Le devoir, 5 mai 2007, Cahier F
LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 MAI 2007 ENTREVUE Heloneida Studart, des combats et des lettres Page F 3 PRIX DES COLLÉGIENS Les critiques des élèves Page F 4 S CAROLINE MON T PETIT Dans la première traduction du roman Beautiful Losers, de Leonard Cohen, les personnages sortaient sur la Main, au Montreal Pool Room, pour y manger des marrons plutôt que des hot-dogs.C’était une traduction si boiteuse que le poète et dramaturge Michel Carneau avait refusé de la lire à la radio, préférant livrer une traduction à vue de l’œuvre.Qu'à cela ne tienne, Garneau est aujourd’hui le traducteur de Cohen.Après avoir livré en français Etrange musique étrangère aux Editions de l’Hexagone, il traduit aujourd’hui Livre du constant désir, un recueil de poèmes publié l’an dernier par Cohen sous le titre Book of Longing.Livre du constant désir, c’est un voyage dans l’intimité de Cohen, auprès de son corps vieillissant, dans sa recherche spirituelle, dans l’expression du désir inassouvi, mais aussi dans une désillusion complète devant l’avenir.La première fois que Michel Garneau a vu Leonard Cohen, c’était au café Pam Pam, rue Stanley, dans les années 50.Les deux hommes se sont ensuite connus par le biais du sculpteur montréalais Morten Rosengarten, devenu ami commun.Plus tard, c’est par l’entremise de Garneau que Cohen s’est installé rue Saint-Dominique, à Montréal.Le traducteur se souvient d’ailleurs qu’au terme d’une nuit bien arrosée, au cours de laquelle ils avaient échangé des textes et discuté de politique, Cohen lui avait dit: «Je t’aime beaucoup, mais tu as tout faux \you have it all wrong].» «Il trouvait que ma position était angélique, se rappelle Garneau./e croyais que la société était perfectible et qu'on arriverait peut-être à avoir un Québec indépendant et socialiste où la Justice régnerait.Il croyait que je me fourrais le doigt dans l'œil jusqu’au trou du cul.Il est allé se coucher, et j’étais un peu morose.Puis, quelques minutes plus tard, il est revenu, et il m’a donné une petite médaille hindoue.Il m’a dit: “C’est une petite déesse hindoue qui va te protéger.”» Depuis, Leonard Cohen a passé cinq années de sa vie en réclusion dans un monastère bouddhiste zen, en compagnie du maître Ro-shi, qui a eu cent ans cette année, au sommet du mont Baldy, en Californie.Plusieurs poèmes de Livre du constant désir ont été écrits durant cette période.Mais il ne faut pas s’y méprendre, Cohen navigue toujours loin de l’angélisme.Certains des textes de ce dernier recueil sont particulièrement noirs par rapport à l’avenir.Mais le poète y apporte toujours cette touche d’autodérision, d’humour et de sensualité qui ont fait sa marque à travers les années.Par exemple, alors qu’il est dans la tradition juive de ne pas épeler complètement le nom de Dieu et d’écrire G-d (D-u en français), Cohen s’amuse à faire de même avec le mot sexe, écrivant s-x ( s-e en français), et mettant Térotisme et la religion sur un même plan.Dans Vers une époque, il écrit: «Nous allons vers une époque d’ahurissement, un moment curieux où les gens trouvent de la lumière au milieu du désespoir et du vertige au sommet de leurs espoirs.Comme elle est sévère la lune ce soir, comme le visage d’une Vierge de Fer, au lieu du visage habituel de n’importe quel idiot.Si vous pensez que Freud est déshonoré maintenant, et Einstein, et Hemingway, attendez de voir ce qui sera fait à tous ces cheveux blancs, par ceux qui viendront après moi.» Selon Michel Garneau, Cohen ISABELLE CAUCHY Michel Garneau «Plus tard, il est revenu, et il m’a donné une petite médaille hindoue.II m’a dit: “C’est une petite déesse hindoue qui va te protéger.”» o m il SàMÉ exprime essentiellement là une position qu’il a prise dès sa jeunesse, alors qu’il publiait son deuxième recueil de poésie, Flowers for Hitler.Leonard Cohen provient d’une famille juive traditionnelle de Montréal; son grand-père était rabbin, et ses grands-parents avaient quitté l’Europe de l’Est pour fuir les pogroms qui persécutaient les juifs bien avant le nazisme.Flowers for Hitler «essaie de dire ce qu'est un jeune homme qui se réveille avec un héritage extrêmement douloureux et qui se demande quoi faire, comme vivre ou survivre, comment trouver le monde beau, avec un sentiment pour ces gens qui sont passés dans la fournaise», explique Garneau.C’est sans doute ce qui explique aussi certaines phrases de Livre du constant désir, comme «vous n’allez pas aimer ce qui vient après l’Amérique».«Il estime qu'il n’y a pas de raison d’être confiant», dit Garneau.Le recueil est dédié à Irving Layton, poète montréalais dont Leonard Cohen a déjà dit: «Je lui ai montré comment s'habiller, il m’a montré comment devenir éternel.» D faut dire que Montréal est partout dans ce recueil abondam- ment illustré par Cohen lui-même, à travers Layton entre autres, à qui Cohen consacre un poème, mais aussi parce que Montréal a été le lieu d’écriture de plusieurs de ces textes.«Leonard, c’est un poète montréalais.C’est un artiste qui a été particulièrement marqué par Montréal», dit Garneau.Même si Cohen a beaucoup vécu aux Etats-Unis, et qu’il n’a jamais montré d’affection particulière envers le Canada, il évoque Pierre Elliott Trudeau dans Livre du constant désir.«Il était bon et puissant, écrit Cohen dans Lecture pour un premier ministre.H m’a demandé de lui lire un poème.» Montréal est pour Cohen une source d’inspiration, où il a besoin de revenir se ressourcer.«Même lorsqu’il n'avait pas d’appartement ici, il revenait de temps en temps, et il allait à l’hôtel.C’était souvent des hôtels assez miteux.Je crois qu’il le faisait exprès», se souvient Garneau en riant L’un des poèmes nouvellement traduits, Titres, est accompagné d’un dessin de la maison montréalaise de Cohen, rue Saint- VOIR PAGE F 2: COHEN OLIVIER HANIGAN Cohen ou la constante quête de beauté LA BONBONNIÈRE Hans-Jürgen Greif et Guy Boivin Roman en portraits 306 pages ; 25 $ « Semblables à tant d'autres dont le souvenir n'a pas survécu, ou si peu, malgré leurs efforts pour laisser un nom sur cette terre qui leur faisait rarement de cadeaux, ils font partie de l'histoire du Québec, celle avec un petit h.» Un roman fabuleux.Christian Desmeules Le Devoir Ib r 1 LE DEVOIR.LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 MAI 2ÜÜ7 LIVRES Amours, supplices et point d’orgue en ligne L’Europe numérise ses livres, ses émissions de télé et de radio et même le plus gros herbier du monde.STÉPHANE BAILLARGEON C* est fou ce qu’on trouve en ligne.Peines, tortures et supplices, par exemple, un livre publié sans nom d’auteur en 1868 par l’éditeur P Lebigre-Duquesne de Paris.Lointaine cousine de l’enquête Au bagne d’Albert Londres (1923), celle-là donne le détail des punitions infligées aux prisonniers en France au XIX' siècle.«Au bagne de Brest, les cachots des condamnés à mort font horreur par leur terrible et sinistre disposition, dit le texte, étrangement bourré de coquilles.Le malheureux est cloué sur le lit de camp avec des chaînes assez courtes pour qu'il ait été nécessaire de pratiquer aux planche mes de ce lit de douleur un trou servant à l’accomplissement des besoins les plus habituels.» Misère.Voilà le genre de découverte possible sur le site europeana.eu, la contribution française à la Bibliothèque numérique européenne, lancée il y a quelques jours seulement La banque de données présente pour commencer 7000 ouvrages en français, mais aussi en portugais et en magyare.Mieux, la banque se veut «intelligente», en ce sens qu’on peut y faire des recherches pointues dans les textes et les reproduire à volonté.La France a proposé ce projet en mars 2005 et y a entraîné cinq autre pays: l’Allemagne, l’Espagne, la Hongrie, l’Italie et la Pologne.Une vingtaine de bibliothèques publiques européennes y sont mainte nant associées, dont la suisse.Le premier fonds en constitution rassemble les textes fondateurs de la culture européenne.On retrouve déjà La Politique d’Aristote traduite par J.Barthélemy-Saint-Hilaire (1874), Sociologie et philosophie d’Emile Durkheim (1924), De l’amour, de Stendhal, mais également des vieux dictionnaires en plusieurs langues, des ouvrages scientifiques ou çles manuels scolaires.A moyen terme, d’ici la fin de la décennie, ce grand morceau d’Eu- FREDERIC DE LA MURE M.A.E.La Bibliothèque nationale, à Paris rope espère contenir deux millions de livres, des films, des manuscrits et des photographies.Seulement, le financement et la question des droits d’auteur freinent encore le travail, qui vise évidemment à concurrencer les grands projets de numérisations des compagnies privées américaines, celui de Google Books et celui de l’Open Content Alliance (Yahoo! et Microsoft réunis).By Jove La télé et la radio ne sont pas délaissées avec le projet de la BBC, annoncé à peu près en même temps qu’ouvrait la banque europeana.eu.La prestigieuse société britannique compte diffuser toutes ses archives par l’entremise du triple W.Au total, un bon million d’heures d’émissions devraient se retrouver sur la grande Toile d’ici quelques années.Les plans incluent également divers matériaux connexes, des scénarios, des lettres ou des horaires de programmation.Quelques milliers d’heures ser- vent à tester la diffusion auprès d’environ 20 000 internautes cobayes.Le lot contient une entrevue accordée par Martin Luther King quelques minutes avant son assassinat et un entretien avec John Lennon et Yoko Ono au sujet de la séparation des Beatles.Il y a aussi un dossier d’une heure marquant le 50' anniversaire de l’obtention du droit de vote par les femmes, y compris des entrevues avec des suffragettes.La BBC songe à cette mise en numérisation massive depuis des années.De récentes avancées technologiques permettent de la réaliser à moindre coût Les techniques ont particulièrement évolué pour les bandes vidéo.L’accès à la grande banque de données devrait être gratuit pour les internautes britanniques et payant pour les autres.La BBC cherche à diversifier ses sources de revenus.Le Muséum national d’histoire naturelle de Paris offre un autre bel exemple de numérisation d’une collection européenne en point d’orgue.L’institution pari- sienne vient de lancer un projet de numérisation d’une partie de son herbier, considéré pomme le plus riche du monde.A elle seule, la collection du Jardin des plantes compte 400 000 «types», ces planches étalons servant de référence aux scientifiques du monde entier pour définir une espèce.L’herbier national contiendrait même entre la moitié et les deux tiers des quelque 270 000 espèces de plantes à fleurs répertoriées.Au total, l’institution renferme 10 millions d’échantillons.Le Muséum va amorcer un programme de restructuration en 2008.La capacité de stockage sera augmentée et réorganisée autour d’un classement par familles de plantes plutôt que sur une base géographique, comme le veut la tradition muMcentenaire.La numérisation complète cette modernisation.A ce jour, 800 000 documents de l’herbier peuvent être consulté en ligne, dont 52 000 planches et échantillons photogra-pliiés en haute résolution.Le rythme se poursuit au rythme d’une centaine d’ajouts par jour.En fait, le musée propose déjà une multitude de bases de données couvrant toutes les sciences naturelles.Il est possible pour des savants de n’importe où de consulter des collections de crustacés, d’invertébrés fossiles, de malacologie, de plantes vasculaires, de poissons ou de rongeurs sahélo-soudaniens.Les simples amateurs peuvent aussi se délecter pendant des heures de fascinantes découvertes sur le site de l’institution (mnhn.fr), vieille de quatre siècles.On peut par exemple y consulter la fiche et la photo du rhinocéros de Louis XV, le dernier rhino naturalisé au monde, une belle bête noire capturée à Chandernagor, débarquée à Lorient, arrivée à la ménagerie de Versailles en 1770.La pauvre mourut en 1793 des suites d’un coup de sabre reçu à la Révolution.C’est fou ce qu’on trouve en ligne.Le Devoir L instant même félicite chaleureusement GILLES PELLERIN Reçu membre de L’Académie des lettres du Québec Linsîant même NOUVELLES • ROMANS • ESSAIS b MDL marchedulivre.qc.ca librairie agréée Littérature • Art • Référence • Nouveauté PLUS Di 10 ooo BANDES DESSINÉES angle de Maisonneuve Est et Sî-Hubert sur le campus à deux pas de la Grande Bibliothèque éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature «Voix psychanalytiques» François Peraldi L’Autre.Le temps Séminaire 1982-1985 f 'Ttotlrfc*.Le temp*.‘ ms- ; OLIVIER HANIGAN Leonard Cohen COHEN SUITE DE LA PAGE F 1 Dominique.«De la fenêtre du troisième étage / devant le parc du Portugal, j’ai regardé la neige / tomber toute la journée/ il n’y a personne ici /R n’y a jamais personne / Miséricordieusement / la conversation intérieure / est annulée / par le bruit blanc de l’hiver», écrit-il dans ce texte terminé l’hiver dernier.On retrouve aussi dans le recueil plusieurs textes dédiés à Henry Mos-covitch, poète montréalais encore aujourd’hui interné pour schizophrénie, à qui Cohen est resté fidèle à travers les aimées.«[.] notre plus grand poète à ce jour méconnu, dont la bannière a toujours flotté au-dessus de la mort», écrit Cohen dans Stances pour H.M.En fait, Cohen était tout récemment à Montréal, en compagnie de sa conjointe Anjani Thomas, qui chante des textes de lui et avec qui il prévoit produire un prochain album.Anjani chantait la sé-maine dernière dans la toute petit salle du Cabaret Juste pour rire.Et c’est avec délice que les spectateurs ont eu droit à deux duos unissant Cohen et Thomas, manifestement portés par beaucoup d’humour et de plaisir, malgré la lourdeur du temps qui passe.Le Devoir LIVRE DU CONSTANT DÉSIR Leonard Cohen Traduit de l’anglais , par Michel Garneau Editions de l'Hexagone Montréal, 2007,250 pages Nouvelle maison d’édition: romans de gare Une nouvelle maison d’édition verra le jour jeudi prochain à Montréal.Il s’agit de Coups de cœur, qui sera dirigée par Michel Vézina.La maison lancera cette semaine ses trois premiers titres: Elise, de Michel Vézina lui-même, L’Odyssée de l’extase, de Sylvain Houde, et La Gifle, de Roxanne Bouchard.Coups de cœur profitera des infrastructures logistiques et financières des 400 Coups mais tient à garder son indépendance éditoriale.Michel Vézina lance cette maison parce qu’il considère qu’il manque dans le paysage québécois d’une certaine forme de «romans de gare», courts et dont la narration est appuyée sur l’action.La maison vise entre autres un public de 18 à 30 ans, dont «on dit qu’il ne lit plus», explique Michel Vézina.Les trois premiers titres donnent un avant-goût de la palette qui sera couverte par la maison d’édition: le roman d’anticipation, le roman policier ou noir, et le roman d’humour.- Le Devoir Littérature et fin de vie C’est la Semaine nationale des soins palliatifs, et la revue Frontières, produite par le programme d’études sur la mort de l’UQAM, présente un spectacle littéraire intitulé Et ils t’aideront à traverser.Le spectacle, qui a lieu au Studio-théâtre Alfred-Laliberté, le 7 mai à 19h30, sera suivi d’une table ronde sur le sujet.- Le Devoir Bouveresse, Baillargeon et Kraus Le philosophe Jacques Bouveresse rencontrera le professeur Normand Baillargeon au sujet de Karl Kraus.Karl Kraus est un écrivain autrichien né en République tchèque en 1874.Il fut, en plus d’un dramaturge, poète et essayiste, satiriste et pamphlétaire.L’échange aura lieu à la librairie Zone libre, le samedi 12 mai entre 14h et 17h.- Le Devoir RESERVATION BrequiseB ibraim Gallimard aüATtf8008 WWW.CAUJMARDMONmAL.COM Wallander : enquêtes criminelles .( Nouveauté .Mercredi 21 h Du maître du polar Henning Mankell mü telequebec.lv A 33 LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 MAI 2007 LITTERATURE Femme de combat, femme de lettres Même emprisonnée sous la dictature militaire en 1969, Heloneida Studart n'a jamais baissé les bras Danielle Laurin ans son pays, le Brésil, elle est reconnue comme une figure de proue.Syndicaliste, politicienne et féministe, elle est aussi romancière.Ecrire, pour Heloneida Studart, 75 ans, t’est se battre d’une autre manière.En plus de 50 ans de carrière, jamais elle n’a baissé les bras.Même si, précise-t-elle, «mes livres m’ont créé beaucoup d’ennemis politiques et de problèmes personnels».Emprisonnée brièvement sous la dictature en 1969 pour activités syndicalistes et littéraires subversives, elle a entamé en 1975 une trilogie romanesque sur la torture.«J’ai écrit cette trilogie pour ne pas oublier ces années terribles», dit-elle.Après Le Cantique de Meméia, le troisième volet de la série vient de paraître en français: Le Bourreau, c’est son titre.On y suit un tortionnaire qui tue sans scrupules.Hs, on est dans sa tête.«Pour moi, qui ai été prisonnière politique, c’était un défi de me mettre dans la peau d’un bourreau», précise Heloneida Studart Elle ajoute: «Lorsque j’étais prisonnière, j’ai vu un homme que l’on torturait.Puis, une fois sortie, j’ai été témoin, en suivant à distance, de la torture d’un de mes très grands amis, Luiz Inàcio Maranhâo, qui n’a pas résisté et est mort.» La romancière ne nous épargne aucun détail sanguinaire dans Le Bourreau.Son héros ne cesse de ressasser dans le détail les scènes de torture qu’il a orchestrées.Jusqu’à en devenir malade.C’est qu’il est pris de remords tout à coup.Pourquoi?Sommé par son chef d’assassiner un indésirable du régime, il se prend d’affection pour ce dernier.Surtout, il tombe amoureux de l’amie de celui qu’il est chargé d’éliminer.Lui qui n’a jamais connu l’amour, ni même celui d’une mère, et a multiplié jusqu’à ce jour les relations sexuelles sans lendemain, va se transformer en Cupidon transi.Toute sa vision du monde, des autres et de lui-même sera chamboulée.Pour Heloneida Studart «La découverte de l'amour est une sorte de miracle dans la vie du bourreau.Alors qu’il avait construit sa personnalité sur la haine, il prend conscience de sa propre humanité.C’est parce qu’il ne reconnaissait pas l’autre comme un autre qu’il tuait.Le fait de découvrir l’humanité de ses prisonniers, et la sienne propre, entraîne chez lui remords et peur.» Rongé par la culpabilité, poursuivi par de terribles cauchemars, le bourreau en viendra à vouloir expier ses péchés.Il entreprendra un pèlerinage dans le Nor-deste brésilien, en compagnie d’un groupe d’écor-chés, qui, chacun à leur façon, ont quelque chose à se faire pardonner.Mais un tortionnaire, même repentant, peut-il racheter son âme?Pas sûr.«Dans mon livre, explique la romancière, le bourreau est persécuté par la culpabilité jusqu’à la fin de sa vie.Dans la réalité, j’en ai connu au moins deux qui eurent besoin de psychiatres pour réussir à dormir et à se débarrasser de leurs cauchemars.Mais j’en ai également connu qui sont restés tels quels jusqu’à la fin, sans remords pour leurs actes, orgueilleux d'eux-mêmes, de leurs médailles et de leurs décorations.» Heloneida Studart a pris une part active dans la défense des personnes victimes de torture sous la dicta-ture qui a sévi pendant plus de 20 ans dans son pays.Et de façon générale, elle a fait sienne la cause des dé-mupis bafoués dans leurs droits.Elue la première fois en 1978, celle qui fut députée du Parti des travailleurs de l’actuel président Lula jusqu’à l’année dernière a présidé pendant plusieurs années la Commission des droits de l’homme à l’Assemblée.Elle a aussi mis sur pied plusieurs organismes féministes.Ce n’est pas pour rien qu’on la surnomme la Simone de Beauvoir brésilienne.«Je suis une des fondatrices du mouvement féministe brésilien.J’ai fait voter un grand nombre de lois pour les femmes.» L’écrivaine, mère de six garçons, a aussi fait de l’affranchissement des femmes l’objet de plusieurs de ses livres.De son essai Mulher, objeto de cama e mesa («La femme, objet au lit et à table»), en particulier.Un ouvrage paru en 1975, pas encore traduit en français, qui s’esf vendu à 280 000 exemplaires.Dans son roman Les Huit Cahiers, publié il y a sept ans et disponible en français, elle trace le portrait d’une lignée de femmes condamnées à obéir à la tradition ancestrale.Au centre de cette histoire rocambo- lesque: une héroïne rebelle, qui fait voler en éclats les préceptes historiques et culturels qui l’écrasent.L’autre thème majeur du roman est l’écriture comme échappatoire et outil de libération.L’écriture, Heloneida Studart l’a placée au centre de sa vie.Mais sans jamais délaisser son autre passion: la politique.Les deux vont de pair pour cette native du Nordeste qui a grandi dans un milieu aristocratique contre lequel, très tôt elle s’est révoltée.«J’ai toujours été écrivaine —j’écris depuis l’âge de neuf ans! Et j'ai toujours été engagée politiquement, car dés mon enfance je devais me battre contre les préjugés de l’époque.» Malgré les avancées, le regard que pose la septuagénaire sur la condition féminine au Brésil aujourd’hui demeure critique: «La situation des femmes s'est améliorée avec la Constitution de 1988, mais elle est néanmoins loin d’être égalitaire ou juste.Notre plus grand défi est d’en finir avec la violence des hommes au sein des relations conjugales.» Pas question, pour Helenoida Studart, d’abandonner la partie.Ni comme écrivaine ni comme militante.Qu’on se le tienne pour dit: «J'espère me battre jusqu’à mon dernier soupir et écrire jusqu’à mon dernier jour de lucidité.» Collaboratrice du Devoir LE BOURREAU Heloneida Studart Les Allusifs Montréal, 2007,345 pages LA PETITE CHRONIQUE Un roman de la mémoire Gilles Archambault n règle générale, les prix littéraires ont surtout pour vertu de faire plaisir aux écrivains qui les reçoivent II n’est toutefois pas interdit de penser qu’il arrive qu’on les décerne à des auteurs, à des livres, à des œuvres qui les méritent Lorsqu’en 2005 les jurés du Booker Prize ont retenu le roman de l’Irlandais John Banville, intitulé La Mer, ils ont incontestablement fait un choix judicieux Après la mort de sa femme, le personnage central du roman décide de se retirer dans un petit village marin où, enfant il a connu des expériences dont, plusieurs années plus tard, il se souvient encore.H est nettement velléitaire, a un penchant pour l’alcool et songe à une biographie de Bonnard qull écrira peut-être si ses démons lui en laissent le loisir.Ses démons?Ils sont nombreux D y a aussi Anna, la femme aimée; Claire, sa fille, avec qui il entretient des rapports houleux D y a surtout la hantise de cet été de ses 11 ans pendant lequel il a connu l’éveil de Sa sexualité.Ce retour sur les lieux de son adolescence est l’occasion d’une lente et lancinante rumination.Le décor extérieur a changé — après fout, on n’arrête pas le progrès —, des constructions hideuses ont remplacé les maisonnettes de jadis.En revanche, le narrateur revoit avec une plus grande et terrifiante netteté les événements tragiques gui se sont déroulés autrefois.Cinquante ans auparavant, une femme çt ses deux enfants lui ont offert nne vision du monde qu’il n’a pas Oubliée.* Qtn est ce vieil homme sinon un être terrassé?«En vérité, je n'ai jamais voulu que vivre caché, protégé, défendu, m'enfouir dans un lieu d’une chaleur de matrice et m’y terrer, à Rarement monde du souvenir, de l’échec, des rêves avortés, aura été traité dans des pages d’une si grande beauté l’abri du regard indifférent du ciel et des nuisances d’une atmosphère rigoureuse.C’est pour ça que le passé représente une véritable retraite pour moi et que je m’y réfugie volontiers.» S’il revoit les derniers mois de la vie de sa femme Anna, s’il fait tout pour se défaire des tentatives de rapprochement de sa fille Claire, il est avant tout un exclu.Les derniers mots du roman: «Une infirmière est venue me chercher, je me suis tourné et l’ai suivie à l’intérieur, et j’ai eu l’impression d’entrer dans la mer.» John Banville a longtemps caressé l’espoir d’être peintre.Son écriture a cette faculté de nous ensorceler à la façon d’un tableau que l’on contemplerait avec attention.Sa manière serait celle de ces couches successives qu’un impressionniste poserait sur sa toile.D en résulte un roman d’un extraordinaire pouvoir d’envoûtement.On y entre comme on entrerait dans la mer, avec l’impression d’être submergé et fasciné par ses replis successifs.Cette famille Grace rencontrée alors qu’il n’est qu’adolescent représentera à ses yeux, pour la vie, des «dieux».Dès ce moment, les jeux étaient faits.Le lecteur n’apprendra qu’à la toute fin la véritable raison qui a transformé la vision du monde du quasi-vieillard corpulent qu’est devenu le narrateur.Rarement monde du souvenir, de l’échec, des rêves avortés, aura été traité dans des pages d’une si grande beauté et d’une force d’évocation peu commune.A lire, toutes affaires cessantes.Collaborateur du Devoir LAMER John Banville Robert Laffont/Pavillons Paris, 2007,247 pages LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Nouvel arrivage AMÉRICANA Oeuvres de Clnwipluin (3 volumes) G.-E.Desbarats, Québec 1870 VV.Irving : Histoire des voyages et découvertes des compagnons de Christophe Colomb (3 volumes) C.Gosselin, Paris 1833 X.Marinier: Lettressuj l'améritpie (2 volumes) Plon, Paris 1881 G.Callin : North american indians (2 volumes) ).Grant, Edinburgh 1926 Pour plus d’information : 514-522-8848 1-888-522-8848 bonheurdoceasion@bellnet.ca 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.ROMAN ITALIEN La déposition Une incursion dans Vhorreur de la mafia sicilienne CHRISTIAN DESMEULE "VT ous n’étions plus rien, mon-sieur le juge, depuis que s’était terminée l’époque des bran-lettes et des limonades et qu’avait commencé le doux temps des femmes et du champagne.» Cette déposition, qui nous est livrée sur un ton incantatoire, c’est celle d’un homme pour qui tuer, extorquer, voler, corrompre, régler ses comptes et se cacher a été toute sa vie.La confession pas très coupable d’un membre éminent de cette confrérie souterraine, où des hommes qui n’ont rien d’autre à perdre que le malheur d’être nés sont réunis dans une même indifférence d’être au monde.Auteur d’un récit puissant et poé tique qui abordait de front la question de l’immigration clandestine et le drame de la prostitution dans le sud de l’Italie — magnifique Passes noires paru aux Allusifs en 2005 —, Giosuè Calaciura est un journaliste italien né à Palerme en 1960.La même révolte, la même violence rentrée est à l’œuvre dans cette confession désespérée que fait un parrain de la mafia à son juge.Comme s’il s’adressait à Dieu en personne.Mais Dieu est depuis longtemps aux abonnés absents, n’est-ce pas?«Dieu lui-même nous avait abandonnés et trahis.» Difficile de ne pas voir que, pour l’auteur de Malacarne — qui désigne en palermitain un petit tueur de la mafia —, la Cosa nostra représente une sorte de microcosme de l’humanité.Même puissants et riches à millions, compro- mis jusqu’à la moelle ou maîtres chanteurs, «nous étions toujours les mêmes condamnés à mort», dira ce parrain qui ne se repent de rien.La mafia n’est-elle rien d’autre que «la réponse grossière de l’Histoire aux tentatives d’évolution»?Vu sous cet angle, le crime organisé est un kit de survie à l’usage des laissés-pour-compte, des déshérités et des exclus.Un produit dérivé de la pauvreté, de la misère et de l’abandon.Devenus vieux, lui et ses semblables finiront par découvrir «que le monde était décrépit, qu’il s’écroulait, et nous aussi nous nous sentions vieux et vacillants comme les pierres de nos propres maisons qui s’écroulaient sans préavis au cœur des nuits de pluie.» Ecrite dans une langue chargée, métaphorique et charriant de multiples références à l’histoire italienne des quarante dernières années, cette histoire sordide et désespérée de petits tueurs devenus grands, il faut le dire, n’est pas une lecture facile.Mais qui peut regarder sans douleur un visage défiguré?Giosuè Calaciura s’enfonce encore une fois, sans merci, au cœur des plaies et des instincts les plus laids de cette humanité qui est la nôtre.Le Devoir MALACARNE Giosuè Calaciura Traduit de l’italien par Lise Chapuis Les Allusifs Montréal, 2007,174 pages éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Jean-Sébastien Guy L’idée de mondialisation Un portrait de la société par elle-même |«mSe bastlcn Guy L'idée de mondialisation 156 pages, 20 dollars ECHOS Un inédit de Némirovsky En 2004, soit 62 ans après sa mort à Auschwitz, Irène Némirosky a reçu le prix Femina pour son ro-man Suite française.Et voilà que les Editions Denoël publient un inédit du même auteur, le roman intitulé Chaleur du sang.L’action se situe dans un village du centre de la France, là même où Suite française a été écrit au début des années 30.- Le Devoir Irène Némirosky ARCHAMBAULT?! PALMARÈS LIVRES Résultats des ventes: 24 au 30 avril 2007 ® QUEBECOR MEDIA ROMAN LE BEN DES MENS Janette Bertrand pire Expression) AJULE.REPTUST.2 Anne Robiliard (Lanctôt) tVANGÉUNE ET GABRIEL Pauline GUI (Lanctôt) Al’OMBBEDUCLOCHERT.Z Michel David (Hurtibise HMH) MUDn QUE 1E BONHEUR COOlE CHBI j Francine Ruel (Libre Expression) ET SI C’tlMT ÇA If BONHEUR?Francine Ruel (Libre Expression) a COMME UNE ODEUR DE MUSCLES Fred Petlerki (Planète Rebelle) B OSCAR ET LA DAME ROSE Éric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel) 13 E'H NE t£ OIS À PERSONNE.Hadan Coben (Ftocket) LA FORTERESSE DtGtTALE Dan Brawn (Lattes) JEUNESSE VV JOURNAL 0'AURÉUE LARAMME T.3 js India Desjardins (Intouchables) 2 PAMAI T.7: LE SECRET DE TUZUMA Maxime Roussy (Intouchables) 3l£0WS 19t LE ROYAUME VESA Mario Francis (Intouchables) ERAGON T.2: LUtiNÉ Christopher Paolini (Bayard) L'APPRENTI ÉPOUVAHTEURI 3.Joseph Delaney (Bayard-Jeunesse) TtA STUON T.2: M0NUGNE QU.Téa Stilton (Albin Michel) AHHJJE QUEEN T.2: PREMER.Michel J.Lévesque (intouchables) LESN0MBRLST.2: SALE TEMPS.Delaf/Dubuc (Dupuis) MONDE DE MAGE DU DIADEME 1B John Peel (ADA) LES MARAIS DU TBNPS Frank Le Gall (Dupuis) OUVRAGE GÉNÉRAL ranc William Reymond (Flammarion) AMmÉMIERHIE L Beaudoin / L.Frulla (La Presse) QUE LA FORCE D'ATTRACTION SOTT.Michèle Cyr (Transcontinental) LE MEILLEUR DE SU Guy Comeau (Éd.de l'Homme) CHROMQUES DES ATOMES ET DES.Hubert Reeves (Seuil) LE PtNLOSOPHE AMOUREUX Mare Fisher (Un monde différent) LARGO WMCH115: LES TROIS YEUX P.Francq / J.Van Hamme (Dupuis) MÉMOIRE CANAUÉRE Philippe Noiret (Robert Laffonb EXCUSEZ-MH MAIS VOTRE VE ATTEND Lynn Grabhom (ADA) COMMENT LES RICHES DÉIMRSEHT.Hervé Kemp (Seuil) ANGLOPHONE THE SECRET Rhonda Byrne (Beyond Words) THE LAST TENFLAR Raymond Khoury (Signet) THE CHILDREN OF HURM J.R.R.Tolkien (HB) THE AMBLER WARNING Robert Ludkim (St Martin’s Press) MEASURE OF A MAN Sidney Poiter (Harper Collins) FALSE BNPRESSION Jeffrey Archer (St Martin's Press) THE LAST SPTMAS1ER Gayle Lynds (St.Martin's Press) THE ROAD Cormac McCarthy JUDGE AID JURY James Patterson (Warner Books) AT RISK Patricia Cornwall (Putnam Berkley) les escapades symphonique culturelles Archambault à boston 25 au 27 mai SOIRÉE Archambault Ste-Catherino (angle Berrt) D'INFORMATION £S=19h * F 4 , LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 MAI 2 0 0 7 LITTERATURE Les critiques du Prix des collégiens Toute l’année, en préparation à la remise du Prix des collégiens, attribué cette année à My-riam Beaudoin pour son roman Hadassa, les collégiens ont d’abord lu et commenté cinq titres présélectionnés par un jury de critiques professionnels.Les meilleures critiques réalisées par les étudiants sont publiées aujourd’hui dans nos pages sur la base d’une sélection opérée par les professeurs Bruno Lemieux (Cégep de Sherbrooke), Lise Maisonneuve (collège Edouard-Montpetit), Louise Noël (collège Montmorency), ainsi qu’Hélène Lacoste, de l’émission Vous tu 'en lirez tant de la radio de Radio-Canada, et Jean-François Nadeau, directeur des pages culturelles du Devoir.Le Prix des collégiens est une initiative de la Fondation Bourgie.Le prix est soutenu notamment par Le Devoir.Dérèglements La communauté de sens dévoilée JOEL BEGIN Cégep de Trois-Rivières univers du recueil de nou-' velles Votre appel est important (Québec Amérique) fourmille de rituels, de solitudes insolites et d’obsessions dévastatrices.De courts récits, créés avec une finesse hors du commun par Normand de Bellefeuille, extirpent l’étrange malaise d’une vie banale, exposent la folie latente ou explicite de tous les hommes.L’auteur propose vingt nouvelles qui dissèquent le quotidien de personnages dont la «réalité familière [est] bousculée d’un simple regard d’homme», dont l’existence bascule à cause d’un détail anodin.Ces histoires puisent leur subtilité dans leur pouvoir de suggestion, leur résonance dans de singuliers rapports à la mort et à autrui.On tente de transmettre à l’autre un savoir, un pêve, une malédiction.A l’instar des «possédés» qu’il présente, l’auteur détient un véritable pouvoir sur le lecteur qu’il peut manipuler, engourdir, assassiner.Ce dernier sort de chaque nouvelle comme il y est entré, incrédule et un sourire aux lèvres.Normand de Bellefeuille propose de mettre son imaginaire au service de celui du lecteur, et vice-versa, pour que se développe une complicité, mais surtout pour éviter «l’inutile satisfaction de l’énigme enfin résolue».Le créateur laisse ainsi le loisir de douter de tout ou d’interpréter chaque histoire à sa guise, d’en dégager le sens et l’essence.En plongeant dans les obsessions, ce recueil fait l’examen minutieux des dérèglements de la pensée humaine, permettant de découvrir ses excès, ses manies, ses humeurs troubles.Normand de Bellefeuille invite à écouter, à prendre ces appels autour de nous qui, malgré les apparences, demeurent si importants.VOTRE APPEL EST IMPORTANT Normand de Bellefeuille Québec-Amérique Montréal, 2006,152 pages ANDREANNE FORTIN Cégep de Lévis-Lauzon Hadassa, de Myriam Beaudoin, nous offre le regard d’une enseignante laïque dans un établissement pour écolières juives orthodoxes de Montréal.Ce regard, il est curieux, sensible, réceptif à chaque détail.Jamais il ne juge.Au fil des jours, la narratrice Alice découvre ses petites élèves et leurs traditions millénaires: Shabbes, Bat Mitva, Hanoukka, la fête d’Upsheren.Ces «secrets de juifs», comme les appellent les fillettes, font de la professeure de français une goya (non juive) privilégiée, baignant avec délice dans une culture habituellement si hermétique.Fasciné, le lecteur se prend au jeu et récolte, au même rythme, les confidences des plus bavardes et les mises en garde des plus prudentes.Tout comme Alice, il s’attache à cette mystérieuse Hadassa, enfant à la fois douce et colérique, réputée pour ses mood-swings.Mais jusqu’à quel point une goya peut-elle se lier d’affection avec la pureté inaccessible d’une hassidim?Cette même question transparaît, en parallèle, dans l’histoire d’amour entre Jan, immigrant polonais nouvellement arrivé à Outremont, et Deborah, juive, mariée, sans enfant.Leur coup de foudre, impossible en raison des siècles de traditions qui pèsent sur les épaules de la jeune femme, est traité avec une délicatesse et une subtilité poignantes.Par la fraîcheur et la retenue de sa narration, Beaudoin réussit à nous transmettre non pas des émotions pures et irrationnelles, mais des émotions qui font penser.L’auteure explore avec naïveté une communauté secrète mais pourtant bien présente, une histoire et une culture complexes qui méritent d’être connues.En ces temps où la question de la diversité religieuse est tant présente au Québec, un roman comme Hadassa a le mérite de nous transmettre, sans jugement, le paradigme des juifs hassidiques.Li- PIERRE SAMSON Catastrophes PIERRE SAMSON CATASTROPHES LES HERBES ROUGES/ROMAN Le roman fou d’un écrivain lucide ou est-ce le contraire?LES HERBES ROUGES / ROMAN sons-le, comprenons-le.Chacun y verra quelque chose de différent.L’important est avant tout de connaître avant de juger, et Myriam Beaudoin, en laissant cette dernière tâche au lecteur, a fait preuve d’une sagesse infinie.HASSADA Myriam Beaudoin Leméac Montréal, 2006,197 pages Le temps d’une traduction VIRGINIE POULIN-BERGERON Cégep de Lévis-Lauzon La traduction est une histoire d’amour raconte la relation qui s’établit peu à peu entre un vieil écrivain et une jeune femme s’étant rencontrés sous les vieux chênes du cimetière de l’église St.Matthew de Québec.De douceur et de tendresse, la plume de Jacques Poulin peint avec légèreté le tableau d’une amitié singulière entre deux êtres solitaires qui s’apporteront soutien et affection à travers les petits aléas de la vie.Marine, revenue à Québec après moult voyages, fait le deuil de sa jeune sœur et de sa mère en arrachant les algues de l’étang situé à côté du chalet de monsieur Watterman.En échange de son petit coin d’île d’Orléans, elle traduit l’un des romans qu’il a écrits et apprend peu à peu à le connaître par l’intermédiaire de son travail, «en épousant son style, en se coulant dans son écriture comme un chat se love dans un panier».Ils se rapprocheront donc au rythme des chapitres et un incident particulier viendra renforcer leur amitié: la découverte d’un message de détresse écrit par une jeune fille qui habite non loin de la Tour du Faubourg où habite M.Watterman.Décidés à lui venir en aide, ils vont s’immiscer dans l’univers de cette petite demoiselle perdue qui prendra, à leur insu, une grande place dans leurs cœurs.Tout en simplicité et en finesse, les mots de Jacques Poulin se dégustent un à un avec ce sentiment de paix, cette connivence avec la vie qui nous ouvre parfois, malgré la misère du commun des mortels, un petit coin de complicité et d’affection dans les yeux d’un ami.Loin de vouloir écrire un drame, l’auteur présente, avec une écritu- re épurée et sympathique, des personnages comme on en croise partout, simples et attachants avec leurs petits défauts, mais surtout humains.Humains dans leur besoin d’affection, humains dans leurs erreurs, humains dans leur sensibilité.La traduction est une histoire d’amour est un roman sans prétentions ni complexes qui laissera une profonde envie de bonheur à tous les curieux qui y goûteront LA TRADUCTION EST UNE HISTOIRE D’AMOUR Jacques Poulin Leméac/Actes Sud Montréal, 2006,136 pages Miroir, miroir, dis-moi qui est le plus vrai NICOLAS GENDRON Cégep Uonel-Groulx La violence mène trop souvent à la violence.Même pas besoin de lever la main: un cri, un regard trop dur ou une hypocrisie mal voilée suffisent pour marquer l’esprit d’une enfant Toute petite.Alia Ben Passer en a soupé de ces climats malsains qui vous briment des jeunes refrains.Une fois adulte, devenue auteure, versant dans Tauto-fiction baveuse pour ne pas dire dégoulinante de fiel, Alia profite de sa tribune littéraire pour mordre les mains qui ont nourri son amertume.Ce qui n’a pas l’heur de calmer cette tempête qui lui bouffe la tête.Pendant qu’un artiste français, aveuglé par sa petite personne, et qu’un modeste philosophe, peu à peu épris d’elle, s’occupent de piétiner le tapis d’entrée de son cœur.Miroir du vrai et du feux, ou l’art de se façonner une identité.Au service d’une langue crue parfois teintée d’une imagerie onirique, Mélikah Abdelmoumen ne semble pas avoir voulu faire de cadeaux à ses éventuels lecteurs.Son héroïne ressasse ses mauvais souvenirs conune on boit du café noir: par habitude, sans trop y croire, mais avec la désagréable impression qu’on y reviendra bien assez vite.Autrement dit son Alia affiche une mine autodestructrice qui n’a de séduisant que le mystère entourant ses écrits, et ne participe donc en rien à un possible processus d’identification.Heureusement pour elle — et pour nous —, elle évolue à mi-chemin entre deux extrêmes, à savoir le mépris incarné et l’idéal romantique.Le performer Henri M.Dol-beic emprunte le premier trait, lui qui survient dans la vie d’Alia pour tout chambouler, sans égard à leur santé mentale.Tandis que Biaise Robert, son nouvel amour qu’elle n’arrive pas à embrasser du regard, est prêt à l’attendre et à surmonter avec elle ses doutes fondateurs et ses plaies ouvertes.Peut-être pas si calculé, l’équilibre de cette histoire intimiste qui en appelle au voyeurisme main- XYZ éditeur * - -.-.if iMSmmm - f** Anne Coleman Sept étés de ma jeunesse Souvenirs de North Hatley Roman • Traduit de l’anglais par Hélène Rioux • 186 p., 24 $ Elle, quatorze ans.Lui, la quarantaine.Il est un écrivain célèbre.Il s’appelle Hugh MacLennan.Il a écrit Deux solitudes.Elle, elle est aussi belle qu’Ophélie flottant sur les eaux.Histoire d’un long désir et d’un impossible amour.Uck-’iw Rioux Mercredi .soir au Bout du monde *** FRAGMENTS DU MONDE î Hélène Rioux Mercredi soir au Bout du monde roman • 232 p., 25 $ Avec un savoir-faire extraordinaire, Hélène Rioux tisse un récit hybride qui nous captive sans cesse.Venez au restaurant au Bout du monde.Le monde entier vous attend ! tient toutefois dans un état d’alerte.L’envie nous prend de sonder la nature véritable d’Alia, prise entre deux eaux, l’une qui emporte tout sur son passage, l’autre qui coule comme rivière.Et en cette ère où nous payons de nos vies pour des sensations fortes qui se seront éva-nouies à notre réveil, les bons choix sont autant de mirages idéologiques.Avec un humour souterrain qui n’épargne personne, surtout pas ses propres labyrinthes, Abdelmoumen radiographie justement une société superficielle en revenant à l’essentiel: trouver la source de notre être et de notre devenir à l’intérieur plutôt qu’à l’extérieur, là où les miroirs ont la fâcheuse manie d’être déformants.Une écriture moderne pour une marche vers l'authenticité.ALIA Mélikah Abdelmoumen Le Marchand de feuilles Montréal, 2006,186 pages Comme on tombe MIRIAM BOLDUC Cégep de Saint-Laurent Elle est dans sa robe en bois, la veuve.Et l’amour qu’elle a ne se rend pas jusqu’à ses enfants.Elle nous convie à la danse de sa disparition et, comme l’indique le titre, «parents et amis sont invités à y assister».Avec cet objet littéraire assurément unique et audacieux, Hervé Bouchard met en scène un univers où la poésie brute et brutale prend toute la place.Ce monde, c’est celui de six «fils chiens» et de «sœurs innées», personnages formant deux entités dont il importe peu de distinguer précisément les membres.Œuvre hybride, entre le roman, la poésie et le théâtre, Parents et amis.çst un «drame bassement comique» où des monologues s’entrechoquent s’ignorent et, parfois, se répondent Si on peut reprocher au récit d’Hervé Bouchard d'être verbeux, il faut reconnaître que son écriture touche un malaise.L’angoisse de vivre, omniprésente dans cet univers crasseux et tribal, nous atteint comme un vertige.Cette folie, Bouchard la nomme, et c’est dans ses mots quelle trouve sa source.Parce que ici, la parole a un rôle fondamental: on dit les choses, et elles sont.Dans son délire, la veuve affirme: «Parfois je pense qu'on a moins de place parce qu’on a moins de mots.» C’est dire à quel point l’identité réside dans les mots qu’on prononce, qu'on hurle en pensant à la mort.On a à juste titre comparé le style de Bouchard à l’écriture de Réjean Ducharme.Des jeux de mots et des personnages d’enfants tordus, pas tout à fait adultes, capables de tout, témoignent d’une influence indéniable.Parents et amis sont invités à y assister est le récit d’un trouble, d’un flot de haine et de honte déversé sur des êtres qui jouent comme ils, le peuvent «le rôle de leur vie».A lire dans un souffle, comme on tombe.PARENTS ET AMIS SONT INVITÉS À Y ASSISTER Hervé Bouchard Le Quartanier Montréal, 2006,237 pages e MARTINE DOYON Normand de Bellefeuille CLEMENT ALLARD LE DEVOIR Myriam Beaudoin CLEMENT ALLARD LE DEVOIR Jacques Poulin ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Mélikah Abdelmoumen JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Hervé Bouchard C'Tolerance.ca1 Le webzine sur la tolérance www.toleronce.ca Printemps 2007 l7Hit rot' Splint Hubert.Miintru.il (Qiiùt)uC) H?l î/; \ 1 TélëphofU SIA S-'S .M /" • Tuluctoiuir st4 S*S-7 1 41111 * 11 r f mirnui itif.» ; rir r .» • wwvn «v/oU * rw r i CONFÉRENCE Ouverture et ambiguités de la nation québécoise À l'invitation des Sceptiques du Québec, Victor Teboul, directeur de Tolerance.ca, prononcera une causerie dimanche 13 mai 2007, à 19 heures au centre Saint-Pierre 1212, rue Panet, Montréal (Métro Beaudry) Plus d'informations sur www.tolerance.ca Parmi les nouveautés de Tolerance.ca : Tolérance et modernité du droit aujourd'hui par Bjarne Melkevik professeur, Faculté de droit, Université Laval «e***************,' Les comptes rendus des événements de Tolerance.ca, célébrant la diversité, organisés à l'occasion du 21 mars au collège de Saint-Laurent, au collège Vanier et à l'Université de Sudbury À découvrir sur votre écran www.tolerance.co Tolerance.ca ®, le webzine sur la tolérance, vise à développer de nouvelles approches sur la diversité et la tolérance.Les événements soulignant la Journée du 21 mors sont organisés dans la cadre du projet «La éversité des valeurs e» des aoyonces religieuses dans les milieux coDégiol et untversitotn», reals» avec lu contribution financière de : ¦AB CenKkan /•-, iM con*»* hmjs* Canada I < LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 MAI 2 0 0 7 LITTERATURE LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE S’attendrir avec Jean-Claude Germain JACQUES GRENIER LE DEVOIR Le dramaturge, rhistorien et le conteur Jean-Claude Germain, réunis en un seul écrivain, apparaissent sous un jour nouveau dans son plus récent ouvrage, Rue Fabre, centre de l’univers.m MICHEL LAPIERRE Si Jean-Claude Germain s’était contenté d’écrire ses souvenirs d'enfance en les émaillant d’anecdotes sur les infortunés, on aurait pu soupçonner chez lui une propension au misérabilisme, d’autant qu’il était d’un milieu plus à l’aise que les gens qu’il a dépeints.Contre toute attente, il déroule une carte des merveilles, mappemonde où la nostalgie cède le pas à la poésie et au mythe.Le dramaturge, l’historien et le conteur, réunis en un seul écrivain, apparaissent sous un jour nouveau.On connaissait tout de la verve intarissable de Germain.Aujourd’hui, on découvre l’homme lui-même et ses yeux inchangés de petit garçon.Né à Montréal en 1939, l’observateur attendri a gardé de l’esprit d’enfance un portulan, cette carte marine fabuleuse des premiers navigateurs qui ont débarqué dans le Nouveau Monde.En suivant le conseil des Anciens, Germain, selon son aveu, se guide, «dans ses voyages et ses amours», sur le rayonnement de ses étoiles intérieures, qui lui remémore «ce qu’il ne reverra plus de ce qu’il a vu».Il est donc naturel que le récit de son jeune âge s’intitule Rue Fabre, centre de l’univers.Au soir de l'enfance, le petit Jean-Claude quitte le Plateau Mont-Royal pour s’installer avec ses parents sur la Rive-Sud, à la frontière entre le britannique Saint-Lambert et le «canayen» Jacques-Cartier.Mais l’univers entier s’est imprimé pour toujours dans son regard dès les premières années de la vie.En accompagnant souvent son père, commis voyageur, le futur écrivain visite les épiceries et les restaurants de l’immense île de Montréal, qui englobe In-chine et ses millions de Chinois invisibles.Puis il atteint la mystérieuse route du Nord qui se dirige vers un inaccessible pôle, protégé, au-delà des terres de colons, par des myriades de maringouins et l’épaisseur des forêts.
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