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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2003-05-31, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 31 MAI ET DIMANCHE l ¦ * J I’ I N 2 0 0 3 ROMAN Suzanne Jacob Vers la tranquillité Page F 4 DE VISU Manon Labrecque Entre vie et mort Page F 8 ?LE DEVOIR ?a/ o JACQUES GRENIER LE DEVOIR BLANDINE CAMPION Il est malaisé (voire impossible) pour un lecteur ayant parcouru ou analysé toute l’œuvre d’un romancier de poser un regard neuf ou, disons, naïf sur la dernière parution de celui-ci.Chaque page s’enrichit en effet des centaines de pages précédemment lues, de sorte que tout le texte finit par ressembler à une sor te d'énorme palimpseste Sur lequel le lecteur ne peut s’empêcher de lire en filigrane les œuvres antérieures.Et cela est d’autant plus vrai que le romancier en question explore, ouvrage après ouvrage, un espace particulièrement étroit, ténu, pour ne pas dire étouffant.Le lecteur que je viens d’évoquer de manière volontairement générale, c’est moi; le romancier, Gilles Archambault; l’œuvre, son dernier recueil de nouvelles, De si douces dérives; et l’espace restreint que cet auteur explore sans relâche depuis quarante ans .maintenant, celui qu’il ‘décrit lui-même comme l’espace de «l’à-quoi-bon», ce lieu incernable dans lequel le temps fuit inexorablement, ralentissant les gestes, raréfiant l’oxygène et rendant vaine toute velléité d’action ou de changement puisque, de toute façon, «tout est toujours trop tard».La mort au bout Trop tard, il l’est en effet pour presque tous les protagonistes des dix-sept nouvelles qui composent ce recueil.À son habitude, Archambault offre à ses lecteurs des textes qui commencent, paradoxalement, quand tout semble fini, la fin apparaît d’ailleurs comme l’un des leitmotiv de ce livre qui l’explore sous de multiples facettes, et ce n’est sans doute pas par hasard que la nouvelle liminaire s’intitule Près du cimetière, tout près, un titre qui pourrait fort bien s'appliquer à l’ensemble du recueil.Qu’ils soient journaliste, archi- « Pourquoi s’énerver puisque de toute manière tout finira par un arrêt des fonctions vitales»?texte, enseignant, p.-d.g., aspirait écrivain ou chômeur, les personnages créés par Archambault sont donc confrontés tour à tour à la maladie (cancer, alzheimer, alcoolisme, dépression), aux ruptures (ruptures amoureuses, ruptures familiales) et à l'échec en général: échec de la paternité, de l'écriture, de l’amitié, de l’amour.Chose étrange, tous ces êtres en «dérive» sont tout à fait lucides sur leur situation et l'auteur place dans leur bouche des phrases aussi lapidaires que celles-ci: «Je « ’ai vraiment rien accompli d'acepticmneU»; «Je me situerais plutôt du côté des tièdes, de ces êtres que leur nullité place hors de la course»; «Il me semble toujours que ma vie est une suite de gestes ridicules.» Mais cette lucidité ne leur sert nullement lorsqu’il s'agit de prendre leur vie en main, de faire des actes concrets.Chez eux, nulle trace de rébellion; à peine, parfois, une légère amertume.Si, à l’instar du narrateur-personnage de «Relâche», les personnages (majoritairement masculins) d’Archambault peuvent avouer que «les êtres d’affirmation [les| jascinent», c’est qu’ils sont quant à eux des êtres d’acquiescement, c’est-à-dire des hommes et des femmes qui se sont laissés porter par la vie, au gré des rencontres et des circonstances, acceptant que les autres ou le hasard décident pour eux.Mais, après tout, «pourquoi s’énerver puisque de toute manière Unit Jinira par un arrêt des Jonctions vitales»?Passifs, ratés, délaissés par leurs épouses, leurs enfants, leurs amis, incapables eux-mêmes de porter secours à leurs proches, comme le souligne dans les textes la récurrence des appels restés sans réponse («Je te rappelle», «La main tendue», «Écris-moi, je t’en prie», «Et toi qu’est-ce que tu Jais?»), ces personnages sont, bien plus que des antihéros, de «gentils zéros», en apparence inoffensifs.VOIR PAGE F 2: DOUCEUR Gilles Archambault RENCONTRE ANNUELLE ET LANCEMENT DU N° DE MAI-JUIN Table ronde portant sur « La Guerre du monde » Animatrice; Catherine Mavrikakis Participants ; Pierre Thibault, Élisabeth Nardout Lafarge.Michel van Schendel et Nathalie Stephens.jeudi 5 juin 2003 a 17 h Au salon du bar Saint Suipice.M).me Saint Denis 23 km Spirale^ BULLETIN D'ABONNEMENT EXPRESS Si AG 8155 rut tanty Anjou (Outbcr) HI) 215 ABONNEZ-VOUS : Par téléphone : (SI 4) 355-3333 ou 1 800 363-1310 Par la poste en nous retournant le buletin ci-contre Par télécopie (514) 355-3332 Consultez notre site Web au www.spiralemagazine.com Si vous désirez que votre nom ne figure pas sur la liste d abonnés qu'il nous arrive de mettre à la despoemon d entreprrses dont les produce pourraient vous intéresser veudtez cocher ici Q CANADA 'étudiant*) 1 an / 6 numéros 20 S CANADA (individu) 1 an /6 numéros 28$ CANADA rindividu) 2 ans/12 numéros , 45 $ INSTITUTIONS 1 an / 6 numéros 40$ À L'ÉTRANGER 1 an / 6 numéros 35$ ABONNEMENT DE SOUTIEN 1 an / 6 numéros 40$ ‘ avec photocopie de la carte (taxes incluses) T ?Oui, je désire m'abonner à Spirale pour la durée et au tarit que j'ai sélectionnés dans le tableau.Choisisse votre mode de paiement Ghèqu» o-jomt à rorSr# d* Ejqtxw i-J Vt$A M*w**Card —i Amancsr Exprt»* QJ-i .1.i I 11 1 i:LL.J.J 1 I Pfd’WPiaion! a i I l I s^natur# .fin.fim ._______________________ AéjMNM ______________________________________________ Ylf_ ___________PrcMoc».Co4»po«tt Ml___________________________________________________ &MI.-?- LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 1 M A I F 2 DOUCEUR SUITE DE LA PAGE F 1 C’est à dessein que j’écris «en apparence», car rien n’est plus sournois que cette soi-disant «douceur» que les personnages arborent comme un étendard.Certes, ils ne disent jamais un mot plus haut que l’autre, semblent se contenter de leur petite vie «tiède, sans aspérités, sans joies ni désagréments», n’offrent aucune résistance face aux décisions d’autrui, mais c’est justement là que le bât blesse.Leur entourage ne s’y trompe d’ailleurs pas, à l’image de cette fille.qui lance à son père, dans Le cinéma, ça t’irait?, ces phrases révélatrices: «As-tu au moins essayé de l’aimer, ta femme?Tu n’en vois pas d’autre, au moins?Tu es un danger pour les femmes que tu fréquentes, le sais-tu?» Non, justement, ils ne savent pas à quel point leur compagnie peut être fatale, ces personnages convaincus de leur bonne foi, et potjr cela d’autant plus dangereux.A preuve, la prise de conscience du narrateur, dans la nouvelle Une scène de bar, qui réalise que la femme avec laquelle il a vécu deux ans n’a jamais été aussi belle que depuis leur rupture et que, par le fait même, toutes ses maladies psychosomatiques ont disparu.-.C’est dire à quel point les personnages, dans leur négativité, peuvent être contagieux.De fait, les fameuses «dérives» décrites par Archambault ne sont «douces» que pour ceux qui s’y soumettent, par peur d’affronter la vie malgré leur cinquantaine, éternels enfants à charge, parasites inconsistants qui, à la manière d’insidieux vampires, aspirent pour la réduire à néant la force vitale de tous ceux qui font l’erreur de confondre leur absence de volonté avec une nature conciliante.Ce qui se cache sous cette douceur, c’est en fait le re- fus de toute forme d’opposition, de toute accentuation des contrastes, de tout choix dans une réalité sans couture.Et cette réalité, c’est celle de vies en lente décomposition, dégageant une odeur que seuls les protagonistes peuvent trouver capiteuse.Tout son talent d’écrivain, Gilles Archambault le met donc au service de la description minutieuse de ce «bien peu de choses» que représente un individu en proie à un effacement à la fois volontaire et progressif, selon un processus inéluctable que traduisent d’une manière significativement mimétique des récits empreints de pudeur, de discrétion.et de douceur, aurait-on la tentation d’ajouter.Mais là encore, la douceur n’est qu’un leurre.En 1988, Yvon Bellemare soulignait déjà dans un texte critique à propos du style d’Archambault: «Cette sobriété modère pour ainsi dire l’aspect excessif des êtres et des situations dans lesquelles ils évoluent.» Quinze ans et quelques œuvres plus tard, cette remarque n’a rien perdu de sa pertinence.Et il faut croire Archambault sur parole lorsqu’il affirme qu’il n’est pas un écrivain de la tendresse.Car il y a dans ses textes une violence qui, pour être contenue, atténuée, refusée même, n’en est pas moins présente, une violence qui appelle l’image des eaux dormantes, des sables mouvants: face à ces lieux en apparence en repos, tel le nar-rateui; de la nouvelle liminaire qui, visitant le cimetière, «se demande si ce calme n’est pas trompeur», il est bon de se questionner avant qu’il ne soit trop tard.DE SI DOUCES DÉRIVES Gilles Archambault Boréal, Montréal, 2003,168 pages Le baromètre du livre au Québec Basé sur les ventes du 21 au 27 niai 2003 1 Roman ONZE MINUTES T P.COELHO Anne Carrière 7 2 2 Roman L'IGNORANCE ?M.KUNDERA Gallimard 15 3 Roman Qc TOUT LÀ BAS A.COUSTURE Libre Expression 8 4 Essais B -H.LÉVY Grasset 2 5 Polar DARLING LILLY M.CONNELLY Seuil 3 .6 Roman 0.PENNAC Gallimard 1 7 Essais MAL DE TERRE 4P H.REEVES Seuil 4 8 Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT 4P E.TOLLE Ariane 137 9.Roman SEPT JOURS POUR UNE ÉTERNITÉ M.LÉVY Robert Laltont 14 10 Scénario Qc LES INVASIONS BARBARES ¥ 0.ARCANO Boréal 3 II Faune Qc LES OISEAUX ET L'AMOUR ¥ J.LÉVEILLÉ L’Homme 6 12 Santé GUÉRIR ¥ SERVAN-SCHREIBER Robert Laffont 6 13 Spiritualité DIEU ?¥ A.JACQUARD Stock 13 14 Polar LES CHIENS DE RIGA H.MANKELL Seuil 4 15 Jeunesse QUATRE FILLES ET UN JEAN ¥ A.BRASHARES Gallimard 48 16 Polar GONE, BABY, G0NE¥ 0.LEHANE Rivages 4 17 Roman Qc LIFE Of PI ¥ - Booker Prize 2002 Y.MARTEL Vintage Çanada 30 18 Cuisine BARBECUE ¥ RAICHLEN/SCHNEIDER L'Homme 57 19 Spiritualité Qc G.BLAIS de Mortagne 1 20 Roman LA TACHE ¥ P.ROTH Gallimard 34 21 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?¥ ).SPENCER Michel Lafon 125 22 Psycho.Qc DEMANDEZ ET VOUS RECEVREZ P.MORENCY Transcontinental 29 23 Roman IMPRIMATUR ¥ MONALDI / SORTI JC lattès 18 24 Roman TOUT CE QUE J'AIMAIS ¥ S.HUSTVEDT Leméac 10 25 Polar L'HÉRITAGE J.GRISHAM Robert Laffont 10 26 Roman Qc LA MAISON DES REGRETS 0.MONETTE Logiques 14 27 Roman JE NE SAIS PAS COMMENT ELLE FAIT A.PEARSON Plon 22 28 Psychologie CESSEZ D'ÊTRE GENTIL.SOYEZ VRAI ! ¥ T.D'ANSEMBOURG l'Homme 123 29 Roman Qc LES FILS DE LA CORDONNIÈRE P.GILL vlb éditeur 6 30 Flore AMÉNAGEMENT PAYSAGER POUR LE QUÉBEC H00GS0N/ADAMS Braquet 7 31 Psychologie PETIT OU GRAND ANXIEUX 7 A.BRACONNIER Odile Jacob 35 32 B.D.DE GROOT/TURK Lombard 3 33 Loisirs Qc LES MORDUS N- 2 M HANNEQUART Rudel Médias 5 34 Biographie M GALLO XOéd.2 35 Roman OSCAR ET LA DAME ROSE E.-E.SCHMITT Albin Michel 19 36 Psycho.Qc STRATÉGIES POUR DÉVELOPPER L'ESTIME DE SOI.J.M0NB0URQUETTE Novalis 6 37 Essais Qc DEUX FILLES LE MERCREDI SOIR BÈRARD/TURENNE Transcontinental 8 38 Roman Qc UN MATIN TU TE RÉVEILLES .T'ES VIEUX 1 M.FRÉCHETTE Vents d'Ouest 8 39 Essais MIKE CONTRE-ATTAQUE ! ¥ M MOORE Boréal 31 40 Guide Qc RÉPERTOIRE DES LIEUX DU MARCHÉ AU QUÉBEC, 4e édition COLLECTIF Bipède 55 41 Pratique Qc 0.PARENT Libre Expression 3 42 Loisirs Qc LES MORDUS If HP , M HANNEQUART Rudel Médias 11 43 Polar M MARSHALL Michel Laton 2 44 Biographie BRÛLÉE VIVE ¥ SOUAD Oh ! Éditions 8 45 Actualité APRÈS L'EMPIRE ¥ E.TODO Gallimard 32 Nbre de semaines depuis parution V : Coup de Cœur R6 ¦¦¦¦¦ Nouvelle entree Plus de .1000 Coups de Cœur, pour mieux choisir.24 succursales au Québec www.renaud-bray.com Nouvel arrivage ! Les soldes d’éditeurs des livres magnifiques à prix incroyables 50% de rabais et plus.STOP - PRIX CHOC Renaud-Bray y ET DIMANCHE 1 '* JUIN 2 0 0 3 —«-Livres-»- PHOTOGRAPHIE Et vogue la liberté de la presse.Klî*»»’* •' M BBBBh s** © PHILIP PLISSON Norvège: le très élégant trois-mâts Statsraad Lehmkuhl construit en 1914 est aujourd’hui un navire école privé.Photo de Philip Plisson.OLIVIER Z U I DA \ A pareille date l’an passé.Reporters sans frontières (RSF), organisme voué à la défense de la liberté de la presse, publiait un superbe album photo de la Terre vue du ciel signé Yann Arthus-Bertrand.Cet été, la mer sera plutôt à l'honneur.En effet, Philip Plisson, photographe du grand large, a à son tour offert ses droits de publication à l’organisme.Rappelons que la vente de ces albums représente la principale source de financement de RSF.Comme celles qui l’ont précédée, cette édition consacrée à Philip Plisson est fort bien réalisée, voire remarquable pour un ouvrage de ce prix.Les superbes reproductions couleur proposent un regard panoramique sur l’œuvre du photographe-marin: tempêtes, phares, marées, grands voiliers, régates, marine marchande et militaire.de multiples thèmes sont abordés.En vingt ans, Philip Plisson a sillonné la plupart des océans et réalisé, à bord de navires légendaires, d’un hélicoptère ou de sa vedette spécialement appareillée, des milliers de clichés admirables.De nombreuses photos, produites à l'aide de puissants té- léobjectifs, procurent une perspective aux graphismes singuliers.D’autres, trop rares, nous rapprochent des artisans de la mer.Nous aurions aimé passer plus de temps sur le pont du Sur- couf, celui d’une grande goélette ou à bord du Pen Duick et tutoyer les marins du monde.Ces 73 photos signées Plisson demeurent néanmoins incontournables.En fin d’ouvrage, on trouve une liste exhaustive des prédateurs de la liberté de la presse dans le monde, qui va du Bangladesh au Zimbabwe en passant par Israël et Cuba.D'autre part, indépendamment de l’album, RSF publie son Rapport 2003 sur la liberté de la presse dans le monde.La brique recense, à divers degrés, les entorses au droit d’informer en dehors de la Suisse, peu de nations trouveront matière à se gargariser.Le Canada fàit-il partie des vilains?Ni oui, ni non.Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site Internet de Reporter sans frontières (www.rsf.org).POUR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE Philip Plisson Reporters sans frontières Paris, 2003,144 pages Que JOHANNE JARRY Romans d’évasion, les polars?«Encore une formule toute faite! Romans d’évasion.Biffez-moi ça!», hurlerait sans doute le commissaire Montalbano, surprenante créature de l’écrivain italien Andrea Camilleri.Ce mois-ci, la parution du polar La Voix du violon (Pocket) sert de prétexte à une rencontre toujours très attendue.Il n’y a rien de spectaculaire dans cette histoire d’adultère qui tourne mal.Ce qui compte, c’est comment Camilleri la raconte; son style est une intrigue en soi.Quant à son commissaire, il sait comme nul autre surprendre le lecteur au détour d’une phrase.Huit romans (ceux traduits en français) plus tard, Montalbano défie toujours les interdictions de fumer, boit jusqu’à plus soif, mange sans penser à son cholestérol et aime la femme de sa vie sans la marier ni vivre avec elle.Espérons que Camilleri ne nous fera jamais le coup de transformer son Montalbano en homme raisonnable, mutation que plusieurs écrivains de polars imposent à leurs enquêteurs ces dernières années.A commencer par Laurence Block qui, côté sagesse, se surpasse dans Trompe la mort (Points).Son détective Matt Scudder, alcoolique sobre depuis dix-huit ans, est maintenant marié à une ancienne call-girl de luxe convertie en propriétaire de boutique d’objets anciens à New York.Ils sont juste ce qu'il fout prospères, soutiennent les organismes artistiques et fréquentent les concerts-bénéfices.Un couple, très bon chic bon genre, est assassiné à la suite d'une de ces soirées mondaines.Même si DANS LA POCHE sont devenus nos héros ?MICHAEL CONNELLY WONDEStlANB AVENUE Scudder a perdu son droit d’enquêter, il accepte d'aider gracieusement leur fiÛe à découvrir le ou les coupables.Comment celui qui a écrit Huit millions de façons de mourir et Tous les hommes morts peut-il ennuyer à ce point?Avant, les plongées existentielles de Matt Scudder maintenaient le lecteur sur la brèche.Maintenant, le détective ressemble à un paisible retraité qui passe le temps en menant une petite enquête pendant que madame tient boutique.Dans L’Homme de ma vie (Points), Çharo devient elle aussi propriétaire d’une boutique de produits santé à Barcelone.Après s’être absentée pendant sept ans, elle veut s’établir avec Carvalho G’homme de sa vie) et lui offrir, par l’intermédiaire d'un ami bien placé, la sécurité dont ses vieux jours auront besoin.Cet ami ouvre la voie à une intrigue poli- tique complexe dont le ton (donné par Carvalho) est résolument cynique.Toutefois, les pages les plus engagées (et les plus prenantes) sont celles où il est question d’amour.Malgré tout, on sent l’usure de Carvalho, et les feux qu’il allume avec ses livres prennent moins bien.Où donc est passé le Pepe qui s’arrangeait pour qu’on ne s’habitue pas à lui?L’inspecteur Wallender Fatigué et vieilli, Kurt Wallender est tout de même moins cynique que Pepe Carvalho.Dans La Muraille invisible (Points), il est confronté à l’inconcevable: un chauffeur de taxi sauvagement assassiné par deux adolescentes pour une poignée de billets.L’insensibilité des jeunes femmes le sidère.Ce meurtre sert de point de départ à une enquête compliquée, contrôlée par un génie de l’informatique qui s’en prend aux milieux financiers.Henning Man-kell maintient le suspense jusqu’à la fin, même si plusieurs aspects de son enquête demeurent inexpliqués ou incohérents.Quant à Kurt Wallender, il est égal à lui-même: toujours sur le bord de démissionner, seul et souffrant de cette solitude (ce qu’on ne saurait lui reprocher).Mais la fin de cette enquête pourrait favoriser chez lui une approche plus optimiste de la vie, attitude qui lui fait défaut depuis quelques romans.A suivre, donc.Tout comme Kurt Wallender, l’inspecteur Harry Bosch fait face à une des «plus difficiles enquêtes de sa carrière» dans Wonderland Avenue (Points) du très populaire Michael Connelly.La chienne d’un médecin qui réside sur Wonderland Avenue ramène un os à son maître.Ce dernier est formel: l’humérus est celui d’un enfant.Un enfant qui a été maltraité depuis sa naissance.Sinistre histoire, et Bosch est bien décidé à trouver le coupable.Connelly a écrit une histoire efficace (qu’on finit à trois heures du matin), mais qui manque de noirceur et de profondeur.Quant à la résolution de l’enquête, elle laisse le lecteur sur sa faim: pas facile à avaler à trois heures du matin.Dans Sacré (Rivages/noir), Denis Lehane met en vedette le duo Patrick Kenzie et Angela Genna-ro.Ces détectives, les meilleurs de Boston, réussissent à se sortir des pires guêpiers.Leur débrouillardise sera mise à l’épreuve par un homme très puissant qui les charge de retrouver sa fille disparue.On cherche ce qu'il y a de noir dans ce polar qu’on qualifierait plutôt de divertissant, saupoudré d’une bonne dose d’humour et de romantisme.Parmi les nombreuses réimpressions soulignant le centenaire de Georges Simenon, mentionnons 45° à l’ombre (Folio policier), roman qu’on appréciera surtout pour son style classique.Le lecteur qui ne jure que par Maigret devra toutefois se contenter du commissaire La-chaux en fonction sur l’Aquitaine.paquebot qui fend les eaux africaines vers Bordeaux.Terminons avec le polar Ca-voure Tapi (L’Instant même) d’Alain Cavenne.Une bactérie «dévoreuse de pétrole» pourrait résorber les marées noires.Mais l’institut montréalais qui a fait cette découverte n’est pas le seul à vouloir la faire breveter.Le courageux détective Alain Cavoure cherche à savoir qui.ÉCHOS Rencontre avec François Ricard (Le Devoir) — À l’occasion de la parution du plus récent roman de Milan Kundera, L’Ignorance, la librairie Gallimard invite les lecteurs à venir rencontrer l’essayiste François Ricard lors d’une discussion animée par Stéphane Lépine.Professeur à l’université McGill, François Ricard vient de faire paraître Le Dernier Après-midi d’Agnès, un essai sur l’œuvre de Kundera.Le jeudi 5 juin à 17h à la librairie Gallimard, 3700, boulevard Saint-Laurent, Montréal.Pour information: (514) 499-2012.Montagne?* fugitives Hossein Sharang Montagnes fugitives 102 pages - 16,95 $ Comme de mon commencement j'ai peur le commencement aussi a peur que le paplon ne se pose plus que Tarbre pousse éternellement dès lors commence le temps où i faut tomber de sormême dans fa profondeur étemele Traduit du persan par Bahman Sadighi et Gilles Cyr Élise Turcotte LAURÉATE Prix Estuaire-Terrasses Saint-Sulpice l|* Sombre ménagerie pi 76 pages - 14,95 $ H ÉDITIONS DU NOROIT 30 ans de poésie www.lenoroit.com Mensonges ! (Le Devoir) — Tel est le thème du concours de nouvelles pour les 18 ans et moins que parrainent les Editions Vents d’Ouest.Le texte doit être une œuvre originale inédite d’une longueur de 10 à 15 pages.Celle-ci doit être présentée sous un pseudonyme avec une enveloppe cachetée contenant l’identité réelle de l’auteur.Date limite pour participer 31 janvier 2004.Les textes doivent être adressés à: Prix jeunesse Québec, 36, rue Dumont Gatineau, Québec, J8V 1J4.Pour information: .Losfeld chez Gallimard (Le Monde et Le Devoir) — Gallimard reprend les Editions Joël- le Losfeld, qui quitte le groupe Mango.Joëlle Losfeld compte 200 ouvrages au catalogue.Cette décision fait suite à l’initiative de Mango, en France, de changer de diffuseur.Les Éditions Blanche devraient aussi quitter Mango, mais elles ne sont pas reprises par Gallimard.Au Québec, rien encore n’a été décidé quant à la distribution.La P.LU.M.E.(Le Devoir) — Farah Gharbi, une étudiante à la maîtrise en études françaises de l’Université de Montréal, a remporté le concours international P.LU.M.E.organisé par l’Université de Metz CFrance) et «L’Été du livre».En plus d’un prix en argent la gagnante verra sa nouvelle, Aïcha à feu et à sang, publiée en France.Désirée Szucsany ! Félicitations à Auteure du roman champêtre Les Fées des lacs (Varia, 2001), Désirée Szucsany a reçu, le 4 mai 2003.à Paris, la médaille de bronze de la Société académique « Arts-Sciences-Lettres », couronnée par l’Académie française, lors de la cérémonie officielle des diplômes tenue sous le haut patronage de Monsieur Jacques Chirac, Président de la République française.Désirée Szucsany a déjà publié une dizaine d'œuvres et fera bientôt paraître Le Bon Numéro.Le Cicéron d'Amsterdam et La Rue du pain.les ÉDITIONS J varia_________w w w .v a r LES FEES DES LACS I A COM i I LE DEVOIR.LES SAMEDI 31 MAI ET DI M A N t H E .1 l I X 2 O O 3 ITTERATURE ROMAN QUÉBÉCOIS Un homme qui dort LeS passages à vide de Mistral CHRISTIAN DESMEULES La nuit s’étend lentement dans le noir d’une chambre que partagent deux amants, comme une marée qui monte.C’est leur première nuit ensemble.Leur première nuit entière.L’homme dort à poings fermés dans le creux du lit, insouciant et fragile à la fois.Elle, elle n’arrive pas à fermer l’œil, visitée par le doute et l’hésitation, les inquiétudes qui accompagnent un amour qui naît «Mésadaptée de la nuit partagée», elle préfère d’ordinaire quitter quelqu’un avant que d’être quittée.Dans sa chambre à lui, elle convoque quelques-uns de ses fantômes: son père, sa mère disparue trop tôt, une voisine qui l’a pratiquement élevée («ma grand-mère adoptée, femme de ma vie»), une cousine suicidaire, des amants de passage.Puis elle se repasse le film de leur rencontre, de sa rencontre avec lui, du premier regard à cette première nuit sans sommeil.Elle égrène des souvenirs, des «épisodes choisis» de sa propre vie qui l’aident à habiter sa nuit, qui donnent forme humaine à ses propres peurs.Dans le noir de la chambre, à côté du «Monstre» endormi qui respire lourdement, le réveil-matin égrène les heures, la nuit monte.«H est 6h30.Je suis toujours là, à peine deux mètres plus loin qu’au début de la nuit, le dos appuyé au dossier de la chaise, les genoux dans les bras, à te regarder dormir encore et encore, et à trouver tout ça fantastique, formidablement étonnant, moi toute une nuit chez toi, toi dormant paisiblement, pas dérangé par ma présence, peut-être même content.» Finalement, l’homme émerge de sa nuit Innocent comme à son premier matin, incapable de soupçonner l’étendue du drame qui s’est joué cette nuit-là entre les murs de sa chambre.«Pourtant, il ne s’est rien passé, dans cette chambre, écrit-elle, il n 'est rien arrivé d’autre que ma veille hallucinée, que ton sommeil indifférent.» Puis ils sortent pour déjeuner.Dans la rue, la jeune femme se fait une promesse, un pari, sans que l’on sache trop ce qui a pu l'entraîner: «Si tu commandes la même chose que moi, je dormirai chez toi autant de nuits qu'il faudra pour tracer la forme de mon corps sur ton matelas.» La nuit monte, un récit qui fait un peu plus de cent pages découpé en quatre parties, elles-mêmes morcelées en chapitres brefs, souffre malheureusement d’un découpage curieux.En exergue à chacune des parties de ce récit.Josée Bilodeau convoque avec justesse Annie Ernaux, Camille Laurens, Suzanne Jacob et Louis Gauthier.Mais le récit de Josée Bilodeau semble sans logique apparente, sautant du coq à l’âne, porté seulement par l’écoulement des heures.En outre, malgré une intention sensible et poétique, l’écriture ne semble pas véritablement achevée.Des phrases qui boitent, une ponctuation curieuse (sans véritable cohérence) donnent le sentiment durable d’être face à une œuvre mal dégrossie, encore en gestation, loin de «l’écriture fluide» que nous vante l’éditeur.Le sentiment regrettable d’être face à quelque chose qui aurait pu être.LA NUIT MONTE Josée Bilodeau XYZ, coll.«Hiéroglyphe» Montréal, 2003,118 pages Par tous les moyens, voyager JOHANNE JARRY Comment appréhender le monde autrement que par habitude?Ceux qui en ont les moyens rompent avec la routine en bouclant leurs valises pour aller vers des lieux inconnus.Mais cela suffit-il à secouer leur léthargie?«Vêtu du pyjama rose et bleu, satisfait des limites de sa propre chambre, Xavier de Maistre nous encourage discrètement à essayer, avant de partir pour de lointaines contrées, de remarquer ce que nous n’avons fait que voir.» Car voyager, rappelle Alain de Botton dans L’Art du voyage, est d’abord affaire de regard.L’auteur maintient cette acuité visuelle tout au long de son livre dont l’aventure commence un jour d’hiver londonien, quand l’auteur parcourt une brochure publicitaire où s’étalent les plages et les deux d’une Barbade dorée.Entre ce qu’il imagine de son voyage et ce qu’il sera en réalité, il y a tout un monde.L’auteur réfléchit à ce qu’implique toute anticipation en rappelant le roman À rebours de J.-K.Huysmans où le duc des Es-seintes, jugeant trop fatigant d’aller à Londres, rebrousse chemin avec ses malles pour ne plus jamais sortir de chez lui.Contrairement au duc des Es-seintes, Alain de Botton atterrit sur l’île quelques semaines plus tard.Mais on a beau quitter la grisaille londonienne, c’est avec soi que l’on voyage, constate-t-il à la suite d’un malentendu conjugal.Résultat?Il arrive que le voyageur contrarié ou blessé éprouve subitement la plus grande indifférence pour ce paysage qu’il a pourtant longtemps désiré.Souvent, on rêve de partir pour échapper à une réalité trop ordinaire.«N’importe où! n’importe où! pourvu que ce soit hors de ce monde!», clamait Baudelaire.Si ce dernier imaginait le bonheur possible en regardant les bateaux circuler dans le port de Ronfleur, Alain de Botton écrit pourquoi les aéroports lui sont des refuges merveilleux.«Comme il est réconfortant de songer, lorsque à trois heures de l’après-midi la lassitude et le désespoir menacent de nous submerger, qu’il y a toujours un avion qui s’envole pour quelque part (“N’importe où! n’importe où!”): Trieste, Zurich, Paris.» On voyage aussi pour renouer avec soi.«Au bout de deux heures de rêverie ferroviaire, on peut avoir le sentiment d’avoir été rendu à soi-même: c’est-à-dire ramené au contact d'émotions et d’idées importantes pour soi», observe Alain de Botton en regardant la voyageuse du Compartiment C, voiture 293 du peintre Edward Hopper.On peut aussi quitter la ville pour la campagne en pensant au poète William Wordsworth qui, en 1850, se préoccupait déjà «de Teffet des villes sur nos âmes, plutôt que sur notre santé», et pour qui la nature «constituait un remède indispensable aux dégâts psychologiques infligés par la vie urbaine».Voir du pays, c’est aussi pouvoir rêver à toutes ces vies qui aurait pu être les nôtres, ailleurs.On comprend ce qu’éprouve l’auteur, en émoi devant une maison à Amsterdam: «Je voulais l’existence qu’évoquait ce décor.[.] Pourquoi être séduit par quelque chose d’aussi insignifiant qu’une porte d’entrée dans un autre pays?» Vouloir franchir le seuil de ce lieu étranger rappelle peut-être au voyageur qu’il vit, chez lui, une vie pas toujours à la hauteur de ce qu’il désire.Au retour, ragaillardi par ce qu’il a vu, il tentera peut-être de défier ses routines et d’oser quelques changements; voilà sans doute la plus agréable façon de rentrer chez soi.L’ART DU VOYAGE Alain de Botton Traduit de l’anglais par Jean-Rerre Aoustim Mercure de France, coll.«Bibliothèque étrangère» Paris, 2003,304 pages |À l'occasion de la parution de «L'Ignorance» de Milan Kundera et du «Dernier après-midi d'Agnès, essai sur l'œuvre de Milan Kundera» de François Ricard, ouvrages parus aux éditions Gallimard.à assister à une rencontre animée par Stéphane Lépine avec François Ricard à la librairie Gallimard le jeudi à 17 h 5 juin 00 ürazrif Gallimard boulevard Saint-Laurent, info.514 499 2012 CHRISTIAN DESMEULES Entre deux chansons, un essai sur son œuvre et un projet de roman, Christian Mistral nous imprime son journal de l’annee 2002.Un Journal qui.entre sa publication quotidienne l’an dernier sur Internet et sa mouture de papier, se transforme en «roman» par un petit tour de pass^passe dont lui seul connaît les ficelles, sans que l’on sache trop bien ce qui justifie cette fantaisie sémantique.Vacuum se présente donc après coup, dans sa version livre, comme le quatrième volet du cycle Vortex Violet (dans le sillage de Vamp, Vautour et Valium).Pour l’occasion, le «mauvais garçon» de notre littérature s’offre un nouvel éditeur (Trait d’union) et la direction d’une collection («Graal») qu’inaugure son nouveau livre.Au menu, on trouve un peu de tout: commentaires de l’actualité internationale, mots rares, chronique voilée de ses amours chaotiques et de ses amitiés viriles, extraits de courriels qui lui sont adressés, citations de poèmes, de chansons.Tout cela écrit et publié sur Internet au jour le jour, pratiquement d’heure en heure, flirtant sans remords avec le degré zéro de l’écriture.Ainsi, en date du 16 avril 2002 à 9hll du matin, on peut apprendre que Mistral vient d’ajouter une page à Origines, l’essai que lui a commandé Victor-Lévy Beau-lieu.Le 25 avril, la petite madame gentille qui habite en dessous lui offre une paire de pantoufles en «Phentex».Le 15 juin, on sourirait si on pouvait croire qu’il se parodie lui-même: «Avec Kevin, on s'est descendu une bouteille de Havana Club en visionnant Les Raisins de la colère, puis on a commencé à se taper dans la gueule.» Le 9 juillet, il dégivre son congélateur.Comment se limiter au réel le plus plat, semble s’être donné pour horizon l’écrivain Mistral.Comment ennuyer?Dans un souci de faire adhérer étroitement sa propre vie et l’écriture, il nous donne à lire le désœuvrement dans ce qu’il a de plus sordide.Epris depuis toujours de liberté, infatigable assoiffé de la vie qui grouille, qui rampe ou qui se décompose, mais bien loin des figures tutélaires de Henry Miller ou d’Hemingway, Mistral traîne sa liberté comme un embarrassant fardeau.Ou comme un vide à remplir.Dans l’un des rares passages de Vaccum où la lucidité semble l’emporter sur la complaisance, il nous livre un état des lieux: «Trente-sept ans.Gros.Cancéreux que ça ne m’étonnerait pas.Le miroir me renvoie une rotondité, une épaisseur bourrelée au-dessus du coude gauche.Et j’expectore avec de plus en plus d’inconfort [.], mais je crains tant que toute ma force ne fonde au contact de l’inquiétude, comme ma beauté s’estompe dans les résidus de tabac fumé et de bière bue.» La pratique diariste est exigeante, souvent sans pitié pour l’entourage et pour soi (Jean-Pierre Christian Mistral traîne sa liberté comme un embarrassant fardeau.Guay, Gombrowicz ou Charles Juliet en savent quelque chose).Elle relève davantage du véritable travail sur soi et sur l’œuvre en cours que de l’autocongratulation.A cet exercice du journal.Mistral échoue.Car ce qui aurait pu être une œuvre littéraire n’est que la chronique quotidienne d’un personnage nommé Mistral, compulsif dactylographe qui découvre la technologie et s’excite de pouvoir s’adresser au plus grand nombre, à travers le grand vide de l’ennui.A quelques reprises, le Journal nous est présenté comme une sorte d’excroissance amputée d’Origin es, un court essai sur son œuvre et sa venue à l’écritqre qui s’insère dans la collection «Ecrire» des Editions Trois-Pistoles, dans lequel Mistral consent à nous livrer quelques-uns de ses secrets de cuisine.Un livre polymorphe et bigarré constitué d’un entretien, de noies, d’extraits du Journal, de souvenirs d’enfance.Un petit livre éclairant, mais qui n’arrive pas à se suffire à lui-même.Certains passages de Vacuum s’y retrouvent d’ailleurs tels quels, sans retouches grâce à la magie du «copier-coller» qui permet à l’écrivain d’être partout à la fois.Paresseux, le Mistral?C’est lui-même qui l’avoue: «Le champion toutes catégories des démons dé-gueulasses auxquels j’aie à faire face, c’est la paresse.» Et d’ajouter que le cœur n’y est pas, qu’il n’y est plus depuis déjà longtemps: «Personne ne me croit quand j’affir- Jean Pierre Girard J'espère que tout sera bleu Jean Pierre Girard J’espère que tout sera bleu Diane Sansoucy Croque-Monsieur © Studio Forest « [.] on a affaire à un nouvelliste de premier plan.Un styliste qui cherche la lumière, capable d'images inoubliables.» Marie-Claude Fortin, Voir (Montréal) « On pourrait dire de ce recueil qu'il n'est pas loin de ressembler à une anthologie tant il donne un bon aperçu de la palette d’écriture de Girard.» Robert Chartrand, Le Devoir QUÉBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerique.com ~JC I m*n?mrmiti&f Croque-monsieur © Pierre Langlois C'est écrit ! C'est dense.Cest intense.Diane Sansoucy a du talent.Un indéniable talent.Et de la maturité.Conjugués à une forte personnalité.Etonnant Séduisant « Et voilà, j'étais entrain de lire un roman digne de recommandation.Un grand roman?Si ce n'est pas un grand roman, ça y ressemble.» Didier Fessou, Le Soleil QUÉBEC AMÉRIQUE , ^ www.quebec-amerique.com ¦ ’ JACQUKS CRKNIKR 11 DKVOIK me préférer laver la vaisselle à écrire.» La paresse ne fait pas qu'empêcher d’écrire, elle fait aussi prendre des raccourcis.«Im seule perspective d'être lu et d’en jc.ter plein la vue me donne l’impulsion nécessaire à l’ouvrage quotidien.C’est comme ça.Il est de pires taisons d’écrire.» Vraiment?VACUUM Christian Mistral Trait d’union, coll.«Graal» Montréal, 2(X)3,254 pages ; ORIGINES Christian Mistral Editions Trpis-Pistoles, , ¦ coll.«Ecrire» Trois-Pistoles, 2(X)3,102 pages . LE DEVOIR.LES SAMEDI 31 MAI ET DIMANCHE 1 JUIN 2 0 0 3 F 4 «'LlTTÉRATl'RE-* ROMAN QUÉBÉCOIS Les fils de la cordonnière Vers la tranquillité du Maine JACQUES GRENIER LE DEVOIR DIANE PKÉCOURT LE DEVOIR Après ses trois romans historiques sur la vie de Victoire du Sault, une femme de caractère au parcours inusité dans le (Québec de la seconde moitié du XK' siècle, ce sont les fils de cette cordonnière, Oscar et Marius Dufresne, que Pauline (/ill place au centre de son dernier livre.Basé en partie sur des faits connus, Ij?s Fils de la cordonnière raconte le parcours des deux frères dont le travail professionnel et l'œuvre philanthropique ont contribué à bâtir la cité de Maisonneuve, aujourd’hui un quartier de l’est de Montréal.L’un, manufacturier de chaussures prospère, et l’autre, ingénieur-architecte, évoluent dans un contexte encore marqué par le pouvoir dominant du clergé catholique et de la bourgeoisie anglaise, au début du XX' siècle, dans une société canadienne-française qui cherche à s’affirmer.Dans le quartier Hochelaga-Mai-sonneuve, certains édifices portent encore la marque des plans élaborés par Marius Dufresne: le bain public, le marché, l'hôtel de ville, la caserne de pompiers et le château Dufresne, l’ancienne résidence des frères au coin de la rue Sherbrooke et du boulevard Pie-K.Sans comp ter que son entreprise de consfruc-tion fut notamment chargée de l’érection des piliers des ponts Jacques-Cartier et Papineau.Le fameux secret Bien que ses personnages principaux ne présentent pas l’intensité THIERRY BISSONNETTE Le Québec ne manque ni d’édi-teurs ni de revues littéraires.La capacité de renouvellement de ceux-ci, qui exige un surplus d’ab-negation, n’est cependant pas infinie, ce qui suscite tôt ou tard la fon-ilation d’autres lieux.Au cours des dernières années, l’apparition de maisons comme L’Effet pmrpre et de revues comme L’Inconvénient a souligné combien la relève est difficile à construire lorsque la multiplicité des tribunes tend à masquer les innovations véritables.C’est pourquoi il faut faire circuler sans retenue le premier numéro de Contre-jour, une revue ambitieuse que distribue Fuies.Menée par Etienne Beaulieu, Véronique Bessens, Antoine P.Boisclair, Jean-François Bour-geault et Sarah Rochevwe, Contre-jour se veut un pont entre les auteurs de la relève et des écrivains consacrés, les premiers prenant l’initiative de ce carrefour et les seconds démontrant leur ouverture à une véritable filiation.Le paternalisme crasse et le blasement baby-boomien qui dominent une partie de nos lettres seraient donc, selon les agents de cette nouvelle publication, surmontables., Le texte d’ouverture d’Etienne Beaulieu («Croire à ce monde-ci», semonce épique de 32 pages) cerne avec beaucoup de profondeur ce sentiment d’«après moi le déluge» qui émane de la plupart des 45 ans et plus.L’auteur y dresse comme programme le dépassement de la «fermeture de lame» provoquée par les excès du scepticisme moderne, sombré dans un narcissisme stérile et autodestructeur.Dictature du «bonheur» et triomphe de l’idéologie romanesque, la civilisation occidentale se serait coupée de la génération poétique du sens, accomplissant d’une certaine façon le projet d’humanité critique des Lumières.«Toutefois, dit Etienne Beaulieu, entre la lumière pure et notre monde, un décalage demeure dans lequel la pensée assoiffée de lumière perçoit un contre-jour où les objets d'iei-bas, comme les chairs illuminées des tableaux de Georges de La Tour, conservent leur matérialité mais se laissent néanmoins imbiber de lu- ni la force d’une Victoire du Sault, le roman se lit comme un récit historique de la période entre 1908 et 1918 dans l’est de la métropole, parsemé de quelques histoires d’amour et d’intrigues familiales propres à l’époque.Y compris le fameux «secret», que l’on devine aisément dès le début de la lecture, surtout si l’on a suivi la saga depuis ses débuts avec La Jeunesse de la cordonnière.Cela dit, il n’est pas nécessaire d’avoir lu les trois premiers livres pour s’y retrouver dans Les Fils de la cordonnière.Aussi, pour qui s’intéresse aux péripéties du journal que vous tenez entre les mains, le livre offre quelques passages intéressants sur le quotidien aujourd’hui installé rue de Bleury.Ceci, par exemple: «Le 21 septembre 1911, Wilfrid Laurier est défait et Robert Laird Borden obtient la majorité des votes, avec un appui massif de l’Ontario.Henri Bourassa, de la fenêtre de son bureau, rue Saint-Jacques, s’écrie devant la foule rassemblée en fin de soirée: “Je le dis ce soir, Le Devoir sera indépendant du gouvernement conservateur comme il l’était du gouvernement libéral.Indépendants nous fûmes, indépendants nous sommes, indépendants nous resterons.”» Les slogans promotionnels n’ont rien inventé.Pauline Gill, ex-enseignante qui se consacre mamtenant à l’écriture, signe ici son sixième roman.LES FILS DE LA CORDONNIÈRE Pauline GiU Vlb éditeur Montréal, 2003,384 pages mière.» Contre l’absolu détachement attribué à Kundera, contre le cynisme postmoderne, on se réclame ici d’Hôlderlin, de Blanchot, de Char et de Patocka pour se diriger «au-delà du doute à outrance, du rire et de l’extase prosaïque».Quant à Antoine P.Boisclair, il commente la poésie québécoise moderne à l’aune d’un équilibre souhaité entre l’affirmation et le retrait, l’action et la suggestion, déplorant l’indifférenciation surgie de la surabondance de livres et du manque de réception critique.Un peu court pour l’ampleur de ses jugements, ce texte mériterait des échos.Chez Jean-François Bour-geault, c’est une réflexion sur le haiku, ici lié aux épopées minimales de Handke, qui mène au même constat il faut réapprendre à doser silence et parole pour laisser naître le monde.Une perspective complétée plus loin par quelques haikus de Robert Melançon.Le numéro reçoit aussi les contributions dYvon Rivard, de François Hébert et de Ying Chen, soit respectivement un essai, des poèmes et un extrait de roman.A parcourir ces réflexions et créations, le plus frappant est de constater la cohésion esthétique de l’ensemble, privilégiant la voix plutôt que les événements sans pour autant rechuter dans le formalisme.A l’image de cette revue au format livresque, la pensée et l’écriture sont envisagées comme le risque d’une patience et d’un approfondissement humain qui défient les lois du marché.Contre-jour nécessitera beaucoup d’énergie pour maintenir l’intensité et les vœux de sa proposition.Sa teneur savante en éloignera les anti-intellectuels, les autres ne s’accorderont peut-être pas le temps d’y jeter l’œil, ce qui minerait la volonté de débattre qui accompagne le projet.Espérons tout de même que cette flamme obscure attise un foyer suffisant pour se diffuser à long terme dans notre culture absente d'elle-même.(Pour d’autres précisions et pour connaître les dossiers en préparation: www.contre-jour.ca) CONTREJOUR Cahiers littéraires, numéro 1 Montréal, 2003,160 pages KARINE BERNARD Wells, de Suzanne Jacob, est la reprise du texte Plages du Maine, paru en 1989, augmentée d’une suite inédite qu’on dit «importante» en quatrième de couverture.Aussi courte soit-elle, cette suite apparaît, effectivement, essentielle.Là ou le deuil de la mère avait tranquillement fait s’éloigner des jumeaux, celui du père promet de les réunir.On ne peut pas dire du frère et de la sœur de Plages du Maine qu’ils étaient ensemble, unis.Le seul lieu de reconnaissance qu’ils ont est la beauté de leur mère qu’ils partagent.Et «la beauté de cette femme (notre mère) dépassait toutes les limites du tolérable».Maintenant, elle est morte.La sœur est silencieuse.Le frère aussi, mais il est le narrateur.On constate toutefois au fil du récit qu’il est de moins en moins amarré à ce deuil, «transporté [.] ici, à Wells, plages du Maine».C’est sa sœur qui décidera d’arrêter l’étrange rituel, juste après que le frère eut confié au lecteur qu’il ne s’y reconnaissait pas.«Après tout, c’est une scène qui ne m’appartient pas.Soudain, je comprends que cette scène n’est pas à moi, qu’elle appartient à notre mère et à ma sœur, que c’est entre elles deux qu’elle a lieu».Dans «La suite», nous sommes au même endroit, vingt ans plus tard, après la mort du père des jumeaux.C’est l’occasion pour eux de se retrouver, car depuis Plages du Maine, ils ne se sont pas vus.Le premier texte se termine alors que les personnages quittent la plage pour la chambre d’hôtel; le second commence au moment où le frère, seul, entre dans la chambre.Sa sœur est seule aussi, dans le hall de l’hôtel.La suite nous montre les jumeaux en alternance, qui (se) racontent ce qui les sépare, ce qui les unit.Leurs parents les séparaient.«J’ai mis des années à comprendre DAVID CANTIN La poésie relance, sans cesse, la notion de dialogue.Comment unifier le proche et le lointain, l’intime et le collectif dans une même voix fondatrice?En 1994, Rachel Leclerc publiait Rabatteurs d’étoiles aux Editions du Noroît.Trois ans après Les yies frontalières (lauréat du prix Emi-le-Nelligan), ce quatrième recueil venait en quelque sorte confirmer la justesse d’une démarch,e d’écriture dans la mouvance d’E-lise Turcotte, de Denise Desautels et de Louise Warren.Désormais revu et corrigé dans la collection «L’appel des mots» à l’Hexagone, le livre semble avoir pris une réelle consistance avec le temps.Et aux Herbes rouges, Jean-Simon DesRochers se fait encore plus incisif que lors de la parution de L’Obéissance impure (Les Herbes rouges, 2001).Certains recueils semblent mieux vieillir que d’autres.C’est le cas, notamment, de Rabatteurs d’étoiles, qui compte parmi les œuvres québécoises les plus fortes de la dernière décennie.On retrouve dans cette suite en trois mesures un désir de vaincre une certaine peur des histoires obsédantes du passé.L'enfance se manifeste, mais avec la distance de l’âge adulte.Une parole tente de saisir la «dernière humanité» qui s'épanouit dans sa plus alarmante quiétude.Comme le signale Michel van Schendel dans une très belle préface, «ils [les poèmes] ont commencé à apprendre, en symétrie, le heurt et la sérénité, c'est-à-dire à les sensibiliser, à les produire dans des formes rythmiques qui, au long du chemin, ne pourront devenir que fortement singulières de leur vie contrastée propre».Tout se passe comme si le monde basculait de la détresse à la révélation la plus juste.Dès le poème initial, on sent la présence de Suzanne Jacob que nos parents n’étaient pas parents entre eux.Nos parents étaient de parfaits étrangers qui s’étaient croisés à cinq heures de l’après-midi au guichet numéro huit de la Grande Gare.» Maintenant que leurs parents sont morts, le frère et la sœur vont construire leur propre récit.«Je n’ai pas, à l’intérieur de moi, d’architecture suffisamment stable pour assurer ma survie», disait le frère dans Plages du Maine.Dans «La suite», sa sœur dira à un veuf rencontré sur son chemin vers Wells qu’«i7 est bien évident qu’il est plus facile de faire un deuil si on partage une histoire de survie que si on ne partage que du néant».ces orphelins «saturés de lumière» qui devront «trahir l'ancêtre et tuer la demeure».Entre la prose et l’évocation poétique, le ton fait appel à une lucidité enveloppante par rapport au deuil furtif.A sa manière, une femme affronte l'humiliation, la détresse, de même que la fatigue inguérissable.«On s'avance sur les bords de la terre / jusqu à ne plus voir que la mer/on assiste au fragile / au combat de la baie lumineuse / on revient sans le nombre / presque dévasté par le Wells, c’est l’histoire de survie partagée par un couple indivisible, marqué par «le lieu de la gémellité qui est un lieu hors d’atteinte, que les tripotages n’atteignent pas».C’est dans ce lieu protégé qu’un frère et une sœur pourront prendre possession de leur propre histoire, que des gens de leur entourage ont voulu associer commodément à l’inceste.Les personnages de Wells sont donc, comme bien d’autres des livres de Suzanne Jacob, qu’on pense à Laura Laur, du roman du même nom, ou à Marie, de L’Obéissance, à la recherche de leur récit, de leur histoire, qu’ils écrivent, presque, et qu’on lit.voyage / devenu poussière soi-même / comme si on avait marché / sur Constantinople.» Lauréat du prix Alain-Grand-bois en 1995, Rabatteurs d’étoiles en vient à semer des pistes pour les œuvres à venir de Martine Audet, Tania Langlais ou encore Julie Fauteux.Très personnel, il reste que ce livre synthétise un certain état d’esprit.De la colère à la tristesse profonde, Rachel Leclerc a su descendre au fond d’elle-même afin «d'abolir la pei- Dans La Bulle d’encre, un essai paru en 1997, Suzanne Jacob disait de l'écrivain qu’il «est peut-être [.] celui qui a perdu les histoires qui lui ont été confiées.Il passe peut-être sa vie à tenter de retrouver ces trois ou quatre histoires qui feraient de lui cet être tranquille en possession des histoires vivantes dont il a hérité, dont il a la garde».Le roman Wells raconte comment un frère et une sœur aspirent à cette tranquillité.WELLS Suzanne Jacob Boréal, Montréal, 2003,80 pages ne».C’est ce qu’on appelle une œuvre charnière.En 2001, L'Obéissance impure marquait les débuts de Jean-Simon DesRochers en poésie.Malgré quelques défauts, on sentait alors une voix qui prenait forme tranquillement.Avec Parle seul, l’écriture se précise davantage.Comme dans Rabatteurs d’étoiles, on part d’une crainte instable afin d’entreprendre un voyage périlleux au fil de l’existence.«Regarde le ciel qui taille nos rêves./ Regarde jusqu’à ne rien savoir./ La pensée servira la peur / dans notre corps en guerre lasse / contre disparaître./ -Je plante au sol cette bouteille / où est enfermée la mer/pour repenser la vie, sans nous, cette fois.» Malgré une certaine détresse alarmante, la poésie de Jean-Simon DesRochers ne sombre pas autour d’un nihilisme éculé.Un monde se trame qui énonce «cette musique qui annonce l’oubli».Une histoire prend forme dans le pays imaginaire.Cette poésie observe surtout les grandes lignes de son propre parcours, bien plus qu’elle note les moindres détails.Elle demeure abstraite, sans tomber dans la théorie grandiloquente.D y a beaucoup à entendre chez DesRochers, qui pose un regard judicieux sur sa propre génération.Parle seul montre à quel point la distance affective sépare les individus.Un jeune auteur qui se démarque avec intelligence.RABATTEURS D’ÉTOILES Rachel Leclerc L'Hexagone, coll.«L’appel des mots» Montréal, 2003,77 pages PARLE SEUL Jean-Simon DesRochers Les Herbes rouges Montréal, 2003,71 pages REVUES Croire au monde et à la littérature POÉSIE Une œuvre charnière JACQUES GRENIER LE DEVOIR Rabatteurs d'étoiles, de Rachel Leclerc, compte parmi les œuvres québécoises les plus fortes de la dernière décennie.Q a h i e r spécial i Lectures d'été Tombée publicitaire le 30 mai LE DEVOIR 4 MK
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