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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2007-05-26, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 MAI 2007 Mf 4' K < Mr vy « Une coopération qui doit être maintenue Page B 5 La destinée de nos gènes mm Page B (> ¦ PERSPECTIVES MATHIEU BÉIANGER REUTERS Monique Jérôme-Forget a été applaudie par les députés libéraux jeudi lors de la présentation de son budget.Le coût d’une baisse d’impôt \ A moyen terme, le budget de Monique Jérôme-Forget risque de ramener le Québec à Vère des déficits Malgré la grogne des partis d’opposition, le gouvernement minoritaire de Jean Cha-rest a maintenu son engagement de diminuer les impôts, mais il devra naviguer prudemment sur le plan financier, avertissent fiscalistes et économistes.Car si jamais son budget réussissait à passer le test de l’Assemblée nationale, Québec aurait tout un défi à relever: trouver le moyen de financer des baisses d’impôt qui friseront les deux milliards dès 2011.FRANÇOIS DESJARDINS Vers la toute fin du règne dYves Séguin, le ministère des Finances en était venu à une conclusion qui, avec le recul, paraît évidente: le gouvernement Charest ne disposait tout simplement pas d’une marge de manœuvre suffisante pour honorer la promesse des baisses d’impôt d’un milliard faite en 2003.Quelques mois plus tard, son successeur, Michel Audet, le confirmait une fois pour toutes.Il n’était pas question, avait-il reconnu, de décréter des réductions «au détriment de la solidité financière du gouvernement ou des services».Deux ans plus tard, avec l’aide des transferts fédéraux supplémentaires, le gouvernement Charest, malgré son statut minoritaire, a décidé de passer de la parole aux actes.Un cadeau fiscal inattendu de 950 millions, dont 250 millions étaient déjà prévus, annoncé dans le feu de la campagne électorale et visant carrément la classe moyenne.Un geste suffisamment controversé, toutefois, pour inciter les partis d’opposition à voter contre le budget et donc à mettre le gouvernement Charest en péril.Car la marge de manœuvre du gouvernement québécois, qui a consacré jeudi 98 % de ses nouvelles dépenses à la santé et à l’éducation, ne semble pas s’améliorer.A la lecture du budget de la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, et selon plusieurs économistes, cette marge n’existe probablement pas: alors que les revenus de l’an dernier couvraient les dépenses, aujourd’hui ce n’est plus le cas.Et avec des dépenses qui augmentent trois fois plus vite que les revenus, le manque à gagner de 30 millions cette année se transformera dès l’an prochain en trou béant de 1,3 milliard.Si le gouvernement prévoit des budgets équilibrés, c’est qu’il puisera généreusement dans une réserve spéciale de 1,3 milliard constituée l’an dernier.Cette année, Québec en prendra 200 millions.Et l’an prochain, il videra carrément la caisse, prenant le 1,1 milliard qu’il restera afin de boucher la majeure partie du trou dans ses finances.Un manque de vision ?«On peut être pour ou contre le budget, mais au moins on sait ou Mme Jérôme-Forget s’en va», dit Luc Godbout, professeur de fiscalité à l’Université de Sherbrooke.Il vient de participer à la rédaction d’un livre selon lequel il faudra redessiner les finances publiques de A à Z pour combattre les conséquences brutales du vieillissement de la population.«Sur la façon de faire, je préfère une baisse concrète à un 101' crédit d’impôt, dit-il.Mais ceci étant dit, a-t-on les moyens de réduire les impôts?Ce n’est pas clair.» Au Mouvement Desjardins, l’équipe dirigée par l’économiste François Dupuis a aussi des interrogations à ce chapitre.«Un manque à gagner de plusieurs centaines de millions risque de survenir dès 2009-10», a-t-elle écrit sans détour dans sa note d’analyse, en évoquant un «manque de vision à moyen et à long terme».Il faut se demander si Québec ne sera pas forcé de hausser des tarifs, voire des taxes ou des impôts, conclut-elle.La situation financière du Québec, en appa- rence du moins, s’est améliorée depuis les années 90, époque où les gouvernements ont commencé à s’appliquer à enrayer les déficits chroniques dans lesquels ils pataugeaient depuis des lustres.La loi antidéficit, votée en 1996, a fixé des cibles à atteindre et a interdit tout déficit à partir de l’exercice 1999-2000.Un effort auquel s’est greffé un programme de départs volontaires massif dans le secteur de la santé, dont les conséquences se font sentir depuis plusieurs années.Pour les élections générales de 2003, le Parti libéral, las d’être dans l’opposition, sort l’artillerie lourde: un milliard de baisses d’impôt pendant cinq ans.Lorsqu’il arrive au pouvoir, la réalité le rattrape rapidement Plutôt que de mettre en œuvre des baisses massives tel que cela a été promis en grande pompe, le gouvernement Charest s’emploie donc à instaurer des mesures fiscales chirurgicales.Au fil du temps, on ne parle plus de réduire les impôts, mais de réduire le «fardeau fiscal».Deux ans après sa promesse, l’objectif premier était désormais de réduire l’écart entre le fardeau des Québécois et celui des autres provinces.Le Vérificateur Toujours en 2005, alors que le ministre des Finances constate le peu de marge de ma-nœuvre dont dispose le gouvernement, le Vérificateur général vient brasser la cage une première fois.La comptabilité de Québec sous-estime carrément les déficits, prévient alors Renaud Lachance.Par exemple, pour la seule année 2003-04, le déficit n’était pas de 358 millions mais plutôt de 1,67 milliard.Il va plus loin: M.Lachance croit que les excédents de 819 millions apparemment cumulés depuis 1 adoption de la Loi sur l’équilibre budgétaire, en 1996, sont le fruit • La spécificité des maladies pédiatriques et les défis médicaux qu'elles posent > Les percées scientifiques extraordinaires en pédiatrie et McGill Centre d'éducation permanente Inscrivez-vous en ligne pour les prochaines sessions du mercredi soir débutant le 12 septembre 2007.Consultez notre site web pour les dernières nouvelles et pour l'inscription en ligne.L’Hôpital de Montréal pour www.hopitalpourenfants.com Téi : (514) 412-4400, poste 23996 ri Centre universitaire de santé McGdt * ! i 4 11 LE DEVOIR.LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 MAI 2007 B 2 PERSPECTIVES Jean Dion Pas de repères dans son repaire Un citoyen désemparé a finalement dû reconnaître cette semaine qu’il avait perdu tous ses repères.«Enfin, il me reste un repaire, soit cette terrasse où je sirote de la sangria diluée en regardant le monde passer sur le trottoir comme si je n’avais jamais vu de monde de ma vie.Cest à cause de la chaleur, je crois, je veux dire, pas les bienfaits de la sangria diluée, mais le monde est plus beau quand il a chaud.Ils ont dit ça l’autre jour à la télé, youppi il fait chaud.Mais même la chaleur n’est plus comme avant, parce qu’il paraît que si on va au soleil on va mourir de la peau.Il me reste donc un repaire, mais plus de repères, ce qui est un peu compliqué à comprendre à mesure que je te parle verbalement, mais arrange-toi avec ça, t’avais juste à pas m'interviewer», a déclaré le citoyen en suivant des yeux quelqu’un qui passait sur le trottoir et qu’il n’aurait jamais regardé s’il n’avait pas été attablé à une terrasse.Les derniers jours se sont révélés particulièrement pénibles pour le citoyen, qui croyait que son expérience de vie acquise au fil des ans lui permettait de comprendre ce qui se passe et de formuler des prévisions relativement exactes.«Tenez, par exemple, j'ai toujours entendu depuis que je suis un citoyen que les gens n’aiment pas payer des impôts.Vous savez comment ça marche, “aaaaahhhhhhh je suis le plus ahurissamment taxé en Amérique du Nord ç’a pas de maudite allure j’arrive pas à arriver je commence à travailler pour moi le 5 juillet je suis acculé à la ruine je vais être obligé de vendre mon chalet et un de mes trois chars aaaaaaahhhhhhh”.Or voici qu’ils parlent de renverser un gouvernement parce qu’il veut baisser les impôts.Vous comprendrez qu’il y a là un sérieux repère que je viens de perdre d’aplomb», a commenté le citoyen en se demandant si la personne qu’il regardait sur le trottoir au même moment portait aussi peu de vêtements parce qu’elle était acculée à la ruine ou si c’était simplement parce qu'elle avait chaud.«Moi, tant qu’à avoir rien pour mes impôts, des files d’attente de bactéries dans les nids-de-poule et tout ça, j’aimerais autant avoir quelque chose de plus pour moins, genre», a-t-il ajouté.Interrogé à propos de l’analyse faite par plusieurs voulant que la menace d’un renversement du gouvernement ne relève que du bluff, le citoyen a avalé de travers une lampée de sa sangria diluée.«Vous voyez, je n’avais pas pensé à ça.Je vous remercie de venir juste de me débarrasser d’un autre repère.Je croyais en effet, après avoir pendant des années utilisé de banals procédés d’observation empirique, que la politique avait toujours été, est toujours et sera toujours du gros bluff.Si vous me dites que la situation actuelle est exceptionnelle, alors là, je n’écarterais pas d’emblée la perspective de chuter sous peu de cette pourtant fort confortable duiise de terrasse.De la même manière, quand j’entends des experts dire que la situation dans laquelle pourrait être plongé notre parlementarisme démocratique est le type de chose qui amène la population à ne pas prendre la politique au sérieux, j’ai envie de répondre: “Mais en vertu de quelle torsion mentale en es-tu arrivé à prendre la politique au sérieux?"», a-t-il confié tout en se commandant des cacahuètes et en espérant secrètement qu’elles soient gratuites vu la lourdeur de son propre fardeau fiscal, «sans oublier le prix de la sangria diluée.Ça n’a l’air de rien, mais ce n’est pas donné, cet élixir, non plus que le privilège de prendre place sur une terrasse.Ce qui devrait être donné, par contre, ce sont des soins de santé et des services d’éducation de qualité totale».Cela étant, le citoyen a dit ne pas craindre une minute que le gouvernement soit renversé et que des élections générales aient lieu au cœur du mois du juiDet «Admirez un peu la contradiction: les mêmes commentateurs professionnels patentés qui soutiennent que la politique est très importante disent qu’on ne devrait pas déranger la population avec ça pendant Tété.Faites-vous une idée», a-t-il poursuivi, macérant dans son soi-même le projet d'inviter une personne qui marchait sur le trottoir à venir déguster des cacahuètes en sa compagnie.«De toute façon, demandez-le à n’importe quel scientifique, il n’y a plus de saisons, tout fout le camp.Et l’argument des vacances, s’il vous plaît.Déjà que, selon des sources, on ne travaille pas assez quand c'est le temps, j’imagine qu’on va aussi exiger de se reposer pendant les vacances?Moi, je pense que la démocratie est une tâche quotidienne et que, même à se cultiver un cancer de l'épiderme sur une plage du Maine, on devrait toujours avoir en tête nos chefs de parti qui font tant pour nous divertir.» Selon le citoyen, un scrutin en juillet constituerait même une occasion en or de révolutionner le processus électoral «alors que le monde entier aura encore une fois les yeux tournés vers nous».«Je pense qu'on peut s’entendre sur un élément: avec une deuxième campagne en aussi peu de temps, mettons que les partis n’auront pas grand-chose de nouveau à dire.On pourrait donc aller voter sans qu’il y ait de campagne.Le premier ministre dirait “élections demain matin ”, et paf, on y serait sans avoir rien manqué.Ensuite, comme la plupart des gens voteraient exactement comme la dernière fois, on pourrait s’inscrire dans un grand registre dans le cyberespace et cocher “même maudite affaire".Ça prendrait dix secondes.Il n’y aurait ainsi que les indécis perpétuels vraiment intéressés qui se feraient achaler avec des élections en juillet et, en général, ces gens-là sont trop indécis pour savoir où aller en vacances de toute manière.Ne venez pas me dire que tout ça coûterait 72 millions», a renchéri le citoyen en constatant que le goût respectif des cacahuètes et de la sangria diluée donnait lieu à un mariage susceptible de faire l’objet d’un certain questionnement Parmi les autres repères qu’il a égarés ces derniers temps, le citoyen a par ailleurs mentionné la grève dans les transports en commun.«Ce n'est vraiment plus comme avant.Avant, quand il y avait un arrêt de travail dans les transports en commun, c'était un vrai arrêt, sauvage.Au milieu de janvier quand il fait -30 et qu 'il y a 20 pieds de neige, et avec pas de services essentiels.Débrouille, chose.Si vous voulez mon humble avis, les services essentiels, ça fait un peu mou-moune, surtout qu'il fait si beau.Je pense que les usagers se plaignent le ventre plein.» Le citoyen s’est quand même réjoui que la grève survienne au moment où les terrasses sont ouvertes, car cela lui fait plus de monde à regarder marcher sur le trottoir.«Et ça, contrairement aux impôts, aux élections générales et à la sangria diluée, ça ne coûte rien.Pour les cacahuètes, je ne sais pas encore.» jdionCaledevoir.com Dans la mire de l’armée Les Forces armées canadiennes connaissent par cœur le profil type de l’aspirant soldat L’armée canadienne séduit de plus en plus de jeunes tentés par l’aventure, l’action à l’étranger et un emploi assez bien rémunéré.Les Forces canadiennes sont devenues plus efficaces pour enrôler la mince frange de la population susceptible de se laisser tenter et a su maintenir des critères rigoureux pour son recrutement.ALEC CASTONGUAY Ottawa — Le bruit assourdissant qui emplit la cabine de l’avion Hercule en route pour l’Afghanistan n’empêche pas plusieurs soldats canadiens de sortir un livre de leur sac et de s’installer aussi confortablement que possible pour le trajet de quatre heures qui débute.Le soleil chaud d’avril perce les hublots et laisse passer de minces filets de lumière qui permettent de lire à son aise.avec des bouchons dans les oreilles.Les soldats canadiens aiment lire, ont constaté les journalistes qui les accompagnaient Cette génération n’est-elle pas plutôt fanatique des jeux vidéo?Pourtant, livres et magazines s’empilent entre les équipements de combat.Au département de la recherche d’opinion publique des Forces armées canadiennes, à Ottawa, ce comportement ne surprend pas: on connaît par cœur le profil du soldat.Et ce dernier aime lire, la preuve scientifique est solide.Ce service militaire, à la fine pointe de l’information, analyse les nombreuses études qui tracent le portrait le plus juste possible du jeune homme ou de la jeune femme susceptible de rejoindre l’armée.Depuis quelques années, ce département a pris du galon.Les études se multiplient.Les derniers chiffres disponibles, soit ceux de 2005-06, font état de 1,2 million de dollars investis en analyses de toutes sortes.Ce montant porte uniquement sur les enquêtes et les recherches en profondeur, ce qui exclut le marketing et la publicité.«Certaines études nous permettent de comprendre les valeurs qui animent les gens sus-cebtibles de se joindre aux Forces armées.D’autres nous permettent de tracer leur profil grâce à leurs passe-temps, leurs goûts, leurs intérêts.Ça aide notre dépistage.Il faut comprendre les gens», explique Mike Walker, gestionnaire de recherche d’opinion publique au ministère de la Défense.Mieux comprendre pour mieux séduire et être plus efficace, c’est le leitmotiv des Forces armées quand vient le temps d’élaborer les campagnes de recrutement.«Il faut absolument faire ça parce qu’il y a peu de gens qui veulent se joindre à nous.Il faut les meilleurs indices possibles pour atteindre notre cible», dit Mike Walker.Les chiffres lui donnent raison.Une étude effectuée en janvier dernier par la firme TNS Canadian Facts auprès de 3200 répondants de 17 à 34 ans démontre que seulement 6 % des jeunes disent être «certainement» ou «probablement» intéressés à mener une carrière à temps plein dans l’armée, contre 92 % qui ferment la porte sur cette option.Au Québec, le pourcentage des citoyens intéressés chute à 4,4 %, alors que 94,1 % d’entre eux ne le sont pas du tout «Le bassin est étroit», avoue Mike Walker.Pourtant, les Forces armées canadiennes ont réussi à se tailler une place dans ce petit univers.Samedi dernier, Le Devoir révélait que le nombre de demandes d’enrôlement, une bonne façon de mesurer l’intérêt des jeunes, a bondi.Alors que, chaque année, environ 25 000 formulaires d’enrôlement trouvaient auparavant preneur, entre avril 2006 et mars 2007 il s’en est écoulé 35 000, soit une hausse de 40 %.Le nombre de recrues est aussi en hausse, tant dans la réserve que dans les forces régulières, ce qui ne s'était pas vu depuis plusieurs années.Entre avril 2006 et mars 2007, le nombre de recrues dans les forces régulières a atteint 6536 personnes, en hausse de 2 % par rapport à l’année précédente.Le nombre de recrues réservistes a quant à lui augmenté de 5 %, culminant à 6326.Qui est le futur soldat?Comment les Forces armées sont-elles parvenues à afficher une telle augmentation?Mis à part une campagne de publicité coûteuse (19 millions seulement pour 2006-07), les Forces armées ont particulièrement bien ciblé leur public.L’étude TNS Canadian Facts commandée par le ministère de la Défense a coûté 156 000 $ et propose des dizaines de pages remplies d’indices révélateurs sur ces 4 à 6 % de jeunes qui sont dans la mire des mili- CHRIS WATTIE REUTERS Stephen Harper a rendu visite cette semaine aux soldats canadiens basés en Afghanistan.taires.Parmi leurs passe-temps favoris, la lecture se classe au deuxième rang avec 21 %, derrière «passer du temps avec des amis», qui récolte 24,8 %, mais devant «écouter de la musique» (20,2 %) et jouer à des jeux vidéo (18,8 %).Rien détonnant donc à voir les soldats ouvrir un livre dans un Hercule.Dans leur campagne de publicité-choc, les Forces armées canadiennes ont beaucoup utilisé les salles de cinéma pour rejoindre les jeunes.Encore là, l’armée a ciblé ses dépenses, puisque les futurs soldats préfèrent les films d’action (26,6 %), les comédies (26,3 %) et les drames (10,6 %).Inutile de mettre des publicités avant les films de science-fiction (3,5 %) ou les thrillers (4,6 %), qui n’ont pas la cote.La mince frange de jeunes intéressés à une carrière dans l’armée assiste aussi plus souvent que la moyenne à des événements sportifs, alors que la population en général préfère les concerts.C’est pour cette raison que les officiers de recrutement ont ciblé la dernière coupe Grey de football dans leur campagne de marketing.Dans leurs efforts de séduction, les Forces armées ont également refait entièrement le site Web dédié au recrutement et ont annoncé largement leur campagne sur différents sites fréquentés par les 17-34 ans.Normal, puisque les futurs soldats adorent la Toile.Pas moins d’un répondant sur cinq intéressés par l’armée (22,4 %) affirme naviguer entre cinq et dix heures par jour sur Internet! Et ils sont 29 % à l’utiliser entre une et trois heures par jour.De plus, 66,8 % ont un compte de courriel, ce qui est supérieur à la moyenne de la population (58 %).«Si notre public-cible est intéressé par le Web et lit moins les journaux, on va aller le trouver où il est», dit Mike Walker.Un profil socio-dysfonctionnel?Une autre étude qualitative menée par CROP et remise en mars dernier au ministère de la Défense montre que les futurs soldats sont sur-représentés dans les 15 à 24 ans, ont une faible scolarité et sont souvent célibataires.Plusieurs sont chômeurs ou cols bleus.Les valeurs qui les animent sont souvent dominées par l’ambition de se dépasser.Ce profil a d’ailleurs attiré une mise en garde de la part de CROP.«Quand on considère le profil de plus en plus socio-dysfonctionnel des as- pirants à une carrière dans les Forces, il est primordial de maintenir la rigueur dans les exigences de recrutement et deformation interne», peut-on lire dans la conclusion de l’étude qui a coûté 33 000 $.En entrevue avec Le Devoir, le président de CROP, Alain Giguère, qui mène ce type d’étude pour les Forces armées canadiennes depuis 15 ans, précise que le contexte particulier de la guerre en Afghanistan a provoqué cette mise en garde.«Les officiers de l’armée savent que le profil du futur soldat est souvent socio-dysfonctionnel, je n’ai pas eu besoin de développer davantage sur ce sujet avec eux.Mais actuellement, c’est un enjeu parce que la pression est énorme pour augmenter le recrutement.Les besoins en Afghanistan sont importants et il ne faut pas que l’armée relâche les critères de sélection juste pour avoir plus de recrues.Mon message est clair: faites attention de ne pas prendre n’importe qui, vous pourriez avoir des problèmes.» Selon Alain Giguère, la population canadienne a un seuil de tolérance très faible à l’égard des bavures.Dans les conclusions de son étude, il précise d'ailleurs que «la superbe image symbolique que les Canadiens ont présentement des Forces armées canadiennes pourrait facilement être entachée par ne serait-ce qu’un seul dérapage canadien à la Abou Ghraib!», ce fiasco américain dans une prison irakienne.«Politiquement, ce type de gaffe serait insoutenable», dit le président de CROP Mais l’officière aux affaires publiques au sein du Groupe de recrutement des Forces armées canadiennes se veut rassurante.«On ne modifie pas nos critères de sélection pour avoir plus de monde.Lors des tests psychologiques et des entrevues, on cherche à dénicher les petits Rambo qui veulent juste aller tuer en Afghanistan.Ceux-là ne passent pas», affirme Holly Brown.Alain Giguère pense que l’armée fait bien son travail à ce chapitre.Le président de CROP a d’ailleurs mené le même genre d'étude chez les nouveaux militaires et avoue ne pas avoir retrouvé de «profil socio-dysfonctionnel» parmi les soldats.«L’armée a une formidable capacité de séparer le bon grain de l’ivraie», dit-il.Le Devoir LE PROFIL DU FUTUR SOLDAT Vous pourriez être intéressé à une carrière militaire si vous.• possédez un compte Hotmail (66 % des gens qui se sont dits intéressés): • aimez regarder les films d’action (263 %)( les co7nMes (26,3 %) et les drames (10.6 %) • n’aimez pas les films de type thrillers 14‘6 %) et de science-fiction (3.5 %): • aimez pratiquer des activités ou dis sports comme les poids et haltères (11,3 %)r~ le hockey (8,6 %), le basketball (6,4 %) et le soccer (4,4 %); • aimez regarder le hockey à la télévision (37,6 %), bien avant le basketball (7,4 %)f~ • préférez la rhusiqïïe' pop ou rock (26,6 %) au hip-hop (1$,7 %) et au hard rock (9,2 %); ~ • passez entre cinq et dix heures sur Internet par jour (22,4 %); • aimez passe r vos temps libres avec vos am is (24.8 %) ( à lire (21 %), à écouter de la musique (20,2 %), à jouer à des jeux vidéo (18,8 %).Source TNS Canadian Facts (janvier 2007) SUITE UE LA PAGE B 1 Economiste à la Financière Banque Nationale, Clément Gignac se pose précisément la même question.«Il y a plusieurs choses à considérer.Est-ce que les baisses d’impôt vont à ce point stimuler l’économie, et donc s’autofinancer?Y aura-t-il des économies provenant de la réduction de la taille de l’État?Les tarifs vont-ils augmenter plus vite que prévu?Ou encore, est-ce que le gouvernement Harper va encore jouer au père Noël?» M.Gignac est lui aussi de cette école qui prône des projections économiques et budgétaires sur cinq ans.«Il y a une certaine gageure dans ce budget-là, dit-il.Ça touche son financement à long terme.Pour les deux premières années, on peut se dire que c’est moins grave parce qu’on puise dans une réserve, mais ce qui se passe dans trois ou quatre ans, pour moi c’est une interrogation, ajoute-il.Il y aura un manque à gagner.» Puisque le système de santé accapare une BUDGET partie énorme du budget de Québec, et que la tendance ne semble pas destinée à s’inverser, sa gestion offre peut-être une avenue potentielle pour rééquilibrer les finances.La possibilité est réelle.La ministre des Finances a annoncé que Claude Castonguay, ancien ministre de la Santé, présidera un groupe de travail pour étudier le financement du système.Il sera question, entre autres, de proposer de nouvelles sources de financement et de préciser le rôle du secteur privé.«Peut-être que le groupe de M.Castonguay va nous arriver avec quelque chose pour trouver une façon de réduire la pression sur la croissance des dépenses en santé», dit M.Godbout.Québec pourrait alors se donner les moyens de colmater les déficits ailleurs dans son budget Revoir la comptabilité Encore faudra-t-il être en mesure de bien évaluer l’ampleur du travail à effectuer.Le vérificateur a affirmé dans son dernier rapport que, si Québec appliquait les «principes comptables généralement reconnus» par l’Institut canadien des comptables agréés, l’année 2005-06 se serait soldée, non pas par l’équilibre budgétaire, mais par un déficit de 5,3 milliards.Une telle application des règles, comme c’est le cas en Ontario et en Colombie-Britannique, signifie que Québec devrait élargir son périmètre fiscal pour tenir compte, par exemple, des déficits faits par les hôpitaux de la province.Après avoir rejeté cette proposition en craignant des effets «pervers», la ministre a profité du dévoilement de son premier budget pour se rallier à l’idée.Selon la progression des travaux, des ajustements pourraient être faits dès l’automne.Ix>rs du huis clos pour le budget à Québec, Mme Jérôme-Forget a tenté de désamorcer la critique en ironisant sur la situation.«Vous allez dire que j'ai changé d’idée.Oui, j’ai changé d’idée! J’ai 66 ans, j’ai fait ça toute ma vie.» Le Devoir $ t LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 MAI 2 0 0 7 B *3 PERSPECTIVES LIBAN De nouveau la crise Au pays du Cèdre, l’armée affronte un groupuscule retranché dans un camp de réfugiés JAMAI.SAIDI REUTERS L’armée libanaise a encerclé le camp de Nahr al-Bared, près de Tripoli.« ‘ m ¥%«#S CLAUDE LÉVESQUE Moins d’un an après le conflit qui a opposé Israël au Hezbollah dans le sud du pays, une nouvelle crise, touchant cette fois un camp de réfugiés palestiniens situé dans le nord, menace de faire basculer le Liban dans la guerre civile.Un bras de fer oppose depuis samedi dernier l’armée libanaise à un groupuscule peu connu qui s’est retranché dans le camp de Nahr al-Ba-red, près de Tripoli.Son nom, Fatah aHslam, est trompeur.D n’a actuellement rien à voir avec le Fatah, le parti fondé par Yasser Arafat en 1959, qui l’a d’ailleurs condamné dans des termes sans équivoque cette semaine.Il est né en septembre dernier d’une scission au sein du Fatah al-Intifada, un mouvement qui avait été créé en 1983 par des dissidents du parti d’Arafat avec l’appui des autorités syriennes.Le Fatah al-Intifada se présentait comme un parti laïque, tout en se situant plus à gauche que le Fatah.Tout comme le mouvement dont il est issu, le nouveau groupe condamne la corruption qui gangrène le Fatah, mais il se dit essentiellement islamiste.Son chef, Chaker Absi, déclarait en mars au quotidien beyrouthin L’Orient-Le Jour: «Notre groupe se fonde sur le Coran et la charia.Nous sommes un mouvement réformateur qui a été créé pour venir à bout de la corruption, en brandissant haut dans le ciel de la Palestine le flambeau: “R n’y a de dieu que Dieu’’.» Etes-vous proches du mouvement al-Qaïda ou allié avec lui?avait-on demandé.Réponse de Chaker Absi: «Nous l’avons déclaré à plusieurs reprises: notre mouvement n’est allié ni à un régime ni à aucune formation existant sur cette terre.C’est un groupuscule indépendant qui s’inspire du Coran et de la charia.» Les autorités jordaniennes affirment qu’Ab-si, un Palestinien né en 1955 en Cisjordanie, a été associé à Abou Moussad Zarqaoui, le chef d’al-Qaïda en Irak, tué par les Américains en juin 2006.Il a été condamné à mort par contumace en même temps que ce dernier pour sa participation au meurtre d’un diplomate américain commis en 2002 à Amman.C’est une des raisons qui font dire à la presse libanaise et à plusieurs observateurs de la région que le groupe est bien plus proche d’al-Qaïda que de la mouvance palestinienne, malgré ses démentis.Cette thèse est également appuyée par le fait que la plupart de ses militants sont des ressortissants de divers pays arabes et musulmans, et non des Palestiniens.Au pays du Cèdre, on soupçonne également le nouveau groupe d’être à la solde du gouvernement syrien, qui s’en défend.«Un électron libre mû par sa propre folie, une excroissance d’al-Qaïda ou un groupuscule manipulé par Damas?[Le Fatah al-Islam] est probablement tout ça à la fois», résumait jeudi l’éditorialiste de L’Orient-Le jour.Le politologue Sami Aoun, de l’Université de Sherbrooke, note que, «depuis l’expulsion de Yasser Arafat en 1983, les camps du nord du Liban sont sous l’emprise dégroupés sous influence syrienne».Selon M.Aoun, le Fatah al-Islam n’a cependant pas de racines chez les quelque 394 000 réfugiés palestiniens qui vivent au Liban, dont 30 500 dans le camp de Nahr aLBared.Il ne bénéficierait pas, non plus, de sympathies de la part de la population musulmane sunnite du nord du pays, où l’on trouve pourtant des courants traditionalistes et même islamistes.«Les sunnites ont appuyé le groupe parlementaire de Hariri, note-t-il.On se doute que cette plaie ouverte est provoquée dans le but d’affaiblir la position du fils Hariri et de créer un foyer de trouble parmi les musulmans sunnites, qui sont critiques à l’égard du régime syrien.» Le pays du Cèdre est également celui des coïncidences et, par conséquent, des complots, réels ou imaginaires.La majorité parlementaire et la presse libanaises soupçonnent un lien direct entre la crise actuelle et un projet de tribunal international pour juger les auteurs du meurtre de l’ancien premier ministre Rafîc Hariri le 14 février 2005.Le régime syrien de Ba-char el-Assad, qui a été mis en cause par des enquêteurs de l’ONU, s’oppose à la constitution d’un tel tribunal.Le Conseil de sécurité des Nations unies doit incessamment se prononcer sur une résolution prévoyant sa mise en place.Le gouvernement libanais a déjà signé un accord avec l’ONU sur cette question, mais sa ratification par le Parlement, exigée par la Constitution libanaise, n’a jamais eu lieu en raison de la crise politique qui sévit depuis novembre.Les partis d’opposition prosyriens, qui ne reconnaissent pas la légitimité du gouvernement actuel, ont multiplié les obstacles à la ratification de cet accord, estimant qu’un tribunal international servirait des fins politiques.Le Liban, qui a déjà subi douloureusement les contrecoups du conflit israélo-palestinien, semble menacé de devenir une victime des luttes d’influence qui se jouent dans la région.«C’est la lutte pour le “Grand Moyen-Orient” qui continue au Liban, comme en Palestine et en Irak», note Sami Aoun.Qu’il soit l’instrument de Bachar el-Assad, d’Oussama ben Laden ou de quelque autre acteur de ce drame, le Fatah al-Islam a surpris les forces de sécurité libanaises, qui l’avaient dans le collimateur depuis une série d’attentats commis en début d’année, par sa férocité et sa puissance de feu.Le Devoir Le Liban semble menacé de devenir une victime des luttes d’influence qui se jouent dans la région L’an 1 explosif de Michelle Bachelet La présidente du Chili a lancé un programme social pour faire taire le mécontentement de la gauche Un peu plus d’un an après son élection à la présidence du Chili, Michelle Bachelet est confrontée à une révolte de la gauche au sein de son gouvernement, choquée par son immobilisme sur le plan social.Prêtant l’oreille, elle vient de lancer ce qui est considéré comme le plus ambitieux programme social depuis le retour à la démocratie, en 1990.GUY TAILLEFER Pour s’être inscrite dans une logique de «changement dans la continuité», Michelle Bachelet s’investit trop dans la continuité néolibérale et trop peu dans le changement social, accuse aujourd’hui la gauche avec acuité, un peu plus d’un an après son élection.Mme Bachelet n’est pas, loin de là, le Vénézuélien Hugo Châvez.Il y avait donc des accents de pompier à L-ambitieux» programme social de 800 millions $US annoncé en début de semaine par Mme Bachelet dans l’espoir de panser les maux dont souffre la société chilienne en matière d’éducation, de santé, de logement et de retraite.D’autant quelle lance son programme après que, début mai, une vingtaine de parlementaires membres de sa coalition large de centre-gauche, la Concertation démocratique (CD), au pouvoir depuis la fin de la dictature de Pinochet, lui eurent reproché, dans un coup de gueule qu’elle n’aura pas pu ignorer, de mener une politique «néolibérale» soumise à «l’énorme influence des chefs d’entreprise» devenus «tout-puissants».Réclamant d’urgence un virage à gauche, ces élus de la majorité présidentielle, dont la députée et écrivaine Isabel Allende, ont dénoncé la «gravité» de la situation et le «risque» qui menace la coalition.Ils ont mis en garde contre «une rébellion de citoyens qui, s’ils n’ont pas d’arguments et de propositions pour le futur, porteront la droite au pouvoir».Une droite dont le taux de popularité a d’ailleurs crû dans les sondages, pendant que la cote d’appui de Mme Bachelet a chuté de 60 % à 40 %.Dynamique inquiétante pour la CD, qui ne peut pas ne pas penser à la prochaine échéance électorale que seront les municipales de 2008.La pression des pingouins C’est que le «miracle» que constitue le Chili sur le plan macro-économique, relèvent entre autres les rapports de l’ONU, gomme le fait qu’il s’agit de l’une des sociétés les plus inégalitaires du monde.Fin 2006, une enquê- te du journal La Naciôn contestait l’optimisme général des chiffres gouvernementaux, au vu de l’ampleur de l’économie informelle et du travail précaire, en mettant en parallèle les bénéfices des banques avec le fait que le Chili abrite 60 % de «pauvres» vivant avec moins de 190 $US par mois.Le grand programme d’investissement social annoncé lundi vient tenter de mettre le couvercle sur une première année de mandat explosive pour Mme Bachelet.La levée de boucliers de la rue chilienne a été à la mesure des immenses espoirs de réformes sociales suscités par l’élection en janvier 2006, avec près de 54 % des voix, de Mme Bachelet, fille d’un gépéral progressiste assassiné après le coup d’Etat du 11 septembre 1973, présidente de la Jeunesse socialiste sous Salvador Allende, arrêtée et torturée sous la dictature.En juin 2006, à peine deux mois après son entrée en fonction, elle était confrontée à une révolte sans précédent des «pingouins», surnom donné aux élèves du secondaire par allusion à leur uniforme bleu.Des centaines de milliers de jeunes sont descendus dans la rue, réclamant une réforme en profondeur du système d’éducation, largement privatisé sous les militaires, et la gratuité du transport pour les étudiants les plus démunis.Les manifestations ont tourné à l’affrontement avec une force policière dont les réflexes répressifs ne sont pas passés inaperçus.Résultat: 300 arrestations.Nouvelles manifestations d’ampleur en avril-mars dernier, emmenées par les pingouins et les étudiants d’université.Près d’un millier de personnes ont été arrêtées.Objet de la colère populaire: la réforme du système de transport à Santiago (Transantiago), mise en place en février.Une réforme destinée à moderniser et à simplifier le système, mais qui, concrètement, a réduit le nombre de véhicules en circulation de 8000 à 5600 et donné lieu à l’élimination de plusieurs circuits d’autobus, affectant en particulier les usagers des quartiers pauvres.Lundi dernier, Mme Bachelet a fait son mea- JOSK DF.I.A MAZA REUTERS -vT».-, - - Michelle Bachelet culpa pour ses erreurs de gestion.Son plan social, financé par les énormes revenus liés à l’exportation du cuivre, prévoit des investissements supplémentaires de 650 millions en éducation, la construction de 2700 garderies, 12 nouveaux hôpitaux et des mesures d’aide d'accès à la propriété.Les retraites seront relevées en 2008 et le Transantiago fera l’objet de nouveaux investissements.«Consolider les bases d’un système de protection sociale sera la marque historique de mon gouvernement», a affirmé Mme Bachelet.Personne n’oublie que Mme Bachelet, la première femme à devenir présidente du Chili, frit, dans la foulée de sa résistance anti-Pinochet, ministre de la Santé puis ministre de la Défense sous le gouvernement précédent du populaire Ricardo lagos.Bref, «un pur produit de 15 ans de Concertaciôn», souligne l’historien Franck Gaudichaud, dans un texte publié par le Réseau d’information et de solidarité avec l’Amérique latine.Si à gauche certains applaudissent au nouveau programme social, d’autres se demandent comment il sera possible de véritablement défaire l’héritage lourd de 17 ans de dictature sans intervention structurelle en matière de fiscalité, de concentration de la richesse et de droit du travail.Le Brésil de Lula n’est pas confronté à un dilemme très différent.Le Devoir Michel David Le chant du cygne Les députés libéraux auraient certainement aimé que leur chef démontre, pendant la dernière campagne électorale, la même pugnacité qu’hier à l’Assemblée nationale.Mario Dumont l’a trouvé «agité», mais il s’agissait d’une hausse de ton soigneusement calculée.Quelques instants plus tôt, devant le caucus de ses députés, Jean Charest avait affiché la même détermination à défendre son budget advienne que pourra.Le premier ministre a donné l’impression d’un homme prêt à en découdre si les partis d’opposition osaient le renverser, mais cette partie de bluff, qui pourrait durer encore une semaine, en rend plusieurs nerveux.Quelques ministres rencontrés sur la Grande-Allée hier midi ont lancé à la blague qu’ils s’en allaient faire du porte-à-porte.La perspective de nouvelles élections générales au début de l’été ne fait cependant rire personne au PLQ.Plusieurs de ceux qui ont échappé à la vague adé-quiste le 26 mars dernier savent très bien que la prochaine vague risque de leur être fatale.Les derniers sondages étaient très inquiétants et les prochains risquent de l’être encore plus.«Les partis d’opposition sont en train de faire la démonstration qu’un gouvernement minoritaire, ça ne marche pas», a déclaré M.Charest II a peut-être raison, mais qui peut sérieusement penser que c’est à lui que les Québécois confieront la direction d’un nouveau gouvernement majoritaire?Encore une fois, le jugement politique du premier ministre suscite de graves interrogations.Après avoir adopté une très mauvaise stratégie au cours de la dernière campagne, il a clairement mal lu la nouvelle réalité politique québécoise.Le budget de Mme Jérôme-Forget a manifestement été confectionné en misant sur l’impuissance du PQ.C’est comme si personne au gouvernement Jean Charest n’avait pris acte de la démission d’André Boisclair.Le PQ n’est peut-être pas prêt pour des élections au début de l’été, mais l’arrivée de Pauline Marois lui a donné les moyens de faire monter les enchères.En fin d’après-midi hier, M.Charest a semblé faire une petite ouverture.«S’ils ont quelque chose à suggérer.», a-t-il glissé en anglais après avoir multiplié les attaques contre les deux partis d’opposition, qui veulent «combattre la classe moyenne».Le porte-parole péquiste en matière de finances, François Legault, a dit s’attendre à une tentative de rapprochement, soit avec son parti, soit avec l’ADQ, mais on ne peut pas dire que M.Charest ait beaucoup contribué à améliorer le climat en s’en prenant de façon répétée à Mme Marois.L’opposition a eu le dessus sur le plan tactique.Diane Lemieux savait très bien ce qu’elle faisait en demandant au président de l’Assemblée nationale de lui indiquer si et comment le budget pouvait être modifié.Elle connaissait déjà la réponse: il faudrait que le gouvernement reprenne l’exercice presque à zéro.Bien entendu, il ne saurait en être question.Il s’agirait d’un recul encore plus humiliant que ceux auxquels le gouvernement avait dû se résoudre dans le cas de la centrale thermique du Suroît ou des subventions aux écoles privées juives.Sans parler de la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget littéralement tombée amoureuse de son budget.Elle ne pardonnerait pas au premier ministre de l’en séparer.En réalité, des élections précipitées constituent peut-être la seule chance de M.Charest de mener une dernière campagne qui deviendrait son chant du cygne.Reporter l’échéance de six mois ou d’un an donnera simplement plus de temps pour s’organiser à ceux qui souhaitent la venue d’un nouveau chef.En privé, les députés libéraux supputent ouvertement les chances des uns et des autres.Certains vont jusqu’à reconnaître eux-mêmes leurs ambitions.La seule inconnue semble être le moment où le signal de départ sera officiellement donné.Depuis jeudi soir, Mario Dumont donne l’impression d’observer en spectateur ou, mieux encore, en gérant d’estrade la partie de poker qui oppose libéraux et péquistes.Quelques jours avant les élections du 26 mars, quand il était devenu évident que les résultats seraient serrés, le chef de l’ADQ avait formellement rejeté l’idée qu’un parti qui n’aurait pas obtenu le plus grand nombre de sièges puisse former le gouvernement.Hier, il a déclaré que des «circonstances particulières» pourraient l'amener à revoir ses positions et que le renversement du gouvernement Charest, à peine deux mois après sa formation, pourrait entrer dans cette catégorie.Les Québécois seraient peut-être reconnaissants à M.Dumont de leur éviter des élections au mois de juillet en acceptant de former lui-même un gouvernement, au moins pour quelques mois, mais quel intérêt aurait-il à laisser aux libéraux tout le loisir de changer de chef?Affronter un adversaire aussi affaibli que Jean Charest est certainement préférable à tout autre scénario.Des trois partis, l’ADQ est probablement le plus prêt à entrer en campagne.Depuis le 26 mars, les candidats défaits ont continué à «travailler» leur comté.Elle a déjà un programme, l'argent ne pose plus de problème et M.Dumont ne devrait pas avoir de difficulté à attirer quelques vedettes tentées par l’aventure ministérielle.Le PQ a aussi un programme, qui n’est malheureusement plus montrable.En cas d’élections précipitées, Pauline Marois n’aurait cependant aucune difficulté à faire adopter une plate-forme électorale à son goût.Au contraire, si les élections sont reportées à 2008, il faudra refaire le long et pénible exercice que constitue l’adoption d’un nouveau programme au PQ.Pour l’heure, les «purs et durs» de tout acabit se tiennent tranquilles, mais ils finiront inévitablement par relever la tête.Finalement, des élections estivales pourraient comporter certains avantages.mda vicPq lede vo i r.com » i » J B 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 MAI 2007 EDITORIAL Déraisonnable ! Des élections en plein cœur du mois de juillet?On a peine à croire à un tel scénario, mais la chose pourrait se produire si le gouvernement du premier ministre Jean Charest était défait le 1" juin, lors du vote sur le budget.Le pire n’est pas sûr toutefois.Avec un peu de bonne volonté, il pourrait obtenir l’appui du Parti québécois.1)‘ Bernard Descôteaux emblée, il faut dire avec force que la tenue d’élections, moins de quatre mois après celles du 26 mars, serait tout à fait déraisonnable.Recourir aux électeurs pour arbitrer le combat de coqs que se livrent présentement libéraux, péquistes et adéquistes pour déterminer qui est le maître du jeu politique serait dévaloriser le processus électoral.Nul doute que les Québécois, réagissant à un tel manque de maturité de la part des partis politiques, bouderaient un scrutin provoqué par la chute prématurée du gouvernement.Que les trois partis présents à l’Assemblée nationale veuillent, à l’occasion de ce budget, se mesurer n’a rien d’inattendu.Avec le budget présenté cette semaine, Jean Charest reprend le comportement qu’avait eu dans des circonstances similaires Paul Martin il y a quelques années, alors qu’il venait d’être élu à la tête d’un gouvernement minoritaire à Ottawa.Comme lui, le premier ministre québécois cherche aujourd’hui à manifester qu’il ne laissera pas, tout minoritaire soit-il, l’opposition lui dicter sa conduite.Rappelons toutefois qu’en dernière instance M.Martin avait finalement plié devant son opposition.Devant l’opposition péquiste qui lui refuse un appui qu’il croyait acquis, le premier ministre Charest apparaît disposé à s’engager i dans une escalade.Hier, il disait non à tout et ^ ^Mj faisait flèche de tout bois.Le risque qu’il court ^est de se retrouver coincé dans ses refus et que son gouvernement tombe.Il n’y aura alors que deux scénarios possibles.Le premier consistera à inviter le chef de l’opposition officielle, Mario Dumont, à former un gouvernement.Le chef de l’ADQ n’écarte pas l’idée d’accepter s’il est appelé.Pour gouverner, il lui faudra cependant obtenir l’appui tacite ou des libéraux ou des péquistes.On imagine facilement que son gouvernement aurait de la difficulté à gouverner et perdrait, à court ou à moyen terme, la confiance de la Chambre.Le deuxième cas de figure serait l’appel immédiat au peuple.Un nouveau scrutin risquerait de donner le même résultat que les élections du 26 mars, à une différence près: nous établirions le record du plus faible taux de participation à des élections générales.Que faire pour éviter d’en arriver à une telle extrémité?La solution se trouve dans le dialogue entre libéraux et péquistes.Le chef intérimaire du Parti québécois, François Gendron, avait dès sa nomination indiqué son ouverture à appuyer le budget Jérô-meForget.Il n’a pas trouvé dans le texte de Mme Jérôme-Forget les réponses qu’il attendait.On peut imaginer qu’en annonçant jeudi soir son intention de voter contre le budget il ne cherchait qu’à faire monter les enchères et à établir un rapport de force.Cela est de bonne guerre, à la condition qu’il sache ne pas aller trop loin et que, pour leur part, la ministre des Finances et le premier ministre fassent les compromis nécessaires.Le pire serait que les uns comme les autres se laissent emporter par l’orgueil.L’opposition ne pouvant amender le budget en vertu des règles parlementaires, il revient au gouvernement de rechercher un consensus et de trouver une sortie honorable pour tout le monde.S’il n’y arrivait pas, il faudrait conclure qu’il n’a pas compris le message que lui ont transmis le 26 mars les Québécois qui veulent un gouvernement de concertation.bdescoteaux@ledevoir.ca Un bon programme Jean-Robert Sansfaçon ==i| ne petite mesure contenue dans le budget Audet-Jérô- Ume-Forget mérite qu’on y revienne.Il s’agit du coup de pouce supplémentaire que Québec promet aux parents qui épargnent pour aider leurs enfants à poursuivre des études postsecondaires un jour.Le Régime =1 enregistré d’épargne-études (REEE) a été créé par Paul Martin du temps où il était ministre des Finances.Des centaines de milliers de familles y sont déjà inscrites et des dizaines de milliers d’autres familles auraient intérêt à faire de même compte tenu de ses avantages.Le principe en est simple: un parent, un grand-parent ou un ami ouvre un compte REEE dans un établissement bancaire au nom d’un ou de plusieurs enfants de moins de 18 ans de la même famille.Chaque année ou lorsque ses finances l’y autorisent, cette personne dépose une somme dont la première tranche de 2500 $ donne droit à une subvention pouvant atteindre 600 $ à Ottawa et, depuis cette année, 300 $ à Québec.La subvention étant un pourcentage calculé selon les revenus des parents, le montant varie, mais l’ordre de grandeur de cette double subvention oscillera entre 30 et 45 % du dépôt.A titre d’exemple simple, un parent qui verse 1000 $ par année pour un enfant entre l'âge de huit ans et de 18 ans aura accumulé 10 000 $ de capital, somme à laquelle se seront ajoutés entre 3000 et 4500 $ de subventions.Pendant toutes ces années, ces subventions et tous les revenus d’intérêt du compte s’accumulent à l’abri de l’impôt.Ils ne deviendront imposables qu’au moment du retrait, sur les revenus de l’étudiant.Quant au capital, il reste la propriété du parent, qui peut choisir de reprendre ses billes ou de les ajouter à l’aide consentie au jeune par le gouvernement Mais dans un cas comme dans l'autre, ce capital n’est pas imposable puisqu’il n’a jamais bénéficié d’un avantage fiscal.Le crédit québécois est harmonisé avec celui d’Ottawa, de sorte que les tracasseries administratives seront très limitées.On a évalué à 350 000 le nombre d’enfants qui en profiteront pour un coût annuel de 40 millions.Encore peu connu des familles de la classe moyenne dont les enfants n’ont jamais accès aux bourses du régime d’aide québécois, ce programme présente l’immense avantage d’inciter les ménages à épargner tôt pour les études.Au Québec, on s’endette sans hésiter pour acheter une ou deux voitures ou pour s’équiper d’un nouvel appareil HD à écran plat, mais contrairement à d’autres sociétés, on épargne très peu pour aider nos jeunes à étudier.Comme si le coût des études se limitait aux droits de scolarité! L'Etat prend déjà en charge la plus grande partie des coûts de l’éducation; c’est au jeune, par son travail et ses emprunts, ainsi qu’à ses parents de payer pour le reste jusqu’à la fin du DEC ou du baccalauréat Voilà pourquoi il vaut la peine de faire connaître ce programme taillé sur mesure pour les familles de la classe moyenne, auquel le gouvernement du Québec décide enfin de contribuer.j-rxansfaconfa ledevoir.com LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directrice de l'information JOSÉE BOILEAU Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-FRANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directrice, ventes publicitaires NICOLE CALESTAGNE U uifJt£*ANT-
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