Le devoir, 1 septembre 2007, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 1*" ET DIMANCHE 2 SEPTEMBRE 2 0 07 Une nouvelle histoire littéraire du Québec Page F 2 Un ex-soldat dénonce l’armée Page F 6 LIVRES «J’aimerais captiver le lecteur et lui faire apprendre des choses à son insu » R Chris ri.a e/m.lwrl*»)*} t 1 1 * /V ï I.F.DK JACK .v Remonter JACQUES GRENIER LE DEVOIR les flots de *' * t # ?’ -* •«> 'k t.D W>v> ^ Çt ¦ ¦ Francine Ouellette Ltïs Français qui venaient ici pour avoir une vie nouvelle, ils ne voulaient pas la guerre.Avec Feu, c’est peu dire que Francine Ouellette s’est embarquée dans un long voyage.Trois tomes plus tard, elle n'est encore qu’à mi-chemin de la publication de cette saga historique qui lui a demandé 10 ans de préparation.Alors que le nouveau volet, Fleur de lys, prend place dans les dernières décennies du Régime français, la saga complète devrait nous conduire jusqu’en 1960.Au départ, l'auteure du Sorcier ne devait pourtant écrire qu'un roman sur la drave.Mais ses recherches sur l’utilisation de la rivière du Lièvre pour l’exploitation de la forêt l’ont menée sur la route de la fourrure, puis l’ont fait remonter jusqu’à environ 2000 avant Jésus-Christ quand les rivières servaient déjà au transport du cuivre.Le fil conducteur de son récit est donc devenu ces voies maritimes qui ont «toujours servi d'artère commerciale», constate la résidente de Mont-Laurier.«Et à cause du commerce, il y a toujours eu des conflits.Aujourd’hui, c’est le pétrole.Avant, c’étaient les fourrures, puis le bois.Donc, les artères commerciales sont devenues des artères de guerre.» Fleur de lys illustre bien, croit-elle, l’absurdité de la guerre.«Si on étudie l’histoire des civilisations, on se rend compte qu’on étudie l'histoire des guerres.Ce qu'on appelle des grands hommes, ce sont tous des militaires.Feu veut un peu raconter l’histoire à travers les gens ordinaires, ceux qui ne décident de rien.Ils sont toujours entraînés dans la tourmente.Les Français qui venaient ici pour avoir une vie nouvelle, ils ne voulaient pas la guerre.Depuis le début des guerres, le petit monde, celui qui meurt, celui qui tue, il n’a pas demandé ça.» Souci de véracité historique Puisant dans les écrits de personnages contemporains à son récit — les Montcalm, Lévis et Bougainville.—, Francine Ouellette a «brodé» tout en restant fidèle à l’Histoire.Elle a même intégré un personnage réel à la trame fictive: l’officier français Pierre Passerai de la Chapelle, son descendant, un baron, ayant nourri la romancière de détails véridiques.«Je veux vraiment rentrer dans l’Histoire et la recréer.Pas m'en servir comme d’un simple décor romantique.Sinon, ça ne vaut pas la peine d'écrire un roman historique.Mais je veux que ce soit un divertissement aussi.Que le lecteur vive l’Histoire à travers les personnages.J’aimerais le captiver et lui faire apprendre des choses à son insu.» Sa tâche la plus difficile a été de rentrer dans la peau des Amérindiens en tentant de reproduire leur langage imagé.«Mais j’ai eu la chance de vivre à Schefferville, assez près des Innus.» Dans les deux premiers tomes, surtout La Rivière profanée, cette immersion dans la culture autochtone aurait d’ailleurs dérouté plusieurs lecteurs.Même les lieux et les dates y portaient les noms indiens de l’époque, jolies périphrases telle «la lune des fruits sauvages» pour désigner le mois d’août, par exemple.Fidèle en cela au cours de l’Histoire, où les Amérindiens prennent de moins en moins d’importance, Fleur de lys épouse beaucoup plus le point de vue des Canadiens et des Français.Ce volet qui s’achève avec la Conquête, suit surtout le destin de Pierre Vaillant et de sa famille.Ce personnage un peu écartelé entre deux identités — «il a vécu avec les Amérindiens, donc il comprend leur mentalité, leur culture» — s’établit sur une terre de l’Ouest montréalais, tout en poursuivant son dur labeur de «voyageur».Le roman rend en quelque sorte hommage à ces héroïques pagayeurs, qui remontaient les rivières et multipliaient les éprouvants portages pour rapporter des marchandises des Pays-d’en-Haut (la région des Grands Lacs).«Les ballots de fourrure pesaient 200 livres! C’étaient des surhommes.Ils étaient vraiment taillés à la grandeur de ce rude pays.» Selon Francine Ouellette, son récit traite en détails de beaucoup d’éléments de notre histoire «dont on ne nous a jamais parlé vraiment».Il montre notamment toute l’étendue de la corruption de l’intendant François Bigot, qui s’est enrichi et a favorisé ses amis sur le dos de la colonie, et comment cela a affecté le peuple.«Ça été un gouffre sans fond de dépenses.I^es gens crevaient de faim, donc étaient incapables de défendre le pays.U a contribué énormément [à la défaite].» Le passé retrouvé Fouiller notre passé aide la romancière à comprendre nos fondements identitaires, à saisir «pourquoi on est comme ça aujourd’hui.En écrivant, je me disais: on n’a pas tellement changé, finalement.On a conservé et transmis tellement de choses.» Déplorant notre méconnaissance de l’Histoire, elle insiste sur l’importance pour un peuple de savoir d’où il rient afin de se comprendre mieux.«Si un peuple se connaît lui-même, il va être beaucoup plus apte à accepter les autres.C’est ce que je trouve aberrant ici: on fait comme si reconnaître notre propre identité, c’était bafouer celle de tous les autres.Ça ne tient pas debout.Connais-toi toi-même, comme disait Socrate, c'est la base de tout.» Francine Ouellette a mesuré toute l’absurdité de la situation lors d’un récent séjour à Québec en voyant un guide raconter à des touristes la bataille des plaines d’Abraham.«Je me disais: avec le nouveau pro-•gramme [d’enseignement de l’histoire], un natif de Québec en saurait moins qu’un touriste japonais qui se fait expliquer par un guide qui était Montcalm.[rires] Pour le gars de Québec, les Plaines, c'est juste un parc où il y a des spectacles et où l’on va pique-niquer.Cest dépouillé de tout son sens.» Collaboratrice du Devoir FEU TOME 3: FLEUR DE LYS Francine Ouellette Libre Expression Montréal, 2007,549 pages < LE DEVOIR, LES SAMEDI 1 ET DIMANCHE 2 SEPTEMBRE 2007 LIVRES L’Académie salue Jacques Godbout La médaille de l’Académie des lettres du Québec, remise chaque année à un écrivain pour l’ensemble de son œuvre ou à une personnalité marquante de la vie culturelle, sera attribuée au romancier, essayiste et cinéaste Jacques Godbout, dont l’apport à la culture québécoise est primordial.- Le Devoir Conférence de Michel Tremblay Michel Tremblay, qui fait paraître cet automne un ouvrage consacré à sa mère chez Leméac, s’entretiendra de son œuvre le 13 septembre à la Grande Bibliothèque de Montréal, dans le cadre des «Midis littéraires».La rencontre aura lieu de 12h30 à 14h à l’auditorium de la Grande Bibliothèque, 475, boulevard De Maisonneuve Est.L’entrée est libre, dans la limite des 300 places disponibles.- Le Devoir Édition internationale Anaya, numéro un de l’édition d’éducation en Espagne et filiale d’Hachette livre, a fait l’acquisition de l’éditeur scolaire mexicain Pa-tria Cultural.Né en 1995 de la fusion entre les maisons Cultural et Patria, ce groupe a affiché en 2006 un chiffre d’affaires de 13,9 millions d’euros et son catalogue comprend plus d’un millier de titres scolaires, universitaires et d’intérêt général.Hachette livre, déjà présent à travers Larousse Mexique, devient le troisième éditeur au Mexique.- Le Monde Un Saint-Exupéry inédit Un court roman inédit d’Antoine de Saint-Exupéry, Manon, danseuse, écrit au milieu des années 1920, paraîtra début novembre chez Gallimard en France, a annoncé la maison d’édition parisienne.Encore aujourd’hui, son Petit prince continue d’être un des meilleurs vendeurs de la littérature française.- Le Devoir Florence Noyer quitte les PUM L’éditrice des Presses de l’Université de Montréal, Florence Noyer, a quitté ses fonctions pour rejoindre les Editions Gallimard à temps partiel.Ses nouvelles fonctions lui permettront d’être mieux à même de s’occuper aussi de sa jeune maison de littérature, Héliotrope.Au fil du temps, Florence Noyer a occupé divers postes de décisions, notamment auprès de Fides et des Fîditions de l’Homme.Son successeur n'a pas encore été choisi - Le Devoir Pas de piratage Dans un texte qui paraît dans La Revue littéraire (éd.Léo Scheer), Camille Laurens affirme que Marie Darrieussecq, auteure de Tom est mort, a «piraté» la matière d’un de ses romans, Philippe, paru en 1995.Indigné par cette attaque, l’éditeur de Camille Laurens, Paul Otchakovsky, répond aux accusations.Sa colère est telle qu’il affirme qu'il ne publiera plus désormais Camille Laurens.- Le Devoir Une nouvelle et incontournable histoire de la littérature québécoise Près de 700 pages limpides où sont exposés et mis en contexte des centaines d’auteurs et d’œuvres qui ont marqué à leur manière la littérature québécoise.Un ouvrage soigné, plus que sérieux.CHRISTIAN DESMEULES La publication de ce gros livre a toutes les apparences d’un événement éditorial.Il n’y avait pas eu, depuis quarante ans au Québec, de véritable histoire littéraire fondée sur la lecture des textes — des récits de voyage de Jacques Cartier au Nikolski de Nicolas Dickner.Rien de tel, en fait, depuis l'Histoire de la littérature française du Québec pilotée par Pierre de Grandpré à la fin des années 1960.Or beaucoup d’eau a coulé depuis sous les ponts, les œuvres fortes et marquantes se sont succédé au sein du corpus littéraire québécois, qu’il s’agisse de théâtre, de poésie, de roman ou d’essai.D’innombrables travaux de recherche ont également alimenté depuis trente ans l’étude de la littérature québécoise.La nécessité d’un ouvrage qui ferait la somme de l’héritage et des nouvelles réalités, tout en proposant des lectures critiques, était devenue criante.Les auteurs ont cherché à rendre compte des œuvres de langue anglaise qui, grâce à la traduction, écrits de la Nouvelle-France (1534-1763)», «Ecrire pour la nation (1763-1895)», «Le conflit entre l’ici et l’ailleurs (1895-1945)», «L’invention de la littérature québécoise (1945-1980)» et «Le décentrement de la littérature (depuis 1980)».Une périodisation qui leur a permis de dégager certains nœuds historiques leur paraissant propres à la littérature québécoise.Chose certaine, à leurs yeux, «la littérature québécoise n’est plus un projet, comme à l’époque de la Révolution tranquille, mais un héritage de lectures qui se sont plus ou moins imposées dans la critique contemporaine».Une somme considérable Le résultat devrait satisfaite les plus exigeants.Près de 700 pages limpides où sont exposés et mis en contexte des centaines d’auteurs et d’œuvres qui ont marqué à leur manière la littérature québécoise.Un ouvrage soigné, plus que sérieux, mais qui ne cède jamais à l’hermétisme universitaire.Une somme considérable d’érudition qui vise à atteindre un large public intéressé par la littérature d’ici.Pondue par un «trio-choc» de chercheurs et d’enseignants universitaires largement reconnus, cette Histoire de la littérature québécoise qui vient de paraître au Boréal est le résultat combiné de dizaines d’années consacrées à réfléchir à la littérature québécoise et à la vulgariser au quotidien.Michel Biron, professeur à l’université McGill, est titulaire d’une chaire de recherche du Canada en littérature québécoise et littératures francophones.François Dumont, spécialiste de l’essai et de la poésie, enseigne à l’Université Laval, où il est directeur du Centre d’études Hector-de-Saint-Denys-Garneau.Quant à Elisabeth Nar-dout-Lafarge, elle enseigne la littérature à l’Université de Montréal et dirige le Centre de recherche sur la littérature et la culture québécoises (CRIIjCQ).La périodisation qu’ils ont arrêtée relève davantage d’un «commencement perpétuel», comme ils l’écrivent en paraphrasant Saint-Denys Carneau, que d’une série de ruptures bien marquées.C’est ainsi qu'ils exposent cinq grandes périodes qui témoignent néanmoins de changements profonds dans l’évolution littéraire: «Les avérées les plus significatives, du point de vue des lecteurs francophones Parti pris Pour beaucoup de commentateurs, dont font partie les auteurs de cette nouvelle Histoire de la littérature québécoise, «le meilleur de la littérature québécoise se trouve à certaines époques du côté de genres non canoniques, comme la chronique ou la correspondance, et non du côté du roman ou de la poésie».C’est ainsi que des textes qui appartiendraient ailleurs — c’est-à-dire dans d’autres historiographies littéraires nationales — aux marges de l’histoire littéraire en forment ici «l’armature».C’est le cas notamment des Relations des Jésuites, des lettres de Marie de l’Incarnation et d’Elisabeth Bégon, de l'Histoire du Canada depuis sa découverte de François-Xavier Garneau («le premier écrivain véritable du Québec») ou du manifeste Refus global.Mais parmi les choix qui pourront surprendre certains lecteurs figure celui de présenter la littérature anglo-montréalaise (Mavis Gallant, Leonard Cohen ou Mordecai Richler) sous le vocable «littérature québécoise».«Adopter un point de vue contemporain sur la littérature Mordecai Richler, écrivain québécois?Oui, selon les auteurs littérature québécoise.REUVÉfcS de la nouvelle Histoire de là éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Pierre Ouellet Outland Poétique et politique de Vextériorité PIERRE OUELLET OUTLAND Poétique «1 politique de l'extériorité 270 pages, 25 dollars ï1 Ouimiik Palmit'ri ARCH V S NA110NAI.KS DU CANADA Gabrielle Roy (1909-1983) québécoise, écrivent les trois auteurs dans leur introduction, c’est forcément aborder la question de ses.frontières non seulement au regard de la tradition, mais aussi à partir des interrogations auxquelles fait face à présent la culture québécoise.» C’est ainsi qu’ils ont cherché à rendre compte des œuvres de langue anglaise qui, grâce à la traduction, se sont avérées les plus significatives du point de vue des lecteurs francophones.Un choix qui risque à coup sûr de susciter de vives discussions.Et puisque l’auteur immense et controversé de Solomon Gursky Was Here n’est plus là pour donner soq avis.A cet égard, la photographie qui illustre la couverture de l’ouvrage pourra paraître emblématique de ce parti pris en faveur d'une définition aussi inclusive de la littérature québécoise: celle de la vitrine de la vénérable bouquinerie anglophone The Word, située rue Milton, à Montréal.Il y aura certes de remarquables oubliés dans cette Histoire de la littérature québécoise, des canonisations discutables, d’inévitables malentendus sur fe sens à donner à une œuvre bu à une autre.L’exercice est forcement périlleux et les auteùrs sont d’emblée disposés à parer tous les coups: «Toute histoire de la littérature [.] se compose également de ce qui résiste aux classifications et aux interprétations qu’elle propose.» Une somme incontournable.Collaborateur du Devoir HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Michel Biron, François Dumont et Elizabeth Nardout-Lafarge Boréal Montréal, 2007,692 pages ANDRÉ ROY Tout, rien, quelque chose ANDRÉ ROY TOUT, RIEN, QUELQUE CHOSE ’ LES HERBES ROUGES f POÉSIE “Les étoiles digérées par ton corps Deviennent des animaux dans tes yeux.” LES HERBES ROUGES/POÉSIE liaPrM , JACQUES GODBOUT Paul-Emile Borduas, l'auteur du manifeste Refus global.i LE DEVOIR, LES SAMEDI 1 '* ET DIMANCHE i SEPTEMBRE 2 O O ITTERATURE Simon Girard, découverte de la rentrée Danielle Laurin Le Québec compte au moins un écrivain de plus.De ceux qui se démarquent, cassent la baraque.D s’appelle Simon Girard, a 28 ans, vit à Montréal.Et signe Dawson kid.Dawson, comme dans collège Dawson, oui.Comme tireur fou.«Je les comprends, ces tueurs, qui se détestent tellement, en deviennent malades, aveugles, et se trompent de cible, se retournent contre le monde pour survivre un peu plus longtemps, avant d’en finir.C’est normal de se tromper, non?» C’est Rose qui parle.Rose, 20 ans, danseuse nue depuis deux ans.Et qui veut en finir.Avec sa vie pourrie, avec elle-même.Mais ce matin-là, au moment où commence Dawson kid, ce n’est pas elle qui se suicide dans le métro, c’est quelqu’un d’autre, un autre désespéré.La tuerie au collège Dawson n’a pas encore eu Ijeù.Mais ça ne saurait tarder.«Quelques fusils étaient entrés, dans les mains d’un seul petit garçon mal grandi, et avaient tiré.Puis les fusils s’étaient tus, les médias prenaient le relais.Eux ne s’arrêteraient pas si vite.» Mais on aurait tort de réduire Dawson kid à la reconstitution d’un massacre collectif dans une école, ici OU aux Etats-Unis.A une certaine forme d’opportunisme littéraire, diraient certains: choisir un sujet choc, tabou, titiller l’épiderme sensible des gens, question d’at- tirer l’attention sur soi en partant.En mettre plein la vue, et foncer dans le tas, quoi.Ce qui n’enlève rien aux romans, parus ces derrières années, qui traitent de ce phénomène alarmant A H faut qu’on parle de Kevin, en particulier.Ecrit par une Américaine, qui signe sous un pseudonyme masculin: Lionel Shriver.Un livre effrayant Parce que tellement juste.Mais Dawson kid nage dans d’autres eaux.Nous parle de quelque chose en plus.Quelque chose à côté, disons.Tirer sur ses semblables à bout portant c’est ce qui aurait pu arriver à Rose.Ce n’est pas l’envie qui lui manque, même si elle est une fille.Ni l’agressivité, ni le désir de se venger contre le monde entier.Un père alcoolo, qui l’a violée et battue à répétition.Vous voyez le topo.Sa vie se résume à ceci: avant sept ans, après sept ans.Avant elle était une petite princesse.Après, elle est devenue un déchet à ses propres yeux.Et a bâti un mur d’insensibilité autour d’elle: «je ne sens plus rien, donc je n’ai plus mal».Elle danse déshabillée autour d’un poteau, oui.Mais elle aurait pu tourner plus mal encore, tomber dans les filets d’un gang organisé qui l’aurait forcée à se prostituer, etc.Elle a acheté sa liberté.Empoché les billets.Les a mis de côté.D’ailleurs, elle peut maintenant se permettre de tourner le dos au bar qui l’employait Pour faire quoi?Il y a bien les livres qu’elle n’a pas encore lus, qu’elle ne pourra jamais tous lire.Il y a bien la lecture comme refuge, comme soupape.Mais ça ne remplit pas une vie.Il y a bien la masturbation aussi, à grands coups de fantasmes.Mais bon.Toujours à recommencer.On ne peut pas éternellement tourner en rond.Se raconter des histoires, même des histoires d’animaux en cage qui se rebellent, parce que c’est plus facile d’inventer que de dire la vérité, d’affronter la réalité.Il faut bien passer à l’action à un moment donné.Alors?Alors, Rose devie t boxeuse.Rien de e MARTINE DOYON Simon Girard moins.«Je veux cogner sans tuer personne.Ou peut-être moi seulement, mais à petit feu.» Elle cogne, cogne, et cogne encore: «Je ne pourrai jamais m’arrêter.Jamais.Jamais.Je ne parlerai pas.J’ai trop honte.De ne pas avoir été assez forte.D’avoir laissé la petite princesse être tuée.» Une boxeuse en feu.Rose, sur le ring.Soutenue par un vieux coach qui croit en elle.Comme dans Million Dollar Baby au cinéma.Une battante, au fond, Rose Dawson kid Bourassa, une résiliente.«J’aime croire que j’avais une vie de chienne à vivre, et que je suis en train de piper les dés.» Même l’amour pourrait être possible, qui sait.Ce qui ne veut pas dire, pour Rose, de voir la vie en rose.Ce qui ne veut pas dire que la mort quelque part, ne sera pas au rendez-vous.Apres tout, «ça prend la mort pour faire plus sérieux, attirer toute l’attention».Ouf! Ça cogne, au sens propre comme au figuré, Dawson kid.Il y a bien quelques clichés.Quelques scènes un peu trop détaillées, aussi.Mais que d’images fortes! Des images fortes qui reviennent, s’emboîtent, se répondent.Sans rien enlever à la trame narrative comme telle, aux événements qui se bousculent, nous tiennent en haleine.Au contraire.C’est l’amalgame des deux — du ton et du fond — qui est exemplaire.Une voix unique, celle de Simon Girard, serait-on tentée d’affirmer.Qui promet, en tout cas.« Dawson kid est ma neuvième histoire écrite, la première publiée», confie-t-il.Je ne sais pas à quoi ressemblaient ses histoires précédentes, mais il a eu raison de persévérer.Ce jeune gars pratique l’écriture avec la discipline d’un sportif, paraît-il.S’entraîne sans relâche, comme un boxeur en prévision d’un combat.Tiens, ça nous ramène à Rose.Qui cite Mohammed Ali.«Mohammed Ali disait que le combat est gagné longtemps d’avance, dans le gymnase, à l’entraînement, dans la tête.» Collaboratrice du Devoir DAWSON KID Simon Girard Boréal Montréal, 2007,192 pages QUÉBEC Ne jamais grandir La naïveté enfantine, que Nicole Fontaine excelle à transposer, relève en définitive d’une folie qui se mêle à son contraire, la sagesse MICHEL LAPIERRE Près du berceau de sa sœur cadette, un enfant interroge leur mère: «Où elle était ma soeur quand elle était encore morte?» La dame s’improvise poète en répondant que la petite fille, loin d’être morte, dormait dans la «nuit douce et liquide» du ventre maternel.L’enfant se montre bien meilleur artiste en s’écriant «Si favais su, je semis resté la! Mais bon! Moi, j’avais pas l’habitude de naître!» Même si l’on hésite à le recon-naître, on ne reste pas insensible à la poésie d’une innocence absolue qui se dégage du premier livre de Nicole Fontaine, un recueil de nouvelles qui s’intitule précisément Moi, j’avais pas l’habitude de naître.C’est bien sûr parce que la naïveté enfantine, que la nouvelliste excelle à transposer, relève en définitive d’une folie qui se mêle à son contraire, la sagesse.Née en 1932, Nicole Fontaine, présidente de la société qui organise les Correspondances d’East-man, a suffisamment l’expérience de la vie pour être convaincue que les propos les plus saugrenus des enfants cachent parfois une ironie qu’envieraient les philosophes.La réflexion que Schumann formulait au sujet des Scènes d'enfants qu’il a composées pour le piano allait encore plus loin: «Les enfants sont des prophètes.» La nouvelliste québécoise met cette phrase en exergue à son livre, et on peut affirmer qu’elle ne la fait pas mentir.Dans quelques-uns des trente-trois récits, les mots prennent une valeur prophétique qui reflète, comme si de rien n’était, l’esprit d’enfance dans toutes ses audaces.Qui d’autre qu’un enfant, lorsqu'il apprend qu’un artiste, un jour de pluie, est en train de peindre «l’au-delà», se réjouit de voir plutôt sur la toile «l’eau d’ici»?Quel être d’un autre monde pourrait, aussi bien qu’un écolier, réinventer la géographie en dissolvant dans le langage les idées ennuyeuses des adultes pour ajouter au dictionnaire des mots comme «méditer-année, pat-agonie, équa-theure»?Nicole Fontaine écrit ses nou- velles, souvent très brèves, comme des poèmes spontanés.Mais dès que le récit s’allonge, la fraîcheur se perd.Dès que les personnages atteignent l’adolescence, la magie s’éteint.La nouvelliste est seulement prédestinée à bien décrire un mopde clôt qui refuse de grandir.A la différence de Réjean Duchar-me qui, dans L’Avalée des avalés, a eu le génie de fixer dans un inconnu d’une durée indéfinie le passage de l’enfance à l’adolescence, Nicole Fontaine nous attriste en nous laissant croire que les dernières heures de l’enfance correspondent aux der- nières heures de la poésie.On aurait souhaité voir, dans son art tardif mais peut-être encore prometteur, un esprit d’enfance qui, malgré le vieillissement physique des personnages, n’aurait pas perdu l’habitude de naître.Collaborateur du Devoir MOI, J’AVAIS PAS L’HABITUDE DE NAÎTRE Nicole Fontaine Hurtubise HMH Montréal, 2007,160 pages ARCHAMBAULTSI PALMARÈS LIVRES À la mémoire de David Karel C’est avec regret que nous soulignons le décès de DAVID KAREL, collaborateur et ami des Presses de l’Université Laval / Les Éditions de l’IQRC.Professeur apprécié de tous, chercheur compétent, cet historien de l’art québécois a signé de nombreux ouvrages qui ont laissé leur marque.La direction et le personnel désirent offrir leurs plus sincères condoléances à la famille et aux proches en deuil.Nos hommages reconnaissants ju! Les Presses de l’Université Laval Les Édition de l’IQRC LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION ____Livres d’occasion de qualité NOUVEL ARRIVAGE ARCHITECTURE ET BEAUX-ARTS -D'AVILER: Cours d'architecture de Vignole, chez Jean Mariette, Paris 1738 - FREARD de CHAMBRAY: Parallèle de l'architecture antique avec la modmie.,Charles Antoine Jombert, Paris 1750 - PALLADIO: L'antichitii di ronut /et/ Le cose nmravigliose de Valtrut cittù di mma, In Vemtia per Gio.Varisco, e compagni 1565 - MILLIN'.Dictionnaire îles beaux-arts, chez Desbray, 3 volumes, Paris 1806 Pour plus d’information : 514-522-8848 1-888-522-8848 bonheurdoccasion@bdlnet.ca 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) NOUS NOUS DEPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Pierre Bertrand L’intime et le prochain Essai sur le rapport à Vautre PIERRE BERTRAND riNTIME ET U PROCHAIN 5*1 MJ, (, K**,OUT À i'AllJ*, 144 pages.IH unllars Résultats des ventes: du 21 au 27 août 2007 ® QUEBECOR MEDIA ROMAN OUVRAGE GENERAL PARCE QUE JET'AIME LE SECRET Guillaume Musso (X0) Rhonda Byrne (Un Monde Différent) SAUVE-MOI Guillaume Musso (Pocket) PETIT LAROUSSE ILLUSTRÉ 2008 Collectif (Larousse) SOUS L'ARBRE A PAUBRES.LE SECRET OU SECRET Boucar Diouf (Intouchables) Karen Kelly (Jour) LABYRINTHE L'ART DE CONJUGUER Kate Mosse (Livre de Poche) Collectif (Hurtubise HMH) ENSEMBLE C'EST TOUT PETIT ROBERT 2008 Anna Gavalda (J'ai lu) IjfcU Collectif (Robert) LA PART DE L'AITIHE Éric-Emmanuel Schmitt (Livre de Poche) AMOUR, CHOCOLAT ET AUTRES.Evelyne Gauthier (Mortagne) FLEUR DE LYS Francine Ouellette (Libre Expression) MULT1DICT10NNAIRE DE LA LANGUE.Marie-Éva de Vlllers (Québec Amérique) TOUTE L’HISTOIRE BU MONDE: DE.'Itteti J C Barreau / G.Bigot (Livre de poche) LA CLÉ DE U MAÎTRISE Charles F.Haanel (Dauphin Blanc) MES AMIS, MES AMOURS Marc Levy (Pocket) NOUVELLE GRAMMAIRE EN TABLEAU fiyi Marie-Éva Vlllers (Québec Amérique) PEOPLE OR NUT PEOPLE Lauren Weisberger (Pocket) RÉUSSIR L'EXAMEN D'ENTRÉE AU.WuLfk F Tchou / P.Tranquille (Didier) JEUNESSE QUATRE FUIES ET UN JEAN T.4 Ann Brashares (Gallimard) LORI-LUNE T.1 : ET U SECRET DE.Suzanne Julien (Pierre nsseyre) HARRY POTTER ET U PRINCE DE.J.K.Rowling (Gallimard) A VOUS DE JOUER) : LA FORÊT NOIRE S.Bilodeau / M.Chartxmneau (ADA) ASTÉRIX ET SES AMIS : HOMMAGE.Collectif (Albert René) LE JOURNAL D'AURÉUE LAFLAMME T.j| India Desjardins (Intouchables) AN0UCHKA AU CAMP SURPRISES.A, Gravier / R.Cazazian A U CROISEE DES MONDES Philip Pullman (Gallimard) ARTEMIS FOWL T.5 : COLONIE PERDUE | Eoin Coder (Gallimard) GRAMMAIRE JEUNESSE POUR.Myriam Laporte (CEC) ANGLOPHONE HARRY POTTER & THE DEATHLY.I J.K.Howting (Raincoast) ECHO PARK Michael Connelly (Warner Books) THE SECRET j Rhonda Byrne (Beyond Words) BREAK NO BONES Kathy Relchs (Scribner) CRISIS Robin Cook (Berkley Books) THE TESTAMENT Eric Van Lustbader (Forga Books) THE AFGHAN Frederick Forsyth (GP Putnam and Sons! WHITETHORN WOODS Mneve Binchy (Me Arthur A Company) THE BOOK OF THE DEAD \ D.Preston (Grand Central Publishing) THE RUINS Scott Smith (Vintage) itel LE DEVOIR.LES SAMEDI 1 ET DIMANCHE 2 SEPTEMBRE 2007 F 4 E R LITTERATURE ROMAN FRANÇAIS Pas question de s’y faire ! Khoury-Ghata, libre-penseuse, se penche sur les valeurs humanitaires GUY LAI N E MASSOUTRE Alors que la question des accommodements raisonnables est posée, il nous appartient de savoir jusqu’où on peut transiger avec les différences.La romancière et poétesse Vénus Khoury-Ghata, née au Liban et installée en France depuis près de quatre décennies, sait de quoi elle parle à cet égard.Sept pierres pour la femme adultère est un roman exemplaire.On y plonge au cœur d’un village du Sahel, Khouf («la peur»), où se pratique la loi islamique.Ici, la fatwa a été prononcée contre Noor («la lumière»), enceinte d’un autre homme que son mari, un ingénieur blanc qui l’a violée; la voilà répudiée, prochainement lapidée.Le malheur de cette affaire?On dirait le contraire.Qui se réjouit?D’abord Noor, la victime, revendique inconsidérément le plaisir sexuel qu’elle y a découvert Ensuite, plus le mari crie vengeance, plus ses affaires louches prospèrent Enfin, le cheikh et le kadi, sbires barbares d’Allah et ses prophètes, attisent avec profit la haine immémoriale que les villageois se vouent naturellement Devant leur justice saugrenue, aux raisonnements sans dessein, et l’inculture locale, des «humanitaires», médecins et rares ONG «francaouis» présents à Khouf, tentent de refréner le mollah, protecteur de la vertu, et le directeur du bureau de l’oppression du vice, autre autorité éminente.Pathos intense et jets de bêtise Ce combat, perdu d’avance, Khoury-Ghata le raconte avec maestria.Haut en couleur et sec, son style nous instruit sur les mentalités de Khouf, avec des détails piquants.Avec quel art, quelle émotion, quelle drôlerie aussi! Son héroïne généreuse, mi-occidentale, mi-orientale, veut sauver Noor de son sort affreux, au risque, si elle réussit de voir les pierres défoncer son propre crâne! Rocambolesque et bouleversant, le récit avance promptement, découvrant les incohérences de ce quart-monde aussi cruel qu'innocent.Sans école, voilà une génération d’illettrés, femmes et enfants, aux prises avec le machisme borné et la charia! Soumises à l’impuissance fatale, à l’isolement à la sottise des dictons et à la cruauté jubilatoire, elles souffrent toutes les manipulations.Pas de liens de cause à effet pour l’autorité! Pas de responsabilité humaine, ni de soins, ni de pitié: les préjugés et les illuminations ineptes font peser une menace constante.Un père, imbu de lui-même, qui couche avec sa fille et la met enceinte, peut la jeter Vénus Khoury-Ghata dans un puits, avec l’assentiment de tous, «parce que sa fente est ouverte» et qu’elle ne trouvera plus de mari.Par exemple.Khoury-Ghata ne se prend pas les pieds dans le tapis.Avec une grande efficacité de romancière, elle dénonce les violences faites aux femmes, dépeint le tapage parodique et honteux des décisions sur leur vie.Inspirée d’un fait réel, survenu en Iran, qui donna lieu au débat suivant: doit-on lapider une femme enceinte avant ou après son accouchement?, elle rapporte l’opinion qui prévaut du moment que la fatwa est appliquée.«Une hourma a payé pour une autre.Il n’y a pas de quoi en faire une histoire.Allah dans sa grande mansuétude saura la dédommager.» Il y a pire que d’être engoncée dans un voile.Non seulement inventer des ruses, qui aident les folles et les condamnées à traverser les contours de leur prison.Mais encore, une fois le désordre estompé, trouver le moyen d’y retourner.Tango de mer Grâce et misère du monde.Sur un ton beaucoup plus léger, un premier roman à signaler Le Complot des papillons de Patrice Lanoy.Non sans évoquer le fameux roman de Yann Martel, L’Histoire de Pi, et sans l’égaler, cette dérive d’un voilier avec trois comparses loufoques à bord, un malade, une caractérielle et un autiste, entraîne le lecteur dans une aventure onirique aux limites de l’invraisemblable.Pure irréalité.Par moments, le style familier laisse craindre le pire en ce qui concerne la maîtrise du sens.Cela fait assurément partie du jeu, une crainte qu’on vous laissera vivre en lisant «les jouets de la langue questionnent le pouvoir des êtres à savoir s’en servir».A mal parler, mal penser.Démonstration simple, distrayante, assez futée.Collaboratrice du Devoir SEPT PIERRES POUR LA FEMME ADULTÈRE Vénus Khoury-Ghata Mercure de France Paris, 2007,189 pages LE COMPLOT DES PAPILLONS Patrice Lanoy I p Seuil Paris, 2007,201 pages Le retour au pays natal d’Hélène Cixous NAÏM KATTAN Depuis une quarantaine d’années, Hélène Cixous explore dans ses nombreux ouvrages deux thèmes: son écriture et ses rapports avec sa mère, son père, ses enfants, son frère, son ami Jacques Derrida et d’autres personnes aimées.Ce sont ses territoires choisis.Elle y revient constamment en les approfondissant Dans son dernier livre, Si près, ces thèmes sont de nouveau ramassés, repris jusqu’à l’exacerbation, aboutissant à une apothéose.D est question de son retour à son pays natal, l’Algérie.On se rend compte, page après page, qu’il s’agit d’une réaffirmation de son lien avec ses parents, de ses sentiments d’amour et de perte.De citoyenneté française, comme le sont les juifs d'Algérie, elle est née d’un père algérien et d’une mère allemande.Celle-ci, réfugiée juive, lut une sagefemme qui décida de rester dans le pays après l’indépendance, jusqu’au moment où le gouvernement algérien la dépouilla, en 1971, de sa clinique.Ce frit la date de la dernière visite d’Hélène, qui poursuivait ses études universitaires à Paris, à son pays.Elle se sentait étrangère et marginalisée en Algérie.La culture arabe lui échappait et, en tant que juive, elle faisait face à l’antisémitisme.Son père médecin est mort jeune et sa mère, à quatre-vingt-quinze ans, est toujours présente dans sa vie.Quand elle décide de retourner au pays natal, sa mère l’en dissuade.Pourquoi ce voyage?Pour visiter le cimetière où est enterré son père?Les cimetières n’attendent et n’ont besoin de personne, lui dit-elle.Dans le style de son écriture particulière, la moitié du livre est une interrogation sur ce que représente l’Algérie pour elle.Les reprises, les répétitions, les allitérations correspondent à la substance.Cixous rappelle la présence de Zohra, sa camarade de classe arabe à Alger, qui frit, comme elle, marginalisée.Aujourd’hui, l’Algérie, le pays du retour, c’est elle.Elle ne cesse de répéter son besoin de lui adresser une VALÉRY HACHE AFP Hélène Cixous lettre.Entre le débat avec sa mère qu’elle aime et admire et à laquelle elle s’oppose, et cette Algérienne perdue qu’elle tente de ressusciter, l’interrogation sur l’Algérie devient un constant surgissement, un appel à la mémoire, une valse d’hésitations faite de refais et d’élan.À la recherche de Derrida Elle avait longtemps projeté de visiter l’Algérie avec son ami Jacques Derrida, Oranais comme elle, disparu avant d’avoir pu effectuer le voyage.Sa mère se résigne à son départ Finalement elle atterrit sur le sol algérien et se met à la recherche de sa maison, de celle de Derrida, du cimetière.Autrefois français, les noms des rues ne sont plus les mêmes, portant désormais des appellations arabes.Dans sa recherche des lieux et sa quête d’un passé que sa mémoire anime, elle lutte contre l’errance.Elle parvient à visiter la maison de Derrida, puis la sienne, et fait son entrée au cimetière abandonné, délaissé et, miracle, elle découvre la tombe de son père.Dans des pages selon moi parmi les plus belles de toute son œuvre, elle dit son amour à ce père disparu avant quelle ait pu le lui communiquer, amour qui, au passage des années, loin de s’atténuer, s’est transformé en passion.«Cest comme revoir son père qu’on n'avait pas vu depuis trente-neuf ans.Cest comme le voir revenir à la mai- son où il nous a manqué tous les jours pendant trente-neuf ans, la maison a séché, on n’a jamais arrosé ce cœur, on n’a jamais guéri de l’attendre avec les dents empoisonnées de l’espoir sans espoir, plantées si profondément dans la nuque, on est resté mordus à mort.Et voici que le sans-fin a une fin et c’est jeudi.» L’Algérie revit dans la poursuite des traces d’une mère renvoyée alors qu’elle se dévouait au service des femmes du lieu et par la mémoire du père qui remonte à la surface, plus vibrante que jamais.En parcourant les rues du passé, Cixous n’a pas uniquement renoué avec son enfance et sa jeunesse, elle vit aussi une correspondance avec elle-même et une équivalence avec ce qu'elle est devenue.Elle a toujours pensé et senti que la vie est aussi un livre qu’elle écrit quelle tente d’écrire, qu’elle ne finit pas d’écrire.Dans Si peu elle triomphe de l’obstacle des mots et réussit à effectuer la rencontre entre le livre et la vie.En dépit de leur insuffisance, elle déploie les mots qui disent l’amour, le passé et le présent rejoignant ainsi une mémoire qui est écriture.Je voudrais enfin signaler le précédent ouvrage de Cixous, Le Voisin de zéro.Sam Beckett.Son éditeur lui a demandé de consacrer un livre à Samuel Beckett, qu’elle a connu, Ju, admiré.Elle le suit dans son cheminement dans des mots qui rappellent sa propre démarche.Comme si Hélène Cixous, qui avait consacré un important ouvrage à James Joyce, cherchait à rejoindre cet ami et compagnon de Joyce dans sa quête et ses inquiètes interrogations.Collaborateur du Devoir SI PRÈS jfélène Cixous Editions Galilée Paris, 2007,214 pages LE VOISIN DE ZÉRO, SAM BECKETT Hélene Cixous Editions Galilée Paris, 2007,83 pages POÉSIE QUÉBÉCOISE Abscons détournements HUGUES CORRIVEAU L> éditeur invite le lecteur à «ex-i plorer les recoins théâtraux de chaque mot» dans D’où que la parole théâtre de Thierry Dimanche.Outre le fait que je ne saisis pas bien le sens de cette invitation, je ne vois pas bien non plus ce qu'il y a à «explorer» dans ce recueil vieilli à force de ressembler aux «explorations» formalistes des années 70-80.Le recueil dégage, dès les premiers mots, un relent suranné.On dit encore que nous trou- vons dans ces pages «des détournements de sens, des répétitions comme des bégaiements qui nous donnent l’impression que l’auteur cherche à terminer sa pensée [.]».On entend bien: «cherche»! Mais peu lui chaut d’y parvenir.Son intention est ailleurs, à savoir jouer, contrecarrer le sens, détruire l’attendu.J’accompagnerais sans problème ce désir, mais je bute sur d’abscons détournements.Vais-je m’attarder longuement à pénétrer la pensée sous-jacente du poète, «puisque roquène-raule n’aura été qu’onguent de misère»?NE METTEZ PAS N’IMPORTE QUOI DANS VOS OREILLES Sms Vais-je me creuser les méninges pour saisir ce que représente ce «faciès alternatif du réconfort grégorien»?Nenni.C’est néant! Moi qui ai faim de poésie, on ne me propose «que céréales faibles et ce pain lâche».Misère de misère! On aurait le goût de lui crier très fort à l’oreille: «poète vrille-toi dehors et deviens ce que personne n’est devenu dans les miettes de ta bouche», juste pour voir s’il saurait quoi faire.et d’ajouter, question d’être bien certain qu’on nous entende: «[.] Dimanche /à force de girations dans la fêlure», tu risques de perdre tes mots.Bien qu’on trouve des échos de Gauvreau et de Tzara, bien que le ludisme soit roi dans ces pages, je n’y peux rien, seule l’immense vacuité de l’entreprise submerge «dans la suprême beauté de ne rien trouver».Vous avez dit « tabou » ?La couverture du recueil de Marie-Hélène Montpetit est «enjolivée» d’un collage de l’auteure montrant un «joli» oiseau sur une branche.Y aurait-il quelque chose de tabou à regarder les oiseaux?Sans doute pas, me dis-je.J’aime bien quand les éditeurs nous aident à mieux saisir un projet Ici, on nous dit que «ces poèmes sont issus de la mémoire.Ils la détaillent en mots [.]».Je suis heureux d’apprendre qu’il ne s’agit pas de poésie visuelle.Je n’en serai pas moins consterné.Le premier poème s’intitule Ra-quel Welch et débute ainsi: «Je déballe mes viscères dans des sous-sols sombres».Holà! Le «pitpit» n’aurait été qu’un leurre?Non pas, puisque l’auteure précise qu’elle a «[.] crié des noms d'oiseau malade et létal».En fait, Dans le tabou des arbres cache une colère qui gronde et qui surgit dans les textes à travers un vocabulaire relativement mal contrôlé, éparpillé qu’il est entre le vieillot folklorique («[.] je t’entends murmurer des paroles sans bon sens / que le vi-doir coud de silence à tes lèvres» ou, pire, «Tu es l’enfant d’éternité / que livre la fardoche aux quatre vents de ses carêmes») et une espèce de désir de contemporanéité mal fichue («[.] /e jour évente le cartel de ses plaies»).On trouve dans un texte au titre navrant Je me suis enfin sentie femme (Nicole Croisille), des scories qui rebutent plus encore: «Comme on électrocute sa lenteur / je hâte mon sacre en ton contraire / scarifie mes nattes aux poppers sur ton bleu tatami / afin de réveiller / au poison de ta tchatche / mes trompes de leur sommeil de Jocondes impassibles.» Ouin! Tout cela est franchement déplorable.Collaborateur du Devoir D’OÙ QUE LA PAROLE THÉÂTRE Thierry Dimanche L’Hexagone, coü.«L’appel des mots» Montréal, 2007,80 pages DANS LE TABOU DES ARBRES Marie-Hélène Montpetit Editions Triptyque Montréal, 2007,64 pages EN BREF Kenneth White et sa vision de l’Asie Attiré depuis toujours par les errances qu’encouragent chez lui le paysage et la géographie, Kenneth White, toujours traduit par sa femme Marie-Claude, propose dans Le Visage du vent d'Êst (Albin Michel) sa vision de l’Asie.Point de départ: Hong Kong, qui mène ensuite à Macao et à Taiwan, puis à la Thaïlande.Ici, la culture et l’histoire se mêlent à une perspective unique qui touche aux rivages de la contemplation.- Le Devoir Mini Visuel français-espagnol Québec Amérique décline désormais sous plusieurs formes son formidable dictionnaire visuel original.Cette saison, la maison du Vieux-Montréal propose ainsi un mini Visuel français-espagnol.Cet outil pratique propose quelque 20 000 mots dans chaque langue, regroupés autour de 3600 illustrations et organisés par thème tout en étant classé dans un index.Un outil d’apprentissage brillant, encore une fois.- Le Devoir LA PETITE CHRONIQUE À propos de Giono Gilles Archambault A-t-on assez glosé autour du Giono seconde manière, celui qui avait succédé au chantre de la nature pour devenir stendhalien, la plupart des lecteurs préférant Le Hussard sur le toit ut Angelo à Un de Baumugnes ou Jean le Bleu des débuts?Un petit livre intitulé Blanche Meyer et Jean Giono pourrait donner l’une des clés de l’orientation de l’œuvre.Blanche Meyer a été l’amie puis l’amante de l’écrivain.Rien de bien exceptionnel à cela, on en conviendra.L'étonnant viendrait de ce qu’aucun des biographes de l’auteur de Manosque ne fait mention de cette histoire d’amour qui occupera la vie de Giono pendant des décennies.Pis encore, les descendants de l’écrivain empêcheront même la publication des mémoires de Blanche Meyer en interdisant l’utilisation des lettres que lui envoya Blanche.Le Giono que j’ai connu, tel est le titre du manuscrit que Jolaine Meyer, la fille de l’amante, a confié à Annick Stevenson.Laquelle en a tiré une évocation chaleureuse et discrète d’une femme dont le moins qu’on puisse dire est quelle était à la fois passionnée et attachante, imprudente et intrigante.Née en 1908, donc treize ans plus jeune que Giono, elle épouse à dix-sept ans un jeune homme destiné à devenir notaire.Le couple s’installe à Manosque.Blanche est d’une éclairante beauté; elle rencontre Giono en 1928 chez des amis communs.Une amitié se tisse.Il prendra l’habitude de lui lire ses textes, de lui communiquer ses impressions de lecture.Ce n’est qu’en 1938 qu’ils deviennent muants.On peut facilement imaginer les détours, les subterfuges qu’ils durent utiliser pour camoufler leur aventure dans le milieu fermé qu’était le Manosque de l’époque.Puis il y a la guerre, les deux séjours en prison de Giono, le dévoilement obligé de leurs relations.Giono est un amant jaloux.Si le mari est plus conciliant, il n’en exige pas moins la garde de la petite Josiane, la fille de Blanche.Ce que cette dernière refuse.Ce n’est qu’une parcelle des détails amoureux que renferme le livre d’Annick Stevenson.On y apprend l’existence de deux liaisons de Blanche avec des personnes dont l’identité nous indiffère.Plus important pour le lecteur est d'apprendre que Giono, l'amant om- AGENCE FRANCE-PRESSE Jean Giono brageux et parfois injuste, s’est transformé en ami lointain mais présent.Il est devenu une célébrité, ses œuvres paraissent dans la Bibliothèque de la Pléiade, il collabore au cinéma, réussit sans trop d’embûches à transformer son image d’écrivain compromis pendant l’Occupation.Que penser de ce petit livre?Il s’agit à n’en pas douter de l’évocation sensible et subtile d’une personne que la biographe aime.On comprend son engouement.Comment ne pas ressentir comme elle l’injustice de la situation?Puisqu’il apparaît si évident que Blanche Meyer est l’inspiration de tant de personnages féminins de l’œuvre de Giono, pourquoi ne pas le reconnaître?Est-il nécessaire toutefois, pour lire Giono — et c’est ce qui compte après tout —, d’en savoir tant sur ses inclinations amoureuses?Probablement pas.D’autant que l’écriture de ce petit livre aurait gagné à être plus concise.Annick Stevenson nous rapporte dans les dernières pages de Blanche Meyer et Jean Giono une phrase de Josiane: «Lorsque ma mère apparaît, c’est comme un flot de lumière.» Pour que cette lumière paraisse plus évidente encore, il aurait été préférable de donner moins de ces détails, au fond inutiles et qui font ressentir au lecteur qu’il se comporte un peu, malgré lui, en voyeur.Collaborateur du Devoir BLANCHE MEYER ET JEAN GIONO Annick Stevenson Actes Sud Paris 2007,249 pages LE DEVOIR.LES SAMEDI 1 ET DIMANCHE 2 SEPTEMBRE 2007 K H F 5 LITTERATURE ROMAN CANADIEN-ANGLAIS Le scientifique lyrique SUZANNE GIGUÈRE T es Artistes de la mémoire de Jeffrey Moore ''JL/est en passe défaire un malheur dans le genre de L’Histoire de Pi de Yann Martel», peut-on lire en quatrième de couverture du roman, qui s’est imposé sur la scène internationale (il a été publié dans quatorze pays).Pourtant, ü aura fallu dix ans à l’écrivain montréalais anglophone avant qu’un éditeur de Saskatoon accepte de publier son premier roman, Prisoner in a Red-Rose Chain, qui en 1999 remporta le Prix du Commonwealth (2000), la plus haute distinction littéraire britannique pour un pre-rpier roman.Depuis, il a été traduit en français aux Editions de la Pleine Lune (Captif de roses enchaîné) et en plusieurs langues.Bien que Les Artistes de la mémoire porte sur une blessure, la maladie d’Alzheimer, il offre une grande jubilation de lecture.Naviguant entre l’effroi et le rire, toujours proches, ce roman inoubliable repose sur l’idée que la science et l’art sont intimement liés.Profond, érudit, il exerce une puissante fascination par sa houle verbale pour peu que le lecteur accepte d’en suivre les méandres et le ressac.Les tourments de l’oubli «La plupart des gens souhaitent apprendre à se rappeler davantage: Noel Burun, lui, devait accomplir un travail plus considérable, bien plus pénible: apprendre à oublier.» Noel Burun, scientifique, souffre de synesthésie hypermnésique.Non seulement il peut tout mémoriser, mais chaque fois qu’il entend une voix et lit un mot, des formes multicolores surgissent dans sa tête; elles servent de marqueurs qui l’aident à se rappeler, dans le moindre détail, une émotion, une humeur, une intonation.Noel est sy-nesthète comme l’étaient Baudelaire, Rimbaud, Proust, Nabokov, Liszt, Rimski-Korsakov, Kandinsky, Olivier Messiaen, Scriabine.Or ce don (se souvenir de tout, une audition colorée) ne va pas sans souffrance.L’esprit criblé en permanence d’images, LUDOVIC FRKMIAUX Jeffrey Moore de sensations et d’émotions, Noel a parfois l’impression que son cerveau va exploser et que «la poussière de mémoire va voler un peu partout».Lié étroitement à sa mère Stella, historienne d’art atteinte de la maladie d’Alzheimer, Noel se réfugie dans le laboratoire de son père, brillant neu-ropharmacologiste disparu tragiquement, afin de trouver une pilule miracle pour la mémoire.Au fil d’un récit très émouvant, nous suivons le déclin de Stella, qui se mesure en horizontales.Les mots-croisés du New York Times sont truffés de cases blanches «et plus rien du tout, le journal même pas ouvert».Les premières pertes de mémoire, les moments d’absence et de brouillard, les tourments de l’oubli — «Stella a écrit ces mots navrants sur son poignet: je suis Stella Burun» —, de grands pans de la vie de Stella, cinquante-six ans, dégringolent «comme une falaise dans la mer».Confusions, intermèdes de lucidité, comportements et émotions déformés par la maladie, Noel doit faire face à la musique.Vie en suspens, oubli de soi-même, inquiétudes, épuisement, épouvante: «la maladie d’Alzheimer tue deux personnes».Cette phrase de la romancière Iris Murdoch a frappé Noël, passionné de littérature.Autour de lui évolue un petit monde excentrique: le Dr Vorta, psychiatre chevronné aux pratiques douteuses — il mène des expériences sur ses patients —, Samira, ex-comédienne dont Noel est amoureux fou (il devient lyrique quand il parle d’elle), qui a enfin trouvé sa voie dans l’art-thérapie qu’elle exerce auprès de Stella.Il y a aussi JJ Yelle, herboriste à l’optimisme contagieux «programmé pour le bonheur», qui concocte des élixirs homéopathiques pour la mère de Noel, et Norval, hédoniste, séducteur, qui associe ses conquêtes sexuelles à un projet de performance artistique et écrit un roman sur la peine amoureuse.L’art salvateur Dans ce roman aux reflets philosophiques, la science fait bon ménage avec la littérature, la musique et la peinture.Dans sa recherche du médicament révolutionnaire, Noel ne s’appuie pas seulement sur ses connaissances en neuropharmacologie.Le scientifique, qui a l’intelligence et l’imagina- tion d’un artiste, frit entendre à sa mère des œuvres musicales, lui lit chaque soir des histoires et lui récite de la poésie.«La poésie est le zénith de la créativité.Rien ne va aussi profondément dans le sang et l'âme.» Noel tient de son père que les maux du monde peuvent être guéris ou du moins soulagés par l’art.Ce dernier considérait l’art comme «l’avenue conduisant au plus haut savoir auquel pouvait aspirer l’être humain, un savoir impossible à atteindre par n’importe quel autre moyen».Jeffrey Moore prend aussi le temps de jeter un regard critique sur les lobbies des compagnies pharmaceutiques («de véritables usines de la peur»), qui font pression sur la recherche médicale.Il fustige également l’art-spectacle, l’art-in-dustrie.Roman dense et admirablement bien construit, avec des phrases gigognes qui cascadent en spirale dans la phrase suivante et d’autres qu’on relit tant elles paraissent dire en si peu de mots l’essentiel, Les Artistes de la mémoire forme un véritable kaléidoscope de sensations vives et variées.La magnifique traduction d’Hélène Rioux épouse parfaitement la prose effervescente, pétillante de joie, d’humour fin et de tristesse de Jeffrey Moore.The Memory Artists a remporté le Canadian Authors Association Award (2005) en plus d’être finaliste à de nombreux prix littéraires.Collaboratrice du Devoir LES ARTISTES DE LA MÉMOIRE Jeffrey Moore Traduit de l’anglais par Hélène Rioux XYZ éditeur Montréal, 2007,342 pages Dans ce roman, la science fait bon ménage avec la littérature, la musique et la peinture ROMAN ÉTRANGER L’Inde profonde PARTH SANYAI.REUTERS Les manchettes qui soulignent l’entrée de l’Inde dans la modernité passent sous silence le pays qui vit dans un temps reculé.' J jg ETSw.' iÈ&S! NAÏM KATTAN Au moment où l’on frit état de la pleine montée de la puissance économique de l’Inde, il est salutaire de lire le long roman dTJpama-nyu Chatteijee: Les Après-midi d’un fonctionnaire très déjanté.On y frit la connaissance d’une Inde profonde qui perçoit et subit, comme dans un lointain horizon, l’entrée en force de l'industrialisation et de la modernité.Le narrateur, Agastya, est un Bengali de vingt-quatre ans, un lettré, un universitaire qui est parachuté par le gouvernement à Madura, qne ville perdue au centre de l’Inde.A l’instar de l’auteur qui est né en 1959, a étudié la littérature anglaise à l’Université de Delhi pour devenir un haut fonctionnaire au sein de ITAN (Indian Administrative Service), il frit une découverte cuisante de son pays.On l’installe dans un «Rest House», un hôtel réservé aux fonctionnaires en tournée, et le voilà happé par la chaleur et les mous- tiques.Un domestique lui prépare des repas indigestes, il doit faire bouillir l’eau qu’il boit et, assez vite, il affronte la solitude.Agastya est censé faire l’apprentissage de l’administration en visitant fr préfecture, la police, les services de santé, d’irrigation, de développement.Mais partout il est confronté à des hommes qui travaillent le moins possible et cherchent par tous les moyens à mettre de l’argent dans leurs poches.Il frit la connaissance de fonctionnaires qui profitent de leurs situations pour vivre confortablement grâce à la corruption tandis que d’autres passent leur temps à boire et à se défoncer en prenant de la drogue.Privés de sexe, ils n’ont d’autre recours que la masturbation.Paysage lugubre, plaines desséchées peuplées de familles misérables dont la principale production est celle des enfants qui encombrent tous les coins de rue.Agastya s’exprime en anglais, en hindi et parfois en bengali, car il ignore la langue de la région qu’il comprend seulement par bribes.H prend part à des festivités ennuyeuses et accepte et parfois suscite des invitations à dîner chez le préfet afin d’éviter la cuisine de son serviteur.Il tente d’écouter des enregistrements de musique, lit Marc Aurèle et se demande de quoi sera fait son avenir.Rendant visite à un hospice de lépreux financé par des Hollandais, il se prend d’admiration pour l’administrateur, un sâdhu, un «renonçant» hindou qui a décidé de consacrer sa vie aux plus démunis.Il prend contact avec des tribaux, visite leur village dépourvu d’eau courante et d’électricité, tente de les aider à recreuser leur puits.Ce roman se lit comme un documentaire, le reportage d’un homme désenchanté, en pleine vacuité, côtoyant constamment le désespoir.Agastya ne cessé de réitérer son impuissance à décider de son avenir.Même ses rêves, provoqués par la drogue, sont artificiels.11 se sent étranger non seulement dans son pays mais à toute réalité.Les manchettes qui soulignent l’entrée de l’Inde dans la modernité passent sous silence le pays qui vit dans un temps reculé.Chatter- jee se contente d’en faire état, de le décrire, comme pour rendre conscients les Indiens et, à travers eux, les étrangers que l’heure de se dégager de cette réalité étouffante a bien sonné.Pour lui, il n’est question ni de révolte ni de passivité, mais de prendre la décision de commencer par des actions, fussent-elles modestes: creuser un puits, construire une route.L’immense pays ne peut se contenter d’une élite corrompue qui accepte son isolement en tentant de la rendre confortable.Collaborateur du Devoir LES APRÈS-MIDI D’UN FONCTIONNAIRE TRÈS DÉJANTÉ Upamanyu Chatteijee Traduit de l’anglais , par Carisse Busquet Editions Robert Laffont Paris, 2007,541 pages LETTRES FRANCOPHONES BRÈVES Le devoir de mémoire LISE GAUVIN Ce nouvel essai d’Édouard Glissant se présente comme une suite de réflexions préliminaires à la fondation d’un Centre national — français — pour la mémoire des esclavages et de leurs abolitions.Le projet de ce centre s’inscrit tout naturellement dans la foulée de la loi adoptée par le gouvernement français en 2001, loi frisant de Tesdayage un crime contre l’humanité et décrétant la journée du 10 mai Journée nationale consacrée à la mémoire de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions.Comme le souligne Dominique de Villepin en avant-propos, si «l’histoire nous a appris qu’il est inutile de comparer la gravité des crimes et la profondeur des souffrances, [.] rarement une forme de violence aura été pratiquée sur une si longue période et selon une organisation géographique aussi étendue et systématique».Ce devoir de mémoire, yVole Soyinka, Patrick Chamoiseau et Édouard Glissant l’avaient appelé dans une déclaration commune dès mars 1998, à l’occasion d’une réunion à la Sorbonne: «Aucun lieu du monde, écrivaient-ils,, ae peut s’accommoder du moindre oubli d’un crime, de la moindre ombre portée.Nous demandons que les non-dits de nos histoires soient conjurés, et que nous entrions, tous ensemble et libérés, dans le Tout-monde.Ensemble encore, nommons la traite et l’esclavage perpétré dans les Amériques et dans l’océan Indien crime contre l’humanité.» Cependant, se demande Glissant, n’est-il pas paradoxal de devoir se souvenir alors que la mémoire est oblitérée.«On ne répare pas la mémoire, précise-t-il, comme une boîte de fusibles.» Le devoir en est alors plutôt un de connaissance ou de «reconnaissance», car «c’est la connaissance, et elle seule, qui ravivera la mémoire».Et l’essayiste de faire la distinction entre diverses formes de mémoire collective, celle qu’il nomme la mémoire de la tribu, fondée sur l’expérience d’un passé commun et qui se transmet de génération en génération selon des rituels plus ou moins codifiés, et celle qu’il désigne sous le nom de mémoire de la collectivité Terre, «que chaque collectivité ou nation détermine pour sa part mais partage d’emblée avec toutes les autres».Celleci est prospective, telle «une pensée ar-chipélique, qui invente à chaque moment les effets de la Relation, disperse et éclabousse les identité en rapport, les renforce chacune cependant et les garantit de l’autisme identitaire».C’est cette «mémoire du futur» qui permet la ren- contre fructueuse des différences et le passage de l’identité racine unique à l’identité rhizome.C’est elle encore qui est apte à discerner les sujets de discorde ou de conflits.C’est elle enfin qui, en comprenant le phénomène des esclavages passés, peut mieux reconnaître ceux, davantage clandestins, du monde d’aujourd’hui.Et Glissant de revenir sur quelques-uns des concepts-clés de sa pensée, celui de créolisation notamment, qui émane de ce migrant nu qu’a été au départ l’Africain dans le ventre du bateau négrier, par comparaison avec le migrant armé, venu du nord-ouest de l’Europe, «qui entreprend de forger les instruments de sa domination», ou ensuite avec le migrant domestique ou familial, venu des régions pauvres de la terre accompagné de tout son clan.L’Africain déporté aura à recomposer, «avec la toute-puissance de la mémoire déolée, les traces de ses cultures d’origine, et de les mettre en connivence avec les outils et les instruments nouveaux dont on lui aura imposé l’usage, et ainsi dç créer, de faire surgir, ou de contribuer à rassembler |.] des cultures de créolisation parmi les plus considérables qui soient, [.] riches d’être valables pour tous, comme le jazz et le reggae et les littératures et les formes d’art de ce monde enfin si véritablement nouveau en fournissent des illustrations».Les langues créoles, pour leur part, permettent d’interroger et de remettre en question le processus de formation et d’évolution des langues.On lira également dans cet ouvrage une belle évocation (Je Faulkner, écrivain de génie et planteur du sud des États-Unis, qui «a bâti une œuvre pour [se] dire que l’esclavage des Noirs avait été la damnation des Blancs du Sud, sans jamais le dire de manière ouverte», en choisissant plutôt de l’exprimer «par une écriture différée, en toute tremblante nudité, comme chaque créateur aurait eu à sa place le devoir littéraire de le faire».Puisse le centre à vocation internationale dont il est question à travers ces pages, conçu comme un lieu de relations et non comme un lamentarium, voir le jour dans un avenir prochain.Collaboratrice du Devoir MÉMOIRE DES ESCUVAGES Édouard Glissant Avant-propos de Dominique de Villepin Gallimard Paris, 2006,167 pages «On ne répare pas la mémoire, précise Glissant, comme une boîte de fusibles » En format de poche Ce sont douze histoires de perte d’innocence gur fond de sordide poétique.La Mort de Mignonne et autres histoires, le second livre de Marie Hélène Poitras, qui avait reçu à sa parution en 2005 un accueil plus que favorable, est repris en poche chez Triptyque.’Des «fables noires» à l’humanité sensible qui nous transportent d’un terrain vague du port de Montréal à un petit village du Saguenay, en passant par une pi-querie du Centre-Sud.On y trouve des personnages de chevaux fatigués, d’animaux sauvages trahis par l’homme et d’enfants sages qui devinent les laideurs que leur réservera peut-être un jour la vie.Un vif plaidoyer par l’exemple en faveur de l’imaginaire et du «droit précieux d’écrire en dehors de l’obsession du réel».- Le Devoir En revue XYZ, la revue de la nouvelle rassemble pour son numéro d’automne 2007 une dizaine d’auteurs autour du thème de l’origine.Naissances d’hommes et de femmes, germes de mythes ou graines d’humanité.Un numéro qui prétend ajouter une couche «à l’inextricable palimpseste de notre mémoire collective qui nous la cache tout en nous la montrant».Au nombre des «nou-velliers» qui prêtent leur plume à cet exercice, on retrouvera notamment Sergio Kokis, Diane-Monique Daviau, Larry Tremblay et Hervé Bouchard.L’auteur de Parents et amis sont invité à y assister y propose, à sa manière, une déroutante «hypothée de Québec (fragment)».- Le Devoir visitez notre site web www.biblairie.qc.ca LIBRAIRIE • PAPETERIE 1567 rue King Ouest, Sherbrooke 'VvVVvV • 0 WMjft.plu&de/ 300 000 tûtes/G4V lujm/ LIBRAIRIE GÉNÉRALE ET UNIVERSITAIRE Obtenez jusqu'à 20% de remise sur vos manuels de cours de niveau universitaire 819 566-0344 LE DEVOIR, LES SAMEDI 1 ET DIMANCHE 2 SEPTEMBRE 2007 F 6 V.R ESSAIS ESSAIS QUÉBÉCOIS * La complainte du soldat Petit L’ancien simple soldat dénonce la propagande du ministère de la Défense qui veut faire croire que la profession des armes est louable et agréable Louis Cornellier Martin Petit a été simple soldat de l’armée canadienne pendant quatorze ans.Il a participé à des missions au Qatar, en Croatie, en Somalie, en Krajina et en Bosnie.Contrairement aux soldats Longtin, Duchesne et Mercier, morts en Afghanistan en août dernier, il a eu la chance d’en revenir.Aujourd’hui, il raconte son expérience.Son livre, Quand les cons sont braves, est un témoignage.Il doit donc être reçu comme un point de vue parmi d'autres.Exempt de sensationnalisme, il dégage toutefois un parfum d’authenticité qui lui donne sa valeur.Deux raisons ont motivé Petit à écrire ce livre.«J’ai besoin, avoue-t-il, d’une purge intérieure pour retrouver la paix et l’harmonie qui m’ont quitté il y a quelques années.Cest à des fins thérapeutiques que je rédige ce bouquin, mais aussi et surtout pour contrer la désinformation et la propagande véhiculées par le ministère de la Défense qui veut faire croire à de jeunes hommes et femmes quç la profession des armes est louable, voire agréable.» A l’heure où l’attitude militariste du gouvernement Harper peut donner l’impression aux Canadiens qu’ils sont assiégés de toutes parts et où, selon L’Actualité (l'r septembre 2007), de plus en plus de jeunes Québécois sont attirés par les sirènes des Forces armées canadiennes, le témoignage de Martin Petit arrive à point nommé.Influencé par la préface de Robert Dole, on sera tenté de lire cet ouvrage comme un plaidoyer pacifiste.Je ne suis pas sûr que ce soit là la lecture la plus juste qu’on puisse en faire.Petit, en effet, a des mots très durs à l’endroit de l’armée.Il la qualifie de «machine à détruire l’individualité et la pensée libre» et affirme que «nos soldats n’avaient rien à foutre» dans toutes les missions à l’étranger auxquelles ils ont participé, y compris à Dieppe, en Normandie, et en Afghanistan.«Martin, écrit Dole, sait que les Québécois sont aux ordres des Canadiens anglais, qui sont aux ordres des Américains, qui sont aux ordres de la Bourse.» Il est vrai que cette vision des choses se rencontre au fil des pages de Quand les cons sont braves, mais il me semble que ce n’est pas elle qui en ressort avec le plus de force.Petit, au fond, est plus réformiste que radical.Il se prononce moins contre l’armée en général que contre l’état actuel des choses dans l’armée canadienne.Son expérience, bien sûr, l’a déçu, mais quelques-unes des formules qu’il emploie laissent entendre qu’il aurait pu en être autrement, moyennant des changements d’attitude au sein de l’armée.Jeune et désœuvré, Petit a été attiré par «le goût de l’aventure, l’appel de l’inconnu, la perspective de voyager, d’être affecté en Allemagne et de pouvoir servir en tant que parachutiste au sein des troupes d’élite du régiment aéroporté» que l’armée lui offrait II a, au sein de cette dernière, trouvé tout cela, mais bien d’autres choses encore qui ont mené à son profond désenchantement 11 a découvert notamment le machisme et l’anti-in-tellectualisme qui imprègnent la culture militaire.Chez les simples soldats, le fait d’avoir fréquenté le cégep ou l’université attire les sarcasmes, Ifre un livre est mal vu et écrire est «un vilain défaut».Etre fatigué ou pialade est considéré comme de la lâcheté.Etre francophone n’est pas non plus de tout re- pos.Les soldats anglophones, semble-t-il, tolèrent mal les manifestations de fierté nationale des Québécois et les officiers qualifient de traîtres les militaires tentés par le souverainisme.«Rçppelez-vous qui vous paie!», leur a-t-on dit en 1995.A Petawawa, le 24 juin 1994, Petit et un ami ont défilé dans le village avec un drapeau fleurdelisé.«Sur notre chemin, écrit-il, on nous a gratifiés d’appels de phares, de coups de klaxon, de doigts d'honneur ainsi que d’insultes.C’étaient sans doute des gens qui participeraient au love-in d’octobre 1995 à Montréal.» Oubliez, nous dit Petit, les discours pompeux des politiciens sur les vertus des simples soldats.Au sein des forces canadiennes, ces derniers sont plutôt traités comme de «pitoyables étrons dont on se débarrasse en tirant la chaîne de l’oubli, des sous-merdes».En mission, on leur fait avaler des médicaments aux effets secondaires pour le moins douteux et on ne leur fournit pas les moyens nécessaires à l’accomplissement de leur tâche.En Croatie et en Serbie, par exemple, intégrés aux forces de l’ONU, les soldats canadiens doivent respecter des politiques d’ouverture de feu qui les condamnent à l’impuissance.«Le béret bleu que nous portions, constate Petit, était devenu un objet de plaisanterie en Bosnie.» Accusations Plus inquiétant encore, le témoignage de Petit illustre l’état de relative désorganisation qui caractérise la direction des forces canadiennes envoyées en mission.Ce manque de leadership, souligne-t-il, ouvre la porte à des dérapages dont seuls les sous-fifres et leurs victimes font les frais.En Somalie, par exemple, des ordres ambigus ont mené certains soldats à se livrer à une abominable «chasse aux nègres» qui a sali la réputation de l’armée canadienne.«Les Somaliens, écrit Petit, avaient besoin de gar- diens de la paix, et on leur avait envoyé des brutes racistes.» Afin d’éviter que des officiers soient mis en cause, «des hauts gradés de la Défense ont été pris à falsifier des documents, à détruire des preuves, à camoufler des faits».Résultat: «Le menu fretin au trou, les gros tordus au large.» Comme bien d’autres de ses semblables, le soldat Petit, pour supporter cet enfer, a abusé d’alcool et de marie-jeanne.Au bout du rouleau, affecté par le syndrome de stress post-traumatique, il a demandé l’aide de l’armée canadienne, qui l’a traité en un encombrant cas psychiatrique pendant quelques années avant de le reconnaître officiellement comme un «névrosé de guerre».C’est précisément parce que la vie l’intéressait, selon un ancien slogan de nos forces armées, qu’il a teut fait pour quitter cette galère.Une armée qui n’aurait pas les vilains défauts que l’on vient d’exposer, cela est-il possible?Aujourd’hui, Martin Petit se dit pacifiste.On le comprend.Quand il évoque, toutefois, la camaraderie qu’il a parfois trouvée au sein des forces armées, le bon comportement de la majorité de ses frères d’armes et les compétences du défunt régiment aéroporté basé à Petawawa et démantelé à la suite d’une scandaleuse initiation, on comprend qu’il plaide surtout pour une réforme en profondeur de l'institution militaire canadienne, afin qu’être brave ne rime plus avec être con.louisco@sympatico.ca QUAND LES CONS SONT BRAVES Mon parcours dans l’armée canadienne Martin Petit VLB Montréal, 2007,272 pages TÉMOIGNAGE Protéger le monstre nazi LOUIS CORNELLIER Celui qui accepte, sans se poser de questions, de protéger le monstre est-il coupable par association ou par omission?Jeune soldat allemand de 22 ans sans histoire, Rochus Misch, en 1940, a été promu garde du corps d’Hitler.Il sera encore près de lui, en 1945, dans le bunker de la mort.Dans un témoignage recueilli en 200405 par le journaliste français Nicolas Bourcier et intitulé/étais garde du corps d’Hitler, 1940-1945, Misch raconte son expérience avec une relative froideur.Les camps de la mort?L’Holocauste?Il n’en a entendu parler que dix ans après la guerre! Pendant, rien.«Hitler, dé-clare-t-il, était mon chef.Je l’observais pratiquement tous les jours et je n’ai rien vu.En tout cas, je ne l’ai pas vécu en tant que meurtrier.Avec moi, il s’était montré attentionné et gentil.» Se sent-il coupable de cet aveuglement?Pas du tout.«J’ai fait, précise-t-il, mon devoir en tant que soldat comme des millions d’autres Allemands.» En service à la chancellerie du Führer, au fameux chalet alpin où il a croisé Eva Braun et dans le bunker ultime, Misch servait un chef de guerre, n’a rien su de plus et n’a rien voulu savoir.Il fournit des détails sur son emploi du temps, évoque des atmosphères, conteste la version pré- sentée dans le film La Chute et se souvient d’avoir été torturé par les Russes à la fin de la guerre, mais sans plus.L’horreur des camps de concentration, qu’il reconnaît maintenant, n’est pas son affaire.Devant cette parole «froide, sans émotion, presque lisse», Bourcier «pense à ce conformisme de groupe, à cette obéissance collective qu’il faut bien appeler adhésion», et qualifie l’homme de «monstre d’innocence et d’aveuglement».«H œuvra dans son coin, écrit-il, à sa place, tout en apportant jour après jour sa petite pierre à l’édifice nazi.» Dernier survivant de la triste équipe qui logeait au bunker de Berlin dans lequel Hitler, sa compagne et quelques autres se sont suicidés, Rochus Misch, avec ce témoignage à la fois troublant et sans éclat, nous convie, malgré lui, à une plongée dans la «banalité du mal» théorisée par Hannah Arendt.Collaborateur du Devoir J’ÉTAIS GARDE DU CORPS D’HITLER, 1940-1945 Rochus Misch Témoignage recueilli par Nicolas Bourcier Le livre de poche Paris, 2007,256 pages liWi ^Ésùbasm.ARCHIVES LE DEVOIR Adolf Hitler saluai^ ses troupes E N L’automne des Éditions du Québécois Maison ouvertement engagée en faveur dç l’indépendance du Québec, les Editions du Québécois, cet automne, se lanceront dans la publication de romans en phis de nous offrir Claude Jasmin, le Québécois, BREF un recueil de chroniques de l’énergique écrivain.L’ethnologue Serge Gauthier y signera LAcropole des draveurs, un roman sous-titré «Pour jâire suite à Menaud, maître-dra-veur», et Adélard Guillemette lancera Novembre 1995.Si le Québec s’était dit oui le 30 octobre cette an-néelà.On annonce aussi Paroles d’amour et de liberté, un recueil de poésie du journaliste et ex-felquiste Pierre Schneider.- Le Devoir SOURCE FONDATION PAUL GÉR1N I.AJOIE En janvier, 2500 guides et 150 OOO cahiers des élèves seront distribués dans des écoles primaires et secondaires du Sénégal, du Bénin, du Mali et du Burkina Faso afin d’aider les élèves africains à participer à la dictée de la Fondation Paul Gérin-Lajoie (FPGL).Tv l §fff V» .f; ;«?¦ Une dictée à saveur africaine FRÉDÉRIQUE DOYON Oubliez les sueurs froides, la menace de la punition et l’angoisse de la conjugaison des participes passés.La dictée, épreuve habituellement honnie entre toutes par les élèves, a vu son blason redoré par la fameuse grande dictée de la Fondation Paul Gérin-Lajoie (FPGL).En plus de 15 ans, la fièvre de la dictée s’est répandue dans la francophonie, si bien que quatre pays africains apporteront leur plume et leur bagage culturel à la célèbre épreuve québécoise.«On veut donner la chance à plus de jeunes de participer à cet exercice de français», explique au Devoir le Québécois Steeve Le-may, en entrevue depuis la ville de Saint-Louis au Sénégal, où il guide l’équipe qui mènera à bien cette tentacule africaine de la Dictée RG.L Il rappelle que l’épreuve avait déjà un caractère international.Des écoliers sénégalais y participent en effet depuis 1992, quelques écoles américaines leur ont emboîté le pas deux ans plus tard, Haïti s’est joint à l’aventure en 1998, les Maliens y ont pris part en 1996 et en 2001.«Ce qui est nouveau, c’est que les documents préparatoires seront conçus, édités et imprimés en Afrique, entre autres pour éviter les biais culturels», précise le coordonnateur, lui-même auteur de manuels de mathématiques depuis 15 ans et ex-enseignant.Des guides pour les enseignants et des cahiers d’exercices pour préparer les élèves à l’épreuve québécoise sont donc en cours d’élaboration au Sénégal, avec la participation d’enseignants et d’auteurs du pays.Pour ce faire, la FPGL a recueilli auprès des aînés africains des contes et légendes du terroir afin de témoigner de l’importance de la communication orale dans l’histoire de ce continent.«Ça fait appel à la tradition et on compte bien s’en inspirer pour les documents pédagogiques, indique M.Lemay, sensibilisé aux différences culturelles par ses nombreux voyages dans ce coin du monde.Mais on aimerait créer des documents plus contemporains parce qu’il y a aussi une Afrique moderne, qui a ses ambassadeurs, comme Youssou N’Dour, et qu’il ne faut pas l’oublier.Avec l’équipe, on réfléchira à la manière de combiner ces deux Afrique.» Déjà, certains contes plus troublants pour un Occidental, parce qu’ils renvoient à une mythologie particulière, posent des défis.«Il faut voir comment répondre à la réalité culturelle africaine tout en favorisant les échanges entre cultures différentes.» Langue et citoyenneté En janvier, 2500 guides et 150 000 cahiers des élèves seront distribués dans des écoles primaires et secondaires du Sénégal, du Bénin, du Mali et du Burkina Faso.Après des finales régionales et nationales africaines, cinq gagnants du continent noir viendront au Québec défendre leur titre lors de la grande finale internationale, qui se déroulera en mai dans le cadre du 400r anniversaire de la capitale.«On considérera à la fois les outils pédagogiques québécois et africains pour la sélection du texte, pour que ce soit juste pour tous.» Comme tous les projets de la FPGL, les objectifs, multiples, débordent du cadre strict de la langue.«C’est un exercice de maîtrise de la langue, dit M.Lemay, mais on veut aussi renforcer les compétences locales au niveau scolaire, apporter le plus possible à la formation des maîtres et introduire les jeunes à la notion d’éducation à la citoyenneté.» La production des documents tournera autour du thème de l’harmonie, sous toutes ses facettes, c’est-à-dire tant humaine que sociale ou environnementale, sujet de la Dictée RG.L 2008.Si tout va bien, l’équipe des outils pédagogiques africains relancera le processus chaque année.«L’intention, c’est qu’éventuelle- ment le projet devienne autonome, note le coordonnateur, mais pour ça, il faut trouver des commanditaires, et faire sortir de l’argent ici, c’est ce qui est le plus difficile.» Autre gageure: trouver un imprimeur qui puisse prendre le relais de la production.«Le papier coûte cher ici et il n’y a pas beaucoup d’imprimeurs produisant des documents de qualité», poursuit celui qui ne s’est toutefois pas encore penché sur ces difficultés, les quelques imprimeurs étant débordés par la rentrée.Il reste confiant si des ONG font imprimer leurs documents, la FPGL et ses mandataires africains devraient pouvoir en faire autant.L’enthousiasme envers le projet règne donc pour l’instant «Le français est très bien vu ici [au Sénégal], raconte le Québécois.Ils adorent cette langue, qu’ils parlent très bien, et aiment jouer avec les mots.Et il y a un engouement pour la Dictée P.G.L auquel je ne m’attendais pas.Tout le monde ici la connaît: les parents, les enseignants.» On verra si le temps apportera quelques désillusions.Steeve Lemay, grand voyageur qui a vécu près de deux ans au Bénin, connaît la pointe de fatalisme qui perce dans le large sourire africain.À suivre.Le Devoir
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