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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier F
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2003-03-22, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SA M E I) I 2 2 ET DI M A N l' H E 2 S MARS 2 O O 3 POESIE Patrice Desbiens en diagonales Page F 3 mïiË La Russie éternelle de Ikonnikov Page F 4 ü: DEVOIR 0 Naïm Kattan: le Bagdad des origines CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR CJ est un Irakien d’origine, Canadien depuis une cinquantaine d’années, qui est président d’honneur du Salon du livre de l’Outaouais cette année.Et à ce titre, Nairn Kattan, écrivain prolifique maintes fois décoré, collaborateur au Devoir depuis les années 1950, participera notamment, demain, à une table ronde portant sur le rôle de l’écrivain migrant Joint au téléphone, Naïm Kattan ne voulait pas commenter directement, cette semaine, les événements qui opposent présentement l’Irak aux Etats-Unis.•Je me sens comme n'importe quel autre citoyen.Cela fait 55 ans que j'ai quitté ce pays.Je connais ce peuple», a-t-il simplement dit à propos de l’Irak, rappelant aussi qu’il connaît la situation des réfugiés, puisque lui-même, en tant que Juif, a dû quitter précipitamment l’Irak, après la Deuxième Guerre mondiale.Il n’y est jamais retourné., Dans un ouvrage intitulé L’Écrivain du passage, consacré à Naïm Kattan et paru récemment chez Hurtubise HMH, l’écrivain raconte, dans un entretien avec Simone Douek, la longue route qui l’a mené jusqu’à nous, du Bagdad des origines, marqué par un protectorat britannique, à Montréal.Il se rappelle notamment com-ment, alors qu’il avait environ douze ans, au début des années 40, durant les trois jours qui se sont déroulés entre le départ d’un gouvernement pronazi et l’arrivée de l’armée du gouvernement loyal aux Britanniques, les gens des cam-pagnes ont •saccagé, violé, tué les Juifs» dans les rues de Bagdad.•Moi, pendant deux jours, j’ai été sur le toit, écoutant les coups de feu, attendant que cela parvienne jusqu’à chez moi et qu’on me tue.Cela m'a hanté toute ma vie, car l’idée de pouvoir être tué pour rien, quand on n ’a pas encore vécu, est quelque chose qui vous traumatise toute votre vie», raconte-t-il dans ce [ivre.A ce moment-là, poursuit-il, les Juifs formaient le quart de la population de Bagdad, et pourtant, Bagdad •était une ville juive, parce que les Juifs étaient très importants, non VOIR PAGE F 2: KATTAN IVRES L O N I) Il L I V li E I) E L’ O UT A O 11 A I S Promenades philosophiques Pierre-Raphaël Pelletier La ville de Pierre-Raphaël Pelletier est morte deux fois.D’abord, le Vieux-Hull résidentiel, où il est né, a disparu sous le pic des démolisseurs, dans les années 60, pour faire place à un quartier commercial, une ville «sérieuse» habitée par la fonction publique.Puis, plus récemment, lorsque la ville de Hull a perdu son nom, pour ne devenir qu’un secteur de la grande ville de Gatineau.Aussi Le Retour à Vile, le dernier roman de cet auteur, qui est au Salon du livre de l’Outaouais la semaine prochaine, est-il une aventure archéologique dans la vie d’une ville disparue.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Le Retour à Vile, paru aux Éditions du Nordir, c’est donc une sorte d’errance et de quête des origines, à l’est de la rivière Outaouais.Un homme, Pedro, lit le journal de son frère, Bernard-Jean, qui fait référence à leur grand-père maternel, Cybil, un homme qui levait le coude sec et dont la mort demeure entourée de mystère.Ils sont assaillis, piégés, par la démolition du Vieux-Hull, où naguère, au coût de 500 millions de dollars, on coupa tous les arbres, on rasa des milliers de maisons, •des taudis, disait-on.On défonça les rues, les ruelles, et on installa, à coups de dynamite, un réseau routier mieux adapté aux besoins grandissants des villes d’Ottawa et de Gatineau», écrit Pelletier.Le tout mena, raconte Pierre-Raphaël Pelletier, à l’expropriation de quelques centaines de familles.Une tragédie plus importante qu’il n’y parait, une tragédie parmi d’autres, que l’histoire s’est tout de même empressée d’oublier.Avec Pedro, on partage donc quelques brosses, une peine d’amour inconsolable et une conversation avec une fougère.On partage aussi des réflexions philosophiques, qui lui sont inspirées ici et là par quelques auteurs fétiches, Guy Debord, Alfred de Musset, Antonio Desjardins, Malcom Lowry, mais aussi Jean-Paul Sartre et Gilles Deleuze, pour ne nommer que ceux-là.De ces auteurs, on cueillera au vol quelques jolies citations: •C’était à Paris, une ville qui était alors si belle que bien des gens eussent préféré y être pauvres», écrit Debord.«/e me traitais comme un malade et je buvais par force», écrit Musset Guy Debord est particulièrement près des préoccupations du narrateur, qui le surnomme affectueusement Débé.«[Le narrateur] s’identifie beaucoup à cet anarchiste, qui lui aussi s’est suicidé, ce marginal qui a beaucoup souffert à Paris qui connaît alors les événements de 1960.Il est assez lyrique quand il parle du Paris qu’il a connu», dit Pelletier.De ces auteurs, il a fait ses compagnons de vie, et il a ses mots affectueux sur la lecture.•Ce qui est fantastique, quand on cultive la lecture de façon organique, c’est qu’on fait sa vie avec ses personnages-là», dit-il.Comme s’ils n’étaient pas morts.Derrière le rêveur donc, on trouve le promeneur, celui-là même qui rage contre le monde, contre une société où les dirigeants n’écoutent pas les désirs du peuple, qui s’indigne d’un discours qui ne tient pas compte des passions de l’individu.Ainsi Pierre-Raphaël Pelletier, qui est aussi peintre et sculpteur et qui a une formation en philosophie, partage-t-il avec les anarchistes ce respect de la ferveur.Des anarchistes, il dit: «Ce ne sont pas des gens qui veulent tout détruire, ils veulent respecter l’individu dans ses passions.Ils voient mal toute organisation structurée et gardent en tête qu’on est avant tout des êtres de passion qui ne veulent pas être inhibés par des discours d'État.» Le narrateur du Retour à l’île reprend d’ailleurs, en quelque sorte, cette idéologie en ces termes.•Dans son humanité même, tout humain qui s’en réclame est un ennemi de l’État et des intérêts communs», dit-il.Vaguement délinquant (Pierre-Raphaël Pelletier n’a-t-il pas écrit les Incarnations de la pensée délinquante, aux Editions de ITn-terligne en 1994?), le narrateur marche toujours aussi à flanc de souffrance, flirtant avec la maladie mentale, que l’on retrouve chez son frère (qui est aussi son double) et qu’il finira tout de même par approcher, par apprivoiser.VOIR PAGE F 2: PROMENADES Le cannabis „ ’f» .ÿr .v „ .¦ • Le cannabis Rapport du Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites VERSION ABRéCI / Le Rapport Nolin: indispensable à toute discussion ¦ ¦ SALON DU LIVRE DE L’OUTAOUAIS STAND 319 STRIBUTION FIDSS UldeeMontréal X F 2 K DEVOIR.L E S S A M E I) ET DI M A X (' Il E Ü A M A K S 2 0 It IJ PROMENADES «L’espace culturel que représente le Québec est fondamental » i i v r i; s KATTAN Décès d’Howard Fast SUITE DE LA l'AGE F 1 Né dans le Vieux-Hull, donc, Pierre-Raphaël Pelletier a très vite déménagé en Ontario, à Ottawa, avec sa famille.Pour lui, c’est un déracinement et, juste de l’autre côté de la rivière Outaouais, il fait soudainement l’expérience d’une tout autre culture.Ixt culture du Vieux-Hull «était essentiellement la culture du petit peuple québécois», se souvient-il, tandis qu’Ottawa était une ville «très propre, de cols blancs, et de culture anglophone».Encore aujourd’hui, Ottawa est une ville qui «s’obstine à rester et à vouloir être anglophone», constate Pelletier, bien qu’au moins 1(X) (XX) francophones y habitent et que quelque 100 000 autres y transitent tousles jours.Pourtant, l’écrivain a choisi de demeurer dans cet Ontario français où il a grandi.11 est aujourd’hui président de la Fédération culturelle canadienne-française.Et l’on sent son affection pour ces enclaves francophones vivantes qui se retrouvent un peu partout au Canada hors Québec.«Pour comprendre la francophonie canadienne, conseille-t-il, allez à Wawa, à Pointe-de-l’Eglise ou à Gravelbourg», des communautés francophones très vivantes bien qu’isolées dans la majorité anglophone.Ix* jour de notre conversation.Pelletier venait d’écrire une lettre ouverte au ministre Stéphane Dion pour dénoncer les failles de la politique officielle de bilinguisme en matière culturelle.Le budget du ministre, explique-t-il, traite de langues comme si elles n’étaient qu’affaire de communication, de traduction.Or, si on ne comptait que sur les écoles et les fonctionnaires, si on ne comptait que sur l’institution, il faudrait peu de temps aux francophones hors Québec pour oublier tout à fait le français.Si les jeunes qui quittent l’école ne rencontrent pas une culture vivante francophone, c’est l’anglais qui les attend au détour.Aujourd’hui, Pierre-Raphaël Pelletier vit à Embrun, un village ontarien francophone, près d’Ottawa.«Je me sens comme un migrant qui a été déraciné très jeune.Je me suis lié à la francophonie canadienne parce que je trouvais cela intéressant de continuera vivre ses états et ses enclaves-là», constate-t-il.Dans cette zone frontalière, il est difficile de compartimenter, de fragmenter les populations selon leur culture.«Je n’aime pas beaucoup ces luttes qui opposent les francophones hors Québec au Québec.C’est bien évident, si tu es un francophone en Ontario ou un francophone au Manitoba, tu aimes être enraciné, tu as tes appartenances, tu aimes tes écrivains.Mais tu ne peux pas penser que, si le Québec n’est pas là, tu vas exister par ailleurs.L’espace culturel que représente le Québec est fondamental», dit-il.Pour cette raison, les ponts, les métissages entre les cultures se poursuivent.LE RETOUR À L’ÎLE Pierre-Raphaël Pelletier Nordir Ottawa, 2(X)3,135 pages SUITE DE LA PAGE F 1 seulement au gouvernement mais dans tout ce qui était culturel, et aussi dans le souk, dans le commerce, dans la banque».Or, dans les années 30, les nazis «étaient adulés comme des dieux» en Irak, ajoute-t-il.«Quand ils marchaient dans les rues de Bagdad, c'était comme des dieux qui arrivaient pcmr sauver l’Irak de l’influence britannique.» A l’époque, pourtant, Nairn Kat-tan était fier d’écrire en arabe, d’être irakien.Son nom, Kattan, est hébraïque, mais il a aussi un sens arabe, «donc, ça pouvait aller pour les deux groupes».Alors que kattan veut dire «petit» en hébreu, il signifie aussi «cotonnier» en arabe.Cet état de fait lui a d’ailleurs permis de garder son nom lorsque plusieurs Juifs irakiens choisirent de modifier le leur pour passer inaperçus.A 18 ans, riche d’une bourse, Nairn Kattan part étudier à Paris.L’Occident qu’il a appris à connaître dans les livres, cet Occident avide d’exotisme, le renvoie paradoxale- ment à cet Orient natal qu’il a fui.Nairn Kattan deviendra un passeur entre les deux cultures, et le demeurera alors qu’il se rendra plus loin encore de ses origines, en Extrême-Occident, soit à Montréal, où il habite encore aujourd’hui.De Montréal, il dit aujourd’hui que c’est «une ville exemplaire» pour ce qui est de l’ouverture a l’autre.S’il y a parfois «des tensions, des différences, une diversité, tout se résout dans la parole, il y a un dialogue possible».La 24' édition du Salon du livre de l'Outaouais se déroule du 26 au 30 mars, au Palais des congres de Gatineau.On pourra notamment y rencontrer Louise Portai, Sonia Sarfati, Aline Apostolska, Gilles Gougeon, Jean Pierre Girard et bien d’autres.NAÏM KATTAN L’ÉCRIVAIN DU PASSAGE Sous la direction de Jacques Allard Hurtubise HMH Montréal, 2002,168 pages Naïm Kattan JACQUES GREN1EK LE DEVOIR LE DEVOIR Les Etats-Unis avaient-ils oublié que l’un de leurs plus grands écrivains, défenseur des droits humains, était un communiste honni pendant des années?Howard Fast le soulignait en tout cas dans ses mémoires, publiés en .1990 {Mémoires d'un rouge, aux Editions Rivages).Ecrivain prolifique, Fast a donné à lire plus de 80 livres, sans compter les nouvelles, les articles et les scénarios.D est décédé chez lui, le 12 mars, à l’âge de 88 ans.Né dans une famille ouvrière, Fast avait vendu son premier texte à l’âge de 17 ans.En 1939, Conceived in Liverty s’était vendu à plus d’un million d’exemplaires.Free- dom Road, publie en 1944, fut adapté pour la télévision en 1979, avec en vedette Muhammad Ali et Kris Kristofferson.En 2000, l’écrivain publiait Greenwich, son dernier livre.Howard Fast connut la prison, les listes noires, le poids d’un lourd dossier du FBI et la quasi-interdiction de publication.Ses livres, notamment April Morning et Freedom Road, sont pourtant aujourd'hui à 1,'étude dans les écoles américaines.À sa mort le New York Tunes rappelait que, avant d'être acheté par Kirk Douglas, scénarisé par Dalton Trumbo et porté au cinéma par Stanley Kubrick, son célèbre roman Spartacus a d'abord été publié à compte d’auteur, faute d’éditeur.ECHOS Gallimard rachète POL (Le Monde) — Gallimard prend le contrôle des Editions FOL, dirigées par Paul Otchakovsky-Lau-rens.Elle a repris les parts de Jean-Jacques Augier, jusque-là actionnaire majoritaire, et détient désonnais 88 % de POL Après avoir cédé Bal-land, Jean-Jacques Augier travaille désormais sur un projet de librai-riesclubs en Chine.Cette opération intervient trois mois après le rachat par Gallimard des parts des actionnaires extérieurs.Paul Ot-chakovsky-Laurens reste p.-d.g.D conserve 11 % des parts de la société.«Mon idéal, ce n’est pas d’être petit patron ou capitaliste, souligne-t-il.Ce qui m'importe, c’est de préserver le fonds que j’ai constitué depuis vingt ans.» Après avoir développé ses collections chez Flammarion, puis Hachette — où il a publié notamment La Vie, mode d’emploi, de T M Palmarès | Le baromètre du livre au Québec \ du 12 au 18 mars 2003 y 1 Actualité LA GUERRE DES BUSH 9P Ê.LAUREN1 Plon 6 2 Roman SEPT JOURS POUR UNE ETERNITE M LÉVY Robert Laffont 4 3 Loisirs Qc M.HANNEQUART Rudel Médias i 4 Spiritual# LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT V E.TOLLE Ariane 127 5 Actualité APRÈS L'EMPIRE 9P E.TODO Gallimard 22 6 Psyclto.Oc DEMANDEZ ET VOUS RECEVREZ P MORENCY Transcontinental 19 ; Roman SANS SANG A.BARICCO Albin Michel 3 8 Roman Oc LA MAISON DES REGRETS 0.MONETTE Logiques 4 9 Essais LES NOUVEAUX MAITRES DU MONDE 9P J.ZIEGLER Fayard 19 10 Roman IMPRIMATUR 9P MONALDI / SORTI JC Laltès 8 11 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?¥ J.SPENCER Michel Lalon 115 12 Biograph.Qc R PARADIS l'Homme 2 13 Roman Qc LIFE OF PI 4P - Booker Frire 2002 Y.MARTEL Vintage Canada 20 14 Psychologie LE MURMURE DES FANTÔMES 4P B.CYRULNIK Odile lacob 5 15 Roman DOCTEUR.PUIS-JE VOUS VOIR .AVAN1 SIX MOIS J N DE BUR0N Plon 2 16 Biograph Qc SALUT LES AMOUREUX ! DUROCHER/FORTIN Stanké 5 17 Essais MIKE CONTRE ATTAQUE ! 4P M.MOORE Boréal 21 18 Psychologie CESSEZ D'ÊTRE GENTIL, SOYEZ VRAI ! 4P T.O'ANSEMBOURG L'Homme 113 19 Santé Qc CADRIN-PETIT / DUMOULIN L'Homme 3 20 Polar L'EMPIRE DES LOUPS J.-C.GRANGE Albin Michel 7 21 Spiritualité METTRE EN PRATIQUE LE POUVOIR DU MOMENT.E.TOLLE Ariane 45 22 Spiritualité DIEU ’ 4P A JACQUARD Stock 3 23 Roman Qc MEILLEURS CONTES FANTASTIQUES QUÉBÉCOIS COLLECTIF Tides 60 24 Roman Qc L'ANAIYSTE D.HOMEL Leméac 3 25 Jeunesse QUATRE FILLES ET UN IEAN 4P A.BRASHARES Gallimard 38 26 Cuisine CUISINE VEGETARIENNE 4P COLLECTIF Marabout 8 27 B.D.CALVIN FT H0BBIS, t.22 - Le monde est magique ! ¥ B.WATTERS0N Hors Collection 5 28 Roman TE NE SAIS PAS COMMENT ELLE FAIT A.PEARSON Plon 12 .'¦i Roman L'AIGLE SOLITAIRE 0, STEEL Pt.de la Cité 5 30 Sport STRETCHING 4P B ANDERSON Québécor 254 31 Jeunesse Qc i CHANSONS ET RONDES POUR S'AMUSER (Livre A OC) 4P H.MAJOR Fides 21 32 Actualité LA QUESTION IRAKIENNE 4P R-J.LUIZARO Fayard 8 33 Psychologie LE PRÉCIEUX PRÉSFN1 J SPENCER Michel Lafon 4 34 Psycho.Qc L'ENFANT ADOPTE DANS LE MONDE 4P COLLECTIF Héfital Ste-Arstme 4 35 Roman Qc CATALINA 4P G.GOUGEON Libre Expression 22 i!- Cuisine Qc ROBITAILLE J LAVOIE Santé à la carte 12 37 Psychologie DE L'ESTIME DE SOI X L'ESTIME DU SOI 1 M0NB0URQUETTE Novalis 21 JS Santé ET SI ÇA VENAIT DU VENTRE» P PALUROY Robert Laffont 30 39 Roman Qc UN PEU DE FATIGUE S.BOURGUIGNON Qc Amérique 19 40 Psychologie LES VILAINS PETITS CANARDS 4P B.CYRULNIK Odile tacob 91 41 Roman LE HUIT 4P K NEVILLE le cherche midi JL 42 Faune LES CHATS NOUS PARLENT DIBRA/RANDOLPH le lour 9 4,1 Polar MYSTIC RIVER 4P 0.LEHANE Rivages 47 44 Biographie VIRGINIA WOOLF N NICOLSON Fides 39 45 Maternité COMMENT NOURRIR SON ENFANT.3e édition L IAMBERT LAGACÊ l'Homme ;3b : Coup de Cœur RB Nouvelle entrée Nbre d« semaines depuis parution Plus de 1000 Coups de Coeur, pour mieux choisir._____Pour commander: S (5i4).*i£28t5 www.r e il a u d - b r a y.c o m Quelqu'un m’a dit que le DC de caria bruni est amvé En vente dans toutes les succursales -d Maurice Henrie MÉMOIRE VIVE Lhiffant même Venez rencontrer MAURICE HENRIE au Salon du livre de STAND 90 le samedi 22 mars de 13 à 14 heures et de 19 à 20 heures 'Outaouais Nouvelles, 254 pages, 24,95 $ NOUVELLES-ROMANS-ESSAIS -2- Un peu fort de café./»/« « L'Éditeur se réserve le droit de payer les droits d'auteur en livres, si moins de 3 000 livres sont vendus.» [ Le tirage, pour ce contrat d'édition, était de.1 500 exemplaires ! ] Clause extraite d'un contrat d'édition signé récemment Si votre contrat d'édition comporte une telle clause, vous auriez eu intérêt à consulter l'UNEQ, car elle est inacceptable ! En effet, l'auteur a droit, en redevances, à un pourcentage du prix de vente au détail pour chaque exemplaire vendu.est urgent que la Loi sur le statut de l'artiste (S-32.01) soit modifiée, afin qu'un tel abus ne puisse se reproduire.Union des écrivaines et des écrivains québécois Maison des écrivains, 3492, avenue Laval, Montréal (Québec) H2X 3C8 Téléphone : (514) 849-8540 Georges Perec —, Otchakovsky-Laurens a créé POL en 1983, avec le soutien de Flammarion.En difficulté, la société est reprise par Augier en 1994.Gallimard a alors remplacé Flammarion comme actionnaire minoritaire, tout en assurant la distribution.La plupart de ses auteurs lui sont restés fidèles — dans l’insuccès comme dans le succès.Salon du livre de Paris (Le Devoir) — Le 23' Salon du livre de Paris se tient jusqu’au 26 mars prochain.L’événement a attiré l’année dernière 240 000 personnes.Le Québec y est représenté notamment par le stand de Québec édition, qui accueille 75 maisons d’édition.C’est la plus importante participation du Québec depuis 1999, année où il était l’invité d’honneur.Cette année, c’est la littérature de Flandre et des Pays-Bas qui est célébrée par le Salon du livre de Paris.Anthologie québécoise au Brésil (Le Devoir) — Les Éditions du Noroît, en collaboration avec Nankin Editorial de Sào Paulo, lancent au Brésil l’anthologie Latitudes, regroupant neuf poètes québécois dans une traduction en portugais réalisée par Alvaro Faleiros, qui en a également fait le choix.Latitudes propose des poèmes de Geneviève Amyot, de Michel Beaulieu, de Paul Bélanger, de Jacques Brault, d’Hélène Dorion, de Louise Dupré, de Paul Chanel Malenfant, de Terre Nepveu et de Marie Uguay.La préface est signée Pierre Nepveu.Arlette Cousture (Le Devoir) — La maison Libre Expression, propriété de l’empire Québécor Media, annonce pour le 7 avril la sortie en librairie d'un nouveau roman d’Arlette Cousture.Celle qui avait habitué son public à des pavés avec Les Filles de Caleb propose cette fois un roman de 150 pages dont la trame de fond se situe dans le paysage de Harrington Harbour.Up vie ri ü» librairie » b i s t r I M A \ ( ITTERATDRE ROMAN QUÉBÉCOIS Marie Gagnier, d’exils en retrouvailles Cela se lit dès les premières pages: voici un très bon récit, de ceux qui savent vous happer très tôt pur peu que vous vous prêtiez au jeu, et dont vous pressentez qu’il ne vous laissera pas tomber en cours de lecture.La matière romanesque — personnages, situations — qui se déploie est d'ailleurs si riche qu’on aurait pu en faire deux livres de même taille.Première séduction: cette scène inaugurale qui n'occupe pourtant qu’une dizaine de pages, où on accompagne un père, pêcheur de son métier, et son jeune fils de quatre ans dans leur fuite de Ché-ticamp.Nous sommes dans les années 40 du siècle dernier.Lazare et Gabriel Lefort — on notera au passage la charge ironique de leurs noms — partent à la sauvette.C’est un exil dérisoire et tragique, sans commune mesure avec l’autre, la déportation des Acadiens, cette infamie de l’histoire qui hante le père tout autant que la mort récente de sa femme.«Lhoume» et son «escargotin» quittent donc le décor grandiose de leur village entre ciel et mer pour aboutir dans la petite misère montréalaise, à Pointe-aux-Trembles.Lazare, le marin déchu, buveur, velléitaire et grand raconteur de songeries, et son jeune fils, marqué au visage du sceau de ses origines — une tache de vin qui rappelle le sang au bout duquel sa mère est morte en accouchant de lui —, torment un duo comme on pourrait en rencontrer chez Antonine Maillet Os sont plus grands que nature, du moins dans leur imaginaire.La dure réalité les rattrape cependant.On suivra la déchéance du père, condamné à de petits emplois, qui sombre dans l’éthylisme.Lazare et Gabriel seront temporairement sauvés par une femme au grand cœur.Voici le premier triangle affectif du roman, celui d’une famille reconstituée: Gabriel en pince pour cette femme, FiceL Robert Chartrand ?le, la bien surnommée, qui permet au père de survivre quelque temps tout en ouvrant au fils le champ miné du désir de la femme.Mais il court, il court le récit, alors qu'entrent en scène d'autres personnages, issus d’un tout autre monde que les premiers: Xavier Melière et Emmeline San-sChagrin (sic), tous deux de familles aisées, lui d’Outremont, elle du Bas-du-Fleuve.Lis avaient tout pour réussir dans la vie, mais il y eut leurs parents, puis nous sommes dans l’effervescence des années soixante, où les dérives étaient de mode.C’est par eux que le roman de Marie Gagnier se redéploie de façon inattendue.Grâce au hasard qui sait parfois bien faire les choses, ils vont faire la connaissance de Gabriel Lefort alors que celui-ci s’en retournait vers l’Acadie de ses origines.Se dessine alors un second triangle affectif où ce pauvre Gabriel se trouve pris, effrayé et séduit par ces deux jeunes bourgeois dont il va devenir le complice involontaire.Emmeline et Xavier, cyniques, brillants tous deux — ils ressemblent à certains des personnages de Marie-Claire Blais —, vont entraîner Gabriel dans une cavale dont il ne fera que deviner le caractère tragique.Console-moi offre ainsi une grande «voyagerie», qui nous mène des années 40 du siècle dernier — quand sont nés certains des personnages principaux — jusque vers une trentaine d’années plus tard, avec des va-et-vient chronologiques qui ne sont capricieux qu’en apparence, et jusqu'à une incursion finale en 2001.Une voyagerie géographique également, qui jette sur les routes les personnages, attirés vers trois pôles: l’Acadie dispersée, qui vit au Nouveau-Brunswick.en Nouvelle-Ecosse ou aux Iles-de-la-Madelei-ne; le Bas-du-Fleuve, parcouru et écumé lors d'une très belle cavale; Montréal, qui apparaît bien pâle en regard de ces grands espaces, grande petite ville étriquée, lieu d’enfermement, de rapetissement, ce qui n’est pas la moindre trouvaille de ce roman.D n'y a pas.à strictement parler, d'éloge convenu des grands espaces dans Console-moi, encore qu’on y trouve çà et là de belles descriptions de Chéticamp ou de Kamouraska.Mais il se trouve que ce sont eux qui, pour les personnages, sont les lieux d'origine et, parfois, de perdition.Tous ceux qui comptent, ici, hommes et femmes, sont des nomades.Il y a pour eux tant à fuir: la tutelle parentale, un chagrin intime, ou à exploiter: les secrets et l'humble vie des sédentaires.Marie Gagnier a su créer un espace narratif en plusieurs dimensions, où lieux et époques ont chacun leur profondeur de champ.Roman kaléidoscopique, polyphonique ou roman-vitrail, comme il est suggéré au dos du livre et dans les sous-titres, Console-moi présente ses personnages à l’endroit d’abord, pins, dans le dernier tiers, selon un envers qui éclaire de façon inattendue ce qui précède.C’est donc un récit très construit, en pièces bien découpées, puis habilement plombées ensemble, qui offre au fil de la lecture des perspectives variables, des motifs changeants.On a vraiment l'impression de se déplacer autour des personnages connue pour les examiner sous diverses facettes.Et quels personnages! Les principaux sont les plus forts, mais les autres, Marie Gagnier notamment certains vieillards avec leur existence condensée en quelques lignes, sont remarquablement attachants.11 y a enfin cette petite Juliette, une enfant de dix ans atteinte d’une grave maladie des os, qui hante les deux premières parties du roman.D’où sort-elle, qui est elle alors qu’elle lutte contre la douleur et la mort proche, peut-être.Etrangère au récit principal, insérée dans celui-ci sans qu’on sache d’abord pourquoi, elle est une des belles énigmes de ce roman qui, comme les autres, ne se résoudra qu’à la toute tin.comme il se doit.Riche de personnages et de lieux, Console-moi est le troisième roman de Marie Gagnier, bien supérieur à ses deux premiers.Ici, les exilés de l’existence, les rêveurs, les chasseurs de fantômes existent bien plus fortement, si on veut bien les suivi e.robert.chartrundS (asympatico.ca CONSOLE-MOI Marie Gagnier Boréal Montréal, 2003,322 pages ROMAN Nature morte CHRISTIAN DESMEULES Petit commis au service à la clientèle d’une banque parisienne, un homme sans nom épie, surveille et traque des femmes qu’il choisit un peu au hasard pour leur voler leur sac à main.Parce qu’il croit que l’étude attentive de leur contenu permet de cerner la personnalité des femmes, il se fait violeur de sacs les soirs et les weekends comme d’autres collectionnent les timbres.Ses motivations?Un désir mal défini de connaître et de pénétrer leur intimité, de s’approprier images, mots et odeurs qui parviendront peut-être à donner un sens à sa propre vie de laissé-pour-compte de l’amour.Cet homme malheureux qui a connu une enfance solitaire à l’ombre de sept sœurs plus âgées et de parents distants (nous n’en saurons pas davantage) est depuis toujours spectateur de la vie des autres.Chaque nouvelle prise sera ainsi pour lui l’occasion de déployer le petit rituel de ce qu’il appelle ses «vies immobiles» ou natures mortes: «Il s’agissait de figer le cours d’une vie, d’en cristalliser l’inexorable écoulement pendant une fraction de seconde et de mener ainsi jusqu 'au bout son travail d’explorateur.» Odeurs, petites culottes, flacons de parfum, secrets enfouis, lettres, photographies, journaux intimes, miettes de pain, tout ce que l’on peut trouver dans le sac d’une femme lui sert à assouvir sa curiosité sans bornes.Répandu ensuite sur une table, le contenu de chaque sac dérobé sera ainsi soigneusement inventorié et photographié avant d’être rendu sans regrets à sa propriétaire.Psychopathe?Fétichiste de maroquinerie?Timide maladroit ou pervers polymorphe?Jugez plutôt «Les bras à la perpendiculaire devant lui, il se laissa habiter par une odeur mélangée de cuir et de parfum, un parfum femelle qui eut vite raison de sa sérénité.Sous l’effet d’un courant tellurique, il fut saisi de convulsions accompagnées de feulements d'abord discrets et sporadiques qui, à mesure que son nez reniflait le cuir, se transformèrent en hurlements ininterrompus et terrifiants.» Malgré tremblements, «tachycardie» et évanouissements, le narrateur persiste à nous le décrire comme une sorte de scientifique, un spéléologue de cabas, détaché et froid face à son entreprise impossible de connaissance du «mystère» féminin.On cherche vainement la vérité du personnage.Porté par une écriture plutôt faible, faite de phrases sans rythme ou maladroites, La Vie immobile est un premier roman plutôt bavard, «dilué» comme ils le sont souvent où l’exploration un peu gauche de la féminité côtoie des réflexions dis- simulées sur le Québec et sur l’exil.Quelque part entre L’homme qui aimait les femmes et American Psycho, sans la poésie de l’un ou la fureur folle de l’autre, ce premier roman de Jean-Marie Bioteau (qui nous a déjà donné un singulier Guide pratique des Montréal de France ainsi qu’une biographie du comédien et metteur en scène Paul Buisson-neau) explore les méandres du désir d’une bien curieuse façon.LA VIE IMMOBILE Jean-Marie Bioteau Triptyque Montréal, 2003,181 pages LIBER Joseph J.Lévy entretiens avec Hélène Reboul AU BOUT DE MON ÂGE.Comprendre le vieillissement, apprivoiser la mort HELENE REBOUL Al BtHT DE MON ACE.Lwpmuirr ir Tw&umni.Documents (.‘«.lit «'m En choisissant d’étudier la Poétique de l’adolescence dans les Rougon-Macquart, l’auteur propose au lecteur de le conduire au cœur de l’univers zolien.Véronique Cnockaert Émile Zola.Les inachevés Une poétique de l’adolescence tMIU ZOIA- l« I O Ê S I E Diagonales du fou Une version remaniée et augmentée d'un des premiers recueils de Patrice Desbiens MARTIN K nOYON T II I E K K Y BISSON NETTE Hennissements: voilà un bien joli titre pour ces tableaux concis et d’allure spontanée, petites ruades dans les brancards d’une raison trop grise pour être vraie.On retrouve là Patrice Desbiens dans toute sa folie douce-amère, curieux mélange d'absur dite zen, de démesure beat et de jeux de mots existentialistes.Bien exprimé pm- le disque Patrice Desbiens et les moyens du bord en 1999, le phénomène gagne d’abord à être lu pour qu’on constate, derrière le personnage, une authentique poésie.Clochard céleste à l'indigence rendue cocasse, Desbiens a bien vécu ( «aliénation délirante» du francophone d’Amérique, la combattant pour sa part avec une dérision pour le moins échevelée.Sous les dehors d'une nouveauté, ce recueil recycle en fait plusieurs poèmes du livre Les Conséquences de la vie (paru chez le même éditeur en 1977), mais dans un tout autre ordre et assortis d’autres poèmes.Ces détails n’entravent en rien, bien au contraire, la lecture du nouvel ensemble, Hennissements contribuant par ailleurs au travail de réédition amorcé avec Sudbury (poèmes 1979-1985), rétrospective parue il y a quelques années.Après les poèmes d’amour de Pieu comme un feu (2001), on renoue avec l’ironie contemplative qui singularise le poète, dans un registre davantage pratiqué par les Anglo-Saxons que par les francophones.Malgré de nonchalants hiatus, quelques calembours faciles et certaines coupures de vers plutôt arbitraires, il est difficile de ne pas éprouver de la sympathie pour cette voix inusitée, qui s’appuie sur ses propres misères et ses jx' tites maladresses pour exprimer un quotidien basculant entre la simplicité et l'invraisemblable.On retrouve chez Desbiens une lucidité qui appartient à certains lendemains de veille, où le cerveau éprouvé laisse l'enfance réinvestir le regard: «Ciel gras ( 'iel ingrat.Iss anges s’enfargent dams les chaises.Ça ne fait pas de bruit.“ Si ces gueules de bois illuminées s’accompagnent de pseu-do-haikus relativement banals («Le minou se dépêche de traverser la rue»), c'est du même esprit de bottine que surgissent les éclairs inattendus qui réoompen sent la lecture.Plus profond que ne le pensent certains puristes, ce Montréalais ne à Timmins suscite des états de grâce que seule l’humilité connaît: «Les étoiles sont des / points de suspen sion / au bout des arbres La lune apostrophe entre ciel et terre.// et les planètes se bousculent / sans jamais se toucher.» HENNISSEMENTS Patrice Desbiens lYise de parole Sudbury, 2002,104 pages JAl OUTS NAIH-.AI I ]¦: DEVOIR Patrice Desbiens Thibault Gardereau ’Tin ««litour Une comédie noire pleine de mordant.«Ia mort,(«mime la vie,est toujours un fardeau.» Adrien Stèle, i rot|ue-morl de son métier, sait de quoi il parle.Un récit rempli d'anecdotes cocasses et de situations rocambolesoues.vlb éditeur www.edvlb.com F I K I) K V 0 I R .L E S S A M K DI t t ET DI M A N < Il E 2 M A R S 2 0 I) 3 Littératdre-» J L E FEUILLETON Eternelle Russie Le manuscrit orininal des Dernières nouvelles du bourbier, composé d’une quarantaine de textes dont les dix derniers furent directement écrits en allemand (Alexandre Ikonnikov a une formation de germaniste), a été initialement publié par l’éditeur allemand Alexander Fest (2002), c’est-à-dire sans que ces textes paraissent d’abord en Russie.Pourquoi Ikonnikov a-t-il jugé bon d’agir ainsi?Il semble que les Russes n’aient aucune envie de se retrouver dans des livres qui les montrent tels qu’ils sont au quotidien.Après lecture de ce livre, on peut les comprendre.Tout y est catastrophiquement russe, c’est-à-dire lamentablement voué à s’enfoncer dans la même misère, la même médiocrité, à répéter les mêmes erreurs, individuelles comme collectives.Ce bourbier dont parle l’auteur, c’est plus qu’une métaphore évoquant le paysage dégelé de la nouvelle Russie.C’est un piège à multiples fonds, à multiples bras, une puissance tentaculaire qui interdit toute échappée.Quand on pense que cet Alexandre Ikonnikov n'a que 29 ans, pour ainsi dire toute la vie devant lui.Le regard du Tatar Ce qui est fascinant dans ce recueil (mais pas toujours avec un égal bonheur), c’est le talent de fabuliste, de conteur dont fait preuve Ikonnikov, cet extraordinaire pouvoir de saisir au vif la lare qui va faire tache, le défaut, la brèche qui va permettre le retour du même (donc la chute), comme dans cette nouvelle où un grand-père explique à son petit-Iils que cette mare qu’il voit sur la route, dans son village, est la même que celle que sa grand-mère a rencontrée en arrivant il y a près d'un siècle.Rien ne bouge, tout est condamné à se répéter.Si cela confi- Jean-Pierre Denis ?ne à l’absurde, parfois à la tragédie, cela prête aussi admirablement à rire.Il est par exemple des équations qui n’en finissent pas de nous étonner! Ainsi de la quantité de cheveux des dirigeants russes et de l’état du peuple.«Regardez bien cette alternance diabolique de dirigeants chauves et de dirigeants chevelus dans l'histoire si douloureuse de notre patrie — explique le cuistot d’une colonie pénitentiaire à des mutins.Is dernier tsar russe, Nicolas II, avait des cheveux et le peuple avait de quoi manger! Ensuite est arrivé Lénine, et, avec lui, la faim!» Suivez ce raisonnement jusqu’à Eltsine, en passant par Staline, Khrouchtchev, Brejnev, Gorbatchev, enfin Poutine.«Alors, Poutine?Hein?Il en a comment, des cheveux?Beaucoup?» Rien ne vaut ce genre d’argument pour éteindre une mutinerie.Ce qui explique par ailleurs qu’on n’en a pas fini avec le fatalisme en Russie.Mais s’il n’y avait que cela, de simples superstitions! Voyons plutôt ce fermier Samguine arrivant dans le village de Chichki en 1994, construisant une petite scierie, obtenant le feu vert pour couper du bois dans les environs (ce qui permet aux autochtones, qui l’achetaient plus loin, d’épargner de l’argent), rénovant sa maison, achetant vingt bœufs au Kolkhoze et lui louant quarante hectares de mauvaises terres.Devant sa réussite, l’administration du Kolkhoze lui interdit bientôt la coupe du bois, lui rachète sa scierie pour une bouchée de pain et, bien sûr, autorise de nouveau la coupe.Samguine se lance alors dans l’élevage d’abeilles, puis ajoute quarante bœufs à son cheptel.Sa richesse fait des jaloux.On met brutalement sa fille enceinte.Dès lors, plus d’études pour elle.Mais bon, se dit-il, ça fera des bras de plus.Samguine fait asphalter une rue du village, de l’autoroute à sa ferme.On exige la restitution de l’élevage d’abeilles.Bientôt, ses ruches brûlent.Un peu plus tard, sa réserve de foin passe au feu.Découragé, Samguine veut vendre sa ferme au Kolkhoze, mais son président refuse l’offre.Le fermier quitte enfin le village, au grand soulagement des autochtones.Le président peut enfin s’installer dans la belle maison du fermier.Tout cela en deux pages, et sept ans.On admire l’art du raccourci! Quand ce n’est pas la rapacité sans remords ou la bêtise d’un quelconque gradé ou petit chef local, c’est la vodka qui vient liquéfier tout projet constructif, toute velléité de s'en sortir.Les ouvriers du «Flambeau rouge» troquent toute leur production contre des bouteilles, «pour raison de santé», et toute la communauté se fait complice.En fait, tout va tellement mal qu’il ne reste plus que la vodka pour s'inventer une vie qui a du sens, pour se donner le sentiment qu’on n’est pas mort Il est un personnage dans l'une des nouvelles qui explique ce que c’est que l'écrivain russe.«Le Tatar est assis sur son cheval et il chante — dit-il.Il chante ce qu’il voit.Et voilà la littérature russe! Tourgueniev, Dostoïevski, Boulgakov.tout ça, c'est des Tatars!» Ainsi en va-t-il aussi de Ikonnikov, ce peintre du quotidien qui met juste la distance qu'il faut pour ne pas être happé par les horreurs qu'il met en scène, mais qui s'implique aussi suffisamment (à titre de narrateur) pour que nous n’ayons pas le sentiment d'une vont détachée ou hautaine.Et puis, jamais d'écriture compliquée (le postmoderne, il ne connaît pas), ni de pathos.Des mots tout simples suffisent pour décrire les situations les plus tordues.Finalement, cela donne un portrait tout à fait saisissant, à la fois ironique et tendre, de cette Russie qui tarde toujours à sortir de sa grande noirceur.Il parait que Ikonnikov vient de terminer un roman.Il faudra voir comment il se débrouille avec les modes de narration longs.A suivre.denisjpCuvideotron.ca DERNIÈRES NOUVELLES DU BOURBIER Alexandre Ikonnikov Traduit du russe par Antoine Volodine et de l'allemand par Dominique Petit Éditions de l’Olivier Paris, 2003,188 pages Des mots tout simples suffisent pour décrire les situations les plus tordues ROMAN ÉTRANGER Les subtilités analytiques de Kononov La révélation d’un romancier russe né en 1958 qui, décrivant l’agonie de sa grand-mère, pénètre au plus secret de la sensualité et de l’émotion littéraires R K N É DE CECCATTY LE MONDE Lorsqu’on découvre ce qui paraît être un grand livre venu d’une autre culture, le soupçon vient toujours que le mérite n’en revienne à la traduction.Dans le cas du roman de Nikolai Kononov, constitué d’analyses psychologiques et de descriptions d’infimes détails intérieurs et extérieurs, autour du presque seul événement de la mort d’une vieille femme, la qualité de la version française est telle qu'on a le sentiment constant d’être au plus près de la vérité intime de l’écrivain, sans aucun Être.lœs «trente-sept épisodes avec prologue et épilogue» qui constituent le récit des Funérailles de la sauterelle doivent être lus comme un long chant poétique, comme ime approche minutieuse de l’intériorité d’un adulte qui se souvient de son enfance, à travers l'agonie de sa grand-mère.Le sujet n'est certes pas joyeux, mais l’effet littéraire qui tient à l’extrême intensité, à la tension, à la vibration de la langue, à la finesse des analyses devient tout autre que de produire de la \ N • un séjour culturel en France (oftert par le Consulat général de France à Québec) • prix de participation et plus encore Le nom du lauréat du Prix littéraire des cégépiens sera dévoilé au Salon international du livre de Québec, au Centre des Congrès le vendredi 11 avril 2003.LE DEVOIR Culture et Communicstioni # Québec S ïï Marc H o i h i, i t r BANQUE NATIONALE DU CANADA - SCABRINI MEDIA tristesse.On pense, sur un registre plus cru et plus sensuel, à certains textes de Kierkegaard, comme son sermon Près d'une tombe.Cette méditation sur la mort et sur l’enfance, sur le désir aussi, ce roman, qui nous vient de Saint-Pétersbourg, est une révélation.Donc, près d’un enfant, une vieille femme est en train de mourir.Sourde, mélangeant les conversations de sa fille et de son petit-fils avec des échos de radio, sombrant peu à peu dans l'inconscience et la déchéance physique, Mémé Magda résume dans ses derniers jours ce qui va permettre à l’auteur de se comprendre lui-même.La photographie qui figure en couverture de l’édition française et représente une jeune femme nue, le visage incliné sur la droite, les jambes croisées, assise dans une barque sur un fleuve et fixant des yeux l’objectif d’une manière qui peut sembler provocante, sera commentée au cours du livre.Sa présence peut paraître saugrenue pendant la première moitié du récit.Elle est en réalité totalement justifiée.La grand-mère rajeunit au cours du récit sa présence vivante et charnelle s’intensifie à mesure que la mort s’annonce plus certaine.Ce mouvement constitue même un ressort essentiel du livre, sa secrète vitalité.Le livre apparaît comme une enquête de Kononov sur son rapport à la féminité, à la sensualité, à la sexualité: «Car à vrai dire, si je m’étais marié, c'était pour avoir vu et reconnu, dans une soirée, grâce à on ne sait quelle vision enfantine, sur le visage d’une vague connaissance entr’aperçue dans la foule, le reflet merveilleux de celui de ma jeune maman émergeant d’une très ancienne enfance, de très-très bas si on peut dire, quand on vous tient encore par la main et qu ’on lève la tête pour regarder.Et peut-être même le reflet de celui de grand-mère dont j’aimais tant regarder les photographies de jeunesse.» C’est plus tard que lui sera confiée la photo reproduite en couverture et où il verra «les traces d’une absence démesurée».Le sentiment de la mort Le titre du livre vient du rituel auquel l’enfant s’adonne: ayant arraché l’insecte à une guêpe qui «la dévorait encore toute vivante, couchée sur le flanc — de merveilleux yeux dorés — engloutissant le limon verdâtre de son abdomen comme un goinfre avale la farce d'un pâté», le narrateur (Ganymède, apprendra-t-on, dit Gania ou Ganik) ne parvient que progressivement au sentiment de la mort: entre répulsion et douceur, puisque c’est sa voix intérieure qu’il va finir par entendre.Des sensations contradictoires se heurtent dans le cœur de l'enfant sim lequel se penche désormais l’écrivain devenu adulte.Où se situait la compassion face à la mort d’un être aussi passionnément aimé et aussi inéluctablement détruit par la vieillesse?L'auteur, ou l'enfant, tente de pénétrer dans le chaos de la pensée de la mourante qui elle-même voudrait faire ressusciter le passé lointain, révéler un secret dont la clé ne sera fournie que fortuitement après sa mort.Et quand cette mort survient, l’écrivain éprouve les limites du pouvoir des mots, mais aussi des sens.«Tout au plus peut-on, presque, l'atteindre [.,] comme si on écartait les bran- RfflU.ES La grand-mère de Nikolai Konovov.C’est plus tard que lui sera confiée la photo reproduite en couverture et où l’auteur verra «les traces d’une absence démesurée».chages de la beige pour poser avec répugnance un pied nu sur le sol mou mêlé de vase, en s’interdisant de faire un mouvement vers elle.Et c’est ce presque qui décide tout.» Lorsque les années passent, le narrateur, sans perdre de vue ces instants si troublants, si révélateurs, ressent une émotion semblable en voulant décrire des jeunes gens qui s’enivrent dans un bistrot et qui, irrités par sa présence, le provoquent et le tabassent Soigné par son meilleur ami, Valia, il le découvre attiré sexuellement par lui.D le sait.Ta toujours su, accepte presque et finalement refuse, dans un demi-sommeil de la conscience, une sensualité qui pour lui est douloureuse.Il paraît retrouver, dans «sa généreuse offrande», le sentiment d'impossible accomplissement que lui a proaire la vision de la mort.La photographie de la jeune femme nue sur la Volga paraît elle-même résumer l’expression de l’innommable, de l'inaccessible.Ou encore la vision finale d’un jeune ouvrier qui nage nu dans le fleuve.FUNÉRAILLES D’UNE SAUTERELLE Nikolai Kononov Traduit du russe par Hélène Henry Le Cherche-Midi Paris, 2003,190 pages POUR SON 20e ANNIVERSAIRE, LA REVUE CONJONCTURES publie avec LES EDITIONS DE L ECLAT de PAOLO VIRNO GRAMMAIRE DE LA MULTITUDE w , • ¦ t.?* * i » l | t l » T T S* grammaire ”11 MH4TITUD* ET VOUS CONVIE A LA PRESENTATION DE CE LIVRE A MONTREAL QUEBEC MARDI 25 MARS MARDI 1er AVRIL LIBRAIRIE L'ÉCUME LIBRAIRIE ZONE DES JOURS Université Laval à partir de 18h30 de17hà19h 125 St-Viateur Ouest Pavillon Maurice-Pollack (514) 278-4523 Université Laval, (418) 656-2665 Les descriptions de Virno atteignent l'essentiel.Ce livre invite à la reconnaissance du drame d'une nouvelle aliénation: la condition du travailleur contemporain précaire, enrichi par la liberté de sa mobilité et perturbé par la perte des communautés.Georges Leroux, Le Devoir Quelle politique pour une multitude confrontée à la crise de la politique?Paolo Virno est prudent: résistance civile et exode, c'est-à-dire affrontement et évitement.Jean-Baptiste Marongiu, Libération sur le dernier numéro de Conjonctures: Dans l’Empire j «Ce numéro d'une revue radicale québécoise est consacré à un large débat sur Empire, l'ouvrage de Michael Hardt et Toni Negri paru en 2000 et mondialement , connu, depuis, par les antimondialistes».Libération LE DEVOIR.LES SA M E DI 22 K ï |) I M A X (' || K i! M A II S O O ;> LITTÉRATURE FRANÇAISE Secrets de famille selon Florence Delaporte GUYLAINE MASSOUTRE C* est un livre en apparence tout simple, intitulé Les enfants qui tombent dans la mer, et transparent comme la lumière qui miroite sur l’océan.C’est aussi un livre triste, «une histoire de bras qui ne se referment pas sur les enfants qu'on met au monde*.L’élan de la parole s’appelle une chute, un arrêt fatidique au pied d’une falaise.Allez savoir ce qu’on pense, quand on finit, étourdiment ou pas, au pied de la côte normande.Autant comprendre ce qu’un cœur d’enfant sait déjà à dix ans.Florence Delaporte dévoile peu à peu son sujet.Des voix planent au-dessus de Marie, une jeune femme décidée à faire parler la falaise, pour rendre conscient, une fois pour toutes, ce que le lieu de son enfance a imprimé en elle, plus solidement que les rêves.Elle va rapprocher deux histoires, une anecdote concernant sa famille et un amour qui revient la hanter, et faire le lien de la logique émotionnelle.La faute originelle Retournée au pays de son enfance, la Normandie crayeuse, Marie plonge dans le passé, en 1922, auprès de Jeanne, 16 ans, et d'Ariel, 26 ans, deux cousins germains.C’était l’été, et dans la maison bourdonnante de vie, on menait le grand train de la bourgeoisie aisée.Mais Cupidon y tira ses flèches et toucha Jeanne au nom d'Ariel.Cependant, les jeunes gens, qui n’avaient pour liberté que la force de leurs secrets, seraient sitôt mariés ailleurs, l'un avec Eisa, l’autre avec Albert.Puis, en 1933, en pleine crise des temps, Jeanne et Ariel se revoient et s’aiment à tout rompre en Normandie.Rompre?Sûrement pas, en tout cas, pas les conventions.Mais ce n'est pas ce qui intéresse Florence Delaporte, qui ne récrit pas la vie de la Bovary.Ce qu’elle voit plutôt, c'est qu’un demi-siècle plus tard, l'histoire se repète.sur le même mode de l'impossible, avec la même tendresse et ces jambes nues, qu'on aurait pu voir au même endroit, en train d’entrer dans la mer.Il y a une manière de suggérer les vagues.Il y faut le rythme obsédant, la régularité cyclique, le flux monotone entre le gouf fre et les galets, l’écrasement invincible de tout ce qui s'y heurte.Et le reste de l'histoire, c’est peut-être une question de paysage, une manière de se souvenir des ombres et de les écouter vous dicter ce qui doit être vécu entre la falaise et la mer grise.Les acteurs, donc, à cinquante ans de distance, ont changé d’identité.Mais l’amour, sous ses formes modernes, présente encore l’usure des galets, l’attirance des ressassements marins.Aussi la narratrice super- pose-t-elle le récit des amours de Marie et de Louis en sequences imagées, habilement intercalées entre les épisodes de l’histoire ancienne.Quant à .Ariel et Jeanne, ils délivrent leur passion dans des lettres, qui donnent à l’ouvrage une forme aérienne et variée.Retournement Mais Marie est en colère.Sur la plage du Petit-Ailly, elle rentre à peine ses larmes.Elle vide son cœur, refait le chemin en arrière.Car sourdement, elle a senti monter la dominante d’absence, le noir conducteur menaçant, sensible, l’enserrer, et le poison, qui fait frissonner ses pensées comme un destin malin, sonner l'heure des comptes.Elle revoit alors la vie de sa mère.Marie parvient à soulever le silence pesant.Ne dit-on pas qu’«a« cimetière, les tombes sont au bord du vide rongé par le vent.Alors elles se déversent avec leurs petits os, leurs petits crânes, leur minuscules fémurs, et des lambeaux d'habits du dimanche jusque sur les galets*?L’allegorie, si elle manque de réalité, touche au vertige de ce que la mer murmure.la faute consentie des femmes amantes, vouant leurs filles, dit Delaporte, à répéter sans cesse ce qu'on leur cache.D’innombrables romans ont traite du coup de foudre et de la passion inéluctablement maudite.Delaporte, à son tour, décrit avec justesse la tristesse de toute perte impossible à contrer parce que programmée, intuition qui laisse place à une violente se cousse, sous forme d'un double chant d’amour et de liberté: une ode aux generations passées rt1-naissantes et un fort rejet de leurs enfermements.Une sorte d'impressionnisme pointilliste mélange habilement la peinture de la côte et celle du cœur qui penche vers les vérités tues.Le plus réussi, c’est la mosaïque construite sur la reconstitution du passe, autour de la tombe d’un enfant qui ne voulait pas accepter l’amour dévasté de ses parents.Où le regard se pose, la pensée vole en éclats, sidérée par la bouche d’ombre et la bourrasque balayant le vide, jusqu’aux vérités qui ne veulent pas se dire.Pourtant, cette fiction, entre ses moments réussis, lâche quelques faiblesses.Des idées rebattues sous la thérapie littéraire.Croira t on vraiment que les générations s'embourbent aussi aisément?S'il est crédible qu'«o« creuse des trous avec le silence, et [que] les enfants tombent dedans», la vérité du fond des âges s'empare-t-elle ainsi du temps?LES ENFANTS QUI TOMBENT DANS LA MER Florence Delaporte Gallimard Paris, 2002,274 pages SOURCE GALLIMARD Florence Delaporte: une sorte d’impressionnisme pointilliste.'"ï» POÉSIE QUÉBÉCOISE La voie des métamorphoses Poète en prose, France Boisvert caricature le postmoderne en enjambant les genres THIERRY BISSONNETTE On l’a d’abord connue comme romancière, à une époque où elle se défendait bien d’être poète.Depuis Massawippi, en 1992, c’est pourtant la poésie quelle choisit pour exprimer sa vision philosophico-fantaisiste du monde, où l’onirisme côtoie volontiers un penchant pour la critique sociale.Pleinement à l’aise dans le poème en prose, France Boisvert réunit, avec Le Voyageur aux yeux d’onyx, la plupart des éléments et des tonalités qui ont meublé son parcours littéraire.En 49 stations, on peut suivre les tribulations d’un mystérieux voyageur, sorte de nouvel Ulysse qui posséderait Ig clairvoyante cécité d’Homère.À la façon dont Rimbaud naviguait dans ses Illuminations, Boisvert vogue entre les situations et les lieux, laissant le regard instaurer ses lois dans le chaos du visible.C’est d’abord dans une dimension mythique que s’ouvrent les portes perceptives: «Le matin s’étend sous un soleil primitif.La lumière qui s’irise a traversé des millions d'années et s'embrase de photons fossiles.Les vents m’emportent dans l’appel que le jour dégage.Une conscience déploie son filet de mots.» Après une brève mise en scène du contexte d’écriture, la figure du voyageur s’impose comme prétexte d’une tournée de l’Europe et de l’Amérique au cours de laquelle les mots et les vies refusent de se dissocier: «Sillon d’encre pour tout chemin, il avance sur le papier petit à petit, mot à mot, et sent le lac se déverser tranquillement.Piano.» Habité par un sentiment de merveilleux, parsemé de métamorphoses, ce périple symbolique ne dénigre ni le vocabulaire scientifique ni quelques envolées polémiques: «La violence, nouvel exotisme.Les Français ne savent-ils pas que l’American way of life a tué les Indiens et qu ’en offrant ain- Le Chemin le plus long de Bernard Proulx préface de Raymond Levesque Bernard Proulx dit « les vraies choses avec les vrais mots du vrai monde».Sa poésie est « franche comme la vague et parfois aussi salée qu'elle ».Ses chansons nous révèlent un chansonnier à la voix chaude et grave qui sait combiner réalisme et sensibilité.[C'est} un magnifique exemple de fidélité à soi-même, à la voleur du texte, à la poésie des mots, à la saveur des racines.Héüne Pelutiei)-Baiuarg£on O Comprend un disque compact 120 pages, 24,95 $ Pour vous tenir au courant de nos parutions, venez faire un tour sur le nouveau site de la Pleine Lune : www.pleinelune.qc.ca si leur imaginaire en sacrifice, ils se constituent Peaux-Rouges du western mondial?Comment expliquer le succès hugolesque des opéras rock devenus de grosses machines à sous?» Alors que les deux premiers tiers du recueil montrent Boisvert à son meilleur, le dernier tiers se fait plus verbeux par endroits.La continuité contrastive, qui stimule la majeure partie de la lecture, tend parfois à se fissurer sous l’excès de détours et de clins d’œil avant que la finale ne nous assure de l’unité sagace de ces voyages.Bulles d’onyx, ces proses auront en bout de course permis à la diversité planétaire de se miroiter en cercles concentriques, pour un constat poétique où la joie domine le doute malgré la poursuite de leur union.LE VOYAGEUR AUX YEUX D’ONYX France Boisvert L’Hexagone Montréal, 2003,114 pages !(S M Fondée en 1954 par Jean-Louis Gagnon, la revue Les écrits - connue auparavant sous le titre Écrits du Canada français - publie des textes inédits de nombreux écrivains du Québec et de la francophonie.AVRIL 2003 Louise Warren André Velter Olivier Germain-Thomas Marcel Trudel Caroline Fourgeaud-Laville Daniel En vente dans toutes les librairies.Le numéro : 10 $.ABONNEMENT D'UN AN (TROIS NUMÉROS): Résidents du Canada 25 $ Institutions 35 $ Résidents de l'étranger 35 $ NOM ADRESSE CODÉ POSTAL COURRIEL VILLE TÉLÉPHONE Ci-joint un cheque à l’ordre de Les écrits.A retourner a l’adresse suivante : les ècrils Case postale 87 Succursale Place du Parc Montréal (Québec) H2X 4A3 Téléphone : (514) 499-2836 • Télécopieur (514) 499-9954 lesecrit$ V t) K s 1 v.Faire long et se perdre DAVID CANTIN L’auteur d’f ne certaine fin de 1 siècle n’est pas du genre à cacher scs intentions poétiques.En lisiint Baroque du Sont de Claude Beausoleil, on se demande par contre ce qui motive le déploiement d’un tel lyrisme.Dès la première strophe, il lance: «Entre la mémoire d’Europe et le temps dAmérique Un loup hurle Pans sa langue de loup |.| Lingue neuve inouïe paeassée ¦ On veut bien, sauf que le ton héroïque et pom peux agace, ht longueur finit ega lenient par ennuyer dans Iss Bêtes d’Ollivier Dyens.On s’explique.Est-ce une autre tentative d’ecri-re le grand poème de la nordicité québécoise en ce début de \\1 siècle?On se croirait pourtant à une autre époque.Depuis qu’il s'occupe de la collection «Eive o’clock» aux Herbes rouges, on imagine Claude Beausoleil bien vouloir suivre les traces d’Octave Cremazie, d'Alfred Desrochers ou de Clement Marchand.I onto fois.Baroque du Nord n’a rien du souffle épique tant convoite.Beaucoup trop long, ce poème cherche à unir l'individuel et le collectif, les influences littéraires de l’Amérique comme de l’Europe.Tout un programme.11 y a d'ailleurs longtemps qu’on n’avait lu quelque chose d'aussi prétentieux.Depuis Exilé, Beausoleil semble être à la recherche de ses origines profondes.Après avoir ex ploie l'urbain sous toutes ses facettes, le temps est venu de revo nir en arrière.L'œuvre recommence de nouveau, pour le meilleur comme pour le pire.Avec Baroque du Nord, la ligure du loup procède à un décryptage de l'indicible territoire nord américain.L'animal sauvage devient un motif qui relance, sans cesse, la quête interminable du poète.Du cri au hurlement, une urgen ce humaine se fait sentir.Par ailleurs.Beausoleil adopte un ly risme quasi hugolien pour dire son désarroi intuitif: «Apatride loup du nord / Pauvre décharné dérivant dans ce froid / Rêveur qu’une vie a créé / Au hasard loin des feux / Des alentours des cités / Dont les humeurs déploient une envie de durer / Dans cette langue étrange qui t’appartient / Bêle sauvée du gel / Tu hurles flamboyant / Encore et pour toujours / Tu hurles ta patience |.I.» A ce titre, n'est il pas préférable de relire des textes aussi cruciaux que Terre Quebec de Paul Chamberland ou L’Homme ra-paille de Gaston Miron?On dirait que certains poètes québécois sont à la recherche d'un nouvel "fige de la parole".1 .’automne dernier, on rééditait même à l’Hexa gone L s Sou veau x Poètes d Amérique de Robbert Fortin.En preface, Marcel Olscamp parlait de «l’emblème |d’un| nouveau paradigme».Curieuse allit malion, surtout lorsqu’on parcourt un truc aussi facile et bâclé.On espère seulement que Baroque du Nord de Claude Beausoleil n'est pas un baromètre de l'etal actuel de la poésie québécoise.Le projet d’Ollivier Dyens de meure beaucoup plus humble, ba nal à la limite.Les Bêles tente de dresser un parallèle entre les ani maux qui peuplent l'existence du narrateur et sa souffrance narcis sique.«Le serveur amène le club sandwich et je mords dedans dans la viande blanche dons la salade peinte de mayonnaise dans le bacon encore chaud / et il y a aussi des frites sala s et épaisses qui calment le ventre et font du bien des frites or et jaunes luisantes çomme le soleil de l’après-midi.» A travers la narration linéaire et le dê|X)uillenient syntaxique, ce recueil prêche la simplicité ain si que le message (quelle idée!) du poème.Sans la moindre nuance, l'affirmation lapidaire fait loi («Le monde est rempli de métra Iles \ \ Je pose ma main dans la tienne») dans ces souvenirs ti rés du réel le plus concret.Celte liste d'anecdotes devient lourde à la longue.I,a transparence des mots n’aide en rien à suivre ce ix'>-riple dans Montréal et ses alentours.Bien sùr, on comprend lorsque le |x>ète affirme: «Mes parents ont vieilli / comme moi je vieillis.» Toutefois, la fulgurance du poétique s'efface au profit d’un discours sur les regrets, la solitude, la blessure et le manque.11 me semble avoir déjà lu cela ailleurs.BAROQUE DU NORD Claude Beausoleil la's Herbes rouges Montréal, 2003,112 pages LES BÊTES Ollivier Dyens Triptyque Montréal, 2003,71 pages Clara émoi IfS ÉDITIONS VARIA CLARA EMOI ROMAN •< Clara maté racé, maboul versé, m’a donné un drôle de rouf) an new .l'ai plein de pholos d’elle dans won albanme imaginaire.» Clara émoi est le r I 22 E T I) I M A N ( Il E 2 :i M A R S 2 0 II :$ F (» -«'Liïres'*- BEAUX LIVRES La petite rue de Gabrielle Roy La maison de naissance de Gabrielle Roy est en voie d’être restaurée pour retrouver sa condition du siècle dernier fi Wv SOURCE EDITIONS DU U1.E La maison de naissance de Gabrielle Roy, à Saint-Boniface.J CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Elle a fait connaître sa petite rue Deschambault, ses origines franco-manitobaines, dans toute la francophonie.Et sa communauté d’origine, ces francophones hors Québec parmi lesquels elle a grandi, qui l’ont faite écrivaine, lui rendent hommage aujourd'hui.I^a maison de naissance de Gabrielle Roy, sise dans le village de Saint-Boniface, quelle a si bien raconté dans ses textes, est en effet en voie d'être restaurée pour retrouver sa condition du siècle dernier.Four amasser des fonds de façon à meper à bien ce projet, les Editions du Blé ont décidé de publier un beau livre qui reprend un texte de Gabrielle Roy, Ma petite rue qui m’a menée autour du monde, accompagné d’aquarelles de Réal Bédard représentant les paysages mani-tobains de l’écrivain.Ma petite rue qui m’a menée autour du monde, c’est précisément l’histoire d’une quête, de chez soi, d'où l'on part, vers le monde entier, une tentative de joindre ces deux pôles.C’est d’abord la découverte de la différence, de cette francité si rare dans ce coin du monde, de la ténacité à vouloir préserver cet héritage venu de France, puis du Québec, de l’envie de savoir d'où l’on vient.«Et de même que J’ai toute ma vie cherché à joindre les deux bouts de moi-même, j’ai peut-être espéré voir étroitement réunis les deux visages de mon pays, y écrit Gabrielle Roy.Son courageux visage français, si longtemps fidèle à lui-même à travers tant d’obstacles, et son vi- sage nord-américain que nous a fait la vie à la longue et en quoi il faut bien aussi nous reconnaître.» Cette rue, ce petit bout de rue, qui menait de la campagne à la ville, Gabrielle Roy y a puisé une bonne partie de son bonheur de vivre, écrit-elle.«Ma courte rue me menait aux pôles opposés de ma nature, pour les contenter tous deux, à tour de rôle.» Après avoir quitté la rue Deschambault, alors qu’elle assiste à une représentation de L’Oncle Vania, de Tchékhov, à Paris, Gabrielle Roy revoit le visage épuisé de sa mère.Outre les ennuis d’argent, il y avait cette «humiliation, je crois bien, toute fraîche encore, de s’être fait rabrouer une fois de plus à Winnipeg pour avoir demandé à se faire servir en français, pour ne pas savoir l’anglais, ou simplement pour être ce qu'elle était, une vieille Canadienne française têtue et dérangeante».C’est sans doute à cette «vieille Canadienne française têtue et dérangeante» que l’on doit des pages qui sont parmi les plus claires de l'histoire du pays.De la petite rue Deschambault, Gabrielle Roy ne partira qu’à 28 ans, filant droit vers l’Europe, y découvrant les pays qui se sont «si longtemps disputé fie sien! avec leurs canons et leur flotte», la France et l’Angleterre.D’Europe, Gabrielle Roy revient à Montréal, découvre Saint-Henri, qui lui fait écrire Bonheur d’occasion.Mais toute sa vie, elle tentera de réunir des parties dissociées d’elle-même, cette fière francophone de l’Ouest qui savait aussi par cœur, et dans le texte, la poésie de Keats, de Shelley, de Coleridge, qu’enfant elle récitait un peu partout avec un accent «Je faisais encore rire de moi dans les magasins à cause de mon accent.N’importe! J’accomplissais des progrès chez l’ennemi qui, à le fréquenter, se révélait moins un adversaire, bien souvent, que quelqu'un qui nous connaissait mal comme nous le connaissions mal», écrit-elle.L’argent recueilli grâce à la vente de Ma petite rue qui m’a menée autour du monde servira donc à la restauration de la maison de naissance de l’écrivain.Le livre sera disponible au Salon du livre, de l’Outaouais, au kiosque des Editions du Blé, mais est aussi disponible sur commande ou aux Editions du Blé, de Saint-Boniface, au 340 du boulevard Pro-vencher, Manitoba, R2H 0G7.Le numéro de téléphone est le (204) 237-8200 et le numéro de fax, (204) 233-8182.Adresse courriel: trigo@mb.sympatico.ca.Le texte a été publié pour la première fois dans la revue Littératures de McGill, en 1996.C’est la première fois qu'il est publié, seul, sous forme de beau livre.MA PETITE RUE QUI M’A MENÉE AUTOUR DU MONDE Gabrielle Roy Editions du Blé Saint-Boniface, 2002,76 pages Gabrielle Roy L’histoire d’une quête, de chez soi, d’où l’on part, vers le monde entier échos L’Ouest de Donatien Frémont (Le Devoir) — Parti de France pour le Canada en 1904, Donatien Frémont s’imaginait trouver ici un pays plus conforme à son idéal sociopolitique.Il crut, selon ses propres mots, «trouver en pays canadien une autre France, avec les idées et le parler du grand siècle, adonné surtout aux travaux des champs pour lesquels je me découvrais un enthousiasme virgilien.».Parmi les travaux d’historien de Frémont, il faut compter Les Français dans l’Ouest canadien, dont les Éditions du Blé viennent de publier la troisième édition.Pourquoi une véritable nation métis n’a-t-elle pas réussi à s'établir dans l’Ouest canadien?On peut en trouver des éléments de réponse entre les lignes de Donatien Frémont, qui ne s’intéressait surtout qu’au reflet de sa société d’origine dans sa société d’accueil.Néanmoins un ouvrage essentiel pour la francophonie nord-américaine.(J.-FN.) Ventes de livres en hausse (Le Devoir) — Selon le plus récent rapport de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec, les ventes totales de livres au Québec sont passées de 616 millions en 2001 à un peu plus de 653 millions en 2002, soit une hausse de 6 %.Dans le secteur de la librairie, cette augmentation se traduit par une hausse de 9,6 % des affaires.Les ventes de livres dans les grandes surfaces ont cependant diminué d’un peu plus de 11 %.Nouvelle maison (Le Devoir) — Lise Demers lance les Éditions du Sémaphore.Le nom de la maison évoque un recueil du poète Gilles Hénault (1920-1996), notamment lauréat du prix David en 1993.La maison entend publier des livres axés sur la réflexion, tant du côté du roman que du côté des sciences sociales.Le Poids des choses ordinaires, un roman signé Lise Demers, est le premier titre publié par la maison.Elle avait déjà publié trois romans chez Lanctôt éditeur.LITTÉRATURE JEUNESSE Ce bien qui vous veut du mal Voici deux romans qui illustrent avec brio que la justice peut aussi se faire criminelle.Une nouvelle preuve, comme s’il en fallait, que l’«axe du mal» n’est pas toujours là où on l’attend et que, comme le dit le philosophe de la cour d’école, «celui qui le dit, c’est souvent celui qui l’est».CAROLE TREMBLAY \ A la brocante du cœur est le dernier roman signé de la main de Robert Cormier, un auteur américain issu d’une famille d’origine canadienne-française qui a beaucoup et surtout écrit pour les jeunes.Dans la préface, sa femme rappelle combien il aimait peaufiner ses textes, les revoir, les retoucher et les polir jusqu’à leur quasi-perfection.Cormier n'a pas eu le temps de faire subir le même sort à son dernier manuscrit puisqu'il est mort peu de temps après l'avoir terminé.Mais à la lecture de ce roman coup-de-poing, on se demande bien quelle virgule cet extraordinaire auteur aurait pu changer pour améliorer un ouvrage aussi lisse, aussi fort, aussi dérangeant.L’histoire repose pourtant sur une intrigue toute ample.A Monument, •une petite ville du nord des États-Unis où se déroulent la majorité des romans de Cormier, une fillette de sept mis est retrouvée morte, assassinée.Jason, un timide garçon de 12 mis, est le dernier à l'avoir vue vivante.Il n’en faut pas plus aux autorités pour le soupçonner du meurtre, d’autant plus que le sénateur local est très pressé de mettre le grappin sur un coupable pour calmer l'opinion publique.On fait donc appel à Trent, un policier d’un État voisin, spécialiste reconnu de l'interrogatoire, pour faire avouer le petit suspect.L'essentiel du roman décrit la longue scène de manipulation psychologique à laquelle se consacre le spécialiste de la confession pour arracher des aveux à un enfant innocent.L’habile enquêteur réalise rapidement que le petit n'a rien fait, mais son orgueil, sa réputation à maintenir, l’intérêt suscité par une jeune policière de Monument et l’éventualité d'une promotion promise par le sénateur refoulent sa conscience sous le tapis.Trent est déterminé à sortir vainqueur du combat, coûte que coûte.Comme toujours, le roman de Connier s'articule sur l’inextricable imbrication du bien et du mal dans les profondeurs de l’âme humaine.Cette fois encore, Cormier réussit le tour de force d’exprimer ce conflit intérieur de façon à la fois nuancée et limpide, sans porter de jugement sur ses personnages.Victime et bourreau AUX EDITIONS DU LONG SAU LT NOUVEAUTÉ JE ME SOUVIENS DV.UX HÙROÏNKS ; NORMANDIE FRANÇOIS DE LAVAL RF.NCONTRK MYSTIQUE ÿtit* HÉRITAGE DES FONDATEURS.CHRONIQUES.LES MARTYRS CANADIENS l«t Mertyri En vente cher votre libraire tel.(514) 284 5505 tllev (514) 284 5504 www,st louis de frjncc.org/hbrr/dcMUe htm courriel Dcni*eBPcpinftsympatteo.ca © CHRISTOPHER NAVIN Robert Cormier s’enlacent dans mie valse macabre où chacun mène la danse à son tour.Dans ce texte porté par une tension permanente, chaque mot est à sa place, chaque phrase, ciselée, nous fait plonger d’un cran dans les méandres de la cruauté, mais aussi de la détresse humaine.Cormier était un écrivain majeur.Son dernier roman, horrible et fabuleux.en est la preuve ultime.À LA BROCANTE DU CŒUR Robert Cormier L’École des loisirs, coll.«Medium» Paris, 2002,154 pages Il McGill Conférence publique : Michel Delon Professeur de littérature française à l'Université de Paris-Sorbonne !
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