Le devoir, 19 juillet 2003, Cahier E
LE DEVOIR.LES SAMEDI 10 ET CINÉMA Lavage de linge sale Page E 3 D 1 M A N C H E 2 0 JUILLET 2 0 0 3 NOUVELLE D’ÉTÉ Pas mieux que mort Page E 5 LE DEVOIR '# K l’éternelle CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Au bout du fil, la voix surgit, grave, profonde, habituée de dire les émois de l’âme humaine.C’est la voix des amours brisées des Feuilles mortes de Prévert, mais aussi celle des amours fidèles de la Chanson des vieux amants de Brel, la voix coquine de la Jolie môme de Ferré et la voix ensorcelante du Dieu est nègre de Ferré encore.C’est aussi celle, provocante, de Déshabillez-moi, de Robert Nyel.Une voix familière comme le sont les mythes et toüt à fait unique à la fois.Juliette Gréco, qui donne un spectacle le samedi 26 juillet à la salle Wilfrid-Pelle-tier dans le cadre des FrancoFolies, parle comme elle chante, en pesant bien ses mots, en réfléchissant sur leur portée, en en mesurant le sens et en savourant les silences.Cette femme de paroles, qui a inspiré les plus grands écrivains francophones du siècle dernier, n’a d’ailleurs jamais choisi de chanter que des textes qu’elle aimait qu’elle vivait profondément On sent qu’avec les années, elle n’a rien perdu de la ferveur, de la fougue qui lui a jadis fait donner un spectacle antimilitariste devant un auditoire de soldats d’Augus-to Pinochet Au téléphone, de l’autre côté de l’Atlantique, derrière la voix de velours, on imagine son regard noir, le sourire enjoué, la dignité aussi de celle qui dit être restée debout toute sa vie.«Je suis injernale, complètement injema-le, dit-elle.Je ne désarme pas, je continue de me battre, de combattre et d’espérer que les hommes seront moins monstrueux.» A 76 ans, elle a gardé la flamme rebelle de la première jeunesse et s’est rompue à la «maturité, aux expériences, aux malheurs, à la vie».Et sa vont, c’est un peu de toutes ces Juliette Gréco à la fois.«Je suis comme les yeux des mouches, dit-elle, qui portent mille facettes en eux-mêmes.» Juliette Gréco, c’est entre autres la jeunesse revendicatrice de Saint-Ger-main-des-Prés, ces années d'après-guerre consacrées à reconstruire le monde, alors que la jeune Juliette avait survécu à un mois de prison et que sa mère, ré sistante, venait d’être libérée d’un camp de concentration.C’est à cette époque qu’elle rencontre Jean-Paul Sartre et sa bande qu’on dira existentialiste, Jean-Paul Sartre qui l’a découverte et sans qui, peut-être, elle n’aurait pas chanté.Sans lui, «je pense que je n’aurais pas osé», reconnaît-elle aujourd’hui, un soupçon d’émotion dans la voix.Mais il n’y a pas que l’adolescence, «malheureusement», dit-elle.Si elle a gardé les convictions, «la foi» qu’elle avait à cette époque, Juliette Gréco dit avoir aujourd’hui de plus en plus de moments de désespoir au sujet de l’avenir de l’humanité.«Je trouve que cela tourne mal, dit-elle au sujet de l’état de la planète.Mais cela ne m’empêche pas de rester debout et de combattre.» Gréco est d’ailleurs restée très près des jeunes.Dans l’album qu’elle enregistre en ce moment, elle chante notamment un texte de Christophe Mios-sec, un jeune parolier de 35 ans, sur la musique de George Jouannest, son mari, compositeur, qui a notamment accompagné et composé pour Brel durant de nombreuses années.Cette pièce est un tango qui se livre comme un cri sur l’état du monde, dit-elle.Quand on lui demande si elle regrette cet âge d’or de la chanson française et tous ces gens, les Brel, Prévert, Queneau, Gainsbourg, Sartre, Ferré et autres géants dont elle a chanté l’essence, elle a une réponse pleine d’amour et sans nostalgie.VOIR PAGE E 2: GRÉCO JACQUES NADEAU I.F.DEVOIR À 76 ans, Juliette Gréco a gardé la flamme rebelle de la première jeunesse et s’est rompue à la «maturité, aux expériences, aux malheurs, à la vie».FESTIVAL DES ARTS DE LA RUE Folies citadines Shawinigan accueille une trentaine de compagnies réunissant 200 artistes SOURCE FESTIVAL DES ARTS DE LA RUE SOLANGE LÉVESQUE Il "v éjà dans la Grèce an-I I tique, on pratiquait les JL S arts de la rue», affirme Philippe Gauthier, directeur géné ral et co-directeur artistique avec Rémi-Pierre Paquin du Festival des arts de la rue de Shawinigan.•Cette tradition d'amuser les gens sur la place publique est héritée de la tradition des banquistes et des saltimbanques; elle découle également des “mystères” que l’on jouait en France au Moyen Age sur les parvis des églises.» Dans presque tous les pays, les arts de la rue ap portent de la couleur et un brin de folie à la vie citadine.«Au Québec, ils ont toujours existé, fait remarquer Philippe Gauthier; ils prenaient le plus souvent la forme de parades circonstancielles qui réunissaient majorettes, fanfares, etc., de pageants ou de saynètes données dans des fêtes.Dans les années 1960-70, les arts visuels ont pris une grande place au sein des manifestations publiques extérieures.Depuis le début des années 80, les arts de la rue se sont beaucoup développés au Québec, dans la foulée des arts du cirque.» A Shawinigan, on choisit de préférence des manifestations qui offrent une composante théâtrale, et on leur donne rendez-vous au festival dont ce sera la septième édition cet été, puisqu’il a été créé en 1997 par Yves Dolbec.Le festival est encore jeune et il se raffine d’une année à l’autre; «Nous nous sommes donné comme mandat d'encourager le caractère artistique, ce qui veut dire que les critères de sélection des spectacles sont rehaussés; nous sommes plus exigeants quant aux contenus», explique son directeur général.«Il faut que le spectacle comprenne un petit scénario, quelles que soient les disciplines artistiques pratiquées par les artistes, et non seulement une démonstration d'habileté, un numéro de clown ou de jonglerie, par exemple.» Intitulé cette année Nouveau (x) Territoire (si, le festival convoque une trentaine de compagnies réunissant deux cents artistes issus de diverses disciplines.Ces compagnies qui viennent du Québec et de l’Ontario, de la France, de l’Espagne et du Mexique envahiront les rues et les ruelles, les toits de certains immeubles, des sous-sols et des balcons pour charmer et surprendre les passants.Entre 18h et 2h ou 3h du matin, les artistes effectueront environ 250 «manoeuvres théâtrales», dixit monsieur le directeur, dans 26 lieux différents.Certains spectacles sont donnés pour un seul spectateur à la fois, d’autres en réunissent une dizaine, une trentaine ou une centaine, mais une caractéristique est commune à tous: ils sont offerts gratuitement aux passants et aux spectateurs, en accord avec la tradition des arts de la rue.Lan dernier, 80 000 amateurs ont arpenté le centre-ville de Shawinigan! «Heureusement, la ville nous donne un sérieux coup de main pour assurer les infrastructures et nous soutient à ftmd depuis trois ans», reconnaît Philippe Gauthier.L’événement rassembleur, le clou du festival, est le très attendu Jardin lumineux, du groupe français La Salamandre, un événement nocturne que le communiqué décrit comme «une apologie du feu entre rituel et procession, soutenu par des mélodies envoûtantes accompagnées par des chants monocordes qui résonnent comme des incantations».«Le festival est très polydisciplinaire et plusieurs interventions mettent en valeur les sites de la ville, d'où le titre- VOIR PAGE E 2: FOLIES \ a 1 T LE DEVOIR.LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 JUILLET 2 0 0 3 E 2 * Culture * GRECO SUITE DE LA PAGE E 1 «Je ne peux pas être rujstalgique pour la simple et bonne raison que U/us ces gens-là sont en moi», dit-elle.Elle confesse tout de même le regret de ne pas pouvoir parler aujourd’hui à ceux dont elle a été la muse, de ne pas pouvoir échanger sur tel ou tel texte, sur telle ou telle chanson.De l’effervescence de l’Europe des années 50, elle fait un bilan positif, même si elle note que sa génération n'a pas passé le flambeau autant qu’elle l’aurait pu à ceux qui l’ont suivie.«Il a fallu la guerre du Vietnam pour que les jeunes prennent conscience de l’horreur de la guerre, qu’ils n’avaient, jusque-là, heureusement pas vécue», dit-elle.Elle-même a été profondément marquée par son expérience de la guerre, qui lui a appris l’emprisonnement, l’humiliation et la douleur physique.Alors qu’à 17 ans elle est emprisonnée avec des prostituées à cause de l’engagement de sa mère dans la Résistance, elle apprend «que tous les hommes ne sont pas comme [son] grand-père», dit-elle.Mais Juliette Gréco est un être d'espérance.Elle fait confiance à la vie, eDe fait confiance aux poètes.«Je fais confiance aux écrivains et aux poètes, dit-elle./e n’irais pas jusqu’à dire comme Aragon que le poète a toujours raison, mais je dirais qu’il a souvent raison.» Pour son tour de chant à Montréal, elle a choisi à la fois des chansons très anciennes de son répertoire et des chansons nouvelles.Pour elle, chanter une chanson qui ne nous parle pas revient à embrasser sur la bouche quelqu’un qui ne nous plaît pas.«Je suis incapable de tricher, dit-elle, c’est d’ailleurs très fatiguant.» Dommage qu’elle ne soit pas de la partie pour l’hommage à Brel qui clôture les FrancoFo-lies.Car elle a été la première femme à chanter une chanson du Belge, Ça va le diable.Aux FrancoFolies, on affirme que les deux événements n’étaient pas suffisamment rapprochés pour justifier la participation de Gréco et de Jouannest à l’événement.«Brel était un homme bouleversant et un écrivain extrêmement rare», dit par ailleurs la chanteuse.Gréco n’a pas beaucoup fréquenté le Québec, elle dit cependant vouer une affection particulière à Diane Dufresne, dont elle apprécie le côté absolu.Chanter est toute sa vie, dit-elle, elle ne s’en lasse pas et rend pleinement à son public, reconquis ces dernières années «l’amourfou et fidèle» qu’il lui voue.À grands coups de tables.Les Jardiniers amorcent la série des Nuits DJ., le 24 juillet prochain FABIEN DEGLISE LE DEVOIR Tout le monde en parle, beaucoup les écoutent en se tortillant sous les rythmes binaires de leurs nombreuses compositions.Le duo est célèbre dans les clubs éledro de la métropole — et d’un peu partout ailleurs sur la planète — comme dans les pages culturelles des quotidiens de la ville qui semblent s’être pris d’affection pour la jeune formation montréalaise bien de son temps.Un franc succès, quoi.N’empêche, avec Cafétéria, Moon Patrol et depuis quelques mois leur dernière création, Road To Reofa, Les Jardiniers n’ont pas vendu à ce jour plus de.3000 disques ici et ailleurs dans le monde.Et ce n’est pas faute de plaire.«C’est comme ça, résume Jean- François Charette, l’homme, avec Martin Dumais, derrière les tonalités techno des Jardiniers.La base de fans qui achètent de la musique électronique au Canada est d’à peine 3000personnes.C’est une réalité, induite par le piratage et la diffusion de musique sur Internet, avec laquelle on doit composer.» En prise directe avec leur époque, Les Jardiniers ne s'en formalisent guère d’ailleurs.«Chercher à contrer ce phénomène me semble vain, dit Charette, car la pratique est fortement ancrée chez toute une génération d’amateurs de musique.La solution se trouve plutôt dans la recherche d’une nouvelle structure de marché avec de nouveaux moyens de diffusion pour essayer de s)1 adapter.» Voir les choses différemment, explorer d’autres univers, repenser les vérités, voilà la philosophie des Jardiniers, qui s’exprime autant dans leur conception de l’industrie que dans les pièces musicales qui étonnent et détonnent, pour reprendre la formule consacrée, sur une scène électro toujours plus en perte de vitesse.«C’est à la base de notre travail, explique Martin Dumais.On explore, on expérimente, on cherche.Ça nous amène un peu partout.» Y compris dans un top-10 canadien de musique classique «Entre Mozart et Karajan, dit Dumais.C’était bien sûr une erreur.» Les Jardiniers eux-mêmes en ont fait quelques-unes depuis Iç début de leur carrière en 1999.A commencer par Poupée folle, composition à saveur électrôdisco-pop de l’album Moon Patrol, dont plusieurs inconditionnels leur reprochent encore et toujours l’existence.Car quand le techno essaye de frayer avec la masse, forcément, ça dérange.Mais la page est tournée.«Y en aura plus, de Poupée folle, lance Dumais, on est passés à autre chose.» En témoigne Road To Reofa avec ses rythmiques épurées, ses voix de femmes en suspension et son côté sombre «qui marque un retour aux sources», explique Jean-François Charette.«C’est l’album dont nous sommes le plus fiers, celui qui est le plus proche de notre personnalité», poursuit-il Une personnalité que Les Jardiniers se promettent bien d’exprimer à grands coups de tables tournantes en ouvrant la série des Nuits DJ.aux FrancoFolies de Montréal, le 24 juillet prochain.Sans concession, disent-ils, même si le spectacle s’inscrit dans un événement plutôt rassembleur et souvent racoleur.Repartir à zéro FOUES SUITE DE LA PAGE E 1 thème de cette année: Nouveau(x) Territoire (s)», précise Philippe Gauthier.Il suffit de citer les noms de quelques compagnies invitées pour se faire une idée de l’esprit de ce festival: Le diable par la queue et Le Muscle, de France; L’Activité Répétitive Grandement Grandement Libératrice (ARG-GL), de Québec; Les Forainieurs, qui se disent «courtisans de l’inutile», Le Théâtre de la pire espèce, Agents de conversation (sic), L’Ange-éléphant, Les Abdigration-nistes.Théâtre Les porteuses d’aromates, Ll.FT (Les idées flottantes théâtre), Par l’œil et par l’ouïe ainsi que Farine Orpheline et Le Frère de la Sangsue (qu’on a pu apprécier au récent FTA à Montréal en mai dernier), tous du Québec.Le Festival des arts de la rue de Shawinigan se tiendra les 25,26 et 27 juillet 2003.Informations: 1-888-222-8892.Site Internet: wuiw.theatrederue.com BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR Pour Gwenwed, les derniers mois ont condensé tout ce qui fait la feuille de route des groupes rock.Signature de contrat, prépara tion d’un disque, résiliation de contrat, report de parution, changement de personnel.Pourtant, le groupe, dont on disait qu’il était à surveiller il y a deux ans alors qui! se préparait à jouer à l’extérieur lors des FrancoFolies, ne lâche pas prise et s’apprête à revenir aux Francos avec du matériel tout neuf tout neuf Indépendant Il y a deux ans, on faisait état du fait que Gwenwed venait de loin.Parti de son Rouyn-Noranda natal pour venir à Montréal défendre un excellent disque, L’Amour la haine les cluits les automobiles.Aujourd’hui, le groupe se replace et entend proposer un spectacle d’une heure, demain, au parc des Festivals, où il entend jouer BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR Entre Jéronimo et le Québec, il y a des liens qui commencent à se faire sentir de plus en plus, au fur et à mesure que le trio de la Belgique ajoute des présences.Les membres du trio vous diront que les choses commencent à peine à se placer de ce côté-ci du monde, mais des liens se tissent.Sur la FESTIVAL DES ARTS DE LA RUEE ¦ ¦ .V"' billets en vente maintenant > (514) 790-1245 ii DE MONTREAL LES FRANCOS DÉBUTENT CE JEUDI ! inüaxie • ¦.SPECTRUM L’auteiK'-compositeur-intefprète de JE VOUS EMMBRDB En premiere partie Mathieu Booqaerts La grande dame de la chanson française! 25 juillet, 19 h Soiree multiculturelle GCS5*.26 juillet, 20 h LES ÉVÉNEMENTS FORD ESCAPE SALLE WILFRIO PELLETIER.PLACE DES ARTS #|| Desjardins $ Radio-Canada GtLaJébec "OGE*S fOMMUNKATtONI SANS M o.—-mm usb m QwtMMÉMMUNTNUr La HmÀanm SOCAN CanacM mus.cction Ville de Montréal QuébCC 3 K deux tiers de nouveau matériel «On a déjà testé notre nouveau matériel lors d'un spectacle à l’Escogriffe», raconte Jean-Christian Aubry, bidouiHeur de première, clavié-riste, et qui revêt aussi les habits de gérant de la formation.«Ç’a très bien passé», ajoute-t-U, précisant que le son de Gwenwed est plus cru que lors de la sortie, il y a deux ans, de la première galette, avec des compositions d’où ressortent les influences toujours latentes du groupe, celles des Pixies.Voilà pour les bonnes nouvelles.La brique est venue d’une mésentente entre le groupe, jaloux de son image, et la compagnie de disques qui avait montré suffisamment d’intérêt envers le groupe pour lui faire signer un contrat.«On vient tout juste de le résilier, pour des grosses divergences d’opinion dans la manière de gérer la carrière de la formation», ajoute Aubry, qui préfère rester discret sur le sujet Par ailleurs, les ventes de disques, «pour un groupe de cette Jamais même étiquette que Vénus 3, avec qui Jéronimo partagera la scène le samedi 26 juillet au Spectrum, Jéronimo a aidé la formation ska rock à percer un tant soit peu au Bénélux, et V3 lui a rendu la pareille id.«On aura des gens à qui téléphoner lors de notre passage en juillet», lance, amusé, Jérôme Mardaga, guitariste et chanteur du trio.Chanteur?Lui-même met quelques bémols sur le titre.Lorsqu’on lui fait remarquer combien sa voix calme et posée, même sur l’album Un monde sans moi, contraste particulièrement avec la musique relativement nerveuse, portée sur les guitares malgré la présence accrue de l’électronique qui vient tempérer la chose, avant même qu’on ait fini de lui poser la question sur sa voix, il qualifie celle-d, en rigolant, de «monocorde».«Je voulais avoir un disque très ouvert, très diversifié.Il y a des pièces acoustiques, d’autres beaucoup plus dures, il y a des choses électroniques.Je me suis servi des textes et de la Jaçon de les raconter, de les chanter, comme taille», ont été respectables.Les Francos ont fait de l’œil à la formation il y a deux ans, le Coup de cœur francophone les a aussi courtisés.Les deux apparitions ont été concluantes.De plus, le clip de Gwen et les rats a passablement tourné à Toronto, à l’émission French Kiss de Much Music, et à Montréal, sur les ondes de notre propre Musique Plus.Le groupe a déddé de redevenir indépendant et est retourné sous la coupe de Local Distribution.«Ils sont plus adaptés à ce qu’on fait, ils connaissent mieux notre marché à nous», explique Aubry, qui prédse que le caractère al tematif de la formation, malgré son potentiel commercial indéniable, doit être préservé.L’album sera prêt pour l’automne, en novembre, et sortira sur étiquette Proxenett, propriété de deux des membres du groupe.Côté musique, «l’album s’est créé rapidement et lentement en même temps.La partie création s’est faite à une vitesse assez hallucinante».Le fi- sans lui des fils rouges La voix et le ton de la voix sont les seules choses qui restent constantes et qui ne changent pas tout au long de l’album.» Mardaga insiste également pour dire qu’il est guitariste de formation, pas chanteur.«Cela explique peut-être aussi certaines choses.» Ici, le timbre et le débit des paroles a fait émerger des rapproche-ipents avec des artistes comme Etienne Daho et Dominique A.Pourtant, «ce ne sont pas des influences directes Je suis plutôt de l’école de Diabologum, qui est très peu connu chez vous malheureusement», dit Margada.Le groupe toulousain développait une prose beaucoup plus narrée que chantée.«Ce groupe a eu beaucoup d’influence sur moi.» Les sujets de Jéronimo sont communs et naturels.Comme le dit Mardaga, «le fait d’avoir un enfant et de lui donner un nom, le mariage, ce sont des sujets très communs.Quand ils sont abordés dans l’intimité, ils sont abordés d’une façon très directe et crue».Par exemple, Ma femme me trompe gnolage a pris le temps requis.«On a pondu environ 25 tonnes et, au moment de la sélection finale, on s’est rendu compte que c'était plus carré, plus dans la face.La groove a un peu disparu, bien qu’on ne fasse pas du rock 4/4 non plus.La direction artistique s’est solidifiée.» Et selon le cla-viériste, le sens aigu de la formation pour les mélodies ne s’est pas évanoui avec le temps.Les heures auront cependant eu raison des soudures entre les membres.Bien qu’Aubry souligne que jamais auparavant le groupe n’a été d’accord sur la direction à suivre, Kumba, le fille du groupe, est partie «pour raison de divergences artistiques, comme ils disent dans le journal».L’histoire de Gwenwed avec les chanteuses commence à ressembler à celle des batteurs de Spinal Tap.Mais puisque la présence féminine est primordiale, une «choriste invitée» sera sur scène: la surprise sera totale.Vendredi 25 juillet, parc des Festivals, 22h.pourrait être la confidence d’un ami à un autre.Du genre, «j’ai surpris ma femme sous la douche avec le plombier.Ma femme me trompe, tu te rends compte?».«Je trouve que, dans le langage parlé de tous les jours, on est relativement direct, parfois cru ou grossier, explique Mardaga.On ne fiait pas toujours de jolies phrases.Et ça ne rime pas toujours à la fin.» Le guitariste dit avoir voulu mettre en musique ce langage parlé, plus quotidien qu’imagé.«On retrouve le format histoire dans les chansons, avec des personnages, des situations et une fin qui n’est pas la même que le début.Cest une espèce d’analyse de processus vécus tous les jours.» Ces sujets, Jérôme Mardaga n’en discute pas musicalement sur le mode de l’intime.Sa formation de guitariste l’a poussé vers l’électrique.«En concert, on ne développe qu'une couleur, celle de la distorsion.» A l’extérieur, le vendredi 25 jpillet, au parc des Festivals, 20h.A l’intérieur, au Spectrum, le 26 juillet, à 22h.Lambroula Maria Pappas Michèle losier Hélène Cuilmette Marc Hervieux Cianna Corpisiero Sébastien Ouellet Claude Webster Le Festival International 2003 SAiNI'lRtNlt.ClIÀRI.f VOIX l'été au 20h30 CONCERT HORS SÉRIE Coût : 40$ (taxas inctusas) Information et réservations : (418) 452-353S ou 1-888-DFORGET (336-7438) www.doma!naf0r9at.com Concert-bénéfice pour le fonds de bourse Venez entendre ces brillants interprètes réunis exceptionnellement pour cette occasion tout en contribuant au fonds de bourse du Domaine Forget.Gianna Corbisiero, soprano Lambroula Maria Pappas, soprano Michèle Losier, mezzo-soprano Hélène Guilmette, soprano Marc Hervieux, ténor Sébastien Ouellet, baryton Claude Webster, piano Les plus grands succès d'opéras et de comédies musicales.*¦ è * * k LE DEVOIR.LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 JUILLET 2003 E ?Cull ure * Id rinomn * \JU1LU1U e^x-C e n t r i s KUIKIIIU LAGENDA HotAim S14 847 2206 www.ix-cintris.com CINÉMA Lavage de linge sale Peter Mullan décrit le couvent catholique des sœurs Mqgdalene comme le dernier rempart d'une Eglise ébranlée par les réformes THE MAGDALENE SISTERS Ecrit et réalisé par Peter Mullan.Avec Norajane Noone, Geraldine McEwan, Annie-Marie Duff, Dorothy Duffy, Eileen Walsh.Image: Nigel Willoughby.Montage: Colin Monie.Musique: Craig Armstrong.Grande-Bretagne-Irlande, 2002,119 minutes.MARTIN BILODEAU Le Festival de Venise lui a décerné son Lion d’or, le Vatican dément avec véhémence les faits qu’il met en lumière; décidément, on a envie d’aller voir The Magdalene Sisters, de Peter Mullan, un acteur aperçu et pour ainsi dire formé à l’école naturaliste de Ken Loach (son rôle dans My Name Is Joe lui a d’ailleurs valu le prix d’interprétation à Cannes).En 1994, Joni Mitchell a enregistré une chanson poignante sur ce thème des blanchisseuses du couvent des sœurs Magdalene, en Irlande, où la main-d'œuvre était réquisitionnée parmi les filles de «mauvaise vie» que leurs parents ou les autorités cléricales emprisonnaient en ce lieu pour les laver de leurs péchés.Une pénitence que le clergé, trente ans après les faits, maquille en renoncement, avec la complicité des sœurs, montrées dans le film de Mullan sous leur jour le moins charitable, infligeant sévices et humiliations à de pauvres filles abandonnées par les leurs au nom de la colère divine.Peter Mullan décrit le couvent catholique des sœurs Magdalene comme le dernier rempart d’une Eglise ébranlée par les réformes des années 60 et de la libéralisation des mœurs.En ce sens, il évoque, comme un écho, le pensionnat de Lowood dépeint par Charlotte Brontë dans Jane Eyre.A la différence notable que la sentence que Mullan prononce à l’endroit de celui-ci est sans appel.De fait, l’indignation avec laquelle le cinéaste reconstitue la vie de ce couvent réduit en partie la valeur documentaire de son film, en même temps qu’elle augmente considérablement sa force dramatique.Nous sommes dans les années 60.Au lendemain d’un procès muet et hypocrite, Margaret (Anne-Marie Duff), violée par son cousin, Bernadette (Norajane Noone), orpheline un peu trop aguichante, et Rose (Dorothy Duffy), fille-mère d’un enfant que le curé lui a arraché des bras à coups de bondieuseries, sont envoyées au couvent des sœurs Magdalene, une véritable PME de la blanchisserie où, dépouillées de leurs droits, elles servent gratuitement SOURCE ALLIANCE Une scène du film de Peter Mullan, The Magdalene Sisters, où l’on voit ses trois héroïnes.de main-d’œuvre à des sœurs qui, pour cette raison, n’ont aucune intention de les «réformer».Son regard alternant entre ses trois héroïnes (même qu’une quatrième se greffe au trio), Peter Mullan communique leur enfennement par des gros plans désaxés et une photographie à gros grains évoquant le reportage clandestin.La musique n'intervient presque jamais, du moins jamais pour se faire entendre, de sorte que rien ne s’interpose entre les spectateurs et l’image, dans laquelle Mullan resserre tous ses boulons: la mesquinerie des sœurs, la vulnérabilité des jeunes filles, l’absurdité d’un curé bénissant trois sécheuses neuves pendant que ses protégées sont dépossédées, la rapacité d’une mère supérieure qui compte ses billets de banque devant ses esclaves, ces dernières contraintes chaque soir d’enfiler leur uniforme sous leur robe de nuit, etc.Avec The Magdalene Sisters, Peter Mullan entend redéfinir la décence humaine et la charité chrétienne.Or, parce qu’il parle d’enfermement, parce qu’il prend acte des gestes des nonnes et le parti des sentiments des filles, quelque chose, dans l’urgence de dire et de dénoncer, semble lui échapper, ou lui être indifférent.Les sœurs, pense-t-on en regardant son film, appliquaient (de fàçon consentante, sans doute) une loi énoncée plus haut dans la hiérarchie.Pour le clergé, du curé de campagne au pape, celles-ci ont toujours été des bourreaux désignés pour accomplir de basses besognes.Et si bien des filles sont passées incognito dans leur tordeur, c’est avec la complicité, voire la bénédiction, de.ceux qui verrouillaient la porte de l’extérieur.Cette Eglise catholique qui a promptement qualifié cette œuvre bouleversante et nécessaire de mensongère et de malhonnête.Pendant la chute APRÈS L\ VIE Réalisation et scénario: Lucas Belvaux.Avec Dominique Blanc, Gilbert Melld, Ornella Muti, Catherine FroL Image: Pierre Milon.Montage: Danielle Anezin.Musique: Riccardo Del Fra.France/Belgique, 2002.124 min.ANDRÉ LAVOIE C) est sur une note parfois tragique, souvent mélancolique, que se conclut l’aventure en trois temps du cinéaste et acteur belge Lucas Belvaux, écorchant toujours plus la respectabilité de quelques habitants de Grenoble dont les destins, tragiques ou comiques, s’entrecroisent l’espace de quelques jours.Après le marivaudage essoufflant d'Un couple épatant et le jeu de cache-cache brillamment orchestré dans Cavale, l’heure des bilans a maintenant sonné avec Après la vie, le film amalgamant avec le plus de cohérence toutes les intrigues esquissées dans la trilogie.Pascal Manise (Gilbert Melki) et son épouse Agnès (Dominique Blanc), un policier corrompu et une enseignante toxicomane camouflant sa dépendance depuis 15 ans, sont constamment présents dans cette trilogie tout en faisant preuve d'une discrétion suspecte.Ils préfèrent se réfugier dans le silence ou derrière une mine patibulaire plutôt que d’avoir à répondre aux questions embarrassantes de leur entourage.L’irruption, violente et inattendue, de Bruno (Lucas Belvaux), ancien terroriste de gauche évadé de prison, va faire tomber les masques.Bruno menace la vie de Jacquillat (Patrick Descamps), parrain local de la drogue, que Pascal protège en fermant les yeux sur ses activités; en échange, il obtient toute la drogue nécessaire pour Agnès, capable ainsi de mener une existence en apparence normale.Jacquillat exige de Pascal qu’il élimine Bruno et, de- vant son refus, cesse de lui fournir la morphine dont Agnès a désespérément besoin.Elle décide de s'en procurer seule et, alors qu'el-le est attaquée par un revendeur, Bruno vient à sa rescousse.Pour le remercier, elle accepte de le cacher, d'abord chez elle, et ensuite dans la maison de campagne de son amie Cécile (Ornella Muti), courtisée par Pascal qui file, à sa demande, son mari François (François Morel).Carrefour de micro-récits formant un ensemble magnifique.Après la vie, avec ses accents mélodramatiques et une caméra d’une proximité quasi impudique sur les visages meurtris ou angoissés des acteurs, décrit admirablement la descente aux enfers d'un couple à la dérive.A pas feutrés, Belvaux installe un climat de désespoir tranquille, montrant l’impuissance de Pascal devant Agnès qui d’abord trébuche pour ensuite s'enfoncer dans une spirale vertigineuse, sa vie ne tenant plus qu'à l'aiguille d'une seringue.Abordant de front plusieurs réalités sociales comme la corruption de la police, la toxicomanie ou la puissance des milieux de la drogue, le cinéaste le fait sans jamais verser dans le sensationnalisme, avec une approche dépouillée et rigoureuse.11 intègre également avec doigté les re- cherches quelque peu futiles du personnage de Cécile sur les possibles infidélités de son mari, apportant ainsi une note de légèreté dans ce sombre portrait.Tout comme Cavale révélait la grande intensité de Belvaux, s’imposant avec conviction des deux côtés de la caméra, Après la vie n'aurait pas la même force d’im-pact sans le duo en apparence dépareillé que forment Gilbert Melki et Dominique Blanc.Derrière ses airs blasés où pointe le déchirement d'un homme devant la déchéance annoncée de celle qu’il aime — tout en flirtant avec une autre —, Melki réconcilie tous ces paradoxes dans une interprétation sans effets excessifs.Face à lui, Blanc campe, avec toute la grâce et l’intelligence qu’on lui connaît, cette femme au bord du précipice, une performance bouleversante offerte par une actrice d’exception.Au bout de cette entreprise, dont les écueils n’ont pas toujours été habilement contournés (Un couple épatant demeure le maillon faible du trio), Lucas Belvaux a établi la belle et périlleuse démonstration de la fragilité des perceptions, de l’impossibilité de percer tous les mystères des gens qui nous entourent.Un exercice ludique et séduisant, une gageure pratiquement réussie, trois jolies variations sur un même monde.Carrefour de micro-récits formant un ensemble magnifique, Après la vie, de Lucas Belvaux, décrit admirablement la descente aux enfers d’un couple à la dérive.SOURCE FILMS SÉVILLE •i H 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 JUILLET 2 0 0 3 E 4 Culture CINÉMA Animal de compagnie JAZZ Le roi est mort MON IDOLE De Guillaume CaneL Avec François Berléand, Guillaume Canet, Diane Kruger, Philippe Lefebvre, Clotilde Courau, Daniel Prévost Scénario: Guillaume Canet Philippe Lefebvre.Image: Christophe Offenstein.Montage: Stratos Gabrielidis.Musique: Sinclair.France, 2002,110 minutes.MARTIN BILODEAU Le comédien Guillaume Canet (En plein cœur, 'Die Beach, Le Frère du guerrier) connaît bien la chanson du cinéma.Mon idole, son premier long métrage à titre de metteur en scène, en apporte la preuve.La réalisation est habile, même dans l’agitation.La direction d’acteurs est professionnelle, la photo et le montage, supérieurs à la moyenne.En fait, il ne manque au fdm qu’un scénario porteur, susceptible de transcender toutes ces qualités.L’idée de départ n’est pas bête.Elle n’est pas non plus très neuve mais, à la décharge du cinéaste de 30 ans, il faut reconnaître que la France subit, avec un peu de retard sur l’Amérique, l’électrochoc des reality shows, de sorte que cette satire qui les prend pour cible tait là-bas figure de pionnière.Dans Mon idole (nommé en février dernier pour le César du meilleur premier film), Canet expose la perversité d’un milieu, celui de la télévision, qui carbure au choc et à l’audimat.Le film réduit cette idée au comportement et au tempérament, également assoiffé de choc et de nouveauté, de Broustal (François Berléand), directeur d’une chaîne de télé abrutissante.Le gars de 50 ans, bien en vue et couvert d'or, ne bande plus, dit-il, depuis un bail, bien qu'il soit marié à une croqueuse de diamants (Diane Kruger) qui partage son ennui pour la vie et son goût pour l’outrance.Le récit nous est raconté à travers le regard de Bastien (Canet), un meneur de claques qui idolâtre Broustal au point où celui-ci, flairant sa vulnérabilité, voudrait en faire leur animal de compagnie, à lui et à sa femme.Ce nouveau SOURCE FILMS EQUINOXE François Berléand et le cinéaste Guillaume Canet.choix de carrière sera offert au jeune ambitieux au cours d’un week-end passé dans la maison de campagne de Broustal.Jusqu’où peut-on se permettre de pousser l’arrogance?A partir de quel moment la candeur devient-elle bêtise?Le désir et la fidélité sont-ils monnayables?Telles sont les questions, un peu Philo 101, qui alimentent la réflexion de Guillaume Canet tout au long de cette satire qu’on feuillette comme un magazine de décoration, avec transgressions de genres, ruptures de tons et de styles (le conte, l’animation, la pulp fiction, etc.) et outrances mesurées.L’ennui, c’est qu’au détour des 15 premières minutes, on a déjà tout compris, après quoi Canet ne fait plus qu’allonger la sauce au moyen de sketchs d’intérêt inégal.Pour une fois qu’on lui confie un premier rôle, François Berléand (qui était hilarant dans Ma petite entreprise, de Pierre Jolivet) arrive au bout de sa corde, lui aussi, bien avant le final.Il se voit donc réduit à étirer son numéro de satyre pour le bon plaisir de Canet-le-comédien, qui fait une victime un peu trop mollassonne pour gagner notre sympathie.Entre les deux, la très belle Diane Kruger, conjointe de Canet à la ville, joue les bombes, au sens propre comme au sens figuré, avec une indolence que rien n’explique vraiment Au bout du compte, on réalise que Guillaume Canet a des choses à prouver, en tant que cinéaste, mais qu’il n’a pas grand-chose à dire, en tant qu’auteur.La rencontre des deux reste à faire.FILM D’OUVERTURE COMEDIA JUSTE POUR RIRE «UN PETIT «BIDONNANT, CHEF D'ŒUVRE!» DÉCAPANT» — J.O • LE MONDE Laurent Dijian • CINÉUVE «UN SUCCÈS «RÉJOUISSANT, INDÉNIABLE.DYNAMIQUE TOTALEMENT ET INVENTIF» ORIGINAL!» - S D • L'INDÉPENDANT — F.T.¦ LA PROVENCE «UNE BELLE SURPRISE!» — Charlotte Robinet • RÉPUBLIQUE «?COMÉDIE GRINÇANTE ET POLAR DÉLIRANT» FRANCOIS BERLEAND GUILLAUME CANET DIANE KRUGER PRETS A TOUT POUR REUSSIR?UN FILM CM GUILLAUME CANET iSnMUMn.'NNrniiaiugil.'NDIHH«•««P.Mu MWCIIMJHMMM«¦¦HUlMlN •mm wwiiani luninw ¦nu iioiiiiHaaHa»' w.™ ,»*.«»' mm «Ku-arHuri ¦mm am M v mcmMSKi ««rflMraimi'WMM'NtMMK'mn¦B-.KNMr.«•a.m-iti*» ««imii.—.lai'iiM— B0f! S» es www.manidola-lafilm.oom EOU1NOXE r— CINÉPLEX OOÊON " » tOUS lOS iOUFS: ^ SOU PHiim [ÔUARTIERUrjNT] ^ ^ 19h05.21h30 DÉJÀ PLUS DE 2.S MILLIONS $ AUSOXDFFKE>ErCACOIinilllUE! rtMÊm Mambo ' Ho ¦ tafSHKAOTiSlMUUUai) m»«DBE!KHr HKUUS «unaAUUUHUI es ’ZSSZ 1 www.roamboitaliano.ca | EF A L'AFFICHE CONSULTEZ LES QUI DCS HORAIRES DES CINÉMAS SERGE TRUFFAUT LE DEVOIR Le roi s’est éteint dimanche dernier à Los Angeles.Il s’appelait Benny Carter mais, lorsque les musiciens parlaient entre eux de lui, ils disaient *Le roi a fait ceci» ou «Le roi a joué cela».On insiste, pour les artisans du jazz, le saxophoniste alto Benny Carter fut le roi du jazz.C’est Louis Armstrong qui le premier emprunta à la hiérarchie des aristos pour mieux signifier l’admiration qu’il portait au jeu de Benny Carter et mieux marquer le respect qu’il avait pour ses talents de compositeur et d’arrangeur.Edward Kennedy Ellington, le duc du royaume, ainsi que William Basie, le comte des environs, employèrent eux aussi le qualificatif qu’Armstrong avait choisi pour distinguer le gé- nie de Benny Carter.Peut-être bien qu’à l’origine de tout cela il y a le piano et non le saxo.Le piano de sa mère, les leçons qu’elle lui a données, la discipline qu’elle lui a imposée.Les années de l’enfance, Lester Bennett, né le 8 août 1907 à New York, les a pratiquement vécues sur le banc du piano, la main droite très souvent derrière le dos.Pourquoi?Pour que la gauche maîtrise le rythme à la perfection.Tout au long de sa carrière, soit dit en passant la plus longue de l’histoire du jazz, Carter va composer et peaufiner ses arrangements sur le piano.Et ce, avec un doigté, une finesse qui séduira tout un chacun.Tellement que dans les années 30 il sera le pourvoyeur par excellence de tous les big-bands.Ellington, Basie, Benny Goodman, Glen Mil- ler et compagnie feront tous appel à ses services.Mais c’est évidemment au saxo qu’il se fera connaître du grand public.Avec Johnny Hodges, Carter sera le premier à développer un jeu, un style qui séduira aussi bien le simple amateur que l’apprenti.De Charlie Parker hier à Arthur Blythe aujourd’hui, tous les altos mesureront leur savoir-faire à celui du roi Carter, pour son art de la mélodie, pour les reliefs de sa sonorité.Art Pepper en particulier prolongera mieux que quiconque le jeu baptisé à la manière de Carter.fl avait un souci de la distinction qui aujourd’hui fait cruellement défaut.Parce qu’aujour-dTiui.Mettons que la culture de l’esbroufe, la culture de l’épate, le machisme musical a noyé l’effort qui consistait à sculpter un son distinct.Evidemment il y a des exceptions, John Zorn, Jean Derome ou Arthur Blythe sont différents.Mais le nombre de musiciens qui jouent à l’identique a atteint un sommet qu’il faut dénoncer.S’il fut un compositeur apprécié et un saxophoniste élégant, il ne fut pas un grand chef d’orchestre.Contrairement à un Dizzy Gillespie ou un Art Blakey ou encore un Miles Davis, Benny Carter n’a pas laissé de marque sur ce front particulier.Peut-être n’avait-il pas le caractère ou la personnalité qu’il faut pour mener au doigt et à l’oeil les musiciens qu’il avait choisis.Le départ de Benny Carter symbolise une conclusion.Le souci qu’avaient les musiciens de privilégier la mise en relief de la note en sculptant le son vient de passer à la trappe.Vive le roi! REMEMBERESE The Stills (Vice Records) Il faut absolument se mettre dans l’oreille ce mini-LP des Montréalais The Stills.Pas seulement parce que le magazine Rolling Stone a placé ces derniers dans son top-10 des prochains groupes à surveiller, mais aussi parce que le RS a sans aucun doute raison d’avoir sélectionné ces quatre Montréalais en cavale à New York.De mouture lo-fi, la pop mélancolique et un brin sombre de The Stills peut rappeler Joy Division, New Order ou avec un sens de la composition proche de Echo and the Bunny-men.Elle ne rebutera pas les amateurs d’Interpol, avec qui The Stills a d’ailleurs déjà tourné (et les Yeah Yeah Yeah’s).Avant d’avoir entre les mains le premier album complet, Logic Will Break Your Heart, qui devrait paraître le 7 octobre sur Vice Records, ce mini-album de trois titres est parfaitement alléchant.Tim Fletcher (chant), Dave Hamelin (batterie), Greg Paquet (guitare) et Oliver Crow (bassiste) puisent dans le côté sombre des années 80 pour aboutir avec un autre de ces disques issus de New York qui vont permettre de repositionner quelque peu le rock d’aujourd’hui.Avec le refrain de Still In love Song et son clin d’œil parfaitement assumé à This Is Not A Love Song de P.I.L., les ambiances recherchées et acoustiques de Talk To Me ou encore EQUINOXE VITRINE DU DISQUE parution de ce De Loused In The Comatorium.Que dire alors de ce projet-concept qui chevauche à la fois le hard rock, le free-jazz, l’ambiant, ainsi que le dub?On a affaire sans aucun doute à l’une des sorties les plus ambitieuses de 2003 jusqu’à maintenant.Avec l’aide d’un bon nombre de copains, Cedric et Omar viennent de donner naissance à leur Kid A à eux.A l’apogée du succès en 2000 (on parlait d’At The Drive à l’époque comme du prochain Nirvana), le mieux est peut-être de tout foutre en l’air désormais.Les longues pièces de De Loused flirtent avec un rock expansif (pour ne pas dire progressif) qui va dans les nombreuses directions possibles.On sent les influences de Miles Davis, de Led Zeppelin, de Fugazi, voire de Pink Floyd.Avec Rick Rubin à la réalisation, on a affaire à quelque chose d’aussi baroque que grandiose.Une œuvre instinctive et imprévisible.David Cantin FRAN C O P H O N E DEUX HOT DOGS MOUTARDE CHOU Les Georges Leningrad (Blow The Fuse-Fusion ni) L’ovni musical le plus étrange de la scène indépendante montréalaise est de retour.Enfin, presque.Chez Blow The Fuse, on relance l’un des albums les plus déroutants (dans le bon sens du terme) de 2002 avec un petit extra: Deux Hot Dogs Moutarde Chou du «monstre à quatre têtes» Les Georges Leningrad.Plus audacieux que jamais, ce groupe de «rock pétrochimique» prêche les vertus d’un dadaïsme électro-cheap-absurde impossible à décrire.De plus, on n’est pas les seuls à adorer le résultat irrévérencieux: le très réputé label anglais Rough Trade vient d’inclure l’anti-succès Georges V sur sa compilation Post Punk 01.Un honneur fort mérité pour ce quatuor qui s’inspire de î’hérita- la plus nerveuse Killer Bees, ces trois pièces sont une réussite complète.Bernard Lamarche DE LOUSED IN THE COMATORIUM The Mars Volta (Universal) Après Relationship Of Command, c’était déjà la fin pour At The Drive In.L’un des meilleurs groupes rock de la dernière décennie venait de s’écrouler sous la pression du business.Alors que Ward, Hajjar et Honojos se réfugiaient de manière peu convaincante autour de Sparta, Cedric Bixler ainsi qu’Omar Rodriguez avaient déjà une meilleure idée en tête.Après un maxi plutôt brouillon, The Mars Volta arrive enfin avec un premier album qui suit de près un triste épisode.Le mois dernier, le manipulateur sonore du groupe, Jeremy Ward, succombait à une surdose d’héroïne juste avant la FESTIVAL ORFORD 300 MUSICIENS.30 PAYS.PLUS DE 200 CHEFS-D’ŒUVRE.Direction artistique : Agnès Grossmann PROGRAMMATION ÉTÉ 2003 19 JUILLET Quatuor Arthur-Leblanc et Janos Starker 25 JUILLET Quatuor Leipzig et Karl Leister 26 JUILLET Beaux-Arts Trio 1" AOÛT _ ._ Daniel Taylor f ««.toMcfod fit Karina Gauvjn KBS** 2 AOÛT Les Vents d'Orford EüiùtÊj 8 AOÛT Les Cuivres Jazzés — aeoucoge 9 a 10 AOÛT Ensemble Clément Janequin 9$ 15 a 17 AOÛT ^ La Cenerentola vjy 16 AOÛT Juilliard Quartet FORFAIT SOUPER/CONCERT 40 J par personne.Réservez tôt places limitées.CENTRE P ARTS ORFORD 3165, chemin du Parc.Orford • 1 888 310 3665 • (819) 843-9871 Programmation complète, tarifs et abonnement www.arts-orford.org ft*'## "CCI Domtar * (ffliüOHlS ge des Nina Hagen, Butthole Surfers ou encore Half Man Half Biscuit.Ce mélange de new wave eighties crasseux et de punk terroriste a tout pour effrayer le commun des mortels.Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil à la pochette aussi indescriptible que son contenu.Toutefois, il faut aussi savoir apprivoiser l’humour corrosif du quatuor.À haut volume, Bad Smell, Prince R.et Cocktail Vampire ne manqueront sûrement pas de déplaire aux voisins.Longue vie (on l’espère) aux Georges Leningrad! D.C.E L E C T K (» CAFE LOUNGE Artistes variés Cœur de Lion (Select) «Tiens, c’est l’heure de la soupe!» L’amie Anouk est intraitable lorsqu’il est question de musique électronique et d’assemblages à saveur lounge.Radicale aussi.Mais peut-être, cette fois ci, à juste titre.Car Café Lounge, de la maison de disque Cœur de Lion (spécialiste de la musique populaire en tout genre) n’apporte rien de bien excitant dans cet univers de sonorités latino jazzy électroniques, si ce n’est un peu plus de continuité ou de redondance, comme disent plusieurs.Avec un sous-titre sans ambages «Le meilleur de la Musique des Bars et Restaurants», le public n’est pas trompé sur la marchandise et sait immédiatement à quoi s’attendre: 75 minutes de compositions sans grande envergure, faciles à écouter et surtout idéales pour ne pas déranger les soirées de jasette autour d’une bonne bouffe ou d’un potage aux légumes.A preuve: les partitions d’Alberto Vicente y sont sirupeuses avec ses inspirations un brin manouches, les évocations jazzy de Sa Trincha flirtent avec les sonorités «pop-FM», tout comme d’ailleurs l’ensemble des 14 pièces qui composent «l’œuvre».Certains aiment, d’autres, beaucoup moins.Fabien Deglise Tous les concerts sont I 20ti30 I moins d'une mention spéciale.Les concerts identifiés 0 seront enregistrés et retransmis sur (a chaine culturelle de Radio-Canada dans le cadre de l’émission Concerts d’été SIMON STREATFEILD iiiuei Orchestre national des jeüfies du Canada Direction : Simon Streatfeild Œuvres de Berlioz, Ravel, Strauss et Rachmaninov La relève se fait entendre ! 26$ Samson Bélair Deloitte & Toucha # 26S BRUNO GIURANNA SUSIE ARIOU 26$ A.R.EL BACHA 27 juiiùi U tel Régis Pasquier, violon, Bruno Ciuranna, alto Philippe Muller, violoncelle, Dale Bartlett, piano Œuvres de Beethoven, Brahms et Fauré Une rencontre privilégiée ! * Uù Les Jeudis Jazz Industrietlë Alliance Susie Arioll Band En rappel ! Soirée des Bâtisseurs Hommage à Élise Paré-Tousignant Régis Pasquier, violon, Abdel Rahman El Bacha, piano Œuvres de Beethoven, Schubert et Frank De grandes oeuvres dans la plus pure complicité ! _________________ Soirée tes Amis du Domaine LES BRUNOIFS-MUSIQUE TOUS IB DIMANCHES DE UH À Uh -OS 26S /tutIci «abouche Sylvain Rodrigue et Simon Drouin.Musique du monde J ut’ûl Trio Denlel Marcoux, Jazz ¦flha Coût » 26,75$ Adultes 12,76$ 6 à 12 ans Gmtuit Moins de 6 ans Taxes et services inclus BILLETTERIE ET ABONNEMENT (418) 452-3535 ou 1-888-PFORGET ( 336-7438) «rww.domafneforget.com 81 Billrterh -s i LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 0 .1 l' I L L E T 2 0 0 R 1 !» ET DI M A N C II E «•Livres ¦* NOUVELLE D’ÉTÉ e r> Pas mieux que mort François Barcelo n’arrête jamais.Il souhaite terminer d’ici décembre la rédaction de deux livres: un polar et un roman.Il vient d’achever la traduction de The Condesa of M, de George Szanto, et de That Sleep of Death, de Richard King.Il supervise aussi la traduction en anglais de Moi, les parapluies, publié dans la «Série noire» chez Gallimard.Et il publie à l’automne deux livres jeunesse.Son cadeau de l’été aux lecteurs du Devoir.une nouvelle inédite.FRANÇOIS BARCELO JM ai beau m’efforcer d’ouvrir les yeux, je ne vois rien.Je n’ai même aucune idée de ce qui m’arrive.Tout ce que je sais, c’est ce qui m’est arrivé lorsque Tony Santo m'a téléphoné (hier, me semble-t-il): — Quatre cents dollars pour quatre chansons, ça te dirait?Bien sûr que ça me disait Tony est ténor.Moi aussi.Et il arrive qu’il fesse appel à moi lorsqu’on l’invite à chanter pour un mariage alors qu’il est déjà pris ailleurs.Il me refile d’ordinaire le contrat le moins payant.Pas cette fois, puisqu’il a ajouté: — C’est du monde du crime organisé.Je peux pas y aller, j’ai ma réputation.Moi, j’ai de la chance: je n’ai aucune espèce de réputation.J’ai donc répété mon répertoire de bel canto.On a beau tout savoir par cœur, il est bon de s’assurer qu’on n’aura pas de trou de mémoire à cent dollars la chanson.Une panne d’essence m’a forcé à laisser ma vieille Hyundai à un bon kilomètre de la salle de réception, sur le boulevard Gouin, au bord de la rivière des Prairies.J’ai passé la porte, ouverte par im gros type bourru qui m’a regardé suspicieusement —Je suis Alberto Corelli, le chanteur.C’est mon nom de scène.L’homme a regardé une feuille.— Le chanteur, c’est Tony Santo.—Je le remplace.D a la grippe.— Minute.D est disparu, est revenu avec un autre type, plus gros et plus bourru, qui m’a examiné avec le mépris que les criminels affichent envers quiconque appartient à une classe sociale inférieure.D m’a fouillé rapidement, pour s’assurer que je n’avais pas des grenades à la place des couilles.— Vas-y, fes en retard, m’a-t-il ordonné.Sur la plateforme recouverte de moquette turquoise, un homme en smoking blanc a aussitôt annoncé ma présence: — Mesdames et messieurs, voici un cadeau que nous offre notre ami «Moumoute» Richard, du fond de sa cellule, dont il va sortir bientôt, nous l’espérons tous.Applaudissons le chanteur préféré de ces dames: Tony Santo.Je ne me suis pas donné la peine de corriger l’erreur double: Tony n’est pas le chanteur préféré de ces dames et je ne suis pas lui.J’ai murmuré «Funiculi» à l’oreille du chef d’orchestre avant de me tourner vers l’auditoire.C’est à ce moment-là que j’ai remarqué que plusieurs hommes portaient non pas un smoking ni même un complet, mais plutôt le gilet de cuir des Devil’s Own, avec le célèbre écusson à tête de chérubin ornée des deux cornes de Lucifer.L’orchestre ne commençait pas.Je me suis lancé, prêt à chanter a capella, ce qui est bien mieux que se faire accompagner par des musiciens avec lesquels on n’a pas répété.Ils n’ont pas suivi.J’ai chanté de mon mieux.C’est-à-dire pas très bien, puisque je ne suis pas très bon chanteur.Et Funiculi, funicula exige des prouesses vocales dont je suis incapable, mais les publics de mariage sont rarement avertis.Il y a eu de maigres applaudissements, qui se sont vite arrêtés lorsque les convives se sont aperçus que le marié n’applaudissait pas du tout J’ai cru que c’était mon interprétation qui passait de travers.Je me suis lancé aussitôt dans 0 sole mio, qui est plus dans mes cordes.Tony me dit que je gueule mieux que je n’émeus.Je leur ai donc servi mon meilleur O sole mio, quasiment sans fausse note.Bide total.Pas un applaudissement J’allais tenter Con te partira, qui a fait la fortune d’Andrea Bocelli.Je savais que je ne risquais pas qu’on compare mon interprétation à la sienne, puisque peu de gens reconnaissent la chanson quand c’est moi qui la chante.Mais le maître de cérémonie m’a glissé à l’oreille: — Encore une chanson en italien, puis t’es pas mieux que mort J’ai dû avoir l’air étonné, puisqu’il a ajouté: — Tu lis pas les journaux?Non, je n’ai pas les moyens d’acheter des journaux.Mais j’ai deviné qu’il y avait un froid entre l’Italie et les Devil’s Own.La mafia avait pu refroidir un de leurs chefs.Ou bien ils étaient en guerre pour la cocaïne à Montréal-Nord ou la prostitution à L’Abord-à-Plouffe.J’aurais bien voulu leur chanter autre chose, mais mon répertoire est exclusivement italien.Aussi bien demander à un spécialiste de la pizza de cuisiner une poutine.J’ai secoué la tête.Le m.c.a froncé les sourcils, impérieusement Je me suis souvenu que, ce serait bientôt le premier juillet et j’ai entonné 0 Canada, seule chanson non italophone dont je connais quelques paroles.J’espérais qu’il n’y aurait pas trop de séparatistes dans la salle.Apparemment non.En plus, je l’ai interprétée dans le style de Roger Doucet, l’ex-chanteur des matchs de hockey des Canadiens: beaucoup de volume et le strict minimum d’émotion véritable.L’orchestre, reconnaissant la mélodie, m’a même accompagné.Je me suis contenté du premier couplet en terminant par «.we stand on guard for thee!» pour faire plaisir aux quelques anglophones qu’il ne pouvait pas manquer d’y avoir dans la place.Un triomphe! Des applaudissements, des sifflets, des bravos, des tapes dans le dos quand je me suis dirigé vers la pyramide de coupes de champagne après avoir décidé que trois chansons suffisaient.Les coupes des rangs supérieurs étaient disparues.Mais il en restait encore beaucoup.J’en ai saisi une, l’ai vidée à moitié dans ma bouche, puis à moitié sur la moquette lorsqu’une tape dans le dos me l’a fait renverser.Qu’à cela ne tienne.J’en ai pris une autre, puis une troisième, puis quelques-unes encore.J’attendais mon enveloppe, remplie de billets que je blanchirais volontiers pour mes hôtes si ça pouvait leur rendre service.Combien de coupes ai-je vidées?Presque un étage entier de la pyramide, jusqu’à ce que le m.c.s’approche de moi.— La mariée veut que tu rechantes.Une chanson juste pour elle.Puis t’es payé pour quatre.— Quelle chanson?— Elle l’a pas dit.„ C’était embêtant, ça.J’aurais pu leur refaire mon Ô Canada.Mais ça ne convient pas particulièrement à une femme qui en est à son dernier plus beau jour de sa vie.Je suis retourné sur la scène.J’avais maintenant le public de mon côté.Surtout la mariée, que personne n’oserait contrarier en un jour pareil.Et le champagne me rendait quelque peu audacieux.J’ai donc osé, en commençant par le refrain parce que le couplet est raté, à mon humble avis, et vachement difficile à chanter: — Con te partira.La mariée a souri.Jolie, la mariée.Un peu enceinte, peut-être.Mais très souriante.C’était gagné.S’il y a une chanson qu’on jurerait composée spécialement AKCHIVKS l.K DEVOIR pour une noce qui précède un voyage de noces, c’est bien celle-là.Non, ce n’était pas tout à fait gagné.Les deux gros bourrus ont foncé sur moi.Ils m’ont attrapé chacun par un bras et entraîné hors de la salle, à l’arrière.Jolie vue sur la rivière, un hydravion et quelques bateaux amarrés dans un petit port de plaisance.— On fa dit «pas d'italien», a grommelé un des hommes.— Mais la mariée a dit.Je n’ai pas continué.D’une part, je ne savais pas ce que la mariée avait dit.D’autre part, un coup de poing au plexus solaire m’a coupé le souffle.À l’intérieur, l’orchestre s’est remis à jouer, comme pour assourdir le bruit de leurs coups et de mes cris.— Mon enveloppe, ai-je eu la présence d’esprit de réclamer.— M’a fen faire, une enveloppe! Les coups se sont remis à pleuvoir.Je me suis laissé tomber au sol en souhaitant que le code de déontologie des Devil’s Own interdise de frapper un homme par terre.Il semble bien que non.Ils ont continué à me frapper jusqu’à ce que l’un des deux constate : —Je pense qu’il est mort.Je ne les ai pas détrompés.— On n’a rien qu’à le pousser.Us m’ont fait rouler dans la rivière.Je n’ai pas senti le contact de l’eau.Et me voilà aveugle.Comme Bocelli.Mais je commence à me demander si je ne serais pas plutôt mort.Je n’entends rien, je ne sens rien, je n’arrive pas à bouger, même pas à ouvrir la bouche.Je pourrais être au fond de la rivière.Ou dans un cercueil.Ou dans une urne funéraire.Ou en enfer.Je ne sais pas ce qui m’arrive, mais une chose est sûre: je ne suis pas mieux que mort.ROMAN Quête initiatique signée Vania Jimenez SUZANNE GIGUÈRE Derrière ce premier roman feuillé, sorte de docu-fiction, on devine un réel plaisir d’écriture et un désir de témoigner d’une problématique liée à l’immigration et à la santé.Dans mon oreille, une seule note claire.Un poème d’Anne Hébert passe dans ma tête: «Il a suffi d’une note légère /.Une seule note un instant tenue / Pour que la clameur sourde des outrages / Enfouis au creux des veines noires / Monte et se décharge dans Tair immobile.» De la main, une femme caresse la couverture du cahier noir quelle tient sur ses genoux.Des feuilles, des notes, des photos glissées entre les pages en doublent l’épaisseur.Un large bandeau élastique retient le tout.Elle revient souvent à ce cahier.Pour dériver dans son écriture et ses souvenirs.Les mots sortent comme une fontaine trop longtemps retenue.Trois mois après l’effondrement des tours jumelles de New York, le docteur Sylviane Bourgault fait le point sur sa vie.La somme des petites violences peut revenir de façon prévisible, en un effet boomerang d’une violence inouïe, si l’on n’y prend garde, lui avait dit un jour une amie d’enfance de Wilfrid Douyon.Ce tendre ami, psychiatre et anthropologue, était dans l’un des avions.Sa disparition réactive le souvenir douloureux de la perte d’un enfant, huit ans auparavant Le Seigneur de Toreille raconte la crise intime et professionnelle vécue par cette femme-médecin.Le récit balance entre une sensation de lourdeur et de tristesse et une insouciante légèreté.Cette oscillation de sentiments suit les courbes de mélancolie et de gaieté du Quintette à cordes en ut majeur de Schubert qui imprègne le roman dans son ensemble.La narratrice revient sur la valse de ses quinze ans dans les bras de Wilfrid sur la plage de Carieton-sur-Mer.Comme dans l’al-legro du Quintette, il y a déjà un frisson.L’adagio résonne dans les années doucereuses de l’adolescence gaspésienne, d’un séjour en Egypte embaumé par les orangeraies du Caire, de Charles, l’amour qui illumine sa vie, des études de médecine, des premières années de pratique et de la naissance de leurs trois filles.Les tempêtes, les tensions, les silences éloquents que traverse le couple après la mort de leur quatrième enfant, la profonde remise en question de sa pratique médicale se répercutent dans le scherzo.L’allegretto final, joyeux, chasse enfin les doutes et les incertitudes.Il exprime l’équilibre et l’harmonie retrouvés.Le visible et l’invisible Sylviane exerce la médecine dans le quartier Côte-Des-Neiges, le cœur pluriethnique de Mont- réal.Malgré sa sensibilité et son ouverture, l’ignorance des codes et des traditions culturelles de ses patients lui fait éprouver les limites de la médecine occidentale.Comment pénétrer l’univers intime de ses patients, un univers inexprimable en mots?La réponse se trouve ailleurs que dans le rationnel.Quelques expériences décisives l’amènent à revoir sa conception de la pratique médicale qui relève du domaine du visible.Sa rencontre avec Safiya, une patiente ivoirienne qui lui offre une petite statuette africaine, le Seigneur de l’oreille, lui fait prendre conscience qu’il existe d’autres conceptions culturelles de la santé, de la maladie et de la guérison qui appartiennent au monde de l’invisible.Elle décide de pousser sa recherche jusqu’en Haïti auprès des praticiens traditionnels appelés houn-gans, qui officient dans les céré-monies vaudou (chants et danses).Elle découvre l’aspect vibratoire de cette religion, dont la spiritualité se fonde sur une harmonie avec les énergies de l’univers, à travers des pratiques et des rituels.Une même philosophie unit les tradipraticiens haïtiens aux chamans amérindiens.Partie chercher des réponses à des questions de médecine en milieu multiculturel, Sylviane partage désormais la conviction de Wilfrid, spécialiste en anthropologie médicale clinique.Peu de temps BRUNO DESJARDINS Arménienne née en Égypte, Vania Jimenez vit au Québec depuis près de 40 ans.avant sa mort, il avait affirmé qu’avec toutes les découvertes effectuées par la science et les technologies actuelles, il lui apparaissait que la seule recherche valable à faire serait celle qui étudierait le rapport spécifique que chaque culture entretient avec la notion d’énergie corporelle et spirituelle.Le lien entre les cultures et l’utilisation de l’énergie, tout en ayant un certain rapport avec la commu- nication, mènerait obligatoirement Sylviane aux phénomènes incompréhensibles pour sa logique, conclut-elle.Le plaisir de l’auteur Arménienne née en Egypte, Vania Jimenez vit au Québec depuis près de 40 ans.Elle est reconnue au Québec et au Canada pour sa pratique de la médecine familiale en milieu pluriculturel.Derrière ce premier roman feuillé, sorte de docu-fiction, on devine un réel plaisir d’écriture et un désir de témoigner d’une problématique liée à l’immigration et à la santé.Destiné à un large public, Le Sei- fneur de Toreille compte de nom-reuses références à la nature.L’auteur exprime le même ravissement devant le blanc de l’hiver québécois et ses paysages bleuis que devant le frémissement vert de l’air dans les bois et forêts haïtiennes.D est également porté par des citants et des musiques lyriques du début à la fin.Ce qui charmera les mélomanes.Qui a écrit que certains romans ressemblent à une bulle de savon qui se détache, légère, avec sa surface nacrée?LE SEIGNEUR DE L’OREILLE Vania Jimenez HMH Hurtubise, collection «amÉrica» Montréal, 2003,551 pages \ « i LE DEVOIR.LES SAMEDI I » ET DIMANCHE 20 JUILLET 2 0 0 3 E 6 «•Livres ¦» l » I s ARCHIVES LE DEVOIR Une vieille voiture américaine dans le Vieux-Havane: «La générosité est devenue une denrée rare.» La nef des déjantés Le nom de la relève cubaine a un nom: Ena Lucia Portela.Tentez seulement de vous interrompre en lisant son roman traduit pas l’ancien éditeur François Maspero.CATHERINE MORENCY Cent bouteilles sur un mur est un roman qui mérite plus que le coup d’œil: tentez d’en interrompre la lecture et vous serez convaincu que la relève cubaine porte désormais le nom d’Ena Luria Portela Zêta, Havanaise excentrique, n’a pas la vie facile.Née d’une mère française (morte en couches) et d’un père, artiste et homosexuel exilé aux Etats-Unis, elle s’est élevée seule et tente de se construire un quotidien plus ou moins équilibré.Le problème, c’est qu’elle habite la très décadente «Maison du Joyeux Marteau», elle-même sise au cœur du quartier le plus grouillant de La Havane, le Vedado.Entourée de Moisés, un macho infâme qui lui colle à la peau, et de Linda Roth, célèbre écrivaine de polars qui la gracie gentiment du titre de «meilleure amie», elle traîne ses pénates entre l’épicerie (où, à la fin des années 1990, on ne trouve «ni riz, ni merlu, ni illusions») et le bar clandestin que son ami Pancho-lo a installé sous son sordide meublé, histoire d’approvisionner tous les ivrognes de la place en alcool à brûler et en fongicide à bananes, communément appelé rhum après la tombée de la nuit Sans parler de Pain d’épice, «lagouine la plus généreuse de tout l’archipel», d’Alix Huître, de l’oncle W et de tous les autres, plus déjantés que leurs aïeux parce que les Tropiques, ce n’est plus ce que c’était.«On dit que les Cubains sont en général solidaires, généreux, braves gens, que nous tendons la main à toute personne dans le malheur, mais ce n’est pas vrai du tout.À partir de la crise des années quatrevingt-dix, La Havane, en tout cas, s’est sacrément endurcie.Chacun s’occupe de ses affaires, de sa subsistance, de ses recherches particulières.La générosité est devenue une denrée rare.» Entre deux grossesses chaotiques, des études orgiaques à la faculté des arts et des lettres de l’université de La Havane et de fréquents épisodes éthyliques.Zêta tente de soupeser l’amour inconditionnel mais paradoxal qu’elle porte à la bête féroce qui lui tient lieu de concubin tout en lui infligeant les plus sordides épreuves, dont un vocabulaire serti de «pouffasse, gros cul demeuré ou cervelle microbuleuse» ne constitue que la pointe de l'iceberg.Furieux devant l’Etemel, Moisés use de ses poings comme l’apprentie écrivaine userait de son crayon si elle n’était pas constamment affairée à se défendre contre une avalanche de coups.«Plus qu'un misogyne, c’était un misanthrope.Dans son combat contre l’humanité, je lui « La Havane s’est sacrément endurcie.Chacun s’occupe de ses affaires.» servait de sparring partner.En réalité, quand il me frappait, c’était eux qu’il frappait.En moi, malheureuse personne interposée, se concentrait symboliquement le pire de la condition humaine, le côté le plus misérable de tous les Terriens, ces êtres répugnants, odieux, nauséabonds.Me casser un doigt, ça équivalait pour lui à la défenestration de Prague.M'étrangler jusqu’à l’asphyxie, au massacre de Tlatelolco.Si un jour (simple supposition) l’idée lui était venue de me tuer.eh bien: Hiroshima et Nagasaki.» Celle qui s’avoue «prisonnière d’une ignorance inouïe, exubérante, stupéfiante», a tout de même ses sursauts d’optimisme, desquels participe un désir flou (fortement encouragé par son amie Linda) de prendre la plume.«Alors venaient les grandes résolutions: aller dans une bibliothèque, lire des traités philosophiques bien obscurs et bien trapus, bourrés de préoccupations pour le scandale qu’implique la mort, me cultiver l’intellect et évoluer pour devenir une personne tourmentée, sombre, taciturne.Mais l’inspiration durait peu.Ce n’est pas de ma joute: dans les Caraïbes, en général, les choses durent peu.» Convaincante à l’extrême, Ena Lucia Portela arrive à nous faire croire au moindre fait et geste qu’elle endosse en narratrice-héros, comme si cette folledingue de Zêta n’était en fait qu’une création calquée sur ses propres déboires et névroses.Subtilement fractionnée — fin jeu de miroirs — par le personnage de Linda Roth (l’auteure juive du best-seller Cent bouteilles sur un mur qui pourrait aussi bien n’être qu’une illusion égotiste, incarnation tentaculaire d’un moi en quête d’idéal — comment ne pas lire iri l’admiration de la romancière pour Philip Roth?), la figure de l’auteure prendra une place de plus en plus cruciale au sein du récit, rendant intensément palpable une mise en abyme quasi passionnelle de la littérature.Car si on ne la découvrait que récemment en France, Portela est une boulimique de trente ans qui, outre le fait d’avoir déjà cinq livres à son actif, se nourrit tant des pages d’Aristophane et de Baudelaire que des œuvres de Virginia Woolf et d’Emilie Brontë.En résultent un mélange explosif, où se font écho Vian, Queneau, Salinger et même, de manière plutôt insolite, les premiers romans de Ducharme, puis un ton généreusement injecté d’ironie, l’écrivaine surfant fébrilement sur les frontières du cabotinage sans jamais s’y noyer.Cette recette, elle appartient à Ena Lucia Portela et crée des dépendances.Elle donne envie d’appeler au Seuil pour qu’on nous les traduise tous au plus vite.Zoé Valdès, la pauvre, a du pain sur la planche.CENT BOUTEILLES SUR UN MUR Ena Lucia Portela Traduit en français par François Maspero Editions du Seuil Paris, 2003,315 pages Effraction GUYLAINE MASSOUTRE Roger Grenier pratique l’art de la nouvelle comme un coureur de fond: avec endurance, puisqu’il en a signé une dizaine de volumes.Pourtant, il préfère l’accélération des sprinters.C’est pour cela qu’il fait court tout Tart est dans l’entraîna ment la vitesse et la chute, dit son personnage Germain Lagrange, un alter ego de l’écrivain.Très variées, ces historiettes offrent de belles courses.Chaque fois, c’est comme tomber sur une fermette perdue au milieu d’une mer de pavillons de banlieue.Un suicide évité, un baiser volé, un regard de haine, une banale dispute, deux solitudes dans le cafe d’une gare, le bon dosage est toujours une question de tendresse.La nouvelle, c’est la «bédé» de la littérature.L’ouvrage a cet an-moqueur, railleur, un brin modeste mais sûr, qui convient bien au genre.Des nouvelles, il y en a quinze.La Confidente.L’Hydravion.Le Crash.Toutes, gestes expressifs d’un dessert qui vous passe sous le nez.À commencer par cet autoportrait qui, en quelques paragraphes, au beu de se répandre, plonge dans le genre étrange.Simple visite de politesse à un mort.Mais elle touche à une autre présence.On n’en saura rien, sinon que c’est un sujet de nouvelle.Alors, qu’est-ce qu’une nouvelle?Une effraction de l’extra dans l’ordinaire.UNE NOUVELLE POUR VOUS Roger Grenier Gallimard NRF Paris, 2003,217 pages LITTÉRATURE SCANDINAVE Tableaux et paysages de Vesaas CHRISTIAN DESMEULES \ A parlons-nous lorsque nous nous taisons?», ^xl.demandeTarjei Vesaas au fil d’une œuvre qui cherche à exprimer l’indicible: la douleur des pierres muettes comme le bruissement incertain des sentiments de l’enfance.L’auteur de Palais de glace et des Oiseaux est l’interprète du silence et de l’invisible.Né en 1897 dans la ferme paternelle au cœur du Telemark, une province montagneuse et boisée du sud de la Norvège, une des régions du pays qui ont le mieux conservé les traditions immémoriales qui composent ce que l’on appelle le folklore, Tarjei Vesaas a connu une jeunesse solitaire et silencieuse.N’ayant à peu près pas fréquenté l’école, mais devenu très tôt lecteur boulimique et observateur de premier plan — que faut-il de plus?—, Vesaas est l'auteur de nombreux recueils de poésie, de récits et de romans tous écrits en néo-norvégien (nynorsk), un dialecte du Telemark auquel plus que tout autre il aura donné ses lettres de noblesse.Dernière œuvre de l’auteur, parue en 1968 et curieusement restée inédite en français (bien que presque tous ses livres aient été traduits), La Barque le soir est considérée par plusieurs comme la plus importante de ce frère d'âme de Knut Hamsun — l’autre «grand» de la littérature norvégienne du XXr siècle.Succession floue À la fois autobiographie pudique, poème ou roman, La Barque le soir propose une succession floue de scènes et de visions.Des visions del'en-fance, des récits impressionnistes puisés à la fois aux sources du rêve et de la mémoire.Un cheval qui s’écorche une patte dans un sentier enneigé permet au fils de mesurer la solitude infranchissable du père.Un jeune garçon tapi dans un marécage retient son souffle aux premières loges du ballet effréné des grandes grues en automne.Sous une pluie de gros flocons de neige, une jeune femme attend un amoureux qui ne viendra pas.Chevaux brillants Plus loin, ce sont deux garçons envoûtés au petit matin par la vision d’un fleuve de chevaux brillants — «véritable champ de lumière» et paysage mouvant de formes inattendues —, le récit poétique d’une noyade qui donne accès à une autre réalité — celle du dessous des surfaces —, cinq soldats morts loin de leur régiment, cinq cadavres qui gisent dans les bois — donnant à voir la lumière des visages qui brillent.Partout, une attention aux détails, à la lumière, au silence.Régis Boyer, passeur et traducteur de littérature Scandinave depuis de nombreuses années, décrit parfaitement cette ultime incantation de Vesaas dans la préface: «Le livre est une visible succession de scènes, de réminiscences claires d’événements qui ont réellement marqué la vie de l’auteur, de souvenirs elliptiques où l’essentiel n ’est pas vraiment dit mais intensément suggéré tant nous évoluons à la limite du conscient.» Il y a ce qui est insaisissable et fragile.Comme l’odeur de la première pluie sur une mince robe au-dessus d’un épiderme chaud.Et chaque chapitre de cette œuvre exigeante et crépusculaire s’éteint dans le silence.Comme un retour aux sources.LA BARQUE LE SOIR Tarjei Vesaas Traduit du néo-norvégien par Régis Boyer José Corti Paris, 2003,194 pages Chaque chapitre s’éteint dans le silence.Comme un retour aux sources POÉSIE Mot après mot DAVID CANTIN La poésie transforme, exorcise et rend peut-être un peu phis lucide.C’est ce qu’indique, en un sens, le dernier recueil de Marie-Claire Bancquart, justement intitulé Anamorphoses.Ce livre émerge de brefs séjours à l’étranger comme il témoigne aussi des longs virages en sol Un carnet narratif et autobiographique où l’anecdote ouvre sur la part cachée de l’être.Du désarroi à l’émerveillement, l’absence devient alors une sœur jumelle.Chez Marie-Claire Bancquart le poème invite à découvrir un espace de réflexion et d’interrogation.Déjà, dans Anamorphoses, un texte liminaire guide vers ces nombreux passages (du Mexique à l’Italie) où la voyageuse doit descendre.On devine une quête qui s’amorce dans les zones floues de l’existence.En marge des autres, le temps s’arrête afin de pointer vers «l’énigme, intacte».Il y a là un désir de vaincre la peur pour mieux imaginer cette «infra-fable de la fable».Des perspectives se multiplient dans le seul but de comprendre intuitivement les sources du vécu.Le poème devient alors une lettre, un mot qui cherche à rejoindre l’autre malgré l’incertitude constante.«Il y a une mort /delà mort, à force de mûrir le monde./Une chose émerge / qui / suscite et supprime./ Un centre tranquille de trombe./Nous /dépourvus de nous/enfeu/dans ce feu jaune/ toute limite insaisie / temps / dissous /en lumière.» Dans un tel cas, le voyage ne se fait jamais seul.Des villes, des souvenirs, ainsi que des références littéraires accompagnent ce trajet de l’intérieur.Une véritable conscience de l’universel traverse ce recueil dans ses doutes comme ses trouvailles.Bancquart se laisse envahir par une réconciliation de la mémoire et du langage.Elle ose se perdre dans un poème afin de mieux «cerner l’incemable».Elle dira vers la fin du périple: «Je cherche un espace pour l’âcreté de mon désir.» La rencontre s’achève ainsi dans la sérénité des éléments.Cette femme s’éloigne donc dans un moment de paix tragique qui ne la quittera plus.De manière fort subjective, Anamorphoses dévoile l’intacte mémoire de soi.Une œuvre dense et plurielle.Un premier recueil Dans le premier recueil d’Isabelle Forest, on retourne avec une certaine prudence fréquenter Tanière-saison de l’enfance.Les Chambres orphelines est un livre de guérison.Les images cherchent à vaincre cette «part d’ombre» qui se cache quelque part L’expression poétique va du dépouillement à une certaine narration diffuse.On se concentre sur la «maladresse d’aimer» qui semble être à l’origine de cette épreuve.Encore hésitante, cette poésie ne se perd toutefois pas dans un verbiage inutile.On sent un désir d’apprendre de ce «quelque chose [qui] vide l’enfant de son enfance».Le mot est clair, parfois trop limpide.Une transparence accompagne cette quête vers des «fatigues intarissables».La lucidité marque le poème d’un étonnement inquiet Le vers tente de saisir au vol une impression fugitive.On devine aussi une lenteur dans cette écriture qui pointe vers «la lumière froissée du matin».Forest se laisse guider par une mouvance incertaine, un bond d’un apprentissage à l’autre: «l’arbre hésite / immobile / sous la morsure du ciel / bientôt l’automne / ses ombres plissées au centre des terres / au loin encore / des aboiements aveugles quittent les ports / un chemin ramène quelques âmes dans leurs / langes / seule la mémoire murmure des matins / où nous ne savons pas partir».Les Chambres orphelines tisse les souvenirs de manière à vaincre la peur et les blessures.Un lieu naît ainsi où la réconciliation fragije succède au silence douloureux.A sa façon, Isabelle Forest tente de rendre la joie confùse d’une petite fille devenue grande.ANAMORPHOSES Marie-Claire Bancquart Ecrits des Forges/Autres Temps Trois-Rivières/Marseille, 2003, 115 pages LES CHAMBRES ORPHEUNES .Isabelle Forest Ecrits des Forges Trois-Rivières, 2003,80 pages La poésie transforme, exorcise et rend peut-être un peu plus lucide: c’est ce qu’indique, en un sens, le recueil de Marie-Claire Bancquart Le scrabbleur et le wah-wah ?Les Editions Marchand de feuilles lancent une collection poétique THIERRY BISSONNETTE La petite maison Marchand de feuilles, dont la présence s’accroît tranquillement, ajoute maintenant des poètes à son escadron de romanciers et de nouvellistes émergents.La collection «Poésie sauvage» vient en effet d’apparaître avec deux plaquettes fort différentes, signées Philippe Tétreau et Jérôme Lafond.La Grande Ourse avait une petite sœur montre discrètement dans son titre la prédi-lection de Tétreau pour l’anagramme.Les amateurs d’Ouli-po, de fables préver-tiennes et de pétarades queneauistes seront ici servis, puisque la prose poétique de ce livre se compose d’une jouissive chaîne de dérivations lettristes et lexicales dont on se doit de souligner la virtuosité.Si le propos demeure assez mince, la fantaisie déployée par Tétreau a le mérite de pouvoir s’adresser autant à un public juvénile qu’à des adultes férus de scrabble.Jugez-en d’après cet extrait «Son regard dédaigneux, tandis qu’il mastiquait, lui donnait un air de lama, fier de se faire valoir par toutes ses mâchoires II était d’ailleurs propriétaire d’une lamaserie dont l’activité économique consistait à cha-moiser Tout le monde savait que ce Charentais était anarchiste et on riait à le voir tirer ses deux chariots de haricots Son fils, lui, dans les couloirs du métro, réclamait la charité en jouant de la cithare.• Autrefois chroniqueur musical, Tétreau pianote avant toute chose sur le langage, demeurant plus près des surréalistes que des formalistes.Sinueux comme un entrelacs, son livre s’autodésigne en ces termes: «Voici le recueil d’un ciseleur.Examine ces ciselures dignes d’un prêtre séctdier.Ces récits font résonner le cistre.Dans cet écrit on souhaiterait tout citer.» A côté de ce scrabbleur hyperactif Jérôme Lafond et ses Poèmes du wah-tvah semblent évidemment bien sages.L’onirisme et l’ironie s’y côtoient pourtant à doses appréciables, nous laissant souvent au seuil de la pata-physique, mais un léger manque de rythme et la torsion pas très naturelle de la rime laissent d’autre part sceptique: «La route est aussi large que longue / Moteur à explosion poétique / Je syntonise la fréquence érotique / Et je fais monter une Miss Hawaiian Tropic / Qui faisait du pouce les yeux fermés / Son sens unique m’échappe.» Malgré quelques moments où la dérision croise la tendresse de façon efficace, le lecteur se demande si ces poemes ne sont pas prématurés.Alors que le graphisme des deux recueils est original et séduisant, il est un peu désolant de constater la précarité matérielle de ces objets: probablement en attente d’une stabilisation du budget, papier, carton et reliure ont peine à demeurer liés.Le plus urgent pour Marchand de feuilles sera cependant de définir davantage la nature de sa collection de poésie et de bâtir une ligne éditoriale qui la distingue.LA GRANDE OURSE AVAIT UNE PETITE SŒUR Philippe Tétreau Marchand de feuilles, Montréal 2003 POÈMES DU WAH-WAH Jérôme Lafond Marchand de feuilles, Montréal, 2003 Malgré des problèmes de fabrication trop fréquents, la maison d’édition accroît peu à peu sa présence il n t » LE DEVOIR.LES SAMEDI 19 ET DI M A N (' Il E 2 O .MIL L E T 2 O O S -•• Livres»- Généalogie Le modèle canadien de Kymlicka LOUIS CORNELLIER Fondée à Montréal en 1943 par Archange Godbout, la Société généalogique canadienne française fête donc cette année son 60r anniversaire.Pour souligner l’événement, la Société tiendra un congrès, du 10 au 12 octobre 2003, au CoDège de Maisonneuve.Un hommage y sera rendu «aux premiers Montréalais» afin de commémorer le 350e anniversaire de l’arrivée de la Grande Recrue à Montréal, c’est-à-dire «l’histoire d’une centaine de personnes recrutées en France, consentant à surmonter les périls de la traversée de l’Atlantique pour venir tenter de sauver la frêle colonie établie onze ans plus tôt à Montréal».Pour en savoir plus, les amateurs de généalogie peuvent consulter Mémoires de la Société généalogique canadienne-fran-çaise, la revue de la Société publiée depuis 54 ans, ou téléphoner à la Maison de la généalogie au (514) 527-1010.(LC.) Rectificatif Contrairement à ce que nous avons écrit dans notre livraison du 28 juin sur la nouvelle édition des œuvres d’Yves Thériault, les droits sur les œuvres de l’écrivain parues chez Fides et chez HMH n’ont pas été rapatriés aux Editions du Dernier Havre, dirigées par Marie-José Thériault L’héritière de l’œuvre dYves Thériault n’a repris les droits que sur les livres publiés chez Typo, du groupe Sogides.Nos excuses.LOUIS CORNELLIER Vue du Québec, la politique officieUe de multiculturalisme canadienne apparaît souvent comme une «patente» fédérale visant à noyer la culture québécoise dans une mosaïque ethnique au profit d’un certain nationalisme pancanadien.Ailleurs au Canada, cependant cette politique est l’objet de fréquents débats qui soulèvent d’autres enjeux.Contribue-t-elle, par exemple, ainsi que l’ont affirmé les essayistes Neil Bissoondath et Richard Gwyn il y a quelques années, à une «indéniable ghettoïsation», à un «séparatisme ethnique» qui entre en contradiction avec ses visées d’intégration?Bellement traduit par le collègue Antoine Robitaille, La Voie canadienne, le plus récent ouvrage du philosophe canadien-anglais Will Kymlicka, entend réfuter ces jugements négatifs et montrer que «le Canada est un chef de file mondial en ce qui concerne trois des plus importantes dimensions des rapports ethnoculturels: l'immigration, les peuples autochtones et le traitement des nationalismes minoritaires».Les adversaires du multiculturalisme, écrit Kymlicka, formulent des accusations «sans rapport avec la réalité en cause» et ses défenseurs, ajoute-t-il, invoquent «la diversité et la tolérance à la manière d’un mantra, sans préciser les institutions et les principes communs nécessaires à la création d’un contexte où la diversité et la tolérance peuvent être fructueuses».Pourtant, selon lui, «les groupes d’immigrants s'intégrent au Canada plus rapidement et plus efficacement qu’avant l’adoption de la politique du multiculturalisme».Aussi, conclut-il, la crainte du séparatisme culturel n’est pas justifiée quand, en fait, ce dont il s’agit est de définir «des conditions d’intégration plus équitables».Bien sûr, il importe, écrit Kymlicka, d’établir des limites claires à la tolérance et ces limites, qu’il définit, dans la perspective libérale qui est la sienne, sur la base des «principes des droits individuels et de l’égalité sexuelle garantis parla Constitution du Canada», existent ici et sont respectées.Conclusion: le multiculturalisme doit donc être défendu puisque son non-respect nuirait à la cohésion sociale.Les partisans d’une culture nationale (canadienne ou québécoise, selon la perspective) substantielle, inscrite dans une histoire et une tradition, ne partageront sûrement pas l’enthousiasme du philosophe à l’égard d’un multiculturalisme jugé en fonction de critères essentiellement procéduraux.Quand Kymlicka, par exemple, écrit qu’«i/ semble bien injuste que les congés fériés consacrés par l’Etat coïncident avec le calendrier chrétien et non avec celui des autres religions» et qu’il se demande si nous ne devrions pas «abandonner un des congés chrétiens (disons Pâques) et reconnaître, en lieu et place, un jour férié pour une des deux autres religions d’importance, comme le Yom Kippour ou le ramadan», plusieurs, avec raison, bondiront devant ce qu’ils considéreront comme une atteinte, annonciatrice d’autres semblables, à un horizon culturel qui les définit.Il serait dommage, toutefois, que ces réserves leur interdisent d’accueillir avec ouverture d’esprit les arguments pertinents développés par Kymlicka en faveur du multiculturalisme.Le contentieux canado-québécois Ceux, par ailleurs, qu’intéresse plus particulièrement la question nationale québécoise se plairont surtout à la lecture de la deuxième partie de cet ouvrage qui se penche sur le contentieux canado-que-bécois.Cette problématique, précise le philosophe, doit être analysée dans une perspective différente de celle qui précède.En effet, là où les groupes d’immigrants «ont habituellement accepte la perspective de s’intégrer à la culture de société dominante», «les minantes nationales au Canada et dans d'autres pays occidentaux résistent fortement à l’intégration et luttent au contraire pour obtenir une certaine autonomie gouvernementale».Le Québec (et les communautés autochtones), évidemment, appartient à la deuxième catégorie et son insatisfaction menace, écrit Kymlicka, «la stabilité à long terme du Canada».Aussi, dans les circonstances, que faire?Après avoir pris acte du fait que les Québécois sont attachés au Canada (ils ont rejeté la sécession à deux reprises, constate-t-il) mais qu’ils n’accepteront jamais une intégration à un nationalisme pancanadien qui menacerait leur propre «culture de société», Kymlicka plaide en faveur de la reconnaissance, par tous les Canadiens, du caractère multinational de l’Etat canadien et propose la mise en place d’un fédéralisme asymétrique, «c'est-à-dire un fédéralisme dans lequel certaines unités possèdent une autonomie plus grande que les autres».Sans être trop optimiste «quant à la possibilité que les Canadiens anglophones acceptent une telle conception multinationale du fédéralisme», le philosophe se permet de mettre ses compatriotes en garde: «La raison la plus évidente pour accepter la conception multinationale, c’est qu’elle représente la seule option de rechange à la sécession.» Reprenant une argumentation maintes fois déployée par les partisans d’une réforme du fédéralisme canadien, Kymlicka explique que l’obsession canadienne-anglai-se du fédéralisme territorial qui s’accom- pagne d’un nationalisme pancanadien est un combat perdu en terre québécoise et une source de frustration pour le ROC qui, parce qu’il refuse de distinguer ses intérêts propres de ceux du Québec, se condamne à stagner (pour ne pas trop déplaire au Québec) ou à créer d’insoutenables tensions.l-a solution souverainiste à cet imbroglio est claire: on se sépare et, dès lors, chaque camp peut assumer sa destinée dans le bon voisinage.Mais les Québécois.écrit Kymlicka, ont refusé cette solution, et cela, à la satisfaction des autres Canadiens.Il faudrait donc conclure que «les Canadiens ont manifesté la volonté de poursuivre la conversation nationale.Iss Canadiens s'identifient suffisamment les uns aux autres et avec leur histoire commune pour juger irrecevable la possibilité de mettre un terme à la conversation».Ne reste donc, pour sortir de l’impasse, que la solution du fédéralisme multinational dont les avantages sont doubles: permettre le développement équitable des «cultures de société» présentes au Canada (l'anglo-canadienne, la québécoise et les autochtones) et préserver les liens de solidarité sur une base individuelle (ce que ne permettrait pas.selon Kymlicka, la souveraineté-association telle que proposée par le PQ), un critère incontournable dans une perspective libérale.Pas trop optimiste, le philosophe?Nous non plus, et c'est la raison pour laquelle, malgré ces brillantes propositions bien intentionnées, nos énergies, pour l’heure, entendent rester souveraines et ne pas se perdre dans le désert constitutionnel canadien où trop peu d’oreilles sont à l’écoute.louiscornelliertcïpar roinfo.net LA VOIE CANADIENNE Repenser le multiculturalisme Will Kymlicka Traduit de l’anglais par Antoine Robitaille Voyage au cœur de la folie Harold Searles est devenu un personnage-culte de la théorie et de la clinique psychanalytiques MARIE CLAIRE LANCTÔT BÉLANGER Plus de 25 ans après la parution originale de cet ouvrage, le titre de la traduction française — L’effort pour rendre l’autre fou — garde toujours sa puissance évocatrice.«Rendre l'autre fou est dans le pouvoir de chacun.L’enjeu en est l’extermination, le meurtre psychique de l’autre » écrit Pierre Fédida dans la préface.Cela donne le ton de ce livre important: la proximité de la folie, le schizophrène regardé comme un frère et son thérapeute comme un être aux prises avec des sentiments intenses, allant de l’amour à la haine, ^interaction» des processus inconscients dans les cures ainsi que les diverses formes de communication du malade avec son environnement en constituent les grands axes.D’abord paru en 1965, ce livre rassemble des articles de Searles qui, avec cette publication, est devenu un personnage culte de la théorie et de la clinique psychanalytiques.Harold Searles, psychiatre et psychanalyste américain œuvrant à Chestnut Lodge, a été l’un des premiers, avec l’antipsychiatrie européenne, à s’intéresser à la «vérité» de la folie et à la violence de son traitement.Au delà de la très grande souffrance psychique qu’il saura reconnaître mieux que quiconque, le témoignage de Searles souligne l’effort déployé par le malade tant pour se guérir — le délire n’est-il pas une tentative d’autoguérison?— que pour soigner son thérapeute.C’est dire l’acuité portée par cet auteur sur ce qui se passe, dans les thérapies au long cours, à l’intérieur de chacun et «entre» les personnages de la cure.Searles raconte son travail, ses rencontres et son expérience avec une telle vivacité, en créant un tel intérêt, que le lecteur se surprend à s’identifier tour à tour au patient ou au thérapeute, à la mère ou à l’enfant.Tout thérapeute souhaiterait s’approcher de Searles pour bien saisir la force des émois qui se déroulent en lui et trouver les mots, les regards, les attitudes, la bienveillance, les moyens d’entrer en contact avec l’absolue complexité du psychisme humain.Une fois le livre refermé, les personnages restent longtemps présents avec leur souffrance, leur misère, avec la vengeance, la haine ou encore l’amour maladroit qui les mènent au rejet, au mépris ou à l’abandon.Parallèlement au discours dominant sur la schizophrénie où la pharmacologie, voire la génétique dominent, ce livre s’avère précieux.La voix si humaine, si personnelle de Searles dans l’élaboration de sa longue expérience reste, à travers le temps, d’une fraîcheur et d’un intérêt remarquables.Une réédition essentielle.L’EFFORT POUR RENDRE L’AUTRE FOU Harold Searles Traduit par B.Bost Préface de R Fédida Gallimard, «Folio essai» Paris, 2003,720 pages Albums en vrac GISÈLE DESROCHES BONJOUR SACHA Marie-Louise Gay Dominique et compagnie 2003,32 pages Les personnages de la série Stella (Stella, étoile de la mer.Prix Christie 2000) reviennent dans ce petit bonheur d’album qui met en vedette non plus Stella mais son petit frère Sacha.Les moments du réveil sont vécus au rythme de Sacha, qui se hâte à sa manière toute désinvolte, soucieux de s’habiller tout seul, s’amusant à jouer à cache-cache, à chercher ses vêtements.Stella est appelée à la rescousse lorsque le chandail ne veut pas passer, lorsqu’un vêtement est égaré, etc.Jamais elle ne gronde ou se fâche, souriant des maladresses de son frère.Les illustrations sont délicates, dynamiques, coquines, phis épurées que dans les albums précédents.CACHETTE SECRÈTE Texte de Paule Brière Illustrations d’Hervé Le Goff Flammarion, collection «Père Caston» 2003,32 pages Dans cet album tout simple, le lecteur suit la jeune ourse Léa dans sa cachette secrète aménagée sous l’escalier.Elle seule y a accès, elle y voit sans être vue.EDe raconte ce qu'elle y fait les circonstances qui l’y poussent les disputes, les colères, l’ennui des jours de pluie.L’AUTOBUS COLÈRE Texte de Marie-DanieDe Croteau Illustrations de Sophie Casson La Courte Echelle 2003,32 pages Jeux de mots et expressions courantes sont à l’origine de ce conte séduisant dans lequel un petit garçon a peur d’aller à l’école.Ne lui a-t-on pas dit quU lui faudrait prendre l’autobus colère?Que les entants devaient être tirés à quatre épingles et qu’un grand garçon comme lui devait prendre le taureau par les cornes?Sa maman, ne sachant plus quoi faire, finira par le mettre dans l’autobus de force le matin de la rentrée.Et c’est alors qui comprendra tout Joliment cousu et savoureux jusqu’à la dernière ligne.POLO ET LE GARDE-MANGER Texte de Ginette Anfousse Illustrations de Mqrisol Sarrazin La Courte Echelle 2003,32 pages Dans ce deuxième épisode de la série, le souriceau Polo est pris d’une terrible fringale au beau milieu de la nuit Bravant sa peur de se perdre dans l’immense maison des Plouc ou encore de se retrouver nez à nez avec le redoutable Roulouboulou, Q se risque hors du nid jusqu’au garde-manger de la cuisine.Là, un festin inespéré, semblant avoir été laissé exprès pour lui, le nargue.Polo se souvient un peu tard des conseils de prudence de sa mère au moment où la trappe se referme sur sa queue avec un claquement sec.Ce qui se passe ensuite est proprement incroyable, c'est pourquoi on ne le révélera pas.Mais sachez que Polo s’en tirera sans aide.Marisol Sarrazin pousse encore phis loin sa maîtrise du pastel: les illustrations sont sensuelles et tendres à craquer, les formes arrondies juste à point et les couleurs proprement voluptueuses.Librairie baromètre Québec Palmarès des ventes 9 au 15 juillet 2003 i a librairie -_- ^ grande librairie Marché du Livre ic ,D- COUPON-RABAIS 1 ooupon par citent Applicable tur achat 4c 20* au prix résulter Ne peut pae Itrc Jumelé à la Carte Privilège Valide Jusqu'au .21 déc.03.801 MU Q BERRI-UQAM (Angle* St-nubeert) (5V«) 28S 4350 Pès votre première visite, recevez une Carte Privilège gratuite vieil librairie >bistr J J/F Cesten librairie )’ai pas le temps, je m’en vais lire.qu’on trouve ce QUE L’ON CHERCHE qu’on commande CE QUI NOUS PLAÎT qu’on découvre DES MILLIERS DE LIVRES C’est en librairie QU’ON RENCONTRE DES LIBRAIRES.Librairie indépendante 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges tél.: 739 Î639 service^librairieolivieri.fom 1 Fantastique HARRY POTTER AND THE ORDER 01 THE PHOENIX J.K.ROWLING Ramcoast 5 2 Polar Qc INDÉSIRABLES |C.BROUILLET la courte échelle 5 3 Jeunesse QUATRE EILLES El UN JEAN, 1 2 le deuxième été A BRASHAH! S Gallimard 6 4 Roman ONZE MINUTES V P.COELHO Anne Carrière 10 5 Essais MAL DE TERRE ?H.REEVES Seuil 12 e Jeunesse QUATRE FILLES ET UN JEAN, 1 1 ?A.BRASHARES Gallimard 56 7 Psychologie GUÉRIR 4P SL.RVAN SCHRLIBER Robert Laffont 14 8 Dictionnaire COLLECTIF Larousse 1 9 Roman L'IGNORANCE ?M KUNDERA Gallimard 23 10 Polar UNE SECONDE CHANCE M HIGGINS-CLARK Albin Michel 10 11 Biograph.Qc RAYMOND MALENFANT : L'ASCENSION CARDWELL/JUS1ER Trait d'Union 6 12 Roman SEPT JOURS POUR UNE ÉTERNITÉ M.LÉVY Robert Latfont 22 13 Roman Qc TOUT LÀ-BAS A C0USTURL Libre Expression 16 14 Roman LE DICTATEUR ET LE HAMAC 0.PENNAC Gallimard 9 15 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?4P J SPENCER Michel Lalon 133 16 BD.LE PETIT SPIROU, 1.11 - Tu ne s'ras jamais grand ! TOME 7 JANRY Dupuis 7 17 Roman UNE ADORATION N.HUSTON leméac/Actes Sud 9 18 Biographie MON HISTOIRE H.R.CLINTON Fayard 6- 19 Spiritualité LE POUVOIR OU MOMENT PRÉSENT 4P E TOLLE Ariane 145 20 Biographie FRANÇOISE GIROUD UNE AMBITION FRANÇAISE 4P C.0CKRENT Fayard 5 21 Polar MYSTIC RIVER 4P 1) 11 HAN! Rivages 65 22 Roman Qc LIFE 0F PI 4P - Booker Frire 2002 Y.MARTEL Vintage Canada 38 23 Loisirs Qc LES MORDUS N' 4 (numéro double) 4P M HANNlQUART Rudel Médias 5 24 Polar GONE, BABY.GONE 4P D 1EHANL Rivages 12 25 Roman LE COHAGE 0, STEEL Pr de la Cité 6 26 Polar DARLING LILLY M.CONNELLY Seuil 11 27 Roman TOUT CE QUE J'AIMAIS 4P S.HUSTVEDT Leméac 18 28 Actualité LE MONDE SECRET DE BUSH É IAURENT Plon 6 29 Biographie CESAR IMPERAT0R 4P M GALL0 X0 éd 10 30 Cuisine BARBECUE V RACHLEN/SCHNEIOER L'Homme 65 31 Beau-livre Qc LA GASPÉSIE 4P laramEe/auclair L'Homme 11 32 Roman Qc AURËLIE C P0NTBRIAND les Intouchables 11 33 Roman JE NE SAIS PAS COMMENT ELLE FAIT A PEARSON Plon 3Q 34 Essais QUI A TUÉ DANIEL PEARL » 4P B -H.LÉVY Grasset 10 35 B.D 32 DÉCEMBRE 4P E.BILAL Humanoïdes 7 36 Roman Qc LA MAISON DES REGRETS 1) MONFTTf Logiques 47 37 Roman IMPRIMATUR 4P M0NALDI / SORTI IC Lattes 26 38 Spiritualité DIEU ?4P A.JACQUARD Stock 21 39 Guide Qc PROMENADES MONTRÉALAISES 4P H.1APERRIÈRE Tides 5 40 Polar LÀ REINE DU SUD 4P A PEREZ-RFVERTE Seuil 7 41 Roman Qc LE GOÛT DU BONHEUR, t.3 - Florent 4P M LABERGE Boréal 135 42 Roman LA TACHE 4P P ROTH Gallimard 42 43 Roman OSCAR ET IA DAME ROSE E.-E.SCHMin Albin Michel 27 44 Psycho.Qc DEMANDEZ ET VOUS RECEVREZ P.M0RENCY Transcontinental 37 45 Faune Qc LES OISEAUX ET L'AMOUR 4P J.LÉVEILLÉ L’Homme 14 ¥ : Coup de Cœur RB ¦¦¦¦i Nouvelle entrée Plus de lOOO Coups de Coeur, Wbre ite lemetnet depuH pemtion f pour mieux choisir.24 succursales au Québec www.renaud-bray.coin de nos clients ont aimé les |Q| qu’ils ont achetés.Avant de partir en vacances, pensez-y > « i LE DEVOIR.LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 JUILLET 2003 E « LE DEVOIR Perte d’espace BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR ^ idée de faire une ex- position à partir des écrits de Perec, no-.tamment de ses Es- ' pèces d’espaces, n’est pas des plus inédites qui soit De ce livre inépuisable, cependant, plusieurs directions peuvent encore êtres prises, des axes développés, et chacune des tentatives d’en faire sortir la substance est louable, bien que les résultats soient rarement à la hauteur de l’ouvrage.D’autres l’ont dit avant, au sujet de Perec comme de Blanchot les enfermer dans l’écriture serait une erreur.Le domaine du visible et de ce qu’il cache est un des lieux qui est possible de remplir à travers Perec.C’est ce que tente de faire l’exposition Des espèces d’espaces, que les commissaires Marie-Josée Jean et Chantal Grande ont concoctée à l’Espace Vox.L’exposition part de Perec.Or, bien que peu d’œuvres dans cette exposition atteignent la qualité d’attraction que la pensée de l’auteur peut exercer, elles effleurent les différentes postures d’espace auxquelles l’écriture tente de redonner existence.Les commissaires ont plutôt retenu ce passage de l’ouvrage comme assise pour leur présentation: «Je mets un tableau sur un mur.Ensuite j’oublie qu’il y a un mur.[.] Je ne sais plus que dans mon appartement, il y a des murs, et que s’il n'y avait pas de murs, il n’y aurait pas d’appartement.Le mur n'est plus ce qui délimite et déjinit le lieu où je vis, ce qui le sépare des autres lieux où les autres vivent, il n’est plus qu'un support pour le tableau.Mais j’oublie aussi le tableau, je ne le regarde plus, je ne sais plus le regarder.J’ai mis le tableau sur le mur pour oublier qu ’il y avait un mur, mais en oubliant le mur, j’oublie aussi le tableau.» Mis à part une œuvre de Nico- las Baier, présente dès qu’on franchit le seuil de la galerie, ce qui accueille le visiteur est un plan de l’espace de la galerie, question de nous le faire jauger avant d’y pénétrer.Deux pistes semblent se dégager, pertinentes du point de vue des arts visuels.On traite évidemment de ce qui est l’agent ef-fervescent de tout l’ouvrage, c’est-à-dire le souci de rendre visible (de nouveau, serait-on tenté d’ajouter) l’espace environnant.L’exposition réussit à rendre ce que veut dire Perec, mais on peut aussi se demander si toute la photographie du monde n’est pas justement apte à soutenir cette idée.Porosité L’autre piste concerne, à nos yeux, la notion de porosité.Quoi de plus intéressant, dans l’idée de séparer des territoires et de placer des coutures, que de créer des liaisons, de placer son attention sur les contacts que ces séparateurs n’arrivent pas à couper?Ainsi, dans le texte des commissaires, est-il question de l’architecture moderne, celle du verre, qui permet de voir à travers les édifices plus que de les voir eux-mêmes.S’il est question d’architecture dans cette exposition, c’est dans cette veine qu’il faut la trouver.Mais cette dimension est à peine touchée.À l’entrée, toutefois, Nicolas Baier, dans un exercice un peu didactique, met en relief la barrière physique du mur.Une constellation de photographies personnelles fichées au mur autour d’un babillard et rephotographiées, avec tout le mur, est reproduite sur la face opposée du mur en question.Sauf pour la mise en abîme de la photographie, ce jeu touche au nerf du livre.Car les espaces sont également ceux qui séparent les mots de la phrase, les paragraphes ¦“si ' ' ' * VW’1' J»- -»« ; loss.SOURCE GALERIE ESPACE VOX Image fixe tirée de El plenairista.Tenda de vellut i salla d’exposicions de gasa (2000) de Perejaume.dans la page, etc.Perec en fait grand état.Cette vacuité qui n’en est pas une, cet intracé qui permet à la trace de se supporter elle-même, Baier la met en joue.Claire Savoie y parvient également.Elle reprend la formule d’une pièce précédemment inaugurée à la galerie Circa: elle palpe à l’aveugle l’espace de la galerie des mains, une caméra l’a suivie, les images ne diffusent que ses mains et des bribes d’espace (une musique bruitiste accompagne les images: des bruits d’effleurements).Jeu de surface (qui revient à satiété dans ce parcours!), l’œuvre de Savoie met cruellement en relief combien cette exposition manque justement de réflexion solide sur la mise en espace.Proche d’une fin de mur, pour ainsi dire mal cadrée dans l’espace, l’œuvre de Savoie n’aurait pas pu être plus mal exposée.Pour le reste, les espaces intérieurs exprimés par Perec et l’aspect retenu par les commissaires de l’architecture moderne sont développés par les œuvres d’Anna Ferrer, où des femmes, médi- tatives, permettent par leur présence dans l’architecture de prendre le pouls de sa force.Ces images sont plus intéressantes que celles de Xavier Ribas.Si la documentation des maisons en série qui ornent le paysage espagnol est particulièrement bien jouée, les autres photographies sont plutôt banales, des documents de surfaces trouvées dans le paysage.Idem, en finale, pour l’œuvre d’Alain Paiement, moins vertigineuse que d’autres qu’il a produites avec sa manière de topo- graphier l’espace.Rayonnages d’une réserve, cette photo ne se lit qu’en surface, une rengaine sur laquelle l’exposition insiste un peu trop.Perejaume, en vidéo, propose une action où le cube de la galerie est retourné comme un gant et devient l’objet de l’exposition.Romantique, paisible, l’œuvre sait attirer les regards.D en va de même pour la vidéo de Jordi Colomer, qui se promène allègrement dans des espaces mitoyens, d’un étage à l’autre, faisant fi des cloisons de ce bâtiment où s'étalent les restent d’une fête.Par ailleurs, un autre raté dans ces cas d’espèces est observé dans les œuvres grand format de Jocelyne Alloucherie, néanmoins réussies de par leur taille bien assumée — l’habituel élément architectural évoquant une immense crevasse; les images, solennelles, représentent des silhouettes imprenables de bâtiments urbains.Présentées de cette façon, alors qu’il est impossible d’embrasser les éléments de sculpture et de photographie sous un même angle, ces œuvres pointent dans une direction délicate.Ainsi, les diverses parties de ces polyptyques ont rarement autant paru autonomes les unes par rapport aux autres.Il en découle un paradoxe latent dans les développements récents de cette pratique: celle-ci se joue d’elle-même comme si la photographie ne pouvait se suffire à eUe-même.D s’agit d’un des fondements de l’art d’Allouche-rie, mais ici, la tension s’étiole.L’espace aurait été à réécrire.DES ESPÈCES D’ESPACES Espace Vox 350, rue Saint-Paul Est, 3e étage Jusqu’au 17 août Sacher-Masoch, père du masochisme JOËLLE STOLZ LE MONDE apitale culturelle de l’Eu-''V-/ rope» en 2003, Graz, une ville autrichienne, consacre une exposition à l’inventeur du masochisme, qui vécut là au XIXr siècle.Le musée régional du Joanneum a réuni les œuvres de 180 artistes, inspirés par cette éthique de la soumission, avec parfois une crudité éprouvante.«Bienvenue à Vienne, le plus célèbre faubourg de Graz», annoncent, avec une douce ironie, des panneaux au bord de l’autoroute menant à la capitale autrichienne.Parmi les nombreux touristes qui débarquent dans la patrie de Sissi, bien peu avaient entendu parler du chef-lieu de la Styrie.Mais combien savent que Graz fut, il y a plus d’un siècle, le berceau d’un concept qui a fait une fulgurante carrière: le masochisme?La galerie d’art contemporain du musée régional, le Joanneum, a eu l’excellente idée de partir sur les traces de l’Autrichien Leopold von Sacher-Masoch, dont le roman Vénus à la fourrure, publié en 1869, a inspiré des personnalités aussi diverses que Salvador Dali, Franz Kafka, Gilles Deleuze ou Lou Reed.Son héroïne, Wanda, est le prototype de la domina, son héros, Severin, celui de l’esclave consentant, et son nom indissociable d’une perversion sexuelle qui lie jouissance et souffrance.S’il n’était pas natif de Graz, Sacher-Masoch a longtemps vécu dans cette ville, où son père était chef de la police.L’un des mérites de l’exposition du Joanneum (jusqu’au 28 août) est d’exhumer la figure mal connue de cet écrivain prolifique, père de famille nombreuse et auteur engagé contre l’antisémitisme, dont les derniers mots sur son lit de mort: «Aimez-moü», pourraient servir de devise à notre époque.Il a dépensé beaucoup d’énergie à chercher, le plus souvent en vain, des partenaires adéquats pour les jeux cruels dont il rêvait, codifiés dans un «contrat de soumission» rédigé sur le modèle des contrats de mariage ou d’employés de maison.Cette subversion des valeurs patriarcales et bourgeoises place son auteur, selon la directrice de la galerie contemporaine du Joanneum, Christa Steinle, dans le «triumvirat de la rébellion sexuelle et sociale à Graz» à la fin du XIXe siècle, aux côtés du psychiatre Richard von Krafft-Ebing (auteur du classique Psychopa-thia sexualis et inventeur, en 1890, du mot «masochisme»), et d’Otto Gross, fils révolté d’un grand criminologue et apôtre de la libre sexualité.Non sans scandales, même si l’Autriche de François-Joseph était plus libérale à cet égard que l’Angleterre victorienne: le long séjour à Graz de la traductrice française de Sacher-Masoch, Catherine Strebinger, jeune femme très émancipée, a mis la ville au bord de l’émeute.« Une nouvelle religion » Sous le titre Phantom der Lust (Fantôme du plaisir), le Joanneum va bien au-delà d’un éclairage historique.Dès 1962, un collage de Jean-Jacques Lebel nous avertit que le masochisme est peut-être «une nouvelle religion».D’une grande richesse visuelle, foisonnante au risque d’être confuse, souvent suffocante, l’exposition déroule la pelote de son thème, ligotant peu à peu le spectateur, qui se croyait peut-être mithridatisé par les mises en scène dont use la publicité, et qui découvre les dessins extraordinaires de l’Allemand Willi Geiger, datés de 1906.Il vaut mieux que les «adultes avertis» le sachent avant de payer leur billet d’entrée: les réclames d’Eram, les clips de Madonna ne préparent pas vraiment au choc, même s’ils participent d’un imaginaire dont le photographe de mode Helmut Newton a été le vulgarisateur.Il y a un monde entre les aimables variations des couturiers parisiens sur le corset et les formats géants d’Andres Serrano, qui nous envoie en pleine figure et en couleurs, 152,4 cm sur 125,7 cm, le fantasme du vagin denté ou la grimace d’un homme dont le pénis est suspendu à ses mamelons.Le choc provient de l’accumulation (180 artistes au total, de Man Ray à Mapplethorpe, de Warhol à Topor, de Balthus à Eikoh Hosœ ou Nobuyoshi Araki, de Tom of Finland à Doris Kloster, de Gina Pane à Xie Nanxing) et d’un constat: en quelques décennies, ce qui était du domaine du caché, consigné dans les archives de police ou les annales de la psychiatrie, est devenu un lieu commun expansionniste, décliné jusqu’à l’épuisement Les photos d’un David Levinthal s’écartent le moins possible du style léché des revues érotiques.Celles d’un Gilles Berquet parodient le surréaliste Pierre Molinier, masques et bas noirs, travail en sépia ou noir et blanc, mais sans l’ambiguïté du travestissement, tandis que Fergus Greer déforme ses personnages jusqu’au grotesque bibendum, bien loin des savants supplices que Hans Bellmer faisait subir à ses poupées.La présence croissante des femmes — près d’un quart des artistes exposés — traduit l’explosion du féminisme.Sylvie Fleury s’intéresse aux icônes des fashion victims, Vanessa Bee-croft installe dans la Kunsthalle de Vienne quarante blondes aussi lisses et inertes que des mannequins de vitrine, Nicole Tran Ba Vang (dont une image fait l'affiche de l’exposition) travaille sur l’analogie troublante entre latex et peau humaine.La soumission n’est plus qu’un rôle, un vêtement qu’on endosse ou rejette sur les décombres du patriarcat: telle est l’approche du commissaire de l’exposition, Peter Wei-bel, qui voit dans le développement de l’esthétique sado-maso (SM) l’épopée libératrice d’un moi «post-phallique».Violence contre son corps Déjà auteur, au début de l’année, d’une exposition ambitieuse sur l’art et la guerre, (M)ars, qui servit de toile de fond aux manifestations à Graz contre l’interventionnisme américain en Irak.Weibel est issu de l’actionnisme viennois, celui de Günter Brus et Rudolf Schwarzkogler, qui sont tous deux allés très loin dans l'intervention violente sur leur propre corps.Il est entré dans La présence croissante des femmes traduit l’explosion du féminisme l’histoire de l’art un jour de 1969, comme l’homme-chien qui marchait à quatre pattes dans les rues de Vienne, tenu en laisse par sa compagne, Valie Export On peut contester la prophétie curieusement optimiste («Le XX' siècle a été celui de Sade, le XXI' sera celui de Sacher-Masoch») de ce lecteur appliqué de Gilles Deleuze — hélas, pas au point de faire relire les citations en français du catalogue, constellées de fautes.En contrepoint, le critique Jean Clair a donné à Graz une conférence sur cet art «religieux sans la religion», dont les muses se sont «décomposées», où il décèle la main de Satan derrière des «diableries bien propres à rassurer les édiles ou les ministres de la Culture».Sans doute ne nous annonce-t-elle plus rien, et surtout pas la Les j , bea ux détours IIS CULTURELS OFFREZ-VOUS .ES BONHEURS DE L'ÉTÉ! Une excursion hors du commun! 2 août de la fleur au parfum Mont-St-Grégoire et Sherbrooke Il m’a donné le pont de l’ile.9-10 août paysage et poésie Félix Leclerc et l’île d’Oriéans Partir et découvrir! 17 août art et eau Le peintre Marquet au Musée du Québec (514) 352-3621 bonne nouvelle, la terrifiante Femme qui fut un oiseau, photographiée de dos par Jœl-Peter Witkin, exhibant les blessures béantes de ses ailes arrachées.Souvent insoutenable, jamais médiocre, visité par un ange du bizarre qui aurait beaucoup abusé du peyotl et aurait regardé en boucle Freaks, le travail de Witkin le rattache à Goya, à Dali, à Bosch.Il est l’un des sommets de ce parcours aussi éprouvant que passionnant, qui croise sans ces- se l’histoire de l’art et celle de la sexualité.Fantôme du plaisir.Visions du masochisme dans Part Neue Galerie Graz au Landesmuseum Joanneum Sackstrasse 16, 8010 Graz, Autriche httpV/www.neuegalerie.at Catalogue sous la direction de Peter Weibel Neue Galerie Graz, Belleville, deux volumes II**** Pierre Charles Morin expose acryliques et aquarelles à la chapelle des Cuthbert de Berthierville, du 26 juillet au 8 août, sous le titre, «Chemin des îles et voies d'eaux» Vernissage dimanche le 27 juillet, à 14h30 1 (450) 836-7336 LES TRACES DE L’ENVOL Du 19 juin au 31 août 2003 lr ft Gatineau Galerie Montcalm 25.rue Laurier Gatineau (secteur de Hull) (Québec) www.ville.gatineau.qc.ca/galerie (819) 595-7488 CMMaanAm Cane* G
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