Le devoir, 11 janvier 2003, Cahier E
L E DEVOIR.LES SA M EDI 11 ET DIM A N ( Il I l 2 .1 \ N \ I E H 2 II II A THEATRE Coup de cœur pour Oreste Page E 2 ?LE DEVOIR ?CINEMA Les mirages de la célébrité Page E 5 ARCHIVES LE DEVOIR Rétrospective à la Cinémathèque Tout Almodovar MARTIN BILODEAU Pedro Almodovar est une sorte de Rainer Werner Fassbinder qui se serait levé du bon côté de la vie.Comme son défunt confrère, Almodovar aime l’outrance, le kitsch, la femme, les gars et les vieux mélos hollywoodiens.On aura l’occasion de mesurer le chemin qu'il a parcouru à la Cinémathèque québécoise qui, jusqu’au 2 février, déballe toute l’œuvre de longs métrages du réalisateur du brillant Parle avec elle, encore à l'affiche.Le parcours proposé est celui d’un voyage à rebours, depuis le consacré Tout sur ma mère, treizième et avant-dernier opus, jusqu’aux laboratoires que constituent Le Labyrinthe des passions ainsi que Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier, datant respectivement de 1982 et 1980.Entre les deux, tout y est, depuis les grands succès (La Loi du désir, Femmes au bord de la crise de nerfs.Talons aiguille) jusqu'aux mal-aimés (Matador, Kika, Im Fleur de mon secret).Un enfant de la dictature Almodovar a appris à aimer le cinéma en voyant des films (ceux de Bunuel, de Fellini, etc.), mais il a réellement appris à en faire en tournant.Il a impressionné des milliers de mètres de pellicule super 8 avant de réaliser son premier long métrage.Dans ces films artisanaux, sortes de té-léromans outrés et hystériques, il affiche les thèmes qui formeront le cœur de son cinéma- les ruptures amoureuses, les liens de sang, la force des désirs, l’ambiguïté sexuelle, la mort, etc.Son grand brouhaha, tissé de sorts et de coïncidences, s’installe d’une façon plus cohérente avec Le Labyrinthe'des passions, qui met en vedette Cecilia Roth, la maman chagrine de Tout sur ma mère, et dans lequel Almodovar apparait en chanteur punk.Si ces premiere essais possèdent un intérêt fort limité en tant qu’œuvres artistiques, ils servent néanmoins de prologue à la grande, qu’ils éclairent de façon admirable.Almodovar, en effet, est un enfant de la dictature, laquelle est tombée alors qu’il avait 26 ans.L’outrance kitsch qui caractérise ses premiers films est à l’échelle de la souffrance emmagasinée, du sentiment de délivrance qui, chez le cinéaste en devenir, s’est peu à peu mué en une savante extravagance.La maîtrise du médium ainsi que le contrôle des dérapages viendront, de l’avis du cinéaste, avec le méconnu Dans les ténèbres, à une plus large échelle de reconnaissance avec Qu 'est-ce que j'ai fait pour mériter cela?, son quatrième long métrage, deuxième avec l’attachante Carmen Maura, laquelle sera de l’aventure des trois prochains (Matador, La Loi du désir, Femmes au bord de la crise de nerfs).Contrairement à la filmographie de Fassbinder, nébuleuse et marquée par des allers-retours entre plusieurs muses officielles (Schygulla, Hermann.Sukowa, Ca-ven et Carstensen), celle d'Almodôvar se découpe en clair sur des visages: celui de Maura, suivi de celui de Victoria Abril, qui VOIR PAGE E 2: ALMODÔVAR JACQUES GRENIER LE DEVOIR d’ailleurs mmm i ¦ Les personnages n’ont pas de nom.Pas d’âge.Pas de véritable identité.Daniel Brière met en scène Au bout du fil au Quat’Sous, la toute première pièce d’Éve-lyne de la Chenelière.Ça pourrait se passer dans un camp de réfugiés ou dans une quelconque prison.Dans un asile aussi, ou un foyer pour personnes âgées.Mais pas vraiment.Place plutôt à l’ac- tivité «pêche».Sans hameçon MICHEL BÉLAIR LE DEVOIR Perchés tout au haut de son • long visage de Madone de la Renaissance, les yeux d’Evelyne de la Chenelière pétillent d’intelligence et de vivacité.Pourtant, depuis le succès de Des fraises en janvier (qu’on créera en anglais au Centaur dans quelques semaines sous le titre original de Strawberries in January) et de Henri et Mar- Îaux (qu’on reprendra à l'automne à ,'Espace libre, yeah!), les projecteurs sont braqués sur elle.Et la première, mardi sur la scène du Quat’Sous, A'Au bout du fil, pièce dans laquelle elle joue aussi, expliquerait facilement une certaine tension, une quelconque nervosité.Eh bien pas du tout.Elle est là, toute calme, à parler de tendresse et d’humanité.Pourtant, à première vue.Au bout du fil risque d’être plutôt dérangeant.On retrouvera là onze personnages sans âge précis.Des hommes, des femmes, des vieux et des plus jeunes.Une sorte de brochette hétéroclite incarnant la condition humaine.Rapidement, précise Evelyne de la Chenelière, on sentira qu'ils sont là.parce qu’ils sont là.Sur scène, on reconnaîtra des visages fort connus: Huguette Oligny, Michelle Rossignol, Catherine Bégin, Jean-Pierre Ronfard, Paul Savoie, Jacques L’Heureux et plusieurs autres.Mais plus on les verra errer sur la scène, êtres indéterminés, fragiles ombres constamment frappées par des éclats de souvenirs enfouis, plus on devinera que ces onze personnages — qui n’ont même pas vraiment de nom puisqu’ils s’appellent Do, Ré, Mi.comme les notes de la gamme auxquelles on a rajouté Sourdine, Ronde, Soupir et Bémol — sont là tout simple- ment parce qu’on les y a menés.Ils pourraient être à l'article de la mort, vieux, faibles ou forts.Prisonniers ou réfugiés politiques fuyant la plus récente atrocité.Mais non: tous autant qu’ils sont, ils participent à une activité «pêche».Comme, devant, les spectateurs participent à une activité «théâtre».Fragile L'intrigue d’Au bout du fil est plutôt mince."Ily aura “rébellion"durant l'activité “pêche", explique l’auteur.Et les onze personnages auront le choix de tout faire sauter ou de continuer sur le mode pilote automatique branché sur le souvenir, le manque et l'enfance.» Ces onze personnages démunis — ils pêchent sans hameçon parce que l’un d'eux a été emporté par un gros poisson — sauront-ils quoi faire avec la liberté VOIR PAGE E 2: QUÊTE LE DEVOIR.LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 JANVIER 2 0 0 3 K 2 Culture QUETE SUITE DE LA PAGE E 1 une fois qu’elle leur sera offerte?Mais comme s’empresse de le souligner Daniel Brière, qui assure 1?mise en scène de cette toute première pièce qu’Évelyne de la Chenelière écrivit il y a plusieurs années, bien avant Des fraises en janvier et Henri et Margaux, ce n’est pas d’abord l’intrigue qui fait l’intérêt de la production.«Ce que j’ai surtout cherché à traduire dans la mise en scène, explique-t-il, c’est la tendresse de l’écriture et sa grande sensibilité.Au bout du fil est un texte en dentelle sur la fragilité des humains et j’ai choisi de rendre cette fragilité en insistant pour ne pas être trop clair ou trop précis dans la définition même des personnages tout comme dans celle des lieux qu’ils hantent.Ce n'est pas important de connaître le bulletin de santé de ces onze personnages, qui ils sont vraiment, s’ils sont dans un foyer pour vieillards, dans un camp ou dans une prison: une mise en situation trop réaliste nous ferait perdre la dimension poétique du texte.Ils sont tout le monde et ça se passe tout le temps.Ces personnages aussi flous que fragiles, Kvely-ne de la Chenelière — qui avait toutes les libertés dans cette deuxième Carte blanche de la saison du Quat’Sous — puis Daniel Brière les ont choisis pour eux, pour la sensibilité qu’ils dégagent.Mais avant de voir comment Brière a travaillé avec eux, il importe de savoir qu71« bout du fil est une sorte de cadeau pour un metteur en scène: la pièce ne comporte qu’une seule petite indication de l’auteur.l es personnages n’ont pas de nom.Pas d’âge.Pas de véritable identité.Et ils évoluent dans un lieu que le metteur en scène a toute liberté de définir à partir d’une seule contrainte: celle de l’activité «pêche».C’est ce qu’on appelle un défi.Et un passeport pour la création.Un premier choix déterminant Ce défi, Daniel Brière a choisi de le relever en faisant entendre le texte le plus clairement possible.«Pour y arriver, dit-il, il fallait préserver la surprise de la première lecture.Et transcrire l’omniprésente fragilité qui se dégage de l’écriture dans la trame même du spectacle.» Ce premier choix devait déterminer tous les autres de façon concrète.Aux comédiens, Brière a d’abord demandé de ¦ s’imprégner le plus possible de l'atmosphère du texte en reftisant tout «rôle de composition».Oups.La distribution d’Au bout du fil est pourtant absolument éclatante et la plupart des acteurs sur scène avaient déjà fait la preuve de leur immense talent avant même qu’Evelyne de la Chenelière ne se mette à écrire! Il fallait être culotté pour dire à Ronfard ou à Rossignol (ou à Igor Ovadis, Nefertari Bélizaire, Denis Gravereaux et Daniel Parent, qu’on n’a pas nommés encore) de ne pas jouer, de ne pas endosser de personnage et de laisser d’abord monter leur sensibilité au texte.D'autant plus que l’auteur est là sur scène, comédienne aussi: «Je n’ai jamais eu vraiment de crainte, dira de la Chenelière, Daniel et moi avons le même type de sensibilité et je trouve ses choix judicieux et pleins de défis intéressants à relever.» Brière a procédé de la mêmje façon avec les autres concepteurs du spectacle.À l’environnement musical, par exemple, Jean Derome a tiré une partition en trois plans: une approche «classique» où la musique appuie l’action; une «environnementale», plus discrète; et une «subliminale aléatoire» dans laquelle la bande son est enclenchée à partir de la touche «Random» de l’appareil.Du même coup, la musique devient l’un des personnages du spectacle, privant là les acteurs d’une série de points de repère (eues) habituels et accentuant la fragilité de l’ensemble du tableau.Même chose pour la scénographie, les décors et les costumes dont on n’a commencé à parler que très tard, une fois que les comédiens ont été plongés dans le texte jusqu’au cou.Résultat un spectacle aux antipodes de la convention théâtrale, comme dit Daniel Brière.«Une fois qu’on a décidé que l’approche réaliste diluait la portée du texte, conclut le metteur en scène, les choix se sont imposés d'eux-mêmes.Déjà les dialogues, la langue et les pensées reliées aux émotions ressenties par les onze personnages ne sont pas conventionnels.Il fallait transposer, éliminer les éléments réalistes pour que toute la production “évoque”, comme dit Evelyne.Je pense que c’est ainsi qu’on peut le mieux entendre le texte et qu'il prend une valeur encore plus universelle.» ( )n pourra en juger dès lundi.AU BOUT DU FIL Texte d’Evelyne de la Chenelière.Mise en scène: Daniel Brière.Au théâtre de QuafSous, 100, avenue des Pins Est, du 13 janvier au 15 février.On réserve au (514) 845-7277.THÉÂTRE ALMODOVAR SUITE DE LA PAGE E 1 fut la figure de proue d’Attache-moi, de Talons aiguille et de Kika, des opus qui ont assis sa popularité dans le monde entier mais qui ne marquent aucune avancée dans sa méthode.À partir de Im F.leur de mon secret, en 1996, s'ouvre la période de la maturité (Hans laquelle s’inscrivent Tout spr ma mère et Parle avec elle), plus lyrique, faite de mélos raffinés où la sensibilité du cinéaste survient frontalement, sans artifice pour la décanter.De fait, Al-modôvar ne se cache désormais plus derrière une personnalité for-tè, à l’avant-plan; il mélange les actrices (avec une préférence mar- 3uée pour Marisa Peredes cepen-ant), raffine son langage et tire des fils entre les films.«Ce que j’ai accompli en tant que cinéaste avec Tout sur ma mère est la continuation de lu Fleur de mon secret, en faisant le pont par-dessus En chair et en os», confiait en 2000 le cinéaste aux Cahiers du cinéma.Celui qu’on appelait à Madrid le prince de la Movida n’a jamais vendu son âme (il refuse pour it SOURCE CINÉMATHÈQUE Attache-moi d’Almodôvar, avec Victoria April et Antonio Banderas.l’instant les projets que lui proposent les Américains) ni fléchi devant l’ampleur de sa mission d’ambassadeur mondial du cinéma espagnol.Son cinéma, si profondément andalou, est résolument sans frontières.Almodovar est en effet l’un des seuls cinéastes dits internationaux à avoir réussi à universaliser l’intime, à ce point où tous les pays, et tous les publics dans ces pays, vont voir ses films.Chemin faisant.Almodovar a déminé le territoire qui sépare les hommes des femmes, les parents des enfants, les homos des hétéros.Et, éventuellement peut-être, celui qui sépare les pays et les cultures.Dans son site Internet officiel, Almodôvar écrit en effet «Je suis sur le point de dire à M.Bergman que s’il a quelque chose d’écrit, j’adorerais le réaliser.» Croisons les doigts.Rétrospective Pedro Almodôvar Jusqu’au 2 février Cinémathèque québécoise Renseignements: (514) 842-9768 ou wvmcinematheque.qc.ca.Coup de cœur pour Oreste Après un cycle Tchékhov riche et varié, le Théâtre de VOpsis entreprend un nouveau cycle Le répertoire tragique paraît rébarbatif à plusieurs.«Je suis amoureuse de la tragédie», affirme sans ambages Luce Pelletier, pour qui le répertoire tragique est «une affaire de cœur».La metteu-re en scène, qui est aussi directrice générale et artistique du Théâtre de l’Opsis, fréquente la dramaturgie de la Grèce antique depuis des années.Avec Oreste d’Euripide, elle inaugure maintenant un cycle dramaturgique qui durera trois ans et qui a pour pivot le personnage d’Oreste.SOLANGE LÉVESQUE Aidé de sa sœur et d’un ami, un fils tue sa mère et l’amant de celle-ci, par vengeance.On croirait lire la manchette d’un journal contemporain; il s’agit pourtant d’un argument dramatique qui a l’âge du monde, l’âge des origines du théâtre, lequel a vu le jour avec la tragédie grecque.Après s’être colletée à Marivaux, à Musset, à Shakespeare et à Tchékhov en tant que metteure en scène, Luce Pelletier se mesure maintenant au personnage et au monde d’Oreste.On se souvient des héroïnes de la mythologie grecque dont Luce Pelletier avait fait entendre les voix dans un spectacle-synthèse intitulé précisément Les Grecques, qui fut présenté au Théâtre La Chapelle en 1998.Elle avait alors réuni sur une même scène des personnages féminins empruntés aux oeuvres d’Eschyle, de Sophocle, d’Euripide, d’Hésiode, d’Ovide et de Homère.Clytemnestre, Hécube, Electre, Iphygénie, Polyxène et Médée, notamment venaient tour à tour clamer leur douleur, leur colère, leur passion et leur désespoir.Après le cycle Tchékhov, composé de sept productions, qui a pris fin l’année dernière, le Théâtre de l’Opsis se lance maintenant dans un cycle centré autour du personnage et de l’expérience d’Oreste.Luce Pelletier elle-même s’est interrogée: «Vivre trois ans en compagnie de la tragédie, comment cela va-t-il être possible?Ce le sera si l’on s'intéresse d’abord à des personnages comme Oreste, Médée, Électre, Antigone.», a-t-elle conclu.La directrice de l’Opsis se sent très solidement appuyée par un comité artistique bien rodé dont les membres, en plus d’être tous des artistes, sont à la fois membres du conseil d’administration, ce qui, selon elle, facilite beaucoup le fonctionnement de la compagnie.Serge Denon-court, Pierre-Yves Lemieux, Annick Bergeron, Louise Campeau et Jean Gaudreault composent cette équipe.«Depuis des années, nous avons l’habitude de travailler ensemble; nos échanges sont extrêmement féconds et stimulants, remarque la metteure en scène.Nous n’avons pas besoin de nous expliquer très longuement pour nous comprendre, et nous avons des valeurs et des vues communes.» Luce Pelletier ne croit pas que la JACQUES GRENIER LE DEVOIR «Je vois un lien direct entre la violence qui se déploie partout aujourd’hui et la colère vengeresse d’Oreste; sa frustration me rappelle celle que la génération des “no future” éprouve», souligne Luce Pelletier, du Théâtre de POpsis.tragédie apporte des réponses.«Ce n’est d’ailleurs pas ce que j’attends de cette forme dramatique qui se contente plutôt d’exposer les problèmes à travers une histoire captivante.» L’expérience qu’elle a acquise lors de la pièce Les Grecques lui avait donné l’occasion d’explorer à fond le répertoire dramaturgique grec classique.«À l’occasion de cette lecture, c’est l’écriture d’Euripide, le troisième des grands tragédiens, qui m’était restée en mémoire, et surtout son Oreste.Comme plusieurs, je suis persuadée qu’Euripide lui-même souhaitait détruire la tragédie et son habitude de conclure grâce à un “Deus ex machina”.Il souhaitait plutôt nous dire: les dieux ne régleront pas tout; il serait préférable que nous prenions notre vie en mains», remarque-t-elle.Violence Luce Pelletier a senti le besoin de récrire le texte français et de l’adapter.«Après avoir lu une dizaine de traductions déjà existantes, j’avais envie de conserver ce qui m’intéressait le plus dans chacune d’elles; j’ai donc concocté m mélange en gardant l'essentiel.» Et ce qui a le plus retenu son attention dans les diverses traductions de YOreste d’Euripide quelle a lues, c’est la question de la violence.«Je vois un lien direct entre la violence qui se déploie partout aujourd’hui et la colère vengeresse d’Oreste; sa frustration me rappelle celle que la génération des “no future" éprouve; la violence engendre la violence, et cela tourne comme une roue sans fin.» Les paris du cycle Oreste: mieux comprendre le mécanisme de la violen- Le Menteur de C.orncille Mise en scène : MARTIN FAUCHER ÜouvreMe ««M Victor Lanoux EneBedne • Normand Chouinard Rémy Girard te Claude Goyette costumes Métédith Caron «^ages Guy Simard mus»** Michel Smith DUCEPPE ^***\ www.duccppe.com ( ' JUSQU’AU 8 FÉVRIER l'i-Mriin- on oellnbcrafini nwv \ .-çlvWXQ Pratt & Whitney Canada a 7 »-e ‘ ' 1 1 ' 1 » VIACOM '.mu A pi -y* n» 1 A’ W.lilUVO ^ Oh,' ____.j " Il fiiiil Lun nu uiéinaiifi après qu'on a munh! » Im 74 jaiMftf au 15 février ••! vi fvJ .WHi •.uiiftfi-.iS h Théâtre Jean-Duceppe Plat e des Arts î- .514 842 2112 www.ptla qc cm >A.u Admission ?vl4 ?!K> 1245 BILLETTERIE 253-8974 ADMISSION (514)790 1245 1 800 361 -4595 adniission.com 4353, rue Sainte-Catherine Est y.Papineau ou Viau.autobus 34 Pie IL autobus 139 Sud ce et recruter un nouveau public, en particulier chez les jeunes.«Mon équipe et moi avons les uns des autres une connaissance profonde, dit Luce Pelletier.Il aurait été tentant de rester entre nous.Annick Bergeron, par exemple, aurait fait une Electre parfaite.Mais nous avons cru bon nous ouvrir à d’autres acteurs chevronnés, et comme la pièce tient un discours sur la jeunesse, proposer certains rôles à de jeunes acteurs.» Pour les trouver, l’Opsis a donc tenu des auditions préalables à l’établissement de la distribution.Sur le plan de la conception générale du spectacle, la metteure en scène a souhaité un contexte qui donne au texte l’occasion d’occuper tout l’espace qui lui est dû: «Les éléments visuels du spectacle sont à la limite de l'intemporel.J’ai voulu un espace vaste, qui corresponde à l'esprit du texte et à l’amphithéâtre traditionnel où les tragédies étaient jouées à Athènes.» Quant aux costumes et aux décors, elle les voit comme des éléments d’un ensemble qui doivent d’abord servir l’action.Au dire de Luce Pelletier, la formule du cycle qui dure trois ans comporte des avantages: «À travers les autres cycles produits par l’Opsis, nous avons appris à faire confiance au temps; nous avons également réalisé que tout ne se joue pas en une seule pièce; que quelque chose de plus que l’ensemble des parties se construit petit à petit chez le spectateur, à travers la mémoire.Il faut laisser vivre les petites choses et leur donner de l’importance.Puis, les rapports s’établissent de manière très forte au sein de l’équipe.» Annick Bergeron, Inuise Cardinal, Guillaume Champoux, Antoine Durand, Emmanuelle Jime nez, Audrey Laçasse, Albert Miliaire, Eric Paulhus et Monique Spazia-ni composent la distribution.Ins décors sont l’œuvre de Louise Campeau; François Barbeau a conçu les costumes, Silvy Grenier a écrit la musique originale et Martin La-brecque signe les éclairages.Comment se fait-il qu’une compagnie aussi constante et aussi dynamique que l’Opsis ne puisse disposer d’un lieu à elle qui soit un centre permanent de création et de production?Comme le Théâtre Deuxième Réalité, notamment, l’Opsis a fait la preuve du sérieux de son travail et d’une originalité sans laquelle le théâtre québécois ne serait pas ce qu’il est.Pour le moment, les deux compagnies errent de salle en salle.ORESTE A L’Espace Go du 14 janvier au 8 février 2003.PRÉCISION Samedi dernier paraissait, dans ce journal, un article intitulé «Pour lutter contre les trous de mémoire d’une province dont la devise est Je me souviens», concernant l’établissement d’un centre consacré à l’histoire des idées et la reconstruction du manoir Philippe-Aubert-de-Gaspé à Saint-Jean-Port-Joli.Pour ceux qui seraient intéressés à participer financière ment à ce projet, voici l’adresse de la Corporation Philippe-Aubert-de Gaspé: 710, de Gaspé Ouest Saint-Jean-Port-Joli (Québec) G0R3G0 Tél.: (418) 5986728 LE DEVOIR.LES SAMEDI 11 ET DIMANCHE 1 .1 A X V 1 E R > O O :ï K Culture THÉÂTRE Une semaine historique ! Six des huit nouvelles productions qui prennent l’affiche à Montréal au cours de la semaine sont des créations québécoises Le joyeux chaos bulgare de Boytchev MICHEL BÉLA IR LE DEVOIR Bizarrement, on n’arrive à s’en rendre compte qu’en fouillant un peu.C’est peut-être parce qu’on a d’abord le réflexe de regarder du côté des grandes compagnies avant de saisir le paysage dans son ensemble: comme lorsque les gros arbres, parfois, cachent la forêt.Mais le fait est indéniable.Irréfutable.Incroyable.Six des huit nouvelles productions qui prennent l’affiche à Montréal au cours de la semaine sont des créations québécoises.De mémoire de presque dinosaure, ça ne s’est jamais vu! Pour être bien sûr que vous saisissez l’importance de ce moment historique, permettons-nous donc un petit tour de ce qui se dessine à l’horizon.Un raz-de-marée Dans les grandes compagnies du centre-ville, les spectacles amorcés avant Noël ont repris l’affiche: La Nuit des rois au TNM et L’Ouvre-boîte chez Duceppe.Tenons-nous-en plutôt aux productions prenant l’affiche entre le 7 et le 14 janvier.Du côté du doyen des compagnies montréalaises, au Rideau Vert, on présente La Sagouine d’Antonine Maillet, un personnage qu’on n’avait pas revu depuis plus d’une dizaine d’années.Ailleurs, à la seule exception du cycle Oreste de l’Opsis, qui débute à L’Espace Go, on ne trouve que des créations québécoises.C’est un raz-de-marée.Au Quat’Squs, on l’a vu en une de ce cahier, Evelyne de la Chene lière offre les onze fragiles personnages à'Au bout du fil.Au Théâtre d’Aujourd’hui, deux spectacles: Le Bruit des camions dans la nuit de Martin Pouliot s’installe dans la grande salle alors que dans la salle Jean-Claude Germain on présente Mammouth et Maggie, un texte collectif dans lequel on retrouve les plumes de Tony Conte, Marc Doré et plusieurs autres.Un peu plus haut, à La Licorne, le Théâtre de la Manufacture offre le plateau à François Létour-neau, qui prend plaisir à raconter l’histoire de Cheech (Les hommes de Chrysler sont en ville)', il nous le confirmera lui-même un peu plus loin.Plus à l’est, dans le tout nouvel Espace libre qui sent encore le béton frais, le Nouveau Théâtre expérimental et Josette Trépanier donnent la parole, dans Le Cours des choses, à trois femmes qui jasent lieux communs, clichés, idées toutes faites et citations empruntées.Et tout à fait à l'est, dans ces terres lointaines dormant à l’ombre du Stade olympique, Les Oiseaux du mercredi de Marc-Antoine Cyr se perche dans la salle Fred-Barry du théâtre Denise-Pelletier avec sa chorale répétant un spectacle pour le pape sur fond d’intrigue policière.INK LAPORTE À La Licorne, le Théâtre de la Manufacture offre le plateau à François Létourneau, qui prend plaisir à raconter l’histoire de Cheech (Les hommes de Chrysler sont en ville).Bon.Faites le compte, vous verrez.Huit nouvelles productions.Sept textes d'ici.Six créations originales.Signées chaque fois par des auteurs dont personne n’avait entendu parler il y a à peiqe deux ans.C’est fabuleux, non?A peine croyable, en fait, quand on a vu le théâtre d’ici commencer à s’affirmer lentement avec Marcel Dubé puis par vagues successives finalement de moins en moins timides à toutes les nouvelles générations.Voilà maintenant qu’on se bouscule devant la porte tournante.On se pincerait à moins! Pas d’école Pourtant, en discutant avec François Létourneau de cette avalanche de textes, de productions et de créations issue du seul milieu montréalais depuis deux ou trois ans, une sorte d’accord tacite est vite apparu: il n’y a pas d’école.Pas de mouvement.Pas même de regroupement en vue sous une quelconque bannière.«Toutes ces nouvelles voix sont différentes, uniques, insiste François Létourneau.Evelyne, Geneviève Billette, Sébastien Harrisson, tous ces gens-là ont une écriture particulière, différente.Je suis aux antipodes de ce que fait Harrisson, par exemple.Mais ces différences sont précieuses, riches, et il faut continuera les affirmer.» Comme il le dit lui-même, François Létourneau est d’abord comédien et il est venu à l’écriture par goût, lui qui a étudié en philo et en sciences politiques avant d’entrer au Conservatoire.Il fait partie de cette nouvelle génération de créateurs dans la vingtaine qui est en train de changer complètement l’allure des scènes montréalaises.Cheech est son deuxième texte après Stampede qui avait séduit Claude Poissant, qui en a assuré la création puis la reprise à Québec à l’automne.C’est un jeune homme sans prétention, François Létourneau: il parle de la générosi- G^S^1 DU 14 JANVIER AU 9 FÉVRIER 2003 ANTONINE MAILLET Mise en scène Guillermo de Andrea avec VIOLA LÉGER Concepteurs : Claude Allain, Mario Bouchard, François Barbeau, Michel Beaulieu, David Ouellet.Réservations (514) 844-1793 www.rideauvert.qc.ca Représentations du mardi au vendredi 19h30 samedi 20h30 • dimanche 16h MtfMtoMTM _ _ Québec ¦¦ Arts nada forth* Arts —ssu.té du milieu qui est prêt à s’ouvrir à de nouvelles paroles, mais lui, il prend d’abord plaisir à raconter des histoires.Et d’une façon particulière chaque fois.«Avec Stampede, Je voulais raconter la même histoire vue par trois personnages différents.Dans Cheech, je me suis intéressé à construire la pièce dans le désordre chronologique.Et le texte sur lequel je travaille depuis que je suis en résidence à la Manufacture sera beaucoup moins éclaté, tout simple.En fait, je n 'ai pas d'autre prétention que de raconter de bonnes histoires de façon surprenante.Je ne réinvente rien.» Ce n’est pas vraiment ce que l'on peut dire du Bruit des camions dans la nuit de Martin Pouliot, le seul de ces nouveaux textes sur lequel j’ai pu mettre la main à cause de la relâche du temps des Fêtes.Dès les premières phrases de sa dédicace, au début du manuscrit, Pouliot se permet de paraphraser Réjean Ducharme: c’est fixer la barre un peu haut.Ses trois personnages d’enfants déchirés oscillant entre la révolte et le suicide, la violence et l’abrutissement, n’ont certes pas la stature des personnages de Ducharme.Ils n'en ont surtout pas la langue.Mais on ne s’y trompera pas: il y a là une étincelle.Une affirmation différente.Comme toutes celles qui nous tombent dessus en cette semaine bénie entre toutes.Alléluia! DAVID CANTIN En 2000, le théâtre de Quat'Sous accueillait Le ColoneWiseau dans une mise en scène de Peter Batakliev.Deux ans plus tard, voilà que le Trident à Québec présente la version féminine de cette pièce, Le Colonel et les oiseaux, de l’auteur bulgare Hristo Boytchev, avec Marie-Josée Bastien aux commandes.L’action se situe dans un vieux monastère, converti en centre hospitalier, qui abrite une bande de fous sous la gouverne d’un seul homme schizophrène et dépressif.Afin de rendre crédible le très complexe colonel Fetissov, la directrice de la compagnie Les Enfants terribles a fait appel à Jack Robitaille.Ce passionné de théâtre en révèle davantage au sujet de cette fable unique en son genre.Comment se sentir concerné, au Québec, par une œuvre politique écrite par un Bulgare à l’égard de son peuple?Pour Robitaille, il n’est pas impossible que le contenu de cette allégorie, à propos de la quête de reconnaissance, puisse confondre au départ.Comme il le souligne dès le début de la conversation, «on ne regarde pas cette pièce du même œil qu’un Bulgare».Toutefois, l’interprète ouvre une parenthèse fort intéressante.«Avec tout ce qui se passe au niveau politique, au Canada comme au Québec, on a plutôt l'impression de vivre la fin d’un régime.C’est un autre contexte, mais il y a aussi une atU ite face à quelqu'un qui serait capable de redresser la situation.En fait, la pièce traite essentiellement de l’appropriation d’un certain pouvoir par des gens qui vivent une grande détresse intérieure.Chacun peut se reconnaître dans un état de vulnérabilité semblable.» En plein hiver, dans les montagnes hostiles de la Bulgarie, Le Colonel et les oiseaux met en scène six patients (cinq femmes et un homme) avec pour seul espoir de survivre dans cet asile psychiatrique.Un jour, par erreur, l’ONU parachute des vêtements militaires sur les lieux: une transition opère sur le coup.C’est à ce moment que le personnage masculin s’éveille d’un profond mutisme pour devenir le colonel.La discipline militaire entre en jeu, puis les folles dirigées par le fou se préparent à quitter le monastère perdu afin de porter leurs revendications à Strasbourg.Il était, évidemment, délicat d’entrer dans la peau de ce type qui a fait la guerre en Afghanistan et a participé à la LE GROUPE DE LA PRÉSENTE /: VEILLEE L impromptu de l'Alma Mise en scène ELIZABETH ALBAHACA Avec Onil MELANÇON François TRUDEL Patrice SAVARD André DOUCE! Maria MONAKHOVÀ •I Afflohop* Astral Media S P É X E L dès le 21 janvier au Théâtre PROSPERO Billetterie 514 526-6582 ou Admission 514 790-1245 www.laveillee.qc.ca PASSEPORT PROSPERO [6enltees — 96S] / FORFAIT souper thwitic le Porto Prospéra DOS! défense de Gorbatchev lors de la tentative de putsch de 1991.Des repères Toujours aussi enthousiaste, Robitaille revient sur quelques deuüls judicieux.«Il faut savoir que le colonel souffre d'un vide affectif énorme.Cette faculté militaire lui permet de créer un ordre nouveau autour de lui Cet homme devient prtcur d'espoir: done, le fait de se prendre en main et de retrouver une forme de dignité m'apparait comme l'un des points tournants du spectacle.'- Mais comment rendre crédible la folie au théâtre?«C’est un point très délicat.réplique le comédien de Québec, il Jullait donc se méfier de l'aspect pathologique.Toutefois, lors des répétitions, les mouvements de groupe créaient un ton plutôt uniforme.Avec l'aide et les conseils de Marie-Josée Bastien.il a donc fallu se mettre à la recherche de la faille en chacun des personnages.À quel moment tout cela se met à dégringoler)» Pour celui qui assume également le rôle de directeur artistique du Théâtre de la Bordée, la chorégraphie omniprésente devient une forme de repère pour le spectateur.H mentionne, du même coup, que certains aspects comiques empêchent d’apporter un machisme inadéquat à son personnage.«Bien que le colonel semble devenir un sauveur pour ces femmes, aucun type de séduction n 'intervient.Il fallait à tout prix éviter que cet homme devienne l'objet du désir, là n ’est pas le sujet de la pièce.D'ailleurs, ce machisme aurait très bien pu nuire aux enjeux politiques.La drill militaire accentue l’ordre qui s’installe dans un tel chaos émotif.Finalement, les mots de Boytchev interrogent la part de solitude en chacun de nous.» En Bulgarie, Boytchev demeure un véritable phénomène.L’élection présidentielle de 19% lui a donné l’occasion de se présenter comme candidat indépendant.Grâce à des capsules corrosives à la télévision bulgare, il a fini par recevoir tout près d.e 2 % des votes (100 000 voix).Ecrite entre 1995 et 191X1, Is Colonel-Oiseau connaîtra un succès sans precedent et lui permet d’obte nir le Grand IVix de la dramaturgie contemporaine du British Council.Pour Le Colonel et les oiseaux, le contexte d’écriture tut la guerre du Kosovo.Dans un entretien qu’il livrait au journal Is Monde en 1999, il déclarait: «Comme auteur, je souhaite que rrui pièce nsonnefirrt dans cette actualité et dans tous les prochains affrontements des Balkans, car le confiit actuel créera au moins autant de nouveaux conflits qu'il m éteindra.» Dès mardi, à la salle Oc-tave-Crémazie du Grand Théâtre de Québec, on pourra découvrir le regard que ix>se Marie-Josée Bas-tien et sa brigade, pour le moins spéciale, prête à monter au front.LE COLONEL ET IJÏS OISEAUX Une pièce de 1 Iristo Boytchev.Mise en scène: Marie-Josée Bas* tien.Une production du Ihéâtiv du Indent A la salle OctaveCrémazie du Grand Théâtre de Québec.IXi 14 janvier au 8 février 2003.SOURCE LE I RIDENT Jack Robitaille dans le rôle du colonel Fetissov.CHEECH (les HOMMES dn CHRYSLER SOIlt (Ml ville) Lr Théâtre ilt- L:i Manufacture puisante François Létourneau Maxime Dénommée Mise rn srrni- Kathleen Fortin Frédéric Blanchette Maxim Gmidnttc François Létourneau Fanny Mallette Patrice Robitaille ?.mux**.~ ' LA LICORNE 4559, PAPINEAU • MONTRÉAL, Qt www.theatrelalicorne corn 514.523.2246 RÉSÉAU admission 514 790.1245 ou 1 800 36! 4595 Il DlVoli: TSTJSZ ’JT”., ¦ ¦¦ {B) CommMm** CMMüCmM Québec¦¦ «hP, «.cm* ftOBMIt orMara M Portano** 4» producer I h’sjarrlin*.Le Bruit des cannons dANS la NUIT de Martin Pouliot mise en scène Michel Bérubé assisté de Nadia Bélanger AVEC Patrick Hivon Isabelle Roy Olivier Morin LES CONCEPTEURS Jaan Bard Claude Accolas Marie-Pierre Fleury Alain Dauphinais UNE CRÉATION DU Théâtre d’Aujourd’hui | EN COLLABORATION AVEC m m Ql Hydro Québec du 14 jAnvien au 8 fEvriEr 2003 3900, rus Saint-Denis métro sherbrooke (514) 282-3900 www.thaatradaujourdhul.qc.ca DIRECTION René Richard Cyr Jacquat Vézlna Glllaa Ranaud BANQUE LAURENTIENNE LE DEVOIR.LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 JANVIER 2003 E 1 * Culture * DANSE De Daphnée à Tanabe, l’histoire d’une transformation La chorégraphe Mariko Tanabe souligne à sa façon l'Année internationale de la montagne FRÉDÉRIQUE DOYON Après s'être lancée sur les traces de ses racines japonaises pour finalement trouver une part d’elle-même dans la culture andalouse du flamenco, la chorégraphe Mariko Tanabe se plonge de nouveau corps et âme dans une autre mémoire collective: celle du mythe gréco-romain de Daphnée.L’an dernier, à peu près à la même date, Mariko Tanabe livrait l’une de ses chorégraphies les plus ambitieuses avec Encendillas del Alma pura.I.a pièce, qui réunissait sur scène un petit orchestre de quatre musiciens, un comédien et cinq danseuses autour du thème de l’Andalousie gitane, était placé sous le haut patronage de l’UNESCO dans le cadre de l’Année internationale des Nations unies pour le djalogue entre les civilisations (2001).A l’occasion de l'Année internationale de la montagne, en 2002, Mariko Tanabe a encore une fois répondu à l’appel en créant Daphnée.«J’aime beaucoup travailler avec un thème déjà établi, explique-t-elle./e trouve inspirante l’idée de créer un projet en fonction d’un thème qui veut dire davantage que “voici la vie de Mariko".C’est bien d’avoir un lien avec quelque chose d’extérieur à soi.» Il faut dire que Tanabe, Québécoise d’origine japonaise, a eu sa période de quête de soi en début de carrière, qui a d’ailleurs donné lieu à sa première chorégraphie, Mysterical Awakenings, en 1994.la quête de soi s’est muée en exploration des archétypes féminins, puis s’est élargie aux archétypes culturels.Car Daphnée est bien née de l’appel de la montagne, thématique oblige, mais plus précisément de j’archétype de la montagne puisqu’il s’agit de l’Olympe mythique où vit la nymphe Daphnée.la seule (race du mythe de Daphnée se trouve dans l’œuvre du poète Ovide.Dans ses Métamorphoses, il relate l’histoire de la chasseresse des forêts, rebelle à tout amour, qui se transforme en arbre — en laurier — pour échapper aux avances du bel Apollon.Témoin impuissant de la métamorphose, Apollon fera néanmoins du laurier son emblème.Féministe avant l’heure «Je n 'ai pas fait de Daphnée une femme contemporaine, précise Tanabe, mais j’ai analysé ce que le mythe peut révéler à une femme d’aujourd’hui, quels liens existent.» A première vue, dans son acharnement au célibat, Daphnée incarne l’esprit libre et indépendant de la femme, la féministe avant l’heure.Mais la chorégraphe, qui avoue avoir fait une recherche et une réflexion approfondies sur le sujet, a surtout décelé la transfiguration importante qui se déploie dans le mythe, une transformation un peu à l’image du bouleversement des rôles sexuels au cours des 50 dernières années.«L'amour d’Apollon se transforme, d’un désir égoïste ou purement sexuel, en quelque chose de plus spirituel, plus élevé.Et Daphnée, aussi, passe d’une femme humaine à un symbole de vie, un arbre avec de profondes racines et des branches tendues vers le ciel.C’est une image de la force de la nature mais aussi de l'esprit humain.» Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait par hasard que Mariko Tanabe traite, à ce point-ci de son cheminement artistique, de mythologie ancienne et de transfiguration dans une nouvelle œuvre solo.D’une part, elle revient aux sources d’une culture qu’elle commence à faire sienne.D’autre part, elle fait en quelque sorte un retour aux sources de sa propre démarche artistique, alors qu’elle fréquentait la Erick Hawkins School of Dance de New York.«J’ai travaillé beaucoup sur la mythologie grecque avec mon professeur à New York, Erick Hawkins, qui a créé des danses sur les mythes grecs.J’ai passé beaucoup de temps, à l’époque, à rechercher les formes qu'on retrouve sur les poteries, l’esthétique du corps.C’était le point de départ de ma recherche.» En plus d’inspirer la création de Daphnée, l’époque Hawkins a indéniablement influencé l’ensemble des œuvres de Tanabe, empreintes d’une sensibilité à diverses formes de spiritualité, amalgames d’Occident et d’Orient, de tradition et de contemporanéité.«Le style d’Erick Hawkins est très différent de ce qu’on retrouve habituellement ici, se rappelle-t-elle.C’étaient des mouvements très relâchés, subtils et harmonieux.Il était vraiment influencé par les principes orientaux du bouddhisme, la danse hindoue, le théâtre nô et le kabuki du Japon.» C’est entre autres en quittant l’école d’Hawkins que Tanabe fait des choix artistiques déterminants, dont celui de puiser dans ses racines japonaises et de travailler d’abord en solo pour trouver son propre langage.Créer Daphnée est en quelque sorte une manière, pour Mariko Tanabe, de reconnaître le chemin par-coqru et ses propres transformations artistiques.A la composition musicale, Alexandre Saint-Onge, un acolyte de longue date, et Sam Shalabi sont membres actifs de la création de Daphnée.Tous deux ont puisé dans les musiques traditionnelles hellénistiques et dans l’œuvre du compositeur grec Iannis Xenakis pour livrer un son original, mélange d’acoustique et d’électroacoustique, en direct sur scène.Comme dans l’œuvre précédente de Tanabe, la vidéo de François Blouin contribuera aussi à rendre vivant le mythe de Daphnée, qui sera d’ailleurs suivi d’un extrait de Encendillas del Alma pura.DAPHNÉE De Mariko Tanabe Du 16 au 18 janvier à la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal «Je n’ai pas fait de Daphnée une femme contemporaine », précise Mariko Tanabe ARCHIVES LE DEVOIR «Daphnée passe d'une femme humaine à un symbole de vie, un arbre avec de profondes racines et des branches tendues vers le ciel.C’est une image de la force de la nature mais aussi de l’esprit humain», explique la chorégraphe Mariko Tanabe.® §!! JT V V SlRlttlWkZ fflsl Si C!s: i-.iO !o!£!* i ^ y ' 4 ^ / ^ Edward Norton dans The 25th Hour de Spike Lee.ARCHIVES LE DEVOIR Pendant deux ans, Christian Frei a partagé le quotidien mouvementé du photographe James Nachtwey en le filmant à la trace.Une caméra sur le front JAMES NACHTWEY : WAR PHOTOGRAPHER Réalisation, montage: Christian Frei.Avec James Nachtwey, Christiane Amanpour, Hans-Herman Mare, Christiane Breustedt Image: Peter Indergand et James Nachtwey.Musique: Eleni Karaindrou, Arvo Part David Darling.Suisse, 2001,96 minutes.V.o.avec s.-t fr.ANDRÉ LAVOIE Il possède dans sa tête «une bibliothèque de la souffrance», bibliothèque qu’il enrichit depuis 22 ans en captant les images les plus insoutenables de la barbarie.Fasciné par le travail de grands photographes lors de la guerre du Vietnam, James Nachtwey a décidé de poursuivre cette dangereuse mais essentielle tradition de témoigner de l’horreur d’une manière purement visuelle pour alerter l’opinion publique.C’est à la fois au courage de l’homme et à l’exceptionnel regard du photographe que le documenta- riste suisse Christian Frei rend hommage dans James Hachtwey: War Photographer.Un «mystère», un être «obstiné» et taciturne, voilà comment ses collègues et de rares amis décrivent cet Américain à la voix posée et au calme olympien.De la grève de la faim des partisans de TIRA en Irlande du Nord en 1981 aux bidonvilles de Jakarta en Indonésie avec de périlleux détours au Nicaragua, au Rwanda, en Somalie et au Kosovo, Hachtwey s’avance sur la ligne de front, prenant des photos que convoitent les magazines les plus prestigieux (Time, Stern, Géo Saison, etc.).Ne cherchant pas seulement à exposer la brutalité des conflits armés, il veut surtout dénoncer l’extrême pauvreté qui en résulte ou qui se perpétue avec notre silencieuse complicité.Pendant deux ans, Christian Frei a partagé le quotidien mouvementé du photographe en le filmant à la trace et sous tous les angles puisqu’une minicaméra numérique était accrochée à son appareil, donnant ainsi la vision directe de ce qu’il captait et des images de Hachtwey en plein travail.Le documentaire s’amorce alors que Hachtwey parcourt le Kosovo en ruines, où l’on commence à peine à découvrir tous les charniers dispersés dans le paysage.Toujours d’une manière discrète et empreinte de respect, le photographe saisit la détresse de ces femmes et de ces hommes qui retrouvent, dans des circonstances tragiques, un mari, un fils, un ami.Une grande solitude Les voyages récents de James Hachtwey représentent de perpétuels défis et des risques certains pour sa vie, comme en témoignent ses difficultés à Ramallah au début de la deuxième intifada, étouffant sous les bombes lacrymogènes, ou au milieu d’une mine de soufre en Indonésie alors que l’air est encore moins respirable.Ces dangereuses escapades sont sans cesse entrecoupées de passages méditatifs où les photographies de Hachtwey, baignées entre autres par l’envoûtante musique d’Eleni Karaindrou, fidèle collaboratrice du cinéaste grec Théo Angelopoulos, apparaissent d’une réelle beauté malgré la misère dont elles témoignent Après avoir vu, photographié et porté en lui tant d’horreurs, difficile de croire qu’Hachtwey n’a pas encore succombé au cynisme ou décidé tout simplement de ranger sa caméra.C’est d’ailleurs ce qui fascine autant Christine Amanpour, journaliste à CNN, que Hans-Herman Mare, éditeur au magazine Stern, tous s’inclinant devant sa détermination, acquise au prix d'une grande solitude.Hachtwey croit au pouvoir limité de ses photos, goutte d’eau dans une mer d’indifférence, et reconnaît que les choses bougeraient plus vite si tous avaient le triste privilège de voir tout ce qu’il a vu depuis deux décennies.Mais c’est sa manière à lui de lutter, même s’il se sent souvent coupable de gagner sa vie en exposant la misère des autres.Le documentaire exceptionnel de Christian Frei devrait le rassurer sur la rigueur de sa démarche, l’humanisme de ses images et la sérénité qui émane de sa personne.Le parcours atypique de Jacques Leduc Jusqu’au 19 février, la Cinémathèque québécoise présente l’œuvre du cinéaste retourné à la caméra ANDRÉ LAVOIE Raconter des histoires d'une manière linéaire, voilà tout ce que Jacques Leduc s’est acharné à ne pas faire depuis ses débuts, à la fin des années 60, privilégiant son instinct et ne reniant pas une certaine nonchalance.Plusieurs le lui ont reproché, alors que le réalisateur n'a jamais cherché à obtenir l’adhésion de tous, détournant, d’une manière souvent déconcertante et anarchique, les sujets qu'il abordait Tous les mercredis et vendredis jusqu'au 19 février, la Cinémathèque québécoise nous invite à revoir le parcours atypique de celui qui a délaissé la réalisation après L’Age de braise, préférant être au service d'autres cinéastes, derrière sa caméra.Plutôt méconnue, la filmographie de Jacques Leduc s’inscrit dans les questionnements politiques et sociaux du Québec des années 60 à 80 et illustre la liberté créatrice des réalisateurs œuvrant à l’Office national du film.Une liberté somme toute relative puisque, comme Denys Arcand, Gilles Groulx et plus tard Fernand Bélanger, Leduc va s’attirer les foudres des autorités onéfiennes avec Cap d’espoir (1969), un portrait cru de la jeunesse québécoise frappé d’interdit pendant sept ans.La beauté et l’insouciance de la jeunesse traversent souvent les films du réalisateur, mais jamais de manière ostentatoire comme chez Gilles Carie, plus près de l'ironie d’un Jean-Pierre Lefebvre.De Chantal en vrac (1967) à Charade chinoise (1987) en passant par le magnifique et dépouillé Tendresse ordinaire (1973), des garçons, mais surtout des filles, s’interrogent tout autant sur l’avenir du Québec que sur la pérennité de leurs amours, quelque part entre frivolité et gravité.Les chemins de traverse qu’emprunte Jacques Leduc donnent l’impression que celui-ci se désintéresse de l’objet principal de son film ou l’aborde de biais, avec plus d’insouciance que de rigueur.Ceux qui cherchent le frère André dans On est au soleil (1971) ou se demandent ce que Pierre Foglia et Paule Baillargeon, complices et cabotins, ont en commun avec le photographe Dave Marvin dans Albédo (1982) devront s’armer de patience.Et même devant une ville à l'agonie, Schefferville, dans Le Dernier Glacier (1985), Leduc transcende l’urgence de la situation pour capter la beauté du paysage et les rituels des autochtones de l’endroit La fiction Après une suite quasi ininterrompue de documentaires, dont l’imposante Chronique de la vie quotidienne (1977-78) que la Cinémathèque va présenter dans son intégralité avec de toutes nouvelles copies le 22 janvier à 18h30, Leduc s’engage résolument du côté de la fiction.Il signe alors un de ses meilleurs films, Trois pommes à côté du sommeil (1989), ou 24 heures en compagnie d’un homme de 40 ans remettant tout en question.Encore là.l’aspect décousu du film sert admirablement son propos, moins un bilan personnel de Lui (Normand Chouinard, excellent) qu’un constat doux-amer du Québec de cette époque.(Vprès une telle réussite, La Vie fantôme (1992) et L’Age de braise (1998) supportent difficilement la comparison, même si l’on retrouve, intacte, sa manière de brouiller les pistes, de résister aux simplifications: dans le premier film, on se demande si l’épouse trompée feint l’ignorance pour sauver son couple alors que, dans le second, difficile de comprendre de manière rationnelle les motivations de Caroline (Annie Girardot) à se dépouiller de tout Les images de Jacques Leduc seront partout présentes à la Cinémathèque puisque, avant d’entrer dans la salle Claude-Jutra.on pourra, «l’espace d’un moment», admirer de superbes photographies prises lors de ses nombreux voyages.Pour connaître l’ensemble de la programmation de la rétrospective Jacques Leduc, consultez la Revue de la Cinémathèque, le site Internet (www.cinematheque, qc.ca) ou téléphonez au (514) 842-9768.Une scène de La Vie fantôme (1992) de Jacques Leduc.ARCHIVES LE DEVOIR V u ; V k 2oh Gilles Vigneault, Richard Desjardins, Mononc’ Serge, Félix i | Gourd, Fred Fortin, Olivier Langevin, Sylvie Legault, Jean iDerôme, Normand Guilbeault, Marie-Claude Lamoureux, Yves \ P Desrosiers, François Marcaurelle, Charlotte Laurier & Annick f Kanzala, Jorane, Pierre Tanguay, Jean Vanasse, Yvano f | Jolicœur, Yannick Rieux, Eve Coumoyer, René Lussier.\ 22I130 bal : la Fanfare PourPour, Kumpania et l’ODD (l’orchestre de danse) ( Toile décor : Arménd Vaillancourt, Maître sans cérémonie : François Glenn Gourd vendredi 31 janvier 2 f\ SOIRÉE DE FINANCEMENT POUR U A J L OFF FESTIVAL DE JAZZ DE MONTRÉAL^ / AU MEDLEY.1170 ST-DENIS 842-65ârjH 2011 20$ à l’avance, 25$ à la porte.En vente au Medley, Réseau Admission et à l’Oblique, 4333 rivard coin marianne 499.1323 S LE DEVOIR.LES SAMEDI 11 ET DIMANCHE 12 .1 A N V I E R 2 O O 3 Culture I T R I Polyphoniques à temps plein wo Les Charbonniers de l’enfer La Tribu (Sélect) Croisé dans l'allée des céréales au Métro du coin juste avant le jour de l’An, Michel Faubert était content.Ravi, même, rapport aux Charbonniers.Doublement ravi, de fait par leur disque tout neuf autant que par la perspective de leur toute première tournée, qui les promènera dans quelque 20 villes à travers le Québec (à commencer par Montréal, au Cabaret du 21 au 24 janvier).D a bien mentionné un intrigant projet de collaboration avec Jérôme Minière, ainsi qu’évoqué un vague désir de création, mais pour l’heure, c’est l’imminente équipée aux confins de l’enfer blanc avec ses compagnons chanteurs qui l’excitait en diable.«On a décidé d’essayer pour vrai!» Non pas que les sporadiques émergences de la dernière décennie (moins d’une quarantaine de spectacles au total) et l’album Chansons a cappella de 1995 aient été vécus à la légère: c’est tout bêtement que Jean-Claude Mirandette, Normand Miron, l’ex-Bottine première époque André Marchand, l’ex-Bottine deuxième époque Michel Borde-leau et Faubert ont pour la première fois le loisir de se mettre au charbon, à fond les poumons et à pleins pieds.Pour tout dire, une fois Bor-deleau officiellement libéré de ses lacets à la fin de l’automne, tout est devenu possible.Y compris la potentielle aventure en Europe: c’est dans les plans.Les Charbonniers de l’Enfer pourraient bien connaître le destin que justifie l'extraordinaire valeur de leurs extractions de minerai traditionnel et de leurs arrangements pour quatre voix et deux paires de pieds: Wo, ce deuxième disque tant attendu, n’est que riches filons et fin ciselage d’harmonies.Chaque titre est une véritable trouvaille, arrachée à l’oubli comme un diamant au roc.Dès Au diable les avocats, le ton est donné: mille échos répondent au caller, s’enchevêtrant avec la complexité de polyphonies corses.Le Diable dans la ville de Poitiers, avec ces voix qui partagent une note à plusieurs octaves d’écart, est pareillement fascinante.La chanson-titre, elle, marie tout naturellement folklore local et jeux de voix à la Ladysmith Black Mamba-zo.On ressort de l’écoute avec l’impression que les Charbonniers de l’Enfer ont réussi ici avec les chants a cappella de notre patrimoine ce que In Bottine Souriante avait réussi avec la musique traditionnelle: l’ouverture au monde.Lequel monde n’a qu’à bien se tenir.Sylvain Cormier .1 \ Z Z OSS BIRD BOSS BIRD Charlie Parker Coffret de quatre disques compacts Proper Records C’est une histoire de temps.Celui qui doit passer avant qu’une œuvre tombe dans ce qu’on appelle le domaine public.En Europe, une composition est libre de droits (j’auteur au bout de 50 ans.Aux Etats-Unis?90 ans.Mais voilà, pour des subtilités juridiques qu’il serait trop long d’expliquer ici, des entreprises européennes peuvent inonder le marché nord-américain de morceaux écrits et interprétés par des Américains.C’est ce que fait notamment la société britannique Proper.Depuis sa création, elle a publié une ribambelle de pièces mises en boîte avant 1952.Lester Young, Ben Webster, Frank Sinatra, T-Bone Walker et consorts.Bientôt, Proper et d'autres avec elle seront en mesure de distribuer de ce côté
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