Le devoir, 22 septembre 2007, Cahier C
LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2007 Une université dans la ville et pour la \ille Page C 5 PHILOSOPHIE Teilhard de Chardin craindrait YouTube Page ( fi PERSPECTIVES JACQUES GRENIER LE DEVOIR ¦¦H 'i'-yr, ¦xmtrtrft » nun m » l #rr* ie»i i IM»**»] '•* i i tirt » > i « Commerce international > Ressources humaines McGill Centre d'éducation permanente > Gestion de la santé et Services sociaux > Gestion de la production > Relations publiques > Transport et logistique > Leadership > Marketing > Traduction www.mcgill.ca/conted | (514) 398-6200 Séminaires en biotech et pharmaceutique > Introduction à l'industrie biotech-pharmaceutique 117-18 octobre > Démystifier la recherche clinique i 29-30 octobre > Introduction au marketing pharmaceutique 119-20 novembre www.mcgill.ca/conted-general/professional/pharma i à L K DEVOIR , LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2007 C 2 PERSPECTIVES Gil Courtemanche Objet volant non identifié On ne saura jamais trop pourquoi Stéphane Dion s’est lancé en politique.Il faisait un professeur modèle, moins intéressant et moins drôle que son père, qui avait la pensée plus subtile et plus arrondie, mais un professeur respecté quand même.On dit que c’est Jean Chrétien qui alla le chercher pour se donner, lui boxeur de ruelles, des entournures respectables et intellectuelles.On ne saura jamais, à moins qu’il ne le raconte lui-même, pourquoi Stéphane Dion prit le contre-pied de son père, constitutionnaliste fameux et souple dont le rire généreux désamorçait les débats venimeux.Le fils ferait dans la politique et il ne ferait pas dans les nuances, il donnerait plutôt dans la clarté.Et le voilà ministre, ministre du Canada, à la surprise de tout le monde.Il se prend au jeu de petit Trudeau, niant la société québécoise, niant les sages enseignements de son père.A la Chambre des communes, il fait le jeune coq et s’attire tous les applaudissements anglais et les sourires forcés de ses collègues francophones.Incapable de comprendre la politique, ce jeu d’impressions et de sentiments, il oppose sa rationalité.Pas question de se prêter aux bouffonneries de l’Infoman qui en fait sa marque de commerce.L’Infoman est le Québécois qui veut parler à Stéphane Dion et le ministre compassé refuse, outré.Un ministre ne se livre pas à de telles incartades.Cela n’est pas digne de son sac à dos de ministre.Que pense-t-il quand il se lance dans la course à la direction du Parti libéral et que les journalistes le regardent, incrédules?Il se sent probablement comme un objet volant non identifié qui va récrire les règles de la politique misérable et petite.J’ai déjà écrit ici, faisant de la psychologie de café du commerce, qu’il se prenait pour l’antihéros, que sa modestie, sa gêne et sa réserve donneraient crédibilité à ses idées.Ce qui me renverse de la part d’une personne aussi intelligente, c’est qu’il ait cru à ce rêve.On ne saura jamais pourquoi Stéphane Dion, sans appui, sans argent, sans avenir, s’est lancé dans la course à la direction du Pari libéral, promenant son modeste sac à dos et son sourire timide dans des assemblées de dix ou douze personnes, rappelant sa grande performance de président du Sommet de Montréal sur l’environnement.C’était sûrement par conviction, pour imposer ses idées sur l’environnement au débat entre les candidats sérieux.On ne saura jamais pourquoi Stéphane Dion à obtenu quatre voix de plus que Gerard Kennedy au premier tour et on ne saura jamais pourquoi Stéphane Dion, qui ne possédait aucune base dans ce parti, a humilié Ken Dryden et chauffé les Bob Rae et Michael Ignatieff au deuxième tour.On sait cependant pourquoi l’establishment libéral de Toronto a choisi Stéphane Dion.N’importe qui sauf ce professeur de Harvard qui faisait trembler les bases du parti, qui ne devait rien à Trudeau ni à personne, qui avait du Canada une vision beaucoup plus complexe que celle de l’arrogance libérale.Et Stéphane Dion fut coopté par une bande d’avocats et d’hommes de marketing de Toronto qu’il ne connaissait même pas.Les avocats se disaient que, puisqu’il venait du Québec, il maintiendrait au moins la présence libérale dans la province insoumise comme Jean Chrétien l’avait fait et que, fier Canadien, il leur conserverait l’Ontario.Que pensent-ils aujourd’hui?Dans Saint-Hya-cinthe-Bagot, le NPI) a terminé devant le Parti libéral.Dans Roberval, la candidate libérale n’a remporté que 2800 voix et, dans Outremont, le parti n’a fait que 29 % des suffrages.Non seulement il n’y a pas d’effet Dion, il existe un effet anti-Dion.Et aussi une tendance forte chez les francophones qui élimine à long terme le Parti libéral tel qu’il est aujourd’hui.Le comté de Saint-Hyacinthe-Bagot illustre bien cette tendance.En 2000, 34,8 % des voix pour le Parti libéral; en 2004, 22,1 %; en 2006, après le scandale des commandites, 9,8 %; et, lors de la partielle, 7,4 %.Devant cette catastrophe, ce cataclysme, le nouveau politicien fait belle figure, sourit à tout venant, vante son candidat dans Outremont, il ne regrette rien.Le chef s’installe dans le déni, il tente de jouer le politicien.Le chef a été parcimonieux dans ses premiers commentaires, au point même de ne pas reconnaître la défaite: les gens reprennent confiance, ils commencent à nous écouter, nous avons proposé une politique de l’eau qui les a séduits, les gens réfléchissent et nous entendent et, la prochaine fois, ils voteront pour nous.Un chausson avec ça, M.Dion?Et on ne sait pas quand — on ne le saura jamais — quelqu’un lui a dit: «C’est peut-être vous, le problème.Vous n’êtes pas sympathique, on vous prend pour un anti-Québécois.» Et Stéphane Dion a jeté à la poubelle ses hardes d’antihéros, son sac à dos, son air de je sais tout, et il a fait son mea-culpa.«Je suis une personne plutôt discrète.» Et tralala.On me connaît mal, je suis plutôt drôle, je suis un vrai Québécois et je devrais faire plus démissions de variétés pour me faire connaître sous mon vrai jour.Un chausson avec ça, M.Dion?Ça fait dix ans que vous dites à l’Infoman que ce qu'il fait est ridicule, dix ans que vous dites que le Québec n’existe pas, duc ans qu’on ne vous a pas vu rire, dix ans que vous méprisez de votre œil intellectuel les émissions de variétés et, pour refaire votre image, vous voulez être invité à Tout le monde en parle et pourquoi pas au Banquier?On ne saura jamais pourquoi Stéphane Dion a choisi, plutôt que de corriger des mémoires, de frire de la politique, mais on pourra facilement expliquer pourquoi ce jeune homme plein de bonnes intentions est en train de livrer le Canada à Stephen Harper.Xi CHRISTINNK MtISCHI REUTERS LE DEVOIR Les élections partielles de lundi ont été révélatrices de l’humeur des électeurs.Le coût de la vie Le débat fait rage au Québec sur le financement des traitements de fécondation in vitro pour les couples infertiles PAULINE GRAVEL \ A l’instar de ce qui se fait dans nombre de pays développés, le gouvernement québécois doit-il prendre en charge les coûts de la fécondation in vitro pour les couples infertiles désireux d’avoir un enfant?Le débat frit actuellement rage et déchaîne les passions.Les partisans d’un remboursement brandissent un argument économique fort convaincant ainsi que le principe d’équité sociale.Les opposants craignent quant à eux une surconsommation de ces technologies et font valoir que le droit de concevoir un enfant qui nous soit lié biologiquement n’est pas absolu, mais plutôt un privilège.Ils rappellent aussi que les enfants sans famille sont légion autant au Québec qu’ailleurs dans le monde.Au Québec, les couples qui ont recours à la FIV peuvent actuellement obtenir un crédit d’impôt de 30 % sur les deux premières tentatives et le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a récemment annoncé qu’il augmenterait ce crédit à 50 % pour la troisième tentative.Pour le gynécologue Herre Miron, qui a frit du remboursement de la FTV son cheval de ba- @ taille, le crédit d’impôt remboursable a eu un effet pernicieux car il a encouragé les cliniques de fertilité à augmenter leurs tarifs.«Le crédit d’impôt ne va pas dans la poche des patients mais dans la bourse des cliniques», dit ce spécialiste devenu professeur et clinicien au CHUM depuis qu’il a dû quitter en 2001 sa clinique de fertilité (Procréa) sous les pressions des actionnaires exigeant une plus grande rentabilité.«Inclure la FIV dans le panier de la RAMQ permettrait aussi de fixer les tarifs — en se basant sur les expériences belge et française —, ce que ne permettent pas les crédits d’impôt.» Comme les autres fervents défenseurs du remboursement des traitements de FIV, il affirme qu’une telle mesure spciale induirait de grandes économies pour l’Etat, qui disposerait alors des fonds nécessaires pour couvrir les traitements de FTV.Mais comment est-ce possible?Les grossesses multiples Le docteur Willem Ombelet de l’Hôpital de Genk en Belgique a défendu bec et ongles la gratuité de la FW dans son pays en démontrant au gouvernement que la plus grande partie des coûts associés aux technologies de procréation médicalement assistée (TPMA) découlaient des grossesses multiples qu’elles induisaient En effet dans le but d’accroître les chances de réussite, les médecins transfèrent dans l’utérus de la femme non pas un seul embryon conçu in vitro, mais deux, trois, voire quatre ou cinq.Or, les grossesses multiples présentent beaucoup plus de risques de complications pour la femme enceinte.Elles sont également plus susceptibles de provoquer des malformations fœtales et des naissances prématurées, a souligné la docteure Annie Janvier du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).Cette spécialiste en soins intensifs néonataux qui poursuit un doctorat en bioéthique intervient quotidiennement auprès des prématurés et elle témoigne des multiples problèmes de santé qu’elle rencontre.Outre les soins ultraspécialisés qu’ils requièrent durant les premières semaines de leur vie, les bébés prématurés risquent d’être atteints pour la vie de lourds handicaps qui nécessiteront aussi des soins coûteux et de longue durée, souligne-t-elle.« Qn La réduction des grossesses multiples permet de faire des économies rembourse substantielles en soins obstétricaux et néonataux, économies qui per- les mettent amplement au gouvernement de rembourser tous les pa- traitements tients qui ont besoin d’une FIV, a af- .Armé au Devoir le Dr Ombelet sta- pour les tistiques à l’appui.«Convaincu par cet argument massue, le gouverne- uyaiuucuiuja ment belge a décidé en 2003 de rem- érectiles bourser jusqu’à six tentatives de FIV pour les femmes âgées de moins de jusqu’à un 42 ans.» Mais ce, à condition que soit appliqué un protocole très strict âge très de transfert d’un seul embryon lors du premier essai chez les femmes avancé et la de 39 ans et moins., La sociologue Louise Vandelac de calvitie, mais l’UQAM croit pour sa part qu’il fau- .rj.r drait plutôt octroyer l’argent écono- Pas “?rlv » misé à l’amélioration des conditions socioéconomiques des jeunes couples afin qu’ils désirent avoir des enfants plus tôt dans leur vie.Car, rappelle-t-elle, «le problème majeur est le report de la première grossesse, qui est lié au fait que les jeunes femmes étudient de plus en plus longtemps et qu’elles se retrouvent alors de plus en plus endettées, et soumises à des conditions d’accès au marché du travail de plus en plus difficiles et précaires».Le Dr Miron voit les choses autrement «Le fait que les traitements FIV ne soient pas remboursés frit en sorte que les jeunes couples retardent le moment d’y avoir recours pour des raisons financières, évoque-t-il.Mais alors, ils ont moins de chances de réussite.La gratuité de ces soins incitera les jeunes couples infertiles à procéder plus tôt.» k w ¦ -ip*.- ; / ¦ 4 t ir* 5 W0ËÉI AGENCE FRANCE-PRESSE Certains sont pour, d’autres sont contre le remboursement des frais de la fécondation in vitro.Des exemples Pour la Dre Annie Janvier, le démonstration avancée par le Dr Ombelet ne fait aucun doute et c’est la raison pour laquelle de nombreux autres pays, dont l’Angleterre, la Finlande, la Suède, la Norvège, l’Italie, Israël, l’Australie et la France, ont choisi de rembourser la FW.«La France rembourse les traitements de FIV depuis 1994 parce qu’elle considère que la fertilité frit partie de la santé.Comme üya entre 10 et 15 % de la population qui consulte, c’est donc un réel problème de santé publique», a précisé au Devoir le père du premier bébé éprouvette en France, le docteur René Frydman.«Par solidarité nationale, la France offre les quatre premiers essais ayant abouti au transfert d’embryons dans l'utérus pour les femmes de moins de 43 ans.Et une fris que la femme a accouché d'un enfant, le compteur est remis à zéro et elle peut bénéficier à nouveau de quatre autres essais.Cette mesure frit aussi partie d’une politique plus générale visant à acçroître la natalité.» Cette prise en charge par l’Etat a par conséquent conduit les gynécologues français à réduire le nombre d’embryons qu’ils implantent chez leurs patientes.«Au Québec, dans le contexte actuel, en moyenne deux embryons sont transférés, indique le Dr Miron.Mais üya une pression sur le médecin et sur le couple pour accroître ce nombre après un premier échec.Comme la démarche est dispendieuse pour les couples, ceux-ci insistent pour qu’on implante trois ou quatre embryons afin d’augmenter les chances de réussite.On accroît du coup le risque de grossesses multiples.» Louise Vandelac croit que, ppur des raisons de santé publique, l’Etat doit intervenir pour limiter le transfert d’embryons multiples.«B y a des normes de pratique dans tous les domaines de la médecine et ce serait tout à fait normal qu’üyen ait dans celui-là aussi», dit-elle, à l’instar du bioéthicien Hubert Doucet de l’Université de Montréal.Comme plusieurs autres tenants du remboursement, le D' Miron soulève quelques contradictions de notre système de santé.«On paie sans limite pour les interruptions volontaires de grossesse et la ligature des trompes, mais on ne rembourse même pas l’hormonothérapie pour les femmes qui ont des problèmes ovulatoires.Tout cela est difficilement compréhensible, d’autant que nous faisons face à un problème de natalité au Québec», dit-il.«On rembourse les traitements pour les dysfonctions érectiles jusqu’à un âge très avancé et la calvitie, mais pas le FIV N’est-ce pas étrange?», renchérit la D' e Annie Janvier.Attirer les clients Même si l’obstétricienne-gynécologue et bioéthicienne Chantal Rivard a souligné à grands traits les épreuves psychologiques et physiques que comporte un traitement de FW, lors d’une allocution dans le cadre du colloque de bioéthique de l’Université de Montréal, elle croit néanmoins que ce traitement doit être remboursé par l’Etat «Les cliniques de fertilité se font la guerre pour attirer les clients.Dans ce contexte de concurrence féroce, elles doivent afficher des taux de réussite élevés qui ne s’obtiennent que par des transferts d’embryons multiples et des hyperstimulations ovariennes dangereuses pour la santé de la femme», dit-elle.Les partisans du remboursement font également valoir que les TPMA se sont raffinées au cours des dernières années et qu’elles permettent aujourd’hui d’obtenir des taux de succès fort respectables, allant de 25 à 35 % par cycle selon l’âge de la femme.En effet ces taux sont comparables, voire supérieurs à ceux observés chez des couples fertiles, qui varient entre 15 % par mois chez les femmes à la fin de la trentaine, et 30 % chez les plus jeunes.Selon l’éthicienne Margaret Somerville de l’université McGill, l’infertilité est une maladie dont le traitement devrait être couvert par notre système de santé.Mais elle convient que les contraintes économiques doivent aussi être prises en compte dans ce choix.«Dans les pays où on a accepté de rembourser, le nombre de FIV a littéralement flambé, sans que la prévalence de l’infertilité n’y soit plus marquée», s’inquiète Louise Vandelac qui craint la reproduction d’un tel scénario chez nous.«Il faut éviter le recours banalisé à la FIV qui peut conduire à toutes les dérives.L’essentiel des FIV se font pour des femmes de 35 ans et plus, voire de 40 ans et plus, pour lesquelles on doit avoir recours au don d’ovocytes, qui ouvre la voie à un marché douteux.» Des réticences La très respectée pédiatre Gloria Jéliu, qui a fondé l’une des premières cliniques de protection de la jeunesse à l’hôpital Sainte-Justine où elle œuvre toujours, est également réticente.«La société de droits individuels dans laquelle nous vivons a entraîné le public à considérer qu’avoir un enfant est un droit et que les TPMA doivent être remboursées par le gouvernement et ne doivent pas être l’apanage des gens riches.À première vue, cela paraît logique dans un souci d’équité et de justice sociale.Mais avant de répondre de cette manière-là, il faudrait rappeler que le fort taux de réussite de ces techniques qu’on affiche ne concerne pas les femmes de 37, 38, 39 ans, qui sont les plus nombreuses à y avoir recours», frit-elle remarquer.«Le désir d’enfants est certes présent dans la majorité des couples, quel que soit leur statut social.Mais existe-t-il un droit à l’enfant?», lance-t-elle.«Non, il s’agit d’un privilège et non pas un droit», répondent d’une seule voix la Dre Jéliu et Mr Hugues Létourneau, directeur adjoint au contentieux du Centre jeunesse de Montréal.«Si la nature dans votre couple ne vous a pas gratifié de fécondité naturelle, vous ne pouvez pas vous retourner vers la société et dire moi, j’ai droit à un enfant gratuit, j’ai le droit d’accéder à des manœuvres dont la qualité intrinsèque est discutable», poursuit la Dre Jéliu.«Le droit de concevoir un enfant qui nous soit lié biologiquement n’est pas absolu», renchérit la sociologue Louise Vandelac de l’UQAM.«Au Québec, un nombre important d’enfants âgés de deux à six ans attendent des parents.Ces enfants sont gratuits, pas besoin d’aller en Chine et de payer des milliers de dollars.Personne ne s’offre pour prendre ces enfants.Dans notre société, on ne valorise que les beaux poupons tout roses», souligne M.Létourneau en précisant que, pour obtenir un nourrisson, la période d’attente peut aller jusqu'à huit ans.Aux yeux de la D"1 Annie Janvier, qui milite pour le remboursement, une solution de rechange comme l’adoption est un processus long, dispendieux (en ce qui concerne l’adoption internationale) et comportant maintes restrictions (âge, mariage, évaluation psychologique).Rembourser ou pas les TPMA est un choix de société qu’il faudra soupeser avec précaution.Le Devoir 1 l t LE DEVOIR.LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2007 C 3 PERSPECTIVES ~^T ffil: fi m Stéphane Dion lors de la campagne électorale dans le comté d’Outremont.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Un paysage politique mouvant Les élections partielles de lundi laissent présager d’un changement profond dans la population La secousse qui a frappé le paysage politique du Québec lundi a été suivie de plusieurs répliques de moindre envergure qui continuent d’ébranler le Parti libéral du Canada et le Bloc québécois.Les deux formations cherchent le meilleur moyen de rebondir.La dynamique des élections partielles étant toutefois différente de celle d’un scrutin général, quelles conclusions faut-il tirer?ALEC CASTONGUAY Ottawa — Il y a deux ans presque jour pour jour, Lawrence Cannon accordait au Devoir sa première grande entrevue durant laquelle il dévoilait la nouvelle stratégie du Parti conservateur au Québec.Encore loin du poste de ministre, M.Cannon venait à peine d’être nommé chef de cabinet adjoint de Stephen Harper, alors leader de l’opposition officielle.Assis dans un café du centre-ville d’Ottawa, il avouait avoir du pain sur la planche, les sondages accordant à peine 10 % des intentions de vote aux conservateurs.Or, malgré le calme qui le caractérise, Lawrence Cannon avait le regard acéré de celui qui vient de repérer sa proie: le Bloc québécois.A l’entendre, il allait viser la jugulaire du parti le phis populaire du Québec à l’époque.«Si on enlève le scandale des commandites, le Bloc n’est pas aussi solide qu’il le laisse voir», disait-il, ajoutant que la première étape d’une reconquête de la droite dans la province passait par le respect «Pour gagner la confiance des Québécois, ü faut bâtir notre crédibilité auprès d’eux.» Dans sa tête, le Parti libéral du Canada avait beau être au pouvoir, il n’y avait plus qu’un seul parti à combattre.«Les libéraux sont éliminés de la prochaine carte électorale dans la province», affirmait-il.Jeudi après-midi, assis dans son bureau de ministre des Transports, au centre d’Ottawa, Lawrence Cannon affichait le sourire de celui qui n’a peut-être pas atteint la jugulaire, mais qui a certainement réussi à asséner un bon coup de griffe.Trois jours plus tôt les élections partielles confirmaient que les appuis du Bloc sont vacillants lorsqu’on lui oppose de bons candidats, alors que les libéraux éprouvent toujours autant de difficultés, particulièrement auprès de l’électorat francophone.Un seul hic: le PC ne décolle pas du tout à Montréal.«Il ne fallait pas se faire de faux espoirs non plus», dit-il.Le lieutenant politique de Stephen Harper au Québec se réjouit surtout d’avoir une base plus solide que jamais sur laquelle construire.«Mon mandat était d’enraciner le Parti conservateur au Québec et de montrer que ce n’était pas un feu de paille, affirme-t-il.Je devais montrer que les valeurs de notre parti sont près des valeurs des Québécois.Pour ça, il fallait être crédible.La reconnaissance de la nation québécoise, le déséquilibre fiscal et l’entente sur l’UNESCO ont beaucoup aidé notre crédibilité.» Pour Lawrence Cannon, le lien avec les élections partielles de lundi est évident.«C’est avec cette crédibilité qu’on va chercher des bons candidats comme Denis Lebel [élu dans Roberval-Lac-Saint-Jean] et Bernard Barré [défait dans Saint-Hyacinthe-Bagot].Ces nationalistes sont à l’aise avec nous.» Le PC joue effectivement dans les plate-bandes nationalistes du Bloc québécois avec une redoutable efficacité, soutient le politologue Jean-Herman Quay, de l’Université de Sherbrooke.«Les élections de lundi confirment la réorganisation du paysage politique au Québec, dit-il.L’ADQ au provincial et le Parti conservateur au fédéral bousculent les lignes traditionnelles des partis.» Les électeurs qui ne sont pas des souverainistes purs et durs, ni des fédéralistes à tout crin, ont maintenant d’autres endroits où ils se sentent à l’aise, dit M.Guay.Le post-mortem du Bloc Dans ce contexte, le Bloc doit rapidement s’ajuster, estime le politologue.«Les bloquistes ne sont plus devant un adversaire intransigeant comme le Parti libéral du Canada.Le vieux fonds de commerce de la confrontation est disparu.Us doivent retrouver un discours nationaliste et non plus seulement souverainiste, un peu comme Pauline Marais tente de le faire au niveau provincial.» L’analyse de la soirée de lundi est d’ailleurs bien engagée au sein des troupes de Gilles Du-ceppe.Le chef lui-même a reconnu que le parti doit corriger le tir.«Cest un signal qu’il nous faut travailler plus fort, rebâtir nos organisations et se mettre à l’œuvre», a soutenu M.Duceppe cette semaine.L’organisateur électoral du Bloc et député d’Argenteuil-Papineau-Mira-bel, Mario Latramboise, a affirmé que des débats sérieux auront lieu au sein du parti dans les prochaines semaines.«R faut faire une réflexion sur notre positionnement et notre façon d’aborder les enjeux.H faut aussi réévaluer notre machine électorale.On ne peut pas dire que ce sont seulement des partielles.Il ne faut pas vivre ça à la prochaine élection», a-t-il dit Le Bloc veut notamment retrouver un rôle plus actif de protecteur des intérêts du Québec, se rapprochant du même coup d’une certaine forme de nationalisme.«Il faut être plus intense, plus agressif et plus performant dans nos positions», a soutenu Mario Laframboise.L’état-major bloquiste estime toutefois que ces élections ont surtout été profitables aux candidats ayant une forte notoriété, comme Denis Lebel, l’ancien maire de Roberval, et Thomas Mulcair, le candidat du NPD.Les chefs des partis étant moins présents que lors d’une élection générale et les enjeux nationaux, relégués à l’amère-scène, le Bloc a souffert dans les débats locaux, soutient Mario Laframboise.«Ça fait longtemps qu'on n’avait pas eu d’élections partielles où les enjeux régionaux prenaient une aussi grande place On s’est fiait prendre», af-il dit La gueule de bois libérale Selon Jean-Herman Guay, ce combat nationaliste pour le cœur des Québécois risque de faire beaucoup plus de dommages aux libéraux fédéraux, qui sont complètement largués dans ce domaine.Au moins, le Bloc peut se battre sur le terrain des aspirations des Québécois, ce que le P1X ne peut plus faire, dit-il.Le piètre résultat des troupes de Stéphane Dion lundi, particulièrement dans les deux circonscriptions fortement francophones de l’extérieur de Montréal où le PLC n’a pas franchi la barre des 10 % d’appuis, est un désastre qui pourrait durer, estime Jean-Herman Guay.«Pour le PLC, il n’y a pas grand-chose à faire.Je ne vois pas comment Stéphane Dion peut changer les choses avec le temps qui lui reste avant les élections générales.A leur place, je travaillerais sur les autres provinces.» Le leadership de Stéphane Dion n’a pas été ouvertement remis en question et le chef a pris sur lui le blâme de la défaite dans Outremont, estimant qu’il doit mieux se faire connaître des Le combat nationaliste pour le cœur des ' Québécois risque de faire beaucoup plus de dommages aux libéraux fédéraux Québécois.Mais reconquérir la majorité francophone ne sera pas facile.«Le travail à faire est colossal», avoue le député Pablo Rodriguez.Il faudra, dit-il, parler davantage de sujets qui touchent les régions, par exemple la diversification de l’économie.«On doit se réinventer et rétablir le lien de confiance avec les francophones.» Les libéraux fédéraux sont aux prises avec les mêmes difficultés que les troupes de Jean Charest, remarque Jean-Herman Guay.«Les deux formations libérales ne sont plus les porteurs de ballon aux yeux de la majorité au Québec.Les élections de lundi soulignent avec force ce constat et ça n’augure rien de bon», dit-il.Un feu de paille électoral ?Dans ce contexte, le politologue n’adhère pas à la théorie voulant que ces élections partielles ne soient qu’une anomalie temporaire dans le paysage politique, comme c’est souvent le cas.«Je n’ai pas les mêmes réserves que d’habitude sur les élections partielles parce que ce scrutin confirme des tendances lourdes, dit-il.Normalement, la grogne lors des élections partielles s’exprime contre le parti au pouvoir.Les électeurs veulent passer un message.Mais lundi, les gens ont envoyé des messages aux partis d’opposition! C’est très rare et il faut prendre ça au sérieux.» Selon lui, le seul feu de paille risque d’être la percée du NPD au Québec.«La notoriété de Thomas Mulcair a joué un rôle clé dans la vic-toiçf.», dit Jean-Herman Guay.Mais le principal intéressé s’inscrit en faux et affirme ne pas vouloir reproduire le scénario de 1990, lorsque le néo-démocrate Phi) Edmonston avait remporté la circonscription de Chambly lors d’une élection partielle pour disparaître de la carte lors de l’élection générale suivante.Thomas Mulcair précise avec raison que Phil Edmonston ne s’est pas représenté en 1993.«Moi, je suis là pour rester.Je vais aider à bâtir le NPD au Québec», lance-t-il, déterminé.Le nouveau député d’Outremont est toutefois conscient de la tâche qui l’attend.«Pendant les trois dernières semaines de la campagne, beaucoup de représentants des communautés ethniques sont venus me voir et m’ont dit: “on va voter pour toi cette fois-ci”, sous-entendant que j’ai du pain sur la planche pour les convaincre de voter pour moi la prochaine fois.Et c’est correct.Je vais travailler très fort pour mériter leur confiance.» Thomas Mulcair n’a d’ailleurs pas l’intention de rester le seul candidat-vedette du NPD dans la province.«Jack Layton m’a confié deux tâches.D’abord, faire connaître les idées du parti au Québec.Ensuite, compléter une équipe de candidats bien connus et à qui les gens peuvent s’identifier.Disons que la victoire de lundi va faciliter ma chasse aux candidats!», affirme-t-il.Lundi soir dans un bar du boulevard Saint-Laurent, à Montréal, le chef du NPD s’est même laissé emporter par la fièvre de la victoire, déclarant que ce gain pouvait changer rien de moins que «l’histoire du Canada».Mardi, Jack Layton était plus calme que la veille.«C’est sûr qu'il reste beaucoup de travail à faire, a-t-il convenu.Mais il faut continuer dans cette voie.Qui sait si la visibilité de Thomas [Mulcair] ne va pas augmenter l’intérêt des Québécois envers notre parti?» Le Devoir Avec la collaboration d’Hélène Buzzetti SUITE DE LA PAGE B 1 L’entourage de Gérald Tremblay estime avoir coupé l’herbe sous les pieds de Benoit La-bonté puisque ce dernier n’a plus de réelle tribune pour se faire valoir d’ici la campagne municipale de l’automne 2009.Il est vrai que, pour Benoit Labonté dont l’ambition était devenue trop viable, Ville-Marie constituait le tremplin idéal vers le fauteuil de premier magistrat de Montréal.Du côté des partisans de M.Labonté, on fait valoir que les deux prochaines années accordent suffisamment de temps pour vérifier l’adhésion que peut susciter sa candidature à la MONTREAL mairie.En termes clairs, il faudra voir si le financement est possible, si d’autres élus sont prêts à monter dans le train, si le recrutement de candidats d’envergure est envisageable, et finalement, si tous les éléments sont réunis pour créer un nouveau parti politique.Sur ce dernier point des discussions avec Vision Montréal seront entreprises.Mais il faudra voir jusqu’à quel point les militants «nostalgiques de Bourque» se montreront ouverts à un virage au sein de leur parti.Pour Luc-Normand Tellier, ce brassage politique et donc d’idées ne peut être que favorable à la santé démocratique de Montréal.«L’évolution récente des événements m’apparaît saine parce qu’elle pourrait aboutir sur un choix clair, donc offrir une option alternative au maire Tremblay.Ce n’est pas Projet Montréal qui peut prétendre prendre le relais», estime M.Tellier.Quant à savoir si cette agitation et celle qu’elle générera seront suffisantes pour que Montréal se ressaisisse, Gérard Beaudet n’est guère optimiste.Le problème relève de Québec.«C’est catastrophique si on ne se réveille pas.L’accès du Québec à l'échiquier planétaire passe par Montréal, ce qui ne signifie pas qu'il faille nier les régions.Mais le levier est ici», croit-il.Le Devoir Michel David Paf, le chef! Stéphane Dion a déjà essayé de se montrer sous un jour plus humain.A l’émission Les Francs-Tireurs, en novembre dernier, Patrick Lagacé lui avait demandé s’il lui arrivait de faire des blagues.Le futur chef libéral lui avait raconté «l’histoire la plus courte du monde», celle de Paf le chien, qu’il suggérait pour le coucher des enfants.«L’auto passe et paf! le chien.» Il avait l’air de la trouver très drôle.Jeudi soir, M.Dion a confié à Céline Galipeau qu’il comptait «se mettre à nu», notamment en participant à des émissions de variétés.Le plus urgent pour les spécialistes en .communication du PLC, qui viennent de recevoir tout un contrat, est de lui trouver un répertoire de blagues de meilleur goût.Faute avouée est à moitié pardonnée, dit-on.Certes, il est bon de reconnaître ses erreurs, et Dieu sait que M.Dion en a commis, mais est-il indispensable de s’humilier à ce point?Cela devenait gênant de l’entendre répéter qu’il n’est pas cette caricature qu’on a faite de lui.On avait presque hâte que l’entrevue se termine avant qu’il ne se mette à pleurer.Après 11 ans de vie politique et dix mois à la tête du PLC, il vient apparemment de découvrir que le chef est le centre de toute l’attention et il propose maintenant de «faire le débat sur Stéphane Dion».Misère! A l’entendre dire qu’il sait pouvoir compter sur l’appui de son parti alors que le bruit des couteaux qu’on affûte est déjà audible, c’était à se demander s’il fallait le plaindre d’être aussi naïf ou .lui en vouloir de nous prendre pour des imbéciles.M.Dion s’apprêterait à faire de Denis Coderre son lieutenant au Québec.Un chef qui en arrive à devoir compter sur ses ennemis pour le protéger risque de ne pas être là bien longtemps.?L’autodérision peut être rentable en •politique.Durant la campagne électorale de 1997, les publicistes du PLC avaient eu un trait de génie en tournant à son avantage le handicap facial de Jean Chrétien.Le premier ministre Jean Charest est passé maître dans l’art de rire de lui-même.Au dernier conseil général du PLQ, il a déridé les délégués — et les journalistes — avec ses allusions à son tour de taille.Si ce n’était qu’une question d’humour, M.Charest serait réélu haut la main.Remarquez, il n’est pas indispensable d’être un boute-en-train pour réussir.S’il y a un homme qui semble froid et ennuyeux, c’est bien Stephen Harper.Les résultats des élections partielles de lundi dernier démontrent bien que les électeurs n’ont pas nécessairement besoin d’être divertis.Il est vrai que l’habit fait le moine.M.Harper bénéficie de l’aura que confère la fonction de premier ministre.S’il avait eu affaire à un advefsaire plus redoutable que Paul Martin, on parlerait déjà au passé de cet Àlberfain aussi froid que les glaciers des Rocheuses, qui était décidément trop cérébral pour réussir en politique.Certains s’efforcent même de paraître ternes à dessein.Encore aujourd’hui, plusieurs sont surpris d’apprendre que Robert Bourassa était un homme d’une rare drôlerie.S’il avait fait étalage de sa vivacité d’esprit, on s’en serait peut-être méfié davantage.Malgré la déconfiture de lundi dernier, M.Dion se dit encouragé de constater que les gens ont recommencé à respecter le PLC et à écouter ce qu’il a à dire, même s’ils ne l’appuient pas encore.Malheureusement, il se trompe: il n’y a pas plus de respect et d’écoute que d’appui.Il y a des limites à se refaire une vertu.Par exemple, Mp Guy Bertrand vient de publier un nouveau livre intitulé Guide d’accès à l’indépendance, dans lequel il entend démontrer que la souveraineté est une question de survie pour le Québec français.Même si le danseur de tango à la crinière de jais s’est transformé en agent Glad, M1 Bertrand ne pourra jamais faire oublier son hallucinante métamorphose des années 90, alors que cet ancien pur et dqr était acclamé par les pires détracteurs du Québec et du projet souverainiste.D est assez piquant qu’après avoir été à l’origine de la contestation judiciaire qui allait par la suite permettre à M.Dion d’accoucher de sa Loi sur la clarté, M Bertrand soutienne aujourd’hui que le Canada aurait tout avantage à favoriser l’émergence d’un pays indépendant Avoir dit et écrit autant de sottises en si peu de temps relève de l’exploit Il est vrai que M.Dion ne prétend pas à une reconversion aussi spectaculaire que son allié de jadis, mais il a lui aussi un passé beaucoup trop chargé pour qu’on l’oublie.Se présenter aujourd’hui comme un grand défenseur des intérêts du Québec est une véritable insulte à l’intelligence.Le chef libéral a toujours été un maître du sophisme.Dans son entrevue à Céline Galipeau, il s’est vanté de toujours avoir été un apôtre de la péréquation, mais on se souvient surtout qu’il a nié avec la dernière énergie l’existence d’un déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces.A l’entendre, M.Dion aurait aussi été le preipier à reconnaître l’existence de la nation québécoise.À preuve, M.Harper l’a consulté avant de présenter sa motion à la Chambre des communes.Pourtant, durant la course au leadership du PLC, il s’était vivement opposé à la résolution que les partisans de Michael Ignatieff avaient tenté de faire adopter par le congrès libéral.Il s’est rallié in extremis à la motion de M.Harper, mais il n’a rien initié du tout Les partielles de lundi ont été un choc, mais le pire est peut-être à venir.Si M.Dion tient jusque-là, ce n’est pas simplement une auto mais un train qui risque de le frapper aux prochaines élections.Et paf! le chef mdavid@ledevoir.com Stéphane Dion ARCHIVES LE DEVOIR LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2007 C 4 EDITORIAL L’étrange paradoxe Le dollar canadien a finalement atteint la parité avec la devise américaine et l’a même dépassé au cours de la journée d’hier.Tant mieux pour nous puisque cette hausse du huard accroîtra progressivement notre pouvoir d’achat malgré les effets dramatiques sur certaines industries qui ont tout misé sur la faiblesse du huard.L Jean-Robert Sansfaçon e bonheur des uns fait le malheur des autres: pendant que les consommateurs de produits et les importateurs d’équipements fabriqués à l’étranger s’apprêtent à profiter de la hausse du dollar canadien, les exportateurs doivent s’ajuster très rapidement à cette nouvelle réalité qui rend les biens canadiens plus chers et moins concurrentiels.Des milliers d’emplois disparaissent dans les secteurs où la productivité des entreprises canadiennes est moindre que celle de leurs concurrents, mais au bout du compte, notre économie retirera plus de bénéfices que de pertes de la force de notre devise.D’ailleurs, les économistes de Desjardins prévoient que le taux de chômage au Québec passera sous la barre de 7 % en 2008.Le huard n’est pas la seule devise à prendre des forces devant le dollar américain: l’euro et d’autres monnaies ont aussi atteint des niveaux qui n’avaient pas été vus depuis longtemps.D’ailleurs, la valeur de notre devise est restée à peu près la même par rapport à l’euro.Si notre monnaie est plus forte, c’est parce que les prix des ressources naturelles sont à la hausse sous la pression de la demande mondiale, mais c’est aussi parce que les finances publiques sont plus saines depuis l’élimination des déficits gouvernementaux, et c’est surtout parce que l’économie américaine est en mauvaise posture.À plus ou moins long terme, nous reviendrons à un dollar moins fort D’où la nécessité de corriger certaines lacunes qui s’apparentent à une économie de pays sous-développé.Deux comportements collectifs sont possibles.Le premier serait d’agir en nouveau riche qui choisit de profiter de sa fortune instantanée pour se payer du bon temps; le second serait de regagner le terrain perdu pendant des armées en investissant davantage pour accroître la recherche et la productivité des entreprises.L’exemple de l’industrie du bois et du papier illustre le dilemme.Voilà une industrie qui, depuis 30 ans, a négligé de moderniser ses installations en profitant d’un dollar canadien faible pour écouler une marchandise brute.Maintenant que l’avantage de la devise a fondu, syndicats et patrons revendiquent en chœur que le propriétaire de la forêt — les contribuables du Québec — leur cède la matière première pour rien en plus de prendre à sa charge les coûts d’exploitation de base de la richesse.Ce faisant, on peut s’attendre à ce que les Américains repartent en guerre avec l’argument logique de la subvention déguisée.Pour ne pas avoir investi dans la recherche de produits à valeur ajoutée, voilà une industrie en pleine déroute qui a recours au chantage à l’emploi pour obtenir des faveurs qu’elle ne mérite plus.Cela dit, pour quelques secteurs en difficulté, l’ensemble de l’économie peut et doit désormais tirer parti d’un dollar en meilleure santé.Le Canada a besoin de machinerie de pointe, de logiciels et autres composantes technologiques à l’origine des gains de productivité.Grâce à la force nouvelle de notre devise, nous pouvons accélérer la cadence de modernisation de notre économie.11 n’y a donc aucune raison de ne pas nous réjouir.Après tout, 60 % d’appréciation en moins de cinq ans par rapport à notre principal partenaire, voilà un revirement qui tient de l’exploit involontaire qu’il sera difficile de répéter.À moins d’imaginer le géant américain dans les câbles pour des décennies, ce qui ne serait même pas bon pour nous, aussi bien en profiter le temps que ça dure! j- rsa nsfacon(q.lede voir, com La douceur des 16 ans .eize ans.Geneviève Jeanson avait à peine 16 ans lorsque les premières doses d’érythropoïétine (EPO) ont coulé dans ses veines de cycliste.Droguée?Portée surtout par ce mystérieux et insatiable appétit pour la victoire.Et tristement pilotée par des figures qui ont — profité d’une dualité étrange: la force extraordinaire qui guide les athlètes et la vulnérabilité innocente de l’adolescence.Impossible de rester de marbre devant l’évolution du reportage-choc mené par le journaliste d'Enquête, Alain Gravel, et diffusé jeudi soir.Sacrée reine du vélo au Québec, puis soupçonnée pendant des années de traverser les fils d’arrivée sous l’influence d’une adrénaline artificielle, Mme Jeanson, sous l’œil de la caméra, défonce une épaisse cloison de mensonges.Après dix ans de demi-vérités, de négations et de faussetés, la collision est brutale.«Je n’ai jamais touché à de l’EPO de ma vie», affirmait la femme de 26 ans avec un aplomb déconcertant, visiblement exaspérée par l’opprobre dont elle était couverte depuis si longtemps.Quelques semaines plus tard, confrontée à une de ses propres contradictions, elle craque: «J’en ai pris.» Depuis la douceur de ses Marie-Andrée 16 ans.«Presque à Vannée longue.» C ho u i nard Ce n’est que quelques instants plus tard que la caméra transmet l’émotion la plus douloureuse lorsqu’elle avoue, brisée: «Ce qui me fait le plus mal, c’est d'avoir menti au monde qui me croyait.» Le cercle de ceux qui adhéraient encore à la version Jeanson s’était radicalement rétréci au fil du temps.Tout comme a fondu la confiance portée à ce sport de compétition, tant il est sali par les scandales à saveur de dopage.Dernier en lice: l’Américain déchu Floyd Landis, qui, un an après un contrôle positif à la testostérone, était reconnu coupable de dopage jeudi.Son feuilleton, qui reprend avec une similitude étonnante le parcours de Geneviève Jeanson, lui vaut de perdre son titre au Tour de France 2006.Au-delà des aveux et de l’extraordinaire parcours d'une enfant plongée dans le mensonge, ce qui heurte le plus violemment dans ce récit est sans doute l’évidence la plus simple: qu’une athlète aussi physiquement entraînée soit victime de sa tête davantage que de son corps.Ce bête constat renvoie brutalement à la responsabilité des adultes qui entouraient l'adolescente au moment où décision fut prise de gagner en frondant la nature.La deuxième tranche du reportage risque à cet égard d’être éclairante: on nous promet de braquer les projecteurs sur le personnage d’André Au but, qui composait avec Mme Jeanson un ténébreux couple entraîneur-entraîné.Le sport d’élite est un milieu extraordinaire, réservé à des personnalités d’exception, tant du côté des athlètes que de celui de leurs maîtres à penser.On voit maintenant à quel point la fusion de ces caractères uniques conduit à briser des destins.Hors de ce cercle vicieux, Geneviève Jeanson peut maintenant rouler le fil de sa vie hors du factice et retourner à la quiétude d’avant ses 16 ans.machouinardQt>ledevoir.com LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directrice de l'information JOSÉE BOILEAU Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-FRANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directrice, ventes publicitaires NICOLE CALESTAGNE LE ++l»ARl> GOUpiè 'h Bt-oC.Le Dion nouveau L’entrevue qu’a donnée Stéphane Dion à Céline Galipeau mercredi était surréaliste.Pressé d’expliquer la déconfiture libérale aux élections partielles, le chef du Parti libéral du Canada y est allé d’une analyse toute personnelle.À son avis, les gens se seraient mépris sur la véritable personnalité de Stéphane Dion.Je suis un défenseur du Québec, a-t-il claironné, mais on m’a mal compris.Je n’ai jamais voulu vendre mon image, a-t-il dit, et c’était une erreur.Je n’hésiterai plus à passer aux émissions de télé populaires pour me faire connaître et je vais assumer mon rôle de chef pour éviter que, dorénavant, la caricature l’emporte sur ma vraie personnalité.On sait que tout est possible ou presque en politique, mais voir Stéphane Dion, l’universitaire recruté par Jean Chrétien pour mettre le Québec à sa place et empêcher tout progrès au chapitre constitutionnel, se présenter en défenseur des intérêts du Québec nous laisse sans voue.Lui, le père de la Loi sur la clarté, le défenseur de la théorie du provincialisme, le pourfendeur de la théorie des peuples fondateurs, proclame aujourd’hui son attachement au Québec.Il s’agit ici d’un de ces virages politiques à 180 degrés qui, malheureusement, sont devenus trop fréquents.Comme Joseph Facal le disait récemment, ce ne sont pas les relents du scandale des commandites qui expliquent la défaite libérale LETTRES -4.- aux élections partielles mais bien la mémoire politique des Québécois qui leur rappelle combien Stéphane Dion fut méprisant envers leurs aspirations légitimes, eux qui espèrent toujours un traitement égalitaire et constitu-tionnalisé avec les Canadiens anglais.Il faut croire que Stéphane Dion n’a pas le talent de Jean Chrétien pour dissimuler son mépris envers sa propre nation.Pascal St-Pierre Trois-Rivières, le 19 septembre 2007 October 70, une série tordue La série canadienne October 70 est-elle une bonne ou une mauvaise série?À s’intéresser uniquement au jeu des acteurs, aux costumes, aux décors ou à la réalisation, on passe à côté de la question.Le problème réside plutôt dans le pourquoi! Quel est le sens de cette série tournée en anglais par la Canadian Broadcasting Corporation (CBC) pour être ensuite traduite en français à l’intention des indigènes québécois?Voilà la véritable question.Mais pour bien saisir la signification de cette série tordue, il faut avoir visionné les huit épisodes.Soudain, tout s’éclaire.On s’aperçoit alors que la clef de la série était déjà donnée dès le générique de début.Tout était déjà dans l’affiche.Selon Wayne Grigsby et Peter Mitchell, les auteurs, les véritables héros de la Crise d’octobre sont l’inspecteur Julien Gi-guère, joué par Patrick Labbé, et l’informatri- ce de police Carole Devault, personnifiée par l’actrice Karine Yanasse.Comme aux Etats-Unis où le bon Noir ne peut être qu’un «Uncle Tom», on dirait que, dans l’inconscient collectif des auteurs de la CBC, les héros ne peuvent être que deux bons «French Canadians» comme on les aime tant au Canada: une bonne grosse police qui défend avec ardeur le système d’exploitation néocolo-nial de ce pays et une bonne auxiliaire infiltrée qui trahit ses camarades pour une poignée de dollars.Voilà le sens véritable de cette série.Le reste, c’est de la bouillie pour les chats! Pierre Falardeau Cinéaste, auteur et réalisateur ^’Octobre (1994) Montréal, le 20 septembre 2007 Haro sur les frites! Il doit bien y avoir de la drogue dans les frites, compte tenu de la difficulté de nos jeunes à se défaire de l’habitude de les consommer avec ou sans ketchup ou mayonnaise, sans parler de la poutine, dont ils ne peuvent pas se passer.Il faudrait ajouter les frites à la liste des produits illicites et condamner aux travaux forcés ceux qui en produisent, en vendent ou en mangent, ce qui contribue de plus à élargir avant tout la partie de leur corps qui sert le plus à la position assise.Gilles Bousquet Saint-Hyacinthe, le 19 septembre 2007 REVU E DE PRESSE -4- À chacun ses montagnes russes Manon Cornellier ême si le chef libéral Stéphane Dion avait voulu se faire oublier, il n’aurait pas pu y parvenir cette semaine.Les résultats des élections partielles de lundi ont provoqué une avalanche de commentaires souvent très durs à son endroit, par exemple celui de Licia Corbella, dans le Calgary Sun, qui le compare à Stockwell Day, notant leurs très courtes lunes de miel respectives, le même sentiment d’erreur qui a suivi leur élection et la même rapidité avec laquelle les couteaux sont sortis.Et, selon elle, «les deux hommes, à des degrés divers, le méritent».Le lendemain du vote, Don Martin, chroniqueur de la chaîne Can West, a suivi Dion dans une foire agricole.Il n’y semblait pas à sa place, pas plus que ne l’aurait été Stephen Harper, dit Martin.Mais il ajoute ceci: «Le problème pour M.Dion est que les résultats dans Outremont lundi soir suggèrent qu’il cadre dangereusement mal avec sa propre base québécoise» et que l’impression de perdant qui lui colle à la peau est juste.Le Star Phoenix de Saskatoon ne s’attend pas à ce que «les libéraux soient assez fous pour lâcher leur chef avant des élections générales, mais si Dion n’a pas vu d’ombres se profiler derrière lui avant lundi, il doit en être plus conscient aujourd’hui».Lui qui affirmait récemment être prêt à défaire le gouvernement devra y repenser à deux fois.Selon le National Post, les libéraux ne seront plus tentés par des élections hâtives, pas plus que le Bloc.M.Harper, lui, gagne sur tous les fronts.S’il peut provoquer la chute de M.Dion, son parti sera le mieux placé pour profiter de la situation.S’il n’y parvient pas, il pourra mettre en œuvre son programme gouvernemental.Contrairement à la plupart des commentateurs, James Travers, du Toronto Star, pense que MM.Harper et Dion ont maintenant tous deux intérêt aussi mitigé soit-il, à affronter l’électorat cet automne.L’élan des conservateurs, dit-il, ne peut que s’affaiblir avec le temps.Par contre, La presse rien ne garantit qu’ils sortiraient majoritaires d’un scrutin précipité.De son côté, «aux prises avec une insurrection, Dion a besoin d’un danger imminent pour rappeler aux libéraux que le chef n’est pas l’ennemi».11 conclut ainsi: «Aussi imparfait et aussi précaire que puisse être le scénario d’élections automnales, il peut s’avérer la meilleure solution de rechange pour les deux chefs et leurs partis, si ce n’est pour le pays.» Au-delà de Dion Plusieurs chroniqueurs estiment que M.Dion ne peut pas porter le blâme à lui seul.John Moore écrit dans le National Post que «Dion n’est pas un symptôme de ce qui ne va pas avec le Parti libéral mais un éventuel remède.Outremont est la défaite d’un establishment partisan moribond.Le défi de Dion consiste à utiliser ce coup dur pour jeter, sur le parti, le napalm qu’il mérite de recevoir».Greg Weston, du Ottawa Sun, rappelle que la désorganisation des libéraux, mise en lumière avec les partielles, confirme qu’il n’y a plus de vraie machine rouge au Québec depuis longtemps.Si les libéraux y ont conservé des sièges pendant des années, c’est parce qu’ils étaient la seule solution de rechange fédéraliste.L’arrivée de Stephen Harper a changé la donne.M.Dion doit porter une part du blâme, mais pour le reste, il a hérité d’une machine réduite à néant une fois l’argent des commandites disparu.Or, «pas d’argent, pas de mercenaires, pas de votes».Dans le Vancouver Sun, Barbara Yaffe invite tout le monde à se calmer et à cesser de tirer trop de conclusions de simples élections partielles.Elle trouve exagérés les sombres diagnostics sur la santé des libéraux.Selon elle, «Dion est le Kim Campbell de notre temps», un chef aux prises avec les fantômes et les scandales de ses prédécesseurs.Le Gobe and Mail rappelle que M.Harper a, avec astuce, déclenché trois élections partielles au Québec tout en laissant vacants trois sièges que les libéraux auraient fort probablement du Canada remportés ailleurs.En orchestrant les choses de cette manière, M.Harper a pennis que s’impose la perception selon laquelle «le parti de M.Harper est sur une lancée alors que celui de M.Dion est en déroute».Les libéraux doivent être préoccupés par leurs échecs, dit le Globe, mais des partielles sont un mauvais étalon de mesure de la force des partis.James McNulty, chronique à Die Province, de Vancouver, et le Vancouver Sun s’inquiètent pour leur part des concessions que M.Harper pourrait être tenté de faire au Québec afin d’y gagner des sièges.James McNulty affinne que les conservateurs ont comblé le vide laissé par le Parti libéral à l’extérieur de Montréal «en graissant encore plus la Belle Province que les libéraux ne l’ont fait».11 lance un avertissement: «Graisser le Québec a peu de chances d’avoir le même attrait à Toronto et à Vancouver.» L’or albertain L’affaire n’a eu aucun écho au Québec mais en Alberta, ce fut le coup de tonnerre.Un rapport sur les redevances payées par l'industrie pétrolière, produit à la demande du gouvernement Stelmach, recommandait cette semaine de hausser les revenus pétroliers et gaziers de la province de 20 % par année.L’industrie a poussé les hauts cris, mais la pression est forte sur le premier ministre Ed Stelmach.Les Alber-tains ont de plus en plus l’impression que leur province ne reçoit pas sa juste part des retombées du boum pétrolier.Ce rapport, intitulé Notre juste part, leur a donné raison.Jason Markusoff, du Edmonton Journal, rappelle qu’Ed Stelmach avait fait de cet enjeu un élément central de sa plateforme lorsqu’il a pris le pouvoir.Or on s’attend à des élections en 2008, et s’il ne fait rien, il pourrait en payer le prix.Sa réponse est attendue vers la mi-octobre.Don Braid, du Calgary Herald, pense que «ce rapport représente un défi extrêmement dangereux pour Stelmach et son gouvernement.Bien écrit et passionné, il va fort probablement stimuler l'appétit du public pour des redevances plus élevées».mcomellierfqledevoir.corn LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2007 c DEES L’UQAM ! SAU 4M! " Ê CSH r*»i- i’••It'' w M * R JACQUES NADEAU LE DEVOIR «VhOTite, souriante, conviviale, multiculturelle, notre université, en dépit de sa situation incertaine, des difficultés financières, de son budget notoirement insuffisant, réussit — sans doute est-elle un peu magicienne?— à persévérer dans sa mission.» Des professeurs de PUQAM défendent leur établissement Une université dans la ville de la ville et pour la ville ====i| uand un navire essuie une tempê- Qte et risque de sombrer, tous les bateaux proches et les marines nationales lui portent secours, sans se demander si le possible naufrage est dû.à une faute du capitaine ou à une maladie des marins.Il en va de même pour le secours inconditionnel des pompiers en cas d’incendie.Marins et pompiers sont ici paradigmatiques, et on peut s’interroger sur ce qui pousse les uns et les ^ autres à enfoncer à cœur joie une vivace institution quadragénaire.Eh bien non! Le navire UQAM flotte toujours, pavillons au vent marins en pleine forme, et il ne sombrera pas.Fluctuât nec mergitur.Fière fille de la Révolution tranquille 1969.Il ne faut jamais oublier que l’Université du Québec à Montréal est née de la Révolution tranquille, seule université dont,le nom même la désigne à la fois comme université d’Etat, université publique et université urbaine, ancrée dans notre ville.C’est dire qu’elle représente encore, en dépit de l’actuel déferlement de l’idéologie néolibérale, un des lieux institutionnels où s’est matérialisée la volonté de construire une société juste, un établissement déterminé à accomplir un idéal commun d’égalité et de solidarité.Mais voici que les objectifs dont ITJQAM s’est dotée dès sa création, qui orientent son extraordinaire développement depuis maintenant près de 40 ans — l’accessibilité sociale et géographique traduisant la volonté démocratique de ces années lumière, l’autonomie institutionnelle, la liberté académique, la coopération dans la diversité, l’esprit critique —, tous ces objectifs devenus principes dynamiques d’action sont aujourd’hui battus en brèche par le gouvernement libéral.Qui veut noyer son chien l’accuse d’avoir la rage Ce gouvernement semble avoir commodément oublié deux choses d’importance: que l’UQAM est sa propre création et que, s’il fallait l’abandonner, il s’abandonnerait lui-même — autrement dit, il dénierait toute substance au concept d’établissement public —, et que le libéralisme, en principe, se distingue du marxisme mécanique réduisant toutes les déterminations à la seule instance économique.Le culturel et le politique ont le pas quand il s’agit d’éducation et non de commerce.Peut-on lire sans sursauter, si op est minimalement de bonne foi, que la ministre [de l’Education, Michelle] Courchesne renvoie l’UQAM à sa mission sociale première?C’est curieusement faire bon marché de toutes les réalisations de notre université, qui attestent non seulement qu’elle ne s’est jamais éloignée de ses propres objectifs mais aussi, tel le sage personnage de la parabole évangélique, qu’elle a fait fructifier ses «talents» au centuple.Disons-le sans ambages: l’UQAM est l’université publique par excellence.Pourquoi?Parce qu’elle donne toute sa signification et toute sa portée à ce qu’on appelle la mission sociale, nous entendons sa mission de formation, de recherche et création et de service public, sous tous les points de vue à partir desquels on la considère.Visages sociaux de l’UQAM ¦ L’UQAM, une université pionnière Elle a réussi à développer, avec le manque chronique de ressources qui est le sien, la plupart du temps aux trois cycles, des programmes innovateurs qui(ont fait leur marque féconde, par exemple en sciences dites dures, sciences de l’environnement, ou santé et société, tous champs que les universités plus traditionnelles ne s’aventuraient pas à défricher, voire dédaignaient et qui, maintenant font école.Ces programmes ont attiré et attirent de plus en plus d’étudiants d’un peu partout et leur renommée dépasse nos frontières.La recherche, par exemple en oncologie moléculaire, pointue, utile, stimule l’attrait des jeunes pour les sciences pendant que l’excellence de la formation nous promet une relève de qualité.L’expertise, la rigueur, la compétence sont récompensées, comme en atteste l’augmentation actuelle, à tous les cycles, des effectifs étudiants.Avec ses 50 000 étudiants, ses 170 000 diplômés, 1UQAM n’est-elle pas une université avec laquelle on compte, sur laquelle on compte, si on veut parler en termes de progrès et d’utilité sociétale?¦ L’UQAM, université contemporaine Dès ses débuts, notre université a su ouvrir les disciplines les plus traditionnelles aux courants contemporains, aux débats actuels, aux problématiques complexes, répondant ainsi aux mutations sociales et aux défis les plus difficiles.Un souffle ample, original, anime l’enseignement, semestre après semestre, dans les nombreuses disciplines abordées dans nos murs, de manière irremplaçable.Le Québec pourrait-il se passer d’une telle contribution?¦ L’UQAM, fer de lance économique et culturel Le rôle essentiel de l’UQAM dans la prise en main du destin économique des francophones se révèle au fil des succès remportés par son école des sciences de la gestion alors que son école de design alimente la plupart des «boîtes» renommées de Montréal Moteur économique puissant à l’échelle de la métropole dans laquelle elle s’ancre, notre université tient son rôle dans l’essor économique des Québécois.Serait-il si négligeable qu’on puisse l’occuher sans autre forme de procès?Et encore, la culture et les médias d’ici seraient-ils au-jourdTiui ce qu’ils sont, manifesteraient-ils la même créativité, la même exubérance, sans l’apport des diplômés de notre faculté des arts et de notre faculté de communication, qui contribuent à modeler l’identité symbolique du Québec et du Grand Montréal?¦ L’UQAM, première de classe Se situant aux premiers rangs des universités canadiennes pour la recherche, les bourses, les contributions en sciences humaines et sociales, notre université ne se distingue-t-elle pas par son audace intellectuelle, son rayonnement scientifique?Et aussi par sa capacité à attaquer de front les grands problèmes sociaux comme la pauvreté ou le suicide des jeunes?Rappelons aussi ces chiffres éloquents: sait-on qu’en éducation, l’UQAM forme 30 % des enseignants du Québec et près de 70 % de ceux de Montréal?¦ L’UQAM, université internationale LUQAM porte haut, loin et fort le flambeau de Thémis à tous les coins de la planète.Ses juristes et ses politologues de la faculté de science politique et de droit qui apparaissent sur nos écrans chaque fois que nous sommes secoués par des crises, ses diplômés, ne sont-ils pas engagés, avec générosité, avec liberté, dans la défense et la promotion des droits de la population?Ses analystes politiques ne rendent-ils pas accessible à une grande partie de la population la compréhension des enjeux mondiaux?¦ L’UQAM, université accueillante Vivante, souriante, conviviale, multiculturelle, notre université, en dépit de sa situation incertaine, des difficultés financières, de son budget notoirement insuffisant, réussit — sans doute est-elle un peu magicienne?— à persévérer dans sa mission.Elle continue à œuvrer de son mieux, de manière responsable, lucide, inventive, révolutionnaire, ordonnée, au développement des nouvelles donnes scientifiques, sociales, intellectuelles, sous la promesse toujours renouvelée du plus grand bonheur pour le plus grand nombre.¦ LUQAM, une réalité pérenne Il serait inimaginable que l’UQAM, telle qu’elle vit et telle qu’elle se développe, disparaisse du paysage montréalais.Ou, pis encore, quelle perde son âme, c’est-à-dire qu’elle cesse de se préoccuper du bien commun, du bien public.Elle perdrait son caractère spécifique qui confère unité et cohérence à ses multiples visages, qui lui donne sa fraîcheur et sa vigueur.Aussi, uqamiennes, uqamiens, nous nous déclarons intraitables.Nous nous mobiliserons toujours pour préserver l’intégrité de notre université, pour contribuer à son rayonnement bref pour lui garder sa place vibrante indissolublement liée à l’histoire du Québec et de son peuple.Vivat, crescatjloreat! Ont signé cette lettre d’appui à l’UQAM les professeurs suivants: Jacques Beauchemin, Martine Beaulne, Paul Bélanger, Diane Berthelette, Josiane Boulad-Ayoub, Antoine Char, Jean-F'rançois Chassay, Marc H.Choko, Teodor Gabriel Çrainic, Charles-Philippe David, Martine Époque, Alain G.Gagnon, Louise Gaudreau, Yves Gingras, Laurier Lacroix, Jean-Paul Lafrance, Simone Landry, Peter Leuprecht, Jacques Lévesque, Marc-Michel Lucotte, Danielle Maisonneuve, Frédéric Metz, Claude Pichet, Monique Régimbald-Zeiber, Paul Tana, Yves Théorêt, Larry Tremblay.Le Bloc québécois, plus que jamais ! ROBERT PERREAULT Ex-député de Mercier et ex-ministre du gouvernement du Parti québécois —' n février 2007, l’ancien ministre fédéral de Il l’Environnement David Anderson, déclarait que «le seul leader demeuré constant dans son appui à Kyoto était le chef du Bloc québécois, J Gilles Duceppe».Si cette affirmation est vraie = à l’échelle canadienne, elle est encore plus vraie à l’échelle québécoise.Les conservateurs de Stephen Harper ont depuis longtemps fait la démonstration de leur volonté de saboter Kyoto du fait de leur défense aveugle de l’industrie pétrolière de l’Ouest Les libéraux ont eux aussi fait la démonstration de leur impuissance à agir, incapables qu’ils sont de résister au lobby pétrolier, si puissant au sein de l’économie canadienne.Les néœdémocrates, quant à eux, nous offrent un discours lénifiant mais quand vient le temps de choisir entre l’industrie automobile de l’Ontario et Kyoto, ils choisissent toujours l’industrie ontarienne.Leur candi- dat avait d’ailleurs une belle occasion, dans le dossier du prolongement de l’autoroute 25, de faire la preuve de sa détermination en faveur de Kyoto: il aurait pu choisir, pour Montréal et sa région, des solutions aux problématiques de transport urbain plus réspectueuses de l’environnement Au bout du compte, il aura lui aussi cédé au lobby du tout-à-l’automobile.La réalité, c’est que les centrales au charbon et l’industrie automobile de l’Ontario, le pétrole et le gaz de l’Atlantique et de l’Ouest canadien enrichissent ces provinces et déterminent les choix politiques du Canada.Au Québec, c’est tout le contraire: la pollution nous appauvrit Les industries polluantes étant au cœur de l’économie canadienne, cela implique des solutions de lutte contre les changements climatiques radicalement différentes au Québec et au Canada.Contrairement aux autres partis, le Bloc québécois est conscient de cette situation et a sans cesse fait preuve de leadership depuis des années.La solution, c’est entre autres, l’approche territoriale défendue par le Bloc à Ottawa, qui permettra au Québec d’appliquer Kyoto à sa manière.Le Bloc québécois fait campagne depuis des mois pour amener le Québec à se libérer du pétrole.Cette vision d’avenir permettra au Québec de relever le défi des changements climatiques et du développement économique.Pour tous ceux d’entre nous qui ont à cœur l’environnement et la lutte contre les changements climatiques, l’élection partielle dans Outremont [lundi dernier] nous donne l’occasion d’appuyer fermement le Bloc québécois et Gilles Duceppe.Aucun autre parti fédéral n’aura agi avec autant de constance dans ce débat; le Bloc a su demeurer progressiste sur le fond et en symbiose avec l’opinion des Québécois.Si le Québec était aujourd’hui un pays indépendant, les Québécois, solidaires des accords de Kyoto et fidèles à fa parole donnée, seraient parmi les peuples du monde engagés dans fa lutte pour sauver notre planète.Nous devons au contraire nous contenter d’assister, impuissants et dans 1a gêne, aux tristes simagrées canadiennes.Voilà autant de raisons de demeurer fidèles au Bloc et à la souveraineté du peuple québécois, fa seule option qui garantisse la maîtrise de notre destin et de notre dignité.Denise Bombardier Retour au VIIIe siècle uoi de mieux qu’un voyage dans-lè temps pour comprendre le présent?Ceux qui, en ces jours de débats sur les accommodements raisonnables, s’excitent et lèvent le nez en se le bouchant à propos de certains commentaires de citoyens des régions du Québec savent-ils qu’ils sont les disciples d’Aquin, un moine d’York qui, au VIH' siècle, conseillait Charlemagne?Pour Aquin, du vox populi ne sortait que tumulte et folie.Le moine philosophe contestait ridée que le vox populi était le vox dei, c’est-à-dire une parole sacrée.Les mises en garde et les objections soulevées par plusieurs commentateurs autour de fa commission Bouchard-Taylor portent en effet sur la pertinence de permettre à tout un chacun de dire publiquement ce qu’il pense.On pourrait sans trop caricaturer affirmer que ces gens aiment la démocratie mais se méfient du peuple ou le dédaignent.Or cette position élitiste est plus répandue qu’on aime à le croire.D y a par exemple, dans la rectitude politique, ce mal contemporain, une tentative de compresser fa parole populaire dont ne peuvent sortir que bêtise et intolérance.Mais avant tout, cette parole populaire peut contrevenir à l’ordre social tel que défini par l’élite qui se croit éclairée mais qui, de fait, protège souvent ses intérêts.Certains des propos exprimés donnent à penser que parmi ces «élites», certains, ceux-là mêmes qui adorent la démocratie allégée du peuple, se sentent menacés dans leur position dominante de dispensateurs d’opinions.Ils sont plus nombreux qu’on le pense, les vrais et faux intellectuels qui vivent en vase clos et n’ont de connaissance du peuple que ce que la rumeur leur rapporte.Ils ne fréquentent que des gens comme eux, qui pensent comme eux ou qui les idolâtrent Le peuple se résume ainsi aux commerçants qu’ils croisent, à leur femme de ménage et à tous ceux qui regardent ou écoutent des médias qu’ils snobent Le peuple lit ce qu’ils méprisent mais Û leur arrive parfois d’avoir des faiblesses pour des icônes populaires et quétaines auxquelles ils décernent des nihil obstat comme dans le meilleur temps de fa catholicité doctrinaire.Sur des sujets aussi importants et délicats que fa tolérance, l’immigration et le raçisme, les élites n’ont pas le monopole de l’expression.A ce jour, les séances de la commission Bouchard-Taylor ont démontré que la sagesse populaire n’est pas une expression vaine et de fait on n’assiste pas à ce défouloir tant annoncé par les pontes de toute espèce.Ce qui est particulièrement gênant dans les dénonciations des possibles errements du peuple parlant c’est ce qu’elles recouvrent En poussant le raisonnement plus avant il faudrait conclure à l’incapacité de voter de larges couches de fa population, à savoir les ignorants, les vieillards légèrement confus, les adolescents attardés, les drogués perpétuels, les racistes de tout acabit et la liste pourrait s’allonger.Qui, à vrai dire, possède assez de pureté citoyenne, de culture démocratique, de jugement éclairé, pour faire un choix?Je me souviens qu’à 21 ans, l’âge pour voter à l’époque, un politicien qu’impressionnait ma fougue mais que dégoûtait mon progressisme avait eu cette phrase massue: «Savez-vous, chère demoiselle, que votre vote est annulé par celui de la prostituée de la rue Saint-Laurent?» (La Main grouillait d’activité alors.) J’en étais restée aussi estomaquée que scandalisée et n’avais pu répondre qu’en l’injuriant mais avec la politesse qu’on y mettait à l’époque et qui ajoutait à l’insulte.Personne ne peut s’arroger le droit de distribuer ou de retirer la parole publique dans nos démocraties, sauf si cette parole viole les lois.Ceux qui, par profession, sont dépositaires de parole n’en sont pas les propriétaires uniques.Pas plus que ceux qui font métier de prôner fa vertu.La Commission sur les accommodements raisonnables n’est pas une tribune payée par nos taxes à l’usage exclusif des bien-pensants.Nous ne sommes pas ici dans l’esthétique intellectuelle et morale.La vérité toute crue comporte aussi de fa laideur, de la hargne, de fa rage, voire de fa haine.Les commissaires sont précisément là pour harnacher les propos mais non pour les censurer, comme l’a fait cette semaine un coprésident avec un participant plus énervé que xénophobe, quilasemoncé.Certes, il y a des paroles plus justes que d’autres.Plus généreuses, plus instruites aussi.Mais la connaissance et fa culture ne mettent pas à Tabri de tous les préjugés.Elles ne débouchent pas toujours sur la vérité.Or, en matière d’accommodements, nous sommes dans l’univers de l’opinion.Force est de constater que les gens d’ici pratiquent peu l’extrémisme.Certains propos de chroniqueurs et de commentateurs sur l’aveuglement du peuple et les dangers de le laisser s’exprimer sans le filtre que constituent les journalistes et les élites intellectuelles, traducteurs des idées des autres, ces propos non seulement ont été malvenus mais jugent aussi lourdement ceux qui les ont exprimés.Ils ont de plus mis en lumière le fossé entre ceux qui parlent au nom du peuple mais qui le méprisent et ceux qui le respèe-tent tout en le critiquant.In voue du peuple n’est peut-être pas sacrée, mais personne ne peut s’y substituer ou se l’approprier.L’histoire nous enseigne où cette usurpation et ce mépris peuvent nous conduire.denbombardier(g)videotron.ca Ecrivez-nous! 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