Le devoir, 12 avril 2003, Cahier E
LE DEVOIR.LES SAMEDI 12 ET I) 1 M A N CHE l S A V R I L THÉÂTRE Péril en la demeure Page E 3 ¦ i 2 O O 3 L M CINÉMA Quelle femme de ménage! Page E 6 LE DEVOIR , Plume Latraverse Epuré jusqu’au On le pressentait aux six nouveautés dévoilées au Club Soda.C’est confirmé.Dix-sept fois plutôt que six.Chants d'épuration, le nouvel album qui parait le 15 avril, est une oeuvre absolument majeure qui sera à Plume ce que Time Out Of Mind fut à Dylan: la preuve qu'on avait encore bien besoin de ce regard-là pour comprendre le monde (et en rire et en pleurer).Travail d’écriture et de réécriture en profondeur, où pertinence et truculence s'embrassent plus affectueusement que jamais, le disque en dit extrêmement long «sans nommer d’nom» sur l’usure du temps et la perspective de la mort, mais surtout sur lu vie qui, fatalement, «nous rattrape».Foi de flanc mou.Rencontre émue et pudique avec le plus important poète chantant du Québec à l’est de Desjardins et au sud de Vigneault.JACQUES GRENIER LE DEVOIR S ’¦ } ¦ >' ¦ ¦Ül SYLVAIN CORMIER Cela commence par un walking blues de chat de gouttière avec de l’orgue de velours sous les pattes.Une fable animalière intitulée Le Lapin reproducteur, qui cause chaud lapin plutôt que chatte en chaleur, mais c’est du kif.On se dit: voilà Plume qui donne à la Lafontaine sa sainte trinité bouffe-boisson-copulation.L’habituelle truculence, quoi.Et puis arrive la dernière strophe, et la chanson n’est plus seulement juteuse mais une sorte de profession de foi: «Entre mes incisives, lubrique, se faufile une aspiration / Suis-je encore assez prolifique pour grainer que'qu'p'tites chansons / dans l’creux dToreille, chers auditeurs, avant l’som-meil réparateur?/ Comme un auteur-compositeur.» On repasse la chanson et on comprend: c’est le créateur qui évoque le flot d’antan et constate non sans inquiétude l’inévitable tarissement du puits.C’est le faiseur de «p’tites chansons» qui ose enfin appeler par son nom son métier d’auteur-compositeur et qui souhaite encore le pratiquer «avant l'sommeil réparateur».Je demande à Plume d’un bord à l’autre de ma table de cuisine si c’est le Félix hommage reçu au dernier gala de l’ADISQ — le «Philippe», comme il dit — qui a rouvert les vannes.Il dit que non.«Le Philippe, ç’a rappelé à du monde que j’étais encore vivant.C’est pas ça qui m'a fait sortir de ma panne sèche.» Ça lui a embué le regard, quand même.En gros plan à la télé, ça ne se ratait pas.On n’est pas ainsi chamboulé sans suite.Une telle reconnaissance ne fait pas seulement du bien en dedans: ça fait regarder en arrière, en avant et dans le blanc de ses propres yeux.L’album en témoigne.«C’est pas le Philippe, insiste-t-il.C'est normal.J’ai 57 ans.J'ai l'âge que j’ai et je fais des chansons en relation avec ça.Y en a qui font des chansons d’amour pour les ados.Moi, c’est pas ça.Mon amour se situe à un autre niveau.C'est un amour pour la nature humaine dans toutes ses faiblesses, et je crois qu’il faut exprimer ça.» Il montre du doigt le boîtier ouvert entre nous.«Là-dessus, sur 17 tounes, j'en ai six ou sept “funny”, mais pour le reste, j’étale des choses qui me semblent d’une profondeur nécessaire.Des questions qu’on se pose pis qui sont plausibles.C’est loin de Star Académie.» Le vaste monde de Plume Une autre planète, oui.La planète Terre, ce «vaste monde» où «la vie nous rattrape».Le Vaste monde (la vie nous rattrape) est le titre d’une nouvelle chanson, cuisinée en quasi-reggae, où Plume fournit une longue et lucide liste de fatalités: «Les années d’usure, les points de suture [.] Comme les honoraires, les frais funéraires / La vie nous rattrape.» La vie a rattrapé Plume Latra-verse, est-t-on tenté de déduire.Problèmes de santé?Mortalités?Je ne le lui demanderai pas.C’est pas mes oignons.C’est tout juste si je note à quel point sa vie hors scène est un mystère.«Les gens me connaissent à travers ce que j’écris, c’est en masse.» N'empêche que pas mal d’autres chansons frappent le même clou de cercueil, sous différents angles.Il y a de la douleur là-dedans.Vive.La sienne, celle de proches, pas moyen de savoir.Et si c’était de nous qu'il parlait?Dans Blouse d’automne, par exemple: «Détachée du monde extérieur/ la vie se dépouille de ses heures.morte lumière.» Pareillement dresse-t-il dans Le Cœur de l'action — chantée par Inuise Forestier parce que le je du texte, l’action elle-même, est au féminin — le bilan d’une vie qui peut tout autant être la sienne que les nôtres: «D’avoir voulu tout changer/d’avoir voulu faire bouger, je me suis vite fait dépasser / et c’qui m’avait motivée m'a laissé le ventre vidé / Je n'suisqul’action.» la poignante et immense Méli-mélo-pée, chanson de sept minutes «comme on en faisait dans le temps où c’était pas la radio qui disait combien de temps dure une chanson», s’achève sur des mots de même teneur, bons à méditer longtemps: «Le destin prend la vie, l’envoie paître / comme le chien tient en laisse son maître.» Plume est fier de ces mots-là.Mais précise avant d’en parler qu’il ne veut pas «avoir l’air prétentieux».Fier, mais humblement «fai travaillé mon écriture pour qu’elle ne soit pas acérée, pour la rendre plus lumineuse, pour que chacun puisse trouver ce qu'il a à trouver entre les mots.Pour moi, c'est l’héritage des Jacques Brel, Aragon.Une réflexion qui respire en poésie.» Une réflexion sur la condition humaine qui, pour Plume, doit dépasser l’autobiographie.«Parler de la mort, ç'a rapport avec le.fait de vieillir, c’est tout.On voit partir du monde autour de soi, c'est sûr qu’on se demande à quoi tout ça sert.» Et tout aussi naturellement on revisite sa vie.Pas par nostalgie.Pas pour célébrer des ères glorieuses.Simplement pour mesurer la juste valeur de la mémoire.Ressentir la bonne chaleur du souvenir.«Comme y a autant d’disper-sion dans la vie que dans les chansons / J’vous garde au chaud dans ma tête, comme dans une fête», chante-t-il à la fin de Sans nommer d’nom, candidate d’office au panthéon des essentielles de Plume, de même force évocatrice que Les Pauvres, La Piaule à Louis ou Le Cadeau, chanson couchée sur une mélodie sobre et belle, où le grand échalas, d’un ton grave, passe en revue tous les gens qu’il croisa.«Tous ceux qu’on a rencontrés dans ces fulgurantes années / sont-ils vivants, disparus.esprits perdus?[.] Est-ce pour ne pas s'faire coincer dans son bagage / qu’on en vient à s'délester dans un virage?/ Est-ce d'être trop près des gens qui nous rend, un jour, si distants?/Au point d'faire comme la marée.et s’retirer.» Avec le piano et le strumming de guitare acoustique, c’est beau à pleurer.«On a épuré la musique, aussi», ajoute Plume, content Ceux qui restent Si Plume parvient ainsi à faire «l’tour de son ombrage», c’est sans nul doute parce qu’il a su nourrir de saines fidélités.Tout le monde n’est pas au nombre des «disparus», bien au contraire.Les fans — sa «gang de ciboires» — sont là, salles partout pleines, et les indéfectibles de la première heure se mêlent aux jeunes pousses.«C’est ce qui me tient en haleine, tous ces P’tits culs qui s'intéressent à mes affaires.» Certains font de la musique, comme autant d’enfants disséminés: Mononc’ Serge, Mes Aïeux, les Cowboys Fringants.Ses musiciens à lui, étemels Mauvais Compagnons, l’entourent encore et toujours d'aussi près que VOIR PAGE E 2: PLUME «C’est ce qui me tient en haleine, tous ces p’tits culs qui s’intéressent à mes affaires» LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 AVRIL 2003 Culture ESSAI Encore des mots La distance qui sied au chercheur empêche Mario Leduc de s'émouvoir et, par là, de donner de manière palpable ce qu'il y a d'humain et d'humaniste chez Latraverse PLUME LATRAVERSE MASQUÉ / DÉMASQUÉ Mario Leduc Éditions Triptyque Montréal, 2003,226 pages SYLVAIN CORMIER Attention: thèse.Voilà un avertissement qui ne serait pas inutile.Au moins pour ceux qui ne savent pas que Triptyque publie à peu près tels quels mémoires, thèses et autres doctes études à propos de la chanson et qui, voyant ce Plume Latraverse - Masqué / démasqué chez leur libraire préféré, croiraient trouver là un livre sur notre Harrock’n’roll de la chanson du genre de la bio de Mario Roy sur Gerry Boulet.Remarquez, il y a «essai» en petits caractères sous le titre.Ça précise.Mais ça ne dit pas: thèse.Thèse déposée à l’UQAM sous le titre Carnaval et carnavalesque dans l’œuvre de Plume iMtraverse, auteur-composi- Mario Leduc Plume Latraverse masque / démasqué teur-interprète à deux faces.C’est écrit dans une note en plus petits caractères encore au bas de la page 224.Je ne sais pas à quel point l’ouvrage a été retravaillé (vulgarisé?) pour la publication.Je sais seulement que lire dans l’introduction que «nous verrons à la lumière notamment de la réflexion de Ruth Amossy sur le stéréotype et le mythe [.]» me barbe au lieu de me poiler et que les constants renvois à Bakhtine, Bergson, Freud et consorts me rappellent à quel point mes années d’études françaises sont loin, merci beaucoup.Cela établi, dans le genre thèse, c’est passablement lisible, même pour qui n’a pas lu de thèses depuis qu’on l’y obligeait.11 est même tout à fait intéressant d’étudier l’œuvre et la carrière de Plume Latraverse en tant que faux combat de souque à la corde jamais fini entre l’homme et le personnage.«Tel Janus, Plume Latraverse est véritablement une figure à deux faces, écrit Leduc dans sa conclusion.Pas seulement bouffon, pas seulement sérieux, poète ou scatologique, ni sage ni fou, Plume se situe quelque part entre ces extrêmes, tout à la fois rocker ET chansonnier, sage ET fou, poète ET mardologue.» Un défrichage Mais si lœduc a fait ses devoirs et dûment épluché 30 ans de revues de presse (qu’il cite aussi abondamment que scrupuleusement, sinon pour un Patrick Gauthier, collègue du Journal de Montréal, devenu Authier en cours de route), si sa base théorique n’est finalement pas si lourde sur l’estomac, on aurait quand même apprécié une réécriture plus personnellement investie, reconnaître çà et là la marque d'un style.Leduc n’écrit pas mal, loin de là, et on lui sait gré de ne pas faire le Plume, mais la distance qui sied au chercheur l’empêche de s’émouvoir et, par là, de donner de manière palpable ce qu’il y a d’humain et d’humaniste chez Latraverse.La musique est aussi forcément négligée, hors des limites du champ circonscrit: on se contente ici du «recours caméléonesque à une panoplie de genres musicaux» (note au relecteur de l’ouvrage: on ne peut utiliser le mot «panoplie» au sens d’«éventail»), privilégiant l’aspect parodies et pastiches de l’œuvre aux dépens de l’émergence au fil des ans d’une véritable personnalité musicale, dans les arrangements comme dans les séquences d’accords.Dommage.Applaudissons néanmoins ce livre pour ce qu’il est: un défrichage et une réflexion.Quiconque voudra un jour écrire la première véritable biographie de Plume Latraverse en sera reconnaissant.SUfTE DE LA PAGE E 1 Springsteen son E Street Band.Djaci Marsan, Cholet Masson, Concho Gravel, Pistache Guille-mette confèrent à Chants d’épuration une telle cohésion qu’on les croirait liés aux hanches.«J’ai la très grande chance de pouvoir faire vivre un band.Avec eux autres, je me promène dans mes chansons comme un aveugle sur le Métropoli- PLUME tain à l’heure de pointe.» Le bonheur, le vrai, est là.En famille.Famille au foyer.Famille de musiciens.«C'est bien de vieillir ensemble.Se connaître vraiment.On a eu le temps de tout se dire, de déblatérer, fait que maintenant, on se regarde dans les yeux et on n’a plus besoin de rien se dire.La musique part et on se suit.» Ils se suivront les 29 et 30 avril et le 1" mai à la salle Al- bert-Rousseau de Sainte-Foy et remettront ça au Soda les 2 et 3 mai.«On va quand même se parler un peu de nos enfants.» Plume sourit, presque gêné.Un peu plus et on entrait dans le jardin secret.CHANTS D’ÉPURATION Plume Latraverse Disques Dragon (Sélect) JACQUES GRENIER LE DEVOIR Plume Latraverse: «J’ai la très grande chance de pouvoir faire vivre un band.Avec eux autres, je me promène dans mes chansons comme un aveugle sur le Métropolitain à l’heure de pointe.» THEATRE BUREflUH Venez voir Je spectacle!.Auteur, metteur en scène et comédien Alexis Martin Guylaine Tremblay NOUVEAU! Théâtre" Expérimental Seulement places disponibles .Julie Le Breton Jacques L’Heureux François Papineau Stéphane Brulotte Fait au Canada Scénographie Stéphane Longpré Costumes Catherine Gauthier Éclairages et direction technique Stéphane Jollcoeur Musique Michel Smith Assistance à la mise en scène Isabelle Qlngras Régie Colette Drouin Rencontres pluridisciplinaires sur l'identité culturelle V00RUIT DANSE , EN AVANT «MMMM * * * Territoires '"mouvance sous le haut patronage de ('UNESCO 25 et 26 avril 2003 2 jours dynamiques: conférences, projections, danse et débat public Avec : P Joël Des Rosiers, Paul-André Fortier.Gérard Bouchard, Marc Bohrin (Québec) Bogumîl Jewsiewicki (Québec, Congo, Pologne) Ludo Abicht Christel Stalpaart Pol Hoste (Flandre, Belgique) Spôjmaï Zariëb (Afghanistan, France) Organisées par : L’Agora de la danse, le Centre d’Arts Vooruit de Gent (Randre), le Département de danse de l’Université du Québec à Montréal et le CELAT (Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les Arts et les Traditions) Événement : 40$ (régulier) / 20$ (étudiants, aihés et membres du ROD) Demi-jaumée : 20$ (régulier) /10$ (étudiants, aînés et membres du RQD) liiiuuJ L’AGORA DE LA DANSE MK Mi 840, RUtCHERRIER METRO SHERBROOKE 514.52S.1S00 www.agora danse.com BHODtAI KATHLEEN FORTIN ISABELLE MIQUELON CLfitîOF PREGtNT J Théâtre ESPACE Billetterie (514! 845-4890 .+ Réseau Admission (514)790-1245 âirTlëÜIISm Du 25 mars au 26 avril 2003 DU MARDI AU SAMEDI À 20H30 À ESPACE LIBRE 1945 FULLUM MÉTRO FRONTENAC ENTRÉE 18$ RÉSERVATIONS 521-4191 espace libre La Nature MêMe du coNtinENt de Jean-François Caron mise en scène D’Antoine Laprise assisté o' Annick Asseiin UNE production du NOUVEAU THÉÂTRE EXPÉRIMENTAL www.nte.qc.ca theatreOnta.qc.ca MM# «L exfdûmH le devoir OFFRE SPÉCIALE! Obtenez un billet pour la pièce Bureaux et un souper à L'Armoricain pour RESTAURANT L'AnwicaiM avec Normand Danaau Patrice Robftaille Louise Bombardier Paul-Patrick Charbonneau Eveline Gélinas Luc Proulx Martin Desgagné Steve Pilarezik Sébastien Delorme les concepteurs Jean Berd Cleude Accolas Stéphane Cloutier Ludovic Bonnier du 8 avnit au 3 mAi 2003 Éb.PRÉSENTÉE RAR UNE CRÉATION DU Théâtre Urbi et Orbi omEcnoN Yvan Bienvenu*, Sylvie Gagné mriim ET DU Théâtre d’AuJourd’hui 3900, rue Saint-Denis, Montréal www.theatradauiourdhul.qc.ca (514) 282-3900 , ¦ EN DIRECTION " René Richard Cyr Jacques Vézlna Gilles Renaud COLLABORATION AVEC 1 LE DEVOIR.LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 AVRIL 2 0 0 3 K ?Culture * THÉÂTRE JACQUKS GRKN1KR l.E DEVOIR «Cette pièce ne porte pas tant sur l’éclatement d’un couple que sur l’éclatement d’un conjoint qui passe par plusieurs paliers de décompressions correspondant aux phases de détachement que l'on connaît lorsqu’on traverse une rupture», explique Claude Meunier.Péril en la demeure Avec Les Noces de tôle, Claude Meunier signe une tragicomédie sur le couple Après le succès faramineux de son téléroman La P’tite Vie, Claude Meunier a senti le besoin de se retirer pour se retrouver.Il revient maintenant au théâtre avec Les Noces de tôle, une pièce mise en scène par Denis Bouchard dans laquelle on retrouvera des interprètes de la «famille artistique Meunier».Cette nouvelle oeuvre permet à l’auteur de renouer avec la veine tragicomique de sa pièce Appelez-moi Stéphane, créée en 1980.SOLANGE LÉVESQUE Quand j'étais jeune, confie Claude Meunier, j'étais du genre renjermé et marginal; j’ai eu la chance de tomber dans la bonne gang, de rencontrer de grands comédiens qui ont créé un style et qui m’ont donné confiance en moi.» Des comédiens comme Marc Messier, Michel Côté et Pauline Martin, entre autres, et toute l’équipe de La Fricassée, une série jeunesse télévisée de Radio-Canada pour laquelle il écrivait des textes dans les années 1970.On sait le chemin parcouru par Claude Meunier depuis.Une affaire de couples Dans sa nouvelle pièce, un couple s’apprête à fêter ses noces d’argent; mais une annonce inattendue vient changer le métal précieux en tôle, et «les noces sonneront plutôt.la “quécanne’’», explique Claude Meunier tout en replaçant la petite figurine du marié tombée dans le glaçage du gâteau à trois étages qui trône sur la table.«C’est un accessoire important pour un 25' anniversaire de mariage», fait-il remarquer.À mesure que le téléroman La Ftite Vie évoluait, Claude Meunier réalisait que les histoires de couples y prenaient de plus en plus de place; c’est en écrivant les derniers épisodes qu’il a eu l’idée de cette pièce qui lui apparaît comme une tragicomédie, très distanciée par rapport à La Ftite Vie.«J’étais frustré de n’avoir que vingt-deux ou vingt-trois minutes [commerciaux mis à part]; ce n’est pas suffisant pour approfondir les choses.» La pièce Les Voisins, reprise récemment chez Duceppe, a également contribué à lui redonner le goût de pousser plus loin son étude du couple.Mais c'est la comédienne Pierrette Robitaille qui a été le déclencheur ultime de l’écriture des Noces.«C’est elle qui m’a stimulé et inspiré; j’ai un peu écrit la pièce pour elle.Pierrette est une interprète exceptionnelle et l'histoire met en scène des gens de sa génération et de la mienne, qui vivent dans un milieu très aisé.Ce ne sont pas des personnages caricaturaux; ils ne sont pas aussi absurdes que ceux des Voisins.fis sont plus près du quotidien et du monde ordinaire.» Dans La Ftite Vie, Claude Meunier lançait dans une mêlée surréelle des archétypes plus grands que^nature: «Ily avait un jaloux, un “cheap”, un menteur, une schizo.Ils étaient joués à l’extrême, mais la vérité les rendait plausibles.» Il a entrepris Les Noces de tôle en plein été.sans projet, sous le coup de l’inspiration, •f’ai terminé la pièce assez rapidement, mais je l’ai beaucoup retravaillée pour atteindre à la plus grande authenticité.Elle ne porte pas tant sur l’éclatement d’un couple que sur l'éclatement d’un conjoint qui passe par plusieurs paliers de décompressions correspondant aux phases de détachement que l’on connaît lorsqu’on traverse une rupture», explique l’auteur.L’œuvre adopte une forme théâtrale assez classique; elle condense en une heure et demie six mois de la vie d'un couple.«C'était très important pour moi d’être vrai.Cette pièce traduit ma vision de ce qui peut arriver.» À la manière Meunier On y verra plusieurs sortes de couples; certains croient encore à l’amour, d'autres sont désabusés.La pièce expose tous les angles, à la façon d’un bilan, elle explore différents points de vue que la vie à deux peut inspirer.«Un homme, par exemple, annonce à son épouse qu’il la quitte pour une jeune femme le soir même de l’anniversaire de leur mariage; le sujet paraît plutôt tragique de prime abord» Il sera empoigné à la manière Meunier, c’est-à-dire révélé à travers la drôlerie et l'absurde qui sont inhérents aux rapports humains, pour peu qu’on les envisage sous un certain angle et qu’on les mette en perspective.Réconcilier le comique et le tragique requiert autant de doigté que de talent.«On a beaucoup échangé autour de la table lors des premières lectures.La pièce invite à la discussion.Elle est imprégnée d’ironie, avec une fin dure et crue.Les comédiens se sont beaucoup impliqués.D’un commun accord, ils ont fait le pari d'émouvoir.» La distribution a été composée avec la collaboration de Denis Bouchard.«Ils sont tous de ma famille», précise Claude Meunier.Selon lui, le couple ne peut échapper complètement à la société de consommation dans laquelle il évolue.«On consomme aussi des conjoints, remarque-t-il.C’est peut-être un peu dur pour le public de passer du comique au tragique, mais ce sera possible grâce aux comédiens, qui sont des virtuoses de cet art.Et grâce à Denis Bouchard», à qui l’auteur fait totalement confiance.«H a joué un rôle majeur depuis le début, orchestrant un jeu très dramatique tout en tentant de faire rire jusqu’à la fin, comme fait le cinéaste Ettore Scola.» Claude Meunier espère que la pièce émouvra les spectateurs.«Je suis convaincu, en tout cas, qu’elle va susciter des discussions dans les chaumières, comme elle en a suscité parmi nous.» Il affirme croire au bonheur, il croit que le couple peut permettre de vivre des moments extraordinaires.«La vie à deux n’en demeure pas moins une expé- rience périlleuse, qui peut l’être davantage pour l'homme ou pour la femme selon les rapports de force qui se sont établis dans le couple, et selon les individus.» D’être associé au genre comique n'embête pas Claude Meunier.«Somme toute, ça me fait plutôt plaisir.Les étiquettes que l'on peut m’accoler me font rire.Par exemple: Ihumour absurde.» Il n'est pas de ceux qui boudent leur plaisir «J ’adore faire rire; je me fais souvent rire moi-même quand j’écris des dialogues.On peut faire sentir par l'humour bien des choses qui seraient inaccessibles autrement».Le créateur et interprète de Pôpa fait son beurre de tous les sujets, ou presque.«On peut parler de tout, quand on fait de l’humour, sauf de la maladie: il est difficile de faire rire avec le cancer, le sida et.la religion!» 11 a été très surpris de la réaction du public à la suite de l’émission spéciale de La Ftite Vie télédiffusée à Noël en 2002.«J'ai reçu des lettres de gens vraiment offensés.La crèche, on ne touche pas à ça!» Claude Meunier aime toutes les sortes d’humour, «de celui de Woody Allen, qui a le génie d’écrire sur lui-même, à celui de Bernard Haller en passant par des artistes aussi différents que Darry Cowl, Raymond Devos, Ionesco, Abbott et Costello.et Yvon Deschamps, qui réunit le tragique, le comique et le politique, et qui sait refléter parfaitement son époque».LES NOCES DE TÔLE Théâtre Jean-Duceppe, du 16 avril au 24 mai.Au bord du gouffre de la vacuité LA DEMANDE D'EMPLOI De Michel Vinaver.Mise en scène: René-Daniel Dubois.Décor et accessoires: Gabriel Tsampalieros.,Costumes: Ginette N oiseux.Éclairages: Guy Simard.Musique: Michel Smith.Maquillages: Jacques-Lee Pelletier.Avec Claude Prégent Isabelle Miquelon.Vincent Bilodeau et Katleen Fortin.A l'Espace Go jusqu'au 3 mai.SOPHIE POULIOT «O:.dort les uns contre les autres / On vit les uns avec les autres [.] Mais au bout du compte / On se rend compte / Qu on est toujours tout seul au monde», a écrit Luc Plamondon.C’est de cette profonde solitude, de cette absence de véritables liens avec autrui, même avec les membres de sa famille, ainsi que de l’absence de valeurs humaines fondamentales que traite Im Demande d'emploi.11 suffit que Page, cadre supérieur dans le secteur de la vente, perde son emploi pour que rien n’aille plus dans son existence.Écrite au début des années 1970, cette pièce de Michel Vinaver, sauf en ce qui concerne les personnages de la mère et de la fille, a étrangement peu vieilli.Ir contemporain de classe moyenne aisée est toujours aux prises avec un vide ontologique sur lequel s’échafaude une vie précaire, tributaire du système économique dans lequel il s’intégre et par lequel il se définit.Et le plus triste de tout cela est que la jeune génération occidentale, si imbue de matérialisme, de réussite à tout prix et d’individualisme qu’elle n’a ni temps ni intérêt pour la révolte ou la simple remise en question, est presque condamnée à connaître les affres décrites par Vinaver.la pertinence de monter cette pièce ne peut donc être remise en question, pas plus, d’ailleurs, que le talent des acteurs choisis.Par contre, ceux qui estimaient que Kean, la dernière pièce mise en scène par Rene Daniel Dubois, manquait de subtilité pousseront les hauts cris devant ce tableau expressionniste composé d'un méchant homme d’affaires tout de noir vêtu, aux gestes de psychopathe mégalomane dignes d’un personnage de dessins animés, d'un pauvre homme dépassé par la société commercialement anthropophage qu'il a participé à créer — les veines des poignets ouvertes, il agonise d’un bout à l’autre du spectacle — et enfin d'une femme et d'une adolescente dont l’aspect est aussi caricatural que la psychologie de leur personnage, l’une étant assoiffée de sécurité, l'autre de rébellion.Tous ces lurons évoluent isolément, perchés, dans un fragile équilibre, sur des rochers, métaphore de l’individualisme carnassier ambiant et du gouffre dans lequel ils sont menacés de tomber.Derrière eux se trouve le ciel, variant selon les différentes couleurs que lui insufflent les éclairages magnifiques de Guy Simard.Si l'absence de déplacement des acteurs |x-ut ennuyer certains spectateurs, mentionnons tout de même que la structure du texte, où chacun lance ses répliques sans vraiment répondre à celles des autres ou encore attendre de réponse' aux siennes, se prête tout de même bien à ce type de mise en scène.Certes, peut.être quelques mouvements supplémentaires auraient ajouté du dynamisme à l’ensemble, mais ce qu’il importe surtout de remettre en question, c’est le fait que Claude Prégent, en Page, ait été incité à dire son texte constamment à bout de souffle, agonisant du début à la fin de la pièce.L’évocation du suicide comme symbole de la douleur extrême et insoluble est, au départ, aux antipodes de la subtilité, mais la façon dont cet élément est utilisé aurait beaucoup gagné à être davantage nuancée.Cela aurait sans doute permis à ce bon spectacle d’être meilleur.SOURC E ESPACE GO Claude Prégent, en Page, a été incité à dire son texte constamment à bout de souffle, agonisant du début à la fin de la pièce La Demande d’emploi.FESTIVAL DE THEATRE DES AMERIQUES •|Qe| du 22mai édition au 8 juin 2003 % Humiliés ot offensés Dostoïevski / Frank Castorf berlin La INtogie des dragons Robert Lepage québec Hrst Night & And on the Thousandth light Forced Entertainment Sheffield ÜBUNG Josse de Pauw / Victoria gand Purifiés Sarah Kane / Krzysztof Warlikowski Varsovie After Sun Rodrigo Garcia madrid Ncardo ¦ Shakespeare / Mapa Teatro bogotà La Bada Homère / César Brie sucre Ofos de dervo rumanos Beatriz Catani la plata Incendies Wajdi Mouawad Montréal La Noirceur Marie Brassard Montréal L'Asile de la pureté Claude Gauvreau / Lorraine Pintal Montréal HÉdon Cfeiéma Marguerite Duras / Brigitte Haentjens Ottawa Chekhov longs.In the ravine Tchékhov / Smith-Gilmour Toronto Burning Vision Marie Clements / Peter Hinton vancouver nouvelles SCÈNES Comektonce d'in potentiel biM Farine Orpheline Le requin Manc sa imdUple Marcelle Hudon Problématique provisoire Julie Andrée T.ITagédie microscopique, Opus 17 Le frère de la sangsue Comtag Home to Roost Usa Rae Vineberg Le Boson de Mggs Le Groupe de poésie moderne PL'isi, ÉVÉNEMENT flamboyant GRATUIT Un peu plus de lumière Groupe F Quai da l’Horloge - Vieux-Port de Montréal - 31 mal à 22 h 30 En cas d’orages électriques et de vents forts : remis au lendemain FORFAITS HÉBERGEMENT 1-886-533-7848 INFO-FESTIVAL (514) 871-2224 FORFAITS FTA disponibles jusqu’au 10 mai www.ffta.qc.ca billetterie ^ Articulée (514) 871-2224 1-866-844-2172 L E DEVOIR.I.E S SAMEDI 12 ET DI M A X C II E 13 AVRIL 2 0 0 3 Culture « Les thèmes sociaux invitent à découvrir le mouvement tout comme une certaine conscientisation » SOURCE CATHARSIS D’une durée d’environ 50 minutes, Locus Agitato mise sur une prise de conscience à travers un style aussi fluide qu’instinctif.Pour une démocratisation de l’art chorégraphique L’art chorégraphique comme discours politique.Voilà tout un défi à relever.Pourtant, Sonia Racine et Anik Morneau ne reculent devant rien.Les directrices artistiques de la troupe Catharsis s’inspirent de thèmes sociaux afin de promouvoir l’échange ainsi que le questionnement le plus direct.Par l’intermédiaire d’une gestuelle énergique, Locus Agitato s’installe sur du concret.DAVID CANTIN \ A partir de mercredi, au Studio La Rotonde de Québec, le public devrait entrer en contact avec l’action, la colère, ainsi que les embûches du militant.Il y a d’ailleurs ce désir chez Catharsis «d’innover dans la recherche de nouvelles esthétiques corporelles et de défier les normes établies».Avec sa formation d’institutrice communautaire de même que par son travail à Moisson Québec, Sonia Racine connaît assez bien le milieu des groupes populaires.Comme elle le mentionne, «le spectacle a d'abord pris forme par l’entremise du Fonds de solidarité des groupes populaires de la région de Québec, qui nous ont commandé une courte pièce pour un projet bénéfique.Après coup, on a voulu élaborer une série de tableaux avec l’aide de sept interprètes féminins».Dans le cadre souple et créatif de Catharsis, on remarque que la danse n’est pas la formation académique principale de plusieurs de ses membres.On retrouve plutôt un réel besoin d’atteindre une certaine démocratisation du travail chorégraphique.Ainsi, Anik Morneau fait remarquer que «Catharsis s'affirme avant tout à l’image d'un creuset de création collectif où s'entremêlent la passion de la danse et ce besoin de communiquer une vision de l’être humain dans son environnement.Le but demeure aussi de provoquer, d’intéresser et de séduire le public, peut-être à n fl?*r «.CM/r 4#ce L'Itlat C prédit! It iiittllt crlitlti ét GILLES MAHEU / CARBONE H • Maheu continue de manei une veine autobiographique, pleine d'images vibrantes, à des extiaits d'écrits multiples.Mots graves, pesés, lecueillis.qui sont présentés comme autant de portes ouvertes sur la compréhension du monde » Hervé ffuav, Lï DEVOIR mil 2003 • U brb/ror/réoue ou est un bel obiet.rempli de poésie, dé douceur, de perles et de petits bonheurs fugitifs.» tv?Dumas.iA PRESSE, mars ?003 • Gilles Maheu est un créateur essentiel, La brWiolhégue ou .s'ajoute dans le palmarès de ses plus beau» spectacles ¦ André Ducharm' Aux »rt» ttc., Radio-Canada.,nril2003 JUSQU'AU 12 AVRIL * V.< ~ .^ .„ mm USINE O 521.4493 790.1245 www.ttsine-c.com 0 Métrapoftadr son insu, dans un univers chorégraphique qui rejoint les enjeux de la société actuelle».Interpeler le spectateur Avec Locus Agitato, la réflexion se fait sous le signe d’une masse sociale qui se lève et affirme son droit à la dignité.Un message politique n’intervient toutefois pas de manière draconienne.Il s'agit d’abord d’un échange d'énergie avec les gens dans la salle.Selon l’une des chorégraphes, «on tente de transmettre des images, mais aussi d’approfondir l'idée de réseaux, de liens et d’échanges.On souhaite également faire passer le doute, de même que la remise en question à l’oeuvre chez ces groupes».D’une durée d’environ 50 minutes, cette chorégraphie mise sur une prise de conscience à travers un style aussi fluide qu’instinctif.De plus.Racine et Morneau préfèrent travailler sur une longue période de temps.«Cela fait presque deux ans que l’on élabore les multiples transitions à l’intérieur de Locus Agitato.Il est nécessaire de prendre un certain recul lorsqu'on traite d’un sujet comme la mondialisation ou la montée du néolibéralisme.Ce n'est pas évident en danse, sauf qu'on a besoin dans notre démarche de s’appuyer sur une thématique aussi rationnelle.On vise autre chose que simplement la performance technique.» Comme les intérêts financiers passent avant la valorisation ou le bien-être de l’individu, Locus Agitato montre aussi le combat soutenu et actif d’une masse complexe.«C’est certain qu’on cherche à interpeller directement le spectateur.Le studio de La Rotonde permet ce type d’intervention.Par ailleurs, on varie beaucoup d’un enchaînement à l’autre.On tente d’évoquer le militantisme à travers ses nombreuses couches.H serait futile de mettre en contact avec un regard unidimensionnel.» Un tel rayonnement peut aussi atteindre un public plus vaste.Selon Sonia Racine, «il n ’est pas rare de rencontrer des personnes qui découvrent la danse contemporaine avec Catharsis.Les gens ont besoin de repères.Les thèmes sociaux invitent à découvrir le mouvement tout comme une certaine conscientisation».Une autre façon de dire que la danse se lève et proteste.LOCUS AGITATO Chorégraphie: Anik Morneau et Sonia Racine (en collaboration avec Nadine Davignon).Une présentation de Catharsis dans le cadre de la série Mouvements d'intimité de La Rotonde.Au studio La Rotonde, 310, boul.Lange-lier, Québec, du 16 au 19 avril.Un échec lamentable Le cinéma d’Artus de Penguern manque de rythme, de vigueur, de style, de sorte que toutes ses promesses comiques sont englouties dans un cratère d'incompétence et de vulgarité GREGOIRE MOULIN CONTRE L’HUMANITÉ D'Artus de Penguern.Avec Ar-tus de Penguern, Pascale Ar-billot, Élisabeth Vitali, Serge Ria-boukine.Scénario: Artus de Penguern, Jérôme L’Hotsky.Image: Vincent Mathias.Montage: Corinne Cahou, Christophe Mart-houd, Claude-France Husson.Musique: Benoît Pimont France, 2002,90 minutes.MARTIN BILODEAU Rien n'est plus éloigné de l’imaginaire français que les comédies outranciqres anglo-saxonnes.En fait, seul Étienne Chatiliez se tire d’affaire dans ce domaine, et encore le fait-il parce qu’il a développé un style et un humour personnels, de surcroît très enracinés dans la culture française.Artus de Penguern, pour sa part, a du chemin à faire s’il veut forger son style et trouver le ton qui convient.En attendant, l'humoriste apprenti cinéaste plagie et singe After Hours et Pulp Fiction sans que sa propre contribution au genre, s’il y a Ueu, ne s’affiche à l’écran.Grégoire Moulin contre l’humanité n’est en fait qu’une comédie sinistrement bête et pas drôle, qui tente de faire rimer son mal-être avec les éclats sublimes de la comédie de Scorsese et les débilités rusées du film de Tarantino.Le récit s’articule (voilà un bien grand mot) autour d’un timoré de province, Grégoire Moulin (Artus de Penguern), mal armé pour les rigueurs de Paris, ses apparte- ments trop petits, ses gens pressés et mesquins, ses environnements de travail déshumanisants.Comme prévu, le sensible Moulin bat de l’aile dans ce monde galopant.Le jour où a lieu la finale de la Coupe du monde de football, la frénésie qui s’empare de tous lui échappe et, en revanche, la guigne s’abat sur lui.Et dire qu’il a choisi ce jour pour tendre un piège amoureux à la belle maladroite d’en face (Pascale Ar-billot), qui l’attend dans un café en lisant Madame Bovary.Artus de Penguern ne manque pas d’humour, et même les plus grotesques de ses sketchs ont du potentiel.Hélas, son cinéma manque de rythme, de vigueur, de style, de sorte que toutes ses promesses comiques sont englouties dans un cratère d’incompétence et de vulgarité.Le cinéaste n’aspirait pourtant pas à grand-chose: dénoncer par l’absurde l’aliénation parisienne qui ne fait qu’une bouchée des pas-malins, exposer la bestialité de l’homme lorsque la frénésie du sport resserre l’étau sur ses croquignoles, formuler à travers un chapelet de péripéties absurdes, de ricochets dramatiques, de bals costumés et de coups du sort la promesse d’une histoire d’amour dont l’ambition ne dépasse pas celle qui unit Gaston Lagaffe et Mademoiselle Jeanne.Eût-il réussi à relever ce défi simple que Grégoire Moulin contre l’humanité nous aurait semblé périssable.C’est dire l’accablement qui nous afflige devant l’échec lamentable de ces minuscules ambitions.SOURCE FUN FILMS Grégoire Moulin contre l'humanité n’est en fait qu’une comédie sinistrement bête et pas drôle.le Théâtre de Ia Manufacture présente ,a Reine de be v deLeenane aufé m Martin McDonagh traduction : Fanny Britt MISE EN SCENE : MARTIN FAUCHER avec : Micheline Bernard.Denise Gagnon, Jean Maheux ft | fan-François Naof.au JfL Ce texte a le don de bouleverser et de faire rire aux éclats ~ La Presse Des comédiens exceptionnels de justesse - ici Mise en scène parfaite.J'ai passé une soirée extraordinaire - SPC, aux arts etc.Micheline Bernard et Denise Gagnon narguent tous les abîmes et en triomphent - Le Soleil 15 AU 26 AVRIL 2003 RÉSEAU ADMISSION 4SS9, PAPINEAU • MONTRÉAL.QC 514.790.124S ou www.theatrelalicorne.com 1.800.361.4595 5 1 4.5 2 3.2 2 46 EN TOURNÉE : 12 avril, Valleyfîeld / 29 avril, Saint-Laurent / 2-3 mai, Le Sic / R-9 mal, Gatineau / 13 mai.Outremont / 17 mai, Terrebonne Culture et télé pour ne rien manquer L'AGENDA chaque samedi 06 LE DEVOIR.LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 AVRIL 2 0 0 3 le (inémo Culture pour l'Iioriiirf (onplei.L’AGENDA e x Ce n t r i s HORAIRES S14 847 2206 WWW.EX-CiNTRIS.COM CINÉMA Offensés et humiliés SOURCE SONY PICTURES Dans Anger Management, le jeu volontairement outrancier de Jack Nicholson écrase chaque fois la présence fadasse d’Adam Sandler, duo mal équilibré, à la limite de l'incongru.Imbécile au bord de la crise de nerfs ANGER MANAGEMENT Réalisation: Peter Segal.Scénario: David Dorfaian.Avec Adam Sandler, Jack Nicholson, Marisa Tomei, Luis Guzman, John Turturro.Image: Donald McAlpine.Montage: Jeff Gourson.Musique: Teddy Castellucci.Etats-Unis, 2003,103 minutes.ANDRÉ LAVOIE Que les admirateurs inconditionnels et surtout peu exigeants d’Adam Sandler se rassurent.Punch-Drunk Love de Paul Thomas Anderson n’était qu’une parenthèse, ce dont on se doutait avant même la fin du film.Même si le cinéaste a su utiliser avec audace la fausse candeur de l’improbable star, son univers étrange collait difficilement à la peau de celui qui incarne un large pan de la médiocrité américaine.Anger Management de Peter Segal (Nutty Professor II: The Klumps) sonne l’heure du retour à la normale pour ce clone postmoderne de Jerry Lewis, mais une normalité empreinte d’une plus grande respectabilité, du moins si on compare le film avec Happy Gilmore ou, plus récemment, Mr.Deeds.La retenue dans la vulgarité et le fait qu’un acteur de la trempe de Jack Nicholson — assurément moins séduit par le défi d’interprétation d’un rôle fait sur mesure que par la grosseur du chèque — veuille partager l’affiche avec Sandler témoignent de ce timide changement de cap.Sandler se glisse sans mal dans la peau d’un homme ordinaire, Dave Buznik, incapable de s’imposer devant son patron ou de faire la grande demande à son amie linda (Marisa Tomei en poétesse: dur coup pour la littérature), résultat d’un traumatisme remontant à l’enfance et décrit dans un flash-back où le kitsch des années 70 est concentré en quelques plans.Vingt-cinq ans plus tard, au cours d’un voyage en avion, il est faussement accusé d'avoir agressé une hôtesse de l'air et, à titre de léger châtiment, on lui impose une thérapie de groupe dirigée par le célébré docteur Buddy Rydell (Jack Nicholson).Ses méthodes se révèlent vite excentriques et ont surtout pour effet d’attiser la timide colère de Buznik.La cure d’affirmation de soi prend alors une tournure inattendue lorsque Rydell décide de s’installer chez Buznik, bousculant allègrement son quotidien réglé au quart de tour et semant la zizanie entre lui et Linda au point de provoquer une rupture.Apprenant que le thérapeute courtise celle qu’il aime toujours, Buznik décide de prendre les grands moyens pour la reconquérir.Reposant sur une idée porteuse de promesses amusantes, soit celle de l’obsession des Américains pour les thérapies en tout genre, cette comédie romantique respecte jusqu’à l’ennui les diktats du genre et laisse bien souvent aux deux stars tout l’espace nécessaire pour leurs prévisibles numéros de cabotinage.Le jeu volontairement outrancier de Nicholson écrase chaque fois la présence fadasse de Sandler, duo mal équili- bré, à la limite de l’incongru.Ils se font parfois devancer par une galerie de personnages secondaires dont le réalisateur ne semble savoir que faire, même si certains sont défendus avec beaucoup d’aplomb par John Turturro et Luis Guzman en colorés patients de Rydell.Dans ce récit échevelé où l’on enfile les blagues vaguement salaces, quelques cascades pour retenir l’attention des spectateurs impatients et bien des crises de nerfs inutiles où le tandem s’époumone jusqu’à l’asphyxie, le réalisateur en profite pour rendre hommage à la beauté altérée de New York depuis un certain 11 septembre, poussant même la complaisance jusqu'à offrir un caméo à l’ancien maire Rudolph Guiliani.Les clins d’œil musicaux à West Side Story s’avèrent nettement plus efficaces, mais le tout dérape jusqu’au vertige lors de la grande réconciliation finale, conclusion obligatoire dans toute bonne comédie romantique.Au centre d’un Yankee Stadium plein à craquer, Sandler essaie tant bien que mal de jouer au dernier amant romantique, mais son regard creux et sa diction pâteuse trahissent ses cruelles limites.Lors de ce fatal voyage en avion, afin de convaincre le pauvre Buznik de modérer ses transports alors qu’il est presque aussi calme qu’un moine bouddhiste, l’hôtesse de l’air ne trouve rien de mieux à lui dire que: "This is a troubled time for our nation.» Un film comme Anger Management réussit parfaitement à nous convaincre que l'heure est grave.STEVIE Realisation: Steve James.Images: Dana Kupper, Gordon Quinn, Peter Gilbert.Musique: Dirk owell.Documentaire.Cinéma du Parc, 140 minutes.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR On peut difficilement imaginer documentaire plus déprimant que ce Stevie, plus triste et aussi plus long (demi heures vingt).Elle est interminable et dure pour le moral, cette intrusion dans l'Amérique profonde de l'Illinois du Sud.Place à un milieu rural violent et misérable sur les plans humain, culturel, intellectuel, moral, où des enfants poussent croche et perpc^ tuent des antimodèles.Seuls les preachers, devant qui tout ce beau monde aboutit tôt ou tard, ont de l’espoir à offrir pendant leurs cérémonies hystériques, la misère intérieure des couches les plus démunies et les plus manipulables de la société américaine éclate ici jusqu'au malaise.le documentaliste Steve James (à qui on devait déjà Hoop Dreams) lut autrefois le Grand Frère de Stevie, un garçon de 11 ans, battu connue plâtre puis abandonné par sa mère, élevé par la mère de son beau-père puis ballotté de foyer d’accueil en foyer d’accueil, agressé sexuellement, négligé, expédié dans une institution pour malades mentaux.Comment, devenu adulte, pourrait-il être autrement qu’intoxiqué, au bord de l'hébétude et agresseur à son tour?Dix ans après avoir laissé tomber Stevie sans lui donner de nouvelles, le cinéaste réapparaît avec sa caméra pour filmer la suite des événements.Stevie est en attente de procès pour avoir agressé sexuellement sa nièce de huit ans, car sa sœur a porté plainte.Le do-cumentariste va rencontrer la mère, la sœur, la blonde, les proches de l’accusé.Il nous les montre se justifiant devant la caméra, pataugeant plutôt d’un mauvais argument à l’autre.Et la caméra suit le pauvre Stevie, gros, pathétique, laid, floué de toute part par tout le monde depuis toujours, pourtant touchant.11 faut le voir avec sa copine déficiente mentale.Ils s’aiment tous les deux.Stevie est affectueux.On lui a seulement gâché son enfance.Ce documentaire que Steve James lui consacre en le talonnant jusqu’à la prison où il ira purger sa longue peine en devient indécent à nos yeux.Le cinéaste l’avait lui aussi abandonné quand il était son Grand Frère.On a l’impression qu’il ne fait que le récupérer pour les besoins de son film.En même temps, ce documentaire a le mérite de mettre en lumière un milieu trop souvent oublié, condamné par les tribunaux, laissé pour compte des services sociaux, parce qu’il est oublié des dieux et qu’on est trop lâche pour le regarder dans le blanc des yeux.ps serait-il devenu fou ?l'Homme trop preset prend son thé à la fourchette un film de Sylvie Groulx EX-CENTRIS 3536, bout.Saint-Laurent, Mtl Billetterie (514) 847*106 onl.ca/h C I N E H A PAPAL L 3 L E JUSQU'AU 24 AVRIL! RElACHi LES 11.Il ET tl AVRIL 15 h 10 - 21 h 35 Ix?documentariste Steve Stevie, un garçon de abandonné par sa mère.SOUUO i KlSI'Al PU.MS James fut autrefois le Grand Frère de 1 1 ans, battu comme plâtre puis PRIMÉ AUX FESTIVALS D'AVIGNON ET DE NEW-YORK «UNE COMÉDIE FRAÎCHE PROCHE D’AMÉLIE POULAIN.» Festival Juste Pour Rire «UN GRAND FILM COMIQUE POPULAIRE.» Studio ¦ ' # J| FUNFILM DISTRIBUTION PRtSeN^ GREGOIRE MOÜUN L'H mu ANITE! MU»» EBTIISW PtlWWRI» o.tWIitBDI WNEUIRN mclll AMIIini IIISMIIIH VIIMI «NIOMI nUiRV KietlIIMOUnM DMHI KfflMMJ HMNÇnS MM MO MMR-MMIII MO* »*.tr»nK mim MIMN mt II ruiomna ¦ (HOVIS CMMU4C >«• n eu « JICKt icium mbm MtUI III HI WM UN,, JlftOM l'MUSKV MuuswIRNOjl PIM0N1 MMtVMCnn METHIM «umStlVK OIIVI «NMorennihlGIVI MOinUI MllttW RHONHHPIS ont me srncmtM* iPsniN(M»rn,iariMuts 1 _______ L’AFFICHE « .L’INTERPRÉTATION DE PICARD EST À L'IMAGE DE CE FILM MAGNIFIQUE.» MARTIN BILODEAU.LE DEVOIR ?UN FILM D’UNE PROFONDE ET TOUCHANTE HUMANITÉ.LUC PICARD EST CRIANT DE JUSTESSE ET DE VÉRITÉ.» GILLES CARIONAN.LE SOLEIL ?.t4ç ).0 mn [ À 1 • > p p 1 / u r 1 f plavcm btamctti t p»famous plavsws ——* A L AFFICHE! ^mwmrn.\ MONTREAL ?1 [ PARISIEN ?I rciNÊMA r~ mIoa-plék • ouuo «—I P—•ciNt^Le* ootow—| poAtentes sthyacinths Cinquième telle Place des Arts Bilk's «n vtnt» su et« eu II 11 «u www.|Ml«.4«c e« Réseau Admission 614 7*0 1246 SHINE NUFONIA MUST FALL Kid Koala (ECW Press-Ninja Tune) L’idée n’est vraiment pas bête.Plutôt que de refaire un autre Carpal Tunnel Syndrome, le Montréalais Kid Koala décide d’assouvir sa passion pour la bande dessinée.D’ailleurs, quelques-uns se souviendront peut-être que le DJ de Bullfrog avait inclus un bref survol de son travail graphique à l’intérieur de son premier album solo chez Ninja Tune.Grâce à Nufonia Must Fall, on a maintenant droit à un autre exemple du talent d’Eric San.Les gens d’ECW Press ont donné carte blanche à ce créateur pour le moins audacieux.La marche était haute, mais voilà que Kid impressionne de nouveau.Le dessin ainsi que la narration incitent au respect pour un autodidacte de la sorte.En l’espace de 340 pages, l’histoire tourne autour d’un robot-DJ qui tombe sous le charme d’une informaticienne.De plus, un mini-album d’une vingtaine de minutes accompagne un tel projet.Ces brefs interludes pour piano et scratchs ne font qu’agrémenter une lecture plutôt amusante.On aurait voulu une trame sonore plus longue, mais il y a surtout ce volume rempli de trouvailles visuelles.D.C.1» () I* THE SMELL OF OUR OWN The Hidden Cameras (Evil Evil-Outside) Est-ce que The Hidden Came ras serait la prochaine merveille pop à sortir de Toronto?À l’écoute de The Smell Of Our Own, on a l’impression de découvrir un collectif à la recherche de mélodies baroques grandiloquentes.Quelque part entre la ferveur du gospel et une démesure folk, il n’est pas rare d’entendre de la harpe, un chœur, des cordes, ainsi qu’une gamme d’instruments inattendus sur cet album où la joie culmine.Avec l’aide du réputé Bob Wiseman de même qu’une bonne quinzaine de participants, le chanteur-compositeur Joel Gibb se laisse surprendre par l’euphorie des merveilles terrestres.Rappelant parfois la luxuriance de la fanfare texane The Polyphonie Spree, The Hidden Cameras chante des hymnes naïfs à la gloire du jour.Au début de Smells Like Happiness, Gibb proclame simplement: •Happy we are when we choose to wear the blindfold / And mark our own day with a parade and a song.» Quelque chose d’assez unique est à l’œuvre durant The Smell Of Our Own.Après Broken Social Scene, est-ce au tour de ce grand ensemble de connaître un succès inattendu?Il faudra quand même surveiller de près The Hidden Cameras au cours de l’année 2003.D.C.t O N I K M I* O K A 1 N UN AUTRE DÉCEMBRE Sylvain Chauveau (Fat Cat-Fusion ID) Malheureusement, Sylvain Chauveau n’est pas encore très connu au Québec.Après avoir participé au deuxième album de Below The Sea, Les arbres dépayseront davantage, il revient cette fois avec Un autre décembre sur Fat Cat Lorsqu’il ne verse pas dans le rock planant au sein d’Arca ou de Micro:Mega, ce jeune compositeur français élabore une musique pour piano aussi mélancolique que minimale.Après Nocturne impalpable et Le Livre noir du capitalisme, cette nouvelle tentative s’engage dans une suite de variations où le silence compte pour beaucoup.Les ambiances épurées rappellent autant Erik Satie que Mark HoUis.Toutefois, Chauveau se réclame davantage des plans somptueux de Robert Bresson.D’ailleurs, ces douze courtes pièces pour piano et contrastes électroniques laissent entrevoir un énorme potentiel.La fùsion se fait peut-être parfois trop discrète.Il faudra d’ailleurs attendre le prochain album complet Quelque peu répétitif, Un autre décembre demeure une introduction valable afin de mieux découvrir Tart de ce musicien expressionniste.D.C.C O M I» I 1.A T I journal montreal 1364.chemin Pienr-Péladeau («ortie 69 de l'autoroute de» Uurentidea) 0 i ?LE DEVOIR * SOURCE YAN GIGUERE E Sans titre, 2003, de Marie-Claude Bouthillier.ARTS VISUELS Auras et autres signes RÉSISTER, SE DISSOIJPRE Marie-Claude Bouthillier Galerie Occurrence 460, rue Sainte-Catherine, espace 307 Jusqu'au 4 niai BKRNARO LAMARCH K LE DEVOIR \ A la galerie Occurrence, Marie-Claude Bouthillier poursuit sur la lancée de ses dernières grandes séries en même temps quelle introduit de nouveaux éléments dans sa pratique.Cette dernière oscille entre les acquis de la peinture abstraite et une approche nourrie par une figuration de plus en plus assurée.Les oeuvres présentées actuellement pourraient être vues comme chevauchant deux séries relative ment distinctes.Premièrement, l’artiste étend à d’autres tonnes sa manière développée lors de séries précédentes.Sur ces œuvres, devant lesquelles nous sommes resté plutôt froid, Bouthillier écrit la peinture.Elle accumule à répétition les mêmes trois lettres, «mcb», ses initiales, selon le délicat filin d’une graphie sinueuse qui à la fois remplit les formes et les délimite.Ainsi, ces lignes peuvent former en même temps une chevelure féminine et lui donner son mouvement comme ses volumes.Dans les œuvres faisant état de la nouvelle manière que présente cette exposition, une manière, disons, plus délayée que la précédente et que l’artiste semble sur le point de développer davantage, les réseaux de lignes laissent la place à des taches plus ou moins régulières.Celles-ci s’organisent à l'occasion selon une grille bien visible.Ailleurs, elles constituent, selon le même principe qui anime les graphies précédemment décrites, des silhouettes plus organiques, des corps, que l’on suppose représenter celui de l'artiste.De fait, l’artiste étaye autour de sa production un discours portant sur l'identité, une identité parfois trouble et glissante, et s’appuyant sur la notion de plus en plus large de l’autoportrait.Aussi est-il possible de reconnaître les nattes de l’artiste dans une des œuvres les plus importantes, du moins en ce qui concerne les dimensions.Se dissoudre, une acrylique sur toile de 2003 où les traits de l’artiste ne sont plus suggérés que par des lignes simples, le contour d’un visage et l’ondulation dime seule ligne, schématisée, qui suggère la chevelure.Identité Dans Résister (2(X)3), l’artiste a recours à sa patiente technique de répétition de ses initiales.Les lettres, toujours les mêmes, celles qui «appartiennent» à l’artiste, a t elle déjà dit ailleurs, sont dessinées patiemment à la surface des tableaux.Le titre de l’exposition, Résister, se dissoudre, nous permettra à notre tour d’opposer quelque resistance à cette idée que, sur l'utilisation des initiales, repose une réflexion sur l’identité.b» relation entre celte signature et l'identité est en effet terriblement mince.On préférera croire qu’il n’y a rien de plus éloigné d’une identité propre que les initiales.D’une part, rien n'est plus falsifiable, donc impropre à être porteur d’une identité distinctive, que des initiales.On ixmrra se rabattre sur d’incertaines notions de calligraphie ou encore fétichiser, comme l'a fait souvent l’histoire de l’art, la signature de l’artiste comme dépositaire de ses secrets.Or, aucune de ces avenues ne nous apparaît satisfaisante.Au contraire, l’extrême répétitivité du geste de l’artiste introduit une dimension presque hypnotique, visible dans la forme, qu’il est possible d’envisager en songeant au processus de fabrication de la toile.Li ré» pétition efface l'individualité.Les traces laissées sur la toile ne deviennent plus que les résidus du geste, et la ritournelle s’avère usée.C’est peut-être là, dans cette dissolution extrême de l’identité à travers la réitération du même geste, que le second terme du titre se retrouve: Se dissoudre.Mais l’affaire reste mince.Auras Là où à notre avis l’exposition engage des propos plus intéressants, c’est d;ms les oeuvres où cette écriture laisse la place à une autre, plus évasive.A la surface de toiles de ne tits formats, Bouthillier a laissé des traces au statut terriblement plus ambigu.Sorte d'auras, ces emanations colorées, ces auréoles qui flottent autour des corps représentés (parti>is elles se retrouvent aussi suides œuvres où le corps est évincé), rendent une énergie autrement plus intrigante que celle déployée à si gner et signer encore la toile.Cette sorte de matière astrale ou de fluide vital est rendue visible par l’artiste en diluant ses pigments.Ces traces délayées, sur le point de si' dissoudre (encore), ont ceci de particulier quelles ne flottent plus autour des figures mais quelles les ont rongées, dévorées, pour donner l'impression quelles se sont fondues à elles.Ainsi, ces petites particules énergétiques deviennent les êtres eux-mêmes.Cette approche peut faire référence à un épisode de plus en plus documenté de l'histoire de la photographie.En effet, elles ont ce caractère trouble des images spirites produites à la fin du XIX' siècle |iar certains photographes médiums qui ont produit très sérieusement des images d’auras ou d’ectoplasmes.En cela, ces formes presque liquides ou comme faites d’éclats d’une sombre lumière parviennent à déployer des tensions d'ordre psychologique plus fortes que le questionnement sur l'identité présumément supporté par l’autre manière.les deux séries ont en commun de parler du corps, celui de l'artiste au travail comme celui quelle représente sous le mode de l’autoportrait.Elles forment un corpus d’œuvres relativement cohérentes, ci-s séries, mais une des deux est sensiblement moins racoleuse que l’autre.PIERRE BLANCHETTE Résonances Tableaux récents GALERIE SIMON BLAIS 5420, boni.Saint-Laurent H2T1SI 514.849 1165 Ouvert du mardi au vendredi 10 h à 18h, samedi K)h i 17h Culture et télé pour ne rien manquer Jlhâk, L’AGENDA chaque samedi -— BRUCE ROBERTS Citadins Jusqu'au 23 avril 2003 Rencontre avec l'artiste aujourd'hui, de 15 h à 17 h ILa galerie du Victoria Hall 4626, rue Sherbrooke Ouest, Westmount (514) 989-5226 ¥>a a Le/ dur détir des durer du 20 mars au 26 avril .GALERIE BERNARD 5e anniversaire Exposition du 22 mars au 19 avril 2003 L.Bellefleur, A.Pellan, J.de Tonnancour, M.Barbeau, P.-É.Borduas, M.Perron, P.Gauvreau, F.Leduc, J.-P.Mousseau, J.-P.Riopelle, L.Belzile, J.-P Jérôme, P-V.Choix d’œuvres des artistes de la Galerie Beaulieu, J.Carreau, R.Letendre, J.C.Vilallonga, Frère Jérôme.(nouvelle adresse) 5157, boul.Saint-Laurent, Montréal (514) 279-4247 39S6 me Saint-Denis, Montréal (Québec) (814) 277 0770 Musée J.Armand Bombardier - on du 13 mars au * juin .ion le U avril a 14h une exp< consacn promotii technok Fondation J.Armand Bombardier IBM 11»“;.19 AVRIL - 8 JUIN 2003 La Méthode et l'extase RICHARD BAILLARGEON MICHEL CAMPEAU BERTRAND CARRIÈRE COMMISSAIRE: MARTHA LANC.FORP HELG A SCH LITTER Jardin de cristal Hommage à FRANÇOISE LABBÉ (1933-2001) VERNISSAGE le samedi 19 avril 2003 à 15 h LE CENTRE D'EXPOSITION DE BAIE-SAINT-PAUL ®23, RUE AMBROISE-FAFARD BAIE-SAINT-PAUL (QUÉBEC) G3Z 2J2 T.(418) 435-3681 F.(418) 435-6269 www.centredart-bsp.qc.ca cartbstp@charlevoix.net Ouvert du mardi au dimanche de lOh à 17h COMMANDITÉ PAR VILLE DK BAIL SAIN7-PAU1, VIA RAIL CXIUVKRNKMKNT DU QUÉBEC i E 10 L K DEVOIR.LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 AVRIL 2 0 0 3 -* Culture4- Au delà de Pimage Mon confort d’assise s’est tout au long du conflit en Irak mêlé de mauvaise conscience et de fascination.J’ai la tête pleine, comme la vôtre sans doute, de soldats triomphants, de membres coupés, de bâtiments désintégrés, de corps gisants.A partir des premiers bombardements jusqu’aux hoquets d’agonie du régime irakien, j’aurai vu le sable brouiller les objectifs des caméras, les dômes du palais bagdadi scintiller au soleil, la soldatesque voiler une statue de Saddam d’un drapeau américain, la foule piller les bâtiments administratifs.J’aurai vu toutes les chaînes télé présenter les mêmes scènes en chœur jusqu’à la nausée.Comme vous, comme eux aussi.La solidarité de l’image, ce n’est pas rien, quoique bête comme chou.Tu te rappelles le jour du petit gars sans bras?, me demandera quelqu’un dans un futur indéterminé.Et le jour de la statue déboulonnée?Et celui des journalistes tués?Tu parles si je me rappelles.Nous voilà mûrs pour lire Regarding The Pain Of Others, le dernier essai de Susan Sontag.Parce qu’on n’est pas bombardés impunément de pareilles images sans devenir un consommateur du happening de la guerre.La proximité des balles sans le risque.Le confort devant les bombes.Suffit! De l’avis de l’essayiste américaine, toutes ces théories sur la société du spectacle s’échafaudent dans des •zones de bien-être où les gens ont le douteux privilège d’être spectateur, ou de refuser de l’être, de la souffrance des autres».Elle dit: «Honte à nous!» Et elle a bien raison.Odile Tremblay ?Au début de la semaine, zappant entre les images de guerre, j’ai attrapé au vol une entrevue de Susan Sontag.Son beau visage un peu androgyne, son regard lumineux, ses propos si intelligents semblaient comme un baume sur les scènes de propagande ingurgitées au quotidien.Elle évoquait son séjour à Sarajevo en pleine guerre de Bosnie, parlait de tout ce qui se cache derrière le regard posé sur la peine d’autrui.Elle disait la nécessaire identification du voyeur à la victime et le chemin de réflexion pour y parvenir.Que va-t-il rester de cette guerre quand toutes les statues auront été déboulonnées, tous les palais pillés, toutes les ruines rasées, tous les blessés recousus, tous les morts enterrés?La photo du visage d’un enfant sans bras au corps brûlé, avec un étrange rictus.Sontag dit: regardez-le encore davantage, cet enfant-là.Jusqu’au choc, jusqu’au malaise complet.Ne détournez pas le regard.Comprenez de quoi se nourrit une guerre.Comment ne pas en convenir avec elle?Le filtre médiatique autorise certaines images, en censure d’autres.Des victimes à la peau sombre qui vivent dans un pays lointain, on peut montrer leurs soubresauts d’agonie.Beaucoup moins ceux des Blancs.Le meurtre de trois journalistes vaut davantage que celui de 2000 civils irakiens.Une hiérarchie de la souffrance existe pour nous.A partir du camp qu’on s’est choisi, la mort d’un enfant n’a pas le même prix, selon qu’il soit Israélien ou Palestinien.Pour Susan Sontag, il n’y a pas de guerre, pas de violence justes.Point à la ligne.Et ces vapeurs de patriotisme belliqueux qui empoisonnent son pays lui puent au nez.J’ai plongé dans son essai, Regarding The Pain Of Others.Sans chercher à obtenir des réponses sur le voyeurisme de la guerre mais pour l’interroger à ses côtés.L’essayiste et romancière avait déjà écrit On Photography, remettant en question le pouvoir de la photo.Aujourd’hui, elle affine sa réflexion.Après un siècle et demi de photos de guerre et d’horreur, ceux qui s’étonnent encore du mal que l’homme peut faire à l’homme lui apparaissent d’une insupportable naïveté.Comment peuvent-ils plaider encore l’ignorance?, demande-t-elle.Et comment peuvent-ils s’exclure du bal des fous?«Platon semblait tenir pour acquis qu’on a aussi un appétit pour les scènes de dégradation, de souffrance et de mutilation», écrit-elle.L’essayiste comparera plus loin cette envie de voir des corps souffrir à celle de contempler des corps nus.Pornogra- phie pour pornographie, mais la vraie obscénité n’est pas là où on le pense.Tout un chacun, drapé dans sa toge de vertu, préfère se dire que seuls les autres apprécient en secret la vue des scènes sanglantes, la chair qui souffre.Pas Susan Sontag, qui loge avec son lecteur, son semblable, son frère, à l’enseigne du voyeurisme pervers.Sauf qu’elle refuse de mentir, secoue sans relâche notre «torpeur sauvage».Aux yeux de Susan Sontag, ce n’est pas la quantité des images de guerre qui engourdit l’esprit mais la passivité devant elles.Et cette passivité consisterait en un refus de lire derrière, de comprendre les enjeux en cause.Il faut se semoncer soi-même pour délit de réflexion au delà de Limages, il faut dénoncer l’esprit bourgeois, frisquet, provincial qui noys tient écrasés.À son avis, la photo, l’image télé, même détournées, même trafiquées, même récupérées à des fins partisanes, peuvent toujours parler à ceux qui ont des yeux pour voir et un cerveau pour comprendre.Ça fait du bien de lire Susan Sontag.Elle emprunte toutes sortes de pistes, les contredit parfois, tient son lecteur en éveil, rive les yeux de ses compatriotes sur les photos sanglantes, répète à sa manière: regardez, regardez.Regardez.Et pensez ensuite avec votre tête.La guerre n’est pas une abstraction.Elle est ce sang qui gicle, cette chair qui souffre comme souffrirait la vôtre sous pareille torture.Hep là! otremblayfàledevoir VITRINE DU DISQUE JACQUES NADEAU LE DEVOIR Voici un disque consacré à des pièces brèves, qui impose un autre type d’écoute que celui auquel Francis Dhomont nous avait habitués.SUITE DE LA PAGE E 8 contact avec l’ironie sautillante à son meilleur.ü.C.N’OUBLIE JAMAIS Les 3 Bars Disques Mérite UNE VOIX, UN PIANO Raymond Berthiaume et Georges Tremblay Disques Mérite Aux Etats, on le célébrerait.On parlerait de Raymond Berthiaume comme on parle de Bing Crosby, de Tony Bennett ou de Mel Tormé.Il serait un velouté parmi les veloutés.On dirait qu’il a du duvet ça d'épais sur les cordes vocales et que chacune de ses notes est une caresse.On l’inviterait à crooner ses plus beaux airs dans les festivals de jazz, même qu’on lui fournirait un chouette orchestre pour reproduire le fameux son de l’orchestre dont il était à la fois chanteur soliste et saxophoniste dans les années 50.Les 3 Bars, qu’on appelait l’orchestre.Ou The Xhree Bars, selon le club.Aux Etats, cette toute première réédition des deux longs jeux des 3 Bars en format audionumérique serait un petit événement.Et ici?Ici, disons qu’il faut d'abord passer par-dessus les lunettes.Ici, on additionne Raymond Berthiaume, ses lunettes et son timbre si doux et on obtient un préjugé: tiens, un mononcle.Tels Fernand Gignac ou Paolo Noël, autres veloutés extraordinaires de notre chanson.Encore beau qu’on se souvienne d’eux (le plus souvent à cause de leurs autres vies, d'animateur de télé ou de comédien): les Fernand Robi-doux, Jean Lalonde et autres Robert L’Herbier, grands crooners populaires eux aussi, sont carrée ment passés à la moulinette de l’ancien temps.L’occasion est donc belle d’écrire ceci: Raymond Berthiaume a été et continue d’être l’un de nos plus suaves chanteurs.Souligné ça d’épais.Il n'y a qu’à écouter sa compilation de grands succès déjà parue chez Mérite pour s'en convaincre: quand il chante Non, non jamais O’exquise Never My Love du groupe The Association) ou la chanson-thème du film Alfie, sa voix impossiblement calme est une robe de chambre en ratine à peine sortie de la sécheuse.Enveloppante.Bienfaisante.Son premier pan de carrière avec Les 3 Bars est peut-être encore plus jouissif: s’ajoute à l’art si subtil du chanteur le très cool jazz du trio (avec le piano stupéfiant d’aisance de Roger Gravel), qui se prêtait aussi bien aux adaptations de succès américains (Mister Sandman) qu’aux ritournelles françaises alors en vogue (dont la délicieuse biguine Le Loup, la biche et le chevalier, signée Henri Salvador).Le swing leste de Pam pou dé, le cha cha strict tempo de Cerisier rose et pommier blanc, tout est dodelinement de la tête et claquement de doigts.À l’heure où l'on se pâme (avec raison) pour le Susie ArioU Swing Band, il n’y a pas de raison r>ur qu’on ne fasse pas une fête ce corpus négligé de nos an- nées 50.Du coup, un salut à Berthiaume ne serait pas de trop: l’album Une voix, un piano qu’il vient d’enregistrer en compagnie du pianiste Georges Tremblay n’a pas l’aura chic’n’swell de la réédition des 3 Bars, mais le velours du timbre est encore remarquablement lisse.Achetez les deux disques: vous sauverez le quadruple d’anxiolitiques.S.C.NOS COATS SONT PLUS ÉPAIS QUE LE CIEL Mort de rire (C4 Productions/DEP) Mine de rien, vous avez beaucoup entendu parler de Mort de rire ces derniers temps.En la personne de Simon Jodoin, le leader et porte-parole du mouvement Tous contre la Guilde, dans le feuilleton qui a opposé l’ancien directeur de la Guilde des musiciens du Québec et quelques dissidents du syndicat On savait que Jodoin savait bien défendre des opinions politiques, mais avait-il gardé de l’énergie pour manier le crayon du musicien et du parolier?Mort de rire, avec cet album intitulé Nos coats sont plus épais que le ciel, prouve qu’il a la couenne dure.Néo-Plume Latraverse?Ils vont certainement nous en vouloir pour ça, quoique l’humour soit bien assumé et bien défendu par le parolier et ses six comparses, mais la référence s’impose.Ton désinvolte, textes engagés, historiettes salées.plusieurs éléments pointent vers Plume.Mais c’est tellement bien fait qu’on passe outre la parenté, qui n’a rien de gênant et qui en fait permet de croire que Mort de rire reprend le flambeau.La formation n’est en rien passéiste.Le brin d’irrévérence est soutenu par une foule d’appels de notes qui pointent vers le jazz (En rond de chien), le folk, les tounes à répondre, qui donnent des impulsions latines (LM pute) et des arômes swinguantes (Ti-Cul-de-Sac) à l’ensemble.Toutes ses saveurs donnent un bel aplomb au son de la formation, qui vient de faire un grand pas en avant Bernard Lamarche DISQUE S C LASS I Q U K S JALONS Francis Dhomont Vol d'hirondelles (1996, rév.2001); En cordes (1998); Les Moirures du temps (1999-2000); Studio de nuit (1992); Lettre de Sarajevo (1995-96); Un autre printemps (2000); Drôles d’oiseaux (1985D6,2000); L'Electro (1990).Empreintes DIGLIales IMED 0365.On pourrait appeler cela une collection de miniatures.Sur cette parution de notre belle collection de musique acousmatique Empreintes DIGITales, revoici la musique de Francis Dhomont.Encore, diront peut-être certains.À la différence de bien des parutions précédentes consacrées à ce compositeur — où on avait principalement des œuvres au long souffle, à la réflexion qui prenait le temps de faire se confondre espace et temps, psychologie et physicalité, lieu et durée de l’art —, voici un disque consacré à des pièces brèves, voire de circonstance.Cela impose donc un autre type d’écoute que celui auquel Dnomont nous avait habitués.Travailler sur la profondeur des strates et trouver l'art de l’aphorisme poétique, voici deux disciplines qui exigent une autre manière de concevoir et de réaliser la musique.Surtout que Dhomont va du clin d’œil — un peu à la manière des Eventails de Mallarmé — à la prise de position politique qui rappelle des sonnçts de Rimbaud, d’Aragon ou d’Eluard.Dans le premier cas, la tendresse et l’humour semblent emprunter un jeu de codes parfois pictural, autrefois un peu secret.On se délecte de la finesse de ces petits bijoux entendus à l’occasion de concerts et qu’on peut maintenant se remettre à loisir pour mieux les savourer.Soulignons la grande qualité de ce genre de répertoire: si certains auteurs tombent facilement dans le ton carte postale, l’intelligence et le raffinement de Dhomont font que ce qui ne pourrait s’avérer qu’anecdotique devient toujours objet d’habitation; la légèreté permet un souffle frais pour l’imaginaire heureux, ce que le compositeur sait fort bien faire partager.On trouve aussi trois œuvres plus engagées et plus lourdes: En cuerdas.Les Moirures du temps et Lettre de Sarajevo.Si En cuerdas pose encore des problèmes de rhétorique et paraît toujours comme une œuvre moins réussie, les deux autres montrent un Dhomont maître de son propos.Quelle soit «abstraite» ou dénonciatrice, cette musique porte un programme latent.Ce n’est pas à l’histoire que s’attache le propos mais davantage à l’expression d'une émotion ressentie en un certain endroit de l’être et que l'artiste transpose en un autre médium.Ici, on se surprend pour une rare fois à apprécier comme essentielle l’écoute sur nos deux bêtes haut-parleurs.En salle, la diffusion spatiale peut parfois orienter l’attention davantage sur le faire de l'œuvre que sur l’œuvre elle-même.Dans notre antre d’écoute, Dhomont vient démontrer la vérité de son «inspiration» et la nécessité de ses choix esthétiques, comme si la «réduction de moyens de diffusion» soulignait plus haut le contenu qui s'incarne en sons.C'est encore donner d’autres lettres de noblesse à une forme d’art souvent jugée marginale ou décorative (pensons aux sonorisations d’espaces et de lieux publics pollués par de bâtardes réalisations d’ameublement) qui arrive à exprimer sans agressivité, mais avec une vigueur implacable.la force d’un art engagé et en mouvement, musique dans laquelle le message ne se limite pas au médium.Toujours dans le même ordre d’idées, ceux qui s'intéressent à ce grand créateur seront comblés par le premier exemplaire de la collection Sonopsys - Cahiers musique concrète/acousma-tique, édité par Licences.Un disque, des textes de Dhomont, des commentaires, des entretiens, une présentation remarquable et un contenu de qualité vous feront mieux saisir l’univers, les inquiétudes et les forces de cet humaniste musicien.Peut-être rare à trouver ici: on pourra obtenir plus de renseignements en écrivant à l’éditeur (Licences, 8, rue de Nesle, 75006, Paris) ou en consultant le site Internet www.revuelicences.com.François Tousignant BEETHOVEN HABITE CHEZ MOI Beethoven Lives Upstairs, DVD d’après le CD éponyme.The Children’s Group, Classical Kids, Canada 9 84366.J’ai déjà parlé de cette collection de disques où on forge une sorte d’image sonore autour d’un compositeur (Mozart, Vivaldi, Beethoven, etc.) et qui sert de prétexte à instruire les petits de la vie et de l’œuvre d’un compositeur par le regard d’un enfant qui, quelque part, croise son chemin et tente de comprendre l’artiste, l’œuvre et l’homme.L’entreprise a maintenant un autre volet: celui du cinéma.On ressort ces productions en format DVD.On y retrouve tous les extraits musicaux et toute la narration du CD, cette fois-ci comme bande sonore d’un film.Celui sur Beethoven m’est tombé entre les mains.Tant mieux! L'intelligence de ce produit audio s’est allié un support vidéo de qualité.Cela donne une sorte de pendant pour enfants de Y Amadeus de Milos Forman.Les décors sont ceux de la vraie Vienne; l’image ajoute aux impressions du spec- tateur, qui se voit envahi par la présence du génie dans son quotidien un peu triste, par la présence discrète et agissante de l’oncle, par la ville que la musique enveloppe d’une magie aussi efficace que de bon aloi.L’avantage de cette parution est que s'il est parfois difficile pour les enfants de se concentrer pendant les 52 minutes du disque audio, le support vidéo vient pallier, non pas en ersatz mais en ajout riche, une certaine aridité potentielle pour modeler le tout en un résultat plus humain et fascinant pour les petites (et grandes) paires d’yeux et d’oreilles.On peut y naviguer soit avec son lecteur DVD, soit avec son ordinateur.(Bien que le coffret ne s’affiche qu’en anglais — vive la superbe canadienne des gens du Children’s Group de Toronto! —, la version française est aussi sur le disque si on la sélectionne dans le menu initial.) Cela permet aux producteurs d’annoncer des jeux interactifs et des programmes pour «faire soi-même» la musique de Beethoven.Autant le vidéo est magistral, autant je ne peux dire quoi que ce soit de cet aspect du produit Le producteur prévient que ces sections du DVD peuvent ne pas fonctionner et en décline toute responsabilité.Sur les trois appareils que j’ai testés, cette portion du disque a refusé de fonctionner, fi me faut donc vous souhaiter bonne chance en ce domaine.Si vous partagez le même malheur, soyez au moins rassurés: même si votre discothèque arbore le compact, la portion strictement vidéo va apporter bien des moments de bonheur intelligent.C’est aussi séduisant qu’éducatif; dans le monde actuel des éditions jeunesse et éducatives, souvent ordinaires ou réductrices, la qualité de ce genre de production mérite de forts bravos.F.T.PRIX SPECIAUX POUR LES 18-30 ANS 514.985.2258 EXTRAITS 514.282.OPERA DE MOI BERNARD LABADIE dlrsetvur «rtlttlqu* The Rape of Lucretia 11, 13, 15 ET 17 AVRIL 2003 A 20 H SALIE PIERRE-MERCURE - CENTRE PIER RE-PELA 0EA U IA BYBEE LUCRETIA I ALAIN C0UL0MBF C0LLATINUS \ AARON ST.CLAIR NICHOLSON TARQUINIUS ER DOBSON JUNIUS I COLLEEN GAETANO CHOEUR DE FEMMES I KURT LEHMANN CHOEUR D’HOMMES LE DE LA SOCIETE DE MUSIQUE CONTEMPORAINE OU QUEBEC smis ta nmiruoN m WALTER BC mit ftt'rittt 01 RENAUD 00UCET I Dtcofts t> ANDRE BARBE ETS : 53,?5 S ET 70.50 S / 0DM 514 985 2258 / CPP 514.987.691& A .www.opcrartemontreal corn .EN COLLABORATION AVEC SHca du Maurier
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