Le devoir, 3 mars 2007, Cahier E
LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 MARS 2007 -, EXPOSITION Mickey masse LeMBAM consacre une expo aux relations complexes entre Vunivers de Walt Disney et ses savantes sources artistiques STÉPHANE BAILLARGEON La femme fatale Joan Crawford a inspiré les traits de la vilaine belle-mère de Blanche-Neige.Facile.Connu.Cliché.Mais qui sait qpe les dessinateurs des studios Disney ont aussi puisé chez lady Macbeth et dans les versions cinématographiques de Docteur Jekyü et M.Hyde pour la scène de la transformation de la reine en sorcière?Ou que les dessins de la fuite en forêt de la gentille princesse s'inspirent des esprits malfaisants présents dans les œuvres du Norvégien Theodor Kittelsen, de l’illustrateur anglais Arthur Rack-ham, du symboliste belge William Degouve de Nuncques et très précisément de la page 67 de l’édition de 1861 de L'Enfer àe Dante tel qu’imagé par le Français Gustave Doré?Des exemples semblables, Il était une fois Walt Disney.Aux sources de l’art des studios Disney en déploie des tonnes et des masses.L’exposition, qui sera inaugurée officiellement mardi prochain au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), rassemble plus de 500 numéros, avec une salle entière dédiée aux influences de Disney sur l’art contemporain.Transversal à souhait «Ce qui nous apparaît comme un pur produit de la culture de masse américaine s’avère en fait nourri de l’art européen, retraduit évidemment», résume le Français Bruno Girveau, commissaire du travail, rencontré cette semaine alors qu’il poursuivait l’accrochage au musée.«Au fond, la culture voyage entre les pays, les disciplines et les catégories comme la marge et la masse.La culture n’a pas de frontière.» Bruno Girveau est depuis peu conservateur en chef des collections de l’École supérieure des beaux-arts de Paris.L’ancienne Académie royale, près du Louvre, a rassemblé quelque 250 000 œuvres au fil des siècles, dont plusieurs chefs-d’œuvre régulièrement prêtés.Le MBAM vient de passer l’hiver avec des Girodet tirées de ses nobles voûtes.Auparavant, le spécialiste de l’architecture travaillait comme conservateur au Musée d’Orsay.L’idée du travail transversal à souhait, jouant de manière irrévérencieuse des catégories de sa discipline, lui est venue en regardant des films de Disney avec ses enfants, U y a une décennie.«]’ai été d’abord frappé par les sources architecturales et puis j’ai vite compris qu’il y avait là une riche matière à VOIR PAGE E 2: MICKEY DANSE Ginette Laurin explore l’aléatoire Page E 4 IH W ULTEE 25e FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM SUR L’ART H P Phyllis Lambert JACQUES GRENIER LE DEVOIR Î entre pierres et verrières Le 8 mars prochain, Journée internationale des femmes, le documentaire Citizen Lambert, Jeanne d’ARChitecture de la Française Teri Wehn-Damisch lance le bal du 25e Festival international du film sur l’art Étoile du film: Phyllis Lambert, grande dame de l’architecture, toujours au créneau pour protéger le patrimoine montréalais en péril.ODILE TREMBLAY La place de la lumière dans mon univers?Regardez cette maison.Je suis "héliotropique”.Pas de rideaux.» Pas trop de voisins non plus, faut dire.«Je porte Montréal dans mes os et dans mon sang», profère la passionnément urbaine fondatrice du Centre canadien d’architecture.Le «chez-nous» de Phyllis Lambert, en plein Vieux-Montréal, à l’ombre des anges de la magnifique chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours, est un puits de lumière, ouvert côtés nord et sud sur les lueurs du jour.Entre pierres et verre, on voit des sculptures, des murs d’époque jalonnant un environnement épuré du XXI' siècle, un gros chien bouvier des Flandres; beautés sur fond de parois blanches.«On trouve dans le blanc toutes les couleurs.» La maîtresse des lieux, de noir vêtue, habite ici depuis 30 ans.Allez vous étonner qu’elle ait été si proche de l’architecte Mies van der Rohe, apôtre reconnu de la lumière.Phyllis Lambert travailla à ses côtés pour concevoir l’édifice Seagram de New York ainsi que le Centre Toronto-Dominion dans la Ville reine.«Avec Mies van der Rohe, j’étais au départ comme un canard orphelin qui s’est trouvé un maître.» Un film exquis Phyllis Lambert vedette de cinéma.Pou-quoi pas?A 80 ans, elle jogge, fait son yoga, se bat pour le mont Orford, écrit des livres sur la préservation patrimoniale, trône sur le Centre canadien d’architecture, fait trembler ceux qui veulent trembler.Citizen Lambert est un film exquis, au fait.Drôle, pétri de clins d’œil.Rien pour présenter le profil austère d’une Phyllis Lambert en amazone dominatrice, croulant sous les doctorats honoris causa.Mais une œuvre pleine de vie, avec des clips intégrés sur ses jouets de collection, ses robes fo-folles qu’elle ne revêt guère souvent mais qu’elle coupe et accumule.Elle connaissait la documentariste française, s’est laissé conquérir par ses idées amusantes, celle de l’abécédaire par exemple, qui suscite ses réflexions: «I» pour impatience, «A» pour architecture, «P» pour photographie aussi, une de ses passions.Phyllis Lambert a parcouru Montréal appareil en main, pour capturer la moindre façade ancienne, les bâtiments à préserver.Le film s’offre des retours en arrière, avec documents d’archives, du temps où elle était Phyllis Bronfinan dans ses robes Dior et Channel, posant au salon.La caméra d’hier VOIR PAGE E 2: LAMBERT ECOLE ,ÉCOLE ¦E 2007 REPOS INSPIRATION PHÔTOG^HTErDlsÎGiTcÔNTÈicnJEl RHILÔsÔphÎeTdËsSIn’ ol CARA^rFsIYPOGRAPHIQuIsT ' ILLUSJRATIO^ ARTS VISjJELS, UNO ARUQUARELLE______________________________________ WWW.pcrce.ul8vat.ca j TéL : 1.418.656.2017 I Tél sam frais : 1.866.656.20171 Courriel ; perce@faaav.utival.ci | {Jm LE l> K V » IR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 MARS 2007 CULTURE Caméras roses réclamées Odile Tremblay Au coin d’une rue, la cinéaste Léa Pool m’avait annoncé que la lettre collective circulait Depuis belle lurette, la réalisatrice de La Femme de l’hôtel et à'Emporte-moi se plaignait de la maigre proportion de réalisatrices de fiction à occuper l’espace cinématographique québécois.Trois ou quatre égarées au pays des hommes, aujourd’hui comme au début des années 80.Fallait bien qu’une gang de filles s’unissent pour gueuler.Elles y ont mis le temps, d’ailleurs.Bon! Le 8 mars approche.Seul moment de l’année sans doute où les femmes disent «Hep! Tout n’est pas réglé du côté de l’égalité entre les sexes», sans faire rire d’elles.Parce que l’étiquette féministe est plutôt mal vue.Surtout chez la génération montante.Or ce sont de jeunes réalisatrices en colère qui ont attaché le grelot de cette révolte-ci.Une lettre collective est lancée cette semaine, sorte de bouteille à la mer, paraphée par une quarantaine de cinéastes, de Manon Barbeau à Marilu Mallet de Paule Baillargeon à Léa Pool, etc.Seul réalisateur à l’avoir cautionnée: Karim Hussein — pas moyen de le manquer, tout seul sur son îlot.Une vingtaine de cinéastes mâles sollicités ont décliné l’invitation ou omis de répondre.Tout a commencé le 28 janvier, quand la cinéaste française Coline Serreau est venue au Québec rencontrer une vingtaine de ses consœurs du septième art Ce qui devait être un pacifique forum de discussion s’est mué en cri du cœur devant les mille obstacles qui parsèment le parcours de la combattante, caméra au poing.Paranos, les filles?Même pas.Tenez! Parmi la douzaine de projets de longs métrages francophones financés la semaine dernière, chez Téléfilm et à la SODEC, un seul nom de femme figure: celui de Léa Pool pour Pieds nus, sur un scénario d’Isabelle Hébert Cette même Léa Pool qui se sentait bien seule de sa gang au début des années 80.Retour à la case départ Mais l’avait-on déjà quittée?«Où sont les feeemmes?», entonnait la chanson.A la tête des films québécois, elles sont rarissimes.En littérature, les quotas entre les hommes et les femmes sont à égalité, en arts visuels aussi.Pourquoi pareille disproportion au cinéma, surtout ppur les films de fiction?«Question de pognon, répond Eve Lamont.Quand l’argent entre en jeu, la compétition devient féroce.Les filles se font tasser et le territoire devient donc une chasse-gardée masculine.» Sur les bancs des écoles de cinéma, les filles sont pourtant aussi nombreuses que les gars.Ça se gâte par la suite.Selon le collectif Moitié-Moitié, en 1985-86 les femmes obtenaient 16 % de l’enveloppe de production de la SODEC, documentaires et fiction réunis.Aujourd’hui, la proportion est de 14 %.Une baisse de 2 % en 20 ans.Côté fiction, les femmes gèrent un maigre 11 % des fonds du long métrage de la SODEC et de Téléfilm.Nous voici loin de la parité.11 n’y a pas de relève féminine, et les cinéastes chevronnées se sentent écartées.«On nous décourage», lance Marquise Lepage.Elle se dit poussée dans le champ documentaire, éloignée de la fiction à différentes étapes du processus.De manière insidieuse.Mais, demandent certains, à quoi bon signer des pétitions si les femmes ne déposent pas assez de projets en cinéma devant les institutions?Elles n’ont qu’à foncer comme les gars, leurs demandes seront évaluées à la pièce.«Pas si simple!», répondent les réalisatrices.Isabelle Hayeur se montrait irritée à ses débuts par le discours féministe, qui hd semblait dépassé: «À 40 ans, je suis obligée de constater qu’il y a un gros problème», dit-elle aujourd’hui.De fait, moins de femmes que d’hommes présentent des projets de fiction.Mais en amont, plusieurs scénarios se retrouvent bloqués dans les bureaux de production, qui trouvent les projets féminins plus complexes, plus difficiles à vendre, et les envoient rouler sous le tapis.En aval, ce manque de voix féminines se reflète sur les rôles offerts aux actrices: jeune nunuche ou brave maman.Les stéréotypes ont la partie belle.Help! «C’est un scandale, tout simplement!», s’écrie Paule Baillargeon.La cinéaste de La Cuisine rouge se définit comme une auteure de fiction, mais elle réalise des documentaires depuis quinze ans.Rien d’autre ne décolle.Elle se décourage un temps, puis ressort ses rêves de fiction des tiroirs, cogne de nouveau aux portes.Un jour, peut-être.L’épître collective ne réclame pas la parité, au grand regret de la Française Coline Serreau (signataire de la lettre) qui trouve ses consœurs d’ici trop timides.Les réalisatrices québécoises demandent plutôt une distribution plus équi- table des fonds publics, une attention accrue des institutions.En fait, les filles veulent créer le débat On leur souhaite de ne pas lâcher le morceau, de préparer un rapport exhaustif, chiffré, documenté, pour étayer leurs revendications et pousser leurs pions.Le phénomène est tissé de démotivation à chaque étape, complexe, difficile à cerner.Remarquez: le portrait n’est guère plus brillant aux Etats-Unis.Bonjour, le gala des Oscars: encore un boys’ club de créateurs.Les jolies femmes en robes de fées concourent pour les lauriers d’interprétation ou font de la gracieuse figuration.Quand Sofia Coppola s’y pointe, elle a l’air d’une Jeanne d’Arc au milieu de ses frères d’armes.En France, c’est plus rose.De nombreuses femmes cinéastes, dont toute une relève bourrée de talent, a bouleversé le paysage cinématographique de fond en comble.Aux derniers César, c’est Lady Chatterley, de Pascale Ferran, adapté du roman de D.H.Lawrence, qui a récolté la pluie de statuettes.N’empêche qu’une seule réalisatrice est repartie du chic Festival de Cannes avec une Palme d’or: Jane Campion en 1993 pour La Leçon de piano.Célébrant son 60e anniversaire en mai prochain, Cannes a demandé à 35 cinéastes majeurs issus de 25 pays de réaliser un collectif à partir d’un thème: la salle de cinéma.Seule représentante du genre féminin: encore Jane Campion.Oui, dans les grosses arènes du septième art, on invite trop de ténors et pas assez de sopranos.Les sexes divorcent dans les sphères du pouvoir et de l’argent Air connu.Trop connu.Ça emmerde, voilà! otrem blayCfi ledevoir.com LAMBERT SUITE DE LA PAGE E 1 se pose sur le domaine de la crête de Westmount chez le richissime papa à la tête de l’empire Seagram et chez la maman aux goûts d’artiste.Un berceau d’or qu’elle brûlait de quitter au plus vite.«Rebelle.Oui, je l’ai toujours été, bien sûr.» Jeunette, elle faisait de la sculpture.«Mais l'idée de retrouver mes oeuvres chez madame Machin m’a décidément convaincue que ma place était en architecture.» En 1952, elle s’est mariée avec un Français: Jean Lambert.Brève union, qui lui permit de conserver précieusement le patronyme.«C’était un nom très neutre.» Claironner son appartenance au clan Bronfman lui pesait Va pour Lambert Elle aurait pu s’établir définitivement à New York ou à Chicago, mais au milieu des années 60 et durant la décennie 70, le Québec sortait de son sommeil, telle la Belle au bois dormant.Au retour, elle s’est révoltée de retrouver tant de beaux bâtiments patrimoniaux réduits en poudre par des promoteurs sans vision.Révoltée, soit, mais pas déprimée.Question de tempérament «Ça me donnait plutôt envie de combattre.» Ces années-là, si fécondes en musique, en peinture, en toutes sortes de formes d'art, furent souvent les fossoyeuses de l’architecture traditionnelle.«Comment comprendre la ville d’aujourd’hui si on demeure insensible à ses racines?», demande celle qui allait devenir spécialiste du Montréal du XVIIIe siècle et championne de la préservation.«Ici, on ne sait pas que Montréal était une ville fortifiée.» Depuis toujours, elle aime montrer les pierres grises des édifices r «Un magnifique objet théâtral» | Guide Culturel/ Radio-Canada Un spectacle multimédia du théâtre Les Deux Mondes Texte Philippe Ducros I Mise en scène Daniel Meilleur I vidéo Vves Dubé I Rccessoires Guy Fortin Musique et environnement sonore Michel Robidoux I Costumes Rnne Sophie Archambault Lumières Pierre Bérubé Rvec Michel Mongeou, lyne Rodier et Martin Vachon Information I réservation 514 282-3900 I uuuiuj.theatredaujourdhui.qc.ca 3900, rue Saint-Denis, Montréal montréalais aux visiteurs.«Elles créent les liens entre tous les points de la ville.» Dame de fer et riche héritière tant qu’on voudra, Phyllis Lambert est avant tout habitée par une vision.La métropole doit beaucoup à celle qui fonda Héritage Montréal, contribua à la mise en valeur du Vieux-Port, de la merveilleuse avenue McGill College, sans compter le reste.Elle voit la culture du mécénat s’installer chez nous à pas de tortue.«Trop de gens estiment encore que les arts sont superflus.Les gens d’affaires veulent afficher leur nom sur des commandites plutôt que de prendre une position pour améliorer le tissu social.» Pas Phyllis Lambert.Des regrets, elle en a: ne pas avoir sauvé le bâtiment Samuel Bronfman, rue Sherbrooke, par exemple, des velléités expansionnistes de son père.«Je n’arrivais pas à convaincre ma famille de le sauvegarder.Mais j’aurais dû me battre davantage.» PhyDis Lambert n’en revient pas du chemin qui a été accompli au Québec en ce qui concerne la conscience patrimoniale depuis les années 60.«C’est le jour et la nuit, constate-t-elle.Avant, les gens voulaient tout démolir.» A ses yeux, l’héritage religieux, appelé à devenir au cours des prochaines années le grand défi de la préservation urbaine, ne commandera pas des solutions collectives.«Chaque église, chaque bâtiment religieux devra être évalué au cas par cas.Regardez l’église St.James, rue Sainte-Catherine, comme elle brille depuis sa rénovation.Celle de Sain-te-Cunégonde aussi.Certains temples pourront trouver une vocation communautaire.Près du CCA, on va récupérer une petite église en l’intégrant.L’architecture ne se conçoit pas à partir d’une page blanche.Des éléments existent déjà, qui témoignent du passé et peuvent avoir une nouvelle vie.» Aux citoyens, Phyllis Lambert a envie de dire que les gouvernements ne leur donneront rien tout cuit dans le bec.«R faut revendiquer.Si les gens veulent préserver des beaux coins de Montréal, ils doivent s’unir, se documenter.else battre.» L’architecte amoureuse de nos pierres grises est activiste, donc une optimiste.«Je crois que Montréal va devenir une ville de plus en plus démocratique, où les gens vont s’impliquer, estime-t-elle.Prenez le nom de l’avenue du Parc.On Ta gagné, ce combat.» Le Devoir MICKEY SUITE DE LA PAGE E 1 explorer et à exposer.» Il a soumis la proposition à Guy Cogeval, alors que l’ex-directeur du MBAM agissait comme consultant pour développer des expositions originales et plus populaires au Grand Palais de Paris.«Il a tout de suite dit qu’il fallait monter ce projet et il a ajouté qu’il aimerait aussi présenter cette exposition à Montréal.» Les travaux pionniers du Français Pierre Lambert, le premier à avoir célébré les travaux des studios comme des œuvres d’art à part entière, et de l’Anglais Robin Allan, grand dénicheur des sources européennes de Disney (il signe un texte dans le catalogue) ont guidé le travail.Surtout, M.Girveau n’a pas dérogé de son intuition première, finalement très classique en histoire de l’art, consistant à suivre la généalogie des créations.Ici même, Guy Cogeval a monté une exposition originale sur Hitchcock et l'art, avec des liens interdisciplinaires.Le Musée d’Orsay a lié Millet et Van Gogh.New York vient de rapprocher Picasso et des artistes contemporains.Sauf pour Judas, il demeure possible de juger un homme, même un artiste, à ses fréquentations.On peut penser bien du mal de Walt Disney, il faut tout de même lui reconnaître une immense qualité: cet homme d’extraction culturelle modeste savait s’entourer.Curieux, passionné et audacieux comme beaucoup d’autodidactes, il a recruté pour ses studios les meilleurs illustrateurs européens émigrés en Amérique, formés par les académies du Vieux Continent.Ses collaborateurs ont permis à ses dessins animés de s’imbiber de la grande tradition occidentale, aussi bien dans le choix des thèmes (d’Alice au pays des merveilles à Pinocchio) que dans leur traitement inspiré du Moyen Age gothique au surréalisme, de Doré et Daumier, des préraphaélites anglais et des primitifs flamands, des symbolistes allemands et des expressionnistes de partout Distance et évidence En fait, l’intuition d’appliquer la méthode iconographique à Disney semble tellement évidente qu’on se demande pourquoi elle a mis tant de temps à s’imposer dans le milieu muséal.On peut aussi s’étonner du fait ' BIODOTVŒ UNMUSÉUM éthode no 8: les stepettes ARCHIVES WALT DISNEY Le Mickey d’origine que ce soit un Européen des nobles beaux-arts qui ait finalement développé ce sujet on ne peut plus américain.«J’ai une explication, mais je ne suis pas sûr que ce soit la bonne, commente alors le principal intéressé.Je Pense que les Américains sont trop près du sujet, probablement trop populaire et trop mythique, pour s’y attaquer dans un musée.Il faut peut-être de la distance pour bien voir l’évidence.» On verra aussi à l’usage comment la proximité géographique et culturelle des Etats-Unis teintera la lecture ici.Le projet Disney a été lancé pour de bon en même temps que la guerre en Irak.L’antiaméricanisme n’a fait que gonfler depuis.«En France, on a reproché à l’exposition de ne pas appuyer sur la question de l’impérialisme ou les opinions politiques de Walt Disney.Je suis historien de l’art, ce n’est pas mon propos, mais je dois souligner que dans ses œuvres on ne trouve pas trace d’une vision du monde ultraconservatrice.» Le.conservateur lui-même défend des positions généreuses, puisque avec cette exposition, mêlant le high et le low art, la culture de masse et la culture d’élite, les arts de pointe et les industries culturelles, l’Europe et l’Amérique, M.Girveau souhaite drainer au musée des non-initiés, comme l’expo Tintin rameute en ce moment les foules à Beaubourg.«On touche à la distinction entre culture savante et culture populaire, une opposition très forte dans les musées.Je ne viens pas personnellement d’un milieu familial naturellement exposé à l’art.Disney a aussi ce côté émouvant pour moi.II est demeuré un homme peu cultivé, mais il était très curieux et il a su s’intéresser à la grande culture.» La machine à bonnes idées a aussi en tête une exposition sur les oeuvres à scandale à travers les siècles, compliquée à réaliser parce qu’elle ne concerne que des chefs-d’œuvre comme le nu Olympia de Manet.Et puis une autre expo sur l'univers de Tim Burton, un autre génial cinéaste très influencé par de multiples sources.Edgar Allan Poe?Facile.Le cinéma expressionniste allemand?O.K.Mais il y aurait aussi de la place pour l’architecture ultra-baroque de Gaudi ou celle de l’architecte victorien George Gilbert Scott, créateur de l’hôtel de la gare Saint-Pan-cras, à Londres, utilisé dans le Batman de Burton.Le Devoir IL ÉTAIT UNE FOIS WALT DISNEY Musée des beaux-arts de Montréal Du 8 mars au 24 juin 2007 LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 MARS 2007 E 3 CULTURE Oser débusquer 1 animal Reynald Robinson met en scène Le Diable en partage de Fabrice Melquiot à l’Espace libre THÉÂTRE JACQUES GRENIER LE DEVOIR le hasard qui lui a fait rencontrer le texte de Fabrice Melquiot.mm Pour raconter cette histoire d’amour sur fond de guerre civile, Melquiot s’est rendu en Bosnie «pour y capter un Hen intime» qui lui manquait pour écrire.Et pour donner forme à tout cela, Robinson et l’équipe de la compagnie DuBunker ont choisi de faire ressortir la profonde humanité du texte en l’incarnant sur une scène nue.Sans rien.Sans accessoires ni décors.Sauf deux AK-47.MICHEL BÉLAIR Reynald Robinson est un homme attachant.Vous passez moins de cinq minutes avec lui et vous sentez déjà comment il travaille comme metteur en scène avec ses comédiens: tout en douceur et en intensité.C'est un homme de mots, Reynald Robinson, clair, éloquent; un homme de paroles.En parlant pendant plus d’une heure avec lui de ce Diable en partage de Fabrice Melquiot, qu’il monte à l’Espace fibre, nous avons beaucoup évoqué la violence et, plus dérangeant encore, l’animalité qui nous menace à tout moment.Fond de guerre Mais avant de rencontrer Reynald Robinson, j’ai joint Fabrice Melquiot à Reims.Il y a presque deux ans, Melquiot révélait en entrevue au Devoir qu’il écrivait toujours dans l’urgence, et j’ai d’abord voulu savoir quelle impulsion était à l’origine de ce texte planté en pleine guerre de Bosnie.«C’est en retrouvant une coupure de presse au fond de l’un de mes tiroirs que j’ai commencé mon travail sur Le Diable en partage, explique le dramaturge.L’interview d’un jeune homme serbe, qui avait quitté les Balkans quand la guerre a éclaté.Il avait traversé la Croatie, la Slovénie, l’Italie par la route, avant d’atteindre la France, où il attendait un statut de réfugié politique que le gouvernement de l'époque refusait de lui accorder, puisqu’il était serbe, c'est-à-dire considéré comme agresseur.Il parlait de son corps et de sa langue comme de fantômes, qui traversaient les êtres sans les toucher.Il y avait des photos de lui, contours flous de sa silhouette et les toits de Paris devant lui.Un spectre, une figure de théâtre, possiblement.» «J’ai entrepris un travail d’enquête, d’archivage (livres et vidéos), puis je suis parti à Sarajevo, une première fois, pour y capter une sensorialité qui me manquait, un lien intime.Afin d’écrire depuis.Ecarter le sujet, ne surtout pas considérer la guerre de Bosnie comme un sujet, mais plutôt comme le territoire même de l’écriture.A Sarajevo, j’ai rencontré un garçon et une fille, Lorko et Elma.Ils sont devenus le lien, l’éclair, le lieu aussi, la source.Tout a vraiment commencé avec eux.» Fond de guerre donc, toujours.Pis, de guerre civile.A\ Reynald Robinson bénit presque Mais comme le précisera le metteur en scène, c’est la profonde humanité du texte de Melchiot dans ce contexte horrible — alors que l’on se méfie de son voisin et même de la femme de son frère puisqu’elle est musulmane, puisqu’elle est l’ennemi.— qui l’a séduit.«Tout cela est bien présent et surtout bien possible dans le quotidien le plus ordinaire, dit encore Robinson.C’est cela qui me rejoint, parce que ça met en relief la fragilité du monde dans lequel on vit.Malgré les grandeurs de l'humanisme, il suffit toujours de peu de chose pour que la barbarie triomphe, pour que l’animal surgisse du fond de nous.La violence est toujours proche.Et l’histoire de l’humanité montre bien que la Bosnie n’est qu’un tout petit chapitre d’une longue litanie qui nous menace tous.Même nous ici.» Sans rien Robinson et Melquiot se connaissent depuis deux ou trois ans déjà.Le metteur en scène a d’abord été séduit par Bouli Miro en France (un des textes dits «jeunes publics» de Melquiot) et il l’a rencontré depuis à quelques reprises, là-bas comme ici.Leur complicité s’est enrichie encore plus depuis que le Conservatoire a donné à Reynald Robinson l’occasion de travailler sur Le Diable en partage avec ses finissants, l’an dernier; c’est d’ailleurs la même production — propulsée par des commentaires plus qu’élo-gieux — qui prend l’affiche de l’Espace libre, à la seule exception d’un comédien remplacé parce qu’il avait un engagement ailleurs.Robinson, qui est aussi l’auteur du remarquable Hôtel des horizons et de plusieurs autres textes pour le théâtre, parle de Melquiot comme de quelqu’un de très précieux.Un «frère d’écriture».«Fabrice regarde l’homme sous ses prétentions, dans ses contradictions, et il a, oui je pense, une certaine compassion pour cet animal en nous qui s’assure d’abord de sa survie et de celle de ses proches.C’est tout cela qu’il met en portrait dans cette magnifique écriture ciselée qui est la sienne; pour que l’on “travaille” avec, pour que l’on soit conscient de cette constante agressivité-là, toujours présente en nous.En nous tous.Bien au-delà d’une mise en situation théâtrale, on peut se demander où seront nos grands principes lorsque, par exemple, l’avenir de la planète, les réserves d’eau potable, l’espace, tout cela sera enjeu.» Le diable est partout.mais Melchiot a aussi placé beaucoup d’anges dans sa pièce, poursuit le metteur en scène.«C'est un show doux, plein de tendresse.Une histoire d’amour.Et son écriture baigne dans une sorte de poésie naturelle.Tout est là.Pas besoin d’illustrer, de rendre de façon réaliste les multiples lieux de l'action.Pas besoin d’appuyer sur quoi que ce soit.En répétition, à 10, avec l’équipe de DuBunker, le texte a suscité des discussions et des affrontements passionnés.Et à partir de cela, nous avons choisi de présenter le texte sur une scène nue.Sans rien.Sans décors.Sans autres accessoires que deux fusils-mitrailleurs AK-47.Nous fu- mons sans cigarettes.Nous mangeons de la soupe sans cuillère.Je pense que le texte ramène à cela, à une grande simplicité, un dosage qui est potentiellement beaucoup plus efficace pour dire les choses que la démesure ou l’enflure.» Dans cette fin de matinée absolument glorieuse, Reynald Robinson bénit presque le hasard qui lui a tait rencontrer ce texte de Fabrice Melquiot, choisi à l’aveugle à partir d’une boîte de carton remplie de livres dans les couloirs dp bunker du Conservatoire.A cause des rencontres d’abprd sur lesquelles il a débouché.A cause aussi du profond questionnement qu’il a fait surgir en lui.Robinson le dramaturge dira même que son travail sur Le Diable en partage influence directement le show sur lequel il travaille depuis quelque temps: «Cela nourrit mon écriture et m’aide à débusquer ce mal que je sais aussi présent au fond de moi.» Voilà une entreprise qui ne risque pas de figurer au programme de quelque parti politique que ce soit en cette période d’élections générales.Notons en terminant que Fabrice Melquiot sera à l’Espace Libre pour rencontrer le public, vendredi soir après le spectacle.Le De voir LE DIABLE EN PARTAGE Texte de Fabrice Melquiot Mise en scène: Reynald Robinson.Une production de la compagnie DuBunker présentée à l’Espace libre du 7 au 24 mars.Information: » 514 521-4191./Théâtre de la Ville, Longueuil 10 février.20h - 11 février, ISh 150, rue de GentiHy Est biHetterie 450-670-16*6 www.theatrede&vtlîe.qc ,ca ON joue au [prospero] i- Montréal 20 février au 10 mars, 20h 137* rue Ontario Est billetterie 514-526-6582 et Admission 514-790- i 245 wwwiaveiüee.qc ,ca i v O f| I! 1 2 £ < U £ y «¦3 M If Vf •>* l T-* k Supplémentaires du 13 au 17 Mars, 20h lesTouviraqiies v de/ Philippe Besson \^J production/Théâtne Complice .Adaptation et mise en scène/ Denis Lavalou Avec/ Marie-josée Gauthier Ginette Morin et Marcel Pomerto , /Rencontrez Philippe Besson les 20 et 21 février au Prospero g "SL,»: LE DEVOIR âws-ssar- ZZZ NUIT*** BLANCHE fi MONTRÉAL V ÉDITION CE SAMEDI, ON PASSE \ LA NUIT ENSEMBLE - 86 activités 3 circuits différents 3 quartiers de la ville m- mi m Films ?Danse * Musique ?Art _ Sport ?Lecture * Installations Poésie* Humour ?Folie! SÜŒIÔS’ O'—rr ^Commencez votre nuit sur le site de 1 la Fête de la lumière Hydro-Québec Vieux-Montréal et Quais du Vieux-Port Fresque sur glace, feux d’hiver Loto-Québec, glissade le Lait, patinoire Pour clore en beauté votre Black Lite, zone d;animation le Lait.Muit blanche ! Pour UTILISEZ LES navettes GRATUITES 0 Le petit-déjeuner convivial au complexe Desjardins SILENCE, ON DANSE! D.J.SOUND SHAPER it NATHAN BURNS 'arty silencieux avec écouteurs a la Sphc: Nuit blanche! Pour la première fois, on É pourra même goûter J à la spectaculaire C omelette géante aux fromages düci ! UUfTE I DE U LUMIERE HYDRO-QUtBFC montrealenlumiere.com 514 288-9955 I 888 477-9955 SkS HR» Lipsynch, prise 1 Identité, rationalité, mort et narcissisme, Robert Lepage regroupe les thèmes de ses plus récentes œuvres dans Lipsynch, sa dernière œuvre-fleuve, présentée en première mondiale à Newcastle en Grande-Bretagne la semaine dernière.EVELYNE ASSELIN Newcastle — Il aura fallu cinq ans pour en arriver à cette première ébauche de cinq heures et trente minutes née d’un désir de collaboration entre le célèbre metteur en scène québécois et le Théâtre Sans Frontières (TSF), une compagnie théâtrale du nord de l’Angleterre.«En 1997, nous cherchions un “patron", une sorte de porte-parole pour notre compagnie théâtrale, une pratique usuelle en Grande-Bretagne.Nous avons approché Robert [Lepage] qui nous a proposé ce projet un peu vague autour de la parole et de la voix.Il souhaitait sortir un peu de l'approche visuelle», explique John Cobb, cofondateur de TSF et coipédien pour Lipsynch.A la fois drame, suspense policier et comédie, il est impossible de résumer en quelques lignes la diversité des sujets abordés dans Lipsynch.Lors de sa version finale, prévue pour 2009, la pièce devrait s’étendre sur neuf heures et comprendre neuf actes.Un casse-tête à sept morceaux La mort d’une jeune Nicaraguayenne à bord d’un vol Londres-Montréal sert de prémisse au récit, qui nous transporte de la Grande-Bretagne au Québec avec quelques escales en Allemagne, en Espagne et au Nicaragua.En sept actes, pour autant de personnages clefs, les spectateurs sont amenés à explorer l’influence que peuvent avoir les paroles sur nos sociétés et l’importance de la voix dans la construction de nos identités.Créateurs et comédiens ont soumis leurs idées sur ce thème initial lors de rencontres de création éparpillées un peu partout sur la planète à intervalle de six mois entre 2001 et 2006.Au final, tel un casse-tête à sept morceaux, le décès de Lupe nous entraîne dans l’univers de l’opéra, du cinéma et de la prostitqtion, au cœur du mythe grec d’Echo et de Narcisse et au point de clivage entre la religion et la science.Malgré une volonté d’aborder le théâtre par la voix, l’aspect visuel n’en demeure pas moins imposant Une équipe d’une dizaine de techniciens s’occupe des multiples changements de décors que nécessite la pièce.Constamment sur scène, les créateurs ont décidé de les intégrer à titre de figurants plutôt que de tenter de les cacher.«C’est m peu comme pour un avion: vous ne voyez pas ces gens qui transportent vos bagages et veillent à l'entretien, mais ils sont là, ils existent.Nous avons voulu explorer cette facette du théâtre, jouer avec ce thème», indique John Cobb.Les spectateurs montréalais pourraient assister à une tout autre version de Lipsynch lors de son passage au Festival Trans-Amérique, bien que le canevas initial de la pièce soit fixé.«La structure demeurera la même, mais l'ordre des scènes et le contenu des actes peuvent changer en cours de route.Nous pourrions proposer un début complètement différent, par exemple», précise Cobb.Déjà, entre la première et la dernière représentation à Newcastle, des changements ont été apportés par Robert Lepage et sa troupe.Théâtre Sans Frontières et Ex-Machina, la compagnie de Lepage, en sont d’ailleurs à lire les commentaires soumis par les spectateurs à la fin de chacune des représentations.«Le but des représentations à Newcastle était justement de présenter le matériel et d’obtenir l’appréciation du public.Pour le moment, c’est très positif», conclut le cocréateur.Collaboratrice du Devoir lipsynch sera présenté à Montréal dans sa version de cinq heures les Tr, 2, 3, 5, 6 et 7 juin lors du festival TransAmérique.MARC MARVIE La mort d’une jeune Nicaraguayenne à bord d’un vol Londres-Montréal sert de prémisse au récit de Lipsynch.K APRES L'IMMENSE SUCCES D'ONCLE VANIA, LA TROUPE TCHEKHOV EST DE RETOUR! Théâtre du Nouveau Monde MAXIM GAUDETTE / MAUDE GUÉRIN / CATHERINE TRUDEAU U JEAN-PIERRE CHARTRAND/HENRI CHASSÉ/MICHEL DUMONT/KATHLEEN FORTIN / ROGER LA RUE/JEAN-SÉBASTIEN LAVOIE/PATRICIA NOUN /GERARD POIRIER JUDY JONKER / ÉRIC CHAMPOJX tmt NORMANI i RIAIS «m L E O E V 0 1 R.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 MARS 2007 K 4 DANSE Quête identitaire Gaétan Gingras renoue avec ses origines à F Agora de la danse FRÉDÉRIQUE DOYON La danse s’habille de contes et de masques autochtones cette semaine.Le chorégraphe Gaétan Gingras revisite ses origines mohawks dans Manitowapan et sa nouvelle création Mon père m’a raconté, présentées du 7 au 10 mars à l’Agora de la danse.La danse demeure solidement ancrée dans l’esthétique contemporaine de l’artiste, qui a découvert ses origines sur le tard.Des jeux de masques et la parole du conte ponctuent la performance, témoins d’un réapprivoisement graduel.«Je veux remettre à l’avant-plan ces deux éléments qui étaient quotidiennement présents dans la vie autochtone, explique l’artiste.C’étaient des moyens de communication.» Dans Manitowapan, une danseuse évolue au centre d’une plate-forme en anneau, qui tourne comme le cycle des saisons.Un conteur, Robert Seven Crows Bourdon, le gardien du mot dans sa famille mi-métisse, mi-micmaque, viendra aussi s’y asseoir pour mettre en lumière différents aspects quotidiens de sa culture.Plus élaboré, Mon père m’a raconté convie trois danseurs en plus du conteur et du fils du chorégraphe, qui y abordent la délicate question de l’héritage.«Mon point de départ était la frustration que mes parents ne me transmettent pas cette culture à laquelle fappartenais, confie celui qui a su à 14 ans que du sang amérindien coulait dans ses veines et ne s’en est véritablement préoccupé qu’à partir de 30 ans.«L’héritage qu’on reçoit, qu’est £ lënâüdfêre l*l ssasr ss«r LE DEVOIR avec LA CHAPELLE DE QUÉBEC BERNARD LABADIE, chef LES VIOLON S DU ROY LA CHAPELLE DE QUÉBEC BERNARD LABADIE I SHANNON MERCER, soprano _ TRACY SMITH BESSETTE, soprano _ ALLYSON McHARDY, alto _ FRÉDÉRIC ANTOUN, ténor _ JOSHUA HOPKINS, baryton _ ÉTIENNE DUPUIS, baryton Grandiose ! Plus de 80 artistes sur scène ! 26 MARS 2007-20H ÉGLISE SAINT-JEAN-BAPTISTE — MONTRÉAL 514 844-2172 ou sans frais 1 866 844-2172 PARTENAIRE DE SAISON À MONTRÉAL MONTREAL’S SEASON PARTNER SSQ financier •frfMteftrm Québec!"! Ville ut 4Ék Québec ConsoH de* Art* Canada Council du Canada for the Art* LE DEVOIR SERGE TRUFFAUT Les sujets du jour?Le p’tit dernier de John Hammond, le dossier qu’a consacré Jazz Magazine au jazz-funk-soul (ouf!), deux ou trois autres faits ou objets sonores et, surtout, une urgence se résumant ainsi: le Regroupement des artistes jazz du Québec (RAJQ) amorce une campagne de recrutement.Pour annoncer l’aventure dans laquelle se lance le RAJQ, on a évoqué l’urgence parce qu’il y a nécessité d’agir promptement, voire au quart de tour.Car entre les coupes de budget, l’ascendant, si relatif soit-il, qu’ont les représentants ou avocats des divers arts de la scène, comparativement à ceux du jazz, auprès des divers ordres gouvernementaux et la faiblesse du réseau des clubs ou salles, les saxophonistes et trompettistes sont les parents pauvres de la culture.Les damnés de la terre.Déclinons.Pendant des années, Jean De-rome, René Lussier et quelques autres enrichissaient de leurs notes les images produites par l’ONF.Pendant des années Normand Guilbeault, Kevin Dean et consorts étaient invités dans les studios de Radio-Canada ou de CBC.Mais voilà, dans la foulée des soustractions budgétaires commandées par les personnes en autorité, les sommes auparavant accordées à la planète jazz ont fondu comme neige au soleil.On passe sur I’utilisation, d’ailleurs abusive, qui est faite des technologies dites nouvelles par les producteurs et propriétaires de studios pour mieux rappeler que, sur le front des salles ou clubs, le paysage est plutôt sombre.Par exemple, faute de soutien, Eric Pineault, infatigable patron et animateur du Va-et-vient, a pratiquement gommé le jazz de sa programmation.Bref, le Upstair’s mis à part, c’est pratiquement le désert.Il y avait donc urgence à ce qu’une initiative soit prise.Sous l’impulsion de Jacques Laurin et de certains musiciens, le RAJQ a été fondé.Laurin?Cet ingénieur du son est le président de la RAJQ.De leur mission, on a retenu.Ce passage: «Nous agissons également pour la défense et l’amélioration des conditions de création, de diffusion, de production et de travail auprès des diffuseurs et subventionneurs publics et privés.» Auprès des diffuseurs et subventionneurs.Il est temps.Il est grandement temps que les gens du jazz fassent ce que d’autres font pour le théâtre, la littérature, la danse, le cinéma et autres formes d’art.C’est-à-dire?Exposer leurs droits légitimes et, s’il le faut, gueuler pour les obtenir.Bien.Soyons factuels.Pour devenir membre du RAJQ, on peut téléphoner au 514 804-0312 ou envoyer un courriel à rajmaq@videotron.ca.Bonne chance! ?Cela faisait une paye, voire un bail, que l’on n’avait pas goûté dans ses moindres détails un album de blues comme celui que propose depuis peu John Hammond, guitariste fort en acoustique, harmoniciste impérial pour ce qui est de la ponctuation, chanteur ayant un sens inné pour l’équilibre entre sobriété et sensibilité.Il faut dire, voire avouer, qu’on est un amateur fou des petites œuvres du sieur Hammond depuis la fin des années 60.Ainsi donc, il vient de publier Push Comes To Shove sur étiquette Black Porch que distribue EMI.Comme c’est presque toujours le cas, il interprète de vieux blues, surtout ceux des campagnes, qu’il accompagne de ses compositions.Cette fois-ci, il faut le préciser, il a enregistré cinq de ses propres chansons sur les douze qui forment ce compact.De mémoire, il s’agit probablement d’un record.Et c’est tant mieux, car les pièces écrites par ce contemporain de Bob Dylan ne déparent pas du tout celles portant la signature de Junior Wells ou Tom Waits.Comme pour ses productions antérieures, il est accompagné des fidèles et subtils Marty Bat lou à la contrebasse et Stephen Hodges à la batterie.Parfois, le fin Bruce Katz glisse ici et là ses notes de piano ou de B3, l’orgue.Si vous avez aimé le Modem Times de Bob Dylan, si vous avez aimé l’association Tom Waits-Hammond, si vous avez aimé Lucinda Williams, vous adorerez ce Push Comes To Shove.On ne s’en lasse pas.?Dans sa dernière édition, Jazz Magazine propose la première partie d’un énorme dossier sur le jazz-funk-soul.Selon les amis de cette revue, les vedettes du jazz-machinchose sont Adderley, Hancock, Stanley Clarke, Deoda-to — bigre! —, George Duke, Bob James — ouch! —, Joe Sample, Quincy Jones, etc.On sait pertinemment que ce genre d’exercice a un côté casse-gueule parce qu’on ne peut pas tout inclure ou faire la somme du sujet X en un nombre restreint de pages.Cela étant, il y a un truc ou plutôt une absence propre à aiguiser la fibre de l'agacement.De qui s’agit-il?Du trompettiste Donald Byrd.Que son enregistrement intitulé The Emperor, au tout début des années 70, ne figure pas dans cette liste est un crime de lèse-majesté de première bourre, poui; parler républi-, cain.C’est vrai! Evoquer les inepties de Deodato et faire silence sur cet album emblématique de ce que les citoyens de la V" République appellent le jazzmatos-truc, c’est., couillon! Amen! Le Devoir Hydro '0(t.Québec les séries I Miisioi 2006-2007 Une pause sur mesure Série Topaze Cinquième Salle, Place des Arts MARIKA BOURNAKI , piano Dimanche, 4 mars, 11 h PROGRAMME Bach, Rachmaninov, Chopin Série Topaze Billets : 25 $ et 10 $ (étudiants) (taxes et redevance en sus) Atelier d'initiation musicale pour enfants : 3 $ Inscription à Pro Musica : 514-845-0532 mm f VI I SÉRIE ÉMERAUDE Théâtre Maisonneuve, Place des Arts LE quatuor muir Lundi, 5 mars 2007,19 h 30 PROGRAMME Haydn, Berg, Schumann Série Émeraude Billets .35 $, 30 $ et 15 $ (étudiants) (taxes et redevance en sus) En vente à la Place des Arts : 842-2112 Renseignements : Pro Musica, 514-845-0532 LaScena Musioile des lettres Québec! Place des Arts (614) 842.2112 1-866-842-2112 WWW.pda.qc.Ca Réseau Admission 614-790-1246 i LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 MARS 2007 MÉDIAS Le Nord d’aujourd’hui Quatre jeunes réalisateurs inuits se mettent en scène pour se confronter à la fois au passé et à l’avenir PAUL CAUCHON C> est le pays de tous les contrastes, où la tradition et la modernité s’entrechoquent comme des plaques tectoniques.On peut chasser le phoque sur la banquise et revenir chez soi réchauffer son repas au micro-ondes après avoir navigué sur Internet .Le Grand Nord québécois et canadien a connu depuis 50 ans une évolution fulgurante, presque inédite dans le monde, passant de l’igloo à la télévision satellite.C’est le sujet d’un documentaire fort intéressant diffusé demain soir à Télé-Québec, Ullumi («Aujourd’hui» en inukütut), réalisé par quatre jeunes Inuits, Qa-jaaq Ellswoth, Lena Ellsworth, Evie Mark et Tunu Napartuk, qui se mettent en scène dans le film pour se confronter à la fois au passé et à l’avenir.Et qui mieux qu’Elisapie Isaac pouvait se faire le porte-parole â’Ullumi, même si elle n’a pas participé au film en soi?Le piège des stéréotypes Rencontrée cette semaine quelques jours après un passage remarqué à Tout le monde en parle, dans un café communautaire et culturel d’Hochelaga-Maisonneuve, où elle réside, la chanteuse du groupe Taima, qu’elle a formé avec le Québécois Alain Auger, est très consciente d’être le symbole de cette nouvelle génération au cœur du film.«Des fois, c’est un peu lourd, dit-elle.Je ne veux pas être définie seulement par ça.Je suis une artiste qui veut réussir à toucher le monde comme être humain aussi; je ne veux pas être une ambassadrice officielle des Inuits.Mais en même temps, les Inuits ont besoin de modèles.Ils ont cette volonté de mieux connaître leur culture et ils me suivent avec attention.Ils me disent: “Wow, c’est “cool” de voir une Inuite qui est connue à Montréal et qui dépasse les stéréotypes!”.» Les stéréotypes sont de grands pièges.Pour les Blancs du Sud, le stéréotype traditionnel se conjugue sur le modèle «igloo et chasse», auquel s’ajoutent les stéréotypes plus récents et plus tragiques fiés à la drogue, à l'alcoolisme, à la violence familiale et au suicide.Le film Ullumi jongle avec ces stéréotypes en tentant de les dépasser et en montrant la réalité de la génération plus jeune.«Je suis de cette génération qui n’a jamais appris à chasser», dit l’un d’eux dans le film.Mais le poids de l’histoire demeure énorme: les parents des Inuits d’aujourd’hui, ce sont ces hommes et ces femmes qui ont été arrachés à leurs propres parents pour être envoyés de force dans des villages afin d’y apprendre l’anglais à l’école.Les adolescents d’aujourd’hui, eux, tentent de retrouver leur langue, l’inuktitut, exigeant même une «loi 101» pour la protéger.Leur identité est complexe.«Nos enfants ne seront jamais assez blancs et ne sont déjà plus assez inuits», lance Lena Ellsworth.La plupart des jeunes sont polyglottes, influencés par le mode de vie du Sud, et ils vivent sur un territoire qui est aux premières loges des changements climatiques.Sur Internet Ils sont 9400 au Québec, près de 35 000 dans le reste du Canada, et leur population doublera d’ici 20 ans.Les quatre réalisateurs du film, deux vivant au Nu-navik (Québec) et deux au Nunavut (Canada), posent un regard lucide sur les enjeux qui traversent leur société, abordant autant les problèmes linguistiques que le développement économique et le besoin de leaders inspirants.Ils décrivent une réalité fascinante, celle de villages balayés par la neige où l’on vit dans des maisons chaudes, des villages où l’on peut encore s’approvisionner dans de grands congélateurs communautaires remplis par les chasseurs mais où la compagnie d’aviation est un success story économique et où la pinte de lait coûte 3 $ au supermarché et le casseau de fraises, 6 $.Des villages où, surtout, les jeunes aspirent à vivre mieux et à maîtriser leur destin.«Il y a de plus en plus de jeunes cinéastes qui brisent des tabous et qui s’expriment avec humour, explique Elisapie Isaac.Je crois que dans quelques années on trouvera de plus en plus de regroupements d’artistes inuits, dans tous les domaines.Mais les gens du Nord ont besoin de fonds pour la créa-tipn, et les jeunes ont besoin de projets stimulants.Quant ils ont terminé leur secondaire, il n’y a pas de cégep pour eux.» Elisapie soutient également que la création en matière d’arts visuels est de plus en plus forte.«Les Inuits ont toujours été excellents en sculpture, en gravure, et il se fait des choses de plus en plus audacieuses.Mais fai hâte qu’on sorte un peu du cliché des sculptures de personnages traditionnels de chasseurs.» Installée à Montréal, Elisapie Isaac semble d’ailleurs avoir son propre rythme dans la grande ville, travaillant sans trop se presser au deuxième disque de Taima, qui devrait sortir en 2008.«Mais je prends le temps aussi de m’occuper de ma petite fille de neuf mois!», dit-elle.Ullumi a été produit par Les Films de l’Isle, un producteur du Sud, en collaboration avec de nombreux organismes.Mais Ullumi n’est pas seulement un film.Dès demain, le producteur et Télé-Québec lancent un grand site Internet, qui se veut une «expérience visuelle et sonore originale», offrant des visites virtuelles du Grand Nord.«Montrer la réalité quotidienne de cette façon sur Internet, ça n’existait pas avant, explique Etisapie Isaac.Le site va grandir jusqu’à l’automne, avec l’ajout d’une cinquantaine de vidéos, mais aussi de dizaines de photos offertes par l’Institut culturel Avataq, qui offrira ses archives et ses collections.Cest un site qui pourrait devenir une véritable référence sur la vie dans le Nord.» Le Devoir ULLUMI Présenté dans le cadre de Questions de société, dimanche 4 mars, 19h, Télé-Québec.Le site Internet www.ullumi.telequebec.tv .JACQUES GRENIER LE DEVOIt Elisapie Isaac, la chanteuse du groupe Taima, est très consciente d’être le symbole de la nouvelle génération au cœur du film Ullumi («Aujourd’hui» en inuktitut).concours Le Devoir CTT MANGER SANTE tech www.duplication.ca PVD-CD*VHS-K7 EN COLLABORATION AVEC expo MANGER S PA EASTMAN RELAIS SANTÉ Un forfait «Détente-santé de 5 nuits» pour 2 personnes qui inclut : Tous les repas de fine cuisine santé, animations, activités physiques, ateliers ainsi que 9 soins dont la qualité supérieure a valu au Spa Eastman une notoriété et une reconnaissance internationales.ENFIN PRENDRE SOIN DE VOUS ! VOUS EN RÊVEZ DEPUIS SI LONGTEMPS.Le Spa Eastman offre une expérience de séjour unique en intégrant une gamme complète de soins à un éventail d'activités de détente, de remise en forme et de saine alimentation, lesquels font des merveilles pour le mieux-être du corps et de l'esprit.Les programmes du Spa Eastman sont proposés dans un contexte de vacances, de détente et de plaisir et vous invitent à retrouver votre calme, votre forme et votre énergie.Des années d'expérience au sein de l'industrie pour vous offrir un produit de haute Qualité, des prix compétitifs et un service à la clientèle attentionné.Duplication / Pressage de CD & DVD '$> Cassettes Audio/ Cassettes VHS & Conception Graphite / Préimpresion iS Affiches / Impression (S Mastering / Encodage & DVD Authoring Accessoires - Magasin en Ligne Fernando Baldeon Représentant 514-878-8273 poste.28 1-800-777-1927 poste.28 fernando@duplication.ca 24 heures d’activités diversifiées pour découvrir ou redécouvrir la philosophie Venez déposer votre coupon au stand #205 de l'Expo Manger Santé de Montréal entre le 16 et le 18 mars 2007 au Palais des Congrès de Montréal.Vous pouvez également retourner votre Coupon à t'adresse suivante : Le Devoir, concours Manger Santé au 2050, rue de Bleury, 9» étage, Montréal (Québec), H3A 3S1 LE DEVOIR Le tirage aura lieu le dimanche 18 mars 2007 à 15h à l'Expo Manger Santé de Montréal.Les coupons de participation envoyés par la poste doivent parvenir aujournal Le Devoir avant le jeudi 15 marsâ 17 h.Le concours s'adresse aux personnes de 18 ans et plus.Un seul coupon par enveloppe.Les reproductions électroniques ne seront pas acceptées.Les conditions et règlements du concours sont disponibles à la réception du Devoir.Valeur de 3070$.24 hewtes/.La nuit de la Philosophie Adresse :.App.:.Code postal :.Courriel :.Téléphone : (rés.).(bur.).Question : L'Expo MANGER SANTÉ fête son.' anniversaire?Abonné(e) : Oui 0 Non 0 Cochez si vous ne désirez pas recemir de soflidtalion du Devoir 0 Les 24 et 25 mars, de 10b à lOh Pavillon Judith-Jasmin, UQAM 405, rue Sainte-Catherine Est Entrée libre et gratuite, pour toute la famille! À ne pas manquer! www.nuitdelaphilo.com UQÀM 1 l 5994 LE DEVOIR, LES SA MED 3 ET DIMANCHE 4 MARS 2007 E 8 Le musée trash de Jean-Pierre Gauthier JEAN-PIERRE GAUTHIER Musée d’art contemporain Jusqu’au 22 avril RENÉ VIAU CA est du propre! Des r fils traînent dans tous les sens.Il y en a qui serpentent au sol ou qui sont accrochés au mur.D’autres pendouillent au plafond.De drôles de machins prolifèrent partout.Plus loin s’alignent des bouteilles d’eau de Javel et de savon à désinfecter cradingues sur lesquelles s’amalgame un gangue de couleur séchée.Avec autour des dégoulinades en cascades, un évier souillé voisine avec des sacs de poubelle éven-trés.Ailleurs, de curieux automates dessinent tout seuls.Mai§ où sommes-nous?A La Nouvelle-Orléans après le passage de Katrina?Dans une publicité de Monsieur Net avant le déferlement de la tornade blanche qui va remettre un peu d’ordre dans tout ce bordel?Avec d’évidentes dispositions pour le trash et la bricole, l’artiste Jean-Pierre Gauthier conjugue, dans les salles du Musée d’art contemporain de Montréal, esthétique panique et réflexion sur le geste même d’exposer.Démarche hybride Cet art du tout et du rien irrite de nombreux visiteurs, qui ne voient dans ce bric-à-brac que du «n’importe quoi».Pourtant, la réputation de Gauthier court jusqu’à New York, où il a exposé à la Jack Schainman Gallery.Hybride, cette démarche incorpore arts visuels et exploration sonore.Entre son et musique, entre art et réalité, composant et construisant avec des fragments et des déchets, Gauthier se situe dans les marges tant l’étonnante variété qui le caractérise et les voies qu’il explore interdisent de lui trouver un centre.En marge, Gauthier l’est aussi par rapport à toute définition stéréotypée de l’art contemporain.En marge, Gauthier l’est enfin par sa réflexion et ces objets qu’il emploie de façon décalée.Les fils, les tiges de ses étranges sculptures et les réseaux de ces environnements se font instruments de musique.Le mouvement de tous ces frottement?crée un vacarme inquiétant.A l’opposé, des instruments de musique déjantés, tels ce piano en version «patenteux», se font sculptures.S’appuyant sur une théorie toute personnelle du chaos, Gauthier orchestre la chorégraphie entre ces éléments dont la rencontre semble avoir été conçue dans le lit de la catastrophe généralisée.Ces tours de passe-passe font que les salles ne semblent être qu’un présentoir.L’une des pièces, intitulée Le concierge est parti dîner, montre un chariot avec des produits d’entretien.Le rappel, si littéral, de ces activités de maintenance nous ramène à la vocation de «contenant» du musée, un peu comme si les conventions sous-jacentes qui le régissent étaient décodées et abolies.Loufoques et véhémentes, les propositions de Gauthier heurtent de plein fouet la logique de cet espace de consécration qui ordonne et classifie la production artistique.Ephémères et immatéraux, ces sons, et la performance dont ils sont issus, échappent à la logique de conservation et de présentation du musée, associée selon un critique américain à une «éternité de mostration», au sein d’espaces «calmes», neutres et aseptisés.Une mise à zéro Cette même interprétation hallucinée pourrait sous-tendre une autre pièce, intitulée Le Cagibi.Des murs et des portes délimitent un local.En entrant, on y trouve des casiers, des produits nettoyants.Un évier bouché produit des glouglous.Ici, les «techniciens de surface», ceux qui font le ménage, semblent s’être brusquement interrompus dans leur boulot.Des mains gantées qui se gonflent et se dégonflent traversent le mur défoncé.Dans la béance de ce mur fracassé s’engloutit spectaculairement l’image symbolique du cube blanc de l’institution muséale.Une autre œuvre incorpore en guise de morceau de bravoure un piano à queue en métal argenté.Cette œuvre de Gauthier est proche d’une pièce majeure de l’artiste allemand Joseph Beuys, intitulée Das Kapital Raum (1970-77), qui incorpore autour d’un piano des sceaux et des arrosoirs de métal, des escabeaux s’éparpillant sur le sol tandis que la connotation «Fluxus» de ce rapprochement apparaît comme une évidence.Tout comme Beuys, mais à sa façon, Gauthier est bien un résistant du quotidien.Chez lui toutefois, plus que dans les qualités d’évocation des objets hétéroclites qui constituent ses installations — pompes, cornets, parapluies, boyaux, fils.—, c’est dans l’interaction entre le spectateur et ces objets, le son qu’ils créent, le mouvement qui les anime, qu’il faut trouver la clef de son art.L’étendue de ces stimuli visuels, cinétiques et sonores entraînerait une intensification de l’expérience de la perception.Cette dynamique anarchique de saturation équivaut, selon le conservateur de l’exposition, Pierre Landry, à «un étourdissement qui confine par- Jean-Pierre Gauthier conjugue esthétique panique et réflexion sur le geste même d’exposer SOURCE MACM Les fils, les tiges des étranges sculptures de Jean-Pierre Gauthier et les réseaux de ces environnements se font instruments de musique.Le mouvement de tous ces frottements crée un vacarme inquiétant.—— rf/W-i — (- .L'virjfYÿ ü ü WM mm I mm mm* SiPl Galerie d’art d’Outremont 514 495-7419 LISE BOISSEAU B5EBBI LORRAINE DAGENAIS WWW.GALERIESIMONBLAIS .COM Collier, Karina Guévin Photo : P.Bouffant Fest-Noz Exposition festive de Karina Guévin et Cédric Ginart Du 1 " mars au 3 mai 2007 Du lundi au vendredi de 9 h à 17 h Ouvert le samedi 3 mars de 20b à 5h du matin dans le cadre de la Nuit blanche à Montréal.Ewm VERRE 1200, rue Mill, Montréal (près du pont Victoria) www.espateverre.qt.ca 514-933 6849 Ariane Dubois Jean-François Berthiaume AMAS DE CABANES : CANADA Ariane Dubois LIEUX MOMENTANÉS fois à la jubilation».Là, dans ce vertige, selon Pierre Landry, s’exprimerait la «véritable force» de l’art de Gauthier, avec «sa douce insolence» et son «irrépressible énergie».Par ces déconstructions, Gauthier vise à nous faire éprouver une expérience de la fondation.Exacerbant nos perceptions, Gauthier identifie le lieu muséal à un espace de travail routinier et d’entretien bâclé dont il nous désigne les coulisses et les mécanismes les plus triviaux.Ses œuvres s’acharnent à nous démontrer ce qui fait qu’il y ait ici «tout cela» plutôt que «rien».Ce faisant, Gauthier opère une mise à zéro aussi vertigineuse qu’irrévérencieuse, pour laquelle il mérite un bon coup de chapeau.Collaborateur du Devoir Jusqu'au l°r avril Relâche scolaire : visites animées le 4 mars, à 13 h 30, et les 5,6 et 7 mars, à 15 h.Entrée libre.Salle
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