Le devoir, 11 octobre 2003, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 11 ET DIMANCHE 12 OCTOBRE 2 0 0 3 ROMAN HISTORIQUE Ta bouche est ravissante, de Nancy Richler Page F 4 CHINOISE Le taoïsme dans la Pléiade Page F 6 LE DEVOIR .b/ sur iLq 00 f [oh eii- no if isq al ~r>sl Cent ans de sollicitude LOUIS HAMELIN O ù, ailleurs qu’aux États-Unis, prend-on aujourd’hui au sé- ___ rieux la célèbre vantardise ""de Balzac sur le devoir du romancier de faire concurrence à l’état d-7 vil?Et où, ailleurs qu’en Amérique, joint-on encore aux romans des âlrbres généalogiques en bonne et n ,IOR< inrftë Gélin NOUVELLES PARUTIONS L'administration centrale et le cadre de gestion Les ministères, les organismes, les agences, les appareils centraux ANDRÉ GÉLINAS Cet ouvrage a pour but de bien cadrer les phénomènes de base que l’on trouve dans toute organisation, à savoir la décentralisation et la déconcentration, de présenter une image d’ensemble des diverses instances décentralisées et déconcentrées, tant fonctionnelles que territoriales, de l'administration québécoise.Il vise à ordonner les connaissances portant sur les diverses composantes de l’administration centrale^ savoir les ministères, les organismes du gouvernement, les agences et les appareils centraux.Les jeux de transfert de régulation L'éthique des affaires et la déréglementation Sous la direction de YVES BOISVERT et FRANCIS MOREAULT Avec la collaboration de Karine Prémont et Louise Campeau De quelle façon l’idée du transfert de régulation permet-elle de mieux saisir le mouvement qu'il y a eu au Québec en matière de réaménagement réglementaire ?En quoi l'éthique, comme moyen de régulation organisationnelle et sociétale, permet-elle de suppléer, au sein du monde des affaires et de la société civile, aux responsabilités sociales de l'État ?En s'inspirant de l’éthique des affaires, les gens d'affaires sont-ils en mesure d'assumer des responsabilités sociales autrefois dévolues à l'État ?2-7637-7947-6 758 pages • 45 $ [ es jeux de transferf .dejrégalatiop 4 Mu 2-7637-7988-3 300 pages • 30 $ Pour de plus amples renseignements I es I tlilions PU! IORC I el.Mlît) 65G 7îît! • I elot.MlHlGSt» 1305 l>omini 1 p 17 % ( ¦ y r roman est uni* nuiu* rcussui Kéein.ild M.irleL /u/Vcsv * La poesia tiene la palabra ¦i y^rMdêci Karine Hubert Jorge Gaitét Maria Mércedes, Catalina G Brigitte Le Brun Vanhove • Margarita Contreras • José AsuftCtlfa SHva * Ujis Vidâtes • Aurelio Arturo • Eduardo Carranza Duran • Rogelio Echavarria • Jotamario Arbelàez • José Manuel Arango • Giovani Quessep * DarTcST Wramillo Agudeto larranza • Piedad Bonnett • Juan Manuel Roca • Renata Duran • Sonia Nadhezda Truqu • Alvaro Mutis • Humberto Jarrin jnzalez • Luis Mizar Mestre • Fredy Chicangana * Hugo Jamioy • Jorge Miguel Cocom Pech • Marc André Brouillette Pierre-Yves Soucy • David Cantin ?Patrick Lafontaine • René Viau • Marie-Andrée Lamontagne • Luis Carlos Fernandez • Christian Monnin www.revueliberte.ca LE DEVOIR.LES SAMEDI 11 ET DIMANCHE 12 OCTOBRE 2003 Essais Nouvelles du monde STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Que sait-on de Tonga?La consultation du vingt-troisième millésime de L’État du monde permet d’y aller allègrement Ce royaume du Pacifique Sud, abritant quelque 103 00 sujets, est dirigé depuis près de trente ans par Son Altesse Taufa’ahau Tupou IV.Le chef du gouvernement, le prince Ulukalala Lavaka Ata, a succédé au baron Vaea of Houma il y a trois ans.En février dernier, il a interdit l’importation, dans la monarchie héréditaire, du journal prodémocratie Taimi O Tonga, imprimé en Nouvelle-Zélande.Par ailleurs, une affaire de dilapidation de 26 millions de dollars de fonds gouvernementaux tonguiens dans des placements spéculatifs devrait être entendue par les tribunaux américains, en décembre prochain, à San Francisco, où le roi possède un pavillon de complaisance.Washington a forcé la fermeture de quelques autres gloriettes royales, à Athènes, qui étaient soupçonnées d’accueillir des activités terroristes.C’est à peu près tout ce que permet de raconter le bouquin de référence, mais ce n’est quand même pas si mal, non?L’exercice peut être répété avec la monarchie constitutionneBe voisine de Samoa ou la très lointaine démocratie parlementaire canadienne.Outre «Tous les pays du monde», le petit annuaire propose aussi un panorama de notre planète en mutation, avec d’un côté 4’état des relations internationales» et de l’autre 4’état de l’économie mondiale».Lattitude américaine dans la crise irakienne et les risques de dépression se retrouvent au centre des deux sections.Quelques Canadiens figurent parmi la centaine de coBaborateursexperts de l’édition 2004, dont Alain Noël et Gabriel Danis, tous deux du département de science politique de ITJdeM.L’ÉTAT DU MONDE 2004 Annuaire économique géopolitique mondial, La Découverte/Boréal, 672 pages, 29,95 $ Ledao de la peinture Grandeur du taoïsme GEORGES LEROUX L> œuvre de François Jullien connaît aujourd’hui une diffusion universelle.Depuis sa grande étude sur les lettrés chinois, ce sinologue à la fois contestataire (voir ses entretiens autobiographiques, Penser d’un dehors.Seuil, 2000) et profondément classique n’a cessé de multiplier les efforts pour approcher l’esthétique chinoise et tenter de la comprendre dans sa différence même par rapport aux catégories héritées de la rationalité grecque.Mais ce serait restreindre injustement la portée de son travail que de le limiter à l’esthétique: son livre sur le Yiking ou I Ching, le Livre des mutations {Figures de l’immanence, Grasset, 1993), et son magnifique essai sur Mencius {Fonder la morale, Grasset 1995) montrent non seulement l’étendue de ses connaissances sur la culture chinoise, mais aussi et surtout la portée philosophique de son travail.Il publie aujourd’hui une étude importante sur l’image dans la peinture chinoise, qu’on peut rapprocher de son étude antérieure sur un sujet apparenté {Éloge de la fadeur, Livre de poche, 1993).Cet essai paraît en même temps que la réédition de son étude sur l’interprétation poétique {La Valeur allusive, 1985).Le sous-titre, Essai de dé-ontologie, montre d’emblée la perspective: alors que la peinture occidentale construit l’objet, dans la visée même de rendre compte de ce qui est, la peinture chinoise le déconstruit, se plaçant à la recherche de l’impossible, le non-objet.Engagé sur les traces de l’évanescent, du diffus, François JuUien veut en retrouver l’essence à travers la tradition qu’il connaît le mieux, celle des grands lettrés.On ne s’étonnera pas que leur effort ait été rendu possible par la tradition du taoïsme, c’est-à-dire par cette voie du Dao/Tao, qui imprègne le texte de tous ces anciens arts de peindre.Dans le tremblement de toutes ces œuvres où chacun reconnaît sans la voir cette image qui n’a pas de forme, selon l’expression reprise de Laozi, est mise en jeu la représentation, si importante en Occident.Est-il possible, comme le propose cet essai, de penser la présence dans l’absence, le plein dans le vide?Le corpus des lettrés que soBicite ce livre est vaste: il va des premiers traités (Zong Bing, 375-443) aux traités modernes, plus connus aujourd’hui, comme le merveüleux Shi Tao (1641-1717), commenté par le poète François Cheng.Toute cette réflexion est un combat avec l’invisible, nourri de ce que François JuUien appeUe la philosophie première des Chinois: la voie du Dao.Son Uvre fait voir la peinture chinoise, il accompagne le mouvement de notre regard vers son fond indistinct, son abîme où échoue la ressemblance.Regard ou recueillement?, demande-t-il.Devant les rouleaux déployés, le sage contemple et cherche sa propre essence dans le Tout ce n’est pas seulement le présent qui enchante, mais le lointain, l’écart, le voyageur absent le principe ultime.Aucune urgence ici, mais une lenteur qui reflète le grand Procès du monde et dont la tradition des lettrés que nous restitue ce livre a fait son objet de réflexion pendant des miUénaires.LA GRANDE IMAGE N’A PAS DE FORME Ou du non-objet par la peinture François JuHen, Seuü «L’ordre philosophique» Paris, 2003,370 pages LA VALEUR ALLUSIVE Des catégories originales de l'interprétation poétique dans la tradition chinoise.(Contribution à une réflexion sur l’altérité culturelle) PUF, «Quadrige» Une traduction complète du Huainan Zi vient de paraître dans la collection de la Pléiade sous la direction de Charles Le Blanc, de l’Université de Montréal, et de son collègue Rémy Mathieu.GEORGES LEROUX L> histoire de la pensée chinoi-' se est plusieurs fois millénaire et, seule peut-être parmi les grands héritages orientaux, elle offre au lecteur occidental une conception du monde démy-thologisée et dégagée des avatars de la représentation héroïque qui bloquent souvent l’accès de la sagesse indienne, tibétaine ou même japonaise.La Chine, pour le dire d’un mot, se préoccupa de la formulation d’une sagesse humaine, accordée à la fois au rythme du cosmos et aux contingences des affaires de la vie.Elle nous inter-peUe encore directement et elle est, chose rare, parfaitement lisible.Parler, à son sujet, d’une éthique rend les choses un peu compliquées: les penseurs chinois, de Confucius aux grands maîtres de la tradition taoïste, ne se sont pas montrés d’abord soucieux de rationaliser les principes de la sagesse qu’ils préconisaient ils voulaient surtout les formuler clairement.Le taoïsme (cette appellation est maintenue malgré l’usage du terme dao pour désigner le principe ultime) recouvre une histoire qui va des Royaumes combattants à l’avènement du bouddhisme en Chine (du IV' siècle avant Jésus-Christ au premier siècle de notre ère), et même au-delà.Ses maîtres furent nombreux, ses écoles souvent divisées.De Zhuangzi (Chouang Tseu) à Liu Han, en passant par Laozi (Lao Tseu), la pensée s’est raffinée et a connu une élaboration complexe, sur les plans tant de la cosmologie que de l’art de vivre.Dans la magnifique édition qu’ils publient aujourd’hui, le sinologue Charles Le Blanc, de l’Université de Montréal, et son col- lègue Rémy Mathieu nous offrent la traduction du texte qui représente la synthèse doctrinale la plus accomplie de cette tradition, le Huainan Zi.Ce texte, qui date du II' siècle avant notre ère (il est présenté à l’empereur Wu en -139), est l’œuvre d’un prince de la cour, Liu Han, neveu de l’empereur liu Bang, fondateur de la dynastie des Han, et il représente un témoin essentiel de la pensée du courant dit de Huang Lao, héritière du premier taoïsme.De grands historiens ont restitué le fil de cette histoire (au premier rang, Anne Cheng dans son Histoire de la pensée chinoise, une synthèse es-sentieHe pour préciser le contexte), mais seule la lecture des textes nous permet d’en mesurer la richesse.Cosmopologie et politique En 21 chapitres (on peut commencer par les deux derniers, qui proposent des récapitulations), chacun portant sur un ensemble de questions morales et cosmologiques, le Huainan Zi présente la grande équation qui doit accorder la vie humaine: comme des cithares vibrant à l’unisson, les résonances de l’univers (ganying), le précepte du non-agir (wuwei) et la tension des principes (yin et yang) entrent en harmonie pour rendre possible l’accord de l’univers entier et la réalisation de l’idéal du sage.Dans leur introduction et dans leur commentaire de chaque chapitre, les traducteurs insistent sur la complémentarité de la doctrine du dao et du souci des affaires humaines.Le taoïsme n’est ni une métaphysique si abstraite qu’elle ne toucherait plus à rien de concret, ni une morale si concrète qu’eBe ne relierait plus le sajge à ce qui est plus grand que lui et qui est son origine.L’idéal de sagesse et de sainteté consiste en ce rapport de résonance avec les ouvertures et les fermetures du dao.Entreprendre ou renoncer, choisir ou rejeter, lier sans être aveuglé, tout est décision pour l’être humain, et l’apparence paradoxale du non-agir — au regard occidental, une forme de quiétisme — n’est telle Dans la poche Lectures d’automne JOHANNE JARRY Difficile de faire tenir en quelques lignes tous les thèmes explorés dans Cassandre («La Cosmopolite», Stock) de Christa Wolf, un ouvrage qui regroupe cinq conférences de poétique inspirées par la mythique Cas-sandre, à qui etie fait dire: «Parler avec ma voix: chose suprême.Je n’ai rien désiré d'autre, et rien de plus.» La phrase fait écho au développement d’une pensée singulière et critique, une entreprise peu encouragée en ABemagne de l’Est Wolf y travaiBe page après page, ouvrant au lecteur son chantier de réflexion et les voies empruntées pour écrire.Publiées ai ABemagne en 1983, ces conférences ont été traduites en français en 1994, après la chute du Mur.Encore aujourd’hui, les fivres de Christa Wolf sont difficiles à trouver en librairie.Espérons que Cas-sandre, œuvre passionnante justement parce qu’exigeante, connaîtra phis juste sort Ruptures Un homme annonce à sa maîtresse qu’il ne l’aime plus.La femme reste seule et se souvient Tel est le sujet (grossièrement ramassé) de La Femme de Loth (BQ), un roman de Monique Bosco paru en JACQUES GRENIER LE DEVOIR Le Tueur aveugle de Margaret Atwood, Prix Booker Prize en 2000, paraît dans la collection de poche 10/18 de même que Captive.1970.Ecrit sous fonne de journal, le récit refuse toute complaisance, étale froidement et non sans cynisme le désespoir d’une femme cherchant un sens à ce qu’eBe a vécu.Sa solitude abyssale tait écho à l’héroïne du roman Quand tu es parti (10/18) de l’Irlandaise Maggie O’Farrell.Alice tombe dans un long coma après avoir été frappée par une voiture.Accident ou tentative de suicide?Pendant qu’on la vetile, la jeune femme se souvient eBe aussi, de ce qui l’a fait flancha.Ce premier roman, dont l’écriture semble portée par l’urgence, sonde les liens familiaux et amoureux.Suspenses Pourquoi a-t-on mis tant de temps à traduire Meurtriers sans visage (Points), le premier roman d’Henning MankeB?On y voit l'inspecteur Kurt WaHander entrer en scène, désorienté par son récent divorce, incapable de communiquer avec sa fiüe et confronté à la vieüles-se de son père.Ce qui ne l’empêche pas d’être obsédé par ses enquêtes et de «sacrifier» sa vie privée à celles-ci.Qui a torturé un couple de vieux fermiers?Qui le menace de tuer des réfugiés?D’entrée de jeu, Kurt WaBander observe comment la société suédoise, longtemps perçue comme exemplaire, se transforme dangereusement Un bon polar.Tonino Benacquista propose un autre genre de suspense avec son roman Quelqu’un d’autre (Folio).Deux inconnus liés par une partie de tennis font un pari: ils se donnent trois ans pour devenir quelqu’un d’autre.Peut-être faut-il éprouver un désir similaire pour trouver un sens véritable aux transformations que tentent les deux bonshommes.Reste à voir ce que ça changera.Prix Booker Prize en 2000, Le Tueur aveugle (10/18) de Margaret Atwood surprend par l’ordinaire de son écriture.Le mélange des genres narratifs ne parvient pas à briser la Hnéarité du récit surtout lorsque la vieille Iris Chase se remémore le passé pour découvrir pourquoi sa jeune sœur s’est suicidée.Plus convaincant de la même auteure, le roman Captive (Pocket et 10/18), centré sur la vie d’une jeune femme accusée d’avoir tué un homme et «sa femme de charge».En vrac Dans Jour après jour (Babel), journal d’Œdipe sur la route (1983-1989) de l’écrivain et psychanalyste Henri Bauchau, on découvre un homme à l’affût fragiüsé par des problèmes de santé, travaillé par le sujet du livre qu’il écrit.Cer-tains propos fia fatigue éprouvée) sont redondants, mais l’ensemble rend compte d’un processus de création étroitement mêlé à la vie.Dès les premières pages du roman Les Années avec Laura Diaz (FoHo) de Carlos Fuentes, on est pris par l’histoire que raconte (d’outre-tombe?) un photographe qui prépare un documentaire sur les muralistes mexicains aux Etats-Unis.Sur une des murales, l’homme reconnaît le visage de Laura Diaz, femme énigmatique peinte par Diego Rivera, qui le hante (réalise-t-il avant de sombrer) depuis longtemps.Point de vue sud-américain et traversée féminine du XX' siècle.Terminons avec le très dense Serge d’entre les morts (Tÿpo), un roman de Gilbert La Rocque où le narrateur déroule dans un même souffle quasi hurlant et désordonné comment on survit à la mort, à la morte.LES MELANCOLIES Martine Audet CE BEAU DESORDRE DE L'ÊTRE Dominic Gaqné PERSONNE DU PLUS GRAND NOMBRE Pierre DesRuisseau* k*s mélancolies DOMINIC OACNt ce beau désordre de l'être nr RRr l'ESKI ISM \t \ personne du plus grand nombre • l’HEXAGONE www.edhexaaone.com que pour celui qui ne sait pas accorder sa décision au prinape universel du dao.La métaphysique englobe la morale, mais elle ne doit jamais empêcher de saisir la destination pratique du discours.La structure du texte le fait voir clairement les premiers chapitres (I à VTII) exposent la structure du cosmos, de la société et de l’homme, mais toute la deuxième moitié (IX-XD0 est dirigée vers les responsables politiques pour leur inculquer une vision taoïste de leur action.La phüosophie de l’Etat qui s’en dégage doit efie-même être replacée dans l’histoire politique de la Chine des Han et dans le cadre de l’unification culturelle.C’est ainsi que l’équflibre enfre les connaissances encyclopédiques (tout le savoir chinois, de la médecine à l’astronomie, est ici repris au bénéfice du lectorat des lettrés) , la synthèse métaphysique et les consignes concrètes est assuré par l’auteur, le prince de Huainan et ses compagnons rédacteurs.Cet équilibre est porté par une écriture somptueuse, dont la traduction, même pour le profane, garde les marques du grand genre chinois: la mixture parfaite du principe, du concept et du précepte.On ne se lasse pas de Ûre ces figures du dao, d’affronter l’énigme de son ineffabüité, de se laisser pénétrer des conseüs des sages: toute la poétique du taoïsme est en effet imprégnée d’une métaphore d’abord musicale, qui doit conduire le sage à l’expérience absolue, qui est aussi bien mystique que po-litique.Texte admirable, le Huainan Zi fait suite, dans la coBec-tion de la Pléiade, à l’ensemble des textes tradujts dans une édition publiée par Etiemble en 1980.Il montre, comme le disait Anne Cheng, l’aménagement de l’héritage taoïste et nous permet d’avoir accès à sa richesse séculaire.PHILOSOPHES TAOÏSTES, IL HUAINAN ZI Sous la direction de Charles Le Blanc et Rémi Mathieu Paris, GaBimard, NRF La Pléiade, 2003,1182 pages.Esclaves du tabac Les fumeurs pénitents ne connaissent que trop bien ce paradoxe: il faudrait bien arrêter un jour, mais, en attendant, maudit que c’est bon! Ex-fumeur converti aux vertus de la vie sans fumée, André Truand a décidé de leur venir en aide en leur exposant, le temps d’un dernier paquet, «20 bonnes raisons d’en finir avec le tabac».Sérieux mais non dénué d’humour, son ouvrage nous arrive d’aflleurs accompagné d’un véritable dernier paquet constitué de «20 clous de cercueil» > king size bien réels, destinés à faire réfléchir les inconditionnels.' Truand n’a pas la prétention de renouveler l’argumentaire antitabagique, et plusieurs de ses «bonnes raisons» sont archiconnues.Son ouvrage, en fait, se démarque surtout par son ton jovial et bon enfant Ainsi, à l’étalage des histoires d’horreur engendrées par le tabac, il préfère l’inventaire des avantages d’une vie sans fiunée.Bien sûr, «cesser de fumer ne diminue en rien vos chances de mourir.Mais votre résolution diminuera considérablement vos chances de mourir d'un cancer, l’une des manières les moins originales et les plus douloureuses de quitter ce bas monde.» Et alors, répliqueront les irréductibles, on peut aussi bien mourir en se faisant heurter par un autobus, non?«Eh ben non, les corrige tout de suite Truand.Vous avez tout faux.Des spécialistes en statistiques l’ont aimablement calculé pour vous: vous avez cent fois moins de chances de mourir fauché par un autobus (ou tout autre véhicule, mettons) que happé par le tabac.» Pas encore convaincu?Et que faites-vous de la liberté que vous gagneriez en écrasant?Aux oubliettes, par exemple, la lourde logistique reliée au statut de fumeur! Finie, votre dépendance à l’égard des barons du tabac qui s’enrichissent en noircis sant vos poumons! Qualifiée avec justesse de mauvaise raison d’arrêter.l’économie d’argent n’a presque rien à voir làdedans.C’est la tibéra-lion, écrit Truand, qui compte.Hormis le petit dérapage psychanalytique que nous sert, au passage, notre guide («Foui fumez car vous manquez de quelque chose qui n’est sûrement pas du tabac, mais quoi?»), presque tout, dans ce pep to/à amical, est recevable.Alors, arrêta ou non?J’y pense, j’y pense.Un derma paquet, peut-être?LC VOTRE DERNIER PAQUET André Truand Stsnké Montréal, 2003,120 pages LE DEVOIR.LES SAMEDI 11 ET DIMANCHE 12 OCTOBRE 2 0 0 3 -«-Essais^- André Pratte et la conversation démocratique A miré Pratte me charme et m’irrite à la fois.Journaliste d’opinion à la plume très claire, élégante et efficace, il signe presque toujours des textes bien informés qui cultivent un soud du débat public constructif et qui évitent le mépris des adversaires.Nul cynisme chez hii: sincères, ses prises de position dénotait une évidente volonté de contribua au mieux-être de la société québécoise dans le respect des autres et dans les limites que lui impose sa prestigieuse fonction.Pratte, en effet, est éditorialiste en chef à La Presse, un poste qui lui interdit, pourrait-on dire en boutade, l’indépendance et le garde des tentations sociales-démocrates trop prononcées.SU m’irrite aussi, toutefois, c’est pur son obsession du pragmatisme, par son insupportable centrisme qui l'amène à se méfier comme la poste de toute position franchement militante, qu’il assimile un pou vite à de 1’aveuglement idéologique.«Je n 'aime pas les personnalités militantes», avoue-t-Q, en laissant sous-entendre qui hapjpartiendrait pas, hü, à cette catégorie de gens dont ü déplore le manque d’ouverture d’esprit Sa position d’ex-trêmecentre, pourtant, qui s'échine à faire passer pour une incarnation de la sagesse et du gros bon sens, n’en reste pus moins, elle aussi, une posture idéologique, avec tout ce que cela comporte de parti pris et, dans ce cas précis, de démagogie populiste.Le Tempo des girouettes, son phis récent essai, qui se présente comme le «journal d’une drôle de campagne électorale», illustre une fois de phis les deux facettes de la personnalité de l’influent journaliste.Rédigée d’octobre 2002 à avril 2003, cette «chronique d'une saison politique inusitée» permet à l’éditorialiste de commente- phis libre ment qui n’a pu le faire dans les pages de La Presse, fonction oblige, les aléas de la dernière campagne électorale.Vive et limpide, sa prose se lit avec grand plaisir.Les portraits très impressionnistes qui trace des acteurs politiques en présence nous permettent d’emblée fi A L Louis Cornellier de cerna- sa sensibilité politique.La simplicité de Mario Dumont lui rend le personnage sympathique, mais ne lui pas fait oublier 4e simplisme de ses idées».De Cha-rest, dont il hit le biographe en 1998, il admire la détermination, mais ses sentiments à son égard restent partagés: «L’homme est aussi impénétrable qu'orgueilleux».Le Landry brillant et,cultivé l’impressionne, mais le «prétentieux» l'irrite.À ses yeux, les Legault, Facal et Boisclair, parce qu’ils «ont le mérite d'être à l’écoute des Québécois», contrairement à leurs collègues «purs et durs», représentent l’avenir du PQ.D aime le pragmatisme du premier, l'intelligence et l’audace du deuxième, qui refuse le «modèle québécois dans sa forme purement hatiste», mais le caractère «hautain» du troisième, toutefois, l’indispose.La vision politique de Pratte, on le constate déjà, se met en place.Pour lui, le Québec est mûr pour des changements fondamentaux qui iraient dans le sens d’une mise à l’écart du débat sur la question nationale {«j'en ai marre d’un Québec divisé en deux camps») et surtout dans le sens d’une importante remise en question de la social-démocratie version péquiste.Chez l’ADQ de Dumont ce n’est p>as l'idéologie néoli- berale qui n'aime pas; c’est d’immaturité du parti».Cela en dit déjà long sur l'horizon politique du prétendu centrisme de Pratte! Au PQ, il reconnaît certaines qualités, surtout grâce aux figures les plus critiques du «modèle québécois», mais le souverainisme et les * rigidités» de la sodakienooratie ne trouvent pas grâce à ses yeux.Reste donc, faute de mieux, le PLQ de Jean Charest, dont le mérité, faut-il ordre, serait d’incarner une cumpietence.ai contenu adequiste mal assumé.Les gens d'affaires, écrit Pratte le 8 octobre, voteront pour Charest quand même, malgré le fait qu’il ne les inspire pas.Eh bien, l'éditorialiste aussi, finalement.Qui est girouette?«Profondément nationaliste».Pratte considère pourtant que la souveraineté est dépassée, même si ream naît que la question de la place du Québec dans la fédération canadienne n’est pas réglée.On fait quoi, alors?, serait-on tenté de lui demander.Affirmant se considérer «comme un social-démocrate bien plus que comme i>*.néolibéral», il aprprelle pourtant de tous ses vieux la remise en question du «rôle traditionnel de l'État au Québec», afin de «cheminer i
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