Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (8)

Références

Le devoir, 2007-09-08, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
SEPTEMBRE 2 0 0 7 8 ET DIMANCHE 9 LES SAMEDI LE DEVOIR LITTÉRATURE Élise Turcotte dans la maison des morts Page F 3 ENTREVUE André Major Page F 4 k Kerouac le français et le Québec ?GABRIEL ANCTIL Peu d’hommes incarnent l’américani-té autant que l’écrivain Jack Kerouac.Alors qu’on célèbre le cinquantième anniversaire de la parution de son célèbre roman On the Road, rares sont les commentateurs à s’être penchés sur les multiples identités culturelles de l’auteur-culte dont on vient de découvrir des manuscrits exceptionnels en français, comme le révélait plus tôt cette semaine Le Devoir.A la fois américain et canadien-français, ce fils d’immigrants québécois a su faire sa place dans le panthéon de la littérature américaine, atteignant même le statut de véritable mythe littéraire depuis sa mort en 1969.Accompagné de ses amis écrivains William S.Burroughs et Allen Ginsberg, Kerouac fonde le mouvement Beat au début des années 50, mouvement littéraire puis social qui annonça la naissance de la contre-culture américaine ainsi que les grandes révolutions culturelles des années 60.Mais celui qui signait ses lettres personnelles «Ti-Jean» s’est toujours senti un peu étranger dans ce pays qu’il a tant de fois parcouru d’est en ouest Ce malaise identitaire, il l’exprime clairement dans un de ses plus cé-.lèbres romans, Desolation Angels: «Comment lui expliquer que si je m’en balance, de ce qu’il me dit, c'est parce que je suis un dé-mocratico-cornoualo-bre-, tono-aristo-américano-iroquo-ca-nadien-français!» diens-français de Centralville et de Pawtucketville, autour de l'école et de l’église Saint-Louis-de-Fran-ce, que la famille fréquente assidûment.Plus du quart de la population de Lowell est alors d’origine canadienne-française.Kerouac grandit dans un quotidien submergé par la langue française et la religion catholique.C’est la langue qu’il parle à la maison et avec ses amis.Kerouac décrit en ces mots ce qu’était le Lowell de son enfance lors de son entrevue avec Fernand Séguin en mars 1967 à l’émission Le Sel de la semaine, à Radio-Canada: «On parla frança dan’cabane, dan’maison.Pi c’état toutte des vieux francos — la rue Beaulieu, pi la rue Boisvert, pi.le club.c’état toutte des vieux fronças qui joua aux cartes, qui joua au pool.Pi, le Noël.le Nouvel Année y frisa des tourtières, pi y cria à pleine tête.» Il n’apprendra l’anglais, avec beaucoup de difficulté, qu’à l’âge de six ans, quand il «Je suis entrera a Técole bilingue.de souche française, bretonne, plus exactement» ILLUSTRATION: CHRISTIAN T1FFET LE DEVOIR «Je dois toutes mes connaissances à mes origines canadiennes françaises et à rien d’autre.» Trajectoire américaine L’un des plus brillants symboles de l’Amérique contestataire est également le plus célèbre descendant de, Québécois aux Etats-Unis.Ses deux .parents sont nés dans la région du Bas-Saint-Laurent Son père, Léon-Alcide (Léo) Kerouac, est né en 1889 à Saint-Hubert (au sud de Ri-vière-du-Loup).Alors que sa mère, Gabrielle-Ange Lévesque, est née à Saint-Pacôme en 1894.Ds quittèrent très jeunes leur région natale (quatre ans pour Gabrielle-Ange et moins d’un an pour Léo) pour se retrouver à Nashua, au New Hampshire.Fuyant le manque de terres fertiles, à la recherche d’une vie meilleure, leurs parents, comme plusieurs Québécois de l’époque (300 000 entre 1880 et 1890), s’engouffrent dans les villes industrielles de la Nouvelle-Angleterre.C’est à Nashua que Léo et Gabrielle-Ange se rencontrent et se marient, le 25 octobre 1915.Ds déménageront presque immédiatement à Lowell, petite ville manufacturière du Massachusetts, où Léo travaille comme imprimeur pour le journal franco-américain L’Étoile.Jean-Louis Lebris de Kerouac (Jack), nommé ainsi en l’honneur du premier ancêtre de sa famille arrivé en Amérique, est né à Lowell le dimanche 12 mars 1922.Il est le cadet de la famille.Il a un frère de cinq ans son aîné, Gérard, affectueusement appelé Ti-Loup, ainsi qu’une sœur de deux ans son aînée, Caroline, appelée Ti-Nin.Son enfance se déroule dans les quartiers cana- Romans d’enfance Kerouac a écrit cinq livres sur son enfance et son adolescence franco-américaines à Lowell: The Town and the City, Maggie Cassidy, Vanity ofDuluoz, Visions of Gerard ainsi que Doctor Sax.Ces deux derniers romans sont certainement les plus significatifs quant au milieu catholique et francophone.Contrairement à ses romans beat (0« the Road, The Dharma Bums, Desolation Angels, Lonesome Traveler.), qu’il rédige de façon compulsive, en quelques semaines à la machme à écrire, Kerouac écrit Visions of Gerard ainsi que Doctor Sax, qu’il considérait comme des livres religieux à bien des égards, à la main, souvent à la lueur des chandelles.Visions of Gerard raconte les quatre premières années de la vie de Jack.Une enfance aux odeurs de tourtières, de ragoûts d’houlettes, de sirop d’érable, surplombée de crucifix, de prières, d’images saintes, parsemée de veillées et de fêtes.Mais Visions of Gerard, le roman préféré de Kerouac, raconte surtout les derniers mois de la vie de son frère Gérard, le mystique Gérard, considéré par les religieuses de Saint-Joseph de Lowell comme un véritable saint, mort en pleines souffrances à l’âge de neuf ans.Doctor Sax est quant à lui composé de longues phrases qui décrivent les hallucinations, les rêves, les angoisses, les ambiances inquiétantes du monde imaginaire du jeune Kerouac, qu’on voit vieillir dans le roman de 8 à 14 ans.Version franco-américaine du bonhomme sept heures québécois, le docteur Sax est un personnage légendaire qui fait trembler les enfants.D longe les murs, se tapit dans les zones d’ombre, se drape sous sa grande cape et son large chapeau.11 traîne autour des usines de Lowell dès que la nuit tombe et apparaît aux enfants qui ne dor-mept pas encore à sept heures.A16 ans, Kerouac devra quitter son milieu lorsqu’il obtient une bourse sportive pour aller étudier et surtout jouer au football à la prestigieuse université Colombia de New York.En 1938, il laisse donc Lowell derrière lui pour découvrir New York.Fini les Petits Canadas et les amis francophones.Le choc sera à la fois brutal et stimulant Mais jamais il n’oubliera sa ville natale, qui occupera une grande place dans son œuvre et où il reviendra vivre lors des dernières années de sa vie.Ti-Jean et Mémère Le pape des beats, celui qui a décrit avec frénésie ses amis bohèmes, qui buvait avec les fous, les poètes, les marginaux et les putains, le père de la VOIR PAGE F 5: KEROUAC festival, iNteRNatioNal.w u l ittékatiiRe mi ! 4 au 22 soPlomitRo 07 L’ÉVÉNEMENT LITTERAIRE DE LA RENTRÉE ! Au menu cuttu année : une IucUiiti dégustation, un happening aux allure!i lu un chœurn quinze veux, dus représentations interdit!;n aux plus du IR uns.des chansons ut lectures dans un décor du terminus d'autobus, dus midis littéraires, dus soirées de slum, dus aperos poétiques, dus hommnyes ut plusieurs autres surprises.m innus WWW.feStiVaLfiL.ÇC.Ca sssr S, sss- war* “*"5a£, Québec SS y M *n > «m m ptrtKipitnn du mmnttu rtti Aftiifn murMptot H dM iMom it d« MMMMqut H A«Wm nitton«lM du Quttwc Muntrfi.ll* ÜmÜM U HE VI II R ( L K I) K V 0 I K , LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 SEPTEMBRE 2 0 0 7 F 2 LIVRES LITTÉRATURE FRANÇAISE Hommage à René Char GEORGES LEROUX Il y a cent ans, le 14 juin 1907, naissait René Char.Cet anniversaire est l’occasion de manifestations nombreuses et de belles publications.11 n’est que juste que le poète dont toute l’œuvre est marquée du sceau de la dignité et de l’honneur reçoive, ici comme ailleurs, l’hommage de tous ceux qu’il continue d’inspirer.Dans son édition des Œuvres complètes pour la collection de la Pléiade, parue en 1983, Jean Roudaut avait évoqué la colère, l’appel de justice qui s’entend sur tous les territoires de René Char cet appel ne s’est en effet jamais démenti, il n’est pas confiné aux recueils marqués de manière plus nette par la guerre, il traverse toute l’œuvre et emporte avec lui tout ce que le poète veut d’abord poser comme réclamation et émotion de la révolte, comme ouverture vers l’avenir.Char, il taut le rappeler, a multiplié les déclarations qu’il chargeait de l’énoncé des principes de sa poétique.Il écrit par exemple: «Ce qui vous fascine dans mon vers, c’est l'avenir, glissante obscurité d’avant l’aurore, tandis que la nuit est au passé déjà.» Souvent confiées à l’aphorisme et toujours dans la hauteur, ces déclarations annoncent le registre où le poète avait résolu de se maintenir: «Poésie, la vie future à l’intérieur de l'homme requalifié.» Mais elles s’adressent aussi au lecteur en lui demandant de garder l’œil ouvert, de ne pas faiblir devant l’exigence du poème, car il est question du partage d’une éthique, de l’adoption d’une «règle d’existence».Comment, en effet ne pas entendre cette injonction puissante dans des vers comme ceux de Commune présence’.«Hâte-toi de transmettre / Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance / Effectivement tu es en retard sur la vie / La vie inexprimable / La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de funir.» Les lieux, la vie Commémorer cette œuvre, retrouver le poète, ce ne peut être qu’accueillir à nouveau cette parole proférée parfois de si loin et de si haut qu’on craint de ne pouvoir l’entendre sans en être ébloui ou écrasé.Pourtant comme Paul Veyne le disait si justement dans son essai sur lui, cette crainte est d’abord une sorte d’admiration effrayée qui doit laisser la place à une approche sereine.Rien n’en facilite autant l’accès que l’évocation de la vie de René Char, des lieux où il a vécu, des combats qu’il a menés.Tous ceux qui verront le film admirable que lui a consacré l’an dernier Jérôme Prieur retrouveront d’abord le combattant fraternel, ils verront quel homme tenait la plume des Feuillets d’Hypnos.Car son courage n’est pas une légende, le capitaine Alexandre n’avait pas beaucoup d’émules.La résistance frit-elle le cœur de cette vie consacrée tout entière à la parole?Cette lutte imprègne tous les recueils de cette provocation, de cette ouverture vers un avenir le poème est passé au creuset de cette violence, le poète ne peut que reprendre ce chemin de justice qui traverse Les Matinaux et Fureur et mystère.Il y a cependant d’autres lieux que le maquis, d’autres résidences.Dans l’ouvrage qu'elle lui consacre à l’occasion de cet anniversaire, Marie-Claude Char, qui fut sa compagne, nous entraîne dans chacune des demeures de René Char, dans chacun de ses «pays».Ce parcours, semé d’écritures, de lettres, d’i- mages tirées des archives du poète, est le sentier qu’il nous faut aujourd'hui pour retrouver Char sur les lieux où ses poèmes furent écrits et accéder à la force de son écriture.Cela commence par un pèlerinage à l’Isle-sur-Sorgue, dont le père du poète avait été le maire, et nous fait pénétrer dans sa maison natale, les Né-vons.Dans cette Provence du Vaucluse, on découvre la maison des demoiselles Roze, qui hébergèrent Gilbert Lély durant la guerre.On y pénètre aussi dans Palerme, le nom de la maison qu'habitait, près de l’Isle-sur-Sorgue, Albert Camus avant de s'établir à Lourmarin.La publication de leur correspondance, par les soins de Franck Pla-neille, est un des cadeaux de cet anniversaire, elle éclaire une amitié forte nourrie par leur amour commun de la campagne vauclusienne.Le Rébanqué, un cabanon de Lagnes ouvrant sur la plaine de Ca-vaillon, est certes un lieu moins connu des lecteurs de Char, c’est pourtant là que furent écrits plusieurs poèmes des Matinaux et que le poète accueillit Martin Heidegger, présent aux séminaires du 'Dior, et Nicolas de Staël, qui choisit de s’installer juste à côté.Riche compagnie d’artistes et de penseurs, où Georges Braque occupe une place privilégiée.Nouvellement marié, René Char et sa femme Georgette s'installeront à Céreste.Ce sera le village-refuge lorsque, pourchassé par le régime de Vichy, il ne peut plus résider ailleurs.L’histoire de son engagement a été racontée, elle est ici ravivée par l’évocation de lieux, de compagnons, de lettres.Tout ce livre est rempli de témoignages rares, et il nous offre plusieurs poèmes manuscrits, souvent enluminés: Char semble avoir eu un goût particulier pour ces enluminures, les siennes comme celles de ses amis peintres.Après la guerre, on retrouve Char à Paris, où il résidera près de vingt ans au 4, rue de Chana-leilles, «dans le voisinage et l’affection d’Albert Camus».Marie-Claude Char évoque aussi l’amitié d’Yves Battistini, traducteur des présocratiques.On y croise également des femmes, comme Marthe El Khayem, et le merveilleux chat Léon.On y rencontre enfin Tauteu-re, au moment où elle entre dans la vie du poète, à Paris, en 1977.Elle demeurera avec lui jusqu’à la fin.Ce beau livre, qui n’est ni une biographie ni un ample album, mais un parcours sur des freux de vie, s’achève où il a commencé, à l’Isle-sur-Sorgue, aux Busclats, une petite bastide tranquille où René Char avait choisi de revenir.On y rencontre la traductrice de Char, Mary Ann Caws, et le fidèle Tigron, un chien errant recueilli par le poète.Dernières écritures, dernier travail avec un artiste, Alexandre Galpérine, Le Gisant mis en lumière.Feuilleté à rebours, ce livre raconte ausâ une histoire, celle d’amours et d’amitiés sans compromis, toutes marquées dans et par l’écriture.On le voit, le mot est du poète, «une insomnie perpétuelle» est d’abord une règle de vie, une vigilance de tous les instants, une «avidité de vérité et de justice».René Char est mort le 19 février 1988.Sur une des belles enlumi- nures reproduites dans le livre de Marie-Claude Char, on peut lire le poème suivant «La terre apaise sa surface / Et referme ses gouffres / Amour nu, te voici, fruit de l’ouragan! / Je rêvais de toi décousant l’écorce» fNe viens pas trop tôt, 1976).11 serait difficile de penser qu’il ne fut pas écrit au-delà du temps, pour eDe.Collaborateur du Devoir PAYS DE RENÉ CHAR Marie-Claude Char Flammarion Paris, 2007,260 pages DANS L’ATELIER DU POÈTE Choix de poèmes Le centenaire de René Char sera célébré au Québec par plusieurs manifestations.D’abord, une exposition à la Bibliothèque nationale du Québec, à l’occasion du Festival international de littérature.On y verra plusieurs documents provenant du fonds et des archives de Jean-Guy Mon qui a connu Char et correspondu avec lui (14-22 septembre, Grande Bibliothèque, Hall d’entrée).Cette exposition sera inaugurée le vendredi 14 septembre par une séance de lectures, en présence de Madame Marie-Claude Char (17h - 18h30, Auditorium de la Grande Bibliothèque).À cette occasion sera lancé le MarieClaude Char Gallimard, «Quarto» Deuxième édition revue et corrigée Paris, 2007,1064 pages ALBERT CAMUS & RENÉ CHAR Correspondance 1946-1959 Édition établie, présentée et annotée par Franck Planeille Gallimard Parte, 2007,272 pages RENÉ CHAR Sous la direction d’Antoine Coron Gallimard Paris, 2007,264 pages numéro de la revue Liberté qui propose un hommage au poète.On pourra enfin rencontrer Mme Marie-Claude Char, à la Librairie Gallimard, samedi le 15 septembre (14h), auteure du livre Pays de René Char (Flammarion).Elle s’y entretiendra avec l’écrivaine Michèle Gazier.Le film de Jérôme Prieur, René Char : nom de guerre Alexandre, sera projeté à l’auditorium de la Grande Bibliothèque le samedi 15 septembre (19h30) .Notons enfin une soirée de lectures de poètes, Les héritiers de René Char, au Cabaret des Terrasses Saint-Sulpice, le dimanche 16 septembre (17h).La résistance fut-elle le cœur de cette vie consacrée tout entière à la parole?Événements liés au centenaire du poète Leméac fête ses 50 ans LI SA - MARIE GERVAIS Des jeunes auteurs fébriles qui ne demandent qu’à être pris sous son aile aux grands écrivains consacrés heureux d’appartenir à une famille, la maison d’édition Leméac en a vu défiler des passionnés de l’écriture en 50 ans.En 1968, au moment où la maison mettait le cap sur le théâtre, le premier texte de théâtre de Marcel Dubé, Zone, était publié.Il coûtait 2 $ à l’époque.Puis, en 1972, le roman La Sagouine - pièce pour une femme seule d’Antonine Maillet marquait le début d’une longue vie sous cette enseigne, qui se poursuit encore aujourd’hui.Idem pour Michel Tremblay qui, à l'automne de la même année, arrivera avec ses Belles-sœurs et fera son entrée dans la grande famille.Plus de 400 pièces s’ajouteront à ces titres, en plus d’une place faite, en marge, aux chansonniers et humoristes, tel Yvon Deschamps avec ses Monologues.«Nous sommes des chercheurs d’or, écrivains, éditeurs et lecteurs confondus, fondus dans le même creuset du livre, célébrant nos noces d’or», a écrit le directeur de l’éditorial, Jean Barbe, à l’occasion de ce 50' anniversaire.Un métier d'explorateur du monde de la littérature que partage le directeur littéraire, Pierre Filion.«Il faut garder constamment les yeux ouverts, être attentif à la sensibilité des nouvelles générations qui se manifestent», croit-il.«Un éditeur, ça donne du temps et ça essaie de comprendre l’univers d’un écrivain.Ça devient un livre v,n enlcrl Lk; Hy|e3 qui ns sirsubni piis iü~; Liront t'ÉCHANGE 707 £ï 713 MONT-ROYAL iU ©MONT-ROYAL, 514-523-6389 éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Jacques Marchand La pensée grecque Tome 1 La naissance d'un monde t 1 lilj Jacques Marchand 1 .a pensée grecque 1 L* ruti%MMKf «Tun momie 366 pages, 28 dollars puis, sur le long terme, une œuvre.Il faut que la littérature puisse perdurer dans le temps pour dire qu’elle existe», poursuit-il.C’est au début des années 1970, à peine âgé de 20 ans, que Pierre Filion a fait ses premières armes dans le milieu de l’édition, aux côtés d’Yves Dubé.Il s’est vite vu confier d’importantes tâches et a commencé à diriger des auteurs au milieu des année 70.Trente ans plus tard, il dit avoir été particulièrement charmé par certains écrivains, surtout «écrivaines», dont il a été le premier lecteur, Jovette Mar-çhessault, Ying Chen, mais aussi Elise Turcotte, qu’il a lait connaître à un plus large public.Les trois vies de Leméac C’est sous le premier souffle de Gérard Leméac, en 1957, que la maison d’édition a eu le vent dans les voiles.Dix ans plus tard, Leméac est passée d’une vocation scolaire et axée sur la jeunesse à des collections conjuguant littérature et essais, sous la direction JACQUES GRENIER LE DEVOIR 'MF vEsJ Jean Barfre, directeur éditorial des Editions Leméac, et l’auteure Antonine Maillet d’Yves Dubé, jusqu’en 1986.Deux ans plus tard, Pierre Filion, lise Bergevin et Jules Brillant re- Tout sur la Littérature et les auteurs québécois K- Abonnez-vous à Lettres québécoises le magazine de l’actualité littéraire depuis 1976 et recevez en prime (valeur23 si La gare (roman) de Sergio Kokis S'abonner à Lettres québécoises, c'est participer à la pérennité de notre littérature.Merci de nous encourager ! Lettres québécoises ¦ t'1 n, 1 an / 4 numéros INDIVIDU INSTITUTION Canada 25$ Canada 35$ Étranger 35 $ Étranger 40 $ 2 ans / 8 numéros INDIVIDU INSTITUTION Canada 45$ Canada 65$ Étranger 65$ Étranger 75$ 3 ans /12 numéros INDIVIDU INSTITUTION Canada 65$ Canada 95$ Étranger95$ Étranger 110$ Les prix sont toutes taxes comprises No 127 • ENTREVUE:LAURENTMAILH0T Nom Adresse Code postal Courriel O Chèque O Mastercard Expire le Signature Retourner 1 : Lettres québécoises 1781.rue Saint-Hubert, Montreal (Québec) H2L3Z1 Téléphone: 514.525.95.18 Télécopieur: 514.525.75.37 * Courriel: info@lettresqueb«oiies.qcca • www.lettresquebecoises.qcca prennent la barre d’un bateau à la dérive, acculé à la faillite.De l’épave, ils sauvent les meubles, mais surtout le catalogue, précieux trésor.«On s’est mis d’accord, on a établi des normes de gestion qui correspondaient à la politique éditoriale et, dès 1989, on a ouvert sur le marché international en scellant une entente avec Actes Sud», explique Lise Bergevin, la directrice générale.La maison s’est alors enrichie d’une série de récits provenant de l’Espagne, de la Russie, de l’Italie, de la Suède, de la Roumanie.«En ne voyant que des noms québécois et canadiens, je sentais bien que les éditeurs étrangers me disaient à mots feutrés que nous dirigions une maison d’édition nationale.J’ai vite compris qu’il fallait faire un effort pour s’ouvrir au reste du monde.» Une ouverture heureuse qui a créé un sentiment d’appartenance et des amitiés qui durent encore aujourd’hui.Mme Bergevin évoque notamment la relation particulière qui s’est développée entre Goran Tunstrôm et deux auteures canadiennes qui se sont fait connaître en Suède grâce à lui: Antonine Maillet et Nancy Houston.Le secret de la longévité de Leméac?Lise Bergevin croit qu’il réside dans cet équilibre sacré entre l’apport de la relève et les acquis des vétérans.«Quand on ne s’appuie que sur nos acquis, on a forcément une vision à court terme.Pour moi, la plus belle architecture du programme, c’est un juste équilibre entre les deux.D’avoir de jeunes auteurs, d’autres en pleine croissance et certains plus établis, qui ont déjà atteint une certaine maturité.Il faut les trois pour envisager une longue durée», note-t-elle.En se comparant à certaines grandes maisons d’édition allemandes qui ont plus de 150 ans, Pierre Filion refuse de parler d’âge et préfère regarder droit devant.Parce qu’au fond, quand on est une maison d’édition de renom et qu’on a 50 ans, on a encore bien des années de vie devant soi.Le Devoir î 1 ¦ ' fil CABARET JACQU1 'vf littéraire à l’auteur de Gouverneurs de le rosée Franz Benjamin Mêlante Demers Oswald Durand Jr Deny Laferrière Chantais Lavigne Pascale Montpetit Stanley Péan Emmelie Prophàta Anthony Rozankovlo Marie-Laure Rozas Claire-Anse Seint-êloi Michel Vézina Idée originals et conception du spectacle Rodney Saint-Éloi En collaboration avec Mémoires d’encrier Vendredi 14 septembre, 20 h LION D'OR ?i4 842-2112 www.festivaL-fil.tx.ca 1*1 HMIMe* rf rfwMtrm Québec! Il DtVOIR ssa- Bw Montréal® I LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE » SEPTEMBRE 2007 F 3 -ITTERATUR! La mort en direct Élise Turcotte offre ici plusieurs livres en un.Avec, au centre, une obsession: la mort.Danielle Laurin Elise Turcotte frappe fort Avec un livre sur la mort Un livre qui pourrait ressembler à une synthèse de son œuvre.A un nouveau départ aussi.Tant, dans l’écriture, une limpidité nouvelle apparaît.Comment dire?C’est toujours aussi dense, aussi sombre, d’une certaine façon.Aussi dense, aussi sombre que La Maison étrangère.Prix du gouverneur général 2003, et que Sombre ménagerie, Grand Prix du Festival international de la poésie et Prix de poésie de la revue Estuaire 2002.Mais c’est aussi très ancré dans le réel, le quotidien, les petites choses qui font qu’on s’accroche à la vie, ou auxquelles on s’accroche* pour rester en vie.Comme dans Le Bruit des choses vivantes, prix Louis-Hémon 1991.Mais en plus direct, en plus dénudé peut-être.C’est intime, très.Et très relié au reste de l’humanité.C’est La terre est ici, prix Emile-Nelligan 1989, mais réinventé.C’est plusieurs livres en un, en fait Avec, au centre, une obsession.La mort Comme si l’écrivaine, la femme, la mère, l’amoureuse, et la petite fille enfouie, toutes ces personnes en elle allaient en finir une fois pour toutes avec elle, la mort.La regarder en face, l’affronter les yeux grands ouverts, le pied sur l’accélérateur.Tout en sachant que non.Ce n’est pas ça, pas encore ça.L’énigme demeure.Le cœur cogne.Le corps vibre.On se bat.On est en vie, quoi! C’est sa voue à elle, celle d’Élise Turcotte, qu’on entend, tout le temps, même si la narratrice change.C’est un bilan de vie.Qui dit les souterrains traversés pour arriver jusqu’ici.Parfois ça décolle du côté du rêve, de l’imaginaire, de l’anticipation.Du mystique aussi, et de la superstition.Mais c’est collé, collé de près à la même éternelle obsession.Peut-être est-ce là que se situe la limpidité du livre, au fond.Quelqu'un à l’autre bout nous dit: regardez, cessez de vous raconter des histoires, nous allons tous y passer.Quelqu’un nous dit: oui, c’est terrible je sais, je suis inquiète, pas seulement pour moi, pour mes enfants, aussi, et pour les vôtres.Je suis inquiète du sort de la planète.Je n’en peux plus de ce monde déshumanisé où nous vivons.Quelqu’un nous dit: les morts autour de nous, ceux qu’on a aimés, ceux qu’on ne connaît même pas, existent.Et voyez ce petit oiseau fragile, ce chat abandonné, ils vont mourir aussi.Quelle différence?Quelqu’un, Eli,se Turcotte, s’acharne, en fait.A conjuguer la mort de toutes les façons, à la dé-cortiquer.A l’observer au microscope.A la traquer.Pour elle-même, d’abord et avant tout, sans doute.Parce qu’elle ne peut faire autrement.Mais en souhaitant être entendue.«J’ai toujours trop pensé à la mort.» Cette phrase, la première de Pourquoi faire une maison avec ses morts, donne à la fois le ton et le propos du livre.Nous sommes dans la confidence.Pans l’authenticité.Ce qui chez Elise Turcotte veut dire aussi l’écriture, et donc, la fiction.Autrement dit: la vie poussée dans ses derniers retranchements par le langage, les mots.Avec une sensibilité à couper au couteau.C’est ainsi que l’écrivaine a fait sa marque.Mais il y a plus, cette fois.Il y a une plongée sans retenue.Une fébrilité qui dit son nom.Qui se permet de ne plus avancer masquée.Et c’est bouleversant D y a des passages comme celui-ci: «Par le passé, à deux reprises, j’ai dû cacher tous les couteaux de la maison.Je les ai mis dans une boîte que j’ai ensuite rangée dans le coffre de la voiture.Il y avait un être précieux à protéger.Inutile de dévoiler qui, ni pourquoi.Le.simple fait de regarder les couteaux de la maison comme des ennemis en dit beaucoup sur l'existence.» Il y a des remarques comme celle-ci: «Il y a un tout petit dénominateur commun qui relit chaque être humain, même le plus sain, même le plus naif: un jour, une heure, une seconde, nous trouvons la mort attirante.» On sent derrière Pourquoi faire une maison avec ses morts une réflexion mûrie longtemps.Et un sentiment d'urgence en même temps.On sent à la fois le dedans et le dehors, l’envers et l’endroit des événements.Tout ça prend une forme inattendue.Nous ne sommes pas dans un roman.Pas vraiment dans un recueil de nouvelles proprement dit.Sept histoires, interreliées.Sept situations, comme autant de méditations, d’études sur le même sujet On se promène dans le temps.On remonte jusqu’à l’enfance, au portrait du petit Jésus accroché au-dessus du lit.«L’éternité offerte par Dieu semblait si redoutable qu’il ne fallait pas fermer les yeux ABONNEZ-VOUS ET ECONOMISEZ JUSQU'A 45 % DU PRIX EN KIOSQUE! CONSULTEZ NOTRE SITE ET DÉCOUVREZ RADIO SPIRALE! WWW.Spiralema9azine.com N° 216 maintenant en kiosque \\ La démocratie.Et après ?Spirale (n° 216, septembre-octobre 2007) « Qu'avons-nous fait de la démocratie?» C'est en ces termes — où poiht à l'évidence une certaine inquiétude — que les responsables du dossier « La démocratie.Et après?» Gilles Dupuis et Robert Richard, convient les lecteurs à une réflexion sur les lendemains de la démocratie, c’est*à-dire à la fois sur ce qu'elle est devenue, mais aussi sur ce qui s'annohee encore sous ce nom.« Quelles pourraient être les conséquences néfastes de riotre incurie, c'est-à-dire de notre incapacité à prendre soin de la démocratie ?» demandent-ils en effet.Avons-nous réellement fini par confondre la démocratie « avec un médicament à prendre en cas de besoin seulement»?En aurions-nous oublié le mode d’emploi, c'est-à-dire la pratique quotidienne ?Les collaborateurs de ce dossier se sont toute qngagés, suivant des horizons d'attentes différents, dans une réflexion sur les dangers qui, peut-être, guettent aujourd'hui nos démocraties.Marc Bétisle, Jean-François Bourgenult, Dominic Desroches, Gitles Dupuis, Olivier Kemeid, Robert Leroux, Filippo Patumpo, Martin Provencher, Robert Richard et Sylvano Santini Entretien avec Bernard Stiegler Portfolio consacré à Christian Barré Les finalistes du prix Sp/ra/e-Eva-Le-Grand Pour informations : Stéphan Gibeautt • 814 934-5851 sptraloma9axinoiayahoo.com AVEC LA PARTICIPATION DE : EGALEMENT DANS CE NUMERO : ARCHIVES LE DEVOIR Élise Turcotte 'MMt 'de peur d’être emporté.Je devais rester vigilante.Surtout ne plus dormir.» Puis: «La mort habitait le même précipice que la folie.Il ne fallait pas s’en approcher de trop près, et, en même temps, le précipice m’attirait.C’est le vertige de toute une vie.» Il y a l’odeur de la mort, aussi.Dans le cas du grand-père dans son cercueil, ça ressemble à ceci: ¦ V V ' SUITE DE LA PAGE F 1 contre-culture américaine et de la révolution sexuelle, le chantre de la liberté et de l’aventure a vécu presque toute sa vie sous les jupes protectrices de sa mère, qui l’appelait Ti-Jean.Mémère, qui a appris la langue anglaise sur le tard, a toujours pris soin de son p’tit gars, repassant ses chemises, lui prêtant de l’argent lorsqu’il était sans le sou à l’autre bout de l’Amérique et, surtout, lui préparant les plats bien cana-diens-français qu’il adorait.Son préféré d’entre tous: une soupe aux pois agrémentée de tranches de bacon.Une mère comme il en existait des milliers au Québec, qui lui permit de parler quotidiennement sa langue maternelle.Une mère plus importante que n’importe quelle autre femme de sa vie.Tout au long de son œuvre, Kerouac mentionne avec fierté ses liens avec le Québec et la Bretagne, puisant régulièrement dans les origines mythiques de sa famille pour se définir.Dans la préface de Lonesome Traveler, qu’il rédige en 1960, il se décrit ainsi: «Je suis de souche française, bretonne, plus exactement.Mon premier ancêtre nord-américain fut le baron Alexandre Louis Le-bris de Kérouac, de Cornouaille, Bretagne — 1750 et des poussières; il lui fut octroyé une terre le long de la Rivière-du-Loup après la Victoire de Wolfe sur Montcalm; ses descendants épousèrent des Indiennes (mohawk et caughnawa-ga) et se consacrèrent à la culture des pommes de terre; le premier descendant qui s’installa aux Etats-Unis fut mon grand-père, Jean-Baptiste Kérouac, charpentier à Nashua, New Hampshire.» Plusieurs fois dans son œuvre, Jack Kerouac tient fièrement à s’identifier en tant que Canadien français et fier descendant de Bretons.Comme le montre cette semaine la découverte d’un roman, de nouvelles et de différentes ébauches littéraires écrites en français, Kerouac se considérait comme un Canuck avant d’être un Américain.Et c’est comme beaucoup de Québé- cois que Kerouac porta une grande attention à l’histoire de sa famille, cherchant à découvrir ses origines françaises, sentant le besoin de fixer dans l’espace l’origine de sa famille.Ses recherches sur son identité familiale culmineront vers la fin de sa vie, lorsqu’il se rendra à Paris, en Bretagne et même en Angleterre, en 1965, pour exécuter des recherches généalogiques, en quête de ce premier Kérouac, ce premier immigrant français qui serait venu du village de Cornouaille, selon la légende familiale.Malheureusement, ralenti par l’alcool, lancé sur de fausses pistes, Kerouac ne trouvera pas réponse à ses questions.Il décrira sa quête de façon vivante et amusante dans l’un de ses derniers romans, Satori in Paris.Ambitions littéraires en français Avant la récente découverte de manuscrits inédits, rédigés en français par Kerouac, l’œuvre en français du beatnick se résumait à bien peu de choses: dans la vingtaine de livres qu’il a publiés, Kerouac a écrit de courts passages en français dans seulement quatre de ceux-ci.Dans Maggie Cassidy on retrouve une cinquantaine de phrases où au moins un mot français apparaît, pour cent cinquante dans Visions of Gerard, peut-être un peu plus dans Doctor Sax, ainsi qu’un passage bien précis dans Visions of Cody.Un français oral qui s’insère dans les dialogues des personnages et non un français littéraire qui décrirait l’action ou s’incarnerait dans la narration.Mais des indices semés ici et là par l’écrivain laissaient tout de même deviner des ambitions littéraires dans sa langue maternelle.Au lendemain de la publication de son premier roman, The Town and the City, en 1950, Kerouac écrit une lettre à une critique franco-américaine de Lowell, Yvonne Le Maître, où il exprime clairement, pour la première fois, son souhait d’écrire un jour en français et de devenir un écrivain canadien-français: «Un jour madame, j’écrirai un roman canadien français qui se déroulera en Nouvelle-Angleterre, en français.Un français simple et rudimentaire.Si jamais quelqu’un veux le publier, je pense à Harcourt, Brace ou n'importe qui d’autre, il devra le traduire.Je dois toutes mes connaissances à mes origines canadiennes françaises et à rien d’autre.La langue anglaise est un outil que j’ai découvert tardivement.trop tard (je n'ai jamais parlé anglais avant l'âge de 6 ou 7 ans).À 21 ans, Vutilisant aussi bien à l’oral qu’à l’écrit, je sonnais encore faux et illettré.Que c'est mélangeant.» Ce roman en français, il l’écrira en 1951 et il lui donnera le titre de La nuit est ma femme.Ces nombreux manuscrits inédits écrits en français par Kerouac permettent aujourd’hui de découvrir un deuxième écrivain, qui jailbt près de 30 ans après la mort du premier.Une espèce de chaînon manquant entre le pays de ses parents et le pays où il repose aujourd’hui.Cinquante-six ans après la rédaction de son premier roman en français, Ti-Jean Kerouac tend de nouveau la main à ce Québec qui ne l’a jamais vraiment reconnu de son vivant.Un Kerouac où a toujours cohabité l’écrivain américain et l’écrivain canadien-français, le révolté et le catholique, l’exilé et le découvreur, le nomade et le sédentaire, l’Amérique et le Québec.neigenoire@hotmail.com Collaborateur du Devoir Le Jules Renard de Trintignant Gros plan sur le roi de l’humour cynique ISABELLE PARÉ Drôle de, bête, que ce Jules Renard.Ecrivain rusé, brillant, mais aussi espiègle et parfois enragé: l’homme a emprunté à la bête plus que la couleur du poil roux qui lui a valu, dès la petite enfance, le triste sobriquet de •Toil de carotte».Ces jours-ci, à Montréal, c’est portée par la voix profonde du grand comédien Jean-Louis Trintignant que la plume acérée de Jules Renard vient chauffer nos oreilles.Précis et intraitable, Renard a toujours eu le coup de crayon assassin.L’architecte des mots avait l’esprit fin, mais le verbe tranchant.L’auteur de Poil de carotte a carburé toute sa vie à l’ironie et est devenu un maître de l’humour cynique, usant d’un minimum de mots pour dire un maximum de vérités.Né en 1864 à Châlons-du-Mai-ne, dans la Loire, troisième enfant non désiré d’une famille boiteuse, Jules Renard est très tôt affublé par sa mère du fameux surnom «Poil de carotte», qui deviendra plus tard son plus grand succès littéraire.Très tôt, le jeune Renard trouve refuge dans l’écriture, couchant sur papier toutes ses impressions et tout ce qu’il voit.Le milieu rural où il grandit colorera toute son œuvre.Très vite Jules Renard brille grâce à ses prouesses littéraires.Il gagne Paris à 24 ans et s’immisce rapidement dans la haute société parisienne.Observateur engagé, il se lie d’amitié avec les Jean Jaurès et Léon Blum, fraie parmi les socialistes et fait bonne figure dans les cercles littéraires, aux côtés de son ami Edmond Rostand.Tout de suite, son ton incisif fait fureur.Que ce soit dans Poil de carotte (1900), inspiré de sa propre enfance tristounette, ou dans Le Vigneron dans sa vigne (1894), sa prose sent le terroir et la vérité dite toute crue.Dès 1893, il publie Co-quecigrues et Deux fables sans morales, suivis par Le Coureur de filles el Histoires naturelles (1894).On le dépeint parfois comme un être misogyne et antisémite: il se révèle toujours déroutant et libre-penseur.Son journal personnel, tenu religieusement de l’âge de 23 ans jusqu'à sa mort précoce, pullule de pièces d’anthologie.Une plume acérée Comme un peintre surréaliste, il décrit cruellement son époque et dit «La sottise pousse sans qu’on l’arrose.» H se fait aussi justicier «Si l’argent ne fait pas le bonheur, rendezde.» Et parfois pragmatique: «Nous ne pardonnons jamais qu’à ceux auxquels nous avons intérêt à pardonner.» Sans oublier le très célèbre: «Les absents ont toujours tort de revenir.» Pourfendeur de la turpitude ambiante, il distille des mots assassins sur ses contemporains.Des mots qu’on pourrait servir aujourd’hui aux grosses têtes qui nous entourent.«La modestie va bien aux grands hommes.C’est de n’être rien et d’être quand même modeste qui est difficile.» Et pour envoyer balader les imposteurs qui s’approprient tous les succès: «N’importe quelle idée semble personnelle dès qu’on ne se rappelle plus à qui on l’a empruntée.» Et vlan! Sa plume vitriolique éclabousse les femmes au détour «L’homme a été créé avant la femme pour qu’il puisse placer un mot.» Ou plus bête encore: «R y a deux ans que je n’ai pas parié à ma femme, c’était pour ne pas l’interrompre.» Souvent prétentieux et arrogant, l’humour de Renard flirte avec la méchanceté: «Chez moi, un besoin presque incessant de dire du mal des autres, et une grande indifférence à leur en faire» et «U ne suffit pas d’être heureux, il faut aussi que les autres ne le soient pas».L’écrivain à la fonnulechoc n’en reste pas moins un cynique au cœur tendre, qui parle avec nostalgie du bonheur qu’il n’aura jamais atteint.«Si l'on bâtissait la maison du bonheur, la plus grande pièce serait la salle d’attente», a-t-il écrit.«La vie n’est ni longue ni courte, elle n’a que des longueurs.» Dans son cas, ces longueurs n’ont guère duré puisqu’il est mort à 46 ans d’athérosclérose.Dieu seul sait aujourd’hui si l’écrivain, obsédé par cet ultime rendez-vous, est mort l’âme en paix.«On ne s’habitue pas à la mort des autres, disait-il.Comme ce sera long quand il faudra s’habituer à la nôtre.» Le Devoir tiüminiitoB tw:1' PiswwjjatK té de '••Mwn , («mai; UK, THWfcWwH J fictriÇvcit U >-«•'» , Mi ciM**®^* •fi - J'v MCHEL tREMBl Bibliothèque et Archives nationales du Québec vous donne rendez-vous aux idis littéraire Rencontre avec l’écrivain Michel Tremblay animée par Aline Apostolska Les Midis littéraires de la Grande Bibliothèque, une série de conversations avec des écrivains francophones d’ici et d’ailleurs.Michel Tremblay, dramaturge et romancier, auteur notamment des Belles-sœurs, des Chroniques du Plateau Mont-Royal et, plus récemment, des Cahiers de Céline.à l’Auditorium de la Grande Bibliothèque Le jeudi 13 septembre1 le 12h30 à 14h 475, bout De Maisonneuve Est, Montréal SU® Métro Berri-UQAM Renseignements : 514 873-1100 ou 1 800 363-9028 Entrée libre dans la limite des 300 places disponibles www.banq.qc.ca Bibliothèque et Archives nationales Québec El E3 E3 E3 Annick de Souzenelle Écrivaine et conférencière Entre théologie et psychologie, paroles de sagesse el sciences contemporaines Madame Annick de Souzenelle nous appelle à retrouver le sens profond de notre héritage et de notre destinée.Formée aux sciences pures et humaines, inspirée de la langue hébraïque, sculptée par !e temps et l’expérience du chemin, enrichie de la rencontre avec les autres et le Tout-Autre Annick de Souzenelle nous invite à une pause qui rend possible l'émergence de ce qui nous habite en profondeur.Conférence Entre l’humain et la terre ; un rapport sacré Jeudi 13 septembre 2007 à 20 heures Musée des Beaux-Arts Auditorium Maxwell Cummings (métro Guy Concordia ou autobus 24) coût : 20 $ Réservation Centre Option ouverte (514)523-3797 Opta Ouverte ^^/:./1-:^^ LE DK VO I-K.LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 SEPTEMBRE 2007 ESSAIS ESSAIS QUÉBÉCOIS Pour l’éthique et la culture religieuse à l’école Louis Cornellier En septembre 2008, un nouveau programme d’éthique et de culture religieuse remplacera le programme d’enseignement religieux confessionnel fie l’école québécoise.Faut-il s’en réjouir?Dans Ethique, culture religieuse, dialogue.Arguments pour un programme, le philosophe Georges Leroux, qui a participé à l’élaboration de ce nouveau programme, répond par un oui éclatant à cette question.Plutôt reconnu pour sa réserve et sa sagesse dans les débats publics, le collègue Leroux, cette fois-ci, ne cache pas son enthousiasme.Le pluralisme de la société québécoise (présence de diverses confessions, mais aussi de l’incroyance), selon lui, nécessitait une nouvelle appro,che, et le programme concocté par le ministère de l’Education, du Loisir et du Sport est à la hauteur des attentes.«Il ne s’agit pas d’abord, ni même fondamentalement, écrit Leroux, d’accorder aux exigences de la culture urbaine, caractérisée par un pluralisme de fait, les structures de l’école, il s’agit plutôt de mettre en harmonie l’école avec la modernité politique: notre société demeurerait homogène sur le plan des convictions et des croyances que ce principe ne s’en appliquerait pas moins.» La France a choisi le modèle républicain.Son système scolaire «assume une sécularité complète» et s’en remet à la culture nationale (historique, littéraire, philosophique) pour la transmission des nbrmes visant à cimenter la République.Certains pays d’Europe du Nord ont opté pour «me approche confessionnelle d’inspiration communautarienne et offrant des enseignements religieux partout où le nombre le justifie».Le modèle américain, pour sa part, favorise au contraire la compétition de l’offre dans la transmission des normes».D en résulte une diversité qui ne va pas sans entraîner un danger de dispersion.Le nouveau modèle québécois, explique Leroux, emprunte une autre direction.«Nous pensons, écrit-il, que le savoir moral et religieux doit être explicitement transmis, et non pas refoulé, et nous pensons que cette transmission doit refléter le pluralisme de la culture.» D’où cç programme unique, placé sous la seule autorité de l’Etat et non plus sous celle aussi de ses partenaires religieux, qui valorise, au premier chef, la connaissance de la différence et le dialogue de tous avec tous.Pluralisme et harmonie Dans une société pluraliste, l’harmonie ne saurait exister sans «le respect réciproque des valeurs et des croyances».Or, sans connaissance de l’autre et sans valorisation de la différence, ce respect est impossible.On pourrait, bien sûr, dans une optique simple d’éducation à la citoyenneté, privilégier l’enseignement des droits et libertés de la personne, mais ce serait négliger le fait que «le savoir moral et religieux est constitutif du langage même de notre identité et de notre expérience la plus actuelle, il est la condition fondamentale de notre compréhension de nous-mêmes autant que la condition de notre accès à l’autre».Certains diront peut-être que ce savoir, aussi valable soit-il, n’a pas sa place à l’école.Leroux, on l’aura deviné, ne partage pas cette opinion.«L’histoire, explique-t-il dans un admirable développement, nous enseigne en effet que ce savoir est précaire, fragile et même périssable, elle nous enseigne aussi que ce savoir est indispensable dans le processus même de la formation.» Aussi, «refuser en la marginalisant la transmission de ce savoir, c’est prendre le risque, comme le montre l’exemple de la France aujourd’hui, d’aboutir à l’incompréhension de l’autre d’abord, et au déficit d’identité ensuite».La connaissance des traditions, morales et religieuses, libère parce qu’elle permet un dialogue substantiel et sain au sujet des diverses conceptions de la vie bonne.Éthique et religions: une interpellation réciproque Trois compétences président au nouveau pro- FRÉDÉRIC DE LA MURE / M.A.E.^ m.Pour Georges Leroux, la connaissance des traditions, morales et religieuses, libère parce qu’elle permet un dialogue substantiel et sain au sujet des diverses conceptions de la vie bonne.gramme: réfléchir sur des questions éthiques, manifester une compréhension du phénomène religieux et pratiquer le dialogue.La première concerne «l’apprentissage de la réflexion rationnelle et critique sur le bien et sur l’action» et vise un objectif d’autonomie.La deuxième, qui doit éviter les écueils de l’endoctrinement et du relativisme, veut «donner aux jeunes la capacité de comprendre les croyances religieuses et les symboles qui structurent le rapport au monde des autres» et relève plus d’une forme de connaissance.La troisième, enfin, couronne la démarche en proposant la pratique du dialogue sur les principes et les valeurs, voie par excellence du vivre-ensemble dans une société démocratique.Certains philosophes, qui considèrent les religions comme «des représentations sommaires ou archaïques de positions morales amenées à maturité dans l’éthique rationnelle», auraient souhaité que ces dernières soient exclues du programme.Leroux avoue préférer «penser que ces deux sphères de la culture sont placées dans un processus constant d’interpellation réciproque, et dans certains cas de réelle confrontation».Des parents catholiques et quelques membres du clergé auraient souhaité, au contraire, le maintien de l’enseignement religieux confessionnel.Leroux, toujours délicat, n’argumente pas directement contre leur position.Il aurait pu leur rappeler, pour les consoler, que le bientôt défunt programme confessionnel avait perdu depuis longtemps son efficacité en matière de transmission de la foi.Même avec ce programme, devenu embêtant pour plusieurs, l’école ne produisait plus de petits catholiques ou protestants.Le nouveau programme, d’ailleurs, reconnaît le catholicisme comme «la tradition religieuse de référence au Québec, et en l’associant au protestantisme, au judaïsme et aux spiritualité des peuples autochtones, ü en fait le patrimoine of fort au premier chef à l’effort de compréhension».Pour réussir, ce programme devra compter sur l’appui constant de l’État, des écoles, de la population et sur des enseignants bien formés.Pour l’heure, il semble plein de belles promesses que le philosophe formule avec grâce: «En proposant ce programme, l’Etat québécois veut s'assurer que notre école ne sera pas un espace vide sur le plan des normes et des symboles, qu’elle transmettra le langage hérité des traditions constitutives de notre société et qu’elle donnera à tous les instruments de la réflexion éthique, seule capable de développer les valeurs essentielles pour nous, c’est-à-dire les vertus de la démocratie: tolérance, respect, recherche en commun du bien commun et des principes guidant la discussion de tous avec tous.C’est la seule manière de vivre en harmonie le pluralisme croissant de notre société.» Des arguments solides pour un programme nécessaire.louisco@sympatico.ca ÉTHIQUE, CULTURE RELIGIEUSE, DIALOGUE Arguments pour un programme Georges Leroux Fides Montréal, 2007,120 pages Hector Fabre, flâneur et diplomate MICHEL LAPIERRE En 1871, dans une conférence à l’Institut canadien de Québec, Hector Fabre (1834-1910) s’en prend à l'Angleterre colonisatrice.Elle a voulu «nous transformer graduellement à son image» au lieu de «nous permettre de rester français», explique-t-il.C’était pourtant le même homme qui, dans une chronique du 2 juillet 1867, écrivait: «La Confédération a fait, hier, son entrée.On l’a reçue fort poliment; chacun lui a tiré son coup de chapeau.» Champion de la courtoisie et de l’ambiguïté, Hector Fabre a déjà tout pour être diplomate.Mais il ne saurait oublier qu’i) est le fils du libraire montréalais Edouard-Raymond Fabre, cet admirateur de Papineau, et qu’il appartient, par conséquent, à la tradition libérale et patriotique dont se réclament les adversaires du changement constitutionnel de 1867.Pour que l’héritier d’une pensée politique émancipatrice surmonte le malaise provoqué par la naissance de la Confédération, il doit avoir beaucoup d’esprit.C’est le cas d’Hector Fabre, qui ne cesse de cultiver un humour délicat.Ses Chroniques publiées en 1877, que l’on n’avait pas rééditées depuis plus de quarante ans, le prouvent éloquemment Connaisseur de notre histoire littéraire, Gilles Marcotte signe aujourd’hui la postface d’une œuvre qui tranche sur la prose trop souvent doctrinaire et emphatique de notre XIX' siècle.Par exemple, Fabre n’exprime, le 2 juillet 1867, qu’une douce ironie pour décrire le mécontentement des libéraux radicaux.Ainsi note-t-il, à propos de la Confédération: «À peine quelques-uns de ses adversaires vaincus sont-ils allés à la campagne — en pique-nique — pour ne pas assister à son tranquille triomphe.» Dans la localité de Saint-Roch, futur quartier populaire de Québec, Fabre voit en 1869 l’image intacte du «Canada que guidait Papineau», le pays «qui mêlait dans une même flamme ardente et pure l'esprit national et l’esprit libéral».Mais, chez lui, loin d’éveiller la ferveur politique, cette observation relève de la flânerie.«Dans la profession de flâneur, j’ai été maître dé le premier jour», affirme Fabre, le journaliste qui a renoncé à l’exercice de sa profession officielle d’avocat.Pour lui, la flânerie tient lieu de philosophie.A Montréal, la rue Notre-Dame, où il s’est souvent promené, inspire au chroniqueur cette réflexion: «La plupart des passants voudraient être des flâneurs.Dans tout passant, il y a un flâneur mort jeune.» Le flâneur, n’est-ce pas le Canadien français typique qui, après les répressions de 1837 et de 1838, craint la révolution comme la peste?En 1866, à Québec, sur la Plateforme (devenue plus tard la terrasse Dufferin), il redoute l’invasion des Féniens, ces terroristes irlandais qui, partisans de la libération de leur pays, projettent depuis les États-Unis, d’attaquer l’Amérique du Nord britannique.«Une sentinelle veille sur la Plateforme à ce que les flâneurs ne soient pas enlevés par les Féniens», écrit Fabre, toujours aussi narquois.Celui qui, grâce aux conservateurs Joseph-Adolphe Chapleau, premier ministre du Québec, et Louis-Adélard Senécal, homme d’affaires influent, deviendra en 1882 le premier représentant permanent de la province à Paris est conscient que l’intérêt de la plupart de ses compatriotes pour la France n’a rien de révolutionnaire.Fabre déclare: «Le but secret de plus d’un voyage en Europe, c’est de se découvrir des origines aristocratiques ou d’aller prendre possession de quelque château en ruine.» Il s’agit bien sûr de l’une de ses plaisanteries.Le goût des blasons illusoires qu’il dépeint cache ce qui anime vraiment les élites d’une société coloniale, pauvre e,t frileuse: la fringale de l’argent.À Paris, Fabre aura d’ailleurs jus- vieNt De paRaitRe Dossier Le temps de l’enfance Numéro 719 • septembre 2007 L’enfant convoité Marie-Blanche Tahon Soigner, protéger, défendre Entrevue avec Te Dr Gilles Julien L’érotisation précoce Richard Poulin Des mondes secrets Nicole Laurin Nouveauté : Chronique littéraire de Ying Chen Promenades de Ying Cl RelatiONs Le temps de l’enfance L enfant convoité Soigne., protéger, défendre L'érotisation précoce Des mondes secrets MlaanCbudeSt-Onw Pour consulter le sommaire détaillé : www.revuerelations.qc.ca Oui, je désire un abonnement de.8 NUMEROS PAR ANNEE, 44 PAGES Un an : 35 S Deux ans : 65 $ À l'étranger (un an) : 45 $ Étudiant : 25 S (sur justificatif) Abonnement de soutien : 100 $ (un an| (smjljtaMt* ¦ uriel rdationsflicjf.qc.ca .1 poste.Relations 2Ç rue |arry Ouest Montréal (Québec) H2P1S6 EN VENTE DANS LES KIOSQUES tr LIBRAIRIES 4,95 $ + TAXES .an{s), au montant de.CODE POSTAL .TELEPHONE ( _ Montant total : Je paie par chèque (à l’ordre de Relations) D ou par Visa ?NUMERO DE LA CARTE __________________________________________________________ EXPIRATION ________________________ SIGNATURE '_________________________ qu’à sa mort une mission diplomatique surtout commerciale.Comme on peut le croire, il regrettera de ne pas consacrer plus de temps à ses flâneries aux instantanés visionnaires.Collaborateur du Devoir CHRONIQUES Hector Fabre Boréal, coll.«Compact» Montréal, 2007,306 pages 0/n.cl AJM\JUA/-aAoIU [BLE ROBERT Rf si II y aura toujours un Robert dans votre vie It nouveau PeiIi Robnu .' ' 200 6ÙQÛÜ ^ m*4s «ouvra* trurto# 600 000 traductions anglais-français avec mise en contexte pour chaque mot.La référence sur CD-ROM pour ceux qui souhaitent mieux écrire et s’exprimer en français.LE CRANS : M ! 4 I fMM, AiM -—Lf GRAND_ RobERT &colliNS 99 Le CD-ROM du Grand A Robert propose l'intégralité des six volumes du Grand Robert de la langue française.fronçois ahakiis o.-wfcw fronçais Ce CD-ROM contient 1 million de traductions anglais-français et beaucoup plus qu'un simple dictionnaire.Le Robert 35 000 mots et leur famille en format de poche.encyclopédique des noms propres contient 40 000 noms propres, 2 000 photographies et reproductions et encore plus.Ie NOUVEAU fit» 60 000 mots et toutes les évolutions les plus récentes de la langue française.le Parchemin DEPUIS 19 6 6 QUARTIER LATIN Librairie agréée M Mezzanine métro Berri-UQÀM (514) 845-5243 505g rue Sainte-Catherine Est librairie@parchemin.ca Les prix annoncés sont valides jusqu'au 30 septembre 2007 4
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.