Le devoir, 13 mars 2003, Cahier A
LE DEVOIR JACQUES NADEAU l.K DEVOIR JACQUES NADEAU l.K DEVOIR LA BATAILLE A TROIS DEMARRE KATHLEEN LÉVESQUE LE DEVOIR Québec — Le premier ministre Bernard Landry a donné le coup d’envoi aux élections générales hier, appelant aux urnes les quelque 5,5 millions d’électeurs québécois pour le lundi 14 avril.Et c’est sur le ton de la franchise que M.Landry s'est engagé dans cette campagne de 33 jours au cours de laquelle il cherchera à obtenir un troisième mandat.Devant les journalistes qui s’entassaient dans le hall du Parlement, Bernard Landry a dit ne pas craindre les dérapages et les écarts de langage dans cette bataille au cours de laquelle il affrontera ses principaux adversaires, soit Jean Cha-rest, du Parti libéral du Québec, et Mario Dumont, de l'Action démocratique du Québec.«]e suis un être humain.Et il m’arrive de faire des erreurs.Quand elles sont méchantes et intentionnelles, je m’en excuse.Le lendemain, je reprends mon travail courageusement et bravement.Et, jusqu d ce jour, ça ne m’a pas trop mal réussi", a-t-il lait valoir, faisant vraisemblable ment référence à ses récents commentaires, mal accueillis par les groupes de femmes.Après un moment de silence, il a ajouté: «faime mieux être franc que dissimulateur.Et j’aime mieux la langue vivante que la langue de bois.» Quelques heures plus tôt, Bernard Landry s'était rendu chez la lieutenant-gouverneur du Québec, lise Thibault, VOIR PAGE A 3: BATAILLE PQ: Venthousiasme retrouvé KATHLEEN LÉVESQUE LE DEVOIR ADQ: un duel avec le PQ ROBERT DUTRICAC LE DEVOIR PLQ: la division pour régner TOMMY CHOUINARD LE DEVOIR Le Parti québécois démarre la campagne électorale avec un élan qui lui vient d’une remontée dans les intentions de vote.Et la machine péquiste, écorchée par les turbulences de la dernière année, carbure maintenant à l’enthousiasme retrouvé.Depuis environ un mois, le PQ a multiplié les événements qui ont permis de fouetter ses troupes et de démontrer qu’il est encore un parti d’idées.Il y a d’abord eu un conseil national qui a permis d’ouvrir un nouveau front sur la conciliation travail-famille.Ont suivi, coup sur coup, un congrès des jeunes et le congrès d’orientation de la fin de semaine dernière, qui ouvre la voie à l’adoption par les militants d’une plate-forme électorale samedi prochain.Au rythme des rencontres et des sondages, un certain triom- phalisme s’est installé.*Les sondages ont une certaine influence sur le moral des troupes.Trop bas, ça démobilise; trop hauts, ça risque de provoquer du relâchement», constate le directeur général du PQ, Martin Dubé, qui assiste l’organisateur en chef, Pierre D’Amours.De même, si le chef du Parti québécois, Bernard Landry, est le plus populaire, comparativement à Jean Charest et à Mario Dumont, il a également le tempérament le plus bouillant, pour ne pas dire parfois explosif Le risque de dérapages pourrait bien assaisonner ces 33 jours de campagne; au cours des trois dernières semaines, deux commentaires ont froissé les groupes de femmes.Dans le feu roulant des invectives inévitables provenant des adversaires, combiné au stress d’être continuellement talonné par des dizaines de journalistes, des éléments propres Contrairement aux deux autres partis, l’Action démocratique du Québec se lance dans la campagne tandis qu’elle est en perte de vitesse dans les sondages.L’ADQ propose le changement, un changement radical vers une conception différente du modèle québécois, voire de la société québécoise même.L’équipe de Mario Dumont aura de plus à prouver qu’elle est prête à assumer le pouvoir.Ce n’est pas un hasard si le Parti libéral du Québec a choisi ce slogan d'une désarmante simplicité: «Nous sommes prêts.» L’Action démocratique du Québec est convaincue qu’elle n’est pas engagée dans une lutte à trois, mais bel et bien dans un duel avec le Parti québécois.Le Parti libéral du Québec ne figure pas sur l’écran radar de Mario Dumont.C’est vrai pour l’ensemble du Québec, sauf évidemment sur 111e de Montréal et dans certains comtés de l’ouest du Québec où la lutte se fera avec les libéraux.«Je ne vois pas les libéraux gagner les élections», a livré au Devoir l’organisateur en chef de l’ADQ, Jacques Gauthier.«Voter libéral, c’est perdre son temps», avance-t-il.Les libéraux se sont imaginé qu’ils pouvaient se taire, gagner les élections en se fiant à l’alternance du pouvoir et gouverner sans mandat, accuse M.Gauthier.Que le PQ soit l’ennemi à abattre, c’était on ne peut plus clair lors du Conseil préélectoral de l’ADQ au début du mois.Les premières salves lancées par le président de l’ADQ, Guy Laforest, furent dirigées vers Bernard Landry et le PQ.Maintenant que la poussière est retombée sur cette sortie virulente associant Landry à Duplessis et sur l’évocation de Le Parti libéral du Québec se dit peut-être paré pour la bataille, comme le proclame leur nouveau slogan, «Nous sommes prêts», mais il table aussi et surtout sur une division du vote entre le Parti québécois et l’Action démocratique du Québec pour remporter les élections.«Pour nous, les 125 circonscriptions sont accessibles dans cette campagne.Il n’y a pas un comté où le Parti libéral du Québec n’aurait pas de chances raisonnables de pouvoir gagner, à cause de la division du vote», a souligné au Devoir Joël Gauthier, directeur général du parti et organisateur en chef pour 90 circonscriptions.Le Parti libéral s’attend ainsi à une lutte à trois dans bien des circonscriptions, mais il estime la base de son électorat plus forte et moins volatile que celles du PQ et de l’ADQ.«Dans un comté où le Parti québécois était très fort, l'émergence d’un candidat adêquis-te nous donne une chance.Car les votes qui sont grugés par l’ADQ le sont chez le Parti québécois, pas chez nous», estime M.Gauthier.Jusqu’à maintenant quelque 115 assemblées d’investiture ont été complétées au PLQ.Les dix circonscriptions restantes, dont Outremont, déjà quasi acquises aux libéraux, sont notamment réservées à des candidats-vedettes.«Il reste des candidatures de prestige à annoncer, dont une candidature relevée dans le domaine économique», note M.Gauthier.En termes clairs, le nom d’un ou d’une ministre des Finances d’un gouvernement libéral sera dévoilé cette semaine.La campagne de financement du parti a aussi porté fruits: huit millions de dollars ont été amassés jusqu'à maintenant.«Nos 125 VOIR PAGE A 8: PQ VOIR PAGE A 8: ADQ VOIR PAGE A 8: PLQ ¦ Autres informations en pages A3,A4 et A5 ¦ La chronique de Michel David en page A 5 ¦ L’éditorial de Bernard Descôteaux en page A 6 Objectif: réconcilier environnement et marchés Le Sommet de Johannesburg a refusé de subordonner la protection de l’environnement aux impératifs des marchés.Mais cela étant établi, comment articuler l’égalité souhaitée pour ces deux priorités de la communauté internationale?LOUIS-GILLES FRANCŒUR LE DEVOIR Les marchés devront vivre avec l'idée qu’il y aura des contraintes environnementales pleinement justifiées, comme c’est maintenant le cas de l’application du principe de précaution dans le dossier des OGM.Et cela ne vise pas que les règles de protection des espèces ou des écosystèmes à court terme.Parfois, comme l’illustre le cas du DDT — le “miracle chimique" du siècle dernier —, c’est parce qu'il faut anticiper des impacts qui n’apparaissent qu’à VOIR PAGE A 8: BIODIVERSITÉ INDEX M Annonces.B 4 Avis publics.B 4 Bourse .B 2 Culture.B 7 Économie.B1 Éditorial.A6 Idées.A 7 Météo.B 4 Monde.A 5 Mots croisés.B 4 Sports.B6 Télévision.B 7 Londres fixe six conditions à PIrak Les Britanniques tentent de sauver du naufrage le projet de deuxième résolution D'APRÈS ASSOCIATED PRESS ET L’AGENCE FRANCE-PRESSE Les Britanniques se démènent pour sauver du naufrage le projet de deuxième résolution.Ils ont présenté hier une liste de six conditions que l’Irak devra remplir avant une date butoir pour prouver sa volonté de désarmer.Alors que Londres espère un vote dès aujourd’hui au Conseil de sécurité, Madrid, qui parraine également le texte, envisage le retrait pur et simple du projet Réuni à huis clos hier en fin d’après-midi à l’ONU, le Conseil de sécurité discutait de ce projet (Je résolution cosigné par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Espagne qui, à moins d’un amendement, donne jusqu’à lundi prochain à l’Irak pour faire la preuve de sa volonté de désarmer.Si le premier ministre britannique Tony Blair a demandé à la France et à la Russie de réévaluer leurs menaces de veto, les Espagnols, eux, semblent en effet ne plus se faire aucune illusion sur la volonté indéfectible de Paris de voter contre le projet parrainé par Washington, Londres et Madrid.Tirant les conséquences de la position française, la ministre espagnole des Af- faires étrangères, Ana Palacio, a donc évoqué publiquement un retrait du texte.Pour sa part, la Grande-Bretagne, bien décidée à rallier à la cause américano-britannique les six membres «indécis» du Conseil de sécurité, a accepté d’amender le projet de résolution pour introduire une liste d’exigences précises qui permettront de vérifier si Bagdad a désarmé ou non.Certains pays avaient demandé que ces critères figurent dans le texte.Le Foreign Office a ainsi présenté six mesures «tests» à inclure dans le texte du projet de seconde résolution.Elles comprennent une déclaration publique du président irakien Saddam Hussein, dans laquelle il devra renoncer publiquement — et en arabe — aux armes de destruction massive, et un engagement à laisser les chercheurs irakiens être interro gés par les inspecteurs en dehors de l'Irak.L’Irak devra également livrer et expliquer l’existence de stocks de bacille du charbon ainsi que d’installations de production d’armes biologiques.Il devra enfin s’engager à détruire les missiles prohibés et rendre compte de l’existence d'un drone VOIR PAGE A 8: IRAK ¦ Autres informations en page B 5 ¦ L’éditorial de Serge Truffaut en page A 6 REUTERS ' Les députés verts du Parlement européen ont clairement affiché leurs couleurs hier à Strasbourg: la paix.» 4 LE U E V 0 I R .LE JEUDI 13 MARS 2 0 0 3 A 2 LES ACTUALITES Langues officielles € Üi Ottawa met 751 millions sur la table L’objectif: un jeune Canadien sur deux sera bilingue dans dix ans % W r #¦* ;.ÆÊHÊfi REUTERS l^e ministre des Affaires intergouvemementales, Stéphane Dion, et le premier ministre Jean Chrétien ont annoncé le plan d’action du gouvernement fédéral en matière de langues officielles.HÉLÈNE BUZZETTI DE NOTRE BUREAU D’OTTAWA La relance de la dualité linguistique au Canada passera par la «fabrication» de personnes bilingues et la création d’un univers plus francophile dans la fonction publique fédérale.Le jour n’est toutefois pas venu où les ministres aussi auront l’obligation de maîtriser les deux langues, a indiqué le premier ministre.Le ministre responsable des langues officielles, Stéphane Dion, a dévoilé hier son très attendu plan d’action.Pour mettre celui-ci en oeuvre au cours des cinq prochaines années, le ministre disposera de 751 millions de dollars, dont la grande partie (642 millions) est constituée de nouvelles sommes.Ces réinvestissements ne ramèneront le niveau de financement qu’à peine au-dessus de ce qu’il était en 1993, et ce, sans même tenir compte de l’inflation.En 1990-91, les langues officielles recevaient 699 millions d’Ottawa, en 2007-08, au terme du plan Dion, elles recevront 736 millions.«On dépense de façon beaucoup plus judicieuse pour les contribuables et c’est ce qu’on fera pour les langues officielles», a expliqué M.Dion.La part du lion ira à l’éducation, avec 381,5 millions.On veut d’abord améliorer l’enseignemeqt dans les écoles françaises en milieu minoritaire.A peine 68 % des enfants ayant le droit d’étudier en français hors Québec le font — un taux qu’on explique par la désuétude du matériel scolaire, le manque de personnel et la faible qualité de l’enseignement en général.On veut ramener ce taux à 80 %.D’autre part, la moitié de l’enveloppe destinée à l’éducation servira à «fabriquer» plus de Canadiens bilingues en finançant les écoles d’immersion.L’objectif est que 50 % des Canadiens âgés entre 15 et 24 ans soient bilingues dans 10 ans.Ce taux était de 24 % en 2001, soit 42 % des Québécois et 14 % des anglophones hors Québec.Le Bloc québécois s’est d’ailleurs montré déçu de cette insistance sur le bilinguisme personnel.«Si tous les jeunes anglophones apprennent l’autre langue mais qu’il n’y a plus de francophones à qui parler, qu’est-ce que tout cela aura donné?», a demandé le député Benoît Sauvageau.Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne, Georges Arès, n’a pas trouvé qu’il y avait là un déséquilibre.«Il faut soutenir les écoles d’immersion parce que ça change l’attitude des anglophones envers le fait français au Canada.» Par ailleurs, le financement annoncé reste condi- tionnel à la signature d’ententes bilatérales avec les provinces.Les provinces devront verser autant d’argent qu’Ottawa pour obtenir leur part.Le ministre Dion croit que les provinces seront prêtes à coopérer, mais le porte-parole des ministres provinciaux et territoriaux de l’Education indiquait plus tôt cette semame que ceux-ci n’avaient pas été invités à coopérer.«On ne nous a pas demandé de mettre autant d’argent là-dessus.Ça me surprendrait [.] sachant que les budgets pour l’éducation des provinces sont tellement serrés», a indiqué en entrevue Paul Cappon, le directeur général du Conseil des ministres de l’Education du Canada «Bilinguiser» la fonction publique Une somme de près de 40 millions de dollars sera réservée pour rendre la fonction publique fédérale plus bilingue.On dit vouloir engager davantage de fonctionnaires bilingues dès le départ ou offrir plus de cours de langue en début de carrière.11 y avait encore 400 hauts fonctionnaires unilingues (en très grande majorité des anglophones) qui occupaient des postes désignés bilingues l’année dernière.Après plusieurs reports, la date butoir du 31 mars a été fixée par la présidente du Conseil du trésor, Lucienne Robillard.Ceux qui n’ont pas appris le français d’ici là pourraient être mutés à un poste ne nécessitant pas la maîtrise des deux langues ou, en l’absence d’un tel poste, être renvoyés.Le sous-ministre à l’Industrie l’a d’ailleurs rappelé dans une lettre récente qui a fait trembler les gestionnaires.La ministre Robillard a salué son geste.«C’est un sous-ministre qui assume ses responsabilités», a-t-elle déclaré hier.Cette politique n’obligera pas pour autant les ministres à devenir bilingues même si, comme le révélait Le Devoir la semaine dernière, la présence d’un ministre unilingue anglophone à la tête d’un ministère rendait difficile l’exercice du droit des francophones de travailler dans leur langue.Ds ont encore leur place au cabinet croit Jean Chrétien.«Oui, a déclaré le premier ministre.Us sont élus, ils ne sont pas là de façon permanente.Ce ne sont pas des gens qui ont fait carrière en politique.Ils se font élire bien souvent dans des endroits où ils n’ont pas eu à apprendre l’autre langue.Moi-même j’ai été élu unilingue francophone.» Faudrait-il les obliger à prendre des cours de langue?«Ce n’est pas une imposition.Il y a un très grand nombre de ministres qui parlent de plus en plus [l’autre langue officielle], mais on ne peut pas en faire une condition sine qua non.» w** \ ¦ *• '* ¦* * «
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.