Le devoir, 29 mars 2003, Cahier F
LITTERATURE Portraits flamands Page F 5 LE DEVOIR.LES SAMEDI CHANSON Le tour de la chanson Page F 7 2D ET D 1 M A \ ( Il E MARS 2 O O ;i ?LE DEVOIR ?J > i f f < \ » i eî »'t il i > >ï m o f ii £ t i J ) i n 1 : Les Césars delà guerre [ « JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Gérard Chaliand est un homme qui a évolué, au fil des ans, sur la planète Guerre: le Kurdistan iranien, l’Afghanistan, la Colombie, les maquis de la Guinée-Bissau, le Nord-Vietnam à l’époque dqs bombardements américains.A Paris, il y a quelques années, cet homme d’action m'expliquait garder toujours sur lui, dans sa ceinture à double fond, des dollars américains, juste «au cas où quelque chose arriverait quelque part».Chaliand est expert en géostratégie et directeur du Centre européen des conflits.Anticolonialiste actif durant la guerre d’Algérie, il est aussi spécialiste des guérillas et du terrorisme, poète et même cuisinier à ses heures.Avec son collègue Arnaud Blin, il a publié en 1998 un Dictionnaire de stratégie militaire.Chaliand et Blin offrent aujourd’hui à lire America is Back, consacré aux «nouveaux Césars du Pentagone».Les deux spécialistes plongent dans l’histoire de la diplomatie étrangère américaine.Toute animée par sa volonté de puissance, cette diplomatie apparaît nourrie de la guejre.«C’est une évidence que les Etats-Unis, quelle que soit la nature de leur administration, souhaitent maintenir aussi longtemps que possible un environnement international conforme à leurs intérêts.» Ainsi, entre les positions de Jefferson et de Roosevelt, en passant par celles de Wilson et de Reagan, on sent la même vague de fond.Aujourd’hui, «l’aile la plus dynamique de l’administration, celle qui gravite autour du Pentagone, est une Amérique particulière qui entend profiter des circonstances historiques favorables pour améliorer les positions des États-Unis par la menace ou par l’exercice de la force».Le maintien ou le développement de l’hégémonie américaine s’est appuyé sur le principe d’un modèle civilisationnel autoproclamé autour, de l’idée de «démocratie».Les Etats-Unis, depuis toujours, entrent dans les conflits selon une rhétorique à peine renouvelée de la croisade.Que ce soit lors de la Première Guerre mondiale ou lors de la seconde, les Etats-Unis ont évoqué le principe fuyant de la «guerre juste».Les faucons fondamentalistes qui entourent l’actuel président américain proposent VOIR PAGE F 2: CÉSARS «Un colonisé ne peut pas se réclamer d’une culture pure» Identité multiple Maryse Condé Née en Guadeloupe, elle a cherché son identité autour du globe, de Paris à New York, jusqu’en Afrique de l’Ouest.Elle a connu l’idéalisme comme les désillusions du militantisme.Aujourd’hui, c’est dans son île natale, au cœur des Antilles, qu’elle aime par-dessus tout se retrouver.La romancière et universitaire Maryse Condé sera à Montréal cette semaine pour recevoir le prestigieux prix Métropolis bleu, remis lors du festival du même nom.Au même moment, elle fait paraître un roman, Histoire de la femme cannibale, aux Éditions Mercure de France.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR C% est dans l’Afrique du Sud post-apar-S theid qu’elle a trouvé l’inspiration de son dernier roman, l’histoire d’un mariage entre un Blanc et une Noire sur fond de débat sur la lutte des races.Là, elle a trouvé une Afrique qu’elle ne reconnaissait pas, très occidentalisée, loin de cette réconciliation tant vantée, où la violence noire a tristement pris le relais de la domination blanche et où l’on peut encore passer des heures dans une ville comme Le Cap sans croiser un seul Noir.«Les gens m’ont paru tristes alors qu’il y a une sorte de vivacité en Afrique de l’Ouest», dit-elle.Selon elle, il y a sûrement progrès en Afrique du Sud, mais ce progrès, pour un observateur non averti, n’est pas manifeste.Il faut dire que l’Afrique de l'Ouest, elle connaît, elle qui, autrefois mariée à un Guinéen, y a passé plus d’une décennie de sa vie.C’était un autre de ces voyages qui l’ont emmenée à la rencontre d’elle-même et de sa culture guadeloupéenne, forcément métissée, forcément plurielle.Citant Montaigne, Maryse Condé dit qu «un honnête homme, c’est un homme mêlé».Maryse Condé est née dans une famille noire petite-bourgeoise de la Guadeloupe.Elle a capté l’essence d’une enfance colonisée choyée, cette ambiance de «peau noire, masque blanc» racontée dans un livre intitulé Le Cœur à rire et à pleurer, paru en 1999 chez Robert Laffont Elle y raconte comment la lecture de La Rue Case-Nègres, de Joseph Zobel, a été une révélation pour l’enfant qu’elle était une prise de conscience de la condition noire, à l’origine de son engagement politique, un coup de tonnerre dans un ciel bleu.«D’un seul coup tombait sur mes épaules le poids de l’esclavage, de la Traite, de l'oppression coloniale, de l’exploitation de l'homme par l'homme, des préjugés de couleur, dont personne, à part quelquefois Sandrino, ne me parlait jamais.Je savais bien sûr que les Blancs ne fréquentaient pas les Noirs.Cependant, j'attribuais cela, comme mes parents, à leur bêtise et à leur aveuglement insondable», écrit-elle dans Le Cœpr à rire et à pleurer.Elevée à la française dans une famille noire aisée, elle n’a vraiment mesuré l’ampleur du fossé entre les Noirs et les Blancs en Occident que lorsqu’elle est partie étudier à Paris.À l’époque, se souvient-elle, elle lisait Cheikh Anta Diop, ce Sénégalais qui écrivait dans les années 50 Nations nègres et culture, qui s’interroge sur la place de la civilisation noire dans l’histoire.C’est le début d’un certain militantisme marxiste, mais aussi d’une longue évolution qui la porte aujourd’hui à penser le monde autrement qu’à travers la simple confrontation des races.«Quand j’étais jeune, se souvient-elle en entrevue, j’avais tendance à diviser le monde en deux: d'un côté le monde blanc, de l’autre le monde noir.C’était simple et facile.Au fur et à mesure que j’ai vécu, et que j'ai regardé autour de moi, j’ai compris que ce n 'est pas si simple.VOIR PAGE F 2: CONDÉ don , la mort 1 LE DON DE LA MORT ~ Tuer peut-il devenir un acte d'amour ?de Michel-Wilbrod Bujold Table ronde : « Faut-il demander justice et pardon de concert avec Robert Latimer ?» Marie-Andrée Bertrand, criminologue, Michel-Wilbrod Bujold, écrivain, Robert Daoust, chercheur indépendant, Pierre Marois, médecin-physiatre Dimanche 30 mars, 14h Bibliothèque nationale du Québec, 1700, rue Saint-Denis 1* Ouvert au grand public www.traitdunion.net F 2 K I) E VOIR I.E S S A M E I) I ET DIMANCHE 30 MARS 2 0 0 3 Livres CESARS SUITE DE LA PAGE F 1 en fait une simple adaptation d’un discours historiquement bien établi.Le budget militaire annuel des États-Unis demeure à la hauteur de ce qu’il était à l’époque de la guerre froide, soit environ 300 milliards.Gagner des guerres facilement, grâce à l’écrasante supériorité technique qui en découle, est cependant plus facile que de conquérir les voies de la paix.De l’avis de Blin et Chaliand, les avancées guerrières tous azimuts de l’administration Bush ne permettent pas d’envisager pour bientôt une stabilité du monde.La «guerre au terrorisme» que continuent de mener les faucons du président est jugée comme l’étape la plus facile de cette politique où le «conditionnement de l’opinion publique» américifine ne fait pas l’ombre d’un doute.La lutte’pour établir la paix véritable risque d’être autrement plus éprouvante.Ainsi jugent-ils que l’Afghanistan «restera une zone de relative instabilité».Et le projet irakien, pensent-ils, pourrait être contrecarré par l’attitude des Turcs à l’égard des Kurdes.Sans compter que les Américains sont perçus plus que jamais comme des agresseurs par tous les peuples arabes.Leur présence offensive risqqe de donner du poids aux États conservateurs du Moyen-Oriçnt, à commencer par l’Iran, un État de 70 millioîis de personnes d’ores et déjà autrepient plus menaçant pour les États-Unis que ne l’était l’Irak.SiiipM’iirs tflium* Évidemment, les livres consacrés à la politique du géant américain sont plus nombreux que jamais.Si l'on croit, comme Michael Moore, qu’il reste encore, grâce à la satire, quelques possibilités de combattre la bêtise humaine, c’est sur la voie des Soigneurs de la guerre qu’il faut s’engager sans tarder.Œuvre ____ de Jean Bacon, cette histoire incisive de la guerre à travers les âges est digne d’un pamphlet signé Jonathan Swift.Parue pour '^"Cr^A la première fois il y a 1 vingt ans, elle vient d’être rééditée.Il semble que rien de l’horreur de la guerre n'échappe à l'œil vif de Bacon: les destins individuels brisés, les bombardements, la propagande, la rhétorique ultranationaliste, l’industrie de l’armement, la boucherie du combat.Le tout est porté par une écriture acérée et puissante.On ne saurait trop recommander la lecture de ce livre en ces temps lourds qui sont les nôtres.AMERICA IS BACK Les nouveaux Césars du Pentagone Gérard Chaliand et Arnaud Blin Bayard Paris, 2003,226 pages LES SAIGNEURS DE LA GUERRE Brève histoire de la guerre et de ceux qui la font Phébus Paris, 2003,318 pages CONDE «L’essentiel est de ne pas fétichiser ces valeurs occidentales, de ne pas les considérer comme supérieures aux autres» SUITE DE LA PAGE F 1 Le monde des opprimés et le monde des oppresseurs, cela ne recoupe pas nécéssairement les couleurs.Le monde des oppresseurs n’est pas forcément blanc; il peut y avoir des gens qui s’érigent en dictateurs dans les peuples noirs.Il fallait un peu oublier les couleurs, aller au-delà des couleurs [.] C'est cela qui est le plus dur, arriver à voir le monde dans sa diversité économique, sociale et politique.» Entre temps, Maryse Condé a écrit de nombreux romans, a fondé le département d’études françaises et francophones de l’université Columbia, à New York.De son roman en deux tomes, Ségou les murailles de terre et Ségou la terre en miettes, on dit qu’il dépeint admirablement l’esclavage et l’influence de l’islam en Afrique.D’un mariage avec un Guinéen, qui la laissera mère de quatre enfants, et d’un long séjour en Afrique de l’Ouest, elle retient cependant que les différences culturelles entre Guadeloupéens et Africains sont plus importantes qu’on veut bien le croire.En Guinée, se souvient-elle, elle avait «tout à apprendre», jusqu’au malenke, la langue d’usage, qu’elle a bien dû maîtriser pour communiquer dans son nouveau pays.La fascination des origines en prend pour son rhume.Et aujourd’hui, citant Oswald de Andrade, elle dit qu’«toi colonisé ne peut pas se réclamer d’une culture pure.Un colonisé a fatalement intégré des valeurs occidentales.L’essentiel est de ne pas fétichiser ces valeurs occidentales, de ne pas les considérer comme supé- © JOHN FOLEY / OPAL Maryse Condé.rieures aux autres.Je suis un Indien tupi qui joue du luth».Maryse Condé partage sa vie, depuis plusieurs décennies, avec un Britannique de race blanche.Or, ce mariage lui est constamment reproché dans la communauté noire, comme le mariage mixte est reproché à Roseline dans le dernier roman de Condé, Histoire de la femme cannibale.«On me reproche constamment [cette union], confie-t-elle.On me la reproche en Guadeloupe, on me la reproche aux Etats-Unis.Les gens me le reprochent.Il faut expliquer que, d’accord, je suis mariée à un Blanc, mais que cela ne veut pas dire que je sois complètement aliénée.» Or, dit-elle, «même si c’est politiquement incorrect de le dire, il y a Palmarès baromètre uébec Bayard 1 Actualité U GUERRE DES BUSH 4P É.LAURENT Plon r 7 2 Roman SEPT JOURS POUR UNE ETERNITE M.LÉVY Robert Latfont 5 3 loisirs Qc LES MORDUS NO.1 4P M.HANNEQUART Rudel Médias 2 4 Actualité APRÈS L'EMPIRE 4P E.TODD Gallimard 23 5 Actualité IA QUESTION IRAKIENNE 4P P-J.LUIZARD Fayard 9 Ji Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRESENT ¥ E.TOLLE Ariane 128 2 Roman SANS SANG A.BARICC0 Albin Michel 4 8 Essais MIKE CONTRE-ATTAQUE ! ¥ M MOORE Boréal il 9 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?¥ J.SPENCER Michel Lafon 116 10 Roman Qc IA MAISON DES REGRETS D.MONETTE Logiques 5 U Roman IMPRIMATUR ¥ MONALDI / SORTI JC Lattès 9 12 Essais LES NOUVEAUX MAtiRES OU MONDE ¥ J.ZIEGLER fayard 20 13 Bmgtaph.Qc SALE JOB i UN EX-MOTARD PARLE P PARADIS L'Homme 3 14 Roman Qc LIFE OF PI ¥ Booker Prize 2002 Y.MARTEL Vintage Canada 21 15 Roman DOCTEUR.PUIS-JE VOUS VOIR .AVANT SIX MOIS ?N.DE BURON Plon J 16 Psycho.Qc DEMANDEZ ET VOUS RECEVREZ P MORENCY Transcontinental 20 1/ Psychologie LE MURMURE DES FANTOMES ¥ B.CYRULNIK Odile Jacob 6 18 Spiritualité METTRE EN PRATIQUE LE POUVOIR DU MOMENT.E.TOLLE Ariane 46 19 Polar MYSTIC RIVER ¥ D LEHANE Rivages 48 20 Biograph.Qc SALUT LES AMOUREUX ! DUROCHER/FORTIN Stanké 6 21 Cuisine CUISINE VÉGÉTARIENNE ¥ COLLECTIF Marabout 9 22 Polar L'EMPIRE DES LOUPS J.-C.GRANGE Albid Michel 8 23 Psychologie CESSEZ D'ÉTRE GENTIL.SOYEZ VRAI ' ¥ T.D'ANSEMBOURG L'Homme 114 24 Cuisine Qc LE DESSERT SE FAIT LÉGER ROBITAIlli/LAVOIE Santé i la carte 13 25 B.D J.DAVIS Dargaud 2 2i Spiritualité DIEU ?¥ A.JACQUARD Stock 4 27 Jeunesse QUATRE FILLES ET UN JEAN ¥ A.8RASHARES Gallimard 39 28 Jeunesse Qc CHANSONS ET RONDES POUR S'AMUSER (Livre 4 OC) ¥ H, MAIOR Fides 22 29 Psychologie LE PRÉCIEUX PRESENT J.SPENCER Michel Lalon 5 ÜL Faune LES CHATS NOUS PARLENT DIBRA/RANDOLPH le lour 10 31 Roman JE NE SAIS PAS COMMENT EUE FAIT A.PEARSON Plon 13 32 BD CALVIN ET HOBBES, t.22 - le monde est magique1 ¥ B.WATTERSON Hors Collection 6 33 Santé Qc EN 2 TEMPS 3 MOUVEMENTS LE CORPS HEUREUX CADRIN PETIT/ DUMOULIN L'Homme 4 34 Roman S.HUSTVEDT Leméac i 35 Roman L'AIGLE SOLITAIRE D STEEL Pr.de la Cité 6 36 Roman Qc UN PEU DE FATIGUE S.BOURGUIGNON Qc Amérique 20 37 Actualité J.GUISNEL La Découverte 2 38 Psychologie DE L ESIIME OE SOI A L'ESTIME OU SOI J.MONBOURQUETTE Novalis 22 39 Pratique Qc £.BRASSARD Éric Brassard 4 40 Roman Qc CATALINA ¥ G GOUGEON Libre Expression 23 41 Psycho.Qc L'ENEANT ADOPTE DANS LE MONDE ¥ COUECTIE HépdalSte-kisbne 5 42 Psychologie LES VILAINS PETITS CANARDS ¥ 8.CYRULNIK Odile Jacob 92 43 • Maternité MON BÉBÉ 1IE L'ATTBeS.IE LtlEVE ¦ Nouvelle edition E.FENWICK Reader's Digest 20 44 Roman LE HUIT ¥ K.NEVILLE le cherche midi 39 45 Sport GUIDE DES MOUVEMENTS DE MUSCULATION ¥ E DELAVIER Vigot 248 I I» I M A N T 11 K jITTERATDRE RATURE 1 T T É U B A ! Le très grand ressenti de la Flandre D’exils et de trahisons Leonardo Padura, écrivain «du dedans» G U Y LAI N E MASSOUTRE Existe-t-il des points communs entre la Flandre et le Québec?Peut-être.Rien, en littérature, n’a braqué Içs projecteurs sur la Flandre.A Paris, on l’a unie aux Pays-Bas, invités au Salon du livre, sans entendre comment elle s’en distingue.L’Union des écrivaines et écrivains québécois a tissé des liens plus discrets, en offrant une résidence d’écriture aux Flamands Pol Hoste et Geert van Is-tendael, ici le mois dernier.La rencontre est déjà fructueuse.Hoste a signé Le Ciel de Mirabel.Carnet (1999) — récit d'un voyage en avion —, suivi d’un roman encore non traduit — histoire d’un couple qui n’arrive pas à sortir de son hôtel montréalais.Une suite est en cours, prouvant que la mélancolie flamande rebondit Ces romanciers, au cœur sis en Flandre, portent le regard ailleurs.Que leur révèle l’espace-temps du Québec?Allez savoir qui, des deux partenaires, a ouvert la liaison ancienne entre Québécois et Belges: le fait est là La très grande finesse d’expression belge, héritée de la scolastique, se plaît à frotter en flamand le «réalisme magique», le «surréalisme latent» aux vertus et différences, d’ici.Une question de lieu «Cette beauté particulière du Nord», évoquait Yourcenar, devant l'immensité des ciels changeants et la solidité des constructions humaines.Flandre plurielle aux contours singuliers, aucune réalité n’est plus entêtée que «la lente fougue flamande».Comment lire alors son paysage?«Comme du braille», propose le poète Luuk Gruwez.Officiellement, les Flandres sont jumelles: il y a l’occidentale, chef-lieu Bruges, et l’orientale, dominée par Gand.Régionalement, la Flandre jouit d’une réelle autonomie sur quatre provinces et demie.Plus secrètement, ses parties divisées engloutissent ensemble leurs polders sous la mer du Nord, appelant leur remontée naturelle vers Londres, le partenaire commercial ancien — \'«invisible vis-à-vis», selon l’écrivain national Hugo Claus.Rien n’est plus complexe que la petite entité Flandre.L’histoire a malmené la bourguignonne du XVe siècle, si splendide pour ses peintres, soudain basculée dans l'oubli.Entre les Pays-Bas et la France, elle a choisi sa lutte, sa langue, ce flamand que parlent près de six millions de gens (60 % des Belges).Elle a confié à Bruxelles, capitale de l’Europe, le soin de reconnaître son unité régionale et son apport dynamique à la vocation babélienne du haut lieu de la culture européenne.Son caractère, héritage flamingant, elle en a fait un point fort de la fédération belge: la diplomatie.Si ses villes — des musées à ciel ouvert — croulent sous le poids de l’histoire, rien n’est plus surprenant que le rire flamand.Qui ne connaît l’ironie de Jacques Brel, célébrant dans la caricature la lourdeur de ses compatriotes?Il faut lire, chez un Stefan Hertmans, ou chez le jeune poète Paul Bo-gaert, le dadaïsme belge, pratiqué comme un art, fou de surprises et d’exagérations, entre le grotesque iroi» Il 11 11 r ',i s-.x SOURCE INSTITUT BELGE D'INFORMATION Le Quai aux herbes, à Gand, en Flandre orientale.et la satire.Il a la saveur du peuple, l'histoire d’un socialisme qui tisse encore des liens.Une question de temps Au quotidien, quantité de détails — des plus kitsch aux plus subtils — sont parés d’éloquence.«Le désarroi de la Flandre est lié au fait qu'elle a connu deux siècles de noir, explique Herman Jacobs, critique littéraire rencontré à Mortsel, près d'Anvers.Sa décadence ressemble à l’Irlande dans sa période la plus sombre.Mais à partir de 1890, sa littérature redémarre et entre dans une renaissance, que consacre une réception internationale, depuis les 25 dernières années.» Aujourd’hui, le catholicisme étroit, sur lequel l’unité belge repose, ouvre ses écluses, livrant, ainsi que l’écrit Claus, ses «récits creux /sur le passé, /aux habitants avides jusqu à leur ultime culbute / parmi les choux-fleurs».Des rêves cocasses, décollés de la misère, rompent avec l’abondante production de romans de la terre et des malheurs urbains.Le critique flamand insiste sur l’héritage littéraire.Il revient à Gerard Walschap, né en 1898, l’année où disparaissait Georges Ro-denbach, flamingant francophone célèbre qui rivait à Paris.S’il fallait en nommer deux?Ce seraient l’autodidacte Hugo Claus et le socialiste Louis Paul Boon, lequel s’est suicidé en 1979, laissant La Route de la chapelle (1953, trad.1999), un roman expérimental qui alliait l’invention formelle et l’engagement social.Le Chagrin des Belges (trad.1985), remontant aux années 40, est un incontournable.«Claus est un prodige, un protée de la littérature flamande, commente Herman Jacobs en pesant ses mots.Cinéaste, régisseur, dramaturge, poète, ce romancier livre une œuvre inégale, avec des ouvrages sublimes.Il est une institution nationale.Loin de la légèreté française et latine, il a su dire l’inélégance, la grande frustration des auteurs flamands en lutte contre le poids de la terre et des paysans.» Le motif de l’inceste court à travers son œuvre «de pure fabrication, absolument artificielle, non romantique», ajoute le critique, soulignant ses adaptations de tragédies antiques.Les belles histoires d’Yvon Leroi ia: «** DELA GRANDI NOIRCEUR AU PI El N FE U DE LA GRANDI NOIRCEUR AU PLEIN FEU FFS PI US BEAUX IFUX DU MON DI L’émancipation multiforme des années 60 affecte les écrivains flamands.Ivo Michiels, avec Le Livre alpha (1963, trad.1967), séduit Beckett, tandis qu’on débat du scandale qu’il provoque au Parlement M’offrant tout son temps, mon hôte sort de sa sacoche bourrée de livres Fromage (1933, trad.2003) de Willem Elsschot, évoque Walter van den Broeck (Lettre à Baudouin, 1980, trad.1984), Tom Lanoye (Célibat, trad.1996) et le plus jeune Paul Mennes, «le plus talentueux de la génération des trente-cinq ans».Le rythme de Mennes, calqué sur les ridéoclips et inspiré de «Bret Easton Ellis sans son éclat artificiel», n’affecte pas le jugement serein du coUègue.S’il me vante l'anti-intellectualis-me de Léo Pleysier, un inventeur du Nouveau Roman de la Flandre profonde, il parle aussi des pastiches de Stefan Hertmans, «l’intellectuel derridien».Mais s’il aime, c’est la rie instable selon Peter Ve-rhelst, performeur d’une insondable ingénuité.Le critère de ses goûts restera innonuné, accroché au «très grand ressenti de la Flandre»: une culture pétrie de traduction, une lenteur toute belge, un sens aigu de la clarté et de la précision.JOHANNE JARRY me suis habitué à voir le monde depuis ce coin étrange et lointain.Mais je n 'ai pas pu tuer mon passé.» C'est ce que confie un exilé cubain à un autre eîqlé cubain dans Le Balmier et l’Étoile, le récent roman de l'écrivain Leonardo Padura.Deux hommes que plus d’un siècle sépare partagent un des tin d’exil.Le poète romantique José Maria Heredia doit quitter Cuba en 1823 quand on apprend qu’il milite pour l'indépendance.11 n’y reviendra qu'une fois avant sa mort à Mexico, à l’âge de 35 ans.L’intellectuel Fernando Terry, lui, a quitté l’île dans les années 1970, après avoir perdu son poste de professeur à l'université: il était accusé de ne pas avoir informé les autorités qu’un de ses amis projetait de fuir Cuba.En Espagne, il poursuit son travail d'enseignant et ses recherches sur le poète Heredia.Dix-huit ans après son départ, il reçoit une lettre où on lui apprend avoir peut-être retrouvé «les papiers perdus de Heredia».Le poète fut le sujet de sa thèse de doctorat et Fernando continue d’ètre hanté par son œuvre et son destin.Le roman de Padura se déroule en trois temps.11 y a d’abord le retour de Fernando à Cuba où s'entremêlent sa quête du manuscrit perdu et ses retrouvailles avec ses amis et des paysages qui l'habitent encore.La quête est double pour Fernando: il veut retrouver le journal de Heredia, mais aussi savoir qui l’a dénoncé, se libérer de cette trahison qui l’obsède et l’enchaîne au passé, l’empêche de vivre au présent.En alternance, le lecteur parcourt le journal de Heredia qui est, précisons-le, entièrement inventé par Padura.Dans un style qui traduit bien l’âme romantique, on découvre comment un jeune homme enflammé, épris de justice pour tous les habitants de Cuba, perd sa liberté par vanité.Dans ce journal, Heredia révèle la naissance d'un enfant illégitime conçu avec une jeune femme appartenant à une famille influente, rend compte des mouvements contestataires réprimés qui marquent la rie politique de l'époque et témoigne Lancement aux Editions TROIS des livres de Claire Varin, Le carnaval des fêtes Jacques Rancourt, La nuit des millepertuis Mary Meigs, Le temps rêvé : une passion, traduit de l’anglais par Marie José Thériauh Alain Fortaich, La dragonne qui avait perdu sa flamme le vendredi 4 avril 2003 de 18 h à 19 h au Festival Metropolis Bleu la librairie Metropolis, salle Le Floréal Hôtel Renaissance, Montréal 3625 av.du Parc Agenda littéraire Avril 2003 UIsTEQ l'iion des écrivalaes H de* écrKalat qaébéceii MARDI 1" AVRIL 2003, 19 H 30 Les Mardis Fugère Confidences littéraires de l’écrivain MICHEL MARC BOUCHARD Lecture de textes de l’auteur par VINCENT GRATON Maison de la culture Frontenac 25S0, Ontario Est, Montréal Entree libre.MERCREDI 23 AVRIL 2003,19 H L’écrivain au cœur du monde Table ronde devant public Avec CHRYSTINE BROUILLET, CATHERINE MAVRIKAKIS, SERGE PATRICE THIBODEAU Journée mondiale du livre et du droit d’auteur Diffusion en direct sur la chaîne culturelle de Radio-Canada (100,7 FM) Animation : AUNE APOSTOLSKA Maison des écrivains, 3492, avenue Uval, Montréal.Entrée Libre.Renseignements et réservations au (S14) 849-8540 www.uneq.qc.ca CMStlKSMIl M IMffTttAl Éditions TROIS-PISTOLES ÏSS asr— '“Quebec 55 'lié 4MfflIÜIBllS-< LF DEV0IK l/miixlohulum de l'effervescence de la vie intellectuelle et culturelle de Cuba au debut du XIX siècle.Ces pages tracent un portrait vibrant de l’identité cubaine que les poètes comme Heredia et José Marti ont contribué à définir en l’inscrivant dans leurs poèmes lus avec autant de ferveur encore aujourd’hui.Ce journal compromettant pour les proches de Heredia l’est tout autant pour quelques hommes influents de Cuba, leur sang étant lié à celui du poète.Pendant des dizaines d’années, le document est protégé par des francs-maçons.Sa lecture provoque différentes réactions.Pour certains, sa valeur historique est incontestable; pour d’autres, mieux vaudrait le brûler.Pour le fils de Heredia, ce journal éclaire tout autrement le mythe qui entourait son père.«Quand j’ai lu ces papiers, j'ai compris qu’il n'avait pas été le personnage que l’on étudie maintenant à l'école.Ce fut un pauvre homme qui se fourvoya dans des situations qui le dépassaient et à qui il arriva tout le bonheur et tout le malheur du monde, bien que le nialheur ait nettement dominé.» Pourtant, le lecteur constate au fil des pages que Heredia, bien que fier de son succès, est conscient de ses limites et de sa naiVeté.cause de sa perdition.Cette vie légendaire est donc, en partie, une création des lecteurs qui l'ont ensuite inscrite dans les manuels d'histoire.Comme au baseball L'écrivain cubain Leonardo Padura est incapable de s'imaginer vivre en étranger, ailleurs qu’en son pays.Il écrit ses livres à Cuba et vit.entre autres, des droits qui proviennent de ses publications à l’extérieur du pays.Ses trois autres romans publiés en français par les Kditions Mé-tailié mettent en scène un personnage récurrent: le flic Mario Coude, écrivain en panne payé pour faire la loi dans un pays où la corruption gagne du terrain.Comment Leonardo Padura.peut-il être critique envers un régime qui laisse très pou de marge de manœuvre à ceux qui le sont?Dans une entrevue qu'il accordait au quotidien Libération.il explique que «les règles de vie d’un écrivain du dedans» ressemblent à celles qu’on doit suivre au baseball: «Files sont.nombreuses et compliquées.On peut les transgresser, les pervertir.Mais il ne faut jamais passer les limites du terrain.Quand l'ar-' bitre siffle, il est trop tard.» Ce n’est sûrement pas un hasard si les figures centrales de son roman Le Balmier et l’Etoile, trahies par les leurs, sont for-1 cées à l'exil.Cette réalité politique et ses répercussions humaines traversent l'œuvre de l'écrivain comme un tourment.Une œuvre particulièrement : sensible à la question du passé, des racines et de l’histoire, et ¦ dont les principaux personnages demeurent inconditionnelle- ' ment épris de Cuba.LE PALMIER ET L’ÉTOILE ; Leonardo Padura Traduit de l’espagnol (Cuba) > par Elena Zayas Editions Métailié Paris, 2003,396 pages « C’csl pour le lecteur le moment de la surprise heureuse et de la poésie ».Marcel Schneider.Le Figaro Littéraire.6 février 2003 * Cent pages que l’on lit le souffle court, l’émotion au bord des lèvres, » Marcelle Padovani.Le Nouvel Observateur.5 février 200J « .de ces sensations qui n’ont pas encore de noms et que seul un véritable écrivain en deux temps ci deux mouvements sait faire naître comme des étincelles au bout des doigts.» Jean-Baptiste Harang.Libération.6 février 2003 « Un roman dur et éblouissant qu’il faut lire aujourd'hui, à l’ombre de la folie qui agite le monde, jusqu'à la dernière ligne, car c'est dans son ultime souffle qu’il prend lout son sens.» Marié-Claude Fortin.Voir, mars 2003 « Un très beau petit roman .Barkxo est bourré de talent.» René Homier-Roy.C'est bien meilleur le matin.1 mars 2003 Alliin Miel loi www.alhin-michcl.fr m ÉaÉtMMMÉAÜÉAÉ I.K I) K V 0 I K .I.E S A M EDI 2 it ET DI M A N l H E 3 0 MARS 2 ü » 3 Y i; La démocratie autoritaire t ULYSSE BERGERON La machine de guerre américaine est en marche.Il y a quelques mois, Albert Legault, professeur à l’Université du Québec à Montréal où il est respon-sable d’une chaire de recherche en relations internationales, écrivait: «î^es États-Unis ont cessé à toutes fins utiles de croire,aux vertus des institutions internationales et à leurs alliés.Ils sont curieusement acculés à une diplomatie quasi unique dans l'histoire de la politique étrangère américaine: la tentation démocratique autoritaire.» Cette tentation, Legault la définit comme une vision du monde et de l’avenir qui n’est pas inspirée par le bas, soit par la population, mais plutôt pur «une vision de.sécurité imposée par le,haut».Depuis la chute du communisme, les relations internationales se sont transformées.la bipolarité qui assurait l’équilibre précaire de la guerre froide a disparu, la dissuasion nucléaire n’a plus le même poids.Iæs menaces apparaissent aujourd’hui asymétriques.Elles viennent «de groupes amorphes ultraviolents à la Oussama ben Laden ou d’autres organisations du même acabit».Voilà que «le terrorisme est désormais considéré comme “acte de guerre”, ce qui renforce la liberté stratégique d’intervention américaine», souligne Albert Legault.Le lien élaboré entre les réseaux terroristes, fortement criminalisés, et les armes de deslructiop massive a ouvert une porte aux Etats-Unis.Il lest maintenant possible pour Washington de mener des offensives contre les «États voyous», l’ôurtant, comme Albert Legault en faisait mention à l’occasion d’un article publié dans Le Devoir le 17 septembre 2001, «un acte de guerre siir le plan du droit international suppose l’identification d’un État ennemi ou à tout le n}oins qu’on déclare la guerre à un État».A l’intérieur d’une démocratie, le terrorisme devient rapidement le terrain d’un affrontement entre deux concepts fondamentaux: les libertés civiques et la sécurité nationale.Aujourd’hui, il semble bien que cette dernière se considère depuis l’étranger même.Il faut agir.Il faut prévenir les coups.D’où la stratégie A’«action préventive» dévoilée par le président des Etats-Unis à la célèbre académie militaire de West Point en mai dernier.Si les réflexions qu’Albert Legault propose semblent fort connues, c’est qu’elles ont été régulièrement soulevées et débattues depuis quelques mois.Néanmoins, le professeur Legault réussit à tracer les grandes lignes d’une situation dont les enjeux sont cruciaux pour l’avenir des relations et des organisations internationales.L'avenir reste incertain.L’Irak n’est-il en réalité que la pointe de l’iceberg?Legault s’interroge: «Une fois le cas de l'Irak réglé, jusqu’où doit-on aller par la suite?Comment réagira l’Iran et que faire de la Corée du Nord et de tous les autres États, la Libye par exemple, soupçonnés d’être engagés dans la fabrication d’armes bactériologiques ou chimiques?» Dès questions qui restent encore sans réponse.LA LUTTE ANTITERRORISTE OU LA TENTATION DÉMOCRATIQUE AUTORITAIRE Albert Legault Presses de l’Université Laval Saint-Nicolas, 2002,165 pages Le lien élaboré entre les réseaux terroristes, fortement criminalisés, et les armes de destruction massive a ouvert une porte aux États-Unis i ju: >: tii'i'.'Mij Renaissance Montréal Hôtel 3625 avenue du Parc Au Festival Metropolis bleu 4 Table ronde: Le poète et Tessai 5 avril 18h Avec Normand de Bellefeuille, Pierre Ouellet et Paul Bélanger Animation: Marie-Andrée Lamontagne » M ttCH ES t* W trthi VWiMWM Collection Chemins de traverse ÉDITIONS DU NOROIT www.lenoroit.com 30 ans de poésie ' "-«ait mm îuTattrs ÉCRITS DES HAUTES'-TERRES ASSOCIATION DES AUTEURS ET AUTEURES DE L'OUTAOUAIS 1 S.s, ,-Us ng sur LstiîWs GuyJean DU SANG SUR LES ASTILBES Des chambres à gaz aux chambres à coucher, Guy Jean débusque la violence masculine.Invité d'honneur au Salon du livre de l'Outapuais, 26 au 30 mars —«r Essais ^- La mémoire pour nourrir l’espoir Trois écueils guettent celui ou celle qui s’adonne à l’écriture de ses mémoires ou de ses souvenirs dans le but de les partager avec le public lecteur: le passéisme, la complaisance envers soi-même et la tentation de l’exhaustivité qui résulte en une avalanche de détails encombrants.Prêtre devenu époux, professeur d’éthique sociale à l’Université Laval dans un Québec en pleine transformation, ministre des Affaires culturelles et des Communications au sein du gouvernement Lévesque, chrétien engagé et indépendantiste militant, Louis O’Neill, au moment de livrer ses «propos et souvenirs d’un citoyen libre», aurait pu facilement succomber à la tentation d’imposer son parcours et ses idiosyncrasies à ses destinataires: abondante, la matière de sa vie coïncide, dans une large mesure, avec l’évolution sociale du Québec des années 1930 à aujourd’hui.Il s’est bien gardé, cependant, d’en rajouter, et c’est la raison pour laquelle son témoignage se reçoit avec grapd plaisir.Élevé dans la gare de Bridge à Québec dont son père était le chef, O’Neill a choisi la métaphore ferroviaire comme ligne directrice de son essai autobiographique.Intitulé Les trains qui passent, cet ouvrage raconte avec-une belle sérénité le passage du Québec d’hier (avant 1950) à celui d’aujourd’hui en insistant particulièrement sur les transformations subies par le système d’éducation, sur la métamorphose d’un catholicisme en quête de modernité et sur le progrès de l’incontournable question nationale.La sagesse de Louis O’Neill, dans ce témoignage, réside en sa capacité de penser la rupture moderne que fut la Révolution tranquille sans préjudice à l’égard du passé qui l’a précédée.11 est possible, laisse-t-il entendre, de se réjouir de la venue au monde de ce nouveau Québec, de saluer l'ag-giornamento enclenché par Vatican II et d’embrasser enfin un nationalisme mature et d’avenir sans pour autant, à la manière des modernistes sans mémoire, rejeter dans les limbes de l’arriération sociale le Québec ancien.Non, écrit Louis O’Neill, «l’histoire de l’éducation au Québec ne se résume pas à une grande noirceur Louis Cornellier ?suivie d’une grande clarté», mais, oui, «on doit beaucoup aux centaines de collaborateurs qui ont contribué aux travaux de la Commission Parent».Au sujet du rôle historique de l’Église québécoise, il adopte^un point de vue semblable: «À travers les compromis politiques, la religiosité bornée, des traditions sclérosantes issues d’un lointain passé et dont le poids se fait encore sentir, l’Église a créé et soutenu des œuvres essentielles, des instruments de survivance et de développement qui servent d’assises à de nouveaux projets et de nouveaux départs.Somme toute, on peut être fier de ce passé, aussi bien à titre de chrétien qu’à celui de Québécois.» Her de ce passé, donc, dont la plus remarquable des noblesses est d’avoir permis son propre dépassement.A la manière d’un Fernand Dumont et d’un Jacques Grand’Maison, quoique plus modestement, O’Neill se fait ainsi l’apôtre lucide d’une nécessaire modernité québécoise qui n'exclut pas la gratitude envers les ancêtres.Homme de mémoire, le penseur s’avère aussi un homme d’action préoccupé par le Québec et la foi de demain.Aussi, à ces souvenirs sobres et généreux qui chantent la marche de son peuple viennent s’ajouter un plaidoyer en faveur de l’indépendance nationale conçue comme une ouverture à soi-même et au monde et une profession de foi catholique fondée sur l’essentiel du message évangélique, «plus simple, allégée, débarrassée d’alluvions encombrantes, axée sur la personne du Christ incarné, homme parmi les hommes et image du Verbe».Ce que souhaite 1 ethicien, entre autres, c’est la construction d’une éthique catholique «recentrée, c’est-à-dire opérant un déplacement des pôles de sensibilité morale en direction de la justice sociale, de la moralité structurelle et de Salon du livre de POutaouais stand 345 Debout sur la tete d’un chat Danièle Vallée et Virgini Bédard Finaliste Prix Trillium 2002 - Prix LeDroit 2003 Prix des lecteurs Radio-Canada 2002 Seances de signature LE SAMEDI DE l8 H X 20 H LE DIMANCHE DE 14 H À l6 H tLes Éditions David 1678, rue Sansonnet Ottawa (Ontario) K1C 5Y7 Tel.: (613) 830-3336 Téléc.: (613) 830-2819 ed.d avid (a syntpatico.ca www 3.syntpatico.ca/ed.david "1:Æ.,t.wU.Lit pRESyo'rci TOUMtertïiotxü u-.tllES-; DES TSOUPÉS ÎÈ&LRaU.', Canada.« vmi iv.-i UOMdhw 14% fcNV Al K l *>*' U J»0 f J A • r> *¦ ARCHIVES LE DEVOIR À l’époque ministre des Communications, Louis O’Neil dévoilait en 1978 une plaque pour commémorer la mort de Québécois tués par l’armée en avril 1918 lors d’une manifestion contre la Conscription.l’éthique politique, au lieu d’une sorte de fixation sur certains aspects de l’éthique sexuelle.Celle-ci en revanche est en besoin pressant d’un aggiomamento».Venus de loin, les trains de Louis O’Neill, parce qu’ils n’ont pas épuisé toutes leurs promesses, restent à prendre.L’espoir, malgré tout C’est du même besoin de nourrir l’espoir à la source de la mémoire qu’est nç le Calepin d’espoir d’Émilien Dufresne, rédigé en collaboration avec sa fille Danielle.Jeune bûcheron gaspésien, Dufresne ne sait pas vraiment ce qui l’attend quand il se porte volontaire, en 1941, pour combattre dans l’armée canadienne.Plus ou moins réfléchie, sa décision n’en est pas moins résolue.Aux camps d’entraînement militaire de Ri-mquski, d’Angleterre et d’Écosse succédera finalement l’intense matin du 6 juin 1944.ce jour J du débarquement en Normandie où il rencontrera «la mort, la vraie, celle qui est gluante et froide» et où il expérimentera dans le désarroi «cette consigne du chacun pour soi».Après avoir appelé sa mère au secours au plus fort des sanglants combats, le jeune soldat Dufresne, moins de 24 heures plus tard, sera fait prisonnier de guerre par les Allemands.Ce que raconte aujourd’hui son Calepin d’espoir, ce sont les privations endurées, la faim qui déchire le ventre, la saleté corporelle et les voyages en chars pour animaux qui annihilent la dignité, la longue et épuisante marche hivernale à travers la France et l’Allemagne, mais aussi l’espoir de la libération et du retour à la maison, un vol de navets qui permet de garder le contact avec la saveur du monde et, enfin, la sensation de l’eau fraîche sur le corps décharné qui fait rebondir, écrit-il, la vie dans le cœur.L’horreur, donc, et la grâce, qu’il faut raconter pour dire le prix de la paix et de la liberté.«Toutes les chroniques, les études ou les analyses scientifiques, affirme justement le préfacier Jacques Lemay, peuvent être utiles pour mieux appréhender la réalité que les otages de cette guerre ont endurée, mais rien ne vaut le récit de cette mémoire humaine pour en approfondir son intensité.A nous d’y réfléchir pour en faire un ferment de {’avenir.» A l’heure où la télévision nous renvoie ces images troublantes de soldats irakiens désarmés et agenouillés dans le désert et celles de soldats américains fait prisonniers de guerre et terrifiés sous l’inquisition ennemie, le Calepin d’espoir d’Émilien Dufresne, modeste récit d’un ex-fantassin dépassé par les événements tragiques, prend tout son sens.«Un jour, écrit sa.fille en avant-propos, j’ai ressenti le besoin de remercier mon père d’avoir combattu.De s’être engagé dans cet effort collectif pour freiner l’avancée d’un personnage dangereux avec une idéologie dévastatrice.» Il n’est pas sûr, malheureusement, que les enfants des combattants actuels en terre irakienne pourront en dire autant, de manière aussi assurée.louiscornellier (qparroinfo.net LES TRAINS QUI PASSENT Propos et souvenirs d’un citoyen libre Louis O’Neill Fides Montréal, 2003,246 pages CALEPIN D’ESPOIR Danielle et Émilien Dufresne Septentrion Sillery, 2003,142 pages O’Neill se fait l’apôtre lucide d’une nécessaire modernité québécoise qui n’exclut pas la gratitude envers les ancêtres , Ük ImÉ Des livres 100 PIÈCES DU THÉÂTRE QUÉBÉCOIS ; QTIL FAIT LIRE ET VOIR ImcU-Marie MaftnttM et ( krUtmn Mnrin 445 p.12,95 $ Lucie-Marie Magnan et Christian Morin Une traversée époustouflante du répertoire théâtral québécois.— En rappel — _ I W RlIVOSIIIM ts I QiuRmiiF 1 U.Z 3 —f— Editions Nota beoe pour savoir ivieri Causerie avec '¦ \ Sergio Pitol Invité du festival Metropolis Bleu Auteur de Le Voyage Éditions Les Allusifs Animée par Madeleine Poulin Vendredi 4 avril 19600 RSVP 739-3639 5$ 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges r service@librairieolivlerl.com / t LE DEVOIR.LES SAMEDI 29 ET 1)1 M A N t H E 3 O M A RS 2 0 0 3 F 7 «•Livres» CHANSON Les 33, 45 et 78 tours de la question SYLVAIN CORMIER Ce n’est pas parce que Robert Léger était l’un des gars avec la fille de Beau Dommage.Ce n’est pas parce qu’il a créé Montréal avec Pierre Huet, Le Picbois avec Michel Rivard et Pierre Bertrand, Tous les palmiers et Harmonie du soir à Châteauguay tout seul avec ses lunettes, et qu’il a composé aussi la musique du «musical» Pied-de-poule de Marc Drouin, que ses livres sur la chanson sont si réussis.Si aisément et agréablement lisibles.Si utiles pour l’amateur, l’étudiant et même le chroniqueur qui croit qu’il en connaît un grand bout D n’y a pas lien direct.On peut être Ferré, Brel et n’avoir strictement rien à dire sur la chanson.Ce n’est pas non plus parce qu’il est depuis pas mal d’années prof d’écriture de chansons et d’histoire de la chanson dans les cégeps et universités.Et prof à l’École nationale de la chanson.On peut être bon prof et ne pas savoir transposer en monographie ce qu’on transmet si bien en classe.Et si la participation très active de Robert Léger à mille jurys de concours de chanson peut certes lui avoir affiné le goût et raffermi le jugement, cela n’en fait pas d’office l’orfèvre de la description brève que l’on lit cette fois-ci avec le même vif intérêt que la fois d’avant.Car U n’en est jamais qu’à son deuxième livre.Le premier, Ecrire une chanson (paru en 2001 à la même enseigne), accomplissait l’impossible: décortiquer sans démystifier l’intangible mélange de travail et d’inspiration qu’est la chanson.La Chanson québécoise en question n’est pas moins ambitieux: Léger s’y applique à résumer en 141 pages pas trop tassées l’histoire de la chanson québécoise.Tout en l’analysant.Sans négliger le contexte socio-politique.Et il y parvient.Ce type est tout simple- ment un remarquable vulgarisateur.De fait, il est si bon vulgarisateur qu’il ne vulgarise jamais.E expose, il explique, il commente, voilà tout Avec le même art qu'en chanson: avec les mots qu'il faut, et jamais un de trop.La formule question-réponse de la collection «en question» de Québec-Amérique (où l’éditeur garantit «l’accès simplifié à des connaissances encyclopédiques») aurait pu être contraignante et un brin scolaire: Léger s’en sert tout naturellement pour baliser son propos.Ainsi, les deux pages et demie consacrées à L’Osstid-cho (j’ai été lire là d’abord, comme de raison) répondent-elles parfaitement à la question posée.•Pourquoi L’Osstidcho, présenté pour la première fois à Montréal en mai 1968, est-il considéré comme un des événements les plus marquants de la chanson québécoise?», lance-t-il en toute clarté.Cernant l’époque en deux phrases (une pour énumérer les bouleversements politiques, l’autre pour signaler le voyage initiatique de Charlebois dans la Californie «acid rock, art psychédélique, flower power» de 1966-1968), Léger montre bien comment les chansons de L'Osstid-cho, à commencer par Lindbergh, «réussissent le tour de force d’être branchées sur les courants musicaux mondiaux et d’explorer en même temps les recoins les plus intimes de l'imaginaire québécois» (p.69).Dans les paramètres de la collection, se permettant tout au plus des suppléments d’information sous encadré, Léger est étonnamment exhaustif: je n’ai souvenir d’aucun autre livre où l’on n’avait toisé la chanson québécoise sous autant d’angles.Répercussions du baby-boom, importance des innovations techniques, genèse des boîtes à chansons, place du yéyé, création d’un vedettariat local, «rôle Il JACQUKS GRENIER LE DEVOIR Robert Léger est un remarquable vulgarisateur.du réalisateur» à partir des années 70, «rock progressif» à la québécoise, influence du théâtre musical, rien de majeur n'est négligé et presque rien de mineur non plus, et Céline Dion y a le même métrage que Vigneault.Et l’Abbé Gadbois n’enlève rien à Loco Locass.Ce livre aurait pu n’être qu’un point de départ, une introduction, un cours 101 de la chanson, et on aurait applaudi.C’est beaucoup plus.Bien au- delà de l’outil pédagogique, c’est rien de moins que le tour de la question.Les 33, 45 et 78 tours de la question.LA CHANSON QUÉBÉCOISE EN QUESTION Robert Léger Québec Amérique Montréal, 2003,141 pages ESSAI Une promenade chez Freud LOUIS CORNELLIER Quand la psychanalyse, que vous avez déjà appréciée, commence à vous taper sur les nerfe, quand, faudrait-il plutôt dire, ce qu’on fait trop souvent de la psychanalyse, c’est-à-dire une logorrhée absconse ou une vulgarisation thérapeutique positiviste vous irrite au plus haut point, une seule solution s’impose: revenir à Freud.La réconciliation, alors, est assurée: quelle clarté, en effet dans les travaux du maître de Vienne, quel évident désir d’expliquer, de faire comprendre, de partager, de dissiper le brouillard! Tout le contraire, donc, de plusieurs de ceux qui s’en réclament aujourd’hui.C’est, d’ailleurs, ce beau souci pédagogique propre au père de la psychanalyse qui anime Ginette Pelland, philosophe et spécialiste de la pensée freudienne, dans son instructif et agréable Freud en question.Présenté comme une sorte de promenade chez Freud, cet essai sans prétention rappelle la place centrale qu’occupe cet auteur dans l’histoire de la pensée occidentale et illustre avec brio l’actualité de ses thèses.Petite introduction aux principaux concepts et thèmes de la pensée freudienne (inconscient, sublimation, question de l’origine, complexe d’Œdipe, sentiment de culpabilité, tendance à la régression, nature de la jouissance esthétique, etc.), l’ouvrage de Ginette Pelland se veut surtout — et c’est par là qu’il brille — une défense et illustration de la portée philosophique de l’œuvre de Freud.Plus qu’à une approche strictement psychothérapeutique ou médicale, c’est à une nouvelle vision du monde, complexe et révolutionnaire, que nous avons affaire, explique-t-elle.Alimentée à la maïeutique de Socrate, à la catharsis d’Aristote, aux œuvres de Montaigne, Descartes, Pascal, Kant, Nietzsche et Schopenhauer, la pensée de Freud «ne se confine pas dans une optique spécifiquement thérapeutique» et elle «participe indéniablement de la réflexion philosophique en ce qu'elle apporte un éclairage sur la nature de l’être humain».Partisan d’une «pratique médicale humaniste» soucieuse de la dignité et de l’autonomie du malade, d’une responsabilité parentale pleinement — c’est-à-dire amoureusement — assumée à l’égard d’une enfance très fragile dans sa quête d’affection et d’esr time de soi, amant enthousiaste du grand art si révélateur de la condition humaine, le Freud bellement expliqué par Ginette Pelland s’impose comme la voix géniale d’une lucidité responsable qui dérange en mettant au jour que «le mal de l’âme concerne le ?fonctionnement existentiel d’un individu, non pas son cerveau».Enrichi d’une réfutation des préjugés entretenus au sujet du psychanalyste (était-il drogué, homophobe et antiféministe?) et, au passage, d’un éreintement de Carl Gustav Jung (dont la pratique «tenait davantage de la magie religieuse que de la psychothérapie») , le plaidoyer de Ginette Pelland convainc.Nul besoin de tout apprécier de l’oeuvre freudienne (son discours sur la religion infantilisante, par exemple, m’apparaît très limité) pour reconnaître son immense grandeur.FREUD EN QUESTION Ginette Pelland Québec Amérique Montréal 2003,144 pages Des livres pour savoir Écrire en langue étrangère Interférences de langues et de cultures dans le monde francophone 567 p.29,95 $ - Sous la direction - de Robert Dion, Hans-Jürgen LOsebrink et Jânos Riesz Entre le sentiment douloureux de n’avoir aucune langue, de se situer dans un inconfortable entre-deux, d'être étranger dans sa langue même, et la conscience heureuse d’appartenir à tous les idiomes, de parler et d’écrire le créole universel d’une Babel réconciliée, il semble bien que toutes les positions et postures soient aujourd'hui possibles.—f— Salon du livre de POutaouais stand 345 Michel A.Thérien Eaux Finaliste : Prix Trillium 2002 Séances de signature I F SAMI DI DK H H À IS II ET DE 19 H 30 À 21 H A Les Éditions ï David 1678,rue Sansonnet Ottawa (Ontario) K 1(1 5Y7 Tel.: (613) 830-3336 l'cléc.: (613) 830-2819 Éditions Nota bene ctl.tlavitl
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