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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2007-04-14, Collections de BAnQ.

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SAMEDI I) 1 M A N C II E AVRIL ROMAN L’école buissonnière de Michel Leclerc Hubert Reeves ou l’invitation au voyage Page F 6 Page F 3 ¦ ^ IVRES Eléonore au pays des casinos LOUIS CORNELLIER Comme une vierge égarée qui sonne à porte d’un bordel, Eléonore Mainguy, en 1999, a frappé à la porte du Casino de Charievoix avec toute la naïveté du monde.Elle était jeune, pleine de valeurs et d’idéaux respectables.Issue d’une «famille syndicaliste et indépendantiste» qui avait Michel Chartrand, René Lévesque et Pierre Falardeau pour héros, elle était en quête d’un emploi bien payé qui la rendrait heureuse.Les jeux sont faits.Confessions d’une ex-crou-pière raconte le pénible dégrisement qu’elle a vécu dans l’enfer des casinos.Innocente, elle s’imaginait en «princesse de la félicité» qui allait «offrir à des âmes pleines d’espoir la possibilité de calmer leurs angoisses pécuniaires en les amusant et en les réconfortant comme un ange de lumière venu bercer les gens dans le besoin».Sa candeur se heurtera vite au mur d’un univers glauque dans lequel «la magnificence des lieux» cache la détresse et la mesquinerie.La jeune Dressée à manipuler Éléonore Mainguy raconte d’abord l’étape de sa formation à l’emploi de croupière.Choisie, avec quelques autres, sur la base d’examens psychométriques et psychologiques qui, selon elle, visent à identifier les candidats orgueilleux et narcissiques, elle devra ensuite «traverser quatre semaines de formation intensive à [ses] frais, au risque d'échouer et de repartir bredouille».Si elle dit vrai, on peut déjà remettre en question cette approche qui semble contreverfir à la Loi sur les normes du travail imposant de rémunérer les employés en formation.Le pire, toutefois, est ailleurs.Cette formation, selon l’ex-crou-pière, relèverait littéralement du dressage.Elle insisterait sur le fait que les «élus» appartiennent à «la crème de la société», stimulerait intensément le carriérisme des participants, leur inculquerait des «aptitudes à la manipulation» et passerait totalement sous silence les «aspects les plus sombres du jeu».«On ne m’a jamais mentionné, écrit Mainguy, que les clients sont pour la plupart des gens malades.On ne m’a jamais dit que j’allais contribuer à les déposséder de sommes d’argent colossales et que je me retrouverais, soir après soir, devant des êtres humains très souvent en proie à une grande détresse psychologique.» Elle n’a toutefois pas tardé à le découvrir.Elle a, bien sûr, rencontré des gens extraordinaires, surtout lorsqu’elle était assignée aux tables dites à cinq dollars.«Voilà, remarque-t-elle, ce que doit être un casino, un endroit où les pertes d’argent ne sont que symboliques et n’entraînent pas la déchéance financière et psychologique des individus.Une maison où le dernier bonsoir est empli de gratitude mutuelle.» Mais elle a, aussi, rencontré des obsédés qui lèchent les pièces avant de jouer, des «amoureux» des machines à sous, des solitaires désœuvrés, de délirants superstitieux et trop de joueurs compulsifs ruinés.Elle raconte avoir vu à plusieurs reprises des croupiere personnalité se modifier par suite de sa plongée dans ce laboratoire accros faire «leurs besoins sur leur siège, et même jusque sur le plancher», «un homme qui se masturbait intensément tout en jouant à une machine à sous», un père incestueux qui forçait «sa propre fille à l’embrasser avec la langue afin qu’elle ait droit à quelques jetons pour miser».L’éthique au casino, conclut-elle tristement, n’est pas celle qui prévaut ailleurs dans la société, et les employés n’ont pas le droit de dire à un joueur en déroute de rentrer chez lui.La jeune croupière elle-même a vu sa personnalité se modifier par suite de sa plongée dans ce laboratoire.Elle se voulait anticonformiste et insoumise; elle était devenue ambitieuse, manipulatrice et obsédée par le regard des autres.Cette métamorphose la déchirait.De voir ses collègues eux-mêmes happés par la passion du jeu la rendait folle.D’avoir à supporter, sans droit de réplique, les insultes de clients ivres et perdants la mortifiait Après un an de ce régime, elle se réveille un matin la mâchoire barrée.Elle sombre ensuite dans une sorte de dépression, avant de succomber de nouveau aux sirènes du casino, mais, désormais, quelque chose en elle est brisé et ce n’est plus possible.Le devoir de témoigner D’après certaines études citées dans cet ouvrage, les croupiers sont souvent enclins aux cauchemars, à la dépression, à l’alcoolisme, à la toxicomanie et au jeu compulsif.En 2003, quand un croupier du Casi-po de Charlevoix s’enlève la vie, Eléonore Mainguy, qui tente depuis quelques années de refaire sa vie autrement dans la ville de Québec, décide de témoigner.Elle le fera sur les ondes de TQS Québec, dans le magazine Summum, à Tout le monde en parle et au Journal de Québec.«Loto-Québec, les syndicats de la fonction publique et les croupiers, rapporte-t-elle, hurlèrent au mensonge.» L’excroupière, selon eux, fabule.Qui dit vrai?Difficile de trancher radicalement Mon point de vue, id, je le prédse, est celui de simple lecteur critique puisque je n’ai jamais mis les pieds dans un casino et que les acheteurs compulsifs de «grat-teux» dans les dépanneurs m’énervent parce qu’ils me font perdre mon temps.Ce que je peux constater avec assurance, néanmoins, c’est que le témoignage d’Eléonore Mainguy est plutôt solide, même si la profonde immaturité de la jeune fille saute sans cesse aux yeux.Sa naïveté de départ en effet, est affligeante et sa personnalité semble fragile, oscillant entre l’affirmation d’une posture critique de gauche et l’expression d'un narcissisme adolescent innocemment confessé.Il reste, à ce jour, que la réplique que Loto-Québec et les autres lui ont servie est très faible et pas convaincante du tout.L’excroupière en met peut-être un peu trop, mais ses détracteurs donnent l’impression d’avoir des chose?à cacher.Pour un organisme d’Etat, ce n’est pas sain.Aujourd’hui, Eléonore Mainguy a, rejoint la coalition Emjeu (Éthique et modération du jeu au VOIR PAGE F 2: CASINOS On ne m’a jamais dit que j’allais contribuer à les déposséder de sommes d’argent colossales LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Tirs croisés Entre la Flandre et le Québec, Gilles Pellerin et Stefan Hertmans échangent de «graves propos» sur la langue, Videntité et la culture CHRISTIAN DESMEULES Dans un numéro spécial consacré au Québec, la revue néerlandaise Septentrion {«Arts, lettres et culture de Flandre et des Pays-Bas») invitait en 2004 deux écrivains, l’un flamand et l’autre québécois, à échanger sur les questions de la langue et de l’identité.Tous les deux issus de cultures considérées comme septentrionales, baignées par les «lumières du Nord», GUles Pellerin et Stefan Hertmans ont par la suite choisi de poursuivre cette correspondance.De ces tirs croisés naît aujourd’hui Lumières du Nord, que publient les Éditions de l’Instant même.Un court livre d’échange épistolaire où chacun des auteurs propose cinq lettres traversées de «graves propos» sur les enjeux linguistiques, identitaires et culturels des petites nations.On connaît déjà bjen, au Québec, Gilles Pellerin.Écrivain, éditeur, enseignant, mais aussi amoureux fou de la langue («Le français me traverse de part en part», avoue-t-il sans tarder à son correspondant), c’est cet aspect de sa «personnalité multiple» qu’il choisit surtout d’exposer dans ces lettres.Militant conscient de mener un combat d’arrière-garde et d’appartenir à une culture en sursis, peut-être plus mortelle qu’une autre, Pellerin opte d’emblée pour une position excentrique qui lui semble toute naturelle.Ainsi, c’est un «Je vous écris du bout du monde» qui amorce sa première missive à Stefan Hertmans.Né en 1951 à Gand, où il enseigne aujourd’hui à l’Académie des beaux-arts, Stefan Hertmans est un poète et essayiste flamand — ou belge néerlandophone.D est aussi l’auteur de nombreux romans, de nouvelles et de pièces de théâtre.Artiste érudit, intellectuel éclairé et engagé, «Stefan Hertmans, écrit Luc Devoldere, le rédacteur en chef de la revue Septentrion qui préface cette correspondance, appartient à cette république des lettres où la tolérance est encore posée sur un socle — même si elle vaut souvent à ses adeptes d’atterrir entre deux chaises —, où l’on croit encore dans l’utopie de la courtoisie, de l’hospitalité et du bilinguisme».Hertmans est un homme de bonne volonté, un humaniste indigné inais patient «Bruxelles est devenu le symbole d’une Babylone post-moderne où doit se fêter le grand œcuménisme de l’Europe unifiée», écrit-il à Gilles Pellerin, rappelant au passage que 90 % des citoyens bilingues de la Belgique sont des Flamands et que dans ce «corridor de l’Europe» qu’est Bruxelles il y a encore pourtant beaucoup à faire côté diversité culturelle et respect des identités.Mais pour Hertmans, la véritable menace est ailleurs.Du côté de l’inquiétante montée des idées d’extrême-droite en Flandre, par exemple, incarnées notamment par le Vlaams Blok, un parti nationaliste et conservateur qui séduit une large fringe de l’électorat Du côté de «l’Évidence américaine», aussi et peut-être surtout, de la subtile et menaçante colonisation du monde qui s’insinue partout en donnant à chacun l’illusion du libre choix.Une bombe à retardement qui entre dans nos vies au moyen d’un cheval de Troie qui s’appelle tantôt technologie, tantôt marchandisation de la culture.VOIR PAGE F 2: TlJtS LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 AVRIL 2 O O LIVR.ES ROMAN QUÉBÉCOIS Janette Bertrand : télé ou roman, même combat JACQUES NADEAU LE DEVOIR Janette Bertrand DANIELLE LAURIN \ A 82 ans, Janette Bertrand publie son premier roman.Mais sa façon de procéder reste inchangée, assure l’auteure dramatique: «J’ai regardé autour de moi et je suis partie de ce qui me Jutiguais, exactement comme je le faisais du temps où j’écrivais ma télésérie Avec un grand A» Ils sont treize.Treize personnages, d;ms Le Bien des miens.Ils ont entre 15 et 80 ans.Et passent leur temps à s’entredéchirer, à se mentir, à se jouer d;ms le dos.Pourtant, en apparence, ils s’aiment.Normal: ils appartiennent à la même famille.In matriarche, Germaine, veille au grain.En vain.«On ne peut pas faire le bonheur de ses enfants malgré eux, c’est l'idée première de mon roman», précise Janette Bertrand.Autrement dit «On peut penser bien faire et se tromper.Trop d’amour peut tuer, peut étouffer: c’est ce que je voulais montrer» Contrôlante à l’excès, la Germaine du Bien des miens.Comme bien des mères autrefois, convient l’ex-courriériste du cœur, qui a reçu plus d’une confidence dans sa vie.Comme bien des mères encore aujourd’hui?«Quand je regarde les pa- rents des enfants-rois aujourd’hui, en particulier les femmes qui élèvent seules leur enfant, qui leur donnent tout, se sacrifient, par bonté d'âme, ça m’inquiète: qu’est-ce que ces mères-là vont exiger de leur enfant en retour, plus tard?» Du jour au lendemain, Germaine s’est retrouvée veuve, avec trois jeunes enfants sur les bras.Pour subvenir à leurs besoins, elle a créé une petite entreprise de produits naturels, Familia, qu’elle a dirigée d’une main de fer et qui a prospéré au fil des ans.Maintenant quelle est sur le point de prendre sa retraite, elle s’interroge: à qui passera-t-elle le flambeau?Lequel de sa lignée est le plus apte à diriger l’entreprise tout en maintenant ensemble les liens familiaux?Si la famille et ses travers demeurent le sujet numéro un du Bien des miens, transparait aussi dans ce roman une certaine angoisse sur la vieillesse et l’approche de la mort.L’auteure en convient «Quand on a 80 ans, la mort est très près.On ne peut pas se faire d’illusion.L’avenir n’est pas rose.On n’a pas d’avenir.On n’a que de petits avenirs.» Sentant sa mort proche, Germaine ne peut s'empêcher de craindre le pire: qu’adviendra-t-il de la famille quand elle ne sera plus là?On ne le saura pas.«J’aime laisser la fin de mes histoires ouvertes, insiste Janette.C’est ce que j’ai fait, la plupart du temps, dans les 54 Grands A que j’ai écrits.J’aime que les gens se posent des questions, se mettent à la place de mes personnages.Je veux que ce soit dérangeant.» Dans la structure même de son roman, l’auteure a emprunté aux techniques qu’eUe pratique en écriture dramatique, techniques qu’elle enseigne d’ailleurs depuis 10 ans à l’Institut national de l’image et du son (INIS).Avant de se mettre à l’écriture comme telle, elle a défini ses personnages, a pondu un synopsis de deux pages.Tout était prévu, même la fin — tragique.«Bien sûr, je peux changer des choses en cours d’écriture, expHque-t-elle./e Uinstant même NOUVELLES • ROMANS • ESSAIS www.instantmeme.com .j.*.; L instant même félicite Hélène Robitaille Lauréate du Prix Adrienne-Choquette de la nouvelle 2007 Pour son recueil de nouvelles Les cigales en hiver Hélène Robitaille LES CIGALES EH HIVER EinSantmême 204 pages; 22,95 $ ne fais pas de la peinture à numéros! Mais c’est tellement plus facile d’écrire quand on sait où an s’en va.» Pas ou très peu de descriptions de lieux et de personnages, dais Le Bien des miens.Ce n’est pas pour rien: «Je suis une grande lectrice de romans, mais je suis tannée de lire de longues descriptions.Des fois, je les saute, carrément.Je veux de l’action, qu’elle soit psychologique ou autre, je veux que ça bouge, quand je lis: pis, où est (418) 050-2131 ext.109% www.piilaval.coni LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 1 5 AVRIL 2 0 0 7 LITTERATURE Vie et mort de rhumanité Danielle Laurin I 1 en est à son 10 livre, en un quart de siècle.Tout en menant de front sa remarquable ¦ carrière d’acteur, il n'a jamais cessé d’écrire, et de récolter des prix littéraires.Comment fait-il, Robert Lalonde, à près de 60 ans, pour continuer à nous surprendre?On connaît le fabuleux conteur.L’observateur attentif de la nature.Et l’écrivain à fleur de peau.Mais rarement a-t-on vu Robert Lalonde réunir de façon aussi magistrale ses atouts.Espèce en voie de disparition frôle le sublime.Est-ce à cause du sujet?De la gravité du propos?La mort rôde dans les onze nouvelles qui composent ce recueil.La mort, ou ce qui lui ressemble, l’appelle: la perte, l’abandon, la disparition.Cela touche à la nature, autant qu’aux humains.Et cela nous bouleverse.¦ Pas de prêchi-prêcha, n’ayez crainte.Pas d’apitoiement non plus.Mais une grâce de style qui porte aux nues.Comment dire?Ça s’insinue par petites touches, comme si ça coulait de source.Onze nouvelles.Onze petites histoires, parfois très courtes, et pourtant tout y est Tout c’est-à-dire: les instants volés qui donnent un sens à la vie, et qu’on peine tant à nommer au quotidien.Le mal-être, aussi, qu’on balaie le plus souvent sous le tapis.Peut-être faut-il des situations extrêmes pour se rendre compte qu’on tient à la vie?Qu’on tient à ses proches, aussi.Lisant Espèces en voie de disparition, on serait tentés de le penser.Bien sûr, certaines histoires sont plus frappantes que d’autres, plus enveloppantes.Plus réussies.Celle qui ouvre le recueil, pour commencer.Et qui donne son titre au livre.Un homme revient sur les traces de son passé.Ou plutôt sur les traces de son père, mort avant sa naissance.Que s’est-il donc passé?Comment cet homme fort chasseur aguerri et fin connaisseur de la nature, a-t-il pu se noyer tandis que sa promise, enceinte sans le savoir, l’attendait au chaud.Là, au milieu des éléments déchaînés, le fils reconstitue la scène, il le faut, depuis le temps que ça l’obsède.Il va même l’écrire, écrire l’histoire de son père, et de sa mère, une histoire d’amour grandiose, tragique, mythique, qu’jl va nous donner à lire.Magnifique, vraiment A la toute fin du recueil, on reverra l’ombre de l’écrivain, son livre entre les mains.La boucle sera bouclée.Entre-temps, nous aurons, nous, lecteurs, fait la connaissance de gens plus ou moins ordinaires, qui, à un moment déterminant de leur existence, se seront révélés à eux-mêmes, par la force des choses.Comme cet homme qui, sauvant la vie à une femme victime d’un accident, va lui-même renaître à la vie, à l’amour.Tandis que la rescapée, sa rescapée, reçoit les soins qu’il faut à l’hôpital, il est là, chez lui, il attend quelqu’un, son amour, et ne peut s’empêcher de s’inquiéter.«J’ai aperçu vingt fois ta voiture qui plongeait dans le fleuve.» Fragilisé, l’homme ne peut non plus s’empêcher de s’enquérir, à répétition, de la santé de sa rescapée.Ne peut que lui dire, au bout du fil: «Soyez prudente.Ne disparaissez plus! Ne disparaissez plus jamais!» Robert Lalonde d’ajouter: «Tous ceux qui aiment ou qui sont aimés savent bien qu’ils peuvent disparaître trop tôt.» Puis: «Nous avons raccroché en même temps.Je me suis allongé de nouveau.Un merle a chanté — le premier arrivé, le premier de la saison.Et, presque aussitôt, j’ai entendu le moteur d’une voiture.J’ai couru à la fenêtre.C’était toi.» Il serait dommage de tout dévoiler ici.Mais plusieurs histoires du recueil remettent en question la place de l’amour dans nos ides.L’amour entre vieux y compris.L’amour entre hommes, aussi, sur lequel Robert Lalonde a déjà écrit, qui est au centre de son plus récent et émouvant roman notamment, Que vais-je devenir avant que je meure?, mais auquel il réserve ici ce qui pourrait ressembler à ses plus belles pages.D y a l’amour.Et le désir.Et la tendresse, dans Espèces en voie de disparition.La tendresse infinie d’un homme pour son ami au bord de la mort.Quelle nouvelle, que celle qui s’ouvre sur cette citation de Zachary Richard: «Au large du cap enragé / au large de tout ce que j’ai perdu / tout ce que j’ai sauvé.» On est là, avec eux, le mourant agonisant qui sent le médicament, et l’autre, son ami.On est là, sur la batture, quand tombe la première neige.«J’étais venu vivre ici pour ça.Serge était venu mourir ici pour ça: pour ce chant assourdissant du vent qui trompait nos peurs, pour l’infini réseau d’étoiles au-dessus de nos têtes, pour ce qu’un peu vite on nomme la paix, et qui est un tourment qu’il faut à tout prix dompter.» La nature, chez Robert Lalonde, n’est jamais accessoire, ne se contente jamais de servir de décor.Elle respire, elle s’exprime, exprime sa propre force, sa propre fragilité.Personnage à part entière, elle fait partie de l’histoire, notre histoire.Et elle est menacée de disparition, oui, tout comme nous.Arrêtons-nous ici.On en a déjà trop dit.On est pressé, aussi.Pressé de vivre, intensément.De regarder, autour de soi, en soi.Pressé d’aimer.Et de dire ce que dTiabitude on tait C’est l’effet que ça lait de lire Espèces en voie de disparition.L’effet que font les grands écrivains, ceux qui savent trouver le ton, les mots, la façon?Collaboratrice du Devoir ESPÈCES EN VOIE DE DISPARITION Robert Lalonde Boréal Montréal, 2007,197 pages JACQUES GRENIER LE DEVOIR Rarement a-t-on vu Robert Lalonde réunir de façon aussi magistrale tous ses atouts d’écrivain que dans son dernier livre, un recueil de nouvelles intitulé Espèces en voie de disparition.T T E R A OISE L’écriture buissonnière de Michel Leclerc SUZANNE GIGUERE fA ui serais-je, heureux?me ^ Vc^ demandai-je stupéfait d’ac-tueilhr en moi cette idée.» Jérémie, écrivain dans la cinquantaine à fesprit chagrin et angoissé, s’en-fîiit quatre mois en Gaspésie, là où Croit-il son éditeur ne risque pas de venir lui réclamer le roman promis depuis un an.Un été sans histoire raconte sur un ton à la fois grave et léger l’histoire d’un écrivain en mal de mots, égaré au milieu de sa propre vie et perpétuellement en fuite.En quête de tranquillité et d’inspiration, Jérémie quitte Québec en direction de Blanche-Vallée, en c Gaspésie, où il a loué pour l’été ! üne maison océane.Il est accueilli par la fille du propriétaire, qui rentre d’un séjour de deux ans à Paterson, au New Jersey, où elle étudie la littérature américaine.Paterson.Une des bornes majeures de la poésie américaine du XX' siècle, le titre du grand œuvre de William Carlos Williams.Le poète fait partie des nombreux compagnons littéraires avec lesquels Jérémie écrit Au fil des semaines, Jérémie et Columbia s’apprivoisent.La littérature leur sert de passerelle et nourrit leurs discussions.Jérémie MICHELLE BELLEFEUILLE Michel Leclerc représente le type même du romancier dilettante qui croit que «l’écrivain véritable s'inscrit dans le temps long, celui d’une flèche qui monte verticalement vers d’autres hommes qui ne sont pas encore nés».D’où le différend profond qui l’oppose à son éditeur, «le comptable des livres, qui lui imagine sa vie dans le temps bref, délimité par l’horizon d’une vie humaine».Incité, provoqué, interrogé sur ce que raconte le roman sur lequel il planche, Jérémie ne sait quoi répondre: «Comment aurais-je pu raconter ce qui ne s’entend pas et n’existe réellement qu’une fois le livre enfoui et disparu au fond de soi, parmi ces milliers d’épaves qui jonchent la mémoire, comme autant de stèles dressées en souvenir des mondes inventés?» Pour tout dire, l’écriture, jadis «un effleurement», l’oppresse chaque jour davantage.EÜe est devenue une malédiction, un supplice.Afin de se soustraire à son propre tumulte et échapper aux pesanteurs du réel, Jérémie part avec Columbia à Gaspé puis aux îles de la Madeleine.L’insouciance rieuse de la jeune Gaspésienne le ramène du côté de la vie: «à force de vivre parmi les mots, privé du souffle des humains, je m’étais peu à peu descellé de moi-même».Leur escapade sur fond de paysages marins se transforme en espace de jouissances.«Je cherchai dans les bras de Columbia l’effrayant désir de tout.» De retour à Blanche-Vallée, l’angoisse de Jérémie refait surface.Marionnette étranglée dans ses fils mêmes, il replonge dans ses obscurités intérieures.Il y a chez lui comme un empêchement de vivre.«Il est si compliqué de vivre, de faire semblant de vivre quand tu resplendis de lumière [.] je vis dans la stupeur des rêves, sous l’horizon étêté de ma vie.» Roman sur la fatigue d’un écrivain au bord du vide, Un été sans histoire n’est pas aussi triste qu’il y paraît.Les personnages observent la vie avec un sourire en coin.L’humour, et l’ironie ne sont jamais très loin.Ecrit dans un style à la fois précis et flottant comme si la dérive de Jérémie était aussi celle de l’écriture, Un été sans histoire est balayé par un souffle poétique qui dessine la beauté de la nature du Bas-du-Fleuvé (vallées onduleuses, sentiers couverts d’épilobes mauves, maisons fardées de bleu avec des volets peints de genévriers, douceur des baies sablonneuses).Somme toute, Michel Leclerc, surtout connu pour sa poésie (sept recueils publiés), signe avec Un été sans histoire un roman au désespoir souriant, riche, organique et délicieux.L’auteur réside à Québec.Collaboratrice du Devoir UN ETE SANS HISTOIRE Michel Leclerc Hurtubise HMH Montréal, 2007,248 pages ARCHAMBAULT^ PALMARÈSeLIVRES M Grand Prix du LIVRE de Montréal 2 0 0 7 Règlements Nature du prix Le prix consiste en une bourse de 15 000 $ offerte par la Ville de Montréal à l'auteur ou aux coauteurs d’un ouvrage de langue française ou anglaise pour la facture exceptionnelle et l'apport original de cette publication.Critères d'admissibilité Tout ouvrage de langue française ou anglaise (de création, d'analyse, de compilation ou de référence littéraire, artistique ou sociohistorique), publié pour la première fois* entre le Ier octobre 2006 et le 30 septembre 2007 par un auteur ou par un éditeur domicilié sur le territoire de la Ville de Montréal, est admissible.Modalités d’inscription Les ouvrages admissibles doivent être inscrits en bonne et due forme sur le formulaire d'inscription, au nom des auteurs, par leur éditeur.Ils devront être déposés en sept exemplaires, entre le l*r et le 11 mal 2007 pour les ouvrages publiés entre le l*r octobre 2004 et le 31 mars 2007.Quant aux ouvrages publiés entre le 1er avril et le 30 septembre 2007, ils devront être reçus au plus tard le I ''' octobre 2007.Pour obtenir le formulaire d'inscription ou pour tout renseignement complémentaire, consultez le site Web : ville.montreal.qc.ca/culture «Littérature ou encore adressez-vous à : Normand Biron, Commissaire Direction du développement culturel Grand Prix du livre de Montréal Ville de Montréal 801, rue Brennan, d* étage Montréal (Québec) H3C 0G4 nbiron@vllle.montreal.qc.ca 514 872-1160 *Les livres de poésie et les essais contenant des fragments déjà parus dons des revues sont admissibles.Montréal© librairie BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d’art et de collections Canadians Livres anciens et rares Bibliothèque de la Pléiade Littérature Philosophie Sciences humaines Service de presse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@bellnet.ca NOUS NOUS DEPLAÇONS PARTOUT AU QUEBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.LA PROSTITUTION JUVENILE ses rouages, ses principes ses ravages Olivieri librairie » bistrcjli Causerie avec RICHARD POULIN Auteur notamment de Enfances dévastées -L'enfer de la prostitution, (L’Interligne) Olivieri Au cœur des débats MICHEL DORAIS Auteur notamment de Jeunes filles sous influence Prostitution juvénile et gangs de rue, (VLB) Mardi 17 avril a 19h00 ANIMATRICE Arianne Émond ®RECF Entrée libre 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges RSVP : 739-3639 Organisé par le Regroupement des éditeurs canadlens-français Résultats des ventes: 3 au 9 avril 2007 ® QUEBECOR MEDIA ROMAN OUVRAGE GENERAL ÉWUKÉLME ET GABRIEL Pauline GUI (Lanctôt) MAUDIT QUE LE BONHEUR COOTE CHER Francine Ruel (Libre Expression) EDNA, HUMA ET GLORIA Denise Bombardier (Albin Michel) OSCAR ET LA DAME ROSE Éric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel) LA PART DE L’AUTRE Éric-Emmanuel Schmitt (Livre de Poche) U RUE DU PASTEUR ! < B Sonia Marmen(JCL) LA FORTERESSE DIGITALE Dan Brown (Lattès) LE VIDE Patrick Senécal (Alire) ET SI C'ÉmiT ÇA LE BONHEUR?*“ Francine Ruel (Libre Expression) SONDE TON CŒUR, LAURIE RIVERS S.Bourguignon IQuébec Amérique) Louise Lambert-Lagacé (Éd.de l'Homme) LE TOMBEAU DE JÉSUS: DÉCOUVERTE S.Jacobovici / C.Pellegrino (Michel Lafon) U MEILLEUR DE SOI Guy Comeau (Éd.de l’Homme) CES FRANÇAISES QU NE GROSSISSENT.Mireille GulHano (Michel Lafon) FRENCH KISS Chantal Hébert (Éd.de l'Homme) TOUTE L'HISTOIRE DU MONDE: DE.J.-C.Barreau / G.Bigot (Livre de Poche) U CHIME DES DESSERTS C.Blais / Ricardo Larrivée (La Presse) QUATRE ACCORDS TOUtQUES Miguel Ruiz (Jouvence) LES SECRETS DE NORAH Norah Shariff (JCL) QUE LA FORCE D'ATTRACTION SUT.Michèle Cyr (Transcontinental) JEUNESSE ANGLOPHONE LÉONIS T.S: LE ROYAUME D'ESA Mario Francis (Intouchables) ERAGON T.2: L’AÎNÉ Christopher Paollni (Bayard) LES NOMBRILS T.2: SALE TEMPS.Délai ! Duhuc (Dupuis) IL ÉTAIT DEUX FUS; CORRIDA.Collectif (Boomerang) DARHAN T S: LES MÉTAMORPHOSES Sylvain Hotte (Intouchables) JOURNAL D'AURÉUE LAFLAMME T.2 India Desjardins (Intouchables) FUNESTE DESTIN T.12: PÉNULTIÈME Lemony Snicket (Héritage) ÉLQIK T.1: ÉVI9L DU RÊVEUR S.Lévesque / M.Bois (Vents d’Ouest) H.ÉTAIT DEUX FUS: DE MOCHE !.Collectif (Boomerang) AMOS OARAGON11: PORTEUR M.Bryan Perro (Intouchables! THE SECRET Rhonda Byrne (Beyond Words) THE LAST TEMPLAR Raymond Khoury (Stgnel) Robert Ludkrm (St.Martin's Press) THE ROAD Cormac McCarthy FALSE MPRESSION Jeffrey Archer (St.Martin's Press) AT RISK PatriclaComwell (Putnam Bertdey) HONEYMOON J.Patterson / H.Roughan (Warner Books) THE LAST SPYMAS1ER Gayle lyndt (St.Martin's Press) THE UNCOIH LAWYER Michael Connelly (Warner Books) cai: YOUR NUMBER IS UP Stephen King (Pochet Books) l6S escapades symphonique culturelles Archambault à boston 25 au 27 mai SOIRÉE Archaml>aul1 Ste-Catherino (anylfi Berrl) DIIMCnmiilATinM l-0,T,arcli ® ma’ à 19 h INFORMATION r.s.v.r: 514.380.3113 LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 AVRIL 2007 F 4 LITTÉRATURE Mon nom est Légions Louis Hamelin Vimy, vidi, vici.Il était temps que la semaine finisse.Encore un peu et le couvercle sautait.Quelle incroyable collection de : sornettes! Un pas supplémentaire a été franchi dans la réécriture de l’histoire du Canada.Après John A.¦ Macdonald qui, le nez dans son verre de gin, fonde ¦ une utopie multiculturelle, voici Vimy, geste .fondatrice du bras armé du vieux dominion.Admettons que les petits gars aient couru à la mort tout joyeux parce que placés pour la première fois sous commandement canadien.Mais que l’imbécile boucherie de 14-18 rejoigne aujourd’hui Don Cherry et la bière Canadian au panthéon du nationalisme canadien, c’est à lever le cœur.Stephen Harper: y^Guand la cause est juste.» Peter MacKay: «Un sacrifice utile.comme en Afghanistan.» Michaëlle Jean: «Un idéal de justice et de liberté.» On parle bien de la guerre de 14?De cet incroyable massacre collectif déclenché par un jeu d’alliances entre têtes couronnées?Aucun dictateur fou ne menaçait de sémparer du continent à l’époque.Le roi George V et le Kaiser étaient quelque chose comme des cousins est entre l’Atlantique et l’Oural, la tradition voulait i qu’on s’entretuât en famille par immenses masses ¦ humaines interposées.Le Canada n’est pas allé : défendre la démocratie en Europe.D a porté secours * à l’empire anglais qui, tout en engraissant les maharadjahs, laissait crever les centaines de millions d’habitants de l’Inde, et à l’empire français qui au même moment était occupé à «pacifier» le Maroc et à coloniser l’Algérie.S’il vous plaît, gardez donc votre idée d’une guerre juste pour la suivante.Et encore.Nos historiens ont parfois fait leur travail, nous rappelant (Cari Bouchard) que la conquête de la crête de Vimy s’était avérée «à peu près inutile» et que cette bataille ne représentait (Roch Legault) somme toute qu’une «diversion».Ça nous fait une belle jambe de bois, ça, non?Alors pleurons les six d’hier et transformons les 3600 d’il y a longtemps en chair à symbole.Et demandons aux maîtres d’école de Toronto de nous en dénicher 3600 autres, volontaires pour des vacances en France et quelques séances de bourrage de crâne aux frais de la reine, histoire de préparer la relève.Mais j’espère qu’il se trouvera aussi quelqu’un pour leur apprendre, entre deux leçons patriotiques et deux couplets de propagande, qu’un jeune homme de 20 ans, ça chie dans ses culottes quand un obus tombe tout près, et ça crie maman au moment de mourir.Pour savoir comment ça se passe vraiment au ras des coquelicots, ils devront, idéalement, se méfier de plus en plus de cette bouillie pour les chats typiquement or-wellienne {«La guerre, c’est la paix») que leur servent les Michaëlle Jean et les Pistol Pete MacKay, et se tourner du côté de la littérature.Ben oui.La littérature.Qui, comme par hasard depuis quelques années, est occupée à (re) découvrir la Grande Guerre, avec cette même délectation teintée de nostalgie qu’éprouve l’amateur de hockey à qui on repasse le premier match de la finale de 1976 entre le Canadien et les Flyers.La mise en échec de Robinson sur Gary Dornhoffer (un nom de Boche, en passant).Pas de casques.Votre première réaction est de penser le gars est mort En tout petits morceaux.Et la seconde: Wow! C’était vraiment une autre époque.Un épisode mal connu Cette stupidité qu’on a appelée Grande Guerre et qui, du point de vue de l’Angleterre et de la France, était une manière d’empêcher l’Allemagne de réclamer sa part dans le dépeçage de l’Afrique (sans compter que la France avait encore l’Alsace-Lorraine sur le cœur) aura eu deux conséquences directes qui, avec le recul, n’apparaissent pas totalement insignifiantes: la révolution d’Octobre en Russie et la Seconde Guerre mondiale.Combien de millions de morts, au total, attribuables à ces deux événements historiques?75?80?C’est à la charnière de ces deux chocs gigantesques que se situe le très remarquable roman de James Meek, Un acte d'amour.Sitôt l’Autriche-Hongrie démembrée et l’Allemagne mise à genoux et égorgée par le traité de VersaiDes, les capitalistes des pays occidentaux ont commencé à voir les Rouges dans leur soupe.De nombreux jeunes hommes n’auront même pas le temps de désarmer avant d’être expédiés en Ukraine et en Biélorussie pour arrêter la lame de fond bolchevique.C’est un épisode plutôt mal connu, qui a donné son sujet au Capitaine Conan de Bertrand Tavernier mais se conjugue mal avec les cocoricos officiels, peut-être parce que le corps expéditionnaire des démocraties était cette fois, sans l’ombre d’un doute possible, l'agresseur.Ou parce que la situation sur le terrain était si compliquée que, dans ces conditions, il devient parfois difficile de continuer à bien distinguer le Bien du Mal, catégories chères à nos dirigeants.Prenez les Tchèques.La compagnie à laquelle appartient le lieutenant Mutz, pour être plus précis.Elle se bat d’abord avec les Austro-Hongrois contre les Russes.Puis la compagnie est capturée et emmenée vers l’arrière.La plupart des hommes acceptent, au bout d’un moment, de rejoindre les rangs de la Légion tchèque pour se battre aux côtés des Russes contre les Autrichiens et., les Tchèques.Survient la Révolution.Les Russes demandent alors aux légionnaires tchèques de faire comme eux et de tourner leurs fusils contre les Russes.Enfin, d’autres Russes.Entre-temps, la future Tchécoslovaquie, débarrassée de ses maîtres autrichiens par les puissances de l’Ouest, demande à la Légion tchèque, coincée au fond de la Russie, d’attaquer l’Allemagne.Comment faire?Simple comme bonjour.Il suffit de parcourir 9000 kilomètres, de s’embarquer à Vladivostok, de traverser l’océan Paci- fique, puis le continent américain, puis l’océan Atlantique, puis la France, et le tour est joué.Parlez-moi d’une guerre mondiale! Ils resteront plutôt bloqués dans un village du nord de la Sibérie à attendre un assaut imminent de l’Armée rouge.C’est là que nous les retrouvons, à la page 45 du roman.Entre-temps, la compagnie a perdu exactement 70 hommes, 70 morts que James Meek va prendre le temps de nous montrer une à une pendant quatre pages qui résonnent comme un galop de cavalerie.Que vous mourriez la trachée pleine de sang ou la jambe bouffée par la gangrène ne frit pas une très grande différence pour les généraux de Vimy et de toujours.Sauf que vous n’êtes pas en train de regarder un monument Vous êtes dans une histoire.Le roman, c’est ça: un antidote aux statistiques.Un acte d’amour est un thriller d’horreur qu’une écriture superbe déguise en grand roman russe.On y trouve une solution radicale pour éliminer les hormones responsables des pulsions guerrières chez les jeunes gens.Et le capitaine Matula, ce sombre «Pizar-ro tchèque» qui est aussi un hybride du Stavroguine de Dostoïevski et du colonel Kurtz: «Nous nous sommes battus pour l’empereur des Autrichiens contre l’empereur des Russes.Nous avons combattu pour l’empereur des Russes contre l’empereur des Autrichiens.Nous avons combattu pour la Terreur blanche des monarchistes contre la Terreur rouge des bolcheviques.Nous avons combattu aux côtés de socialistes révolutionnaires et de cosaques contre des cosaques et des socialistes révolutionnaires.Et je suis fier de pouvoir vous dire aujourd'hui que nous n’avons jamais trahi nos idéaux.» Je comprends maintenant où s’en va Pistol Pete quand il compare la crête de Vimy aux collines de Kandahar.hainelin3chouette(dyahoo.ca UN ACTE D’AMOUR James Meek Traduit de l’anglais par David Fauquemberg Métailié Paris, 2007,437 pages Un acte d’amour est un thriller d’horreur qu’une écriture superbe déguise en grand roman russe ROMAN QUÉBÉCOIS LA PETITE CHRONIQUE | « « « I « • • U animisme des mécréants Le plaisir, ça vous dit quelque chose ?MICHEL LAPIERRE I » » t ; ; ;T adis, nos anticléricaux ca-| • J chaient-ils une religiosité in-| • soupçonnée et nos soi-disant ! î progressistes un obscurantisme j • latent?C’est l’unique question j | que l’on se pose en lisant Marie-; ; Eve! Marie-Ève!, d’Adrien Thé-j!Ho (1925-2003), un livre d’un • ] autre âge qu’André Vanasse, au ; ; fjit de la littérature du terroir, i ! Vient de rééditer.Le critique lit-! * téraire signe une préface érudite j; jnais s’abstient, hélas, de ré-! pondre à la question qui brûle I ès lèvres! I Le roman consacré aux mœurs paysannes du Chemin-Taché à ®int-Cyprien, une paroisse du tas-du-Fleuve, a d’abord paru 1983.Vous avez bien lu: il refonte à une vingtaine d’années seulement.L’action se situe au XX' siècle, ur une bonne part après l’avè-innent de la télévision.En remuant ses souvenirs, une dame 4“ quatre-vingt-huit ans, Carmé-; ; Jiji, native du Bas-du-Fleuve, com-Utte Thério lui-même, signale j | Ûu'elle regardait Les Belles His-; | fifres fies pays d’en haut avec son îjpjari Emile, un menuisier.Le * • • • monde rural contemplait sa pérennité au petit écran dans un nombrilisme innocent Carmélia a eu la chance de fréquenter l’école jusqu’à la septième année et de se distinguer du milieu arriéré dont elle était issue.Elle a lu Delly, Henry Bordeaux et même Zola.Dans la longue lettre que constitue le roman, elle raconte sa rie à Claude, un homme de sa paroisse.Plus jeune qu’elle, il écrit des contes dans un journal de la région et a publié un livre sur le Chemin-Taché.En se confiant à Claude, la vieille paysanne insiste sur la tragédie qui a marqué sa vie: les graves troubles de comportement que sa fille, Marie-Eve, a connus à l’adolescence.S’agissait-il de la schizophrénie ou d’une autre maladie mentale?Forte tête de la paroisse, notre lectrice de Zola aurait pu se poser la question.Mais le mot «psychiatrie» ne faisait pas partie de son vocabulaire.L’adolescente commençait à perdre la lucidité.«C’est alors que j’ai cru qu’elle était possédée du diable», avoue Carmélia qui, du même souffle, reconnaît ne pas croire à l’existence de cet être maléfique.L’ambivalence pousse urr î:P \i: ï :ï il: S MOTS ES SONS JEUDI 19 AVRIL, 19 h 30 Lecture-concert inspirée par ['ANGLETERRE et L'ÉCOSSE avec l’écrivaine Christiane Lahaie et le musicien Michel G.Côté Maison des écrivains 3492, avenue Laval S3 Sherbrooke Entrée gratuite.Réservation obligatoire Renseignements et réservations au 514 849.8540 www.uneq.qc.ca CONSEIL DES ARTS I_JNEQ> *jQ Union des écrivaines et des écrivains québécois ' la mécréante illogique à demander au curé d’exorciser le démon qui, selon elle, habite le corps de Marie-Eve! Le curé croit que la jeune fille expie les péchés de sa mère.La narratrice reproche brutalement au prêtre de manquer de çharité en laissant mourir Marie-Eve au lieu de faire un exorcisme, pratique dont la femme aux idées prétendument avancées ne devrait pourtant pas reconnaître l’efficacité.La pauvre malade finit par s’éteindre en nous délivrant du même coup de la lecture d’un roman indigeste et sans style.Vlan! le démon se sauve! Marie-Eve! Marie-Ève! nous porte à croire qu’Adrien Thério, souvent défini comme un libre penseur, restait curieusement séduit par un animisme paysan qui, par l’étroitesse d’esprit, rivalisait avec la forme la plus étriquée du catholicisme québécois.Collaborateur du Devoir MARIE-ÈVE! MARIE-ÈVE! Adrien Thério XYZ Montréal, 2007,160 pages Gilles Archambault Nul n’en saurait douter bien longtemps, nous vivons à une époque où domine, sur fond de je-m’en-foutisme, un redoutable esprit de sérieux.Le moindre susurreur d’ineptes babillages a des opinions sur à peu près tout Le prince de Ligne est un excellent antidote à cette contamination.Né en 1735 à Bruxelles, mort en 1814 à Vienne, il est l’écrivain cosmopolite par excellence.Chargé de missions diplomatiques entre autres assignations, il tenait l’Europe pour son territoire.Ayant eu la chance de naître dans une condition sociale qui fà-vorisait sa propension aux plaisirs, il a eu la bonne idée de consigner dans de multiples écrits sa philosophie de vie.De ce qui peut paraître un fatras émergent Les Fragments de l’histoire de ma vie, Mes écarts et Les Contes immoraux.Le lecteur d’aujourd’hui ne s’ennuie pas à la lecture de ce mémorialiste qui avouait ne jamais se relire.«Je ne regrette rien.Je ne me repens de rien.Je jouis de tout.» Il NUMÉRO PRINTEMPS-ÉTÉ 2007.En kiosque.L, I ARGUMENT Üb te Canada guerre Des analyses de en .Yves Couture :: Marc-André Boivin :¦ Francis Dupuis-Dérî L'c guerre * Abonnez-vous sur : www.revueargument.ca écrit à la diable.On chercherait en vain chez lui la justesse de ton d’un Vivant Denon ou d’un Voltaire.Mais quelle verve! D disait qu’il aimait «les gens distraits, c’est une marque qu’ils ont des idées».Amateur de femmes, il en connaîtra une panoplie dans toutes les cours d’Europe.Il raconte comment son père l’entraîna dans le mariage: «J’arrive dans une maison où il y avait quantités de jolies figures épousées ou à épouser.On me dit de me placer à table à côté de la plus jeune.J appris par mes gens qu’il s’agissait de mariage pour moi.J’avais dix-huit ans et ma femme quinze.C’est ainsi que se fit ce qu’on prétend être la chose la plus sérieuse de la vie.» Peu d’épouses furent plus souvent trompées que la sienne.Refusant obstinément de payer pour les faveurs d’une femme, il multiplia les aventures.S’ennuie-t-on à prendre connaissance de ses prouesses à répétition?Pas le moins du monde.Il a beaucoup d’humour, sait se donner tort, n’oublie pas ses ridicules.Il n’est surtout pas un homme de lettres.«Mes éditeurs, ne vous donnez pas la peine de réformer mes répétitions, s’il y en a.Mes lecteurs, pas-sezdes, si vous avez assez de mémoire pour vous en ressouvenir.» Négligé par un père autoritaire, Ligne aima ses enfants.Sa fille l’éblouif par sa finesse, son intelligence.A son fils, Charies, il écrit «R serait joli que nous eussions ensemble une petite blessure.» À la mort de ce dernier, il est inconsolable.Jean-Paul Enchoven dit, dans Les Enfants de Saturne, que «la jeunesse fut le seul bien dont il se dépouilla à regret».Tout chez cet homme respire la joie de vivre.Il se vante inconsidérément à l’occasion, mais c’est pour mieux se moquer quelques pages plus loin.S’il est né sous de bons augures, sa vie n’en est pas moins traversée de contrariétés.Le monde qu’il avait connu s’était écroulé, il avait eu la malchance de vivre trop longtemps.«La vie est un rondeau.Elle finit à peu près comme elle a commencé, les deux enfances en sont la preuve.» Dans son vieil âge, il écrivait aussi: «Que je serais heureux si la gloire militaire, m'avait traité aussi bien que l’amour.» ¦ L’édition des Œuvres du prince de Ligne qui nous est offerte par les Editions Complexe constitue une excellente introduction à une production trop prolixe pour le lecteur de 2007.Comme telle, toutefois une passionnante introduction.Collaborateur du Devoir ŒUVRES Tomes I, II et III Charleç-Joseph, prince de ligne Éditions Complexe Bruxelles, 2006, respectivement, 405,346 et 456 pages La librairie Le Fureteur et les éditions CIDIHCA vous invitent à rencontrer Jean-François Sénéchal auteur du livre Le mythe révolutionnaire duvaliériste, le dimanche 15 avril de 14h à 16h./rti«-F»
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