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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2003-02-08, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE D FÉVRIER 2 O O S YOLANDE VILLEMAIRE Au sommet de son art Page F 4 W»jfFf f DE VISU Quatre jeunes artistes exposent Page F 8 - LE DEVOIR ?I PETER ANDREWS ¦ t mm La question irakienne JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Les occasiops font parfois les faucons.A la guerre comme dans le commerce.Plus de 150 000 soldats américains, quatre porte-avions et des centaines d’appareils qui menacent un petit dictateur, cela suscite la parution de livres de circonstance, La Guerre des Bush, œuvre d’Eric Laurent, un «grand reporter», a été écrit et imprimé dans l’urgence de l’actualité, de part et d’autre de l’Atlantique.Précisons d’emblée ce que le communiqué de presse et la quatrième de couverture n’indiquent pas: Eric Laurent est le directeur littéraire cljez Plon, la maison qui le publie.A cette enseigne, Laurent a d’ailleurs déjà donné à lire des livres plutôt hagiographiques de certains chefs d’Etat pour le moins controversés: Henri Konan Bédié et Hassan H.Mais son nouveau livre permet en particulier de découvrir un peu mieux la femil-le Bush.Notamment le grand-père, Prescott Bush, qui, entre deux parties de golf avec le président américain du temps, n'hésitait pas à mener des affaires en or avec le régime nazi.George Bush père continuera les affaires, sera patron de la CIA puis président des Etats-Unis dans le sillage de Reagan.On connaît à peu près la suite: un fils, aussi peu doué pour les affaires que pour les relations internationales, succède à son père grâce à une élection qui tient davantage de la comédie que de la démocratie.Cependant, sait-on à quel point sont complexes les rapports qui se dessinent, à partir des années 80, entre industriels et politiques américains et irakiens?Washington consent alors des prêts fabuleux à l’Irak, en principe pour acheter du matériel agricole.Parmi le matériel américain acheminé à l’Irak, on note 60 hélicoptères Hughes et des hélicoptères Bell •équipés pour asperger les récoltes».Dans les deux cas, «i7 suffisait de quelques heures pour les transformer en engins de guerre».Comment expliquer qu’entre février 1985 et le 28 novembre 1989, au moins 61 livraisons de cultures biologiques furent faites par des laboratoires américains au régime VOIR PAGE F 2: IRAK Oui, le secrétaire à la Défense d’hier, Donald Rumsfeld, armait Saddam SOURCE: HARPER ET COLLINS Le théâtre intime Au mois de juin dernier s’éteignait dans sa résidence de Provence le romancier canadien-anglais Timothy Findley, à l’âge de 72 ans.Un an plus tôt, son dernier roman, Spadework, une histoire intime avec comme toile de fond le Festival de théâtre de Stratford, en Ontario, où Findley a joué et été joué, paraissait chez Harper et Collins.Le livre, dans sa traduction française, s’intitule Les Robes bleues.Il parait ces jours-ci, en France et au Québec, aux Éditions du Serpent à plumes.Théâtre intime d’un grand écrivain.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Pour ses proches, l’homme s’appelait Tiff, un acronyme réunissant les initiales de son nom: Timothy Irving Frederic Fmdley.En entrevue, Timothy Fmdley a souvent dit que c’est son premier métier d’acteur qui lui avait fourni les meilleures armes pour devenir écrivain.«À travers le métier d’acteur, disait-il, j’ai fait l’apprentissage de la langue, de la structure, de la cadence, du rythme, de la façon de faire monter la tension.» Aussi, toute l’intrigue des Robes bleues se déroule autour d’un acteur, Griff Kincaid, bel homme talentueux et ambitieux.Marié et père d’un enfant.Griff subit les avances d’un metteur en scène qui réclame que Griff couche avec lui avant de lui offrir une brochette de premiers rôles.Comme d’habitude dans les romans de Fmdley, on retrouve ici certains échos de la véritable existence de Fmdley et de ses débuts comme acteur.•Dans un sens, ce livre survient comme la fermeture d’une boucle», dit, joint en Provence, le documentariste Bill Whitehead, lui-même acteur de formation, qui fut le conjoint de Timothy Fmdley durant plus de quarante ans et qui fut aussi son agent C’est au moment de la fondation du théâtre de Stratford, en 1953, que le jeune Timothy Findley a fait ses débuts sur les planches comme comédien.Le festival, fondé par le journaliste John Patterson, était alors conçu pour se consacrer exclusivement aux œuvres de Shakespeare.Entre les pages des Robes bleues, on retrouve cette ambiance inimitable de décor et de costumes, de trac et de performance, de rencontres de comédiens tard le soir après les représentations, dans de petits établissements, qui refait surface dans la mémoire de l’auteur.Comme pour retourner à ces sources, Fmdley et Whitehead ont d’ailleurs vendu en 1998 leur ferme en Ontario pour s’installer dans un condominium à Stratford.•En fait, cette ville, telle qu’elle est décrite dans le livre, est double.Ry ale Stratford qui se concentre autour du festival et il y a celui qui se regroupe autour des usines, explique White-head en entrevue.Et le Stratford des usines n’apprécie pas les gens du festival.R croit que les gens du théâtre sont une bande d’homosexuels, ce qui n’est pas vrai!» Le Stratford décrit dans Les Robes bleues, c’est aussi celui qui observait les démêlés de l'ancien président des États-Unis, Bill Clinton, avec sa maîtresse, Monica Lewinski.Et Findley en profite, par moments, pour aborder la question de l’identité canadienpe, devant celle, pourtant omniprésente, des États-Unis.•Sa fuite, écrit-il au sujet du personnage de Jane, une Américaine d’origine vivant à Stratford, l’avait amenée dans cette autre culture dont elle avait tant entendu parler pendant les années troublées de la guerre du Vietnam — cette autre culture du continent nord-américain, bien que les Américains n’hésitent pas à affirmer qu’il n’y a pas de culture “là-haut”, au Canada, et encore moins une culture propre aux Canadiens.» Fmdley a aussi abordé le thème de l’ambition, de ce qu’elle nous porte à faire, de ce qu’elle nous refuse aussi.•Au cours de ses premières années en tant qu’acteur, il avait effectivement subi des avances d’un grand metteur en scène européen, raconte Whitehead à ce sujet R avait résisté à ses avances, ne voulant devoir son succès qu’à son véritable talent.(.] Mais il s'est souvent demandé ce qu’il serait survenu s’il avait accepté, ou si ses pressions avaient été exercées sur quelqu'un qui n’était pas homosexuel.» VOIR PAGE F 2: FINDLEY I L K DEVOIR.LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 FÉVRIER 2 0 0 3 F 2 -•• Livres •* IRAK SUITE DE LA PAGE E 1 de Saddam Hussein?Parmi ces envois, on comptait 19 conteneurs de bactéries de l’anthrax.Lorsque, le 16 mars 1988, le régime de Saddam massacre des milliers de Kurdes grâce à des armes biologiques, Bush père ne s’indigne pas.11 va même presque aussitôt encourager d’autres prêts en faveur du régime, alors que tout indique et que chacun sait fort bien que cet argent est détourné à des fins militaires.Oui, le secrétaire à la Défense d’hier, Donald Rumsfeld, armait Saddam.Et le secrétaire à la Défense d’aujourd’hui, Donald Rumsfeld, trouve que Saddam est trop armé.Que représenterait donc, sur le plan humain, une nouvelle guerre contre l’Irak, guerre menée à peu près par les mêmes ac-teurç qu’il y a une décennie?Selon Eric Laurent, lors de la guerre du Golfe, les forces alliées ont largué en une seule semaine sur l’Irak «deux fois plus de bombes que sur toute l’Allemagne durant la totalité de l’année 1944».Les Américains laissent entendre, par le truchement du New York Times, que la nouvelle campagne donnerait lieu à des bombardement dix fois plus soutenus que ceux de 1991.Le discours américain aspire néanmoins à donner un aspect éthique à l’horreur des bombardements, comme le confirmait justement le New York Times la semaine dernière: «Les États-Unis voulant aider à reconstruire l'Irak rapidement après tout conflit, la campagne aérienne a pour but de limiter les dégâts infli- gés aux infrastructures et aux victimes civiles.» Plus de bombes, plus d’aide?Si ce nouveau livre d’Éric Laurent sent à plein nez la recette commerciale du «dossier secret» et autres «livres noirs» pour gogos, il n’en demeure pas moins intéressant, voire recom-ijiandable.Après tout, Eric Laurent ne s’intéresse pas à au Moyen-Orient .depuis hier.Avec Pierre Salinger, il a publié, en 1990, un intéressant dossier sur la guerre du Golfe (chez Olivier Orban).Mais en même temps, on ne saurait trop recommander de lire mieux, beaucoup mieux.Parmi les nouveautés sur ce sujet brûlant et capital, notons La Question irakienne, de Pierre-Jean Luizard.Plus posé, plus documenté, mieux assuré, ce livre apparaît de meilleur conseil pour qui souhaite aller plus loin que les «révélations» et la relation de l’histoire au quotidien qu’offre le travail d’Eric Laurent On n’y échappe pas: pour mieux comprendre la fixation quasi névrotique des Bush sur l’Irak, il faut lire.IA GUERRE DES BUSH Les secrets inavouables d’un conflit Éric Laurent Plon Paris, 2003 LA QUESTION IRAKIENNE Pierre-Jean Luizard Fayard Paris, 2003 F-;-:- ( , JÏStf; -iÉ George W.Bush le baromètre du livre au Québec Palmarès Renaud du 29 janvier au 4 février 2003 1 Actualité P-J.LUIZARD Fayard 3 2 Polar J.-C.ORANGÉ Albin Michel 2 3 Essais LES NOUVEAUX MAÎTRES DU MONDE V J.ZIEGLER Fayard 14 4 Roman JE NE SAIS PAS COMMENT ELLE FAIT A.PEARSON Plon 7 5 Psychologie LES VILAINS PETITS CANARDS V B.CYRULNIK Odile Jacob 110 6 Roman Qc LIFE OF PI V Booker Prize 2002 Y.MARTEL Vintage Canada 15 7 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?V J.SPENCER Michel Lafon 110 8 Roman LE PIANISTE V W.SZPILMAN Robert Laffont 101 9 Spiritualité LE POUVOIR OU MOMENT PRÉSENT V E.TOLLE Ariane 122 10 Roman R.SARDOU XOéd.12 11 Psychologie CESSEZ D'ÊTRE GENTIL, SOYEZ VRAI ! V T.D'ANSEMBOURG L'Homme 108 12 Santé ET SI ÇA VENAIT DU VENTRE ?P PALLARDY Robert Laffont 25 13 Psychologie LA PART D'OMBRE DU CHERCHEUR DE LUMIÈRE D.FORD du Roseau 4 14 Roman 0c CATALINA V G.G0UGE0N Libre Expression 17 1b Psychologie DEMANDEZ ET VOUS RECEVREZ P M0RENCY Transcontinental 14 16 Éducation LES CARRIÈRES D'AVENIR 2003 COLLECTIF Ma Carrière 3 17 Roman Qc UN PEU DE FATIGUE S.BOURGUIGNON Qc Amérique 14 18 Polar LE RESEAU CORNEILLE K E0LLETT Robert Laffont 2 19 Actualité APRÈS L'EMPIRE V E.TODD Gallimard 17 20 Actualité É.LAURENT Plon 1 21 Santé CE QUE 1£S MAUX DE VENTRE DISENT DE NOTRE PASSE G.DEVROEDE Payot 39 22 Biographie ARRÉTE-MOI SI TU PEUX E W.ABAGNALE Stanké 9 23 Cuisine CUISINE VÉGÉTARIENNE V COLLECTIF Marabout 3 24 Biograph.Qc ROBERT PICHÉ AUX COMMANDES DU DESTIN P CAY0UETTE Libre Expression 14 25 Faune LES CHATS NOUS PARLENT DIBRA/RANDOLPH le Jour 4 26 Spiritualité METTRE EN PRATIQUE LE POUVOIR DU MOMENT.E.TOLLE Ariane 40 27 Jeunesse QUATRE FILLES ET UN JEAN V A.BRASHARES Gallimard 33 28 Érotisme Qc ROUGIR UN PEU, BEAUCOUP, PASSIONNÉMENT M.GRAY Guy Saint-Jean 2 29.Roman Qc MEILLEURS CONTES FANTASTIQUES QUÉBÉCOIS COLLECTIF Fides 55 30 Roman LA TACHE ?P ROTH Gallimard 19 31 Psychologie DE L'ESTIME DE SOI A L'ESTIME DU SOI J.M0NB0URQUETTE Novalis 16 32 Roman M0NALDI / SORTI JC Lattès 3 33 Sport GUIDE DES MOUVEMENTS DE MUSCULATION V E DEUVIER Vigot 242 34 Roman Qc UN HOMME ET SON PÉCHÉ C.-H.GRIGNON Stanké 14 35 Jeunesse Qc CHANSONS ET RONDES POUR S'AMUSER (Livre A DC) V H.MAJOR Fides 16 36 Polar LE COFFRE AUX AMES D KHAYAT XOéd.33 37 Roman SANAAQ M.NAPPAALUK Stanké 15 38 Essais Qc LE LIVRE NOIR DU CANADA ANGLAIS, t.2 N.LESTER les Intouchables 12 39 Polar MYSTIC RIVER V D.LEHANE Rivages 42 40 Essais MIKE CONTRE-ATTAQUE ! V M.MOORE Boréal 16 41 Cuisine SUSHIS ET COMPAGNIE V COLLECTIF Marabout 42 42 Polar PARS VITE ET REVIENS TARD V E VARGAS Viviane Hamy 60 43 Nutrition QUATRE GROUPES SANGUINS, QUATRE RÉGIMES P J.D ADAM0 du Roseau 173 44 Histoire UNE HISTOIRE POPULAIRE DES ÉTATS-UNIS V H.ZINN Lux 17 45 B.D.GIR0UD / R0LLIN Glénat 7 V ; Coup de Cœur RB MMBI : Nouvelle entrte Ww a.¦wi.ms aw» nno».J Plus de 1000 Coups de Cœur, pour mieux choisir.24 succursales au Québec Pour commander : 8 tsi ») .02 28 www.renaiid-bray.cc On dit que le coeur a ses raisons, % ¦*L 'I fek >.n^uïïfliavons bien compris.U— FTNDLEY \ A 70 ans, Findley ne sentait plus Vénergie créatrice de ses débuts et se disait frustré des échéanciers fixés par des éditeurs SUITE DE LA PAGE E 1 En fait Timothy Fmdley a déjà dit s’identifier beaucoup au personnage de Jane, la femme esseulée de Griff, qui éprouve pour sa part une attirance sexuelle très forte, très physique aussi, pour un employé de Bell venu réparer sa ligne téléphonique.Dans ce roman, plus que dans les autres romans de Findley, on sent le contact des peaux qui se touchent, l’expérience de fa sueur sur le corps, celle du désir à l’état pur.«Je crois que, dans ce livre, il a travaillé sur le corps, et il est allé plus près que jamais de la description de la sexualité, dit Whitehead.Dans la plupart de ses livres, il traitait de la sexualité en se référant à autre chose et en évoquant des similitudes.Cela le frustrait de ne pas pouvoir la décrire.Et je crois qu’il a beaucoup travaillé là-dessus, mais je ne suis pas sûr qu’il était content du résultat.» Comme certains critiques, Findley a exprimé une certaine insatisfaction envers ce dernier livre, qu’il considérait comme étant «le plus mince» de tous ceux qu’il avait écrits.«Je n’écrirai jamais un autre livre de cette ampleur», avait-U dit d’ailleurs après la parution de Pilgrim, en 1999, livre qui lui a valu, de façon posthume, le prix des libraires pour le meilleur roman étranger, l’été dernier.Roman existentiel, Pligrim raconte l’histoire d’un historien de l'art qui tente de se suicider, mais dont la mort ne veut pas, et qui finira dans le cabinet du psychanalyste Carl Gustav Jung, juste avant que n’éclate la Première Guerre mondiale.Un an plus tôt, La Fille de l’homme au piano, toujours de Findley, plongeait dans l’univers d’une famille ontarienne juste avant la Seconde Guerre mondiale.«Peut-être qu’il n’était pas content de ce livre, en effet», commente Whitehead au sujet des Robes bleues.À 70 ans, dit-il, Findley ne sentait plus l’énergie créatrice de ses débuts et se disait frustré des échéanciers fixés par des éditeurs.Quoi qu’il en soit, Timothy Findley n’a pas cessé d’écrire, jusqu’à 1a fin, jusqu’à cette fracture du pelvis qui devait lui coûter 1a vie.«La veille de cette chute, explique Whitehead, il avait établi le plan de son prochain projet, la mise en scène d’une version des Femmes de Troie, replacée dans le contexte de la guerre de Crimée, au XIX' siècle.» «C’était la première guerre à avoir la couverture des photojournalistes, et dans son idée, le chœur aurait été composé de photqjouma-listes commentant la guerre.» Quand à Whitehead lui-même, il travaille pour 2004 sur une édition d’extraits du journal de voyage de Fmdley, qui s’intitulerait The Journeyman.Sa façon à lui de ne pas laisser tomber le rideau sur l’oeuvre d’une vie.ROBES BLEUES Timothy Fmdley Le Serpent à plumes Paris, 2003,420 pages L’art, maintenant BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR Pour 1a deuxième fois en trois ans, l’historien de l’art Bur-khard Riemschneider et 1a commissaire d’expositiop Uta Grose-nick publient aux Éditions Ta-schen leur répertoire des 137 artistes contemporains considérés comme «les plus influents» ou, du moins, comme ceux ayant émergé ces dernières années sur la scène internationale.Loin d’être un ouvrage qui tente de mettre de l’ordre dans un monde où 1a vitesse est un modus operandi, l’ouvrage est une vitrine qui donne ses quatre pages systématiquement aux 137 artistes choisis (un chiffre semblant aléatoire).Sans chercher à élaborer une syntaxe entre chacun de ses éléments.Art Now reprend la formule de L’Art au tournant de l’an 2000 et pour l’essentiel élabore une liste d’élus, sans mettre en question ou en perspective ces productions autrement que par un bref commentaire, de l’ordre de 1a vignette.Utile, ce genre de publication?Pour qui cherche à se rincer l’œil, oui.L’ouvrage permet, en zappant, de se mettre au diapason de l’art qui fait tourner les têtes dans les grandes manifestations inter- ARTS VISUELS ART NOUU e«OK> lyf IB» « «KJ»**^* USCHFN nationales, que les auteurs viennent cueillir sans plus de discussions, tout en rappelant que le bassin d’artistes considérés était (forcément) plus large au départ.Admirablement illustré mais pas toujours des plus clairs au chapitre de 1a mise en page, Art Now a cru bon de rectifier le tir par rapport à l’édition précédente, tout en se défendant d’être une suite.Peu de Français trouvaient grâce dans l’édition précédente.Dominique Gonzalez-Foerster, Pierre Huyghe, Philippe Parreno, tous de France, accèdent au registre cette fois.Les artistes asiatiques ajoutés vivent dé- sormais aux États-Unis, soit Udomsak Krisanamis et Won Ju lim.Si le précédent titre ne permettait pas de dire que «l’art du XXI' siècle» ne serait pas aux pays latins, fa nouvelle mouture donne de la place à des créateurs mexicains et brésiliens.Comme quoi l’art-qui-se-fait-maintenant peut fluctuer selon ce que je refuse de voir comme un effet de mode, mais à tout le moins selon une manière tributaire des lunettes portées au moment du recrutement des artistes.On se demande comment des gens comme Jeff Koons, par exemple, qui a été influent, peuvent encore y jouer un rôle, lui qui fait figure de grand-père parmi ces jeunots, mais forcément quelques noms ont dû être sacrifiés.C’est le cas du Canadien Stan Douglas, qui n’a pas fait la coupure, selon l’expression sportive.Reste alors Janet Cardiff et Jeff Wall, le duo artistique cana-(Jien désormais incontournable.A consulter comme un Who’s who de l’art contemporain.ART NOW Burkhard Riemschneider et Uta Grosenick Tflcr'hpn Kôln, 2002,638 pages POÉSIE / Echecs et passions DAVID CANTIN Dans les instantanés en prose de Luc LaRochelle, des fragments de vie évoquent l’incertitude humaine à travers ses liens les plus fragiles.Comme un signe du temps, des hommes ainsi que des femmes ne cessent de contourner les obstacles d’une fuite inébranlable.Après Ada regardait vets nulle part (Herbes rouges, 2000), Amours et autres détours met en scène d’autres portraits indsife au fil d’une détresse quotidienne.Cette fois, le désir semble être fa prindpale cause de ces déceptions inattendues.Que de doutes et d’intrigues! «Vous ne me connaissez pas.Alors dites-moi qui vous voulez que je sois.» Ces deux phrases, en guise d’introduction, invitent à découvrir un monde où le lecteur devient peu à peu complice.En l’espace de quelques pages, Luc LaRochelle invente des personnages ainsi que des situations qui dérivent à même l’existence.On croise un insomniaque au ton ironique, un couple dans le déséquilibre éventuel d’une retraite heureuse ou encore un type qui surmonte sa solitude plutôt familière.D’un texte à l’autre, l’écrivain entre immédiatement dans fa vie de ces héros ordinaires.Cet art, où chaque détail compte pour beaucoup, s’intéresse à ce qu’il y a d’intenable dans certaines relations.L’amour devient de la nonchalance, de l’amitié, de la gêne, voire un fantasme à assouvir.Comme dans son recueil précédent, LaRochelle retrace les preuves d’un échec moral.Plutôt sobre, son écriture cherche à rendre les moindres signes d’une détresse souterraine.On s’aperçoit que ces individus se connaissent peu, qu’ils cherchent à disparaître dans les failles du réel.En l’espace de quelques paragraphes, l’auteur imagine souvent une fiction qui s’ouvre sur l’essence même d’un conflit.Par ailleurs, un même dilemme guide ses trajets vers une nonchalance émotive.Quelqu’un souffre, alors qu’un autre abandonne sans raison valable.Dans un registre qui rappelle parfois certaines œuvres de René La-pierre, Amours et autres détours n’arrive pas à convaincre de fa même façon que Ada regardait vers nulle part.Ce deuxième volume de récits demeure trop semblable au premier.De plus, LaRochelle n’atteint pas toujours ce niveau de justesse et de précision qui avait tant séduit au départ Visiblement fa cohérence interne n’est pas à fa hauteur.On finit donc par se demander si l’exercice ne tombe pas, brusquement, dans fa complaisance.Bien sûr, il y a des textes superbes dans ce choix un peu flou.On pense, notamment à cet extrait où une parole s’impose dans sa simplicité fa plus cruciale: «Nous avions joué un match de tennis enfin d’après-midi.Maintenant que la nuit tombait, Julie était assise sur l’un des transats de la véranda, la tête rejetée en arrière, comme pour refaire surface après la baignade dans le lac.Le verre de bière vide, posé par terre à côté d’elle, me faisait craindre le pire: elle allait bientôt rentrer à Montréal, comme prévu.Mais c’était compter sans la chance.Dorage éclata avec une telle violence.» Par contre, on s’attendait à beaucoup plus de 1a part d’un écrivain aussi prometteur.Est-ce un défaut de reprendre le même canevas?Pas du tout sauf que LaRochelle aurait avantage à explorer un terrain un peu plus vaste.AMOURS ET AUTRES DÉTOURS Luc LaRochelle Triptyque Montréal, 2002,121 pages LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Un réel incertain Le dernier roman d’Agustina Bessa-Luis, grande dame des lettres portugaises N AÏ M KATTAN Agustina Bessa-Luis est la grande dame des lettres portugaises contemporaines, auteure d’une cinquantaine de romans dont quelques-uns furent portés à l’écran par le doyen des cinéastes du Portugal, Manoel de Oliveira.C’est à 1a demande de celui-ci qu’elle écrivit Le Principe de l’incertitude afin de créer un rôle pour sa petite-fille, Leonor Baldaque.Dans plusieurs de ses romans, Bessa-Luis dépeint 1a décrépitude d’une aristocratie rurale, classe frappée par le changement politique et surtout par fa transformation technologique et qui traverse son dépérissement dans une quasi-inconsdence.L’action du Principe de l’incertitude se déroule dans le Douro, région viticole dont 1a grande ville est Porto.La romancière nous introduit dans le monde de familles riches ou appauvries.Trois personnages occupent 1a scène: un homme, Antonio Clara, qu’on surnomme Œillet-Rouge, et deux femmes, Camila et Vanessa.Bessa-Luis raconte les réactions de ces personnages face aux bouleversements sociaux.Antonio demeure inerte, sans ambition et sans projet.Les deux femmes s'affrontent, partagent la vie de cet homme et l’utilisent soit comme appui, soit comme prétexte ou paravent.Le passé de Vanessa est obscur.Belle, séduisante, elle fait usage de ses atouts pour construire un empire de bordels, de boîtes de nuit, de salles de jeu, de bars où l’on pratique le commerce des corps et de fa drogue.Elle est entourée d’hommes de main, de gardes du corps, et vit dans un luxe ostentatoire.Antonio est ouvertement son amant, mais elle ne veut pas l’épouser.Celsa, sa mère, se met à la recherche d'une jeune fille honnête et tombe sur Camela.Une beauté dont le père a perdu sa fortune au jeu.Le mariage s'accomplit, une formalité dans l’absence de l’amour et du sexe.Camela y consent pour sortir de fa pauvreté.Vanessa vit dans la même maison et s’allie à l’homme, son amant, pour persécuter 1a jeune femme, qui est affamée et quasiment enfermée.Curieusement, c’est parce qu’elle l’aime et l’admire que Vanessa maltraite Camela.Le mari sert de jouet, d’instrument.Camela, personnage ambigu, mystérieux, se résigne à la souffrance.Ambitieuse, elle aspire à 1a richesse, au luxe, dans 1a proximité desquels elle évolue, qui semblent être à sa portée et dont elle profite parfois, au gré des caprices de Vanessa.Elle subit son sort sans réagir, sans se révolter.On a l’impression qu’elle accepte les bouleversements dont elle est le témoin et souvent l’objet comme des faits inéluctables qui relèvent davantage des mouvements de la nature que de l’action des hommes.Sa force est de persister, de durer.Une des boîtes de Vanessa est la proie des flammes, incendie criminel dont l’une des victimes est Antonio, alors que Vanessa quitte les lieux et part en Espagne.Camila est soupçonnée d’en être l’instigatrice.L’inspecteur de police qui l’interroge est séduit, attiré, en l’absence de tout érotisme, par son impassibilité, sa beauté de glace.Même s’il ne nie pas son innocence, il lui conseille de prendre un avocat Elle suit son avis.La relation avec l’avocat aboutit rapidement au mariage, puis à fa naissance d’un enfant On a l’impression que, pour Camila, le réel se résume à un panorama de lieux, une succession de maisons, de paysages ainsi que d’hommes et de femmes qui traversent son existence sans l’atteindre.Elle est à l’image d’une société condamnée à l’inertie, en train de mourir.La seule suite à son dépérissement est un amoncellement de souvenirs de famille sans lendemain qui s’évanouissent sous le poids de leurs propres fragmentations.Bessa-Luis sait tenir le lecteur en haleine dans le vertige de sentences lapidaires, de jugements à l’emporte-pièce, sans tenir compte de la morale ou de la psychologie, comme si la vie n’obéissait qu’à son propre mouvement, en contradiction avec l’image d'un réel incertain, insaisissable, que l’on subit.Après avoir terminé la lecture du roman, je suis allé voir le film qu’en a tiré Manoel de Oliveira.Le texte est respecté.Cependant, même en perdant une part de leur complexité, de leur substance, les personnages ne gagnent pas en limpidité, demeurent incompréhensibles.On ne peut que louer le cinéaste qui a ainsi évité de réduire cette œuvre si riche à un mélodrame banal.LE PRINCIPE DE L’INCERTITUDE Agustina Bessa-Luis Traduit du portugais par Françoise Debecker-Bardin Éditions Métallié Paris, 2002,311 pages Bessa-Luis sait tenir le lecteur en haleine dans le vertige de sentences lapidaires, de jugements à l’emporte-pièce, sans tenir compte de la morale ou de la psychologie H \ 4 t LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 FEVRIER 2 O O H F «‘"Livres ^- JOURNAL Jasmin le torrentiel , JACQUES GRENIER LE DEVOIR Dans A cœur de jour, Claude Jasmin balance ses jugements avec un entrain qui ne se dément pas.LOUIS CORNELLIER Pendant un an, Claude Jasmin a rédigé et publié quotidiennement, sur Internet, son journal.Lui qui, dans son ouvrage précédent, annonçait sa retraite littéraire, le voilà de nouveau, inspiré, dit-il, par Cocteau et Sellers, à son écran d’écriture, afin de partager son quotidien avec ses lecteurs: •Petits paquets d’annotations légères et, ici et là, affirmations nettes, jugements péremptoires au beau milieu d’innocentes déclarations sur des faits divers qui sont d’une totale banalité parfois.» Le •grand torrentiel» qu’il est — et l’ampleur de ce journal le prouve encore une fois en s’étendant sur plus de 400 pages pour à peine cinq mois — a goûté avec délectation l’expérience du site Internet: «/r n’en reviens toujours pas de ces 600 aimables visiteurs sur mon site web.Cette invention est incroyable, je ne pensais pas vivre une telle expérience sur mes vieux jours.» L’ensemble, il faut le dire, est franchement communicatif.Avec le doigt perpétuellement sur la gâchette, Jasmin se nourrit des actualités littéraires, culturelles et sociopolitiques, balançant ses jugements avec un entrain qui ne se dément pas.•La vie littéraire, confesse-t-il, est la seule grande attraction de [son] existence» et occupe donc beaucoup de place dans ce journal.Dévoreur de livres, il commente ses lectures à l’emporte-pièce et dénonce les travers de l’institution littéraire québécoise.Enragé par le colonialisme de nos médias culturels, qui préfèrent trop souvent ce qui vient d’ailleurs à la production nationale, il se moque aussi, par exemple, des poses d’une Nelly Arcand qui joue la pute effarouchée et profite de la complaisance médiatique.Jasmin a une monomanie: l’écriture de lettres ouvertes aux journaux.Aussi, pendant un an, ce journal a servi de déversoir à ses opinions.Dans un feu roulant de jugements énergiques, le diariste, qui se dit moraliste non moralisateur et fier de l’être, condamne la boxe (•Faut être sauvage, abruti, inconscient, arriéré mental profond — de jeunes gueux exploités par des brutes — pour se cogner à coups de poing sur la tête»), les porno-graphes (il traite, par exemple, Guy A Lepage, auteur d'Un gars, une fille, d'•obsédé sexuel»), la paternaliste idéologie de la charité privée, à laquelle il dit préférer «la redistribution, le socialisme laïque», il dénonce aussi le «racisme inverti» de ses compatriotes («Le raciste ordinaire méprise les étrangers.L’inverti méprise les siens») et plaide en faveur d’une réelle intégration des néo-Québécois: «Quand on se choisit une nouvelle patrie, on s’adapte à ce pays.Point final.Assez de cette tolérance des mous, du racisme inverti qui ferait qu’on s’écraserait sans cesse devant la visite en se niant.Ouf!» Au passage, il souligne aussi son appréciation critique du travail d’un Pierre Foglia et prend la défense de Denise Bombardier «D’où peut venir cette haine chez tant de chroniqueurs face à Denise B.?Mystère! On engraisse ainsi une mode niaise.Cette femme délurée au verbe tranchant, iljaut lui rabattre le caquet?Pourquoi?Il y a pire, non?» Sûr de lui mais jamais vaniteux.Jasmin reconnaît ses faiblesses («Que de fautes, monsieur l’écrivain!»), mais reste un ardent promoteur de l’estime de soi qui porte en elle, répète-t-il à plusieurs reprises, la clé du bonheur.C’est un homme heureux, oui, et un écrivain enthousiaste et pudique (ses amours privées y sont, mais discrètes) qui signe ce journal enlevé.A cœur de jour, Jasmin est souvent léger et brouillon, mais toujours roboratif louiscomellier ( Ensemble : 29,95 $ On frappe à ta porte On te propose de vivre mieux ce n’est pas si simple et le froid insiste clinquant comme un gadget Alvaro Faleiros Latitudes : 9 poètes du Québec Édition bilingue français-portugais 138 pages - 19,95 $ Fbèmes de G Amyot, M.Beauieu, R Bélanger, J.Brault, H.Donon, L Difjré, R C.Maienfant, R Nepveu et M.Uguay.Choix et traduction d'Alvaro Faleiroe Préface de Pierre Nepveu ÉDITIONS DU NOROIT 30 ans de poésie www.lenoroit.com Fabienne Cliff Le roman savoureux d’un village gaspesien Par l’autcure de la trilogie l e royaume de mon père roman • 224 |>.• 21,95 % vlb éditeur g www.edvlb.com kww t S f I K DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE » FÉVRIER 2 0 0 3 F 4 W ITTERATURE ’ ROMAN QUÉBÉCOIS Femme étrange en pays étranger On essaierait de vous faire croire que l’Amsterdam d’aujourd’hui, tous les Pays-Bas et, à vrai dire, toute la Terre sont peuplés d’amazones et de centaures que vous auriez des doutes.C’est pourtant écrit en toutes lettres dans le roman de Yolande Villemaire, et j’en suis désormais convaincu.Tel est le pouvoir de persuasion des mots lorsqu’ils deviennent de la littérature.La Déferlante d'Amsterdam est un tout petit livre qui se donne pourtant, au départ, des allures de simple carte postale.Une femme, artiste-peintre, séjourne à Amsterdam, dans la maison que lui a prêtée une collègue.Miliana Tremblay — on remarquera le prénom improbable — prépare une exposition dont le thème — ou le titre — sera Amazones des cités: des portraits de femmes de tous âges dont elle ne précise pas la manière ni le style.Les hommes, eux, feront peut-être l'objet d’une autre exposition, intitulée Centaures et poètes.C’est ainsi que seront le plus souvent désignés par Miliana les femmes et les hommes bien «réels» qu’elle va croiser ou fréquenter lors de son séjour aux Pays-Bas.Ils ont cependant bien peu des attributs des amazones et des centaures, ces gens de tous les âges et de toutes les conditions, apparemment ordinaires pour la plupart, enfants, adultes, vieillards, aperçus seuls, en couple ou en famille.Elle les observe à la dérobée, note une silhouette ou tente de deviner leurs rapports avec une minutie ; discrète.Elle a le regard d’une artiste qui se garde d’inventer une existence à des gens qui en sont déjà tout pleins.Elle les voit parfois «comme des taches de couleur».Aperçus ainsi, «un petit garçon qui s’appelle Lucas [qui] joue du tambourin tandis que sa sœur, les cheveux brillants de lumière, les joues rouges, essuie ses mains collantes sur son anorak rubis».Robert Chartrand ?Miliana fait provision de ces «tableaux vivants», brefs, très réussis, de personnes ou de ces intérieurs néerlandais quasi transparents, où circule la lumière comme pour prouver qu’on n’a rien à cacher.Les Pays-Bas décrits par la narratrice de Villemaire sont à la fois proches de leur stéréotype et étrangement envoûtants.Le pays, villes et campagnes comprises, est souvent idéalisé: les paysages sont magnifiques, la lumière dans ses tonalités chatoyantes ne manque pas de consoler.Miliana, d’un jour à l’autre, s’émerveille à la vue d’Amsterdam, «de l’intelligence collective de cette ville pétillante de vie et de soleil où chaque enfant blond niché à l’arrière d'une bicyclette exulte de santé, où les gens se rassemblent à la tombée du jour pour prendre l'apéro dans les cafés bruns ou dans les cafés blancs, le long des canaux miroitant de lumières, heureux de vivre, jamais pressés».Mais pourquoi cette image idyllique d’une ville, d’un pays, de la part d’une femme qui, manifestement, en a vu bien d’autres?Qu’a-t-elle à s’extasier pour une langue dont elle dit dès le début que son étrangeté «l’amuse infiniment», à s’émouvoir à l’écoute de poèmes qu’elle a peine à comprendre?Cette fascination pour un ailleurs à portée de regard dissimule-t-elle un «ici», une identité qu’elle a tenté de fuir?On le saura, mais en partie seulement.Car ce personnage de femme, par pudeur sans doute, répugne à se confier.Elle est Québécoise d’origine, Montagnaise par sa mère qu’elle n’a pas connue.Lors d’une des nombreuses soirées auxquelles elle assiste, elle dira simplement que son identité est., «shifting».Quoi d’autre sur cette femme sans passé précis, indifférente à ses attaches identitaires?L’essentiel, peut-être, auquel elle fait allusion de loin en loin, avec réticence: le souvenir d’un homme, Dra-gan — centaure et dragon?—, qu’elle semble fuir par peur de trop s’attacher à lui, et cet enfant dont elle est enceinte, et qui est de lui.Artiste de métier, femme libre, voyageuse avertie, voici que Miliana révèle, à mi-mots, ce qu’on pourrait appeler son être intime, où se déroule une lutte sourde, celle d’une femme qui répugne à la soumission dans les rapports amoureux et qui a peine à consentir à la maternité.On devinera par ailleurs qu’elle a voulu se suicider quand l’amie qui lui prête sa maison l’implorera au téléphone, depuis New York, de ne pas «recommencer».Et, pudeur oblige, elle ne dévoilera pas la teneur d’une injure que lui a faite un artiste de sa connaissance.Il faut lire ce personnage de femme — y compris entre les lignes —, et c'est ce qui fait la qualité de ce petit roman de Villemaire.Miliana se pose à quelques reprises cette question, qui prête à toutes les interprétations: «Qu’est-ce qui me retient?» Et à qui ou à quoi, a-t-on envie d’ajouter à la vie, à cette ville d’Amsterdam?Allez savoir.L’étrangeté, l’exotisme portent la narratrice à enjoliver des détails par ailleurs banals.Mais les cartes postales — fort belles, par ailleurs — ont ici leur fonction: elles révèlent un besoin de distance, d’éloignement qui réconforte la narratrice et qui est, disons-le, profondément touchant.Cette femme apparemment toute tournée vers l’extérieur, qui aurait pu n’être qu’une touriste ébahie, est un très beau personnage.Il lui arrivera de céder à ce que j’appellerais les manies de Ville-maire: elle croit en des vies antérieures et s’adonne à une séance de purification de l’esprit des lieux, hindouisante peut-être.Mais tout cela est très bref.Quant à la déferlante du titre, on comprendra peu à peu qu’il s’agit de la houle du désir, lente à se manifester, dans une superbe scène finale.Le dragon — Dragan, l’amant fin puis retrouvé?— n’est-il pas le symbole de la pluie qui féconde la terre?Yolande Villemaire est un écrivain chevronné, bonne romancière et poétesse accomplie.La voici, avec ce huitième roman, au sommet de son art, qui nous offre un personnage étonnant, celui d’une femme-regard dont l’intimité est ici mise en abyme comme dans ces toiles d’intérieurs néerlandais.robert.chartrandS&sympatico.ca LA DÉFERLANTE D’AMSTERDAM Yolande Villemaire Editions XYZ Montréal, 2003,96 pages ÉDUCATION L’école : formation ou formatage ?' ULYSSE BERGERON L* éducation est-elle malade?' Pour Jacques de Coulon, proviseur d’un collège en Suisse depuis 11 ans, il n’y a aucun doute, elle l’est assurément.Infectée du cancer qu’est le marché, l’éducation serait littéralement en train de suffoquer et de se transformer.«Notre système éducatif comprime l’être en l’enfermant dans une seule logique, soumise au conformisme de la pensée unique.C’est une éducation qu’on pourrait qualifier de jivaro, du nom de ces Indiens réducteurs de têtes.En l’occurrence celles de nos élèves qui deviennent autant de trophées pour le marché triomphant.» Tel que définit par l’auteur, le Veau d’or représente le culte des valeurs mis en avant par la mondialisation financière: «la séduction de l’or devenu argent, l'exacerbation des pulsions, le reniement de l’esprit».Ainsi, il symboliserait le culte des marques longuement décrit dans le No Logo de Naomi Klein.Il serait l’idole de la consommation standardisée du Mcworld dénoncée par Benjamin Barber.Plus grave, il serait aujourd’hui, selon Coulon, le principal meurtrier de l'esprit critique, de la rationalité, de la liberté et de la culture.En Europe, depuis la fin des années 80, un des plus puissants lobbies patronaux du Vieux Continent, la Table ronde des industriels européens (TRED, fait pression pour une privatisation de l’enseignement.En 2000, on estimait que les dépenses éducatives mondiales représentaient deux mille milliards de dollars, soit uq vingtième du PIB planétaire.Evidemment, plusieurs in- dustriels veulent leur part du «marché de l’éducation».Le proviseur évoque deux raisons pour expliquer l’intérêt de ceux-ci: le monde scolaire est peuplé de futurs copsommateurs et l’argent que les Etats investissent dans l’éducation devrait plutôt profiter au marché boursier.Dans un rapport publié en 1989 sous le titre de Education et compétence en Europe, la TREI affichait officiellement et sans pudeur ses couleurs: «L’éducation et la formation sont considérées comme des investissements stratégiques vitaux Pour la réussite future de l’entreprise [.].L'industrie n’a qu’une très faible influence sur les programmes enseignés [.].Les enseignants ont une compréhension insuffisante de l’environnement économique, des affaires et de la notion de profit.» Dangereux?Jacques de Coulon s’interroge sérieusement.«Quelle société sommes-nous en train de préparer?Un monde de singes consommateurs parfaitement conformes aux intérêts du marché [.]?J’en appelle donc à un esprit de révolte: il faut secouer le cocotier pour que nos primates deviennent des hommes capables de réfléchir.» Et ce rôle de «secoueur de cocotier» reviendrait, selon lui, aux écoles.Originalement, ne s’agit-il pas de lieux où on forme les esprits critiques?Pour Coulon, c’est aux enseignants d'inciter leurs étudiants à réfléchir sérieusement sur eux-mêmes et sur l’influence de leur environnement sur leurs comportements.«Le rôle du professeur est donc de susciter des questions de la part de ses élèves, quitte à les bousculer en les provoquant.» Dans un vocable emprunté aux récits bibliques — la métaphore îl«8® 1 r m:- \ * — V' j.j.1111 L’éducation en Europe: scène tirée du film Être et avoir, de Nicolas Philibert.SOURCE LES FILMS SEVILLE du Veau d’or oblige —, Coulon dénonce «la philosophie du Testament néolibéral», «la religion mondiale du marché», «le culte des pulsions» et des désirs, la présence surabondante des «mini temples» de Coca Cola dans les couloirs de nombreux collèges et le développement de l’enseignement à distance.Si ses arguments, lorsqu’il aborde les questions de finances, sont malheureusement trop peu développés, son expérience sur le terrain lui permet de faire découvrir au lecteur la réalité vécue au quotidien à l’intérieur des établissements scolaires.Néanmoins, une chose est certaine, Jacques de Coulon arrive à soulever un questionnement qui, malgré sa simplicité, est essentiel et vital pour l’ensemble des sociétés: «L’école doit-elle rester un lieu de croissance pour l’esprit ou devenir l’antichambre du marché?Telle est la question.Formation ou formatage?» LES ENFANTS DU VEAU D’OR Résister à l’ordre MARCHAND PAR L’ÉDUCATION Jacques de Coulon Editions DDB Paris, 2002,261 pages LITTÉRATURE FRANÇAISE Adolescence à l’état brut GUYLAINE MASSOUTRE Arnaud Cathrine est un tout jeune auteur qui, à 29 ans, signe Les Vies de Luka, son quatrième roman, si on ne compte pas les quatre autres, destinés aux jeunes.Son, écriture, chez Verticales et à L’Ecole des loisirs, a fait mouche.Dans un style dépouillé et direct, il campe des situations dramatiques intenses, capables de plaire au lectorat de la génération montante.Dans cette fiction, il met en situation de tout jeunes adultes, presque des adolescents, qui font face à la disparition de leur mère, atteinte d’une subite maladie incurable.En plus de traverser l’épreuve, qui va de la nécessité de gagner leur vie à celle de se choisir un avenir, en passant par le deuil du seul parent responsable, ils vivent les aléas de leurs premières expériences amoureuses.À lire Les Vies de Luka, on constate que le roman d’initiation se complexifie avec les générations.Traversés de doutes liés à la perte des repères et accumulant les gaffes qui disent leur solitude, l’absence d’un terrain d’écoute et des valeurs transmises entre générations, les jeunes de ce roman, dans d’excellents dialogues, incarnent les traumatismes découlant des difficultés de l’existence, conjuguées à un rythme effréné.LES VIES DE LUKA Arnaud Cathrine Verticales Paris, 2002,155 pages NOUVELLES Pornographies en question Propos flous, effets stylistiques douteux SOPHIE POULIOT Après le recueil de nouvelles Détails ainsi que l’essai Illusion et pouvoir: la poétique du Can-cionero de Baena, Claudine Potvin signe un second recueil de nouvelles au titre indéniablement accrocheur: Pornographies.Hélas, force est d’admettre qu’il s'agit là du seul élément du livre qui retienne véritablement l’attention.Pornographies, malgré quelques commentaires critiques valables quant à l’impact de l’imagerie sexuelle collective sur l'identité individuelle, est essentiellement composé de propos flous et d’effets stylistiques douteux.Néanmoins, rendons d’abord à César ce qui lui appartient: Claudine Potvin a su éviter plusieurs des pièges qui guettent les auteurs qui font de la sexualité leur sujet Son ouvrage n'est pas plus un recueil de nouvelles racoleusement érotiques qu'un réquisitoire en règle contre la pornographie.Il s’agit plutôt de textes brefs racontant l’histoire de divers personnages aux prises avec une sexualité problématique — exhibitionnisme, sadisme, dépendance affective, etc.Si le lecteur ne peut ignorer le parti pris féministe de l’auteure, cette partialité est tenue en bride par Potvin.qui se contente de semer çà et là, sans surenchère, quelques commentaires critiques: «il faut enfermer les petites filles, leur refuser le droit de grandir ou encore faire descendre les grandes sœurs des chars allégoriques où on entasse les sexes de femmes tableau de seins et de fisses dépareillés, grotesques, femmes coupées d’un visage bien à elles».Ajoutons que ces quelques traits ont le mérite d’être intelligibles, ce qui réjouit le lecteur appelé à se lasser du caractère abstrait de la majorité des nouvelles contenues dans Pornographies.«L’arme envolée par la fissure de la porte l’éclat de la différence comme une entrée dans la fiction ici l'éclair de Tœil vitré conscience subjective à l'œuvre pour interdire l'interdit.» En tentant l’impressionnisme, Potvin a versé dans le flou.De surcroît, l’auteure a cru bon d’abolir la ponctuation dans un grand nombre de ses textes, histoire de styliser le tout Hormis le fait que l’idée ne soit pas nouvelle, no- tons que cette technique est loin de favoriser la compréhension du texte par le lecteur.Claudine Potvin s’érige contre la pédophilie généralisée vers laquelle tend une société dont les mannequins et les actrices, références convenues en ce qui concerne la beauté et la sensualité, ont quatorze, quinze ou seize ans.Elle remet en question les modèles de femmes que l’on propose aux filles et met en doute le caractère inoffensif que la société contemporaine veut prêter à la pornographie.Tout cela est fort louable: ces questions sont essentielles et peu d’écrivains les soulèvent.Toutefois, la facture choisie pour proposer ces remises en question est peu intéressante.Quand le contenu des nouvelles n'échappe pas complètement au lecteur, c’est le rythme et les revirements qui font défaut.Il est dommage de ne pas avoir rendu ces réflexions plus accessibles.PORNOGRAPHIES Claudine Potvin L'Instant même Québec, 2002,132 pages CULTURE POPULAIRE Plaisirs d’Acadie Quatre courts essais sur la tradition orale BENOIT LACROIX Il fut un temps pas si lointain où la tradition orale et les savoirs artisanaux occupaient une place de choix, même à l’université.Avec les phénomènes de masse que l’on sait, il faut s'attendre à toutes sortes de crises identitaires et aussi à ce que la tradition orale ou, mieux, la culture populaire se trouve à son tour bousculée par divers mouvements de société.Même le patrimoine culturel qui en principe fait runanimité, éprouve beaucoup de difficultés à s’affirmer.Et pourtant! Et pourtant! Chacun sait fort bien à quel point l’oubli des racines, comme le rejet de son enfance, peut avoir de graves conséquences pour toute la vie d’une personne et pour un peuple qui peut aller jusqu’à mettre en danger les premières raisons de sa survivance.Folkloristes d'hier et ethnologues d’aujourd’hui, tout autant que les ethnographes et, à leur manière, les anthropologues, n'ont pas démissionné.C’est tout à leur honneur.D'ailleurs, de ce point de vue, le Traité de la culture publié en 2002 par l’Institut québé- cois de la culture, sous la direction attentive de Denise Lemieux est à la fois une somme de savoir et un avertissement en vue d'une saga politique culturelle qui englobe les savoirs populaires.Au moment où nous terminons la consultation de ce traité de la çulture (1089 pages), voici que les Éditions G1D (Sainte-Foy, Québec) nous offrent quatre courts essais sur la tradition orale en Acadie: Les Rituels de l’année, Le Rituel delà vie, Coutumes et croyances et enfin, Contes et légendes.L’ethnographe et folkloriste Jean-Claude Dupont est le responsable de ces essais, joyeusement mis en page, agréables à lire: des textes, des récits, des références, un glossaire, une bibliographie adaptée.Tout est pensé, et pour le plaisir visuel et pour l’enseignement Est-ce culture de la nostalgie?Y a-t-il encore des gens qui s’intéressent à ce passé souvent malmené par le pouvoir élitiste?Grâce à la lecture, ou tout simplement par consultation ou apprentissage, pieut-être apprendrons-nous une fois de plus que la culture populaire n'obéit pas au rythme accéléré de la connaissance médiatique d’aujourd’hui.Le savoir populaire répxmd à une réflexion plus lente, de longue durée; les siècles ne lui font pas peur.C’est ainsi qu’en France, et encore tout récemment en 2002, l’on réédite les travaux du folkloriste Sébillot, lui qui fut un peu l’ancêtre au XDC siècle du célèbre Manuel de folklore français contemporain d’Arnold van Gen-nep.Par exemple, au Québec, Conrad Laforte continue son relevé comparé de la chanson française traditionnelle.D’autres poursuivent la tâche et souvent font revivre l’Acadie de la tradition.Le savoir populaire en Acadie est plein d’heureuses surprises.Et quand des auteurs savants comme Robert Viau (Les Visages d’É-vangéline.Du poème au mythe, Québec, MNH, 1998) s’en mêlent tout de suite l’équilibre est rétabli pour un savoir pour tous, tiré de sources à la fois traditionnelles et savantes.LE SAVOIR POPULAIRE EN ACADIE Jeaq-Claude Dupont Editions GŒ) Sainte-Foy, 2002 LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE H E E V R I E R 2 0 0 S LlTIÉRATllBE LITTÉRATURE FRANÇAISE Autoscopies du moi GUY LAI NE MASSOUTRE TD arnabé c est moi.» Pas de doute sur l’inten-" JJ tion: elle accroche en dédicace.Barnabe se présente, Barnabé occupe tout l'espace.Clown sur la piste, enfant perdu dans un monde trop grand, ce personnage maladroit se désigne au «je», ce pronom équivoque, phare du tout et du rien littéraires.Il bégaie son nom, son vouloir être; il dérape, se justifie, ses mots trébuchent, finalement il se tait.C est tout un spectacle.Voyez ses oripeaux, sa dégaine, sa verve drôle, son penchant pitoyable.L insouciant Barnabé est un fantasme, un pantin, un,e farce; un copain des personnages incongrus d’Eric Chevillard, qui s'annulent eux-mêmes, dans leur coquille étroite, à force d’efforts pour esquiver la vie.Dans ce quatrième roman de Rosenthal, la romancière de 37 ans s abandonne à l'humour.Son personnage, plutôt grotesque, fait-il un clin d’œil à Rabelais?Plaide-t-il, sans le vouloir, pour un joyeux et doux épicurisme?Pas tant de prétention.«Car il ne faudrait pas croire que Barnabé était un pédant, ou un docte, ou un mâche-merde, ou un clerc, ou un amoureux, ou un chétif.Non, non, non.Barnabé était un homme charmant.» Barnabé clopin-clopant, homme de notre temps?Ce collectionneur innocent, cet échantillon faible d’une espèce courante, à force de contentement tranquille (si personne ne dérange ses manies), peut-il prétendre appartenir, comme les plantes qu’il observe, au progrès infinitésimal de l’existence?Lui-même en doute.Face aux menus accidents de la nature, une feuille déchirée, par exemple, le voilà décontenancé, acculé à l’impuissance de la science et à ses savoirs trop complexes.Alors?Alors, un incident vient à rompre le triste cours de ces evidences, n tombe amoureux, à en devenir bête et maladroit L'amour muet lui ronge les sangs.Saura-t-il survivre?C’est le pari du livre.La fable est amusante.Rien ne va phis dans le monde ordonné de Barnabé.D a beau esquiver la vie, elle le pousse dans les retranchements de sa paresse et de son apathie.En voyage, en songe, jusque dans une fiction.D'où le titre encombrant du roman; L’Homme de mes rêves ou les mille travaux de Barnabé le sage devenu Barnabé le bègue suite à une terrible mésaventure qui le priva quelques heures durant de la parole.Ouf Rosenthal a du souffle et sait rire d’elle-même, sur fond de comédie générale.Les ennuis de son timide-lâche-eteffacé Banubé signent la réduction d’un monde performant qui s’essouffle.Par l’absurde, elle interroge la langueur des Bovary de ce monde, ces êtres scrupuleux dont le rêve n’est jamais assez grand pour compenser leur inaction.Mieux, à travers sa légèreté, elle réussit à nous convaincre que ce solitaire attardé dans le regret, ce floué du bonheur qui s’écarte dans les chantiers atrophiés de son ego malade, c'est le jouet de nos hibernations, la marionnette de tous les songe-creux, la fascination du romancier qui tangue, sur l'océan de l'écriture, à en avoir la nausée.Cet intérieur à la fois vierge et détérioré, c’est «moi», le «je» toujours équivoque du romancier, qu’il se masque ou non sous le couvert d’un personnage.La parodie touche juste.Elle vise le monde du faux — faux problèmes, faux drames, faux engagements.Elle pose le doute sur la valeur de l’intériorité.Autofiction suspecte Anne E Garréta, 39 ans, membre de l’Oulipo, a reçu le prix Medicis pour Pas un jour, qui lui vaut un succès d'estime loin du grand public.Elle ravira les esthètes, Garréta travaille à la pointe de sa lucidité.Elle est de ces écritures qu’on dit intelligentes, à force de clarté et de volonté.Sans aucun doute, la narration y prend le tour d'une description clinique, et le style, plastique, la precision d’une an ne blanche.Douze chapitres, douze femmes, confrontées à une narratrice.Une femme qui aime, qui conquiert qui désire des femmes et considère le monde sans métaphores.On est ici aux antipodes de l’autobiographie, renvoyée «aux gribouillis» du passé.Ici, aucune redondance, mais le silence, l'immobilité, et disons-le, la raideur, l'exercice, l'ascèse vers la vie.L'écriture au «tu», désignant la narratrice, jette le froid d'une lettre morte.Elle a choisi le classement alphabétique.Cette sociologie atypique du désir féminin trace une galerie de portraits.en position d’autodéfense: surtout des Américaines, des professionnelles.Garréta y décrit des sentiments en ellipse, substituant l’énigme à l’émotion, plus qu’elle ne la raconte.Quelque chose de retenu et de contraint dans l’abstraction, dans la densité sèche, intéresse, mais convainc difficilement que l’érotisme, au féminin, n’a d’autres solutions aux chaleurs idolâtres du boudoir que l’odyssée mentale d’un défilé d’ombres.L’HOMME DE MES RÊVES.Olivia Rosenthal Verticales Paris, 2002,205 pages PAS UN JOUR Aime E Garréta Grasset Paris, 2002,160 pages Intensité silencieuse ISMEUJURG Anne F.Garréta, 39 ans, membre de l’Oulipo, a reçu le prix Medicis pour Pas un jour.E S S E N T I E JOHANNE JARRY 1919.Un jeune homme regarde les bateaux défier le courant du fleuve.Ses parents sont morts et demain il va rejoindre les soldats de l’Armée rouge pour se battre sur le front roumain.«Nous avons beaucoup marché.Nous avons mangé de la hacha froide, du poisson séché, et nous avons dormi dans des fossés.» Sur la route, Pavel accepte de partager son thé avec lui, rompt la solitude de Bénia.Se joindront à leur duo le grand et naïf Kyabine et le timide et silencieux Sifra, le préféré de tous.L’hiver les oblige à quitter le front.Stationnés dans des cabanes qu’ils ont construites, plusieurs hommes meurent, se perdent dans le bois, désertent.La petite bande survit grâce à l’ingénieux Pavel.Ils sont ensemble, jamais plus seuls comme avant.Cefa les sauve, aussi.À la fin de l’hiver, ils installent un autre camp dans la plaine.Pavel et les siens y découvrent un étang caché.Ils y passent des après-midi à discuter, à dormir sous un soleil de plus en plus chaud.Arrive Evdokim, un jeune garçon volontaire au com,bat.Mais que fait-il?Il écrit.À sa mère?Mais non, il n’écrit à personne.Alors, quoi donc?Ce qu’il voit.Par exemple, il a écrit qu’ils ont tiré à côté des canards (les hommes opinent de la tête) et qu’ils ont volé un cheval.«Ça aussi c’est la vérité», observent les jeunes hommes qui ne savent pas écrire.Ce carnet prend tout son sens quand Evdokim leur confie: «Tai écrit à la fin qu’on avait passé une bonne journée.» Rien n’est plus juste que cette phrase pour eux.C’est décidé: le petit doit tout écrire.Regarde bien comment Sifra est capable de remonter son fusil les yeux fermés, et écris-le.Et le poisson qu’a pêché Kyabine, l’as-tu écrit?Quelqu’un a mis des mots sur le ciel des après-midi et l’odeur de l’étang, le bien-être des hommes qui font sécher leur couverture au Un roman thérapeutique Dans ce roman thérapeutique, l’auteure raconte sa propre expérience du cancer du sein.Sylvie Desrosiers, auteure de quelques ouvrages pour enfants, entend dédramatiser le processus de traitement et de guérison ainsi que sensibiliser la population à cette maladie qui atteint une femme sur neuf.Le ton adopté est direct, réaliste, privilégiant l’humour plutôt que l’apitoiement.À noter: un dol- lar par livre vendu sera remis par l’éditeur à la Fondation québécoise du cancer.S.R LE JEU DE L’OIE Petite histoire vraie d’un cancer Sylvie Desrosiers La Courte Echelle Montréal, 2003,192 pages ALLEGRO FILMS DISTRIBUTION Sur le front, plusieurs hommes meurent, se perdent dans le bois, désertent.soleil.Des mots sur les nuits où ils dorment à tour de rôle avec la photographie d’une femme trouvée sur un soldat mort ou en tenant une fine main sculptée par l’un des leurs.Tout compte pour les quatre soldats de Mingarelli.Les cigarettes fumées sur la traverse, les cauchemars de Pavel, les parties de dés où Kyabine perd toujours sa ration de tabac, le goût amer du thé et la nostalgie qu’il laisse en bouche.Ils savent que la boue des fossés les attend.Alors tout vivre, intensément.Et que leurs faits et gestes résistent, dans le carnet, à l’effacement.Quelques jours plus tard, ils marchent dans la nuit vers le front se font surprendre par une attaque; c’est maintenant le regard de Sifra suipris par la mort qu’il faudrait écrire.Qui le fera?On écrit sans le savoir, par notre seule et immédiate présence au monde.Ce roman d’Hubert Mingarelli éclaire superbement, dans la plus grande pudeur et sans s’épancher, l’écart entre le désir d’écrire et ce que cela exige.Tout comme dans ses romans précédents, l’écrivain capte l’intensité silencieuse qui lie les êtres, crée des personnages qui sont essentiellement des présences saisies à un moment de leur vie.Que vivent ces jeunes hommes bruta- lement sortis de l’enfance dans l’imminence de la bataille?Même si «le ciel est sans fin et qu'il n’y a pas les mots», un homme furieux et fatigué s’engage à le rappeler.QUATRE SOLDATS Hubert Mingarelli Le Seuil Paris, 2003,208 pages MURRAY DOBBIN La grande fumisterie Les transnationales à l’assaut de la démocratie (jiivieri Les lundis DELA THÉÂTROTHÈQUE librairie ^bistrd Jean-Pierre Ronfard Dramaturge Animé par Gilbert David 5219, Cote-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Lundi 10 février 16(130 Réservations : 739-3639 >érvice(«’ ibrairieolivieri.com 440 pag«> c 30S ISBN 2-921561-66-2 DIFFUSION DIMÉDIA ecosoaete www ecosociete org La démocratie est en danger, ici comme ailleurs dans le monde.Les États sont en train de perdre leur capacité à servir la population, et ce, au profit de leur nouveau maître : la grande entreprise transnationale.Motivées par l’appât du gain, ayant pour objectif de maximiser les profits de leurs actionnaires dans un contexte où la plupart des entraves à l’investissement sont en voie d'être abolies, ces entreprises font peu de cas de la culture, de l’environnement et des lois des pays où elles sont installées.Elles sont d’ailleurs devenues, au fil des années, aussi puissantes que de nombreux États et y ont acquis un statut de «supercitoyennes» sans précédent.Au Canada, ce phénomène a pris de l’ampleur avec l’entrée en vigueur de TALE, puis de l’ALENA.Ces traités ont peu à voir avec le commerce: ils constituent plutôt une «charte des droits» des entreprises leur permettant d’empêcher les gouvernements d’agir à l’encontre de leurs intérêts.Dans ce livre où II relate 20 ans d’histoire canadienne récente, Murray Dobbin pose son regard sur les stratégies utilisées par les grandes sociétés pour accroître leur influence.Il questionne ce dogme de notre époque voulant que le marché et la grande entreprise pourraient, si l’on suit leurs recommandations, apporter la prospérité à tous.Il démontre qu’il s'agit bien d'une grande fumisterie.CONFÉRENCES de Christiane Singer Romancière, essayiste, Christiane Singer est l’auteure de nombreux ouvrages publiés aux Editions Albin Michel dont : Du bon usage des crises, Où cours-tu?Ne sais-tu pas que le ciel est en toi, Éloge du mariage, de l’engagement et autres folies, I^es sept nuits de la reine.La dimension intérieure et spirituelle propre à chacun, l’éthique de soi sont au cœur de son œuvre.À QUÉBEC Mercredi 12 février 2003 à 19h30 LA FORCE DU CŒUR Salle de conférence de la Fédération des Augustines 2285, chemin Saint-Louis, Sillery Prix d’entrée : 20 $ À MONTRÉAL Jeudi 13 février 2003 à 19h30 AIMER S’APPREND-IL ?Bibliothèque Nationale du Québec 1700, rue Saint-Denis, Montréal Salle Saint-Sulpice Prix d’entrée : 20 $ INFORMATIONS ET RÉSERVATIONS CENTRE OPTION OUVERTE : (514) 523-3797 Albin Michel LE DEVOIR.LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 FÉVRIER 2003 F fi -Essais- Une revue pour interpréter notre histoire Je ne me lasse pas de lire Mens, la jeune revue d’histoire intellectuelle de l’Amérique française, qui entre, avec ce numéro, dans sa troisième année d’existence.Brèves et dynamiques, les études et analyses que celle-ci publie allient avec un impressionnant brio la lisibilité, l’originalité et la rigueur.Aussi, lire Mens, c’est se brancher sur les idées qui nous ont fait être ce que nous sommes sans jamais rogner sur notre plaisir de lecture.Dans ce numéro d’automne 2002, Éric Bédard nous offre une passionnante réflexion épistémologique.«Pour naître, se répandre et jouer un rôle dans le devenir de nos sociétés, écrit-il, la connaissance historique requiert la médiation de ITiistorien-écrivain.» Se pose donc, nécessairement, la question de la validité scientifique de cette mise en récit historiographique.Faut-il soutenir, ainsi que le font certains «narrativistes» radicaux, que cette médiation ne peut déboucher que sur une pure fiction?Ou bien adhérer au courant déconstructiviste qui affirme que «l'écriture des historiens ne serait que les reconstructions purement subjectives d’imaginaires particuliers»} Faut-il, à l’inverse, plutôt opter pour une histoire sociale et structuraliste qui prétend en finir avec la subjectivité?Partisan d’une approche de type herméneutique qui, sans nier la nécessaire scientificité de la démarche historiographique, plaide en faveur d’une conception du travail de l’historien comme en étant un, dans une certaine mesure, d’imagination, Éric Bédard propose l’hypothèse suivante: «[.] deux auteurs pourraient soutenir une même interprétation générale tout en adoptant un ton différent, un langage autre qui révélerait, au delà de la pensée exprimée, un point de vue tout à fait original.» Deux exemples tirés de l’histoire du Canada français au XIX' siècle lui servent à illustrer son propos.Le premier a trait au rôle de François-Xavier Carneau.Comment expliquer que son Histoire du Canada s’amorce par un plaidoyer en faveur de l’esprit des Louis Cornellier ?Lumières pour se terminer par une profession de foi platement conservatrice?Dans les années 1970, Serge Gagnon en fait une «affaire d’époque et de rapport entre classes sociales».Pour lui, en dernier ressort, écrit Bédard, «ce n’est pas Gameau qui est responsable de son œuvre, mais les classes dont il serait l’obéissant porte-parole».Bédard rejette cette interprétation issue d’une approche structuraliste et lui préfère celle de Gilles Marcotte qui, tout en adhérant à l’interprétation globale qui reconnaît un glissement idéologique chez Garneau, choisit la voie de l’accompagnement de l’historien «dans une aventure intellectuelle à la conclusion inconnue».Le Garneau des Lumières rêvait d’une autre histoire pour son peuple, mais «au fil des pages, cependant, il mesure les limites de son talent littéraire et conclut bien prudemment par les phrases que l’on cannait».A la narration «froide et sans humanité» de Gagnon, Bédard préfère, on l’aura compris, la version «chaude et empathique» de Marcotte.L’exercice s’applique aussi à l’interprétation suggérée par les historiens au sujet de la génération régressive de 1840.Le scientifique Gérard Bouchard est catégorique: le conservatisme de cette génération est attribuable à une élite de lettrés dont les membres «se sont refusés» à suivre «l’esprit du peuple».Plus circonspect, plus compréhensif, écrit Bédard, Fernand Du- mont narrait cet épisode avec compassion en concluant «Il est même permis de reconnaître quelque mérite aux nationalistes d’antan, conservateurs par principe et par nécessité peut-être, qui ont proclamé l’existence d’un peuple aux heures les plus difficiles et dressé, faute de mieux, de modestes et parfais dérisoires barricades.» Devant ces deux interprétations, Bédard, encore une fois, se range du côté de l’empathie.Ces exemples, en fait, servent à illustrer une posture épistémologique.Reconnaître la part de subjectivité dans la narration historiographique ne devrait, selon Bédard, nous amener ni à en faire le fin mot de l’histoire, ce qui reviendrait à tirer l’historiographie du côté de la fiction, ni à la combattre au nom d’une histoire sociale plus «vraie».«La posture herméneutique présente chez Marcotte et chez Dumont, conclut-il, enrichit ce que considérablement la transmission de la connaissance historique.Le vaste public des nous lecteurs et des passionnés du passé n’attend pas seulement des historiens professionnels qu’ils ouvrent de nouveaux “chantiers de recherche”.Il veut se reconnaître dans l’humanité de leurs [sic] devanciers, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs.» En seulement 15 pages, Éric Bédard offre aux lecteurs d’histoire une belle réflexion sur le sens,et la valeur mêmes de leur nourriture intellectuelle.À lire absolument Notre vocation Dans le même numéro, en plus d’une intéressante étude de Sacha Richard sur «les fêtes du bicentenaire de la Déportation acadienne» et de comptes rendus parfois surprenants (ainsi, Patrick Dionne se livre à un éloge du très réactionnaire père Edmond Robillard et Sophie Coupai discrédite la qualité littéraire de l’excellent Mistouk de Gérard Bouchard), on retrouve aussi, grâce à Dominique Foi-sy-Geoffroy, une édition commentée du célèbre Lire Mens, c’est se brancher sur les idées qui nous ont fait être sommes texte de M" Louis-Adolphe Pâquet, La Vocation de la race française en Amérique.C’est ce Paquet, on s’en souviendra, qui lançait, en 1902, cet appel si souvent commenté depuis: •Notre mission est moins de manier des capitaux que de remuer des idées; elle consiste moins à allumer le feu des usines qu’à entretenir et à faire rayonner au loin le foyer lumineux de la religion et de la pensée.» Saluée, à l’époque, par une élite cana-dienne-française essentiellement conservatrice, cette déclaration est devenue, plus tard, le symbole de notre aliénation entretenue par les clérico-nationalistes.Pâquet aurait nui à notre évolution socioéconomique en nous enfermant dans une vocation antimatérialiste.Foisy-Geoffroy démontre bien que ces jugements sévères ne rendent pas justice au texte du brillant théologien conservateur.En lisant de près le sermon de Pâquet, car c’en était un, lu dans le cadre de la Saint-Jean-Baptiste à Québec, il en vient à la conclusion suivante: «[Pour Pâquet], la poursuite des richesses matérielles est donc légitime et même nécessaire pourvu qu’elle soit comprise comme un moyen facilitant l’accomplissement des fins spirituelles et culturelles de l’humanité, les plus hautes qui soient.[.] Bien plus que quelque aliénation du Canadien français, c’est donc avant tout une vision du monde, complète, nuancée, exigeante, et un véritable projet de civilisation, qui sont exposés ici.» Je vous le dis: Mens est jeune, mais déjà indispensable.louiscorne llier@,parrain fo.net MENS Revue d’histoire intellectuelle de l’Amérique française Volume DI, numéro 1, automne 2002,122 pages HISTOIRE Quand Québec eut 300 ans LOUIS CORNELLIER Gagnant des prix Lionel-Groulx et Sir John A.Macdonald en 1999, L’Histoire spectacle, du Canadien anglais H.V.Nelles, est un ouvrage imposant.En reconstituant les grands moments des fêtes du tricentenaire de Québec et en analysant tous les à-côtés et les enjeux de ce grand événement, l’historien nous entraîne aux sources du na-tùm building canadien.Québec, en 1908, avait fêté en grand, mais la chose n’était pas allée de soi.Jean-Georges Gameau, maire de la ville, souhaitait en profiter pour justifier la réfection de Québec.Lord Grey, gouverneur général du Canada et principal promoteur de ces fêtes, voulait en faire une confirmation de sa vision impériale de notre histoire, celle «de deux peuples travaillant de concert et surmontant leurs différences afin de bâtir une grande nation au sein de l'Empire le plus puissant du monde».Laurier, fidèle à lui-même, optait pour la procrastination.L’Église, soupçonneuse, gardait ses distances.Les nationalistes, irrités par la cabale impériale de Grey, tentaient de tirer leur épingle du jeu, s’opposaient ou se moquaient.Le journal Le Nationaliste, par exemple, mettait cette phrase dans la bouche de Grey pour résumer le sens de la fête: «Ce sont les Canadiens français qui célèbrent la défaite de leurs ancêtres.» Car, que fêtait-on au juste?Champlain, tel qu’annoncé, ou Montcalm et Wolfe, selon la version Grey?1608 ou 1759?Nelles raconte l’événement, analyse les enjeux symboliques liés aux rôles dévolus aux différentes communautés lors des grandioses «pageants» mis en scène pour l’occasion, traite des attitudes adoptées par les différentes classes sociales face à l’événement et soulève des questions d’ordre plus général: comment fabrique-t-on une nation?«Que faisons-nous exactement quand nous commémorons quelque chose?» Quels sont les effets de l’histoire spectacle?Joue-t-elle un rôle positif ou négatif?Le rêve unificateur de Grey, en tout cas, a fait long feu.Modèle de travail universitaire rédigé dans une langue accessible, L’Histoire spectacle, par son caractère détaillé et son souci d’exhaustivité, intéressera surtout les spécialistes.L’HISTOIRE SPECTACLE Le cas du tricentenaire de Québec H.V.Nelles Boréal Montréal, 2003,432 pages HISTOIRE Les yeux de rislam MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE L* actualité internationale des r derniers mois ama vu la multiplication d’essais sur l’Islam et, tout aussi bien, de ses spécialistes, réels ou autoproclamés.Dans ce contexte, l’acquisition de connaissances de base s’avère indispensable à qui veut faire preuve d’esprit critique.En quoi l’approche vulgarisatrice destinée aux jeunes lecteurs pourrait-elle ne pas convenir aussi à des adultes, ignorants, à des degrés divers, de la riche culture issue de l’une des trois grandes religions monothéistes?Dans la collection «Les yeux de la découverte», destinée aux adolescents, Gallimard vient de faire paraître une Histoire de l’Islam, acquise de l’éditeur anglais Dorling Kindersley, qui s’est fait une spécialité du «packaging» éditorial en plusieurs langues.Sobre et bien documentée, voilà une synthèse qui permettra à l’enfant comme à l’adulte de préciser, de réviser ou d’apprendre quels sont les principaux traits culturels de l’Islam.Abondante, précise, l’iconographie de l’album ne doit pas faire oublier le texte.Des mathématiques aux oranges, l’auteur s'emploie à montrer la complexité et le raffinement des sociétés islamiques, qui ne le cèdent en rien aux sociétés occidentales.Suivant les époques, les brutes sont même plutôt à chercher en Occident, comme le rappellent honteusement les Croisades, qui n'étaient pas tout à fait réservées aux mystiques.Cependant, l’ouvrage fait preuve d’une mise en perspective et d’un nécessaire relativisme qui ne sont pas sans revers.Sous une apparente objectivité, qui pourrait faire croire la question résolue en fonction du degré d'ouverture des pays en cause, certaines réalités sont présentées trop sobrement pour en montrer vraiment le caractère fluctuant voire controversé.«Dans certaines communautés musulmanes, la tradition veut que les femmes se voilent le visage», explique ainsi la légende qui accompagne la photo d’une femme saoudienne.dont on n’aperçoit que les yeux.C’est qu’en Arabie Saoudite, on ne plaisante pas avec la pudeur féminine, dont le Prophète a posé le principe dans le Coran sans trop en préciser les modalités.Or cette tradition-là, et plus généralement la question de la condition féminine dont elle est le reflet, est obligée d’évoluer sous la pression des cornants progressistes de l’Islam.H en va de même pour la laïcité.L’existence de ces tensions fécondes mériterait d'être mieux connue en Occident.Mais sans doute faut-il avant cela connaître le b-a ba d'une culture.Malgré ses omissions.Histoire de l'Islam est un bon départ dans cette voie.HISTOIRE DE L’ISIAM Philip Wilkinson ¦ Gallimard, «Les yeux de la découverte» Paris, 2002,64 pages Un Islam libéral : utopie ou optimisme ?ANTOINE ROBITAILLE Il en va peut-être de l’Islam comme de Guy Sorman.On pense connaître, alors on généralise.De l’islam, la religion d’un milliard d’êtres humains divisés en multiples courants, on entend des affirmations du type: «Islam et liberté?Incompatibles.» Et Sorman, on ne prend même plus la peine de le lire, puisqu’il y a là un «ultralibéral fasciné par les États-Unis».Or, son dernier livre mérite qu’on s’y arrête, car il présente une tradition islamique méconnue en Occident, celle fondée par Rifaa Tahtawi (1801-1873), lequel prônait une renaissance musulmane reposant sur l’idée de liberté.Encore aujourd’hui, des enfants de Rifaa «se battent contre l’obscurantisme», dit Sorman, dont le livre a tout pour provoquer le débat.Y compris un chapitre antisioniste où le juif qu’il est affirme qu’Is-raël est «une erreur historique» qui pourrait bientôt disparaître.Antoine Robitaille.Beaucoup d’Arabes et de musulmans veulent en finir avec Israël.Certains pourraient croire que vous, en disant qu’Is-raël est une «erreur historique» et en prédisant sa fin, vous leur donnez raison.Guy Sorman.Non, vous ne pouvez pas dire ça! J’ai simplement constaté que les plus libéraux et les plus progressistes des musulmans n’arrivent pas eux-m,êmes à accepter l’existence de l’État d’Israël.Pour deux raisons.La première, parce qu’ils considèrent que c’est une colonie américaine, ce qui est de plus en plus vrai.La seconde, qu’on ne souligne pas assez, est religieuse.Dans le Coran, les juifs sont ceux qui ont refusé Mahomet.Je ne leur donne donc pas raison, je dis simplement que ce n’est pas une surprise.Ensuite, je ne crois pas qu'Israël soit la représentation ultime du peuple juif puisque, dans sa majorité, il n’y habite pas.Le projet sioniste initial estimait que le destin historique de tous les juifs était d’y émigrer.Or, la plupart des juifs ont préféré la diaspora.Pour moi, les juifs sont plus authentiquement juifs en exil qu’en Israël.Concernant Rifaa, il n’y avait que vous pour dénicher » REUTERS En dépit des manifestations quasi quotidiennes dans le monde musulman contre Israël et les Etats-Unis, il existe selon Guy Sorman un autre Islam.L'AIRE * DES IDÉES dans l’histoire un «Tocqueville musulman»! Je ne l’ai pas inventé, quand même! Ce n’est pas un inconnu trouvé dans une pyramide égyptienne! Rifaa a été trèg célèbre jusqu’aux années 1950.A la fois dans le monde arabe et en France.Il a été oublié à partir des années 1950.Est-ce la faute de l’Occident si Rifaa n’a pas eu une ^ande «descendance» depuis?Pas seulement Rifaa a été «tué» une première fois par Nasser et une seconde fois par les Occidentaux Une fois passée la vague du nassérisme, des dictatures militaires et du modèle soviétique, il aurait fallu que les Occidentaux redécouvrent la tradition libérale du monde arabo-musul-man.Mais ils ont préféré se faire les complices des dictatures.Vous êtes vous-même très élogieux à l’égard du Koweït, que vous dites démocratique.Ne l’idéaUsez-vous pas?L’avantage des Koweïtiens, c’est d'avoir une population très petite et d’avoir beaucoup d'argent Le Koweït, dans la mesure du monde arabo-musulman évidemment, est un pays relativement libre.On a tellement dit qu’on ne libérait le Koweït que pour des raisons pétrolières.Moi, je rappelle qu’il incarne une grande tradition, l’Islam du grand large, qu’il faut connaître et respecter.Le Koweït c’est quand même beaucoup mieux que l’Irak.Si les États-l nis font la guerre à l'Irak, cela ne risque-t-il pas d’anéantir les quelques timides foyers de l'islam moderne?Distinguons deux choses: d’une part, la menace réelle ou supposée que Saddam fait peser sur ses voisins.D'autre part l’écrasement du peuple irakien par le régime de Saddam.Si on arrive véritablement à libérer le peuple irakien, ce serait plutôt bon pour un islam modéré.Contrairement à ce qu’on entend, la guerre ne va pas dresser les isla- mistes du monde entier contre l’Occident C’est déjà ce qu’on avait raconté, en 1991, au moment de la libération du Koweït.Et l’année dernière, au moment de la libération de l’Afghanistan.Mais voyons, depuis 1991, on a eu plusieurs attentats, dont celui du 11 septembre! Le 11 septembre, ce n’est pas un milliard de musulmans se jetant sur New York! On ne peut nier le ressentiment envers l’Occident dans l’Islam.D’où provient ce ressentiment?De ce que beaucoup de musulmans n’arrivent pas à entrer dans le développement économique.Mais il faut savoir qu’ils en ont aussi contre leurs propres tyrans, que soutient l’Occident.Au Pakistan ou en Égypte, le ressentiment est nourri par le fait que l’Occident appuie Musharraf et Moubarak.C’est notre double langage qui provoque l'hostilité: on soutient les dictateurs qui appauvrissent leur pays tout en tenant des discours sur le développement des pays pauvres et de la démocratie.Cette critique rejoint celle d’une certaine gauche.Ça peut paraître surprenant de votre part, compte tenu de l’étiquette de «penseur de droite» dont on vous affuble.Ni la gauche ni la droite n’ont, sur l’Islam, un discours très cohérent Mon discours est libéral Je dis que l'idée de liberté, à la fois politique et économique, est valable pour l’Islam.Les politiques en Occident et même beaucoup d’intellectuels, considèrent qu’elle est incompréhensible pour les musulmans, à qui ne siéent que de «bonnes dictatures-.Beaucoup croient que Saddam Hussein, c'est assez bon pour l’Irak.Vous lisez partout aujourd’hui que l’Islam ignore l’idée de liberté.C’est faux Rifaa incarne le contraire.C’est l'originalité de ma position.Si vous tenez absolument à me renvoyer à ma caricature, disons que je suis libéral, même pour les musuL mans! L’idée de liberté est propre à la nature humaine.Et elle s’accommode de toutes les cultures et de toutes les religions.Vous êtes donc plutôt du côté de Fukuyama (l’idée de la démocratie libérale se propagera inévitablement à l’ensemble du monde) que de Huntington (auteur du Choc des civilisations).Ils ne connaissent pas tellement les réalités mondiales sur lesquelles ils plaquent une grille théorique.Fukuyama dit que le libéralisme est inéluctable; Huntington pense que l’affrontement est inéluctable.fis sont en réalité un peu symétriques.Je suis presque tenté de les renvoyer dos à dos.Je trouve les deux très idéologues et très déterministes.Ma position est pragmatique.Je dis: U y a un courant de tradition de liberté dans le monde musulman.Il est très faible et archi minoritaire, ce mouvement Oui.Je ne surestime pas Rifaa et ses enfants.Mais si l’Occident a l’intelligence d’appuyer ce courant plutôt que les despotes, on peut espérer que la liberté progresse dans le monde musulman.C’est de l’optimisme ou de l’utopisme?Olivier Roy, un des meilleurs islamologues, a écrit dans Le Figaro que j’étais un «optimiste réaliste».Contrairement à Huntington, je ne pense pas que le conflit des civilisations soit inéluctable, ça c’est mon côté optimiste.Contrairement à Fukuyama, je ne pense pas que la réconciliation soit absolument certaine.C’est mon côté réaliste.Rifaa est pour moi une espèce de drapeau, d’emblème.Je crois que l'Islam a de grandes possibilités d’évolution vers la liberté sous toutes ses formes.arobitaillefasympatico.ca LES ENFANTS DE RIFAA Musulmans et modernes Guy Sorman Fayard Paris, 2003,370 pages / LE DEVOIR.LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE » FÉVRIER 2003 F 4 -«-Livres »- PHILOSOPHIE La tolérance, un idéal fragile JACQUKS N AO K AU 11' DEVOIR sur le contexte d’émergence de la doctrine de la Georges Leroux Malgré les connotations surtout négatives de son concept — on ne tolère que ce qu’on reprouve par ailleurs —, la tolérance constitue un héritage historique essentiel et demeure aujourd’hui un idéal et une vertu dans toutes les sociétés où le pluralisme émergent rend conflictuelle la cohabitation des cultures et des croyances.Cet idéaj moderne, formulé au moment de l’avènement des Etats-nations, peut-il nous fournir, comme le souhaite Yves Charles Zarka, l’éditeur de cette trilogie d’études et de textes classiques qui parait dans sa collection «Fondements de la politique», de nouvelles règles de coexistence?S, dans son origme moderne aux XVI' et XVÏÏ' siècles, le concept est d’abord théolo-gico-politique puisqu’il fallait ÿlors opérer une séparation claire des Eglises et de l’Etat, il est devenu aujourd’hui, même dans les sociétés sécularisées, un enjeu surtout politique et moral.La discrimination relative aux croyances religieuses est en effet beaucoup moins importante que le refus de reconnaître l’autre dans sa différence d’identité et de culture.Les origines d’un idéal En présentant ce très riche ensemble, Y.C.Zarka a d’abord voulu éclairer les origines et l’histoire d’un idéal européen, formé en Angleterre, en France et aux Pays-Bas au moment des guerres de religion.On trouvera donc ici, en ouverture, un volume entier d’études récentes sur le contexte d’émergence de la doctrine de la tolérance.La grande figure est évidemment celle de John Locke, étudié dans ses rapports avec ses contemporains mais aussi discuté dans la formulation même de ses positions.La contribution de Jean Fabien Spitz — le traducteur le plus récent de la fameuse Lettre après les riches travaux de Raymond Klibansky, qui fut le pionnier, rappelonsrle, de ces études — met en relief toute la problématique de la détermination des croyances: sommes-nous libres de croire ce que nous croyons?La critique de la coercition, que reprendra Pierre Bayle, était alors une conquête déterminante de la pensée européenne.Cette critique est à la base de la critique contemporaine de la discrimination.À côté de Locke, il faut faire une place à Pascal, à Hobbes, à Stillingfleet, un penseur important de l’époque, et enfin, surtout, à Pierre Bayle, qui ne reçoit peut-être pas ici, dans le volume d’études, toute l’attention nécessaire.Les deux autres volumes fournissent dans des traductions pour la plupart nouvelles, les textes importants de ces débats et les documents historiques qui leur sont associés.Tout le troisième volume est occupé par le Supplément du Commentaire de Pierre Bayle dans une traduction annotée de Martine Pécharman.Ce texte fondateur, essentiel pour la doctrine des privilèges de la conscience individuelle, est en un sens phis important que les essais de Locke dans la mesure où il contribue non seulement à la discussion politique mais surtout à l’avènement de la liberté fondée sur les droits de l’individu.La communauté universelle Dans sa présentation générale, Y.C.Zarka met en relief les enjeux politiques et philosophiques contemporains: l’extension de lidéal de tolérance, qui déborde les frontières des croyances religieuses et touche désormais toutes les différences de culture et d’identité, exige que le concept soit repensé en fonction d’un idéal de communauté universelle.Parce que cet idéal est d’abord celui de la reconnaissance de l’altérité, il constitue une valeur en évolution: chaque époque doit le reprendre pour dépasser le rapport de force et la guerre.Le défi contemporain le plus net à cet égard est celui des limites de la tolérance politique, et pas seulement individuelle: prenant acte de l’oppression des minorités et reprenant l’idéal cosmopolitique de Kant ainsi que son esquisse d’un gouvernement rpondial, Zarka pose la question de la tolérance aux Etats eux-mêmes.Ceux qui ne respectent pas le principe de réciprocité (accorder aux autres ce qu’on exige pour soi-même), ceux qui violent systématiquement les droits de leurs minorités ou qui sont systématiquement agresseurs ont-ils encore eux-mêmes le droit à la tolérance universelle des nations?Que veut dire pour eux la notion de souveraineté?Cette question peut être généralisée sur l’horizon d’une coexistence mondiale en devenir, où la place de l’autre, selon l’expression de Leibniz et Raymond Klibansky fut un pionnier des études tolérance.de Bayle, est l’enjeu fondamental, c’est-à-dire la capacité à sortir de soi.Rien de cela ne serait possible sans une éducation des individus et des peuples au pluralisme et à la tolérance, et ces trois volumes sont l’exemple même des projets qu’il faut aujourd’hui multiplier ils nous rappellent que la tolérance est une idée historique et, par là même, fragile et toujours menacée.Les débats au sein desquels elle fût développée ne ressemblent pas entièrement à ceux qui nous occupent, mais la visée est la même: dépasser la violence, accueillir l’autre dans ses différences, faire la pane.LES FONDEMENTS PHIIAJSOPHIQUES DE LA TOLÉRANCE EN FRANCE ET EN ANGLETERRE All XVH1 SIÈCLE Tome I: Études, 319 liages; tome 11: Textes et documents, 449 pages; tome III: Pierre Bayle - Supplément du Commentaire philosophique.2(>4 liages Sous la direction dYves Charles Zarka, de Franck Lessay et de John Rogers Presses universitaires de France, «Fondements de la politique» Paris, 2(X12 ÉCHOS DANS LA POCHE Prix Louis Pauwels Autrement dit Thierry Hentsch vient de remporter le prix Louis Pauwels pour son livre Raconter et mourir paru l’automne dernier aux Presses de l’Université de Montréal.L’auteur avait déjà fait parler de lui il y a quelques années, avec L’Orient imaginaire, aux Editions de Minuit.Le conteur Bienvenue Yvan Bienvenue, cocréateur de la série des Contes urbains à La Licorne, se voit honoré d’une soirée en son hommage.En première partie, Jean-Marc Massie présente le conteur, alors que Claudette L’Heureux et Julie Beauchemin racontent chacune une histoire tirée du répertoire de Bienvenue.L’auteur présentera un florilège de ses plus belles histoires.Le dimanche 9 février à 19h30, au Sergent recruteur, 4650, boulevard Saint-Laurent, Montréal (514) 287-1412.Dix ans d’édition Pour célébrer sop dixième anniversaire, la maison Ecosodété présente un spectacle qui met en vedette les mots de quelques-uns de ses auteurs et amis (Omar Actouf, Colette Beauchamp, Michel Chossudovs-ky, Pierre Dubois, Jacques B.Géli-nas, Serge Mongeau, Madeleine Parent Marcel Sévigny, Louise Vandelac).Le tout est appuyé par les chansons de Richard Desjardins, des Vulgaires Machins et de Caroline Harvey.L’humour des Za-partistes sera aussi de la fête.Le mardi 11 février à 20h à Montréal, au Lion d’Or, 1676, rue Ontario Est (coin Papineau).Entrée: 15 $.Pour information: (514) 521-0913.Yann Martel en nomination Le roman Life of Pi du Montréalais Yann Martel a été retenu dans la sélection finale des candidats au «Book of the Year Award», à Londres.L’auteur a remporté le prestigieux Booker Prize, l’an dernier.Une traduction française du livre doit paraître plus tard cette année chez XYZ.Parmi les autres concurrents en lice cette année au «Book of the Year Award», on note l’Américain Michael Moore, avec Stupid White Men, traduit en français chez Boréal.JOHANNE JARRY Il traversa la pièce et perçut Técho de ses propres pas.Et il sut que, maintenant qu’il était seul, il ne cesserait de les entendre aussi longtemps qu’il vivrait.» Cet écho résonne longtemps après la lecture de Comme un vol d’hirondelles (10/18), un roman prégnant de William Maxwell.Son titre original, They Came Like Swallows, beaucoup plus juste, rend compte du mouvement qui traverse la vie des Morison en 1918 pendant l’épidémie de grippe espagnole.Ce sont principalement Robert, l’aîné, déjà amputé d’une jambe, et son frère Bunny qui rendent compte des bouleversements que la maladie inflige à leur famille, les laissant orphelins de mère.Le roman de Maxwell est marqué par la perte, un thème souvent exploré en littérature mais que l’auteur réussit à singulariser en saisissant les imprévisibles regards de Robert et Bunny ainsi que le désarroi de leur père resté seul avec eux.L’œuvre de cet auteur américain mérite un large détour.Jack, un photographe en panne et en peine d’amour, vit en reclus à la Minerve.Un beau-frère plutôt excessif le secoue de sa torpeur.Tous deux prennent la route pour un nowhere destiné à ramener Jack sur ses rails.Une belle jeune femme se joint à leur duo.A la fin du périple, Jack recommence à faire de la photogra- ANNIE FRANÇOIS SOUOUINiR ALnCW08ff»KXj«A?Mt Guillaume Yigneault Chercher le vent «Muni mm phie, à aimer.Chercher le vent (Boréal compact), deuxième roman de Guillaume Vigneault, aurait résonné plus singulièrement si Jack, qui croit être critique à l’égard de la société, avait posé un regard moins conventionnel sur un monde qu’il ne remet jamais fondamentalement en question.Peut-être parce que ce dernier est malgré tout bienveillant pour sa personne.Après tout, ses photographies et son nom circulent à New York, et une belle jeune femme se montre tout à fait disposée à l’aimer.Un beau matin, à Budapest, un jeune garçon de 15 ans est arrêté puis embarqué dans un train.Il ignore sa destination.On parle vaguement d’un endroit où 11 faudra travailler pour les Allemands, on essaie d’être à la hauteur de la situation.Le narrateur et les passagers, le lecteur en prend brutalement conscience, ignorent l’horreur qui les attend.Comment, d’ailleurs, auraient-ils pu l’imaginer?La force du livre Être sans destin (10/18), de l’écrivain hongrois Imre Kertész, Prix Nobel de littérature 2002, réside dans la candeur du regard de son narrateur.Pourtant, rien ne lui échappe, et les moindres détails de la réalité des camps passent dans son récit.Mais, autre choc de lecture, cet univers concentrationnaire a un visage humain; l’homme qui troue la hanche (à froid) du narrateur ressemble à un homme.Comment fait-il pour ne pas se révolter?Survivre, on le comprend, réclame le mince filet d’énergie qu’il lui reste.À son retour à Budapest, on le presse de recom- Les poètes de l’Amérique française Proposent Un récital de Lise Gauvin une nouvelliste de ITnstant même Avec Robert Huard, basse Nathalie Tremblay, piano Marcel Lapointe, saxophone Une présentation de Guy Cloutier Lundi 10 février, 19 h 30 Chapelle du Musée de l'Amérique française 2, Côte de la Fabrique, Québec (418) 692-2843 Mardi 11 février, 20 h Maison de la culture Plateau Mont-Royal 465, av.du Mont-Royal E., Montréal (514) 872-2266 mencer une nouvelle vie.À ceux qui n’ont rien vu, le jeune homme de 16 ans répond: «Je vais continuer à vivre ma vie invivable.» L’œuvre suivra.Dans La Petite Bijou (Folio), de Patrick Modiano, la vie d’une jeune fille dérive depuis qu’on lui a appris la mort de sa mère, qui l’avait abandonnée pour aller vivre au Maroc.Elle est bouleversée quand elle croit la reconnaître, vêtue d’un vieux manteau jaune, assise sur un banc dans une station de métro à Paris.Elle la suit, parle à sa concierge, mais elle ne va pas plus loin; ce serait s’exposer encore à l’abandon.Une enfant qu’elle garde occasionnellement ravive ses souvenirs d’enfance.Elle se reconnaît si bien dans cette petite trop souvent laissée à elle-même qu’elle en perd presque la raison.On retrouve ici le vertige qui habite les êtres abandonnés, motif récurrent et sans doute inévitable (pour l’écrivain) qu’on retrouve dans tous les livres de Patrick Modiano.Plaisir du texte Du plaisir, voilà sans doute ce qu’offrent ces Écrits sur le théâtre (Points) de Roland Barthes, rédigés entre les années 50 et 70.Les textes que réunit et présente Jean-Loup Rivière ont tous été relus par Roland Barthes à la fin des années 70, peu de temps avant sa mort accidentelle.Celui-ci, qui aime pourtant le théâtre, y va de moins en moins.Pourquoi?«[.] je n’aime pas qu’un acteur se déguise, et c’est peut-être là l’origine de mes démêlés avec le théâtre.» Il y fait une lecture très -Paul ciambetland Terre Québec convaincante de La Locondiera, rappelle comment Brecht l’a définitivement marqué, observe comment le Godot de Beckett est devenu adulte.Jean-Loup Rivière a bien raison quand il écrit que c’est au lecteur «de sentir en quoi ces textes ne sont ni “actuels”, ni “anciens”, mais intempestifs».Retenons ce dernier mot.Autre regard sur les livres dans Bouquiner (Points), où Annie François développe de façon fragmentaire son rapport exclusif et vital à la littérature.Quand on est pareillement épris, on comprend qu’elle ne puisse s’endormir, aussi tard soit-il, sans avoir lu quelques pages.On opine vigoureusement du chef quand un ami lui suggère de lire Rouge décanté de Jeroen Brouwers et on partage l’angoisse qu’elle éprouve quand on veut lui emprunter ce bouquin-là (le reverrai-je?).11 y a des livres partout dans cette vie-là: c’est réjouissant.Saveurs indiennes Mentionnons la parution de Terre Québec, suivi de L’afficheur hurle et de L'Inavouable (Typo), trois textes importants de Paul Chamberland, publiés en 1964, 1965 et 1968, témoins d’une époque charnière au Québec et porteurs d’une œuvre à écrire.Cette nouvelle édition présente une notice biographique mise à jour, une bibliographie augmentée ainsi que quelques extraits d’articles critiques récents.Et, pour finir, le lecteur impatient de découvrir la prose de Yann Martel, Prix Pulitzer 2002 pour Life Of Py, peut lire Paul en Finlande (Boréal compact), premier recueil de nouvelles de l’auteur.>4 :i.V I * 14 I LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 FÉVRIER 2003 F 8 -?LE DEVOIR ?- De isr ARTS VISUELS Sous le signe de la forêt GALERIE SIMON BIAIS Roadkill 1 (Corbeau), 2002, de Marc Séguin.MARC SÉGUIN, STÉPHANIE BÉLIVEAU, JEAN-SÉBASTIEN DENIS, JULIE OUELLET Galerie Simon Blais 5420, boulevard Saint-Laurent, bureau 100 Jusqu’au 15 février BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR La galerie Simon Blais présente en ce moment une exposition de groupe qui, à certains égards, ne manque pas de cran.Quatre jeunes artistes y exposent des toiles qui démontrent bien la vitalité de la peinture actuellement à Montréal et au Québec en général.On n’avait pas besoin d’une démonstration de cet état de fait — la peinture demeure ici une pratique vigoureuse et quiconque doute que nous cherchions à la défendre se trompe effrontément — mais le quatuor présentement sous vitrine affiche une assurance dont il faut tenir compte.D’abord, un geste.Celui du gale-riste.Sans être nécessairement frileux, le galeriste Simon Blais, un de ceux dont la ligne de conduite dans le réseau des galeries dites commerciales est la mieux définie, n’a jamais été de ceux qui font le plus de bruit.Or, le voilà qu’il ouvre grandes ses portes, en même temps, à quatre jeunes artistes, afin de leur permettre de rejoindre son écurie.Rarement voit-on une telle marque de confiance dans ce milieu.De ce nombre, deux sont des anciens protégés de la galerie Trois Points.Marc Séguin, dont la carrière en trombe ne semble pas vouloir ralentir, et Stéphanie Béliveau, qui rarement déçoit, se joignent à la galerie.Là,
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