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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2007-08-04, Collections de BAnQ.

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v fÿi.,'', v.-.¦NI ms «CULTURE LA FIN DU SPECTRUM Sylvain Cormier ' On va détruire ma maison de musique Mon père a vendu la maison familiale il y a quelques années.Le cottage semi-détaché de la rue Olier à Montréal-Nord n’a pas changé de l’extérieur.Ce n’est plus chez nous, mais quand il m’arrive, un jour nostalgique une ou deux fois l’an, de passer devant, la bâtisse ressemble à celle dans laquelle j’ai grandi.Et pour peu que le présent propriétaire n’ait pas refait le sous-sol jusqu’au Gyproc, je sais qu’il y a nos peintures rupestres d’enfants derrière le contreplaqué.Je suis bien content de savoir la maison là Ça fait le lien avec mes souvenirs: ça les ancre.J’ai moins l’impression d’avoir rêvé ma vie et de me réveiller aujourd’hui quelqu’un d’autre.Je n’aurai pas cette grâce avec le Spectrum.On va détruire ma maison de musique.La maison de ma famille de musique.On va détruire le Spectrum de Montréal.Et je n’arrive pas à y croire.Et il me revient en tête une chanson des Pretenders.Chrissie Hynde y chante sa ville natale de l’Ohio, sa ville détruite.La chanson, My City Was Gone, la ramène sur les lieux, .longtemps après la dévastation: «My city was gone / There was no train station / There was no downtown [.] My city had been pulled down / Reduced to parking spaces.» Je suis absolument incapable d’imaginer Montréal sans le Spectrum.C’est comme à j’essayais d’imaginer la vie sans musique.J’exagère, sans doute.Ce texte n’est pas de l’ordre du raisonnable.Je sais que j’accorde au lieu une importance démesurée.Ce sont les spectacles vus et entendus qui comptent, les amis avec lesquels j’y étais, les collègues côtoyés.L’endroit importe peu quand le show est bon.J’ai assisté à de mauvais shows au Spectrum, dans la formidable liste des bons.J’ai aussi vécu des moments d’exception dans l’enfer de l’Auditorium de Verdun, c’est dire.Mais il se trouve que le Spectrum est la salle où j’ai été le plus souvent le plus heureux.Où nous étions bien.Je parle au nom des collègues, des spectateurs aussi, le .Spectrum est notre maison mère à nous tous, fadas de musique.VO.IR PAGE E 6: SPECTRUM mmmm UM f ELLEN PAGE WILSON Des hommes-oiseaux, des écureuils et des dizaines de petits oiseaux habitent les œuvres de David Altmejd.© David Altmejd, avec l’aimable autorisation d’Andrea Rosen Gallery, New York, et de Stuart Shave/Modlern Art, Londres.David Altmejd à la Biennale de Venise Un bestiaire déluré pour le pavillon canadien JACQUES GRENIER LE DEVOIR Ht P «AV WCK&WO Le Spectrum vibrera encore pour pne dernière fois ce soir, avant le party d’adieu de demain.MARI E-ÈVE CHARRON Dans les jardins de la Biennale de Venise, ce grand rendez-vous international des arts visuels, une visite des pavillons nationaux conduit inévitablement à celui du Canada.Le Montréalais David Altmejd, le plus jeune artiste à représenter le pays, n’y a pas fait les choses à moitié.Dans le pavillon à la forme irrégulière, il a déployé tout le clinquant sophistiqué qui fait la singulière qualité de son travail depuis près de dix ans.Sans contredit, il offre une présence brillante au cœur de cette 52e édition d’une biennale plutôt dépourvue d’éclat Avec The Index et The Giant 2, les deux œuvres élaborées pour Venise, les sculptures de l’artiste se font plus exubérantes que jamais.Tout droit sortis du bestiaire déluré et énigmatique qui est le sien, des hommesoiseaux, des écureuils et des dizaines de petits oiseaux habitent l’espace, qui fait penser à un refuge aviaire fantastique.Plus loin, le géant est affaissé, mais fl a une prestance indéniablement troublante.Altmejd n’a pas hésité à accentuer les arêtes mordantes des parois vitrées du bâtiment avec un nombre affolant de cristaux et de miroirs qui s’accrochent à la sculpture centrale.Labyrinthique, le dispositif multiplie les pièges à regard, il enchante et repousse à la fois, faisant entrer le visiteur dans la logique de la transformation si chère à l’artiste.Surtout, l’ambiguité que l’œuvre cultive entre l’artificiel et le vivant est judicieusement servie par la présence de l’arbre réel déjà situé au sein de l’espace d’exposition et par les effets changeants de la lumière naturelle.L’intégration au lieu est ni plus ni moins organique.Un des mérites de l’artiste, justement, est d’avoir travaillé avec les caractéristiques du pavillon, lui qui est souvent jugé ingrat, entre autres pour sa forme irrégulière.Une mauvaise actualisation, disent même certains, de la folklorique cabane au Canada.Prenons seulement les plus récentes éditions de la Biennale, avec, dans l’ordre, Janet Cardiff et George Bures Miller, Jana Sterbak et Rebecca Belmore, pour lesquelles le bâtiment était masqué par l’obscurité au profit d’installations vidéo.En soulignant dès le départ le potentiel du travail d’Altmejd à jouer la carte de l’i» situ, la commissaire Louise Déry, directrice de la Galerie de l’UQAM, aura vu juste sur toute la ligne.Arrêts obligés La puissante impression laissée par les œuvres d’Altmejd persiste même si, ailleurs dans les célèbres jardins de la Biennale, d’autres pavillons nationaux retiennent l’attention.À commencer par celui de la France avec Sophie Cafle, qui a recruté grâce aux petites annonces son commissaire, l’artiste Daniel Bu-ren.Elle a invité des femmes, célèbres ou non et de professions triées sur le volet, à traiter une lettre de rupture lui ayant été adressée.Le résultat démesuré, se décline sur les murs (photos, textes et vidéos).Au nombre de 107, les participantes (correctrice, philologue, criminologue, mais aussi danseuse, clown et actrice.) ont défié la lettre au moyen de leurs compétences, manifestement animées d’un malin plaisir à se substituer à la destinataire qui, elle, a refùsé le rôle de l’amoureuse éconduite.VOIR PAGE E 6: BIENNALE 24 devoirs de vacances Je révise en vacances Un petit programme de révision pour l'été I 2 H devoirs de vacances, en français et en mathématic|pe.de la lre à la 6e année 9,95 $ le cahier Trécarré e QUEIECOS media Québec II Jüstine a 20 bonbons, elle men offre le qpart.Félix a 12 bonbons, il men offre la moitié.Qtii m’en offre le plus ?•(9 WJjO UO «J |!) JQIVJ.MUOCfag V V 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 AOÛT 2007 CINEMA Quand ça jacasse au Perroquet bleu LE HÉROS DE LA FAMILLE Réal.: Thierry Klifa.Scénu: Christopher Thompson, Thierry Klifa.Avec Gérard Lanvin, Catherine Deneuve, Géraldine Pailhas, Emmanuelle Béart, Miou-Miou, Claude Brasseur.Image: Pierre Aim.Montage: Luc Barnier.Musique: David Moreau.France-Italie, 2006,107 min.ANDRÉ LAVOIE En dressant la liste des nombreuses qualités artistiques du Héros de la famille, le second long métrage de Thierry Klifa (Une vie à t’attendre), ancien journaliste de Studio magazine, certains crieront au chef-d’œuvre avant même d’avoir vu la première image du film: les charmes de la Côte d’Azur, une trame musicale fourmillant de standards accrocheurs, des intérieurs chic et surtout, surtout, une distribution de rêve à faire damner n’importe quel producteur, fauché ou pas.Cela pourrait ressembler aussi à un feu d’artifice, et il y en a même un qui illumine le ciel de Nice à la fin de ce méli-mélodrame familial pour souligner la plénitude sexuelle de certains personnages.L’allusion affiche une usure évidente, mais elle nous repose de la confusion entourant les rapport?de ce drôle de clan reconstitué.A la traditionnelle question «Qui couche il Dans le film de Thierry Klifa, la flamboyant se retrouve sans trop avec qui?», toujours cruciale dans le cinéma français, s’ajoute une autre, plus emmerdante pour le spectateur de bonne volonté: «Qui est l’enfant ou le parent de qui?» Plutôt que d’y répondre avec simplicité, le scénariste Christopher Thompson préfère multiplier les embrouilles, détourner les stéréotypes sexuels (ici, les travelos sont d’authentiques hommes à femmes, dans tous les sens du ter- SOURCE MONGREL MÉDIA famille du propriétaire du cabaret Le Perroquet bleu et travesti d’enthousiasme à ses funérailles.«Toujours hypnotique et délirant., excellent voyage hallucinatoire en perspective.» - Olivier de Bruyn, Première | G H N MALKOVICH t^U/AT H&E FANTAISIE HASH SUR LA VIF OF GUSTAV KLIMT ÉCRIT ET RÉALISÉ PAR RAÜL RUIZ www.klimtthemovie.net , ifrIQgtt fÀ-z films A L'A.F FI c: H E VERSION ORIGINALE ANGLAISE AVEC SOUS-TITRES FRANÇAIS rCINÉM A DU PARC 11—maison du cinéma —i -cinéma-1 i- cinémas amc -1 I 3678 Du Parc S14-281-1900 [iSHERBROOKEll CARTIER 1 ILE FORUM 22l VERSION ORIGINALE ANGLAISE ?POSITIF, LES CAHIERS DU CINÉMA «Un tour de force!» POSITIF «Un film d’époque servi par un texte magnifique.Un film d’une grande beauté.» Le Journal du Dimanche «Un coup de maître ! Un film sur la passion dévorante, l’affranchissement des femmes et la puissance du désir.» ELLE (France) FESTIVAL DE CANNES SÉLECTION OFFICIELLE COMPÉTITION Asia ARGENTO Fu'ad AÎT AATTOU Roxane MESQUIDA Vieille MAITRESSE un film de Catherine BREILLAT DÈS LE VENDREDI 10 AOÛT EN EXCLUSIVITÉ AU CINÉMA I ex-centris j métropole ?«Superbe! Puissant et émouvant! Un film rare.” -AieMiFiepage, ta presse «Remarquable ! ” -Manon Dumats, Voir GAGNANT! MEILLEUR FILM fSSTIVAL DU RM 4 ' DE TREMBLANT ^ MEILLEUR ACTEUR MEILLEURE ACTRICE J ^ festiwldurm , DE TREMBLANT ISA L'AFFICHE! 1— i! il hJuWlïS 1 LE CLAP me.) et secouer les feuilles des arbres généalogiques.En effet, on croit comprendre que Gabriel (Claude Brasseur), le propriétaire du cabaret Le Perroquet bleu et travesti flamboyant, est le patriarche informel de cette «famille» qui se retrouve sans trop d’enthousiasme à ses funérailles.En fait il n’est que le protecteur de son «jeune» associé et soi-disant dauphin, Nicky (Gérard Lanvin), lui ayant eu deux enfants (Géraldine Pailhas et Michael Cohen) de deux femmes différentes (Miou-Miou et Catherine Deneuve) qui se vouent une haine féroce.À la lecture du testament, c’est la consternation générale: les deux «petits-enfants» héritent de ce Perroquet ringard, où Valérie Lemer-cier joue la meneuse de claque et Emmanuelle Béart, la chanteuse roucoulante.Evidemment, une fois toutes les ficelles familiales démêlées — et croyez-moi, la tâche est ardue —, c’est l’heure de fa vérité, avec prises de bec, vacheries et autres confidences imbibées d’alcool.Ce curieux bestiaire de personnages bavards et légèrement excentriques forme un luxueux prétexte pour rendre hommage au pe- tit monde des cabarets.Or fa vision romantique de Thierry Klifa apparaît aussi décalée que son amour inconditionnel pour des stars qui se parodient elles-mêmes, essaient de rigoler de leur passé glorieux fie personnage de Deneuve aurait vécu sa période «belle de jour») ou croient accomplir des prouesses en enfilant une robe (Brasseur dans ses jours paresseux).L’emballage du Héros de la famille apparaît sans reproches mais, voilà, il entre en totale contradiction avec le sentiment de déclin inéluctable que le cinéaste tente vainement de transmettre à cet univers d’illusions, de paillettes et d’alcool.Il y a tout de même de bons mots d’esprit égarés çà et là, et quelques chansons pour ajouter une larme dans son drink, tout particulièrement celle qu’interprète la séduisante Géraldine Pailhas, sans doute la dernière actrice française à ne pas avoir encore commis un disque.Mais, comme dirait Claude Lelouch, dont Thierry Klifa devrait éviter de copier les fantasmes de glamour: tout ça pour ça.Collaborateur du Devoir www.cinemaduparc.com VOTRE CINÉMA DE RÉPERTOIRE INDÉPENDANT 5 AOÛT 1962, EST-CE UN SUICIDE, UN ACCIDENT OU UN MEURTRE ?45 ANS PLUS TARD, ON SE POSE TOUJOURS LA QUESTION.RÉTROSPECTIVE jf^Ori/wV MEILLEUR cÆ(}lUH}es 3 Ai! 4£ AAIÏT T0USLESDÉTAILSSUR MU 1P nsJKI I notre site internet L’ACTRICE U PLUS POPULAIRE QUE LE CINÉMA AIT JAMAIS CONNU.LE MEILLEUR DU CINÉMA AMÉRICAIN DES ANNÉES 50 QUI N’A PAS VIEILLI, TOUJOURS ACTUEL PAR LE JEU ET LA PRÉSENCE DE MARILYN.ELLE ÉTAIT EN AVANCE SUR SON TEMPS.Une programmation originale à votre cinéma de répertoire préféré, décidée par des cinéphiles pour les cinéphiles 3 heures de STATIONNEMENT GRATUIT LA CINE-CARTE DU PARC, 8 FILMS POUR 40S J-CINÉMA DU PARC1 3575 Du Parc 514-281 -1900 «Une remarquable fresque cinématographique.» Première «Un grand film splendide qui n’a pas fini de marquer les esprits.» Le Journal du Dimanche «Très attachant et émouvant.À découvrir!» Le Nouvel Observateur ¥ Èaà^' L'IMMEUBLE YACOUBIAN un film de Marwan Hamed métropole D’après le best-seller de Alaa El Aswany m DÈS LE VENDRED110 AOÛT Le flirt rêvé de Jane Austen BECOMING JANE De Julian Jarrold.Avec Anne Hathaway, James McAvoy, Julie Walters, James Cromwell, Maggie Smith, Joe Anderson.Scénario: Sarah Williams, Kevin Hood.Image: Eigü Bryld.Montage: Emma E.Hickox.Musique: Adrian Jotyiston.Grande-Bretagne-Etats-Unis, 2007, 120 min.MARTIN BILODEAU Il y a eu Shakespeare in Love, qui fantasmait un grand Will sur fond de création de Roméo et Juliette.Plus récemment, il y a eu Molière, où Jean-Baptiste Poquelin croisait chez un bourgeois gentilhomme les tartuffe et les cocus qui allaient meubler ses pièces à venir.Plaisir certes, mais pure invention.Becoming Jane, de Julian Jarrold (Kinky Boots), renchérit dans la veine des affabulations biographiques en faisant jaillir du seul flirt connu de Jane Austen la matière première des six grands romans (Raison et sentiments, Emma, etc.) qu’elle a légués à la postérité.Jane Austen, fille de pasteur, ne s’est jamais mariée, mais sa rencontre avec le jeune Irlandais Torn Lefroy, vers 1795 (elle avait 20 ans et était déjà au mitan de sa vie), aurait marqué son imaginaire.Seules deux lettres adressées à sa sœur Cassandra témoignent de l’inclination de la jeune femme à marier pour cet orgueilleux et fantasque jeune avoué (James McAvoy), dans lequel Jon Spence, auteur de la biographie qui sert de fondement au film, a reconnu les traits du Darcy $ Orgueil et préjugés.Envoyé par son oncle dans le petit village du Hampshire avec pour mission de prendre le pouls du vrai monde, Lefroy fait la connaissance d’Austen par l’intermédiaire de voisins et amis.Au premier regard, ils ne s’aiment pas; au second, ils se plaisent; au troisième, ils décident de se marier.Mais la disparité de leurs conditions respectives (Austen, comme ses héroïnes, est une pièce de mobilier sans un sou dans les tiroirs) rend le projet hasardeux, pour ne pas dire impossible.Le relatif plaisir que procure le film de Jarrold ne réside pas tant dans sa vérité historique (négligeable) que dans son désir de faire de la «vraie» Jane Austen le personnage d’un de ses romans.Ainsi, le scénario de Sarah Williams et Kevin Hood la place dans toutes sortes de situations que l’auteure fera ultérieurement vivre à ses per-sonnages: la fuite amoureuse à Londres de Marianne dans Raison et sentiments-, la prise de bec d’Elizabeth Bennett avec la tante de Darcy (ici personnifiée par une Maggie Smith en forme) dans Orgueil et préjugés, etc.Chemin faisant les auteurs ont extrait de sa prose ses meilleures observations (sur le système de castes, les forces féminines dissimulées, les mariages de raison versus les mariages d’amour, etc.) pour les placer dans la bouche de l’écrivaine en herbe, campée par Anne Hathaway (The Devil Wears Prado) avec un certain aplomb qui pourtant ne retient de sa malice corrosive que le givrage sucré.C’est là le plus grand défaut de cette comédie romantique, trop tendre et consensuelle, que les amateurs d’Austen prendront comme un jeu de piste un peu facile et que les cinéphiles prendront avec un grain de sel comme une anonyme comédie romantique en costumes.Car la mise en scène de Jarrold n’a pas l’élégance de celle d’Ang Lee (Sense and Sensibility), et encore moins l’audace et l’originalité de celle de Joe Wright (Pride and Prejudice, dernière mouture).Puis, entre la mission ludo-éducative et l’exploitation d’un bon filon, Becoming Jane appartient de toute évidence à la seconde catégorie.Collaborateur du Devoir SOURCE ALLIANCE L’actrice Anne Hathaway campe l’écrivaine en herbe avec un certain aplomb.GÉRARD CAMRINt ÉNipUllLE MIDI) CIAUDÉ VALÉRIE LANVIN DENEUVE BEART MIOU BRASSEUR [EMERGER ?«DROLE, EMOUVANT ET SERVI PAR UN CASTING ROYAL !» -METRO (FRANCE) «UN TRÈS JOLI FILM !» -LE NOUVEL OBSERVATEUR «UN FILM CHARMANT, MENÉ PAR UN CASTING DE STARS ÉTINCELANT !» -LES INROCKUPTIBLES • i T m m % t: ^ jvVf nu métropole a m i a w i m M À L’AFFICHE imclgLAiri| i LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 AOUT 2007 E 3 Cinûmo lllUlllU) JT1 Pa'-ï, rV e x Centris DANS PARIS / OE CHRISTOPHE HONORÉ AVEC ROMAIN DURIS ET LOUIS CARREL EX-CENTRIS COM / 514.647.2206 14H20 16H00 19H35 21N20 mm .DONALD WEBER GETTY IMAGES / AFP Depuis plusieurs années, le rêve d’adapter Une vieille maîtresse taraudait Catherine Breillat Catherine Breillat tout en donceur Une vieille maîtresse, adapté d’un roman de Jules Barbey d’Aurevilly prend l’affiche vendredi ODILE TREMBLAY De Romance à Anatomie de l'enfer, les œuvres de la Française Catherine Breillat sont toujours flanquées de l’adjectif «sulfureux».Une aura rouge l’enveloppe comme les flammes étemelles de l’enfer.N’a-t-elle pas su repousser les frontières du cinéma dit XXX en offrant à la sexualité féminine un épanouissement à l’écran hors des tabous habituels?Mais quoi de plus collant qu’une étiquette?Son dernier film, Une vieille maîtresse, production d’époque au budget imposant, nage en d’autres eaux, «fai voulu faire une œuvre romantique», assure-t-elle.Aucune scène collée au porno.Des étreintes en douceur.Le film raconte l’histoire d’un fils de famille (Fu’ad Ait Aattou) encore épris d’une ancienne maîtresse (Asia Argento) mais qui se marie tout de même par amour avec une douce aristocrate (Roxa-ne Mesquida) , sans que sa maîtresse lâche prise.Diffusé en France dans la foulée du Festival de Cannes, où il avait eu les honneurs de la compétition, bien accueilli par la critique, Une vieille maîtresse, qui affichait pourtant (une fois n’est pas coutume pour les films de Breillat) des visées commerciales, fut un échec en salle: 10 000 entrées seulement là-bas.Elle attribue cette débâcle à l’adjectif «sulfureux» justement absent du rendez-vous.«On a dit: “Breillatse refait une vertu."Alors qu’un film n’a pas à être vertueux ou non.On en fait des bons ou des médiocres.C’est tout.Mais j’ai une image brouillée.Le film était destiné au grand public alors que mon nom l’empêchait d’atteindre sa cible.» Autre écueil: son titre.Breillat avait songç à donner à son film le titre de L’Etemelle Maîtresse, mais elle garda finalement le titre original du roman de d’Aurevilly: «Or le public a cru que la maîtresse était vieille.Même si l’affiche montre une photo d’Asia Argento dans toute sa beauté et sa jeunesse, l’impression demeurait.Une chance que mes films ont toujours fonctionné sur la scène internationale.» Le côté fatal de la passion Depuis plusieurs années, ce rêve d’adapter Une vieille maîtresse la taraudait Mais son tournage dut être retardé d’un an à la suite d’un accident cérébrovasculaire qui l’a laissée hémiplégique.Elle loue son producteur Jean-François Le-petit pour avoir accompli des miracles.La production était lourde, la cinéaste handicapée.«Les assurances refusaient de me couvrir.» Mais sur un plateau, elle se sent revivre.Elle apprécie le côté dandy de Jules Barbey d’Aurevilly.«En son XDC siècle, l’aristocratie poussait son dernier cri mais pouvait encore se permettre d’aller au bout de ses sentiments.La liberté des mœurs s’est rétrécie avec l’entrée en scène de la bourgeoisie pudibonde.L’aristocratie, en son insouciance, n’avait pas vu venir le règne de la vulgarité de l’argent.Évidemment, pour mépriser l’argent, il fallait en posséder.» Dans le roman de d’Aurevilly, le côté androgyne des héros ravissait Catherine Breillat «Tout le monde y ale cœur pur.On montre le côté fatal de la passion.La femme sensuelle déborde des cadres de la bourgeoisie et est conspuée.On la dit laide, faute de pouvoir la classifier.» Dès le départ Breillat reluquait la bouillonnante Asia Argento pour le rôle-titre, mais la quête de l’interprète masculin fut plus ardue.«Je ne trouvais pas en France de comédien qui possède à la fois cette androgynie, cette virilité et cette pureté.» Finalement elle a arrêté son choix sur un jeune homme d’origine berbère, néophyte au cinéma: Fu’ad Ait Aattou, «pour son élégance lumineuse et sa beauté apparemment issue d’un tableau de la Renaissance italienne».La cinéaste avoue avoir eu la main heureuse avec ses acteurs âgés: Michael Lonsdale, Yolande Moreau et Claude Sarraute (l’ancienne journaliste du Monde).Lonsdale, en vieil intrigant, est franchement sensationnel.«Les plus grands sont les plus simples, dit-on.Rien n’est plus vrai.Sur le plateau, les jeunes avaient des exigences, surtout Asia Argento qui est d’un commerce difficile, mais Lonsdale, quoique octogénaire, n’a même pas réclamé une loge et ve- nait assister aux séances de doublage, les mains dans les poches.» Une partie du film, la plus onéreuse en fait fut tournée sur l’île de Bréhat près du cap Fréhel, où la cinéaste possède une maison.«L’endroit comportait tout ce que l’histoire réclamait: un phare, une maison, la lande, le port, mais il fallait faire passer les chevaux sur la barge ainsi qu’un petit train avec l’équipe.Ce fut très compliqué.» Cher ou pas, ce film réclama d’elle les mêmes exigences d’artisane que pour ses œuvres précédentes.«Chaque bijou est d’époque, chaque dentelle est ancienne.» Catherine Breillat caresse un nouveau projet donnant la vedette à la star américaine Naomi Campbell.L’action se déroulera entre la France et l’Ontario, aux chutes de Niagara, entre autres.Une sorte de remake de son propre film Parfait amour, distribué en 1996, histoire d’amour entre des partenaires mal assortis.«Sans vraies scènes sulfureuses non plus», précise une cinéaste qui semble avoir envie de jeter par-dessus bord les étiquettes pour se concentrer sur l’art du cinéma, tout simplement Le Devoir (i/ Prix du public ^ y/ Mostra de «.AVOIR URGEMMENT» PREMIÈRE Mostra de Valencia 2006 « Du cinéma, de la mise en scène, de l'émoîion» mcinéma «On a l'eau à la bouche devant sa cuisine et surtout devant sa détermination à s en sortir en affrontant la Loi des hommes» ELLE « Dénonce avec douceur une société patriarcale aux Lois extrêmes» PARIS match w ¦mm ¦ m m ' fr i mtÈSÊSIIËÊlÈKS Jli En Iran, une femme doit-elle absolument épouser le frère de son mari décédé et renoncer à son travail ?dé transi ( CHAVEIÎ KANEH ) l’n ni m Hr Kmiilxv/.ia Partovi A L’AFFICHE Trouver sa voix TALK TOME De Kasi Lemmons.Avec Don Cheadle, Chhvetel Ejiofor, Taraji R Hensen, Martin Sheen, Cedric the Entertainer, Mike Epps.Scénario: Michael Genet Rick Fa-muyiwa.Image: Stéphane Fontaine.Montage: Terilyn A.Sfropshi-re.Musique: Terence Blanchard.Etats-Unis, 2006,118 min.MARTIN BILODEAU Dans la mémoire collective, la lutte pour les droits civiques • FILM DE JULIE GAVRAS fcpui rsK >x i ARCHAMBAULT?* PALMARÈS DVD Du 24 au J0 MUet 2007 1 2 3 STARGATE SG-1 Complete Season 10 NURIM MATTE Histoires vraies THE BOURNE RUES ZODIAC PASSE-PARTOUT Coffret 2 HARRV POTIER AND j TNESOBLETOFFME 11 12 2 TRI HOST 17 1 2 » LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 AOÛT 2007 CULTURE MUSIQUE CLASSIQUE Les tourments d’Eugène Onéguine Tchaikovski au Festival de Lanaudière, sous la baguette de Kent Nagano CHRISTOPHE HUSS Après Tristan et Isolde, Kent Nagano dirige ce soir son second opéra en concert au Québec, puisqu’il présentera à 19h Eugène Onéguine de Tchaikovski au Festival de Lanaudière.On se réjouit déjà d’entendre les voix et les instruments portés par l’acoustique si gratifiante de l’amphithéâtre pour un opéra majeur qui n’a pas été présenté à l’Opéra de Montréal depuis 1992.Les mélomanes qui ont la bonne idée d’aller voir et entendre les spectacles du Metropolitan Opera dans les cinémas n’oublieront sans doute pas de sitôt la représentation diffusée il y a quelques mois, avec Dmitri Hvorostqvski, Ramon Vargas et Renée Fleming sous la direction de Valery Gergiev, miracle à combustion instantanée comme le monde de l’opéra en compte quelques-uns par année.Pour eux la barre est placée très haut.L’ouvrage de Tchaikovski n’est pas dénommé «opéra» mais «scènes lyriques».La partition contient sept scènes réparties en trois actes.Entre le premier et le dernier acte, le héros, Eugène Onéguine, passe d’une superbe arrogance à une pitoyable déchéance intérieure.Un drame pouchkinien Même si Tchaikovski simplifie singulièrement les caractères nés sous la plume de Pouchki- ne, le reproche principal qu’on lui adressa initialement fut tout simplement d’oser mettre en musique le plus populaire des écrits de cet auteur.Au reproche, annexe, d’avoir composé une symphonie avec voix, Tchaikovski rétorqua: «Peu importe que mon opéra soit peu scénique et manque d’action.Je suis amoureux de l'image de Tatiana, je suis émerveillé par les vers de Pouchkine.» Amoureux de l’image de Tatiana, Eugène Onéguine l’est, mais bien trop tard.Le petit don Juan russe oisif et blasé repousse sans ménagement les déclarations enflammées de la jeune fille.Au premier acte, Tchaikovski fait d’Onéguine un cynique haïssable, une caricature par rapport à l’homme tout de même touché du roman.L’histoire tourne autour de ces deux personnages, qui se rencontrent à la campagne (acte I), dans un bal (acte II), puis dans une réception princière (acte HI).Tatiana est alors devenue princesse.Un autre a su mesurer la grandeur d’âme de la jeune fille.Tatiana, fille d’une propriétaire terrienne, a eu son premier choc amoureux en jetant son dévolu sur Eugène Onéguine, en visite au domaine avec son ami LensM, le fiancé de la sœur de Tatiana, Olga.Dans un air fameux, Tatiana écrit une lettre à Onéguine, mais celui-ci la repousse.Onéguine retrouve Tatiana à fpstivnl J0RF0RD du 22 juin a; Marie-Nicole Lemieux A LA RENCONTRE D'UNE GRANDE VOIX Marie-Nicole Lemieux, contralto Michael McMahon, piano samedi 4 août, 20 h Œuvres de POULENC, SCHUMANN, RACHMANINOV et OUPARC w Yannick Nézet-Séguin jVf Yannick Nézet-Séguin Orchestre Métropolitain Yannick Nézet-Séguin, chef samedi 11 août, 20 h MENDELSSOHN : Mer calme et heureux voyage MOZART : Symphonie n° 41 en do majeur, «Jupiter» STRAUSS II : Valse des Mille et Une Nuits MENDELSS0Hh(: Symphonie n° 4, «l'Italienne» CONCERT DE CLÔTURE Alexander Dobson, baryton Éthel Guéret, soprano Yannick Nézet-Séguin, piano dimanche 12 août, 19 h 30 SCHUBERT : Le voyage d'hiver, 0911 SCHUMANN : L'amour et la vie d'une femme, op.42 BG) centra d’arts ORFORD LE DEVOIR 819 843-3981 ou 1800 567-6155 www.arts-orford.org autoroute 10 est, sortie 118 Québec îîîï ' CanadS INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY Tchaïkovski l’acte II au cours d’un bal.Blessé par des remarques qu’il juge profondément désobligeantes, le dandy se met à draguer Olga sous les yeux de son ami Lenski.Ce dernier provoque Onéguine en duel.Onéguine tue son meilleur ami.Après avoir respiré l’air de l’étranger, Onéguine revient, quelques années plus tard, à Saint-Pétersbourg.Invité à une réception du prince Grémine (une basse, à qui Tchaïkovski confie un air admirable: L’amour peut nous soumettre à tous les âges), Onéguine est stupéfait de voir que Tatiana est devenue la femme du prince.Fou de désir, il tente de la reconquérir, mais cette fois c’est Tatiana qui le repousse.Un chant infini L’erreur et l’aveuglement d’Onéguine, puis sa déchéance, nous valent l’un des plus beaux ouvrages lyriques du répertoire, notamment dans une scène finale bouleversante.Nous avons parlé de l’air de la lettre de Tatiana et de la confession émue du prince Grémine, qui avoue à Onéguine avoir trouvé tardivement un amour idéal qui illumine sa vie.Le troisième grand air n’est pas dévolu au rôle-titre mais à Lenski — rôle chanté par un ténor —, qui confie ses états d’âme avant le duel, dans un moment sublime de simplicité recueillie: Que m’offrira le jour à paraître?Il est facile de remarquer à quel point, et avec quelle efficacité, Tchaïkovski use jusqu’à la corde des thèmes associés à des personnages (par exemple, Tatiana, dans l’air de la lettre) ou à des états d’âme (par exemple, 1,’amour de Lenski pour Olga).Evidemment, un mélodiste tel que Tchaïkovski est aussi à son meilleur dans la scène de bal du deuxième acte, de laquelle est tirée la fameuse Polonaise.S vous voulez écouter cet opéra au disque, la version moderne la plus recommandable reste celle de Semyon Byckov, avec Dmitri Hvo-rostovski, Neil Schicoff et Nuccia Focile chez Philips.Parmi les versions russes, celle de 1955 avec Evgueni Belov, Sergei Lemiechev et Galina Vishnievskaïa, sous la di-rection de Boris Khaïkin, s’impose.Les amateurs de documents historiques se voient proposer de quoi se ruiner dans d’innombrables enregistrements publics — même plusieurs en allemand, dont l’un avec Dietrich Fischer-Dieskau et Anton Dermota et l’autre avec Hermann Prey et Fritz Wunderlich! L’œuvre a eu les faveurs de tous les grands chanteurs.Pour tout un chacun, mieux vaut un bon DVD.Il en existe trois, dont l’un, sur étiquette Ar-thaus, domine nettement.De jeunes chanteurs inconnus y sont dirigés par Guennadi Rojdest-venski et mis en scène par Nikolaus Lehnhoff.Fuyez comme la peste le DVD paru chez Decca, un film quétaine tourné sur la bande son de l’enregistrement de Georg Solti.Collaborateur du Devoir EUGÈNE ONÉGUINE Au Festival de Lanaudière, ce samedi 4 août à 19h, avec Rodion Pogossov (Onéguine), Frédérique Vérina (Tatiana), Anita Krause (Olga), Frédéric Antoun (Lenski) et Robert Poma-kov (Grémine), le Chœur Saint-Laurent et l’Orchestre symphonique de Montréal, dir: Kent Nagano.Billets: 1800 5614343 du 9 au 19 août |US OREILLES muAiqucA d'aujou/idhui up to your EARS 9e saison 17 événements une présentation de : détails : www.laliste.qc.ca Innovations Christ Church Cathedral MEDUSE : : GA MA RA : CHOR LEONI MEN S CHOIR LES CHANTEURS JAO dUARTETTO DI SASSOFONI ARCADIA QUATUOR DE SAXOPHONES NELLIGAN : JANICE JACKSON & PAMELA REIMER THE ATTAR PROJECT CÉCO : QUINTETTE MONT-ROYAL CLÉO PALACIO-QUINTIN & ELIN SÔDERSTRÔM : LORI FREEDMAN BRIGITTE POULIN QUATUOR BOZZINI & REUVEN ROTHMAN La Porte, de Catherine Bolduc PEDRO RUIZ LE DEVOIR EXPOSITION Entre récupération et critique Le troisième volet d’Artefact vole haut, discrètement ARTEFACT 2007 De Sainte-Hélène, jusqu’au 30 septembre.JÉRÔME DELGADO r Etrange sensation.A la sortie du métro Jean-Drapeau, aux côtés des hôtesses d’Expo 67 qu’on a ressuscitées cet été, un panneau bien en évidence annonce la tenue sur l’île Sainte-Hélène d’Artefact Montréal, la triennale de «sculptures urbaines» sans domicile fixe.Il sera son point le plus visible.Normal, c’est une pub.Étrange tout de même, d’autant qu’une œuvre située tout près, les cubes colorés et translucides de La Fin de mon arc-en-ciel de Rol> bin.Deyo, passe, elle, inaperçue.A quoi s’attendre d’une exposition, même d’art actuel, lorsqu’elle dit «célébrer» Expo 67?Dont le litre.Petits pavillons ét autres jolies, insiste sur la division en «maisons» et le côté démesuré propre à la fête de 1967?Récupération ou critique d’Expo 67?Artefact 2007 nage entre deux eaux.Dans le meilleur des cas, cette ambiguïté laisse les perspectives ouvertes, comme pour l’estrade en bois Sans titre d’Alexandre David.L’œuvre, horizontale, minimaliste, s’offre à la fois comme mirador d’un lieu bucolique (sur le bord d’un étang avec vue sur L’Homme de Calder) et comme élément étranger lui tournant le dos.Il s’agissait de voir, ce jour-là, l’homme étendu yeux fermés sur les planches pour le comprendre.La sélection du réputé duo de commissaires, Gilles Daigneault et Nicolas MavrikaHs, n’en est donc pas qu’une de cabanes à visiter, encore moins d’architectures follement grandes.Aganetha Dyck et Chih-Chien Wang ont placé leurs œuvres au sommet des arbres, la porte au ras du sol de Catherine Bolduc ne s’ouvre pas, alors que La Vague et l’Océan de Marion Gault n’est qu’une fenêtre.Fenêtre sur le monde, remarquez, c’est déjà ça S’il y a une chose à laquelle Artefact nous a habituée depuis 2001, c’est qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre.Une expo de sculpture?Voilà que Diane Borsato et Caroline Hayeur y vont de photos, Trevor Gould d’aquarelles.Bien sûr, il ne faut pas s’en tenir qu’au premier degré.Réputée pour flirter habilement avec la photo documentaire depuis sa lointaine série sur les raves, Hayeur aborde le thème par le biais de la critique sociale.Son «refuge de la modernité» rapproche Montréal et Shanghai, deux sites d’exposition universelle dont la réorganisation urbaine s’est faite sur le dos des plus marginaux.Sans doute l’œuvre la plus incisive du lot Ils sont plusieurs à politiser ainsi, indirectement Borsato avec un regard sur la masculinisation de l’architecture, Gould sur la «dis-neylisation» du monde, et même Martha Townsend.Reste que la solution de celle-ci, un miroir réfléchissant tourné vers le ciel, a des airs de déjà-vu.La construction avec quatre murs et toit, mais pas nécessairement est également présente.Et diversifiée.On peut y entrer, façon immersion picturale et évanescente de Marie-Claude Bouthillier ou façon Mathieu Lefèvre, qui ose confronter grand art et ignorance généralisée.Ou ne pas y entrer, comme devant les vitres de Samuel Roy-Bois ou la porte de Catherine Bolduc.Deux œuvres opposées: la structure verticale, nue, du premier, en apparence banale, dérange; Le Bout du monde de la deuxième se livre en conte pour enfants.Les grands enfants en quête d’âme sœur doivent, eux, chercher Pentagone de Mathieu Beauséjour, un labyrinthe propice aux rencontres secrètes.Avec ses vingt «pavillons» disséminés autour de la station de métro, la troisième halte d’Artefact reprend le moule des précédents volets (canal de Lachine en 2001, mont Royal en 2004).Circuit pédestre, lieu clé de Montréal fréquenté.Et surtout l’occupation discrète d’une oasis de verdure.Artefact s’est risiblement abonné aux lieux champêtres en ville, qui n’ose surtout pas altérer.Les pique-niqueurs et les badauds, les visiteurs de La Ronde ou de la Biosphère ne seront pas importunés.Au pis, ils frôlent des images ou mangent à l’ombre d’une étrange structure aérienne.Mais.les ont-ils remarquées?Se sont-ils rendu compte que le comptoir laitier du terri,ble BGL est envahi de mouches?A la sortie du métro, cette installation aurait pourtant été un méchant coup de pub.Collaborateur du Devoir Hydro Québec Présente LE FESTIVAL INTERNATIONAL DU DOMAINE FORGET du 23 juin au 25 août 2007 Salnt-lrénée, Charlevoix Tous les concerts sont présentés à 20h 30 à moins d’une mention spéciale.SAMEDI, 4 AOÛT Les Solistes AUGUSTIN DUMAY,™ LOUIS L0RTIE, piano GRIEG - SCHUMANN Des solistes en parfaite harmonie MERCREDI, 8 AOÛT Les Solistes FRANK BRALEY, piano DEBUSSY-STRAVINSKY-GERSHWIN - SCHUBERT Merveilles pianlstiquesi [information et réservations : 1 888-DFORGET / wniiniv.domaineforget.com VENDREDI, 10 AOÛT HORS-SÉRIE Concert-Bénéfice pour le Fonds de Bourse Jacqueline et Paul Desmarais (HSCStHE SYMPHONIQUE DE MONIBÉAL KENT NAGANO, chef d'orchestre RENAUD CAPUÇ0N, violon STRAVINSKY - BRAHMS - MENDELSSOHN SAMEDI, 11 AOÛT iSîi.La Musique de chambre RENAUD CAPUÇON, vmion ANTOINE TAMESTIT, * FRANK BRALEY, piano SCHUBERT - BRUCH - MOZART Soirée de haute mitige I W Billetech -a 3S BRUNCHES-MUSIQUE Tous les dimanches de l’été, de 11h à 14h SYUfAW RODRIGUE, twmonica FRANCE HUOT, piano Autour du monde 1 LE DE VOIR.LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 AOÛT 2007 DEM Une retraite dans une galerie.Autoportrait avec une bosse, 2005, collection de l’artiste.MBAM/MMFA.CHRISTINE GUEST John Lune, entre inquiétude et hilarité JOHN LURIE: LA POÉSIE ÉROTIQUE DE HOOG Musée des beaux-arts de Montréal Jusqu’au 16 septembre 2007 Le peintre.Né en 1952, mieux connu comme acteur dans les films de Jim Jarmush tels Stranger than Paradise et Down by Law et dans la série télé Fishing with John, John Lurie est aussi musicien.Il a enregistré 22 albums avec les Lounge lizards, fondé en 1978.Atteint de la maladie de Lyme, il a troqué son sax alto pour les expositions.Découverte à l’âge de 16 ans, sa passion pour la peinture était depieurée auparavant confidentielle.A en juger par ces 49 aquarelles et pastels à l’huile de petit format de cette première exposition dans un musée, le saut lui a été fructueux.Deux expositions en galerie et une à PSI en avaient fait auparavant l’une des coqueluches de la scène à New York.Ce musicien très «people», acclamé par Cohen, Bowie et Beck, a eu droit à presque d’aussi bonnes critiques du côté des arts visuels.Art in America, le New York Times, Artfo-rum ont jugé que son violon d’Ingres n’avait rien d’un hobby.La reconnaissance de ce nouveau mode d’expression et les ventes à la clef ont mis un peu de baume sur les souffrances de cet homme aux multiples talents.On peut dire que, face à la maladie, la peinture chez Lurie se fait aussi sport de combat contre les traumatismes imposés par son état.Mais pour Lurie, la peinture n'est pas qu’une revanche contre la maladie, mais bien aussi une façon de s’éclater.La citation.«Dans les années 80, je peignais beaucoup et je voyais des amis à moi, comme Basquiat, Schnabel et Clemente, qui recevaient des sommes indécentes pour leur travail.H était trop tard.Je ne pouvais plus exposer car f aurais eu l’air de vouloir prendre le train en marche et, d’une certaine manière, de vouloir occuper tout le terrain — iljaitdela musique, il réalise des films, il est acteur et maintenant il peint; il se prend pour qui, ce type?Et puis, j’ai été malade.J’étais très isolé et j’ai commencé à peindre à plein temps.Mon ami James Nares est passé.B a vu la montagne de travail et il a dit: “B faut que tu exposes.”» Les œuvres.Hautes en couleur, elles traduisent un monde déjanté, à la fois inquiétant et hilarant par des juxtapositions surréalistes d’images et des jeux de mots détonants.Schématiques, caricaturaux, intrigants, des personnages et des animaux émergent de lavis où les coups de pinceaux forment des textures insolites.Les œuvres intègrent le plus souvent des commentaires écrits à connotations sexuelles.Le genre.Résolument «sex, drugs and rock and roll», agrémenté au nonsense et d’une certaine distance.Lurie affectionne en version post-punk une peinture animalière sortie de cartoons.Le plus souvent ses personnages se livrent à des activités très «X)0C».AiDeurs, il revoit la peinture d’histoire à la sauce underground en l’assaisonnant de commentaires autovalorisants, comme, par exemple, dans sa toile George Washington franchissant le Delaware (2005).Un chef-d’œuvre! Les références.Avec plus d’ironie, on pense à Basquiat, avec qui Lurie était très ami à l’époque où son loft était surnom mé «The John Lurie School for Bohemian Living», mais il s’agit davantage d’un climat que d’une stricte parenté stylistique.Les points forts.Des titres tels Je vois à votre tenue que vous êtes une méduse, ou encore En Thaïlande, je poursuivais une quête spirituelle.Mais je voulais aussi fumer de l’opium et m’envoyer trois putes en même temps, fêtais à contretemps.Absurdes, ironiques, ces titres agissent comme autant de contrepoints devant la toile — ici, carrément sexe et en plans hard pour Ijs nouveaux voisins sont fantastiques.Souvent, ces titres sont gravés sur une petite plaque de « Il fait de la musique, il réalise des films, il est acteur et maintenant il peint; il se prend pour qui, ce type?» bronze apposée sur le cadre.Avec de tels titres, Lurie cultive la candeur sur le terreau du cynisme et ses flèches vont droit au but Unie ne part pas de ses titres.Les titres viennent quand l’œuvre est aux trois quarts achevée.«Si les titres sont plus importants que la peinture, prévient-il, alors j’ai échoué lamentablement.» Les points faibles.Cette peinture ciblée à la mode semble pourtant calquée sur ce qui se faisait durant les années 80: la «trans-avant-gar-de», la figuration sauvage et expressionniste d’alors.Le verdict Taxer Lurie de «déjà vu» serait toutefois injuste.En dehors de toute référence à une époque, son univers direct, qui oscille entre le rêve et le cauchemar, nous accroche.Et, à bien y réfléchir, cet électron libre est inclassable.Bien que trash, le ton est inventif Les décalages entre le titre qui coiffe la scène et la façon dont celled entremêle des sentiments et des idées propose une vision décapante de la condition humaine.Corrosif et naïf lucide et ubuesque, toujours éloquent, John Lurie, à la recherche de nouveaux territoires, atterrit chaque fois avec la même fraîcheur et la même émotion — tel un OPNI (objet pictural non identifié) — au beau milieu de sa toile.Collaborateur du Devoir MICHEL HELLMAN Niché en haut d’une colline, le petit village de Saint-Hilarion domine l’arrière-pays charlevoisien.Jouissant d’un panorama remarquable, cette petite municipalité ne figure pourtant pas dans les circuits touristiques traditionnels.Un havre de pane aux charmes discrets, loin des foules, voilà ce qui convient parfaitement à Jean-Claude Rochefort, qui a décidé d’établir, au cœur du village, une auberge au concept origi-naL A la fois gîte et galerie, atelier d’artistes et salle de conférence, le Centre international Art, nature et paysage (CIANP) propose aux vacanciers, amateurs d’art ou simples curieux, un séjour propice à la «contemplation de l’art contemporain».Le centre est situé sur un terrain immense d’un million de pieds carrés, un ancien champ où poussent de nombreux peupliers (et qui sera bientôt peuplé de sculptures).Le bâtiment lui-même — ferme centenaire qui appartenait aux grands-parents de Rochefort, reconvertie — est assez petit, mais tout de même doté de cinq chambres luxueuses avec toilettes et baignoires ainsi que d’une salle de réception (et saDe à dîner) qui peut aussi servir de salle de conférence.Aux murs, dans les chambres et dans la pièce principale, trônent des œuvres d’art d’artistes contemporains.On peut actuellement voir les grandes toiles d’Angèle Vernet; le décor change une fois par aa Pour stimuler une «expérience esthétique intense» chez les visiteurs, les moindres détails de la décoration et du design, conçu par le célèbre architecte designer Jacques Bilodeau, ont été pensés, calculés.Le résultat est impressionnant un savant mélange entre le passé et le présent s’opère dans les salles, où vieilles charpentes et revêtements d’origine côtoient subtilement des matériaux «neufs».Outre le design et le mobilier sobre et élégant, les pièces jouissent d’une qualité de lumière travaillée qui met en valeur les tableaux des artistes exposés.Il faut dire que Jean-Claude Rochefort, ancien galeriste, conservateur et critique, est conscient du rôle que l’environnement peut avoir dans l’appréciation d’une œuvre d’art «En créant ce lieu hybride, dit-il, je voulais offrir aux œuvres et aux spectateurs, et cela en toute simplicité, de bonnes conditions physiques de réception.» Peu de gens peuvent s’offrir le luxe d’avoir chez eux une collection d’art contemporain.Le CL NAP offre la possibilité aux hôtes de contempler à leur rythme, de s’imprégner véritablement d’une œuvre.C’est une expérience qui peut s’avérer très enrichissante.En effet on passe finalement très peu de temps devant une œuvre d’art individuelle quand elle est présentée daps un musée ou une galerie.A l’extérieur, à côté d’une magnifique grange en bois (qui accueillera bientôt des installations spéciales ainsi que des ateliers d’artistes), un garage a été reconverti en espace d’exposition et présente, en alternance, une sélection d’œuvres provenant d’artistes variés.L’exposition qui a lieu actuellement jusqu’au 7 septembre, s’intitule Mikado et propose un parcours qui place côte à côte des œuvres d’artistes chevronnés et d’autres moins connus, coups de cœur du propriétaire, découverts dans la région.Ailleurs, une telle organisation qui laisse beaucoup de place au hasard pourrait sembler décousue, fantaisiste, mais id elle fonctionne très bien.Est-ce grâce à l'atmosphère particulière, à fa magie du lieu?Comme pour le CINAR ce mélange d’apparence hétéroclite emmène finalement un ensemble cohérent et un résultat agréable.Collaborateur du Devoir ¦ Centre international Art nature et paysage: 228, chemin Prindpal,___ Saint-Hilarion-de-Charlevoix, www.cianp.ca détours CIRCUITS 25 août - LES PAYSAGES DE RENOIR à Ottawa 3 novemjDre - trois grandes expositions au MUSEE NATIONAL DES BEAUX-ARTS DU QUÉBEC! Les œuvres du Musée Picasso d’Antibes, - du Petit Palais de Paris et - du Musée des beaux-arts d'Hamilton www.lesbeauxdetours.com (514) 352-3621 Èn collaboration avec Club Voyages Rosemont Lila Downs Offer Nissim Tracy Young Emily Bégin Patsy Gallant Toulouse Natalie Choquette Johanne Blouin Mado Ana Paula Vive La Fête Piastik Patrik Jeune Ballet du Québec et plusieurs autres artistes îï ifiirwnR C» nm £3 PRIAPf.COM FESTIVAL DES ARTS J3JE S A IJNT "F- S AU V JE U JR.CARMEN! Alberta Ballet La chaleur torride de l’été en spectacle ! 9 AOUT ET 11 AOÛT Grand Chapiteau Aussi au programme.WHO CARES ! Un hommage de Georges Balanchine au génie musical de Georges Gershwin TICKETS / INFO : TICKETPRO 1-866-908-9090 www.fass.ca Québec SS LE PEVOIR.LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 AOÛT 2007 E 6 LIVRES 1907-2007 La comète Alfred Jarry Cent ans, deux guerres mondiales, quelques armes de destruction massive et des milliards de bêtises plus tard, Ubu et son père ne sont toujours pas morts.La première A'Ubu roi fut un scandale, on le sait.On parla d’une vulgaire pochade d’étudiant.Au mieux, d’une maladroite dénonciation symbolique.Mais les surréalistes virent rapidement en Jarry un précurseur.Tout comme les pataphysiciens Queneau, Perec et une foule d’autres, en cinéma, en arts visuels, en littérature ou en théâtre.Comme Ionesco par exemple.Et Beckett Au bout du compte, la comète Jarry aura laissé des traces incandescantes un peu partout.Sauf que, malheureusement, la bêtise au pouvoir qu’incarnait Ubu est toujours aussi scandaleusement présente.MICHEL BÉLAIR Le 1" novembre 1907, il y aura un siècle dans quelques mois, Alfred Jarry s’éteignait à Paris, grugé par une «méningite tuberculeuse», littéralement brûlé par l’absinthe et le feu intérieur qui le consumait II était né à Laval, ce qui déjà à l’époque n’arrangeait rien, en 1873.Il avait tout juste 34 ans.Pas étonnant qu’on le traite souvent de météorite ou de comète.Au choix.Dès le moment où il a reniflé les vapeurs de l’époque dans laquelle il flottait comme en suspension, Jarry s’est mis à brûler.Au lycée à Rennes, il a tout amplement pris feu.Violemment Au moment où apparaissent les premières manifestations écrites de l’existence de son célébrissime mais néanmoins insupportable père Ubu, il avait à peine 15 ans.Qu’est-ce qui reste aujourd’hui, 100 ans plus tard, de l’œuvre du père dUbu?Les avatars d’Ubu Jarry ne se résume bien sûr pas au grotesque personnage puisqu’il fut critique d’art — il «lança» le douanier Rousseau, connut Gauguin — et qu’il fréquenta le Bateau-Lavoir comme les salons littéraires, où il se lia entre autres avec Apollinaire, Paul Fort Oscar Wilde et Mallarmé; avec son ami Gourmont il fut SOURCE UNIVERSITY OF KANSASS Véritable portrait de monsieur Ubu par Jarry.A iisss mMÊM wMÈm VwcM'Vu ce.o^Jx î/ n RA S vJU.4 Affiche originale A’Ubu roi par Alfred Jarry.même le premier à chroniquer sur Lautréamont Sans compter qu’il est aussi (et d’abord, selon plusieurs) le père de la pataphyaque; le livre fondateur de la «science des solutions imaginaires», Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, fut écrit en 1898, deux ans après la catastrophique première d’Ubu roi, même s’il ne fut publié qu’après la mort de Jarry, en 1911.Quant aux chroniques pataphysiques, publiées au hasard des événements dans La Revue blanche et plusieurs revues littéraires jusqu’en 1904, elles ne furent réunies qu’en 1969 sous le titre de La Chandelle verte.En fait Jarry a écrit beaucoup plus qu’on ne le croit habituellement des chroniques, des critiques, des essais, des opéras, des opérettes, des romans et des pièces de théâtre, évidemment On peut trouver un peu partout la liste exhaustive de tout ce qu’il a publié (voir, par exemple, le site www.ayredjarry2007.fi), mais on retiendra surtout hors du cycle Ubu, Le Surmâle, «roman moderne» (et machiste) publié en 1902.C’est une œuvre étonnante, malgré ses bravades simplistes, qui annonce déjà le surréalisme dans sa mise en tension des forces liant et opposant à la fois, les hommes et les femmes, la vie et la mort, le réel et l'imaginaire.N’empêche que Jarry, c’est d’abord Ubu.Pourtant on sait peu que tout au long de sa courte vie, le fiévreux Alfred fut dévoré par trois passions: la bicy-dette, l'absinthe et les armes à feu.On pourrait en ajouter une autre: celle de son image.Les chroniques de l’époque le décrivent soit sur son vélo (presque) volé, soit un pistolet à la main, tirant Ouste) sur les branches d’arbre ou les oiseaux et accessoirement sur un jeune poète belge, soit encore se pliant jusqu’à la fin au rituel de plus en plus abrutissant de la «fée verte».Mais plus les années avançaient et plus Jarry prenait un malin plaisir à ressembler au répugnant personnage d’Ubu, qui l’aura créé tout autant qu’il lui a donné vie.Comme s’il avait voulu par là souligner l’omniprésence des avatars du personnage dans la vraie vie ordinaire.Dans les faits, il n’y a qu’un seul Ubu.mais il y en a plusieurs, comme on dit dans certains mystères catholiques.Ubu se cache partout sous des identités multiples, mais toujours il réussit à tout contrôler.D y a celui que tout le monde connaît, Ubu roi.Mais il y a aussi Ubu cocu, Ubu enchaîné, Ubu sur la Butte, et même un Almanach illustré du père Ubu, dessiné par Pierre Bonnard.On a bien sûr tout dit sur Ubu: c’est la bêtise incarnée, la catastrophe métaphysique, le nivellement par le bas, r«hénaurmité», comme dira plus tard Ionesco, la mauvaise consdence aussi, la mesquinerie, la malhonnêteté, la méchanceté gratuite.et tout ce que l’on peut penser de bête et méchant Comme le disait l’essayiste Daniel Accursi: «Ubu prophétise la mondialisation de la Phynance, qui elle-même déclenche l’apocalypse encéphalique.La Phynance se substitue à la pensée.» Mais le plus insupportable dans tout cela, c’est que Jarry ait vu si juste et que l’histoire récente semble s’acharner à multiplier les incarnations d’Ubu.Pataphysique inc.Brutalement, et même deux fois plutôt qu’une, de 1914 à 1918 puis de 1939 à 1945, rhistoire s’est rapidement diaigée de donner raison à Jarry avec les deux sanglantes et cobs-sales boucheries que Ton sait Pas étonnant que les surréalistes aient vu en lui un précurseur.Puis que Raymond Queneau foixfc te Collège de pataphysique en 1918.Quand la bêtise humaine tait la preuve par le vide et par l’horreur de ce qu’elle peut inventer, pas étonnant que l’on préfère «la science des solutions imaginaires» au «réel ordinaire».Et que l’on privilégie plutôt «le contraire de la science positive qui étudie les exceptions et explique les univers parallèles».C’est cela, la pataphysique: la déconstruction du réel et sa reconstruction dans l’absurde.Un absurde beaucoup moins sanglant que la vraie vie; un absurde de mots, axé sur la création de mondes parallèles infinis.Sur le risque de l’intelligence.Sur le jeu.Sur la joie.Tout cela fait aussi partie de l’héritage de Jarry, on l’oublie trop souvent Cette percée vers l’irrationnel, cette dérive permanente, cette constante volonté de regarder le monde différemment qui caractérise le personnage aura eu une influence considérable sur le surréalisme.C’est Jarry encore qui est derrière la création de l’OUvroir de Littérature Potentielle (OUIJPO) par Queneau et sa bande en 1960.Qui a nourri Perec aussi Et Vian et tous les autres.Qui a mené à la création de l’OUCIPO en 1974, de l’OU-PEINPO en 1981, puis de l’OUPHOPO et même (voir le site wwwcollege-de-pataphysique.org) de l’OUPOLPOT.Jarry, toujours, qui a ouvert la porte à l’absurde, au théâtre de Ionesco et à celui de Beckett.En fait, plus on y regarde, plus ce «Merdre!», qui retentit pour la première fois sur une scène de théâtre en 1896, continue à rugir à travers les traces incandescentes laissées par le frêle Alfred.Comme une sorte dTiénaurme «Ça suffit!».Bon.Deux choses encore.Pour ceux qui voyageront en France cet été, soulignons que la ville de Laval fête toute l’année durant le centenaire de la mort de Jarry.Les activités prévues sont fort diversifiées et vont du cyclotourisme à un festival qui a pour nom Les Uburlesques.Et pour méditer, un passage de SoÜers trouvé sur un des nombreux sites Internet consacrés à Jarry: «Le rire pataphysique d’Ubu utilise le guignol pour dire autre chose, une catastrophe métaphysique, une énormité verte (de langue, de crudité physique et de peur).Dans le même tournant historique, le surhomme nietzschéen et le sous-homme buté paraissent sur la scène mondiale.» Le hasard fait souvent bizarrement les choses.Le Devoir SPECTRUM BIENNALE SUITE DE LA PAGE E 1 Le Spectrum, notre point de chute des fins de soirée au Festival de jazz et aux FrancoFolies (où j’apportais la première édition du Devoir, les mains pleines d’encre).Le Spectrum, la salle où l’on n’en revenait pas de voir d’aussi près nos idoles: ceux qui y ont vu The Police en 1983 se reconnaîtront; moi, c’est d’avoir vu Dion Di Mucci en 1989, chantant Abraham, Martin & John, qui m’ébahit encore.Le Spectrum, la salle d’élection des premières de spectacles de chanson, la salle des rendez-vous répétés avec Michel Rivard, Richard Séguin et tous les autres.La salle qui symbolisait notre allégeance, notre appartenance.Notre salle.Notre Fillmore C’était en quelque sorte notre Fillmore.Mais si, le Fillmore West de feu Bill Graham, la mythique salle de San Francisco, haut lieu des années psychédéliques, qui programmait avec tant d’audace et de clairvoyance les bluesmen et les groupes de chevelus à la même affiche.La maison de Janis Joplin, du Jefferson Airplane.En 1991, Graham, qui était aussi le gérant de Procol Harum, s’amena au Spectrum lors de la tournée-retrouvailles du groupe britannique.«Welcome to Fillmore North!», lui dit André Ménard, tout fier.Non sans raison.«R a souri, j’étais tellement content», racontait Ménard en 1997, à l’occasion des 15 ans du Spectrum.Salut André Ménard.C’est un peu beaucoup passionnément sa salle, le Spectrum.Et celle de Michèle Neveu, qui gérait le lieu au jour le jour depuis le premier jour, pas une mince tâche.Je t’embrasse, Michèle.Quand je pense au Spectrum, j’entends André Ménard qui me crie des histoires de coulisse dans l’oreille droite, habi- tuellement aux alentours du bar cinq.Celui du hall d’entrée.Merci pour l’acouphène, André, ça valait la peine.Merci pour tous ces shows que tu nous as amenés.Je ne saurais lesquels mentionner, il y en a trop.Quand je tape Spectrum et mon nom dans les cases du moteur de recherche Eureka, il sort 567 mentions.Ça donne une idée du nombre de visites.Et encore, ça ne remonte qu’à 1992: j’y allais bien avant de faire le critique et suis lié au Devoir depuis 1990.Qui plus est, ça ne tient pas compte des tas de fois où je suis retourné voir un show rien que pour en vivre la fin (c’est la difficulté du métier on part toujours avant la fin pour écrire nos papiers) .C’était facile, j’avais ma carte du Spectrum.Entrée gratuite pour deux, à l’année.Autant dire la clé de ma maison.Sans chercher, les images et les sons se bousculent au portillon.Je me revois, je nous revois.Danser le rock’n’roll comme des possédés avec le Brian Setzer Orchestra.Hurler avec mon ami Pat Mcgarr quand Booker T.et ses Mg’s ont joué les premières notes de Hang’em High.Fondre en larmes quand Procol Harum a démarré A Whiter Shade Of Pale à l’orgue Hammond B-3.Lever les bras et crier «Alléluia» quand Ginette Reno a chanté Amazing Grace au Show du Refuge.Sauter en même temps que Katerine quand il a refait/’adore pour la deuxième fois.C’était l’an dentier, ça.Adieux et espoirs On n’est pas dans une réunion d’anciens combattants.Le Spectrum, au moment où j’écris ces lignes, vibre encore des shows qui s'y succèdent Le dentier spectacle a lieu ce samedi soir, à 23h: c’est le dentier spectacle en saDe de ces 19* FrancoFolies, programme double Florent Marchet-Michel Faubert Marchet va sûrement se demander pourquoi on pleurniche tous.Faubert saura.D aura même les mots pour le dire.Demain, au party d’adieu qui commence à 23h et durera jusqu’aux petites heures, avec Michel Rivard sur scène — à lui l’honneur, c’est le recordman de la place —, on sera déjà dans l’après.On sera comme à La Nouvelle-Orléans, dans le défilé vers le cimetière.En musique, tout de même.Merci pour ça aussi, André Ménard J’ai espoir comme tout le monde que la reconstruction à l’identique dans l’éventuelle grande bâtisse de l’îlot Balmoral se fera, et je me dis qu’au mieux, ce sera comme l’Olympia de Paris, suffisamment pareil pour qu’on s’y retrouve, avec les Voies lactées de petites lumières, le bar cinq dans le hall d’entrée, le grand escalier jusqu’au balcon, les photos géantes de Miles et de Sting, et le plus formidable promenoir jamais aménagé (le Spectrum est le seul endroit que je connaisse où l’on peut se tenir debout non seulement à l’arrière, mais sur les côtés, avançant jusqu’à mi-distance de la scène).Il se peut aussi que ça ne se fasse pas, et que le pic des démolisseurs me tue jusqu’à mes fantômes.Salut Paul-Henri Goulet, collègue disparu trop tôt on avait chanté Stand By Me avec Ben E.King, une fois.Bientôt, à la place, il y aura un Best Buy, nous dit-on.Ça me fait penser qu’à Paris, là où il y avait le Golf Drouot, légendaire salle des débuts du rock en France, là où Jean-Philippe Smet fit le Johnny pour la première fois, mais aussi là où passèrent les Stones et les Who, il y a aujourd’hui un McDo.Un Best Buy, c’est encore pire.Plus tragiquement ironique.Pensez qu’on y vendra en solde les disques d’artistes qui ont joué au Spectrum.Le Devoir SUITE DE LA PAGE E 1 Dans une veine plus étroitement autobiographique, Tracey Emin, dans le pavillon de la Grande-Bretagne, secoue les affects avec des peintures à la facture naive et expressive traçant l’histoire de ses avortements.Plus ludiques, les installations vidéo de Daniel von Sturmer dans le pavillon australien font sourire en se jouant habilement des conventions formalistes en sculpture.L’immense structure d’acier de Monika Sosnowska, pour la Pologne, occupe un registre plus grave.L’artiste semble avoir fait subir à la grille moderniste une torsion qui en dit long sur son désir de la corriger.Finalement, une découverte réjouissante au pavillon russe avec l’animation 3D du collectif AES+F GROUP, qui fait défiler dans un cyberpaysage un combat d’épées au soq de la musique de Wagner.Etant donné l’ampleur de l’événement, il serait hasar-deux de poursuivre l’exercice et d’avancer le nom de favoris pour les prix Lion d’or qui seront dévoilés en octobre prochain.Soixante-seize pays, un nombre record, sont représentés cette année.Beaucoup, cependant, sont moins visibles parce que situés dans des palais dispersés à divers endroit dans Venise, à l’écart des jardins officiels.Cette configuration reprend le modèle du centre et de la périphérie qui sous-tend encore les rapports entre les différents pays du monde, une tare que plusieurs aujourd’hui veulent atténuer.C’est pourquoi le prestigieux événement compte cette année des nouveaux venus, tels le Tadjikistan et le Liban.Le Mexique, lui, revient après plusieurs années d’absence, présentant l’excellent travail du Montréalais Rafael Lozano-Hemmer, originaire de ce pays.Une autre présence notable, donc, pour les artistes d’ici, qui se font tout de même très rares à Venise.Réunissant les œuvres de près de 100 artistes, l’exposition internationale, qui se tient en même temps au pavillon italien dans les jardins et à l’Arsenal, ne compte de son côté pas un seul artiste canadien.De sombres deux Cette exposition internationale, suivant la volonté de son directeur, l’Américain Robert Storr, est moins bouhmique que les éditions antérieures.Sur le thème «Think with the Senses - Feel with the Mind.Art in the Present Tense», Storr a réuni des œuvres qu’il souhaite capables d’éveiller les consciences.Et visiblement, la création d’aujourd’hui ne peut pas passer à côté des nombreux conflits dans le monde, comme le prouvent plusieurs photographies de type documentaire ou journalistique, une dominante à l’Arsenal.Plus stimulantes sont les œuvres qui, en plus de i- 'i&syKijg KLI.EN PAGE WILSON © David Altmejd, avec l’aimable autorisation d’Andrea Rosen Gallery, New York, et de Stuart Shave/Modern Art, Londres.se tourner vers la guerre, interrogent le statut du document e,t des archives.C’est le cas de l’artiste colombien Oscar Munoz, dont les vidéos en boucle présentent des portraits tracés à l’eau avec un pinceau et s’évaporant aussitôt pour évoquer ainsi la disparition des victimes du trafic de la drogue dans son pays.C’est aussi d’une commémoration toujours à faire que traite l’œuvre d’Emily Jacir avec son hommage à l’intellectuel palestinien Wael Zuai-ter, tué par le Mossad en 1972.Constituée de lettres, de photographies et d’articles de journaux, l’œuvre fait état d’un récit criblé.Les figures de la mort sont légion dans cette exposition.Squelettes, têtes de mort et pierres tombales finissent toutefois par lasser.L’artiste chinois Yang Zhenzhong nous réconcilie par contre avec le thème grâce à une œuvre d’une grande justesse qui écorche tout en amusant De courtes vidéos montrent des centaines de personnes, d’horizons différents, énoncer face à la caméra et dans leur langue maternelle trois mots dont la portée reste insaisissable, mène si répétés: «Je vais mourir.» Collaboratrice du Devoir ¦ La Biennale des arts visuels de Venise se poursuit jusqu’au 21 novembre 2007.Pour info: wwwlabiennale.org t littérature LIVRES ESSAI Fantasme, quand tu nous tiens DANIELLE LAURIN C* est cru.Très, très sexuel.Obscène même.À la limite du porno, par bouts.Mais drôle, tellement drôle.Tellement inventif.Surprenant Jouissif.Le titre: Les Aventures de Minette Accentiévüch.C’est signé Vladan Matijevic, un Serbe de 44 ans dont on ne sait pas grand-chose sinon qu’il a obtenu quelques prix littéraires dans son pays.Et que l’écriture hjj est tombée dessus presque migré lui.•tA 20 ans j’ai publié un premier recueil de poèmes, précise-t-il dans une missive adressée à son éditeur.Je ne désirais pas devenir écrivain et fai tout fait pour cela: fai fini mes études, je suis devenu ingénieur et fai trouvé un emploi dans une usine.» D ajoute: «Tout me poussait pourtant à devenir écrivain.À 29 ans, je me suis abandonné au vice d’écrire, cette fins de la prose, et j’ai recommencé à publier.Je tâche d’écrire le moins possible.» Vladan Matijevic confie aussi qu’il a un faible pour le fameux roman de Nabokov jugé si scandaleux.Lolita.D’ailleurs, parlant de lui-même à la troisième personne, il prend le soin de préciser qu’il est né dix ans, jour pour jour, après la mort en prison de Humbert Humbert.le héros pervers dudit roman.L’auteur indique aussi qu’il «niera explicitement tout rapport entre son œuvre et sa vie».On comprend pourquoi.Du moins en ce qui concerne Les Aventures de Minette Accentiévitch, son huitième livre.L’héroïne coquine de ce petit roman érotique, sorte de Lolita du XXIe siècle, tellement plus délurée que la jeune nymphe immortalisée par Nabokov, prend son pied à cœur de journée.Avec un poète.Mais pas seulement Minette aime tellement le sexe, en lait, qu’elle le pratique allègrement, sans complexe et sans culpabilité, avec tout homme qui lui tombe entre fes pattes.L’homme objet, ça vous dit quelque chose?On ne sait pas d’où ça lui vient, mais une chose est sûre: «Dès ses dix-huit ans, Minette Accentiévitch s'est taillé la réputation de la plus grande débauchée de la ville.Côté scandale et mauvaise presse, elle a surpassé toutes les femmes.» A ses jeunes copines.Minette, aujourd’hui âgée de 27 ans, donne le conseil suivant «Les mecs, find les fasciner, ce qui n’est pas difficile.Us ont te cerveau dans les couülese Puis: «Pour le teint, ü n’y a rien de mieux que le spermes Toute sa vie, toutes ses pensées tournent autour de ça.Ainsi «Minette a remarqué un conservateur de musée tes bandant, et à la suite de sa résolution de le lécher au plus vite comme un sucre d’orge, elle s’est trouvée au Musée d’art contemporaine Pour elle, une journée sans sexe est une journée ratée.«N’ai baisé avec personne, indique-t-elle dans son journal, le jeudi 7 avril 2005.Si je continue comme ça, ma chatte va se souder.» Le lendemain, enfin: «Baisé avec Mirko.Une fois.Pas mal.Mieux vaut une petite paire de couilles qu’une chagatte qui rouille.» Vous en avez assez?Vous n’avez rien va Vous n’avez pas encore goûté, non phis, toute la fantaisie de ce petit livre savoureux.Rien à voir avec la littérature érotique classique.Plus on avance dans la lecture, plus on rigole.On a droit à toutes sortes de métaphores inattendues.Du genre: «Elle est couchée derrière lui, et l’enlace.Une de ses mains est posée sur son ventre, l’autre un peu plus bas sur son membre flasque, ensoleillé, semblable à une limace légèrement cuite.» Un autre exemple?«Les lèvres de la chatte de Minette étaient aussi rouges que la casquette du chef de gare, quant au braquemart de Vesko, il était toujours de si belle longueur que trois pies, et pas des moindres, auraient pu aisément s’y percher, et peut-être même une quatrième, sauf que celled aurait dû s’y tenir sur une patte.» Vous l’aurez compris, le ton drolatique du roman désamorce complètement ce qu’il pourrait avoir de vulgaire.C’est complètement sauté, surréaliste.Les femmes dialoguent avec leurs hormones, les hommes avec leur membre, et tutti quanti.La moindre chose inanimée prend vie dans ce récit débridé, construit par fragments.Entre autres trouvailles, l’auteur écrit, parlant d’une femme trompée à répétition par son mari épris de la belle Minette: «Les cornes de Mme Kostitch sont déplus en plus longues et elle a depuis longtemps bien du mal à passer les portes.H arrive même souvent qu’un invité s’y trompe et y accroche son manteau.» Ce n’est pas tout Ici et là apparaissent en italique ce qui se donne à lire comme des impressions de l’auteur.Parfois, trop excité par ce qu’il vient d’écrire, il s’interrompt Avant d’en rajouter.De pousser plus loin encore l’exagération.Et de s’étendre avec délectation sur les faits et gestes de plus en plus troublants de Minette.Fantasme masculin, bien sûr, cette hérome au corps de déesse qui fedt languir les hommes de toutes les façons, les rend accros.Et puis après?«Il fallait que je la trouve, que je la crée.Je n’avais pas le choix.Tous mes collègues écrivains ont une minette.» C’est ce qu’indique Vladan Matijevic à la toute fin, dans une note «qui concerne peut-être ce livre».Collaboratrice du Devoir LES AVENTURES DE MINETTE ACCENTIÉVITCH Vladan Matijevic Traduit du serbe par Gojko Lukic et Gabriel laculli Les Allusifs Montréal, 2007 LESAflNTURES DE MINÇTTE ACCEMTIEVITCH Portrait de la droite par la droite Louis Cornellier Depuis plusieurs années, j’enseigne à des étudiants du collégial l’art de défendre leurs opinions dans des débats sociopolitiques, culturels ou économiques.S’ils comprennent assez facilement la méthode, ils peinent toutefois souvent à manipuler des contenus.Sur ce plan, leur jeunesse et leur relatif manque de culture générale les laissent déjnunis.Aussi, pour les guider, je leur propose une petite introduction au clivage droite-gauche qui, selon moi, continue d’inspirer les débats concernant les affaires publiques.Là où la gauche, leur dis-je, privilégie l’égalité, la solidarité, la justice sociale et une perspective plus collective qui passe par les services publics, la droite met plutôt en avant la liberté, la compétition, la générosité et une perspective plus individuelle attachée à l’entreprise privée.Dans la réalité, bien sûr, rien n’est aussi tranché, chaque camp emprunte les valeurs de l’autre au gré des circonstances et il serait simpliste de décréter une fois pour toutes la voie qu’il convient d’emprunter.D n’empêche que ce clivage droite-gauche distingue pertinemment des sensibilités qu’on ne saurait confondre et qui aident à construire et à penser nos points de vue sur la réalité.Mes étudiants, pas encore blasés par les petitesses de la joute politique qu'exploitent certains démagogues médiatiques, sont presque unanimes à trouver cette grille d’analyse éclairante.Ils partagent, en cela, l’opinion de l’historien René Rémond qui, dans son ouvrage Les Droites en France, écrit: «Si la distinction droite-gauche s'est imposée à tant d’esprits et depuis si longtemps, si elle reparaît tant défais après qu’on eut annoncé sa disparition, c’est qu’elle satisfait à une exigence permanente de l’intelligence et répond aussi à une nécessité de l’action.» Depuis quelques années, cependant, les gens de droite, sauf exception, récusent ce constat et se plaisent à affirmer que cette distinction est dépassée.L’économiste Gilles Paquet, par exemple, n’hésite pas à écrire: «Droite et gauche sont des mots fumeux qui constituent pour l’économiste des notions évasives bien davantage utiles pour construire des slogans que pour fqire avancer l’analyse.» Directeur à l’Ecole nationale d’administration publique et spécialiste des relations internationales, Nelson Michaud a été inspiré par ce que d’aucuns ont appelé «l’énigme de la région de Québec».Les valeurs de la social-démocratie, a-t-il re- marqué, «sont souvent considérées comme intouchables» au Québec, mais «pourtant la droite, qui se situe en principe en opposition à ces valeurs, compte sur un bassin de partisans assez important pour que de temps à autre les candidats des partis de droite se fassent élire».Qu’en comprendre, au juste?L’idée de Droite et démocratie au Québec: enjeux et paradoxes, un collectif de politologues, historiens, économistes et sociologues, était née.Il ne s’agit pas, avertit Mi-chaud, de faire l’apologie de la droite ou de la dia-boliser, mais de l’analyser dans le contexte québécois.De l’analyser favorablement, aurait-il dû ajouter, puisque les auteurs invités à tracer ce portrait de la droite ne sont pas, de toute évidence, issus des rangs de la gauche.Du conservatisme au néolibéralisme Aujourd’hui, la notion de droite est la plupart du temps assimilée au courant néolibéral qui chante l’individualisme et le libre marché.Il n’en fut pas toujours ainsi.La droite canadienne-française, comme le montre l’historien Xavier Géfi-nas, a longtemps rimé avec la défense du catholicisme, du nationalisme, de la famille et de la ruralité.Le politologue Jean-François Caron rappelle que, à l’origine, c’est-à-dire lors de la Révolution française qui a donné naissance au clivage droite-gauche, la droite, incarnée notamment par le philosophe anglais Edmund Burke, défend le conservatisme.Contre l’autonomie individuelle et l’idée d’universalité véhiculées par les Lumières, les conservateurs insistent sur la faiblesse naturelle des hommes et, par conséquent, sur la nécessité des traditions nationales pour guider les actions individuelles.Que reste-t-il, de nos jours, de cette inspiration conservatrice dans la droite néolibérale qui prône un individualisme de principe?Rien, aurait-on envie de répondre.Caron, pourtant, affirme que ce conservatisme demeure présent dans la nouvelle droite, dans la mesure où celle-ci continue de s’opposer «à la liaison directe entre les individus et l’Etat» et d’accorder une fonction importante aux corps intermédiaires de la société civile.Cette analyse, me semble-t-il, ne tient pas la route.Au Québec, c’est la gauche social-démocrate qui défend l’importance de la société civile contre l’idéologie du tout-au-marché prônée par la droite.En ce sens, d’ailleurs, on n’a pas toujours tort d’affirmer qpe la gauche est conservatrice à certains égards.A la fuite en avant néolibérale, le «modèle québécois» oppose un progressisme modéré, mâtiné d’un certain conservatisme communautaire soucieux du lien social.C’est justement, d’ailleurs, ce qui enrage l’économiste Gilles Paquet et le politologue Pierre Simard, deux parangons de la droite néolibérale qui sévissent dans ce collectif.Paquet, on Ta vu, n’aime pas la distinction droite-gauche.Il parle plutôt de régimes visant à «produire de la croissance» et de régimes visant à «produire de la sécurité».Le Québec, écrit-il, «dans les dernières décennies, dérive vers la droite économiquement», mais ce mouvement ne va pas assez vite à son goût.Il évoque, sans étayer sa thèse, «les dégâts engendrés par cet étatisme délirant» et qualifie.«la vision du monde gauchiste» qui prévaudrait au Québec de «nouveau despotisme».Il blâme la droite pour «la lenteur de l’apprentissage collectif», elle qui n’a pas su «faire passer son message simplifié et le faire accepter comme un message légitime et crédible».Pamphlet en faveur du néolibéralisme qui se pare d’un style jargonneux, le texte de Paquet affirme, en fait, que la droite, c’est la liberté et que la gauche, c’est l’irresponsabilité.Et dire que ce penseur dénonce les «slogans»\ Sur le même ton, Simard avance que la démocratie majoritaire nuit aux politiques de droite! La majorité des votants étant plutôt pauvre, normal, écrit-il, qu’elle vote pour «des politiques socialisantes de gauche».Mais, se demandera-t-on, si cette majorité reste pauvre, peut-on vraiment affirmer que les politiques dénoncées par Simard sont de gauche et lui profitent?Simard n’a pas le temps de faire dans la nuance et répond que seule «l’ignorance rationnelle» explique que les électeurs ne votent pas à droite puisque «la science économique», évidemment, conclut à l'efficacité de la droite! N’importe quoi.L’énigme de Québec qui vote Harper et Dumont?D’après Maurice Pinard et Ifat Rafail, elle n’aurait rien à voir avec l’âge des électeurs, leur statut socioéconomique ou leur scolarité.Elle s’expliquerait plutôt par le fait que cette région compte beaucoup d’électeurs indécis sur Taxe constitutionnel, méfiants envers la politique et favorables au conservatisme et au néolibéralisme.Sauf qu’on ne saura pas ce qui explique ces particularités.Dois-je insister sur le fait que j’étais à gauche et que je le reste?louisco@sympatico.ca DROITE ET DÉMOCRATIE AU QUÉBEC: ENJEUX ET PARADOXES Sous la direction de Nelson Michaud Préface d’Alain Juppé Presses de l’Université Laval Saint-Nicolas, 2007,214 pages Le clivage droite-gauche distingue pertinemment des sensibilités qu’on ne saurait confondre et qui aident à construire et à penser nos points de vue sur la réalité Image tirée du Sang des voyous, publié chez Casterman.BÉDÉ x- -* Requiem pour un beau sans-cœur ARCHAMBAULT PALMARÈS LIVRES * Résultats des ventes: du 24 au 30 Juillet 2007 Q QUEBECOR MEDIA ROMAN OUVRAGE GÉNÉRAL t MES AMIS, MES AMOURS Marc Lévy (Pocket) 2 ENSEMBLE, C'EST TOUT Anna Gravakta (J’ai lu) PEOPLE OR NOT PEOPLE Lauren Welsberger (Pocket) UN PETIT PU POUR L'NOMW Stéphane Dompierre (Québec Amérique) LES tnn JUNES DU CROCODILES Katherine Pancol (litre de Poche) LU ENHUITS DE Uk LIBERTÉ Marc Lévy (RobertLatfont) 7 LA PART DE L'AUTRE Éric-Emmanuel Schmitt (Livre de Poche) Michael Connelly (Seuil) Kate Mosse (Litre de Poche) 10 LA DÉFENSE LINCOLN Michael Connelty (Points) LE SECRET Rhonda Byme (Un Monde Différent) PETIT LAROUSSE NLBSIRÉ 2008 Cotlectff (Larousse) TOUTE L'HISTORIE DU MOME: DE.J.-C.Barreau/G.Bigot (Livre de poche) 5 L’ART DC CONJUGUER Collecttf (Hurtubiee HMH) LA Cii DE U MAITRISE Chartes F.Haanel (Dauphin Blanc) 7 PUUOOya POUR LE R Mathieu Ricard (Pocket) DUE U FORCE O'ATTRACIWN SOT.Michéle Cyr (Transcontinental) L'ART DE U SMPUOTÉ Dominique Loreau (Marabout) RÉUSSK L’EXAMEN D’ENTRÉE U.F TchoutP Tranquille (Dtdlei) 10 EXCUSEZ-MOI MAIS VOTRE ME ATTBR) Lynn Gntbhom (ADA) FABIEN DEGLISE Le rideau va tomber sur l’existence de Louis, tueur à gages sans cœur qui s’amuse parfois à faire fumer ses victimes avant d’appuyer sur la gâchette: abattu par un cancer, l’homme se meurt, soutenu par la morphine, dans une chambre d’hôpital avec vue sur une ligne de métro aérien.Mais il n’a pas dit son dernier mot Le malfrat a une dernière volonté: sortir de sa piaule avec les forces qu’il lui reste pour remonter une ultime fois son passé et y régler ses comptes, l’arme au poing.D veut aussi parler une dernière fois à sa fille.Et partir la tête haute.Tout ça n’est pas très jojo.Et pourtant, c’est la route bien sombre et tortueuse qu’ont décidé de mettre en couleur le dessinateur Jacques de Loustal et le scénariste Philippe Paringaux dans Le Sang des voyous (Casterman).Jouant autant avec la grammaire de la bédé qu’avec celle de la littérature, le bouquin relate la descente aux enfers d’un homme taciturne et résigné qui souhaite faire le ménage avant le jugement dernier.Histoire de préparer sa mort comme il a vécu sa vie.Loin, très loin même des ambiances tropicales qui habitent l’univers de Loustal {Jolie mer de Chine, Carnets de voyage, Iles et elles, Rien de neuf à Fort-Bongo), cette nouvelle collaboration, depuis huit ans, entre l’architecte devenu dessinateur et le journaliste converti au 9e art — Paringaux a été le rédac chef du célèbre magazine Rock and Folk! — plonge plutôt la tète la première dans le climat sinistre d’une France des années 50.Une France de racailles, marginale et glauque à souhait, qui constitue le décor idéal pour suivre pas à pas, coup de feu après coup de feu, la dérive d’un cancéreux rancunier.Soutenu par un scénario impeccable, ce polar — puisque c’est bel et bien de ça qu’il est question — trouve très vite ses marques, aidé par une écriture percutante, des phrases assassines et surtout cette technique du texte hors champ, propre à Loustal, qui exprime tout au long du récit une mélopée redoutable: «La fumée des Balto se mélangeait à l’obscurité en même temps que la morphine» [.] «R n’avait pas peur, mais quand le couteau s’approcha de son ventre, ses intestins lâchèrent».Précis et hautement coloré, malgré la nature du propos, le fusain et le pinceau du dessinateur font le reste, en guidant également le lecteur dans les bas-fonds d’un passé trouble, avec un style affirmé et surtout terminal.À l’image de l'état de santé de Louis, l’antihéros malade et pathétique.Le Devoir LE SANG DES VOYOUS Loustal & Paringaux Casterman Paris, 2006,68 pages JEUNESSE 1 QUATRE FRIES ET UN JEART.4 Ann Breshares (GalHmard) 2 HARRY POTTER ET LE PRNKE DE.J.K.Rowling (GalHmard) 3 A VOUS DE JOUER): LA FORÊT MOU S.Bilodeau / M.Charbonnsau (ADA) ASTÉRIX ET SB «MB: HOMMACT Collectif (Albert René) LOM-LURE11: ET U SECRET DE.Suzanne Julien (Pierre Tiseeyre) FOWL T.I : COLONIE PERDUE '¦ Eom Cotter (GalDmanl) LE JOURNAL O'AimÉUE LAHAMME13 India Desjardins (Intouchables) ERAOON T.2 : L'AIMÉ Christopher PaoUnl (Bayard) ANGLOPHONE HARRY POTTHIS THE OEAJNU.J.K.Rowtbg(Rtfncoa*) Rhonda Byme (Beyond VlbnM ECHO P AUK Michael Connety (Warner Books) REACH ROAD James Patterson (Warner Vision) Dougtas Preston (Warner VMon) ¦ IM IT.• : LE Mario Francis (Intouchables) J.R.R TbAtien (Harper Cotkn) Renan Coben (Penguin Books) JeftTey EugenMes (Vintage Canada) M THE OA John Peel (ADA) Andre Ugaapi (John WKey A Son) ircutatf juillet LE DEVOIR.LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 AOÛT 2007 E 8 LIVRES j Louis Hamelin ai toujours pris avec un grain de sel le poncif néolibéral qui nous montre la France en vieille nation frileuse croulant sous le poids des traditions, idéologiquement mal équipée pour faire face aux défis du troisième millénaire, etc.Mais j’avoue que les remontrances récentes d’Alain Finkielkraut à l’endroit du jogging présidentiel m’ont franchement diverti.Aristote! Mais bien sûr! Et ce débat de fond: de gauche ou de droite, la course à pied?Et la marche rapide de Bernard Landry, alors?Une forme de blairisme étapiste?C’est vrai qu’on imagine plutôt mal le général de Gaulle en survêtement Adidas avec un serre-tête en guise de couvrechef.Et si Mitterrand fut un coureur effréné, l’objet de sa poursuite et sa relation au cardiovasculaire semblent avoir été bien différents.Bref, les Français pourraient faire pire que ce début de dépoussiérage de la fonction présidentielle et d’ailleurs, marketing pour marketing, Sarkozy était bien plus ridicule en cow-boy reaganien de carte postale transplanté au cœur de la Camargue.Les cousins auront beau courir, j’ai comme l’impression qu’ils ne sont pas sortis du bois.Moi, je venais d'y entrer.La piste que je suivais était raboteuse et défoncée comme le lit étroit d’un ruisseau à sec.Un ancien chemin carrossable, comme le prouvait cette carcasse de voiture basculée à flanc de colline et laissée en rade au milieu des bois.Une onde de chaleur humide m’enveloppait, une sourde pulsation me baignait des pieds à la tête, je sentais mon propre sang doucement bouillant m’emplir comme une bienfaisante soupe Le paradis des demoiselles intérieure pendant que je regardais où je posais chacun de mes pas dans la boue, les trous, les cailloux.Je «gérais mon corps», comme dirait Finkielkraut En d’autres mots, je courais.Tout comme son besoin angoissé de nouveauté, la soif de divertissement organisé de notre époque ne cesse jamais de m’étonner.On ajoute un cerf-volant ou des skis à quelque chose qui existe déjà et voilà- un sport inédit est né.Pour ma part je me suis contenté de ressusciter une vieille discipline qui s’appelle le crosscountry (la course tout-terrain) et dont l’existence est attestée dans les vieux numéros du Journal Tintin, me retenant remarquez-le, de créer une fédération.Fonder un club ne figure pas non plus dans mes plans.Je serais le seul être vivant à la pratiquer que cette activité ne m’en procurerait pas moins un certain bien-être.Ne comptez pas sur moi pour trancher entre la marche et la course: comme tonton Mitterrand, j’aime bien le Champde-Mars, mais je lui préfère de loin mes sentiers pas toujours très accessibles.(Vérification frite, le crosscountry, épreuve exclue des Olympiques, «is olive and kicking», particulièrement en Afrique.) La carcasse d’auto que je vois faiblement reluire dans le sous-bois me rappelle 1’apothéose fracassante et peu vraisemblable du roman que je viens de lire, Rêves de garçons, de l’États-Unienne Laura Kasischke.J’ai commencé ce livre parce que je me disais que je ne pouvais quand même pas toujours parler de cow-boys et d’indiens.C’est déjà bien assez de m’être tapé quasiment d’une traite une biographie de Crazy Horse et d’avoir entamé tout de suite après un roman de Melanie Wallace au titre non équivoque: Sauvages.Même quand, espérant fuir cette odeur de poussière et de poudre, j’ouvre le dernier Jay Mdnemey pour enfin entendre parier d’autre chose, il faut que je tombe sur un premier chapitre intitulé «L’été indien».La photo de la couverture du livre de Kasischke, sur ce point, me rassurait avec ses nymphettes en tenue estivale bien légère.L’éditeur Bourgois semble d’ailleurs s’être entiché de l’auteure, lui qui, au printemps 2007, publiait coup sur coup ses deux dernières œuvres.On ne peut donc pas dire que ce fut une surprise de découvrir dès les premières pages que cette histoire de jeunes filles en fleur se déroule à Pine Ridge, haut lieu de la résistance amérindienne où, après avoir été massacrés un siècle plus tôt à Wounded Knee, les Sioux lakotas se sont dressés en 1974 pour défier l’histoire du fond de leur réserve encerclée par les troupes de choc du FBI Après avoir étouffé cet ultime sursaut des mânes de Sitting Bull, les autorités eurent l’idée d’ouvrir un camp de «pompom girls» à cet endroit Je plaisante à peine.S’il faut en croire la romancière, il y a bel et bien un camp d’été de cheerleaders à Pine Ridge, mais si elle l’a inventé, la chose n'en est pas moins drôle.Décidément «toutte est dans toutte», comme disait le poète.De frit et sans vouloir verser dans l’ethnographie à deux sous, le cheerleading moderne découle probablement des danses guerrières aborigènes, l’art militaire traditionnel des Lakotas, ritualisé à l’extrême, s’apparentant davantage aux grandes compétitions sportives d’aujourd’hui que, disons, à ce qui se passe en Irak.Mais laissons la guerre et ve-nons-en à l’amour.La métaphore centrée du roman de Laura Kasischke est fort bien trouvée: les cigales, dont le grésillement emplit l’air du camp d’été, passent dix-sept années de leur existence sous la terre à l’état de larve.Puis: «Elles se reproduisent, pondent des œufs, meurent et le cycle recommence», résume Miss Vaseline, la monitrice, avant d’ajouter «Ce sont les mâles qui font ce bruit.» Cette jolie allégorie, une auteure plus douée, ou plus expérimentée, l’aurait laissée un peu en retrait, faire son travail dans l’ombre, en latence, comme le sommeil souterrain de la cigale.Kasischke ne peut s’empêcher au contraire d’appuyer dessus.«Moi aussi, j'avais dix-sept ans», souligne-t-elle à gros traits.Ça semble être un défaut récurrent chez elle.Exemple: «Une grosse mouche virevoltait autour d’un petit tas de papier-toilette près de son lit.Je me demandai si Kristi n’en avait pas enveloppé un tampon usagé sans se donner la peine de le mettre à la poubelle.C’était peut-être l’odeur du sang qui attirait la mouche.» Ça va, Miss, on n’est pas bouché.Même sans la dernière phrase, on aurait compris.Bref, elles ont dix-sept ans.Il y a Sœur Sotuire qui est jolie comme un cœur mais pas très dé- niaisée, Desiree la bien nommée qui n’a pas sa pareille pour emballer un maître-nageur, et en frit tout ce qui porte une queue et avance sur deux pattes, et Kristi-la-rouquine qui se tape une bonne vieille attaque de SPM.Ce que la romancière réussit à merveille à nous faire sentir, du moment qu’on arrive à passer au travers du bavardage et des irritants retours en arrière dont le livre est farci, c’est le narcissisme inhérent à cet âge, que la narratrice assume parfaitement Et c’est la terreur que peut inspirer la nature, spécialement quand on jouit du statut d’objet décoratif et désirable dans une culture par ailleurs complètement coupée de son animalité foncière et du simple bruissement des choses vivantes.Elles voient un lac, pensent «sangsues».Entendent des bruits, pensent «Ours?Coyotes?Loups?» Avec up ou deux tyrannosaures, le tableau serait complet À défaut de quoi, on peut bien sûr compter sur les mâles de l’espèce humaine pour réagir à certains signaux, dont font partie les exhibitions de jeunes séins fermes derrière les vitres d’une Mustang lancée à fond de train.Me void, tout suant et essoufflé, au bord de mon petit lac.Personne en vue et pas l’ombre d’une algue bleue.En voyant les grenouilles s’écarter sur mon passage, je songe à un film d’horreur intitulé Les Grenouilles.J’avais peut-être 17 ans.Puis je me glisse dans l’eau comme sous une seconde peau et je me faufile près des feuilles de nénuphars couvertes de demoiselles.Plus loin, j’en vois passer accouplées en plein vol et si fragiles en apparence.Moi, j’ai Hntention de marcher au retour et de me prendre pour Aristote.Collaborateur du Devoir RÊVES DE GARÇONS Laurp Kasischke Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy Christian Bourgois éditeur Paris, 2007,246 pages ENTREVUE LA PETITE CHRONIQUE Nina Bouraoni : aimer, écrire PIERRE VERDY AGENCE FRANCE-PRESSE À près de 40 ans, Nina Bouraoui croit encore que l’amour est «le dernier remède à tout» ' DANIELLE LAURIN Elle signe deux chansons sur le nouveau disque de Céline Dion.Et vient de publier son dixième livre, après avoir obtenu le prix Renaudot en 2005 pour Mes mauvaises pensées.Son thème de prédilection: l’amour, encore, toujours.À près de 40 ans, Nina Bouraoui n’en démord pas: «Je suis encore une amoureuse et je me dis, de façon - très naïve, que l’amour peut sauver tout.C’est le dernier remède à tout, finalement.» Dans son nouveau roman, Avant les hommes, un petit livre dense, intense, elle se glisse dans la peau d’un garçon de 17 ans qui ne croit en rien, surtout pas en l’amour.«Jérémie est totalement dans le désir, mais il n’est jamais dans l’amour», précise l’écrivaine franco-algérienne rencontrée à Paris.Son jeune héros passe ses journées à errer, seul, à se droguer, à se chercher.Pour Nina Bouraoui, Avant les hommes est le roman d’une certaine jeunesse: «Jérémie est un jeune du siècle, qui vient d’une famille explosée, où la mère n’est pas une mère mais une croqueuse d’hommes, et où le père est absent.Mon roman porte avant tout sur l’absence d’amour.» Absence d’amour d’autant plus pénible pour Jérémie qu’il est en pleine crise d’identité.Attiré par les garçons, il se sait différent mais peine à savoir qui il est vraiment Ambiguité sexuelle, trouble identitaire: des sujets chers à Nina Bouraoui.Des sujets omniprésents dans Mes mauvaises pensées, notamment Un roman très ouvertement autobiographique où l’homosexualité occupait l’avant-scène sans prendre toute la place.En filigrane, l’auteure retraçait la genèse de sa famille métissée — père algérien, mère française.Et revenait sur son déracinement elle qui a dû quitter son Algérie natale en catastrophe à l’adolescence.Déjà, dans Garçon manqué, en 2000, elle s’épanchait sur son enfance algérienne.Sans faux-fuyant elle affirmait tout de go qu’alors elle rêvait d’être un garçon.Mieux, elle faisait comme si.Tellement qu’elle a fini par y croire.Jusqu’à ce que la France la transforme en jeune fille coquette.Aucune difficulté pour elle aujourd’hui quand vient le temps de se mettre dans la peau d’un garçon dans l’écriture.«D’abord, je crois qu’en chacun de nous ilya une part de garçon et une part de fille, même si c’est un peu cliché de dire ça.C’est vrai aussi que, pour moi, c'était très fort dans l’enfance, ce désir d’être un garçon, et qu’il y a des restes de ça.Mais je pense que, justement, être un auteur, pour moi, c’est aller à la recherche de ça.Pouvoir changer de sexe quand on écrit, c'est un des rares avantages qu’on ait.Autant s'éclater!» Trouver sa place dans le monde Avant les hommes a beau être de la pure fiction, les mêmes questions continuent de tarauder Nina Bouraoui.«Trouver sa place dans le monde, c’est quelque chose sur quoi je me suis toujours interrogée.Je n'ai pas eu une jeunesse aussi malheureuse que Jérémie, mais je devais avoir sa sensibilité, peut-être parce que je me sentais différente.Dans la jeunesse, c’est comme si la sexualité nous identifiait.Ilya vraiment une épreuve du feu où Ton doit trouver son identité sexuelle.» Outre certains films, et certains livres — ceux d’Hervé Gui-bert, en particulier, quelle adule —, plusieurs lettres de lecteurs ont nourri l’écriture d’Avant les hommes.«Beaucoup de jeunes filles et de jeunes garçons m’écrivent, chaque fois que je publie un roman.Ces adolescents ne sont pas forcément en détresse, mais ils sont assez seuls, souvent à cause de leur homosexualité.Je ne suis pas une militante, je ne fais pas de politique, mais je me dis: si la littérature peut avoir cette mission, de rentrer dans la solitude de quelqu’un, tant mieux!» Son Jérémie est fragile, on sent qu’il peut basculer d’un moment à l’autre dans le désespoir, la folie.Sa vie ne tieqt qu’à un fil.Ce qui le retient?«A 17 ans tout est exagéré, à la fois tout est important et rien n’est important, on a l’impression que tout est possible et que rien n’est possible.Même si Jérémie dit qu’il ne croit pas en l’amour, même si pour lui Tamour est une invention, je crois que c’est quand même la perspective de Tamour qui le garde en vie.Il sera sauvé par Tamour, voilà!» L’amour comme garde-fou est aussi au centre des deux chansons que la romancière a écrites pour l’album D’elles de Céline Dion.Au centre de celle qui a pour titre Immensité, en particulier.«Céline a traversé le monde, elle a un statut d’idole, mais à côté d’elle, ilya René, ilya René-Charles, elle en parie beaucoup, on les connaît.Mais on ne les connaît pas uniquement parce qu’ils sont des gens exposés par les médias.Ça fait partie de son univers, elle le dit, on sait qu’avec René ils forment un couple mythique, un tandem.» Autrement dit: «Pour moi, c’est quelqu’un d’immense, Céline Dion, pour mille choses.À la fois par son travail, par ses qualités humaines.Et par la place de Tamour dans sa vie.» Nina Bouraoui en était à sa première expérience en chanson.Elle a adoré.«Pendant des mois j’ai été complètement endionisée.J’ai réécouté tous les disques, visionné tous les DVD de Céline Dion.Et maintenant, mes chansons lui appartiennent, elles ne sont plus à moi.Tant mieux.Ça change de la solitude des romans!» Collaboratrice du Devoir AVANT LES HOMMES Nina Bouraoui Stock Paris, 2007,90 pages Petites et grandes mélancolies Gilles Archambault A nulle autre période de l’histoire aura-t-on célébré avec autant de ferveur la nouveauté et ce qui tient lieu de progrès.Si nostalgiques et mélancoliques sont généralement à fuir, il ne faudrait pas pour autant délaisser les écrivains qui voient dans le passé des occasions de se réjouir.En littérature, me semble-t-il, l’important n’est pas tellement la justesse de ses sentiments que le ton sur lequel on les exprime.Jean Clair, dans Lait noir de Tau-be, nous livre des pages de son journal.Comme dans le Journal atrabilaire qull a fait paraître l’an dernier, il y est surtout question de sa ferveur pour l’art et des désillusions que lui procurent le fait de vivre et la fréquentation de ses contemporains.Si on parcourt avec intérêt ces carnets placés sous le thème des saisons, c’est que leur auteur est un homme de culture.Qu’il apparaisse parfois comme un peu scrogneugneu, c’est l’évidence.Dois-je avouer toutefois que je suis parfaitement d’accord avec les sentiments que lui inspirent les graffitis et certaines autres manifestations de la cuistrerie contemporaine?Venises, de Paul Morand, est un livre crépusculaire.S’il contient des pages remarquables sur la Cité des Doges, on y chercherait en vain la précision nerveuse de ses nouvelles.«Venise, ce n’est pas toute ma vie, mais quelques morceaux de ma vie, sans lien entre eux; les rides de Teau s’effacent; les miennes, pas.» Plus loin, Morand constate que tout au long de sa vie il est arrivé quand on éteignait Pour lui, nul doute, Venise agonise en même temps que les sociétés qui l’ont vue naître et prospérer.Le lecteur éprouvera difficilement les mêmes regrets que l’auteur devant cette accélération de l’histoire.S noire auteur n’éprouve que mépris pour les jeunes hippies de la fin des années soixante pour qui la laideur est un mode de vie, le lecteur restera probablement de glace devant le rappel des coutumes des bien nantis qui, 30 ou 40 ans auparavant, sillonnaient la lagune.On pourrait même croire que, sans le style alerte d’un auteur octogénaire, on lirait à peine ces confidences suscitées par la nostalgie d’un monde suranné.Mais il y a cette magie des mots.Qu’un écrivain nous semble moins haïssable, malgré ses idées convenues, lorsqu’il sait manier la plume! Exemple, parmi tant d’autres: «Venise résume dans son espace contraint ma durée sur terre, située elle aussi au milieu du vide, entre les eaux fœtales et celles du Styx.» Si l’image de Morand n’est pas celle d’un écrivain à qui on demanderait un rendez-vous parce qu’on se sent proche de lui, pour quelque raison que ce soit, Léon-Paul Fargue, qui frit son contemporain et son ami, se présente comme une connaissance dont les accointances nous sont pour le moins sympathiques.Le Piéton de Paris, que l’on reprend dans la même collection dite de L’imaginaire, agrémenté d’un CD comprenant un entretien radiophonique de l’auteur et quatre autres d’Adrienne Monnier, paraîtra proche à quiconque aime à la fois la ville dont il est question et la façon qu’a l’auteur de témoigner de son attachement Là encore le style fait la différence.Autant Morand est tranchant, froid, autant Fargue est bellement mélancolique.Il n’a de cesse qu’il n’ait déploré son Paris d’autrefois, de préférence celui contenu entre la gare de l’Est et la gare du Nord, mais on le suit sans le moindre ennui.S’il relate ses expériences dans un Paris disparu, même en 1938, il sait s’attacher aux détails pittoresques et accepte de s’émouvoir de l’évocation tant des malheurs d’un exilé russe que de ceux d’un baron déchu.«R y a des années que je rêve d’écrire un “Plan de Paris” pour personnes de tout repos, c’est-à-dire pour des promeneurs qui ont du temps à perdre et qui aiment Paris.» J’aime Paris, d’où ma satisfaction.Collaborateur du Devoir LAIT NOIR DE L’AUBE Jean Clair Gallimard, colL «L’un et l’autre» Paris, 2007,206 pages VENISES Paul Morand Gallimard, cofl, «L’imaginaire» Paris, 2007,215 pages LE PIÉTON DE PARIS Léon-Paul Fargue Gallimard, coll.«L’imaginaire» Paris, 2007,304 pages LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d'art et de collections Canadiana Livres anciens et rares Bibliothèque de la Pléiade Littérature Philosophie Sciences humaines Service de presse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion @ beUnet.ca NOUS NOUS DEPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.
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