Le devoir, 3 mai 2003, Cahier F
ROMAN QUÉBÉCOIS Antarctique f Eric McComber Page F 4 LE DEVOIR LES S A M E D I D 1 M A N l H E M A I O O ;i i lr , ESSAIS Lejeune Homme en colère Biographie de Pierre Gauvreau Page F 8 ?LE DEVOIR * r, I” T1FFET , ' *; ' ANDRÉ KROCHU Il était le prince des poètes, comme on disait à une époque révolue, il était prince avec de la glaise aux sabots et des étoiles plein ses grosses lunettes.Un prince pour le Québec des gens ordinaires, qu’il voulait mener vers les terres de la connaissance du monde et de soi, et la maîtrise du destin.On n’a jamais vu homme si généreux, ni écrivain si doué.la preuve de ses dons, elle était paradoxalement dans l’immense difficulté d’écrire, d’extraire les mots de la gangue du cœur, de former le poème qui dise tout.Car Gaston Miron n’était pas satisfait d’un texte qui disait simplement quelque chose, qui laissait de côté l’essentiel, c’est-à-dire ce par quoi le lecteur pût avoir entrée dans la forge de l’être.L’image, la métaphore surtout — une métaphore prodigieuse, qui dépasse de loin les analyses qu’en peuvent faire les linguistes — servait de clé.Et il construisait son poème en ajoutant l’étonnant au saisissant, sans plan préétabli, sans autre instinct que de casser les plates évidences pour faire advenir l'inouï.Cela a donné un certain nombre de poèmes qui sont à peu près achevés mais qui ne peuvent pas l’être tout à fait, même après trente ans de révisions, tant ils sont voués à l’indicible.Demeurés fragmentaires, ils sont pourtant des classiques.L’auteur les a rassemblés dans L’Homme rapaillé.D en restait d’autres, de différentes époques, la plupart antérieurs ou postérieurs à ceux de L’Homme rapaillé.EL pour la plupart, publiés déjà en revue ou ailleurs.Que l’auteur ne les ait pas inclus dans les éditions les plus récentes de son grand livre, comme il l’a fait pour d’autres, est évidemment significatif.On jteut penser, en effet, que sa visée poétique fondamentale ne s’y manifestait pas suffisamment.Lui l'a sans doute pense.Mais pour tous ceux qui aiment la poésie, et qui trouvent en Miron la nourriture substantielle capable de les mieux accorder avec l’existence, grâce à un verbe riche de matière, de pensée et de courage à la mesure des forces vives du pays, les Poèmes épars qui viennent de paraître constitueront un précieux complément.D’une certaine façon, on peut dire qu’ils rendront l’univers de Miron plus accessible, présentant une densité de figures, tant thématiques que syntaxiques, moins vertigineuse que les grandes réussites de L’Homme rapaillé.Deux ensembles de textes surtout composent le recueil: «Femme sans fin», publié déjà dans la revue Possibles, et plusieurs poèmes écrits entre 1977 et 1995, déjà rassemblés dans l'édition de 1994 de L'Homme rapaillé sous le titre de «Pages manuscrites» et non repris dans les éditions ultérieures.On retrouve aussi des poèmes de Deux sangs (1955) et de Courtepointes (1977) laissés de côté par Miron, et de rares poèmes retrouvés à l’état de manuscrits.Ces éléments qui méritent bien le qualificatif d’épars ont été soigneusement présentés et mis en séquence par Marie-Andrée Beaudet et Pierre Nepveu, assistés de jeunes universitaires et conseillés par des spécialistes et amis de Miron.Le cadre où sont donc produits les textes est d’une parfaite ingéniosité, et le lecteur est assuré de trouver les conditions d’une lecture à la fois agréable et fructueuse.Pierre Nepveu, d;ms sa presentation, fait un survol précis des thèmes, qu’il rattache à ceux de l’œuvre connue, et il décrit l'évolution de l’écriture depuis les difficiles débuts.Ce qu’on peut noter toutefois, c’est que les moments les plus fulgurants de la poésie de Miron doivent beaucoup à cette espèce de chaos initial, on un sens plus proche de la vérité à produire qu’un discours plus châtié.Nepveu le dit fort bien: «Le mal-érrire faisait partie intégrante de la démarche poétique de Miron, comme si c était seulement à même une certaine incohérence, un excès de l’image poussée jusqu 'au grotesque et une violence de la syntaxe confinant parfirn au non-sens, que les grands poèmes pouvaient prendre forme.» On touche là à ce qu’on peul bien appeler, sans aucun excès de langage, le génie de Miron, qui sait trouver des images, des formulations, accéder à des états de grâce du langage inaccessibles à tous ceux qui roulent sur les rails bien (jolis de la correction.Ces éclats, on en trouve en grand nombre dans les Poèmes épars, à commencer par le titre goguenard d'«archaïque Miron» que se donne le poète menacé (croit-il) d’être dépassé, titre d’ailleurs compensé plus loin par celui d'«homme du moder-naire».La formule saisissante s’invente souvent à partir d’un profond découragement, suivi d’un fulgurant retour de l’espérance.Dès 1952, dans un poème traditionnel aux allures romantiques où «s’engouffrent» rime incestueu-sement avec «gouffres», on est surpris par des accents qui ne ressemblent à rien de ce qu’on a déjà VOIR PAGE F 2: MIRON On n’a jamais vu homme si généreux, ni écrivain si doué tonnerre Les Poèmes épars de Gaston Miron Les mots de la moitié du monde Elles forment plus que la moitié du monde et, pourtant, on les retrouve peu dans les dictionnaires et les anthologies.Mais au cours des dernières décennies, les femmes ont pris la plume et, du coup, leur revanche.Ces jours-ci paraît, aux Éditions du Remue-Ménage, la deuxième édition, augmentée, de VAnthologie de la poésie des femmes au Québec des origines à nos jours, dirigée par Nicole Brossard et Lisette Girouard.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR LJ idée a vu le jour pour la première fois à la fin des an-f nées 1980, alors que Montréal s’apprêtait à recevoir, après Londres et Oslo, la foire du livre féministe.Avec Lisette Girouard, Nicole Brossard décide d’entreprendre une anthologie de poésie de femmes québécoises.Le moment est bon, croit-eDe, et le projet «possible» puisqu’on peut encore re- tracer, dans les archives de la jeune histoire du Québec, quelques textes phares de femmes poètes.C’est d’ailleurs l’approche chronologique qui a été favorisée pour la présentation de ce recueil, qui débute avec un poème de Marie Guyart, dite Marie de l’Incarnation, qui a vécu de 1599 à 1672, pour finir avec la dernière-née, Tania Langlais, qui recevait en 2000 le prix Emile-Nelligan pour son recueil Douze bêtes aux chemises de l’homme.«Il s'agit de faire valoir les générations, les transformations d’une génération à l’autre, les transformations liées à la vie même du Québec», explique Nicole Brossard en entrevue.Du XYIL siècle, on passe rapidement au XIX', puis au XX'.Car outre quelques exceptions, les Marie Boissonneault ou les Gaéta-ne de Montreuil, qui ont toutes deux été journalistes et qui signent des textes dans l’anthologie, peu de femmes ont eu accès, à cette époque, à l’éducation qui leur permettait de prendre la parole à travers la poésie.Ce n’est qu’à partir de 1920 que surviennent ce que les deux directrices ont appelé la période des «années fastes».VOIR PAGE F 2: MOTS francophone de la poésie Poéfie fop La place Dd \e>r av/ 4 /-‘ai 1003 Place 6éKalcil-6ocjlM Mo*t-Royal) Renseignements : www.poesie-quebecoise.org Villa da Montréal {fe UCaaaall4»*«4aGM* t-Tf) TV Caaéa CaaMl I ITTERATURE NOUVELLES QUÉBÉCOISES La vie en instantanés LOUISE-MAI1 DE RIOUX SOUCY LE DEVOIR Travailleuse sociale dans une école secondaire, Colette La-rose cultive une science pointue de l’être humain quelle n'a de cesse de parfaire.Fine observatrice, elle scrute le monde à la recherche de l’essence même de l’existence.Grandiloquente, la plume de Mme Larose?Pas pour autant.Simples et directes, les seize nouvelles qui composent son second recueil, intitulé/’ai volé avec le Baron Rouge.sont autant d’instantanés de la vie, la petite, celle qui chuchote et bruit, bousculée par le temps et usée par le quotidien.Louvoyant habilement autour des pièges apocryphes de l’absolu sans jamais — ou presque — y tomber, Colette Larose tisse ici la trame de destins ordinaires, touchants de naïVeté et de vérité.La quête difficile de l'autre, la recherche d’un ailleurs meilleur et l’éclatement des frontières qui séparent la vie de la mort sont autant de thèmes chers à la nouvelliste.Elle y explore des lieux familiers, les revisite à l’occasion, donnant ainsi vie à des histoires qui s’entrelacent et s’interrogent poursuivant des dialogues qu’elle ne cesse de revoir et de parfaire.A l’image d’Icare, plusieurs de ses créatures rêvent sans répit de s’envoler, au sens propre comme au sens figuré.Désir de s'affranchir.de toucher d’autres cieux, de fuir la banalité, voilà le lot de ces humains ordinaires, souvent meurtris, toujours seuls, terriblement esseulés.Des enfants, des adultes, des aînés, des naïfs, des révoltés, c’est toute une société qui passe à l’examen de la fine loupe de la nouvelliste.Certains sont attachants, d’autres pas du tout.Ils n’en demeurent pas moins majoritairement intéressants, à quelques exceptions près, ces derniers, mal définis, restant trop quelconques pour séduire vraiment.Par son style direct à la langue vive, proche de l’oralité, Colette Larose sait rendre efficacement la solitude de ces petites gens.Ses images sont prenantes, vraies.Une authenticité qui, doucement mais fermement, signe la trame d’un quotidien aux multiples visages.C’est d’ailleurs dans la banalité que sa plume s’avère la plus efficace.On trouve ainsi, disséminés çà et là dans ses nouvelles les plus réussies, des petits bijoux de phrases, pures et bien ciselées.Un effet qui tombe à plat dans ses nouvelles plus allégoriques, bien moins nombreuses certes, mais dont le style reste encore à peaufiner.J’AI VOLÉ AVEC LE BARON ROUGE Colette Larose Vents d’Ouest coll.«Rafales» Gatineau, 2003,116 pages Des livres pour savoir SBXVATIOS.ES PAC C ÉCRITURE ' Louise Dupré, Jaap Lintvelt et Janet M.Paterson (dir.) Une approche originale qui ouvre la voie à une lecture renouvelée du corpus littéraire québécois.Avec des textes de Jacques Allard Gaëtan Brulotte, Jean-François Chassay, Jeanette den Toonder, Roseanna Dufault, Louise Dupré, Madeleine Frédéric, Karen L.Gould Mary Jean Green, Barbara Havercroft, Julie LeBlanc, Jaap Lintvelt.Robert Major, Daniel Marcheix.Andrée Mercier, François Paré.Janet M.Paterson, Marilyn Randall, Valérie Raoul.Lori Saint-Martin.Robert Schwartzwald Anthony Wall Editions Nota bene ROMAN ÉTRANGER La dérive des larmes d’Elie Wiesel GUYLAINE MASSOUTRE Il est devenu difficile pour Elie WieseL Prix Nobel de la paix en 1986 et président de l'Académie universelle des cultures, créée à Paris en 1993, de demeurer le témoin pacifique des peuples violentes.Nul ne met en doute la valeur et la sincérité de sa cause: témoigner, à jamais, de l’holocauste juif.Nulle hésitation, non plus, à sentir sa ferveur religieuse, sa foi dans le devoir de mémoire, son engagement envers la communauté libre des hommes.Elie Wiesel a écrit tant de livres sublimes, participé à tant de causes justes, tellement soutenu déracinés, réfugiés, apatrides et nomades qu’il est, en toute prise de parole, une caution vivante des idées qu’il promeut Pourtant, dans le récent débat (voir Le Devoir du 25 mars) qui oppose ses prises de position proguerre en Irak, largement médiatisées en Occident, aux défenseurs de la paix, Wiesel semble avoir soudain changé de camp.De fait, il a opté pour la ligne dure des militaires, quittant, de par le monde, ces nombreux écrivains qui ont usé de leur talent pour s’adresser à George Bush et à leurs concitoyens pour un tout autre plaidoyer.Le Temps des déracinés, onzième roman au Seuil de l’écrivain d’expression française, tombe dans le malaise, voire la colère, qu’engendrent les prises de position politiques du prestigieux citoyen américain en ce qui concerne tant le conflit israélo-palestinien que la politique états-unienne en Irak.A l’auteur qui déclare, en entretien, qu’il a écrit là le texte le plus fictif de sa carrière, on opposera que la fiction, pour honorer son rôle de témoin au monde, a le pouvoir de mettre les émotions et la sentimentalité qui les accompagne dans la perspective d’un sens.Or ce sens est aujourd'hui brouillé.Nœuds et sentiments Les déracinés de Wiesel ont pourtant bien la charge d’humanité qui sied à leur condition.Il n’est pas de page, dans ce livre, qui ne fasse sentir sa pente éthique, sa langue philosophique, ses racines propres aux indhidus juifs qui le liantent.D y a Gamiel, juif de Budapest, apatride new-yorkais, qui doit sa rie à Donka.chanteuse de cabaret qui l’a cache pendant la guerre.Et puis, après la perte de toute sa famille, l’amour bref de Colette à Paris, la rencontre d'Esther.Ensuite rient Ève, le nouvel amour d'un être nécessairement meurtri, et un autre déracinement géographique, avec la mémoire pour terre ancestrale et des retrouvailles, d'une invraisemblable sentimentalité romanesque, avec Ilonka dans un hôpital new-yorkais.Mais la peur colle au souffle et résiste inexplicablement à toute raison.Tout n'est-il pas désonnais su, sauf l’au-delà?Gamiel ressasse: «En fait, ma peur était autre.Indéfinissable, indicible, elle n était le produit d’aucune prémonition ni liée à aucun événement précis.Elle s ’était emparée de mon âme, pesait sur le temps et ma conscience comme pour les engourdir.Peur aussi d’avoir oublié quelque chose.Un geste?Lequel?Une parole?» Le nœud du livre tient dans cette obsession.D’où le doute sur les relations, la négation de l'écriture, avec la crainte de la décrépitude; la culpabilité d’avoir vécu, trop mal agi, l’emporte: «Quant à son métier: toutes ces pages remplies de signes, toutes ces idées, ces situations, ces conflits qu'il imaginait et que d’autres s’appropriaient, n’était-ce pas encqre une déformation de la vérité?» A force de douter, on se trahit.Trahison La parole juive se transmet ainsi: «Moi, Zousia, fils de Rachel, je te dis, Dieu d’Abraham, d'Isaae et de Jacob, que ta création court à sa perte dans un paysage de cendre.Si Tu ne le vois pas, si Tu n'interviens pas, si Tu as oublié le cortège nocturne d’enfants juifs condamnés marchant vers les flammes, Dieu de charité, je dirai à ma prière de hurler, je n’aurai plus la force d’invoquer ton nom sacré, j’ordonnerai à ma pensée de se refermer sur elle-même à tout jamais.» Quelque chose, chez Wiesel, s’est indubitablement fenné et crispé.Elie Wiesel, photographié à Montréal en avril dernier.On les suit avec lassitude, ces personnages, dès lors qu’on comprend que la tolérance n’a pris qu’un aller simple, que la victimisation finit par s’engouffrer dans un destin de peur, sans main tendue à la reconstruction du pardon.Guerre à la guerre à la guerre.C'est cette logique que la mémoire des coups et du sang versé, déposée dans les livres, tous genres confondus, fait basculer dans l’engagement.Reste à savoir ce que cette position recouvre.Ce que fanatis- me veut dire.Ce que toute religion, dès lors qu’on s’en réclame, sert à justifier, à couvrir et à sacrifier.«[.] la parole possède une ombre qui l'accompagne et la creuse; et c'est elle, l'ombre, qui lui donne des coups et fait mal», écrit Wiesel.Si la guerre tiie le rêve, alors la parole religieuse, hors de laquelle toute critique est blasphème, chez Wiesel, serait cette parole nue, univoque el dépouillée d'ombre.Qu’on la nomme intégrisme, avec son cortège d’intransigeances et jacquks nai)i:aii i l: di voik de logique année.Mais qu’une chose soit claire: ce peuvent être les mots qu’on meurtrit et trahit lorsqu'ils n’ont pas pour tous un sens qui donne à la fiction le poids des droits de l’homme et de l’universelle compassion.LE TEMPS DES DÉRACINÉS : Elie Wiesel Editions du Seuil Paris, 2(X )3,297 [xtges GASTON VU K' >N Pcx:mes épars Edition murante à jRM'sie • 1 W> page* I du ion de luxe.à tirage limité rl numéroté de I à 700 à $9,95î Voici pour la première lois, rassemblés dans une édition préparée par Marie-Andrée Beaudct et Pierre Nepvcu, des poèmes que Gaston Miron a éc rits et publiés de manière éparse entre 1947 et 1995 ainsi que c ertains autres inédits.l’HEXAGONE VV VVW.I DIII \AGONI COM Les Éditions Libre Expression félicitent leurs auteurs lauréats des Grands Prix Montérégie 2003 Bernadette Renaud Premier prix, catégorie : roman, pour Les chemins d'Eve, tome 2 Claire Caron Troisième prix, catégorie : roman, pour Jeune femme cherche émotions François Barcelo Premier prix, catégorie : autre genre, pour Carnets de campagne IJavf Expression Ç QUEBECOR MEDIA I I LE D E V 0 1 K .LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE I MAI 2 0 0 3 F 4 ROMAN FRANÇAIS Péju au-dessus du vide Vf Littérature^ POÉSIE Cœur noirci de paroles Chez Longchamps, anthropologie et poésie se veulent indissociables JACQUES GRENIER LE DEVOIR À la fin des années 80, Renaud Longchamps a entrepris un vaste chantier avec la réunion et la réécriture de tous ses poèmes depuis 1969.THIERRY BISSONNETTE Singulière exploration que l'œuvre poétique de Renaud Longchamps.Associé, à ses débuts, au courant formaliste, il s'intéresse aux relations entre sciences, imagination et langage, puisant une part de son inspiration dans les théories anthropologiques et biologiques.Originale et obsessionnelle, sa posture relève d’une déception active lace au carnage perpétuel du vivant, auquel s’oppose un idéalisme clair-obscur •autour de la douleur et du salut.¦Ambitieuse, hardie, hasardeuse, la ivoix de Longchamps pourrait être relie, méthodique et courroucée, d’un enfant de Cain, «fils déchu de race surhumaine», dirait Alfred Desrochers.Détestant la nature mortifère installée en lui, le poète beauceron peut faire preuve d'orgueil et d’intransigeance, attitude qui, si elle le fait parfois passer pour rustre, s’assortit d’un engagement corporel et spirituel rappelant celui d’auteurs tels Claude Gapvreau ou Denis Vanier.A la fin des années 80, Renaud Longchamps a entrepris un vaste chantier avec la réunion et la réécriture de tous ses poèmes depuis 1969.Channé par les fossiles du parc de Miguasha, il procède alors à sa propre archéologie, commençant par ses recueils inédits de jeunesse.Victor-Lévy Beaulieu, quj l’avait auparavant accueilli aux Editions de l’Aurore puis chez VLB, peut être compté comme un important collaborateur puisque c’est lui qui publie les Œuvres complètes chez Trois-Pis-toles, dans une facture somptueu- se.Très vite, certains critiques n'ont pas manqué de dénigrer le projet en le qualifiant d’égocentrique et de démesuré.Il faut dire que Longchamps a le désavantage d’être encore vivant, d’où l’allure prématurée du sous-titre Œuvres complètes.Pourtant, lorsqu’on constate combien de papier se dilapide en matière de poésie québécoise, il serait vain, sinon envieux, de rejeter du revers de la main cette réunion d’une parole qui a patiemment accumulé les cycles.Bien sûr, tout n’est pas aussi palpitant dans ces imposants tomes, le mouvement vers la totalité comportant bon nombre d’errances.Dans le cinquième tome, intitulé Propositions, on retrouve au moins trois phases distinctes, avec des textes de 1988 à 1990.Dans Description du territoire, l’aspect descriptif de la poésie de Longchamps trouve sa pleine mesure.Cette phase, qui avait incité le préfacier Hugues Corriveau (voir tome 1) à faire des liens avec Francis Ponge, expose un regard où le découpage du réel est aussi un combat pour une connaissance particularisée, une tentative d’«imagination objective» où la faune et la flore ne sont plus que «ces chaînons manqués qui pourrissent dans l’histoire».Dans Légendes et Sommation sur l’histoire, on quitte le poème en prose pour le vers bref, avec une poésie qui se rapproche alors du soliloque puis de la morale: «J’autorise ainsi ma chair / à la cruauté la plus objective // Et vous vivrez un soir brumeux / pour la reconnaissance des espèces / et de ses quelques os évidés.» L’échelle des êtres vient clore le cycle dans l’inquiétude face à l’entropie ter- restre, ce qui préfigure le sixième cycle: celui des Décimations, qui rassemblera trois recueils publiés aux Ecrits des Forges.«Dans l’état de dégénérescence où nous sommes, c’est par la peau qu 'on fera rentrer la métaphysique dans les esprits», disait Artaud dans Le Théâtre de la cruauté, espérant «retrouver la notion d’une sorte de langage unique à mi-chemin entre le geste et la pensée».Malgré qu'elle frôle parfois le solipsisme, la poésie de Longchamps répond du moins à cet appel et nous extirpe hors du bavardage comme de la dévotion.PROPOSITIONS Œuvres complètes - Tome 5 Renaud Longchamps Editions Trois-Pistoles Trois-Pistoles, 2003,192 pages MARIE CLAIRE LANCTÔT BÉLANGER Romancier et essayiste, Pierre Péju est directeur de programme au Collège international de philosophie.Il n’écrit pas pour autant des romans philosophiques.Quoique ses personnages aient beaucoup d’âme.Et qu’ils aient mal à l’âme.Un mal qu’on pourrait qualifier d’existentiel assaille les trois personnages et les fait tous fuir.Vollard, dès son plus jeune âge, fuit dans la lecture.Doté d’une mémoire des livres, habité par ceux-ci, il deviendra libraire et fuira dans la nature jusqu’au saut final; Eva, petite fille perdue, écrasée par la camionnette de Vollard, se retrouve brisée, muette et si peu vivante: est-ce la vie qui la fuit ou elle qui fuit la vie?Enfin, transparente, inhabitée, Thérèse, la mère de l’enfant, se fuit, ne cesse de fuir de ville en ville, de boulot en boulot, d’homme en homme.Pourtant, il ne s’agit pas d’un éloge de la fuite mais de la fuite comme une des figures du désespoir et du pire; le pire, inscrit comme une promesse, dès le début.Les personnages ont cette consistance irréelle, ces traits physiques et psychiques un peu démesurés, ces agissements égarés qu’on retrouverait dans un conte ou une fable d’où les fées se seraient absentées.Sans leçon de moralité à la fin.Plutôt l’attrait du vide semblable à l’attrait du massif de la Chartreuse qui, depuis des siècles, accueille les ermites et les moines.Vollard, «le libraire écraseur» du roman de Péju, est d’abord regardé de l’extérieur.Puis, un autre personnage sans visage entre dans le récit, au je, cette fois.Le narrateur s’effacera 35 pages plus loin; l’intrigue ou le drame ne sauront le retenir, telle une autre figure de la fuite.Il aura raconté une partie de l’enfance et de la jeunesse de Vollard.Sans que l’enfance de ce géant roux qui a toujours le nez dans les livres n’éclaire celle d'Eva, «la petite Chartreuse».Alors que Vollard récite à la petite fille des histoires pour la faire sortir du coma, puis pour l’aider à soutenir la marche dans la montagne, Eva s’affaiblit de plus en plus, s'évanouit peu à peu, se cloître, s’emmure dans son «lointain intérieur».Thérèse, sa mère, a disparu, happée par son désir de se sauver, incapable d’être cette mère dont la petite aurait besoin.Chacun reste inaccessible, prisonnier de son univers blessé, tourné vers un visage sans regard, vide.La tragédie de l’incendie s’ajoute à celle de l’accident du début pour qu’adviennent des moments plus intenses menant au grand cri lancé, muet ou agi, par chacun des trois personnages.C’est ce qui surgit à la fin, à la suite d’une ultime citation: un rapace poussa un long cri d’enfant qui naît, d’enfant qui meurt «juste avant le dernier et le premier pas dans l’oubli des livres».Dans les remerciements, on trouve la courte liste des auteurs récités.On pourra y ajouter Péju pour l’univers qu’il ouvre, comme un gouffre.LA PETITE CHARTREUSE Pierre Péju Gallimard Paris, 2002,181 pages ROMAN QUÉBÉCOIS Requins drôles CHRISTIAN DESMEULES De Rock Island à Saint-Jean-de-Matha, en passant par Maniwaki, Chute-aux-Outardes et New Richmond, un groupe de musiciens écume les bars du «Québec profond» au milieu des années 1980.Le circuit classique du top-40 de l’époque: des «covers» de LI2, de Bryan Adams ou d’Honeymoon Suite.Premier roman d’Eric Mc-Comber, Antarctique est pour l’essentiel tissé d’anecdotes de tournées ej d’observations immobiles d’Etienne, narrateur et nouveau batteur du groupe Antarctique: «J’étais le plus jeune du groupe; si jeune, en réalité, que je n’étais même pas en âge d'entrer dans les bars où je travaillais.» Les musiciens baignent dans un univers crado de bars minables et de chambres de motels de sous-catégorie, caisses de bières à la clé et groupies omniprésentes.Au milieu de personnages qu’on dirait tout droit sortis d’un film de Robert Morin (Ma vie c’est pour le restant de Une coproduction du 9e Festival International de la LmtRAniRE et du Studio littéraire de la Place des Arts ENFANCES SPECTACLE LITTÉRAIRE d n€Sf Mj/j (ft*e t-enfanec RjX/tKO (?.4CTHt5 ÉCRIVAINS-LECTEURS : Carmen Boullosa (Mexique) Abdelkader Benali (Maroc / Pays-Bas) Maissa Bey (Algérie) Hélène Dorion (Québec) Charles Juliet (France) Hélène Monette (Québec) Eugène Savitzkaya (Belgique) Comédiennes : Julie McClemens et Monique Miller Metteur en scène : Martin Faucher .Conseiller littéraire : Stéphane Lépine *¦ Musicienne : Maryse Poulin Éclairages : Étienne Boucher mes jours, par exemple), le jeune narrateur fait preuve d’un détachement qui lui permet d’examiner cette faune de biais.«Comme nous vivions dans nos valises, déménageant nos pénates toutes les deux ou trois semaines, changeant constamment de lits, d’amis, de copines, de paysages, nous avions tout naturellement tendance à nous inventer des routines et à établir rapidement nos quartiers généraux.» Etienne est une sorte d’amoureux transi et sentimental au milieu d’une bande d’ours en rut et parfaitement dégénérés qui n’ont absolument rien en commun et se détestent en silence — une véritable famille.«Alcool, drogue et antibiotiques: voilà le cocktail qui alimentait nos nuits, alors que nous répandions activement nos MTS parmi les populations locales, agissant de village en village à titre d’ambassadeurs microbiolo- giques.» Le portrait sensible d’une époque révolue, celle d’avant les lois contre l’alcool au volant, bien avant La Fureur et autres «juke-box» télévisuels.Des années plus tard, dans l’autre temps du récit, Montréal est devenu une sorte de «Beyrouth boréal» à la suite de ce que le narrateur appelle «les Troubles», où un Québec indépendant (bonjour l’utopie) est réprimé sous la botte de forces étrangères.De petits commandps de patriotes résistants (dont Etienne, toujours musicien, «monté en grade», devenu à son tour chanteur-guitariste) combattent dans l’ombre un envahisseur qu’on devine être un mélange de Yankees et de Canadiens anglais.Espèce périlleuse de roman bicéphale, Antarctique présente les défauts propres à la fois au genre et aux premières œuvres.Ainsi, les deux récits ne s’emboî- Diffusion en différé sur les ondes de la Chaîne culturelle de Radio-Canada dans le cadre de l'émission Les décrocheurs.d'étoiles.Réalisation : Christine Germain Mercredi 14 mai, 19 h 30 CINQUIÈME SALLE DE LA PLACE DES ARTS Entrée : 12 $ (régulier) / 8 S (étudiants) Billetterie : 514.277.1010 / 514.842.2112 Info-festival : 514.277.1010 / www.uneq.qc.ca/festival Québec SS ssr a C .t I l.U 13 Ç «CI-wu vtlt« (*• Mont-iil I.K DEVOIR Q D W Î.0 H* ü < ü < üj U) Wasurenagusa « Ses phrases habillent la réalité comme une seconde peau, conférant à ses histoires unè allure chamelle et profondément humaine En quelques gestes anodins - déposer ses baguettes sur la table, se frotter la poitrine -elle dévoile une âme El cela dans un récit a la construction rigoureuse, qui vous agrippe jusqu'à la dernière page.» > Mêlante Saint-Hilaire.Le Soteé (514) CO ¦fwï —* SOURCE TRIPTYQUE Eric McComber tent pas très bien et auraient pu constituer, chacun de leur côté, une œuvre parfaitement distincte.Mais il y a parfois quelque chose du premier Louis Hamelin chez Eric McComber: une certaine dégaine, des lieux, une désillusion tranquille qui nous font oublier tout cela.Il y a dans Antarctique une promesse, il y a une voix, un ton, un regard sensible posé sur les gens et sur les choses, une écriture qui met sérieusement en appétit.ANTARCTIQUE Eric McComber Triptyque Montréal, 2002,174 pages I LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIM A X CUE I M A 1 2 O O 3 F 5 Littérature’ ROMAN QUÉBÉCOIS Sur la déroute CATHERINE MORENCY Est-ce la laideur notoire de la jaquette ou son titre (aussi hirsute qu’énigmatique), XX (Hecho en Mexico) - Récit de voyage falsifié, qui a draine mon attention vers le roman de François Landry?Je n’en sais trop rien, sinon que le jeune auteur de fiction semblait enclin à défier la monotonie latente qu’exsude, a mes yeux, le milieu éditorial depuis quelques mois.Un premier roman, donc, lancé à compte d’auteur en 1999 puis réédité récemment par les Éditions Varia.Un livre écrit sans grande prétention par le même François Landry qui avait mis le feu aux poudres, en 1993, en faisant publier dans Le Devoir un réquisitoire bref mais foudroyant contre la gent éditoriale québécoise, à qui il dévoilait un mépris teinté d’arguments et de chiffres des plus incriminants pour mieux accuser ces «gros éditeurs» d'avoir transformé un commerce honorable, celui du livre, en industrie de bureaucrates «pour qui la culture se résume à des bilans annuels».Autant dire que François Landry amorce sa carrière littéraire avec une épine dans le talon.Sans trop s’embarrasser de la commotion locale qu’il avait provoquée, Landry traînera ses pénates jusqu’au terme d’études uni- versitaires qui, elles, sauront le déconcerter et lui infliger une desillusion dont, nous apprend le roman, il ne se remettra peut-être jamais totalement.Ainsi, cet homme qui quitte le clan des bardes de diplômes finissant leur carrière dans un garage et part trouver une forme de salut — quelle qu'elle soit — sur les plages mexicaines ne sait pas exactement ce qu’il va y chercher.Sa copine Saba ne connaît pas non plus l'objet exact de ce départ précipité pour le Sud, sinon quelle a intérêt à le suivre si elle compte le revoir avant longtemps.C'est que cet homme, pour reprendre un vers un peu éculé mais emblématique du Québécois opprimé intellectuellement, n’est «pas bien du tout assis sur cette chaise», celle que lui avaient tendue des professeurs qui, après lui avoir fait miroiter publication de thèse et brillante carrière universitaire, lui ont tout repris sous des prétextes fallacieux qu'il tente en vain d’élucider.«Je n’étais personne en effet.Un raté, un désemparé, qui avait refusé d’appartenir à la catégorie des gagnants, par délicatesse.Je le savais.J'avais un gouffre à la place du cœur, un cratère insondable où n’affleuraient que révolte et haines brutes.Plutôt que de poser des bombes ou de mitrailler n’importe qui, je m’administrais des doses de mélancolie comme on s'inocule un puissant sédatif, afin d'epargner des gens qui.pourtant, ne me semblaient pas mériter cette prévention.» Aux chroniques amoureuses et tounnentees s’inséreront quelques parcelles autobiographiques mais surtout une prolifération d'épisodes inspires du quotidien mexicain, le narrateur et sa dulcinee ayant pris ancrage dans le port de Yallarta, où ils tenteront de se fondre au paysage, histoire de comparer le fardeau social que portent, chacun à leur manière, Québécois et Mexicains, et qui inspire à chacune des communautés une définition bien personnelle du mot «avilissement», line fois la phase idyllique consommée, les voyageurs s’engageront sur la piste de la demystification, s’initiant à un exotisme charge non plus de savoureux cafes et de longues seances érotiques mais d'injustices raciales, d’affolante indigence et de génocide culturel.Ce Mexique béant, putride et tuméfié ne correspondant pas, en somme, à cet «au-delà du lointain écho de nos songes» qu'avait imaginé le jeune expatrié.Malgré un imaginaire grouillant, alimenté depuis des lustres par les légendes merveilleuses héritées des anciens, ces nouveaux hispanophones se languissent dans un monde où la niaiserie, l’ignorance, la convoitise, l'inconscience, l'arrivisme et la vacuité ont autant droit de cite qu'ailleurs.en Amérique du Nord, par exemple.Venus se purifier de tels tleaux, les deux compères s'infligeront un abrupt retour à la realite, le plancher des vaches étant peut-être la seule plate-forme qui demeure universelle.Caustique, cassant, écrit sur le ton rauque de celui pour qui l'écriture est avant tout affaire de contestation.ce récit de voyage «falsifie» en dit long sur la déveine qui est le lot de bien des jeunes auteurs aujourd'hui.ITus authentique qu'il n'y paraît, ce projet acquiert ime certaine épaisseur alors que Landry a juge bon d’y greftèr un court essai, intitulé Goner le passager clandestin d'un navire en cale sèche.Hautement autoréflexive, cette bouture convaincra, probablement mieux que le roman d'ailleurs, qu'il y a véritablement quelque chose de pourri au royaume du livre.XX (HECHO EN MEXICO) - RÉCIT DE VOYAGE FALSIFIÉ Servi de l’essai CLONER LE PASSAGER CLANDESTIN D’UN NAVIRE EN CALE SÈCHE François Landry Éditions Varia Montréal, 2(X)3,203 pages ROMAN FRANÇAIS Récit de guerre GLYLAINE MASSOUTRE Restonica, la ville assiégée dans Un des malheurs, pourrait être Sebrenitsa ou Sarajevo.En fait, le nom vient de Corse, et tous les noms propres ont une consonance française.Ils font un peu écho au Balcon en forêt de Julien Gracq.Mais là cessent les repères.Ce qui compte, c’est la stupidité de la guerre, le règne de la courte vue et de la vérité qui tue.Rien de nouveau, mais l’ouvrage se lit bien, avec sa perception du dehors et du dedans de la guerre, sa théâtralisation du rap port entre commando et civils.L’écriture est martelée, brève comme aux Éditions de Minuit mais cherchant l’émotion comme chez P.O.L., ce qui produit un heureux résultat chez Verdier.Prosaïque, tonique, le récit fouette Jument et Cheval, les protagonistes.Hier, Paul Coquille et Louis Dommage se jetaient déjà l’un contre l’autre.C’est qu’il y a des enfants narrateurs.Un style réduit à des notes précipite le verbe qui décrit: Dar-ley est aussi bien dramaturge qu’auteur de romans pour les jeunes, et le sujet d'actualité s’inscrit dans les incontournables mises en fiction du temps.UN DES MALHEURS Emmanuel Darley Verdier Paris, 2003,217 pages É C H Prix Renaissance à Dominique Demers (Le Devoir) — Dominique De-mers, un des auteurs de littérature jeunesse parmi les plus importants au Québec, a reçu de la faculté des lettres de lUQAM le prix Reconnaissance.Ce prix vise à souligner sa contribution exceptionnelle au développement et au rayonnement de son milieu.L’écrivaine avait obtenu une maîtrise en études littéraires de l’université montréalaise en 1987 avant d’obtenir un doctorat en études littéraires de l’Université de Sherbrooke.O s Journée de la lecture (Le Devoir) — La Fondation pour l'alphabétisation célèbre aujourd’hui la Journée de la lecture.A cette occasion, 18 000 enfants issus de milieux pauvres partout au Québec recevront un livre jeunesse neu£ Ces livres ont été amassés dans le cadre du projet «La lecture en cadeau».La Fondation rappelle que 50 % des Québécois lisent peu ou jamais de livres.La lecture en cadeau est un projet de prévention de l’analphabétisme.Il prévoit que d’octobre à janvier, le public achète un livre pour un enfant défavorisé et le dépose dans une boîte prévue à cette fin.Dans cdrecueil de 21 nouveflBM érotique&comme le prescrit a l’amour, otî.s’abreuve de l’autre, onle vide pour lui, omfl le boit, on le laisse couler ef>“ soi et on le mange jusqu’à la pulpe.Tout est sensuel : les mots, l'humorfK les tendres t'rnpont^nj^rajkputout les sa ve il, 1 délectables.I ANC TÔT ITtUR ÂiAWl.«[.] la maîtrise manifeste de la langue comme la domestication d'un imaginaire ddbridé tdmoign[ent] du sérieux avec lequel Cossette aborde l'acte de création.» Catherine Morency, Le Devoir.Ilinsiant même NOUVELLES • ROMANS • ESSAIS Gérard Cossette LE DRAGON BORGNE Lmskintmème Journal d’une combattante Par l’auteur de No Logo Provoquant, intelligent et passionné, ce journal de bord de l’auteur de No Logo constitue à la fois un manuel de survie face à la prédation de l'économie mondiale, un bilan des conséquences de la mondialisation et un témoignage unique sur un moment marquant de notre histoire The Herakr ! Gordon Terns (514)524-5558 lemeac@lemeac.com 6SMO Newspapers lk) CO STEPHANE BOURGUIGNON Lauréat du Prix littéraire intercollégial 2003 pour son roman Uti peu de fatutuc lu direction et le personnel des Editions Quebec Amérique félicitent Stéphane Bourguignon.r QUEBEC AMERIQUE www.quebec-dmei1que.com SB*" ¦ ¦¦ n n ¥ 1 é Au nom de Compos tel le QUÉBEC AMÉRIQUE Æ" www.quebec-amerique.com Roman de la passion et du secret, Croque-monsieur est aussi celui de la résistance et de la survivance.Celles de toute une famille, pourtant bien ordinaire, subitement marquée par le drame.Rarement une écriture aura-t-elle aussi bien rendu, dans son rythme, son souffle, ses images, tantôt le tumulte et la déchirure, tantôt l’espoir et la lumière.QUÉBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerique.com LE DEVOIR.LES A M E D I :i ET DI M A X C H E I M A I F (> Litter LE FEUILLETON * Film ou roman ?CM est le deuxieme roman de Moses Ise-~ gawa (jeune écrivain ougandais exilé aux Pays-Bas) dont je parle ici.Le premier, Chroniques abyssiniennes, paru en 2000, avait reyu une critique extrêmement élogieuse — l’écrivain français Erik Orsenna affirmant même que le continent africain avait trouvé là «son grand conteur», que ce roman était un «chef-d’œuvre».J'avais, dès ce mo-imeqt, tempéré ce jugement qui me paraissait excessif.A la lumière de ce second roman, je m’en félicite aujourd'hui.Moses Isegawa sait décidément «raconter des histoires», mais comme bien d’autres écrivains, il oublie que l’écriture seule (la mise en mots, en bouche, en esprit) a le pouvoir de nous faire vivre en même temps une “forme’', de nous faire accéder à la dimension esthétique de tout récit, de toute histoire.Ce qui est peut-être un peu plus grave dans le cas de cet écrivain ougandais, exilé depuis trop longtemps sans doute, c’est que l’on commence à perdre de vue cette Afrique dont il nous parle, comme si son écriture avait perdu ses racines, qu’elle n’était plus capable de porter en elle le pays, c’est-à-dire ses voix, ses paysages, ses idiotismes, l’esprit de ses habitants, son souffle.Qu’elle avait blanchi.Et c’est bien dommage, même si son histoire vaut la peine d’être racontée.Alors.que nous raconte donc ce roman de Moses Isegawa?Bien sûr, son Ouganda natal, traversé par des violences inouïes, des délires meurtriers dont tout l’Occident s’est désintéressé au moment où cela se produisait.Au début du récit, en 1973, il y a Bal, un jeune et brillant mathématicien noir qui rentre d’Oxford pour se mettre au service de l’économie de son pays, l’Ouganda.Il ignore encore, au moment où il prend l’hélicoptère avec le général Bazooka, quel sinistre personnage est cet homme, et corn bien il peut être dangereux.Bazooka a été de ceux qui ont aidé le maréchal Amin (ldi Amin Dada) a prendre le pouvoir en 1971 et qui lui ont été fidèles jusqu’au bout.Ix> général confie immédiatement ,à Bat une charge parmi les plus hautes, charges de l’État (numéro deux au ministère de l’Énergie et de la Communication), mais pour s’assurer sa fidélité, il lui envoie en même temps son espionne, Victoria, une magnifique Noire dont il a ruiné l’âme à force de l’utiliser pour ses basses besognes.Elle qui était demeurée stérile tout le temps quelle avait été avec le général se retrouve enceinte du jeune Rat.Enceinte et amoureuse.Elle lui donne une fille.Tout va bien jusqu’à ce que Bat rencontre Babit, une jeune femme dont il s’éprend et avec qui il décide de faire sa vie.Dès lors, Victoria redevient ce qu’elle était.C’est elle qui fera froidement décapiter Babit par des bouchers pendant qu’elle prend son bain et que Bat est absent.Mais peut-on accuser Victoria de cette folie passionnelle et meurtrière, alors que c’est le pays tout entier qui sombre dans la folie et la démesure?Car tout le monde est fou dans ce roman, du moins tous ceux qui sont du côté du pouvoir, et en premier lieu le chef suprême du pays, le paranoïaque et cocaïnomane Amin, suivi de près par tous ces généraux qui se sont accordé tous les droits et se sont mis à amasser des Jean-Pierre Den is fortunes au détriment du pays.Comme se plaît à le dire le général Bazooka, «un cinquième de tout ce qui se trouve dans ce pays est à moi.Ce qui revient à dire: environ quatre millions de personnes, dix millions de poissons, deux mille crocodiles, vingt îles et j’en passe.» Pendant ce temps, ldi Amin consulte régulièrement son astrologue, le D Ali; en fait, il ne décide rien sans le consulter, et cela à dix mille dollars la séance, car l’autre n’est pas du pays et doit se déplacer avec son jet privé! Dans cette forteresse érigée par le pouvoir absolu d’un seul homme, ldi Amin Dada, qui a multiplié autour de lui les enceintes le protégeant de ses sujets, les faisant même jouer les uns contre les autres, les jalousies et les vengeances personnelles ne peuvent évidemment que se multiplier.Bazooka n’aime pas l’astrologue qui a trop d’ascendant sur le despote, il déteste encore plus cet Anglais, Ashes, arrivé un jour au pays pour tomber immédiatement dans les grâces d’Amin et qui a décidé de s’emparer d’une bonne partie des richesses du territoire, y compris celles de Bazooka, et il craint aussi les Éunuques, sorte de garde personnelle d’Amin, qui finiront en effet par avoir et sa peau et sa fortune.Alors, dans tout ce méli-mélo du pouvoir, il arrive que des personnes innocentes soient entraînées malgré elles dans des scénarios qu’elles n’avaient pas prévus.Ainsi Bat va-t-il se retrouver pendant six mois dans un sordide cachot, sans raison et sans que personne de sa famille sache où il est ni s’il est encore vivant, jusqu’à ce que sa sœur se rappelle que son frère a un ami qui est député en Angleterre.Le voilà libre, mais perdant bientôt tragiquement sa femme, faisant un voyage en Amérique, tentant de redresser une économie nationale catastrophée, assistant à la chute du dictateur Amin Dada, du général Bazooka, mais pas à celle d’Ashes, qui réussit à s’enfuir en Afrique du Sud.Tout compte fait, un roman qui aurait pu tout aussi bien être un film sans trop y perdre.Dommage, M.Isegawa.denisjpdtvideotron.ca LA FOSSE AUX SERPENTS Moses Isegawa Traduit du néerlandais par Anita Concas Albin Michel, coll.«Les Grandes Traductions» Paris, 2003,327 pages ûi ?c* u Prix des libraires du Québec Le mardi 13 mai 2003 à 19 h 30 au Lion d'Or Entrée gratuite Organisé par l'Association des libraires du Québec en collaboration avec le 9e Festival international de la littérature Lectures d’extraits de toutes les œuvres primées au cours des 10 dernières années par: Gil Courtemanche, Bruno Hébert, Marie Laberge, Monique Proulx, Michel Tremblay et Sylvain Trudel ainsi que par les comédiens Marcel Pomerlo, Maude Guérin et Céline Bonnier accompagnés du pianiste Erik Shoup.'transcontinental a/q lu ATURE^- ROMAN FRANÇAIS Comment écrire un roman sans le vouloir NAÏM KATTAN Didier Decoin est un écrivain très occupé.Secrétaire général de l’Académie Goncourt, il lit de deux à trois cents romans par année.Pendant plusieurs années, il a dirigé le service dramatique de la chaîne de télévision Antenne 2 et est l’auteur de nombreux scénarios de films et de téléfilms.Mais il est d’abord romancier a succès et lauréat du prix Concourt Le narrateur de son dernier roman, Antoine Dessangles, lui ressemble comme deux gouttes d’eau.Or celui-ci a décidé de ne plus écrire.N’ayant plus rien à dire, il n’a nulle envie de fabriquer un roman pour répondre à la demande pressante de son éditeur ou pour rassurer sa femme avec laquelle il s’entend à merveille.Dessangles prend l’avion pour New York, ville que Decoin a décrite dans Abraham de Brooklyn et John l’Enfer, fl fait croire à son éditeur qu'il écrit un roman qui se passe à Vienne et ment à sa femme en lui racontant que la revue Géo lui a commandé un reportage.Dès son arrivée à New York, il loue, grâce à une agence de voyage, une maison en face de celle de madame Seyerling.Peu à peu, le lecteur découvre qui est cette femme: une Noire, ancienne serveuse de bar dont la fille a commis un meurtre, a été condamnée à mort et exécutée.Le romancier narrateur prend soin de donner des détails sur ses rencontres, l’aventure qui n’a pas lieu avec l’employée de l’agence, son dîner chez un capitaine de police et son entretien avec madame Seyerling.Il évoque le climat de New York; neige, vent violent, bref mauvais temps.Comme s’il ne s’en rendait pas compte, il livre un roman qui étale ses efforts de ne plus écrire.Le sujet en est cette madame Seyerling que, de sa fenêtre, il espionne.Ce qui l’intéresse est l’après, c’est-à-dire ce qui arrive aux personnages après la fin d’une histoire.Ainsi, son récit débute à la fin d’une tragédie dont il distille parcimonieusement des bribes.Curieusement, Decoin aménage ainsi un suspense.Le lecteur est paradoxalement accroché à une action qui n’a pas lieu et a un roman que l’auteur prétend ne pas écrire.La réflexion sous-jacente au récit concerne la fatigue de l’auteur et sa résignation a un silence qu’il ne cesse d’expliquer.Il résisté à la tentation d’inventer des personnages, de mettre au point une intrigue.Cependant, la vie résiste.La fin d’une tragédie est suivie par une histoire à laquelle le romancier tente de donner une forme et un sens.11 s’agit d’une matière premiere et le lecteur est invité a rassembler les fragments et a les doter de cohérence.Tout en nous offrant une vivante évocation d’un quartier de New York, Madame Seyerling est d’abord une réflexion sur l’écriture, sur l’impasse d’une fiction qui ne débouche pas sur le réel.Dans Jésus le Dieu qui riait, nous retrouvons le style alerte, coloré et souvent drôle de Didier Decoin.Ici, le parti pris de l’écrivain correspond à celui du chrétien, du lecteur des Évangiles.De-coin prend le contre-pied de ceux qui vouent le Christ à la souffrance qui culmine à la crucifixion.L’auteur situe l’histoire de Jésus dans son environnement juif, en Galilée et à Jérusalem.Issu du judaïsme, ainsi que tous les apôtres, il participait aux fêtes juives et l’on s’adressait à lui comme à un rabbi.Decoin fait le récit des miracles du Christ et décrit ce dernier comme un homme qui aimait fêter, manger et boire.Il meurt sur la croix mais Decoin insiste davantage sur sa résurrection.Dans cet ouvrage, le romancier ne prétend être ni un exégète ni un historien.Il nous offre un roman très agréable à lire, donnant de la vie du Christ une vision de joie, de plaisir de vivre et d'espoir.MADAME SEYERLING , Didier Decoin Éditions du Seuil Paris, 2002,295 pages JÉSUS LE DIEU QUI RIAIT Didier Decoin Editions Stock Paris, 2001,319 pages Yann Martel et la simplicité volontaire LE DEVOIR Un ou deux millions, ça ne change pas le monde, sauf que.Sauf que rien du tout Malgré les immenses droits d’auteur générés par la vente de son roman Life of Pi, le Québécois Yann Martel continue sa petite vie rangée comme si de rien n’était.Mieux, dans une entrevue accordée récemment au Times de Londres — il a été impossible cette semaine d’en obtenir une pour Le Devoir —, il affirme se ficher carrément de l’argent Life of Pi a remporté le Booker Prize en octobre, un des prix litté-| raires les plus prestigieux du monde.Martel explique avoir placé à la 1 banque les quelque 125 000 $ ratta-; chés à la récompense.Depuis, le roman est devenu le plus populaire de l'histoire du Booker Pnze.D trône en tète de plusieurs listes de best-sellers du monde anglo-saxon.Rien qu’au Canada, l’ouvrage publié par Ventage a été écoulé à plus de 200 000 exemplaires.Les traductions en coui s — dont celle très attendue ici, en français, réalisée par les parents de Yann Martel — devraient stimuler encore plus les ventes.Le quotidien londonien estime que M.Martel est déjà largement millionnaire.«Je fais des montagnes de fric, mais.», raconte laconiquement le romancier au Times.«De combien d’argent une personne a-t-elle besoin?J'ai 39 am.J’aurai 40 ans cet été.Disons que je vive encore 40 années.De combien d’argent ai-je besoin pour 40 ans?» Visiblement de très peu.L’article explique encore que Yann Martel a longtemps vécu (ou survécu) à Montréal avec 6000 $ par année et un peu d’aide de ses parents.Surtout la gloire et la fortune n’ont pas changé, ou si peu, les habitudes de l'homme végétarien, adepte du yoga.«Je prends beaucoup plus de taxis depuis quelque temps, confie-t-il, et récemment, à Dublin, j’ai acheté trois CD — un latino, un africain et un autre truc.Mais je n’ai pas de chaîne stéréo pour les faire jouer» S.B.DANS LA POCHE Désordres amoureux JOHANNE JARRY Hajime et Shimamotosan partagent une particularité plutôt rare au Japon du début des années 1950: ils sont enfants uniques.Cette marginalité les rapproche; ils deviennent rapidement inséparables.Mais à la fin de l’école primaire, ils s’inscrivent à des collèges différents et se perdent de vue.Au début de la trentaine, Hajime se marie, devient propriétaire de bars de jazz à Tokyo et père de deux petites filles.Cette vie, qui le satisfait projette l’image d'un homme épanoui.Pourtant Hajime se méfie du déroulement tranquille de ses jours.Cet équilibre est brisé lorsque Slii-mamoto-san franchit le seuil d'un de ses bars un soir de pluie.Revoir celle avec qui ü a connu une proximité jamais retrouvée depuis leur séparation lui fait remettre ses choix en question.Tout quitter pour retrouver Shimamoto-San?Le roman Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil (10/18), de l’écrivain japonais Haruki Murakami, évite au lecteur une fin simpliste.Une subtile sensualité trouble le questionnement existentiel de Hajime; ce bonheur familial est-il vrai?Un roman troublant, qui donne envie de poursuivre l’incursion dans l’univers de Murakami avec La Ballade de l’impossible (Points), où ce dernier explore un thème semblable puisqu’il y est question d’un jeune homme dont la vie est bouleversée par ses retrouvailles avec une amie d’enfance.Publié en 1978, le roman Souvenirs de San Chiquitta (BQ), de Louis Gauthier, raconte l’histoire d’une passion qui transporte son narrateur à San Chiquita, pays fictif situé en Amérique centrale.On reconnaît ce «prêt à tout vivre» qui caractérise plusieurs des narrateurs de Gauthier.Toutefois, celui-ci semble plus obsédé que les autres par une histoire d’amour qui lui échappe.L’homme que ma mère a aimé (Folio), d’Urs Widmer, est le récit étrange de la vie d’une mélomane qui a aimé dans l’ombre et le retrait un chef d'orchestre réputé.Si ce dernier se montre d'abord sensible à la jeune femme, il lui signifie rapidement sa perte d’intérêt en mariant une riche héritière.La jeune femme se marie à son tour, donne naissance à un enfant auquel elle n’arrive visiblement pas à s’intéresser.Un mariage fantôme puisque le fils ne parle jamais de son père dans ce récit qui! consacre à la vie de sa mère.Ni la maternité, ni la folie (elle sera traitée par électrochocs), ni la guerre ne l’empêchent d’aimer Edwin jusqu’à sa mort, lais- sant derrière elle ce fils qui n’a pu tenir d’autre rôle auprès de sa mère que celui de témoin.Histoires de famille «A-t-on jamais une “relation” avec sa mère?Non je ne crois pas», écrit Richard Ford dans Ma mère («Petite bibliothèque», Éditions de l’Olivier).Dans ce court récit biographique, l’auteur, tentant de décrire qui était sa mère, réalise que de grands pans de sa vie et de sa personnalité lui sont inconnus.L’amour ne comble pas ces trous et ne peut rien contre la mort qui s'annonce.«Même ensemble, nous étions seuls», confie Ford en conclusion, au moment où son deuil commence.On a beaucoup spéculé, écrit Tatiana Tolstoï, sur les raisons pour lesquelles mon père a quitté le foyer familial à la fin de sa vie.Il est temps de rétablir les fûts.La fille aînée du célèbre écrivain apporte un nouvel éclairage sur l’histoire familiale dans Sur mon père (Éditions Allia), publié une première fois dans la revue Europe en 1928.Sa mère, issue d’une famille bourgeoise et de santé fragile, souhaitait vivre dans un milieu confortable.Tolstoï, lui, sensible aux conditions de vie de ses compatriotes dont témoignent ses romans, voulait vivre comme les paysans.Cette différence oppose le mari à sa fenune jusqu'au jour où, bien que très âgé, il décide de vivre comme il l’entend.Ce que Tatiana perçoit et retient de la vie de ses parents mérite le détour, mais croire qu’elle détient la vérité, c’est oublier le mystère qui enveloppe chaque vie de couple.Ce mystère, la danseuse Lucette Destouches ne tente pas de l’élucider dans Céline secret (Le Livre de poche), récit auquel donne fonne Véronique Robert, pour qui la dernière compagne de Louis-Ferdinand Céline retrace des moments de vie pendant ses années passées avec lui.«Depuis la mort de Louis, la vie ne m’intéresse plus.C’est comme si avec lui j’avais nagé dans un fleuve pur et transparent et que je me retrouvais sans lui dans une eau sale et boueuse.On a été seuls tous les deux et personne d’autre pendant vingt-cinq ans.Il me protégeait de tout et je lui ai tout donné.» Lucette Destouches rappelle les expériences indescriptibles de la guerre, l’exil, son amour inconditionnel pour Céline, la présence essentielle des animaux, sans jamais s’apitoyer sur son sort Une lecture surprenante.Découvertes «J’ai commencé ce texte lorsque je vous ai écouté.Il ne s’agit pas d’écrire une souffrance (la vôtre ou la mienne), h s’agit d'être là.» Ainsi commence Fragmentation d’un lieu commun, de Jane Sautière, publié dans la nouvelle collection «Minimales», aux Editions Verticales.Ce récit, réparti en cent fragments comme autant de traces d’existence, inscrit dans un espace libre Ce livre) des instants partagés avec ceux et celles que la narratrice, une «éducatrice pénitentiaire», a croisés dans les prisons.Cela donne un texte inclassable, à lire lentement Un vieil homme se prépare à mourir; c’est le moment des bilans.Sésame, ferme-toi (10/18) clôt Variations sur le thème d’une dictature africaine (10/18), une trilogie au titre éloquent de Nu-ruddin Farah.Cet auteur soma-lien, en exil pour des raisons politiques depuis presque trente ans, continue d’habiter son pays par la fiction.Son œuvre engagée et poétique, particulièrement sensible à la condition des femmes somaliennes — lire Sardines (10/18) et Dons (Motifs/Le Serpent à Plumes) —, ouvre au lecteur les rues, les maisons et les vies des habitants de Mogadiscio.Signalons aussi trois titres de Walter Benjamin.D'abord, Écrits français (Folio essai) dont l’introduction très détaillée éclaire la dernière période de la vie du penseur juif allemand, exilé en France jusqu’en 1940, année de son suicide.Puis, dans la collection «Allia», deux textes publiés dans Écrits français, mais présentés autrement par l'éditeur «Paris, capitale du XDC siècle» et «L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique».Enfin, qui n'a pas rêvé de devenir lecteur itinérant après avoir vu Miou-Miou incarner une lectrice dans le film qu’a réalisé Michel Delville?On peut découvrir ou redécouvrir ce roman très populaire de Raymond Jean en lisant La Lectrice (Babel).» r LE DEVOIR.LES SAMEDI ET DI M A X t H 1 M A 1 2 O O S F S' LSSAIS Mémoire et jeunesse du militantisme Etre militant syndical, aujourd’hui comme hier, ici comme ailleurs, n’a jamais été chose facile.Le pouvoir établi n’abandonne jamais de gaieté de coeur les prérogatives qui lui ont permis de s’imposer comme tel et qui lui permettent de perdurer.Travaillant sans relâche à faire passer son idéologie conservatrice pour un discours conforme à l’ordre naturel des choses, il séduit souvent ses propres victimes en transformant ses ennemis en fauteurs de désordre.Pèse donc, sur le militant le fardeau d’une preuve difficile à établir dans les circonstances: que l’ordre nouveau qu’il propose est plus juste, plus équitable, et qu'il dépasse le simple transfert du pouvoir illégitime des uns vers les autres.A l’intérieur même des rangs syndicaux, d'ailleurs, cette quête de justice s’avère sans cesse menacée par la tentation corporatiste qui voit des intérêts particuliers prendre le pas sur le principe de solidarité.Être militant syndical, donc, demeure une mission, une vocation qui exige combativité et droiture d'esprit Cela, qui reste vrai aujourd’hui, l’était peut-être encore plus hier, et c'est ce que Mathieu Denis et son équipe (Albert Albala, Michel Sarath de Silva et Yanic Viau) ont voulu montrer en menant une intéressante série d’entretiens avec Jacques-Victor Morin, «un des principaux acteurs de la gauche québécoise de l’après-guerre».Publié sous le titre de Jacques-Victor Morin: syndicaliste et éducateur populaire, l’ouvrage qui résulte de cette initiative, en plus de ses intentions historiques, vise aussi à «permettre la transmission d’une expérience militante de la génération du Québec de l’après-guerre à celle qui allait avoir 25 ans en l’an 2000».Et il s’agit, en effet, de toute une expérience.Permanent syndical pendant la majeure partie de sa vie au sein, principalement, de la Fédération des unions industrielles du Québec (FUIQ-CCT) et, plus tard, de la FTQ, militant politique dans les rangs de la De AVEC PSYCHOLOGIE Rose-Marie Charest libre Expression Montréal, 2003,224 pages LOUIS CORNELLIER Le doc Mailloux en fait à CKAC; elle, c’est à la radio de Radio-Canada, en compagnie de René Homier-Roy, et dans un style à l’avenant, c’est-à-dire pas mal moins carré.Et les lecteurs qui n’ont pas eu l’occasion d’entendre Rose-Marie Charest, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, dispenser ses lumières psychologiques en ondes peuvent maintenant y avoir accès en se procurant Avec psychologie, un recueil de 24 de ses chroniques radiophoniques.Est-ce bon?Disons que ça vaut le détour.Psychologue sympathique et prudente, aux propos très nuancés, Rose-Marie Charest ne fait pas du tout dans le genre «lignes ouvertes» musclé.Son approche consiste plutôt à suggérer, en quelques pages (ou en quelques minutes), un point de vue psy sur un thème classique: l’amour, le bonheur, le couple, le stress, la sexualité, la violence et quelques autres.Ses commentaires sur les rapports différents qu’entretiennent garçons et filles avec l’école, sur la rentrée scolaire, sur la monoparentalité, sur l’intimidation et sur les effets psychologiques de la pauvreté comptent parmi les moments les plus intéressants de ce livre qui propose des réflexions simples sur quelques situations tirées de notre «vécu».Il s'agit donc d’une psycho-pop intelligente qui n’évite cependant pas toujours le principal travers de la culture psy dominante, c’est-à-dire cette insistance sur l’aspect thérapeutique de la psychologie.Cette approche est critiquable parce qu'elle néglige la leçon essentielle de Freud, à savoir que tout discours qui traite de l’humain a besoin de s’inscrire dans un terreau culturel et anthropologique pour dépasser la seule thérapeutique dont les limites sont par trop évidentes.La psychologie ne concernerait-elle donc que les malades ou, à tout le moins, ceux qui éprouvent des problèmes?Bien sûr que non, et je rappelle ici, pour les besoins de la démonstration, qu’à l’entrée «psychologie», Le Petit Robert donne d'abord cette définition: «Connaissance de l’âme humaine, considérée comme une partie de la métaphysique.» Louis Cornellier ?CCF (Co-operative Commonwealth Federation), du NPD et du Parti socialiste du Québec qu'il a cofondé, éducateur populaire à l’emploi de diverses instances syndicales québécoises et internationales, Jacques-Victor Morin, issu d’une famille bourgeoise cana-dienne-française de Montréal (son grand-pére, le notaire Victor Morin, est l’auteur du fameux «code Morin»), a suivi un parcours qui méritait d’être mieux connu et de passer à la postérité afin, entre autres, de fournir un modèle aux militants d’aujourd’hui qui entendent «résister à la force du nombre de ceux qui, de toutes sortes de manières, incitent à baisser les bras sous prétexte de tirer les leçons du siècle».Guy Rocher, en préface, a raison de souligner le courage qu’il a fallu, à Morin et à ses frères d’armes, pour combattre des employeurs bornés, un gouvernement unioniste réactionnaire, une action syndicale catholique par trop temporisatrice et les autorités syndicales et politiques centralisatrices de Toronto.Aujourd’hui octogénaire, Morin raconte, dans ce livre, les affrontements, les espoirs, les réussites et les échecs d’une génération de militants animés par un inébranlable idéal de justice sociale.Il y fait revivre, modestement mais avec fierté et énergie, des luttes ouvrières essentielles et la naissance du sentiment indépendantiste dans les rangs syndicaux.Distribuant les coups de chapeau (Ed Bantey, Léo Lebrun, ancien président des cols bleus de la Ville de Montréal, et sa tante Renée Morin, pionnière de l’éducation des adultes au Quebec) et les coups de pied (Thérèse Casgrain.Claude Ryan.les trois colombes fédérales et la «go-gauche» des années 70), il Here ici un témoignage précieux qui, à la fois, illustre la noblesse de la mémoire syndicale et redit l'eternelle jeunesse du militantisme de gauche.Madeleine de tous les combats Je savais que Madeleine Parent.elle aussi, avait été une grande militante, et je n'ai pas été surpris d'entendre Morin en parler en ces tenues: «Madeleine Parent était une militante syndicale hors pair.Elle avait le pouls de la classe ouvrière.Il n’y avait alors que quelques femmes dans le mouvement à détenir une telle position et Madeleine avait l’admiration de beaucoup d’autres personnes, qui ne partageaient pas ses idées.» J’ignorais toutefois (il n'y a pas que le militantisme qui est jeune!) la réelle ampleur de son oeuvre; le collectif intitulé Madeleine Parent militante, sous la direction d’Andrée Lévesque, m'a donc renversé.Quelle femme extraordinaire, en effet, que cette Madeleine de tous les justes combats qui a consacré sa vie entière, et ce n’est pas une image, à la lutte en faveur de la dignité des ouvriers et, plus particulièrement, des ouvrières! Recueil de textes-hommages qui fait suite à un colloque tenu à l’université McGill en mars 2001, ce collectif trace le portrait d’une véritable héroïne qui, comme le souligne Monique Simard, n'a cessé «de prôner un type de syndicalisme de base, militant et engagé, ne se complaisant pas dans les secteurs moins difficiles à organiser et ne faisant pas de concessions à un certain establishment du milieu des relations de travail».On y découvre, avec Andrée Lévesque, la jeune étudiante de McGill (1936-40) qui fait ses premiers pas dans le militantisme; avec Denyse Baillargeon, l’organisatrice syndicale qui lutte avec les travailleurs québécois du textile dans les années 40 et 50; avec John Lang, la militante canadienne qui.avec son mari Kent Row-ley, travaille inlassablement, comme l’écrit John St-Amand, à la «démocratisation et là] la cana-dianisation du mouvement ouvrier, en particulier dans la Confédération des syndicats canadiens».Quant à Lynn Kaye.Lynn McDonald.Shree Mulay, Françoise David et Michèle Rouleau, c'est à la militante féministe qu’elles rendent hommage, à celle qui a contribue aux rapprochements des groupes de femmes québécoises et canadiennes avec leurs consoeurs des communautés autochtones et inmügrantes.Madeleine Parent a appris à la dure le difficile metier de syndicaliste.Les employeurs, Duplessis et les bonzes du syndicalisme américain en terre canadienne ne lui ont pas fait de quartier, et on ne peut qu'être ébloui devant la ténacité dont cette femme admirable a su faire preuve tout au long de sa vie, ténacité qui s'exprime encore, d'ailleurs, dans les multiples engagements actuels de cette calme octogénaire.«Une volonté de for et un collier de perles», écrit le chroniqueur Rick Salutin pour la décrire.Un exemple pour la jeunesse, aurait-on dit à une autre époque si on avait accordé à la générosité militante la grandeur qui lui revient.L’incarnation de la noblesse du syndicalisme québécois, ajouterai-je.* louiscomellier (foparroinfo.net JACQUES-VICTOR MORIN SYNDICALISTE ET ÉDUCATEUR POPUIA1RE Mathieu Denis VLB éditeur Montréal, 2003,256 pages MADELEINE PARENT, MILITANTE Sous la direction d’Andrée I évesque Éditions du Remue-Ménage Montréal, 2003,128 pages SO U HCl' EDI I IONS DU REMUE MENACE Madeleine Parent a appris à la dure le difficile métier de syndicaliste.MIC H IECIKRC HSliS Michel Leclerc Si nos âmes agonisent 96 pages - 17,95 $ Parfois tu me rejoins dans la fraternité pluvieuse de l’instant les mondes où je te vois battent en moi comme des gouffres vivants Nicole Richard La leçon du silence LA I FÇOS m MU Nt » 84 pages - 15,95 $ la psycho à la radio À force, cependant, de réduire constamment la psychologie à la psychothérapie, les psys vont finir par nous faire croire que les relatifs bien portants (soyons prudents) ne les intéressent que très relativement.Ce serait dommage.Attention: je ne dis pas que c’est ce que fait systématiquement ce livre au ton plutôt agréable.Je dis qu’il n’est pas exempt de cette tentation.ENTRETIENS AVEC JEAN-PAUL SARTRE août-septembre 1974 de Simone de Beauvoir Lecture intégrale en douze épisodes Une présentation du 9e Festival international de la littérature en collaboration avec le Studio littéraire de la Place des Arts > 4 SU 17 mai 2003 (relâche les 10 et 12 mai) cfb Studio-théâtre Stella Artois Place des Arts Entrée : 33 $ (taxes et redevances incluses) Forfait pour les 12 représentations ; 297 $ Quantité limitée / Disponible jusqu'au 26 avril 2003 Billets en vente : 514.842.2112 514.277.1010 > Info-festival : 514.277.1010 www.uneq.qc.ca/festival Québec « u‘‘“t££ • Canaris Québec 5S Ville de Montréal l.f DEVOIR N»’ LtrsrfciQ Les décombres du silence forment des montagnes denière lesquelles la recherche révèle parfois le lointain.« Un livre d’une force d’évocation inouïe.» David Cantin, Le Devoir i ÉDITIONS DU ^ NOROIT 30 ans de poésie i www.lenoroit.com Une présentation de la Société des amis de Jacques Fearon, EN COLLABORATION AVEC le 9’ Festival international de la littérature LES CONTES DE JACQUES FERRON dits et recréés par Jocelyn Bérubé, Michel Faubert, Alain Lamontagne, Claudette L'Heureux, Jean-Marc Massie et Christian Vézina stAùf It demur de U tradutuin ewle et le fpreirur de In tmrurnjptuffi ernte.' ).F.Ce spectacle est organisé grâce au soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec à la Société des amis de lacgues ferron.Samedi 10 mai, 20 h LION D'OR 1676, rue Ontario Est Entrée : 12 S (régulier) / 8 S (étudiants, membres de l'UNEQ et de la Société des Amis de Jacques Ferron) Billetterie: 514.277.1010 Renseignements : www.ecrivain.net/ferroncontes/ Info-festival : 514.277.1010 / www.uneq.qc.ca/festival Québec SS 4» ( JanacB ____ TirslEyCJ LE DEVOIR I LE DEVOIR.LES A M E D ! 3 ET DI M A X C H E 1 MAI >00 3 F 8 Essais Le pari du bonheur Une première biographie de Pierre Gauvreau par Jeanette Biondi HÉLÈNE DE BILLY Peintre, signataire de Refus global, pionnier de la télévision, réalisateur des mémorables sé-riçs Radisson, D’Iberville et Rue de l’Anse, auteur des téléromans Lé Temps d’une paix et Cormoran, Pierre Gauvreau compte parmi les grands bâtisseurs de la modernité au Québec.Individualiste impénitent, athée endurci, affirmant dès sa jeunesse sa haine des despotismes ambiants, il a mené pendant plus de 50 ans un combat de tous les instants «pour débarrasser la société canadienne-française de sa vieille croûte d'intégrisme catholique romain», comme il l'a lui-même écrit.Refusant de se cantonner dans les arts dits majeurs, ce peintre, qui compte parmi les premiers à avoir abordé l’abstraction au Québec, a investi l’espace télévisuel avec l’énorme succès que l’on sait: au début des années 80, Le Temps d'une paix attirait jusqu'à 2,5 millions de téléspectateurs chaque semaine.Toute sa vie, Pierre Gauvreau a voulu transformer les mentalités.Plus que quiconque, l’homme incarne la Révolution tranquille, la vraie, celle qui n’est jamais terminée.En rédigeant cette première biographie autorisée — et non censurée, précise-t-on en quatrième de couverture —, Jeanette Biondi a fait des choix.Négligeant certains thèmes de la vie privée (comme les rapports de M.Gauvreau avec ses enfants ou les femmes de sa vie) mais n’y renonçant pas complètement, elle a avant tout préféré s’attarder sur le travail du peintre et du réalisateur.Son livre est passionnant.D’abord parce que Gauvreau a connu, auprès de sa mère et de son frère Claude, «le génie», une jeunesse aux résonances quasi mythiques.Ensuite parce que Mme Biondi n’essaie pas de résoudre les contradictions de son sujet.Elle nous laisse le soin de juger.Ainsi, on se rend compte que Tardent défenseur de la liberté est aussi, sur les plateaux de télévision, «un htl)nme exigeant et dur».On se i Pierre Gauvreau dans son atelier de Montréal.rend également compte que cet artiste en quête de sérénité (un mot fréquemment employé pour décrire sa peinture) possède une grande soif de reconnaissance et un caractère querelleur — on ne compte plus les ruptures dans sa vie.En ce sens, Jeanette Biondi laisse soupçonner la présence d’une blessure inguérissable, source de tourment mais également de vitalité, d’où le titre de sa biographie: Le jeune homme en colère.1: V Agenda littéraire Mai 2003 UriSTEQ 1; l'nlon des écrivaines et des écrivains québécois MARDI 13 MAI 2003, 19 H 30 Les Mardis Fugère Confidences littéraires de l’écrivain GUILLAUME VIGNEAULT Lecture de textes de l'auteur par BENOÎT GOUIN Maison de la culture Frontenac, 2550, Ontario Est, Montréal.Entrée libre MERCREDI 14 MAI 2003, 19 H L’écrivain au cœur du monde Table ronde devant public : TROUVER LES MOTS POUR DIRE LE MONDE Avec les écrivains journalistes NEIL BISSOONDATH, GILLES GOUGEON, MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE, JR LÉVEILLÉ Diffusion en direct sur la chaîne culturelle de Radio-Canada (100,7 FM) Animation : ALINE APOSTOLSKA Maison des écrivains, 3492, avenue Laval, Montréal Entree gratuite.Réservation obligatoire MERCREDI 21 MAI 2003, 19 H 30 Soirée Québec-Bavière En collaboration avec la Représentation de l’état de Bavière au quEbec Lecture par des écrivains d’ici et de là-bas accompagnés de musiciens Direction artistique : GILLES DEVAULT Maison des écrivains, 3492, avenue Laval, Montréal Entrée gratuite.Réservation obligatoire La Bavière au Québec Renseignements et réservations au (514) 849-8540 www.uneq.qc.ca C!> CONSEIL DES ARTS 01 MONTREAL ( uliuaTI N LE DEVOIR Les deux frères Pierre Gauvreau voit le jour à Montréal le 23 août 1922.Trois ans plus tard, à la date même de la naissance de son frère Claude, leur père, Lucien Gauvreau, quitte femme et enfants et retourne vivre chez ses parents.D n’adressera jamais la parole à son dernier enfant, réservant toute son attention à son aîné, Pierre.Pourquoi cette haine à l’endroit du fils puîné?Quelles répercussions sur les caractères respectifs des deux garçons?Mme Biondi, qui jamais n’aborde la question de la culpabilité, ne fournit ni hypothèses ni explications.En revanche, elle dresse un portrait sensible de Julienne Saint-Mars-Gauvreau, une femme courageuse qui pratique la confiance et le détachement en matière d’éducation, «convaincue que ses fils étaient exceptionnels».Provenant d’une famille de libre-penseurs, Julienne Gauvreau s’intéresse aux arts.Si les jeunes Gauvreau n’ont pas de père à demeure, ils ont en revanche une bibliothèque fort bien garnie, qu’ils ont héritée de leur grand-père maternel.«C’est dans les livres que les pe- tits Gauvreau forment leur intelligence, leur sens moral et social.» Autodidactes brillants et révoltés, Pierre et Claude Gauvreau forment un tandem unique dans les annales de la culture québécoise.Appartenant à la même avant-garde automatiste (quoique partageant un point de vue divergent sur ce mouvement), ayant tous les deux Paul Emile Borduas comme mentor, les deux frères veulent changer la société, voire le monde dans lequel ils vivent.Chez leur mère, entourés de la grand-mère et de la tante Baba, ils partagent la même chambre.Pendant que Pierre peint, Claude écrit «debout, appuyé à la petite commode qui lui sert de bureau, sous une lumière bleue».Ces pages sur la jeunesse de Pierre Gauvreau et ses relations avec Claude comptent parmi les meilleures du livre de Mme Biondi.Les deux frères ont des tempéraments très forts.Chacun se définit par rapport à l’autre.Pierre, qui s’engage dans l’armée canadienne à titre volontaire en 1943 (il partira bientôt pour l’Angleterre), semble opter pour une voie LIBER Margaret Somerville Le canari éthique Science, société et esprit humain Margaret Somerville Le canari éthique 318 pages.26 dollars plus pragmatique.Il est le protecteur.D'un anticonformisme à la limite de la violence, Claude, pour sa part, s’apprête à accoucher d’une oeuvre poétique et théâtrale d’une originalité proverbiale qui ne sera reconnue qu’après sa mort.Il est le visionnaire.D’entrée de jeu, c’est lui, le génie — une perception qui se confirme dans les descriptions que Pierre Gauvreau fait de son cadet.Les deux jeunes hommes s’admirent, s’épaulent, puis, dans la foulée de Refus global, se disputent sur des questions idéologiques.«Des broutilles», estime la biographe, qui soutient ici le point de vue de son sujet.«Ce qui lie les frères Gauvreau, du cœur de leur enfance, sera toujours plus fort que les chicanes, écrit-elle, les accusations, les éclats de voix et les silences.» Le drame Mais un drame se prépare.Le 7 juillet 1971, Claude Gauvreau se jette du haut de la maison qu’il habite.De 1954 à sa mort, le poète avait fait dix séjours à l’hôpital psychiatrique.Pendant qu'il poursuivait une œuvre à la limite du martyre, Pierre, lui, renonçait plus ou moins à la peinture (il y reviendra en 1976).Ce suicide que Pierre Gauvreau a toujours nié (retenant plutôt la thèse de l’accident) provoque chez ce dernier «des remous» qui restent indicibles.Il semble en effet que jamais le SOURCE TELE-QUEBEC peintre de la sérénité ne réussira à exprimer son désarroi devant la tragédie, pour la simple raison, écrit la biographe, que «le suicide est un tabou impossible à transgresser avec sérénité».Mme Biondi a eu accès aux dossiers médicaux.Tant du côté des Saint-Mars que du côté des Gauvreau, elle y a découvert une lourde histoire familiale de diverses maladies mentales.Sur la foi de ces documents, elle blâme l’hérédité et elle seule pour les tourments du grand «orignal épormyable».La biographe aborde cette question cruciale avec doigté et une infinie délicatesse.On comprend que c’était la seule manière de procéder.Pierre Gauvreau avait 48 ans quand son frère s’est ôté la rie.Il en a 80 aujourd'hui.Comme artiste, il est resté fidèle toute sa rie à son idéal d’humanisme et de liberté.Comme homme, il a fait le pari du bonheur et de la sérénité.Etant donné les circonstances, c’est ce dernier objectif qui a mobilisé chez lui le plus de courage et le plus d’énergie.LEJEUNE HOMME EN COLÈRE Biographie de Pierre Gauvreau Jeanette Biondi Lanctôt éditeur Montréal, 2003,385 pages Téléphone TRAITE CANADIEN DE TOPONYMIE DE LANGUE FRANÇAISE PAR WAN BEDARD éditions du phalanstère 114 pages • 18 $ Comprend un index des.génériques de toponymès Distribution Univers 845, rue Marie-Victorin, Saint-Nicolas (Québec) 67A 3S8 : (418) 831-7474 ; 1-800-859-7474 Télécopieur : (418) 831-4021 Courriel : d.univers@videotron.ca ] I Marché 1 francophone ¦ f== de la poésie et di^a^cUe D/r^a^cke Sous le chapiteau, dès 11 h 30 : Dimanche 14h : • Près de 50 éditeurs et poètes du Québec, du Canada, de la • Table ronde poésie et fiction animée par Marie-Andrée Belgique et de la France.Lamontagne.• Lectures de poésie et jazz animées par Guy Marchamps.Avec Louis Gauthier, Élise Thrcotte.Sylvie Nicolas et Pierre Avec notamment Christian Prigent, Yolande Villemaire.Raphaël Pelletier.Bernard Pozier, David Cantin.Pierre Nepveu.Bruno Roy, Avec la participation de l'Union des écrivaines et écrivains Robert Dickson.québécois.¦ : ^ Maisormm le Ville de Montréal 1*1 1 Québec SS ^ /V t 86 LE H E V 0 I R .LES S A M E I) ET DI M A X ( Il E I M AI 2 0 O A F î) ut- Essais >^4 Métis de souche et Métis de cœur MICHEL LA PIERRE Lionel Groubt a célébré l'édification du fragile et ambigu •empire français d’Amérique» au point d’y voir la «grande aventure» d'un peuple en devenir.L’historien triomphaliste ne se doutait pas que le mot aventure pouvait être interprété au second degré.L'interprétation historique et la recréation littéraire de V«Amérique française» coloniale constitue pourtant une aventure en soi On croirait même, depuis la publication en 1969 des Historiettes de Jacques Perron, que cette aventure intellectuelle est encore plus extraordinaire que l’aventure physique vécue par nos ancêtres, à l’échelle du continent, aux XVIT et XVIIL siècles.Rien de plus compréhensible qu’une telle impression.Perron avait la hardiesse de relier le passé au présent en expliquant que l’Amérique dite française était en réalité, un vaste réseau commercial, fondé sur notre métissage culturel avec les Amérindiens, et que la portée humaniste de ce métissage se perpétue et s’approfondit dans notre imaginaire sous la figure d’une Amérique québécoise.L’historien français Gilles Bavard, universitaire très sérieux, n’a pas l’audace de se référer à un historien clandestin comme Perron, mais il est conscient du développement original de l’historiographie québécoise depuis un siècle.A pro- pos de l’étude de Y«empire pvnçais d’Amérique».Bavard deplore que, dans la «récupération de la mémoire», un «écart considérable» se soit creusé entre nos historiens et les historiens fiançais.En écrivant Empire et métissages: Indiens et Français dans le Pays d'en Haut (1660-1715), Bavard a voulu réduire cet écart.L’historien y réussit dans une très large mesure.Il faut dire que la tâche n’était pas des plus difficiles.Les historiens français, tout comme leurs confrères anglo-saxons, avaient l’habitude d’émdier ['«empire français d’Amérique» comme s’ils se penchaient sur les civilisations sumérienne ou hittite.Il n’était jamais question pour eux de considérer la culture québécoise actuelle comme l’épanouissement logique d’un lointain métissage qui allait bien au-delà de la biologie.Malgré tous ses efforts, Bavard lui-même ne se libère pas complètement de cette insensibilité à l’un des aspects les plus importants de la continuité historique nord-américaine.L’historien français affirme que le destin des descendants de Pierre Couc, ce Français qui épousa, en 1657 à Trois-Rivières, l’Algon-quine Marie Miteouamegoukoue, «rend compte plus que tout autre de l’importance du métissage» en Amérique du Nord.Intimement liés aux Amérindiens, ces descendants de Couc, souvent surnommés Montour, ont contribué à laciliter la DANIKL FONTIGNY Jacques Perron dans son cabinet de médecin.CINÉMA Sous le voile de Jacques Perron ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Quinze années nous séparent de la mort de Jacques Perron, quinze années au cours desquelles le psychiatre-écrivain est devenu un peu mythique alors que l’homme s’effacait des mémoires.C’est afin de redonner voix à un des auteurs fondateurs de notre littérature moderne que le documentariste Jean-Daniel Lafond a plongé dans son univers pour en faire un film, ou plutôt, comme il dit, un roman documentaire.Produit par l’ONF, Le Cabinet du docteur Perron est en cours de montage et devrait sortir sur nos écrans à l’automne.Le cinéaste a bien connu l’écrivain, mais au soir de sa vie.«De son vivant, il aurait été difficile de lui consacrer un film.Jacques Perron avait la peur et le rejet de l'audiovisuel», explique Jean-Daniel Lafond.Des liens d’affection, de complicité et d’affinités intellectuelles le reliaient à l’auteur de LAmélanchier.Sans avoir recours à la classique foison de documents d’archives, films et photos, le cinéaste a plutôt reconstitué son cabinet sur le chemin Chambly, à Longueuil.Perron avait également pratiqué en Gaspésie mais venait de Louiseville.Des lieux sont filmés (dont l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu, où il pratiquait), des témoignages recueillis, et la silhouette de Perron est campée, muette, par le réalisateur.C’est également Jean-Daniel Lafond qui lit des textes, sautant la frontière entre réalité et fiction, découvrant aussi des lettres inédites à sa soeur Madeleine.Perron a eu un parcours insolite et a notamment fondé le Parti Rhinocéros, pour rire, pour mettre en lumière tous les ridicules de la politique, mais aussi comme manifeste antiviolence.«Ce psychiatre était toujours au bord de la folie.» «Sa vie est la matière de son œuvre», explique Jean-Daniel Lafond en précisant que des bribes de l’histoire du Québec, des éléments biographiques mais aussi des signes avant-coureurs de la mort de Perron sont dans le film à travers l’œuvre.«J’ai été fasciné par la nuit chez Perron.Il était un missionnaire de l’écriture, médecin le jour, la nuit dans son sous-sol sans lumière, écrivant.» Perron a laissé derrière lui 29 caisses d’archives qui lèvent le voile sur des pans secrets.«J’ai dû négocier avec l’impudeur», précise le documentariste.penetration des Anglo-Saxons sur ce qui deviendra l’immense territoire des Etats-Unis.Un manifeste métisse Bavard n'aurait guère pu imaginer que surgirait aujourd’hui un Pierre Montour montréalais qui, après avoir découvert le rôle des siens dans l’élaboration du rêve anglo-saxon, s'est rendu compte que l’heure était enfin venue de construire sop propre rêve.Montour a publié 0 Canada! Au voleur!, un manifeste aussi génial que dé bride qui aurait plu au docteur Perron.Avec la compétence d'un juriste, ce ferronien qui s'ignore plaide en faveur de l’autodétermination de la nation métisse du Québec.Montour le fait avec tellement d’enthousiasme et de générosité qu’on peut croire qu'il défend aussi bien les droits des Métis de souche que ceux des Métis de cœur, bref les droits de tous les Québécois.Tout en restant lucide, sa pensée dépasserait ainsi le cadre juridique pour se rapprocher de celle de Louis Riel, ce prophète qui, dans sa dé mence lumineuse, voyait dans le Québec le cœur caché du continent métis et amérindien.Bien qu'il soit moins intrépide que Montour, Bavard, le grand érudit, a le mérite de démontrer, par une analyse serrée des faits, qu’à cause de notre simple faiblesse numérique il nous était nécessaire de nous allier à plusieurs nations amérindiennes et même de leur ressembler.Nous devions d’abord participer à leur résistance à l’hégémonie iroquoi-se pour ensuite, une fois la paix conclue avec les Iroquois, nous protéger, au même titre que l’ensemble de l’Amérique du Nord autochtone, contre la menace anglaise.Bavard donne raison à Bougainville.Cet aide de camp de Montcalm affirmait, en 1757, que c’est «l’affection» que les Amérindiens «nous portent qui jusqu’à présent» a préservé le Canada de la conquête britannique.Des choses aussi terre à terre que la traite des fourrures et la né cessité de survivre nous auront permis, sans même que nous nous en apercevions, de devancer l'Occident entier dans l’aventure sans fin des relations interculturelles.Le Français Gilles Bavard oserait-il imaginer qu’en 1890, lorsque la cavalerie américaine massacrait le dernier carré de la résistance amérindienne à Wounded Knee, c’était un morceau du Québec qui disparaissait?t ¥ ARcmviis li: m vom Le leader métis Louis Riel.EMPIRE ET MÉTISSAGES Gilles Bavard Septentrion Sillery, 2003,868 pages Ô CANADA! AU VOLEUR! Pierre Montour Les Intouchables Montréal, 2003,224 pages LIBER Jean-François Chassay Imaginer la science Le savant et le laboratoire dans la fiction contemporaine Imae h®.tr*%M*»* h h fehoMff 252 pages, 24 dollars José BiMm Étendue auprès de celui qu’elle aime, une femme navigue dans la nuit.La nuit manie Josee Bilodeau La nuit monte science XYZ éditeur, 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) HzL 3Z1 Téléphone : (514) 525.21.70 • Télécopieur : (514) 525.75.37 Courriel : info@xyzedit.qc.ca LA PASSION DE LA POESIE • rHEXAGOriE \\ ww.rmi 1 \ \mjm .com i ucarl i ravrtv rabAtieun* d’ctoiîcs Pommes Ki#» Pierre-Yves Soucy Rachel Leclerc Alain Grandbois 4 p • .95$ 4 Photo : Jean Gosselin F 10 LE 1) E V 0 1 H .LES SAMEDI E D I M A X (HE 1 M A 1 2 0 0 3 -?LE DEVOIR ?- e Visu Brouiller les pistes de l’activisme DAVID CANTIN 1 art peut-il être un le-" vier de transgression?C’est ce que suppose le commissaire Jérôme Sans dans une exposition autour du «nouvel activisme» présentée, en ce moment, au Palais de Tokyo à Paris.Entre les images-chocs et la provocation facile.Hardcore veut faire réagir sans la moindre nuance.Aurait-on finalement institutionnalisé le militantisme politique en art?Sans être nécessairement un échec, Hardcore ne va pas aussi loin que ses intentions de départ.Comme l’explique Jérôme Sans, «si les artistes ont toujours été des hackers du réel, ceux réunis dans l’exposition proposent un langage et une forme d’intervention qui tendent vers un nouvel activisme parce qu’ils tentent de transmettre, à l’instar d’une radio pirate, une vision critique et alternative d’un contexte social, économique et politique».A partir du travail d’une dizaine d’artistes de générations comme de nationalités différentes, l'ensemble cherche à démontrer que cette nouvelle forme d’activisme ne se fait plus dans la logique contestataire des années 60 et 70 mais tente plutôt de mieux s’infiltrer dans «les incohérences du système».La charge polémique varie donc selon la nature de l’intervention.Avec l’aide d’une affiche publicitaire cinglante à l’effigie de Del Montte, Minerva Cuevas dénonce les conditions de travail absurdes sous la dictature de Rios Montt ou encore les Guerrilla Girls détourne le logo I Love NY pour une affiche intitulée / Love Feminism.D’autres positions semblent moins claires, surtout lorsque Jota Castro enfile les noms de Staline à Maradona sous le slogan «Motherfuckers never die».D’autres œuvres, comme le missile-avion d’Alain Declercq, privilégient outre mesure cette forme d’attaque au premier degré.Ainsi, l’impact se perd ou agit immédiatement.A une époque où l’insécurité ou la menace terroriste règne plus que jamais, une exposition telle Hardcore se doit d’être radicale.Par contre, on se demande si l’extrémisme des enjeux ne vient pas nuire au contenu.On attaque bien sûr la morosité ambiante, mais il faut que cette charge polémique traverse l’écran des apparences.Est-ce que la porno nippone de Shu Lea Cheang arrive vraiment à surprendre?On a déjà vu pire.L’artiste parle plutôt de «sexe prolétarien grand public.Échanger et consommer».Un peu plus loin, une installation de Jota Castro recrée l’enlèvement possible de Nicolas Sarkozy.Le ministre s’élève, en quelque sorte, au rang de figure-culte.Il y a aussi des carcasses d’automobiles ou la bande vidéo d’une performance punk militante au Chili.Comme dirait Roberto Pingo, «l’art radical ne passe plus par des images symboliques, mais par les modes de production des images.L’art doit nécessairement affronter la réalité, une réalité qui a englobé et digéré la fiction qui l’imitait».Le Palais de Tokyo est pourtant l’enceinte idéale pour accueillir ce type d’in- Linda Verge Glen Nicoll 4 mai - 25 mai (418) 525-8393 Lancement du tout premier livre des éditions Les Impatients Les Impatients de Montréal Artistes excentriques le mardi 6 mai dès 17h30 100 rue Sherbrooke Est 4ième étage Informations: (514) 842-1043 Prix de lancement : 30$ (ttc) Prix régulier : 35$ (ttc) Tirage de tête : 200$ (ttc) Merci à Raymond Royer de Domtar, Rémi Marcoux de Transcontinental.François de Gaspé Beaubien de Zoom Média et au Curateur public du Québec.ftmrteur puMrc Québec S.tervention politique.Toutefois, on en vient à se demander si Hardcore ne rate pas sa cible au passage.Qu’on approuve ou non, un tel parcours suscite nécessairement la réflexion devant cette question essentielle de la part de Pingo et les autres: «Pourquoi les musées et les galeries institutionnelles, qui sont au cœur de la politique culturelle — et donc de l'économie —, s’intéressent à un art qui nie le pouvoir, qui le combat, souvent le hait et cherche à le détruire?Est-ce là aussi une manière de cultiver nos angoisses de destruction qui sont à la base des films catastrophe, ou est-ce seulement une façon de suivre la éniè-me tendance susceptible d’être récupérée par un marché en quête de renouveau?» A chacun de trouver sa réponse dans un corpus aussi inégal que celui d’Hardcore.Un débat à suivre.HARDCORE (VERS UN NOUVEL ACTIVISME) Au Palais de Tokyo (site de création contemporaine), 13, avenue du Président Wilson, Paris.Jusqu’au 18 mai 2003.SOURCE PALAIS DE TOKYO À une époque où l’insécurité ou la menace terroriste règne plus que jamais, une exposition telle Hardcore se doit d’être radicale.Une installation de Jota Castro recrée l’enlèvement possible de Nicolas Sarkozy.Il y a aussi des carcasses d’automobiles ou la bande vidéo d’une performance punk militante au Chili.PIERRE BLANCHETTE Résonances Tableaux récents Dernière semaine GALERIE SIMON BLAIS __ 5420, bout.Saint-Laurent H2TISI 514.849.1165 Ouvert du mardi au vendredi 10b à I8h, samedi 10b à 17h GALERIE BERNARD Nouvelle exposition Jusqu’au samedi 17 mai 8003 Frank Imperato & Erik Slutsky «Coup de dés» 3926 rue Saint-Denis, Montréal (Québec) (514) 277-0770 • • 15 ANS DÉJÀ La galerie Trois Points tient à remercier les artistes et tous ceux qui ont cru en leur travail Galerie Trois Points 372, rue Ste-Catherine Ouest, espace 520.Montréal (Quebec) Canada H3B 1A2 Tél 514.866.8008 Téléc.: 514.866.1288 j.aurnont@galerietroispoints.qc.ca Site Internet : www galerietroispoints.qc.ca Avec la participation du ministère de la Culture et des Communications Le Romantisme et Paris du 3 au 14 octobre 2003 Peinture, musique, littérature promenades et jardins.Redécouvrir Paris et l’art des romantiques! Séance d’information : dimanche 4 mai Aussi, la brochure de nos circuits d’été est arrivée! (514) 276-0207 CIRCUITS Les j beam détours CULTURELS En collaboration avec Club Voyages Rosemont L'ÉTERNITÉ en gravure en peinture en sculpture œuvres récentes de carol lavoie sur rendez-vous seulement (819)326-6155 la Galerie d'art Stewart Hall 176, Bord du Lac, Pointe-Claire K'-jyWît du 3 mai au 15 juin 2003 CARACTÈRES Une exposition itinérante du Centre de céramique Bonsecours présentée dans le cadre du programme Exposer dans /De du Conseil des arts de Montréal.VERNISSAGE : le dimanche 4 mai, à I4h Info: (514) 630-1254 Culture et télé pour ne rien manquer L’AGENDA chaque samedi Vendredi 2 mai : 12h00 -19h00 Samedi 3 mai : 12h00 - 19h00 Dimanche 4 mai : 12h00 - 18h00 L’Association des galeries d’art contemporain (AGAC) présente le de Montréal Une foire d’art contemporain dans les chambres du 4e étage de l’hôtel Delta Montréal 475, av.du Président-Kennedy T 514 861 2345 C agac@cam.org ALT-6 - Brigitte Henry & Ron Levine, Galerie d'art Jean-Claude Bergeron - Marc Séguin & Ghitta Caisenman, Galerie Bernard - Gianguido Fucito & Eva Lapka.Galerie Simon Blais - Stéphanie Béliveau, Galerie Bourbon-Lally - Eldon Garnet & Nicholas et Sheila Pye, Galerie Christiane Chassay - François Morelli, Christopher Cutts Gallery - Janieta Eyre 8 Michel Goulet.Galerie Éric Devlin - François-Xavier Marange 8 Richard Deschênes.Galerie Sandra Goldie - Keer Tanchak 8 Colin McNair, Galerie Gora - Rachel Gareau 8 Christopher Dunkley, Pierre-François Ouellette Art Contemporain - Jérôme Fortin S Ed Rien Sylviane Poirier Art Contemporain - Sylvie Readman 8 Michael Merril, Galerie Riverin-Arlogos-Yves Bouliane8 Annie Hêmond-Hotte, SPIN Gallery - Scott Eunson 8 Juno Youn.Galerie Trois Points - Paul Bureau 8 Nathalie Grimerd.Galerie Jean-Pierre Valentin - Pierre Lefèbvre 8 ElèneGamache.Galerie Yergeau du Quartier Latin - Eric Daudelin 8 Manuel Buiold COKSHOtSMT! DELTA MONMlAi 4 rrrt Québec Sïï PLONGEZ DANS L’ART ACTUEL A QUEBEC DU 1er AU 31 MAI 2003 UN ÉVtNEMENT DE ESPACE GM DÉVELOPPEMENT 1t1T|ON 410 BOULEVARD CHAREST EST WW*V MEDUSE .ORG/MANIFESTATION D'ART Df QU mmmÆÈ wrm WSSn Québec ! Burr-Mi dr le Capitale Nationale tends dp luth LIBERTE I
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