Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (5)

Références

Le devoir, 2007-04-25, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
LE DEVOIR.LE MERCREDI 25 AVRIL 2007 LE DEVOIR l-iitreprisfls 1 RESPONSABIL TE SOCIALE T Les nouveaux empereurs Les règles économiques, et non les orientations politiques, régissent la planète.L’avenir de l’humanité est-il décrété par les décisions qui sont prises dans les conseils d’administration ?NORMAND THÉRIAULT Même Arnold, en Californie, la star de films de série B devenue gouverneur de l’Etat le plus riche du monde, l’a dit à ces grandes compagnies qui ont longtemps symbolisé la grandeur et la richesse de la mythique Amérique: «Ce que nous faisons, en imposant des normes strictes à GM et à Ford, est fait pour leur indiquer la seule voie qui garantit leur survie.» Boutade ou justification d’une stratégie imposée par l’électorat à ce propriétaire de première génération de Hummer, cela est à voir.Mais toujours est-il que le message est clair une conscience écologique devient de plus en plus la norme dans la gestion des entreprises.Plus près de nous, un geste de même nature a démontré que les méthodes traditionnelles ne tenaient plus.Quand le Fonds de solidarité FTQ a dû admettre que l’entreprise Gillan avait non seulement des pratiques jugées inappropriées, mais aussi se montrait nettement antisyndicale, alors la décision fut prise: on retirait ses fonds, quitte à laisser à d’autres la responsabilité d’investir dans cette entreprise où la recherche de profits était la principale motivation.Et serions-nous américains qu’on serait en droit de se demander si la guerre en Irak n’a pas eu lieu parce que des conseils d’administration ont décrété quelque part que les revenus pétroliers seraient mieux assurés s’il était possible d’intervenir directement dans le contrôle de la production, tout en ajoutant que, pour les profits, les guerres sont toujours des actions financièrement rentables.Et Halliburton, cette compagnie autrefois administrée par un faucon devenu vice-président, déménage aujourd’hui son siège social en Arabie Saoudite, loin des zones de réveil des consciences, et loin surtout des zones d’enquête potentielle pour évaluer des agissements passés.Respectabilité oblige Dans le monde capitaliste, on le sait, les entreprises font la loi.Elles seraient dites responsables, capables de s’autoréguler et seules garantes du bien collectif.Mais même leurs plus ardents défenseurs ont dû admettre ce que l’histoire récente a démontré, soit que la recherche de profit a permis plus d’un abus.Combien l’échec il y a 25 ans des «Savings & Loans», ces banques qui courtisaient des promoteurs audacieux, parfois véreux, a-t-il en fait coûté au Trésor américain?Plus récemment, les malversations comptables des Enron et consorts ont démontré que les outils de contrôle que sont les rapports financiers et les états vérifiés pouvaient être aménagés de façon à tromper et le public et l’actionnaire non initié.Et une mauvaise image n’est pas rentable.Ainsi, les grandes entreprises, comprenant qu’il en va de leur survie, pressent-elles maintenant les divers gouvernements d’adopter des positions responsables, que ce soit au regard de l’environnement ou d’un développement planifié ainsi qu’en te- Les dirigeants des grandes entreprises sont devenus les meneurs du jeu planétaire nant compte des changements climatiques et en protégeant les ressources.Comme l’a déjà dit Henri-Paul Rousseau, de la Caisse de dépôt et placement, «si nous voulons faire en sorte qu'un investissement soit encore rentable dans 30, voire 50 ans, il faut s’assurer que des travailleurs soient toujours en santé, que les ressources soient toujours disponibles et que le climat politique permette encore l’activité économique».Actions planétaires Dans le climat politique actuel, les dirigeants des grandes entreprises sont devenus les meneurs du jeu planétaire.L’argent, qui est leur outil premier, assure la réélection des gouvernements.La publicité, la voie par laquelle ils s’expriment, établit que l’économie est le premier critère d’évaluation de la santé de toute société.Et surtout, l'enrichissement de quelques-uns, assuré par le besoin de consommation de tous, accorderait en retour un mieux-être, défini par l’abondance des biens accessibles.Dans un monde où l’avenir est incertain, où la solidarité a été remplacée par la réussite individuelle, quand les projets de retraite déterminent le présent qui pense à son avenir considère normal que les investissements maintenant faits soient demain manifestement rentables.Donc, on veut que les compagnies soient perfor-mantes’et les faux de rentabilité, à fa hausse.Et de magasiner alors pour trouver les fonds les plus rentables.Au Québec, si 1a loi de l’impôt ne garantissait pas un fort retour pour les sommes investies dans les fonds des travailleurs, combien de centaines de milliers d’investis- seurs s’y retrouveraient toujours inscrits s’il y avait modification des règles?Et ce, indépendamment du fait que ces investissements garantissent ici des emplois et des activités tant en région que dans 1a métropole et fa capitale.Transformation des pratiques Considérant les abus récents, plus d’un a compris les dangers que peut générer le capitalisme sauvage.Des actionnaires, représentant le plus souvent des personnes morales car rares sont les «Robin des banques» ou les financiers à la conscience sociale démontrée, se lèvent dans les assemblées pour demander que cesse 1a collusion entre les conseils d'administration et les gestionnaires, pour que les états financiers soient explicites à propos des événements qui sont sources de richesse, et pour exiger que l’entreprise où ils investissent ait le souci du bien collectif, et non de fa seule recherche d’un profit immédiat Dans le climat actuel, par ces moyens seulement serait assuré l’avenir de fa libre entreprise.On voit donc les Wal-Mart tenter de donner une meilleure image de leur action, les McDo se plaindre que l’on utilise des ex- gressions comme «Mcjobs», et des pétro-ères tenter d’établir que Jeur activité est source de profits pour les Etats (ce à quoi, sur,ce dernier point l'Alberta acquiesce).A aller trop loin, les grandes entreprises ont ainsi entraîné un éveil des consciences.Car les actions citoyennes ont fait 1a preuve, leur propos s’appuyant sur des recherches explicites, que les ressources, humaines et naturelles, ne sont pas éternellement renouvelables ou remplaçables.Même, un jour, les nouvelles économies, la chinoise en tête, comprendront que 1a limite d’une expansion démesurée est vite atteinte.Le Devoir CASCADES Le recyclage en héritage Page 2 MICHEL NADEAU «Notre vie est façonnée par les conseils d’administration» Page S LOTO- QUÉBEC Gérer ie jeu dans Tordre et la mesure Page 2 L’AVOIR DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Au service du bien collectif Page 3 FORMATION Les universités repensent leur approche du monde de la gestion Paged FONDS DES TRAVAILLEURS Un parti pris pour la CSN et la FTQ Pageo LE DEVOIR, LE MERCREDI 25 AVRIL 2007 B 2 RESPONSABILITÉ SOCIALE Entreprises québécoises Le recyclage en héritage Cascades veut se maintenir « à l’avant-garde de tout le monde » Le père a inculqué à la famille Lemaire un sens des valeurs tiré notamment des vertus du recyclage.Les fils sont devenus des hommes d’affaires soucieux du respect de l’environnement et du développement durable.Bienvenue chez Cascades.REGINALD HARVEY Cascades mise pour beaucoup sur les ressources humaines et attribue une grande part des succès de l’entreprise à ses employés œuvrant dans un cadre de gestion participative.La compagnie prend à cœur les intérêts des collectivités au sein desquelles elle évolue.Une belle histoire de plus de 40 ans de responsabilité sociale.Alain Lemaire occupe aujourd’hui le poste de président et chef de la direction de Cascades.La compagnie a vu le jour en 1964, mais dès le milieu des années 1950, lui et les membres de sa famille avaient été sensibilisés aux bons côtés du recyclage par leur père.Il fut leur source d’inspiration et leur modèle: «Côté responsabilisation, je dirais que nos parents ont beaucoup influencé notre philosophie d’entreprise d’aujourd’hui.Mon père était un inventif et un récupérateur né dans l’âme.» 11 se remémore cette époque marquée par la pauvreté: «Il réutilisait toujours les choses.Étant donné que nous étions très pauvres, tout était récupéré et la maison a été construite avec des vieux matériaux, comme du vieux bois et des vieux radiateurs à l’eau.Très habile de ses mains, il avait bâti lui-même cette habitation de pierre.» Il dépeint ce père: «Sa vision de recycleur vient du fait qu’il a été contraint au chômage; à l'époque, il n’y avait pas d’assurance-emploi ou d’assurance sociale.Comme il était un créditiste qui prônait ce genre de mesures, la responsabilité sociale faisait partie de ses valeurs.Les gens pensaient qu’il était quelque peu anarchique à cause de ses idées, mais il était plutôt un socialiste.Dans l’obligation de faire vivre sa famille, il s’est mis à trier les vidanges et à récupérer le linge, les métaux et le papier.» Virage vers l’entreprise et mode de gestion Le passage du mode de survie à la récupération des déchets de la ville de Drummond-ville s’est alors effectué; d’ailleurs, cette activité se poursuit.M.Lemaire relate la suite des choses: «On est devenu des commerçants de papier en même temps qu’on s’occupait d’un centre de récupération.Après quoi, autour de 1963, on a ouvert l’usine de Kingsey Falls.Cette opération a fait boule de neige et, avec la collaboration des employés, on a pu “opérer” d’autres usines de pâte moulée ou de papiers se situant en marge de [ce que fabriquaient] les grandes pa-petières de l’époque.» Cascades se lance dans les ac- quisitions et gère d’une autre façon: «On a procédé à la récupération d’usines fermées par d’autres papetières et on a très peu construit de nouvelles installations.La plupart du temps, on a acheté des usines qui étaient en perdition, qui étaient fermées ou dont d’autres voulaient se débarrasser.» Il s’arrête sur la méthode qu’ils ont privilégiée: «Ce sont toujours les employés qui font la différence dans la performance d’une entreprise.Alors, on a favorisé une approche un peu philosophique du respect de ceux-ci et du partage des profits.Pour nous, un employé n’était pas un numéro, et les relations avec le personnel devaient se dérouler de façon sensiblement différente: les pouvoirs n’appartiennent pas seulement au siège social, mais doivent être partagés avec les gens “du plancher" dans le respect de l’autonomie de chacune des usines.Tout cela faisait en sorte que nous avions une gestion très différente des papetières classiques dotées de sièges sociaux centralisés.» Bien servie par son personnel.Cascades a trouvé le moyen de rentabiliser des unités considérées comme irrémédiablement déficitaires.L’entreprise a toujours suivi cette voie et elle continue dans la même direction: «On a connu du succès de cette manière-là et pour nous, c’était très important de rendre les employés le plus heureux possible.On s’est toujours plu là-dedans et ça nous convenait très bien.On a toujours été bien JEAN-GRATTON PHOTOGRAPHE Alain Lemaire, président et chef de la direction de Cascades servi de cette façon, donc pourquoi penser faire autrement alors que la compagnie est aujourd’hui diversifiée dans plusieurs secteurs d’activité à cause des occasions d’acquisition, principalement dans le domaine des pâtes et papiers, bien sûr, mais aussi dans celui de l’emballage, des tissus ou des produits spécialisés?» Une vision élargie Le président croit que le développement durable se situe au-delà de l’environnement: «Ça fait aussi partie de notre implication sociale dans le milieu.Cette implication-là, à la fois sociale et com- munautaire, qu’on a de la difficulté à retrouver aujourd’hui dans les nouvelles générations, on continue de la promouvoir.Le développement durable, ça fait partie d’une répartition de la richesse qu’on essaie de réaliser par le partage des profits, mais aussi d’une conscientisation écologique; dans ce cas, ça fait partie intégrante de nos gènes, de notre ADN en tant que gestionnaires à cause de l’influence de nos parents.» Pour cette raison, il n’a pas été trop contraignant pour Cascades de se plier aux nouvelles normes en matière d’environnement: «Oui, on avait des usines qui n’étaient pas à la hauteur, en raison du fait qu’elles avaient été acquises d’autres producteurs de papier.On a donc été obligé de faire des grands pas pour les mettre à jour, mais ce n’était pas de façon négative que nous avons vu la situation.Maintenant, quand on compare nos résultats sur le plan des émissions atmosphériques ou de l’eau contaminée à la rivière, on est à l’avant-garde de tout le monde; ça coûte des sous de le faire, mais pour nous, c’est une volonté de la direction d’aller dans ce sens-là parce que nous sommes dans le secteur des produits recyclés et qu’il en va de l’impact sur l’image de l’entreprise.» Cette approche est devenue une marque de commerce, soutient Alain Lemaire: «Depuis un an ou deux, on en retire davantage de bénéfices.Il en résulte qu’on se démarque et que nos résultats financiers sont un peu meilleurs à la suite de toutes ces actions-là qui nous donnent un petit avantage sur la concurrence; il faut en bénéficier.Au départ, c’était naturel, mais on s’en sert présentement comme élément de marketing et de promotion de produits nouveaux, comme c’est le cas avec le Bioxo.» 11 regarde vers l’avenir: «On va continuer de mettre l’emphase sur des papiers tissus recyclés, dont les gens ne voulaient pas auparavant parce qu’ils les croyaient de moins bonne qualité et moins soyeux.Les techniques ont évolué et on peut maintenant offrir des produits très comparables à partir d’une matière première avantageuse, ce dont les gens sont plus conscients.On a ainsi l’occasion de remplir les tablettes des magasins ou d’effectuer des ventes à une entreprise comme Québécor, en raison du fait qu’on peut offrir un produit haut de gamme qui possède un avantage écologique.C’est bon pour donner une meilleure image de Cascades et des entrepreneurs qui font affaire chez nous.» Il se réjouit que les gens de Greenpeace et autres mouvements en faveur de l’environnement saluent les efforts d’une pa-petière comme Cascades: «Nous allons poursuivre dans ce sens-là.L’année dernière seulement, on a réduit nos émissions de gaz à effet de serre de 10 % dans l’entreprise.Nous avons consenti de bons efforts et il nous en reste à faire, non pas parce que nous y sommes contraints, mais parce que nous y croyons fondamentalement.» Collaborateur du Devoir Loto-Québec « Gérer le jeu dans l’ordre et la mesure » V Soutenir des causes sociales et les événements qui ont des retombées économiques majeures Le concept de la responsabilité sociale d’une entreprise n’est pas qu’un vague principe chez Loto-Québec.Il s’agit plutôt de mesures bien concrètes dont bénéficient, directement ou indirectement, de nombreux Québécois.À preuve, la contribution sociale de Loto-Québec, l’an dernier, s’élevait à plus de 125 000 000 $.PIERRE VALLÉE T l faut dire que le concept de responsabilité sociale ^ 1 était déjà présent lors de la création de Loto-Québec, explique Pierre Bibeau, premier vice-président «corporatif» aux communications et aux affaires publiques, puisque notre mandat est de gérer le jeu dans l’ordre et la mesure.» Au fil des ans, ce mandat de responsabilité sociale s’est élargi et Loto-Québec a épousé d’autres causes, ce qui explique l'implication actuelle de Loto-Québec.«Certaines de ces causes ont été épousées à l’initiative des administrateurs; d’autres sont des demandes auxquelles nous avons choisi de répondre.» En matière de responsabilité sociale, l’on s'attend généralement à ce que les entreprises privées se comportent en bons citoyens, mais cela n’est pas suffisant pour Loto-Québec, de l’aveu même de Pierre Bibeau.«En tant que société d’État, il ne faut pas seulement suivre la parade, mais il faut être en avant de la parade.Ensuite, nous avons l’obligation d’entretenir un dialogue transparent et ouvert en tout temps avec la collectivité.» Par ailleurs, Loto-Québec procédait en 2005 à l’évaluation de ses activités dans ce secteur en dressant un bilan de sa responsabilité sociale.«Cela nous a permis de nous donner une vue d’ensemble et de mieux encadrer nos activités.Cet exercice a aussi don- né naissance à notre politique de développement durable, que nous avons mise en place avant même que la loi à ce sujet soit adoptée.» Cette politique repose sur 11 principes et englobe les questions sociales, économiques et écologiques.Pour la société Peu de gens savent que l’une des principales causes que soutient Loto-Québec est ceÛe des aînés québécois.En effet, seulement l’an dernier, Loto-Québec a versé 30 millions de dollars au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) afin de soutenir financièrement les services d’aide aux personnes âgées en perte d’autonomie.Dans un ordre d’idées semblable, Loto-Québec a aussi contribué 13,3 millions de dollars ay Fonds d’aide à l’action communautaire autonome et 2,7 millions au Fonds d’aide à l’action humanitaire internationale.De plus, ce sont environ 2000 organismes sans but lucratif (OSBL) qui se sont partagé les 21,5 millions de dollars que leur a consacrés Loto-Québec l’an dernier.Il y a d'abord les bingos, qui sont maintenant sous la responsabilité de Loto-Québec et dont les profits sont partagés avec les organismes responsables.Ensuite, depuis 1977, ce sont les OSBL qui détiennent l’exclusivité de la vente de loterie par abonnement Lotomatique.Plus de 1400 organismes sont présentement accrédités, tout comme on compte 80 OSBL qui exploitent 121 kiosques de vente de billets de loterie.Sans compter que Loto-Québec a investi 5,5 millions de dollars dans les foires agricoles.«Comme les casinos forains n’existent plus, c’est une façon pour nous de compenser pour les pertes.» Pour la culture Il ne faudrait pas non plus passer sous silence les efforts de Loto-Québec dans le domaine de la culture.En 2006, Loto-Québec a injecté sous forme de commandites 16,6 millions de dollars dans plus de 100 événements et festivals au Québec.Cela va du Festival international de jazz de Montréal au Festival country de Matane en passant par le Festival de la galette de sarrasin de Louiseville.«Nous avons évidemment développé un lien avec le milieu culturel montréalais, mais nous mettons surtout l’accent sur le soutien financier d’événements régionaux.» Loto-Québec s’est aussi donné une politique des commandites.«Nous ne commanditons que des événements dont l’accès est gratuit.Et nous refusons de commanditer les activités qui visent spécifiquement les enfants, tout comme nous refusons de commanditer un événement à caractère politique ou religieux.» Certains événements, comme le Festival de jazz ou le festival Juste pour rire, échappent à cette consigne, puisqu’ils ne s’adressent pas uniquement aux enfants, bien qu’on y trouve un volet familial, tout comme le font certains événements à caractère commercial, comme la course automobile et le tournoi de tennis.«Ce sont des événements majeurs qui ont des retombées économiques importantes pour Montréal et le Québec.Nous nous devons de les soutenir.» Le jeu pathologique Souvent mise au banc des accusés par ses détracteurs en ce qui a trait au jeu pathologique, Loto-Québec a consacré l’an dernier 35 millions de dollars à la lutte contre ce fléau.De cette som- me, 22 millions ont été remis au MSSS pour soutenir la recherche et la prévention du jeu excessif.«C’est la responsabilité du ministère de faire la prévention; le rôle de iMo-Québec est de soutenir ces efforts.» Mais pour ne pas être en reste, Loto-Québec a mis en place son propre programme, la Fondation Mise sur toi, dont l’objectif est de sensibiliser et d’informer la population ainsi que de faire la promotion du jeu responsable.Depuis sa création, Loto-Québec y a consacré près de 30 millions de dollars.La situation du jeu excessif au Québec est-elle si problématique que cela?Sans nier son importance, les derniers chiffres disponibles indiquent que c’est un phénomène marginal et qui n’est pas présentement en progression au Québec.En effet, on estime que seulement 0,8 % de la population adulte se situe dans la catégorie des joueurs pathologiques probables.De plus, on estime que le nombre de joueurs pathologiques au Québec se situe entre 35 000 et 55 000 joueurs.«Une des causes du jeu pathologique est le vidéopoker, précise Pierre Bibeau.C’est la raison pour laquelle nous avons mis en place un programme de formation à l'intention des tenanciers de bar de façon à leur donner les outils nécessaires pour identifier les personnes à risque parmi leur clientèle.» C’est qu’il est parfois difficile de tracer une ligne nette entre le jeu responsable et le jeu excessif.«Pour certaines personnes, dépenser 5000 $, ça ne pose aucun problème, tandis que pour d’autres, 25 $, c’est déjà beaucoup trop.On ne dispose pas d’une mesure objective, comme c’est le cas avec la consommation d’alcool, où l’on sait que les facultés sont affaiblies légalement lorsqu’on atteint point zéro huit pour cent.» Collaborateur du Devoir Loto-Québec a consacré l’an dernier 35 millions de dollars à la lutte au jeu pathologique 8,7 MILLIONS Avec beaucoup d’espace de rangement! Ed FONDS de solidarité FTQ LE DEVOIR.LE MERCREDI 25 AVRIL 2007 B 3 RESPONSABILITÉ SOCIALE Regroupement pour la responsabilité sociale et l’équité L’avoir des communautés religieuses est au service du bien collectif « Voter en faveur des propositions sociales et écologiques » Au-delà de la seule performance financière, les entreprises ont également la responsabilité de se préoccuper de la portée sociale et écologique de leurs investissements.Tel est le postulat du Regroupement pour la responsabilité sociale et l’équité (RRSE) dont Pierre Viau est directeur général.ESTELLE Z E H LE R Pour inciter les entreprises à s’engager sur la voie de la responsabilité, les membres du RRSE, principalement des communautés religieuses, instaurent un dialogue avec le monde des affaires et abattent quand cela est nécessaire leur carte d’actionnaire.La puissance des grandes entreprises La puissance des grandes compagnies est indéniable; elles semblent maîtresses de l’économie mondiale.Cependant, observent-elles une certaine déontologie, se préoccupent-elles des impacts de leurs choix?C’est précisément sur ces points que veille le RRSE, un regroupement initié dans les années 1990.«L'inspiration du RRSE, indique Pierre Viau, est clairement religieuse.Elle s’inscrit dans le sillage du Taskforce on Churches and Corporate Responsibility (TCCR) établi à Toronto.» Certaines communautés religieuses francophones sensibles au thème de la responsabilité sociale des entreprises ont d’abord formé le TCCR-Québec avant de devenir, le 12 avril 1999, le RRSE.«La séparation a été adoptée du fait du nombre conséquent de grandes entreprises installées à Montréal.» Près d’une trentaine de communautés religieuses et une quinzaine d’individus en sont aujourd’hui membres.Cependant, pour assurer sa mission, décupler la portée de ses actions et atteindre ses objectifs, l’organisme agit en réseauta-ge.«Nous agissons en partenariat avec d’autres organisations dont Bâtirente, Kairos, Ethical Funds, Groupe investissements responsables et bien d’autres.» La mission du RRSE consiste à soutenir ses membres dans la gestion responsable de leurs ressources, soit leurs investissements financiers, selon des critères de justice sociale.Cette responsabilité concerne tant les domaines des droits humains que l’environnement, l’équité et la gouvernance.Des actions ont ainsi été menées dans les secteurs bancaire, énergétique et forestier.Informer et dialoguer Pour assurer sa mission, le RRSE agit sur plusieurs tableaux.Le premier, intra muros en quelque sorte, consiste à informer et former ses membres au chapitre de la responsabilité sociale.Ils seront ainsi outillés pour déceler les hiatus qui pourraient entacher le fonctionnement des entreprises dans lesquelles Us ont effectué des placements.«Nos membres ont une vision commune de la responsabilité sociale des entreprises parce que, au fond, une entreprise comme telle est un concept abstrait.Elle n’a pas de conscience sociale, ce sont ses actionnaires ou ses membres qui en possèdent une.» Le second tableau, intermédiaire, consiste en un travail de recherche pour collecter et analyser des données factuelles sur l’entre prise.Dans cette tâche délicate, le RRSE conjugue ses forces à celles de son réseau.Puis viennent les actions externes, menées directement en entreprise.Elles s’exercent de diverses manières.En effet, elles s’initient généralement par l’instauration d’un dialogue au gré de correspondances, de discussions téléphoniques et aussi, selon le cas, de rencontres avec le personnel cadre.«Des changements peuvent s’opérer dès ce niveau.» Le directeur général du RRSE donne pour exemple une compagnie papetière qui a accepté d’adhérer aux normes du Forest Ste-wadship CouncU (FSC).Orientées vers le développement durable, ces normes prônent de meilleures pratiques en matière d’exploitation de la forêt, de fabrication et de consommation de pâtes et de pa- piers.Il s’agit de respecter l’écosystème et la biodiversité des forêts, de se soucier du bienètre social et économique des travailleurs du secteur et des collectivités locales, et de respecter les droits des Premières Nations sur les ressources de leurs territoires.Sachant que, selon l’OCDE, la consommation mondiale de papier devrait par rapport à 1995, augmenter de près de 77 % did 2020, U est particulièrement vital que l’activité forestière se dote d’une ligne de conduite déontologique.Le poids des actionnaires Si la démarche de sensibilisation s'avérait infructueuse, une campagne d’actionnaires serait alors enclenchée, soit une stratégie dans laquelle l’actionnaire use de son droit de proposition et de vote pour orienter l’entreprise vers une plus grande responsabilité.«Les communautés religieuses, indique le Groupe investissement responsable, ont été les pionnières de ce militantisme d’actionnaire.Récemment, plusieurs fonds mutuels, gestionnaires de portefeuilles et caisses de retraite ont commencé à voter en faveur des propositions sociales et écologiques, et même à proposer de telles résolutions.» Pour le RRSE, la prémisse exige naturellement que l’un de ses membres, généralement une communauté religieuse, détienne des ac- tions dans ladite compagnie.Il pourra, de la sorte, émettre une proposition lors de l’assemblée générale des actionnaires.«Même s’il n’y a que 12à 15%de votes en faveur de la proposition, indique Pierre Viau, l’entreprise cherchera à en tenir compte d’une façon ou d’une autre.» Les différents organismes du réseau s’appuient dans cet exercice.Des actions concrètes et des résultats réels Ainsi par exemple, l’union du RRSE, personnifié dans le présent dossier par les sœurs de Sainte-Anne du Québec, et du comité syndical national de retraite Bâtirente a permis un résultat positif dans le cas de la firme Barrick Gold.Cette dernière a ainsi adopté l’Initiative sur la transparence des industries extractives (rilE), une coalition internationale, multipartite et indépendante.La production et les réserves de Barrick Gold, à hauteur respective de 20 % et 59 %, se concentrent en Afrique et en Amérique latine, dans des pays en développement et souvent à faible gouvernance où la corruption fait rage.Dans un tel contexte, l’opacité des flux monétaires ne fait qu’accentuer les problématiques et amputer la légitimité sociale des projets menés.Le cadre de référence de 1TTIE vise à contrecarrer ces écarts grâce à une meilleure transparence des sommes en jeu dans l’exploitation des ressources minières, gazières et pétrolières.Une autre campagne d’actionnaires a mené au dépôt d’une pro- position chez Alcan par les missionnaires oblats de Marie-Immaculée.Elle a été appuyée par Bâtirente et Ethical Funds.L’action visait les parts notables d’Alcan (45 %) dans un important projet d’extraction de bauxite et de production d’alumine, UTKAL, dans le Kashipur en Inde.La mise en œuvre de ce projet confisquera de nombreuses terres et une grande quantité d’eau, des ressources vitales pour les habitants de la région.Or, le consentement des populations locales a été mis en doute à la suite d’un rapport de l’ONG indienne People’s Union For Civil Liberties.La proposition d’actionnaire est parvenue à ce qu’Alcan confie une étude sur les impacts humains et écologiques du projet à une firme indépendante.Le RRSE seconde également les organismes du réseau.Ainsi, le Fonds Esther-Blondin a appuyé une proportion présentée par Bâtirente auprès de la Banque Toronto-Dominion.Elle visait une meilleure gouvernance — à traduire ici par plus de transparence — quant au processus d’évaluation de rendement utilisé pour déterminer la rémunération des hauts dirigeants.Ainsi, aux considérations classiques de performance financière liées à l’économie, le RRSE et ses partenaires adjoignent des responsabilités favorisant des investissements plus éthiques et suscitant l’adoption de pratiques entrepreneuriales plus respectueuses des droits humains et de l’environnement Collaboratrice du Devoir Des résultats concrets ont été obtenus notamment chez Alcan et Barrick Gold Institut sur la gouvernance des organisations privées et publiques Au service de la bonne gouvernance «Au Québec, comme partout en Amérique du Nord, notre vie est façonnée par les conseils d’administration » Améliorer le savoir-faire des conseils d’administration, voilà l’objectif que poursuit l’Institut sur la gouvernance des organisations privées et publiques.Michel Nadeau, directeur général de l’organisme, fait le point.CLAIRE HARVEY Lancé en septembre 2005, l’institut que dirige Michel Nadeau est un centre de recherche, de formation et de diffusion en matière de gouvernance des entreprises.L’organisme sans but lucratif contribue à développer des modèles de fonctionnement à l’intention non seulement des entreprises cotées en Bourse, mais également des sociétés d’État, des organismes publics et coopératifs.Fruit d’une initiative conjointe de deux établissements universitaires — HEC Montréal et université Concordia (Ecole de gestion John Mol-son) _ fi confie ses mandats de recherche à des chercheurs intéressés par le sujet.Ses bureaux sont à Montréal.En complémentarité à d’autres centres de formation, l’Institut contribue aux activités de perfectionnement des administrateurs.Et les besoins sont de taille.Au Québec, quelque 55 000 personnes siègent aux conseils d’administration d’organismes privés çt publics (PME, commissions scolaires, sociétés d’E-tat, organismes sans but lucratif, etc.).Au Canada, on compte plus de 225 000 postes d’administrateur.Pour tenir compte de leurs besoins de formation, l’Institut offre des cours et des ateliers basés sur des cas concrets.Ces activités se déroulent en français et en anglais.De lourdes responsabilités.Copinage, conflits d’intérêt fraudes, etc., la mauvaise gouvernance a fait couler beaucoup d’encre au cours des derniers mois.Michel Nadeau explique qu’il est urgent de remédier à la situation.«Au Québec, comme partout en Amérique du Nord, notre vie est façonnée par les conseils d’administration.On confie à quelques personnes le soin de prendre des décisions qui orientent les institutions que l’on crée.» Selon lui, ces individus, qui siègent à temps partiel, ont de lourdes responsabilités.«Ils font face à de gros défis.D'autant qu’ils ne disposent pas toujours de l’information nécessaire pour les relever.Il y a un déséquilibre entre les dirigeants qui connaissent très bien leurs dossiers et les administrateurs qui ne sont pas des experts dans leur domaine.Le conseil d’administration doit parvenir à prendre les bonnes décisions, même si les cadres de l’organisation en connaissent plus long qu’eux.» Comment assurer un meilleur équilibre entre les administrateurs et les dirigeants d’entreprise?«Entre autres par la formation, répond Michel Nadeau.Les administrateurs doivent bien comprendre le mandat de l’organisation.Ils doivent également connaître leur rôle, consistant à superviser, orienter, embaucher ou congédier les membres de la haute direction et assurer la performance financière de l’organisation.Or, souvent, ce n’est pas clair pour les administrateurs, notamment dans le domaine de la santé et celui de l’éducation.» .et divers problèmes Le résultat?«Dans certains cas, les administrateurs veulent se mêler des opérations, explique le directeur général.Ils ne font pas confiance aux dirigeants, qui n’ont ainsi pas la marge de manœuvre pour livrer les résultats attendus.Dans d’autres cas - notamment ceux à l’origine des grands scandales financiers -, les dirigeants dominent le conseil.En bout de ligne, ce sont eux qui choisissent les membres du conseil d’administration et imposent leurs décisions.» A cela s’ajoute une autre difficulté, selon Michel Nadeau.«Au Canada, bon nombre de grandes entreprises sont contrôlées par un seul individu et sa famille.Il faut non seulement s’occuper des actionnaires et des cadres supérieurs, mais aussi s’assurer que l'actionnaire dominant n’opprime pas les actionnaires minoritaires.» C’est d’ailleurs pour tenir compte de toutes ces variables que l’Institut offre des formations sur mesure reflétant la réalité québécoise et canadienne.Dans d’autres cas encore, les administrateurs n’ont pas l’indépendance voulue pour bien jouer leur rôle.«Le bassin des administrateurs potentiels est petit, poursuit-iL La tentation peut être forte de nommer des gens qui ont de l'expérience et que Ton connaît.» Voilà pourquoi l’Institut se réjouit de l’adoption en décembre dernier du projet loi 53 visant l’atteinte en cinq ans d’une parité de représentation entre les femmes et les hommes, dans les conseils d’administration des sociétés d’Etat Un chef de file En plus d’offrir des activités de formation, l’Institut accorde une place de choix à l’analyse de la gouvernance des institutions québécoises.En ce moment deux groupes de réflexion évaluent respectivement les pratiques de gouvernance des établissements de santé et de services sociaux, ainsi que celles des universités.«Des représentants du personnel — médecins, radiologistes, etc.— siègent aux conseils d’administration des centres hospitaliers, note Jacques Nadeau.Ilya donc possibilité de conflits d’intérêt.C’est la même chose dans les universités.Il faut voir si c’est la meilleure formule.» Did l’automne prochain, les groupes devraient publier leurs recommandations visant à améliorer la gouvernance de ces deux types d’organisations.Afin de diffuser son expertise auprès du grand public et des organisations du milieu de la gouvernance, l’Institut organise également des colloques et des séminaires.S’il vise surtout les entreprises du Québec et du Canada, il cherche aussi à exporter, à moyen terme, son savoir-faire en offrant des séminaires à l’intention des clientèles asiatiques et européennes voulant connaître les grands principes de gouvernance des entreprises nord-américaines.Il assure déjà la’ présence de Montréal à l’étranger en étant affilié à des organismes internationaux, tels le Global Corporate Governance Forum (qui favorise le développement de la gouvernance dans les pays en émergence) et le International Corporate Governance Network (qui permet des échanges sur l’évolution de la gouvernance dans différents pays).Son but?Devenir un chef de file nord-américain en recherche et en formation sur les aspects pratiques de la gouvernance.Collaboratrice du Devoir Il y a un déséquilibre entre les dirigeants qui connaissent très bien leurs dossiers et les administrateurs qui ne sont pas des experts dans leur domaine Le Fonds est fier investir 8,7 millions de dollars dans Nexsan Corporation, de Montréal.Parce qu’au Fonds, c’est à ça qu’on se prête.» TECHNOLOGIES Nexsan Corporation se spécialise dans la conception et la fabrication de solutions informatiques pour l’entreposage sécuritaire de données.L’investissement du Fonds donne encore plus d’espace à cette entreprise pour commercialiser ses logiciels d’adressage, de chiffrement et de gestion du cycle de vie de fichiers numériques.Le Fonds de solidarité FTQ, un tremplin pour la croissance des entreprises du Québec.Ed FONDS de solidarité FTQ www.fondsftq.com LE DEVOIR.LE MERCREDI 25 AVRIL 2007 B 4 A RESPONSABILITE SOCIALE « Le pront n est pas tout dans la vie » Les universités québécoises repensent leur approche du monde de la gestion Formation universitaire Mondialisation, «sweat shop», respect des droits de l’homme et de l’environnement, développement durable: ces mots font maintenant partie intégrante de la réalité du monde du travail.La société évolue, les programmes de formation aussi.Même dans le monde assez conservateur des écoles de gestion, de plus en plus de notions de responsabilité sociale des entreprises semblent être intégrées à la matière.JACQUES GRENIER LE DEVOIR En septembre dernier, HEC Montréal lançait le diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en gestion et développement durable.MARTINE LETARTE Première école de gestion fondée au Canada, en 1907, HEC Montréal, pourtant de réputation assez conservatrice, semble tranquillement s’ouvrir aux questions de responsabilité sociale des entreprises.En septembre dernier, l’établissement a lancé le diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en gestion et développement durable.«Pour la première cohorte d'étudiants, nous nous attendions à avoir environ 20 ou 25 candidats, mais nous en avons eu 58.C’est un très bon départ», commente le responsable pédagogique du DESS, le professeur Emmanuel Raufflet.Ce programme de deuxième cycle est évidemment bien différent d’un traditionnel programme de maîtrise en environnement par exemple.«Les programmes que nous développons sont toujours cohérents avec la mission des HEC.Par exemple, ce DESS contient une forte approche en gestion, mais avec le prisme du développement durable», explique M.Raufflet De plus, des discussions sont en cours pour intégrer des cours du genre au baccalauréat et au MBA, «La demande vient du milieu du travail.Les entreprises souhaitent de plus en plus embaucher des gens qui sont sensibilisés à ces questions.Cela s'en vient essentiel.Et notre corps professoral a un intérêt marqué dans le domaine», affirme M.Raufflet Des changements à venir àFUQAM Pourtant réputée pour être une université progressiste qui tend vers la gauche, l’UQAM n’a pas encore de programmes ou de cours qui portent sur la responsabilité sociale des entreprises.Cela ne devrait pourtant pas tarder.Une maîtrise et un DESS en responsabilité sociale des organisatipns sont en développement à l’École des sciences de la gestion (ESC) de l’UQAM, en collaboration avec la faculté de communication.«Puisque les entreprises doivent faire des choses en matière de responsabilité sociale, [elles doivent] aussi le laisser savoir à la société», explique le vice-doyen aux études à l’ESG, Claude Felteau.Ces programmes ne seront toutefois pas accessibles aux étudiants avant au moins un an pour le DESS et deux ans pour la maîtrise.Les choses bougent également du côté des études de premier cycle.«Nous travaillons à ce que tous les étudiants inscrits à un de nos programmes menant à l'obtention d’un baccalauréat en administration des affaires suivent obligatoirement un coprs parmi un choix de trois, soit Ethique des affaires, Responsabilité sociale des entreprises ou Développement durable.Nous sommes au milieu du processus d’adoption», précise M.Felteau.Toutefois, si la formation n’est pas encore offerte dans le domaine à l’UQAM, la recherche elle, est bien établie.En 2002, la chaire de responsabilité sociale et de développement durable a été créée.«Nous accueillons des étudiants-chercheurs de programmes comme administration et sciences de l’environnement.Toutefois, avec l’arrivée d’une maîtrise spécialisée dans le domaine, les étudiants seraient certainement beaucoup plus nombreux à venir faire de la recherche avec nous», croit la titulaire de la chaire, Corinne Gendron.McGill à l’avant-garde Jouissant d’une grande réputation internationale, l’université McGill peut également être fière d’avoir été à l’avant-garde pour ce qui est d’intégrer des notions de responsabilité sociale des entreprises dans son programme de baccalauréat en administration des affaires.«Depuis 1998, le cours Contexte social des affaires est obligatoire dans le baccalauréat.Ce cours se veut une critique du système économique et des entreprises, partant de la perspective de la société civile.On propose également des options alternatives, comme la coopérative, le commerce équitable, la régionalisation du commerce, etc.», indique le professeur et coordonnateur du cours, Louis Chauvin.Plusieurs cours sont également disponibles en option, comme Éthique des affaires, Stratégies de développement durable.Affaires et société.De plus, depuis deux ans, les étudiants au baccalauréat en administration des affaires peuvent choisir la concentration Contexte social des affaires.De nouveaux programmes à Laval L’université Laval a également pris le virage en lançant en septembre dernier un MBA spécialisé en responsabilité sociale et environnementale [écologique] des organisations.Élaboration et mise en place d’une politique écologique, intégration des préoccupations écologiques dans la gestion quotidienne de l’entreprise, développement d’une approche préventive: voilà quelques exemples de questions abordées dans le cadre du programme de formation selon son responsable, Olivier Boirai.«Avec ce programme, nous ne voulons pas former des spécialistes des enjeux écologiques et de la responsabilité sociale, mais bien des gestionnaires qui ont une bonne ouverture sur ces réalités.Les entreprises ont de plus en plus besoin de gens ayant ces compétences», croit M.Boirai.Un microprogramme de deuxième cycle en responsabilité sociale et écologique des organisations est aussi offert, depuis 2005.Réorientation à Concorctia Pour sa part, Concordia souhaite que la responsabilité sociale des entreprises soit une notion présente de manière transversale dans tous ses MBA, peu importe la spécialisation choisie.Cela peut se traduire par exemple dans le choix d’entreprises socialement responsables lors d’études de cas, explique la directrice du MBA en aviation, Isabelle Dostaler.De plus, le cours obligatoire Gestion d’actions stratégiques est en train d’être redéfini pour que la question de la responsabilité sociale des entreprises y occupe une plus grande place.«Les questions sociales et écologiques préoccupent de plus en plus la société en général, alors nous n’avons pas d’autre choix, en tant qu’école de gestion, que d’élargir nos horizons.Nous ne vivons pas en vase clos.Le profit n’est pas tout dans la vie, et comme nous formons les décideurs de demain, nous devons intégrer de plus en plus de questions sociales et écologiques dans notre formation.Sinon, la planète pétera», soutient M.Dostaler.Collaboratrice du Devoir Gestion des entreprises Il serait payant d’être responsable ! «Déterminer s’il n’y a pas moyen de faire mieux avec moins » Dans un monde de plus en plus concurrentiel et soumis à la mondialisation, les entreprises doivent-elles se soucier essentiellement de leur rentabilité ou se préoccuper également de leurs responsabilités envers la société où elles prospèrent?CLAUDE LAFLEUR Les questions que se pose Corinne Gendron, pro-fesseure au département d’organisation et de ressources humaines de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, sont nombreuses.Titulaire de la chaire de responsabilité sociale et de développement durable, en tant que chercheure, elle s’intéresse justement à la responsabilité sociale et éthique des entreprises, mais aussi à la régulation et à la gouvernance dans un contexte de mondialisation, à la gestion écologique, au commerce équitable, au développement durable, à la sociologie de l’entreprise et aux nouveaux mouvements sociaux économiques.«Lorsqu'on parle de responsabilité sociale des entreprises, dit-elle, on parle en fait de plusieurs choses.Tout d’abord, il peut être question de pratiques innovatrices que mettent de l’avant certaines entreprises afin de renouveler leurs relations avec les collectivités, ou au regard de la protection de l’environnement, ou encore avec leurs employés.Ce peut aussi être un discours qui préconise que les entreprises doivent se prendre en main afin, justement, d’être responsables socialement.En troisième lieu, il peut s’agir d’un questionnement relatif aux attentes de la société par rapport à ce que les entreprises proposent comme contribution à celle-ci.» Bien sûr, la plupart de nos entreprises œuvrent dans un contexte de mondialisation, de liision et d’ac- quisition qui les force souvent à privilégier des stratégies de rentabilité.Or, rapporte Mme Gendron, si certaines d’entre elles n’ont pas d’autre choix que d’adopter de telles stratégies, d’autres visent tout bonnement à faire monter le cours de leurs actions.«On assiste alors à un transfert de richesses vers les actionnaires, remarque-t-elle, ce qui pose problème puisqu’il n’y a pas, au bout du compte, partage avec les travailleurs et avec la société.» Dialogue entre les entreprises et les groupes d’opposition Or, selon la chercheure, pour prospérer, nos entreprises auraient intérêt, dans bien des cas, à se doter de stratégies visant à mettre de l’avant leurs responsabilités à l’égard de leurs travailleurs, de l’environnement et de la société en général.«Ce peut être réellement rentable», dit-elle.Corinne Gendron cite ainsi le cas de firmes qui mettent sur pied un comité aviseur regroupant des acteurs sociaux, dont des groupes écologistes, qui peuvent parfois être opposés à certaines de leurs activités ou à leur développement.«Il y a par exemple des entreprises comme Gaz Métro qui ont formé un comité consultatif avec des groupes plutôt éloignés — à l’opposé même — de leurs activités, relate-t-elle.Elles amorcent ainsi un dialogue avec la société civile.» Or, constate-t-elle, les entreprises qui entretiennent un tel dialogue obtiennent souvent d’excellents résultats.«Entre autres, les groupes antagonistes peuvent permettre à l'entreprise de comprendre certaines insatisfactions ressenties par la population.» Par exemple, un groupe écologiste peut cristalliser des insatisfactions qui sont plutôt diffuses dans la société.De plus, les groupes sociaux ou écologistes peuvent émettre des idées que n’aurait jamais eues l’entreprise et qui cadrent bien avec une démarche de modernisation.«Ce peut être une grande chance pour une entreprise que de disposer ainsi d'un comité consultatif.», souligne-t-elle.S’installe en outre un processus de co-apprentissage, c’est-à-dire que non seulement l’entreprise apprend des acteurs sociaux, mais ces derniers comprennent désormais mieux les défis auxquels l’entreprise est assujettie.Bien sûr, relate la chercheure, ce ne sont pas tous les acteurs de la société civile qui acceptent de participer à des comités consultatifs d’entreprise, certains étant beaucoup trop «dogmatiques» pour envisager une telle collaboration.Mais même dans ce cas, l’entreprise qui réalise de bonne foi une démarche consultative court la chance d’en retirer un gain inattendu.«Même dans le cas où des groupes [dogmatiques] ne siègent pas à un comité, ces derniers risquent par la suite de choisir d’autres cibles, plus criantes, que les entreprises qui appliquent une démarche de consultation.» Les bénéfices d’une conscience écologique Une autre avenue qui peut être rentable pour toute entreprise est la mise en œuvre d’une gestion écologique efficace.«On entend par cela la manière dont l’entreprise gère son impact sur l’environnement, explique Mme Gendron, notamment sa consommation d'énergie, sa production de déchets, l’utilisation des matières premières, etc.» «Ainsi, s’intéresser à l’impact écologique de ses activités, c’est l’occasion de revoir ses processus et de déterminer s’il n'y a pas moyen de faire mieux avec moins, relate la titulaire de la chaire de responsabilité sociale et de développement durable.Bien entendu, si on utilise moins de matières premières, non seulement c’est bon pour l’environnement, mais ce l'est également pour le portefeuille! Même chose concernant l’efficacité énergétique.Ainsi, de telles modernisations peuvent résulter en des gains directs.De surcroît, le respect de l’environnement peut vous valoir un accès plus facile à votre marché, surtout lorsque celui-ci a de telles exigences.» Une autre approche de responsabilité sociale que les entreprises appliquent de plus en plus consiste à faire état de leurs activités de développement durable et de responsabilité sociale dans leur rapport annuel, au côté de leurs performances financières.«R y a de plus en plus d’entreprises qui, dans leur rapport annuel traditionnel, affichent leurs performances en matière d’environnement, d’emplois, de relations avec la collectivité, etc., relate la chercheure, ce qui est une excellente chose pour elles.» Par contre, prévient-elle, il importe que l’entreprise applique de bonne foi ses démarches de responsabilité sociale car, autrement sa situation risque d’empirer.«Si l’entreprise ne s’améliore pas vraiment ou si, dans le cas d’un comité consultatif, les acteurs sociaux ont l’impression de n’être que des faire-valoir, alors là, attention, car ça va être encore pire!, lance Corinne Gendron.L’entreprise va finir par se faire dénoncer et peut alors se retrouver confrontée à une situation plus regrettable que si elle n’avait rien prétendu!» Collaborateur du Devoir L’entreprise qui réalise de bonne foi une démarche consultative court la chance d’en retirer un gain inattendu Un fonds de capital patient qui reconnaît les enjeux de la productivité et du développement durable Fondation a été créé à partir d'une intuition essentielle en faveur de la finance socialement responsable FONDACT70N f C (U POUR M COOPÉRATION VOW ET L'EMPLOI mÊtÊÊÈÊm •••« www.REERvert.com • ww< t.com 4 LE DEVOIR, LE MERCREDI 25 AVRIL 2007 B 5 RESPONSABILITE SOCIALE Fonds des travailleurs La CSN et la FTQ ont un parti pris éthique «Le développement économique doit se faire dans une perspective plus patiente » Fondaction, le fonds de développement de la CSN pour la coopération et l’emploi, et le Fonds de solidarité FTQ se targuent de conduire leurs opérations financières de manière responsable et éthique, et ce, depuis toujours.Vérification faite.Placements éthiques THIERRY HAROUN On le sait, le Fonds de solidarité FTQ, qui n’a pas besoin de présentation, est un vecteur économique de taille sur l’échiquier québécois avec ses 575 000 actionnaires pour un actif net de sept milliards de dollars.Ce qu’on sait peut-être moins, c’est que derrière ces chiffres astronomiques, il y a des principes et des pratiques d’affaires qu’il est toujours de bon de rappeler.«Le Fonds de solidarité FTQ est par sa nature un fonds que l’on pourrait qualifier d'éthique, lance son président-directeur général, Yvon Bolduc.Il est axé certes sur des efforts de rendement, mais conjugués à une mission sociale importante de création d’emplois, en favorisant l’épargne chez les travailleurs notamment, le tout appuyé par une politique d'investissement qui soit responsable.» Responsable?«En fait, on ne peut pas aider les entreprises les yeux fermés.Il s’agit de s’assurer au départ que l’investissement engagé ne se retrouve pas en bout de ligne dans des mains corrompues.On veut faire affaire avec des entreprises qui respectent les droits de la personne, qui n’encouragent pas la main-d’œuvre infantile, qui respectent la liberté syndicale, qui n’ont pas de politique de discrimination à l’embauche et ainsi de suite», assure M.Bolduc.« Le Fonds de solidarité FTQ est par sa nature un fonds que l’on pourrait qualifier d’éthique», selon son p.-d.g.Bilan social Pour ce faire, la FTQ a établi une grille d’analyse et d’autres critères et conditions qui dressent un bilan social d'une entreprise intéressée par du capital.«Nous avons aussi une règle édictant que nos investissements ne doivent pas servir à la fabrication d’armes.Tout cela, admet-il, limite d'une certaine manière nos investissements, mais ça nous assure que nos actions soient responsables et correspondent à nos valeurs.» Dans sa démarche d’engagement social et éthique, le Fonds de solidarité FTQ a récemment investi 12 millions de dollars dans la nouvelle Fiducie du chantier de l’économie sociale et 20 millions de dollars, depuis 2003, dans le Fonds d’investissements en développement durable.Le FIDO, une société en commandite, est un fonds de capital de risque né d’un partenariat entre le Fonds d’action québécois pour le développement durable, Fondaction CSN et le Fonds de solidarité FTQ.Toujours du côté de l’environnement, le Fonds investit, par l’intermédiaire de son secteur Innovation industrielle et environnement, dans des entreprises dites vertes, à savoir, dit-il, dans la firme Enerkem (qui produit des gaz de synthèse), dans Air Data (qui se spécialise dans la fabrication de systèmes et de produits aéronautiques visant notamment à améliorer la qualité de l’air dans les avions) et dans Na-nox (spécialisée dans le développement de matériaux technologiques destinés aux systèmes antipollution des automobiles), entre autres investissements.«En clair, on se distingue, poursuit M.Bolduc, par le fait qu’on s’assure d’un juste équilibre entre les volets financier, social et écologique.» Financièrement responsable Le discours est le même du ARCHIVES LE DEVOIR Le président-directeur général du Fonds de solidarité de la FTQ, Yvon Bolduc côté de la CSN, même si la terminologie diffère légèrement, alors que le président-directeur général de Fondaction, Léopold Beaulieu, parle d’une «finance socialement responsable», une politique qui a pour gouvernail «la triple reddition de comptes», soit dans les domaines social, économique et, on l’aura deviné, écologique.Institué en 1996, Fondaction a un actif net de 442 millions de dollars qui provient de l’épargne-retraite recueillie auprès de ses 64 000 actionnaires.«Dès le début de Fondaction, on trouve dans sa mission ce souci du développement durable à la faveur du développement des PME québécoises, et particulièrement aux entreprises d'économie sociale ou encore à celles qui favorisent une gestion participative.Et avec le temps, nous avons construit une institution qui s’est préparée à produire un premier rapport de développement durable.» En effet, ce premier rapport, rendu public en septembre dernier, s’appuyait sur les lignes directrices de la Global Reporting Initiative (GRI).La GRI a été lancée en 1997 à l’initiatiye de CERES, une ONG des Etats-Unis, et du Programme des Nations unies pour l’environnement.Toute entreprise qui adopte les principes de la GRI accepte du même coup de rendre compte publiquement de ses activités.Fondaction s’engage d’ailleurs à produire un rapport de développement durable tous les deux ans.1 L’investissement socialement responsable est devenn une stratégie gagnante State Street Global Advisors souscrit à la requête de Kofi Annan L’investissement socialement responsable, c’est-à-dire l’approche SRI («social responsible investing») incluant la prise en compte des facteurs ESG («environmental, social and governance»), devient une façon de plus en plus courante de faire fructifier ses avoirs.C’est du moins ce que rapporte William (Bill) Page, vice-président de la State Street Global Advisors (SSgA) et directeur de l’équipe d’analystes spécialisée en investissement durable.// ANNIK MH DE CARUEEL LE DEVOIR Léopold Beaulieu, président-directeur général de Fondaction Pour un environnement sain Aussi, Fondaction a récemment ajouté son nom à la liste des signataires du Carbon Disclosure Project et a adhéré au Pacte mondial, une initiative lancée par les Nations unies en l’an 2000 et qui rassemble plus de 3000 sociétés à travers le monde autour de dix principes universels relatifs aux droits de la personne, aux normes du travail, à l’environnement et à la lutte contre la corruption.Léopold Beaulieu tient également à rappeler que son organisme a mis sur pied Filaction, qu’il est un partenaire de la Société de développement Angus et qu’il a consacré la somme de huit millions à la Fiducie du chantier de l’économie sociale.Et dans le secteur de l’environnement, dit-il, Fondaction vient en appui à plusieurs entreprises, à savoir Envi-rogain (traitement et valorisation du lisier de porc), HQ Innovation (traitement des eaux usées), Odo-tech et TO RR Canada (une entreprise spécialisée dans les technologies visant la récupération des hydrocarbures), notamment.Est-ce que ce type d’engagement est payant d’un point de vue strictement économique?«Le développement économique doit se faire dans une perspective plus patiente, à moyen et à long terme», souligne M.Beaulieu, en précisant que «Fondaction n’est pas un fonds spécialisé en environnement.Nous cherchons plutôt à accompagner les entreprises pour qu'elles progressent par rapport à l’ensemble de ces questions».Collaborateur du Devoir CLAUDE LAFLEUR Je dirige une petite équipe très dynamique — la ESG Team — au sein de la SSgA, déclare William Page de State Street Global Advisors.Nous observons une demande sans cesse plus importante pour des placements qui prennent en compte les enjeux écologiques, sociaux et de gouvernance.Mon travail consiste à faire la promotion des investissements ESG auprès des grands investisseurs à travers la planète.» Gérer 3000 milliards d’actifs Le groupe State Street, pour qui travaille Bill Page, est le chef de file mondial en gestion d’actifs institutionnels et en conservation de titres.L’entreprise américaine, qui administre plus de 3000 milliards de dollars d’actifs, offre des services de gestion, d’administration, de conservation et de comptabilité aux grandes institutions telles que des fonds de placement et de pension, etc.Pour ce faire, la SSgA dispose de plus de 19 500 professionnels, répartis dans 20 pays, qui interviennent sur plus de 100 marchés financiers, dont ceux de Montréal et Toronto.«Nous sommes avant tout un gestionnaire de fonds institutionnels, précise M.Page.Nous concevons des stratégies de placement, nous administrons des fonds de pension — privés et publics — en plus de superviser certains fonds mutuels.» Principes pour un investissement responsable «Ces dernières années —je dirais depuis les deux ou trois dernières années —, nous constatons que l’approche SRI devient de plus en plus “mainstream’’, de plus en plus courante», rapporte Bill Page.De fait, l’investissement socialement responsable a pris de l’importance par suite d’une requête de l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, qui a ordonné la création des Principes d’investissement responsable.«Ces principes ont été établis par un groupe d’investisseurs professionnels représentant plus de 20 régimes institutionnels gérant des actifs dépassant les 2000 milliards de dollars», relate Bill Page.Il s’agit de six principes qui comportent chacun de quatre à huit suggestions d’actions à prendre pour tenir compte des enjeux écologiques, sociaux et de bonne gouvernance.Ces principes de base visent à établir des stratégies incorporant ces enjeux éthiques à l’intention des administrateurs de fonds.Officiellement énoncés en avril 2006 par Kofi Annan, ces principes sont désormais appliqués par une cinquantaine d'investisseurs institutionnels qui administrent des avoirs dépassant les 4000 milliards de dollars.De surcroît, une trentaine d’autres administrateurs, supervisant 3000 milliards de dollars d’actifs, se sont engagés à les appliquer.«La raison pour laquelle l'investis- CHIP EAST REUTERS L’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan sement socialement responsable devient de plus en plus courant est, d’après ce que j’observe, qu’ü y a davantage de sensibilisation auprès des investisseurs [par rapport à ces enjeux], explique M.Page.De plus en plus souvent aussi, les détenteurs d’actions exigent des comptes de la part des dirigeants d’entreprise et présentent davantage de résolutions en assemblée concernant l’environnement et la responsabilité sociale.» BiD Page constate par ailleurs l’émergence de ce qu’il appelle les «regroupements d’investisseurs militants» qui se préoccupent entre autres, des enjeux liés aux changements climatiques.«Par conséquent, conclut-il, on observe un nombre croissant d’entreprises qui tentent de répondre aux pressions qu’elles subissent de la part d’investisseurs soucieux des questions écologiques et sociales.Ainsi, de plus en plus d’entreprises comme General Electric, et même Wal-Mart, tentent réellement d’appliquer des pratiques d’affaires “durables”.» Préoccupations Pour sa part, l’équipe ESG de State Street a développé différentes stratégies d’investissement durable.«Entre autres, nous nous sommes associés à me société torontoise, Inno-vest Strategie Value Advisors, qui évalue les performances écologiques des entreprises, précise Bill Page.Nous assemblons ainsi des portefeuilles d’entreprises qui ont à cœur les enjeux écologiques et sociaux, à l’intention de nos clients qui croient fermement que de telles préoccupations leur seront bénéfiques à plus ou moins court terme.» Fait encourageant M.Page rapporte que les enjeux reliés aux changements climatiques sont de plus en plus pris en considération par les investisseurs, particulièrement ces derniers mois.«Il n’y a qu’à voir l’importance qu'occupent ces questions dans les médias, dit-il.Depuis le début de 2007, on assiste à une véritable explosion!» D ajoute cependant que si un grand nombre de personnes prennent conscience de l’importance de protéger la planète, ils n’en sont pas encore à songer aux impacts qu’auront les changements climatiques sur leurs investissements.«Mais ça viendra.et bientôt d’ailleurs!», prédit-il.Plus intéressant encore, pense-t-il, est le fait que les investissements socialement responsables devraient rapporter davantage, à long terme, que les autres types d’investissements.«Imaginez, par exemple, qu’un peu partout en Amérique du Nord, nos instances politiques adoptent des lois limitant les émissions de gaz à effet de serre, pose Bill Page.Dès lors, les grands producteurs d’énergie à base de charbon [notamment] seront grandement désavantagés par rapport aux producteurs d’énergie propre [comme l’hydroélectricité].Le jour où cela se produira, je ne voudrais pas être détenteur de titres de ce genre d’entreprises!» «Je pense donc qu’il va de soi que, avec le temps, nous observerons que les investissements ESG — les investissements socialement responsables — rapporteront davantage que les autres types d’investissements», conclut-iL Collaborateur du Devoir UNE CONTRIBUTION RESPONSABLE AU PROFIT DE LA COLLECTIVITÉ V-T'A'Ï ! TV.i m * ¦ ¦ f-
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.