Le devoir, 28 juin 2003, Cahier E
CINEMA Sois théâtrale, ô ma douleur Page E 4 ET 1) 1 M A X C HE 2 H .1 l 1 X 2 I) O ;i LE DEVOIR.LES SAMEDI 28 LITTÉRATURE Le dernier havre d Yves Thériault Page E 5 LE DEVOIR * ^f wSSé SERGE TRUFFAUT Ce devait être le pianiste Brad Meldhau.Ce sera le saxophoniste Lee Konitz.Pour une raison obscure parce que non dévoilée, le premier a plié armes et bagage, abandonnant au second la fonction d’architecte et d’animateur de la série invitation qui fera suite à celle confiée à Jack Dejohnette.De ce hiatus, il faut se réjouir.Parce que.Souvent, peut-être trop souvent, on use et abuse de l’expression qui emballe la maîtrise d'un art avec l’âge: «le dernier représentant de.» Dans le cas de Konitz, cette formule est plus qu’appropriée.Avec Jay McShann, autre invité du festival, Konitz est le dernier acteur et témoin d’une époque.D est cela mais également autre chose.Quoi donc?Un expérimentateur constant Il ne s’est pas contenté d’être acteur d’un fait d’armes et ensuite, de le répéter jusqu’à plus soif.Ainsi qu'il l’a confié lors d’un entretien: «J’adore improviser» Allons-y pour une déclinaison ordonnée par le temps.H était une fois un petit appartement en sous-sol situé à quelques enjambées de la 52' rue qui était alors l’épicentre du jazz.Le locataire?Gil Evans.D vient de quitter l’orchestre de Claude Thornhill au sein duquel il faisait les arrangements.L’homme a de l’ambition, la noble, s’entend.D veut inventer autre chose.Dans son réduit, Evans compose.Tous les jours, des bonshommes avec lesquels il s’est lié lors de son séjour chez Thornhill passent chez lui.Les plus assidus?Gerry Mulligan, John Lewis, Lee Konitz et Miles Davis.Tous en ont marre d’être cantonnés dans la formule alors en vogue du «bibop».Ils concoctent une évasion parce qu’ils veulent élargir notamment la palette sonore du jazz.Aux quartet et quintet classiques, cette bande des quatre souhaite ajouter des tubas, des hautbois, des cors anglais, comme on dit en français, on french horns, ainsi que disent les anglophones.En champion de l’opportunisme, Miles Davis publie le tout sous le vocable Birth Of The Cool.La naissance en question aura une suite grandiose.John Lewis fondera le Modem Jazz Quartei Gerry Mulligan formera le pia-noless quartet avec Chet Baker, Gil Evans poursuivra son inlassable travail d’écriture jusqu’à la fin, Miles Davis tuera le tout avec Kind Of Blue.Et Lee Konitz?D sera le seul de l’époque à reprendre régulièrement la formule du nonet Ce sera d’ailleurs le cas la semaine prochaine.Ce désir d’invention qui habitait alors Konitz et les autres aura une autre conséquence dont ce dernier sera le principal héros.Autant Konitz est resté fidèle à la formule du nonet, autant il sera minimaliste.De tous les grands musiciens de jazz, il est probablement celui qui a poussé le duo à son apogée.Dans l’histoire du jazz, il y a eu de grands duos.Celui de Paul Bley avec Chet Baker, celui de Don Cherry et Ed Blackwell, celui de John Lewis avec Hank Jones, Jimmy Chiffre avec André Jaume, Randy Weston avec David Murray, mais aucun d’entre eux n’a enregistré ou joué en duo avec un bonheur aussi égal, aussi communicatif que Konitz.Avec Richie Kamuca, Warne Marsh, Gil Evans, Harold Danko, Jim Hall, Jimmy Giuffre, Paul Bley et Martial Solal, l’homme qui a aujourd’hui 76 ans a défendu et continue de défendre l’art du duo avec une constance qui force le respect.«Ce que f aime avec le duo, c’est qu’il favorise à la fois la complicité et l'improvisation.» Dans six jours, il se produira avec trois pianistes séparément Un d’entre eux et à retenir: Paul Bley.Pourquoi?Parce que les deux se connaissent depuis la fin des années 40, parce que les deux, au fil des ans, ont répété l’expérience.Parce qu’avec Paul Bley, il n’est pas question qu’il y ait une répétition.«Avec lui, la surprise est immanquablement au rendez-vous.Je l’aime beaucoup pour cela.» Les autres duettistes?Le jeune Jason Moran et l’expérimenté Kenny Werner.VOIR PA£E E 2: KONITZ ¦£= « O) CO CD BIRTH OF THE W* ¦ •• PHILIPPE NOIRET AU MONUMENT-NATIONAL LES 11,12,13 SEPTEMBRE 2003, 20h MATINÉE LE 14 SEPTEMBRE, 15h BILLETTERIE: 514-871-2224 - RÉSEAU ADMISSION: 514-790-1245 / 1-800-361-4595 LE DEVOIR.LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 JUIN 2 0 0 3 E 2 ?JAZZ* Adoucir les mœurs McFerrin par lui-même BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR Plusieurs se sont demandé, au cours de ses quatre ans d'absence sur disque, où était bien passé DJ Ram.L’après The East Infection s’est fait attendre, attendre et attendre.Le premier disque de Ramachandra Borcar était de ceux qui, aisément, font rêver aux contrées les phis reculées.De quoi redemander de ce concert des nations musicales.Le nouvel album, un quatre pièces intitulé Et Pipo Del Taxi, malgré son avarice de titres, demeure d’une grandeur d’âme exceptionnelle.Au Festival international de jazz de Montréal, c’est en quartette que Ram fera entendre ses péripéties à travers des univers musicaux parmi les plus dépaysants et sexy à la fois.El Pipo Del Taxi est une virée cinématographique à travers de vastes étendues d’imaginaires sonores.«A journey into sound», comme le chantaient jadis Erik B.and Raldm.Le compositeur et chef d’orchestre — on oublie que derrière le DJ se cache un diplômé en composition électro-acoustique et contemporaine de l’université McGill — a puisé à nouveau dans ses racines montréalaises, indiennes et suédoises pour cultiver et raffiner son art de l’hybridation.Entre la première chanson Kwaidan (histoire de fantômes, en japonais) et la dernière plage, The Curse of the Eyes, Ramasutra fait ressentir à travers d’autres sens.La première question qu’il s’impose de poser à Ramachandra Borcar, c’est celle de savoir ce qu’il a bien pu fabriquer lors de ces quatre années.Entre les deux albums, Borcar a trimé dur.Plusieurs concerts à l’extérieur du pays, dans le monde, ont soutenu la sortie de The East Infection, bien reçu à l’international.Puis, le Japon, les Etats-Unis, l’Europe et le Canada l’ont reçu, mais à titre de DJ toutefois.Des musiques pour des documentaires et pour la publicité ont garni le catalogue de celui qui a déjà été qualifié à’«anthropologue des sons».Aussi, il a pondu une minute et demie de musique pour la trame sonore de Un crabe dans la tête, pour lequel Ram s’étonne toujours d’avoir gagné un Jutras.«J’ai travaillé sur plusieurs projets, des films, des pubs.En 2001, j’avais aussi le projet “Québec/New York”, sur lequel fai travaillé pendant six mois.» Les circonstances atroces que l’on sait ont mis fin à l’aventure.Aussi, le concert qui a été annulé en raison du 11 septembre devait-il être enregistré et aurait fait figure de second disque.«]'aurais eu cet album live.S’il était sorti, ça n'aurait pas paru que j’ai été si peu en public pendant si longtemps.» Des musiques se sont entassées.Si bien que «la plupart du matériel pour le prochain album est prêt.J’ai un double album, en plus du matériel de “Québec/New York’».Sur le EP, la piece Magma Marna ressort du projet avorté.Sur le prochain disque, en route pour être dans les boutiques à l’automne — le titre est annoncé: La Villa Medusa —, des bribes de ces musiques forcées au mutisme seront saupoudrées dans la matière de ce nouveau matériel.Le titre, El Pipo Del Taxi, est venu après fa sélection des pièces.A travers 1a métaphore des véhicules à compteurs, Ramachandra Borcar s’est permis de grappiller des sonorités inhabituelles qui, une fois réunies, deviennent attrayantes à l’oreille.«/essaie toujours d’éviter les trends.Si ça sonne comme quelqu’un d’autre qui est hot dans le moment, je le jette tout de suite.» L’Inde, le Japon et le Brésil se rencontrent sur cette musique.«Je n ’essaie pas de recréer les musiques des dif férentes cultures.J’utilise surtout des instruments Par exemple, la musique traditionnelle japonaise, ça sonne épeurant.Dans leur contexte, c’est quelque chose d’autre, mais pour nous, ce sont des sonorités un peu dark.Alors je l’ai utilisé hors de leur contexte.Je n’essaie pas de faire de la musique japonaise.» C’est fa couleur des instruments plus que leur provenance qui intéresse DJ Ram.The Losing Hand, aux nuances dub infinies, a été composée sur piano.La slide indienne du maître Debashish Bhattacharya est venue après.Il faut entendre Ram raconter comment il a rencontré Bhattacharya, un grand de fa musique de ce monde.•Il y a peut-être quatre ans, j’ai joué au Festival d’été de Québec.Il a joué avec Bob Brozman, un autre grand joueur de slide.On avait fait un show ensemble, avec une moitié de mon groupe et le leur Brozman était avec moi pour “Québec/New York”.Quant j'ai écrit la pièce, au moment des arrangements, je me suis dit que si je pouvais avoir Debashish, ça allait vraiment ajouter quelque chose, fai téléphoné au Festival, et ils m’ont dit qu’il revenait.» Tout de go.Ram est monté à Québec pour l’enregistrer.«Il était disponible seulement un jour, et à une heure fixe.Tous les studios étaient “bookés”.fai amené un studio mobile, j’ai loué une suite au Hilton et je l’ai enregistré là.Si tu isoles sa piste, tu entends un autobus qui passe.» Pour rendre les atmosphères de sa musique, Borcar tiendra les instruments électroniques et les claviers.La voix d’une chanteuse, Marcia Seebaran, la flûte indienne, dite bansuri, et une contrebasse l’accompagneront dans cette musique mystérieuse et sensuelle.C’est «une étape entre le DJ et le groupe complet.On Juit des remix live des pièces.On donne des versions différentes à chaque fois.» Le DJ est habitué a sonder les réactions de fa foule.Et on aura un aperçu de ce qui s’en vient, une visite à La Villa Medusa.Il sera également au Festival d’été de Québec.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Il chante sur du Bach ou en invoquant des mélodies africaines, mais il ne chante toujours et encore qu’un seul nom, du Bobby McFerrin.Cette année, le Festival international de jazz de Montréal accueille donc le prodige de fa voix de 53 ans, avec une brochette d’invités-surprises.Au moment de notre entretien téléphonique, Bobby McFerrin n’avait aucune idée de qui étaient ceux qui doivent l’accompagner ce soir sur ^ la grande scène de la salle Wilfrid-Pelletier.«C’est mon producteur qui décide.J'adore le côté spontané de tout cela», lance-t-il au téléphone.Il faut dire que Bobby McFerrin a déjà été accompagné sur scène par des artistes les plus divers, donnant des performances allant de 1a danse aux arrangements floraux! Il faut dire aussi que l’artiste a chanté sur une vaste gamme de rythmes, a expérimenté sur plusieurs types musicaux («je ne fais pas de hip-hop», précise-t-il cependant) et que ce qui le caractérise par-dessus tout, c’est l’improvisation solo.Avec un registre de quatre octaves, une liberté infinie dans l’in- terprétation, Bobby McFerrin a renouvelé l’art vocal et a séduit les foules il y a déjà quelques décennies en démontrant ses possibilités immenses, en arrivant notamment à reproduire avec cette voix les instruments les plus divers.•Les couleurs et le vocabulaire de la voix sont énormes.Il y a tant de choses que la voix peut faire.En fait, je pense que les instruments de musique ont de tout temps imité la voix et non l’inverse.» Sur son dernier disque, qui s’intitule Beyond Words (Blue Note), Bobby McFerrin est par ailleurs accompagné de grands noms du jazz, de Chick Corea ou Richard Bona, pour ne nommer que ceux-là.Mais, explique-t-il en entrevue, l'enregistrement de la voix s’est fait en studio, avant que ne soient ajoutés les instruments, ce qui fait que ce sont les pianos et la basse qui rappellent le timbre de fa voix de McFerrin et non fa voix qui fait écho aux instruments.La genèse de ce disque ramène McFerrin à une anecdote, survenue lors d’un concert qu’il donnait à Paris en 1985.Une dame africaine est venue le voir après le spectacle, lui expliquant qu’elle étudie les langues africaines éteintes avec un ethnomusicologue.«Elle m’a dit que les sons que je chantais lui rappelaient ces langues africaines oubliées, dit-il.Je ne suis pas un scientifique et je n’ai absolument aucune preuve de cela, mais je me demandais s’il se pouvait que l’on bénéficie d’une mémoire à laquelle nous n’aurions pas accès, héritée de nos ancêtres, et qui pourrait être rendue disponible dans le cadre d’un processus de création.» Pour sa part, Bobby McFerrin est né à New York en 1950.Son père, Robert McFerrin senior, était chanteur d’opéra, le premier homme chanteur solo afro-américain de l’Opéra métropolitain.Bien avant d’exploiter ses capacités vocales, le jeune Bobby a appris à jouer de fa clarinette, puis, après qu’on lui eut posé un appareil orthophonique, du piano.En fait, ce n’est que relativement tard, à 27 ans, que Bobby McFerrin accepte entièrement sa vocation de chanteur, un chanteur, bien sûr, complètement différent de celui que son père a été.«Je ne veux qu’être moi-même», dit-il Le chant est pour McFerrin une expérience spontanée, qu’il n’essaie pas de définir.Et pourtant, cette expérience se confond, pour lui, à celle de la prière, au sein d’une vie spirituelle dont il dit être animé 24 heures sur 24.Une expérience riche, étonnante, variée, et constamment renouvelée.Les chanteuses à l’honneur CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Elles sont partie prenante de l’histoire du jazz depuis ses tous débuts.Elles ont comme ancêtres les voix d’Ella Fiztgerald et de Billy Holiday.Cette année, les chanteuses ont inspiré une série spéciale de spectacles aux pro- LE FESTIVAL DES ARTS DE SAINT-SAUVEUR É D I O N O O 20 JUILLET BALLET DU THEATRE NATIONAL DE PRAGUE Petr Zuska, directeur artistique • 12 et 13 juillet PREMIERES Petr Zuska, directeur artistique • 1 2 et 13 juillet NORD AMÉRICAINES COMPANIA NACIONAL DE DANZA 2 NACHO DUATO, directeur artistique • 1 8 et 19 juillet tes grands solistes et cliorégraplies du Quêta Anik Qissonnene.Mario Radacovsky.Heidi Hood, Oennis lepsi.11 juillet Cantabile, l'humour vocal britannique à son meilleur 1h juillet Finales du concours international de chorégraphie 16 juillet Robert Marien.Les grands airs de comédies musicales 17 juillet Orchestre Philharmonique du nouveau Monde 20 juillet SPECTACLES GRATUITS SUR LA SCÈNE EXTÉRIEURE • EXPOSITIONS • ANIMATION informations / réservations: Forfaits hébergement: Manoir Saint-Sauveur 1-800-361-0505 Saint Sauveur Saint Sauveur ¦ ^ ¦ Patrimoine Canadian ¦ ” ¦ canadien Heritage Québec ÏÎIÎ 0RAVO BILLETTERIE powfri oimiR\rio\ DK < \\\i>\ lOFF JAZZ de Montréal ¥ Ce soir, samedi 28 juin + demain, dimanche 29 juin samedi 28 juin 17h30 Trio Daniel Lessard.Quai des brumes.Entrée libre 21h30 Ven a qui manquent pas d’air!.Le Va-et-Vient 10$ 21 h30 Alex Bellegarde quartette.Focaccia.2$ 23h30 Andrée Boudreau.Focaccia.8$ dimanche 29 juin 17h30 Joel Prenovault quartette .Quai des brumes.Entrée libre 20h30 Jean-Pierre Zaneila.Lion d'Or.24$ (billet de soirée) 21h30 Projet Haïku .Le Va-et-Vient.10$ 22h30 Mathieu' Léger quartette.Lion d'Or.(utilisez le billet de 20h30) 23h30 Jean-François Grouh .Focaccia.8$ grammateurs du F1JM, série qui se déroulera tous les soirs du 26 juin au 5 juillet, au Club Soda.Bien sûr, il y a aussi quelques vont féminines qui se produiront en-dehors de cette série, qu’on pense à la populaire Norah Jones, gagnante d’un grammy, fille de l’encore plus célèbre Ravi Shankar, qui se produit à guichets fermés à la salle Wilfrid-Pelletier ou encore à la brésilienne d’origine Bia, qu'on retrouvera samedi le 5 juillet au Spectrum.Mais dans la série des chanteuses, c’est Sheila Jordan, qui s’apprête à célébrer ses 75 ans, qui retiendra l’attention des jazzo-philes.La chanteuse qui est accompagnée depuis des années par le pianiste Steve Khun (l’une des premiers pianistes de John Coltrane et «le secret le mieux gardé du jazz», selon Jordan) présentera notamment ici des pièces de son dernier album Utile Song u-s-di da-ga-no-ge-da (High Note) un véritable bijou d’authenticité sur lequel on retrouve aussi David Finck à la basse et Billy Drummond aux percussions.Jointe au téléphone dans sa mais,on logée sur une montagne de l’Etat de New York, la chanteuse, qui a jadis croisé la route des Charlie Parker et Charles Min-gus, parle du jazz, cette expression de l’expérience humaine, de la souffrance ou de la joie.La vieille dame, qu’une véritable passion pour Charlie Parker a menée jusqu’au jazz, raconte comment elle s’est d’abord inspirée des instrumentistes plutôt que des chanteuses qui furent ses contemporaines, comme Billie Holiday ou Sarah Vaughan.«Je n’avais pas beaucoup d’argent pour acheter des disques, alors quand j’en achetais un, j’en choisissais un de Charlie Parker.Je me disais que je ne pouvais pas chanter comme Billie Holiday ou Sarah Vaughan.Alors, je reprenais en chantant tous les solos d'instruments.J’ai même repris en chantant des solos de batterie!», dit-elle.D’origine cherokee, issue d’un milieu pauvre de Pennsylvanie, Shelia Jordan, que son grand-père surnommait Little Song, a vite compris et partagé la culture afro-américaine qui est à l’origine même du jazz.Aujourd’hui, dit-elle, si le jazz est mieux connu internationalement, si on fait une meilleure place aux musiciens noirs américains, le jazz qu’on écoute en est du coup devenu plus studieux, moins ancré dans l’expérience, que celui qu’a vu grandir le siècle dernier.«Mais bien sûr, je suis de la vieille école», dit la chanteuse en riant Dans le sillage d’une Sheila Jor dan, on retrouve aujourd’hui une Carmen Lundy, qui sera également au Club Soda.Plus jeune, écrivant aussi ses propres chansons, Lundy dira de son aînée qu’elle donne l’impression d’être entièrement ancrée dans le moment présent Dans la série des chanteuses qui se produisent au Club Soda, mentionnons enfin Térez Montcalm, la chanteuse et guitariste montréalaise qui a depuis quelques années ajouté la contrebasse à l’arc de ses compétences La chanteuse à la voix rauque et écorchée, qui navigue hardiment entre le jazz, le folk, le funk et le rock, présentera autant des pièces de son cru et tirées de son dernier album Térez Montcalm que des standards du jazz et de la chanson française.Cherchez la femme.KONHZ SUITE DE LA PAGE E 1 Dans l’histoire du jazz, il y a eu un drôle d’oiseau, le pianiste, com-positeur et théoricien Lennie Tris-tano.Elève brillant du Conservatoire de Chicago, Tristano s’est distingué dans la galaxie du jazz pour son exigence et sa passion pour Bach.En lui, Konitz va trouver son mentor.C’est probablement grâce à lui que jamais Konitz ne se départira de son goût prononcé pour l'expérimentation qui, elle, oblige en préalable, à moins d’être enclin à l’esbroufe, un travail colossal.Aux côtés de Tristano, Konitz va tailler quelques-unes des beautés du jazz qui se camouflent derrière l’austérité dont le premier habille ses comportions.De Tristano, notre saxophoniste va absorber certains enseignements qui vont lui permettre de partir à l’abordage du complexe.De quoi?Les cordes.Avec Jimmy Chiffre d’abord, sous son propre nom ensuite, Konitz s’est appliqué à réaliser la difficile alchimie entre les violons et les rythmes du jazz.Il y a moins de dix ans de cela, sur étiquette Enja, Konitz a consacré tout un album aux chants de Billie Holiday qu’il a drapés dans les cordes.Une fois n’est pas coutume, mais l’exercice s’avéra une totale réussite.Espérons que fa semaine prochaine, celle qu’il entend mener avec les Autrichiens du Spring String Quartet sera un parfait écho de son passé.«Les membres de ce quartet sont de formation très classique.Mon boulot va consister à improviser au milieu de cela.» D y a enfin ce rendez-vous avec le saxophoniste québécois François Théberge, qui vit désormais à Paris et avec lequel Konitz a signé un album consacré justement à ses compositions.Cette alliance est le symbole d’autre chose: l’inclination que Konitz a toujours eue pour 1a rencontre avec des musiciens beaucoup plus jeunes que lui De tout cela, ce passé très riche en rencontres, en expériences, en productions dont quelques-unes ont marqué l’histoire de la note bleue, une chose est à retenir Lee Konitz est et restera le saxophoniste de fa fluidité.Billetteries • L'OBLIOUE 514-499-1323 • BILLETTERIE ARTICULEE 1-866-844 2172 •• www.LOFFfestivaldejazz.com Quebec SS mocHin liililiüllü û MM** M H! IAJ.ISTI ¦1 1 muZZc ©MP* r >4 1 LE DEVOIR.LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 J V I N 2 0 0 3 K :i le tinémo Hir rkinirtdipltuiisiltti L’AGENDA Culture e(^C e n t r i s horaires S14 847 2206 www.ex-centris.com FESTIVAL D’ÉTÉ DE QUÉBEC CINÉMA Une intrigue banale aux développements prévisibles JACQUES GRENIER LE DEVOIR Daniel Bélanger sera du spectacle d’ouverture du Festival d’été sur les Plaines, avec Marc Déry et Jérôme Minière.De la musique partout dans la ville DAVID CANTIN C7 est jeudi prochain que débute l’un des festivals les plus courus à travers le Québec.Dans la capitale nationale, le Festival d’été propose une 36r édition où la diversité musicale sera encore une fois à l’honneur.Avec des participants d’environ 22 pays et de nombreuses scènes à l’extérieur comme à l’intérieur, ce ne sont pas les choix qui manquent du 3 au 13 juillet à Québec.Voici donc les bons coups à retenir de la cuvée 2003.Multiples créneaux L’un des mandats principaux du Festival d’été de Québec reste sans doute la diffusion de la chanson populaire d’expression française.Toutefois, l’événement estival ne se limite guère à un seul et unique créneau.On souligne néanmoins la présence des Daniel Bélanger, Marc Déry, de même que Jérôme Minière en ouverture sur les Plaines, les retrouvailles des «deux bums de la chanson québécoise» Plume Latraverse et Stephen Falkner ou encore le toujours populaire Kevin Parent (accompagné du bassiste Tony Levin), Lo’Jo de France, ainsi que l’explosif combo réunissant les Vulgaires Machins ainsi que les Cowboys Fringants sur la plus grande des scènes extérieures.Les musiques du monde sont aussi au menu depuis fort longtemps.Cette année ne fait pas exception avec la place D’Youville, qui est devenue l’endroit par excellence afin d’apprécier cette série de découvertes tout au long des 11 jours.Impossible de tout nommer; on a par contre très hâte de découvrir des noms tels le Mai Tai Orchestra ou Sierra Maestra, l’Afro beat festif d’Antibalas, le métissage afro-cubain sénégalais de l’Orches-fra Baobab, de même que «l’ethno-techno» de DuOud (avec Mehdi Haddad d’Ekova).Côté folk, on re- tient évidemment des artistes de la trempe de Daniel Danois, The Waifs, Bruce Cockburn, Buffy Ste-Marie, Mary Gauthier ou encore le très prisé Billy Bragg.Du côté des musiques dites émergentes, il faudra surtout faire un bond au Cabaret du Festival de même qu’à la salle Multi du Complexe Méduse pour être servi à souhait Deux concerts sont à ranger parmi les incontournables de cette édition.D’abord, le 5 juillet à Méduse, la première visite à Québec des Montréalais Akufen, Crackhaus et Deadbeat Ces créateurs de la métropole, très en demande actuellement un peu partout à travers le monde, reviennent justement du prestigieux festival Sonar à Barcelone.On parie que le dub minimal de Deadbeat tout comme la house innovatrice et accrocheuse d’Akufen fera un vrai malheur.Dans un tout autre registre, le 9 juillet au Cabaret du Festival, on s’attend à beaucoup de la part d’Howe Gelb et The New Por-nographers.Ce membre de Giant Sand viendra présenter les nouvelles pièces de The Listener, alors que la sensation power-pop canadienne de l’heure se fera sans doute de nouveaux fans à Québec.Une soirée à ne pas manquer sous aucun prétexte.Même chose pour le trip-hop, légèrement jazz, du Cinematic Orchestra qui s’inspirera du film muet du Russe Dziga Vertov, The Man with a Movie Camera (1929).Une expérience qssez unique à prévoir à l’agenda.Egale ment le retour sur scène de Ra-masutra, qui coïncide avec la parution du mini-album El Pipo Del Taxi.Chez les autres Québécois, on mentionne la présence des Yann Perreau, Dumas, Martin Léon, Colectivo, Les Chiens, Galaxie 500, Paul Cargnello, de même que Yves Desrosiers.Parmi les surprises, qui aurait pu croire qu’un jour les Rosanne Cash, Peter Green, Jimmie Vau- ghan, The Derailers et Bob Geldof feraient partie de la programmation du Festival d’été de Québec?On ose aussi espérer que le nouveau projet de Gord Downie (chanteur des Tragically Hip et mettant en vedette Julie Doiron) saura soulever la foule du parc de la Francophonie, au même titre que Hawks-ley Workman en première partie de Bob Geldof.Lors de la dernière fin de semaine, on attire l’attention sur l’incorrigible bluesman Andre Williams ainsi que le country-rock du groupe The Sadies.On oubliait presque le soul engagé de Michael Franti et son groupe Spearhead.Pour le volet classique, les choix vont du côté de la claveciniste Catherine Perrin, tout comme le duo John Holoway (violon) et Lars Ulrich Mortensen.Les arts de la rue sont toujours au rendez-vous au parc de l’Esplanade ainsi que sur différents sites dans le Vieux-Québec.Cela sans compter les autres trouvailles qui se pointeront jusqu'au 13 juillet CHARUE’S ANGELS: FI LL THROTTLE De McG.Avec Drew Barrymore, Cameron Diaz, Lucy Liu, Bernie Mac, Demi Moore.Scénario: John August, Cormac Wibberley, Marianne Wibberley.Image: Russell Carpenter.Montage: Wayne Wahrmaii.Musique: Edward Sheamur.États-Unis, 2003, 111 minutes.MARTIN BILODEAU L7 art de la récupération vient i de franchir un nouveau seuil avec Charlie’s Angels: Full Throttle, émanation d’une vieille série qui a fait date dont on peut renifler le «sent-bon» de taxi ce week-end au terme d’une campagne tonitruante.Une campagne dans l’esprit tout bien considéré, de ce chow mein «matricien» atomisé par McG au micro-ondes de la bêtise pure.«Full throttle» signifie «toute vapeur».L’expression tient à la fois de la description (parce que, en effet ça y va par là) et de l’excuse.Excuse d’être aussi bête avec clins d’œil aux pas cons, d’être aussi sexiste avec clins d'œil aux pas d’accord, d’être aussi raciste avec clins d’œil des deux côtés, d’être aussi infantile avec clins d’œil aux ados G’audience la plus mature sur laquelle on mise ici), enfin d’être aussi féministe (dans son expression plus débile depuis Baise-moi) avec clins d’œil aux machos (dans leur expression la plus débile depuis le Moyen Age).Pourtant, rien dans cette comédie pétaradante qui distille l’ennui au bout de ses cinq périlleuses premières minutes n'évoque la nature même du clin d’œil, lequel est censé être discret, dégagé des deux côtés et générateur de complicité.Les clins d’œil de Charlie's Angels: Full Throttle (à Cape Fear, à Dirty Dancing, à Flashdance, alouette) sont au contraire grossiers et le film, sous le poids de leur nombre, clignote.L’effet optique est d'autant plus délibéré qu’il est nécessaire pour masquer le vide sur lequel McG les aligne.En effet, l’anecdote de Charlie’s Angels, nuances comprises, tient en quelques lignes: sur les ordres de l’invisible Charlie et le soutien d’un nouveau Bosley (Bernie Mac), les trois anges (Drew Barrymore, Lucy Liu, Cameron Diaz) partent en quête de deux anneaux encryptés contenant les identités de tous les bénéficiaires du programme de protection des témoins du FBI.Les organisations criminelles convoitent ces listes, aussi les trois anges ont-elles pour mission de les doubler au fil d’arrivée, croisant sur leur parcours un ange amer (Demi Moore, dans un Le Festival International 2 00 J Sain ••iRüAfE.(TllARIfVOIX INTERNATIONA! du Domaine Forget 21 juin au 24 août 2003 Tous les concerts sont à 20H30 à moins «fune mention spéciale.Les concerts identifiés seront enregistrés et retransmis sur la chaine culturelle de Radio-Canada dans le cadre de l'émission Concerts d'été ,1» ù RfnwMMBHjk/N Dan A DntMwrA ni I i f T rn ¦' Le 1er Festival mtematkxial de tango de Montréal présente: ut net - 26$ Pepe Romero, guitare Œuvres de S0R, MADINA, T0RR0BA, MOREL.TARREGA, VILLA-LOBOS, MALAS, RODRIGO et CELEDONIO ROMERO Une sommité du monde de la guitare ! fSBÊÊÊAjluiifd ^ Les Concerts Jazz Industrielle Alliance Le pianiste Brad Mehldau (événement exceptionnel) La superstar du piano jazz ! I Musici de Montréal Yutt Turovsky, violoncelle et direction Œuvres de BORODIN, HAYDN, GOUGEON et TCHAIKOVSKI FIN DE SEMAINE DU GOUVERNEMENT DU ikVtc EST T Al* mwmgp/tuUel Les Ballets jazz de Montré Direction artistique : Louis RobltaiUe 1998 à 2003 : Les meilleurs moments des B)M LFS BRUNCHIS-MUSIQUF Samedi 12 juillet 2003 à 20H30 Théâtre Outremont, 1248, Bernard Ouest Réservation réseau ADMISSION: 790-1245 Info: (514) 527-5197 www.tangolibre.qc.ca TOUS LES DIMANCHES DE llh A 14h Virginie Hamel, voix, Vincent Gagnon, piano et Renaud Paquat, contrebasse 13 jutllei Saldana.Musique sud-américaine Cofit » 26,75$ Adultes 12,75$ 6 à 12 ans Gratuit Moins de 6 ans Taxes et services indus Bill I 1 11 RII I F ABONNEMENT (418) 452-3535 ou 1-888-DFORGET ( 336-7438) nrww.domainuforgut.com L'ABONNEMENT AU FESTIVAL ADMISSION » Adultes : 26$ ou 32$ 10 billets de concert au choix Ainés (60 ans et plus) : 24$ dans la programmation régulière du Festival pour Étudiants : 16 $ seulement 225 $ (taxes incluses), et bien plus encore.Enfants jusqu’J 12 ans gratuit Vous n'y trouverez que des avantages, renseignez-vous.Les taxes sont incluses dans les prix.W Billetech -& retour négligeable) qui se visse dans leur angle mort.Sur cette intrigue banale aux développements prévisibles.McG, ex-maitre du clip, s’en tient à ce qu’il sait faire: aligner les défilés de costumes (les trois filles doivent en changer au moins vingt fois) et les scènes d’action (en surf, en moto, en auto, en hélico, etc.), qu’il décante et dissout dans quelques perspectives intimes, préoccupations personnelles et autres trivialités mécanisées.Prenant les films de Hong- Kong pour modèles et Matrix comme repère consolidateur, le cinéaste soumet ses héroïnes, toutes trois d’une sottise abyssale.à dos épreuves rocambo-lesques dignes de jeux vidéo hong-kongais, dont il retouche les couleurs et les textures par ordinateur, différemment selon la scène et pour le seul plaisir de faire désordre.En bout de course, son film nous renvoie chez nous à bout de patience et porteurs du gène qui, depuis la semaine der nière, permet à Bruce Banner de se transformer en Hulk.SONY PICTURES Charlie's Angels: Full Throttle, de McG, est un véritable défilé de costumes (les trois filles —- dont Demi Moore — doivent en changer au moins 20 fois) et de scènes d’action (en surf, en moto, en auto, en hélico, etc.).FESTIVAL ORFORD 300 MUSICIENS.30 PAYS.PLUS DE 200 CHEFS-D’ŒUVRE.Direction artistique : Agnès Grossmann PROGRAMMATION ÉTÉ 2003 28 JUIN Récital Tsuyoshi Tsutsumi 4 JUILLET Les chambristes d'Orford 5 JUILLET Baroque à l'Abbaye St-Benoit 9 JUILLET Soliloques 11 JUILLET Récital Anton Kuerti 18 JUILLET Bach baroque à Magog 19 JUILLET Quatuor Arthur-Leblanc et Janos Starker 25 JUILLET Quatuor Leipzig et Karl Leister 26 JUILLET .Beaux-Arts Trio «55.1" AOÛT Daniel Taylor et Karina Gauvin 2 AOÛT Les Vents d'Orford 8 AOÛT Les Cuivres Jazzés 9 & 10 AOÛT Ensemble Clément Janequin MlKîSSu 15 a 17 AOÛT „ La Cenerentola (ï/ 16 AOÛT Juilliard Quartet Programmation complète, tarifs et abonnement www.arts-orfofd.org CENTRE P ARTS ORFORD 3165, chemlh du Parc.Orford • 1 888 310 3665 • (819) 843-9871 #»«•/» ^CCI llunilar 4SHIÎÜT313 I t I LE DEVOIR.LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 JUIN 2003 E 4 -* Culture * CINÉMA VITRINE DU DISQUE Sois théâtrale, ô ma douleur ____________i________ .¦ ¦ ¦ .SOURCE EX-CENTRIS Vali Fugulin et Sonia Vigneault ont voulu éclairer et questionner la démarche du faux docteur et du vrai comédien-metteur en scène Stéphane Crête,'jouissive et inusitée, enrobée d’une quincaillerie abondante et d’un discours d’une austérité bien scientifique.LES LABORATOIRES CRÊTE Suivi de WWW.SIX.LEMONDEESTPETIT.CA Les Laboratoires Crête.Réalisation et scénario: Vali Fugulin et Sonia VigneaulL Image: Alex Margineanu, Geneviève Ringuet, etc.Montage: Mélanie Chicoine.Musique: Stéphane Lafontaine.Québec, 2003,54 minutes.www.sbdemondeestpetitca.Réalisation et scénario: Vali Fugulin.Image: François Vin-celette.Montage: Sophie Leblond.Musique: Los Gaminos del Ritmo.Québec, 2000, 26 minutes.ANDRÉ LAVOIE Une seule lettre sépare la stimulation de la simulation», professe le O' Stéphane Crête pour expliquer les questionnements, les doutes qui vont envahir les spectateurs devant cette pratique théâtrale sous influence (s).Et elles sont nombreuses, ces influences: drogues, hypnose, gadgets pour susciter la douleur ou favoriser la stimulation sexuelle, tout peut servir pour mener à bien les recherches de ce «savant» intéressé à modifier l’état physique et psychique des acteurs en représentation.En quoi leur jeu est-il affecté?Peuvent-ils découvrir en eux un potentiel insoupçonné ou donner à leur personnage une couleur particulière?Avec un esprit confias et un corps qui ne semble plus nous appartenir, l’acte théâtral est-il toujours possible?Ces questions vont hanter tout autant les cobayes que les spectateurs assistant aux expérimentations pratiquées dans Les Laboratoires Crête de Vali Fugulin et Sonia VigneaulL Les deux cinéastes ont voulu éclairer et questionner la démarche du faux docteur et du vrai comédien-metteur en scène Stéphane Crête, jouissive et inusitée, enrobée d’une quincaillerie abondante et d’un discours d’une austérité bien scientifique.En quatre étapes comme autant d’épreuves parfois contraignantes ou délicieusement grotesques, les acteurs sélectionnés témoignent de leur intérêt et de leurs craintes à jouer les rats de laboratoire, états d’âme entrecoupés par les propos du fameux chercheur, lui-même doutant parfois du réel potentiel de transformation théâtrale de çes manipulations.Echelonnés sur une année et se déroulant le plus souvent dans les locaux anonymes de l’Uni- versité de Montréal (sauf pour celui impliquant les drogues, tenu dans un lieu demeuré secret), ces happenings, où le godemiché et la marijuana côtoient l’alcool, le valium et quelques ceintures fermement attachées, célèbrent le vertige et la souffrance.Les acteurs vivent tour à tour le moment de grâce ou l’humiliation, le ridicule ou une formidable mystification.Car tous ces artifices, aussi froidement scientifiques soient-ils, demeurent des objets au service d’une expérience théâtrale, et les cinéastes s’en amusent tout autant que Stéphane Crête et ses complices.Jacques L’Heureux est-il soumis à des douleurs intenses?Sylvie Moreau feint-elle l’extase sexuelle?Brigitte Poupart est-elle réellement sous hypnose?Le documentaire adopte parfois la forme de la réclame publicitaire, montrant Crête traversant les corridors de l’université ou entouré d’éprouvettes, arborant fièrement son sarrau blanc, question de semer le doute et tromper ceux prêts à croire qu’ils assistent à des recherches faites dans la plus grande rigueur.Mais, toujours selon le bon docteur Crête, «ce n’est peut-être même pas vrai».En fait, vaste fumisterie ou illusion théâtrale, cet exercice sur les splendeurs et les limites du jeu de l’acteur fascine car les deux réalisatrices ne font pas que l’observer leur film participe à ce savant trompe-l’œil, cette simulation tout à fait stimulante.San Antonio disait que «ce n’est pas le monde qui est petit, c’est le hasard qui est grand».Vali Fugulin a voulu prouver l’un et l’autre dans un de ses premiers courts métrages, u)ww.six.lemon-deeâpetit.ca, illustrant la théorie des six degrés de séparation.Elle le fait en interviewant quelques scientifiques, mais surtout en interpellant des passants qui recevront, dans un avenir plus ou moins rapproché, une lettre transmise par des in-connu(e)s ayant un lien, parfois ténu, avec eux.La démonstration est parfois charmante, voire étonnante, tant ces fameux hasards réussissent à déstabiliser même les plus sceptiques, donnant une bonne idée du caractère tout à fait plausible de la célèbre théorie.Par contre, au-delà de l’anecdote et du plaisir d’assister à quelques retrouvailles improvisées, le discours intellectuel qui encadre le sujet ne convainc qu’à moitié, les experts sollicités n’apportant qu’un vernis de rigueur à une entreprise plus près de la démonstration amusante que de l’exposé scientifique.Un complément de programme tout ce qu’il y a de plus léger.Faible en gras, riche en trouvailles 28 DAYS LATER De Danny Boyle.Avec Gillian Murphy, Naomi Harris, Brendan Gleeson, Megan Burns, Christopher Eccleston.Scénario: Alex Garland.Image: Anthony Dod Mantle.Montage: Chris Gill.Musique: John Murphy.Pays-Bas-Grande-Bretagne^États-Unis.112 minutes.MARTIN BILODEAU Days Later a quelque chose du pendant sombre — si cela e$t possible — de The Beach, que l’Écossais Danny Boyle avait tiré en 2000 du roman de son compatriote Alex Garland.Dans les deux films, pourtant aux antipodes en ce qui a trait à la facture et au budget, il est question de paradis perdu et de l’horreur qu’il faut traverser pour y accéder.La planète entière a été décimée en un mois par un virus de la rage.Jim (Gillian Murphy) était pendant ce temps dans le coma à l’hôpital, où par miracle il a été épargné.À son réveil, les couloirs de l’institution sont déserts, de même que les rues de Londres où pendant une dizaine de minutes Danny Boyle le fait déambuler, d’abord dans un silence sourd d’angoisse, puis sur un rock hard qui nous aspire dans la déraison de la jungle urbaine où, auprès d’une rescapée comme lui, il subit les assauts des derniers porteurs du virus, lesquels sont maintenus en vie par la pulsion de contaminer les autres.Sa rencontre avec un survivant terre à terre (Brendan Gleeson) et sa fille (Megan Burns) est déterminante en ce qu’elle lui fait prendre avec eux la route de Manchester, d’où leur est parvenu un rassurant signal radio de l’armée.Arrivés sur les lieux au prix de plusieurs épreuves et sacrifices, ils tombent dans les pattes d’un dictateur militaire (Christopher Eccleston, grandiose d’autorité) prêt à reconstruire le monde, à sa façon et à celle de ses hommes, sur les braises de l’ancien.L’habile scénario de 28 Days Later fait se croiser Mad Max et La Nuit des morts vivants, l’antici- pation et l’horreur, le possible et l’improbable.Boyle et Garland ont en effet jeté dans notre monde aux abois, hanté par la peur des guerres bactériologiques et des armes de destruction massive, une œuvre qui catalyse cette angoisse et la restitue sous la forme d’un divertissement Un divertissement troublant préoccupant auquel on assiste sur le bout de son fauteuil (le climat de terreur est permanent) ou la tête entre les jambes (certaines images, d’un gore assumé, sont absolument insupportables).Les échecs consécutifs de The Beach et A Life Less Ordinary ont épuisé à Hollywood le crédit, que Danny Boyle avait récolté en Écosse avec Shallow Grave et Trainspotting.Du coup, c’est au Royaume-Uni, et avec un budget de moins que rien et une caméra numérique, que le cinéaste a accouché de 28 Days Later.Or Boyle a mis l’indigence et les obstacles au service du film, construisant son climat de fin du monde à grands coups de hachures et d’imperfections, de raccourcis et d’ombres chinoises.Les images, qui donnent l’impression d’avoir été captées avec une caméra super 8, ne sont jamais nettes, comme si elles parvenaient à l’écran par voie d’ondes hertziennes.Le montage à la hache, les mouvements d’appareil brusques, maquillent par ailleurs les imperfections et rendent invisibles les détails qui plomberaient la crédibilité de ce monde grégaire et barbare dans lequel Jim et ses acolytes doivent recréer pour eux-mêmes un nouvel ordre social.Faible en gras, donc, mais riche en trouvailles et en émotions, 28 Days Later est porté par des acteurs doués, si peu connus que le sort de leurs personnages reste toujours fragile à nos yeux.La peur qui les habite devient la nôtre, bien au-delà des deux heures que dure le film, sans doute bien au-delà des 28 jours qui suivront Entre les vapeurs de ce sentiment, une réflexion s’immisce, dont voici la substance résumée: puisqu’il en a coûté si peu de nous faire aussi peur, à quoi sert d’engloutir des fortimes dans des thrillers qui n’arrivent pas à la cheville de celui-ci?Jeux d’abîme OWNING MAHOWNY Écrit et réalisé par Richard Kwietniowski.Avec Philip Seymour Hoffinan, Minnie Driver, John Hurt, Maury Chaykin.Image: Oliver Curtis.Montage: Mike Munn.Musique: Richard Grass-by-Lewis, Jhe Insects.Canada-États-Unis-Grande-Bretagne, 2003 104 minutes.MARTIN BILODEAU Philip Seymour Hoffinan a beau être un des plus brillants acteurs de sa génération, il demeure, malgré cela, l’un des plus mésestimés.En effet, ce pas-beau de 36 ans brille dans l’ombre depuis déjà dix ans, pendant lesquels il fut l’amoureux éconduit de Mark Wahlberg dans Boogie Nights, l’écrivain en panne d’inspiration dans State And Maine, le raté sympathique de Happiness.Des rôles de perdants, secondaires, qui à chaque film nous entraînent un plus loin dans la démarche rigoureuse et généreuse d’un acteur doté d’une présence exceptionnelle à l’écran.En font déjà foi les premières minutes de Owning Mahoumy, deuxième long métrage de Richard Kwietniowski (Love And Death On Long Island), où on le voit répondre aux questions d’un psychologue, les cheveux peignés sur le côté, le regard fuyant derrière des lunettes trop grandes, l’air à la fois timoré et effarouché d’un animal pris au piège.Les scènes suivantes de cette tragi-comédie à la fois intrigante et terne nous permettent de remonter à la source de ce malaise: Dan Ma-howny, un Torontois ayant existé et dont l’histoire extraordinaire a été couchée sur papier par Gary Ross, détournait de fortes sommes de la banque dont il était gérant afin d’alimenter sa passion maladive pour le jeu.D’un prêt anodin de 10 000 $ qu’il consentit à un client fantôme afin d’éponger une dette personnelle, il alla, entraîné par ce jeu, jusqu'à détourner quelque dix millions de dollars, qu’il joua et perdit dans un casino d’Aîlantic City sous l’œil intrigué du gérant de celui-ci (John Hurt méconnaissable) et à l'insu de sa conjointe (Minnie Driver, formidable), naïve caissière de sa banque.Richard Kwietniowski prend prétexte de cette histoire véridique, survenue en 1982, pour dépeindre une société à la fois obsédée par le jeu et esclave de celuki.Depuis la vie privée, où les rapports amoureux tiennent du pari, jusqu’aux banques, où les sociétés jouent leur santé économique comme au casino, le film nous ouvre à un univers qui carbure au risque, dans lequel l'anonyme Mahowny ne fait que pousser cette fatalité à son paroxysme, mû par le désir de vivre intensément son destin, qu'il est incapable de trouver ailleurs que devant une table de black-jack.De fait, l’argent comme source du bonheur ne l’intéresse pas, pas phis qu’il ne convoite les privilèges dévolus aux riches, ce que le cinéaste illustre à travers une série de scènes piquantes qui confèrent au film une grande valeur documentaire.Moins un film sur le hasard que sur la fatalité de jouer, et de perdre, donc, Owning Mahowny pousse le souci du détail historique jusque dans la forme profonde du film, qu’on dirait, comme son histoire, sorti des années 80.Les cadrages sans fioritures, les couleurs délavées, les coupes franches, même le son, caverneux, évoquent le cinéma analogique d’hier.Quant au jeu de Philip Seymour Hoffinan, il rappelle les plus belles heures de Gene Hackman et Jack Nicholson, sans avoir à rougir de la comparaison.NÉGRESSE BLANCHE Arthur H Polydor (Universal) Des femmes partouL Arthur H s’est offert ici un lupanar, un harem et la collection des vidéocassettes porno de Marc DorceL D y a Raïssa, la «petite guerrière au sang vif».Et Lady X, «ma fleur de Tchernobyl»: je n’ose y déceler une référence à la Lady X des aventures de Buck Danny, fa bédé de Hubinon et Chartier, mais bon, mi ne sait jamais avec Arthur H.D’autant que l’album studio précédent s’intitulait Pour Madame X et qu’il y a sans doute un rapport.Ou pas.Au nombre des réquisitionnées, il y a aussi Marilyn.Oui, celle que vous pensez, mais elle s’appelle Kaddish au lieu de Monroe.«Frêle idole blonde / Jetée dans la gueule du monde», c’est bien d’elle qu’il s’agiL quoique avec Arthur H, rien n’est moins certain.La Lily Dale de la chanson du même nom, elle, est peut-être une «négrillonne du Sud», mais on en doute un peu, d’ailleurs, Arthur H se pose la question: «N’auriez-vous été, ô Lily / ombre plaintive, / Qu’un sujet de chromo insane / L’atroce “fiancée” consomp-tive / et poncive / Du “contrebandier*/ou du “jeune clergyman”?» On s’y perd et c’est voulu.Je crois qu’Arthur H n’aime pas qu’on s’y retrouve.11 aime bien cette place qu’il s’est ménagée au fil des ans.La place à côté.Toujours à côté.Un peu plus à TouesL indiquerait le pendule.Négresse blanche, on le comprend, se veut un album érotique, de la même façon que Gainsbourg — avec lequel Û partage fa belle tête de chou — avait décrété 69 année érotique par la voix de sa Jane sur l'album qui contenait aussi Je faime, moi non plus.2003, année érotique itou, foi d'Arthur H?Peut-être.Mais à part ça, Négresse blanche est curieusement un album d’Arthur H comme les autres.Une musique comme celle de Saint Christophe a des relents du Bachibou-zouk Band dans ses drôles de sons rétro-faturistes.D’autres musiques renvoient pareillement aux 13 années d’enregistrements d’Arthur H, la période Tintin-au-pays-des-bruits du début, la période festive d’ensuite, fa période orientale, fa période funk, la période minimaliste, et ainsi de suite.C’est comme si Arthur H avait fini par faire l’incroyable tour de ses oreilles.Il a beau tâter du techno dans City Of Light, se la jouer vieux disco façon Rita Mitsouko dans Nancy & Tarzan, emprunter le rythme trépidant du Poinçonneur des Lilas dans Avan-tü, on a nettement l’impression qu’il ne parvient plus à s’échapper de lui-même, de ses motifs mélodiques, de ses circonvolutions habituelles.Mais ne croyez surtout pas le constat triste: Arthur H lui-même doit l’admettre, il existe un style Arthur H.Une patte.Un univers circonscrit Qu’Arthur H peut encore explorer à l’infini, mais de l’intérieur.La familiarité n’est pas nécessairement une défaite pour l’aventurier.C’est comme Hergé après Tintin au Tibet, il avait été jusqu’au bout du monde, et c'est à Moulinsart même qu’il trouva fa substance des Bijoux de la Castafiore.De fait Négresse blanche a été enregistré en bonne part chez Arthur H.Braguette ouverte.Sylvain Cormier M K T A L ST.ANGER MetaDica (Elektra / Warner) Difficile de se brancher à propos du dernier Metallica, le premier album depuis six ans.Plus lourd, ce disque est également celui de la confusion.Metallica revient à la source de ce qui a fait son succès il y a 20 ans, au moment où fa formation, visiblement secouée par les événements, s’apprêtait à modifier le paysage du métal, à propulser le genre à des degrés de popularité au-delà de ce que la plupart même les plus fervents amateurs, auraient pu espérer.Redite?Oui et non.Ça n’est pas le cas pour toutes les formations; certains se regroupent, jouent à l’intérieur d’un territoire bien délimité et s’en sortent avec les honneurs.Metallica, comme son chanteur nouvellement désintoxiqué, est aux prises avec la double contrainte de revenir à l’énergie de sa prime jeunesse et de continuer à faire sa marque dans le sillon de l’histoire du métal, déjà passablement profond.Mais la faiblesse des mélodies vocales ôte à la plupart des pièces leur identité.De plus, la réalisation fade de Bob Rock (Tex-Payolas), qui de plus s’acquitte sans éclat des partitions de basse (en l’absence du démissionnaire Jason Newsted, parti jouer sous les auspices du patriarche Ozzy et des ressuscités Vo'iVod.Note: Robert Trujillo, ex-Suicidal Tendencies, a depuis pris fa relève) n’a rien pour aider comme s’il fallait accoucher d’un son cru et sans relief pour donner l’impression que les nouveDes compositions sont plus proche des racines, comme pour camoufler les évidents ennuis de la formation à se trouver une direction après tant d’années et de remous.La batterie de Lars Ulrich sonne creux, autre irritant de cet album.Des pièces étirées inutilement, sans avoir le mor- dant des anciennes compositions, n’apportent rien à l'ensemble, qui a tendance, non pour le mieux, a cultiver la répétition plus que celui du progressif.L’épisode Napster, où Metallica a perdu des plumes, le départ du bassiste et le retrait forcé du chanteur pour soigner ses démons n’ont rien aidé, c’est l’évidence.C’est tout simplement là qu’en est rendu MetaDica: à se regrouper.À demi réussi Agressif, soit, mais ça, plusieurs y parviennent aussi bien.Heureusement l’aplomb des musiciens sauve la mise.C’est tout de même MetaDica.Bernard Lamarche C L A S S I Q l E RICERCAR Jean-Sébastien Bach: Rkercar à six voix (tiré de L'Offrande musicale), orchestré par A Webem.Anton Webem: Quatuor à cordes (1905), orchestration de C.Poppen; Cinq mouvements pour quatuor à cordes, op.5, orchestration de C.Poppen.Ensemble Hilliard, Orchestre de chambre de Munich, dir.: Chrisopher Poppen.ECM New Series 1774.Une autre tendance s’ancre fortement dans l’univers du disque classique: le disque «concept».D y a quelques années, les gens de fa radio nous ont surpris et étonnés en juxtaposant des musiques dont on n’aurait guère soupçonné le pouvoir d’interpénétration.Si la mode semble un peu dépassée dans l’univers hertzien, le support numérique s’y vautre en ce moment, avec des résultats pas forcément bienvenus.Après son assez réussi Morimur, Christopher Poppen enfonce une porte déjà bien grande ouverte par bien plus grands que lui en voulant «démontrer» les liens et affinités entre la musique de Bach et ceUe de Webern.Portail d’entrée et de sortie du disque: l’orchestration de Webem du grand Rkercar à six voix de L’Offrande muskale.Ces deux versions circonscrivent l’élaboration symétrique en arche du disque; entre efies, deux pièces de Webem orchestrées pour orchestre à cordes encadrent la cantate de Pâques Christ lag in Todesbanden.Dans le jargon du métier, on nomme cela le «descriptif».Arrive alors le «narratif».Première constatation, amère: à trop vouloir montrer, on finit pas trahir.Ainsi quand Webem orchestre Bach ou lui-même, ce n’est pas pour nous convaincre de sa science, de sa vision des choses, mais bien pour appliquer à ce ricercar des techniques inouïes à l’époque qui soulignent expressivement plus à fond la construction.Le geste même se veut instant de dialogue privilégié entre un père et son fils.Cet art prend source dans 1a polyphonie déjà ancienne à l’époque de Bach, celle des Flamands, et la transpose dans les aboutissements les plus formidables de fa nouveauté d’alors, la mélodie de timbres.Les deux versions livrées par Poppen et son ensemble déçoivent cruellement; au lieu de montrer comme fa ligne se colore au fur et à mesure que se déroule le thème, ses figures d’accompagnement et les diverses sections, il appuie la dissociation des éléments.Une comparaison un peu boiteuse s’impose.Une toile de Kandinski ne prend de sens que dans son entier; Poppen fa découpe et fa recoüe en prenant bien soin de montrer là où sont les déchirures et une coUe trop voyante nuit à l’unité de fa perception.Encore une fois, l’arbre cache fa forêt On s’ennuie donc id des versions de grands chefs, Scherchen en tête, qui savent retrouver l'imité de l’image malgré la décomposition irisée du miroir.La cantate BWV 4 reçoit également une lecture épurée, comme si le concept visait plus à fa sécheresse qu’à l’émotion.Dans ce répertoire, on tue l’intention même du com-positeur.Bach était luthérien, certes, et sa musique d’église visait à illustrer le propos comme à le rendre sensible.D ne faut donc pas ramener cela à puritain et même si l’ensemble choral Hilliard rend bien les airs et intéresse dans les chœurs, on a l’impression d’entendre une musique édulcorée.Alors, quoi qu’en pensent certains exégètes, la musique de Webem pâtit Ce compositeur est minimaliste au sens où chaque note et chaque couleur de note est importante, au point qu’il isole presque tous les événements.Sans enrobage ni reprise, dans un désir de clarté et d’expressivité.Comme Bach, Webem veut sa musique beDe, tellement belle qu’Q en expurge tout ce que le romantisme mourant pouvait poDuer de décoratif non nécessaire.Après la deuxième guerre, on l’a analysée froide; aujourd'hui, on préfère en savourer les subtilités sensuelles.Si fa clarté du jeu de l’Orchestre de chambre de Munich est irréprochable, fa baguette ne fait que nous montrer les reflets du diamant, admirant la pierre précieuse un peu au détriment de ce à quoi son cristal vise.On ne reçoit que de l'artisanat; un peu furieux, car on s'attendait à mieux, même si la démarche reste intéressante.Accomplissement à venir.François Consignant l i LE DEVOIR.LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 J 1' I \ 2 0 0 3 «•Littérature» Le dernier havre d’Yves Thériault L’ensemble des droits de l’auteur rf’Agaguk est repris par sa fille JACQUES NADEAU LE DEVOIR À 58 ans, Marie-José Thériault affirme être «depuis très longtemps la secrétaire perpétuelle d’Yves Thériault».CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR L* ensemble de l’œuvre de ' l’écrivain québécois Yves Thériault sera désormais regroupée chez un nouvel éditeur, les Editions du Dernier Havre.La fille de l’écrivain, Marie-José Thériault, qui est elle-même écrivaine et traductrice, a en effet repris les droits des œuvres de son père dans les différentes maisons d’édition où elles étaient disséminées.Elle les a réunies aux Éditions du Dernier Havre, qui portent d’ailleurs le nom d'un roman de Thériault Les nouveaux livres seront distribuées chez ADP, du groupe Sogides, qui gardera ainsi une part d’implication dans la diffusion de l’œuyre de Thériault Mais les Éditions Typo, du groupe Sogides, perdent leurs droits sur le roman Agaguk, étudié dans les écoles depuis plusieurs années, et vendu à des dizaines de milliers d’exemplaires.L’éditeur de formats de poche perd aussi les droits sur Aaron, La fille laide et un certain nombre d’autre titres.Les droits sur différentes œuvres de Thériault ont également été récupérés chez Hurtubise HMH, chez Fides, à la Bibliothèque québécoise ou chez Médiapaul.Marie-José Thériault espère ainsi favoriser un travail d’édition plus inventif des œuvres de son père, les mettant mieux en valeur, ainsi que la production d’éditions de luxe, pour des anniversaires par exemple.En tout, Yves Thériault a publié une cinquantaine de titres.«Je veux renouveler certains titres, proposer des adaptations, les rajeunir sans toucher au texte, et aller chercher un nouveau public», dit la seule héritière des droits de Yves Thériault, qui n’a pas d’enfants et dont le frère est décédé il y a quelques années.Déjà, deux titres dont les tirages étaient épuisés, Agaguk et La Fille laide, récupérés par Ma- rie-José Thériault chez Typo, sont disponibles en librairie sous leurs nouvelles jaquettes.Le prochain sur sa liste, Aaron, devrait être disponible d’ici la fin de l’année.Mme Thériault veut aussi publier des éditions présentant les œuvres à différents stades.«Dans le cas de Là Fille laide, dit-elle, il y a deux textes de radio qui ont servi de déclencheurs.Ils sont dans les archives radio-canadiennes, où beaucoup de choses ont été détruites.Dans certains cas, il y a des adaptations radiophoniques postérieures à l’çeuvre», dit-elle.A 58 ans, Marie-José Thériault affirme être «depuis très longtemps la secrétaire perpétuelle dYves Thé- riault».À l’occasion du 15'' anniversaire de la mort de son père, elle a tenté de refaire une édition de luxe de la première œuvre de Thériault, les Contes pour homme seul.Mais le projet à force de traîner, n’a jamais vu le jour.Marie-José Thériault travaille aussi à la biographie de son père, qui devrait également paraître aux Éditions du Dernier Havre.Elle n’exclut pas la possibilité de publier des œuvres d’autres auteurs portant sur les travaux de son père, qui, croit-elle, n’a pas été reconnu à sa juste valeur par l’institution littéraire.La maison pourrait aussi dépasser de beaucoup ces horizons.Son père, dit-elle, n’était pas un intellectuel.Est-ce la raison pour laquelle il n'a pas eu une reconnaissance équivalente, par exemple, à celle d’un Hubert Aquin?Et puis, ajoute-t-elle, «mon père n ’a pas écrit Agaguk», faisant référence au fait que c’est cette œuvre qui a massivement retenu l’attention des universitaires.Reste qu Agaguk demeurera désormais un classique de la littérature québécoise, et que ce récit du Grand Nord est d’ailleurs immortalisé sur écran depuis la production d’un film éponyme en 1992.C’est dans son dernier havre qu’on pourra le retrouver désormais, grâce à sa fille.ÉCHOS Philippe Jaccottet honoré par Monaco (Le Devoir) — Le prix de la fondation littéraire Prince Pierre de Monaco a été décerné au poète et essayiste suisse Philippe Jaccottet, a annoncé la Principauté dans un communiqué.M.Jaccottet 78 ans, qui vit en Érance depuis près de 50 ans, a été distingué pour l’en- semble de son œuvre, traversée par une réflexion sur la parole poétique.Ses principaux recueils sont U Effraie (1953), L’Ignorant (1958), A travers un verger (1975), A la lumière d’hiver (1977), Pensées sous les nuages (1983), La Se-maison, Carnets 1954-1979 (1984), Cahiers de verdure (1990), Après beaucoup d’années (1994), Et néanmoins.Carnets 1995-1998 ou Notes du ravin (2001).L’an dernier, ce prix avait été attribué à la romancière et poétesse québécoise Marie-Claire Blais.CAROLE DAVID Terroristes d’amour suivi de Lendroit où se trouve ton âme « Épisodes d’une dispersion de soi si consommée qu'elle ne laisse plus de prise au lyrisme facile, complaisant, de la prostration poétique ordinaire » (René Lapierre).UES HERBES ROUGES 1 « LES HERBES ROUGES/COLL «TERRITOIRES» UUîtTrH 't Le Violoncelle Le Violoncelle Ses origines, son histoire, ses interprètes I Ot ouvrage fait la synthèse des connaissances actuelles I sur l’instrument fascinant qu’est le violoncelle.On y I explique d’où il vient et on y présente les développements I dont ü a fait l’objet à travers les âges.On y trouve aussi de nombreuses considérations sur la lutherie, sur les grandes écoles de musique, sur l’art de l’archet.Finalement, on y présente les grands interprètes du violoncelle.402 pages • Photos • Index ISBN 2-922245-83 7 • 34,95 $ IIS ÉDITIONS Ml.vMrm varia Bref, ce livre constitue une véritable bible sur le violoncelle et, incontestablement, il est en français l’ouvrage le plus complet sur le sujet.Véritable hymne à l’Instrument auquel Lyse Vézina a consacré sa vie, cette œuvre - unique en son genre - saura combler les lecteurs les plus exigeants.WWW.VARIA.COM, éditeur LTwrrj félicite Véronique Cnockaert auteure de Émile Zola.Les inachevés finaliste au Prix Spirale de l’essai 2003 et Esther Croft auteure de POUR VOS ENFANTS CET ÉTÉ ALAIN FORTAICH La dragonne qui avait perdu sa flamme! Jeunesse, 72 pages, 10 $ ÉDITIONS TROIS De belles paroles finaliste au Prix France-Québec/Philippe Rossiüon 2003 Esiher Croft De belles paroles 5 ROMAN QUÉBÉCOIS La vraie vie LOUISE-MAUDE KIOUX S O UC Y LE DEVOIR Alain Ulysse Tremblay cultive l’art du mot juste comme d’autres soignent les orvhidees.A l’UQAM où il enseigne les communications.il s'astreint gentiment.mais fermement, à dompter les plumes enlevées — mais combien malhabiles — en leur inculquant les vertus de la concision et de la pleine mesure du poids des mots.Les siens sont sans détour, profondément ancrés dans le réel.C’est que le professeur, loin d’avoir trouvé la paix dans sa tour d'ivoire universitaire, aime à rappeler à ses étudiants que la realite est dehors.Prêchant par l'exemple, cet ancien marin nhésite d’ailleurs pas à plonger dans la vie, la vraie, au sens propre comme au figuré.Son premier roman explorait la vie en usine, un quotidien âpre qui fut aussi le sien, à l’aube de son existence.Son second, La Langue de Stanley dans le vinaigre, nous entraîne dans l'un des quartiers les plus défavorisés de Montréal: H ochelaga-Maisonneuve.HM pour les intimes.Encore une fois, le professeur à l’allure bonhomme et à la voix tranquille surprend en plongeant dans un univers aux antipodes des milieux universitaires.Ce microcosme, Alain Ulysse Tremblay le connaît pourtant intimement, lui qui a été travailleur de rue et a longtemps collaboré au journal L’Itinéraire.Emboîtant le pas à Richard Hovington, un travailleur de rue, il nous entraîne dans une histoire troublante, à mi-chemin entre le polar et la rédemption.Le roman s’ouvre sur le meurtre de Stanley Cockburn, portier au Star, un bar de dan- seuses dans HM.À la section du crime organisé de la police de Montréal l'affaire s'annonce complexe.Comment en effet expliquer la soudaine disparition des deux intervenants rattachés à ce secteur: Richard Hovington et Jennifer Marchand?Chargée de l’enquête, Kumiko Fugimori, psychiatre attachée à l'escouade antigang, a l'intime conviction que les deux mystères ne font qu'un.Industrieux.Alain Ulysse Tremblay conjugue savamment les elements de l’enquête du D Fugimori aux retours en arrière du principal protagoniste.Tra quant le quotidien de son héros tranquille, il y point un Montréal glauque, profondément marqué par la pauvreté.N’hésitant pas à gratter la plaie sociale là où elle saigne, son verbe se fait parfois cru, faisant alors jaillir des images fortes, parfois dérangeantes.Mais là où plusieurs avant lui sont tombés dans le piège du misérabilisme, Alain Ulysse Tremblay garde le cap.FYofondément montréalais, ce roman aborde la pauvreté, l'itinérance, l'industrie du sexe et de la drogue sans aucune complaisance, égratignant au passage les égarements du crime organisé et la culture de la peur qui s’en nourrit.Le travail est intéressant, l’histoire prenante, la plume terriblement efficace.Et si la couleur locale y est fortement développée, la quête secrète de Richard Hovington, elle, demeure largement universelle.LA LANGUE DE STANLEY DANS LE VINAIGRE Alain Ulysse Tremblay La Courte Échelle Montréal, 2003,184 pages Palmarès Renaud-Bra Le baromètre du livre au Québec Base sur les ventes A du 18 au 24 juin 2003 r 1 Raincoast r i Fantastique J K ROWLING 2 Jeunesse QUATRE FILLES ET UN JEAN.1.2 - Le deuxième été A BRASHARES Gallimard 2 3 Psychologie GUÉRIR T SERVAN-SCHREIBER Robert laflont 10 4 Polar Qc C.BROUILLET la courte échelle 1 5 Biographie MON HISTOIRE H R CLINTON Fayard 2 6 Roman ONZE MINUTES M P.COELHO Anne Carrière 6 7 Roman LE DICTATEUR ET LE HAMAC D, PENNAC Gallimard 5 8 Jeunesse QUATRE FILLES ET UN JEAN V A.BRASHARES Gallimard 52 9 B.D.LE PETIT SPIROU, 1.11 - Tu ne s'ras jamais grand 1 I0ME / 1ANRV Dupuis 3 10 Roman L'IGNORANCE M M KUNDERA Gallimard 19 11 B.D.32 DÉCEMBRE M E.BILAL Humanoïdes 3 12 Essais MAL DE TERRE M H.REEVES Seuil 8 13 Polar UNE SECONDE CHANCE M.HIGGINS CIARK Albin Michel 6 14 Roman UNE ADORATION N HUSTON Leméac/Actes Sud 5 15 Roman LE COTTAGE D.STEEL Pr.de la Cité 2 16 Polar LA REINE DU SUD M A PEREZ-REVERTE Seuil 3 17 Roman Qc TOUT LA-BAS A.COUSTURE Libre Expression 12 18 Actualité LE MONDE SECRET DE BUSH É.LAURENT Plon 2 19 Essais QUI A TUÉ DANIEL PEARL ?M B.-H, LÉVY Grasse! 6 20 Roman SEPT JOURS POUR UNE ÉTERNITÉ M.LÉVY Robert Laffont 18 21 Polar DARLING LILLY M CONNELLY Seuil 7 22 Polar LES HOMMES DE PAILLE M M.MARSHALL Michel Lafon 6 23 Roman TOUT CE QUE J'AIMAIS AT S.HUSTVEDT leméac 14 24 Cuisine BARBECUE AT RAICHLtN/SCHNEIDER L'Homme 61 25 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?AT 1.SPENCER Michel Lafon 129 26 Roman Qc LIFE OT PI » Booker Prrye 2002 Y MARTEL Vintage Canada 34 27 Roman IMPRIMATUR AT MONAI.DI / SORTI JC Lattès 22 28 Biographie CESAR IMPERATOR AT M GAI.L0 XOéd 6 29 Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT AT E.TOLLE Ariane 141 30 Essais É.BADINTER Odile Jacob 1 31 Biographie C.OCKRENT Fayard 1 32 Actualité LA GUERRE DES BUSH AT É.LAURENT Plon 20 33 Roman CONSTAT D'ACCIDENT P.AUSTER Leméac/Actes Sud 7 34 Erotisme Qc L.DUNBERRY Lanctdt 9 35 B.D.ALBUM SPIROU, I.269 COLLECTIF Dupuis 6 36 Polar LES CHIENS DE RIGA H.MANKELL Seuil 8 37 Roman SANS SANG A.BARICCO Albin Michel 17 38 Roman Qc AURELIE C.PONTBRIAND les Intouchables 7 39 Spiritualité DIEU ?AT A.JACQUARD Stock 17 40.Biographie LIVING HISTORY H.R.CLINTON Simon A Shuster 2 41 Polar 0.MEYER Seuil 20 42 Roman Qc LES FILS DE LA CORDONNIÈRE P.GILL vlb éditeur 10 43 Roman Qc LA MAISON DES REGRETS D.MONETTE Logiques 18 44 Polar GONE, BABY.GONE AT D.LEHANE Rivages 8 45 Guide Qc QUÉBEC LA BELLE PROVINCE AT COLLECTIF Phidal 231 : Coup de Cœur RB : Nouvelle entrée Nbre de semaines depuis parution Plus de 1000 Coups de Cœur, pour mieux choisir.24 succursales au Québec www.rcnaud-brav.com j 1 de nos clients ont aimé qu’ils ont achetés.Avant de partir en vacances, pensez-y ! \ 1 LE DEVOIR.LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 JUIN 2003 E « ••Littérature'* ROMAN QUÉBÉCOIS LITTÉRATURE JAPONAISE Hélène de Champlain, une femme sortie de l’ombre _____ i le mariage de notre Roi Louis XIII avec l’infante d'Espagne, ni les conflits opposant le sieur de Champlain à ses associés, ni les manigances de la Cour ne m’avaient distraite de Noémie.» Cette phrase, qui se trouve vers la fin du roman de Fyfe-Martel, dit bien le parti pris de son héroïne-narratrice.Hélène de Champlain, née Boullé, a alors 18 ans et derrière elle, déjà, le poids d'une vie de femme où les questions politiques ont pesé lourd, même si elles semblent l’avoir indifférée.C’est en effet la sphère du privé qui occupe le personnage principal de ce gros roman de Fyfe-Martel: ses amitiés, ses amours, les misères dont elle a été témoin au quotidien, bien plus que celle des manœuvres politiques où se joue pourtant, en ce début de XVIT siècle, le sort de la Nouvelle-France.Mariée à Samuel de Champlain alors qu’elle n’avait que 12 ans, Hélène Boullé n’aura été, pour la postérité, qu’une ombre, un personnage obscur de l’histoire dont on a très peu parlé, une de ces très nombreuses femmes dont on ne se souvient que parce qu’elles ont été liées à un homme illustre.C’est ce creux, ce manque, que Nicole Fyfe-Martel veut combler avec, si on peut dire, les moyens du bord.Ceux de l’histoire officielle, relayée par l’imagination de la romancière.Il y eut donc d’abord ce mariage, qui fut sans doute une affaire d'intérêts.La dot d’Hélène était substantielle, mais Samuel de Champlain, qui avait du bien, cherchait probablement, par cette alliance, à s’assurer des appuis pour ses projets du côté de la Nouvelle-France: le père d’Hélène, Nicolas Boullé, comme secrétaire à la Chambre du roi, avait en effet ses entrées à la cour.Champlain a peut-être vu cette union comme un moyen de se rapprocher des gens de pouvoir, pour réaliser son rêve d’exploration et de colonisation de la Nouvelle-France.Quand il épouse Robert Chartrand Hélène, il y est déjà allé quelques fois et ne rêve que d’y retourner pour établir là-bas une colonie française durable.Ce fut, pour ce qu’on peut en savoir, un mariage blanc, et qui le serait demeuré: le contrat stipulait, étant donné le jeune âge de la mariée, qu’il ne pourrait être consommé que deux ans plus tard.Le fut-il jamais?Samuel de Champlain a alors 40 ans.Courtaud, affligé d’une voix nasillarde, il apparaît d’abord comme un barbon à la fois autoritaire et bonasse comme on en voit dans les comédies de Molière.Soucieux à l’occasion de son autorité de mari, défié par sa jeune femme, il n’exige d’eUe qu’une soumission aux convenances de l’époque.Samuel de Champlain, dans ce roman, est un cocu plus ou moins sympathique, qui se débat dans mille intrigues sociopolitiques, comme s’il avait mieux à faire que de s’occuper de son propre ménage.Celui qu’on a surnommé le père de la Nouvelle-France n’est, à la vérité, qu’un prête-nom dans le roman de Fyfe-Martel.Depuis le prologue très bref, où Hélène Boullé semble être à la veille de mourir, ce gros livre — qui aura sa suite — est un immense retour sur le passé de cette femme, pris en charge par elle-même.Elle est à la fois la narratrice et le personnage central du récit, qui raconte sa jeunesse, et surtout sa relation amoureuse, passionnée, avec un certain Ludovic Ferras, pelletier de son état, et qui semble être le seul personnage inventé du roman.Cette liaison, dont on peut croire à la fin que seul son mari l’ignore, occupe Hélène corps et âme.Elle constitue d’ailleurs l’essentiel de ce livre: les émois qui troublent les deux amants, leurs rencontres secrètes, leurs querelles et leurs réconciliations font en sorte que le roman de Fyfe-Martel est l’histoire d’un amour clandestin avec, en toile de fond, l’histoire de la Nouvelle-France qui se fait.Quant au couple Champlain, il paraît moderne avant l’heure: le mari ne pense qu’à sa carrière alors que sa femme, indifférente à tout cela, est déchirée entre la soumission aux convenances et l’amour qui la consume.Femme complexe, contradictoire, Hélène Boullé est ici une jeune fille déchirée entre la soumission aux mœurs de son époque et un désir d’émancipation.Sensible et passionnée, émue par les misères de femmes qui ne sont pas de sa condition, elle va fréquenter les féministes du temps, pester comme elles contre les mariages de convenance.Mais elle va rester l’épouse de Samuel de Champlain, avec qui elle s’embarque à destination de ce nouveau continent qui ne lui dit rien, en 1619.C’est ainsi que se termine le premier volume de ce roman, dont la bande-annonce indique à tort qu’il s’agit d’une saga.Hélène de Champlain est un roman historique, oui, une sorte de douce vengeance sur le passé officiel qui laisse toute la place à une femme dont la postérité ne se souvenait qu’à cause de son mari.Elle est agréablement racontée, cette histoire, même si on s’y égare, notamment dans certain épisode moyen-âgeux qui tente de faire revivre une Bretagne légendaire.Mais Fyfe-Martel, qui s’est bien documentée, sait bien mettre, en général, l’histoire à contribution, juste assez pour qu’on ait l’impression de se trouver jadis.Son Hélène Boullé, en chroniqueuse, com- met cependant de nombreux anachronismes, sémantiques, lexicaux ou autres: il n’existait pas, en son temps, d’arnaqueur ou de compétiteur et le verbe apprécier qu’elle répète sans cesse n’avait pas le sens qu’elle lui prête.Et il manque à son récit une bonne centaine de virgules.Fyfe-Martel a choisi de faire raconter à Hélène de Champlain ce que celle-ci désigne comme son «côté ombreux», celui qui se prêtait le mieux à la fabulation romanesque.La romancière fait ainsi de cette silhouette de l’histoire une femme passionnée, une féministe avant l’heure.Son Hélène de Champlain est sans doute inventée pour une bonne part.Et pourquoi pas?On sait que celle-ci n’a séjourné que quatre ans en Nouvelle-France, qu’elle a fini ses jours dans un couvent.Mais Nicole Fyfe-Martel, on n’en doute pas, va lui faire raconter cette suite de sa vie à sa manière, qui n’est pas désagréable.robert.chart randô @sympatico.ca HÉLÈNE DE CHAMPLAIN Nicole Fyfe-Martel, Hurtubise/HMH, Montréal, 2003,704 pages Uimpasse de la mondialisation libérale ANTOINE ROBITAILLE Jean-Louis Roy n'annonce rien de bien nouveau dans son der-mer livre.La chute de l’Empire soviétique et les progrès technologiques ont en une décennie transformé notre monde, suscitant une mondialisation effrénée.Les institutions interna- [ A tionales sont obsolètes.Les Etats-Unis triomphent, mais l’Europe pourrait devenir un contrepoids.L’Asie aussi.Malgré une documentation abondante, cet essai fondé sur une DES problématique approximative et au style presque bureaucratique fait l’effet d’un robinet d’eau tiède.Mais c’est un reflet assez infidèle de son auteur en entretien: un personnage passionné au parcours riche — ancien directeur du Devoir, ancien délégué général du Québec à Paris, ex-secrétaire général de l'ACCT et maintenant président de Droits et Démocratie.Antoine Robitaille.Dans votre livre, vous reprenez le constat que l’on entend depuis une dizaine d’années, c’est-à-dire que le tibéralisme a gagné la bataille idéologique au XX0 siècle.Peut-on être autre chose que libéral aujourd’hui?Jean-Louis Roy.Plusieurs per-sonnes répondent par la négative à cette question.Moi, je m’interroge: à long tenne, ce libéralisme va-t-il vraiment pouvoir renforcer la sécurité, aider le développement, garantir la paix?Permettra-t-il de freiner la croissance de l’incivilité dans le monde aujourdhui?«L’incivilité» est un phénomène très inquiétant: l’ancien Zaire, au cœur de l'Afrique, est une grande zone où il n’y a à peu près plus d'autorité publique.Autour de la Colombie non plus, il n’y a plus d’autorité publique.Or, c'est précisément l’autorité publique qui se trouve minée, voire niée, par cette prétention du système économique libéral de fixer les normes dans tous les domaines de l'activité humaine où que ce soit dans le monde.On l’a vu à l’issue des négociations de Doha, où les ministres du Commerce international des pays membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ont enclenché un nouveau cycle de libéralisation des marchés.Il s’agit d’une nouvelle étape dans la ré- duction des pouvoirs des États au profit des maîtres du marché.Concrètement, qu’est-ce que cela implique?Que les possibilités pour une communauté humaine de se donner des règles spécifiques sont de plus en plus réduites peu importe son niveau de développe-| R t ment- Dans le cas de l'investissement, cette orientation équivaut à doter le secteur privé de moyens qui, dans certains cas, mettraient de côté les constitutions nationales.Mais ne peut-on pas DEES jouer le libéralisme contre le libéralisme?C’est-à-dire opposer au libéralisme économique un libéralisme politique dans sa tradition individualiste, fondatrice des droits de l’homme?Sans doute, mais depuis 12-15 ans, depuis l’implosion de l’URSS, ce qui a dominé, c’est l’idée que la liberté économique doit précéder la liberté politique.Si vous avez la liberté du conunerce et la liberté de l’investissement, nous répète-t-on sans cesse, les autres libertés vont suivre comme par magie.Or ce n’est pas ce qui se produit.La liberté humaine fleurit dans un ensemble beaucoup plus vaste que les seules conditions de liberté économique: les dimensions politiques et sociales sont essentielles aux individus et aux sociétés humaines.11 en va de même pour le développement Donnez-moi un exemple.La Pologne, qui vient de décider de se joindre à l’Europe.Les opérateurs économiques polonais, aujourd’hui, à qui doivent-ils cette intégration dans un grand marché?A ceux qui, dans le syndicat Solidarité, ont mené la lutte contre le communisme.Et ceux-là, à qui doivent-ils ce succès?À l’accord d’Helsinki de 1975, qui a inclus pour la première fois, comme condition de la sécurité, le respect des droits de l'homme.Les opposants avaient alors un outil formidable pour se battre, Moscou l’ayant signé, ayant donné sa parole.Et ils l'ont utilisé à fond.Quand on lit les auteurs polonais aujourd’hui, que nous disent-ils?Nous avons d’abord obtenu les libertés politiques.Nous avons pu créer un régime démocratique qui, à son tour, a créé l’économie libérale.Le droit et les droits de l’homme ont été, dans ce cas, les leviers essentiels.JACQUES GRENIER LE DEVOIR Jean-Louis Roy, président de Droits et Démocratie.Vous travaillez dans le monde des organisations internationales depuis longtemps.Certains, comme Kofi Amîan, que vous citez, disent qu’elles sont obsolètes.Quelle utilité peuvent-elles encore avoir?Les organisations internationales n’existent que par la volonté — à des degrés qui q’arrêtent pas de fluctuer — des États qui en sont membres.Prenez le cas de l’anden Zaïre.Dimanche, les premiers soldats sont arrivés dans la partie nord-est du pays.Après trois millions et demi de morts.C’est un scandale incroyable! Or Kofi Annan dit depuis plusieurs années qu’il faut intervenir, qu'il faut qu’on y envoie une force d’interposition.Mais ses requêtes sont restées sans ré ponses.Les organisations intergouvemementales dépendent de la volonté des États membres, selon les intérêts et les alliances de ces derniers.Kofi Annan les juge obsolètes.D a raison.Elles sont l'expression d’un monde qui n'existe plus.Les organisations internationales sont souvent complaisantes à l’égard de certaines dictatures qui par la suite créent des problèmes avec lesquels ces mêmes institutions se retrouvent aux prises.Complaisance de la Francophonie envers Mobutu.Complaisance de l’ONU qui accepte que la Libye dirige la Commission des droits de la personne.Vous avez raison.La Francophonie a fait freuve d’une complaisance totalement criminelle envers certaines régions jusqu’en 1990.Mais à partir de ce moment elle a fait de la démocratie et des droits de la personne les valeurs fondamentales à approfondir et à protéger en son sein.Le sommet de 1991 devait avoir lieu dans le Zaïre de Mobutu, mais pour des raisons liées à la nature des régimes, on l’a déplacé à Paris.Dans le cas de la Libye présidant la Commission des droits de la personne des Nations unies, je vous le dis sans hésiter c’est une aberration absolue, c’est indéfendable.Mais qu’est-ce que cela nous apprend?Qu'un grand nombre de pays, dont le Canada, ont très peu investi dans le système international des droits de l’homme.En revanche, ces pays ont beaucoup investi dans d’autres mécanismes internationaux: pensons au règlement des conflits à l’OMC! C’est une autre preuve qu’identifier la liberté humaine à la seule liberté des opérations économiques et organiser le monde en conséquence constitue une erreur radicale.arobitaillefltsympatico.ca TECHNOLOGIES ET GÉOPOLITIQUE À L’AUBE DU XXIe SIÈCLE, L’IMPASSE Jean-Louis Roy Hurtubise HMH Montréal, 2003,270 pages Prenez note que «L’aire des idées» d’Antoine Robitaille vous reviendra au mois d’août.Bon été! Au pays de l’angoisse GUYLAINE MASSOUTRE Un an avant de recevoir le prix Nobel de littérature — en 1968 —, Yasunari Kawabata regroupait trois nouvelles dans une édition de poche sous le titre de Les Belles Endormies.Ce texte-ci, de 1960, a fait le tour du monde.Mais les deux autres sont restés, jusqu’à ce jour, inédits en français.L’ouvrage d’Albin Michel vient combler cette lacune, d’autant que Yukio Mishima leur avait donné un accompagnement de lecteur.Ce livre — une vraie curiosité pour les amateurs d’étrangeté — porte le titre de la seconde nouvelle, La Beauté, tôt vouée à se dé/aire.D s’agit d’une nouvelle japonaise à l’anglaise, si l’on peut dire, puisqu’elle compte une centaine de pages et se lit qu rythme d’un roman.Ecrite en 1933, elle n’a pas pris une ride, surtout lorsqu’on la découvre après Le Bras, écrite trente ans plus tard, autre nouvelle, si inquiétante et cocasse qu’on en demeure saisi jusqu’au bout de l’ouvrage.Séduction de l’étrange On connaît, de la littérature japonaise, son obsession pour la beauté, les rites et la mort Ces thèmes universels s’y déclinent dans des noces immémoriales avec la grandeur, qu’on peut souvent confondre avec une veillée funèbre.Le Japon entretient une relation aussi fraîche que glacée avec le reste de l’univers.Kawabata n’y échappe pas.Orphelin très jeune, élevé par un grand-père aveugle, l’homme se disait volontiers du XIX' siècle, dont il avait connu les derniers jours.Pourtant, son œuvre abondante doit aux ordonnancements, tailles et tourments japonais moins qu’aux bizarreries de l’inconscient qui ont abondé chez nos surréalistes occidentaux.Tout au plus gardait-il, de l’art nippon, une simplicité, un dépouillement qui découpent ses phrases avec le tranchant du sabre.Instrument par excellence du samouraï', Mishima retourna un jour ce sabre contre lui-même, pour se faire hara-ldri.Ainsi, les fictions de Kwabata ont la subtilité, la légèreté et le toucher habile d’une créativité sensible à toutes les facettes irisées de la lumière.Qu’on relise La Danseuse d’Izu, ce grand classique qui le rendit célèbre dès sa parution, en 1927; tous les écoliers japonais connaissent cette brève histoire de comédiens ambulants.De même, La Beauté, tôt vouée à se défaire joue avec nos états d’âme.C’est si joli, et pourtant repoussant Un meurtre sordide se transforme en rêve incertain, voDé de pensées poétiques, de souvenirs brumeux et de songes d’esthète.Lecteur, vous chercherez le coupable.Juge, vous voudrez démêler l’hypocrisie.Psychologue, vous observerez le faux et les apparences.Artiste, vous admirerez la fabrication.Déchirure Mishima, dans sa postface, explique: *Le narrateur tente d’entrer d’une manière concrète dans les profondeurs de la psychologie du coupable et se sent aspiré hors de la réalité par le “mal" qui imprègne son imagination.» Certes.L’écriture de Kawabata est experte à faire sentir les pensées retorses de la culpabilité, ses jeux de cache-cache avec l’innocence, et donc à dire tous les gestes, de l’intérieur, qui mènent à une invisible abjection.Quant à l’autre nouvelle, celle d’ouverture, Le Bras, elle raconte comment le bras d’une jeune fille, détaché de son gré, accompagne vingt-quatre heures dans la vie d’un homme, qui entretient avec cet •objet» une curieuse relation de langage et de corps.L’influence à retardement de Bunuel est évidente, mais ce qui l’est moins, c’est la perversion, carrément sympathique, de la relation fantasmée avec cette quasi-femme.Ou plutôt, avec ce bout de femme.Cette femme symbolise l’altérité; elle provoque le scandale, la déchirure, l’insolite, la séduction du monde réel, impossible à satisfaire.Cauchemar, délire, le mystère du morbide fascine et vous accroche.un doux sourire.Un sourire figé comme un masque.L’auteur a 64 ans lorsqu’il signe Le Bras.Rien n’est plus troublant, dans la littérature fantastique, que la vie autonome d’un morceau de corps humain, soudain sorti de sa condition dé pendante d’organe.Kawabata, toujours obsédé de cadavres, purs objets érotiques, leur donne un statut littéraire qui n’est pas sans avoir devancé l’œuvre particulière du Nouveau Romancier Alain Robbe-Grillet.Mais de l’emballage blanc, délicat, où perle une goutte de sang, émane le parfum d’une senteur orangée de magnolia.LA BEAUTÉ, TÔT VOUÉE À SE DÉFAIRE Yasunari Kawabata Postface de Yukio Mishima Albin Michel Paris, 2003,163 pages Yasunari Kawabata POÉSIE ÉTRANGÈRE Henri Droguet, l’omnivore langagier THIERRY BISSONNETTE Baudelaire puis Apollinaire avaient utilisé le langage comme excitant, comme un alcool dont la distillation s’opère non pas dans un alambic, mais dans le ré seau même de la conscience et de ses correspondances.On peut en dire autant d'Henri Michaux, qui dépassa l’expérimentation des hallucinogènes — ce «misérable miracle» —, pour se satisfaire enfin d’une poésie en compétition sé rieuse avec tous les autres modes de transport On reconnaît vite ces poètes pour qui l’écriture et ses matériaux sont une ivresse permanente.Parmi eux: Henri Droguet, qui pourrait aussi figurer parmi ceux que Houellebecq classe, dans Lanzarote, sous l’appellation de •poètes hermétiques français».Qu’à cela ne tienne, puisque la caricature du grand cynique touchait d’abord.Guillevic.Auteur notamment de La Main au feu (plusieurs années après Roland Giguère et sa rétrospective du même nom) et de Ventôses, Droguet a peu publié, six recueils en vingt ans, mais ses vers sont d’une concentration sémantique qui rappelle à la fois l'élaboration d’huiles essentielles et de gravures.Son nouveau livre, qui porte pour tout titre les points géographiques 48°39’N-2°01’W, provoque tour à tour le charme et l’agacement, et ce, à partir des mêmes éléments.Arbitraire, ludique, verbophile et sérielle, obsessive jusqu’à la redondance, cette poésie sans concession n’en respire pas moins une liberté enviable, et d’ailleurs, contagieuse.*[M]iW et grime», s’intime lui-même notre poète, «jette-zy petit homme inachevé / la parole excédante qui te cherche».Livrées en ordre chronologique, les six sections du recueil sont marquées par un drôle de mélange entre leur érudition lexicale et leur spontanéité.Les lecteurs qu’incommoderait la prolifération de mots rares, notamment ceux qui décrivent le paysage et sa flore, tourneront vite les talons quand «le vent nécessaire brasse / la vaguement rousse cendre d’un oiseau / pédi-celles et corymbes / du sureau et des lierres / la digitale pourpre / l’herbe commune à cambrousse».Ce serait négliger la sculpture alerte du territoire effectuée par Droguet dans ces carnets, où la dérive sibylline finit par apporter son supplément de réalité aux divers lieux visités.Sans compter l’avertissement donné par la phrase de Beckett en épigraphe: «S’il n’y avait que l’obscurité, tout serait clair.» Attentif à la singularité de tout, le discours d’Henri Droguet est proprement boulimique, quitte à devenir dérisoire par moments.Dans ce processus de digestion des choses, nul temps d’arrêt ni de lyrisme ou-trancier.Le dehors passe et nous avec, «il chante ça dans les suies / dans le brai vitrifié des hivers / mort-né monument de mots morts nus/les mots ! ah quel désert à la fin/ merveilleux.» Accès de langue familière, néologismes et ressacs vers l’Antiquité méditerranéenne peuvent bien se succéder, la tâche ici étant de s’éprouver comme leur différence et leur rapport, leur lumière et leur obscurité.48°39,N-2°0I’W (ET AUTRES U EUX) Henri Droguet Gallimard Paris, 2003,127pages s.f ( ( LE DEVOIR.LES SAMEDI 28 ET D I M A N 1 H E 29 J l I \ 2 O O A Essais^ Une éthique pour le Québec et pour la Terre LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Qui n’a pas rêvé, à ses heures, d’un Québec plus juste, plus équitable, plus solidaire, dans lequel le partage et l'entraide seraient a l’honneur et la dignité de tous et chacun respectée?On se dit, alors, •voici ce qu’il faudrait changer, améliorer ou inventer pour que ce pays advienne», mais, la plupart du temps, le quotidien nous rattrape et le rêve s’éclipse devant les preoccupations phis terre à terre.Juriste et théologien, professeur émérite de lUni-versité de Montréal, l’éthiden Guy Durand, lui, a choisi de prendre le temps de se payer la traite.Dans Le pays dont je rêve, sous-titré •Regard d’un éthicien sur la politique», il trace le portrait réaliste d’un Québec qui serait habité, dans toutes ses composantes, par une éthique •personnaliste».Essai d’éthique appliquée, •c’est-à-dire qui se concentre sur un secteur particulier de l'activité humaine pour l’analyser dans son fonctionnement concret: partir des faits, les laisser parler longuement pour bien comprendre ce qui se passe, ce qui s’y joue, en dégager les enjeux éthiques et les dilemmes, afin de les analyser du point de vue des valeurs et des fins, et de suggérer enfin des moyens, des pistes, des éléments de solution», son ouvrage couvre quatre champs d’intervention généraux: le projet démocratique, la sociaklémocratie, le système politique et les relations intercommunautaires.Social-démocrate centriste, mou pourrait-on dire.Durand suggère essentiellement, après analyse de la situation actuelle, des •aménagements concrets et réalistes» qui relèvent d’un réformisme très prudent Ainsi, pour améliorer le projet démocratique québécois, il plaide en faveur du scrutin proportionnel, d’élections statutaires, d’une revalorisation du rôle de député, de règles de financement transparentes et équitables et d’un sursaut éthique personnel.Dans le domaine économique, Durand se prononce en faveur d’une mondialisation arbitrée et à visage humain et d’une sociaklémocratie apte à protéger les plus vulnérables (salaire minimum, équité salariale, allocation universeDe).Souverainiste très mou, il affirme qu’il se contenterait d’une •confédération à cinq» régions qui reconnaîtrait les particularités du Québec francophone sans brusquer le nationalisme canadien.Enfin, partisan d’une laïcité ouverte, il souhaite des relations intercommunautaires qui permettent la cohabitation et la solidarité nationales sans exiger le reniement de quiconque à ses caractéristiques culturelles.Revue commentée de l’actualité récente dans tous ces domaines, invitation à réfléchir plus à fond à une foule d’enjeux sociaux fondamentaux trop superficiellement traités par les médias compte tenu des contraintes qui sont les leurs.Le pays dont je rêve, en général, évite le piège réactionnaire (sauf quand il traite de la revendication d’une échelle unique dans la rémunération des enseignants et de l’évaluation scolaire) et constitue un bel exercice d’éthique d’inspiration chrétienne.D pêche toutefois par deux excès: excès de détails et d’exemples qui s’accumulent parfois jusqu’à l’écœurement et qui alourdissent l’ensemble et excès de prudence, de centrisme, qui enferme la réflexion dans un réformisme petit-bourgeois trop peu mobilisateur.Aussi, le rêve, au total, apparaît fort long et trop tranquille.En quête d’une éthique spirituelle Il ne faut pas craindre le syncrétisme pour s’engager dans la lecture de Voix de la Terre.Recueil d’entretiens réalisés par Marie-Andrée Michaud et d’abord publiés dans le magazine Guide Ressources, cet ouvrage, en effet, amalgame dans une joyeuse insouciance les réflexions de 16 penseurs qui se réclament de traditions spirituelles très diverses.Bien sûr, l’approche œcumé- Louis Cornellier nique, en elle-même, n’est pas condamnable et donne souvent des fruits intéressants, mais seulement dans la mesure où elle ne sombre pas dans le bricolage religieux, une tentation à laquelle ne résiste pas ce recueil.Attentive à «des humains qui explorent la dimension spirituelle de l’existence et lient la croissance intérieure à l’intégrité dans l’action», Marie-Andrée Michaud a donc-voulu donner la parole à des penseurs que sollicite «la guérison de notre humanité en crise».•Humaine, écrit-elle, je fais partie intégrante de la Terre.Plutôt que de chercher à la contrôler, puis-je apprendre à la redécouvrir, l’aimer et créer de concert avec Elle?» Les réponses que lui fournissent ses invités ne brillent pas toutes par leur rigueur, leur cohérence et leur intérêt Dans le camp, disons, des rigoureux, mentionnons Jacques Grand’Maison, qui présente d’assez belle façon les «huit cordes» essentielles d’une spiritualité pour aujourd’hui; David Suzuki, qui plaide avec discrétion en faveur d’une nécessaire conversion écologiste; et Albert Low, qui tente modestement de vulgariser sa çonception du zen.A l’opposé, dans le camp, disons encore une fois, des spiritualisants débridés, on retrouve un Placide Ga-boury qui ne peut se retenir de mentionner qu’il est •en contact avec l'au-delà par l’entremise d’un médium», une Anita Roddick, fondatrice des magasins TJie Body Shop, qui affirme croire «en l’Amour et en l'Energie», une Oriah Mountain Dreamer qui se fait travailler •l’énergie en [elle] et autour djelle]», de même qu’un Matthew Fox, par ailleurs intéressant théologien d’une spiritualité de la création, qui organise des messes •techno-cosmiques» à l’allure suivante: •Récemment, nous avons recueilli six cents images de déesses issues de toutes les traditions, dont Marie, et avec ces images projetées autour de nous sur des écrans géants, nous avons accueilli, en dansant, l’aspect féminin du divin en nous.» On comprend que le Vatican l’ait contraint, en 1989, à une année de silence et de réflexion! Plusieurs des voix qui témoignent dans ce livre ont de bien belles choses à dire (je pense particulièrement à la primatologue Jane Goodall, au banquier et ancien élève de Bettelheim Stephen Eliot et au professeur d’administration Thierry Pauchant), mais la soupe cosmique qui résulte d’un tel assemblage où tout est mis sur le même pied et les propos vaseux de plusieurs des témoins sollicités nous laissent bien confits et démunis devant l’immense défi que représente la formulation d’une éthique spirituelle pour aujourd’hui.louiscomellier @parroinfo.net LE PAYS DONT JE RÊVE Regard d’un éthicien sur la politique Guy Durand Fides Montréal, 2003,330 pages Chiites irakiennes en prières.FAI KH KHK1M R REUTERS La voix des femmes irakiennes NAÏM KATTAN Inaam Kachachi, une journaliste irakienne installée à Paris, est correspondante de plusieurs journaux arabes.Au fait de la littérature arabe, elle a fait un choix parmi des ouvrages de femmes irakiennes, publiés en Irak ou en exil, avant la chute de Saddam Hussein.Des romancières, des nouvellistes et des poétesses font connaître leurs sentiments sur l’état de leur pays.Elles décrivent une terre assiégée, ayant souffert de la première guerre du Golfe en 1991 et étouffant sous le joug d’un régime d’oppression.Craignant les représailles, elles ne peuvent pas le dénoncer ouvertement, même quand elles vivent en exil.Elles disent l’étouffement dont elles sont victimes, l’absence d’espoir, l’horizon opaque, sans ouverture.Des mères qui attendent désespérément le retour de fils disparus, des épouses, celui d’un mari enlevé.Dans une nouvelle de Buthai- na Al-Nassiri, un captif de la guerre irako-iranienne rentre chez lui.Duc ans se sont écoulés.Sa femme ne le reconnaît plus et, surtout, elle ne se reconnaît plus comme son épouse.Sa fille, qui était dans le ventre de sa mère au départ du père, refuse de retourner à l’école car elle s’était décrite comme la fille d’un martyr et serait dégradée aux yeux de ses camarades si elle disait être la fille d’un prisonnier.Le retour peut ainsi être plus difficile que la disparition.L’homme reprend discrètement sa valise et s’en va.Il faut lire ce livre pour se rendre compte de l’immensité de la souffrance des Irakiens sous Saddam.Cela expliquerait l’explosion anarchique qui a suivi sa chute.IjCs problèmes sont loin d’être résolus mais au moins ces Irakiennes peuvent exprimer désormais leurs sentiments sans que la menace de la prison ou de la mort pèse sur elles.INAAM KACHACHI Paroles d’Irakiennes Editions Le Serpent à Plumes Ptiris 2(X)3,210 pages L’ONU ULYSSE BERGERON Il y a 58 ans cette semaine, 50 pays signaient la Charte des Nations unies.Triste anniversaire pour l’organisation, qui a vu cette année sa crédibilité s’effondrer de nouveau.Dans L’ONU contre les droits de l’homme?, le journaliste du Monde Jean-Claude Buhrer se joint à l’orientaliste et écrivain Claude B.Levenson pour faire un compte rendu détaillé et fort documenté de la Conférence mondiale contre le racisme qui s’est déroulée à Durban du 31 août au 8 septembre 2001.Durban est en quelque sorte la •chronique d’un échec programmé» et la représentation des lirmtes de la diplomatie internationale.Le Forum des ONG qui précédait la conférence s’est transformé, au grand désespoir de plusieurs, en un terrain de confrontation idéologique et ethnique profondément stigmatisé par le racisme et la propagande haineuse.L'ouvrage brosse un portrait complet et bien articulé des dédales de la diplomatie onusienne: jeux de coulisse, pressions et revendications des ONG et des divers Etats, défense d’intérêts économiques au détriment des droits de l’homme.Selon les auteurs, le constat est plus que décevant D démontre l’impuissance, à plusieurs égards, de l’organisation: •Les déclarations et réserves de plusieurs pays concernant les textes adoptés traduisent à leur manière les limites de la conférence de Durban, sinon les carences des Nations unies dans l’application pratique des droits de l’homme.» •S’il est flagrant que les Nations unies ne sont pas toujours à la hauteur des attentes de l’opinion ou de ceux qui font appel à elles, farce est de se souvenir que [.] ce sont les Etats qui composent et façonnent l’institution», mentionnent les auteurs.Et à l’heure actuelle, force est de reconnaître que son pouvoir pratique est grandement limité par le comportement de certains de ses membres.L’ONU CONTRE LES DROFTS DE L’HOMME?Jean-Claude Buhrer et Claude B.Levenson Mille et une nuits Paris, 2008,296 pages Inauguration de Texposition le dimanche 29 juin 2003 à 14 h en présence des artistes , _ o ¦a» ^ 2S f X X IIIËIÜ Femmes artistes des Cantons-de-l’Est * •• i .m «sJjfir ml ^ " V, 5| , j I fomen artists from the Eastern Townships llilf , «If: 1 J : Boudin, Monique Nadeau-Saumier eau-Saumier - • •• •' - Juiqu’au 19 octobre 2003 Font également partie de l'expottoon : LES CORRESPONDANCES D’EASTMAN U gronde ftte det lettre! / 22,23 et 24 août 2003 et PERSPECTIVES : FEMMES ARTISTES EN AMÉRIQUE DU NORD http://wiMv.museevirtuel.ca/ExhltHtiont/Perspectivesy ¦ /VI Wk JEWVT'ï! m 1 j & *# «! -T- T J* f #r„'T g IJ I L«di 1002, avenue J.-A.-Bombardier, Valcourt, Québec (450)532-3033 expo@fjab.qc.ca Degas, f’qtiu» doiHfiiJM! de quatorze im, 1878-18*1 PhHadnlphU Vt/çinrm ol Ait, PMIadolphln rhe Henry P, McRhennny Cülhxtlon.a la d-.' Rm' »*» P AdrUhennév Quand le corps humain inspire des chefs-d’œuvre Le corps transformé Du 15 juin au 5 octobre 2003 La Cité de l’énergie accueille Picas&o, Rodin, Matisse, Giacometti, Degas, Smith, Cardiff, Goodwin, Cadleux, Richier, Segal, Viola, Bourgeois, Calder, Muock et Kentridge, de grands artistes qui ont, à leur façon, abordé la représentation du corps humain.Demandez l’audioguide et te catalogue illustré et visitez te projet virtuel h cybermuse.beaux-arts.ca Billets et renseignements (Bjq)537-5300 1882, rue Cascade, Shawinigan Pour contacter le Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa, composez le 1800 3»9-ARTS ou tapez musee.beaux-arts.ca Mutée des beaux-arts du Canada National Gallery of Canada } B01 FONDATION J.ARMAND BOMBARDIER - LE DEVOIR - MUSEE D'ART DE iOLIETTE - TÉtÉ-ÜUÉBEC - VIE DES ARTS l>XfKrttlion est organisée par le Musée > du Canada à Ottaw CanadS t E 8 LE DEVOIR.LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 JUIN 2003 LE DEVOIR De Visu Le corps et son double Le MNBAQ propose une lecture accessible de l’art actuel DAVID CANTIN Dans le but de rapprocher le grand public d’une lecture davantage accessible de l’art actuel, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) inaugure pour la période estivale Doublures.Vêtements de l'art contemporain.Avec Johanne Lamoureux à titre de commissaire invitée, cette nouvelle exposition fort attrayante impose du même coup un regard très critique face à nos liens sociaux.De la surprenante robe métallique de Jana Sterbak à la «couture explosive» de la New-Yorkaise E.V.Day, les tendances mode prennent ici une tout autre dimension.Depuis l’exposition Le Ludique dans le cadre de l’échange France au Québec/La saison à l’automne 2001, le MNBAQ s’intéresse de plus en plus à l’art contemporain.Cette fois, on parle d’un travail considérable qui a nécessité plus de deux ans de préparation.Le résultat final montre que l’institution du parc des Champs-de-Bataille a misé juste encore une fois.En tout, une vingtaine d'artistes venus tant de la France, de l’Angleterre, du Maroc que du Québec dans un but commun de surprendre à travers l’œuvre-vètement On passe d’abord par le vestiaire du musée où les Sœurs Couture, de Québec, transforment ce lieu à l’aide d’une installation in situ à dominance kitsch et excessive.L’accumulation de tissus comme d’objets favorise déjà une forme de curiosité.Dans la salle 1, on entre en contact avec certaines des œuvres les plus fortes.M.et Mme Andrews sans leur tête (1998) de Yinka Sho-nibare détourne un célèbre tableau de Gainsborough afin de pousser plus loin la notion d’identité individuelle ainsi que collective, alors que Rising to the Occasion (1987-1991) de Rebecca Belmore mêle avec un humour très particulier les références culturelles (dé l’unifor- a*»*! s" -!•* Q SOURCE MNBAQ Je veux que tu éprouves ce que je ressens (La Robe), 1984-1985, de Jana Sterbak.me militaire aux costumes des Premières Nations).Encore plus étonnante, la robe sans corps d’Or-lan ou l’œuvre interactive de Jana Sterbak qui cherche à confondre à travers les phénomènes de répulsion comme de séduction.Sans contredit, une pièce maîtresse dans un tel corpus.Mise sous tension Avant d’entrer dans la salle 4, deux autres robes viennent ponctuer le trajet Au palier du 1" étage, les visiteurs qui se dirigeront vers l’espace réservé aux tableaux et dessins de Marquet feront sans doute un arrêt Qui peut rester insensible devant une pareille mise sous tension?Une référence astucieuse à la culture populaire.A quelques pas de cette zone, la robe-sculpture de Majida Khattari critique de façon radicale la tradition vestimentaire musulmane.Une fois à l’intérieur de la salle, l’artiste français Gotscho s’applique à animer un couloir iconoclaste à l’aide d’une trentaine de vestes au mur.Au bout, Cornelia Parker traite aussi de l’absence du corps en transposant derrière un boîtier lumineux la robe de nuit que portait Mia Farrow dans le film Rosemary’s Baby de Roman Polansky.L’installation vidéographique de Rodney Graham s’appuie essentiellement sur les contraintes derrière certains codes vestimentaires.On s’attarde toutefois davantage devant la somptueuse (et trompeuse) Robe de bal (2000) de Dominique Blain, au même titre que la fragilité des panneaux photographiques de Dévora Neumark.L’intérêt paraît toutefois relatif devant les interventions du très prisé Christian Boltanski ou encore les tricots du Body Gear de Tarda Kitchell.Davantage évocatrice, l'œuvre de Naomi London demeure riche en résonances.Il y a aussi des liens intéressants à faire entre l’approche de Cari Bouchard et celle d’Erwin Wurm: une expérience aussi concrète que minimale du vêtement Après le vêtement habitable de Lucy Orta, l’exposition se termine sur Soixante-cinq chandails de laine (1976-1981) d’Agane-tha Dyck qui renforce une éloge percutante du quotidien.Comme le précise Johanne Lamoureux dans le texte du catalogue qui accompagne Doublures, «les œuvres réunies dans Doublures, loin de se poser comme ornements du corps, en font presque toutes l’économie ou elles en présentent une version morcelée, mutilée.Elles évoquent souvent, en dépit de leur matérialité incontournable, une idée du corps, un corps abstrait.Or, ces vêtements orphelins, ces corps partiels, SOURCE MNBAQ Dévêtement, 2003, de Nancy et Sheila Couture.Les sœurs Couture envahissent le seul lieu du musée consacré à la gestion de la chose vestimentaire: le vestiaire.obliques, ne sont pas l’apanage de la représentation artistique: ils appartiennent à la culture contemporaine dans son sens élargi».Un travail minutieux qui vaut amplement le détour dans les semaines à venir.DOUBLURES.VÊTEMENTS DE L’ART CONTEMPORAIN Au Musée national des beaux-arts du Québec, parc des Champsde-Bataille, Québec.Jusqu’au 12 octobre 2003.DU 19 JUIN AU 12 OCTOBRE 2003 REBECCA BELMORE DOMINIQUE BlAH CHRISTIAN BOLTANSKI CARL BOUCHARD NANCY ET SHEILA COUTURE E.V.DAY AGANETHA DYCK GOTSCHO RODNEY GRAHAM MAJIDA KHATTARI TAMA KITCHELL NA0MI LONDON DEVORA NEUMARK ORLAN LUCY ORTA CORNELIA PARKER YINKA SH0MBARE JANA STERBAK EHWHWURM JOHMNf lAMOUMUX COMMISSAIRE Catalogue d'exposition en vente à la Boutique du Musée et dans plusieurs librairies.[doubliipes] Musée national des beaux-arts du Québec Québec SS u M (418) 643-2150 1 866 220-2150 www.mnba.qc.ca Parc des Champs-de-Bataille, Québec L'exposition est réalisée avec le soutien de : Conseil des Arts Canada Council du Canada for the Arts Mlmiitir* 4u à/fmlrti ttfgtrti Le Musée national des beaux-arts du Québec est subventionné par le ministère de la Culture et des Communications du Québec.ROSELINE GRANET Sculptures • Pastels Exposition jusqu'au 19 juillet 5420, boul.Sainl-Laurent H2T ISI 514.849.1165 Ouvert du mardi au vendredi lOh a 18h, samedi lOh a I7h GALERIE SIMON BLAIS GALERIE BERNARD Artistes de la galerie Nouvelles œuvres Été 2003 5986 rue Saint-Denis, Montréal (Québec) (514) 277-0770 en gravure en peinture en sculpture Cet été, offrez-vous quelques douceurs.12 juillet - musique à Joliette Une grande voix, Mahler et l’OSM.date limite de réservation : 30 juin ! 19 juillet - théâtre en Mauricie Un étrange songe dune nuit d’été 27 juillet - peinture à Ottawa Fragonard, Chardin.au Musée des beaux-arts Quelques places disponibles ! 2 août - la nature dans tous ses états.! • de Mont-Saint-Grégoire à Sherbrooke : o$ fleurs, tableaux, parfums et découvertes ! Nouveau numéro : (514) 352-3621 En collaboration avec Club Voyages Rosemont " 'beaux détours œuvres récentes de carol lavoie sur rendez-vous seulement (819)326-6155 i »
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