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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier G
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2007-06-09, Collections de BAnQ.

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L E D E V 0 I R , LES SAME!) I 9 ET DIMANCHE 10 JUIN 2007 l'rémérés Nations LE DEVOIR PRESENCE * M u.mh: S 14 * ! ^ I j(,U j 9 it L :4 W m ¦ JL» "f ill Jours de fête et de rencontre Le Jour national de solidarité des peuples autochtones sera célébré le 21 juin Le festival Présence autochtone, c’est des films, des expositions, mais avant tout, des événements extérieurs pour toute la famille qui se veulent de véritables rencontres culturelles grand public.Encore une fois cette année, l’univers authentique des Premières Nations se déploiera dans le parc Emilie-Gamelin, le temps d’une fin de semaine où la danse, la musique et les traditions seront au rendez-vous.MARTINE LETARTE Les jeunes seront à l’honneur lors de la première jourpée de festivités dans le parc Emilie-Gamelin, au cœur de Montréal, le vendredi 15 juin en après-midi.D’abord, le personnage Geronimo Stilton, des populaires livres du même nom, sera présent pour ani-mçr la foule.«Le célèbre rédacteur en chef de L’Echo du rongeur accueillera ses nombreux lecteurs et dédicacera des livres», indique le directeur du site extérieur de Présence autochtone, Sylvain Rivard.Les jeunes pourront aussi rencontrer des personnages des séries jeunesse Mikuan et Ashini, ainsi que Shanipiap, diffusées sur l’Aboriginal Peoples Television Network (APTN).De plus, l’auteure et comédienne Sylvie-Anne Sioui-Trudel animera un atelier de fabrication de masques de mais.Boréades de la danse Pendant les trois jours de festivités au parc Émilie-Gamelin, le groupe de joueurs de tambours Tiohtiake, du Centre d’amitié autochtone de Montréal, viendra ouvrir et fermer le site.Ensuite, les Boréades de la danse prendront leur envol le samedi 16 juin, pour se poursuivre le lendemain.«Nous aurons encore cette année plusieurs invités de différentes nations provenant d’un peu partout dans les Amériques», affirme M.Rivard.Parmi les groupes invités, on retrouve les Borucas, du Costa Rica.«Avant le spectacle, les artisans confectionneront les masques et les costumes devant public», précise M.Rivard.Par la suite, les danseurs revêtiront les vêtements et accessoires fraîchement fabriqués et présenteront les danses de la fête des Diablitos, qui remémore la rencontre entre les Espagnols et les Borucas, à l’époque de la conquête.Peu importe l’issue de la lutte des Borucas contre l’envahisseur, les symboles laissent entendre que le peuple autochtone s’en sort toujours vainqueur, même s’il semble vaincu.Ensuite, pour la première fois aux Boréades de la danse, on retrouvera la troupe Quabbin Lake Singers and Dancers, composée d’une douzaine de membres de la nation nipmuc.Originaires de la Nouvelle-Angleterre, les Nipmucs sont un petit groupe aux racines mixtes et à l’histoire méconnue.Comme la majorité des Premières Nations d’Amérique du Nord, ils ont joint le grand mouvement pow-wow, originaire des plaines de l’Ouest, et viendront offrir leur version du répertoire de danses au rythme du grand tambour.Les Jiggs on the Fly, maintenant, viendront soulever la foule avec leurs gigues endiablées.En plus d’être bien ancrés dans la tradition autochtone, ces danseurs de la nation métisse ont des influences écossaises, irlandaises, françaises et canadiennes-françaises.Enfin, les petits danseurs innus de la communauté de Matimekush, près de Schefferville, seront présents avec leurs costumes et danses traditionnels.«Ils ont environ 8-9 ans et sont tout à fait charmants! Comme la communauté matimekush est située très au nord de la province, elle est encore très isolée et demeure très traditionnelle.Nous sommes très heureux de les recevoir puisqu’ils viennent rarement à Montréal», se réjouit M.Rivard.Présence autochtone présente également, pour la première fois cette année, l’événement Igloo Lounge, le samedi soir, en présence du DJ Geronimo Mad Eskimo.Au menu: danse, musique techno, chants de gorge, performance et autres surprises.Artisanat et gastronomie Pendant toute la fin de semaine, une quarantaine d’artisans seront à l’œuvre pour faire des démonstrations de leur savoir-faire et pour répondre aux questions des festivaliers.Des spécialistes du tissage, du per-lage, de la broderie, du tannage, de la sculp- K i., - y .SOURCE PRESENCE AUTOCHTONE S» T’-Triimrf -1*: i dr* IHpmimmtMf 1 Üf ?tÏ;-' m •« bai SOURCE PRÉSENCE AUTOCHTONE ture, de la peinture et de la vannerie seront présents, mais cette année, c’est la fabrication de la raquette à neige qui sera particulièrement à l’honneur.Enfin, à la demande générale, la chef Ly-sanne O’Bomsawin revient dans le parc Émilie-Gamelin avec son comptoir de gastronomie autochtone revisitée.«La jeune chef, qui aura d’ailleurs son émission de télévision sur le canal APTN dès cet automne, fera découvrir aux Montréalais différents produits du terroir autochtone avec une touche personnelle et contemporaine.D’ailleurs, on retrouvera encore cette année ses sushis autochtones qui ont fait fureur l’an dernier», indique M.Rivard.Cérémonie chaque au mont Royal Sur un ton plus solennel maintenant, Présence autochtone célébrera le Jour national de solidarité des peuples autochtones, le jeudi 21 juin.La cérémonie civique se déroulera sur le mont Royal, au belvédère Kondiaronk, baptisé ainsi il y a 10 ans par le maire de l’époque, Pierre Bourque, en l’honneur du Huron Kondiaronk qui a pris une place importante dans les négociations de la Grande Paix de Montréal.La cérémonie annuelle se déroule, depuis 1996, en présence des dignitaires des gouvernements et des dirigeants des Premières Nations.«L’événement commencera dès Wh, au son des tambours.Il y aura également des chants et des danses pour accompagner les discours d’usage», explique le directeur général de Présence autochtone, André Dudemaine.L’événement sera suivi du Solstice des Nations, où la flamme du feu du 21 juin sera remise officiellement aux organisateurs de la Fête nationale du Québec, qui s’en serviront pour allumer le feu de la Saint-Jean-Baptiste, sur les plaines d’Abra-ham.«Ce geste symbolique souligne l’amitié entre les nations, l’accueil que les autochtones ont réservé aux Français et les liens de collaboration qui existent aujourd’hui entre les peuples», explique M.Dudemaine.Une grande tente traditionnelle monta-gnaise, tout en long, sera également montée pour l’occasion.«Des artisans et des aînés accueilleront les gens du public, qui seront également invités à pique-niquer sur le mont Royal après la cérémonie», ajoute M.Dudemaine, avant de mentionner que les festivités se transporteront ensuite à la Société des arts technologiques (SAT), pour la soirée de clôture de Présence autochtone.Collaboratrice du Devoir uTiiïïn > '%3bêm Üf m I- ¦-=•?-| J$ î/ ' >: ppii m ¦ i 81 Desjardins et Mondorie Du triste sort d’un « peuple invisible » Un documentaire pour décrire la réalité algonquine Richard Desjardins est un agitateur.Un brasseur de cage.Un éveilleur de consciences.Après avoir suscité une remise en question des méthodes d’exploitation de nos forêts dans L’Erreur boréale, le voilà qui reprend son bâton de pèlerin, toujours avec son complice Robert Monderie, pour dénoncer le triste sort réservé au peuple algonquin.LÉO G UIMONT Dans le cadre du festival Présence autochtone, Richard Desjardins et Robert Monderie dirigeront un atelier, une sorte de «cours de maître» sur le documentaire où, à l’aide d’extraits choisis, ils expliqueront leur projet sur les Algonquins, Le Peuple invisible.«Richard et Robert sont des collaborateurs depuis les débuts du festival», précise d’entrée de jeu Henry Welsh, responsable des communications de Présence autochtone, en l’absence des deux réalisateurs.«Dès qu’ils peuvent faire quelque chose, ils le font.Depuis toujours, Richard Desjardins porte une attention particulière aux Premières Nations — il a déjà partagé la scène avec des chanteurs et artistes amérindiens dans le cadre de notre festival —, donc ce n’est pas du tout fortuit s’il présente maintenant cet atelier.» Deux siècles d’histoire Le Peuple invisible, produit par l’ONF, raconte l’histoire des Algonquins au cours des 200 dernières années.Les réalisateurs ont visité les neuf communautés algonquines du Québec afin de filmer la vie quotidienne de ce peuple au fil des quatre saisons, histoire de bien comprendre leur mode de rie et les difficultés auxquelles ils sont confrontés.«Ils en sont maintenant à l’étape finale du montage de leur film, poursuit Henri Welsh.Ils veulent parler dans cet atelier de toutes les étapes de fabrication d’un film: par quoi on commence, les choix qu’il faut faire avec un sujet documentaire comme celui-là, quelles prises de vue, quelles séquences on prend, quels commentaires on place, quels sont les outils cinématographiques qu’ils ont utilisés pour pouvoir en arriver au film terminé.Evidemment, ils vont montrer des extraits choisis du tournage, du montage final.Ce sera donc un travail sur la manière dont ils ont filmé les Algonquins, sur ce qu'était l’enjeu principal, soit de leur rendre justice en parlant de l’histoire avec un petit et un grand H de ce peuple-là.» Il faut dire qu’en général, on ne sait pas grand-chose des Premières Nations, si ce n’est qu’ils ne paient pas d’impôts, ce qu’on leur envie.«Mais c’est justement parce qu’ils sont frappés d’incapacité légale qu’ils sont considérés comme des enfants depuis 1876», s’exclamait Richard Desjardins dans une récente entrevue; lui qui a côtoyé des Algonquins dans son Abitibi natale a été témoin des conditions misérables dans lesquelles ils rivent C’est en les voyant marcher au bord de la route qu’il aurait soudain compris qu’il ne savait rien d’eux.L’artiste a alors décidé d’en apprendre plus sur «cette présence étrangère que personne ne connaît» mais qui occupe pourtant notre territoire depuis plus de 6000 ans.Être pauvre et avoir moms de 30 ans Selon l’agence Aborinews, les 10 000 Algonquins sont parmi les autochtones les plus pauvres du pays, alors que la moitié de leur population est âgée de moins de 30 ans.Divisés en deux conseils tribaux, ils n’auraient signé aucun traité ni cédé aucune terre à qui que ce soit.Contrairement aux Cris, ils n’ont pas non plus signé d’entente lucrative comme la paix des Braves ou la Convention de la Baie-James.Les réalisateurs espèrent donc donner de la visibilité aux Algonquins dans l’espoir d’améliorer leurs pénibles conditions de rie.Mais comme le disait avec un brin de fatalisme Richard Desjardins, interrogé dernièrement sur la question de savoir si le film aura autant d’impact que L’Erreur boréale.«Je ne penserais pas.La forêt, c’est une “business” de 20 milliards, et un Indien, ça ne vaut rien.» Ce qui ne l’empêche pas de dénoncer sur toutes les tribunes les injustices faites à ce peuple.Déjà en 2004, recevant un doctorat honoris causa de l’Université du Québec en Abitibi-Témisca-mingue, Richard Desjardins rappelait quelques faits historiques: «[.] Les Anishnabe — les Algonquins, comme nous les nommons [ .] — occupaient il y a plus de 200 ans la partie nord du Saint-Laurent, de Laval jusqu’à la ligne de partage des eaux, c’est-à-dire ici.Des Trois-Rivières jusqu ’à la baie Géorgienne, à l’ouest en Ontario.[.] Quand les Britanniques ont conquis Québec, leur statut a été fixé dans la Proclamation royale de 1763, et leur territoire, reconnu, [.] Tout territoire destiné à être colonisé devait être acheté.Aujourd'hui, 241 ans plus tard, rien n’a encore été payé.» 1HK 3 JACQUES GRENIER LE DEVOIR Richard Desjardins En plus d’avoir souffert de la famine, les Algonquins ont vu 60 % de leur population décimée par des maladies, telles la grippe et la variole, attrapées au contact des Blancs.«En 1940, poursuit Desjardins, on a construit le chemin Mont-Lau-rier-Val-d’Or en suivant le tracé du sentier qu’empruntait le trappeur Gabriel Commanda de Maniwaki.[.] Interdiction lui a ensuite été faite de trapper sur une bande de dix milles de chaque côté de la route.Les Algonquins pourraient se faire voir depuis cette route, mais à une condition, et je cite: ‘Pourvu qu’ils ne nuisent en aucune façon aux touristes, aux pêcheurs à la ligne ou au public voyageur.”» C’est pour combattre ce mépris que le tandem Desjardins-Monderie a voulu réaliser Le Peuple invisible.Un système colonisateur En effet, de l’avis du poète engagé, les Premières Nations sont encore aujourd’hui victimes de discrimination, et ce, malgré la Charte des droits et libertés: «[.] Les communautés reçoivent une allocation annuelle du gouvernement fédéral [.].A la caisse populaire de Notre-Dame-du-Nord, la communauté anishnabe voisine dépose huit millions chaque année; leur marge de crédit pour développer leur village s’élève à 50 000 $.N’importe quel truand blanc qui dispose de huit millions de dollars peut aller chercher le double à la banque.Pur racisme», conclut-il.Pour sa part, le grand chef algonquin Lucien Wabanonik résume ainsi les problèmes qui affectent son peuple: «[Nos communautés] font encore face à de graves problèmes, tels que le manque de logements.Il y a plusieurs facteurs liés à cet état de fait: tout d’abord, notre dépendance à un système colonisateur qui nous sert mal et qui nous fait aussi mal.Ce système nous a été imposé par les différents gouvernements qui se sont succédé.Tous ont tenté par divers moyens de nous assimiler de façon civilisée et autocrate, de nous inculquer leur savoir, et ce, sans tenir compte de notre identité ni de notre différence culturelle et spirituelle.En ignorant notre désir de vivre paisiblement notre vie traditionnelle ou simplement de nous laisser le choix de coexister entre nos sociétés, ce que d’ailleurs nos pères et leurs pères avant eux avaient choisi.» Les Algonquins tentent depuis trois ans de négocier avec le gouvernement du Québec la cogestion des ressources naturelles sur leurs terres ancestrales.Ils espèrent que Richard Desjardins et Robert Monderie, avec leur documentaire Le Peuple invisible, pourront leur donner une voix.Le Devoir ¦ L’atelier dispensé par Richard Desjardins et Robert Monderie aura lieu le mercredi 20 juin à 18h30 au Centre d’archives de Montréal de la BAnQ (Bibliothèque et Archives nationales du Québec), 535, avenue Viger.Il y aura un prix d’entrée, mais on ne le connaissait pas au moment de mettre sous presse.Nunavut Doit-on vendre la peau de Fours polaire ?Le savoir traditionnel inuit contredit les connaissances scientifiques admises Onze Benoît Pelletier Ministre responsable des Affaires intergouvemementales canadiennes, des Affaires autochtones, de la Francophonie canadienne, de la Réforme des institutions démocratiques et de l'Accès à l’information nations enfête ! Bonne fête aux peuples autochtones ! Depuis bien longtemps, les peuples célèbrent le retour de la chaleur et de la lumière.Au Québec, le solstice d'été marque également la Journée nationale des Autochtones.Voilà donc un moment privilégié pour rendre hommage aux Premières Nations et aux Inuits, et souligner leur importante contribution à la société québécoise.Le 21 juin, je vous invite à vous joindre aux festivités et à découvrir la diversité culturelle des peuples autochtones du Québec.Aux onze nations autochtones du Québec, bonne fête ! Benoît Pelletier Secrétariat aux affaires autochtones s~\ * i ESI E3 Québec ei h Chaque année, plus de 500 ours polaires sont abattus au Nunavut.Une activité traditionnelle inuite qui se heurte désormais aux réalités et tendances contemporaines.Le savoir traditionnel du peuple de l’Arctique est plus que jamais confronté aux connaissances scientifiques.Portrait d’un intense débat social.ULYSSE BERGERON Iqaluit — «Les ours polaires figurent parmi les êtres les plus aguerris de la nature, capables de vivre et de s’épanouir dans un des environnements les plus rigoureux de la planète, mais nous craignons que leur habitat ne soit littéralement en train de fondre», a déclaré, le 6 décembre dernier, le secrétaire de l’Intérieur américain, Dipk Kempthorne.Les Etats-Unis affirmaient ainsi leur ferme volonté d’apposer le nom du plus grand carnivore de la planète à la liste des animaux vulnérables et, du coup, d’interdire les produits issus de sa chasse.Au Nunavut il n’en tallait pas plus pour relancer un débat déjà latent sur la chasse à l’ours polaire.Depuis la création du jeune territoire, en 1999, les quotas qui réglementent la chasse n’ont cessé de fluctuer.Au cours des années 1990, le nombre d’ours blancs pouvant être abattus gravitait autour de 500.En 2001, à la suite d’un recensement aérien qui a démontré la chute démographique de certaines sous-populations, le gouvernement du Nunavut réduisait considérablement le nombre.Mais en 2005, on réévalua à la hausse les quotas, portant le nombre de bêtes à 518.La raison principale de ce changement: la prise en considération du savoir traditionnel inuit Avec une population composée à 85 % d’Inuits, le Nunavut établit les quotas en prenant en compte à la fois les connaissances scientifiques et le savoir traditionnel inuit, qui est basé sur l’observation.Le «Memoranda of understanding» (MOUs) est le comité responsable d’établir les quotas du territoire et de répartir, selon les données recueillies, le nombre de bêtes pouvant être abattues par communauté et par région.Consultation publique Ce printemps, à la suite de l’annonce américaine et de la volonté du ministère de l’Environnement du Nunavut de réduire les quotas de certaines régions, une consultation publique a été mise sur pied.Elle avait pour but de réévaluer la population de l’ouest de la baie d’Hudson et d’entendre les principaux protagonistes en Ja matière.A cette occasion, plusieurs aînés inuits ont fermement soutenu que le nombre d’ours dans la région était passé de 1200 à 1400, ce qui va à l’encontre de récentes recherches scientifiques, qui constatent une basse de 22 % de cette même population.Un aîné du sud du territoire, Johnny Karetak, a répété que les Inuits étaient fermement en désaccord avec les études qui constatent une chute de la population, ajoutant qu’il ne souhaitait aucunement qu’une personne soit tuée parce qu’on pense qu’il y a moins d’ours.Plusieurs aînés ont alors appuyé ses propos en indiquant avoir observé davantage d’ours polaires dans la région.La position américaine, adjointe aux pressions des organisations de chasseurs et trappeurs inuits du Nu- navut a poussé le gouvernement du territoire à se lancer à son tour dans l’arène, transformant ainsi ce débat social régional en dossier à saveur internationale.Une pression américaine indue En avril, le ministre de l’Environnement du Nunavut, Patterk Netser, a envoyé un message aux Etats-Unis.Il affirmait que la population d’ours dans plusieurs régions de l’Arctique était abondante et que le gouvernement des Etats-Unis devrait limiter son action aux seules régions où les populations sont en déclin.D a alors affirmé: «Tous les pays du monde observent le Nunavut.Depuis quelque temps, les ours polaires sont présentés comme les symboles du besoin de réduire les émisswns de gaz à effet de serre, et nous sentons une forte pression de l’extérieur pour que nous agissions.» 11 a toutefois confié son inquiétude: «Regardez ce qui est arrivé à l industrie de la chasse au phoque.U serait vraiment tragique que cela se produise à nouveau.Nous sentons actuellement cette pression.» Différend culturel Car voilà, au-delà du différend culturel en réside un où s entremêlent pressions économiques et enjeux coiiunerciaux.la chas.se au gros trophée rapporte bel et bien aux populations de l’Arctique.An Nunavut, près de 50 permis sont annuellement émis à cette fin.Selon une étude subventionnée par le Safari Club International, une organisation faisant la promotion du droit à la chasse, 1 industrie de la chasse à l’ours polaire rapporte annuellement 2,9 milhons de dollars.La moitié de cette somme aboutit dans les poches des communautés inuites, un apport économique important pour les petits villages du Nunavut La venue de chasseurs stimule significativement les economies locales, selon le gouvernement Le périple de ces riches touristes nécessite l’embauche de guides.Une fois abattu, l’ours polaire doit être dépouillé, ce qui demande un savoir particulier que détiennent les résidants de la région.De plus, font valoir les communautés, les restes de l’animal — à l’exception de sa fourrure — sont récupérés de mille et une laçons par les autochtones: nourriture, confection d’objet çl’art ou de vêtements., A l’heure actuelle, les ponts ne sont toujours pas rétablis entre les deux positions.Le débat persiste, meme qu il s intensifie.Toutefois, une nouvelle voix s est récemment fait entendre.Une des personnalités les plus influentes de la culture inuite et du milieu écologiste, Sheila Watt-Cloutier, a publiquement pris position.L ancienne présidente du Conseil circumpolaire inuit, en lice pour le prochain prix Nobel de la paix, a récemmentsigné une lettre d’opinion dans un hebdomadaire d Iqaluit, le Nunatsiaq News.Elle demandait aux Inuits et au gouvernement de sortir du débat de chiffres.«R faut arrêter de faire de la petite politique en ne s attardant qu au nombre d’ours car les Inuits risquent de perdre et de perdre gros en ne pensant qu’au profit à court terme.» Selon la militante, de nouvelles avenues, telles que l’écotourisme doivent êtrç envisagées.A l’heure actuelle, on estime entre 20 000 et 25 000 le nombre d ours polaires sur la planète.Ceux-ci sont répartis entre 19 sous-populations.Quatorze d’entre f6 ^rollven| ,au Canada, ce qui représente environ 60 % de 1 ensemble des ours polaires de la planète.Collaborateur du Devoir t W s SAMEDI 9 ET D 1 M A N C H E 10 I I' 1 -V 2 0 ' G 3 PREMIERES NATIONS Entrevue avec David Treuer Une langue pour se traduire Un auteur d’ascendance ojibwé raconte une autre Amérique C’est la langue qui fait de nous ce que nous sommes, clame un des personnages du dernier roman de David Treuer, Le Manuscrit du docteur Apelle, qui a remporté en 2006, dans sa version originale anglaise, le «Washington Post Critics Choice Award for Fiction».MICHÈLE PONTBRIAND uelques mots logés au cœur d’un récit ren-xj voient certes à la langue de l’enfance et de Tidentité première, mais aussi, et peut-être surtout, à cette langue intime, personnelle, sans cesse créée et recréée au contact de l’autre, une langue transmise et partagée.Le jeune auteur américain David Treuer, d’ascendance ojibwé par sa mère et juive autrichienne par son père, professeur de littérature à l’Université du Minnesota et docteur en anthropologie, a déjà exprimé la difficulté d’être amérindien aujourd’hui.Ses deux premiers romans, Little et Comme un frère, témoignent avec force de ce qu’on peut appeler l’amé-rindianité, ce destin des Amérindiens dépossédés de leur dignité, souvent confinés aux stéréotypes et aux mythes du passé les soustrayant à la vie moderne.Le Manuscrit du docteur Apelle Si les premiers romans de l’écrivain font entendre les vont solitaires de petites communautés amérindiennes déterminées à survivre et à se démarquer, Le Manuscrit du docteur Apelle fait plutôt place à un Amérindien quasi «invisible» parce que tout à fait intégré à la vie des Blancs.Cet homme, respecté et admiré comme spécialiste des langues amérindiennes, mène une vie rangée et sans histoire, enveloppée toutefois dans un chagrin sans nom qui fait de lui un homme sérieux et replié sur lui-même.Employé comme «bibliothécaire» à la RECAP, une vaste structure de collecte et de préservation de livres oubliés, le docteur Apelle se plaît à traduire, à temps perdu, des langues amérindiennes peu à peu délaissées.Le roman de David Treuer débute par un conte traditionnel narrant la quête initiatique de deux très jeunes Indiens du début du XK1, siècle, rescapés et allaités, l’un par une femelle orignal, 1 autre par une louve Au fil de la traduction qu’il en fait remontent a la mémoire d’Apelle des souvenirs enfouis: des sensations, des blagues, des flirts.Ramené subrepticement à ses origines, il se rend compte qu il est en chute libre depuis son départ de la Réserve.Pour survivre, il s’est absenté de lui-même, il s est retranché.À 43 ans, Apelle prend soudain conscience que, par peur, par méfiance ou peut-être par évitement, il n’a jamais connu de grand amour.Traduire, se traduire À l’instar du conte, songe-t-il, son cœur n a pas de lecteur et personne ne le revendique.Il est un fantôme.Cette réflexion va lentement transformer son rapport aux autres.Se mettant à regarder ceux et celles avec qui il travaille, il s attarde sur un visage ouvert, celui d’une collègue.Mais rite il se retrouve dans une impasse: Apelle est un homme secret, il a toujours voulu taire son passé d’Amérindien, ses origines, sa nature profonde.Alors que 1 amour se profile, il se rend compte qu’il ne sait pas se dire dans l’ici et le maintenant qu’il n’a jamais apprivoisé son passé: «Le docteur Apelle se sentait désarmé.Désarmé parce Que, comme tous les Indiens, il ne possédait aucun langage pour son être actuel.C’est le passé Qui [.I se parle couramment.» Comment parler au présent et au futur avec cette femme qui l’invite à se dire, à se traduire?«J’ai voulu dépeindre la vie d’un Amérindien.» Interrogé sur ce qui l’a amené à écrire ce roman, David Treuer répond: «J’ai toujours été fier d’être amérindien et pas du tout inquiet d’être métis.Mais au fur et à mesure que je grandissais, je sentais au plus profond de moi que je n'étais pas la sorte d'Amérindien que les gens souhaitaient ou attendaient.Pour la plupart, je n’avais pas d’existence réelle: je n’étais pas pauvre dans un lieu où beaucoup sont pauvres et ma ^ i VINCENT BOURDON L’auteur ojibwé David Treuer peau n’était pas foncée.J’ai été élevé dans les coutumes propres à ma communauté: la chasse, la cueillette de riz sauvage, la pose de pièges à collet, mais j’ai aussi un nom juif allemand.Mon père a fui les nazis pour venir très jeune aux États-Unis, et ma mère, amérindienne, a survécu aux nombreuses tentatives de génocides perpétrées contre notre peuple.Mon sang est riche de ces héritages.J’ai donc voulu dépeindre la vie d’un Amérindien qui ne correspond pas aux stéréotypes.Mon roman explore ainsi nos perceptions de nous-mêmes, si souvent assombries par les mythes et les stéréotypes environnants, réalité particulièrement vraie et douloureuse pour les Amérindiens.» Invité à témoigner de son rapport aux langues amérindiennes, l’écrivain précise: «La perte des langues amérindiennes, pour moi, est un désastre.Elles sont au cœur de nos valeurs, de nos cérémonies, de nos traditions et de notre identité culturelle.Si ces langues meurent, nous disparaissons à notre tour en tant que culture, que peuples distincts.Cela dit, tout n’est pas perdu.Nos vies ne peuvent se réduire à une perte.Quand je pense à nous en tant que Premières Nations, ce n’est pas ce que nous avons perdu qui m’étonne, mais ce que nous avons conservé: nos connaissances, nos talents, notre humour.Ce sont ces richesses que je veux, par mon travail sur la langue, soutenir et enrichir.Le langage ne vient pas seulement du monde, il façonne le monde dans lequel nous vivons.[.] Écrire de la fiction est ma façon de rendre ce qui m’a été donné: imaginer une vie moderne et libre ouverte sur de grands espaces, sur d’autres horizons.» Par ses évocations puissantes de la vie amérindienne en symbiose avec la nature, par ses incursions dans la rie intérieure de son personnage, ce roman rejoint l’universel.Au fil des pages, il amène le lecteur à se découvrir une part d’amérindianité, de fragilité, d’urgence à transmettre et à partager.Lancement et lecture publique David Treuer sera au musée Pointe-à-Callière le 14 juin prochain, à 17h30, pour le lancement de la traduction française de son troisième roman.A cette occasion, il lira des extraits de son roman en version originale et le comédien huron Charles Bender en fera la lecture en français.Un rendez-vous à ne pas manquer.Collaboratrice du Devoir LES ROMANS DE DAVID TREUER ¦ Le Manuscrit du docteur Apelle, coll.«Terres d’Amérique», Editions Albin Michel, 2007 ¦ Comme un frère.Albin Michel, 2002; 10/18,2004 ¦ Little, Albin Michel, 1998; 10/18,2000 Présence autochtone en musique Voix du pays « Il faut se rapprocher si l’on veut mieux comprendre » Chaque année, l’événement Présence autochtone présente un volet musical.C’est l’occasion de permettre aux spectateurs de faire connaissance avec des musiciens autochtones et de favoriser les rencontres entre les musiciens des Premières Nations et les musiciens issus d’autres collectivités, comme la communauté blanche.PIERRE VALLEE Le spectacle «Blues Blanc Rouge» est sans aucun doute l’événement musical du festival.Par le passé, de nombreux musiciens autochtones et non autochtones ont foulé cette scène.Cette année, le spectacle se déroulera à la salle de spectacle O Patro Vys, située au 356, avenue du Mont-Royal, à 21h les 12 et 13 juin prochains.«Entendre» Alanis Obomsawin Pour cette nouvelle mouture de Blues Blanc Rouge, les organisateurs ont choisi d’innover.En effet c'est la musique composée par Claude Vendette et Francis Grandmont pour les films de la célèbre cinéaste abénakise, Alanis Obomsawin, qui prendra la vedette.La collaboration entre le cinéaste et ces deux musiciens remonte à 1993 et se poursuit depuis.Les musiques de ces films seront interprétées par un sextuor de musiciens dans une orchestration et des arrangements spécialement conçus pour ce spectacle.Claude Vendette est un compositeur, un saxophoniste et un flûtiste.Il est aussi membre de la Fanfare Pourpour.Son intérêt pour la musique de fanfare remonte à 1978 alors qu’il était membre du Pouet Pouet Band.Son parcours musical lui a fait croiser le chemin de Richard Desjardins, de Carbone, 14, du Cirque du Soleil, du Cirque Eloi-ze et du Cheval Théâtre.Il dirige aussi le septuor Claude Vendette.Francis Grandmont a aussi beaucoup roulé sa bosse et il a travaillé avec Richard Desjardins, André Duchesne et Michel Faubert Ce spectacle se veut un hommage à la musique, mais aussi un coup de chapeau à la cinéaste Alanis Obomsawin.On pourra aussi y entendre le folk-rock énergétique de Lucie Idlout, une auteure-com-positeure du Nunavut.De belles soirées en perspective donc.Une nouvelle voix Présence autochtone sera aussi l’occasion de faire connaissance avec une nouvelle voix qui émerge de la communauté musicale autochtone.C’est celle de Sakay Ottawa, un auteur-compositeur de 30 ans d’origine atikamekw, natif et toujours habitant de Manawan.Sakay Ottawa sera sur la scène du café Utopik, sis au 552, rue Sainte Catherine, à compter de 21h, le samedi 16 juin.( Sakay Ottawa a déjà a son acbi un premier album comprenant 10 pièces et intitulé Etoke Ota.Son prénom, même s’il s'écrit Sakay, se prononce «sagui».«C’est facile à retenir, dit-il d’entrée de jeu.Quand j’arrive dans un endroit, les gens lancent à la blague: “voici Sagui et sa guitare”.» Tout jeune homme, il s’intéresse déjà à la musique.«A 10 ans, j’ai commencé à jouer du piano puis à l’adolescence, je suis passé à la guitare.» Ses premières compositions datent aussi de la même époque.Il chante en atikamekw mais son disque comprend tout de même une chanson en français.«C’est la première fois que j’écris une chanson en français, mais en général, c’est dans ma langue maternelle que j’écris.» Rappelons que la langue atikamekw ne s’est pas perdue, comme c’est malheureusement le cas pour d’autres langues autochtones.«La langue atikamekw a toujours été transmise oralement dans notre communauté.Aujourd’hui, plus de 90 % des Ati-kamekws la parlent encore couramment.Ma conjointe, qui est monta-gnaise, ne parle plus l’innu.À la maison, on parle donc français, bien que je parle à mes enfants le plus souvent possible en atikamekw», précise ce jeune père de trois enfants, dont le dernier-né n’a qu’un mois.Un style musical Le style musical qu'il a choisi est le folk-rock, sans doute le style musical le plus prisé dans les communautés autochtones.«Je ne sais pas pourquoi le folk-rock est aussi populaire dans nos communautés.Moi, ce style m’a personnellement inspiré et j’ai été particulièrement influencé plus jeune par la musique de Neil Young.» Ce ne sont pas les seules influences musicales de Sakay Ottawa.«J’adore les Rolling Stones, j’ai même acheté les disques et les DVD.Curieusement, les Rolling Stones, c’est la musique de mes parents.» De quoi cause-t-il sur son disque?«Le disque s'intitule Etoke Oka, ce qui veut dire en atikamekw “c’est d'ici d’où je viens”.Je parle donc d’identité et de recherche d’identité.Cela me correspond tout à fait puisque j'ai dû réapprendre à me connaître.» Mais ses intérêts aujourd'hui se sont élargis, «fai composé plusieurs des chansons sur mon album quand j’étais plus jeune et cela correspondait à la réalité d’alors.Aujourd’hui, c’est plutôt la situation de l'être humain en général qui me préoccupe.» Difficile métier Le métier d’auteur-composi- teur-interprète est un métier difficile et Sakay Ottawa n’a pas encore réussi en faire son gagne-pain.«Je fais les festivals dans la communauté et quelques spectacles à l’extérieur, mais ce n'est pas assez à mon goût.J’en prendrais davantage», explique-t-il, lui pour qui le succès de Florent Volant est une source d’orgueil.«J’ai eu l’occasion de chanter avec lui l’année passée et c’était extraordinaire.» Une bonne note d’encouragement lui est aussi venue de Chloé Sainte-Marie, pour qui il a déjà fait la première partie.«Chloé Sainte-Marie chante en innu et elle était surprise de voir que l’atikamekw possédait de si belles qualités musicales.» En attendant de percer et d’en faire son seul métier, Sakay Ottawa gagne sa rie et celle de sa petite famille comme enseignant à Manawan.«J’ai fait mon cégep à Joliette et mon bac en enseignement à l’Université du Québec à Chicoutimi.Le métier d’enseignant me permet de travailler auprès des jeunes autochtones dont la situation est souvent difficile.J'essaie de leur donner de l'espoir.» Si en a le temps, il aimerait bien préparer un nouvel album.D’ici là, il se réjouit de pouvoir monter sur scène et de faire connaître sa musique.D aime aussi le contact avec le public, «faime bien rencontrer des gens et partager avec eux après le spectacle.Beaucoup de personnes ont des questions par rapport aux communautés autochtones.Je me souviens d’un professeur de cégep qui m’avait demandé si l’on avait le droit de venir chez nous.Je crois qu’il faut se rapprocher si l'on veut mieux comprendre nos deux collectivités.» Collaborateur du Devoir 21 JUIN JOURNÉE NATIONALE DES AUTOCHTONES ABÉNAQUIS • ALGONQUINS • CRIS ATTIKAMEKS • HURONS-WENDATS INNUS • AAALÉCITES • MICMACS MOHAWKS • NASKAPIS • INUITS Onze ; ï Etions en fête ! Bien avant l'arrivée des Européens, les Autochtones célébraient déjà le solstice d'été.Le gouvernement du Québec est fier de prendre part aux festivités entourant la Journée nationale des Autochtones.Profitons de ce jour de fête pour découvrir l'héritage exceptionnel des onze nations autochtones du Québec.Québec o o www.autochtones.gouv.qc.ca 1 G 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 JUIN 200 PREMIERES NATIONS Arts visuels Images venues d’ici «Nous cherchons désespérément une nouvelle identité» Souvent coincés entre la tradition et les influences de la modernité, les artistes autochtones expriment souvent leur questionnement identitaire à travers leurs œuvres.En présentant deux expositions importantes en arts visuels, le festival Présence autochtone souhaite faire découvrir au grand public ces artistes importants qui suscitent la réflexion sur la spécificité autochtone d’aujourd’hui.MARTINE LETARTE Dt abord, la Guilde canadienne des métiers d’art présente, jusqu’au 30 juin, l'exposition Horizons, aquarelles et collages sur papier, de Jean-Pierre Pelchat.«Cet artiste cri de la Baie-James présente une série d’œuvres qui portent sur les transformations que subit la société crie de cette région avec le développement des barrages et les retombées économiques et sociales que cela a engendré», explique le directeur général de Présence autochtone, André Dudemaine.La réalité crie Jean-Pierre Pelchat est né en 1968 d’un père québécois et d’une mère crie.C’est en étudiant les arts plastiques à l’université Concordia, à la fin des années 1990 et au début des années 2000, que l’artiste a compris qu’il avait le pouvoir d’informer les gens sur la dure réalité vécue par les Cris, particulièrement depuis la signature de la Convention de la Baie-James, en 1975.Le traité a occasionné tout un change ment de mode de vie qu’il a vu de près, alors qu’il était enfant.Au cours de ses études, Jean-Pierre Pelchat a lait la connaissance de plusieurs artistes autochtones qui l’ont influencé, comme Jane Ash Poitras, Carl Beam, Lawrence Paul Luxweluptun et Paye Heavyshield.Chez ces artistes, M.Pelchat a su apprécier la qualité artistique, mais également la communication de leurs pensées, sentiments et visions à propos des peuples indigènes du monde entier.«Armé des connaissances reçues de ces artistes autochtones contem- porains, de leur art et de ma volonté d’exprimer mes réflexions sur ma culture et mes traditions qui continuent de disparaître peu à peu, j'ai cherché à exprimer mon point de vue sur les Cris, sur ce qui leur arrive, à eux et à leur terre», explique Jean-Pierre Pelchat Propos de dépendance Dans ses œuvres, l’artiste s’exprime parfois avec humour, parfois avec véhémence, mais toujours sans complaisance, sur les questions territoriales, sociales et culturelles auxquelles doit faire face la nation crie.Plusieurs réalités le font réagir, que ce soit la piètre qualité de l’éducation en territoire cri, la tendance qu’ont les dirigeants cris à accepter de l’argent des gouvernements en échange de territoires, ou encore la dépendance développée par les Premières Nations par rapport aux technologies des Blancs.«Je n’ai rien contre la technologie: je l’utilise tous les jours et je suis bien content de sa présence.Toutefois, ce qui m’enrage, c’est le fait que nous, les Cris, dans notre empressement d’accueillir la technologie, ayons oublié nos pratiques et nos technologies qui étaient efficaces.Et maintenant, confrontés à la perte de la plupart de nos lutbitudes, nous cherchons désespérément une nouvelle identité.» le travail artistique de Jean-Pierre Pelchat présente donc son point de vue sur ces questions, ses idées, ses rêves et ses objectifs.11 discute aussi avec les gens de sa communauté, à Chisasibi, où il vit et enseigne, et essaie d’incorporer leurs idées et points de vue dans son travail.«Les artistes ne doivent pas toujours peindre ou sculpter ce qui est beau; ils ont de plus grandes responsabilités», affinne-t-il.Parcours identitaire à la Grande Bibliothèque Jusqu’au 2 septembre maintenant, la Grande Bibliothèque présente, en collaboration avec Terres en vues, Parcours identitaires, une exposition qui offre à ses visiteurs un réseau de pistes et de signaux dévoilant une grande quête.«Cette exposition réunit des œuvres d’artistes qui s’interrogent sur leur identité en tant qu’individus d’une Première Nation faisant face à l’univers contemporain.Les œuvres traduisent toute une démarche d’affirmation, d’émergence d’une image qui va au-delà des clichés», affirme M.Dudemaine.L’exposition réunit des œuvres des artistes Maria Hupfield, Jim Logan, Alexis MacDonald Seto, Jean-Pierre Pelchat, Walter K.Scott et Christine Sioui Wawano-loath.Avec ses sept tableaux, Jim Logan dresse un portrait saisissant de son enfance, tantôt marquée par les tristement célèbres «écoles résidentielles», tantôt affectée par la relation difficile qu’il vivait avec son père.Pour sa part, Christine Sioui Wa-wanoloath nous présente, grâce à ses sculptures, un monde peuplé d’esprits, d'animaux mythologiques, de pêcheurs de perles et d’autres déesses rouges.Maria Hupfield semble, avec deux œuvres, remettre l’identité en question à partir de perspectives opposées.D’un côté, les clichés, de l’autre, une synthèse des déchirements et des rapprochements propres à tout questionnement identitaire.Les œuvres proviennent des collections du Centre d’art indien et inuit du ininistère des Affaires indiennes et du Nord canadien.La sélection des pièces présentées a été réalisée par la cinéaste mohawk de Kahnawake, Tracy Deer.D’ailleurs, le tout dernier film de la réalisatrice, Mohawk Girls, qui fait partie de l’exposition, brosse un portrait étonnant de la culture des jeunes autochtones d’aujourd’hui.L’œuvre présente trois jeunes femmes qui vivent les mêmes problèmes identitaires, culturels et familiaux que la cinéaste a dû elle-même affronter pendant sa jeunesse à Kahnawake.Avec la réflexion de la cinéaste exprimée dans son propre film, aux côtés de plusieurs œuvres d’artistes qui viennent à leur tour redéfinir la spécificité autochtone d’aujourd’hui, l’exposition devient une trame de conversations croisées rappelant que l’identité est une œuvre ouverte en constante évolution.Collaboratrice du Devoir ¦ Guilde canadienne des métiers d’art, 1460, rue Sherbrooke Ouest suite B ¦ Grande Bibliothèque, 475, boulevard de Maisonneuve Est Niveau 1, salle de la Collection nationale ¦ http://www.nativelynx.qc.ca Artcirq Scènes d’espoir «Les arts du cirque font déjà partie de la culture traditionnelle imite» Le Nunavut détient le triste record canadien du nombre de suicides par habitant.Et force est de constater qu’au fil des années, la tendance ne se résorbe pas.Le nombre de jeunes Inuits qui se donnent la mort augmente en flèche.L’hémorragie sociale est bien rédle et les répercussions sur les communautés du territoire sont notables.Pourtant, des jeunes gardent espoir.Ils combattent le phénomène en enchaînant culbutes, jongleries et sauts périlleux.Quand les arts du cirque sauvent des vies.ULYSSE BERGERON Iqaluit — «C’est par l’expression qu’on désire combattre le phénomène.Si les jeunes peuvent se raccrochera un mode d’expression qu’ils apprécient, cela peut certainement les aider à développer leurs propres intérêts», confie Guillaume Saladin, cofondateur d’Art-cirq, une initiative qui a vu le jour en 1998 et qui a pour but d’offrir aux jeunes de la communauté insulaire d’Igloolik la possibilité de s'exprimer à travers les arts du cirque.Certes, à première vue, Guillaume Saladin n’a rien d’un InuiL On pourrait se demander ce qui pousse ce grand gaillard athlétique à s’intéresser à ce point au sort des jeunes du Nunavut.Mais voilà, l’ancien acrobate du cirque Eloise entretient un lien tout à fait particulier avec le peuple de l’Arctique.Appartenance Fils du respecté anthropologue Bernard Saladin D’Anglure, il a passé plusieurs années de son enfance à Igloolik.Il fait à ce point partie de la conununau-té qu’il s’y est installé.Lorsqu’il était enfant, les résidants du petit village l’ont affectueusement nommé Ittuksardjuat, ce qui signifie en inuktitut «petit vieux qui deviendra grand».«J’ai un lien d’appartenance très fort avec la communauté.D’ailleurs, c’est après plusieurs années, lorsque je suis retourné là-bas, que j’ai été frappé par ce qui s’y passait.C’est ça qui m’a donné l’idée de mettre sur pied un projet qui pourrait leur donner la possibilité de se développer.Et comme je suis un artiste de cirque, il allait de soi que les arts du cirque étaient ce que j’avais de mieux à offrir aux jeunes», confie-t-il.A Igloolik, sur les 13 000 habitants, quatre à six jeunes s'enlèvent la vie chaque minée, ce qui représente un pourcentage sept fois plus élevé que celui de Montréal.Il poursuit: «Igloolik est tellement pauvre.Ce n’est pas comme à Montréal où les jeunes qui restent chez eux à fumer des joints le font par choix.Ici, c’est ça qui t’est proposé, parce que quand tu sors de ta maison, il n'y a rien d’autre.Il n’y a pas d’infrastructure.De ce point de vue, le cirque est devenu une sorte de lieu d’échanges.» Statistiques mortelles Au Nunavut, les statistiques liées au suicide ont de quoi faire peur.Elles sont six fois plus élevées que dans le reste du pays.Depuis 1997, 26 personnes s’enlèvent la vie chaque année.Des études estiment que le nombre de suicides au Nunavut a triplé depuis le début des années 1980.Sur une population de 28 000 personnes, cela n’est pas sans laisser une cicatrice certaine qui pourrait bien au fil du temps se transformer en trou démographique.Car voilà, ce sont les jeunes hommes entre 15 et 29 ans qui s’enlèvent le plus souvent la vie.Et, fait notable: les jeunes de moins de 15 ans représentent 39 % de la population du territoire.«Ce qu’il faut comprendre, c’est que ce n’est pas uniquement l’investissement d’argent qui sauvera des vies, mais bien le fait que les jeunes aient l’occasion de faire des choses avec des gens passionnés parce qu’ils font, et cela, peu importe le domaine qui les passionne.H faut créer du sens», lance-t-il.Mal de vivre Extrêmement lucide, Guillaume Saladin avoue qu’il s’agit d’un phénomène qui découle d’un mal de vivre intimement lié aux transformations sociales qui ont chamboulé la culture inuite au cours des dernières décennies.En ce sens, la perte de sens et le malaise ambiant sont bel et bien des réalités arctiques.«Jusqu’à présent, on a tenté de créer des ponts politiques et économiques.Cela n’a peut-être pas fonctionné comme on le souhaitait.L’art reste selon moi un des meilleurs moyens de rapprocher les gens et de les unir.Cela peut les raccrocher à quelque chose.» Et Artcirq a clairement été élaboré dans cette optique.Outre le désir d’introduire les arts du cirque, le projet donne aux jeunes Inuits l’accès aux modes de communication universelle, souvent limité faute de ressources.Selon M.Saladin, cela permet de faire le pont entre des cultures qui ont trop souvent tendance à s’entrechoquer, mais également de créer des liens avec l'extérieur.À titre d’exemple, cet hiver, la troupe a diffusé en direct sur Internet une performance pour célébrer le retour du soleil.«C’est un moyen de se faire voir et entendre ailleurs que dans sa communauté.» Rejoindre la tradition «Contrairement à ce qu ’on peut penser, ce qui est intéressant, c’est que les arts qu’on propose — comme l’acrobatie, la jonglerie ou le clown — font déjà partie de la culture traditionnelle inuite.Cela existe depuis longtemps.Ce ne sont pas des arts déconnectés de leurs vies», indique-t-il.Jusqu’à présent, une vingtaine d’adolescents et de jeunes adultes s’expriment de cette façon.Des initiatives du genre, il y en a de plus en plus au Nunavut.A titre d’exemple, à Iqaluit capitale du territoire, des jeunes s’adonnent dans leur temps libre au break dancing.Si quelques projets sont développés par des «gens du Sud», comme on les appelle ici, Guillaume Saladin entretient l’espoir que la relève de ces derniers sera, elle, inuite.«On est simplement des défricheurs.Mais déjà je peux t’assurer que la relève existe, qu’il y en a qui vont pouvoir reprendre le flambeau.Il fallait simplement pouvoir démarrer quelque chose.» Four l’instant, Igloolik est la seule communauté autochtone qui profite de l’initiative, mais cela pourrait bien changer.Guillaume Saladin désire pouvoir offrir des ateliers à d’autres communautés: «La même chose est possible ailleurs.» Et cela ne saurait tarder.Collaborateur du Devoir Algonquins, Abénakis et Wapikoni à Bibliothèque et Archives nationales du Québec • ^ ~ “ ;;.: .¦ EXPOSITION I M§ ÆMM HBPHpiüiPIP % ‘4 A LA GRANDE BIBLIOTHÈQUE I IsmmwM m im ‘ 5 > ¦n .* s@è| TERRES EN VUES ( 'I ••• > ) LAND InSIGHTS II SI i! ' ¦ • .1 1S§ v ACTIVITÉS DANS LE CADRE DU FESTIVAL PRÉSENCE AUTOCHTONE 0- 4 À la Grande Bibliothèque • Les Abénakis: le peuple du soleil levant (7 à 13 ans) Récits et chants de Nicole Obomsawin Les samedi 16 et dimanche 17 juin, 13 h 30 à 14 h 30 • Ciné-Boukino : Le chemin des esprits (8 ans et plus) Le dimanche 17 juin, 15 h à 16 h 30 Le Wapikoni mobile : Lieu vivant de la création autochtone Films, clips musicaux et échange avec la cinéaste Manon Barbeau Le mardi 19 juin, 19 h 30 à 21 h 30 Tour d’horizon du Québec autochtone en 65 minutes Projection en continu de films de jeunes cinéastes autochtones Les mercredi 20 et jeudi 21 juin, 18 h 30 à 21 h 30 Entrée libre dans la limite des places disponibles.Réservation requise pour certaines activités.Renseignements: 514 873-1100 Au Centre d’archives de Montréal • Ma part manquante • Film et atelier public surfe thème « Comment retrouver ses antécédents amérindiens dans une recherche généalogique?» Le samedi 16 juin, 13 h et le lundi 18 juin, 18 h 30 Entrée payante.Renseignements: www.nativelynx.qc.ca L’histoire, les Algonquins, le cinéma et nous Rencontre avec Richard Desjardins et Robert Monderie à propos de leur documentaire Le peuple invisible Le mercredi 20 juin, 18 h 30 Grande Bibliothèque 475, boul.De Maisonneuve Est, Montréal ® © Métro Berri-UQAM Centre d'archives de Montréal 535, avenue Viger Est, Montréal © Métro Berri-UQAM ou Champ-de-Mars www.banq.qc.ca LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 JUIN 200 (i 5 PREMIERES ÉCONOMIE Tourisme communautaire au pays des glaces .Les Inuits récoltent les fruits de leur culture Toundra enneigée ou balayée par les vents.Montagnes sortant des eaux glacées et grimpant vers l’éther.Pour quiconque parcourt le Nunavut, le dépaysement est assuré.Mais au-delà des grands espaces, il y a l’attrait culturel d’un peuple, les Inuits, qui a su apprivoiser l’aridité d’un territoire âpre et s y adapter.Deux cultures se rencontrent au pays des glaces.ULYSSE BERGERON Iqaluit — Du haut des airs, Kim-mirut est le miroir de la vingtaine de villages côtiers inuits du jeune territoire canadien: un minuscule hameau parsemé de maisons sur pilotis, semblant avoir été oublié quelque part dans le nord du pays.Très loin des réalités urbaines, les quelque 400 résidants de cette communauté autochtone du sud de l’île de Baffin résistent aux transformations du Grand Nord.Encore aujourd’hui, pour eux, le mode de vie traditionnel reste prédominant «Contrairement à d’autres communautés autochtones, les Inuits de Kimmirut pratiquent toujours un mode de vie qui gravite autour d'activités traditionnelles.C’est certain que ce n’est pas comme avant.Ils vivent aujourd’hui dans des maisons, mais ils continuent à chasser et à partager les produits de leur chasse comme cela se faisait avant», confie Martha Pad-luq, une Inuite originaire de Kimmirut qui a participé à la mise sur pied d’un projet touristique pour cette communauté.Et c’est justement sur ce mode de vie que se forge le développement touristique et économique du village isolé, où le taux de chômage reste relativement élevé.«Les gens sont attirés par notre culture.Ils désirent mieux la connaître», confie Mme Padluq.Une agence « communautaire » L’agencé de voyages Odyssée Nunavut participe au développement du projet touristique.La responsable de l’agence, Cécile Guérin, constate elle aussi que le fait culturel de l’Arctique séduit de plus en plus de gens.«En fait, les touristes qui viennent au Nunavut viennent principalement pour deux raisons.Il y a ceux qui sont attirés par la nature et les sports de plein air, et il y a ceux qui viennent parce qu’ils veulent en connaître davantage sur les Inuits.» L’entreprise est toutefois délicate.Il n’est pas question de vendre son âme à l’industrie touristique en «folklorisant» le quotidien des résidants.Au contraire.C’est pour cette raison que le projet est déve-' loppé pour et par la communauté.On parle donc d’un tourisme communautaire, un concept qui accorde une plus grande place au processus de prise de décision des résidants d’un village visité.Pour ce faire, les résidants de Kimmirut participent étroitement à l’élaboration des objectifs fixés et des activités établies.Ainsi, à Kimmirut, les visiteurs peuvent loger chez des familles inuites et partager, le temps d’un séjour, la réalité des habitants du Nord.«L’idée, c’est qu’ils puissent vivre un peu de notre quotidien et en apprendre sur nos traditions, soutient Mme Padluq.En logeant pendant deux ou trois jours dans une famille, les touristes repartent avec une meilleure connaissance de notre culture.Pour nous, il s’agit d’un moyen de mieux faire connaître ce qu'est devenue notre vie.» Partage culturel Cécile Guérin soutient aussi que cela ouvre la porte à une expérience culturelle hors du commun: «Cela devient une expérience de partage culturel.Les touristes peuvent, par exemple, goûter à des mets traditionnels» tels que le caribou, l’omble de l’Arctique ou le maktak, qui est de la peau de béluga.Plusieurs activités sont proposées: couture et exposition de vêtements traditionnels, pêche en bateau, observation des espèces sauvages dont le morse, l’ours polaire, le béluga et le narval, ou souper dans un qamma — une tente traditionnelle ronde.Les hôtes inuits sont invités à «partager leurs connaissances, à faire connaître leurs traditions.Et ce qui est intéressant, c’est que les familles ne parlent pas nécessairement des mêmes sujets».Certains détiennent davantage de connaissances sur la sculpture en pierre à savon, la confection de vêtements traditionnels ou les rituels d’autrefois.La presque totalité de la somme que déboursent les visiteurs va aux familles qui participent au projet.«Des 150 $ que les touristes paient pour chacune des nuits, 140 $ vont directement aux hôtes», note Mme Guérin.Jusqu’à présent, cinq familles kimmirut font partie du lot.«Je crois que, plus le projet avancera, plus il y aura de familles qui voudront participer», fait-elle remarquer.Vivre le quotidien Ce mode de fonctionnement n’est pas nouveau.En Amérique latine, des villages ont depuis plusieurs années développé un tourisme intimement lié aux réalités locales et communautaires.«Et ici, cela se fait déjà à plusieurs endroits dans le Nunavut.Des touristes peuvent demeurer dans des familles durant le temps de leur séjour.La différence avec Kimmirut, c’est que le fonctionnement a été systématisé.On a établi des paramètres», explique Mme Guérin.Une courte formation est offerte aux familles hôtes.L’idée, note Mme Guérin, c’est que l’exotisme réside justement dans le quotidien des résidants.«Il n 'est donc pas question de travestir quoi que ce soit.Les gens offrent ce qu’ils ont à offrir, soit leur différence et leur authenticité», ce qui est énorme, constate-t-elle.Toutefois, jusqu’où l'hôte doit-il s’adapter sans pour autant se dénaturer?Martha Padluq souligne que c’est justement pour préserver l’authenticité «qu’on demande aux familles d’agir comme elles le feraient habituellement, de ne pas changer parce que des gens les visitent».Cela n’est pas toujours évident.Cécile Guérin, qui a vécu plusieurs années dans une famille inuite, avoue que les Inuits sont par moment très timides.Du coup, «il arrive qu'ils s’empêchent devant les touristes de vivre comme ils le font normalement, de peur d’être jugés.Et c’est normal.Nous, notre rôle, c’est en quelque sorte de les rassurer, de leur faire com- Au Nunavut sous le blizzard, le dépaysement est assuré.prendre que les gens qui viennent sont généralement déjà bien au courant des réalités d’ici et qu’ils sont ouverts à leur culture».Se rendre à Kimmirut La situation géographique de Kimmirut est particulièrement avantageuse.Le village, lové entre les collines, n’est situé qu’à 30 minutes de vol d’Iqaluit.De la capitale du Nunavut, il est également possible de s’y rendre en motonei-ge ou en bateau en moins d’une journée.Il sert aussi de porte d’entrée ouest au Parc territorial Katannilik.Autant de raisons qui expliquent que le village ait été ciblé pour lancer cette initiative.Les instigateurs du projet souhaitent maintenant élargir le concept à d'autres communautés autochtones.Ils soutiennent qu’il s’agit là d’un développe- DAVlü UUNGüREN REUTERS ment respectueux de la culture des petites communautés et qui peut même, dans une certaine mesure, renforcer cette dernière.Rappelons qu’au Nunavut, les Inuits représentent 85 % de la population et qu’une vingtaine de communautés côtières sont réparties aux quatre coins du territoire.Collaborateur du Devoir Tradition orale S’élever par le conte Geneviève McKenzie met en mots la culture innue Logés au plus profond de la culture innue, les contes et récits ont traversé les âges.Aguerris par le nomadisme et malmenés pendant un temps par le modernisme, ils n’investissent que mieux la vie quotidienne désormais.Ils participent avec force à la construction identitaire poursuivie par les Amérindiens et cimentent des liens intergénérationnels puissants.Parmi les porteuses et les porteurs de cette parole ligure Geneviève McKenzie, connue également sous le nom de Shanipiap, Lune du Labrador en innu.ESTELLE Z E H LE R Originaire du village de Matimekush dans le nord du Québec, Geneviève McKenzie est membre de la nation innue, un peuple que les explorateurs français avaient rebaptisé Montagnais.Outre ses talents de conteuse, Genevière McKenzie est également auteure, compositrice, interprète, artisane, animatrice et productrice pour la télévision.Elle est notamment à l’origine de l’émission pour enfants Les Découvertes de Shanipiap.Lors du festival Présence autochtone, elle invitera les enfants à un voyage initiatique chez les Premières Nations.«Il faut apprendre ce que nous étions, déclare-t-elle, pour mieux devenir qui nous sommes.» Quel meilleur vecteur pour cet apprentissage que la parole, surtout quand elle tire son origine de la longue tradition orale innue.L’aventure s’avère d’autant plus enthousiasmante qu’un vaste mouvement de construction identitaire balaie en profondeur les peuples autochtones et réveille en- core davantage leur intérêt pour la parole.«Les jeunes Amérindiens veulent désormais prendre leur place et recouvrer leur identité.» Au gré des besoins et de l’inspiration, la tradition orale transmet des récits sur d’anciennes expéditions, sur la vie des familles et bien sûr, l’histoire de leur nation.Légendes et récits mythiques sont extraits de Yatanu-kan tandis que les faits rapportés qui relatent des anecdotes sur la vie quotidienne se rangent dans le tshipatshimun.«Les contes, témoigne Geneviève McKenzie, participent à l'innu “aitun”», c’est-à-dire à l’ensemble des connaissances accumulées dont la transmission est assurée par l’oralité, à la culture innue.«Les contes et les récits font notre histoire.Ils m’ont nourrie moi-même lorsque mes grands-parents racontaient, quand ils se racontaient.Nous, les enfants, étions tout oreilles et yeux écar-quillés.Nous voulions grandir pour vivre l’immensité de l’espace, la grandeur de la terre, les montagnes.Ils nous élevaient en fait par leurs contes.» Longtemps rebelle à toute codification et tentative visant à la colliger à grand renfort de livres, de films et de thèses, cette connaissance s’est toutefois fragilisée et se serait perdue, si ce n’était de la volonté des nouvelles générations de prendre le relais, d’aller y puiser substance pour construire le présent.Elle perdure donc à travers le geste, tel le nutshimiu atteuseun, l’apprentissage en forêt, et à travers la parole.Dans l’instant présent Ce passé dont le fil s’était distendu reprend de la vigueur à chaque mot prononcé et tisse sa trame dans le présent.«Nous ne connaissons pas nos an- Geneviève McKenzie confectionnera lors du festival des colliers de bonheur afin d’en faire présent aux enfants cêtres, mais nous savons comment ils pouvaient être.Grâce aux contes, on les ressent, on dirait qu’ils vivent à travers nous.» Cette connaissance intime de ceux qui ne sont plus, de l’histoire de son peuple, permet de s’affirmer dans la vie, d’être fier de soi-même et de celles et ceux qui travaillent pour la culture.Dans un rapport pacifié, passé et modernité se conjuguent et ouvrent une voie pour les jeunes.C’est pourquoi les récits se déploient dans le quotidien.Point n’est besoin d’organiser une veillée pour initier un conte.«J’ai l’impression que ce sont des histoires qui vivent, qui se réveillent aux enfants, aux personnes qui écoutent, à n’importe quel moment de la vie.» Le conte s’invite de lui-même au moment qu’il jugera opportun.Il se déploie dans l’instant présent, se reconstruit à chaque récit, il renaît.«Il devient un besoin aussi en quelque sorte.Il a toujours fait partie de nous et tout à coup on dirait que c’est quelque chose qui grandit en nous.» Pour Shanipiap, il est comme un soleil derrière un nuage.Des échanges avec le public Il ne suffit pas cependant, pour assurer la transmission de cette culture, de conter.Il faut savoir également comprendre l’auditoire présent «Mes grands-parents nous écoutaient et cherchaient le point qui nous encouragerait.» L’encouragement, le soutien sont intimement liés à l’élaboration de la parole afin de permettre aux jeunes d'envisager les lendemains avec confiance et espoir.«Les jeunes ont besoin de savoir qu’il y a quelqu’un qui a confiance en eux.L’avenir dépend aussi de la manière dont ils vont voir la vie, dont ils vont se développer, dont ils vont rêver et imaginer leur vie.» La conteuse doit laisser paraître son intérêt pour eux et leur ménager un espace d’expression propre, afin qu’ils puissent à leur tour se raconter et émettre leurs interrogations.Les liens intergénérationnels se renouvellent.Aussi, tout en contant et en écoutant, Geneviève McKenzie confectionnera lors du festival des colliers de bonheur afin d’en faire présent aux enfants.En peau de caribou et autres cuirs, ils sont agrémentés de perles dont chaque enfant choisira les couleurs, des couleurs de terre, de ciel, de feu, etc.Riches de l’histoire reçue, de son écoute et d’un collier à leur mesure, les enfants aborderont le futur plus sereins.«Le bonheur, précise-t-elle, c’est pour toute la vie.R est important à tout âge, enfant ou aîné.» Ne s'improvise par conteuse qui veut.Celles et ceux qui racontent sont des personnes qui ont beaucoup vécu et ont abondamment écouté dès leur jeune âge.Point de génération spontanée et d’improvisations extravagantes pour relayer la parole.«J’ai l’impression que nos ancêtres travaillent toujours encore pour nous garder cette lumière vivante.» Le récit prend place dans un passé circonscrit, tangible et immatériel à la fois, et non dans un imaginaire qui s’introduit selon la formule consacré du «il était une fois», fi s’adresse directement à ceux présents et s’amorce plus volontiers par un «saviez-vous?» Saviez-vous quoi?Ce que j’ai entendu de mon grand-père, ou encore ce que l’on m’a dit de l’objet que je tiens dans mes mains, ou encore ce que cela me rappelle.Au fait, saviez-vous comment le canot, ce moyen de transport privilégié par les Amérindiens, a été créé?Croisez la forme du sourire à la force des bouleaux blancs et à la sagacité d'un jeune garçon du nom de Tishitush pour trouver la réponse! Collaboratrice du Devoir JARDIN BOTANIQUE 1> I MONTH I A 1 UNMUSÉUMNATUREMONTRÉAL Jardin des Premières-Nations Des découvertes tout au long de l'été : nouvelle exposition sur le design et la culture autochtone, animations, dégustations, contes, musique traditionnelle et visites guidées.Montréal @ Des activités toutes spéciales: la Journée nationale des Autochtones 21 juin la Journée internationale des populations autochtones (ONU) 9 août Consultez la programmation complète sur www.museumsnature.ca 4101, rue Sherbrooke Est 514 872-1400 Pi«-IX i 5996 IZ*5 édition PRESENCE AUTOCHTONE 2007 du 10 au 21 juin à Montréal Fictions et réalités Dix fours do films •t de vidéos des Premières Nations Des images exceptionnelles pour mieux saisir les enjeux et les défis auxquels doivent faire face les peuples premiers.AU CINÉMA ONF, 1564, rue St-Denis Itti •ttTsî iiî i 2U ftTiîpll j.-hv-! ¦•'nr?,: Dana Claxton La vidéo comme parcours initiatique: passage progressif vers l'harmonie originelle, l'ablakela des Lakotas.13, 14 ET 15 JUIN CINÉMATHÈQUE QUÉBÉCOISE 335, boul.de Maisonneuve Est Arts visuels Jaan-Pierra Pelchat, Horizons Œuvres sur papier.L'univers des Cris en 20 tableaux.DU 1“ AU 30 JUIN GUILDE CANADIENNE DES MÉTIERS D'ART 1460, rue Sherbrooke Ouest Parcours Identitaires Regards de l'autre, regards sur soi, que voit-on au juste?DU 29 MAI AU 2 SEPTEMBRE GRANDE BIBUOTHÈQUE, Aire d'exposirion de la Collection nationale, niveau 1 475, boul.De Maisonneuve Est I 1 l! B yfw§.(mm} ( -mmi' Ten, court métroge, 2003 Uîtieboy, o 12x 18,2006 » sur papier, Littéra Guide anedienoo
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