’histoire des Pays-Bas, de fa collaboration avec le nazisme jusqu’au complexe colonial: fa tradition d’accueil doit composer avec le fait que 71 % des juifs des Pays-Bas ont fini dans les camps, un «nuage toxique» qui plane sur l’histoire néerfandaise.Les musulmans des Pays-Bas, comme tous ceux de l’Europe, c’est 1a conviction de lan Buruma, ap s’engageront dans un processus d’intégration que si l’Europe léür présente les idéaux des Lumières et non pas une idéologie multiculturelle qui les isole et, finalement dans les cas trop nombreux où cela est inévitable, les confine à fa misère.Les Pays-Bas seront en 2015 à majorité musulmane, et si fa droite s’obstine dans une politique de refoulement et d’intolérance, et la gauche dans une lubie multiculturelle de renforcement des différences, on peut prévoir le pire.On lira cet essai exceptionnel comme un appel à l’Europe; son sous-titre le dit clairement mais on s’aveuglerait si on pensait qu’il ne s’adresse pas aussi à nous.Collaborateur du Devoir ON A TUÉ THEO VAN GOGH Enquête sur ia fin ; de l’Europe des Lumières lan Buruma Traduit de l’anglais par Jean Vaché Flammarion Paris, 2006,280 pages MA VIE REBELLE M Ayaan Hirsi AIE Traduit de l’anglais par Claude-Christine Faj*ny et Hannah Pascal Edition Nil Paris, 2006,520 pages L’improvisation d’Israël au Sud-Liban pans de l’histoire du Proche-Orient ont dû être réajustés et réinterprétés ces dernières décennies à fa lumière de l’exploration de plusieurs nouveaux chantiers, surtout en Syrie, à l’occasion de l’aménagement de grands lacs artificiels.Enfin, en ce qui concerne le volume intitulé Le Temps des pyramides (d’abord paru en 1978), le texte de présentation de Jean Leclant précise que si les textes des auteurs de l’édition d’origine sont restés en l’état, 1a documentation photographique a été «partiellement rénovée» pour tenir compte des découvertes les plus récentes, même si à son avis sa valeur a souvent été exagérée par les médias.On sait que les connaissances sur cette période de l’histoire se sont accrues surtout grâce aux fouilles en Nubie et au Soudan, dans le désert égyptien et sous le limon du delta du Nü.Mais, soutient Leclant, «cela reste encore secondaire par rapport aux grands classiques que demeurent Gizeh et Saqqara, ThèbesetKarmk».Comme le voulait Malraux, «L’Univers des formes» reste une collection de prestige soumise aux plus hautes exigences scientifiques, mais permettant à chacun, grâce sa richesse iconographique, de constituer son propre «musée imaginaire».Malheureusement même dans l’édition originale, le plan d’ensemble conçu par Malraux n’a jamais pu être mené à terme.Ainsi, les volumes prévus sur les arts de fa Chine, du Japon ou du Sud-Est asiatique n’ont jamais vu le jour.La collection rajeunie ne retiendra des volumes parus à l’origine que les civilisations les plus anciennes, de l’Egypte au Proche-Orient en passant par 1a Grèce et Rome, avec enfin trois volumes sur les arts précolombiens.Les volumes partant par exemple sur le Moyen Age, 1a Renaissance italienne ou les arts d’Afrique et d’Océanie ne seront pas réédités.Dommage! Mais les livres d’art sérieux sont aujourd’hui si nombreux qu’il est facile de combler les lacunes, ne serait-ce qu’en recourant à cet autre «musée sans murs» qu’est Internet Le Devoir LA PRÉHISTOIRE Denis Vialou SUMER André Parrot LE TEMPS DES PYRAMIDES De la préhistoire aux Hyksos (1560 av.J.-C.) Ouvrage collectif Gallimard Paris, 2006,320,352 et 352 pages LOUIS CORNELLIER Renaud Girard, grand reporter au Figaro, est le seul journaliste étranger de fa presse écrite à avoir accompagné les soldats israéliens lors de 1a guerre qu’ils ont menée contre les miliciens du Hezbollah à l’été 2006.Dans La Guerre ratée d’Israël contre le Hezbollah, il nous présente le résultat de son reportage de sue semaines et dresse un bilan sévère de l'action militaire de Tsa-hal (abréviation de «Tsva Haganah Lelsrael», littéralement «Forces de défense d’Israël»).Cette guerre asymétrique, pourtant légitime précise-t-ü, fut mal pensée et mal conduite: «La réponse de l’État juif à l’enlèvement de deux de ses soldats fut à h fins très disproportionnée et très désordonnée.» Le choix de mener surtout une guerre aérienne s’avéra désastreux parce qu’il ne tenait pas compte de fa nature de l'ennemi.«J’ai soudain l’impression, écrit Girard, qu’Israel court après une mouche avec un marteau.» Les civils libanais, on le sait, feront douloureusement les frais de cette erreur stratégique, notamment lors de fa tragédie de Cana, où 26 civils (en plus des blessés) seront tués par des frappes aériennes.Ce n’est pas d’équipement lourd qu’aurait eu besoin l’armée israélienne dans ce cas, mais «de petites unités de commandos, capables d’aller chercher au fond de leurs caches les miliciens islamistes».Girard s’est rendu dans le nord du territoire d’Israël, arrosé de roquettes lancées par le Hezbollah.Il a été surpris de constater que les conscrits de Tsahal, même au front, entretiennent entre eux des relations amicales et égalitaires.Il a découvert que, si certains soldats sont ouverts Beyrouth sous les bombes israéliennes, l’été dernier aux revendications palestiniennes, tous sont intraitables à l’égard du Hezbollah.De fa population israélienne rencontrée pendant ces événements, le journaliste retient «l’ouverture, la gentillesse et le patriotisme».Toutefois, il juge sévèrement ses dirigeants: «Mais, en même temps, j’ai constaté, sur le terrain, me faillite de l’establishment politico-militaire, prisonnier d’me idéologie guerrière simpliste et d’impératifs de communication immédiats, et donc incapable de construire une réponse stratégiquement proportionnée, politiquement raisonnable et militairement efficace, à l’agression subie par Israël.» Parce que, insiste-t-il, agression il y a eue, et une réponse était nécessaire.Celle qui fut donnée, pourtant, aura peut-être servi à mettre en lumière le rôle de l’Iran dans 1a région et à obliger 1a communauté internationale à se préoccuper sérieusement de 1a souveraineté du Liban mise en péril par le Hezbollah, mais elle aura aussi eu pour effet de braquer les opinions publiques du monde entier, à l’excep-üç>n de l’opinion américaine, contre l’Etat hébreu, de rendre le Hezbollah plus populaire au Liban et d’amoindrir le pouvoir de dissuasion de l’armée israélienne, désormais perçue comme vulnérable.Girard continue d’espérer, malgré tout, et nous aussi, que cet PAVLOS NIKOLAOS REUTËRS échec, qui a tout de même «permis à Israël de sécuriser son front nord», entraînera un renouveau du dialogue en faveur d’une paix israélo- arabe.; Collaborateur du Devoir LA GUERRE RATÉE D’ISRAËL CONTRE LE HEZBOLLAH Renaud Girard Perrin Paris, 2006,168 pages ivieri wmmmmmm McGill Le Département de langue et littérature françaises et la Faculté des Arts de l’Université McGill vous invitent aux conférences de René GIRARD Innocence and Guilt in the Collective Drama of Religious Texts Le mercredi 24 janvier à 18h Pavillon Leacock, salle 232 et La «conversion romanesque» et ses conséquences littéraires Le jeudi 25 janvier à 16h 3460, rue McTavish, salle 116 Renseignements : (514) 398-6881 I ibrairie » bistro Dans le cadre des Lundis du CRILCQ, Université de Montréal Causerie avec Olivieri Au cœur de la littérature Lundi 19 janvier à19h30 Entrée libre 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges RSVP : 514-739-3639 Denise Desautels L’angle noir de la joie Denise Desautels a publié une vingtaine d’ouvrages de poésie qui | lui ont valu de nombreux prix littéraires, dont le prix du Gouverneur ; : général du Canada.Une anthologie de son travail poé- .tique, Mémoires parallèles, a été publiée au Noroît en 2004, ainsi que The Night Will Be Insistent, Selected Poems : 1987-2002, paru en anglais en 2006 chez Guemica.ANIMATRICE Catherine Mavrikakis Avec le soutien du CohmII des Arts du Canada ' ' LE DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 JANVIER 2007 F 6 LIVRES ESSAIS QUÉBÉCOIS Hitler et le christianisme Louis Cornellier ; 4 Dans son Traité d’athéologie (Grasset, 2005), le philosophe Michel Onfray affirme, entre autres âperies, qu’Hitler était attaché au christianisme et à l’Eglise catholique, qu’il était chrétien et n’a jamais abjuré sa foi et qu’il aimait le Jésus colérique chassant les marchands du temple.Onfray conclut donc aux «compatibilités christianisme-nazisme» et écrit «Un lieu commun, qui ne résiste pas à une analyse minimale, encore moins à la lecture des textes, fait d'Adolf Hitler un athée païen fasciné par les cultes nordiques, amateur d'un Wagner de casques à cornes, de Walhalla et de Walkyries aux poitrines opulentes, un antéchrist, l’antinomie très exacte du christianisme.» «La lecture des textes» dont parle Onfray, la théologienne Kathleen Harvill-Burton l’a faite.Ses conclusions, colligées dans Le Nazisme comme religion.Quatre théologiens déchiffrent le code religieux nazi (1932-1945), sont pourtant à l’exact opposé de celles du philosophe tonitruant.Issu d’une recherche doctorale réalisée à l’Université Laval sous la supervision de Jean Richard, cet essai, qui se situe «aux frontières de l’histoire religieuse et de la théologie», démontre brillamment que le nazisme n’était pas qu'un régime politique, mais «une vision du monde fondée sur une mystique» visant à détruire la foi chrétienne pour la remplacer «par l’idéologie nazie et la foi germanique».Hitler et Alfred Rosenberg, l’idéologue du nazisme, étaient particulièrement retors.Leur machine de guerre idéologique et spirituelle a, semble-t-il, confondu Onfray, le philosophe qui tire plus vite que son ombre.Le vingt-quatrième point du programme national-socialiste, présenté par Hitler en 1920, met en avant en effet «le christianisme positif».Aussi, si l’on s’en tient à cet élément en négligeant «la lecture des textes», on peut en conclure que nazisme et christianisme font bon ménage.C’est une erreur grave, qui fut mortifère.Dans Le Mythe du XXe siècle, livre publié en 1930 pour préciser les fondements de l'idéologie nazie et fortement appuyé par Hitler, Rosenberg développe l’idée du «christianisme positif».Attaquant «viscéralement l’Église catholique», le contenu de cet ouvrage affirme d’abord que «Dieu a choisi le peuple germanique pour incarner sa providence au XX siècle» et rejette violemment «l’idée d’un peuple juif élu» et «la doctrine de l’universalité du salut par le Christ» défendue par l’Église de Rome.Il faut en finir, selon Rosenberg, avec le christianisme négatif d’un Paul de Tarse, qui entraîne «la destruction des valeurs raciales», puisque «le concept de race nordique élue pour son sang noble et organiquement supérieur meurt sous la notion de salut universel avancée par Paul et reprise par l’Église romaine».Pour l’idéologue nazi, les concepts d’enfer et de vie après la mort détruisent «le libre esprit nordique».Au sujet du péché originel, il écrit: «Ên revanche, la certitude d’être un pécheur est une attitude de bâtard [.].» Dans le christianisme positif, Jésus n’est plus Juif, mais a plutôt du sang nordique, et les doctrines de la Trinité et du Saint-Esprit sont condamnées pour abstraction, parce qu’elles «n’ont aucun rapport avec une existence organique».Hitler, dans ses entretiens avec Rauschning, ne dira pas autre chose: «Avec ces Confessions, que ce soit celle-ci ou celle-là, c’est la même chose.Elles n’ont aucun avenir.Certainement pas pour les Allemands.[.] Qu’importe que ce soit l’Ancien ou le Nouveau Testament [.] c’est la même imposture juive.[.] On est soit chrétien, soit Allemand [.] Nous ne voulons pas d’hommes qui ne cessent de jeter un regard oblique vers l’au-delà.» André Frossard, plus perspicace qu’On-fray, soulignait, dans Le Crime contre l’humanité (Robert Laffont, 1987), la totale incompatibilité entre le nazisme et le monothéisme: «Il lui fallait abolir chez tout être humain, à commencer naturellement par le Juif, cette “image de Dieu” qui ridiculisait sa propre imagerie de foire au muscle et sa philosophie de tête de mort.[.] A travers le Juif, premier annonciateur de la Révélation, c’est l’idée même de Dieu que le nazisme cherchait à bannir de la terre.» Des résistants Les catholiques et les protestants, pourtant, ont tardé à le comprendre et à réagir, autant dans l’Allemagne hitlérienne que dans la France pétainiste.En Allemagne, il y eut le concordat de 1933 par lequel l’Eglise catholique s’engageait, pour survivre croyait-elle, à ne pas se mêler de politique.Du côté protestant, certains cherchèrent aussi à temporiser, alors que d’autres, les chrétiens allemands, flirtèrent ouvertement avec le christianisme positif.En France, sous Pétain, la hiérarchie catholique prône le respect du pouvoir établi et les dirigeants protestants se tiennent plutôt tranquilles.Mais il y eut, dans ces deux pays, des résistants, des croyants dont la voix prophétique a combattu le néopaganisme nazi, d'abord sur le plan spirituel, mais aussi sur le plan politique puisque, dans ce cas, l'un n’allait pas sans l’autre.Pourquoi les qualifier de «prophètes»?Kathleen Harvill-Burton répond: «Ces théologiens ont combattu le nazisme sur le plan spirituel et n’ont jamais transigé avec leurs convictions, même devant la menace d’exclusion de la part de leur propre Église.La position néopaïenne et antichrétienne du national-socialisme a provoqué leur action dès le début et jusqu ’à la fin de la guerre.» Ces héros de la résistance spirituelle au nazisme, ce furent, en Allemagne, Paul Tillich et Karl Barth.Le premier, selon l’historien Bernard Reymond, s’est battu pour rappeler «que le prophétisme de la croix ne saurait s’incliner devant l’idolâtrie politique et raciale dont la croix gammée était le symbole».Le second, dans une perspective christocen-trique selon laquelle il ne peut «y avoir d’autre manifestation de Dieu dans l’histoire que celle qui est en Jésus-Christ», a décrété que «l’antisémitisme est un péché contre le Saint-Esprit».En France, ce furent les jésuites Pierre Chaillet, fondateur du journal clandestin Témoignage chrétien, et son collègue Gaston Fessard.Leur combat, déplore Harvill-Burton, reste méconnu.Aussi, elle a voulu leur rendre hommage en analysant avec brio et sensibilité leur œuvre prophétique.On ne saurait nier que, en ces temps troubles, 1E-glise-institution a souvent manqué, par naïveté, lâcheté ou opportunisme, à son devoir.L’honneur du christianisme, alors, fut porté par des résistants qui savaient, en leur conscience, que leur seule boussole était le Dieu fait homme de la croix et qu’il exigeait de combattre le démon nazi.louiscornellieriqipcommunications.ca LE NAZISME COMME RELIGION Quatre théologiens déchiffrent le code religieux NAZI (1932-1945) Kathleen Harvill-Burton Presses de l’Université Laval Saint-Nicolas, 2006,230 pages Le nazisme n’était pas qu’un régime politique, mais « une vision du monde fondée sur une mystique » visant à détruire la foi chrétienne L’ARAIGNÉE SUITE DE LA PAGE F 1 Havre, comme on appelle alors le pont Jacques-Cartier.A bord de leurs appareils Savoia-Marchetti 55X, Balbo et ses hommes se dirigent, à une vitesse de croisière d’environ 200 km/h, vers l’exposition internationale de Chicago.La première traversée de l’Atlantique, effectuée en sens contraire par Charles lindberg, date à peine de six ans.L’aventure de la traversée aérienne de l’Atlantique demeure alors un exploit sportif de haut niveau qui comporte une large part de risques.Mais personne n’est dupe du caractère d’abord politique que prend le vol de cette escadre d’hydravions: l’Italie fasciste affirme à la face du monde sa puissance et célèbre à la face du monde son dixième anniversaire.Lors de l'escale des aviateurs italiens à Montréal, une foule dense porte le général en triomphe.Les Italo-Canadiens brûlent de voir cet homme à qui on doit déjà plusieurs exploits aéronautiques.Dans le récit de son voyage, publié à l’époque en France, Balbo écrit qu’il dut, à Montréal, «affronter [une] énorme foule qui grouille autour de l’aéroport avec des myriades de bras soulevés au-dessus d’un océan de tête».L’ambiance qu’il décrit, comme des films d’archives, laisse imaginer la chaleur de l’accueil qu’on lui fit.Parmi la foule nombreuse qui, ce matin-là, vient l’accueillir sur les bords du quai à Longueuil, se trouvent des supporters d’Adrien Ar-cand et, surtout les fascistes italo-montréalais.Ces derniers l’acclament bruyamment à sa descente d’avion et font en son honneur, le salut fasciste lorsqu’il pose enfin pied sur la terre ferme.Balbo écrit que la foule qui borde alors les rues sur son passage est contenue «par des cordons de chemises noires italo-canadiennes qui font le service d'honneur>.Ces jeunes gens, «tous d’origine italienne» précise-t-il, «sont accourus à Montréal de toutes les villes, même des plus lointaines du Canada».Pour les Canadiens français, le faste et l’ordre Spartiate du fascisme italien font avant tout écho à celui de l’Église catholique romaine, les processions, ils connaissent! A cet égard, le fascisme plaît de façon toute superficielle.Les plumes, les marches, les parades, tout cela est si merveilleux.Qui s’étonne alors de voir les membres de la Jeunesse ouvrière catholique (JOC) se mettre à défiler à Montréal au pas cadencé en faisant le salut fasciste italien?Les journaux populaires à grand tirage, comme Le Petit Journal, s’inquiètent pourtant du caractère militaire et potentiellement belliqueux de démonstrations du fascisme italien en sol canadien.Non aux autonomistes C’est dans ce contexte général que le Parti national social chrétien du Canada (PNSC) est lancé le 22 février 1934.L’organisation se veut pancanadienne.Arcand s’occupe surtout des francophones du Québec tandis que le reste du Canada se trouve placé sous la supervision des fascistes de Winnipeg, avec qui une alliance a été conclue.Arcand et ses hommes n’ont que faire du patriotisme autonomiste des provinciaux qui admirent (’œuvre du chanoine Lionel Groubc.A la différence de ces nationalistes, des hommes au fond plus chrétiens que révolutionnaires, les fascistes canadiens s’avèrent des partisans de l’Empire britannique de même que d’ardents défenseurs des principes d’un Canada fédéral qui serait dirigé par une main de fer.Au début de la Seconde Guerre mondiale, les partisans d’Arcand vont même jusqu’à vouloir s’engager parmi les premiers contre l’Allemagne nazie, au nom de l’affirmation de l’Empire britannique! Une question de chiffres Combien de membres cette organisation politique radicale compte-t-elle?Les Canadiens français sont-ils plus fascistes qu’aill.eurs dans l’Empire britannique?A cet égard, les chiffres les plus farfelus circulent depuis plus de 70 ans.Pourquoi?En bonne partie à cause du génie propagandiste d’Arcand lui-même.Le chef de l’extrême droite canadienne a en effet réussi très tôt à créer une illusion du nombre en agitant des chiffres, ici et là.Certains éléments de ses délires de grandeur en sont ainsi venus à contaminer jusqu’aux rares travaux de quelques historiens sur ces questions.Les estimations du nombre de membres au Canada du PNSC varient ainsi entre 1000 et 100 000! Seules les listes de membres du parti pourraient nous révéler avec exactitude le nombre exact de militants à l’époque.Or, si elles existent encore, ces listes n’ont pas été déposées aux archives.Elles avaient d’abord été saisies, il faut le dire, lors du démantèlement du parti et de l’arrestation de son chef en juin 1940.Reste tout de même quelques tableaux de recrutement de nouveaux membres.On sait, grâce à ces documents, que près de 85 % des militants proviennent des quartiers ouvriers.A l’été 1936, une analyse des ventes du journal du mouvement, Le Fasciste canadien, permet aussi de croire que le parti ne compte guère plus, à ce moment que 350 membres en règle.Les services policiers fédéraux, qui estiment alors à 450 le nombre de fascistes dirigés par Arcand, apparaissent donc assez près de la réalité.Qu’a-t-on retenu de ce passé trouble?Lorsque rejaillit à la surface cette sombre part de notre histoire commune, c’est encore le plus souvent pour soutenir des accusations de racisme.actuel! Comme si le racisme virulent d’hier, porté alors par quelques-uns, était devenu aujourd'hui la tare congénitale de tous et que, dès lors, il se transmettait forcément de génération en génération, de famille en famille, pour les siècles des siècles! C’est là le charme de noire monde, sans doute, que d’être ainsi capable de fustiger à juste titre les haines irraisonnées d’autrefois sans être en mesure pour autant de percevoir, pour celles qui se préparent à jaillir demain sous le couvert de sondages bidons ou d’analyses, toutes de bric et de broc, de nouvelles réalités sociales.jfnadea itCalede vo i r.com L’AFFAIRE TISSOT Campagne ansitémite EN OlJTAOUAIS , Raymond Ouimet Écrits des Hautes-Terres Montpellier, 2006,156 pages HISTOIRE De l’image à la réalité sous le IIIe Reich REUTERS / CORBIS Adolf Hitler (au centre) en compagnie du chef de la Gestapo Heinrich Himmler (à sa gauche) et de dignitaires nazis durant un défilé militaire en 1940.i ROBERT COMEAU historien britannique lan Ker- ’ shaw est mondialement reconnu comme l’un des plus grands spécialistes de la société allemande sous le nazisme.Jonathan Uttell, auteur du roman Les Bienveillantes, lauréat du prix Concourt, reconnaît parmi d’autres s’être largement inspiré de ses travaux.Avant de nous livrer sa monumentale biographie de Hitler, ce professeur d’histoire de l’Université de Sheffield a d’abord participé à un groupe de recherche sur la Bavière de l’époque nazie où il put se familiariser avec divers travaux en langue allemande.Il a écrit ensuite sur le charisme en politique et sur les problèmes d’interprétations du nazisme.Dans Le Mythe Hitler, initialement publié à Oxford University Press en 1987, Kershaw étudie le regard porté sur Hitler par les simples citoyens à partir des nombreux rapports sur l’opinion publique produits par les fonctionnaires du régime nazi.Ses deux centres d’intérêt le processus de construction par la propagande de l’image publique de Hitler et sa réception par des millions d’Allemands.Kershaw montre comment le «mythe Hitler», cette conception populaire héroïque du Führer, a rempli son rôle intégrateur pour fournir au régime sa base de masse.Ce mythe a pu compenser avant la guerre le manque d’unité et de clarté idéologiques des diverse^ factions du mouvement nazi.A la question de savoir si ce mythe a été construit pour servir les intérêts du capitalisme monopoliste, il répond qu’«c» risque fort d’exagérer cette dimension».L’historien insiste plutôt sur la culture politique allemande sur laquelle le mythe Hitler pouvait facilement s’imprimer; elle constitue un élément d’explication essentiel si l’on veut comprendre comment la propagande qui faisait de Hitler un personnage représentatif du véritable sentiment d'identité du peuple allemand a pu prendre racine et s’épanouir.Cette même culture politique est analysée en profondeur dans l’ouvrage classique de George L.Mosse, Die Crisis of German Ideology (1964), traduit l’an passé sous le titre Les Racines intellectuelles du troisième Reich.(Calmann-lévy/Mémorial de la Shoah).Kershaw explique à son tour comment les idées de «chef héroïque» en Allemagne ont des racines qui remontent au début du XIX' siècle: «En 1933, le culte du Führer était désormais établi en tant que phénomène de masse.» L’auteur décrit l’évolution de l’image de Hitler, de chef de parti à chef suprême de la nation.L’élimination des dirigeants SA impopulaires à cause de leur style de vie immoral et de leur homosexualité, a contribué à amplifier la popularité de Hitler, qui s’afficha comme défenseur de la morale publique, ri bien que les autorités religieuses catholiques et protestantes se sont abstenues de toute critique publique à l’égard des tragiques événements du 30 juin 1934.Kershaw fait bien voir comment, dans l’opinion publique, on séparait Hitler de l’image ternie de ses subordonnés du Parti.Pendant la crise, si beaucoup d’observateurs critiques ont sous-estimé le mouvement nazi en 1930, «c’est en partie parce qu’ils n’ont pas pleinement mesuré la force du culte de la personnalité, de l’appel de l’homme fort, au chef charismatique, dans des milieux toujours plus étendus de la population».Devant la faillite du système de Weimar, «l’idée d’une nouvelle autorité était dans l’air» et Hitler incarnait un consensus idéologique très large qui englobait aussi ceux qui ne s’étaient pas rangés jusque-là dans le camp nazi, sauf la gauche.Il incarnait l’antimarxisme virulent et une hostilité profonde au système démocratique.On voit aussi comment Hitler prend ses distances, dès 1930, d’Alfred Rosenberg, dont le livre Le Mythe du XX' siècle en avait fait la figure de proue du «nouveau paganisme» et la bête noire de l’Église catholique.Devant les promesses de tolérance de Hitler, les évêques catholiques en 1933 le voyaient alors comme «un homme d’Êtat craignant Dieu» face aux radicaux antichrétiens du Parti.«Hitler a souvent été perçu, y compris semble-t-il par certains dignitaires de l’Église, comme le défenseur des valeurs religieuses du christianisme contre les fanatiques idéologiques du mouvement nazi».Kershaw souligne l’importance de la dimension religieuse dans le mythe Hitler: «le rédemptionisme laïcisé et le salut national prêchés par Hitler ne manquaient ni d’attrait ni d’efficacité comme foi de substitution».Plusieurs ecclésiastiques s’étaient même convaincus que «Hitler avait une personnalité profondément religieuse».Les Églises manifestaient ostensiblement leur loyauté au Führer face au «danger bolchevique».Hitler a réussi à faire croire qu’il voulait soutenir le christianisme, ce qui explique l’ambivalence de la position des Églises envers le nazisme sous le 111' Reich.L’image du culte Selon Kershaw, en plus des succès économiques, les succès spectaculaires en politique étrangère contribuaient à édifier le culte de Hitler jusqu’à son apogée en 1941.Parce qu’il avait réussi à unir l’Autriche à l’Allemagne sans effusion de sang, le chef allemand atteignait alors des sommets de popularité.La population croyait toujours que Hitler voulait la pane.Mais quand la guerre tourne mal sur le front de l’Est, le mythe commence à s’effondrer.Dans la dernière partie de l’ou- vrage, Kershaw traite de la «question juive».D démontre que, tout en étant «le pivot de la pensée personnelle de Hitler, l’antisémitisme a été un facteur secondaire dans la constitution de l’opinion populaire sous le III’ Reich».Il y avait un effort conscient et permanent pour dissocier son image publique des aspects les plus sordides de l’antisémitisme des militants du Parti.Durant les années 30, les déclarations publiques de Hitler sur la question juive ont été moins nombreuses qu’on ne pourrait l’imaginer.En janvier 1939, il lance notamment son effroyable prophétie: une nouvelle guerre amènerait la destruction de la race juive en Europe.À partir de 1941, quand la solution finale s’exerce contre le peuple juif, Hitler répéta qu’il identifiait aussi la guerre à la destruction des Juifs.Le personnage de Hitler continue de fasciner.Et les ouvrages de Ian Kershaw demeurent parmi les plus pertinents, les plus rigoureux et les plus éclairants à son sujet Collaborateur du Devoir LE MYTHE HITLER Ian Kershaw Traduit de l’anglais par Paul Chemla Flammarion Paris, 2006,414 pages
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