Le devoir, 17 mai 2003, Cahier I
LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET D 1 M A N ( Il E IS MAI 2 O O S le devoir nieminine Conseil du statut de la femme TJ W , ' j 'V • éf Marquise Lepage Elle est l'une des femmes qui ont marqué le cinéma d'ici.Son travail se fait derrière la caméra.Ce qu'elle déplore encore aujourd'hui: «La position des femmes dans l’industrie cinématographique n’a pas changé de manière spectaculaire.» Page 2 Diane Lavallée Elle est la cinquième à occuper le poste.Pour l'actuelle présidente, «à l’heure où l’ensemble des sociétés du monde se dotent de structures comparables au Conseil du statut de la femme, le Québec devrait être fier de ce qu’il a fait et n’avoir qu’une idée: garder le cap.Nous y veillerons.» Page 3 Il y a 30 ans, quand par un vote à l'Assemblée nationale fut institué le Conseil du statut de la femme, il y avait encore dans l’air de «belles» expressions pour valoriser le rôle de la femme dans la société.Ne répé-tait-on point encore que «derrière chaque grand homme se tient une femme» et autres phrases du même acabit?La victorienne Agatha Christie n’allait-elle point faire paraître cinq ans plus tard une autobiographie où elle se demanderait pourquoi ses consœurs s’agitaient autant pour demander une participation à la vie publique, quand elle, toute sa vie durant, avait pu se consacrer à ses petites affaires, menant une vie entre le loisir et l’écriture, les bonnes aidant ou exécutant les basses tâches?Il y a 30 ans, Claire Kirkland-Casgrain, première femme députée du Québec, venait donc de faire accepter son projet de loi, six ans après qu’une autre Casgrain, Thérèse, avait été l’initiatrice de cette Fédération des femmes qui, depuis lors, a été et est de toutes les initiatives et luttes pour garantir mie société égalitaire.Les premières années du Conseil ne furent pas toujours roses.«Je me souviendrai toujours par exemple de la première fois que j’ai pu parier de la violence faite aux femmes devant le Conseil de la magistrature», raconte aujourd’hui Laurette Champigny-Robillard, première présidente du Conseil.Faisant retour sur 1988, Marie Lavigne rappelle son arrivée au même poste: «Partout où nous allions, nos pères, nos beaux-pères, tout le monde nous disait qu’il fallait faire des enfants.Ils nous accusaient parfois même directement d’être responsables de la dénatalité du Québec.» PHOTOS AKCHIVKS I.K OIÎVOIR Féminisme et autres combats Au moment où le Conseil prépare pour le week-end prochain sa fête anniversaire au Complexe Desjardins, il est encore des mots qui ont pour plusieurs une valeur péjorative.«Féminisme» est l’un d’eux.Pour-tant, pour une des invitées de la fête, la Française Florence Montreynaud, «le féminisme est la seule farce so- ciale et politique —proposant une analyse du monde et des pratiques pour le changer — qui puisse résoudre à long terme les problèmes posés par le système de violence, d'injustices et d’inégalités qu ’est le machisme».En fait, des luttes ont toujours cours: qui se promène cette semaine à proximité de l’Université de Montréal voit d’ailleurs des grévistes demander l’obtention de l’équité salariale.«Le salaire des femmes est encore 20 % moins élevé que celui des hommes.Elles sont encore minoritaires dans les postes de pouvoir et la décentralisation des pouvoirs a multiplié les lieux de représentation où elles doivent être présentes.La partie est loin d’être terminée», informe l’actuelle présidente, Diane Lavallée.Et il y a pire.La Fédération proteste contre le fait qu’aucun ministre de l’actuel gouvernement du Québec n’est en titre responsable de la condition féminine.Et, au sud de la frontière, «le gouvernement de George W.Bush est plus conservateur que celui de son père et même que celui de Ronald Reagan.Il multiplie les actions pour faire marche arrière en ce qui concerne les politiques publiques en lien avec les droits des femmes».Amy Mazur, qui codirige l’américain Research Network on Gender Politics and State, a d’ailleurs raison de craindre ce néoconservatisme qui régit la vie politique de la plus grande puissance militaire et économique de la planète: une candidature déposée pour un poste menant à celui de juge à la Cour suprême est celle d’une femme, d’une Carolyn Kuhl qui demande un retour au temps où l’avortement était considéré comme un acte criminel.Mobilisation Quand, en 1996, il y eut la Marche des roses, quand, en 2001, elles participèrent au Sommet des peuples, les femmes ont démontré leur force, leur capacité de mobilisation.Elles peuvent aussi dire quelles ont transformé la société.Au Québec, elles «Le salaire des femmes est encore 20 % moins élevé que celui des hommes.Elles sont encore minoritaires dans les postes de pouvoir et la décentralisation des pouvoirs a multiplié les lieux de représentation où elles doivent être présentes.La partie est loin d'être terminée» SOURCE ONF Alice Guy-Blaché, cinéaste, fut l’une des premières à exercer un métier d’«homme».Cent-huit ans plus tard, ses consœurs poursuivent le combat vers l’égalité.sont à la tête d’institutions, d’organismes et d’entreprises.Plus d’une d’entre elles font partie des conseils, qu’ils soient législatifs ou administratifs.Mais il reste encore à faire.Le partage des tâches familiales est-il réel?Leur responsabilité de mère peut-elle se combiner à la tenue d’un emploi?Qu’en est-il du statut des femmes nouvellement arrivées?Est-il d’autres images à offrir aux jeunes que ce sexisme ambiant qui fait le succès de tous les vidéoclips?Et pour celles à qui le droit et la justice importent, comment contrer ce capitalisme sauvage qui impose à la planète une mondialisation faite sans retenue?Le Conseil du statut de la femme a un rôle législatif à jouer.Ce qu’il fait.L’organisme demeure toutefois conscient que son action s’évalue cependant aux progrès réels qu’enregistre une société.Dans le climat politique actuel, il devra redoubler de vigilance.Les femmes l’ont toutefois toujours su car, comme le souligne la sociologue Francine Descarries, «on s’est aperçu qu’il ne suffisait pas de garantir des droits pour que les représentations sociales, les habitudes, les structures et les institutions changent».Trente ans plus tard, l’actualité du Conseil du statut de la femme demeure car, quand il est question de condition féminine, il semblerait que, comme pour toutes les causes progressistes, rien ne soit jamais acquis.Normand Thériault La lutte continue Déjà 30 ans! Spectacle Page 3 Place publique Page 4 Mouvement des femmes Québec États-Unis Page 4 Europe Page 4 » LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET DI M A.V CBE 18 MAI 2003 I 2 CONDITION FÉMININE Vidéo Femmes a 30 ans Une caméra à soi Au cinéma, les préoccupations des femmes sont différentes, tout comme leur manière de traiter certains sujets Les femmes sont depuis quelques décennies partout présentes dans l’industrie du cinéma, et plus seulement devant la caméra pour concrétiser les fantasmes des réalisateurs.Si les progrès semblent remarquables, ces réussites cachent encore des luttes à finir, des mentalités à transformer, bref, une place à prendre — et à conserver — au soleil du septième art.ANDRÉ LAVOIE Preuve tout de même que la réalité cinématographique a bien changé: il n’y a pas que le Conseil du statut de la femme qui célèbre son 30' anniversaire.À Québec, Vidéo Femmes souffle également ses 30 bougies et selon sa directrice, Martine Beaurivage, pas question de s’arrêter en si bon chemin: •Un organisme comme le nôtre demeure essentiel pour donner la parole aux femmes, pour les soutenir dans leurs projets.Même si sur le plan technique les femmes ont acquis beaucoup d’expérience, une compétence équivalente à celle des hommes, leurs préoccupations sont différentes, tout comme leur manière de traiter certains sujets.» Fondé en 1973 par Helen Doyle, Nicole Giguère et Hélène Roy sous le nom de La femme et le film et devenu Vidéo Femmes en L’existence des festivals de films de femmes prouve que nos œuvres ne sont pas aussi bien valorisées 1979, ce centre de production où se mélangent préoccupations artistiques et sociales reflète également l’évolution de la présence et du regard des femmes dans l’univers cinématographique.C’est du moins ce que constate Katia Grenier, adjointe aux communications de l’organisme: «Il y a 30 ans, dans la mouvance des courants sociaux très forts, la prise de parole était davantage collective.Les femmes ne s’exprimaient pas au “je" mais au “nous".Maintenant, elle assument leur parole personnelle.» Cette prise de parole à travers le cinéma ne se fait pas sans embûches et si les réalisatrices ne veulent pas revenir au temps des grandes pionnières, comme Anne Claire Poirier à l’ONF par exemple, certaines d’entre elles questionnent la véritable mesure des avancées féministes.C’est le cas de Marquise Lepage qui, en 1995, signait Le Jardin oublié, un portrait étonnant de la réalisatrice française Alice Guy-Blaché dont le premier film fut tourné en 1896, soit un an après ceux des frères Lumière.Lepage se demande encore pourquoi une telle femme à la feuille de route si impressionnante (70Q films tournés en France et aux Etats-Unis, productrice à la Gaumont de 1896 à 1907, une carrière s’échelonnant sur près de 25 ans) ne figure peu ou pas du tout dans les nombreux ouvrages sur l’histoire du cinéma.La réponse est complexe mais Marquise Lepage constate l’injustice de cette absence, non seulement pour l’assurance et l’imaginaire des femmes réalisatrices, mais pour tout le cinéma: «Quand j'ai commencé à faire ce film, c’est comme si je découvrais l’existence d’une aïeule dont on m’avait caché l’existence.Ça donnait une plus grande légitimité à mon travail.Entre les Lumière et les autres pionniers du cinéma, elle a sa place.D'ailleurs, plusieurs de ses idées ont été reprises, avec plus de succès, par d’autres cinéastes masculins, comme les Marx Brothers.Alice Guy-Blaché a ouvert des portes de manière extraordinaire, à une époque où les femmes n’avaient pas le droit de vote ou celui d’obtenir un compte de banque.» Morte en 1968, Alice Guy-Blaché serait assurément étonnée de voir les changements de mentalités et la présence plus grande des femmes dans certains postes stratégiques.La cinéaste Marquise Lepage.comme cinéastes bien sûr mais aussi scénaristes et productrices.Mais Marquise Lepage s’empresserait sans doute de lui montrer l’autre côté de la médaille.«On ne voudrait pas revenir à l’époque de nos grands-mères, soulignet-eîle, mais c’est dommage de constater que, 108 ans après l’invention du cinéma, 30 ans après la création du Conseil du statut de la femme, la position des femmes dans l’industrie cinématographique n’a pas changé de manière spectaculaire.L’existence des festivals de films de SOURCE ONF femmes prouve que nos œuvres ne sont pas aussi bien valorisées, financées et diffusées que celles des hommes» Ce constat, Mireille Dansereau le partage entièrement, elle qui frit aussi à sa manière une pionnière, réalisant en 1972 La Vie rêvée, le premier long métrage québécois de fiction réalisé par une femme dans l’industrie privée.On pourra d’ailleurs le revoir, dans une toute nouvelle copie, à la Cinémathèque québécoise, qui sou- Michelle Courchesne Ministre des Relations avec les citoyens et de l’Immigration IPfc 3 ••• « Le chemin parcouru est remarquable, mais il reste beaucoup à faire » Les trente années d'action du Conseil du statut de la femme ont été déterminantes dans notre cheminement collectif vers l'égalité entre les hommes et les femmes.De grands pas ont été franchis.À mesure que les femmes font leur place au sein de la société québécoise, elles contribuent à la faire évoluer.Le chemin parcouru est remarquable, mais il reste encore beaucoup à faire.Je salue l'expertise du Conseil du statut de la femme et son travail constant vers l'atteinte d'une égalité de fait, pleine et entière.Je remercie sincèrement toutes les femmes qui y ont œuvré au fil des ans.Ensemble, nous continuerons à progresser vers une société plus juste et solidaire.Québec h E COJ D1T10 N FEMININE CONSEIL DU STATUT DE LA FEMME CE CAHIER SPÉCIAL EST PUBLIÉ PAR LE DEVOIR Responsable NORMAND THERIAULT ntheriault®ledfvoir.ca 2050.me de Bleary, 9' étage.Montréal (Québec) H3A 3M9.Tel.: (5141 985-3333 redact ion® ledevoir.com FAIS CE QUE DOIS La Fédération des femmes du Québec est fiire de souligner les 30 ans d'action féministe du Conseil du statut de la femme.À nos consoeurs qui, depuis 1973, ont travaillé sans relâche à l'avancement des Québécoises, nous disons merci, au nom de toutes les femmes! Bonne fête! ligne l'anniversaire du Conseil en présentant, les 24 et 25 mai prochains, plusieurs œuvres de Dansereau dont L’Arrache-cœur (1979), Les Seins dans la tête (1994) et son adaptation du roman de Marie-Claire Blais, Un sourd dans la ville (1987), mettant en vedette Béatrice Picard, Angèle Coutu et un tout jeune Guillaume Lemay-Thivierge.Rejoindre les femmes La réalisatrice considère — et ce, depuis ses débuts — que «si elle a quelque chose à apporter au cinéma, c’est d’abord en tant que femme».Et d’un film à l’autre, elle cherche à les rejoindre, à les toucher, car elle trouve préoccupant que «l’imaginaire ou la spécificité des femmes ne soit pas plus présent qu’à l’époque du tournage de La Vie rêvée».Elle s’amuse encore aujourd’hui du choc causé par ce film qui explorait les rêves et les fantasmes des femmes: «Le fait de ne pas voir de personnages masculins importants a causé un véritable choc.» Depuis ce premier long métrage, qui fait encore l’objet de nombreuses analyses dans les départements de «woman’s studies» d’universités anglo-saxonnes, Mireille Dansereau poursuit sa carrière avec détermination, mais aussi une lassitude qu’elle ne camoufle pas: «Mes projets de longs métrages ont eu beaucoup de difficultés à être acceptés car on jugeait que les sujets n’étaient pas “prioritaires”.Pourtant, devant certains films, je me demande où est la véritable priorité.» Faut-il y voir la présence de préjugés tenaces vis-à-vis des projets soumis par les femme?’ La cinéaste croit que oui, continuant à se bagarrer pour imposer ses scénarios de longs métrages de fiction, résolue à tourner à tout prix même s’il lui faudra le faire parfois «comme une débutante, avec un petit budget, une petite équipe».Bien plus qu’une vision féministe, Mireille Dansereau pose un regard critique qui dépasse largement la réalité des femmes et leur difficulté à faire leur place dans le milieu cinématographique.«En ce moment, précise-t-elle, il y a une véritable obsession sur la relève et très peu d’intérêt pour la continuité.Beaucoup souhaitent trouver le prochain petit génie alors que le cinéma, au-delà de la technique, c’est un art complexe, long à maîtriser.Et surtout, il faut avoir quelque chose à dire!» Peu importe qu’elles soient généreusement soutenues par les institutions ou ne comptant que sur leurs maigres ressources, les réalisatrices sont bien déterminées à continuer de prendre la parole, à saisir, pour elles-mêmes mais aussi pour les autres, une caméra qui n’est pas réservée qu’à un seul sexe.Une caméra à soi.t » LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 MAI 2 0 0 8 1 3 CONDITION FEMININE Conseil du statut de la femme Trente ans d’actions Il faut être de tous ces débats et voir à créer des solidarités avec toutes les femmes des Amériques Dans l’effervescence de l’ère post-Révolution tranquille, aux ternies de nombreuses représentations, les femmes obtiennent en 1973 la création du Conseil du statut de la femme.La mesure ne fait pas l'unanimité.La proximité de l’appareil gouvernemental n’est pas sans inquiéter.Trente ans ont passé depuis.Trente années ponctuées de nombreux débats et controverses.Témoins privilégiés des luttes menées par les femmes depuis trois décennies, celles qui ont présidé aux destinées du Conseil parlent, elles, d’avancement.« G UY LAI N E BOUCHER Partout au Canada, le réseau des femmes était de mieux en mieux organisé.Au Québec, réunis autour de la Fédération des femmes, les organismes de représentation étaient convaincus de l’importance de pouvoir compter sur un “Office de la femme’», raconte aujourd’hui Laurette Champigny-Robillard, première présidente du Conseil.Du dépôt d’un mémoire au Conseil des ministres aux nombreuses représentations faites en coulisse, l’idée fait finalement son chemin.En décembre 1972, Claire Kirldand-Casgrain, seule femme membre de l’Assemblée nationale, dépose le projet de loi n" 63 visant à créer l'organisme.Trois mois plus tard, le Conseil est bel et bien institué et ne tarde pas à se faire entendre, n s'attaque notamment au sexisme dans les manuels scolaires, parle de violence faite aux femmes, du partage des tâches ménagères, etc.«Rapidement, raconte Laurette Champigny-Robillard, nous avons constaté qu il y avait tout un pan de la condition des femmes qui demeurait tabou.Je me soutiendrai toujours par exemple de la première fois que j’ai pu parler de la tiolence faite aux femmes detant le Conseil de la magistrature.Dans certains journaux, on criait au scandale.Nous partions de loin.» L'n à un, les ministères seront contactes et mis au fait des besoins et des réalités des femmes.Mais, par-delà l'appareil gouvernemental, c’est toute la population qu'il faut conscientiser.Nommée à la tête du Conseil en 1978, Claire Bonenfant s'attardera particulièrement à cet aspect, des choses.C'est l'époque des prix Déméritas et E méritas des publicités, de la création de la Gazette des femmes, etc.Puis, débat social oblige, le CSF s'intéresse à la question de la reproduction et de la natalité.En 1988, lorsque Marie Lavigne succède à Francine C.McKenzie au Conseil, la question a pris des ampleurs insoupçonnées.«Partout où nous allions, nos pères, nos beaux-pères, tout le monde nous disait qu’il fallait faire des enfants.Us nous accusaient parfois même directement d’être responsables de la dénatalité du Québec.C’était une époque un peu particulière parce que, pour beaucoup de gens, les femmes ayant obtenu l'ensemble des droits formels qu’elles recherchaient, les luttes féministes étaient terminées.Il fallait expliquer, démontrer que beaucoup de choses restaient à faire, que la discrimination était toujours présente, mais plus subtile, que si l'égalité était vraie sur papier, c'était parfois diffèrent dans la réalité.» De 1988 à 1995, le Conseil retourne à la base et déploie beaucoup de ses énergies sur le terrain.«/Z fallait parler aux femmes, les inviter à être toutes, individuellement, des agentes de changement.Nous avons travaillé à dresser le portrait social et économique des femmes dans chacune des régions.Nous y SOURCE CSE L’actuelle présidente du Conseil.Diane Lavallée.avons parlé de démographie, de vieillissement, etc.C’était une époque de remises en question», affirme aujourd’hui Marie Lavigne.Le virage «région» du Conseil tombe à point.Récemment élu, le gouvernement péquiste prône alors la décentralisation des pouvoirs et la réorganisation de différentes structures, notanunent en santé.Rapidement, l'importance de favoriser la présence des femmes dans les nouvelles structures régionales s’impose.Puis, en 1996, dans la foulée du Sommet sur l'économie et l'emploi organise par le gouvernement, le rôle des femmes dans l'économie se precise.Les garderies à 5 $ sont notamment instituées.Diane Lemieux, aujourd'hui députée de Bourget pour le Parti québécois, était alors présidente du CSF «Le milieu des années 1990 ont été [sic] des années de compression, des années très critiques au cours desquelles il a fallu se battre, mais en même temps, c’est lifoque des 25 ans du Conseil, de gains significatif et d'une certaine maturité.» l ne maturité encore plus assise cinq ans plus tard, aux dires de l'actuelle présidente Diane laval-lee.qui se garde bien cependant d'affirmer que maturité rime avec passivité.C'est qu’à son avis, beaucoup reste encore à faire.«Le travail accompli depuis 30 ans a porte des,fruits.De grands pas ont etc franchis, mais au quotidien il y a encore beaucoup d’ecuctls le salaire des femmes est.par exemple, encore 20 % moins élevé que celui des hommes Files sont encore minoritaires dans les postes de pouvoir et la décentralisation des pouvoirs a multiplie les lieux de représentation où elles doivent être présentes.La partie est loin d’être terminée.» Le contexte de mondialisation impose aussi, selon Diane Lavallée, un grand engagement de la part des femmes, question d'avancement, mais aussi de preservation des acquis.«Dans un contexte de mondialisation.la pression est de plus en plus forte sur les États et les oblige parfois à remettre en question certaines lois progressistes présentées comme des obstacles à la productivité.Il faut être de tous ces débats et voir à créer des solidarités avec toutes les femmes des Amériques.A l'heure où l’ensemble des sociétés du monde se dotent de structures comparables au Conseil du statut de la femme, le Québec devrait être fier de ce qu il a fait et n ’avoir qu 'une idée: garder le cap.Nous y veillerons.» Les 30 ans du Conseil du statut de la femme Place à la musique et aux paroles des femmes CLAIRE HARVEY Le 23 mai prochain, une trentaine d’artistes brûleront les planches du Spectrum de Montréal dans le cadre d’un spectacle organisé par le Conseil du statut de la femme afin de souligner ses 30 ans.Pour l’occasion, toutes les chansons et les textes auront été signés par des femmes.Une première dans l’histoire des grands spectacles au Québec.Sur scène, il y aura, entre autres, les Folles Alliées, Claudine Mercier, Anne Syjvestre, Clémence Desrochers, Eve Cournoyer, Ariane Moffatt, Huguette Oligny, «Les fées ont soif» (Denise Boucher, Louisette Dussault, Michèle Magny, Sophie Clément), Marie-Claire Séguin, Sylvie Tremblay, les Girls à Clémence, Sylvie Le-gault, Bïa et Coral Egan.Au nombre des invitées figurent aussi Lynda Thalie, le duo Dobacara-col, Jennifer Salgado alias J.Kyll et plusieurs autres.Le public peut donc s’attendre à vibrer au son du rock, du pop, des rythmes d’ici et d’ailleurs, en plus de rigoler et de s’émouvoir en compagnie de ces «sorcières contemporaines».Autant de grandes artistes qui, chacune à sa façon et avec son talent.illustreront le chemin parcouru en 30 ans.Fêter la révolution pacifique Hélène Pedneault, qui assure la conception et la mise en scène du spectacle, explique que ce dernier ne se veut ni pédagogique ni historique.«C’est un spectacle de femmes.Une grande fête.Bien sûr, nous rendrons compte de ce qui s’est fait depuis 30 ans, mais en privilégiant l’axe du plaisir.» Elle précise que, s’il y a des femmes plus connues que d’autres, aucune n’est la vedette du spectacle.«La vedette, c’est le travail des femmes, leur révolution.La seule qui n’a pas fait couler une goutte de sang.» Hélène Pedneault fait observer que, «grâce aux luttes des générations précédentes, les femmes s'imposent désormais dans des domaines autrefois réservés presque exclusivement aux hommes.Par exemple, lorsque Clémence Desrochers a commencé sa carrière (1958), les auteures-composi-teures se comptaient sur les doigts d’une main.Aujourd’hui, de plus en plus de femmes écrivent leurs propres chansons.Elles mènent leur barque.Ce sont elles qui réalisent l’enregistrement de leur disque en studio».Et pour fêter cette avancée, Hélène Pedneault a voulu réunir des femmes de toutes les générations et de tous les styles musicaux, mais surtout des femmes de «paroles».Ce sont leurs mots et leurs musiques qui résonneront au Spectrum.Des chansons qui, au-delà des diverses influences musicales de leurs auteures, ont un point en commun.«Bien sûr, les filles ont des sons différents et elles n’écrivent pas de la même façon, dit la met-teure en scène.Mais des thèmes reviennent d'une génération à l’autre.Les créatrices sont très branchées sur l’incarnation de la vie, la protection de la vie et la qualité de vie.Tout tourne autour de la vie dans ce que les femmes font.» Pour illustrer les gains du mouvement féministe, il y aura aussi un orchestre composé uniquement de femmes, chose difficilement réalisable il y a à peine dix ans.Cet «orchestre de filles» sera dirigé par Hélène Dalai-re, qui s’est fait connaître entre autres comme directrice musicale de Richard Séguin et de l’émission La Fureur.L’auteure-compositeure Geneviève Paris se joindra notamment à elle.N’est-ce pas un défi que de réunir un aussi grand nombre de femmes sur scène?«Il Les s'agit plutôt d'une mer- veilleuse aventure, dit créatrices Hélène Pedneault, qui n’en est pas à ses présent très mières armes en la ma-, , , tière.Les femmes sont branchées très généreuses entre elles.C’est facile de leur su* demander de chanter la IWnrnnrinn chanson de quelqu’un i incarnation d-autre u y a des de la vie échanges très intéres- ’ sants qui se font dans un la protection Spectacle de femmes, et ce, spontanément.» de la vie et En fait, ces artistes sont généreqses, point la quauté à la ligne.A preuve, , .elles ont tenu à parta- de Vie ger la scène avec des hommes qu’elles aiment, comme Richard Séguin, Patrick Normand, Florent Voilant et d’autres invités-surprises, qui rendront hommage aux femmes du Québec.Par ailleurs, au cours de cette soirée, Lise Payette dévoile- ra le nom des finalistes du concours «Le meilleur compagnon de route des femmes», un clin d’œil au concours du plus bel homme du Québec que Mme Payette a présidé dans les années 1970.On connaîtra le nom du lauréat le lendemain, lors de la clôture du colloque organisé par le CSF et qui a pour thème «Réfléchir sur 30 ans».Des acquis fragiles Et quel est, selon Hélène Ped-neault, le plus beau fruit du féminisme?«L’éveil des femmes, répond-elle sans hésiter.Grâce à cela, de nombreuses femmes n’ont plus besoin du regard des autres pour se définir; elles sont capables de le faire par elles-mêmes.C’est une gain extraordinaire.Tout le reste, notamment l’autonomie financière, en découle.» Néanmoins, poursuit-elle, les femmes ne sont pas encore au fil d’arrivée.Réfléchissant au recul de la condition féminine dans les pays musulmans, elle espère qu’ü s’agit du dernier soubresaut du patriarcat.«L’histoire est paradoxale.Parfois, on a l’impression de revenir en arrière, mais c’est le dernier souffle de quelque chose sur le point de s’éteindre pour de bon.» Même au Québec, Mme Pedneault fait observer que les acquis des femmes demeurent fragiles.«Par exemple, l'équité salariale existe sur papier, mais elle n'est pas encore effective partout.En outre, la violence faite aux femmes, aux jeunes en particulier, demeure aussi très préoccupante.Reste que ta révolution des femmes est irréversible, du moins en Occident.» Hélène Pedneault est optimiste parce que la voix des femmes se fait déjà entendre à la télé, à la radio, sur scène, bref, partout.«Elles forment désormais près du tiers du cabinet du gouvernement du Qué» bec.Or, il est prouvé qu’à partir du moment où les femmes sont au pouvoir, les choses s'améliorent rapide» ment pour elles.Ainsi, en 1964, Claire Kirkland-Casgrain, la pre» mière Québécoise à être ministre, est parvenue à faire adopter la Loi 16, qui a mis fin à l'incapacité juridique des femmes mariées.» Selon elle, si une seule femme au pouvoir a permis cette percée majeure, tous les espoirs seront permis le jour où elles formeront là moitié du gouvernement.D’ici là, elle vous invite en grand nombre à venir célébrer là culture des Québécoises.Un rendez-vous à ne pas manquer.Librairie www.renaud-bray.com -o u u lvQ e—v u jj t, Livres • Musique • Films • Cadeaux • Jeux ( Librairie Renaud-Bray rend hommage au Conseil du statut de la femme pour ces 30 années au service de la cause des femmes X Parce que .le cœur a ses raisons.i MADELEINE PARENT MILITANTE Sous la direction d'Andrée Lévesque ï .Comment décrire toutes les luttes syndicales et féministes de Madeleine Parent, comprendre le contexte historique dans lequel elles se sont déroulées et mesurer leur impact ?Voilà le défi que s'est proposé l'équipe réunie par Andrée Lévesque pour produire cet ouvrage.La militante Madeleine Parent continue d’inspirer les femmes et les hommes qui combattent pour un monde juste et généreux.Des textes de Denyse Baillargeon, Françoise David, Lynn Kaye, Andrée Lévesque, John Lang, Lynn McDonald, Shree Mulay, Michèle Rouleau, Rick Salutin, Monique Simard et John St-Amand.126 pages, illustré, 19,95 5 En vente chez votre libraire les éditions du remue-ménage VJixix -xi Jii pudJIMp'Jll/1 L'un» de» ftmmtt )m plut influentes au Québec.Découvrez sa vie, sa carrière et la source de son engagement social ^ FRANÇOISE OAVIO — Solidaire, d'abord I Un* entrevu* Inédit* d* Pierre Maisonneuve EN VENTE CHEZ VOTRE LÎSRAÎRE 1S6 p»|« - »1,M » 1MOVALIS vnwvrnev* lises La lutte des femmes pas à pas, jour apres jour Bon 30e anniversaire LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 MAI 2 0 0 3 I 4 CONDITION FEMININE Le mouvement des femmes Un acteur sociopolitique incontournable au Québec C’est en luttant pour une meilleure justice sociale pour tous que le féminisme va s’imposer maintenant dans la province Un entretien avec la chercheure Amy Mazur Etats-Unis : gare aux reculs ! Le gouvernement Bush multiplie les actions défavorables en ce qui concerne les droits des femmes Le mouvement des femmes a enclenché l’une des plus grandes révolutions que l’humanité ait connues, avance la sociologue Francine Descarries.Le syndicalisme au féminin se porte à merveille, clame la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.Et pourtant, la bataille pour l’égalité des sexes est loin d’être terminée, affirment-elles en choeur.Des progrès, mais encore beaucoup de pain sur la planche.MYLÈNE TREMBLAY Depuis plus de 40 ans, le mouvement des femmes est un acteur sociopolitique incontournable au Québec.Son objectif: l’accès à l’égalité entre les hommes et les femmes et le partage équitable des ressources, des privilèges et des droits.«B n’y a qu’un seul féminisme mais plusieurs façons de le penser», précise Francine Descarries.Pro-fesseure de sociologie à l’UQAM, sa conscience historique lui permet de poser un regard critique sur le cheminement du féminisme contemporain.Selon elle, le mouvement québécois des femmes est parvenu à un moment déterminant de son histoire.«Au Québec, un ensemble de batailles ont été gagnées autour de la question des droits formels, affirme-t-elle.On s’est aperçu cependant qu’il ne suffisait pas de garantir des droits pour que les représentations sociales, les habitudes, les structures et les institutions changent.Le mouvement des femmes doit se développer maintenant vers la solidarité, vers une meilleure répartition des ressources.» D’où l’importance capitale du maintien d’un organisme gouvernemental de consultation et d’étude visant à promouvoir et à défendre les droits et les intérêts des Québécoises tel le Conseil du statut de la femme (CSF), qui souffle ses 30 bougies cette année.«Dans le contexte de mondialisation des marchés, il est essentiel que le gouvernement continue de se doter d’une instance de chien de garde des droits des femmes», pense la sociologue.Un avis que partage Claudette Carbonneau.«Cet organisme a joué un rôle majeur depuis 30 ans au Québec.Si les Québécoises sont rendues là où elles sont, elles le doivent en partie au CSF, qui a permis d’organiser des luttes et de jeter un regard neuf sur diverses problématiques.» Le féminisme conserve donc sa raison d’être malgré ses quelques victoires.«Pourquoi le féminisme existe-t-il encore?», questionne d’emblée Francine Descarries.«Parce qu’il n’y a aucun acquis stable et sûr Par exemple, on blâme les féministes pour l’instabilité de la famille alors qu’il y a des milliers de raisons qui expliquent ce phénomène.Maintenant, le féminisme doit faire face aux progrès et aux nouvelles contradictions qu’ont entraînés les transformations des structures et des institutions.» D’abord les roses Des progrès, le féminisme en a accompli plusieurs.Claudette Carbonneau remarque que les femmes sont infiniment plus présentes dans l’organisation de la vie et dans les responsabilités syndicales.Environ 53 % du membership de la CSN est féminin.«C’est la première fois en 81 ans qu’on a atteint naturellement la parité hommes-femmes à l’exécutif de la CSN», dit la nouvelle présidente, qui se dit elle-même «le fruit de luttes importantes enclenchées depuis une trentaine d’années».Francine Descarries énumère pour sa part les avancées suivantes: SALUE LES 30 ans d'action Conseil du statut de la femme LONGUE VIE ! FFDFRATION DES INFIRMIÈRES ET INFIRMIERS DU QUÉBEC ’OUVRIR R LR DIVERSITE MOUVEMENT DES FEMMES VINDREDI 30 MAI! _ «S'ouvrir sans perdre nos ratines», I une conférence de Micheline Dumont, historienne, à 19 h Samedi 31 mai: Des tribunes, cfes^cfébâts, des atehels sur des thèmes diversifiés avec, entre autres invitées, Francine Descarries, Louise Vandelac, Lyne KurUinan, Micheline labelle, Donna Mergler, Anna Kruzynski, Johanne Saint-Charles.Aman the Bathatien.^'4—M al ~uu j 3 1 , i,U««vt'R>' ou contact*! 96, post* 246 SOURCE CSN Claudette Carbonneau remarque que les femmes sont infiniment plus présentes dans les responsabilités syndicales.Le vent de droite qui souffle sur les États-Unis n’augure rien de bon pour la condition féminine.Nominations conservatrices, réduction des budgets des cliniques de planning familial, fermetures d’organismes publics voués à la défense des droits des femmes, le gouvernement Bush multiplie les signaux défavorables à l’égard du mouvement féministe.l’acquisition du phénomène de la mixité, la transformation des représentations sociales, l’égalité face à l’éducation et la présence de plus en plus importante des femmes dans les différentes sphères de la société.«La plus grande réalisation du féminisme, ajoute-t-elle, c’esf d’avoir donné aux femmes l’opportunité d’entretenir un projet de vie qui se passe en dehors du mari et des enfants, et celle de penser à se réaliser à partir de leur propre trajectoire.» Ensuite le pot Mais la bataille n’est pas terminée.La question de l’équité salariale au Québec, dont la loi adoptée en 1996 est «l’une des plus intéressantes et des plus avancées en Amérique du Nord», selon Claudette Carbonneau, n’est pas réglée pour autant Elle indique que dans le secteur public, le dossier entre dans sa phase finale, après deux ans de travaux intensifs.«On est prêt à envisager une conclusion prochainement, s’il se manifeste un minimum de volonté politique de la part du nouveau gouvernement», dit-elle.Dans le secteur privé, le retard accumulé est attribuable, à son avis, à l’inactivité et la lenteur de la Commission de l’équité salariale, ainsi qu’à la résistance passive des employeurs.Elle note cependant que le changement à la direction de la Commission devrait lui redonner une certaine visibilité.«On veut vraiment que cette loi [sur l’équité salariale], arradiéc de haute lutte, trouve enfin son application», insiste la présidente de la CSN.La réforme du mode de scrutin préoccupe également la centrale syndicale, qui déploie plusieurs énergies autour de ce dossier: «Une révision du mode de scrutin pourrait être un levier permettant d’assurer une représentation plus équitable des femmes au plan politique», croit Mme Carbonneau.Elle insiste aussi sur la question de la conciliation travail-famille, qui mérite d’être réactualisée avec force.«J’espère que le PLQ a bien saisi à quel point il s’agissait d’un vrai problème qui faisait consensus dans la société, exprime-t-elle.Il faut s’y attaquer et progresser beaucoup plus rapidement que ce qu’on a pu observer au cours des 15 dernières années.» Elle se dit en profond désaccord avec la position annoncée par les libéraux durant la dernière campagne électorale, à l’effet qu’une baisse d’impôts pour tous suffirait à «mettre plus d’argent dans les goussets des familles».Francine Descarries se dit quant à elle de plus en plus inquiète face au gouvernement libéral, qui vient de nommer un responsable à la condition féminine.«On n’a pas jugé bon de nommer un ministère, dénonce-t-elle.Dans son discours inaugural, M.Charest n’a pas cru bon non plus de féminiser son texte.» Le plus grand échec du féminisme, ajoute-t-elle, concerne la représentation sociale de la féminité.«Ce qui m’atterre, c’est de voir toutes les petites Britney Spears se promener sur la rue à partir de l’âge de six ans.» À ses yeux, le retour observé à l’apprentissage de la séduction dès le plus bas âge devient en quelque sorte un construit de la féminité.«Je ne peux comprendre que la génération qu’on a tenté de transformer retourne vers ça», s’indigne-t-elle.Quelques pistes A chaque mal son remède.Au flou artistique entourant la conciliation travail-famille, Claudette Carbonneau y va de ses propositions: un meilleur soutien financier à la famille, une réorganisation du temps de travail et la remise en question des services publics.«Des pas de géant ont été franchis ces dernières années, on veut maintenant que le réseau [des services de garde] soit complété.» Elle avance l’idée de faire des Centres de la petite enfance des lieux de soutien aux activités parentales.«Il faut “revamper” l’image des réalisations féministes, propose de son côté Francine Descarries.Les problèmes actuels ne sont pas le résultat du féminisme, mais d’un féminisme qui n’a pas pu gagner toutes les batailles qu’il a menées.» «C’est en luttant pour une meilleure justice sociale pour tous que le féminisme va s’imposer maintenant au Québec, conclut-elle.La plus grande victoire serait de convaincre les jeunes, hommes et femmes, que cette lutte n’en est pas une d’opposition entre deux groupes, mais une lutte pour obtenir une meilleure société.CLAI RAN D RÉ E CAUCHY LE DEVOIR «T e gouvernement de George W Bush est plus conservateur que celui de son père et même que celui de Ronald Reagan.Il multiplie les actions pour faire marche arrière en ce qui concerne les politiques publiques en lien avec les droits des femmes», commente d’entrée de jeu la chercheure américaine Amy Mazur, qui codi-rige le Research Network on Gender Politics and State.La politologue observe qu’aux États-Unis, les politiques en lien avec la condition féminine sont très affectées par les changements de gouvernement «Ce qui n’est pas toujours le cas dans d’autres pays», commente la chercheure, qui prononcera une conférence sur l’analyse différenciée dans les politiques publiques lors du colloque anniversaire du Conseil du statut de la femme.«L’administration Bush saisit toutes les occasions d'éliminer des organismes gouvernementaux chargés de promouvoir les droits de femmes ou de nommer à leur tête des antiféministes», observe la pro-fesseure de science politique à l’université de Washington.C’est ainsi qu’a été abolie la Commission internationale sur le droit des femmes, mise en place sous Clinton et chargée de faire le bilan des engagements pris lors de la Conférence mondiale sur les femmes de Beijing.D’autres organismes sont vidés de leur sens par la nomination de personnes très conservatrices à leur tête.C’est notamment le cas du Bureau des femmes du ministère du Travail, dont le nouveau dirigeant prône le travail à temps partiel des femmes pour qu’elles puissent se consacrer davantage à leurs responsabilités familiales.Dans la même lignée, l'administration Bush a délégué, il y a deux mois, un représentant connu pour ses positions pro-vie à une conférence de l’ONU sur la condition féminine.Les budgets des ressources de planning familial ont d’ailleurs été réduits considérablement et le Congrès envisage une loi afin de restreindre le délai légal pour procéder à une interruption volontaire de grossesse.Conciliation travail-famille désastreuse Aux yeux des féministes européennes, avec qui Mme Mazur est souvent appelée à collaborer dans le cadre dç ses travaux de recherche, les États-Unis apparaissent comme un eldorado pour les femmes.Une perception qui agace la chercheure, qui s’avoue très critique de la politique américaine.«Il est vrai que les États-Unis sont un peu plus avancés que les pays européens en ce qui concerne les salaires et le taux d’activité des femmes.Mais cela reste limité parce quelles restent cantonnées dans certaines professions et travaillent davantage à temps partiel.La situation des Américaines à cet égard est relativement comparable à celle des Canadiennes.» Mais cela se corse lorsqu’il est question de la conciliation entre la vie personnelle et familiale.«Cest le désastre!, s’exclame Mme Mazur.Nous n’avons pas de système de garderies, de maternelles, de congés parentaux.» Les femmes peuvent prendre deux mois de congé à leur frais.Au-delà de cela, chaque compagnie établit ses propres congés.«Les travailleuses doivent généralement prendre leurs congés de maladie accumulés.Elles sont presque obligées de choisir entre le travail et la famille!» Les bons côtés du puritanisme Ironiquement, le courant de droite peut comporter certains avantages aux yeux des féministes.«Nous vivons dans une culture très puritaine.Par conséquent, nous sommes forts sur les enfeux moraux comme la violence sexuelle, le harcèlement sexuel.Les victimes peuvent avoir le soutien des forces non féministes.Mais à partir du moment où on entre dans le cœur des revendications féministes, comme les questions qui touchent la conciliation travail-famille ou les droits des femmes au travail, il n’y a plus cet appui politique», analyse la professeure Mazur.Si des organisations locales marquent fréquemment des points en ce qui concerne la violence conjugale ou le harcèlement, les groupes féministes nationaux, pourtant très dynamiques, se heurtent à une culture politique anti-étatique.«Il existe des organisations féministes très revendicatrices et bien structurées, comme la National Organization of Women (NOW).Mais elles n’arrivent pas à changer la culture politique.Elles ont moins d’impact qu’ailleurs dans le monde.La culture politique américaine ne reconnaît pas vraiment au gouvernement le rôle de défenseur des droits des individus», fait remarquer Mrpe Mazur.A preuve, les féministes n’ont pas réussi à faire adopter un amendement à la Constitution pour instituer le principe de l’égalité entre les hommes et les femmes.La faible présence des femmes dans la vie politique n’est peut-être pas étrangère au peu d’écho que trouvent les revendications féministes dans les officines gouvernementales.En effet, moins de 15 % de femmes sont élues au Congrès, ce qui est bien peu comparativement au 30 % de députées à l’Assemblée nationale québécoise.Trente ans de travail remarquable! de* femmts Depuis trente ans, le Conseil du statut de la femme contribue, contre vents et marées, à l’avancement de la cause des femmes et à l’évolution de la société québécoise.Le SPGQ est fier de compter parmi ses membres une équipe de professionnelles chevronnées et audacieuses, récipiendaires d’une mention spéciale lors des États généraux des femmes du SPGQ, en 2002.ara Syndicat de profassionnaRee et profasaionnets du gouvernement du Québec Depuis 30 ans, les femmes du Québec ont parcouru beaucoup de chemin.Elles ont su envahir les milieux de travail, s’impliquer dans des luttes sociales, revendiquer l'égalité avec les hommes, participer activement à la construction du Québec moderne.La CSN est fière de saluer l'Importante contribution CSN du Conseil du statut de la femme.\ T» LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 MAI CONDITION FEMININE Combats féminins dans le monde Agora publique les 23 et 24 mai La vigilance est toujours de mise La situation des femmes s’est grandement améliorée grâce à la ténacité et au dynamisme des bataillons féministes.Pourtant, à l’aune du chemin parcouru, les dysfonctionnements persistants n’en sont que plus irritants ou criants.Étiquetés souvent comme problèmes féminins, trouveront-ils leur solution dans la perspective féministe?Point de vue de deux spécialistes européennes.qui Des luttes féministes ont transformé le Québec Un rendez-vous pour explorer le passé en photo, le présent sur vidéo et le futur sur le Net ESTELLE Z E H LE R A Etre femme en Europe ou au Canada est bien plus facile qu’être fenune au Pakistan.Si des difficultés subsistent elles paraissent anodines pour nombre de personnes.Il est souvent aisé de les reléguer dans un espace intangible nommé «problèmes féminins».Sont-ils donc de nature biologique?Féministe engagée, historienne et auteure de l’encyclopédie Le XX‘ siècle des femmes, Florence Montreynaud milite depuis les années 1970.«Les problèmes concernant les femmes, réplique-t-elle, sont bien plus vastes, et les cataloguer comme féminins empêche de les résoudre à long terme.Par exemple, s’occuper des enfants en bas âge est bien plus qu’un “problème féminin", de même que privilégier l’accouchement par césarienne.Ce sont des sujets politiques, au sens où l’un des axiomes féministes est “le privé est politique".» Politiques, Alison E.Woodward, professeure à l’université flamande-néerlandophone Vrije Universiteit Brussel, côtoie ce point de vue, si l’on relie la sphère politique au concept de pouvoir.En effet, poursuit-elle: «À mon sens, il s’agit de problèmes de genre, de relation entre les deux sexes.Inégalité de pouvoir, rapports de domination les sous-tendent.» Hommes et femmes sont alors des catégories sociales produites par et dans des rapports de pouvoir ordonnés par un système de genre ou patriarcal.Les maux qui malmènent la planète sont légion: pauvreté, faim, accès à l’éducation, exclusion, épidémies, cette triste litanie pourrait se poursuivre longuement.Tous ne sont pas égaux face à ces fléaux.En première ligne sont une fois de plus les femmes, victimes encore plus ciblées quand il s’agit de violences sexuelles.Lapidées au Nigeria, défigurées au Pakistan, violées, enlevées, mutilées, leur souffrance est extrême.Notre société de communication n’ignore pas ces faits.Les distances sont transcendées, Tailleurs devient proche, il surgit dans notre quotidien.«Il en résulte, souligne Alison E.Woodward, une solidarité outre-frontières.Cette solidarité dépasse les points de scission qui peuvent enrayer l’action nationale.Il est parfois plus facile de s’intéresser aux problèmes des femmes ailleurs que chez soi.» Toutefois, même dans les pays riches, pauvreté et violence ont encore droit de cité.«Pourtant, j’estime que le problème fondamental, poursuit-elle, est de sensibiliser toute la structure de pouvoir.» Une représentation équilibrée des femmes et des hommes dans la prise de décision politique et sociale est une base indispensable à la démocratie.Elle y introduira une nouvelle dynamique, plus à l'écoute des besoins publics.La guerre contre l'Irak aurait-elle eu Seu s'il y avait eu une parité au niveau des postes décisionnels?Florence Montreynaud, quant à elle, focalise son attention sur trois axes, soit la contre-révolution machiste, la recrudescence de la violence contre les femmes et les attaques systématiques menées contre les féministes.Le machisme, système de domination, ne se résume pas au sexisme.Il s’exprime par toutes sortes de violences enseigner L WmÊaê.une affaire de et tear dirigées vers l'autre, vers toute personne différente qui s’éloigne des «normes jugées acceptables», tels les homosexuels, les infirmes.Aussi, militante infatigable, l’historienne a-t-elle fondé une association, La Meute, pour lutter contre la publicité sexiste, soit la manifestation la plus visible du machisme.Un machisme qui a plus d’une corde à son arc, tel que le note le mouvement fiançais Femmes de quartier! Sous forme de retour aux traditions patriarcales, son offensive est sévère.De plus en plus de jeunes stigmatisent les jeunes filles qui assument leur féminité.Elles doivent faire face à une conception archaïque qui les souhaite femmes soumises et mères de famille.Leur espace se restreint alors à la sphère privée, au terrain familial.En parallèle, à l’extérieur, dans les quartiers, le risque de dérapages augmente, tels les viols collectifs visant des jeunes filles jugées trop émancipées.La vigilance est plus que jamais de mise.Elle passe avant tout par une meilleure compréhension des faits, alliée à une volonté d’intervention.Or, rétorque Florence Montreynaud: «Le féminisme est la seule force sociale et politique — proposant une analyse du monde et des pratiques pour le changer — qui puisse résoudre à long terme les problèmes posés par le système de violence, d’injustices et d’inégalités qu’est le machisme.» Dans nos sociétés industrialisées, les problèmes se diluent dans une complexité systémique: «Ils nécessitent, indique Alison E.Woodward, une perspective féministe qui observe, étudie la nature structurelle de l’inégalité.» Certes, les éléments à contrer sont moins visibles que dans les années 1960, mais les nouvelles générations, en portant un nouveau regard sur la société, revitalisent la lutte.Le nombre de femmes au pouvoir n’a jamais été aussi important De plus, le credo des mouvements de femmes, entièrement orienté vers la défense des droits humains, dépasse largement les catégories sexuées et comporte par conséquent un fort potentiel d’unification.GENEVIÈVE OTIS-DIONN E LE DEVOIR Dans le but de souligner l'immense travail réalisé par les femmes et les hommes qui ont lutté au cours des 30 dernières années pour une société québécoise plus juste et égalitaire, le Conseil du statut de la femme organise une agora publique les 23 et 24 mai prochains à la Grande-Place du Complexe Desjardins à Montréal.Une agora sous les thèmes: le passé en photo, le présent sur vidéo et le futur sur le Net Le passé en photo Il sera possible de contempler les vendredi 23 et samedi 24 mai au Complexe Desjardins une exposition de 31 photographies tirées du livre Œuvres de femmes, publié aux Publications du Québec et écrit par l’historienne Lucie Desrochers.Les photos couvrent la période de 1860 à 1961 et évoquent l'histoire des femmes qué bécoises au quotidien.L’objectif de l’exposition est de mettre en lumière la participation des femmes «ordinaires» au développement du Québec.Mme Desrochers, qui a travaillé pour le Conseil du statut de la femme pendant 16 ans, rappelle que la vie des Québécoises «n’a pas toujours été rose».Elle mentionne les difficultés que les femmes ont eues pour accéder à une éducation de qualité et les réticences de certaines facultés, telles la médecine et le droit, pour admettre que des femmes dans leurs cours.L’historienne souligne également la longue lutte des femmes pour accéder à l’égalité juridique.«Le plus bel exemple, c’est la séparation des corps, note Mme Desrochers.Jusqu 'en 1954, le Code civil prévoyait que le mari pouvait demander la séparation de corps pour l’adultère de sa femme.L’épouse avait le même droit dans le seul cas où son mari entretenait sa maîtresse au foyer conjugal.» Elle ajoute que la véritable égalité juridique entre les deux époux ne s’est réalisée qu’au début des années 1980.«Avant 1980, le mari avait encore le droit de choisir seul le lieu de résidence de la famille et SOURCE PUBUCATIONS 1)11 QUEBEC Illustration tirée du livre Œuvres de femmes, publié aux Publications du Québec et écrit par l’historienne Lucie Desrochers.la femme n ’avait pas encore le droit de donner son nom à ses enfants.Les époux sont devenus entièrement égaux entre eux et devant leurs enfants seulement au début des années 1980.» Au travers des photos tirées du livre Œuvres de femmes, il est possible de s’introduire dans la vie des femmes québécoises qui ont participé au développement de la Belle Province.«Plusieurs réalités concernant la participation féminine à la vie économique [ont longtemps été] occultées, écrit Mme Desrochers dans le livre.Non seulement le travail domestique n’est pas considéré, mais également celui effectué par les épouses et les filles des fermiers, des artisans, des commerçants et de certains professionnels.» Le présent sur vidéo Les visiteurs de Tagora pourront visionner le court métrage Trente ans d’action, ça porte fruit!, réalisé par Vidéo Femmes.Le vidéo illustre les grandes avancées des Québécoises ainsi que les effets positifs de ces gains sur l’ensemble de la société.L’objectif de cet exercice est de souligner que les hommes, les femmes et les familles ont tous profité des luttes féministes.«Les rôles des maris et des épouses étaient autrefois coupés au couteau, mentionne Jeannette Bertrand.Le mari était pourvoyeur et ne s’occupait pas de l'éducation des enfants, alors que la femme restait à la maison.Le fait que les femmes soient allées sur le marché du travail a donné la chance aux hommes de garder les enfants, d’en prendre soin et de se rapprocher d’eux.Les hommes ont découvert la paternité.Une paternité qui n ’est pas juste basée sur le fait de ramener de l’argent à la maison.» «Si aujourd’hui il y a un discours, un débat sur la conciliation travail-famille, c’est en grande partie grâce aux femmes, ajoute Marc-André Coailier.Et c’est une très bonne chose de revenir aux valeurs familiales; de dire que l’important dans la vie, c’est la famille.» Selon M.Coallier, les hommes vont pouvoir profiter de ces avancées et bénéficier de la conciliation travail-famille.Il faut cependant que «les gouvernements aident davantage les parents à être autant à la maison qu’au travail».Diane-Gabrielle Tremblay, pro-' fesseure en économie et gestion-et directrice de la recherche à la Telé-Université, souligne par ailleurs que «dans plusieurs recherches, on peut voir que les ¦ jeunes hommes ont autant de préoccupations que les jeunes femmes dans la conciliation travail-jumille.Par contre, c'est parfois plus difficile pour eux d’obtenir les mêmes avantages en milieu de travail.La présence des femmes a introduit la.problématique conciliation travail-jumille, mais c’est certain qu’on ne peut pas considérer que tout est acquis, autant pour les hommes que pour les femmes».Le futur sur le Net Pour permettre au public de s’exprimer sur sa vision de l'avenir des femmes et de la société en général, une douzaine d’ordinateurs vont être mis à la disposition des visiteurs.Les gens vont pou voir émettre un commentaire personnel après avoir vu la vidéo Trente ans d'action, ça porte fruit! Les curieux vont également avoir la possibilité de tester leurs connaissances sur l’histoire récente des Québécoises en répondant à un quiz.Vendredi le 23 mai, de midi à 13h, les intéressées sont invitées à une séance de clavardage en compagnie de l’animatrice Aline Desjardins (Femmes d’aujourd’hui et Jardins d’aujourd’hui) et de la journaliste Lucie Pagé (auteure de Mon Afrique) qui se trouve en Afrique du Sud actuellement.Le clavardage aura pour thème «Les enjeux de l’avenir».Le samedi 24 mai se tiendront trois débats animés par Françoise Guénette à la Grande-Place du Complexe Desjardins.Des panélistes exprimeront leurs points de vue sur les trois sujets suivants: «Mères: avec ou sans les pères?», «Amoureuses: autant qu’hier, moins que demain?» et «Citoyennes: avec ou sans la politique?».Le public aura la possibilité de participer virtuellement à ces débats en confiant ses opinions aux ordinateurs.L’animatrice réservera du temps lors des débats pour partager les commentaires avec l’audience.LE CONSEIL DU STATUT DE LA FEMME • Un organisme essentiel • Un idéal partagé • Chaire d'étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes • Chaire CRSNG/Alcan pour les femmes en sciences et génie • Revue Recherches féministes • GREMF (Groupe de recherche multidisciplinaire féministe) • Université féministe d’été > Pour information : cecful@fse.ulaval.ca chaire-crsng@gmc.ulaval.ca revue.gremf@fss.ulaval.ca gremf@fss.ulaval.ca universite-feministe-ete@fss.ulaval.ca jîîïîï UNIVERSITÉ www.ulaval.ca î® LAVAL rï) Les enseignantes et les enseignants de la FAC se joignent au Conseil du statut de la femme (CSF) pour céléber ses 30 ans de contribution à la mise en évidence des conditions de vie et à l'avancement des droits des femmes de toute la société.Bravo pour le travail réalisé ! Nous sommes avec vous pour que légalité de droit entre les hommes et les femmes devienne une égalité de fait.le Parchemin /jern/nes d ieê magnifiques photographies d’archives présentées dans Œuvres de femmes évoquent à leur manière l’histoire des femmes d’ici de 1860 à 1961.Saisissantes d’authenticité, elles illustrent l’ampleur des changements survenus tout en montrant que, si le décor, le costume et l’équipement changent, plusieurs des gestes accomplis parles femmes sont intemporels.Publications ^ Québec ra a Œuvres de femmes reg.: 29,95$ notre prix: 23,^^ prix en vigueur jusqu'au 24 mai 2003 Dans la même collection à succès a a
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