Le devoir, 19 mai 2007, Cahier F
LE DEVOIR, LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 MAI 2007 EN APARTÉ Chimie et magie de Marcel Chaput Page F 2 LITTERATURE Sous le soleil de Maya Merrick Page F 5 IVRES L octroi de salles de prière dans les institutions «ouvre la voie à une surenchère de revendications» et encourage rempiétement du religieux sur l’espace public, selon Yolande Geadah.Le pluralisme juridique, justifie le sexisme et, selon elle, «ne favorise nullement l’intégration, mais la division de la société en communautés séparées» LOUIS CORNELLIER Les récentes affaires concernant des demandes d’accommodements raisonnables de la part de certaines communautés culturelles québécoises ont littéralement soulevé les passions.Quelques médias populaires, peu soucieux de remettre les choses en perspective, en ont fait leurs choux gras, et Mario Dumont a vaguement récupéré le tout pour se présenter en héraut du monde ordinaire inquiet.Bousculé par les événements, le gouvernement Charest, pour une fois, a pris la bonne décision en mettant sur pied une commission d’étude, coprésidée par Gérard Bouchard et Charles Taylor, destinée à faire le point sur cet enjeu.En attendant les résultats de cet exercice, prévus pour mars 2008, il n’est pas interdit de réfléchir calmement aux tenants et aboutissants de ce complexe débat L’essayiste Yolande Geadah nous en fournit l’occasion en publiant un bref mais substantiel ouvrage intitulé Accommodements raisonnables.Droit à la différence et non différence dés droits.Nous avons le droit, le devoir même, écrit-elle, d’exprimer «k» malaise face à certaines revendications qui remettent en question certaines de [nos] valeurs essentielles».Ce réflexe, en soi, n’a rien de raciste ou de xénophobe.Le Québec accueille environ 40 000 nouveaux immigrants par année.Cette immigration et le pluralisme qui l’accompagne «représentent une richesse inestimable et non une menace».En moyenne, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse ne reçoit, annuellement que 17 plaintes fondées sur un motif religieux, et plusieurs d’entre elles sont déposées par des protestants.Ces chiffres montrent bien que le phénomène des revendications religieuses n’a pas l’ampleur que certains voudraient bien lui donner.Ils nous incitent aussi à la prudence: ces revendications ne sont pas portées par l’ensemble des membres d’une communauté, mais seulement par une minorité.Faux problème, alors?Attention, répond Geadah: «On aurait tort de conclure que leurs impacts sociaux sont minimes.» Les intégrismes religieux existent et cherchent «à manipuler la religion à des fins politiques, s’attaquant au pouvoir séculier et réclamant toujours plus d’espace social, juridique et politique».Une saine vigilance est donc de mise face à ces mouvements qui «se réclament de la démocratie pour tenter de s’arroger un pouvoir abusif, niant ainsi des libertés fondamentales».Cette vigilance doit toutefois éviter le double piège du racisme {«les immigrés sont tous pareils, Us exagèrent») et du relativisme culturel («il faut satisfaire toutes leurs revendications, pour ne pas les stigmatiser»).Les médias, dans ce contexte, ont une responsabilité: ne pas monter en épingle certains cas d’accommodements spectaculaires, afin d’éviter de susciter des crispations identitaires et d’accorder « On aurait conclure que trop d’importance à des revendicateurs marginaux.Uenjeu principal L’enjeu principal de ce débat pourrait se résumer ainsi: «Comment respecter les droits des minorités religieuses, reconnus par les chartes québécoise et canadienne, tout en préservant les valeurs communes, liées entre autres au droit des femmes d’occuper des postes dans tous les domaines, sans voir leurs compétences professionnelles remises en cause par des valeurs religieuses traditionnelles?» La notion juridique d’accommodement raisonnable, apparue dans le droit canadien en 1985, impose à un employeur ou à une institution d’accommoder un individu qui serait discriminé sur la base de son origine ethnique, de sa couleur, de son âge, de son sexe, d’une déficience ou de sa religion.Elle est à sens unique, puisqu’elle incombe uniquement à l’employeur ou à l’institution, et surtout, elle «ne permet pas de tenir compte des droits collec-tifi ni d’autres enjeux sociaux importants».Geadah critique sévèrement cette approche juridique.Elle en parle comme d’une «logique individualiste des droits qui vise l’inclusion restreinte des individus à court terme, mais qui ignore les objectifs d’intégration des communautés à long terme».A ce «modèle de développement séparé» (le multiculturalisme), elle oppose «l'intégration qui exige un certain cheminement Pour créer un rapprochement au niveau des valeurs communes à respecter».Les juifs hassidiques du Québec, men-tionne-telle, ont bénéficié de plusieurs accommodements, mais cela n’a que conforté leur choix «de vivre à l’écart de la population».Geadah analyse quatre catégories de revendications religieuses: le port de symboles religieux dans les institutions, la ségrégation sexuelle dans l’espace public, les demandes de salles de prière dans les institutions et l’application de principes religieux au plan juridique.Elle affirme qu’elles devraient toutes être refusées afin de protéger l’espace public de «l’empiétement du religieux».Le turban sikh dans la GRC, selon elle, remet en cause l’idée de neutralité de cette institution envers tous les groupes de notre société multiculturelle.Le problème du kirpan à l’école ne tient pas tant à la dangerosité objective de l’objet qu’à sa symbolique violente.Le hidjab «repose sur une image plutôt négative des femmes» et sa reconnaissance juridique «ouvre la porte au prosélytisme».L’interdire à l’école serait souhaitable, mais, pour éviter de ghettoïser celles qui le portent Geadah propose «de miser davantage sur l’éducation».La ségrégation sexuelle dans les lieux publics, quant à elle, «remet en question l’égalité des sexes et la place des femmes dans la société» et est indéfendable.L’octroi de salles de prière dans les institutions «ouvre la voie à une surenchère de revendications» et encourage l’empiétement VOIR PAGE F 2: ACCOMMODER impacts sociaux sont minimes » Salon du livre anarchiste à Montréal L’ordre sans le pouvoir CAROLINE MONTPETIT Aujourd’hui s’ouvre à Montréal le 8' Salon du livre anarchiste, qui lieu au CEDA centre communautaire de la Petite-Bourgogne, au 2515, rue Delisle.On y attend plus de 100 exposants qui présenteront surtout des livres, mais aussi des œuvres d’art, des films et des conférences.L’événement se passe dans les deux langues, et ses exposants viennent autant du Québec que de Ip France, de la Belgique, des États-Unis, de l’Ontario et de la côte ouest «Hy a environ la moitié des exposants qui viennent de Montréal, et l’autre moitié qui viennent d’aiüeups», dit Louis-Frédéric Gaudet des Editions Dix, qui participe à l’organisation de l’événement Ce serait promet-on, l’occasion de feuilleter des livres qui ne sont pas en librairie, bien que la librairie L’Insoumise, sur la rue Saint- Laurent près d’Ontario, se spécialise dans les publications relatives au mouvement anarchiste.Tous les anarchistes ne sont pas regroupés en association, mais certains anarchistes québécois se retrouvent dans la North Eastern Federation of Anarcho-Communism, qui publie, en français, la revue Ruptures, et en anglais, la revue The North Eastern Anarchist.Le mouvement anarchiste québécois a récemment retenu l’at- tention des médias, alors que le président de la FTQ, Henri Massé, l’associait au vandalisme.«C’est simplifier la question que de la poser seulement de cette façon-là [sur la base de la violence], dit Louis-Frédéric Gaudet.Dans la tradition anarchiste, il y a eu, au XIXr siècle, un mouvement qui se réclamait de la propagande par le fait.H voyait dans l'assassinat sélectif, politique et économique, une tactique propice au renversement du capitalisme.» Selon M.Gaudet, cette tendance s’est manifestée à une période précise, durant quelque 20 ou 30 ans, et on s’en est ensuite largement servi pour discréditer le mouvement anarchiste.M.Gaudet, quant à lui, préfère se réclamer de Proudhon, théoricien français à qui on attribue la fondation de l’anarchisme, qui définissait son idéal comme étant «l’ordre sans le pouvoir».Gaudet ajoute d’ailleurs que des études d’anthropologie ont désigné cer- taines sociétés autochtones, par exemple, comme étant anarchistes, c’est-à-dire jouissant d’une démocratie «sans intermédiaire».Cet «ordre naturel» a pour valeurs essentielles l’égalité et la fraternité.Louis-Frédéric Gaudet retrouve aussi des formes d’anarchisme durant la guerre civile espagnole, dans les années 1930, ou en Russie, au début du siècle dernier.VOIR PAGE F 2: ANARCHISTE LE DEVOIR, LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 MAI 2 0 07 V 2 LIVRES EN APARTÉ Chimie et magie de Marcel Chaput Jean-François Nadeau Le 18 septembre 1961, au Cercle universitaire de Montréal, Marcel Chaput, chimiste rondouillard au langage incisif, lance Pourquoi je suis séparatiste.Le livre soulève les passions.Pourquoi je suis séparatiste est vite traduit en anglais, puis lancé à Toronto, à titre de curiosité politique.Près d’un demi-siècle plus tard, cet ouvrage vient de reparaître en format de poche, coiffé d’une présentation de Michel Venne, directeur de l’Institut du Nouveau Monde.Dans son court texte, Venne affirme que «relire Marcel Chaput, près de 50 ans après la parution de ce livre court mais clair, c’est revenir à l’essentiel».Est-ce donc dire qu’il s’agit d’un livre que les indépendantistes devraient méditer davantage que le Option Québec de René Lévesque ou que les plaquettes incendiaires de Pierre Bourgault?En français, plusieurs milliers d’exemplaires de Pourquoi je suis séparatiste ont été vendus lors de sa parution.Son éditeur, Jacques Hébert parle de plus de 40 000 ventes.Il est cependant sage de se méfier quelque peu de pareils chiffres.Aujourd’hui comme hier, les éditeurs, qui sont aussi des marchands, gonflent volontiers leurs tirages, histoire de laisser entendre à un vaste public que tout le monde en redemande et que ceux qui n’ont pas lu le fameux ouvrage feraient mieux de s’y mettre au plus vite pour ne pas être socialement marginalisés.Disons que, chose certaine, le livre de Chaput connaît à tout le moins un succès éclatant.Né en 1918, Chaput travaille au ministère de la Défense pour le compte du gouvernement fédéral.La participation inattendue de ce fonctionnaire à plusieurs activités indépendantistes et la publication de son livre attirent sur lui toutefois très vite l’attention des médias et de certains politiciens.Très peu de gens envisagent alors la réalité du pays autrement qu’à travers le prisme d’un fédéralisme impérial plus ou moins revu et corrigé.Et Chaput, lui, va pourtant jusqu'à évoquer ni plus ni moins que la nécessité de se débarrasser de la reine et de tout le système qu’el- le représente! En septembre 1960, au moment où il fonde, avec l’intellectuel André d’Allemagne, le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), les militants indépendantistes québécois ne sont qu’une vingtaine à se réunir autour d’une table dans une auberge des Laurentides.Le mouvement en est alors à ses balbutiements.Très rapidement, l’employeur de Chaput s’inquiète beaucoup de pareilles activités militantes.Le cas du fonctionnaire est évoqué bruyamment jusqu’aux Communes.Mais rien n’y fait: Chaput persiste dans ses convictions.Ses joutes oratoires autant que l’exposé franc et net de ses positions sur la place publique suscitent de plus en plus l’attention.Excellent écjiteur, Jacques Hébert, alors aux commandes des Editions du Jour, a flairé comme à son habitude le bon coup en constatant l’emprise qu’exerce alors Chaput au petit rayon politique de l’indépendantisme.Ami de Pierre Elliott Trudeau, Tardent fédéraliste qu’est Hébert ne partage pas du tout les positions du chimiste polémiste.Mais il conçoit tout de même, comme nombre d’éditeurs, qu’un bon livre doit être publié coûte que coûte, c’est-à-dire même si cela va à l’encontre de ses propres convictions.Tandis que Rayrpond Barbeau publie J'ai choisi l’indépendance aux Editions de l’Homme, maison que Jacques Hébert vient de quitter à la suite d’une brouille avec le propriétaire, Marcel Chaput s’est vu poussé à écrire, pendant ses vacances, en six semaines et sous la supervision de son éditeur, Pourquoi je suis séparatiste.La thèse et l’argumentaire de Pourquoi je suis séparatiste sont simples comme deux et deux font quatre.Selon un plan pyramidal un peu simpliste, Chaput affirme que le prétendu «pacte entre deux nations» sur lequel repose le Canada de 1867 est mort A Tère de la fin des empires, il affirme surtout que le Québec n’a que la voie de l’indépendance à suivre s’il veut appartenir aux nations libres et modernes.En 1961, le RIN n’est encore qu’un simple groupe de pression aux moyens très limités.Après la parution de Pourquoi je suis séparatiste, l’emprise politique de Chaput sur le petit mouvement se précipite comme un soluté dans une éprouvette.Si André d’Allemagne apparaît incontestablement comme un fort pilier intellectuel du RIN, le groupe acquiert son souffle de vie beaucoup grâce à la renommée grandissante de Marcel Chaput invité partout à prendre la parole, à s’expliquer, à débattre.On parle de lui dans les journaux étrangers, autant en Europe qu’en Amérique du Sud.Il donne alors plus que quiconque ARCHIVES LE DEVOIR Au début des années 1960, Marcel Chaput est invité partout à prendre la parole, à s’expliquer, à débattre.de la crédibilité à la cause indépendantiste.Marcel Chaput du moins pendant quelques mois, est la très grande vedette des indépendantistes.On Ta oublié depuis, au profit de discours plus équilibrés peut-être, mais tellement moins enthousiastes! Le lundi 4 décembre 1961, à la suite d’une suspension que lui inflige son employeur, Chaput démissionne de son poste et décide de se consacrer tout entier à la cause politique qui l’anime.Il part à Montréal, en train.En renonçant à son emploi pour ses idées, Marcel Chaput a gagné un cran supérieur sur l’échelle de la renommée médiatique.Famille et religion Contrairement à ce qu’affirme la réédition de Pourquoi je suis séparatiste, il n’est pas certain du tout que Chaput ait été indépendantiste dès les années 1930.Avoir soutenu un thème séparatiste dans une joute oratoire de Tentre-deux-guerres, lors d’une activité d’une association catholique pour la jeunesse, ne fait de lui ni un penseur, ni un partisan de cette option avant son éclosion réelle au début des années 1960.C’est plutôt, vraisemblablement, alors qu’il est membre de l’Ordre secret de Jacques-Cartier, à la fin des années 1950, et au contact de l’Alliance laurentienne de Raymond Barbeau, que Chaput penche définitivement du côté de l'option indépendantiste, dans une perspective d’ailleurs marquée à droite, au sceau de la famille et de la religion.Pour Chaput en effet, l’indépendance politique seule suffit et il n’y a pas à transformer radicalement la société québécoise pour y arriver.Les 28 et 29 octobre 1961, lors du congrès du RIN tenu à Montréal, Chaput est élu à la présidence du groupe.Le président sortant, André d’Allemagne, dresse alors le bilan de la première année d’existence du groupe de pression.Il constate que les rinistes ont bien plus en commun «que la simple idée de l'indépendance mais aussi tout un état d’esprit.Il existe maintenant une forme de séparatisme qui est particulière au RIN et qui est en fait un nationalisme humaniste, intégral et démocratique.Humaniste, parce que pour nous l’indépendance n’est pas une fin mais un moyen».Le RIN regroupe plusieurs tendances indépendantistes parfois fortement antinomiques.André d’Allemagne considère que se dégage tout de même de cet amalgame fragile une ligne de force particulière qui irrigue tout le RIN et lui donne ainsi son équilibre.Avec ses compagnons Pierre Bourgault, Rodrigue Guité et Massue Belleau, d’Allemagne pense en effet qu'il appartient à Taile gauche du parti, aussi appelée «les intellectuels de Montréal».Pour ce groupe, explique-t-il, «l’idée de l’indépendance est liée à celle d'une transformation de la société québécoise».Mal à Taise avec les conceptions athées et révolutionnaires de ses jeunes camarades indépendantistes, pressé de lancer une véritable formation politique plutôt que de soutenir à bout de bras un simple groupe de militants, Chaput lance bientôt le Parti républicain, avec l’appui de Raymond Barbeau et des éléments les plus à droite qui œuvrent au RIN.Pour soutenir son parti et sa cause, Chaput ira jusqu’à jeûner deux fois, au péril de sa santé.Chez ses plus ardents partisans, on le voit tel une sorte de Gandhi.Conservateur au sens propre, sorte d’aventurier un peu mystique, Chaput n’en était pas moins révolutionnaire dans une certaine mesure.C’est peut-être pour cela que même un Pierre Bourgault conservera en grande estime, jusqu’à la fin de sa vie, cet homme si différent de lui.Mais le lit-on encore?j fnaclea léalede vo i r.com ANARCHISTE SUITE DE LA PAGE F 1 Dans cette optique, l’anarchisme cesse d’être un mouvement qui ne s’intéresse qu’aux marginaux de la société.Et l’association de ce mouvement à la culture punk ou aux jeunes de la rue est un mythe, dit Louis-Frédéric Gaudet.«Il y a aussi des militants en défense des droits humains qui se réclament de cette tendance», dit-il.Le Devoir è ACCOMMODER SUITE DE LA PAGE F 1 du religieux sur l’espace public.Même certains pays musulmans refusent ce genre de demande.Quant au pluralisme juridique, il justifie le sexisme et «ne favorise nullement l’intégration, mais la division de la société en communautés séparées, ce qui contribue à affaiblir encore plus la cohésion sociale, déjà difficile à réaliser».Partisane d’une gestion laïque des institutions, Yolande Geadah précise que la société d’accueil n'a pas à bannir de l’espace public ses référents historiques et culturels (souvent d’héritage catholique) et que certaines revendications minoritaires de congés pour cause de fêtes religieuses sont acceptables.Elle insiste surtout sur le devoir du gouvernement de mettre en place, et de financer adéquatement, des Dans le scriptorium >• Avec son plus rècenl tilre.le prolifique Paul Auster réussi! là où plusieurs se sont cassé les dents.iparÜL d'une substance qui relève davantage de l'essai, il accouche d'un véritable roman, aux accents de polar s'il vous plaît, et dont le côté cérébral ne contredit jamais le bonheur de lecture.| ,| Un tour de force » - Tristan Malavoy-Racine, Voir (514) 524-5558 temeacfnflemeac.com programmes et mesures d’intégration économique, sociale et culturelle des immigrants.Etre vraiment à la hauteur, en cette matière, nous éviterait bien des dérapages.La paix sociale et notre développement national sont à ce prix.Une autre dépense?Non: un investissement D’origine égyptienne, Yolande Geadah a choisi, il y a quarante ans, l’intégration à la société québécoise.Même s’il manque d’éclat sur le plan stylistique, son essai, qui est un plaidoyer raisonné en faveur d’une laïcité respectueuse des différences, en constitue une preuve manifeste et réjouissante.Collaborateur du Devoir ACCOMMODEMENTS RAISONNABLES Droit à la différence et NON-DIFFÉRENCE DES DROITS Yolande Geadah VLB Montréal, 2007,96 pages Finalistes prix Trillium Six ouvrages en langue anglaise et cinq ouvrages en langue française font partie de la liste des finalistes du prix littéraire annuel Trillium, décerné par le gouvernement de l’Ontario, et qui célèbre ses 20 ans cette année.Les lauréats du prix en langues française et anglaise recevront 20 000 $.Leurs éditeurs respectifs touchent aussi 2500 $ pour promouvoir les ouvrages primés.Tous les finalistes reçoivent des honoraires de 500 $.Les finalistes du prix littéraire Trillium en langue française sont Marguerite Andersen, pour Doucement le bonheur (Prise de parole), Daniel Castillo Durante, pour La Passion des nomades (XYZ éditeur), Claude Fo-rqnd, pour Ami parle le Soigneur (Editions David), Daniel Roli-quin, pour La Kermesse (Editions du Boréal), et Paul Savoie, pour Crac (Editions David).Un prix Trillium récompense également Tout sur la littérature et les auteurs québécois Abonnez-vous à Lettres québécoises le magazine de l’actualité littéraire depuis 1976 K et recevez en prime (valeur25$) L’histoire de Pi (roman) de Yann Martel S'abonner à Lettres québécoises, c'est participer à la pérennité de notre littérature.Merci de nous encourager ! Lbisiniri-; I MliMoiiv(/(, p 1 an / 4 numéros INDIVIDU Canada 25 $ Étranger 35$ INSTITUTION Canada 35 $ Étranger 40$ 2 ans / B numéros INDIVIDU Canada 45 $ Étranger 65 $ IN$TITUTI0N Canada 65$ Étranger 75$ 3 ans /12 numéros INDIVIDU Canada 65 $ Étranger 95 $ INSTITUTION Canada 95$ Étranger 110$ Les prix sont toutes taxes comprises No 125 • ENTREVUE: FRANÇOIS BARCEL0 Nom Adresse Ville Code postal Tél.Courriel Ci-joint O Chèque O Visa O Mastercard N° Expire le Signature Date Retourner i : Lettres québécoises K 1781.rue Saint-Hubert Montréal (Québec) H2L 3Z1 Téléphone ; 51W25.95.18 Télécopieur:514.525.75J7 • Courriel:info@lettresquebecofses.qcca • www.letfresquebecoises.qcca ÉCHOS JACQUES GRENIERLE DEVOIR Daniel Poliquin un livre pour enfants, et les finalistes de langue française pour ce prix sont Mireille Desjarlais-Heynneman, popr La nuit où le Soleil est parti (Editions du Vermillon), Céline Forçier, pour Un canard majuscule (Editions du Vermillon), et Françoise Lepage, pour Poupeska (Editions L’Interligne).Les noms des lauréats se- ront dévoilés à Toronto, le 4 juin 2007.- Le Devoir Sans littérature ?Premier volume consacré aux origines de la littérature québécoise, énorme volume en fait La Conquête des lettres au Québec (1759-1799) est une anthologie qui permet de lire de très rares documents tirés des premiers imprimés de notre histoire.Les textes, colligés sous la direction de Bernard Andrés de TUniversi-té du Québec à Montréal, sont présentés et commentés.Us touchent tous les aspects de la vie littéraire: correspondance, fiction, critique, théâtre, polémique, pam-phlet, etc.La Conquête des lettres au Québec est publié aux Presses de l’Université Laval, à titre de complément au premier tome de La Vie littéraire au Québec, ouvrage lui-même substantiel publié en 1991.Qui a dit puis répété que ce peuple était sans littérature et sans histoire?- Le Devoir ASSISTEZ AU RECITAL DE POÉSIE DES AUTEURS DE L’HEXAGONE à la Librairie Gallimard (3700, boul.Saint-Laurent, à Montréal) le dimanche 20 mai 2007 à 14 h.Entrée libre.1:1 lune 0 \ 1 ’ ck'-i mor [.UKuibliaMc v,”v du constant désir AU PROGRAMME : Mariine Audêt récite A l'ombre des mots de Madeleine Gagnon * Robbert Fortin récite L'Inoubliable.Chronique III de Fernand Ouellette • Michel Garneau récite Livre du constant désir de Leonard Cohen • François Hébert récite Comment serrer la main de ce mort-là • Robert Lauberté récite Inventaire de succession • Daniel LeBlanc-Poirier récite La lune n’aura pas de chandelier * Danny Plourde récite Calme aurore (s 'unir ailleurs, du napalm plein l'œil) www.edhexagone.com ibraim Gallimard l’HEXAGONE QUEBECOR MEDIA LE DEVOIR, LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 MAI 2007 jITTERATDRE Réinventer sa vie, sa mort Danielle Laurin Sitôt refermé, ce livre vous sourit, vous appelle.Vite, le relire.L'offrir en cadeau, aussi.A tous vos amis, vos proches.Comme on offre une bouffée de fraîcheur, un moment de bonheur.Voilà l’effet que ça vous fait, La Fin de l’alphabet.C’est un tout petit roman, pourtant.Le premier roman d’un natif de Regina, établi à Toronto.Cinquante-deux ans, graphiste de métier, à l’emploi de la maison d’édition canadienne Random House depuis des années.Marié, père de famille.C’est à peu près tout ce que l’on sait de lui.Son nom: C.S.Richardson.Retenez-le, vous le re verrez.Les droits de son ouvrage, paru depuis peu en anglais, ont été vendus dans une dizaine de pays au moins.Et l’auteur, semble-t-il, travaille déjà à son deuxième roman.«Toute cette histoire est assez improbable.» C’est la première phrase de La Fin de l’alphabet.C’est aussi la dernière.Entre les deux : une fable inattendue, courte mais intense, où les mots dansent sur la page, font image.Il faut dire que le livre est très joliment, et très « sensiblement », traduit par Sophie Voillot À qui l’on doit, d’ailleurs, la version française de plusieurs romans canadiens.Dont Un jardin de papier (Salamander), de Thomas Wharton.Qui a valu à la traductrice un prix du Gouverneur général en 2006.Venons-en au fait.Un homme de cinquante ans apprend qu’il va mourir.Mystérieuse maladie, incurable, foudroyante.Un mois de répit tout au plus.Un mois seulement Que feriez-vous à sa place?Lui sort la grosse valise poussiéreuse, pleine de souvenirs et de désirs inassouvis, qui dort sous son lit.Il fait le tri.Puis part en voyage.Avec la femme qu’il aime.Pas de temps à perdre.Dans ces cas-là, on va à l’essentiel, n’est-ce pas?Mais où se dirige-t-on exactement?Il y a tant à découvrir.Et à redécouvrir.Seule solution possible, pour notre homme en tout cas, vu la fascination pour les alphabets qu’il cultive depuis l’enfance : procéder par ordre alphabétique.A pour Amsterdam.Car il aime beaucoup les musées, les œuvres d’art.Et, au final, Z pour Zanzibar.Parce ce que ce nom-là le fait rêver depuis qu’il est haut comme trois pommes.Pas si simple.Voici qu’Ambroise Zéphyr — c’est son nom! — rentre de façon impromptue au bercail.Avec sa douce, bien sûr.La pôvre, elle n’en peut plus.N’en peut plus de savoir que son adoré s’éteint à petit feu.Et qu’il angoisse.Tellement Leur périple s’arrête à la lettre.Je ne vous dis pas laquelle.J’en ai déjà trop dit Bref, notre condam- né veut mourir chez lui.Et sa femme l’a bien compris.Avant lui.Nous aussi.Besoin de faire, de voir le maximum, dans un premier temps.Besoin de s'étourdir, de s’éclater, quoi.Puis, alors que les forces commencent à manquer, nécessité absolue de jouir de l’essentiel : être dans son home, avec la personne qu’on aime.Une fable Cela va de soi, non?Pas si simple, encore une fois.Après inattendue, tout, nous sommes dans un roman.Tous .les champs de possibilités s’ouvrent de-COUfte mais vant nous.Et C.S.Richardson n’est pas du .genre à lésiner quand il s’agit de tordre le intense, cou à la réalité.Si l’on en croit La Fin de mi Ips mots Alphabet, du moins.uu ics uiuia D’abord, on a droit à la vie quotidienne dansent fi11’ aurait dû se passer, si le pire n’était pas arrivé.Ce serait un dimanche matin, disons, sur la page Quelques voisins seraient déjà debout Am-’ broise Zéphyr les observerait en catimini, font image ou les saluerait brièvement En route pour la marche de santé.Et hop, le petit déjeuner.D’abord, au début de cette histoire improbable, il y aurait eu ça «Sa femme aurait commencé à remuer dans son sommeil.Encore cinq minutes, aurait-elle mendié juste assez fort pour qu’il l’entende tout en préparant une tasse de thé tiède avec trop de lait.Comme d'habitude.» Ça se serait passé à Londres, dans une maison victorienne.Ça se serait passé n’importe où, en fait.Mais ça ne s'est pas produit, voilà.On va comprendre pourquoi.Après quelques précisions sur le genre d’homme auquel on a affaire, oh, la, la, quel spécimen, nous y voici.Arrive le moment terrible, dans le bureau du médecin, où Ambroise Zéphyr apprend la triste nouvelle.Et ce qui l'attend.C’est-à-dire: «Une diminution possible des facultés.Vue embrouillée, acouphènes, engourdissement du bout des doigts.Ce genre de symptômes.Tout ce que je peux vous dire, c’est que ça ne traîne pas.» Ensuite, le récit alterne.Entre l’après et l’avant.L’après, c'est-à-dire: à partir du moment où le monde d’Ambroise Zéphyr s’écroulE, lors de son examen médical annuel.Et l’avant: quand tout baignait dans l’huile, comme on dit L’avant, ça vous dit quelque chose?La petite vie ordinaire, avec ses petits problèmes, ses petits bonheurs, ses petits riens.Celle à laquelle on ne porte pas vraiment attention tant que l’on croit (ou se fait croire que) notre temps n’est pas compté.Bon.C’est le premier palier de La Fin de l’alphabet.Celui qui vous va droit au cœur.Vous oblige à ralentir.A faire le point.Mais sans en avoir l’air.Comme dans un rêve, disons.Quand on voit très clairement ce qu’on ne voyait plus.Ce qu’on refasait de voir.Et qui fait peur.La mort La mort, oui.«La mort?Oui, oui.Tous, la mort nous guette.Et c’est triste que cela nous fasse de la peine.Mais je connais une histoire.» Collaboratrice du Devoir LA FIN DE L’ALPHABET C.S.Richardson Traduit de l’anglais (Canada) par Sophie Voillot Alto Montréal, 2007,150 pages L’invention du bonheur CAROLINE MONTRE TIT On dit que les gens heureux n’ont pas d’histoire.Le bonheur vient pourtant d’inspirer une centaine de poètes, cinéastes, photographes, musiciens, qui participent au grand événement Les 100 jours de bonheur, organisé par Les productions Virages, et qui débute le 23 mai prochain.L’idée première était de Michel Sarao, et visait d’abord à approcher cinéma et poésie.Il en a fait la proposition à Monique Simard, productrice de Virages.«On a mijoté cela quelque temps en se demandant comment on allait faire cela, pour finalement arriver à l’idée non pas de filmer des poètes ou de refaire la nuit de la poésie, mais de demander à des cinéastes de mettre en images des poèmes», explique Mme Simard, qui a pris du coup la tête du vaste chantier culturel.Il s’agissait donc de demander à 51 poètes d’écrire sur un thème.Et quand celui du bonheur s’est présenté, on a d’abord consulté les poètes pour savoir ce qu’ils en pensaient.La réponse a été enthousiaste.Et le résultat, que l’on connaîtra la semaine prochaine, au moment de la parution du livre Le Bonheur des poète?, dirigé par Jacques Allard aux Editions des Forges.La liste des poètes participants est impressionnante et variée, de Marie-Claire Blais à Pierre Morency en passant par Denise Desautels, D.Kimm, Tristan W’ t) JACQUES GRENIER LE DEVOIR Des musiciens dont Michel Rivard participeront à leur manière à l’événement Les 1OO jours de bonheur.Malavoy-Racine ou Pierre Nep-veu, pour ne nommer que ceux-là.En attendant cette publication, on découvre, en apéritif, le poème intitulé Bonheur, de Marie-Claire Blais, et qui commence sur ces mots: «C'est un moment de tranquille splendeur / Entre ciel et eau / Pendant que file doucement la bicyclette sur les quais».«C’est un instant de tranquille splendeur / Où l'œil est maladroit de saisir tant de beautés.», poursuit-elle plus loin.Mais Léo Ferré a dit que le bonheur est du chagrin qui dort.Et certains poètes ont aussi célébré son absence.Ainsi, cette phrase du film Un cri au bonheur, qui s’inspire de 21 poèmes du recueil et qui sortira l’automne pro- chain: «Le bonheur des uns fait le poème des autres.» Comme le recueil, le film regroupe des cinéastes de différentes tendances, de différentes générations.Parmi eux, on trouve entre autres Paule Baillargeon, Chloé Le Riche ou Geneviève Allard.Sur le lot des 51 poèmes écrits, ils en ont choisi 21.Ce sont leurs petites œuvres qui ont formé le long métrage final qui sera présenté.Mais pourquoi se limiter à la littérature et au 7e art quand on peut aussi faire participer des photographes et des musiciens?Les organisateurs des 100 jours de bonheur ont aussi voulu faire participer une brochette de musiciens afin qu’ils choisissent à leur tour des poèmes pour en faire des chansons.Encore ici, la liste des créateurs est variée et impressionnante: Mara Tremblay, Pierre Flynn, Bia, Yann Perreau, et j’en passe.C’est au cours d’une soirée animée par Michel Rivard et JEAN-PIERRE LEGAULT LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Nouvel arrivage VOLTAIRE: Oeuvres complètes, 97 volumes, Delangle frères éditeurs, Paris 1828-1834 CHATEAUBRIAND: Oeuvres complètes, 12 volumes, Fumes etcie.éditeurs, Paris 1863-1866 SONGES AU TAWANrlNSUYU PREFACE DE JEAN LAROSE POSTFACE DE BERNARD LAMARCHE 80 pages • 29,95$ ISBN 976-2-89540-269-5 Les 4oo coups Pour plus d’information : 514-522-8848 1-888-522-8848 bonheurdoecasion@be!lnet.ca 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature «Voix psychanalytiques» Christiane Berthelet Lorelle De l’un à l’autre Spiritualité du yoga et psychanalyse UHKiMKM- BUKTHH.I T >RI i De l'un à l'autre Sfytnitioiift’ au 152 pages, 20 dollars Sophie Durocher que l’on pourra les entendre, le 24 mai prochain, au Spectrum de Montréal.Fait à noter: l’entrée est libre, mais les réservations sont obligatoires.Le spectacle sera aussi diffusé à la Chaîne culturelle de Radio-Canada et sur le site Internet www.radio-canada.ca/espacemusique.Quant aux photographes sélectionnés, leurs œuvres formeront Le Sentier du bonheur, une exposition qui sera présentée du 25 mai au 16 septembre le long du sentier Olmsted sur le mont Royal.C'est le photographe Gil- bert Duclos qui a demandé à 24 photographes de faire une interprétation photographique d’autant de poèmes du recueil.Enfin, une émission de radio, intitulée Pensée libre sur le bonheur, sera animée par Serge Bouchard, avec des philosophes, des artistes et des sociologues.Et c’est sans parler d’une enquête sociologique sur le bonheur et d’une série télévisée sur la question qui seront présentées au public l’automne prochain.Le Devoir ARCHAMBAULT PALMARÈS LIVRES Résultats des ventes: 8 au 14 mai 2007 QUEBECOR MEDIA ROMAN U BEN DES MIENS Janette Bertrand (Ubre Expression) MftUDfT QUE U BONHEUR COOîE CHER Francine Ruel (Libre Expression) L'ACCUSÉ John Grisham (Robert Laffonl) ÉVANGÉUNE ET GABRIEL Pauline GUI (LanctOt) ET SI C’ÉTAfT ÇA LE BONHEUR?Francine Ruel (Ubre Expression) EDNA, IRMA ET GLORIA Denise Bombardier (Albin Michel) OSCAR ET LA DAME ROSE Éric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel) AJLG.E.REPTIUS T.2 Anne Roblllard (Lanctôt) A L'OMBRE DU CLOCHER T.2 Michel David (Hurtubisa HMH) COMME UNE ODEUR DE MUSCLES Fred Retain (Planète Rebelle) OUVRAGE GENERAL LE SECRET Rhonda Byrne (Un monde diflérent) QUE U FORCE D'ATTRACTION SOIT.Michèle Cyr (Transcontinental) rone William Reymond (Flammarion) U MERJUEUH DE SOI Guy Comeau (Éd.de l’Homme) AMITIÉ (NIERDTIE L.Beaudoin / L.Frulla (La Presse) MÉMOIRE CAVALIÈRE Philippe Noiret (Robert Latfont) L'ABC DES TRUCS DE MADAME CHASSE.Louise Robitaille (Publistar) EXCUSE2-MOI MAIS VOTRE VIE ATTEND Lynn Grabhom (ADA) U SAGA VILLENEUVE Martine Camus (La Presse) GYMNASTIQUE FACIALE: MÉTHODE.Catherine Pez (Éd.de l'Homme) JEUNESSE JOURNAL D'AURÉLIE LAFLAMME l 3 india Desjardins (Intouchables) ERAGON T.2: L'AlNÉ Christopher Paollni (Bayard) PAKKAL T.7: LE SECRET DE TUZUMA Maxime Roussy (Intouchables) LÉOMS T.B: U ROYAUME D'ESA Mark) Francis (Intouchables) U LME DE U GUERRE T.7 John Peel (ADA) AMOS DARAG0N11: PORTEUR K.I ' ® Bryan Perre (Intouchables) LE SECRET DE L'ÉPOUVANTE US Joseph Delaney (Bayard-Jeunesse) R.ÉTAIT DEUX FOIS: CORRIDA.Collectif (Boomerang) I B LES ROMBRILS T.2: BALE TEMPS.Delai / Dubuc (Dupuis) TÉA ST1LT0N T.1: CODE DU DRAGON Tés Stilton (Albin Michel) ANGLOPHONE 1 THE SECRET Rhonda Byrne (Beyond Words) 2 THE CHILDREN OF KURIN J.R.R.Tolkien (Harper Collins) 3 THE LAST TEMPLAR Raymond Khoury (Signet) \ Harlan Cohen (Penguin Books) Robert Ludlum (SI Martin's Press) DEAD NATCH John Sandlord (Berkley) THE ROAD Corroac McCarthy MEASURE OF A MAN Sidney Power (Harper CoIHrts) Jeffrey Archer (St Martin's Press) AT RISK Patricia Cornwell (Putnam Berkley) les escapades découverte culturelles Archambault à Chicago ._____.31 août au ?¦ CnipÉC Le mardi 5 juin 2007 à 19 h I *111 Archambault Laval (Galorws Laval) D'INFORMATION SSîST LE DEVOIR, LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 MAI 2007 F 4 LIVRES POÉSIE QUÉBÉCOISE De la ville à la campagne HUGUES CORR1VEAU Livre urbain s’il en est, que cette île de Stéphane D’Amour, premier recueil de l’auteur entièrement consacré à Montréal.Nous allons avec lui dans les ruelles et dans les rues, zieutant et frôlant les corps et les scènes de la vie quotidienne.Vision moderne Ce qui est intéressant dans ce travail dépend de la modernité du regard posé sur les différences.Nous ne sommes pas ici ipimer-gés dans des images d’Epinal quand nous voyons «dans le coin de la cour/ au bord de la ruelle / deux femmes en sari colorées» ou bien encore quand «le vieil homme est accoudé à gauche / au garde fou du balcon du bas / son turban rouge décati / [qu’il] avait choisi à Calcula ou / Chandigarh».La fresque multiethnique s’expose, comme autrefois les mères de Michel Tremblay aux balcons du Plateau.L’image se métamorphose, mais la réalité demeure immuable de ces villes étalages qui's’offfent en spectacle.Son «île / depuis longtemps / indentation de [s]es espoirs» retentit de la «bruyance» car «ce quartier change / ce quartier va te changer».«Le tour de l’île» n’est pas celui proposé par Félix, mais bien celui d’une ville multiforme dont on reconnaît les noms et les échos de la montagne et des arbres vifs, dont on perçoit la beauté universelle sur son fond de buildings et de tours d’ivoire.Passent alors, nostalgiques, quelques réminiscences de Miron, ou bien encore quelques échos des chansons de Rivard.Telle «ruine / ce supplément de vie / dans l’accompagnement du temps», nous guide déjà «à travers usines garages / entrepôts trous» vers ce que le hasard ménage à la marche du poète.«Oui / merci ville» qui sait accomplir sa propre identité dans l’émerveillement qu’elle ménage.Les textes sont marqués du sceau des mots épars sur les murs, des reflets dans les vitres, des échafauds et des grues, d’une effervescence pleine du cri des enfants, du délabrement des adultes errants.Nous sommes Montréal tout à coup, ville nous-mêmes, appréhendée.Nous sommes ce qui se vit à travers nous, alors que nous arrivons «au château d’architecture» comme en une histoire féerique.Le livre est bon et fait du bien, du moins à qui aime Montréal comme moi.Les poèmes y sont des déclarations d’amour pour la ville qui lui donne tout son sens.Grandes proses lyriques Le dernier livre de Jean-François Dowd est fort beau, édité sur papier épais et de couleur crème, Nous sommes Montréal tout à coup, ville nous-mêmes, appréhendée il est accompagné de superbes aquarelles de Marc-Antoine Nadeau.Or le titre de la première partie du recueil, Retirons de prose, intrigue.L’auteur a eu raison de nous donner la définition du mot «retirons» à partir du Robert historique de la langue française, à savoir: «bourres de laine restées dans les peignes après le peignage».On sait dès lors que les proses seront sous le signe d’un certain artisanat.Et pourtant, on les lit le souffle un peu suspendu au-dessus du temps qui passe, le feu crépitant bien un peu au foyer d’hiver.Repris et refondus, parfois supprimés, ces textes avaient d’abord paru dans la collection «Initiale», au Noroît, en 1999.Bucoliques méandres, ces proses ont des airs de romans d’Henri Bosco, qui parlait si délicatement des lieux profonds de Lour-marin.Il faut aimer les arbres et les oiseaux pour venir en ce livre, sans autre attente qu’une paix ombrée, que de vagues détours dans les bois et les chemins creux.C’est à la limite poussiéreux comme un grenier, mais un grenier qui aurait une âme et quelques exemplaires affinités avec le bonheur.Or, dans les textes de Dowd, «on n’aura pas trouvé [.] de phrases caractérisées, pointilleuses, de phrases en robe du soir; plutôt une langue spiralée, inquiétante, aux étoiles concassées.On n’aura pas tardé à se demander si elle rayonne, cette langue, si elle éclaire ou si elle ne fait que s’emballer dans l'écho des tropes».On est au bord du Richelieu ou dans quelque lieu perdu de la Francp, on va dans un cimetière de l’Etat de New York ou bien encore on écoute les oiseaux dans les bocages.Toujours, il y sera question de l’évanescent passage du temps sur les choses du monde.Ainsi, dans Petites morts à fredonner, on se croirait en un autre siècle, où se meurent joliment les heures amoureuses.Tout cela est charmant, suranné, et si paisible que le ronron des chats, s’il y en avait, ferait entendre les rondos de Mozart Collaborateur du Devoir L’ÎLE Stéphane D’Amour Editions Les Herbes rouges Montréal, 2006,114 pages PETITES MORTS À FREDONNER PRÉCÉDÉ DE RETIRONS DE PROSE Jean-François Dowd Avec des images de Marc-Antoine Nadeau Editions du Noroît Montréal, 2006,96 pages LITTÉRATURE FRANÇAISE Des histoires trop vraies GUYLAINE MASSOUTRE Inoubliable, un certain Court Serpent.Ce grand prix de l’Académie française en 2004 faisait le succès d’un inconnu, Bernard Du Boucheron, un énarque à la retraite qui, racontant crûment la christianisation du Groenland, donnait une scène de survie sidérante au milieu des glaces.Récidive dans la cruauté, voici Chien des os, surnom donné aux Espagnols par les natifs d’une île située au large de l’Argentine, convoitée par les Portugais et les Anglais.Ils sont en bas, dans la zone côtière.Sur le haut plateau, le Paul, des indigènes tout aussi barbares leur jettent la haine.Entre eux, pourtant, une jeune femme, symboliquement, grimpe et descend.Qu’a-t-elle à gagner, la pauvresse, parmi les colons enrichis, gouvernés par un Corregi-dor impitoyable, un tortionnaire toujours prêt aux basses œuvres de l’Inquisition?Le roman ne le dit pas.L’utérus de Dona Salomé, en tout cas, est une chambre de vérité, puisque d’inquiétants personnages y circulent L’écriture du désastre De là, les intrigues s’interpénétrent également, prétexte que le romancier saisit pour entrelacer de brefs récits impitoyables, avec ce ton objectif qu’il chérit.Entre la lutte sans merci pour la suprématie des océans et des continents, la colonisation violente, la guerre des sexes, la chasse atroce des Maures et des Juifs ainsi que des convertis, et les rivalités intestines, ouf, il y a parfois quelques beautés.Question de langue.Du Boucheron la manie à l’ancienne, cette souveraine.Toute teinte d’histoire et de rédaction judiciaire, arc-boutée sur le dictionnaire des mots rares, elle décoche ses traits rouges et noirs, expressionnistes, aux vérités de ce XVT siècle repoussant.Aucune indulgence.Il ne leur passe nul diabolisme, à ces manieurs de sévices, supplices, exécutions.Il se promène dans le magasin des horreurs, en commissaire, froid, allègre.Cinglant, pince-sans-rire, prompt à cerner l’honneur comme l’horreur, Du Boucheron mène les mots com- Jean Rouaud me un général: au combat, il serait le premier au front.Ne faisant pas dans la dentelle, dans Chien des os, il lâche ses munitions.Et lorsqu’il se détend, c’est avec le talent d’un négociateur qui aurait dépêché son ambassade, pour fermer toutes les portes sur l’adversaire.Bouclé, l’humain.Sauvageries Chien des os est un livre bref mais dense, une allégorie sur l’antimonde des salauds.Aux stratégies attisées par toutes les convoitises, son énergie mâle oppose un démenti latent qui ne démord pas.La turpitude lève le cœur, elle inspire.Et cette imagination féroce est celle de l’histoire réelle.Il y a fort à parier que cette personnalité de l’écriture lapidaire a le caractère de ses antiphrases.Celui d’un moraliste qui, dans un cabinet de curiosités, relit les documents pour ce qu’ils sont.Il extirpe des trésors provo- BERTRAND GUAY AFP cants de cette mémoire.Dans l’envers de l’histoire officielle, son cynisme rythmé dénonce la pauvreté et le désarroi engendrés par les maîtres du monde.L’horizon de la cruauté ne doit pas nous faire oublier le sens des droits humains.La leçon implicite, tout aussi politique, s’adresse à chacun avec élégance.C’est à la fois grotesque et impayable.Ce narrateur caustique, un espion qui envoie des rapports à la métropole, est un bouffon retors.Les détails sordides et, ses caricatures, comme celle d’Elisabeth L d’Angleterre, ont pour seul but d’attiser la guerre.Au temps des Cro-Magnon Sans transition, passons au tout début de cette histoire.Nos ancêtres poilus de Cro-Magnon, avec leurs haches et leurs gourdins, raisonnaient-ils avec leurs bas instincts de chasse et de reproduction?Jean Rouaud, spécialiste du ro- man historique (Les Champs d'honneur, prix Concourt 1990), en a une autre vision que Du Boucheron, quoique tous deux se rejoignent dans les finasseries guerrières.Rouaud s’est tourné, emballé, vers la poésie des grottes peintes par nos lointains ancêtres.Préhistoires raconte l’art de la terre, de la pierre, des plantes à pigments, que ces hommes ont pratiquées sans mode d’emploi.Pour le conteur breton, c’est l’occasion d’une rêverie qui n’a rien de scientifique.Prêter à nos aieux notre intelligence moyenne nous redescend moins vers l’époque antédiluvienne qu’elle ne nous permet de faire galoper des petits chevaux roux, au ventre rond et au pelage pommelé.Délicieusement drôle, Préhistoires est un recueil attachant de trois courts textes — dont un consacré aux alignements celtiques de Carnac —, aussi optimiste que.Du Boucheron est pessimiste.A signaler, le souriant Rouaud publie aussi du théâtre, La Fuite en Chine, aux Impressions nouvelles, et une bande dessinée, Moby Dick, illustrée par Denis Deprez, chez Casterman.Oublions ces folies.Mieux vaut défaillir dans les bras de Morphée.Le court essai de Jean-Luc Nancy, Tombe de sommeil, dit une mort qui régénère.Pas seulement le repos, mais la douceur, le baume de dormir.Dans «la tâche aveugle du sommeil», il évoque cette éternité qui nous est chaque nuit prêtée, avec une bienveillance si caressante, qu’on se prend à désirer immédiatement cette «possibilité de suppléance ou d’espérance de la vue».Collaboratrice du Devoir CHIEN DES OS Bernard Du Boucheron, Gallimard Paris, 2007,171 pages PRÉHISTOIRES Jean Rouaud Gallimard Paris, 2007,101 pages TOMBE DE SOMMEIL Jean-Luc Nancy Gâliléc Paris, 2007,87 pages ESSAI LITTERAIRE OU David Lodge l’écriture dans ses formes diverses NAÏM KATTAN Si David Lodge est l’un des romanciers britanniques les plus marquants, il ne faut pas oublier qu’il est aussi un critique et un professeur de lettres.Félicitations aux lauréats ! Catégorie Roman québécois Catégorie Roman hors Québec |nm M.r vF Récipiendaire d'une mention spéciale Paufi.à iaftÜcAfc La Fabrication Extrêmement fort et de l'aube incroyablement près Jean-François Beauchemin (Québec Amérique) Jonathan Safran Foer (de 11 www.prixdeslibraires.qc.ca wn If!» Série des Paul Michel Rabagüati (La Pastèque) Dans les coulisses du roman, son plus récent livre, réunit des essais où il aborde d’abord ses propres écrits et, pour commencer, L’Auteur, l’auteur, qui retrace, sous la forme d’un roman, des épisodes de la vie de Henry James.Il s’agit d’un témoignage d’admiration pour ce romancier qui, à cheval entre l’Europe et l’Amérique, a marqué nombre d’écrivains des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne.Je voudrais mentionner au passage que le grand biographe de James, Leon Edel, que Lodge cite fréquemment, est un Montréalais qui a fait ses études à l’université McGill.Un autre écrivain des îles Britanniques, l’Irlandais Colm Tôibin a, lui aussi, choisi Henry James pour héros d’un roman qui devait paraître en même temps que celui de I/xlge.L’éditeur a retardé la sortie de celui de Lodge, ce qui n'a pas empêché les critiques et les chroniqueurs littéraires, en en parlant, de mentionner celui de Tôibin, le préférant souvent à celui de Lodge.J’avoue que les nombreuses pages que l’auteur consacre à cette péripétie n’ont qu’une importance anecdotique.La vie et l’œuvre Ce que le lecteur retient dans ce texte est la réflexion sur la vie de James et sur l’œuvre de fiction en général.Ce qu’en dit le grand romancier américain demeure totalement valable : «La vie est faite toute d’inclusion et de confusion et l’art de séparation et de sélection.» Lodge adopte cette opinion et expose la sienne sur le texte historique et sur la biographie, qu’il distingue du roman historique : «L’historien ou biographe décrit un cercle qui englobe les faits qu’il juge nécessaires à la compréhension de son sujet et en exclut une infinité pourtant liés aux précédents [.] La situation du romancier est largement différente.Il doit décrire un cercle et le remplir d’éléments imaginaires qui entrent en relation les uns avec les autres de façon intéressante, plausible et significative pour constituer un récit sans existence préalable.» Lodge s’étend sur les déboires de James comme dramaturge et le peu de succès qu’il eut de son vivant comme romancier.James fut l’un des premiers à mettre en scène des personnages partagés entre deux cultures et deux pratiques sociales.Lodge analyse aussi le drame de Daisy Miller, qui donne son titre à l’un des grands romans de James.Américaine, elle a du mal à se faire non seulement accepter, mais comprendre par l’aristocratie anglaise.Son comportement, candidement libre, la classe aux yeux de ses sévères juges anglais, au rang des barbares et souvent, pire, des femmes de mœurs légères.Aujourd’hui encore, la distance entre les deux continents persiste à cet égard, même si on peut admirer l’énergie américaine sans déprécier la tradition britannique.Collaborateur du Devoir DANS LES COULISSES DU ROMAN David Lodge Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Marc Amfreville Editions Rivages Paris, 2007,328 pages Les Éditions du Noroît Nouveautés 2007 ans de oési www.lenaroit.com Québec ! I l Ul Vnli; .O.M.0(^0,, Normand Génois Uùn» Regimba td Le même souffle Le même souffle Des cendres des corps Diane Régimbald Des cendres des corps «eiftoat au «o>oiT DIFFUSION dt ommtrn.— - DIMEDIA Cfc> Fihltom du Noroù LE DEVOIR.LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 MAI 20 0 7 K r> LIVRES Comment lire Louise Erdrich et les autres Louis Hamelin La recette: du vin rouge dans un grand verre que vous emplissez à moitié, plus un tiers de jus d’orange, deux glaçons, puis vous versez du Kiri jusqu’à ras bord.Le Kiri, c’est pour les bulles.Vous ne connaissez pas le Kiri?«Qui dit Kiri boit bon.» Embouteillé à Saint-Félix-de-Valois, la patrie de Réjean Ducharme.Mais si vous êtes coincés au fond de l’Abitibi, vous pouvez à la rigueur utiliser du Fresca, ou même du Sprite.Vous avez maintenant votre grand verre de sangria.Reste à trouver le livre.Vous en recevez beaucoup, qui presque tous vous tombent des mains au bout de 5, 10, 15, 30 pages, bavards, lancinants, pénibles.Dans certains cas, vous n’avez pas encore lancé la serviette.Les Animais de Keith Ridgway sont toujours tapis sous votre lit, à l’affût de la prochaine insomnie.Chez d’autres, comme (pour rester avec les Irlandais) Michael Collins et sa Vie secrète de e.robert pendleton, la première phrase suffit.«Par un calme vendredi après-midi, dans le département d’anglais de l’université Bannockburn, E.Robert Pendleton écoutait la rumeur de la vie de l’autre côté de la fenêtre.» Non.Ce n’est pas que la rumeur de la vie vous laisse froid, bien au contraire.D’ailleurs, vous en êtes justement là, sur le point de passer «de l’autre côté de la fenêtre» avec votre sangria, vos marqueurs de page et votre petit crayon de plomb.Et un livre.Vous sortez une chaise dans la cour et ramassez au passage le dernier Erdrich sur le dessus de la pile.Ce n’est pas que la rumeur de la vie vous laisse de marbre, non, mais vous croyez avoir bien plus de chances de la trouver dans le dernier roman de Louise Erdrich que dans le département d’anglais d’une université yankee.Et la douceur de l'air printanier, le sifflement de la petite buse (c’est dans le livre ou bien chez vous?), les exclamations basses et vibrantes des corbeaux.Vous lisez trois mots, vous vous interrompez, vous buvez une gorgée, vous levez les yeux.La petite buse tournoie la-u as au-dessus des contreforts des montagnes, profitant du courant ascendant créé par la brise du sud quand elle frappe les premiers crans de granit des Laurentides et rebondit vers le ciel bleu.Des urubus noirs suivent le même chemin invisible le long des crêtes, en quête de carcasses conservées sous la neige, maintenant à découvert, et parfois des corbeaux.Vous fermez les yeux.Vous n’êtes plus à Sainte-Béatrix, dans les Pays-d’à-Côté, vous êtes au Mexique et vous regardez s’élever, en traçant de lents cercles très haut au-dessus des rivages du Pacifique, les frégates superbes (elles s’appellent vraiment comme ça) portées par la brise de mer qui vient frapper la falaise.Vous remarquez qu’elles n’ont pratiquement jamais besoin de battre des ailes, que, tout comme les corbeaux, les urubus noirs et les buses (et le commandant Piché), elles utilisent pour se déplacer les vastes courants chauds et froids qui nous passent loin au-dessus de la tête.Et c’est le genre de choses que vous voudriez lire dans un roman.Vous rouvrez les yeux.La petite buse.La sangria.Bientôt l’heure du souper, et vous êtes rendu à la moitié de la première page.Au fil des fins d’après-midi suivantes, vous découvrirez que Louise Erdrich, dans la première partie de son roman, vous décrit un coin de pays qui ressemble au vôtre: des collines, des grands pins, des bouleaux, des hiboux, des geais bleus et des mésanges, parfois un chevreuil, parfois un chien errant, et cette ancienne route de rang avec ses ramifications le long desquelles les lotissements résidentiels prennent peu à peu la place des fermes.Mais pas de «ragondins», non, même au New Hampshire.Sauf que la traductrice, d’abord soupçonnée de prendre les vessies pour des lanternes et de confondre marmottes et myopotames, n’est peut-être pas complè- tement dans le champ, puisque la fourrure de notre ondatra, ou rat musqué, est parfois appelée ragondin dans la France du Petit Robert.C’est nous qui le sommes, dans le champ, et au bois, lorsque nous suivons la narratrice, cueilleuse de mûres émérite.«Je suis luisante de sueur, grumeleuse de débris d’écorce et de pourriture de bois, et je suis paisible.J’ai trouvé un accommodement dans les bois, comme toujours.» Voilà qui me paraît tout à fait raisonnable.C’est une femme dans la cinquantaine qui vit avec sa mère et qui entretient une relation épisodique avec un sculpteur du voisinage.«Episodique», c’est-à-dire charnel.«Charnel» voulant dire: on se protège, ce qui n’a rien à voir avec un bout de caoutchouc.«Je ne suis pas inexpérimentée en matière d’amour, je n’ai tout simplement pas réussi dans ce domaine, si l’on prend pour référence le mariage de longue durée.» Les deux femmes s’occupent d’une petite entreprise spécialisée dans la liquidation des successions: démêler les héritages, disposer des biens familiaux, etc.La mère est de sang ojibwé.La fille tombe un jour, dans une de ces vieilles maisons de campagne civilisées qui croissent comme des cancers se nourrissant du passé de tout ce qui les entoure à mesure qu’on leur ajoute des rallonges, sur un tambour amérindien.«Les choses de la maison ont une vie, comme l’écrit Carlos Liscano dans un livre dont je parlerai bientôt.J’ai changé une chose de place et j’ai eu de la peine en la voyant désemparée, loin de ses choses amies.» Le petit tambour indien s’ennuie, lui aussi, des siens.C’est un objet de pouvoir, comme ce sac de médecine que des aborigènes d’une tribu de l’Ouest allèrent un jour récupérer dans un petit musée des Prairies, disant simplement au gardien: C’est à nous.Les Grecs devraient essayer de faire pareil avec les frises du Parthénon.Dans une réserve ojibwé Donc ce tambour a une histoire.Une origine.Et tout ça va nous ramener, d’est en ouest, sur la ré- serve ojibwé qui se trouvait déjà au cœur de Dernier Rapport sur les miracles à Little No Horse (2003) et qui est le lieu mythique au centre de l’œuvre, de l’univers, le Macondo de l’écrivaine métisse.Dans les deuxième et troisième parties du roman, on change donc de narrateur et on tombe sur un bonhomme plutôt bavard, Bernard, du genre à nous perdre ici et là, à nous faire lever les yeux de la page et essayer de nous raccrocher à l’existence des petites buses ici-bas, là-haut.Mais c’est peut-être le prix à payer pour avoir accès à cette tradition orale dont la transmission se trouve dans l’acte de lire lui-même, dans cette compéti-, tion un peu injuste entre le monde vivant et le monde des esprits, entre le ciel bleu d’ici et les loups de là-bas, entre la douceur de la sangria et un tam-tam sacré.Au moins, les loups, eux, savent, rester silencieux.Ils se contentent de dévorer lès] petites filles et de parler par les yeux.Qui diseiif:-«Nous vivons parce que nous vivons.» .La quatrième partie du roman nous ramène au' pays des coyotes, en Nouvelle-Angleterre.Desi coyotes dont le rêve comique est la création du mon-' de où nous vivons, et lisez Thomas King si vous ne.me croyez pas.Des coyotes qui, d’après Erdrich, se seraient «croisés avec les loups gris du Canada, et au cours du processus sont devenus gros ou mystérieuse-, ment silencieux».Et l’écriture de Louise Erdrich, elle, ' est comme la nature, qui métisse naturellement, qui] pousse chez vous, qui est partout.Et qui demandé' de prendre le temps.Dans ce livre, elle me convainc moins avec ses fu était une fois.», ses clichés de l'Ouest et ses pentes filles jetées au loup qu’avec sès superbes descriptions de la nature sauvage du pays civilisé qui s’étend entre New York et chez moi.«En repartant à ma voiture, je longe l’endroit dans les pins qui aboutit sur une falaise.Il doit y avoir une masse d’air qui monte et descend parce que les corbeaux y jouent.» Je lève les yeux.La vie.CE QUI A DÉVORÉ NOS CŒURS Louise Erdriçh Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez Albin Michel Paris, 2007,301 pages L’écriture de Louise Erdrich, elle, est comme la nature, qui métisse naturellement, qui pousse chez vous, qui est partout.Et qui demande de prendre le temps.LA PETITE CHRONIQUE ROMAN CANADIEN Une passion de Valéry Sous le soleil exactement SOURCE BORÉAL Née à Vancouver, Maya Merrick travaille aujourd’hui à Montréal.Gilles Archambault On a longtemps cru que la correspondance qu’avaient échangée Catherine Pozzi et Paul Valéry avait été détruite.En 1929, un an après la rupture qu’elle avait elle-même provoquée, Catherine Pozzi avait fait inscrire dans un testament son désir que leurs lettres soient détruites.«Je veux et entends que les lettres et papiers de Mr Paul Valéry soient détruits par mon exécuteur testamentaire devant témoin [.] je ne les ai pas condamnés par colère ni aucun sentiment qui puisse blesser.» A la mort de Catherine Pozzi, en 1934, le notaire voit à la destruction par le feu de 956 lettres, photos et dessins de Valéry et de 380 lettres de celle qui fut son amante pendant huit années.Mais alors, comment peut-on publier près de 73 ans plus tard leur correspondance?La Flamme et la cendre est le résultat d’un travail acharné de reconstitution de Lawrence Joseph.Il est parvenu à retrouver 200 lettres de Catherine Pozzi et une centaine de l’écrivain.Ajoutez à cela les pages du Journal de Catherine Pozzi, qui viennent pallier l’absence de certaines lettres, et vous disposez d’un document fort pertinent sur l’itinéraire intellectuel d’un écrivain phare du XX'' siècle.Lorsqu’il rencontre Catherine Pozzi pour la première fois, l’auteur de Monsieur Teste a 50 ans.Il est marié, Catherine est divorcée, elle a 38 ans, elle vient d’un monde plus qu’à l’aise, et surtout, elle est assoiffée de culture, elle parle l’anglais et l’allemand, connaît le latin et le grec, se passionne pour la philosophie, les mathématiques, la physique.Peu encline aux compromis, elle vit mal certains aspects de leur liaison.Valéry s’en accommode mieux.Leur passion commune est presque immédiate.Elle ne tardera pas à s’orienter, surtout à cause de Valéry, vers une communion intellectuelle.Il communique à la femme aimée ses manuscrits, l’invite à les commenter.«L’intelligence mêlée à l’amour, ou se substituant à lui insensiblement, peut faire quelque chose de ce trouble étranger», écrit-il dans ses Cahiers, que Catherine Pozzi annote.La lecture de ce qui subsiste INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY Paul Valéry m n de cette correspondance ne pourra intéresser — c’est l’évidence — que les esprits à la fois curieux de l’histoire littéraire et des traces que peut laisser la passion dans une âme que visite régulièrement le travail intellectuel le plus exigeant.A la mort de Catherine Pozzi, Valéry écrit à Renée Vautier, dont il était tombé amoureux: «Vous vous souvenez que je vous ai parlé quelquefois de cette étrange passion dont j’ai tant souffert il y a quelques années.La tragédie de mon histoire intime [.] L’exécuteur testamentaire m'avise qu’il a procédé à la destruction par le feu de toute la correspondance échangée entre elle et moi [.] Cet avis sec m’a serré le cœur [.] J’imagine que c’était là, ce que j’ai pu écrire de plus [.] remarquable, car pour répondre à cet amour, il n’est pas de débauche d’idées, d’inventions, que je n’aie faite, dépensée.» Valéry préfère à tout prendre que ce témoignage d’une passion soit parti en fumée, car il craignait qu’on ne publie l’intégralité des lettres échangées.Faut-il tout publier d’un écrivain?Les avis divergent.Une chose est certaine, on est en présence ici d'un travail d’édition respectueux, impeccable.LA FLAMME ET LA CENDRE.CORRESPONDANCE Édition de Lawrence Joseph Catherine Pozzi et Paul Valéry Gallimard Paris, 2006,679 pages CHRISTIAN DESMEULES Le premier roman de Maya Merrick, Sextant, est une longue dérive narrative faite de fragments qui sont comme des vagues s’échouant sur le rivage de la mémoire.Un ressac d’allers-retours entre le passé et le présent encaissé dans un univers de dérive urbaine, ensoleillé mais étouffant de grisaille humaine, qui n’est pas sans rappeler celui de Bukowski.Dans une petite ville de la côte Ouest, à laquelle la géographie volontairement anonyme de l’auteure donne néanmoins une teinte californienne, Cassy Peerson travaille comme «sirène» de freak show dans l’immense aquarium d’un bar de danseuses nues.Elle est encore hantée par son passé de junkie et la vie désordonnée quelle menait dans la rue dès la fin de l’adolescence, alors qu’elle était en fugue et partageait parfois avec d’autres «clochards mineurs» dans son genre une chambre d’hôtel.«C’était une vieille vie minable qui même à l’époque me semblait trop vieille pour qui j’étais», écrit-elle.Largement revenue de ses excès de jeunesse, mais pas encore lavée de toutes les blessures qu’elle y a accumulées, l’héroïne de Maya Merrick avance toujours à l’aveugle en cherchant sa voie.Mais heureusement pour elle, dans l’aquarium du bar ou dans l'océan, il ne manque pas d’eau.«Sous l’eau, tout le monde s’en jbut, c’est terminé, fini, fi fi n-i ni et tant pis si je pleure, si j’abreuve l’eau salée de mon humble petite marée à moi.Sous l’eau, je ne suis presque plus rien.Sous l’eau, je suis pure.» Et quand l’eau et le soleil ne lui suffisent pas, il y a l’encre et il y a la plume.Élle dort et elle écrit — lorsqu’elle dort et lorsqu’elle écrit — dans sa voiture, une Chevrolet 57 décapotable.Mais il y a chez cette Cassy Peerson une fracture intime qui ne dit pas son nom, une faille qu’on devine liée à une tragédie familiale.Elle traîne avec elle le poids d’une culpabilité liée à la mort de sa petite sœur.C’est le parcours presque classique de l’auto-destruction.Ce flot narratif envoûtant et sensible prend ainsi la forme d’un long va-et-vient en trois temps, partagé entre ses souvenirs d’enfance, ses années de galère dans la rue et son existence désonnais plus stable de travailleuse de bar où elle adopte une position d’ob- servatrice — un regard détaché et compatissant pour les itinérants, putes, travestis, alcooliques, pour tous les laissés pour compte qu’elle croise.Un «zapping» narratif auquel le lecteur doit s’accrocher pour apprécier toute la richesse de l’écriture de Maya Merrick, née en 1974 à Vancouver, qui travaille aujourd'hui comme barmaid à Montréal.Déterminer au moyen des astres sa position dans l’espace: voilà à quoi sert l'instrument de navigation qu’on appelle le sextant.C’est ce que Élit l’héroïne de Maya Merrick, qui fait le point sur sa vie au moyen de l’écriture.Et il lui suffit de savoir, après des années de tempêtes et de navigation hasardeuse, presque soulagée, quelle se trouve échouée «sous le soleil exactement».Rien de plus.Collaborateur du Devoir SEXTANT Maya Merrick Traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné Boréal Montréal, 2007,348 pages MDL marchedulivre.qc.ca librairie agréée Littératura • Art • Référence • Nouveauté nus Di io ooo BANDES DESSINiiS angle de Maisonneuve Est et St-Hubert sur le campus ( à deux pas de la Grande Bibliothèque éditions Liber Philosophie « Sciences humaines • Littérature Jean-François Lessard Ilétat de la nation 128 pages, 12 dollars Félicitations à Jean-François Beauchemin LAUREAT PRIX DES LIBRAIRES 2007 catégorie Roman québécois Jkiwn-Ff'atrçoï' Rwiis’heinirt ’ I.A fabric Atiott de LhoK* Merci aux libraires du Québec pour cet hommage rendu à ce magnifique hymne à la vie, La Fabrication de l'aube.QUÉBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerique.com s» , 38 LE DEVOIR.LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 MAI 2007 ESSAIS ESSAIS QUÉBÉCOIS L’islam expliqué à tous Louis Cornellier Les soubresauts de la poudrière moyen-orientale ont fait du politologue Sami Àoun, de l’Université de Sherbrooke, un habitué des bulletins de nouvelles québécois.Un conflit éclate ou perdure en Irak, en Afghanistan ou en Iran?Sami Aoun apparaît à l’écran et tente de nous en faire saisir les tenants et les aboutissants.C’est peu de dire que, depuis quelques années, l’expert d’origine libanaise ne chôme pas.Récemment, il publiait Aujourd’hui l’islam (Médiaspaul, 2007), un essai sur la pensée arabo-musulmane contemporaine.Dans un petit livre d’entretiens intitulé Sami Aoun.L’islam entre tradition et modernité, le journaliste indépendant Jean-Frédéric Légaré-Tremblay lui donne l’occasion de vulgarisqace complexe et brûlant dossier.lancée par des cüsidérations historiques sur l’apogée (au Xe siècle) et sur le déclin de la civilisation musulmane (sous l'action de causes internes et externes), cette réflexion vise bien sûr à nous aider à y voir plus clair quant aux enjeux contemporains de l’islam.Il existe actuellement, dans le monde islamique, «un véritable courant réformiste inspiré en partie parles idées modernes et libérales», affirme Aoun, mais «celui-ci n’a pas réussi à s’imposer dans la société musulmane».la tendance dominante serait plutôt au traditionalisme, et cela s’explique notamment par le fait «que les pays musulmans conservateurs sont aussi les plus riches».L’Arabie Saoudite, par exemple, alliée de longue date des États-Unis, utilise la manne pétrolière pour diffuser l’idéologie wahhabite, très conservatrice, à travers le monde.Sami Aoun ne nie pas qu’un islam moderne soit possible, mais il souligne néanmoins les limites de cet éventuel alliage Mahomet fut à la fois un maître spirituel et un dirigeant politique et militaire.Cette double nature de la figure fondatrice de l’islam explique le rejet de la laïcité par ceux qui s’en réclament L’islam (le chiisme fait cependant exception) ne propose pas un Etat clérical, puisque le clergé n’existe pas vraiment dans ses rangs.«Les imams, écrit Aoun, sont des guides spirituels sans autorité autre que morale.» Il propose plutôt un État civil soumis au respect de la charia (la loi musulmane).On voit l’ambiguité d’un tel arrangement l’État n’est pas dirigé par des religieux, mais est soumis au religieux, lui-même interprété par des muftis (conseillers juridiques et religieux) qui ne s’entendent pas toujours, d’où «le phénomène de l’anarchie des fatuias» (avis juridiques).Aoun, dans ce dossier, conclut donc à «une impossible modernité antimusulmane» en terre d’islam, mais il ajoute cependant qu’un «islam autosuffisant est, à terme, tout aussi impossible».Cette dernière nuance, on le constate, ne fait toutefois pas l’unanimité et est contestée par les islamistes.La violence à laquelle s’adonnent parfois ces derniers est-elle compatible avec les fondements de l’islam?Cette religion, répond Aoun, fait en effet une place à la violence, mais elle l’encadre sans la prêcher et la réserve au pouvoir légitime.Les mésententes ' quant à celui-ci ont, de nos jours, une conséquence funeste : «Le malheur de la culture musulmane réside dans la cacophonie des appels à la violence.» Le «petit jihad» prône «la guerre sainte que les musulmans doivent mener contre leurs ennemis» et le «grand jihad» incite à la prière et au développement des vertus.«Malheureusement, note Aoun, beaucoup de musulmans, les islamistes au premier chef, sont oublieux de cette hiérarchie entre les deux jihads et estiment que le petit jihad est plus important que le grand.» J y ALEC CASTONGUAY LE DEVOIR Sami Aoun appuie la mission de l’OTAN en Afghanistan, de même que l’effort militaire canadien dans ce pays.Le politologue, dans cet ouvrage, se départit rarement de son statut d’expert et privilégie l’explication plutôt que l’opinion.On comprend toutefois, à ses commentaires, qu’il rejette la thèse du choc des civilisations (il montre bien que les Américains pratiquent la realpolitik et ajoute même qu’ils «se sont régulièrement portés à la défense des musulmans à travers le monde», au Kosovo notamment), qu’il déplore non pas l’intervention en Irak, mais sa maladresse et qu’il appuie la mission de l’OTAN en Afghanistan, de même que l’effort militaire cana- dien dans ce pays.«Défendre un peuple musulman contre les affres que leur infligent les Talibans est une cause juste», dit-il.Selon lui, «la menace terroriste est bel et bien réelle pour le Canada», mais elle proviendrait de l’extérieur, puisque «l’idéologie véhiculée par les groupes terroristes ne réussit pas à s’enraciner dans les communautés musulmanes canadiennes».Quelques islamistes radicaux vivent au Canada et au Québec, mais ils seraient isolés.Aoun souligne la pertinence du multiculturalisme et des accommodements raisonnables dans l'entreprise d’intégration des immigrants musulmans, mais il insiste aussi sur la nécessité du respect «des trois piliers qui fondent le contrat social»: la séparation de la religion et de la politique, l’égalité dans la citoyenneté (citoyenneté individuelle et refus du communautarisme) et la liberté dans la citoyenneté (liberté de culte, d’orientation sexuelle, liberté des femmes, refus de la polygamie, etc.).«Les versions libérales et modernes de Tislam sont compatibles avec les normes de vie occidentales et québécoises», affirme-t-il, mais le fondamentalisme ne peut qu’entraîner l’islamophobie.D y a, sur la planète, 1,3 milliard de musulmans qui représentent 20 % de la population mondiale.Comprendre ce qu’ils sont, d’où ils viennent, ce à quoi Us adhèrent et les diverses tendances qui les traversent et les déchirent est un devoir de citoyen et d’humain consciencieux Avec sérénité, intelligence et respect, Sami Aoun nous aide à le remplir.louiscornellierdfipcommunications.ca SAMI AOUN.L’ISLAM ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ Jean-Frédéric Légaré-Tremblay Varia Montréal, 2007,108 pages L’histoire inattendue des sulpiciens PHILOSOPHIE Renouveler la démocratie Daniel Innerarity plaide pour un art de la médiation fondé sur un véritable engagement populaire MICHEL LA PI ERRE En 1830, au Collège de Montréal, les élèves, souvent issus de la bourgeoisie, s'insurgent contre leurs maîtres, les Sulpiciens, seigneurs spirituels et temporels de l’île où se trouve le petit séminaire.Ils vilipendent l'^afoq-lutisme» de ces ecclésiastiques.A l’occasion du 350 anniversaire de l’arrivée chez nous des sulpiciens, pourquoi avoir l’audace de faire un tel rappel historique?Pour rendre plus lucide et plus nuancé un hommage à la compagnie de prêtres fondée à Paris par Jean-Jacques Olier, curé de la paroisse Saint-Sulpice de 1642 à 1652.Voilà ce que pensent Dominique Deslandres, John A.Dickinson et Ollivier Hubert, qui ont dirigé la publication de l’excellent ouvrage intitulé Les sulpiciens de Montréal, Une histoire de pouvoir et de discrétion (1657-2007).Les collégiens des années 1830, dont le livre fait mention en s’appuyant sur les recherches d’Olivier Maurault (1886-1968), le plus remarquable des intellectuels sulpiciens originaires du Québec, sont d’une insolence inouïe envers leurs maîtres, qui, nés en France, défendent le pouvoir colonial britannique.Ils les traitent «de rebuts de la France»\ Les élèves reflètent les opinions de leurs parents, dont plusieurs soutiennent le Parti patriote, dirigé par Papineau.En 1836, le sulpicien Joseph-Alexandre Baile résume la situation: «Les premiers de ce pays nous regardent comme des ennemis publics parce qu'ils savent que nous ne sommes pas favorables à leurs desseins révolutionnaires.» Pourtant, Olier, réformateur du clergé, fondateur des sulpiciens et père spirituel de Montréal, cité missionnaire gu’il a conçue sans y mettre les pieds, était, à sa façon, un révolutionnaire.Il comptait parmi les grandes ligures de l’école française de spiritualité, ce courant dont Henri Bremond (18661933), en publiant sa vaste Histoire littéraire du sentiment religieux en France, a défini l’importance dans la pensée et l’esthétique occidentales.Mystique, Olier contribuait à donner à la prose française le frémissement qui, de Bérulle à Pascal, caractérise l’expression méthodique des idées et les secrets de la vie intérieure.Au Christ, «ce Corps pour qui le monde est fait», il disait «Je vous adore en votre anéantissement devant Dieu, où vous confessez votre néant et le nôtre.» L’adoration de «ce Corps», seconde personne de la Trinité divine, anéantie avec toute l’humanité devant la première personne, a quelque chose de sublime et de fou que seul le classicisme français semble rendre naturel par l’harmonie.Les auteurs des sulpiciens de Montréal ne citent pas ces beaux passages des écrits d’Olier, mais ils expliquent que, grâce à un esprit hérité du XVIP siècle, nos Messieurs, comme on les appelait ont su surmonter les difficultés.La méfiance et parfois l’hostilité des sulpiciens français à l’égard de leurs confrères canadiens-français et des futurs prêtres de même origine qu’ils formaient au Grand Séminaire prouvent que, même chez les ecclésiastiques, les différences entre Européens et Nord-Américains ont une profondeur insoupçonnée.Jean-Jacques Lartigue, sulpicien natif du Bas-Canada, cousin de Papineau et premier évêque de Montréal, l’a appris à ses dépens.Plus près du peuple La canadianisation des sulpiciens changera les choses.Puis, comme le soulignent Dominique Deslandres et d’autres collaborateurs, nos Messieurs, Français aussi bien que Canadiens français, se sont beaucoup rapprochés du peuple par des œuvres éducatives et caritatives.C’est surtout dans le domaine culturel que l’apport des sulpiciens frappe aujourd’hui l’imagination.Olivier Maurault, recteur de l’Université de Montréal de 1934 à 1955, a, dès les années vingt, payé des études en France à un peintre dpnt il percevait l’originalité: Paul-Émile Borduas.Un autre sulpicien natif du Québec nous surprend encore plus par la modernité de ses goûts.D s’agit d’Arthur Guindon (1864-1923), poète, dessinateur et peintre.Les auteurs des sulpiciens de Montréal ont eu l’heureuse idée d’inclure, parmi les multiples illustrations du livre, un merveilleux tableau de ce surréaliste avant la lettre: Le Génie du lac des Deux-Montagnes, inspiré librement de la mythologie amérindienne.Des hommes aux ailes de papillon y accompagnent des ouaouarons hystériques.Dans des vers étonnants, Monsieur Guindon évoque «des crânes qui, dans la terre, / Ont perdu leurs deux yeux suspects», l’acier qui «fond, rougissant l’air épais des usines», et le flot qui «perd son orgueil dans les ombres voisines / Des murs vertigineux».De l’autre côté de l’Atlantique et à des siècles de distance, Monsieur Olier, qui rêvait d’apporter aux Amérindiens le souffle retrouvé des premiers chrétiens tout en rajeunissant une Europe déjà vieille, ne serait peut-être pas resté insensible aux folles aventures picturales et verbales de son fils du futur.Collaborateur du Devoir LES SULPICIENS DE MONTRÉAL Sous la direction de Dominique Deslandres, John A Dickinson et Ollivier Hubert Fides Montréal, 2007,672 pages GEORGES LEROUX Né à Bilbao en 1959, Daniel Innerarity est mal connu en langue française; il est pourtant un des penseurs politiques européens les plus créateurs.Frayant hors des sentiers battus du libéralisme, il a développé au cours des ans une œuvre marquée par un souci de la transformation de l’espace public.Il est en plus un traducteur réputé, surtout d’auteurs allemands.Son grand essai sur l’éthique de l’hospitalité est toujours attendu en traduction, mais nous pouvons maintenant lire son livre de 2002 sur la démocratie.C’est une voix neuve, qui fait le pari de reprendre, à la manière de Hannah Arendt qu’il cite, les problèmes à partir du début le concept du politique, la question sociale et le renouvellement de la gauche constituent ses thèmes de prédilection.L’engagement politique n’a rien qui le rapproche d’un calcul abstrait: le politique, c’est d’abord l’urgence, et ensuite la réconciliation avec le contingent et la fmitude.Transformer l’occasion ou l’opportunité en décision juste, voire en vertu, c’est l’art de tous ceux qui à l’intérieur de la démocratie croient encore en la possibilité de dépasser les déterminismes apparents de la complexité.Innerarity se montre d’abord critique de la tentation du cynisme ou de l’indifférence qui affecte les démocraties contemporaines, découragées par le conflit de l’urgent et du complexe.C’est en ce sens qu’il réinterprète la définition aristotélicienne de l’art du possible: le politique est invention, il n’a rien à voir avec les conditions idéales.Ces constats de base l’amènent à critiquer les utopies technocratiques, qui tendraient à remettre l’avenir des sociétés dans les mains des experts: il plaide au contraire pour un art de la médiation fondé sur un véritable engagement populaire.Proche de Arendt sur ce point, il propose de contrer cette tendance du peuple à abroger sa propre légitimité: à ses yeux, seule une revalorisation profonde de l’espace public peut ramener les citoyens au centre de la démocratie, autrement ils ne cesseront d’être refoulés à la périphérie par le pouvoir expert.Démocratie conflictuelle Ces convictions claires trouvent une application nette dans la discussion de questions comme le pluralisme et la justice sociale.Daniel Innerarity ne craint pas d’introduire l’idée d’une démocratie par essence conflictuelle, renonçant à neutraliser le pluralisme: la politisation des différences est nécessaire, aucun accord social n’est définitif.«La démocratie existe quand aucune instance sociale ne peut prétendre dominer et représenter la totalité», écrit-il en réactivant plusieurs idées de penseurs radicaux comme Chantal Mouffe ou Richard Rorty, et c'est peut-être en pensant aux dérives du patriotisme américain qu’il écrit encore: «La rénovation de la démocratie ne viendra pas d’une ferveur pour le consensus, mais de la culture du désaccord raisonnable.» C’est sur cet horizon qu’il défend une politique de l’identité très proche des thèses communauta-riennes de Charles Taylor: venant d’un penseur basque, cette revendication prend une couleur particulière.Ses derniers chapitres sur le renouvellement de la culture politique en apportent la confirmation: évoquant une forme de «social-libéralis-me», il plaide pour une pensée de gauche et ses arguments sont franchement rafraîchissants.Lecture d’été conseillée pour la nouvelle Assemblée nationale.Collaborateur du Devoir LA DÉMOCRATIE SANS L’ÉTAT.ESSAI SUR LE GOUVERNEMENT DES SOCIÉTÉS COMPLEXES Daniel Innerarity Avant-propos de Jorge Semprun Traduction française de Serge Champea Éditions Climats Paris, 2006,253 pages • Vè MUSEE ROYAI.DE L'ONTARIO, TORONTO Place de l’église Notre-Dame â Montréal, vers 1850, anonyme d’aprèsWilliam Henry Bartlett 14 1 JtsS 1 ^ ÎH ^ '«•f'TP to».1 ^ ^Triptyq ue www.tnptyquc.qc.ca triptyque@editiontriptyque.com Tél.i (514) 597-1666 Félicitations Maude Smith Gagnon lauréate du prix Émile-Nelligan pour son recueil de poésie Une tonne d'air à Diane Jacob lauréate du Grand prix du livre de la Montérégie et finaliste au Prix de la relève Archambault pour son roman Le vertige de David «La rénovation de la démocratie [viendra] de la culture du désaccord raisonnable »
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.