Le devoir, 25 janvier 2003, Cahier B
.1 A N V I E li 2 0 0 A LE DEVOIR, LES SAMEDI 25 ET I) I M A X (’ Il E 2 li Les stratégies pour diminuer le bruit dans les cabines des avions Page B 6 IDEES Le fascisme de gauche à l’UQAM et ailleurs Page B 5 LE DEVOIR * PERSPECTIVES JACQUES NADKAU LE DEVOIR Les spécialistes proposent diverses stratégies pour faire baisser le nombre d’avortements chez les jeunes.Les jeunes et l’avortement Nouvelle génération, nouveau comportement Les jeunes femmes de 18 à 24 ans présentent le plus haut taux d’avortement PAULINE GRAVEL LE DEVOIR Julie, âgée de 21 ans, est tombée enceinte alors qu’elle poursuivait un programme d’études et vivait une toute nouvelle relation amoureuse sans grand avenir.Elle utilisait pourtant le condom comme moyen contraceptif, mais cette nuit-là, elle n’y a pas eu recours, pensant qu’il n’y avait pas de danger puisqu’elle ne se trouvait pas dans la phase ovulatoire de son cycle.Julie a le profil type du groupe de femmes présentant le plus haut taux d’avortement.Les jeunes femmes de 18 à 24 ans sont en effet celles qui contribuent le plus à gonfler les statistiques décrivant le phénomène de l’avortement au Québec.Mais pourquoi un nombre aussi élevé de ces jeunes femmes en viennent-elles à se faire avorter?Les spécialistes relèvent plusieurs raisons et proposent diverses stratégies pour faire baisser cette déplorable statistique.Première constatation: les comportements sexuels des jeunes ont chan-I- gé au cours des deux dernières décen-; nies, années qui, en l’occurrence, ont été marquées par une forte hausse du taux d’avortement au Québec.L’âge de la première relation sexuelle avec pénétration a aussi baissé.Selon les données de YEnquête sociale et de santé de 1998, publiée par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), environ 15% des Québécois âgés de 15 à 19 ans et de 20 à 29 ans ont eu leur premier rapport sexuel avec pénétration avant l’âge de 15 ans, ce qui est plus élevé que dans les autres générations ou groupes d’âge.«Les/Mes commencent à être actives sexuellement de plus en plus jeunes, tellement jeunes que les garçons du même âge ne sont pas encore pubères», souligne le Dr Marc Steben, médecin-conseil à la Direction de la santé publique de Montréal-Centre.«Les jeunes filles ont ainsi leurs premières relations sexuelles avec des garçons qui sont beaucoup plus vieux qu’elles et avec lesquels elles n 'osent pas discuter de contraception ou refuser d’avoir une relation même si elles n’en ont pas envie.» Le DrMarie-Josée Gaudreau, médecin à la Clinique médicale Fémina de Montréal, fait pour sa part remarquer que plus les jeunes filles sont sexuellement actives tôt, moins elles vont se protéger lors de leurs premières relations sexuelles, habitées qu’elles sont par la «pensée magique».«Un grand nombre de très jeunes filles ont cette pensée magique voulant qu ’elles ne peuvent pas tomber enceintes la première fois qu ’elles ont une relation sexuelle.Comme s’il fallait faire l'amour un certain nombre de fois pour devenir enceinte!», explique Marc Steben.«D'autres jeunes filles concluent par contre très rapidement qu’elles sont stériles et que leur partenaire est infertile parce qu’elles ne sont pas devenues enceintes à la suite de leurs premières relations sexuelles.Elles évacuent alors toute préoccupation contraceptive», rapporte Marie-Josée Gaudreau.Sous l’influence de la drogue et de l’alcool, beaucoup de jeunes filles ont également des relations sexuelles non planifiées et, de ce fait, non protégées.«La plus vieille drogue du viol est l’alcool, ajoute le Dr Steben.Sous l'effet de l’alcool, les jeunes filles peuvent être désinhibées ou tellement saoules qu’elles ne peuvent plus négocier une sexualité sécuritaire.» La pilule, cette mal-aimée Les jeunes boudent-ils les contraceptifs pour en arriver si souvent à l’avortement?Oui et non.Le principal problème est qu’ils n’adoptent pas toujours un moyen contraceptif très sûr.Une récente enquête a révélé que l’utilisation du condom est plus répandue chez les générations plus jeunes.Les percutantes campagnes de prévention du sida ont donc porté fruits, mais on se rend compte que «les activités de communication pour l’usage du condom dans le but de prévenir les maladies transmissibles sexuellement (MTS) devraient également souligner l’importance d’une double protection lors des rapports sexuels si on veut aussi éviter une grossesse», signale-t-on dans les commentaires qui accompagnent les données de YEnquête sociale et de santé 1998 publiée par l’ISQ.La pilule contraceptive, qui a connu ses heures de gloire à l’époque où les femmes cherchaient à s'émanciper, n'a plus la cote auprès des jeunes filles d'aujourd’hui.Un préjugé négatif et tenace est accolé à cet anovulant oral.On croit, à tort bien sûr, que la pilule fait engraisser.«Ce mythe tient peut-être au fait que la pilule est souvent administrée à de jeunes filles qui n’ont pas terminé leur croissance et, donc, qui n’ont pas fini de grandir et qui n’ont pas atteint leur poids d’adulte, explique Marc Steben.Les jeunes sous-estiment les avantages de la pilule et surestiment ses effets secondaires, pourtant minimes compte tenu des très faibles doses d’hormones qui sont proposées aujourd'hui.» En plus d’être une méthode de contraception très fiable, la pilule réduit l’absentéisme dû aux douleurs menstruelles et diminue le risque d'anémie, de formation de kystes aux ovaires et aux seins, de cancer de l’ovaire et d’arthrite rhumatoïde, fait également remarquer le médecin spécialisé en MTS.L’éducation sexuelle est déficiente et trop tardive au Québec, soulignent aussi les spécialistes de l'avortement.Les jeunes puisent ainsi leurs modèles parmi les stars de la musique pop, souvent vêtues de façon provocante, ainsi que parmi les vedettes de films pornographiques dans lesquels les femmes sont couramment contraintes et violentées, fait remarquer Marc Steben.Un oubli.«On veut préparer les jeunes à la vie économique, mais on oublie que la meilleure façon de les écarter du marché du travail est quelles tombent enceintes, s'insurge le médecin.Au Québec, nous n’avons pas de politique de santé sexuelle comme il en existe en Belgique et aux Pays-Bas.» La Belgique et les Pays-Bas sont justement les pays où les taux d’avortement sont les plus bas au monde.En 1996, on y comptait 0,2 avortement par femme au cours d’une vie, alors qu’au Québec, ce taux s’élevait à 0,57.Dans ces pays européens, l’avortement est libre, gratuit et très facile d’accès, précise Marie-Josée Gaudreau.L’accessibilité n’est donc pas un motif qui permettrait d’expliquer l’accroissement du nombre d'avortements au Québec depuis sa légalisation.La clé du succès de ces pays européens est de toute évidence une éducation sexuelle précoce, et ce, autant au sein de la famille qu’à l’école dès la maternelle.«Dans ces pays, les condoms sont disponibles au sein des familles et dans les écoles, souligne le Dr Gaudreau.Les infirmières distribuent les moyens de ¦mtracebtion.L'accès facile aux contraceptifs et au counseling contraceptif réduit la culpabilité associée au comportement sexuel.Ainsi, un jeune qui se sent moins coupable d’être sexuellement actif sera beaucoup plus disposé à aller se chercher un contraceptif.» I>es médecins québécois réclament aussi la gratuité totale et une meilleure accessibilité à la -pilule du lendemain», dénommée plus justement «nouvelle contraception d’urgence» ou «plan B».«Ce médicament se prend immédiatement après une relation sexuelle non protégée.S'il est absorbé dans les 24 heures qui suivent le rapport sexuel, son efficacité s'élève à 95 %, alors qu’après cinq jours,, celle-ci n’est plus que de 45 %», précise le Dr Édith Guilbert, médecin à l’Institut national de santé publique du Québec.«La pilule du lendemain constitue une excellente avenue pour prévenir des grossesses non désirées, affirme Marie-Josée Gaudreau.Son accessibilité est toutefois grandement liée aux infirmières en planning, qui sont de moins en moins présentes élans les écoles.Bien que cette contraception d’urgence soit remboursée par l’assuran-ce-médicaments, il faut néanmoins payer la consultation du pharmacien, qui peut s’élever à 45 $.Pour éviter ces coûts, les jeunes doivent obtenir une ordonnance d’un médecin, une démarche qui implique souvent un délai, délai qui compromet l’efficacité de cette contraception d'urgence.» Voir autre texte page B 2 Des chiffres contestés JOSÉE BOILEAU LE DEVOIR Il existe plusieurs façons de mesurer le phénomène de l’avortement.Ui plus spectaculaire est la moins utilisée par les spécialistes: c’est celle qui comptabilise le nombre d’avor-terpents pour J(X) naissances.A ce jeu, et si on fait exception des anciens pays de l'Est, où l’avortement sert carrément de moyen de contraception (ainsi, en Russie, en Roumanie, en Bulgarie, en Estonie et en Lettonie, il y a plus d’avortements que de naissances), le Québec est champion.Avec un taux de 38,8 avortemeqts pour KM) naissances en 2001, il devance les Etats-Unis, la France, le Japon, l’Angleterre — qui avait des taux situés entre 26 et 35 pour 100 naissances en 1997 — et largement l’Allemagne (à 16) ou les Pays-Bas (à 12).Mais il y a distorsion, soulignent les démographes.Le Québec est ici victime de son taux de natalité, l’un des plus faibles du monde industrialisé.Si la comparaison se base sur les naissances, le Québec part perdant.Le milieu de la santé utilise donc davantage le taux d’avortements pour 1000 femmes âgées de 15 à 44 ans.En 2001, au Québec, ce taux était de 17,9, contre 17,6 un an plus tôt.En comparaison, il était de 22 pour 1000 femmes aux Etats-Unis en 1997 (le taux québécois était de 17 cette année-là).«On peut donc conclure que le recours à l’interruption volontaire de grossesse est plus important aux Etats-Unis», note l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) dans son étude, tout juste rendue publique, sur la situation démographique du Québec en 2001.L’indicateur le plus intéressant — et le plus négligé — est toutefois l’indice synthétique des interruptions volontaires de grossesse, affirme le démographe Louis Duchesne, de l’ISQ.Il indique combien d’avortements les femmes d’une génération donnée auront au cours de leur vie.Depuis 1998, cet indice est de 0,57 % au Québec — soit 57 avortements par génération de 100 femmes (ce qui ne signifie pas que 57 femmes de cette génération se feront avorter puisqu’une même femme peut avoir plus d’un avortement).Dans les années 80, l’indice était à 0,26 % — moitié moins qu'aujourdTiui.Mais même à ce chapitre, le Québec n'occupe pas la tète du classement.En comparaison, VOIR PAGE B 2: CHIFFRES L’éducation sexuelle est déficiente et trop tardive au Québec B 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 25 ET DI M ANCHE 26 JANVIER 2 O O S PERSPECTIVES Jean Dion ?11 ' u’est-ce qu’on fait quand les sujets s’envolent les uns après les autres?On fait comme d’habitude: on prend quelque chose d’autre,"et on fait semblant que c’est ce qu’on avait choisi en premier.C’est un vieux truc, tous les médias font ça.Prenez un bulletin de nouvelles du dimanche: vous y trouverez toutes sortes d’affaires que vous ne verriez jamais un mardi.Des informations internationales, par exemple.L’avez-vous remarqué, le monde est plus monde la fin de semaine.Plus consistant, plus urgent.Il est vrai qu’en congé, on a plus de temps pour s’occuper de la famine en Afrique, et la régler.Donc, j’avais comme premier sujet un dossier important: Théodore ou Hackett devant la cage de nos Canadiens à l’occasion d’un week-end de huit points?Vous riez, mais cela se demande tout à fait Cherchez les plus grosses cotes d’écoute, vous les trouverez d’ailleurs en train de se poser la question, juste après avoir réglé le problème de la famine en Afrique.Le guerrier a droit à un petit repos de temps à autre.Et puis voilà qu’ils te me vous expédient Hackett au Boston.Chnoute.Comme deuxième élément, j’avais retenu Raël.Personnellement je le trouve fort divertissant, Raël.Son nom est un peu banal, trop proche de Raël Gi-guère; à sa place, pour bien illustrer les enjeux, j’aurais plutôt fondé un groupement religieux appelé Les Oraliens, et je me serais appelé Oral.Mais bon, il est fort divertissant.Vous, vous pensez qu’il est dangereux et qu’il exploite la crédulité des gens.Mais vous ne vous demandez pas pourquoi les gens sont si crédules, ni ce que vous pourriez faire pour qu’ils le soient moins.Vous connaissez votre signe du zodiaque mieux que votre groupe sanguin, mais c’est juste pour le fun, vous dites qu’il faut respecter ceux qui croient qu’un type a marché sur les eaux il y a 2000 ans (tel que narré par des gens qui ne l’ont jamais vu ni connu) ou que 72 vierges les attendent au paradis, mais les extraterrestres, c’est un peu fort de café cognac.Trop récent.Pas assez de preuves.Vous n’exigez pas toujours de preuves pour croire à quelque chose, loin s’en faut, mais là, oui.?Vraiment, Raël est divertissant.Les médias l’aiment parce que ce qu’il dit est gros et facile à comprendre.Quand c’est compliqué, ça se case mal en trois minutes avant de passer à la météo et aux numéros gagnants du Banco (le 2, le 4, le 9, le 11, le 14, le 22, le 25, le 26, le 27, le 30, le 32, le 36, le 37, le 39, le 42, le 44, le 47, le 49, le 51, le 52, le 56, le 57, le 59, le 60, le 61, le 63, le 64, le 68, le 70, le 74, le 81, le 88, le 93.le 94, le 101, le 104, le 116, le 122, le 130, le 131, le 135, le 138, le 279, le 498, le 601, le 1276, le 14 702, le a, le cube de 10 145, le nombre d'Avogadro, et en cas de disparité entre cette liste et la liste officielle de Loto-Québec, arrangez-vous avec vos troubles).(D’ailleurs, si vous m’autorisez une petite parenthèse, mille fois ne sont pas coutume, je détiens en ce moment même un carton d'allumettes gracieuseté, et je cite au texte, de «La ligne ontarienne d'aide sur le jue problématique», 1-888-2303505.Juré, je vous le reproduirais dans cette page si ça ne coûtait pas si cher et si ça n'enlevait pas de la place aux propos denses et fluides.Question d’examen: en 30 000 mots ou plus, étayez votre position sur le jue problématique.) C’est facile à comprendre, et cela rend le scandale aisé.Du reste, il faudrait calculer le temps passé dans les médias à discuter du fait qu’il ne faudrait pas parler de Raël.Excellent sujet de chronique, au demeurant: discuter du fait que les médias passent un temps considérable à discuter du fait qu’il ne faudrait peut-être pas discuter de Raël.J’avais même un sacré plan: me rendre sur l’autoroute 10, direction Sherbrooke, constater de visu la présence d’affiches touristiques officielles du gouvernement du Québec annonçant le chemin à prendre pour aller à UFOland, le musée intergalactique des raéliens élohimement inspiré (le plus grand bâtiment au monde entièrement fait de bottes de paille, soit dit en passant, à l’encontre des vrais ovnis qui, eux, sont faits de briques lego) situé près de Valcourt ?Car si l'Etat donne son imprimatur aux Martiens jusqu’à guider vers eux le conducteur égaré en quête de sens, qui serions-nous pour douter qu’ils nous ont créés en laboratoire à l'aide d'un becher, d’un erlen-meyer, d'un bec benzène et d’une pipette graduée?Ne reculant devant aucuns frais, d’autant plus que j'avais déjà provoqué des économies substantielles en ne faisant pas reproduire le carton d’allumettes, j’ai donc loué un char et me suis rendu sur place.Mais les affiches n'y sont plus.Rechnoute.Encore un sujet qui fout le camp.Je me suis donc tourné vers la téléréalité, le phé nomène de l’heure qui démontre, si on en croit une étude extrêmement sérieuse réalisée aux Etats-Unis, que le spectacle qui régale le plus Yhomo sapiens sapiens sapiens de début de troisième millénaire n'est pas la violence, ni le ail, ni des veudettes qui font du karaoké imbécile le vendredi soir sur les ondes publiques qu’on paie avec nos taxes, mais l’étalement de l’embarras des autres.U' tout trouvera d’ailleurs son point culminant dans l’épilogue de la série Joe Millionaire, au réseau Fox, où 15 femmes s’entre-bit-chent d’aplomb pour obtenir les faveurs d’un gars qui prétend vivre dans un château en France et posséder un pécule dans les huit chiffres à la gauche du point mais qui, dans les faits, est un ouvrier de la construction dont le salaire annuel est de 19 000 $.Le clou sera donc d’apercevoir en énorme plan le visage de la gagnante lorsqu’elle apprendra que, et de voir si elle l’aimera pareil, mais peut-être juste comme ami.Puis la réalité, la vraie, m'a rattrapé.Quelque temps après Joe Millionaire, ils ont annoncé que la direction de la Commission des droits humains des Nations unies venait d’être confiée à la libye.J’ai eu souvenance qu’il y a une vingtaine d’années, le colonel Kha-dafi était grosso modo pour Reagan ce que Saddam H.est aujourd’hui pour Bush.Et j'ai pensé qu’il fallait attendre l’autorisation de ces mêmes Nations unies pour savoir si nous devions aller en guerre.Je ne comprends pas tout le temps tout.jdionfà'ledei'oir.com «¦> làtf iàM y / x % ¦ .PRESSE CANADIENNE Les premiers ministres Gary Doer du Manitoba, Bernard Landry du Québec, Ralph Klein de l’Alberta, Roger Grimes de Terre-Neuve et Ernie Eves de l’Ontario se sont salués après leur rencontre.Le secteur de la santé Un consensus.pour négocier Les premiers ministres rencontreront Chrétien le 5 février ROBERT DUTRISAC LE DEVOIR Aussi ferme envers Ottawa qu’apparaisse le consensus sur le financement des soins de santé dégagé lors de la conférence des premiers ministres des provinces et territoires, jeudi à Toronto, il ne s’agit que d’une position de négociations, ni plus ni moins.Le 5 février, en fin de journée, l’entente qui devrait se retrouver sur la table, après les discussions avec le premier ministre Jean Chrétien, risque d’être bien différente.Au secrétariat des Affaires intergouvemementales canadiennes à Québec, on se montre tout de même satisfait du consensus obtenu, tout comme des positions exprimées par les premiers ministres derrière les portes closes.Le consensus est «assez solide», assure-t-on.On s’attend à ce que les fédéraux sondent le terrain la semaine prochaine pour savoir jusqu’où certaines provinces sont prêtes à aller au chapitre de l’imputabilité.En ce qui a trait au montant que le gouvernement fédéral entend verser aux provinces pour la santé, on croit que Jean Chrétien gardera cet atout dans sa manche pour le jour de la conférence.L’enjeu des négociations, le trade-off, comme disent les négociateurs, se situe entre l’argent frais et les conditions «nationales» de reddition de comptes.Plus le montant consenti aux provinces se rapprochera de leur cible de sept mil- liards de plus par année pendant cinq ans — on parle maintenant de 35 milliards au bas mot —, plus les provinces, à l’exception notoire du Québec et peut-être de l’Alberta, seront tentées d’accepter les règles d’imputabilité d’Ottawa Si l’offre financière de M.Chrétien devait apparaître ridicule aux yeux des premiers ministres provinciaux — deux ou trois milliards, par exemple —, ceux-ci pourraient quitter la table.Mais le prix politique à payer serait élevé.Au Canada anglais, les premiers ministres provin- A Québec ciaux marchent sur une gla- ^ ’ ce bien mince.L’opinion pu- on se montre blique ne s’oppose pas à ce que le fédéral mette son nez tout dans la santé: comme dans d’autres domaines, elle n’a de même cure du respect des compé- , tences constitutionnelles.satisfait du Hier, dims le National Post, le chroniqueur Paul Wells don- consensus nait le ton: les premiers ministres des provinces sont autant d’idiots du village futiles et chicaniers.La raison est derrière le grand frère d’Ottawa, bienveillant et omniscient, et Jean Chrétien a la stature et l’esprit d’un Winston Churchill.Au Québec, un sondage publié récemment dans Le Devoir indiquait qu’une majorité de Québécois estime que le fédéral n’a rien à faire dans le domaine de la santé.Mais près des deux tiers d’entre eux ne veulent pas partir en guerre: Québec doit accepter l’argent même si celui-ci est lié à des conditions.Dans la proposition soumise aux premiers ministres par la ministre fédérale de la Santé, Anne Mclellan, Ottawa souhaite créer un comité-conseil — la présidence en serait confiée à nul autre que Roy Romanow, chuchote-t-on — afin d’évaluer la prestation des soins de santé par les provinces.Les premiers ministres ne veulent rien savoir de ce nouvel organisme, formé de non-élus et de personnes qui sont partie prenante des réseaux de soins de santé, comme les représentants des médecins et des infirmières, qui viendrait casser du sucre sur leur dos.Drapé de crédibilité, ce comité indépendant ne manquerait pas de discréditer les gouvernements provinciaux appelés à gérer des ressources limitées pour répondre à une demande qui, elle, est sans limites.Ils ont déjà un avant-goût du traitement qui leur serait réservé avec les dénonciations de l’Association médicale canadienne, qui fait le jeu d’Ottawa.Les indicateurs En septembre 2000, les provinces se sont engagées à publier ensemble un rapport annuel sur les systèmes de soins de santé.Le premier rapport interprovincial, rendu public en septembre 2002, comportait 14 indicateurs sociosanitaires (état de santé de la po pulation, délais d’attente, par exemple), autant de données comparables.A l’heure actuelle, les provinces travaillent à concevoir une soixantaine d’indicateurs supplémentaires afin de produire un portrait comparatif complet et fidèle des réseaux de la santé au pays.Dans sa proposition, Anne McLellan a élaboré une nouvelle liste d’indicateurs.Nombre d’entre eux ne posent pas de problème: ils sont déjà colligés par les provinces ou sont en voie de l’être.D’autres indicateurs versent dans le micro-management des réseaux et apparaissent acceptables.Les provinces estiment qu’elles sont en mesure d’assurer une reddition de comptes adéquate.A l’exception du Québec, elles ont accepté de fournir à Ottawa les détails sur l’achat d’équipement médical, par exemple.Québec se contente d’acheminer des données financières qui confirment que l’argent a bel et bien été dépensé.Cette reddition de comptes a déjà joué un mauvais tour au Nouveau-Brunswick: son ministère de la Santé a fourni la liste des achats d’équipement de son réseau de la santé, liste où figuraient des tondeuses.Alimentés par Ottawa, les médias en ont fait un scandale.Or il s’agissait de l’ensemble de ses immobilisations en matière de santé, non pas uniquement l’équipement médical à proprement parler.Les hôpitaux doivent aussi entretenir leur pelouse.Un choix avant sept semaines Avortement médical ou chirurgical ?PAULINE GRAVEL LE DEVOIR Une femme qui envisage d’interrompre une grossesse* non désirée pourra opter pour un avortement médical ou un avortement chirurgical.Elle n’aura toutefois la possibilité de faire ce choix que si elle se présente dans une clinique avant sept semaines de grossesse.L’avortement médical, qui s'effectue pim l'administration de médicaments, ne peut en effet être pratiqué après sept semaines de gestation, soit 49 jours après le début des dernières menstruations.le médicament qu'on injecte est le méthotrexate, une substance qui interrompt la grossesse en bloquant la prolifération des cellules embryonnaires.En raison de sa capacité à suspendre la synthèse de l’acide folique, qui participe à la multiplication cellulaire, le méthotrexate est également employé pour le traitement de maladies comme le cancer et le psoriasis, souligne le Dr Mariejosée Gaudreau.médecin à la Clinique médicale Fémina.Ce médicament ne parvient toutefois pas à stopper le développement embryonnaire si la grossesse est trop avancée, comme c’est le cas après sept semaines.les médecins québécois espèrent par ailleurs avoir accès à la pilule abortive RU 486, reconnue pour être plus effica- Les médecins espèrent avoir accès à la pilule abortive RU 486 ce que le méthotrexate.Le RU 486 est en fait un antiprogestérone qui contrecarre l'action des hormones de grossesse.Bjen que le RU 486 soit autorisé tant aux Etats-Unis que dans divers pays européens comme la France et la Belgique, le Canada n’en a toujours pas permis la commercialisation.L’avortement médical semble peut-être plus naturel et moins invasif, mais il nécessite des prises de sang pour doser les hormones et requiert au moins deux visites.Il peut provoquer des saignements plus abondants, plus longs et plus douloureux que l’avortement chirurgical.Avec un taux de réussite de 95 %, il est également un peu moins efficace que ce dernier.«Si la patiente se retrouve parmi les 5 % de cas qui ont échoué, il faut alors procéder à un traitement chirurgical car les médicaments qui lui ont été préalablement administrés sont tératogènes et, de ce fait, très nocifs pour l'embryon», explique le Dr Gaudreau.L'avortement médical est particulièrement indiqué pour les femmes qui ont peur de la chirurgie ou qui présentent une anomalie utérine.Chirurgical Même s’il s’agit d'une procédure plus invasive, l’avortement chirurgical a par contre l’avantage de pouvoir être pratiqué jusqu'à la 21' semaine de grossesse.De plus, son taux de succès atteint les 99 %.La technique consiste d’abord à dilater le col de l'utérus afin de faciliter l'insertion d'un tube relié à un appareil qui aspire doucement les tissus de conception à l’intérieur de l’utérus.Pour prévenir les douleurs, les médecins procèdent généralement à une anesthésie locale du col de l'utérus ainsi qu’à une injection intraveineuse destinée à induire une légère sédation, qui réduira la douleur en agissant sur l’état de conscience de la patiente, celle-ci demeurant néanmoins éveillée etconsciente.Puisque la procédure est simple, les complications sont rares et ne dépassent pas 1 % des cas lorsque l'intervention est faite durant le premier trimestre de gestation.Ces complications peuvent prendre la forme d’une infection, d’une hémorragie, d'une perforation de l’utérus ou d'une rétention de tissus associés au foetus à l'intérieur de l'utérus.«Plus l'ai
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