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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2003-05-03, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI i ET DI M A N (HE 1 M A I 2 O O H SCIENCE Le biologiste Kim Juniper plonge à la recherche de trésors inexplorés Page B 6 La France a gagné la bataille mais pas la guerre Page B 5 LE DEVOIR * PERSPECTIVES Les élections argentines Après le naufrage Le pire était à craindre à la suite de la très sévère crise qui secoue l’Argentine, mais la désaffection de l’électorat que certains redoutaient ne s’est pas produite.JEAN-PIERRE LEGAULT LE DEVOIR Décidément, l’Argentine politique est fidèle à ses contradictions: un péroniste affrontera un autre péroniste au second tour du scrutin présidentiel du 18 mai prochain.Carlos Menem, celui qui a sorti l’Argentine de l’hyperinflation pour ensuite, par manque de clairvoyance, mener le pays au marasme total, se mesurera donc à Nés-tor Kirchner, le dauphin du président sortant Duhalde, qui se débat pour maintenir le pays à flot Autre pays, autres mœurs politiques: il est difficile ici de comprendre que des membres d’un même parti s’affrontent ainsi sur la place publique.Pourtant, rien n’est surprenant de ce qui vient du parti de Perôn, dans lequel les personnages influents contrôlent tous leur fief.La division au sein de ce parti est tellement grande que la perpec- tive d’une candidature unique au scrutin était impensable.Que l’on pense seulement aux luttes épiques qui opposent Carlos Menem à Eduardo Duhalde.Et la seule autre option réaliste, le parti radical, s’est discréditée aux yeux de la population au cours du gouvernement de De la Rüa et doit souffrir du peu d’emprise qu’il a sur les «secteurs de pouvoir» comme l’armée, l’Eglise, les syndicats.Les prévisions des analystes et des sondeurs pour le premier tour se sont donc avérées.Il prédisent maintenant une défaite de Menem au second tour.Menem aurait fait le plein de ses appuis pour le premier tour et le vote des candidats à ce premier tour se tournera vers Kirchner, prédisent-ils.Ainsi, deux sondages effectués lundi et mardi derniers donnent Kirchner gagnant avec respectivement 65,4 % et 59,2 % des intentions de vote, contre 12,8 % et 24,1 % à Menem.Interrogés pour savoir qui gagnera le second tour, les répondants des deux sondages ont donné Kirchner vainqueur avec 70 % des votes.Ce qui signifie en clair que la réputation d’invincibilité de Menem ne tient plus au sein de la population.Les analystes notent de plus que dimanche dernier, avec environ 22 % des suffrages, Néstor Kirchner est celui qui paraissait être vainqueur alors que les 24 % de votes recueillis par Menem conféraient à ce dernier le statut de vaincu.Mais en misant sur des candidatures péronistes, l’Argentine est-elle en train de s'isoler du mouvement de renouveau qui traverse VOIR PAGE B 2: NAUFRAGE La pauvreté touche aujourd’hui près de 58 % delà population CARLOS BARRIA REUTERS Néstor Kirchner JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le cabinet de Jean Charest lors de son assermentation à l’Assemblée nationale.»rjv Le nouveau gouvernement libéral De quels changements , parle-t-on ?Les premières décisions de Jean Charest dégagent une odeur de déjà-vu TOMMY CHOUINARD DE NOTRE BUREAU DE QUÉBEC Pour justifier l’absence du vétéran député Pierre Paradis de son conseil des ministres, le premier ministre Jean Charest a expliqué qu’il souhaitait adopter un changement de ton, de style et de génération au sein du gouvernement Vraiment?La première action que Jean Charest a entreprise lors de son arrivée au pouvoir représente tout sauf un changement de style, quoi qu’en dise le nouveau premier ministre.Jean Charest a en effet mandaté l’ancien vérificateur général du Québec, Guy Breton, pour faire la lumière sur l’état des finances publiques.Si le recours à un «expert indépendant» est inusité, il en résulte la même situation que lors des changements de gouvernement précédents: le nouveau gouvernement déplore l’état dans lequel son prédécesseur a laissé les finances de l’Etat En fait le changement est si peu notable que Jean Charest fait un peu comme le nouveau premier ministre de 1994, Jacques Parizeau.M.Charest dispose en effet aujourd’hui d’un chiffre, une impasse budgétaire de 4,3 milliards de dollars, qui servira de munitions lors des attaques en Chambre contre l’opposition péquiste afin de discréditer les années qu’il a passées au pouvoir.Le nouveau gouvernement du Parti québécois de 1994 avait aussi son propre chiffre: 5,7 milliards de dollars, le déficit prétendument accumulé par les libéraux.Le ministre des Finances de l’époque, Jean Campeau, avait vertement critiqué l'ancien ministre libéral des Finances, André Bourbeau, qui lui avait rétorqué que le nouveau déficit identifié par le PQ était une manœuvre politique.L’ex-ministre des Finances Pauline Marois et le chef de l’opposition Bernard Landry ont dit essentiellement la même chose du rapport Breton et des commentaires de Jean Charest.Alors, pour le parti au pouvoir comme pour celui de l’opposition, le changement de style se fait difficilement sentir.D appert plutôt que l’histoire se répète.Les ministres La composition du conseil des ministres du gouvernement libéral revêt un caractère de changement, selon Jean Charest Le premier ministre présente effectivement beaucoup de nouveaux vi- sages.Ce n’est toutefois pas exceptionnel en soi.Un néophyte de la politique, le Dr Philippe Couillard, se retrouve à la Santé, mais la même chose était arrivée sous les péquistes en 1994, alors que le médecin Jean Rochon avait pris les commandes de ce ministère.Dépourvu d’expérience politique, l’ancien recteur Pierre Reid se refrou-ve à l’Education.Il faut se rappeler que le PQ avait aussi, provoqué l’étonnement en nommant l’homme d’affaires François Legault, ancien administrateur d’Air Transat, à la tête de ce ministère en 1998.Jean Charest a beaucoup insisté sur la taille, relativement petite, de son cabinet ministériel.Le premier ministre dispose en effet d'un conseil des ministres de 25 membres, lui y compris, sur une députation de 76 membres.Or, à son arrivée au pouvoir en 1994 après le règne des libéraux, le premier ministre Jacques Parizeau avait nommé 20 membres dans le saint des saints, sur 77 députés.Le nouveau premier ministre a toutefois précisé que la taille de son conseil n'a aucune commune mesure par rapport à celui de Bernard Landry, qui était composé de 36 membres, le plus imposant de l’histoire.R est vrai que le gouvernement libéral sortant de Daniel Johnson en 1994 comptait 21 ministres au cabinet, et non pas une trentaine comme le gouvernement sortant péquiste.Les deux partis ont tous les deux passé près de neuf ans au pouvoir.Les femmes Jean Charest, tout en disant qu’il y a encore des efforts à faire, se targue d’avoir la plus forte proportion de femmes de l’histoire au sein du conseil des ministres, avec huit femmes sur 25 membres.Or près du tiers du conseil des ministres de Lucien Bouchard en 1998 était aussi composé de femmes.Elles étaient même aussi nombreuses.Huit des 27 ministres de l’époque étaient en effet des femmes.En 1994, sous Jacques Parizeau, il y avait six femmes sur 20 ministres, c’est-a-dire aussi près du tiers.Quant au changement de génération, Jean Charest dispose en effet d’un conseil des ministres relativement jeune: une moyenne de 49 ans.Les nouveaux cabinets ministériels du gouvernement de Lucien Bouchard de décembre 1998 et de Bernard Landry de janvier 2002 avaient néanmoins une moyenne d’âge de 50 ans.Pierre Paradis, qui a été exclu du saint des saints, a 52 ans.Un changement de génération peut difficilement justifier la décision de Jean Charest de ne pas lui accorder un siège au conseil De plus, dans son entourage immédiat, M.Charest a préféré choisir l’expérience plutôt que d’opter pour un changement de génération.Le chef de cabinet de Jean Charest Michel Crête, a 60 ans.Celui de Jacques Parizeau, Jean Royer, avait 38 ans, celui de Lucien Bouchard, Gilbert Charland, 37 ans.Hubert 'ITiibault, qui a été chef de cabinet pendant un temps sous le PQ, était aussi âgé dans la trentaine, tout comme Brigitte Pelletier (37 ans), qui a été chef de cabinet de Bernard Landry.Claude H.Roy, le premier directeur du cabinet de M.Landry, avait cependant 61 ans.Ixirsquil a été nommé par Bernard I an dry au poste de secrétaire général du conseil exécutif, le premier fonctionnaire de l’Etat, Jean St-Gelais, avait 42 ans.André Dicaire, qui occupe depuis peu le même poste avec Jean Charest, a quant à lui 58 ans.Le ton et le style Le nouveau premier ministre estime aussi adopter un changement de ton avec son nouveau gouverne-mei.it, ce qui justifierait, là encore, l’exclusion de Herre Paradis, Toutefois, Thomas Mulcair, Jacques Dupuis et, dans une certaine mesure, Jean-Marc Fournier ont un ton relativement semblable à celui de Herre Paradis et ont pu tout de même accéder au saint des saints.Quant à l’absence du conseil des ministres du député d’expérience Christos Sirros, même s’il lui est arrivé de faire un commentaire déplacé en 1998 contre Bernard I-andry, dont la femme souffrait depuis plusieurs mois d’un cancer, son ton est relativement posé.Christos Sirros est aussi un des députés les plus à gauche de l’équipe libérale, fort respecté des groupes sociaux.Le changement de style promis par Jean Charest se perçoit aussi difficilement dans ses premières activités depuis qu’il est arrivé au pouvoir.Alors que le premia-ministre dit vouloir «tourner la page sur un modèle d'Etat», basé pour beaucoup sur la consultation des partenaires sociaux par le gouvernement, sa première rencontre officielle depuis son assermentation a été réalisée avec.les principaux leaders syndicaux.On peut comprendre la volonté de Jean Charest de rencontrer les présidents de centrales syndicales en raison de la négociation de l’équité salariale et du renouvellement des conventions collectives du secteur public qui viennent à échéance le 30 juin prochain, mais il serait bien difficile pour un premier ministre de faire davantage dans la lignée du modèle québécois.Une chose est sûre: ü y a un changement de gouvernement au Québec.Quant au changement de ton et de style, il faudra voir comment Jean Charest avec son équipe, entend entreprendre «la première réingénierie de l’Etat depuis la Révolution tranquille» afin de constater sa volonté de faire les choses autrement Jean Charest fait un peu comme le nouveau premier ministre de 1994, Jacques Parizeau B 2 LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET D I M A .V C H E t MAI 2 0 0 3 PERSPECTIVES L’après-guerre en Irak Jean Dion ?Un trou CH est à cause de ce trou de 4,3 milliards.Troublant trou, en vérité, d’autant plus troublant que voici notre dollar qui monte et qui monte et dont vous ne devriez pas vous étonner qu’il atteigne sous peu les 2,50 $US.L’économie est comme ça: il ne se passe rien, et paf, on se retrouve riche.Pourtant, on aurait pu penser qu’avec toutes les tuiles qui nous tombent sur la fiole (SRAS, VDFR, télé-réalité jnettant en vedette Michèle Richard, fin de Store Epidémie), nous étions bons pour laçasse.Personnellement, je vous en fais le candide aveu et j’en expie, je ne pige strictement rien à tout ça, mais s’il vous plaît, ne m’écrivez pas pour m’expliquer, ça tomberait dans l’oreille d’un sourd se doublant d’un ventre affamé qui, comme chacun sait, n’en a point.D’ailleurs, je ne suis pas le seul.J’ai souvenance d’avoir, dans une autre vie, fait semblant de savoir ce dont je parlais, mais ce n’était que pour gagner ma croûte, payer mon 1/2 à Ottawa et cotiser à Ubarté 55.Non, je ne suis pas le seul.Sérieux, lorsque la dette fédérale a atteint 500 milliards, il y a une dizaine d’années, et que tous les gens informés s’énervaient avec ça, la Presse canadienne avait publié les résultats d’un sondage indiquant que deux tiers des Canadiens n’avaient pas la moindre foutue idée de ce que signifiait «un milliard».Alors, pour le trou, imaginez la stupeur dans les chaumières.Pas quatre virgule trois?! Aussi préféré-je, en tant qu’hyperréaliste militant, le concret, l’image qui frappe, le sonnant et trébuchant.Tenez, prenons un exemple au hasard: ces 500 milliards (pour 4,3 milliards, vous n’ayez qu’à diviser mentalement par 116,27906977).A l'époque, n’ayant rien de particulier à faire pendant les soirées trépidantes qu’offre la capitale fédérale, je m’étais livré à un petit exercice mental complètement insignifiant mais qui avait favorisé l’endormitoire en douceur.Postulons d’abord que les deux points du territoire canadien les plus éloignés sont distants d’environ 5500 kilomètres et qu’une pièce d’un dollar, un huard, a un diamètre de 2,5 centimètres et une tranche haute de deux millimètres.Comme vous pouvez le constater, cette chronique s'en va dangereusement nulle part Mais si on s’amuse sans briser notre linge, c’est l’essentiel.?Donc, nous érigeons la grande muraille canadienne.Une somme de 500 milliards équivaut à une clôture haute de 2273 huards, bien entassés du Cap Spear, à Terre-Neuve, jusqu’à la frontière nordique entre le Yukon et l’Alaska, soit environ 4,5 mètres, ou plus de 14 pieds et demi.D’un bout à l’autre d’un pays qui, notez-le pour vos dossiers, fait 18 fois la France et 26 fois le Japon.Bon, bien sûr, il y a des étendues d’eau à travers tout ça, mais faisons comme si de rien n’était.(Citation anonyme: «J’aimerais aller en Théorie.Tout fonctionne tellement bien en Théorie.) Voilà pour la longueur.Mais peut-être préférez-vous raisonner en termes de hauteur brute.Vous aurez alors le plaisir de constater que notre pile de 500 milliards s’étirerait sur un million de kilomètres, permettant aux huards d’atteindre la Dîne, d’en revenir, puis de faire environ six fois le tour de la Terre à l'équateur.Dans le cas du trou de 4,3 milliards, il nous donne une pile haute de quelque 8600 kilomètres, soit un quarantième de la distance de la Terre à la Lune, mais essayez donc de vous rendre sur la Lune avec un trou, juste pour voir.OK, une dernière> vous allez au pichet automatique (suave concept, tout de même) pour retirer 500 milliards, à raison d’un billet de 20 à la seconde.Vous en aurez pour 792 ans» 8 mois et 26 jours, sans compter les délais de remplissage de la machine et la limite de 500 $ par jour.Si vous avez eu un enfant à 20 ans et que tous vos descendants font de même, vous devrez confier la tâche de mettre fin au retrait à votre 36'' arrière-petit-enfant, qui touchera le magot en l’an 2796.Pour combler le trou, vous en aurez quand même pour près de sept ans, soit environ deux, tranches et demie de 1000 jours chacune avant que le Québec n’aille se tirer une bûche au concert des nations, ou quelque chose du genre.Il ne faut pas rire des trous, surtout qu’on ne sait, toujours pas ce qu’il advient d'eux quand il n’y a plus* de fromage autour.?Mais ce trou n’est pas qu'un trou, ce serait trop ennuyant.Pour mettre en échec la platitude intrinsèque des choses, les journalistes, et particulièrement les titreurs de pages couvertures de magazines d’actualité, ont inventé toutes sortes d’expressions-chocs passe-partout.Dans le cas présent, il ne s'agit pas tant d’un trou que d’une bombe.Au mot clé, il suffit d'ajouter le nom de la principale personne concernée.A la une de votre publication préférée, vous retrouverez donc: La Bombe Ma rois.D’autres ternies fort utiles: le gars était inconnu avant qu'il ne devienne quelqu'un?C’est un phénomène, Le Phénomène Charest.11 y a aussi des énigmes.L'Enigme Charest.Un peu moins énigmatique?Le Paradoxe Charest.Un peu plus énigmatique?Le Mythe Charest.Le gars est particulièrement bien branché?La Filière Guirest.R se sert de ses contacts pour arriver à ses fins?R a une méthode.Im Méthode Charest.Plus complexe encore?Le Système Charest.On ne sait trop que penser de lui?Le Cas Charest.Il en mène large?Le Facteur Charest.Il en mène très large?La Machine Charest.R en mène très très large?L'Effet Charest.Il en mène vraiment, mais alors là vraiment très très large?Im Tornade Charest.11 en mène trop large?Le Syndrome Charest.H s'apprête à en mener large?Im Mouvance Charest.R s'apprête à en mener très large?Le Projet Charest.Autre procédé imparable: faire précéder le nom de l’individu du mot citizen ou de son équivalent français.Ça ne veut rien dire, mais depuis Orson Welles, c’est extrêmement évocateur.Le Citoyen Charest.Bien entendu, il y a aussi le calembour vaseux, prisé notamment par les hebdomadaires cultures.La plus populaire de tous les temps est sans doute Boules à mythes, mais pour demeurer bien en prise sur l'actualité, j’oserais humblement soumettre Prendre son trou et Paradis: l'enfer.A part ça, j’espére que la vie vous gâte.N'hésitez d’ailleurs pas à profiter de ce superbe week-end pour vous offrir une petite réingénierie.jdionCaledewir.coin Uamertume des intellectuels arabes Une réflexion politique sur Vincapacité des dirigeants à formuler un projet cohérent et une autocritique des opposants s'impose Tristesse, humiliation, douleur.Dans le monde arabe, Fonde de choc de l’invasion américaine de l’Irak passe aussi par une réflexion politique sur l’incapacité des dirigeants à formuler un projet cohérent et par une autocritique des opposants.MOUNA NAÏM LE MONDE Abdul Rahman Mounif est profondément meurtri.De la «barbarie» du comportement de l’armée américaine en Irak, des «bombardements sévères et aveugles, de cibles civiles en particulier», le grand romancier arabe a déjà tiré une conclusion: «La guerre et l’occupation de l’Irak n’ont pas pour seul objectif de renverser un régime, mais de se venger d’un pays, de son histoire et de sa civilisation et de réduire son rôle à néant.» Comment expliquer autrement ce qui s’est passé au Musée de Bagdad alors qu’un seul char et quelques soldats auraient suffi pour dissuader des pillards?interroge-t-il.«Comment justifier la mise à sac de la bibliothèque nationale, celle des wakfs [biens religieux] et des archives, et d’autres institutions culturelles irakiennes dans plusieurs villes?Comment admettre, alors que l’Irak était coupé du monde à cause des opérations militaires, que des centaines d’œuvres volées aient pu franchir les frontières en moins de temps qu’il n’en fallait pour se retrouver à hmdres, à Paris et en Iran?» De Damas au Caire en passant par Beyrouth, la guerre anglo-américaine contre l’Irak a laissé des meurtrissures.Quelles qu’aient été ou que soient leurs engagements politiques passés ou présents, les hommes et femmes de plume, d’art ou d’esprit parlent de «tristesse», d’«humiliation», de «douleur» et pourrissent la plus grande défiance à l’égard des Etats-Unis.Au delà des victimes civiles que tout le monde déplore, des interrogations ou des accusations de «lâcheté» ou de «trahison» que suscite «l’évaporation» des dirigeants irakiens, de leur armée et de leurs milices, et de la question des armes de destruction massive, souvent qualifiée de «faux prétexte» pour envahir l’Irak, la dévastation des lieux de mémoire a laissé une trace profonde dans les esprits.L’idée, au mieux d’un «gouffre d’inculture et d’ignorance de l’histoire», au pis d’une volonté de «vengeance» américaine, est assez répandue.Damas Abdul Rahman Mounif est l’un des plus grands romanciers arabes contemporains, l’un des plus prolifiques aussi, traduit dans plusieurs langues.Son roman historique en cinq volumes Les Villes de sel est sans doute son œuvre la plus connue.A 70 ans, il a été témoin des grands événements du XX' siècle et son interminable exil a aiguisé son sens de la mémoire individuelle et collective.Bagdad fut une des villes d’accueil de cet écrivain, privé depuis quarante ans de sa nationalité saoudienne pouf pensée politiquement non correcte.A son départ pour Damas, en 1981, les responsables du Musée de Bagdad lui avaient offert une statuette, aujourd’hui posée sur une étagère du modeste salon de son appartement In colère retenue, ne se laissant aller à aucun effet de manche, il livre un verdict impitoyable: la destruction et le pillage des symboles d’une culture et d’une histoire en Irak étaient «inévitablement organisés entre l’envahisseur américain et les bandes de pillards dans un double objectif: couper les liens du peuple irakien avec sa civilisation et faire main basse sur les pièces les plus précieuses du patrimoine, après avoir brisé tout ce qui paraissait secondaire ou intransportable».Destination finale, les Etats-Unis, «nouveaux colonisateurs» et «Etat sans racines», qui se livrent à une «accumulation compulsive d’œuvres d’art et historiques pour se doter d’une histoire et d’une civilisation».Le colonisateur britannique, dit-il, avait usé de «roublardise, cherché à s’attacher les peuples et à s'adapter à leur mode de vie»’, la France coloniale «charriait avec elle toute sa culture».«Les Américains, eux, au nom du pragmatisme qu’ils professent, n’ont jamais hésité, tout en se prétendant des hérauts des droits de l’homme, à soutenir et protéger les pires régimes dictatoriaux, quitte à les brader lorsqu’ils ne sont plus utiles.» Au delà de l’Irak aujourd'hui, leur objectif est de «faire main basse sur le pétrole, de la source au consommateur, pour s'imposer à tous les concurrents réels ou potentiels, qu’il s’agisse du Japon, de la Chine ou de l’Europe».Abdul Rahman Mounif se refuse néanmoins à se laisser aller à cette autocompassion.longtemps la marque déposée d’un monde arabe se présentant toujours en victime de «complots».Les défaillances arabes sont multiples, dit-il, pointant d’abord «une absence totale de rationalité et d'équilibre».«Le “chacun pour soi” est la règle et la solidarité arabe, un vain mot.Les institutions collectives stagnent; pis, se délitent.L’autocritique est impérative.Pouvoirs et opposants sont tout aussi responsables.Les slogans n’ont jamais servi à autre cho- r* -s ‘%.J ODD ANDERSON REUTERS Un soldat américain regarde un tableau pendant que des employés du Musée archéologique de Bagdad transportent des objets précieux retrouvés.La guerre anglo-américaine contre l’Irak a laissé des meurtrissures se qu’à séduire les foules pour mieux les manipuler.L’intellectuel, qui, il y a cinquante ans encore, était le noble, le censeur qui faisait trembler le prince, est aujourd’hui le salarié du prince, un instrument de son pouvoir.Tout contrevenant est relégué dans des prisons devenues lieux de passage obligé pour remodeler les esprits, les domestiquer et les remettre dans le droit chemin.Si essor il y eut, ce fut bien celui des prisons!» Damas toujours.S’il devait «résumer d’un mot» son étçt d’esprit, Ali Al-Atassi parlerait $ «humiliation».A 35 ans, ce,t universitaire et éditorialiste syrien en veut aux Etats-Unis, aux médias, aux dirigeants arabes, et s’inquiète pour son pays.R veut bien «admettre que les soldats américains n’avaient pas le temps ni les moyens de faire la police à Bagdad, mais ils l’ont quand même fait sur certains sites, le ministère du Pétrole singulièrement! Je ne vois pas des complots partout, dit-il, mais ce qui s'est passé révèle le gouffre d’irrespect pour tous les aspects humains et culturels.La destruction des musées, des bibliothèques, a privé l'Irak de ces richesses.L'Irak, ce n’est pas seulement le pétrole!», s’exclame-t-il.R est atterré par cet «orientalisme télévisuel», qui prend une importance «énorme» et qui, fondé sur une méconnaissance totale de la culture et de l’histoire, «s’intéresse à des images qui correspondent à des clichés et des mythes, présentant les Irakiens comme des Bédouins affamés et assoiffés ou comme des bandes de pillards» que seule la rapine intéresse.Des images «qui ne correspondent guère à la réalité de l’Irak, un pays de classes moyennes, de technocrates, d’une intelligentsia que Ton ne voit jamais».Les télévisions arabes ont fonctionné sur le même mode que leurs consœurs occidentales en «déversant un flux d’images qui ne peuvent qu’engendrer la dépression, terreau idéal pour le terrorisme».Beyrouth A Beyrouth, l’une de ses escales préférées, Nuha Al-Radi fulmine.Tout ou presque de ce qui vient de se passer en Irak paraît chargé de symboles à cette Irakienne peinfre, céramiste et sculpteur, à la sensibilité à fleur de peau, pour qui les Américains et les Britanniques ont «jait pire que le Mongol Houlagou, qui a au moins eu la décence, lui, de ne pas prétendre venir libérer les Irakiens».Ce qui est arrivé, dit-elle, est un «énorme film à l’américaine», qui permet aux «criminels» de l’administration Bush et à Tony Blair de mettre la main sur l’Irak.Même «s’il n’y a pas de preuves», Nuha Al-Radi est convaincue que la mise à sac des musées et la mise à feu des bibliothèques étaient «organisées» par les envahisseurs.«Les pilleurs, cela existe, bien sûr, dit-eüe, mais ils s’en prennent aux maisons de riches et aux commerces, pas aux archives et à la documentation.» L’objectif?«Laisser s'installer le chaos, montrer que les Irakiens sont des Bédouins vivant sous la tente et prétendre commencer lhistoire à zéro.» Mais Saddam Hussein n’est à ses yeux qu’un lâche, dont le seul et unique souci a été pendant trente ans sa propre survie et qui, elle en est persuadée, a «vendu» l'Irak aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne en échange de sa fuite vers quelque lieu sûr à l’autre bout du monde.Ce n’est pas vrai, dit-elle, que la guerre était inévitable pour débarrasser l’Irak de ce satrape.La seule solution «humaine et honorable» aurait été de lever les sanctions et de permettre aux Irakiens de vivre dignement Maintenant que Geor- SlIITE DE LA PAGE B 1 l'Amérique du Sud?«Oui et non», soutient depuis Buenos Aires le sociologue Victor Armony, de Î'UQAM.Kirchner fait partie de l'aile centr^gauche des péro-nistes et son élection entraînerait un rapprochement avec le Brésil explique-t-il «Les idées mises en avant par Kirchner sont compatibles avec celles des gouvernements du Chili, du Brésil et de l’Uruguay» On assisterait donc à un renforcement des liens dans la région.Fort de l’appui de la gauche modérée et des péro-nistes non ménemistes, Kirchner concentrera maintenant sa campagne sur la classe moyenne, celle qui s’est rebellée il y a deux ans et qui a fait tomber un gouvernement, celle qui a envahi la rue et a sorti ses casseroled pour protester contre les restrictions bancaires.Et son message risque d’être fort bien accueilli.Ses positions.critiques mais nuancées, du FMI font mouche.Ses accents nationalistes portent: l’Argentine est orgueilleuse, il le sait fort bien.Oui, il négociera des ententes avec le FMI, mais pas à n’importe quel prix Et la population est attentive.Loin de se désintéresser de la chose politique à la suite des scandales, de la corruption, de la sévère crise économique des der- ge W.Bush réclame la levée de ces sanctions «parce que cela l’arrange», Nuha Al-Radi souhaite que les Nations unies, qui «se sont déshonorées dans toute cette affaire, connaissent un sursaut, lui disent non, reprennent les choses en main».Wajih Kawtharani n’est pas de cet avis, qui estime que, bien que «les Etats-Unis aient chaussé les bottes de Saddam pour fouler l’Irak aux pieds», bien qu’ils aient «hérité des méthodes colonialistes, voire fascistes», bien qu’ils aient pendant des années IDEES Guerre en Irak La France a gagné la bataille mais perdu la guerre ZAKI LAÏDI Auteur de Penser la mondialisation, chez Flammarion (à paraître) a France a gagné la bataille mais a perdu la guerre.Telle pourrait être la première conclusion de la crise irakienne.L’enjeu pour elle n'est désormais ni de se renier ni de s’obstiner.Elle doit concentrer tous ses efforts pour gagner l’après-guerre, en se montrant plus européenne.La victoire américaine ne change rien à la légitimité contestable sur laquelle cette guerre reposait.Cela dh, si la position française était justifiée sur le fond, elle a été marquée par de nombreuses erreurs.La première a été de ne pas créer très vite et très tôt une dynamique européenne.Si Jacques Chirac et Gerhard Schroder avaient ensemble, avec la Belgique et quelques autres, créé une sorte d’avant-garde politique qui aurait sillonné l’Europe et surtout l’Europe de l’Est pour essayer de défendre une position européenne commune, la France aurait contribué à créer un réflexe européen et donné le coup d’envoi à la mise en place de la première grande coopération renforcée de l’Europe.Certes, le résultat n’était pas acquis d’avance.Mais cela eût été préférable à une admonestation des pays de l’Est qui, en fait, ne pouvait que faire le jeu des Américains.La seconde erreur qui est le drame de l’Europe tient à l’absence de toute stratégie autre que réactive.La France a cherché à rendre coup pour coup aux initiatives américaines.Elle aurait dû plutôt avoir un coup d’avance.Le plan renforcé de contrôle des inspections est venu beaucoup trop tard.Il fallait le mettre en avant dès le mois de septembre — et non attendre le mois de janvier.Enfin, free à plus fort que soi, il faut savoir se montrer plus retors que frontal.La France n’aurait jamais dû déclarer qu’en aucune circonstance elle accepterait une nouvelle résolution.La diplomatie étant up jeu d’adresse, il fallait très clairement laisser aux Etats-Unis la responsabilité de la rupture parce que de toute façon ils étaient minoritaires au Conseil de sécurité.La diplomatie française a semblé un temps grisée par la popularité de sa position dans le monde.Crise révélatrice L’affaire irakienne a mis en évidence les forces et les faiblesses traditionnelles de la politique française, pleine de courage et de panache mais sans solution de repli en cas de demi-défaite, faute d’avoir refusé d’envisager toute autre solution que sa propre victoire.Cette vision flamboyante n’est pas tenable.De fait, la France est passée d’une situation où elle semblait entrée rlanut^^à la tête d’une vaste coalition 'flpmondialç antiaméricaine à cel-une ère post- le d’un Etat isolé vers lequel , , les marques de soutien ne hegemomque convergent que parcimonieusement, ou en tout cas confidentiellement, probablement par crainte d’encourir les foudres d’une Amérique arrogante.Encore une fois, cette interprétation est probablement injuste sur le fond.Mais c’est désormais celle qui prévaut Pour la France, la leçon de cette crise peut se résumer ainsi: il lui faudra durablement faire face à une politique américaine agressive, et de cette épreuve elle ne sortira qu’en se montrant plus européenne.En effet ü faut se convaincre d’une chose.Même en cas d’alternance à Washington, la politique américaine ne changera qu’à la marge.Certes, si Al Gore avait été élu, la guerre en Irak n’aurait probablement pas eu lieu.Mais le 11 septembre est passé par là.Par ailleurs, même si les conséquences de la guerre sont très hasardeuses, l’opinion américaine ne retiendra de cette guerre qu’un fait essentiel: une dictature a été abattue à un coût militaire extrêmement faible.N’oublions pas qu’il a fallu plus de trois ans pour que l’opinion américaine s’émeuve de la guerre au Vietnam.De surcroît, il faut arrêter d’expliquer la politique américaine par la seule influence détestable des néo-conservateurs.Si ces derniers ont le vent en poupe, c’est bien sûr parce que la définition de la politique extérieure reste relativement autonome par rapport aux débats politiques internes.«Revivalisme» conservateur Mais on assiste à ,un indiscutable «revivalisme» conservateur aux États-Unis qui a deux conséquences très fortes sur la politique extérieure américaine: le recul considérable de l’idéologie libérale et des valeurs universalistes qu’elle porte, la résonance auprès de l’opinion des idées les plus classiques de l’ordre, du patriotisme et de moralisation du monde.On assiste par ailleurs à un effritement de la base sociale des démocrates et notamment de l’alliance entre la classe moyenne blanche et les minorités noire et hispanique.Tout cela n’a pas de conséquence mécanique sur la politique extérieure.Mais tout ceci contribue à favoriser une politique extérieure américaine nouvelle: elle est de moins en moins multilaté-raliste et de moins en moins isolationniste.Elle n’est pas isolationniste parce qu’elle veut au contraire remodeler le Moyen-Orient dans lequel elle voit désormais la source de la plupart des problèmes du monde et la menace centrale sur sa sécurité.Mais elle est désormais antimultilatéraliste, car elle ne croit pas avoir besoin des autres pour défendre ses propres intérêts.L’Amérique est durablement entrée dans une ère post-hégémonique.Elle cherche à renforcer sa domination sur le monde sans se soucier du consentement des autres à ses propres actions.Or ne nous y trompons pas.Cette dynamique est désormais trop forte pour pouvoir être aisément inversée.Bill Clin- L’Amérique est durablement » W Jacques Chirac, président de la France.ton avait intelligemment réussi à contenir cette évolution de fond au prix d’acrobaties que la droite républicaine a voulu lui faire payer surtout lors de l’affaire Lewinski.Que faire?Réactiver la dynamique politique Il faut tout d’abord réactiver puissamment la dynamique politique européenne autour d’un axe Paris-Londres-Berlin.De ce point de vue, la réunion de Bruxelles sur la défense, qui implicitement cherche à marginaliser la Grande-Bretagne, est contre-productive, comme en témoigne la vive réaction de Tony Blair.Car si l’alliance franco-allemande est plus que jamais nécessaire à l’avenir de l’Èurope, on ne fera rien de tangible et de durable en Europe sans la Grande-Bretagne.Au demeurant, cette crise est riche de leçons pour Londres.Car si Tony Blair peut avoir le sentiment d’avoir gagné la guerre après avoir perdu la bataille, il ne peut pas ne pas tirer lui aussi les conséquences de cette crise.La Grande-Bretagne cherche à bâtir un partenariat euroaméricain au sein duquel Londres aurait un pouvoir à la fois d’entraînçment sur l’Europe et d’influence sur les États-Unis.On ne peut pas dire que la crise irakienne constitue de ce point de vue un succès spectaculaire.Pas plus que la France, la Grande-Bretagne n’est parvenue à entraîner l’Europe derrière elle.Et quoi qu’on en dise, son influence sur la stratégie américaine reste modeste.Le risque est grand pour la Grande-Bretagne de se trouver dans une position symétrique de celle de la France: «coller» de plus en plus à la position américaine sans l’influencer effectivement.Sur l’affaire irakienne, la France et l’Angleterre doivent donc désormais adopter une ligne de conduite qui devrait définir ce que ces deux pays sont prêts à accepter et à ne pas accepter.La Grande-Bretagne devrait aider la France à se montrer plus réaliste dans ce nouveau rapport de force.Pour sa part, la France devrait aider la Grande-Bretagne à enfin penser ce qui serait inacceptable pour elle.A cette «road map» pour l’Irak, il faudra naturellement associer l’Allemagne et par la suite le reste de l’Union européenne.En tout cas, la priorité politique devrait désormais être donnée à un sommet France-Allemagne-Gran-de-Bretagne dont l’objectif essentiel serait le suivant montrer aux Européens et aux Américains que l’avenir politique de l’Europe passe par la sublimation des réflexes nationaux.De plus en plus convergentes Quand on parle de l’Europe, on a tendance à penser que les Européens sont divisés sur la plupart des sujets.Mais la réalité est légèrement différente.En réalité, sur la plupart des grands sujets mondiaux, les Européens ont des positions de plus en plus convergentes.Cette convergence est parfois mécanique Pas plus que la France, la Grande-Bretagne n’est parvenue à entraîner l’Europe derrière elle dans tous les domaines où la politique européenne est partiellement fédéralisée, comme la politique commerciale.Mais sur d’autres sujets, comme le conflit israélo-palestinien, les relations avec la Syrie et l’Iran, les Européens ont considérablement resserré leurs propres positions.Le problème fondamental qui se pose est celui de la définition d’une politique commune quand celle-ci se trouve confrontée à une politique américaine différente.Certaips pays européens refusent alors de s'opposer aux États-Unis car ils ont trop besoin d’eux (Êu-rope centrale), d'autres refusent de rompre avec Washington en espérant l’influencer (Grande-Bretagne), d’autres en-fjn estiment que l'opposition avec les États-Unis ne peut pas être taboue (France, Allemagne).C’est à partir de cette réalité qu’il faut donc travailler, tout en sachant qu’à terme, c’est nécçssairement en tant que contrepoids aux États-Unis qu’il faudra penser l’Êurope.Car même un partenariat repose sur un rapport de force.C’est pourquoi la France devrait facilement admettre que la perspective pour l’Europe est pelle d’un partenariat équilibré avec les États-Unis.C’est après tout exactement ce que nous faisons avec le programme Galiléo.Ce programme n’a de sens à moyen et long terme que si nous envisageons de mener des actions qui ^’obtiendraient pas l’assentiment des États-Unis — au point de les inciter à nous refuser l’accès à leur propre système GPS.Penser comme acteur mondial Si nous avions construit l’argumentaire européen sur cette seule base, il est probable qu’il aurait rencontré de fortes résistances.Nous avons choisi une autre voie: celle de l’autonomie d’action indépendamment de toute référence aux États-Unis.C’est donc à l’autonomie d’action et de jugement que l’Europe doit se préparer.Pour cela, il lui faut développer un habitus de la puissance.L’Europe doit prendre l’habitude de se penser comme acteur mondial.Elle doit prendre l’habitude d’avoir un avis sur les grands sujets du mqnde et non pas simplement être réactive face aux États-Unis.Ces grands sujets vont de la prolifération à la démocratie dans les pays du Sud, en passant par les questions de développement Pour cela, il faudrait décider de la création d’une Agence d’intelligence européenne dotée de puissants moyens*et capable véritablement d’avancer des propositions qui seraient mises en discussion.Cette agence aurait besoin d'être autre chose que la bien pâle cellule travaillant autour du président Prodi.Mais elle n’aurait pas besoin pour autant de refléter le point de vue de la Commission et des États membres.Dans cette nouvelle dynamique, la France peut être moins flamboyante, mais toujours créative elle aurait toute sa place.Denise liant hardier ?L’admiration Le nouveau premier ministre irradiait de bou heur — l'a-t-il convoite, ce poste —, ses ministres souriaient, certains s'épiaient déjà du regard, d'autres tremblaient en apposant leur signatic re dans le grand livre qui les taisait passer à lliistoire et les invités applaudissaient.Par amitié, par politesse et un certain nombre par intérêt, impatients qu’ils sont de bénéficier des mannes d'im pouvoir qu'ils ont contribué à faire triompher.Dans cette foule heureuse, quelques laissés-pour-compte camouflaient mal leur deception.C’est de bonne guerre.Un jeune homme, un très jeune homme, assis à l'avant, ne détachait pas son regard du premier ministre.On pouvait y lire une admiration qui est celle qu’un fils porte à son père.Une admiration forte, pure, à la fois enfantine et mûre.Quelques heures auparavant, ce père s’était présenté en sa compagnie devant la lieutenante-gouverneure du Québec, témoignage de la complicité entre le garçon et l’homme.Dans une société où les relations père-fils se vivent à travers tant de tensions, d'incompréhension, d’absences, de silences, ce geste prend valeur de symbole.Et tant pis pour les pisse-vinaigre qui seraient tentés d’ironiser sur le geste.S'il faut respirer pour vivre, il faut admirer pour vouloir se surpasser, pour un jour dépasser le parent, le parent raisonnable qui le souhaite secrètement.11 faut admirer pour désirer apprendre.11 est impératif d’admirer pour aimer.Or le mot même pose problème.Comme si, dans la confusion intellectuelle qui est le propre de trop de gens, l'admiration comportait une dépendance, une vassalisation de l’esprit.Dans ce monde sens dessus dessous, où l'on surnage, où l’on échoue au sens littéral du terme, c’est-à-dire où l’on s’arrête par lassitude ou poussé par le hasard, le désenchantement, voire le cynisme teintent soqvent le jugement.A travers les bouleversements profonds que nous avons connus et qui se sont déroulés à un rythme saccadé mais constant depuis des décennies, l’autorité quelle qu’elle soit a été malmenée.Au Québec aussi l’on a déboulonné les statues, les religieuses bien sûr, mais aussi les laïques.L’autorité paternelle, remise en question dans la foulée du combat pour l’égalité, qu’il soit féministe ou de classe, a été mise en échec.Le père, nourricier, protecteur, qui impose sfa loi plus ou moins juste dans la famille, ce père a été décapité ou a déclaré forfait.Ainsi, les fils sont devenus orphelins.Sans modèle à imiter ou à contester, les garçons ont perdu les repères séculaires qui les définissaient et les construisaient pour le meilleur ou pour le pire.Sans adulte à admirer, l’enfant est en quelque sorte renvoyé à lui-même, ce qui explique sans doute les choix douteux de ses objets d’admiration.Pour plusieurs ce sera un chanteur délétère alors que d’autres seront sous l’emprise d’un aîné plus ou moins délinquant ou insignifiant.À l’école, où trop d'enseignants jouent les «je suis ton ami, on est égaux», si l’enfant ne trouve pas un maître, au sens ancien du terme, qui saura le guider vers les voies exaltantes de la connaissance et commandera son respect, il se retrouvera à l’âge adulte dépossédé de ce besoin de cristalliser ses espoirs, ses désirs, ses rêves et sa foi sur une personne digne de cet hommage.?Des adultes admirables, cela ne court pas les rues.J’en ai personnellement connu trois jusqu’à l’âge adulte.Deux religieuses enseignantes et un professeur de diction, madame Jean-Louis Audet, que Robert Charlebois a immortalisée dans une chanson.Les deux premières m’ont communiqué la passion d’apprendre et d'écrire sans faute et la dernière m’a transmis le culte de la langue bien parlée et m’a fait découvrir les beautés illimitées du franpis précis et élégant.Je les admirais et les craignais à la fois.À vrai dire, je craignais de les décevoir.D’où l’obligation à l’effort, cette gymnastique dont les résultats ne sont palpables que sur le long terme.Un fils n’a pas besoin que son père devienne premier ministre pour l’admirer.D lui suffit de l’aimer êt d’avoir le sentiment d’être aimé à son tour, ce qui implique aussi d’être respecté.Sans doute les heurts entre générations seraient moins dramatiques si les adultes, ces anciens jeunes des années soixante, ne s’étaient pas soustraits à une des responsabilités majeures qui s’imposent avec l’âge, soit celle de permettre à ceux qui grandissent d’hériter de modèles de référence.Dans le Salon rouge en début de semaine, cette réalité était palpable.Le beau jeune homme blond aurait pu chanter comme Linda Le-may «le plus fort, c’est mon père», ce à quoi le père pouvait répondre, si l’on décodait bien le bonheur vif dans son regard: c'est aussi grâce à toi, mon fils, si je ne me suis pas découragé en cours de route.Celui qui nous dirige maintenant a construit sa propre vie, les regards croisés entre les membres de cette famille perceptibles au cours de la cérémonie de la passation des pouvoirs en témoignaient.Cet acquis à quelque chose de rassurant pour tout le monde.Le reste appartient à la politique.denbombardier(a;earthlink.net Écrivez-nous! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page Ips commentaires et les analyses de ses lecteurs.Étant donné l’abondance de courrier, nous vous demandons de limiter votre contribution à 8000 caractères (y compris les espaces), ou 1100 mots.Inutile de nous téléphoner pour assurer le suivi de votre envoi: si le texte est retenu, nous communiquerons avec son auteur.Nous vous encourageons à utiliser le courriel {redaction@ledevoir.com) ou un autre support électronique, mais dans tous les cas, n’oubliez pas d’indiquer vos coordonnées complètes, y compris votre numéro de téléphone.L'ÉQUIPE DU DEVOIR LA RÉDACTION Journalistes A l’information générale et métropolitaine Gérald Dallaire (adjoint an dincteur it l'information), Jeanne Conivem(vigilt).Marie-Andrée Chouinard (éducation) : Paule des Rivieres f éditorialiste j, Jean Dion, Louis-Gilles Francœur (environnement/ Benoit Mungei (responsable du site Internet).Josée Boileau.Julie Carpentier (sports).Brian Myles (justice et faits divers), Isabelle Paré (santé): Pauline Gravel (science) : Michel Garneau (caricaturiste) : Diane Précourt (pages éditoriales, responsable des pages thématiques): Martin Dudis et Christine Dumazet (relertrurs): Jacques C,renier el Jacques Nadeau (photagrapha) : à l'information culturelle : Michel Bélair (ropomoMr).Jean-Pierre Legault.Stéphane Baillargeon (théâtre), Pau) Cauchon iWdioD.Caroline Montpetit (livres).Odile Tremblay (cinéma), Bernard Umarche (arts visuels) à l'information économique Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l'information), Dominique Reny.Eric Desrosiers, Valérie Dufour, Claude Turcotte: à l’information internationale : Claude Lévesque, Guy Taillcfer, Serge Truffaut (éditorialiste); h l’Information politique : Héiéne Buzzetti Manon Cornellier (correspondantes parlementaires à Ottawa), Tommy Chouinard et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec).Kathleen Lévesque ; Marie-Hélene Aiarie (secrétaire d la rédaction) : Louise Maude Rioux Soucy, Geneviève Otis-Dionne (commis).La documentation Gilles Paré (rfirrrtrnr); Manon Derome.Serge Laplante (Québec), Rachel Rochefort (Ottawa).LA PUBIiCITÉ ET LE MARKETING.Jacqueline Avril.Jean de Billy, Gyslaine Cété.Marlène Cité, Annie Duguay, Martin Fournier, Christiane legaull, Amélie Maltais, Jacques A Nadeau, Claire Paquet.Micheline Ruelland (publicitaires).Laurence Thériault (directrice adjointe).Manon Blanchette.Sylvie Laporte.Martine Bérubé (secrétaire).LA PRODUCTION Daniel Bazinet (responsable de la production).Claudine Bédard.Michel Bernatchez.Philippe Borne, Johanne Brunet.Danielle Cantara, Richard Des Cormiers! Donald Eilion, Olivier Zuida INFORMATIQUE, Yanick Martel (responsable).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE.Linda Thériault (responsable service d la clientèle, distribution et tirage).Gisèle I-enard.(coordonnatrice à la promotion et à la sollicitation), MoniqueLHeureux, Lise lachapelle Ra-chelle Leclerc.Marie-France Dalcourt.L'ADMINISTRATION Nicole Carmel (responsable des services comptables).Céline Furoy, Germain Haeck (contrâleur).Ghislaine Lafleur.Claudette Béliveau (adjointe administrative), Claudine Chevrier, Chantal Rochon Danielle Ross.LA FONDATION DU DEVOIR Roger Boisvert [vice-président exécutif et directeur générât). B (i LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 1 MAI 2 0 0 3 LE DEVOIR SCIENCE EN BREF La prison pour les pollueurs (ASP) — Le naufrage du pétrolier Prestige au large des côtes espagnoles, l’automne dernier, a au moins eu un impact positif: l’Union européenne fera de la pollution des mers un acte criminel, rendant passible de prison non seulement le capitaine du navire mais aussi son propriétaire.La recommandation de la Commission européenne, déposée en mars, devrait entrer en vigueur avant la fin de 2004.Les femmes préfèrent les décorateurs (ASP) —11 n’y a pas que les oiseaux qui construisent des nids: certains poissons le font aussi, au printemps, avec des restes d’algues, afin que les femelles puissent y déposer leurs œufs.Du point de vue d’un banal humain, rien ne ressemble plus à un nid de poisson qu’un autre nid de poisson.Et pourtant, des biologistes de l’Université d’Oslo (Norvège) viennent de démontrer que Jes poissons sont plus subtils.A un certain nombre d’entre eux, ils ont offert des feuilles plus brillantes que les autres ; les mâles les ont systématiquement ramassées et les ont soigneusement placées autour de la porte d’entrée de leur nid.Et les femelles ont préféré ces nids «décorés» aux autres.À quand le Décormag des poissons?Le trou manquant entre le singe et nous (ASP) — Les scientifiques l’ont répété depuis longtemps, il y a fort peu de différences entre le bagage génétique d’un singe et le nôtre.À mesure que les connaissances de nos génomes respectifs s’accumulent, on cerne de mieux en mieux cette différence: l’écart n’est pas de 1,5%, comme certains l’ont prétendu, mais de 5%.Qui plus est, cet écart semble se concentrer dans de gros «blocs» d'ADN, lit-on dans une édition récente de Genome Research.«Ily a de larges zones effacées et des insertions», résume Kelly Frazer, de la compagnie californienne Perlegen Sciences, lancée en pleine analyse du génome du chimpanzé.Un chant redoutable (ASP) — Le chant mélodieux des épaulards du Pacifique ne semble pas plaire à tous.C’est ce qui ressort d’une étude menée en Co-lombie-Britannique sur les préférences auditives des populations de phoques.Le biologiste Volker Deecke a constaté en effet que ces derniers s’affolaient à l’écoute des appels provenant d’une population d'épaulards, mais pas n'importe quels: uniquement les épaulards s’alimentant de phoques, alors que les phoques demeurent calmes lors des appels d'épaulards se nourrissant exclusivement de poissons.R existe bel et bien deux populations distinctes d’épaulards près des côtes canadiennes.La première chasse le phoque, une proie facile et riche en énergie, et la seconde préfère le poisson.sourd à son récital.Râlez plus fort (ASP) — L’asthme, considéré depuis quelques années comme le nouveau fléau des pays industrialisés, affecterait peut-être moins de gens qu'on pense.Cette conclusion est tirée d’une étude néo-zélandaise réalisée auprès 300 (XX) adolescents provenant de 38 pays.Après avoir demandé aux jeunes s’ils pensaient éprouver des râles asthmatiques, les chercheurs leur ont présenté un film d’un asthmatique souffrant de ce symptôme.A la suite du visionnement, la majorité des jeunes ont révisé leur réponse, affirmant qu’ils n’avaient pas bien compris ce qu’était le râle ou disant éprouver des symptômes plus légers.De tels résultats laissent croire, selon les chercheurs, que la description des symptômes de l’asthme n'est peut-être pas assez éloquente.Kim Juniper Vingt mille lieues sous les mers Le biologiste plonge à deux, voire à trois kilomètres de profondeur, à la recherche de trésors inexplorés Vous faire rencontrer des chercheurs passionnants et passionnés, c’est ce que proposent la revue Découvrir et Le Devoir dans cette série de portraits de membres de notre communauté scientifique.Ces portraits, présentés en primeur ici, sont extraits de la revue bimestrielle Découvrir, qui rend compte des avancées de la recherche d’ici, dans toutes les disciplines.Le prochain numéro sera disponible en kiosque au cours des prochains jours (wwut.acfas.ca/decouvrir).DOMINIQUE FORGET MAGAZINE DÉCOUVRIR La mer.Kim Juniper en rêvait déjà lorsqu’il était enfant.Et pourtant, ce professeur de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) a grandi dans les plaines de la Saskatchewan.Mais chaque semaine, les yeux rivés à l’écran, le jeune Kim suivait l’équipe de Jacques Cousteau dans ses expéditions.Les écosystèmes marins, repérés jusqu'à vingt mètres de profondeur, livraient leurs incroyables secrets à la caméra.Quarante ans plus tard, c’est au tour de Kim Juniper d’explorer les fonds océaniques.Mais le professeur ne se contente pas, comme le faisait son héros d’enfance, de plonger à vingt mètres sous la surface de l’eau.C’est à deux, voire trois kilomètres de profondeur que le biologiste plonge, à la recherche de trésors inexplorés.«fiai su très jeune ce que je voulais faire dans la vie, déclare le professeur Juniper.J’ai choisi de faire mon baccalauréat en zoologie parce que j’étais fasciné par la faune marine.Malheureusement, à l’Université de l’Alberta où j’ai étudié, je n’avais jamais la chance d’aller sur le terrain pour observer ce que j’apprenais dans les livres.» Cette chance, Kim l’obtient finalement en 1976 lorsqu'il prend un vol en direction de la Nouvelle-Zélande.« On m'a proposé de faire une maîtrise là-bas et j’ai sauté sur l’occasion.Finalement, j’y suis resté cinq ans et je suis revenu avec un doctorat en poche.» Mais le nouveau docteur ès sciences n'avait toujours pas réahsé son rêve.Bien qu’intéressant, le sujet de sa thèse portait sur un petit escargot de mer vivant dans la zone de balancement des marées, à quelques mètres de profondeur tout au plus.Heureusement, tout vient à point à qui sait attendre ! Lorsque Kim entreprend son postdoctorat à l’Institut des sciences de la mer, en Colombie-Britannique, son directeur lui propose deux sujets : travailler sur de petits vers d’eau douce qui colonisent les fossés de l’aéroport local ou utiliser le sous-marin Pisces IV de Pêches et Océans Canada pour aller étudier des bactéries colonisant les fonds marins, à 200 mètres de profondeur.«Je n'ai pas eu à réfléchir longtemps, avoue le professeur en éclatant de rire.Les égouts de l’aéroport, ce serait pour une autre fois!» Une semaine par mois, Kim jouit à sa guise du sous-marin scientifique.Chaque matin, il se pointe sur le quai et organise sa propre petite expédition.«Je plongeais le matin, remontais à la surface pour aller luncher et replongeais l'après-midi.C’était le grand luxe.» Pourtant, le jeune chercheur reste sur sa faim.H veut voir ce qui se cache plus loin de la côte, mais surtout.plus creux! Puis un jour, une collègue l’invite à prendre part à une expédition canado-américaine qui s’organise pour aller observer la dorsale Juan de Fuca, à 24 heures en bateau de la côte Ouest am^ ricaine.A plusieurs milliers de mètres de profondeur.Lumière sur les abysses «C’était une époque de grande frénésie dans le monde de l'exploration marine, raconte le professeur.Quelques années auparavant, en 1977, une équipe avait fait une découverte extraordinaire au large des iles Galapagos.Sous plusieurs kilomètres d’eau, elle avait repéré un écosystème complètement indépendant de la me sur Terre.» Aujourd'hui, on sait que si des organismes biologiques arrivent à survivre à de telles profondeurs, c’est grâce à la présence de sources hydrothermales.«Il existe sur le plancher océanique des « Nous avons répertorié 200 000 espèces biologiques dans les fonds marins.Certains chercheurs estiment qu’il en existe sept millions.» 3i crêtes longues de plusieurs milliers de kilomètres, explique le professeur Juniper.Ces crêtes, qu’on appelle dorsales, se situent sur la zone où se rencontrent deux plaques tectoniques.» Comme ailleurs sur la croûte terrestre, l’écartement entre les plaques permet au magma de remonter jusqu’à la surface.« Sur le fond océanique, les éruptions de magma forment des volcans sous-marins.On peut voir des cratères de plusieurs mètres, tout au long des dorsales.Ces volcans crachent de l’eau chaude qui contient des métaux lourds et d’autres composés, habituellement nuisibles.Ce qui est incroyable, c’est que tout un écosystème s'est développé dans cette pluie de particules toxiques.» En effet, la chaleur du magma permet de solubiliser les minéraux de la croûte océanique dans l’eau de mer qui pénètre dans la roche.Une fois réchauffée et chargée de minéraux, l’eau sort des cratères et crée une source hydrothermale.Nombre de bactéries arrivent à se pourrir des minéraux qui s’y trouvent.A leur tour, ces bactéries forment des composés organiques, dont des acides aminés et des sucres, qui alimentent une faune marine, dont des vers, des palourdes et des crustacés.À l’époque, cette découverte a complètement révolutionné notre conception de la vie sur Terre et ailleurs dans l’Univers.On a compris qu’il n’était pas nécessaire de se trouver assez près du Soleil pour bénéficier de la photosynthèse et à la fois assez loin pour ne pas suffoquer sous la chaleur.La vie était possible dans les climats les plus hostiles.«Il s’agissait d’une percée scientifique prodigieuse», se souvient Kim Juniper.C’est donc dans ce climat d’enthousiasme général que Kim accepte l’offre de sa collègue de TUniversité de Victoria et embarque à bord d’un navire océanographique canadien qui le mènera jusqu’à la dorsale Juan de Fuca, à la recherche de sources hydrothermales.Après 24 heures passées sur une mer houleuse, les chercheurs sont enfin prêts à mettre à l’eau le sous-marin Pisces IV.Le jeune biologiste s'apprête à vivre une expérience inoubliable.« Les sous-marins scientifiques comme le Pisces IV sont très exigus: environ deux mètres de diamètre.Deux chercheurs et un pilote peuvent prendre place à bord.Pour se rendre jusqu’à la faille, à 2000 mètres de profondeur, il faut glisser dans le noir total pendant deux heures, un peu comme dans un ascenseur qui n ’en finit plus de descendre.C'est un peu surréaliste.» Lorsque le sous-marin touche finalement le fond, le pilote met en marche les moteurs et les phares d’éclairage.Déception : le fond marin est complètement désert.11 faudra tout recommencer, un peu plus loin cette fois.Les chercheurs ne perdent rien pour attendre.«Dès la troisième plongée, nous avons découvert des sources hydrothermales.J’étais fou de joie! Toutes ces structures géologiques et ces organismes biologiques dont j’avais entendu parler dans les magazines scientifiques étaient sous mes yeux.» Du coup, le chercheur attrape la piqûre.Au cours des 15 années qui ont suivi cette première plongée, il est retourné plus de 60 fois à bord de sous-marins habités.D a aussi réalisé des centaines de plongées à l'aide de sous-marins téléguidés.Aujourd'hui reconnues internationalement, les recherches de Kim Juniper ont permis à l’ensemble de la communauté scientifique d'acquérir de précieuses connaissances sur les abysses, un écosystème qui était complètement inconnu il y a 30 ans! «Nous savons maintenant que les abysses sont la plus vaste zone écologique de la Terre », se réjouit le chercheur.Plusieurs compagnies pharmaceutiques ont déjà commencé à exploiter leurs richesses.Par exemple, les scien- IH 2f YVES BEAULIEU Aujourd’hui reconnues internationalement, les recherches de Kim Juniper ont permis à l’ensemble de la communauté scientifique d’acquérir de précieuses connaissances sur les abysses, un écosystème complètement inconnu il y a 30 ans.tifiques ont trouvé un ver sous-marin dont le sang est particulièrement riche en pigments et autres protéines.Les chercheurs pourraient s’en inspirer pour mettre au point un sang humain artificiel, éliminant ainsi le besoin de collectes et de banques de sang.Et l’aventure ne fait que commencer.«Jusqu’à maintenant, nous avons répertorié 200000 espèces biologiques dans les fonds marins, affirme le professeur Juniper.Certains chercheurs estiment qu 'il en existe sept millions.» De la mer au studio Ses découvertes, Kim Juniper aime bien lés partager.Pas seulement avec les membres de la communauté scientifique mais aussi avec le grand public.Des articles de vulgarisation dans Les Débrouillards, Découvrir ou National Geographic World aux émissions télévisées comme Découverte, Zone Science ou Discovery Canada, en passant par l’émission radio Les Années lumière, aucun média ne lui échappe.Et le plongeur n'est pas seulement l’objet de reportages, il crée ses propres documentaires! «fadore le rôle de réalisateur», s’exclame-t-il.Ça paraît! Dès 1986, il présente un premier reportage au pavillon canadien de l’Exposition universelle, tenue à Vancouver.En 1996, son documentaire intitulé Oasis au fond des mers a été retenu pour compétition au Festival international du film maritime et d’exploration, à Toulon.Cette production a été diffusée sur les ondes du canal Savoir, tout comme La Face cachée des abysses, sa dernière réalisation.En plus d’agir à titre de réalisateur, Kim Juniper a joué le rôle de conseiller scientifique pour une production Imax qui sortira ce printemps aux Etats-Unis et ensuite au Canada, sous le titre Volcans des abysses.Pour les mordus, le chercheur a aussi lancé le cédérom Oasis.Comme si cela n’était pas assez, il a agi à titre de conseiller pour une exposition scientifique qui a fait le tour du Québec en 2002.Intitulée Zoom sur l’abysse, l'exposition était destinée aux enfants et adolescents.L'événement a connu un tel succès qu’un livre en sera tiré ce printemps.Les enfants de l’école FACE, spécialisée dans l’enseignant des arts, ont contribué à la préparation du bouquin.«Mes propres enfants vont à l’école FACE, déclare le professeur Juniper.Us ont assez de sciences à la maison, je veux leur foire connaître autre chose!» Si Kim Juniper consacre autant d’efforts à la vulgarisation scientifique, c'est bien sûr parce qu’il aime communiquer.Mais il a aussi une autre idée derrière la tête : la protection des fonds marins.«Nous sommes en train de détruire un écosystème avant même de connaître ses ressources génétiques.Il est urgent de mobiliser l’opinion publique et de mettre en place des mécanismes qui assureront la protection adéquate des fonds.» En effet, les compagnies pétrolières peuvent maintenant extraire le pétrole enfoui sous deux kilomètres d’eau.Les pêcheurs doivent aussi aller de plus en plus creux pour remplir leurs filets, brisant les coraux sur leur passage.«On dirait qu’une fois qu’ils quittent la côte, les humains laissent leur conscience environnementale derrière eux.» Déjà, les efforts du professeur Juniper ont commencé à porter des fruits.«En 1998, Pêches et Océans Canada a demandé à la communauté scientifique de désigner des zones qui, selon elle, devraient être protégées des invasions humaines.Je me trouvais alors en pleine mer.J’ai ramassé deux collègues, on a écrit trois ou quatre pages sur la dorsale Juan de Fuca et on a envoyé ça par télécopieur au ministère, directement à partir du bateau!» Le 7 mars dernier, Kim Juniper se trouvait à Vancouver pour l’annonce de la création de la première Zone de protection marine (ZPM) au Canada : le champ hydrothermal Endeavour, situé au sud-ouest de l’île de Vancouver, sur la dorsale Juan de Fuca.«Le Canada est le premier pays à foire d’une dorsale une zone protégée.U faut l’en féliciter.Mais on doit poursuivre les efforts, seulement une infime partie du fond marin est protégée.D'emblée, je ne suis pas contre l’exploitation des fonds océaniques, mais il faut fixer des balises.» Pourquoi défendre avec autant d’ardeur un écosystème qui se trouve à des milliers de mètres sous la mer?Pour trois raisons, principalement «D’abord, parce que le fond marin offre un potentiel génétique inimaginable pour des biotechnologies qui pourront améliorer les conditions de vie des humains.» La seconde raison: l’équilibre de l’ensemble de la vie terrestre.« Tous les écosystèmes sur terre sont reliés d'une façon ou d'une autre.Si on détruit une partie des abysses, c’est sûr qu’on va en entendre parler en haut!» Et la troisième raison ?«Parce que c’est beau, tout simplement.» ?Dans l’article intitulé « Bell ambiguité» publié dans la dernière page «Science», on relatait les recherches menées par l’ingénieur Basilio Catania — et non Batania, comme il était écrit —, ex-directeur général des Laboratoires centraux de recherche en télécommunications d’Italie (CSELT).
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