Le devoir, 10 mars 2007, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE 11 MARS 2007 CANADIAN A Margaret Laurence: leçon de vie et d’écriture Page F 4 - ÿ Carte blanche à Jean-Marc Dalpé Page F 5 Difficile de ne pas marquer le coup: il y aura 30 ans, jeudi prochain, qu’Hubert Aquin s’est donné la mort.Ecrivain majeur, militant, rêveur, personnage hors du commun, Aquin occupe toujours une place à part dans la littérature qui se fait ici.Et nous avons demandé à nos collaborateurs de re-tracer le portrait de ce qui nous reste de lui aujourd’hui.JACQUES ALLARD Le mardi 15 mars 1977.La date vous rappelle quelque chose?Il y a trente ans, ce jour-là, vers 14h, Hubert Aquin a pris son fusil et s’en est allé pour toujours.Il s’était tant cherché qu’il a fini par se trouver.La violence l’habitait.Il l’a transformée en œuvre d’art pendant une trentaine d’années avant de la retourner contre lui-même, quand il n’a plus eu la force de continuer.Ce 15 mars 1977, il est donc monté dans sa Ford Granada, un coupé rouge grenat de 1976, et a quitté pour toujours son domicile de la rue Vendôme, où il vivait avec Andrée Yanacopoulo, sa compagne depuis onze ans, et leur fils Emmanuel qui avait neuf ans.Et cette fois, le fondateur du Grand Prix automobile de Montréal roula prudemment.D’ailleurs, il n’avait plus qu’un œil, le droit et devait en conséquence surveiller sa gauche.Pas de course folle en perspective, comme jadis sur la piste de Mosport (en Ontario, pour son film L’Homme vite) ou à Montréal, sur l’avenue du Parc.* Cette fois, surtout pas d’imprévus.Il n’entrait pas en clandestinité pour faire l’indépendance du Québec, comme en ce 18 juin 1964 quand il avait rejoint la cellule terroriste lancée dans la mouvance du Front de libération du Québec.Cette fois, pas de revolver, comme il en avait muni son alter ego, l’espion qui, dans Prochain épisode, poursuit son double, le dénommé H.de Heutz.Cette fois, le fusil de son père, un 12, dont il avait hérité en 1974.Il en avait d’ailleurs scié le canon.Un dernier salut au monde À quarante-sept ans, l’écrivain n’avait qu’un objectif, finir son tour de piste, trouver la sortie, rentrer pour toujours dans la nuit originelle.Pensait-il à la forêt obscure du Dante?11 faisait pourtant beau.La neige fondait sous un soleil déjà printanier.Dans les rues, les filles ouvraient le col de leurs manteaux.Pas encore de minijupes, comme il les aimait, sur des jambes nues.À quoi bon, maintenant?Il s’en allait.Depuis le mois de septembre, il préparait son départ et avait prévenu sa compagne avec qui avait été conclu un pacte F/ / I /i I L’écrivain n’avait qu’un objectif, finir son tour de piste, trouver la sortie, rentrer pour toujours dans la nuit originelle ^ ’ , Vv* - • ; ¦ ¦Wmsmmw' '¦ ' r 30e anniversaire de la mort d’Hubert Aquin de non-intervention, si l’un ou l’autre décidait d’en finir.C’était en 1963.Médecin, elle faisait alors une recherche sur le suicide au Québec, alors que lui ne cessait d’y penser depuis l’adolescence.Ç’avait été le coup de foudre.Pour Jes deux qui laissaient famille et enfants derrière eux.A Tamour, à la mort Il stoppa bientôt dans une allée arborée des jardins de Villa Maria, le collège de Westmount où sa première femme avait étudié.D’elle, connue à RadiœCa-nada, il avait eu deux fils qu’il n’avait cessé de rechercher depuis 1966.Lui, qui était le deuxième fils de trois, pensa-t-il aussi à sa mère, toujours vivante?Le mal-aimé de la famille (ainsi se percevait-il) avait déjà dit que sa dernière pensée serait pour celle qui lui avait donné cette vie de souffrance.Dans son costume sombre, impeccablement rasé, cravate rouge et bleue sur chemise bleue, il sortit rapidement de la voiture, referma la portière et se tint debout contre elle, la tête grisonnante dans le bleu du ciel.Pour un dernier salut au monde.Le mois précédent, l’ancien étudiant de Paris (en sciences politiques et esthétique) avait refait son pèlerinage italien, celui de Stendhal: Rome, Naples, Païenne, avec une compagne plutôt religieuse, restée anonyme.Mais l’écriture n’était pas repartie.Le roman nouveau, appelé Joue Frédéric joue (Chopin et LéveUlée à la fois évoqués), ou encore Obombre, qui devait faire une grande place à la musique, était finalement resté en chantier.Obombrer: «couvrir d’ombre», «obscurcir».Mais dès la première syllabe le mot laisse aussi entendre l’aube.Le sujet5 Réfugié dans le Park Lane Hotel de Chicago, un écrivain malade rêve devant la tempête de neige qui souffle sur ïe Michigamme et dans les rues de la ville.Là-dessus apparaît l’histoire d’Adriaen et Maria, qui se cherchent «sur les bords voûtés de l’Oudegracht» ou dans les rues d’Utrecht.Il y avait là les éléments d’une histoire déjà bien connue, dans Prochain épisode ou Trou de mémoire, l’écrivain réel, très malade lui aussi, à bout de force, s’en souvenait Trop.Il risquait de se répéter.Répéter, c’est bien sûr approfondir, il l’avait déjà écrit mais ça n’allait plus.Dans le texte, la main gauche tremblait.Dans la réalité?Il était souvent grippé.Il avait ses crises d’épilepsie depuis une dizaine d’années.Dans le texte, tout son corps allait se défaire.Pas seulement la tête où il allait poser le 12.En pleine bouche.Dans la réalité, cette fois.L’envers, le biais, la diffraction La détonation de Villa Maria a aussitôt fait éclater le milieu: lq cultivé, le politique, le médiatique, l’universitaire.Etait-il vraiment parti l’homme orchestre?Le producteur, l’auteur, de quatre romans célébrés, d’une douzaine de films, d’une trentaine de drolatiques radio et télé?Celui qui avait répliqué à Pierre EUiott Trudeau avec La Fatigue culturelle du Canada français (1962), le professeur du collège Saipte-Ma-rie et de l’UQAM, le directeur littéraire des Editions Le j our où Hubert Aquin s’en alla La Presse, le rédacteur en chef du Jour, le battant à tout faire?Celui qui depuis des mois attendait à côté du téléphone qu’on lui offre un job?En provenance, par exemple, de ce gouvernement du Parti québécois nouvellement élu?Le pays s’en venait, oui ou non?Il l’avait tant annoncé.Tout le beau monde des idées, des arts et du pouvoir s’épancha officiellement, comme étonné que l’oublié ait réalisé ce qu’il n’avait cessé de raconter.Personne ne reprit le cri de Jean LeMoyne clamant que le Québec avait tué Saint-Denys Garneau.Personne ne demanda qui soignait-«elui que son psychiatre de 1964 considérait comme un déprimé classique.Surtout pas le Dr Camille Laurin, son confrère d’université et nouveau ministre de la Culture et des Communications, qui ne donna pas suite à la demande d’un gagne-pain.Il avait beaucoup à faire avec la loi 10,1, n’est-ce pas?Mais depuis son congédiement des Editions La Presse, Aquin chômait.Puis, on l’avait trompé avec ïa supposée relance du Jour.Il avait surtout en tête son dernier échec professionnel, ce grand rêve effondré d’une NRF québécoise que lui avait proposé d’inventer Roger Lemelin.Jacques Godbout, Yvon Rivard et Louis-Georges Carrier reçurent chacun une lettre d’adieu.Dans les deux premières (rendues publiques), le partant dit sa sérénité, son bonheur familial, sa santé mentale (!), sa foi en rÜNEQ, sa joie du «brassage socio-politique dont le Québec est le lieu», il salue les copains, tous, insiste-t-il, affirme son amitié, sa confiance dans l’avenir littéraire dYvon Rivard, dont il venait de publier le premier roman: Mort et naissance de Christophe Ulric.Puis, le 18 mars, l’abbé Marcel Brisebois dit la messe de l’adieu à l’église Notre-Dame-de-Grâce, en présence de deux cents personnes.Beaucoup d'amis sont là, dont Jacques Languirand avec chapeau et cape.Après l’évangile de saint Luc qui rappelle la mort et la résurrection du Christ, l'officiant met en rapport les deux morts, soulignant à quel point la vie d’Aquin a été intense, axée sur l’Absolu, la geste d’un homme «qui s’est donné totalement par amour».D est vrai que, pratiquant le roman à saveur autobiographique, modelant son destin sur celui même de son peuple, Aquin avait en effet transformé sa difficulté d’être en un amour fou du pays et de l'art Voilà pourquoi son œuvre exigeante n’est jamais mortifère, bien au contraire.Aucun autre écrivain du Québec n’a été aussi formellement inventif, inspiré par tous les grands: Shakespeare, Proust, Joyce, Husserl, Nabokov, Ramuz, Simenon et tant d’autres.Mais c’est en renversant toujours les perspectives, selon son choix fondamental de l’envers, du biais, de la diffraction ou de l’anamorphose.En ce sens, son «autocrucifixion» est tout à fait représentative de ce qui peut arriver à une société comme la nôtre, historiquement branchée sur les fins dernières, mais son point de vue n’est guère catholique.Sa conscience tragique devient blasphématoire, comme on le voit bien des Rédempteurs à Neige noire, dans les scènes finales particulièrement Chez lui, la messe est noire qui conjugue érotisme et religion.On y trouve du ludisme, oui, mais pas de recours au carnavalesque VOIR PAGE F 2: AUTOCRUCIFIXION Autres textes Le prince insurgé F 2 Aquin, l’artisan d’une révolution F 2 Génial, Hub F 3 Que faire du mythe Aquin ?F 3 y I K D K V 0 I H.LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE 11 MARS 2007 30‘ ANIIVERSAIRE DE LA MORT D’HUBERT AQDIN Le prince insurgé ANDRÉE FERRETTI Nous tenions une réunion des membres du conseil exécutif et des responsables des divers comités d’action du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) de la grande région de Montréal, immense territoire qui, dans nos structures, englobait les municipalités de la Rive-Nord et de la Rive-Sud, dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres.Dès que je l’ai vu apparaître, alors qu’il entrait dans la salle, je me suis dis: «Cest un prince.» Je ne me trompais pas.Non pas parce qu’il portait avec élégance un complet trois-pièces de coupe anglaise impeccable, non plus parce qu’il avait la démarche majestueuse et le salut d’une parfaite courtoisie, ni même parce qu’il m’enchanta par son extravagance lorsque, ayant à peine pris place autour de la table, il nous invita inopinément à découvrir les Beatles, affirmant que ce groupe était en train de révolutionner la musique populaire, mais parce que tout dans l’attitude d’Hubert Aquin révélait un homme libre.C’était en septembre 1963.Pour la première fois, je rencontrais en chair et en esprit un Canadien français qui n’était d’aucune manière aliéné, qui était indépendantiste par noblesse de son être naturellement libre, qui luttait pour l’émancipation de sa nation, non seulement, ni d’abord, pour la libérer du colonialisme qui la maintenait dans un état d’infériorité politique, économique et culturelle, mais essentiellement pour la faire advenir à la dignité de son «être-là» comme existence unique et irremplaçable dans le monde et dans l’histoire.D revenait d’un voyage en Grèce dont il disait quîl n’était pas revenu, dont il disait qu’il ne reviendrait qu’avec la proclamation de l’indépendance du Québec, événement qui rendrait possible l’avènement d'une pensée nationale à la fois originale et adéquate à l’état de développement de la pensée occidentale.C’était le premier inteDectuel ca-nadien-français de haute voltige et de grande envergure que je rencontrais qui n’avait aucune tendance à s’en disculper, pas plus qu’à s’appesantir sur nos revendications nationalistes, qui, au contraire, considérait qu’était venu le temps pour la nation canadienne-française de s’en libérer totalement, pour se formuler et se situer comme sujet d’ores et déjà libre, susceptible de se projeter dans le monde comme porteuse d’une conscience nationale nouvelle, différente et créatrice, québécoise, ce que Gaston Miron exprimera un peu plus tard dans une phrase lumineuse: ce n’est pas le nationalisme qui importe, c’est la conscience nationale.J’étais éblouie sans être subjuguée, alors qu’au contraire, me semblait-il, à constater leur malaise, plusieurs dirigeants rinistes, y compris ses plus inspirants et ses plus mobilisateurs, étaient fascinés sans être aucunement séduits par la liberté exceptionnelle de ce compatriote.Bien que nouvelle venue dans cette assemblée des responsables, j’ai même eu l’impudence de penser que l’attitude si totalement libre de ce compagnon de lutte les inquiétait plutôt, car elle supposait une éventuelle insoumission aux programmes et aux stratégies du RIN.Ce qui ne manqua pas d’arriver à quelques reprises, particulièrement au moment du saborde-ment du parti.Hubert Aquin, en effet, condamna sévèrement ce sabotage dans une lettre adressée à André d’Allemagne et à Pierre Bour-gault, qu’on peut relire dans Blocs erratiques.Ce texte bref montre, comme tant d’autres, la clairvoyance de cet intellectuel engagé et aussi la consternation douloureuse dans laquelle le plongeaient les turpitudes qu’elle lui permettait de voir avant tout le monde.Sur le terrain J’ai eu, entre octobre 1963 et juin 1964, le privilège de l’accompagner quelques fois dans différentes régions du Québec où nous étions invités à prendre la parole sur les tribunes des mêmes assemblées publiques.Je peux témoigner qu’Hu-bert Aquin n’était pas un orateur, mais Taudace de son intelligence, prix provisoire a payer pour acquérir une telle richesse.SU est indéniable qu’il n’avait aucune aptitude à soulever les foules, je peux en revanche témoigner de son talent à éveiller chez les auditeurs le besoin des interrogations et de la réflexion, et le désir de l’action, ce qui se manifestait immanquablement à la période des questions, alors que, de manière imprévisible, compte tenu de la tiède réception réservée à son allocution, la moitié des personnes présentes la radicalité de sa pensée, l’acuité de ses analyses et l’érudition de ses propos emportaient le discours au-delà de lui-même, le laissant se déployer dans le langage approprié, dans des propos complexes, exigés par la complexité même de la situation.Il m’apparaissait clairement qu'Hubert Aquin ne désirait pas susciter des adhésions faciles.Son pessimisme profond devant tous nos échecs précédents le lui interdisait.Il voulait plutôt amener ses compatriotes à une compréhension profonde et irréversible de la nécessité de l’indépendance et de son enjeu fondamental, à savoir la liberté d’être soi-même, quel que soit le se bousculaient au micro.S’engageaient alors entre le conférencier et le public des discussions étonnantes, inséparablement de haut niveau d’expression et d’engagement passionné, résultat, je le pense, de la projection involontaire, parce que naturelle, qu’Hubert Aquin offrait de lui: un prince insurgé.«Vous parlez comme dans un grand livre, lui dit, un soir, un homme très âgé, mais je comprends que vous êtes un vrai rebelle, comme l’étaient nos Patriotes.» Il ajouta: «Comme Louis-Joseph Papineau, vous êtes un grand monsieur.» Car il s’agissait bien de cela.De l’engagement dans la lutte d’un homme personnellement libéré des conséquences aliénantes du maintien séculaire de ça nation sous la domination d’un Etat étranger, aux intérêts contraires aux siens, et qui par conséquent souffrait dans toutes les fibres de son être de l’assujettissement de ses compatriotes et de leur impuissance à se vaincre.«Mon pays me fait mal.Son échec prolongé m’a jeté par terre», écrira-t-il bientôt dans Prochain épisode.Il se joignait au mouvement indépendantiste renaissant qui mobilisait déjà des milliers de militants afin de lutter avec eux pour la liberté de ses compatriotes.Comme plusieurs autres combattants, il avait une conscience aiguë de la vanité des luttes menées sur le terrain de l’ennemi et dans les règles établies par celui-ci.Malheu-reusement, pas plus qu’aucun d’entre eux, il n’était doué pour la stratégie.C’est ainsi qu’à l’été 1964, de la manière la plus follement paradoxale, il annonça avec tambours et trompettes qu’il entrait dans la clandestinité, ce qui le conduisit en moins de trois semaines, dans une geôle Canadian, d’où il était bientôt transféré dans un hôpital psychiatrique, ce qui en dit long sur notre propension collective à déconsidérer d’emblée tout acte politique subversif Quelques mois plus tard, il sortait de l’Institut Pinel, le manuscrit de Prochain épisode dans les mains.Un grand romancier était né, nous était donné.D se réengagea pourtant de manière sporadique, dans l’action militante, jusqu’à quelques semaines avant la disparition du RIN.Nos rencontres, à cette période, furent rares et difficiles, les hommes de cette époque, Hubert Aquin comme les autres, n’appréciant pas les femmes qui s’affirmaient avec assurance et un certain succès.Ni lui ni moi, cependant n’avons été tentés de nous joindre au Parti québécois, dans les premières années de son existence.Pour ma part j’y ai toutefois milité à l’occa- sion des campagnes électorales et référendaires.En ce qui concerne Hubert Aquin, j’ignore tout de sa relation avec le Parti québécois, si tant est qu’il en ait entretenu une.Ce n’est donc qu’à la fin de l’hiver 1975 que je l’ai revu, un midi, dpns son bureau de directeur des Editions La Presse où il m’avait invitée à le rejoindre, pour aller ensuite dîner ensemble.J’avais devant moi un homme défait.Aussi princier, aussi insurgé qu’au début des années 1960, mais si profondément blessé par notre inconsistance nationale, par l’indigence intellectuelle et la déloyauté envers le peuple de notre élite politique, économique et culturelle et, plus que tout, par l’incohérence de l’ensemble du mouvement indépendantiste, soumis à l’hégémonie du Parti québécois et à sa stratégie étapiste, qu’il sentait devenir de plus en plus infranchissable l’écart qui se creusait entre sa vision du Québec et sa réalité.Avec son intelligence habituelle des contradictions des situations et des discours abêtissants, il voyait les effets néfastes de la médiocrité galopante à l'œuvre dans notre société.Plus la parole est médiocre, me disait-il, moins elle est représentative et plus elle est caractéristique.La banalité instaurée en système est un véritable masque des déficiences de la pensée et du sentiment.Et je voyais que cette perception qu’il avait de la dégradation de notre société nationale le faisait souffrir démesurément.L’écart entre sa pensée et l’expression de cette pensée et la référence commune était devenu si grand à ses yeux qu’il se croyait privé à jamais de toute fonction dynamique.Le prince insurgé était seul, comme il se doit, mais Hubert Aquin avait apparemment perdu un peu de la liberté qui lui avait jusque-là permis de l’assumer.Collaboration spéciale Aquin, l’artisan d’une révolution GUYLAINE MASSOUTRE Aquin se suicide le 15 mars 1977, jetant le discrédit de la maladie et de la folie sur son œuvre littéraire.Lui qui avait prôné un nationalisme engagé jouerait sa vie jusqu’au bout «Je refuse la signification que prend l’art dans un monde équivoque», proclamait-il dès 1963, rejetant un statut de tzigane pour son peuple comme pour l’artiste.La déflagration, «contre-structure littéraire», il la désirait plus qu’en métaphore.Son dessein explicite, la révolution, valait dans la vie comme dans l’art: «Je prêche l’engagement politique pour les écrivains», répétait l’écrivain du conflit avec le pays natal.Réaliser ce Québec libre, nation autonome et responsable, il le voyait comme la nécessité «de vivre dans son pays, de mourir et de ressusciter avec lui».Quels qu'aient été les échos innombrables de ces mots, il n’a cessé de mettre des actes sur ses grands projets, fidèle à un Québec fier de ses patriotes rebelles de 1837.La formation d’une élite «Je suis d’une génération avide de savoir et soucieuse de discipline formatrice», écrit-il en 1971.C’est le point de départ hors duquel on ne comprend rien.Très tôt, il fait des plans pour des créations toujours plus complexes, dont seules certaines voient le jour.Lecteur acharné, essayiste brillant dans Liberté ou interviewer, il se mesure à des entreprises aptes à remplir une vie.Défi bu comme un poison.S’il n’endosse le statut d’écrivain qu’après discussion âpre, alors qu’il finit Trou de mémoire, à l’âge de 38 ans, faut-il y voir une réticence à lln-tejlectualité?Non, au contraire.«Ecrivain, faute d’être banquier» est une de ces protestations dont il a l'art et la formule.Champion de l’ironie mordante, il se rebiffe contre tous.11 n’a que 19 ans, et déjà l’écriture littéraire envahit son journal.La conscience de soi y est inséparable du savoir des livres.Sa génération confronte sans crainte les grandes œuvres occidentales.Nabokov, Joyce, Faulkner, Borges, Faust et Paracelse, quantité d'essais du Bas-Empire romain au baroque, sa bibliothèque mentale est considérable.Cette curiosité insatiable n’a d’égale que son appréhension rapide, intuitive, efficace des lectures qu’il convertit en projet.Ses sources multiformes, ses citations l’attestent son écriture résonne des références qui gonflent le flot de ses pensées.Revenons à cette génération.L’époque où il se rend à Paris, les années 1950, est aux engagements pour et contre l’Algérie.Aquin se lie aux penseurs de la décolonisation qui, jointe aux événements de la contre-culture des années 1960, cette Amérique rebelle au Vietnam, affecte tout l’Occident H voit rite comment le Québec peut contribuer à renverser les valeurs rassises.L’engagement politique Un Québec qui croise l’Amérique et l’Europe: il en a une lucidité formidable.Son engagement vient de ce qu’il croit et veut pouvoir le rendre effectif.Il n’est pas le seul, dans un tel parcours militant.Mais là où il se distingue, c’est par sa formulation éclatante de l’appartenance québécoise, lyrique, passionnée, emportée dans un torrent verbal.La vie est en avant, «le prochain épisode, c’est la révolution à faire», croit-il jusqu’au bout Dans ses articles, ses émissions, ses films et ses romans, enfin brièvement en édition, il inscrit sa fusion au collectif Cet homme à projets a choisi de ber vivre et agir en grand, quitte à flamber un budget, une série, une collection.Sa volonté d’une grande nation se complique dans le risque couru et assumé.Poursuite, cache-cache dangereux, audaces provocantes, si Aquin a peur, l’adrénaline est d’abord au rendez-vous.D ose jusqu’au désen- Depuis 1985, XYZ.La revue de la nouvelle offre à ses lecteurs des textes inédits de nouvelliers reconnus ou des plus prometteurs.Abonnez-vous à XYZ.La revue de la nouvelle et recevez en prime (valeur zo$) Les yeux des autres (nouvelles) de Michèle Péloquin 1 AN/4 NUMÉROS INDIVIDU INSTITUTION Canada 25 $ Canada 35 $ Étranger 35 $ Étranger 40 $ 2 ans / 8 numéros INDIVIDU INSTITUTION Canada 45 $ Canada 65 $ Étrangères} Étranger 75} 3 ans /12 numéros INDIVIDU INSTITUTION Canada 65} Canada 95} Étranger 95} Étranger 1)0} Les prix sont toutes taxes comprises Visitez notre site Internet: www.xyzedit.qc.ca/fr/revue.asp N“ 89 • Cimetières O Mastercard RETOURNER À : XYZ.La revue de la nouvelle 17B1, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 Téléphone : 514.S25.21.70 .Télécopieur: 514.52S.7S.37 Courriel : into9xyzedit.qc.ca • www.xyzedit.qc.ca/tr/revue.asp MDL Littérature • Art • Référence • Nouveauté PLUS Di 10 000 BANDES DESSINÉES angle de Maisonneuve Est et St-Hubert sur le campus ( niarnbrafrit1 oVJrèéeC’Ca à ^eux PQS ^ 1° Grande Bibliothèque chantement scénarios incroyables, activités multiples voire désordonnées, dépenses inconsidérées, aventures pernicieuses à soi, de la conduite de Formule 1 au livre secret, il fonce dans les innovations de son temps, plus vite et plus loin.Il rit avec ferveur, on le lâche.Ses échecs relatifs viendront à bout d’une énergie redoutable.Un homme sensible, fragile, se dessine dans l’espace privé.C’est un Québécois las, désireux de res-sourcement, qui gagne la Suisse pour écrire, en 1966.La fin de non-recevoir des Suisses à laquelle il se heurte relance son équilibre déjà ébranlé.Il devient un indépendantiste exacerbé, lui qui se qualifiait déjà d’irréductible.Les grands romans Son écriture, en revanche, bénéficie de ce rejet.Le révolutionnaire arrêté dans son élan touche au désespoir de se voir satisfaire.L’Antiphonaire, Point de fuite, Neige noire forment le versant sombre d’un combat mené à Montréal, en exil intérieur.On le retrouve avec des personnages déboussolés sur la banquise du Canada, fulminant avant de briser sa quille.«Seul le AUTOCRUCIFIXION SUITE DE LA PAGE F 1 comme chez Anne Hébert.Il se- JJivieri f librairie tbistrp Causerie avec i Chantal Hébert Olivieri Au cœur des débats Jeudi 15 mars 19h00 Entrée libre 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges RSVP : 739-3639 French Kiss : les rendez-vous manqués de la politique canadienne.À l’occasion de la parution du livre French Kiss -le rendez-vous de Stephen Harper avec le Québec aux éditions de l’Homme nous vous convions à une causerie avec l’une des meilleure analyste de la scène politique nationale.ANIMATEUR André Champagne, Radio-Canada Q Place des Arts | Studio-théâtre Lee Studio Uttéroire» pour les mois 14 mars 2007 Carte blanche à Jean Marc Dalpé Un ouvrier.Un artisan que ce Dalpé.Il sait jazzar Iss mots, se livrer à une jam-session avec la poésie, embraser une scène et contaminer une salle avec une énergie électrisante.TARIFS BILLETTERIE Entré* : IBS* 15U) 842 2112 11 866 812-2112 Étudiants : 10 S* WWW.pdO.qC.es en collaboration avec blasphème est immense», «Si la révolution n'est pas un cri, elle n’est rien», écrit-il dès 1962, en préliminaire à Trou de mémoire.On la retrouve partout dans son œuvre, cette pulsion cherchant le crime, exprimant la violence sous toutes ses formes.Cet absolu à la saveur inépuisable, il y revient comme l’assassin sur les lieux du crime, la splendeur de la liberté entrevue.Par amour du «pays désagrégé», il sait «réaffirmer le droit inaliénable des écrivains à arbiter en secret», en 1968.Dans un grand écart forcé, trois ans plus tard, il entraîne l’épopée joycienne et ses substrats italiques, dans l’qdyssée de sa nation déceptive.À la barre des Editions La Presse, il voit son horizon immense envahi par la tempête admirable dans laquelle, fièrement, il s’est jeté.Il la torture, cette langue qui lui vaut le Prix du gouverneur général, qu’il refuse.Ses personnages passent également à la trappe de «l’incarcération syntaxique».«Écrire me tue.» Ces mots de 1963 sonneront littéralement, car il s’est livré en entier.Collaboratrice du Devoir rait plutôt hard.Même pour la lecture.Avis au journaliste qui trouve difficile la lecture du Devoir.Mais quel régal pour qui aime la fiction qui pense! Ces lignes sont venues à la suite d’une relecture de Signé Hubert Aquin.Enquête sur le suicide d’un écrivain, l’ouvrage publié en 1985 (chez Boréal Express) par Gordon Sheppard et Andrée Ya-nacopoulo.Pour une reconstitution minutieuse, même un peu maniaque, des derniers moments d’Hubert Aquin, on voudra bien s’y reporter.Les questions sont incisives et les réponses, directes.Pour le reste, l’édition critique de l’œuvre aquinienne est disponible en poche — onze tomes — dans la collection «Bibliothèque québécoise».Je recommande aux nouveaux lecteurs de suivre l’ordre chronologique des parutions.Collaboration spéciale L’auteur est président de T Académie des lettres du Québec, professeur associé à pUQAM et codirecteur de l’édition critique de l’œuvre d’Aquin (Bibliothèque québécoise).R a aussi publié Roman mauve.Microlectures de la fiction récente au Québec (Québec Amérique, 1997) et Le Roman du Québec.Histoire, perspectives, lectures (Québec Amérique, 2001).v 30 LE DEVOIR.LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II MARS 2 0 0 7 K 3 30“ ANNIVERSAIRE DE LA MORT D'HEBERT AQUIN Génial, Hub Que faire du mythe Aquin?Louis Hamelïn JH avais 17 ans et j’étais drôlement sérieux, pour mon âge, car je lisais Le Devoir.C’est dans le courrier des lecteurs de ce journal que j’ai lu pour la première fois le nom d’Hubert Aquin.De cet homme qui, apparemment, venait de s’ôter la vie en laissant un message dans lequel il affirmait que son geste était «l’acte d’un vivant», déclaration dont l’auteur d’une lettre ouverte publiée dans les pages d’opinions du quotidien contestait la logique: oui, on est forcément vivant au moment où on se suicide, et après, on ne l’est plus.Pas de quoi se vanter, en somme.J’ai aujourd’hui l’âge qu’avait Aquin lorsque, un beau matin, il a embrassé sa femme et est monté dans sa voiture avec un fusil de chasse comme on part pour le bureau.Et il y a encore un référendum lié à une victoire électorale du Parti québécois dans l’air, comme dans le temps, mais c’est à peu près la seule chose qui n’a pas changé.Si on me demandait à moi, homme de mots, d’en choisir un seul pour exprimer l’abîme d’une densité de trou de mémoire noire qui nous sépare aujourd’hui du grand écrivain engagé et de son époque, ce serait celui-ci: révolution.Mot dévalué au possible, et qui ne fait plus rêver personne, qui porterait plutôt à rire.L’impossibilité de l’utiliser autrement que comme caricature mesure très exactement la distance qui existe entre nous et le Hubert Aquin qui pouvait grimper sur la tribune et s’écrier devant les membres du RIN: «La révolution est un acte d’amour et de création!» Personne n’avait envie de rire en 1963.Et c’est ce qui explique que la tendance ô combien répandue à déplorer le retrait des intellectuels de la chose politique est à peu près absente chez moi.Je nous comprends: être un rêveur professionnel et vouloir moins que la révolution, c’est décidément ordinaire.Je me vois mal aller appuyer André Boisclair en psalmodiant dans un micro: «La consultation populaire tenue le plus rapidement possible à l’intérieur d’un prochain mandat est un acte d’amour et de création!» Sans compter qu’il faut ensuite aller le répéter à Tout le monde en parle sous peine de n’être pas entendu des gogos, de passer, collectivement parlant, dans le beurre.Hubert Aquin aurait 77 ans aujourd’hui.Ça ne nous rajeunit pas.Mais lui, oui.Un an après cette explosion de lyrisme au congrès du RIN, Aquin, intellectuel et militant indépendantiste connu, dont le nom n’est encore accolé à aucun roman publié, fait parvenir au Devoir, le 18 juin 1964, un communiqué où il annonce (claironne, pour ainsi dire) son passage à la clandestinité.La nouvelle, parue sous le titre «Hubert Aquin quitte le RIN et choisit l’action clandestine», lui vaut environ 150 mots dans les pages intérieures du quotidien.C’est l’époque de la militarisation du mouvement indépendantiste illégal.François Schirm jette les bases d’une armée révolutionnaire et ouvre un camp d’entraînement à la guérilla en Mauricie.Où ça?En Uruguay?En Bolivie?Non, au Québec.J’ai beau savoir que la double vie de nos felquistes était toute relative et parfaitement documentée par les services secrets de l’époque, je ne connais aucun équivalent, dans aucun pays, d’un militant faisant annoncer ainsi par les journaux sa conversion à l’action secrète.Aquin semblait croire qu’on ne libère pas une nation catholique sans se prendre soi-même pour le Christ.Dans les extraits cités par Le Devoir, le ton de son adresse au peuple québécois laisse quelque peu rêveur: «Je serai éloigné pendant quelque temps», prévient-il, avant d’ajouter qu’il reviendra.«La révolution s’accomplira.Vive le Québec.» Bref, Hubert à Côte-des-Neiges et Che Guevara au Congo, même combat! Le plus surprenant dans ce grandiose épisode «à suivre» serait bien qu’il n’ait rien à voir avec ce qui fut parfois présenté, par la suite, comme un soudain accès de douce folie, réclamant notre indulgence au même titre qu’un Jean-Paul Sartre partant faire de la résistance à bicyclette en Provence.De fait, Louis Fournier, dans son Histoire d’un mouvement clandestin, mentionne qu’Aquin aurait été en contact avec certains éléments du réseau de La Cognée.Et comme on échappe difficilement aux symboles, c’est à l’ombre de l’oratoire Saint-Joseph qu’il sera arrêté après un gros mois de cavale, au volant d’une voiture volée et en possession d’un bon vieux calibre .38.Et si vous avez ne serait-ce que frôlé en passant l’iceberg intitulé Neige noire, vous connaissez peut-être la fascination aquinienne pour le personnage d'Hamlet.Quoi d’étonnant dès lors à ce que cet homme, qui fut à la fois un révolutionnaire à la gomme et un auteur s’égalant en pensée aux plus grands chefs-d’œuvre de la littérature universelle, choisisse, pour s’en sortir, de simuler la folie?Il s’écoulera à peine un an avant que ne paraisse, aussitôt salué, avec upe emphase quasi gaullienne par l’inimitable Ethier-Blais dans les pages (eh oui) du Devoir, le premier roman de «notre grand écrivain canadien-français».Hamlet, à force de feindre l’égarement, devient-il réellement fou?Et qui a raison?Ceux qui croient que don Quichotte est vraiment tombé sur la tête ou ceux qui, hôtes ou voyageurs de rencontre, sont frappés de l’apparence sagesse de ses propos?J’ai beau relire cet article de 150 mots dans Le Devoir du 19 juin 1964, m’attarder à la signature pleine de superbe et de suspense du mythomane qui s’assume et signe: Hubert Aquin, commandant de l’Organisation spéciale, je n’arrive pas à décider si j’ai affaire à un dément gentiment délirant ou à l’intellectuel le plus brillant produit par le Québec de la Révolution tranquille.Probablement un peu des deux.C’étaient, comme on dit, des années folles.Et impossible, ici, de ne pas remarquer que l’autre folie qui caractérise cette période d’intenses bouleversements politiques, celle, doucement ferronienne et ironique, du Parti Rhinocéros, a beaucoup mieux résisté à l’épreuve du temps.L’ironie rhino contre le lyrisme riniste.«Le parti est un instrument de la révolution», écrivit Aquin dans son appel du 19 juin 1964.Bien plus modestement, Perron fonda le sien pour, de son propre aveu, tenter de désamorcer un climat de violence qui, il l’avait compris, était déjà créé et entretenu en bonne partie par les services policiers.Son Colt .38 à lui prendrait la forme d’épîtres adressées au directeur du Devoir.Et c’est lui et René Lévesque que nous avons suivis, sur ces chemins où nous ne sommes qu’une voix parmi d’autres, et c’est tellement moins bandant que la flamboyance révolutionnaire, la démocratie.Est-ce à dire que l’œuvre d’Aquin a mal vieilli?Nullement.Quand je me rappelle ma première lecture de Trou de mémoire, je suis parfois porté à me demander sous l’effet de quelle drogue j’étais, et l’évidence s’impose aussitôt: je ne prenais rien, rien d’autre que ces mots qui m'entraient dans la peau.Je me permets de redire ici, au cas où mes amis Péan, Lemelin et Ricard ne m’auraient pas écouté la première fois, que le meilleur Aquin, donc le plus humain, est présent dans la prose enflammée de Prochain épisode et de Trou de mémoire, mais beaucoup moins dans L’Antiphonaire et Neige noire, où l’esprit de sérieux qui guette toute l’œuvre m’a toujours paru triompher.Se trouve aussi dans son journal et ses notes accessibles au grand public, là où le «grand écrivain canadien-français» donne parfois l’impression de cesser enfin, le temps d’une phrase ou deux, mais si peu, de porter le monde sur ses épaules.De tout ce qui est sorti de cette plume, rien ne m’émeut davantage que la simple notation suivante au bas d’un plan de livre esquissé à la va-vite sur une page de cahier: «Génial, Hub.» Souligné trois fois.Et il m’arrive de le penser aussi.hamelin3chouette@yahoo.ca CHRISTIAN DESMEULES Audelà de la fascination qu’exerce toujours Hubert Aquin, que faire aujourd’hui de la mémoire et du mythe?Romancier, essayiste et professeur de littérature française et québécoise à l’université McGill, Yvon Rivard — né en 1945 — cultive depuis quelques années une réflexion qui se veut à la fois pénétrante et sensible sur l’œuvre et le destin d’Hubert Aquin.Il est également l’une des rares personnes à avoir reçu un mot d’adieu de l'écrivain — qui apparaît en arrière-plan sous les traits du personnage de Nicolas dans sa trilogie romanesque {Les Silences du corbeau, Le Milieu du jour, Le Siècle de Jeanne, Boréal, 1986,1995 et 2005).Entretien.Y.R.J’ai connu Hubert Aquin en 1975, à l’époque oq il était directeur littéraire des Editions La Presse qui venaient d’être créées.J’avais bién entendu lu ses livres, et je suis tout de suite allé lui porter le manuscrit de mon premier roman, qu’il a accepté de publier [NDLR: Mort et naissance de Christophe Ulric).Nous nous sommes vus amicalement une dizaine de fois jusqu’à sa mort.Au-delà de l’admiration ou de l’amitié qu’il vous inspire, quelle importance lui reconnaissez-vous aujourd’hui?Il s’agit à mes yeux d’une œuvre exemplaire.Comme celles de Saint-Denys-Garneau, de Gaston Miron ou de Pierre Vadeboncœur.Ces écrivains disent quelque chose de nous, quelque chose de notre propre humanité.As nous renseignent sur notre propre destin, individuel ou collectif.Il y a là, à mon sens, une grande histoire dont ils sont les acteurs, puisque chacun d’entre eux a été pris dans une même aventure, à la fois individuelle et collective, c’est-à-dire celle de la rupture avec la tradition.Hubert Aquin semblait s’être donné pour mission, pour reprendre les mots qu’il emploie dans Prochain épisode, de se «suicider partout et sans relâche».Vous évoquez quelque part à son sujet, je crois, la «dialectique deFédiec».Aquin avait bien compris que le mouvement même de la création, et le mouvement de création de la vie tout court, c’est une dialectique d’opposition.C’est-à-dire que rien ne se fait sans cette expérience de forces contraires entre lesquelles il est déchiré.Et comme il le dit bien dans La Fatigue culturelle du Canada français, la fatigue culturelle vient de ce qu’il est très fatigant de soutenir cette tension.Cette tension qui est pourtant le mouvement créateur lui-même.Et ce qu’on appelle l'échec chez Aquin, c’est presque une stratégie gui consiste à brûler des formes.Etre cultivé, comme le dit Artaud, «c’est brûler des formes, brûler des formes pour gagner sa vie».Chez Aquin, c’est presque une lapalissade de le dire, c’est que, dès que quelque chose était sur le point de réussir, il le sabotait.Mais si on brûle plus de PENSEUR.Hubert Aqum Juste avant de mourir, Huhert Aquin a eu le temps de trouver un titre à ce recueil d’essais et d’ordonner les textes qui le composent.Depuis, Blocs erratiques est devenu un classique de notre littérature.Blocs erratiques rWH Hubert Aquin en TYPOil QUEMtOR MEDIA .ET PERSONNAGE Les deux destins tragiques apparemment sans lien d’Hypatie d’Alexandrie, philosophe et mathématicienne du v‘ siècle, et d’Hubert Aquin, écrivain du xxc siècle, sont réunis dans ce brillant récit d’Andrée Ferretti.Aude Romanichels Banc de brume Un recueil de nouvelles, jugé inclassable, qui a dérouté la critique mais qui l’a aussi séduite et envoûtée.nouvelles • 112 p.• 13 $ Chrysalide £ m ¦~m Chrysalide « Le premier geste que j’ai fait pour me redonner vie a été de me suicider.» roman • 160 p.• 22 $ tiliteiir tiliteiir XYZ éditeur.1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 Téléphone: (514) 525.21,70•Télécopieur: (514) 525.75.37 Courriel : info@xyzedit.qc.ca • www.xyzedit.qc.ca**”*^ formes qu’on en crée, il n’y a plus d’équilibre.Un des pôles de cette dialectique d’opposition chez Aquin, il en parle constamment me semble être cette tension entre les forces d’enracinement et de déracinement, entre le nomade et le sédentaire.Aquin, c’est un exilé qui rêve d’habiter son pays.Que laut-il penser de ce halo mythique qui enveloppe depuis sa mort l’œuvre autant que l’homme?De toutes les tentatives, bienveillantes, calculées ou maladroites, de récupération?J’ai parfois l’impression, au risque d’en choquer quelques-uns, que l’œuvre d’Aquin a été beaucoup étudiée mais qu’elle est encore peu lue.Or la vérité d’Aquin est une vérité très inquiétante, voire dérangeante.Et une façon de ne pas s’expliquer avec la vérité de ce destin, c’est de le mythifier, comme toujours, dans un sens ou dans l’autre.On a beaucoup parlé, par exemple, de cette sorte de prodige formel que sont ses romans.Et qui est un peu comme l’arbre qui cache la forêt .Pariaitement Aquin écrit même quelque part dans son journal: «J’ai utilisé mon cerveau comme les putains dépensent leur sexe.» C’est horrible!.Il l’a dit il faut lire ça.Ça ne veut pas dire que c’est insignifiant d’étudier l’aspect formel de ses romans, mais qu’est-ce que ça cache?Qu’est-ce que ça révèle?Quel est le drame?Moi, ce qui m’intéresse avant tout c’est ce que cette œuvre-là révèle d’un destin d’intellectuel, d’artiste et aussi de Québécois.Aquin, il ne faut pas l’oublier, écrit des romans très intelligents et très structurés à une époque où on découvre les formes, tout en ayant le sentiment que tout ça ne donne rien.Ce n’est pas ce qu’il veut.Il voudrait habiter son pays, s’enraciner, aller du côté de la «convergence universelle» qu’il voit chez Teilhard de Chardin.Le philosophe en lui, l’être spirituel ou l’être désespéré, ne va pas se satisfaire du petit change que lui donne son œuvre.C’était quelqu’un, dites-vous aussi, qui combattait constamment la folie, c’est-à-dire le sentiment de «déréalisation».«C’est l’absolu qui vous détraque», écrit Jacques Rivière à Antonin Artaud dans une lettre de mars 1924, à propos de l’esprit torturé du poète entièrement tourné vers la pensée pure.11 faut que vous donniez un objet précis à votre pensée, lui disait Rivière, sinon vous êtes perdu.Vous êtes toujours confronté à l’infini, à la totalité.Et ça, c’est Aquin.C’est le tout ou rien, il n’y a pas de contrainte.C’est admirable, mais on comprend très bien pourquoi il a une sorte d’inaptitude à l’action, malgré toutes ses velléités de s’incarner comme banquier, réalisateur, éditeur ou promoteur de course automobile.Et même ultimement une sorte d’inaptitude à la création.Je maintiens qu’on ne peut pas créer, qu’on ne peut pas agir ou vivre, si on n’a pas la foi ou l’intuition que tout ceci, cette activité souvent très pénible, a un sens.Qu’il y a une cohérence universelle, une histoire qui fait que les molécules se tiennent ensemble et que le rôle de l’écrivain est de faire en sorte que la rie circule entre toutes ces parties.Quand cette foi-là est perdue, pourquoi faire des livres?Pourquoi continuer de vivre?Et qu’en est-il de la foi ou de l’espérance qu’il fondait dans le pays à venir?Malgré tout ce qu’il a dit pour le pays, pour l’enracinement, l’indépendance, s’il l’a tellement prêché c’est parce qu’il en était incapable.Son destin, c’était d’être un errant un exilé, c’était d’être quelqu’un qui était dans la pensée romantique du «tout ou rien» ou dans l’infini qui détraque.Dans son journal, il se révèle très tôt d’une lucidité incroyable à l’égard de lui-même.Et là, on voit bien qu’il s’agit d’un destin, non seulement artistique, mais spirituel.La matière même de ce journal, qu’on retrouve bien sûr dans ses romans, c’est le drame de quelqu’un qui perd la foi.On ne dit plus ça aujourd’hui.Pas nécessairement la foi en un Dieu, mais la foi en cette chose qui nous fait croire que tout ceci a quand même un sens et qui nous pennet de supporter la tension permanente qui soutient l’acte créateur.Collaborateur du Devoir ARCHAMBAULT PALMARÈS LIVRES Résultats des ventes .Ou 27 février au 5 mars ® QUEBECOR MEDIA ROMAN OUVRAGE GÉNÉRAL 1 2 3 4 5 LE VIDE Patrick Sénécal (Alire) A.N.G.E.ANTTCHRISTUS Anne Roblllard (Lanctôt) FORTERESSE DIGITALE Dan Brown (Lattes) SONDE TON COEUR, UURIE RIVERS Stéphane Bourguignon (Qc Amérique) 1 2 3 LES CHEVAUERS D’ÉMERAUDES, T.10 Anne Robillard (Mortagne) LE MEILLEUR DE SOI Guy Corneau (Homme) GUIDE DE SURVIE J.E.Michel Jean (Trécarré) J’AI COMMENCÉ MON ÉTERNITÉ Edith Fournier (Homme) GRAND LIVRE DES PLATS MU0TÉS Judith Rnlayson (Homme) UNE BRÈVE HISTOIRE DE L’AVENIR Jacques Attali (Fayard) OSCAR ET LA DAME ROSE Éric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel) LES MEILLEURES RECETTES A LA.Donna-Marie Pye (Guy Saint-Jean) LE PARFUM Patrick Suskind (Livra de Poche) LES SECRETS DE NORAH Norah Sharift (JCL) LA PAROISSIENNE Denis Monette (Logiques) FRENCH KISS Chantal Hébert (Homme) LES CERFS-VOLANTS DE KABOUL Khaled Hosseini (10/18) MES MUE CT UNE MES Tom Lapointe (Intouchables) ÉTERNELS CÉLIBATAIRES Danielle Steel (Presses de la Cité) 10 TAIS-TOI, ARRÊTE DE TE PLAINDRE Larry Winget (Transcontinental) JEUNESSE ANGLOPHONE LES NOMBRILS T.2: SALE TEMPS PO Delaf / Dubuc (Dupuis) 1 THE LAST TEMPLAR Raymond Khoury (Signet) ERAGON T.2: L’AlNÉ Christopher Paolini (Bayard) THE AMBLER WARNING Robert Ludlum (St.Martin's Pre) ÉLOIK T.1: ÉVEIL DU RÊVEUR S.Lévesque / M.Bols (Vents d'Ouest) MARY MART James Pattarson (Warner Books) DARHAN T.5: LES MÉTAMORPHOSES Sylvain Hotte (Intouchables) FALSE IMPRESSION Jeffrey Archer (St.Martin's Pre) CELTINA T.4: LA LANCE DE LUC Corinne Vailly (Intouchables) DECEPTION POINT Dan Brown (Simon & Schuste) JOURNAL D’AURÉUE IAFLAMME T.1 India Desjardins (Intouchables) THE LINCOLN LAWYER Michael Connelly (Warner Books) IL ÉTAIT DEUX FOIS: ÉCOLE EN.Collectif (Boomerang) THE BEST UFE DIET Bob Greene (Simon & Schuste) GROS MONSTRE QUI AIMAIT TROP.UH Chartrand (Dominique & Cle) HONEYMOON Patterson / Roughan (Warner Books) AMOS DARAG0N T.2: CLÉ DE BRAHA Bryan Perro (Intouchables) TURNING ANGEL Greg Iles (Pocket Books) MONDE DE MAGIE DU DIADÈME T.6 John Peel (ADA) • DA VMCI CODE Dan Brown (Anchor) ARLHAMHAUIT '¦* LE DEVOIR.tES SAMEDI 10 ET DIMANCHE 11 MARS 2007 F 4 LITTERATURE HISTOIRE LITTÉRAIRE La forme touche le fond L'enseignement trop formaliste de la littérature va à l'encontre du plaisir du texte, selon Tzvetan Ibdorov, nourri au lait du structuralisme PHILIPPE LANÇON La littérature, c’est comme Jésus: on l’enterre, mais elle ressuscite.Et il y a du monde pour rouler la pierre autour du saint suaire.Avec La Littérature en péril, son trente-cinquième ouvrage, l’historien et essayiste Tzvetan Todorov rejoint le cortège des suppliants.C’est un pleureur délicat, modeste: il se recueille sans ostentation, avec l’elliptique clarté d’un amateur de Benjamin Constant (auquel il a consacré un essai), en contant son itinéraire intellectuel et au nom de l’humanisme.Selon lui, si la littérature attire peu, c’est d’abord parce que à l’école «on n’apprend pas de quoi parlent les oeuvres, mais de quoi parient les critiques».Autrement dit, son étude ne serait plus que celle de ses formes et non, comme il le faudrait d’abord, une analyse de (et une réflexion sur) son rapport à l’homme et au monde.Par exemple, «on se demandera si Le Procès s’apparente au registre comique ou à celui de l’absurde au lieu de chercher la place de Kajka dans la pensée européenne» (il est sans doute possible de faire les deux).La littérature serait ensuite déterminée par une critique imposant la trilogie fatale: «formalisme, nihilisme, solipsisme».Cette critique orienterait à son tour le travail d’un grand nombre de romanciers.En résumé, la littérature telle qu’on l’enseigne, la relate et l’écrit ne parlerait plus de l’homme dans le monde mais d’elle-même et de l’individu qui la fait desséchée en son miroir.Une connaissance même superficielle de la production romanesque contemporaine désactive ce cliché: même en France, pays grammairien et cible principale de ce discours, on ne cesse de publier des romans de toutes sortes, dont le souci principal est de raconter le monde d’une manière ou d’une autre.Attribuer aux critiques de presse, comme l’auteur le fait une telle influence sur le travail des romanciers, c’est exagérer le pouvoir des uns et sous-estimer l’imagination des autres.Mais Todorov est universitaire: beaucoup d’entre eux étudient tant (et parfois si bien, avec tant d’amour) les morts qu’ils finissent par voir les vivants selon une perspective déformée, presque toujours nostalgique.Todorov n’échappe pas à ce travers.Cela n’ôte aucun intérêt à sa brève méditation autobiographique.Le balancier Et d’abord par le fait que lui, Todorov, fut dans les années soixante, avec Gérard Genette, l’un des pion- niers de la critique textuelle.Ensemble, ils ont créé la revue Poétique.Ils œuvraient, en partie malgré eux, les étiquettes définissant rarement les produits, «sous la bannière du structuralisme».Leur travail a modifié et orienté les études littéraires en France.«Devrais-je me sentir responsable, se demande-t-il, de l’état de la discipline aujourd’hui?» Cette question inquiète est à la base de l’ouvrage.La réponse est non.Todorov rappelle qu’il a commencé par étudier en Bulgarie communiste.«Je me suis engagé, écrit-il, dans une des rares voies qui permettaient d’échapper à l’embrigadement général.Elle consistait à s’occuper d’objets sans teneur idéologuiue; donc, dans les œuvres littéraires, de ce qui touchait à la matérialité même du texte, à ses formes linguistiques.» Arrivé en France, il poursuit naturellement ce travail — qui croise le champ du structuralisme naissant il faut se libérer d’une critique d’intuition et «infléchir l’enseignement littéraire à l’université pour le libérer de la grille des nations et des siècles, et l’ouvrir à ce qui rapproche les œuvres les unes des autres».Ce labeur d’objectivation ne lui fait jamais oublier que la littérature est d’abord ce qui, en Bulgarie puis en France, l’a «aidé à vivre».Pourquoi?Parce quelle lui parle de l’homme, lui permet de le comprendre.Le corps du livre retrace l’évolution des conceptions de la littérature, surtout française; sa lente dérive vers un idéal platonicien de beauté en soi, la détachant du monde ou la rapprochant par l’entremise de Flaubert et de Mallarmé, du néant Todorov conclut que le «balancier» critique qu’il a contribué à rééquilibrer dans les années soixante est allé trop loin dans le sens formel.D faut remettre un peu de simplicité, d’humain et de contexte là-dedans.C’est juste, banal, d’un diagnostic un peu superficiel?Comme un préambule au livre profond qu’il écrira peut-être sur son rapport à la langue, ce tango éclairé et discret de formaliste humaniste.Libération LA LITTÉRATURE EN PÉRIL Tzvetan Todorov Flammarion Paris, 2007,96 pages LA LITTÉRATURE EN PÉRIL Tzvetan Todorov Flammarion, «Café Voltaire» Paris, 2006,95 pages Leçon d’écriture, leçon de vie Paroles de femmes Le dimanche, 11 mars, pour la journée internationale de la femme.Les dimanches du conte présentent un spectacle intitulé Paroles de femmes, qui mettra en vedette les conteuses Claudette L’Heureux, Stéphanie Bé-néteau, et Lucie Bisson.Cela se passera au Sergent recruteur, rue Saint-Laurent, à Montréal.Claudette L’Heureux a commencé à raconter des histoires à ses frères et soeurs en haut de l’escalier avant de faire paraître le livre CD Les contes de la poule à Madame Moreau, chez Planète Rebelle.«Sa force, c’est de n’avoir jamais pensé être conteuse, de ECHOS n’être ni jeune ni vieille, ni traditionnelle ni moderne, ni instinctive ni intellectuelle, d’être elle-même, d’un seul bloc, libre», écrivait-on à son sujet, dans Télérama, en France.De père francoontarien et de mère américaine, Stéphanie Bénéteau fait pour sa part revivre les contes de la tradition mondiale.Quant à Lurie Bisson, elle a entre autres, nous apprend le programme, gagné le trophée Capitaine Bonhomme pour la meilleure menterie au festival de, conte Bouche à oreille de 2005! A ce sujet, avis aux intéressés, le concours de la meilleure menterie a lieu de nouveau cette année dans le cadre du festival du conte Bouche à LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d'art et de collections Canadiana Livres anciens et rares Bibliothèque de la Pléiade Littérature Philosophie Sciences humaines Service de presse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@bellnet.ca NOUS NOUS DEPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.oreille de Montréal, qui a lieu du 3 au 8 avril.- Le Devoir Forum littéraire Le groupe étudiant Erre d’aller organise une deuxième édition du Forum littéraire, du 12 au 16 mars à l’Université du Québec à Montréal.Ce forum se passera cette fois sur le thème de la performance.La littérature hors les lignes, pour une exploration de la performance, comme se nomme le Forum rassemblera entre autres des conférences d’André Lemelin, Bertrand Laverdure et Paul Ah-marani.Le forum prévoit également la projection du film La nuit de la poésie, une soirée de contes, une table ronde sur le dialogue entre poésie et performance, avec D.Kimm, Tristan Malavoy-Raci-ne, André Marceau et Karoline Georges, et une foire de l’édition et des revues alternatives les 14 et 15 mars.- Le Devoir Danielle Laurin Q ui était Margaret Laurence?Comment est-elle devenue l’écrivain le plus célèbre de l’histoire littéraire canadienne?James King, auteur de biographies consacrées à Virginia Woolf et à William Blake, a enquêté.Son livre, intitulé tout simplement La Vie de Margaret Laurence, nous révèle un personnage fascinant.Et ambigu.La première grande dame des lettres canadiennes, morte il y a vingt ans, apparaît coimne un être tourmenté, déchiré.Profondément angoissé.D’accord.L’auteure de The Stone Angel (L’Ange de pierre) a ouvert la voie aux Margaret Atwood et Alice Monroe.Elle s’est battue, à une époque pas si lointaine, pour exister comme femme et comme écrivaine à part entière.Mais à quel prix?James King a fouillé sa correspondance, son journal inédit, et même son album photos — autant de documents dont il nous livre des extraits dans son ouvrage.En bon universitaire, il a aussi lu et relu avec parcimonie l’œuvre de l’auteure.Ses commentaires, éclairants, alternent avec ceux de Margaret Laurence, qui n’a jamais cessé de s’interroger sur son écriture, ses personnages, la construction de ses histoires.Doutant de tout, elle réécrivait tout, encore et encore, même une fois devenue célèbre.H faut dire aussi qu’elle avait trois éditeurs à satisfaire, dans trois pays?différents (Canada, Angleterre, États-Unis).A remarquer son biographe ne se gêne pas, au contraire, pour établir mille et un parallèles entre ses livres et le déroulement de sa vie.Margaret Laurence elle-même ne disait-elle pas: «L’écriture n’est pas censée être liée à sa propre vie, mais seuls les crétins croient cette affirmation.» L’auteur de La Vie de Margaret Laurence n’a jamais rencontré l’écrivaine de son vivant.Mais pour mener à bien son enquête, il a bénéficié du concours de plusieurs personnes de son entourage: ses amis, son ex-mari et ses deux enfants.Résultat: paru il y a dix ans et tout juste traduit en français, son livre demeure, encore aujourd’hui, une référence obligée, malgré la multiplication des biographies consacrées à Margaret Laurence.Attention cependant.Dire que cette brique imprimée serré se dévore d’un bout à l’autre serait mentir.Les premières pages surtout, celles consacrées aux ancêtres et à l’enfance malheureuse I N VI TA T\ ON Dans le cadre des activités de son 20e anniversaire La librairie Alire vous invite à une soirée de poésie avec : éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature sous la direction de Yves Boisvert L’intervention en éthique organisationnelle collaborateurs Chantal Audet, Louise Brabant, Caroline Coulombe, Diane Girard, Magalie Jutras, André Lacroix, Georges A.Legault, Jean-François Malherbe, Allison Marchildon, Thierry C.Fauchant, Robert Roy, Marc Terreau, René Villemure A/or/vks^ieJ «Je.f^elle-C'eu'i'lle Le vendredi 23 mars à 19 h la soirée sera animée par Christine Michaud chroniqueuse à Salut bonjour week-end Librairie indépendante agréée Place Longueuil 825, rue Saint-Laurent Ouest 450-679-8211 de celle que ses proches surnommaient Peggy, s’étirent On comprend bien que la perte de sa mère à l’âge de quatre ans, puis celle de son père, cinq ans plus tard, ont représenté un drame terrible pour la petite fille — drame dont elle ne se remettra jamais vraiment.Mais on se perd dans une foule de petits détails qui nous semblent inutiles.Comme si le biographe avait voulu tout dire.Quand commence la vie adulte de Margaret Laurence, par contre, ça devient passionnant.Plus on avance, plus on est aspiré par son histoire, son courage, sa détermination.On finit par être complètement envoûté.Cette femme, née au Manitoba en 1926, a vécu en Somalie, au Ghana.Après un bref retour au Canada, avec son mari et ses deux enfants, elle s’est installée à Londres, puis dans la campagne anglaise, sans homme.Son objectif premier, sa §eule pensée: écrire.A tel point que son identité même passait l’écriture.Comme le fait remarquer son biographe: «Si elle ne peut plus écrire, elle n’a pas d’identité.» Après s’être inspirée de ses séjours prolongés en Afrique pour ses premiers écrits, elle va, avec The Stone Angel, paru en 1964 et considéré comme son chef-d’œuvre, ouvrir la brèche de ses propres origines.Son pays, «le seul que je connaisse de l’intérieur», disait-elle, va devenir le moteur de son œuvre.C’est en 1974 qu’elle revient s’installer définitivement au Canada, à Lakefield, en Ontario.Couronnée de prix, elle prendra part activement à la vie littéraire et universitaire.Elle militera contre l’armement nucléaire, se prononcera en faveur de l’avortement sera de toutes les tribunes.Elle devra aussi faire face à l’étroitesse d’esprit de certains de ses compatriotes: son roman The Diviners (Les Oracles), paru l’année de son retour au pays, fera l’objet d’une censure.A cause de scènes sexuelles jugées trop explicites, il sera interdit dans les collèges.La romancière sera dès lors cataloguée comme «un auteur immoral et irreligieux».Parmi les côtés moins heureux de sa personnalité qui apparaissent sous la loupe de son biographe: son alcoolisme, devenu omniprésent au fur et à mesure qu’elle vieillissait.Et les colères noires qu’elle piquait même contre ses meilleurs amis.On ne peut s’empêcher de penser à sa contemporaine française, Marguerite Duras.On ne peut s’empêcher de penser à cet autre monstre sacré de la littérature du XXe siècle, aussi, parce que toutes les deux ont dû composer avec un univers essentiellement masculin.Et si on louait dans les deux cas, leurs romans, c’était bien souvent pour y trouver des qualités dites viriles.C’était le cas pour Un barrage contre le Pacifique en 1950, en Margaret Laurence a dû batailler fort pour ne pas se laisser submerger par son rôle d’épouse, de mère et de ménagère France.C’était le cas dix ans plus tard au Canada pour le premier roman de Margaret Laurence, This Side Jordan.Même son éditeur torontois disait de l’auteure à l’époque: «Elle a un style unique, puissant, viril, vigoureux — quand je l’ai lu, fai eu beaucoup de mal à croire que ce ro-man avait été écrit par une femme.» A propos des critiques négatives suscitées par son livre le plus féministe, The Fire-Dwillers (Ta maison est en feu), publié en 1969 et dont l’héroïne, Stacey, incarne une femme au foyer typique, Margaret Laurence aura ce commentaire cinglant: «Ces critiques (toutes faites par des mâles d’un certain âge qui ont probablement des femmes comme Stacey) indiquent bien que quoi qu’une femme pense, ils NE VEULENT PAS LE SAVOIR.On ne peut pas s’empêcher de croire que l’on juge le roman sur des raisons autres que littéraires.» Elle-même a dû batailler fort pour ne pas se laisser submerger par son rôle d’épouse, dp mère et de ménagère.A sa plus fidèle amie, l’écrivaine Adèle Wiseman, elle confie: «Mes enfants détestent quand je suis en train d’écrire, puisque je deviens comme absente, et ensuite ces petites brutes me disent que je les néglige, et je me sens coupable, ce qui n’est pas du tout leur intention.» Elle aura aussi ces mots: «Si seulement on pouvait être une chose ou me autre — mère ou femme, femme ou auteure — mais bon sang, être aussi divisée n’est pas JUSTE.» Ce dilemme la poursuivra jusqu’à la fin.Quelque temps avant de se suicider, Margaret Laurence, qui se savait condamnée par un cancer en phase terminale, notait dans son journal intime: «J’ai écrit des livres et j’ai élevé mes enfants.Mais j’ai surtout écrit des livres.Pourquoi?Je ne sais plus.J’ai toujours pensé que j’avais à le faire — c’était important.Pourquoi était-ce important?» Elle ajoutait: «La plupart des personnes croient qu’il est important d’aimer les gens, d’avoir un conjoint, j’ai cru qu’il était important d’aimer les gens, d’élever mes enfants adorés et d’écrire des livres.Et à 60 ans, je suis en train de mourir.Pas d’homme depuis de nombreuses années.Peut-être ai-je eu tort.je ne sais plus pourquoi j’ai fait le choix que j’ai fait.Les livres le valent-ils?Je l’ai cru.Maintenant je ne sais pas.» Une chose est sûre: à la lumière de la biographie de James King, c’est toute l’œuvre de Margaret Laurence qu’on a envie de lire.Collaboratrice du Devoir LA VIE DE MARGARET LAURENCE James King Traduit de l’anglais par Lynn Diamond Triptyque Montréal, 2007,402 pages Les clubs de lectun .alire en kiosque dès maintenant! A ne pas manquer dans cette édition: un grand dossier sur les CLUBS DE LECTURE Bulletin d’abonnement Remplir et retourner à : Les éditions Entre les lignes Téléphone : 514.526.2620 2177, rue Masson, bureau 411, Montréal (Québecl H2H 1B1 Télécopieur : 514.526.4111 UOui, je m’abonne au magazine Entre les lignes".?Oui, j’abonne unie) de mes ami(e)s au magazine Entre les lignes".Cadeau de :.Tél.: ?4 numéros /tan: 20,00 $ + tx = 22,79 $ (institutions : 22,00 $ + tx = 25,07 $) ?8 numéros 72 ans : 35,00 $ + tx = 39,88 $ (institutions : 40,00 $ + tx = 45,58 $) Nom :_____ Adresse :.Ville : __ Tél.rés.: -Courriel :.Prénom ; .Province :.Tél.bur.:.Code postal :.Mode de paiement : ?Chèque ou mandat à l’ordre de : tes éditions Entre les lignes ?Visa ?MasterCard N carte de crédit :______________________________________________________ Date d’expiration :_______________________Date :______________________________________ Signature : - • L'ABONNEMENT DEBUTERA AVEC L'ÉDITION VOL 3 N 4 - JUIN 2007.1 t 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE 11 MARS 2007 ITTERATURE LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE L’homme qui aimait écrire des histoires Suzanne Giguère Q isage de la j uel est le plus grand é-blouissement que le visage de Ta femme aimée?» Il était une fois un homme qui aimait écrire des histoires d’amour.Un parfum de femme était capable de le troubler et de le hanter.Chacun a une clé pour comprendre la réalité.Pour Naïm Kat-tan, c’est le corps féminin.Avec constance il dessine, dans Châteaux en Espagne, une configuration du désir, explore les élans qui refrènent ou intensifient l’amour.Rien n’échappe au regard de l’écrivain, surtout pas le mirage de la passion, excès de vie, impossible à étaler dans le quotidien, voué à disparaître et dont la disparition démolit en laissant un vide grandiose.Homme de rêverie, Naïm Kattan est aussi homme de réflexion.Le questionnement identitaire qui traverse toute son œuvre est également présent dans ce recueil composé de quatre nouvelles.L'auteur tente de saisir l’insaisissable, c’est-à-dire l’espace où coexistent la perte et le recouvrement dans la construction de soi.Faire face Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, un Noir américain renie sa négritude et s’invente une noble descendance espagnole.Il entreprend un pèlerinage au pays de ses racines.Les murs restent muets.Sur l’histoire.La sienne, celle de ses ancêtres.Coup de tonnerre dans la vie de son fils quand il découvre la véritable identité de son père: «fils de Noir, j’étais moi-même un Noir».Mal préparé à vivre avec ce conflit, il part en Andalousie pour ne pas être miné jusqu’à en crever.Pour se débarrasser de son fardeau.Pour faire face.«J’ai eu besoin de tout ce récit.Ariane, pour te dire que je faime.» L’Aveu est sans doute la nouvelle la plus forte, et la plus touchante du recueil.A la suite d’un infarctus, un homme raconte à sa compagne son passé criblé d’amours violentes et d’insuffisances paternelles.Les images se superposent, les souvenirs s’incarnent.C’est l’histoire entêtante et pathétique d’un homme absent à lui-même: «On dirait que j’ai traversé mon existence dans l’inconscience, Il n’y a pas de véritable coup d’éclat littéraire dans Châteaux en Espagne, plutôt un mélange de distinction, d’aisance, de prestance sans mémoire et sans projet.» Il choisit de poursuivre la route, d’aller de l’avant, ne serait-ce que pour réparer.La passion amoureuse, c’est la magie qui célèbre le triomphe du plaisir, du rire et de la jouissance.C’est aussi l’illusion, la destruction, «l’amour-solitude».David et Béatrice cherchent à cicatriser, chacun de leur côté, une blessure indéfinissable.Le couple voyage à Cannes, à Vancouver, à San Francisco, à New York, s’abîme dans une relation fusionnelle.Petit à petit l’usure de la vie conjugale les gagne, les laissant sans attentes et sans promesses.C’est un homme aux mille détours qui parle dans L’Orphelin.Il porte en lui une blessure lancinante depuis le jour où il a appris qu’il était adopté.Son existence n’est plus qu’une ronde infinie dont il cherche vainement le sens.Comme si sa vie restait souffle à bout de souffle.Il finira par tourner la page, reprendre la route dans l’espoir d’une assomption.C’est le travail de l’écrivain d’imaginer les sensations, les émotions.Embusqué dans la peau de ses personnages, Naïm Kattan suit le modelé de leurs conflits intimes, les amenant sur la route de la sincérité, de la périlleuse sincérité.La justesse de ses analyses psychologiques procure au lecteur un sentiment d’étrange familiarité avec ses propres histoires.Il n’y a pas de véritable coup d’éclat littéraire dans Châteaux en Espagne, plutôt un mélange de distinction, d’aisance, de prestance.L’écriture de Naïm Kattan est très personnelle, faite de changement de rythmes, d’altitudes et de directions.L’auteur n’a rien perdu de sa verve de conteur héritée du pays des Mille et une nuits dont il est originaire.Lauréat du prix Athanase-David (2004) pour l’ensemble de son œuvre, Naïm Kattan a publié dans une mosaïque de formes: essais, nouvelles, romans, théâtre (en tout une quarantaine de livres).Châteaux en Espagne est sa vingtième œuvre de fiction.Qui a écrit que ce n’est pas la publication qui fait de vous un écrivain, mais le fait d’aspirer à une exigence extraordinaire?Naïm Kattan y revient sans cesse, considérant sans doute l’écriture comme un moyen de se transformer soi-même, de communiquer avec autrui en en même temps qu’une forme d’art Collaboratrice du Devoir CHÂTEAUX EN ESPAGNE (nouvelles) Naïm Kattan Editions Hurtubise HMH Montréal, 2006,402 pages Les coulisses de la création Jean-Marc Dalpé a carte blanche au Studio-théâtre de la Place des Arts mercredi DANIELLE LAURIN Il écrit depuis plus de trente ans.Théâtre, poésie, roman, scénarisation: il touche à tout.Et accumule les prix.Mais n’allez pas croire que Jean-Marc Dalpé écrit seul: «Chaque écrivain a beau avoir une voix unique, ce n’est jamais une voix qui vient de nulle part.On fait tous partie d’une mouvance littéraire, on a des ancêtres et des maîtres.» Jean-Marc Dalpé sera au Studio-théâtre de la Place des Arts mercredi.Un soir seulement.On lui a donné carte blanche, il a décidé de rendre hommage aux auteurs qui l’ont touché, influencé.Et il a invité le jeune dramaturge Olivier Choinière à partager la scène, pour faire de même.Pourquoi Olivier Choinière?«Parce qu’ü est québécois et moi franco-ontarien.Pajrce qu’ü appartient à une autre génération.Parce qu'il a un autre rapport à l’écriture.Et parce que, malgré tout, on appartient à la même famille théâtrale.» L’auteur de Trick or Treat, 50 ans, et l’auteur de Venise-en-Qué-bec, 33 ans, travaillent souvent, chacun de leur côté, en collaboration avec le Théâtre de la Manufacture, à La Licorne.Ils font tous les deux de la traduction.Et partagent un bureau, boulevard Saint-Joseph, à Montréal.Un bureau d’écriture.Jean-Marc Dalpé précise: «Ça fait des années que je travaille à l’extérieur de la maison.Depuis que j’ai eu ma fille.Elle a seize ans maintenant.J’avais besoin de me créer une place ailleurs, pour écrire.Pour ma santé mentale.et celle de ma famille.» Ils sont cinq ou six auteurs à partager un six et demie, s’échangent parfois leurs textes, en cours d’écriture.«J’aime beaucoup ce qu’écrit Olivier», dit Dalpé.Il ajoute: «Quand on m’a proposé de faire une carte blanche dans le cadre du Studio littéraire, il y a un an, j’ai dit oui sans trop savoir ce que je ferais, et quand je me suis réveillé, j’ai tout de suite pensé à Olivier.C’est d’ailleurs lui qui a trouvé le titre: Auteurs sous influences.» Quelle est la place de la littérature dans notre travail d’écriture?Quels sont les auteurs qui nous ont influencés?Et qu’est-ce qu'une influence?C’est le genre de questions qu’ils se sont posées mutuellement, au départ Ils ont choisi chacun de leur côté une quinzaine d’auteurs, se sont rendu compte en cours de route qu’ils avaient dans leur besace respective des textes en commun.De Réjean Ducharme, Thomas Bernhard, Shakespeare.Ils en sont venus aussi à distinguer deux sortes d’influence.Jean-Marc Dalpé précise: «ü y a, pour chacun de nous, des auteurs fondateurs, ceux qui nous ont nourris quand on était jeunes.Et il y a des textes plus spécifiques, qui ont eu des influences directes tandis qu’on était en train de travailler sur un projet en particulier.» Parmi les auteurs fondateurs de Jean-Marc Dalpé: Shakespeare.«C’est un de mes premiers souvenirs d’émerveillement, par la parole et par la force dramatique.» Il avait neuf ans.«J’ai vu Hamlet interprété par Laurence Olivier, sur notre vieille télé en noir et blanc.J’étais fasciné.C’était une culture que je ne connaissais pas: on n’avait pas de livres chez nous.Je ne comprenais pas tout, même si je parlais anglais.Cet accent qu’avait Laurence Olivier! J’ai été happé, foudroyé.Mon monde s’est ouvert.» Autres moments de révélation chez ce natif d’Ottawa installé à Montréal depuis la fin des années 1980: quand il a lu Proust.James Joyce, aussi.Et Faulkner.Et Beckett.«Je dévore tout, je suis très curieux.» Influences Parmi les auteurs qui ont eu une influence directe chez lui: Aristote.Ça remonte à une quinzaine d’années.«J'ai fait une relecture de son œuvre, en particulier de La Poétique, pour pousser plus loin les limites de mon écriture théâtrale.Aristote, c’est la base du théâtre, de la structure dramatique.Même si on utilise d'autres mots aujourd’hui, même si on a plus de 2000 ans d’expérience théâtrale derrière nous, c’est Aristote qui a mis en place les concepts de base.» Autre auteur important dans son parcours: l’écrivain français Claude Simon, lauréat du prix Nobel de littérature en 1985.«Il m’a aidé à organiser mon roman.» Un vent se lève qui éparpille, Prix du gouverneur général en 2000, est le premier roman de Jean-Marc Dalpé, le seul qu’il ait écrit jusqu’à maintenant.Il y fait entendre plusieurs voix, comme autant de longues plaintes entremêlées.«La construction élaborée des romans de Claude Simon, l’importance qu’il accorde au rythme et ses longues phrases m’ont donné la permission d’y aller.» Il a bien l’intention de poursuivre son aventure romanesque.«J’ai déjà écrit quelques pages, tout est là dans ma tête.» Mais le roman, à ses yeux, est un long processus.«Je me pose tellement de questions, sur la narration, sur la façon de maintenir la tension dramatique.C’est beaucoup plus compliqué pour moi que d’écrire pour le théâtre.» Normal.Écrire pour le théâtre, c’est son premier métier.«Je le connais plus, j’ai plus d’outils, et mes instincts d’acteur me reviennent en cours d’écriture.» Écrire pour le théâtre et jouer il a mené les deux carrières de front, à ses débuts, en Ontario.C’était l’époque des créations collectives, du théâtre engagé.Peu à peu, il a renoncé au métier d’acteur pour se concentrer sur l’écriture.«Quand ma fille est née, j’ai fait le pari de gagner ma vie en écrivant.J’ai été chanceux, ç’a marché!» Comprenez la différence ! Le Hezbollah LA RÉFÉRENCE Comme les Israéliens et les Américains, le gouvernement antisyrien de Fouad Siniora aimerait, aujourd'hui, voir disparaître le Hezbollah, mais il n'a cependant nullement l'intention de cataloguer ce groupe islamiste comme organisation terroriste, car toutes les communautés libanaises admettent, parfois à contrecœur, que le Hezbollah a libéré le territoire national occupé par les Israéliens.Judith pai '""'¦er Harik .M .- .Stanké «QUEHCOt MEDIA PEDRO RUIZ LE DEVOIR Jean-Marc Dalpé Il a recommencé à jouer, pour le plaisir, il y a quelques années.On l’a vu notamment dans sa propre pièce Trick or Treat, présentée à La licorne.Et, plus récemment, au même théâtre, dans Les Points tournants, de Stephen Greenhorn.pièce traduite par Olivier Choinière.L’acteur n’a pas l’intention de s’arrêter là.Il jouera l’an prochain dans une pièce de l’Ontarien Mansell Robinson, qu’il est en train de traduire pour le Théâtre du Nouvel Ontario.Le cinéma Pour le reste, il a aussi un projet de scénario de film en cours.«Je ne peux pas vraiment en parler, il y a trop de monde concerné», glisse-t-il.C’est l’expérience de Temps dur, télésérie de dix épisodes sur la vie carcérale qu’il a scénarisée pour Radio-Canada il y a quelques années, qui lui a donné l’envie d’aller du côté du cinéma.«Comment écrire pour l’écran, pour l’image?Comment faire progresser la tension dramatique sans miser seulement sur les dialogues, comme au théâtre?C’est tout un défi!» Le défi de la réalisation comme telle le tente aussi.«Une partie de la job de réalisateur se pas- se en salle de montage, et là se joue un autre moment d’écriture, une nouvelle écriture en fait.Ça me fascine.» Éascinant personnage, que cet écrivain passionné, à qui des universitaires viennent de consacrer un ouvrage.Ouvrier d’un dire, actes d’un colloque qui lui était consacré en 2004, à l’Université de Guelph.«Je n’ai pas encore lu le livre, mais j’ai assisté au colloque, en partie.Ça fait plaisir de savoir qu’il y a des lecteurs qui pensent, qui fouillent, prennent le temps de lire, d’analyser.Mais en même temps, ça fait bizarre d’être décortiqué à ce point-là.» Il a beau avoir reçu trois Prix du gouverneur général, être lauréat d’un Masque pour sa plus récente pièce, Août, un repas à la campagne, lui-même ne se prive pas quand rient le temps de s’au-tocritiquer.«J’ai un regard très critique sur ce que je fais, sinon je n’avancerais pas.Mais ça n’a rien à voir avec la critique universitaire ou journalistique.Ma critique à moi n’a qu’un objectif: me faire écrire mieux, plus, me pousser plus loin dans le processus de création.» Parlant de création, se pourrait-il que, dans le cadre de sa carte blanche, Jean-Marc Dalpé lise quelques extraits inédits de ses propres textes?«Ce n’est pas impossible», laisse-t-il tomber, énigmatique.Collaboratrice du Devoir Carte blanche à Jean-Marc Dalpé, avec Jean-Marc Dalpé et Olivier Choinière, est présentée par Le Studio littéraire, au Studio-théâtre de la Place des Arts, le mercredi 14 mars, à 19h30.Jean-Marc Dalpé.Ouvrier d’un dire, sous la direction de Stéphane Nutting et François Paré, rient de paraître daps la collection «Agora», aux Éditions de l’Institut franco-ontarien / Prise de parole, Sudbury (342 pages).ERIC-EMMANUEL SCHMITT venez Ce rencontrer chez Renaud-Bray 4180 rue Saint-'Dems le 12 mars 2007 de iqfioo à 2ifioo \ Mil \ IC H l » LE 1) E V’ 0 I R , LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE 11 MARS 2 0 0 7 ESSAIS ESSAIS QUÉBÉCOIS Un autre regard sur la réforme scolaire LE Louis Cornellier Le débat sur la réforme scolaire s’enlise.Les adversaires s’y caricaturent mutuellement à qui mieux mieux, se braquent les uns contre les autres et font perdre le nord aux citoyens que la chose intéresse mais qui n’y comprennent plus rien.Le résultat, pour l’heure, est rien moins que désolant.Désorientés par ce brouhaha de spécialistes, certains en sont venus à souhaiter un pur et simple retour en arrière, alors que d’autres, un peu confus eux aussi, optent pour la fuite en avant Le professeur, chercheur et administrateur scolaire Paul Inchauspé, qui fut président du groupe de travail sur la réforme du programme d’études, en a assez de cette foire d’empoigne qui ne rime à rien.Dans Pour l’école, un essai sous-titré lettres à un enseignant sur la réforme des programmes, il se propose de ramener tout le monde à la raison en rappelant «les convictions profondes» qui ont présidé aux orientations de cette réforme.Informés, nuancés, intelligents et pédagogiques au sens le plus noble du terme, ses propos offrent sur la réfonne, un regard qui dépasse les stériles affrontements partisans.Cette réforme, écrit-il d’entrée de jeu, «n’est pas d’abord une réforme ou un renouveau “pédagogique”», mais «une réforme du programme d’études de l’école primaire et secondaire».Elle n’a pas la prétention, précise Inchauspé, de «remplacer un systè- me imparfait par un système parfait», mais de «changer des éléments d’un système pour qu’il s’ajuste mieux aux nouvelles réalités à affronter».Son idée directrice, sa logique, est celle de la «perspective culturelle», un élément dont les débats actuels ne tiennent presque jamais compte.Dans le contexte de «crise de sens» qui caractérise notre société, l’école est devenue «le seul lieu structuré de transmission».Cette dernière, que personne ne remet en cause, a pour but d’introduire les élèves dans le monde de la culture: «Le monde qui est là devant eux, dans lequel il leur faudra vivre et agir, et qu’ils devront à leur tour transformer, n’est pas le monde de la nature, c'est le monde de la culture, c’est le monde de la langue et des langages, du nombre et de la science, des arts et de la technique, du travail et des institutions, un monde, résultat des productions passées.» Aussi, une des conséquences de cette nouvelle perspective est-elle que l’histoire, et son prolongement dans l’actualité, doit être au cœur de toutes les matières du programme.Entrer dans la culture, c’est donner du sens aux savoirs et à l’expérience, et c’est par là, n’hésite pas à écrire Inchauspé, «que l’école est utile».Non pas, donc, banalement, pour l’emploi, mais parce que «ces savoirs .sont utiles, nécessaires, pour comprendre, vivre et agir dans un monde complexe qui n’est pas un monde naturel, mais un monde construit par les hommes, un monde culturel».Dans l’enseignement des sciences, par exemple, l’approche culturelle invite à mettre l’accent, dès le primaire, non plus sur les seuls aspects formalistes, mais sur les «connaissances scientifiques qui peuvent être utiles dans la vie de tous les jours» au sens large (clonage, OGM) ; non plus sur l’enseignement des sciences comme outil de sélection, mais comme moyen de formation.L’enseignant passeur culturel, doit favoriser la prise de conscience «du processus vi- vant de la construction de la science».Ainsi, les jeunes qui n’optent pas pour une carrière scientifique «oublieront les constructions formelles, les procédures, mais ils se souviendront longtemps des problèmes concrets que le scientifique voulait résoudre, les difficultés qu’il a rencontrées, les raisons qui les ont fait naître et quelle fut la solution construite» [stc].Des savoirs durables Ce dernier constat nous introduit, pour qui sait lire entre les lignes, au débat concernant l’opposition connaissance/compétence.Inchauspé insiste: le nouveau programme vise toujours à transmettre des connaissances.Cet essai, d’ailleurs, évoque ces connaissances «mises en culture» (la formule est du physicien Jean-Marc Lévy-Leblond) dans les domaines de la langue, de l’histoire, des arts et des sciences.Toutefois, s’inspirant d’une longue tradition de réflexion pédagogique, le nouveau programme insiste aussi sur la transmission de «savoirs durables», c’est-à-dire des savoir-faire qui permettent la poursuite de l’apprentissage tout au long de la vie et que l’on appelle des compétences.Renan écrivait «Il est vrai que les choses apprises disparaissent en grande partie, la marche que l’esprit a faite par elles reste.» Calculer, rédiger et üre, par exemple, sont des compétences.Personne, pourtant ne s’oppose à ce qu’on transmette ces savoir-faire.Le nouveau programme en ajoute d’autres (exploiter l’information, exercer un jugement critique, se donner des méthodes de travail, etc.), tout aussi nécessaires à l’intégration et à la mise en œuvre des connaissances, mais mal perçus par les adversaires les plus acharnés de la réfonne, qui y voient une dérive utilitaire.Pourtant, comme l’explique Inchauspé, «les compétences dont parle le programme d’études, qu’elles soient disciplinaires ou transversales, sont des savoir-faire intellectuels.À leur face même, elles n’ont rien à voir avec les compétences relatives à l'emploi».Cette nouvelle perspective entraîne, évidemment, une remise en question des méthodes pédagogiques traditionnelles.Inchauspé reconnaît que, à cet égard, le débat actuel a été récupéré par des experts qui en ont fait une querelle de clans.Affirmer, pourtant, que c’est l’élève lui-même qui doit être au cœur de son apprentissage n’a rien d’extravagant.«Il n’y a pas d’autre moyen d’accéder à la connaissance, écrit l'essayiste, que de penser par soi-même.Cela ne veut pas dire que la vérité est individuelle, mais que l’effort personnel est le seul moyen d’accéder à une vérité.» D’où, dans l’esprit d’une réforme bien comprise, l’accent mis sur une pédagogie de l’activité, plutôt que de la seule réception, qu'Inchauspé compare à la méthode socratique, qui consiste à placer «la question» au cœur de la démarche pédagogique: «La place que vous donnez à la question et aux questions dans votre enseignement dit tout sur la manière dont vous percevez l’élève: un feu à alimenter ou une cruche à remplir.» La réforme que défend Inchauspé dans cet ouvrage a parfois été, en partie, détournée de son esprit originel.Renouer avec ce dernier permettrait au moins aux acteurs du monde scolaire d’abandonner leur guerre de clans pour mener le débat sur des bases plus saines.louiscornellierfiipcommunications.ca POUR L’ÉCOLE Lettres à un enseignant SUR LA RÉFORME DES PROGRAMMES Paul Inchauspé Liber Montréal, 2007,184 pages PHILOSOPHIE Philosophe, faute d’être parieur MICHEL LA PI ERRE Est-ce de la poésie?Est-ce de la philosophie?En lisant Le Murmure signifiant, de Michel Morin, on se demande de quoi il s’agit.L’auteur répond à l’improviste en faisant sienne cette belle réflexion d’Alain: «C’est le poète qui est le plus ancien penseur.» Pour Morin, derrière toute logique, derrière tout récit, il y a le Souffle, et dans la philosophie se cache _ une intrigue.Ces idées maîtresses du Murmure signifiant ne sont pas banales, mais il faut convenir que Morin ressemble beaucoup plus à un philosophe qu’à un poète et qu’il se distingue nettement du parieur pasca-lien.La poésie et le pari apparaissent moins verbeux que les textes épars, souvent aphoristiques, que nous livre celui dont le métier consiste à enseigner la philosophie au cégep.Le trait qui frappe le plus chez un homme de l’âge de Morin (il est né à Montréal en 1949) , c’est une attirance inhabituelle, mais très pudique, vers la spiritualité.Sous la plume de notre philosophe, le mot «souffle» prend la majuscule et revêt une importance fondamentale.Serait-il un euphémisme pour désigner l’«âme» dont parlaient les prédicateurs de jadis?La question se pose, d’autant plus que l’une des réflexions en pièces détachées qu’élabore Morin dans une syntaxe bizarre nous laisse songeur: «Le "saint suaire”: la sueur sanglante du Dieu qui imprègne la toile, le “sang” du Dieu qui n'est sang que de ne l’être pas, de renvoyer à ce qu’il n’est pas.Signe par excellence du divin.» On sourit en lisant ces mots qui se rapportent de toute évidence à la dévotion catholique pour la sainte face.Dans un autre fragment écrit à la diable, Morin affirme: «Le mystère gît au plus secret du monde: il ne s’y superpose pas.» C’est une façon plus moderne, mais tout aussi vaine, de dire les choses.Comme Désert, essai de Morin publié en 1988 qu’on vient de rééditer, Le Murmure signifiant exprime la fascination du divin.Le philosophe y célèbre l’incarnation chrétienne ou quasi chrétienne de la vérité.Cette incarnation, il la retrouve au cinéma, en particulier dans les films austères du catholique Robert Bresson.Morin se réclame pourtant du panthéiste Spinoza, qui a écrit: «L’essence de l’esprit humain est de posséder la connaissance adéquate de l’essence éternelle et infinie de Dieu.» Très bien! Mais Pascal, qui est du même siècle que le philosophe hollandais, était singulièrement plus audacieux et plus novateur.Pour le penseur français, la connaissance de Dieu ne repose ni sur l’essence humaine ni sur la philosophie.Elle relève d’un pari.On oublie trop souvent que ce pari échappe au contrôle de la volonté.Pascal insiste: «Il faut parier; cela n’est pas volontaire, vous êtes embarqué.» Quel langage de la part d’un classique! Mais l’écrivain avant-gardiste d’aujourd’hui, qui n’a pas l’esprit professoral de Michel Morin, peut s’y reconnaître.Collaborateur du Devoir LE MURMURE SIGNIFIANT Michel Morin Les Herbes rouges Montréal, 2006,366 pages DÉSERT Michel Morin Les Herbes rouges Montréal, 2006,264 pages Une attirance inhabituelle, mais très pudique, vers la spiritualité CONFÉRENCE DE JOHANNE LAMOUREUX professeure titulaire et directrice du Département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques de l’ilniversité de Montréal, auteure de Profession historienne de l’art (À paraître, PUM, 2007) Johanne lamoureux Profession ru 0s QJ “O CU c c * 'U, .V, V,‘» i L (
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