Le devoir, 25 octobre 2003, Cahier F
LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Andrée Ferretti, romancière Page F 3 DEVOIR LES SAMEDI 2 5 ET DIMANCHE OCTOBRE 1 //* m*' * LE DEVOIR * O 3 Un infidèle Page F 6 j devant Castro it i.r3 j» U li li H tl n u il SI U U t : i i >< i ! (! U 4.1 «¦) C J )> i fi* i i Le Concourt, Brecht et l’Allemagne CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR CJ est l’Allemagne socialiste de l’après-guerre, avec sa grisaille, ses agents secrets et sa bureaucratie étouffante.Une ambiance où une maîtresse devient aisément espionne pour le compte du gouvernement C’est l’Allemagne dans laquelle Bertolt Brecht est revenu s’installer en 1948 avec sa femme, Hélène Weigel, pour fonder le Berliner Ensemble.Eisenhower, qu’Amette a rebaptisé pour l’occasion Auden-howpr, sera bientôt le président des Etats-Unis.Voici donc la trame historique sur laquelle est brodé le lauréat du prix Concourt de cette année, La Maîtresse de Brecht, de Jacques-Pierre Amette, publié chez Albin Michel.Le reste du roman, Maria Heich, la maîtresse de Brecht qui est aussi chargée de l’espionner, l’amour secret de Maria pour Hans Trow, l’agent de la Stasi, n’est sans doute que littérature.Reste que le roman d’Amette, qui a déjà signé de nombreux livres et qui est critique littéraire à l’hebdomadaire Le Point, présente bien plus qu’une simple intrigue amoureuse.Mettant en scène un Brecht vieillissant fraîchement revenu des Etats-Unis, au milieu d’une Allemagne reniant son tout récent passé nazi, il présente aussi la désillusion d’un homme qui avait été sympathisant communiste.Sous ses yeux, le régime socialiste de l’époque finit par présenter les mêmes errances que le régime nazi qui l’avait précédé.Ainsi, Amette présente-t-il une police est-allemande qui, chaque jour, «recevait des consignes et découvrait de nouveaux chefs d’accusation possibles: cosmopolitisme, sionisme, déviationnisme.Une note sur papier gris classée “ultrasecret" demandait à Hans Trow de surveiller Hélène Weigel à cause de ses origines juives», écrit-il.Pourtant, dans cette Allemagne qui sera secouée par les manifestations contre les coupures de salaire imposées par le Politburo, Brecht réitère son «allégeance envers le parti communiste unifié d’Allemagne».Mais il y a une lassitude certaine, jusque dans ce zèle envers le gouvernement socialiste est-allemand.Hans Trow lui-même, l’agent de la Stasi, anticipe les sombres fêtes, X «orgie de slogans officiels» à laquelle il est convié.Alors que de nombreux anciens nazis se terrent ailleurs dans le monde, les Allemands de l’Est vivent dans l’ombre d’eux-mêmes.VOIR PAGE F6: CONCOURT • v ¦ JACQUES GRENIER LE DEVOIR «Lévesque a bâti toute sa carrière politique pour dire que nous sommes des gens normaux, matures, que nous allions vers la souveraineté.Laurin dit: “Non, nous ne sommes pas matures et normaux.*’ 11 faut la langue pour arriver à cette maturité, selon lui.C’est ça qui les opposait foncièrement.» Camille Laurin ou le Québec sur le divan TOMMY CHOUINARD LE DEVOIR Quelle coïncidence que la clé pour comprendre l'œuvre du psychiatre et psychanalyste Camille Laurin, mais aussi pour voir le politicien sous un autre jour, soit, justement, un peu de psychanalyse.Ce qui l’a mené à ériger le monument de sa vie, la Charte de la langue française, c’est en effet un traumatisme qui remonte à l’enfance.Dans les années 1920, le petit Camille Laurin, né d’une famille modeste, voit la vie économique de son village natal, Charlemagne, tourner autour d'une scierie dont les employés vivaient à la merci de ses dirigeants anglophones.Avec l’adoption de la loi 101 en 1977, Camille Laurin a voulu réparer les injustices subies par les siens et redonner aux francophones le contrôle de leur économie.L’histoire n’a rien d’une anecdote: elle révèle plutôt un nouveau Camille Laurin, constate Jean-Claude Picard, dans la biographie intitulée L’Homme debout et consacrée à «Tête dure», le surnom donné à Laurin.Plus qu’une législation culturelle, la loi 101 revêt un caractère économique jusqu’ici insoupçonné, soulève le professeur de journalisme de l’Université Laval.Et, plus que le père de la loi 101, poursuit-il, Laurin est le précurseur du Québec inc., l’élément déclencheur de l’émergence de l’entrepreneuriat québécois dans les années 80.Avant même les efforts des Parizeau et Landry, les économistes de l’équipe péquiste.«C’est un côté gui a été peu exploité au sujet de Camille Laurin.Ce que j’ai découvert, c’est que la loi 101 a une profonde portée économique, qui visait la reconquête économique par les Québécois de leur pays.La philosophie du Québec inc.est contenue dans la Charte de la langue française.Cela en est même Télément le plus important», lance M.Picard, qui a été courriériste parlementaire au Soleil (1970-1974) et au Devoir (1976-1982).Il avoue lui-même que les années passées à l’Assemblée au moment de l’adoption de la loi 101 ne lui avaient jamais pennis de distinguer cette facette de l’œuvre de Camille Laurin.«J’ai fait une relecture de sa loi et de sa vie», souligne Jean-Luc Picard, en ajoutant que ce majeur de l’histoire du Québec l’a toujours fasciné.Cinq années de recherche sur Camille Laurin auront permis à Jean-Claude Picard de conclure que ce psychiatre renommé a, ni plus ni moins, couché le Québec francophone sur le divan pour lui faire subir une thérapie-choc, la loi 101, qui lui a permis de s’extirper d’un profond complexe d’infériorité datant de la Conquête et de prendre les commandes de son économie, jusque-là dominée par les anglophones.«Bien au-delà de l'intégration des immigrants à l’école en français ou de la question largement symbolique de T affichage en français, il est avant tout préoccupé par la place des francophones dans le monde des affaires et de l’industrie.C’est là qu’il veut principalement agir», explique Jean-Claude Picard dans sa biographie.À 76 ans, Camille I^urin expliquait que «le but ultime de la Charte de la langue française, c'était que de plus en plus de francophones prennent le pouvoir dans les entreprises, qu’ils en deviennent les cadres et les dirigeants et que l’économie québécoise soit enfin contrôlée par eux».C«homme debout» de Jean-Claude Picard, c’est donc Camille Laurin lui-même, le politicien déterminé, mais aussi le Québécois à qui le père de la loi 101 a permis de se relever.Bien que le débat linguistique n’ait ni commencé ni fini avec Camille Laurin, il reste qu’il est parvenu à assurer une mejlleure protection à la langue française.A un point tel que plusieurs en viennent à dire qu’il a contribué à faire disparaître les «raisins de la colère», à démontrer aux Québécois qu’il est possible de protéger le français sans pour autant réaliser l’indépendance.Cette thèse est on ne peut plus d’actualité.«L’insécurité linguistique n’habite plus le milieu du travail ou celui du commerce, et le sentiment d’infériorité est rentré dans les livres d’histoire», a affirmé Jean-Herman Guay, professeur de sciences politiques à rUniversité de Sherbrooke, lors du conseil national du PQ, le 18 octobre dernier.Jean-Claude Heard estime que Camille Laurin n’a jamais cru à la thèse selon laquelle la loi 101 a pu miner le discours souverainiste.«S’il avait pensé ça, il aurait choisi la politique du pire, laissé se détériorer la langue en se disant que les Québécois vont se réveiller un jour et accéder à la souveraineté, ce qu’il n’a jamais voulu faire.La langue était le premier électrochoc pour la souveraineté, un préalable, selon Ixturin.Mais que cela ait pu contribuer à sécuriser les Québécois, c’est possible», affirme M.Picard.Lévesque et la langue René Lévesque ne croyait pas vraiment qu’une législation sur la langue était un préalable nécessaire à la souveraineté.Il ne s’attendait pas, par ailleurs, VOIR PAGE F 2: LAURIN «La force de Laurin était l’écoute» Anne-Marie Villeneuve f* Diane Dufresne Saur Nicole Fournier Michaëlle Jean Pauline Marois Louise Portai Paroles de femmes Cinq femmes aussi remarquables que différentes confient leur vision de l'existence à Anne-Marie Villeneuve.www.ciuebec-dmerique.com I & 1 LE DEVOIR.LES SAMEDI ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2003 ¦'Livres LAURIN SUITE DE LA PAGE F 1 à ce que Laurin lui soumette une pièce aussi audacieuse que la loi 101 lorsqu'il l’a nommé en 1976 ministre du Développement culturel et responsable du dossier linguistique, afin de «corriger» les erreurs de la loi 22 des libéraux.«Pour Lévesque, ça le gênait, les questions de la langue.H était à l’aise dans les deux langues et venait de New Carlisle, mi-anglophone et mi- francophone.Il trouvait que la loi 101 était trop raide, trop coercitive.Il se disait qu’on est un peuple normal, qui n’a pas besoin d’imposer sa langue.Lévesque a bâti toute sa carrière politique pour dire que nous sommes des gens normaux, matures, que nous allions vers la souveraineté.Laurin dit: “Non, nous ne sommes pas matures et normaux." Il faut la langue pour arriver à cette maturité, selon lui.C’est ça qui les opposait foncièrement», explique Librairie ifrlîIrJLli VOX POPULI, VOX Palmarès des ventes IS au 21 octobre 2003 Roman Qc L'HISTOIRE DE PI T Booker Prize 2002 Y MARTEL XYZéd 10 L Pratique Qc LE GUIDE DE L'AUIO 2004 DUVAL / DUQUET L'Homme 7 4 A PsyctologicQc Psychologie BD VICTIME DES AUTRES, BOURREAU DE SOI-MEME ?G.CORNEAU SERVAN-SCHREIBER UDEfèO/GOSCItHY L'Homme j> 8 GUERIR V ASTÉRIX ET LA RENTRÉE GAULOISE Robert Laflont Albert René 6 Polar SECRETS D'OUTRE-TOMBE K REICHS Robert Laffont J y s Pratique Qc Biographie Qc L'ANNUEL DE L'AUTOMOBILE 2004 COLLECTIF Annuel inc.3 IE SUIS UN BUM DE BONNE FAMILLE J.-F.BERTRAND L’Homme .£ Roman LE PETIT COPAIN D TARIT Plon 5 S n Polar Psychologie E.GEORGE Pr.de la Cité t J.SALOME L'Homme T Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT ¥ E.TOLLE Ariane 158 ïî it « 17 18 Polar SHUTTER ISLAND T D.LEHANE Rivages -, Roman Qc LIFE OF P! y - Booker Prize 2002 Y MARTEL Vintage Canada 53 fantastique Actualité _ Essais Roman Histoire Qc LES CHEVALIERS D'ÉMERAUDE, t.3 • Piège au Royaume des Ombres A.ROBILLARD de Mortagne 3 L'ÉIAT DU MONDE 2004 COLLECTIF Boréal T 6 2 J.-C.GUILLEBAUD M.HALTER Seuil Robert Laffont G.-H.GERMAIN Libre Expression 1 20 .4 ¦ Roman Essais Roman ANTÉCHRISTA A.NOTHOMB Albin Michel 12 MAL DE TERRE V la'nostalgïeIlange'V H.REEVES A.SEB0LD Seuil Nil ’ 25 T Polar MYSTIC RIVER T D.LEHANE Rivages 82 24 Roman DANSEUR y C.MCCANN j"ward Bel fond courte échelle i Jeunesse Qc VENEZ RENCONTRER Hubert EEVES e mardi 28 octobre de 17 h à 18 h 5252, ch.de la Côte-des-Neiges * (514) 342-1515 26 Roman ONZE MINUTES V P COELHO Anne Carrière 23 ; Actualité BtACK LIST y K.BORIESSON des Arènes J! 28 Roman LE DICTATEUR £ I LE HAMAC D PENNAC Gallimard 22 29 Roman LE LIBRAIRE DE KABOUL ?A.SEIERSTAD JC lattès 19 30 Jeunesse QUATRE FILLES ET UN JEANd lr A.BRASHARES Gallimard 69 31 Nutrition Qc L.THIBAULT L'Homme 32 Chroniques Qc F.RLIEL Libre Expression 2 33 Fantastique HARRY POTTER AND THE ORDER OF THE PHOENIX y J.K.ROWLING Raincoast 18 34 Psychologie Qc R.BRISEBOIS L'Homme 3 3.5 Roman Qc L TREMBLAY-D'ESSIAMBRE Guy Saint-lean 1 36 Essais Qc BOYCOTT ! S.PROUEX les Intouchables 6 37 Actualité LE MONDE SECRET DE BUSH ¥ Ê.LAURENT Plon 20 38 Cuisine CUISINE EXPRESS AU BOUT DES DOIGTS MARTIN/RÛBITAILLE Brimar 131 39 Roman Qc ADIEU.BETTY CROCKER ¥ F.GRAVEL Quebec Amérique 6 40 Psychologie CESSEZ D'ETRE GENTIL.SOYEZ VRAI ! ¥ T.D'ANSEMBOURG L'Homme W4 ü.leunesse Qc CHANSONS DOUCES CHANSONS TENDRES (Uwe S t)C) ¥ H.MAJOR Fides K* 42 Roman WINDOWS ON THE WORLD F.BEIGBEDER Grasset JL 43 Essais M MOORE Warner Books 44 Roman Qc MEILLEURS CONTES FANTASTIQUES QUÉBÉCOIS COLLECTIF Fides ü 45 Horreur Qc SUR LE SEUIL P.SENEGAL Ahre 3L : Coup de Coeur RB Nbff rte semaines depuis puriition Plus de lOOO Coups de Coeur, pour mieux choisir.25 succursales au Québec www.reiiaud-bray.com Jean-Claude Picard.Cependant, note-t-il, Laurin a pu bénéficier de l’appui de Lévesque, un fait trop souvent oublié, selon lui.«Autant la loi 101 n’aurait pas été ce qu’elle a été dans son adoption originelle [des jugements des tribunaux l’ont quelque peu édulcorée au fil des ans] sans l’acharnement et l’entêtement de Camille Laurin, autant eüe n’aurait pas pu être ce qu’elle est si Lévesque ne l’avait pas appuyée en définitive», affirme-t-ü.Une œuvre protéiforme Réduire le parcours politique de Camille Laurin à cette seule œuvre est réducteur, prévient Jean-Claude Picard.Camille Laurin, fort de ses atouts en psychanalyse, a joué un rôle de conciliateur au Parti québécois, qui a permis à la jeune formation politique d’acquérir une certaine cohésion dès sa naissance en 1968.Comme membre du conseil exécutif, il a réconcilié les tendances hétéroclites du parti; les anciens libéraux, les indépendantistes de droite et les gauchistes des mouvements sociaux de Montréal «Tout le monde convient qu’entre 196S [naissance du PQ], où il est devenu membre de l’exécutif, et 1976, le moment où le PQ a pris le pouvoir, il a joué un rôle majeur dans la construction du parti», affirme M.Picard.En outre, Laurin a participé activement à implanter le parti en région, à bâtir sa crédibilité auprès de l’opinion publique et à convaincre René Lévesque de rester en poste dans ses moments de découragement (même si, ultimement, il a démissionné en 1984 pour contester les positions de Lévesque à la suite du référendum).Cette capacité d’écoute, propre aux psychanalystes, s’est également manifestée dans son comté de Bourget à Montréal où il a été rela- CHERCHONS AUTEURS ETAUTEURES Editeur cherche enseignantes et enseignants pour la rédaction d’ouvrages destinés à l'enseignement de l’histoire au'secondaire selon le tout nouveau programme de formation par compétences du ministère de l'Education du Québec.Toute personne intéressée à ce projet est priée de faire parvenir son curriculum vitæ à: Le Devoir Dossier # 100 2040, rue de Bleury, 9e étage Montréal (Québec) H3A 3M9 tivement absent cependant Les électeurs entraient en colère dans son bureau, pour en sortir quelques minutes plus tard tout sourire.«Et leur problème n’était pas nécessairement réglé.La force de Laurin était l’écoute», note M.Picard.S Camille Laurin a aussi apporté une importante politique de développement culturel, dont on connaît encore aujourd'hui les manifestations, avec la SODEC, il a également eu des moments moins glorieux, notamment lors de son passage à la tête du ministère de l’Éducation.Dans un registre plus léger, Laurin était connu à Québec pour ses célèbres moments de distraction.Sortir de l’Assemblée sans son manteau en plein hiver lui arrivait fréquemment.Et les témoins de l’époque se souviennent aussi de «Camomille» et ses longs — parfois endormants — discours «politicopsychiatriques».Car la politique et la psychiatrie font toutes deux partie du personnage.STI a marqué la politique québécoise, il a carrément bousculé le monde psychiatrique.On lui reconnaît d’ailleurs la paternité de la psychiatrie moderne au Québec.«Quand Laurin décide de devenir psychiatre dans les années 1950, il n’y a rien au Québec.Ça n’existe pas, la psychiatrie.Il n’y a pas de lieu de formation, pas de lieu de développement», raconte Jean-Claude Picard.Comme bon nombre avant lui, Camille Laurin, étudiant brillant, a dû s’exiler à Boston et à Paris pour obtenir une formation en psychiatrie et en psychanalyse.C’est la première chose à laquelle s’attaque sa réforme, qui a débuté à l’Université de Montréal et à l’Institut Albert-Prévost, où il occupait des postes clés à la fin des années 1950.En outre, il a créé un programme.de formation au Québec pour les médecins francophones qui veulent devenir psychiatres.À une époque où les hôpitaux psychiatriques prennent davantage la forme de prisons surpeuplées, Laurin a écrit une postface marquante pour le livre d’un expsychiatrisé intitulé Les Fous crient au secours (1961).Dans les années 60, il a joué un grand rôle dans le débat sociopolitique qui a suivi au sujet de la réforme du traitement de la maladie mentale au Québec.«C'était aussi un champion de la réinsertion sociale des malades mentaux.Il en parlait dans les années 1960, et c’est encore un débat aujourd’hui.Cétait un visionnaire», note Jean-Claude Picard.Un visionnaire, certes, mais un visionnaire dérangeant Laurin a en effet payé le prix de son audace en se faisant peu à peu mettre de côté, ce qui l’a par la suite mené à la politique.Derrière le psychiatre doué se cache toutefois un cordonnier mal chaussé.Jean-Claude Picard dépeint un père et un mari relativement absent pour ses deux filles, qui ont connu des parcours difficiles, et sa première femme, Rollande Lefebvre, décédée d’une surconsommation d’alcool et de médicaments tout juste avant le référendum de 1980.L’auteur lui-même avoue ne pas être parvenu à trouver les explications «satisfaisantes» au sujet de la vie familiale si difficile d’un homme qui, pourtant, était reconnu pour sa grande écoute et ses qualités de psychanalyste.«C’est un paradoxe de mon livre, conclut Jean-Claude Picard.Comment un homme qui a Pu réaliser des choses si importantes et majeures pour la collectivité a pu avoir tant de difficultés dans sa vie personnelle.Chose certaine, il a décidé de faire passer le bien de la collectivité avant le bien de sa famille.H pensait être capable de conjuguer les deux, l’histoire démontre qu'il ne l’a pas été.» & Iriptyque La Santé, ce mal nécessaire Dr Robert Patenaude LECTEURS PASSIONNES RECHERCHES CHEZ TOUS LES LIBRAIRES ! 4 MÈRES DE BANANE mim \ la mmn n Nmm «t î j a» ntm Un l.rc.umsie.ai tnmn q w _ tm iridciMu rm.rtMii suns L l» r .ivon MICHEL CHARTRAND UN IIVHI un FERNAND FOISY Omide V,uîMntxmrt LE PARADOX! L'ÉCRIVAIN i f «avoir m i.wwww Dr Robert Patenaude Le livre qui fait la nouvelle ! La Santé ce mal nécessaire une veritable autopsie du système de santé québécois.Le ras-le-bol d’un urgentologue et ses douze solutions pour sauver un système qui fut déjà la fierté d’un peuple.rmès Ou systém» «tuébéeol*, un médecin témoigne.Danielle ( aron 1.0 couteau do Louis roman, 133 p., 17 S Quaire personnages - un homme et trois lemmes - nous revelent k leurs souvenirs, leurs rêves, leurs cadavres, et unissent leur voix à celle il Mnrie-i ou dont la vie se trouve bouleversée par le erlme île son père.QUÉBEC AMÉRIQUE ,y www.quebec-amerique.com ANCTOT IDITEUR watts» e*îlsîii «*r«t fligrmi.a* poing >n nisigtt Pi « l'oftit Fan ilnuotuoi;.'Hh* IBMtôRBN litoflRiettnMKit feaRÜMHKIl’ tattMdRfcmtajtaK] t t LE DEVOIR.LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2 0 0 3 F .ITTERATURE ROMAN QUÉBÉCOIS Une nuit dans la nuit SOURCE TÉLÉ QUEBEC Pasionaria de l'indépendance du Québec, Andrée Ferretti est aussi romancière.SUZANNE GIGUÈRE ! Ecrire pour mettre en déroute les désespérances et consentir à la vie.Ecrire pour conjurer le mal qui ne cesse de progresser dans l’espèce humaine.En faisant d’un jeune juif le symbole d’upe humanité souffrante, dans LEté de la compassion, la militante indépendantiste Andrée Ferretti s’adresse au lecteur sensible au sort de tout individu tributaire d’un destin collectif.Son troisième roman navigue entre la réflexion et l’émotion.D est à la fois grave et lumineux.Et surtout, profondément humain.Eté 1948.Dans le paisible village de Saint-Vallier-de-Belle-chasse, Béatrice passe ses vacances chez sa tante Philomène.L’accompagne David, un jeune Allemand de vingt-deux ans qu’elle connaît depuis peu.Au cours de ce mois rythmé par les promenades sur la grève près du fleuve, la cueillette des framboises sauvages, les fêtes champêtres, David dévoile à sa jeune amie son passé indicible.Il s’isole parfois pour peindre des tableaux sombres.Très tôt dans sa vie, il a fait l’expérience de la perte.Né à Berlin de parents juifs, il voit sa vie basculer en 1935 quand ceux-ci disparaissent au cours d’une rafle nazie.Adopté par un ami de son père — ils sont tous les deux musiciens au Berliner Philhar-moniker — David découvre que son prétendu bienfaiteur est en réalité un officier antisémite qui a dénoncé ses parents.Lors d’une visite à l’Exposition universelle de Paris (1937), il réussit à lui fausser compagnie.Recueilli par un couple de résistants français, David, alias Wil-hem, s’appelle dorénavant Étienne.À partir de 1942, la répression contre les juifs et les résistants s’accentue.David émigre au Canada, laissant derrière lui une enfance meurtrie par la disparition de ses parents.Il emporte aussi un terrible secret qui l’enferme dans la peur, la honte et la haine.Ces sentiments sont un marqueur d’identité puissant.«Je suis à jamais prisonnier d’un monstre qui est en moi, qui est moi.» Sa vie est devenue «une nuit dans la nuit».Quelques années plus tard, lorsqu’il se confie à Béatrice dans les longues après-midi chaudes d’été, l’adolescente animée d’une joie de vivre profonde et inaltérable ne connaît rien de l’histoire outre-Atlantique qu’il lui raconte.Sa nouvelle compré- hension du monde et de la vie est vivement accélérée par cette bouleversante rencontre.Elle apprend à observer le monde avec un autre regard.Mais le jour où David lui révèle l’acte ignominieux commis par l’officier allemand à son encontre lorsqu’il était sous sa tutelle, Béatrice a peine à en imaginer l’horreur.«Les mots sortaient de peine et de misère du tréfonds d’une souffrance, inou ïe aux oreilles d’une fillette qui ne connaissait que les blessures causées par les offenses légères et autres injustices de la vie quotidienne.» Devant le cumul des souffrances de David, devant son espérance fatiguée, elle comprend les limites de la compassion et s'incline.Il ne peut enterrer les débris de son passé afin que la vie reprenne ses droits, elle ne peut le tirer de l’abîme où l’a jeté son malheur.Il est des peines inguérissables.Quelques mois plus tard, de retour en Allemagne, David écrit à sa jeune amie que «son sourire, son rire et la lumière de son âme» lui ont donné du courage et la force d’accomplir son destin.Comme l’auteur du roman Les Naufragés et les rescapés.Primo Levi, David pose «le seul acte libre qui lui est désormais accessible».Les silences de l’Histoire Grâce à une habile construction narrative, la romancière tisse, à travers l’histoire de cette amitié singulière, l’histoire du génocide juif et celle du Québec dans les années 1940.Dans un désordre qui n’est qu’apparent, elle disperse dans son récit les faits marquants de la montée du nazisme dans l’Allemagne hitlérienne jusqu’à la solution finale et elle multiplie les exemples de la domination cana-dienne-anglaise exercée sur les Canadiens français à cette époque.«On nie aux Canadiens français la pleine valeur de leur identité.Ils doivent se faire plus anglais que les Anglais pour compter dans le monde des affaires.» La militante indépendantiste passionnée bouscule la romancière et crie son indignation.Puis, la fiction s’impose à nouveau.L'écrivaine trouve les mots justes pour exprimer la beauté des choses, la douceur ou la violence des sentiments.Dans une scène poignante, elle décrit l’effondrement de David, ému jusqu’aux larmes devant la beauté sauvage et grandiose d’un orage d’été.Quand la tante Philomène, femme libre, fière et combative, entre en scène, sa chaleur communicative nous atteint Et quand le ressort dramatique se démonte à la fin du roman, lorsque le secret de David éclate comme une pomme-grenade trop mûre, une petite phrase de l’historienne Régine Robin, dans Le Naufrage du siècle (XYZ), nous revient en mémoire: «L’Histoire dans sa marche de balancier aveugle passe très souvent d’un extrême à l’autre, d’une tragédie à l’autre sans qu’on n’apprenne rien.Faire parler les silences de l’Histoire n’est peut-être tout à fiait possible que dans la fiction.» Dans nos sociétés atomisées et en voie d’uniformisation, une des fonctions de la littérature n’est-elle pas d’élaborer des visions du monde qui nous le révèlent dans son infinie complexité?C’est du moins ce que pensait Lionel Groulx, cité par Andrée Ferretti dans La Passion de l’engagement (Lanctôt).Cet essai regroupe ses principaux discours et textes écrits depuis quarante ans.Ceux-ci sont portés par la même ferveur d’écriture et l’humanisme qui irriguent aujourd’hui LEté de la compassion.L’ÉTÉ DE IA COMPASSION Andréç Ferretti Vlb Editeur Montréal, 2003,160 pages Jacques Lazure Jacques Lazure Les oiseaux Un roman sur le courage ,tut une nuit de fautes, de pèches et de compromissions; une nuit tropicale, une nuit d’Orient.Ces instants d'éternité réconciliaient Martin avec la rie.Mi-tchéou le consolait d’être venu au monde, elle lui permettait d’apprivoiser l’idée de la mort.» Un récit malheureusement prévisible, où s'accumulent l’un après l’autre les lieux communs de l'exotisme: sur la douceur et k beauté des femmes, sur l'opium, les doutes, la chute, le déchirement.Une écriture distante et mal incarnée, où les couleurs, les parfums et la silhouette des femmes ne restent que des mots imprimés sur le papier — l'ylang-ylang, le vert des arbres, le plaisir et la douleur.Comment cette expérience cruciale a-t-elle transformé l’homme, le prêtre, l'être humain?Le lecteur n’en saura rien, Yves Potvin expédiant en deux ou trois paragraphes et sans s'y arrêter soixante années de la vie de son héros.Au final?Un roman qui manqué trop souvent de caractère et qui avance lourdement entre les digressions, les répétitions («Le mystère de l’amour est plus grand que celui de la mort»), le didactisme, les dialogues étendus et sans vivacité — n’est heureusement pas Malraux qui veut.Ni roman d’amour, ni roman d’aventure.Rouge d’Orient se présente plutôt comme une trame psychologique et religieuse maladroite, une déclinaison exotique de la passion en mode mineur.ROUGE D’ORIENT Yves Potvin Varia Montréal, 2(X)3,314 pages Enquête d’un anthropologue.Dans Ceux de Nigger Rock, où il étudie le site situé à Satnt-Armand-Ouest, dans la MRC de Brome-Missisquoi, l’anthropologue Roland Viau lève le voile sur notre passé esclavagiste.Roland Viau Ni>S;erK,Kk *4) s25.21.70 • Télécopieur : (sia) S2S 7S.37 Courriel : inf0@xy2edit.qc.ca • www.xy2edit.qc.ca «•LlTTÉRATÜRE"*- ESSAIS Proust et le spectre maternel MICHEL LAPIERRE En 1922, avant de rendre son dernier soupir, Marcel Proust, toujours partagé entre son profond agnosticisme et sa fascination pour la France des cathédrales, réclame la présence de son ami l’ab-bé,Arthur Mugnier.Mais l’auteur d’A la recherche du temps perdu demande qu’on fasse en sorte que l’aumônier des lettres et le confesseur des duchesses, censé lui administrer les derniers sacrements, arrive trop tard, c’est-à-dire une bonne demi-heure après sa mort.Ce jeu malicieux, auquel Ghis-lain de Diesbach fait allusion dans sa captivante biographie de l’abbé Mugnier, met en lumière toute l’ambivalence du romancier lorsqu’il s’employait à «convertir les sensations en un équivalent spirituel».Proust a rêvé d’un homme spirituel «affranchi de l’ordre du temps» pour, en fin de compte, ne retenir des croyances issues de la civilisation européenne que leur beauté.Pour lui, la littérature, foi sans dogme ni prêtre, constitue Tunique absolu et le plus éloquent vestige de l’Europe mythique.Bien qu’il ait été élevé dans le catholicisme, Proust ne s’inquiète pas du sort de son âme.Il se contente de savourer la finesse et le charme du propos que le bon abbé Mugnier tenait à la comtesse de Chabrillan: «R y a un enfer.Seulement, il n’y a personne dedans.» Né d’un père catholique et d’une mère juive, Proust, qui a pris parti pour Dreyfus, ne s’afflige pourtant pas outre mesure de l’antisémitisme qui imprègne le milieu nationaliste et royaliste qu’il côtoie.«Nous vivons hélas comme dans deux siècles différents», écrit-il avec délicatesse à Charles Maurras, dont il admire le talent littéraire mais ne partage pas les idées politiques.Proust, l’esthète qui transfigure la vieille France au point d’en faire l’expression toute moderne de l’inconscient, précise néanmoins au critique allemand Ernst Robert Cur-tius qu’il n’est pas «nationaliste».D dédaigne la politique et s’abandonne entièrement à une littérature qui «fait connaître la part encore inconnue de l’âme».D considère l’écriture comme une expérience spirituelle rongée sans cesse par le scepticisme et comme une reconstruction tout à fait subjective de l’histoire de l’Europe.«Il ne faut jamais avoir peur d’aller trop loin, écrit Proust à Curtius, car la vérité est au-delà.» Martin Robitaille, dans son Proust épistolier, ne cite pas la lettre adressée au critique allemand.Cependant, en scrutant les lettres que l’écrivain a envoyées à sa mère Jeanne Proust, née Weil, à Robert de Montesquieu et à Reynaldo Hahn, il confirme, d’une manière perspicace, que la littérature devient, au fil de l’œuvre prous- tienne, la sublimation d’un amour filial presque incestueux et d’un désir homosexuel jamais vraiment assouvi.Robitaille présume que Jeanne Proust, cette dominatrice, est, comme il la décrit si bien, la «grande prêtresse de la littérature classique», dont les propos d’outretombe sur Racine et Madame de Sévigné peupleront, à partir de 1920, les hallucinations de son fils Marcel, l’éternel enfant soumis.A la mort de Jeanne Proust, en 1905, l’écrivain n’avoue-t-il pas à Montesquiou que, pour lui, la vie a «perdu son seul but, sa seule douceur, son seul amour»! Marcel Proust a beau être fasciné par l’insolence raffinée et les goûts érotiques de l’aristocrate Montesquiou, c’est vers le musicien Hahn, avec qui il avait eu une idylle homosexuelle, qu’il transfert chastement, comme le montre Robitaille, l’amour qu’il vouait à sa mère.«Je m’épanche avec vous comme avec Maman», écrit-il à Hahn en 1909.On peut croire que, dans ce transfert amoureux, Proust, en réaction à l’antisémitisme hautain de Montesquiou, a tenté de réaliser la fusion des deux minorités qui secrètement lui tenaient à cœur, la «race» maternelle juive et les homosexuels, que l’écrivain considérait aussi comme une race.Mais, selon la belle intuition de Robitaille, l’essentiel reste ce fantôme maternel qui, en personnifiant la vieille France par-delà le sang, hante l'écriture proustienne et ses cathédrales englouties.Proust se reconnaissait un peu dans l’abbé Mugnier.Il humait dans le discours de cet être asexué le parfrun d’aubépine de la vieille France.Diesbach raconte que l’abbé Mugnier, contraint à la chasteté, se résignait à imaginer des «reliques» sous les décoUetés de ses chères duchesses et disait avoir fait de ses pèlerinages littéraires ^es «voyages de noces» spirituels.A Saint-Malo, le prêtre, surpris par la marée, dut passer la nuit sur le rocher où le tombeau solitaire de Chateaubriand était battu par des vagues infranchissables.Quant à l’écrivain absolu Marcel Proust, cet autre admirateur de l’auteur du Génie du christianisme, il demeure pour toujours, privé de sexe et d’aurore, seul auprès du spectre d’une juive, sur un rocher sans croix, au milieu de l’océan utérin des contradictions occidentales.PROUST ÉPISTOUER Martin Robitaille Les Presses de l’Université de Montréal Montréal 2003,234 pages L’ABBÉ MUGNIER Ghislain de Diesbach Perrin Paris, 2003,346 pages ROMAN QUÉBÉCOIS Une fleur aux pétales épars SOPHIE POULIOT Au premier abord, le titre laisse présager un livre plutôt fleur bleue.Pourtant, on promet un roman policier, une enquête menée par «un criminologue, spécialiste de la psychologie des tueurs compulsifs».A quoi le lecteur doit-il s’attendre de ce premier roman de Monique Deslauriers?Disons simplement qu’il serait plus approprié de se fier au titre qu’à la quatrième de couverture.L’histoire racontée est celle de Fleur D’Auteuil, restauratrice d’œuvres d’art, une femme de 33 ans, célibataire et accablée de ce fait.Gravitent autour d’elle plusieurs personnages, dont un jeune sans-abri homosexuel au grand cœur, un homme d’affaires égoïste (James Perron), une nounou dévouée et un frère criminologue aux réflexes hautement paternalistes.Fleur D’Auteuil portera, l’amertume dans Tâme, Tentant conçu lors de Tunique coït partagé avec Per- ivier 1 librairie >bistr Du lundi au samedi de 9 à 22 h Dimanche de 10 à 19 h Librairie indépendante 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges tel.: 739-3639 service@librairieolivieri.com Cet automne « je ferai du vélo, j’irai au théâtre, je réserverai une soirée à mes amis, je mangerai équilibré, je travaillerai moins.et surtout je lirai un livre par semaine » Chez Olivieri, nous vous aiderons à tenir votre PROMESSE LIBER LABORATOIRE D’ETHIQUE PUBLIQUE ÉNAP-CHAIRE FERNAND-DUMONT (iNRS) Éthique publique hors série sous la direction de Isabelle Lasvergnas Le vivant et la rationalité instrumentale !*abelk I .asvtrgn«s Le vivant et la rationalité instrumentale cthkHlf 204pagc$, 24 dollars Cahiers de recherche COLLABORATEURS : Thierry Hentsch Isabelle Lasvergnas David Le Breton Sébastien Mussi Marcelo Otero Christian Saint-Germain Francine Tardif Monette Vacquin Louise Vandelac Florence Vînit ron avant qu’il ne la laisse tomber sans crier gare.La future maman entend bien ensuite confier l’enfant à son richissime père et reprendre sa vie solitaire, mais cela est compter sans la série de meurtres avec castration qui sévit dans la ville.Posons-le sans détour l’ouvrage de Monique Deslauriers traite bien davantage de la guerre des sexes que d’une intrigue policière, tant celle-ci est reléguée au second plan.Cette intrigue ne sert en fait que de prétexte aux multiples remarques qui fusent de toutes parts au sujet des relations amoureuses, de la perception qu’ont les hommes de la psychologie féminine, de la vision qu’ont les femmes des priorités masculines et autres sujets analogues.Or ce roman se contente essentiellement de ressasser des lieux communs tels ceux-ci: «Une femme seule n’a sa place nulle part, crois-moi», ou «Contrairement aux hommes ordinaires, les hétérosexuels, qui préfèrent se retirer dans leur bulle au lieu de chercher à comprendre l’autre sexe et ses complexités [.]».La majorité de ces commentaires sont indéniablement teintés de féminisme.Pourtant, Tauteure qualifie son héroïne tantôt de «belle bête racée», tantôt de «belle chatte», traitement auquel n’ont évidemment pas droit les protagonistes masculins.Est-ce par ironie?Accordons à Tauteure le bénéfice du doute.Autre maladresse minant la qua- lité d’il était une fleur, Tauteure amorce des lancées dans maintes directions sans cependant les mener à terme.Il en va ainsi de la métamorphose de la mère de James Perron, veuve d’un homme d’affaires stricte et prospère, en blonde vamp pour un bref moment, l’instant d’un fantasme qui ne semble pas avoir sa place dans la trame du récit D en est de même de Tenvie passagère du criminologue de changer de vie.Ces parenthèses visaient-elles à rendre le roman plus «psychologique»! Hélas, il n’en est que moins bien ficelé, malgré que le dénouement de l’enquête ne soit prévisible que quelques pages avant d’être dévoilé.Autre mérite du roman, celui-ci a l’originalité d’avoir pour héroïne une belle femme aigrie.Quoi qu’il en soit dernier clou planté dans le cercueil de ce roman, celui-ci est affablé d’une conclusion mièvre à faire pâlir d’envie les descendants de Walt Disney.En dehors de Tamour et de la famille, point de salut semble prôner R était une fleur, malgré toutes ses velléités.A vouloir embrasser trop de voies, on finit bien souvent par rien servir convenablement aucune.IL ÉTAIT UNE FLEUR Monique Deslauriers Septentrion Sillery, 2003,268 pages te Quebec^ sites incontournables Henrt Ym I 40 sites incmttottrnaMrt Pierre Lahoud.Yves Laframboise et Henri Dorii ont mis en commun leur amour et leur corwaissam du Québec afin de nous taire visiter 40 sites choisis pour leur charme et leur originalité.Des cartes géographiques, des indications sur les itinéraires ainsi que des suggestions de visites et de lectures complètent le description de chacun des sites.Un vaste programme pou découvrir le Québec.LES EDITIONS DE IL HOMME wwwedhomme.com lu v le livres f \ I LE DEVOIR LES SAMEDI 2 5 ET DIMANCHE OCTOBRE 2 0 0 3 LITTERATURE LA CHRONIQUE Heeg, extraordinaire fabuliste LITTÉRATURE FRANÇAISE Triste Haïti de Marc Trillard JH avais eu le plaisir de * commenter dans ces mêmes pages la parution du roman de Peter Hoeg, La Femme et le singe, une allégorie fair tasque à la manière de La Planète des singes (revue et corrigée) avec, pour toile de fond, les grands parcs zoologiques de l’Angleterre moderne, les travers de l’humanité qui y loge — arrivisme, sens exacerbé de la hiérarchie, pulsions sexuelles débridées, alcool.— et une histoire d’amour entre un singe mutant et une femme.Je m’en étais régalé, bien que tout cela riait pas laissé de souvenirs impérissables en moi.Il en va tout autrement cette fois-ci.La parution en français de ces huit Contes de la nuit me confirme que Peter Hoeg, né en 1957, est non seulement un extraordinaire fabuliste mais aussi un écrivain qui a de la profondeur, qu’il est par ailleurs un fin connaisseur de la littérature universelle.On peut comprendre que, pour les Danois, ce livre soit devenu un classique.Le choix d’une forme et d’une langue qui tendent vers le conte n’est pas étranger à ce succès.Non plus que la grande virtuosité de l’auteur, qui a su faire s’imbriquer parfaitement mythe et connaissance, tout en aftabulant un certain nombre de disciplines en les soumettant à la question du sens de la vie et de la vérité.Tout cela est non seulement captivant à lire, mais nous laisse comme un arrière-goût d’infini.et de néant En effet, entre l’art qui ment pour mieux nous indiquer la vérité et les entreprises humaines qui prétendent fonder leur vérité sur l’observation de règles qui sont précisément là pour faire écran au néant qui les a fit naître, il y a l’homme face à son destin, e’est-à-dire à ses masques, «fai une amie [.] qui soutient que la vérité d'une personne se lit sur son masque.Elle veut dire par là [.] que, par le choix de son masque, l’homme révèle la vérité de sa stratégie [.].Le masque est en effet l’ultime vérité, non pas pane qu’il révèle ce qu’il y a en dessous, mais parce qu’il n’y a rien en dessous.Et cela vaut pour toute l’existence.Cela vaut pour vous et pour moi.Cela vaut évidemment aussi pour la littérature» (yoyage vers un cœur noir).Quant aux règles et aux lois que l’homme se donne pour assurer l’existence de sa communauté, elles ne sont pas sans faire penser à cette fable racontée par l’écrivain Morton Ross dans le conte qui a Jean-Pierre Denis pour titre Le Jugement du président de la Cour suprême, Ignatio Land-stad Rasker.C’est l'histoire d'une jeune femme inculpée à qui vient soudain lldée, pendant son procès, que «tous les acteurs hormis elle-même sont des poupées mécaniques» et qui découvre en effet qu’aussi bien le juge que les membres du public qui assistent à son procès ont une clef dans le dos.En d’autres mots, son procès est perdu d’avance, car nul n’est en mesure d’agir librement par rapport à ses croyances ou aux lois qui confortent son identité.Heureusement, il y a l'amour.par lequel tout peut arriver, mais aussi bien le contraire! Nuit de mars 1929 Tous ces contes ont en commun une date et un thème.Tous se déroulent ou ont pour date symbolique la .iuit du 19 mars 1929.Tous rendent compte d’une fragilité devant l’incertitude du monde et les aléas du destin.Et tous parlent d'amour.Le président de la Cour suprême du Danemark, parangon de la vertu et modèle pour tous les siens, se voit transformé ou plutôt transfiguré par l’amour que fait naître en lui l’écrivain qu’il doit juger pour atteinte aux bonnes mœurs, au point de sacrifier tout ce pour quoi il a travaillé toute sa vie (Le jugement du président de la Cour suprême, Ignatio Landstad Rasker).Un ex-danseur, bloqué dans le port de Lisbonne avec son compagnon musulman, racontant l’histoire de cette danseuse au lourd passé dont il tomba follement amoureux autrefois, qu’il ne put jamais toucher parce qu’il considérait qu’elle était une sorte d’ange dont la grâce, autrement, se serait aussitôt évanouie, jusqu’au jour où il découvrit le mensonge dont elle s’était toujours voilée (Hommage à Bournonvillé).Une éminente physicienne qui, persuadée que l’amour va toujours en décroissant pour finalement se tarir .> w 128 pages.14,95 î Gabriel de Mun un conciaue de six mois L'élection ûb Benoit Xtv un sujet qui est dans rair.UsÉdttlon* GUÉRIN ($14) *42-34*1 IR MHttfl mt tOBtBS 1RS UBfRiDRS (forte des théories de la mécanique quantique, elle pretend que «seul l’être qui est un système ffrmé [.] peut conserver la constance de son amour», car autrement l'énergie se dissipe), cherche à reproduire une experience scientifique qui isolerait le dessin énergétique propre aux premiers moments de l’amour et qui est contenu dans les particules du souvenir (Expérience sur la durée de l'amour).Les citoyens d’une ville du Danemark, Vaden, qui, aimant d’un amour fou et fanatique leurs enfants et ne tolérant pas que quoi que ce soit de mauvais leur arrive, s’isolent de tout le pays à la suite d’une épidémie de variole particulièrement mortelle, jusqu’au jour où, trompés par des saltimbanques qui prétendent avoir été victimes d’une tempête en mer, ils les laissent entrer (Compassion pour les enfants de Vaden).Un écrivain qui, pour mieux connaître la femme qu’il aime et qui ne lui a jamais présenté sa famille, décide, sans lui en parler, de se rapprocher de ladite famille pour écrire un roman sur celle-ci.La prestigieuse famille Van Austen jouit dans la ville d’une réputation hors du commun, due au fait, notamment, qu’elle incarne la durabilité des sentiments amoureux.Je ne vous dis pas ce que le jeune écrivain va découvrir sous ces apparences trompeuses (Histoire d'un mariage).Chaque fois se jouent le drame de l’amour et le combat pour en mater les incertitudes.Doit-on s’ouvrir, se fermer?Et jusqu’où, dans l’un ou l’autre sens?L’écriture de Hoeg ne cherche pas ici à être novatrice, elle dépend trop de la forme et de la tradition du conte, voire du mythe.Nous ne sommes pas loin, parfois, du romantisme, d’autres fois du symbolisme.Mais à chaque occasion, l’auteur réussit à nous captiver, ce qui est le véritable pouvoir de la littérature et son secret dessein.CONTES DE LA NUTT Peter Hoeg Seuil Paris, 2003,287 pages GUYLAINE MASSOUTRE On dit habituellement d’un livre populaire ou d’un polar qu’il est bon lorsqu'on ne peut pas arrêter de le lire.Le roman de Marc Trillard, Le Maître et la Mort, ne fait pas partie de cette catégorie.On voudrait le quitter à peine ouvert.Est-ce la preuve d’un mauvais livre?On dit aussi que les romans écrits dans le style oral et pauvre des journalistes ne sont pas littéraires.Or Le Maître et la mort, pourtant publié chez Gallimard, fait partie de cette espèce.Pour un premier titre de Trillard chez cet éditeur, lu> Qui a fait ses annes et son nom aux Editions Phébus, le ton d’entrée, à le lire, étonne.Cette double énigme, en réalité, se résout vite, passé l’enterrement du directeur de Radio Haïti Inter.Jean Dominique, assassinat authentique évoqué dans les premières pages.Ce qu’on voudrait ne pas savoir ne peut pas se dire en termes fleuris.Il est question de la dernière campagne présidentielle à Port-au-Prince, en l'an 2000.Depuis 13 ans, Jean-Bertrand Aristide, soutenu par une pègre sinistre, y a installé au pouvoir un régime de terreur d’une gravité extrême.Sur cette île d’enfer pour ses cinq millions d’habitants, aucune horreur n’a été évitée qui n’excède les récits d’imagination, en fait d'assassinats sordides et de principes bafoués.La république — un mot de la pire langue de bois — la plus pauvre de l’Amérique latine n’a plus rien du fier Etat noir qui, la première des colonies françaises, avait acquis son indépendance en 1804.Sait-on que le texte en fut rédigé sur la peau d’un blanc?Triste allégorie que mentionne Trillard.La porte d’entrée française Pour qui dénonce la situation, le meilleur ton, on le comprend, est un style épique, direct, elliptique et nerveux, pas trop nuancé.Il y a urgence.Car des soins, il en faudrait pour ces pauvres gens, paralysés par la corruption et les assassins de l'Etat.Trillard s’est acquis une réputation de romancier solide sur le Cap-Vert et l’Angola; il a obtenu le prix Interallié pour Eldorado 51, situé au Paraguay.Journaliste de gauche, homme de théâtre radiophonique, écrivain à plein temps, il connaît bien l'écœurement né des faits réels, ici le malheur d’une population.Ce Toulousain n’a eu de cesse de dénoncer la pourriture en place et les complicités ou les impuissances des organismes internationaux face aux exécuteurs de très basses œuvres.Il n'a eu qu’à suivre la piste française.Une bourse, pour Le Maître et la mort, lui a permis de remonter la filière.On a peine à en croire tous les développements tant cela se passe à nos portes.Trillard démonte: «La zérotolérance, spécialité du droit coutu- mier haïtien, récurrente comme une infection à rétro-virus.Haïti, serpent qui se mord la queue.Haïti, scorpion se plantant le dard dans le dos.Seul pays au monde à confondre temps de paix et guerre civile, une moitié de la population passe son temps à exterminer l'autre moitié.» Action politique Comment agir et éviter qu’une surenchère médiatique n’enfonce le pays plus avant dans ses morts?La plume est toujours une arme.Rappelons-nous.Lorsque Bernard Henry Lévy écrit un reportage sur lagos, gigantesque bidonville dans le ciel ouvert du Nigeria, l'article fait le tour de maints magazines, est traduit, fait tache d’encre longtemps.L'Actualité l’a repris en 1992 sous son titre-choc «L'Afrique, le rêve fracassé».Terrible carnet de voyage.On y voit la déroute de la pensée africaine et d’une civilisation originale.désonnais ambiguë et entachée.Trillard s'inscrit dans un même reporta- .ge lyrique, compatissant et en colère.Sous le couvert d’un blanc, fagoté de l’habit i d’évangéliste, il sillonne le pays et ses misères.De courageux journalistes signalent, du mieux qu’ils le peuvent, les attentats et exécutions extrajudiciaires dans la s rubrique accablante des faits divers.Le «Maître», c’est ce personnage, fai mort, aussi: elle est partout, son étau rampant se resserre au- , > tour de cet ex-bibliothécaire en perdition, pourtant «homme nourri au lait de la civilisation».11 hume à !, pleins poumons la violence latente; le danger l’embrase.Il a compris le pouvoir de nuisance maléfique auquel se réchauffent les miséreux.Loin d’eux, il trouve bonne la condition de privilégié; il s’est bâti un château de cartes.Le vrai modèle, c’est le «Maître» du pays.Il s’y est érigé une forteresse.De là, il ne voit ni les arrestations sommaires ni les fusillades sur des fenunes tirant l’eau d’un puits.Ni les exécutions dans les commissariats.Ni les terribles conditions de détention.Ni les lynchages publics, ni les entraves aux élec- >,1.lions, au dépouillement des votes.Ni la férocité des zenglendos, des bandits débridés qui, tiens, portent < des uniformes officiels.Ni ces prêcheurs-racketteurs qui mélangent dieu, diable, vaudou et guérisseurs en ! brandissant faux stigmates et reliques puantes.Voilà pourquoi il y a des livres nécessaires qu’on voudrait refermer.Pour ne pas voir les bourreaux maculés de foie arraché, dans un signe de croix, à la victime évenfrée sous les yeux des siens.Documenté.Féroce.Hallucinant., i, LE MAÎTRE ET LA MORT Marc Trillard NRF Gallimard Paris, 2(X)3,314 pages Un style épique, direct,.elliptique et nerveux, pas trop nuancé.Il y a urgence.Le complexe d’Ulysse LES ÉDITIONS D’ART LE SABORD félicitent leurs deux finalistes pour leur nomination aux Prix littéraires du Qouvemeur général de 2003 Dans les catégories n Études et essais : Louisa PRESCOTT pour Le complexe d'Ulyaae Signifiance et micropolitique dans la pratique de l’art Poésie : Nicole BROSSARD pour Cahier de rosea et de civilisation ( œuvres visuelles de Francine Simonin ) Cahier j.ruses civtlisation Ecritures 2 FKAMI INI! SIMONIN * » *1 t :: éditeur i félicite Esther Croft finaliste • Prix France-Québec Philippe-Rossillon • Prix du Salon du livre de Québec • Prix des abonnés du Réseau des bibliothèques de la ville de Québec pour son roman De belles paroles belles parole Esther Croft De belles paroles roman éditeur kTV’rj félicite Jean Désy • Finaliste au prix des abonnés du Réseau des bibliothèques de la ville de Québec • Mention spéciale du Salon du Livre Saguenay-Lac-Saint-Jean pour son récit Du fond de ma cabane Du fond de ma cabane Jean Désy Du fond de ma cabane ükli A éditeur félicite Agnès Guitard finaliste au Prix du Gouverneur général du Conseil des Arts du Canada dans la catégorie «Traduction » pour Un amour de Satomé de Linda Leith (The Tragedy Queen) UN AMOUR DE SALOME & i % I LE DEVOIR.LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2003 F 6 -«-Essais-* BIOGRAPHIE L’ami Fidel COLLECTION PRIVEE René Lévesque interviewe Fidel Castro, à l’époque où celui-ci tolère encore un peu les journalistes.HISTOIRE Bougainville l’Iroquois JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR \ A Milan, l’éditeur Giangiacomo Feltrinelli est fasciné par Fidel Castro.Nous sommes au début des années 60.Feltrinelli est alors aux services de renseignement italiens ce que Fidel Castro est à la CIA; un homme à surveiller étroitement, voire à éliminer.Fils de banquier, Feltrinelli est vite devenu un éditeur de renom et un révolutionnaire clandestin.En 1964, il entend publier les mémoires du grand barbu de Cuba, ce fils de rien devenu, pour un temps du moins, l’incarnation même du «grand dirigeant révolutionnaire».L’éditeur prend donc contact avec le frère d’armes du Che et s’envole pour Cuba.Il lui offre une forte somme pour travailler avec lui à la rédaction d’un livre.Fidel accepte, mais l’affaire dérive vite à cause de ses digressions oratoires infinies, une spécialité du lider màximo.Dans des notes écrites lors de son voyage de retour, un Feltrinelli dépité affirme que Fidel lui apparaît inapte au travail gouvernemental, voire au travail tout court.Ce géant barbu, pense-t-il, est un être essentiellement rhétorique.Il ajoute ceci: «Je crois qu’il est mal infirrmé et qu’il confond une attitude de dénonciation polémique avec la réalité.Il ne demande jamais à connaître les nouvelles, il me semble une personne très imbue d’elle-même, avec des choses apprises au hasard et collées à sàn esprit, des clichés remâchés, d'où il résulte que lui parler ne sert à rien.» Il a dès lors à peu près tout dit pour tracer un portrait de base du dictateur cubain.Feltrinelli ne poussera guère plus loin son aventure sous le ciel cubain.Il mourra dans l’explosion d’une bombe qu’il tentait d’installer sous un pylône électrique.Castro, lui, est toujours bien vi- vant Il enterre ses ennemis comme ses amis, parmi lesquels il faut compter Pierre Elliott Trudeau et François Mitterrand.Mais près d’un demi-siècle après son accession au pouvoir, l’homme semble plus difficile que jamais à approcher et à interroger.Le lider mâxi-mo a refusé de répondre aux questions de Serge Raffy.ancien rédacteur en chef adjoint du Nouvel Observateur et ancien rédacteur en chef du magazine Elle.Ce journaliste vient néanmoins de lui consacrer une imposante «biographie».Mais sur Castro, on en apprend peut-être plus à lire les notes de gens tel Feltrinelli (Christian Bourgois, 2001) ou, mieux, la biographie signée par Tad Szulc (Payot 1987).C’est que Serge Raffy semble surtout à la recherche de l'effet II confond l’écriture d’un livre avec celle d’un article pour magazine imprimé sur papier glacé.Les références sont laissées de côté, souvent au profit d’élucubrations qui servent un point de vue étroitement anticastriste.Par exemple, l’assassinat du Che aurait été plus ou moins orchestré par Fidel, dit-il, tout comme le coup d’Etat du général Pinochet au Chili.On veut bien, mais faut-il croire l’auteur sur parole?À en croire son éditeur, en tout cas, ce gros livre répondrait à toutes les promesses d’une biographie, et un peu plus encore.Mais l’auteur, d’entrée de jeu, prend pourtant la peine d’écrire qu’il ne sait pas trop ce qu’il a fait roman, biographie, essai ou un peu tout cela à la fois?Serge Raffy montre quand même du doigt certaines zones d’ombre.Notamment les rapports très amicaux qui lient Castro à l’écrivain Gabriel Garda Mérquez, Prix Nobel en 1982.Le biographe montre le célèbre écrivain assistant, en 1989, à un procès politique truqué.Garcia Mârquez se trouve alors en compagnie de son ami, derrière une glace sans tain.Ce procès public, télévisé de surcroît est tout à fedt digne de l’époque de Staline ou de Mao.H conduit comme il se doit, à l’exécution de quelques hommes, dont l’important général Ochoa.L’écrivain a-t-il assisté aussi à la mort des fusillés?Serge Raffy s’interroge par ailleurs sur la collusion entre le régime castriste et les marchés de la drogue, nouvelle source de financement du régime depuis l’effondrement du bloc soviétique.Et il y a aussi cette question de ITiomo-phobie délirante de Castro qui fait l’objet de quelques propositions historiques intéressantes.Mais que reste-t-il de cette lecture?A cause du traitement par trop journalistique, peut-être pas davantage que la lecture de ces hagiographies illustrées du régime, ces livres pour prières révolutionnaires inconscientes dont Hilda Barrio et Gareth Jenkins donnent le plus récent exemple avec leur complaisant Che Guevara.CASTRO L’INFIDÈLE Serge Raffy Fayard Paris, 2003,672 pages CHE GUEVARA Hilda Barrio et Gareth Jenldns Autrement Paris, 2003,432 pages MICHEL LAPIERRE Que Grand-Ciel-en-Courroux, Iroquois de Kahnawake, membre de la famille de la Tortue, tente, apres la défaite des plaines d’Abraham en 1759, de refonder le Canada aux Malouines, près de l’Argentine actuelle, et, en faisant par la suite le tour du monde, de réinventer le mythe du bon sauvage à Tahiti, cela n’est pas du délire.Louis-Antoine de Bougainville, aide de camp de Montcalm et plus tard explorateur des mers du Sud, déclare avoir été «naturalisé» Iroquois par les Amérindiens de Sauh-Saint-Louis, au sud-ouest de Montréal «Il m’a fallu pleurer, gémir, fumer dans le calumet des enterrements», avoue-t-il après les funérailles de ses frères de la famille de la Tortue, tués dans une attaque menée contre les Anglais en 1758.Tardive, la contribution de Bougainville à l’élaboration du mythe du bon sauvage n’a pas eu l’écho de celle de ses devanciers: Lahon-tan, Lafitau et bien d’autres.Rédigés entre 1756 et 1763, ses Ecrits sur le Canada n’ont été publiés qu’au XX' siècle.La plus célèbre exaltation de l’homme naturel, celle que nous trouvons dans le Discours sur l’origine de l’inégalité que Rousseau avait déjà publié en 1755, ne leur doit rien du tout.Constitués de mémoires, d’un journal d’expédition et de lettres, les Écrits sur le Canada, qu’on vient de rééditer, n’ont pu influencer, au XVIIIe siècle, que des cercles restreints.Cela n’empêche pas Bougainville d’occuper une place considérable parmi les précurseurs de l’ethnographie grâce à ses fines observations sur les Amérindiens et leurs «frères», les «Canadiens».Au XVIIe siècle, les Amérindiens avaient la réputation de ne pas redouter la mort Fondée de toute apparence sur leur croyance primitive en l’au-delà, leur attitude avait bouleversé les jésuites au point de remettre secrètement en cause le lien nécessaire que ces missionnaires établissaient entre le christianisme et la supériorité de la civilisation européenne.Au siècle suivant, Bougainville, quant à lui, estime que les Amérindiens craignent la mort et s’il leur reconnaît une grande bravoure impulsive comme à leurs frères canadiens, il refuse d’attribuer aux uns et aux autres le «cou- rage de constance» dans l’infortune.Ce qui ne lui permet pas de croire à une dégénérescence du bon sauvage, causée par une lente européanisation.«Les sauvages sont, à peu de choses près, les Grecs d'Homère», écrit-il avec enthousiasme.Et les Canadiens, eux, qui sont-ils donc?Des sauvages blancs, «admirables dans les bois», qui ont l’orgueil de se dire habitants et qui forment «le peuple le plus indocile et le plus indépendant», nous répond Bougainville.Selon lui, les Canadiens «seraient scandalisés d’être appelés paysans».Ils sont, juge-t-il, «d'une meilleure étoffe» que les paysans français.N’ont-ils pas la singularité de parler français, œ qui, dans la France patoisante d’avant la Révolution, était loin d’être la règle?Bougainville estime que les Canadiens respirent, comme les Amérindiens, l’air de l’indépendance.En Amérique, il reconnaît presque «le cri de la nature», «la véritable jeunesse du monde» et «la plus orageuse liberté» que Rousseau percevait chez le bon sauvage.Pour Bougainville, les Canadiens et les Français forment deux nations distinctes.«Quand le Canada sera bien établi, écrit le militaire, il essuiera bien des révolutions, n’est-il pas naturel qu’il s’y forme des royaumes et des républiques qui se sépareront de la France?» Mais comme cette évolution naturelle se trouve rompue, en 1760, par la conquête anglaise, il déplore que, en devenant maîtresse des mers, l’Angleterre se targue d’être, au mépris de la liberté, la «monarchie universelle faussement imputée à Louis XIV».Bougainville soutient que nos alliances avec les Amérindiens ont retardé la prise de Québec.Son contemporain Pierre Pouchot accorde lui aussi de l’importance à ces alliances dans d’intéressants Mémoires sur la dernière guerre de l’Amérique septentrionale, publiés en 1781 et réédités aujourd’hui.Cependant, à la différence de Bougainville, Pouchot, qui n’a pas la perspicacité de ce dernier, rejette le mythe du bon sauvage en reprochant à Rousseau d’avoir émis «des idées aussi fousses qu’étranges».B insiste trop sur la véracité des détails au sujet des Amérindiens pour mieux négliger la portée philosophique et politique de la découverte émerveillée de l’homme primitif Rousseau a fait spontanément le lien entre les indigènes des terres lointaines et les classes populaires de l’Europe pour définir l’égalité et la liberté.Son bon sauvage engendre le citoyen.En déposant au Panthéon, dès 1794, les restes de Rousseau, père de la Révolution et de la République, les Français y ensevelissent, sans trop s’en douter, l’Amérindien libre et universel que Bougainville comparait à Ulysse.ÉCRITS SUR LE CANADA Louis-Antoine de Bougainville Septentrion Sillery, 2003,432 pages MÉMOIRES SUR LA DERNIÈRE GUERRE DE L’AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE Pierre Pouchot Septentrion Sillery, 2003,324 pages CONCOURT SUITE DE LA PAGE F 1 «Cétaient les canailles nazies qui vivaient et les vivants, ici, qui avaient peur», se dit Hans Trow.Dans le ro man d’Amette, Maria Heich dte un poème de Brecht qui dit son désabusement à l’égard de sa patrie divisée: «O Allemagne, comme tu es déchirée,/Et tu n’es fois seule chez toi/ Dans les ténèbres, dans k froid/Chacune veut oublier l’autre./Tu aurais de si belles plaines / Et tant de vides bien vivantes./ Si tu te fiais à toi-même/ Tout ne serait qu’un jeu d’enfant».A travers les années, Brecht conservera en politique une position ambiguë.Ce n’est pas la première fois que Jacques-Pierre Amette écrit sur Brecht, qui était déjà mis en scène dans, son roman précédent Province.À la lumière d’aujourd’hui, il conclut son roman avec le passage à l’Ouest, la seule issue possible pour une Maria à qui l’amour est interdit LA MAÎTRESSE DE BRECHT Jacques-Pierre Amette Albin Michel Paris, 2003,307 pages AMETTE LaMaîtnsHL deBiuLM Métamorphose CANADIENNE DE LA POPULATION Cet ouvrage est le premier à présenter l'évolution globale de lu population du pays, de ses origines les plus lointaines jusqu'à ses imnsfomiations les plus récentes.Avec l'art de la vulgarisation de haute tenue qui le caractérise si bien, Jacques Henripin explique en termes accessibles les phénomènes majeurs qui ont marqué la développement de la population québécoise et cana - tiienne.Chose appréciable par ailleurs, l'auteur ne se \ prive pas de certains accents polémiques qu'il prend toujours soin cependant de distinguer des considéra -lions proprement scientifiques.300 pages • ISBN 2-922245-97-7 • 24,95 $ IBS.LES ÉDITIONS VARIA WWW V A Les Presses de l'Université de Montréal FINALISTE Prix littéraire du Gouverneur général 2003 Catégorie Études et essais THIERRY HENTSCH Raconter et mourir Aux sources narratives de l’imaginaire occidental R A C O N T [ R tr MOURIR PUM 432 pages.29,95$ Université fHï de Montréal l'Inconvénient accueille la Ve Rencontre internationale de ATELIE DU ROMAN L'improbabilité des revues littéraires Keith Botsford Isabelle Daunais Jacques Godbout Wladimir Krysinski Monique LaRue André Major Gilles Marcotte Guadalupe Nettel Gilles Pellerin Lakis Proguidis François Ricard Yvon Rivard Massimo Rizzante Les 30 et 31 octobre 2003 (jeudi de 9 h 30 à 18 h - vendredi de 9 h 30 à 13 h) entrée libre Salle Marie-Thérèse Reverchon Département de langue et littérature françaises Université McGill 3460, rue McTavish, Montréal Confit dos arts et des lettres Québec Le Corned des Am ! The Caneda Council du Canada ; foi the Am vv w w .inc o n venient.ca LE DEVOIR.LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 2 H OCTOBRE 2 0 0 » F 7 Le cybermonde en question Issus d’un dossier parrainé par Le Devoir et dirigé par Hervé Fischer, les textes regroupes dans Les Défis du cybermonde tentent de réfléchir aux enjeux de l’âge du numérique.Comme le résume Jean Gagnon, à qui revient la tâche de clore ce projet, «à la lecture de ces articles, bon nombre d’entre nous U1 auront éprouvé le sentiment que, devant nous, avec ou sans nous, de multiples changements s’opèrent, qu’une nouvelle culture se cherche, que de nouvelles conceptions de l'humanité et de sa place dans le monde se dessinent et que les nouvelles technologies numériques chambardent les frontières de nos nations, de nos identités, de nos corps, de nos particularités disciplinaires en science et en art et qu’elles favorisent une reconfiguration des savoirs».Faut-il s’en réjouir ou s’en alarmer?Passant «de la saine perplexité», pour quelques-uns d’entre eux, à «l’enthousiasme futurologique», pour la plupart, la trentaine de collaborateurs réunis ici font le tour du problème en abordant ses multiples facettes.«Quelles seront, se demande par exemple Pierre-Léonard Harvey, les conséquences progressives de l’interconnectivité globale, c'est-à-dire de ce nouvel idéal d'interaction sociale que l’on peut appeler “l’opulence communicationnelle”?» Iront-elles dans le sens d’un «renforcement du contrôle», c'est-à-dire vers une «démocratie occulte», ou dans celui d’une «créativité spontanée»?Le cy-bercitoyen, ajoute Derrick de Kerckhove dans le même sens, vivra-t-il dans un monde plus démocratique que celui de son ancêtre?Pour que cela s’avère, précise pour sa part Clément Laberge, il faudra que les cyberpédagogues, dont il appelle la venue de tous ses vœux, contribuent «à mettre les enfants en contact avec la culture qui préside au développement de la société numérique et dont la compréhension, même Partielle, [\w]’apparaît indispensable pour éviter d’en devenir un citoyen-consommateur contemplatif’.Parle-t-il, en affirmant cela, de la même chose que Martin Freeth, son collègue jovialiste qui rêve d’un «Hollywood de l'éducation»^ c’est-à-dire «un vaste marché global de l’apprentissage» dans lequel «ce sont les étudiants et non les enseignants qui seront bientôt les mieux placés, et ils pourront ainsi prendre le contrôle de leur propre expérience»?Pour l’avenir du monde humain, on nous permettra, à titre de réfractaire à la fascination numérique, de souhaiter que ce ne soit pas le cas.Faut-il se réjouir, avec Joël de Rosnay, et fût-ce de façon critique, du fait que, «grâce à la discipline émergente que nous avons appelée dès 1981 la “biotique”—mariage de la biologie et de l’informatique dans des matériaux intelligents — l’homme entrera en symbiose avec les réseaux d’information qu’il a extériorisés de son propre corps»?On choisira plutôt, avec notre collègue Antoine Robitaille, de se méfier des logiques utopistes et dysto-pistes: «Malgré la puissance de cette vision du monde, malgré sa prédominance dans les cercles de la pensée correcte, malgré te soutien implicite que peut lui apporter un discours convenu sur le métissage, le mélange, comme étant bon en soi, malgré une suspicion généralisée face à toute argumentation fondée sur le concept de nature, je ne crois pas que l’avenir soit écrit.L’avènement de la posthumanité, s’il est très probable, n’a rien d’inéluctable.» L’avènement du postnationalisme, lui non plus, n’a rien d'inéluctable, et l’invitation de Serge Proulx à «repenser en profondeur ce qui constitue le noyau dur de l’identité québécoise», invitation qu’il formule en se demandant si on peut encore «retenir la métaphore du “noyau dur” comme catégorie pour penser les traits nécessaires de l’identité québécoise», nous apparaît relever de la fuite en avant Aussi, s’ils soulèvent souvent de bonnes questions, les collaborateurs desDéfisdu cybermonde, pour la plupart, ne semblent avoir retenu que le premier terme du mot d’ordre du directeur de ce collectif, la fascination critique.Il faut dire que Fischer lui-même, à cet égard, ne prêche pas vraiment par l’exemple.L.C.LES DÉFIS DU CYBERMONDE Sous la direction d’Hervé Fischer Presses de l’Université Laval Saint-Nicolas, 2003,234 pages -** Essais - Les flottements de Marc Brière Le Parti québécois est-il, comme le suggère le titre du plus récent essai de Marc Brière.un parti en sursis?En tout cas, ce n’est pas en lisant cet ouvrage, qui ne remplit pas ses promesses, que nous pourrons nous faire une meilleure idée à ce sujet.Redondante et très peu convaincante, compte tenu du flou théorique sur lequel elle se fonde, cette énième contribution de l’ex-juge Brière au débat sur la question nationale n’apporte en effet strictement rien de neuf aux propositions déjà formulées par celui qui se définit comme un «souverai-nistefédéraliste ou conjëdéraliste».Le principal cheval de bataille de Marc Brière, on commence à le savoir, est cette constitution québécoise qu'il appelle de tous ses vœux, parce quelle seule serait à même de donner une assise solide à la nation civique québécoise qui n’existe pas encore.Multinationale en ce qu’elle est composée de Franco-Québécois, d’Anglo-Québécois et d’autochto-Québécois, la société québécoise doit procéder, pour sortir de l’impasse, à «l'acte fondateur» qui en fera «cette nation civique québécoise tant désirée».Pour l’heure, toute revendication à la souveraineté ou à une autonomie accrue manque de légitimité puisque, sous le couvert d’être représentative des désirs de l’ensemble de la nation, cette démarche ne serait l'affaire que du groupe frana>québécois.Pour Brière, il importe donc Louis Cornellier ?d’abord «de faire la maison commune, la nation civique: on pourra toujours décider après s’il est préférable que la maison commune continue de faire partie du complexe canadien ou qu’elle en soit à demi détachée ou entièrement séparée».Henry Milner, son préfacier, résume ainsi: «Avant de tout mettre en œuvre pour chercher une illusoire reconnaissance de la part des autres, les Québécois doivent d'abord se reconnaître entre eux.» Brière, dans son ouvrage précédent, Pour sortir de l’impasse: un Québec républicain!, publié il y a tout juste un an, développait exactement la même thèse.Qu'y ajoute-t-il aujourd’hui?Simplement ceci: le PQ, parce qu’il rechigne à embarquer dans ce bateau en prétextant que la nation civique québécoise existe déjà et qu’elle a toute la légitimité nécessaire pour revendiquer sa souveraineté à l’intérieur d’une démarche référendaire, serait un parti «en sursis».A qui incombe la responsabilité de l’impasse actuel- le?Aux «purzédurs» des trois camps (francophone, anglophone et autochtone), mais particulièrement à ceux du PQ.écrit Brière.Les choses, pourtant, ne sont pas si simples.Bien beau projet, en effet que celui d’une «maison commune» fondée sur la reconnaissance mutuelle, mais on voit mal qui, au Québec, à part le PQ justement s’est montré intéresse à y participer.Toute la difficulté de sa realisation.en fait tient à l’existence bien concrète d’un projet national concurrent qui emporte l’adhésion de ceux que Brière souhaite inclure dans le projet québécois et qui s'y refusent parce que la nation, pour eux, ne saurait avoir d'autres contours que canadiens.D’un côté, Brière accuse les indépendantistes qu'il dit radicaux de nuire à son projet de patriotisme constitutionnel à la québécoise en manquant d’ouverture d’esprit; de l’autre, il reconnaît que les Anglo-Québécois refusent d’y participer.«Us ne veulent pas d’une nation québécoise distincte de la grande nation canadienne, d’une nation majoritairement francophone dans laquelle ils deviendraient minoritaires.[.] C'est pourquoi il faut qu advienne ce Québec nouveau, français, mais faisant une bonne place à l’anglais, ce Québec fort de l'intégration harmonieuse de ses populations.Ce Québec, il faudra sans doute le faire sans eux, mais pour eux aussi bien que pour nous, francophones, car eux font partie de nous, que cela leur ou nous plaise ou non.» En d’autres tenues, Brière.quand il accepte l'épreuve de la réalité, en arrive exactement à la même conclusion que la plupart des souverainistes qu'il accuse de sauter des étapes! Ce n’est d'ailleurs pas là la seule inconséquence de cet ouvrage* à la pensée trop souvent déconcertante.Drôle de confédéraliste, en effet, que celui qui multiplié les appels à la souveraineté sous prétexte «que le fdémlisme caruuiien n'a pas su ou pù faire au Quebec une place qui lui convienne», mais qui ajoute, quelques pages plus loin, que «le PQ devrait [.] s'employer dés maintenant à faire grandir cette sout'emt-neté à l’intérieur du cadre fédéral par des arrangements ponctuels» et qui conclut en affinnant: «Si l'impasse actuelle dans les relatùms Québec-Canada devait se prolonger, la sécession serait la seule option».Vous saisissez?11 faut faire la souveraineté parce que le fédéralisme n’a pas rempli ses promesses, mais il faut la faire à petits pas, par des arrangements ponctuels avec le fédéral, et si et* qui a déjà échoué échoue, il faut taire la souveraineté! En d'autres termes: on ne veut pas vraiment la faire, mais il va falloir la faire* si la dernière tentative de la faire sans la faire ne fonctionne pas.«Pour moi, écrit Brière, ni la souveraineté du Québec ni le fédéralisme ne sont des absolus » On veut bien, mais pas au prix de fa confusion démobilisatrice.C’est pour «assumer toutes nos responsabilités sociales et natimales» quil faut faire la souveraineté, écrit encore Brière.Cela étant attention, ajoute-t-il: le Quebec est déjà un pays! Et le summum de l'inconséquence est atteint quand il conclut: «On ne peut à la pis être et vouloir être.» Quelle est donc, alors, cette souveraineté à faire (vouloir être) si elfe s'applique à mie réalité nationale déjà constituée en pays (être)?Sa conclusion, qui est juste, détruit ses prémisses.Pour appuyer sa tor-tueuse proposition, Brière cite de Gaulle, qui aurait dit «que nous étions un pays libre».Gaston Lau-rion, dans sa postface très critique, relève cette errance de l’essayiste: «Il s'agit là d'une interprétation ten- : danacuse des m>ts de de Gaulle qui, eux, allaient dans le sens de nos aspi-rntions au lieu de traduire une réalité déjà existante.» On ne saurait reprocher à Marc Brière son engagement intense* et sincère dans la recherche de solutions nuancées et constructives à l’impasse qui caractérise notre situation nationale.On ne peut toutefois que souhaiter qu’il fasse de l’ordre dans ses idées.Fin l'état, sa parole ajoute plus à la confusion qu'elle ne stimule.louiscomellier(cèparroinfo.net LEPQ, UN PARTI EN SURSIS JVfarc Brière* Éditions Varia , Montréal, 20(X), 150 pages Le Chant des MORTS LOME 11 • Un chemin de CROIX SUBVERSIF BKimi 1) 1)1 CU VZAUD SKXF, > cui iviiljj.î, emn-ciM'Ac- «s entre-etisseisf entre-jantbeo).organes/ d’aimance O x), mesattin • bon rique (fam.S, membre viril, pénis, verge, vifiüré »-bourses • fmrtic.vx ou lin.etéis, fasemus m fascimim, foutoire.ithvpliallc, ting.i tut lingam wr Imabam.lituiis, pballc.phallm.phalltic priape.ter/a gamba, rit • enj'.bcbëic.bcrdouillette (tég.).briquette tv»), guigni w guiguite (vx).petit uiscitu.pipi, pissette.f|ué cannette.eanne-à-papa.carabine, carotte, chandelle, cheville (vivifiante), ebinniv clarinette, eolichemarde.coquette, coquin-ravageur, «trnemuse, crayon, créateur, dague, dard, dardilbn, darrac »» dartaque, déftinecuse.(le) devant, dilte.dragonneau, écriuvilkin.engin, epi-nette, litre, flageolet, flèche, frétillante, fntttctne.gaillarde, gibeltt e.piquet, pistolet, plantoir (d’homme), pointe, poireau, poisson rouge, pre-tieusc.quenouille, quille, radis, rat-xans-patres.ravissante, robinet (d'amour), rossignol !à gland), sabre, saint-frusquin, saucisse, scion, service trois pièces, tarumette, munition, trombone, trompe, trompette, truite (de Schubert), tutliKtitu.tier • parmi fes très nombreux votebks my.et «rm-sien attestes eu langue écrite affaires personnelles.agacc-cul, andouHIe-i-cobroulÉ, tndowRe de ealctf.anguille (de ealcif/ de talbar), asperge, banane, béquille, bifteck mule, bigoudi, bijou-dc-fainille.fatoutc, biscuit, bite, borgne, botte, bourre, bout, braque, braquemart.Chatlcs-lc-Chauve, chauve à col roulé, chibtt, chipolata, clto-pine.chopottc.cigare (à moustaches), coco, colonne, darrac ou darraque.flâte (à boules), frérot.gaule, gland, macaroni, manche (à balai/ a touilles), marsouin, matraque, merguez, morceau (dans la culotte), nrettd.nouille, os.us-i-nioflli paf, panais ou panet, panoplie, papillon du Sénégal piège à même, pme, jxilar.popaul.queue, scoubidou, tebi, tête-chercheuse, tettbe, thermomètre à moustaches/ à pemique.tige, tricotin.mngic (d’acicrl trique, vovo.zeb, zébi.zibar.zifo-let, zigomar./igouflette, zob, zobi et tout tlir ou objet ’tbitiuy ou fusiforme péurMmt rt! ou nutoudttttl tn/titt valeur («ggeslk* r/uunt au terme ttr refermer • quéh.outre h mots et lotultous ci-dessus, assiette, bâton, besette, béte, bibine, bisounc, boite, bonhomme.hour/ailic, tuas de vitesse, brimbale ou bnmballe.canon, cartouche, chioune, coude, counc.criquet, doigt, douille, dngatlk, flambage, fléau, fusil, goupille, graine, guetta, guili-guili, hose, yack, kyok, moulin, note.noce, rnidouf, patente, péteux, pinouehe, pisscnailk.pissmitc.pitoune, pompe, poteau, shaft, six-pouec», s|ro MA SOEUR J AI VENDU MA SŒUR écrit et illustré par Danielle Simard .V V LE DEVOIR, LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2003 Bloc-notes Murs noirs ichel Tremblay, j’ai beau le suivre, bon cru, mauvais cru, en prose ou au théâtre, il m’étonne parfois.Tenez! Sur les planches du Quat’sous cette semaine, devant Impératif présent (suite tardive au Vrai Monde), ]e l’ai retrouvé à travers une pièce dotée d’une structure inédite pour lui, si dure en son propos d’incommunicabilité désespérée.On aurait dit que le dramaturge avait frappé soudain un mur tout noir.Dans ce drame en deux temps, père et fils échangent leurs rôles sur fond de dévouement haineux, de ressentiment incurable, atroce, sans pardon possible.André Brassard, le vieux compagnon affaibli par la maladie, nous y sert une mise en scène aussi minimaliste que le décor, pour un affrontement qui n’en est pas un.Plutôt deux soliloques criant sans fin dans le désert d’une chambre d’hôpital.La pièce aura sans doute son lot de critiques plutôt négatives.Il lui manque une scène finale, un acte ultime porteur d’une conclusion, d'une réconciliation peut-être, ou juste d’un appel d’air.Le texte, à travers ses répétitions voulues, semble un peu atone, mais il enfonce un clou qui résonne en nous.Ce qui m’a frappé cette semaine au Quat’sous, c’est à quel point Tremblay change de langage et de ton quand il aborde l’univers du père, à quel point le continent maternel fut pour lui plus fécond, plus truculent, plus surréaliste, plus inspirant que le territoire paternel.Dans Impératif présent, où fils (Robert Lalonde) puis père (Jacques Godin) affrontent leur vis-à-vis réduit à l’impuissance de l’aphasie, le vocabulaire n’est plus le même, soudain plus sec, sans les sacres, les cris, les rêves collés aux jupes de la Odile Tremblay maman.La rédemption du Tremblay créateur est venue des femmes: grosses, agitées, aimantes, généreuses, fantaisistes.En cela, il est emblématique de son peuple, sous tutelle de matriarcat, avec une femme en figure de proue et un homme mal accroché qui rame en arrière.Le père québécois a inspiré chez nous des œuvres en ligne de fuite, poursuivant la figure d’un tuteur échappé: le père absent, le père humilié, le père cas-trateur, le père impossible à contenter, le père manquant de tous les fils manqués.Tant d’artistes ici ont écrit des pièces et des romans, tourné des films pour gagner le respect et l’approbation de ce père-là, demeurant les mains vides, étreignant un fantôme qui se dérobe sous leurs doigts.On dit de notre cinéma qu’il est celui de la quête impossible du père, que Gilles Carie et tous les autres l’ont déclinée sur tous les tons.En ce sens, le récent Gaz Bar Blues, de Louis Bélanger, semble une vraie libération.Enfin à l’écran, un géniteur présent.aimant, trop aimant, d’ailleurs! Mais pareille lettre d’amour au père constitue une rareté chez nous.Mères lumineuses, pères de l’ombre; tel est le leitmotiv habituel, collé à nos réalités d’ailleurs, transmué au théâtre comme partout Impératif présent crie encore ce besoin d'un acquiescement paternel Et dans la pièce de Tremblay, le mépris vibre dans les deux camps: le père moins instruit que le fils, souffrant du regard accusateur posé sur lui, rongeant son frein de mortification; le fils en carence perpétuelle d’une bénédiction, rendu furieux de frustration.Et les paroles impossibles à dire qui ne furent jamais échangées à temps.L’animosité, le fiel.Air connu.«Familles, je vous hais!», disait Gide.En création, ce sentiment de haine-là, souvent latent dans la vie, peut devenir un monstre de rancœur, comme dans cette pièce de Tremblay, étouffant dans son huis clos.Toutes ces œuvres consacrées aux pères démissionnaires parlent des vieilles plaies nationales toujours ouvertes.Mais l’art n’est-il pas fait pour ouvrir une trappe de libération afin de nous entraîner ailleurs, plus haut, plus loin en délivrant son monde?On s’interroge.?Famille pour famille, j’ai éprouvé un vrai malaise, loin de la fiction, plutôt du côté de la vraie vie carburant au drame pur, en parcourant Ma fille Marie, le livre que Nadine Trintignant a consacré à sa comédienne, de fflle rouée de coups à Vilnius par son compagnon.À cause de la vitesse à laquelle ce livre-là fut écrit II sort si vite après cette mort terrible du 1" août.La souffrance, la révolte, la haine à vif d’une mère qui a perdu sa fille dans des circonstances inacceptables éclatent à chaque ligne, mais aussi le remords de n’avoir pas deviné la violence subie par sa Marie, malgré les signes de son désarroi «Quelque chose d’obscur, que je sentais sans pouvoir le nommer, était tombé sur toi comme le voile noir des veuves», écrit cette mère qui n’a pas su voir et ne se le pardonnera jamais, et qui déteste l’assassin de tout son cœur brûlant Le malaise s’accroît lorsqu’on découvre la petite feuille volante insérée dans le livre par l’éditeur de chez Fayard, qui tâche tant bien que mal de se protéger contre les poursuites de Bertrand Cantat le présumé meurtrier que Nadine Trintignant hors d’elle, appelle meurtrier tout court à pleines pages du livre.Et comment lui reprocher de le faire?Les preuves sont là, les aveux faits, l’horreur étalée.«L’éditeur rappelle qu’en vertu des articles 6-2 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et 9-1‘du Code civil, toute personne est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie jusqu’au tribunal», lit-on sur cette feuille-là.Et pareil jargon juridique prudent posé sur une tragédie sans nom donne envie de pleurer d’absurdité.J’ai exploré des univers tristes cette semaine, frappé des murs noirs dans le froid de l’automne.Es parlaient de familles, de rendez-vous manqués et de haine.Et je me suis dit qu’il devait exister, par-delà les nuages, une sorte d’apaisement et que la seule voie possible, c’était sans doute d’apprendre à le chercher, même à travers les pires brouillards, avec une éclaircie au bout Qui sait’ otrem blay@ledevoir.com Les frissons de l’automne CAROLE TREMBLAY Même si les Français connaissent maintenant l’Halloween, avouons-le, leur façon de fêter la Toussaint nous apparaît encore bien «amateur».Halloween Crapaudine témoigne avec humour de cette incompétence en matière de festivités.Aurore revient de l’école un 31 octobre, habillée en fantôme.Elle déteste ça, comme elle déteste la soupe à la citrouille et tout ce qui entoure cette pseudo-fête qu’est l’Hallo-ween.En chemin, Aurore le fantôme et sa maman rencontrent un cow-boy et la sienne, leurs nouveaux voisins américains.Pendant que les mamans font connaissance autour d’un thé, Billy entraîne Aurore dans la traditionnelle tournée des appartements.Trick or treat.Mais à chaque porte où Us frappent, les enfants se heurtent à l’ignorance des citoyens de la V' République devant le rituel halloweenien.^ J: Quand Billy leur explique qu’ils doivent don- ^ j ner quelque chose à manger, chaque voisin y t va de ce qu’il trouve dans son placard.Au- .y».-S rore et son cow-boy se retrouvent rapide-ment à tirer des poches remplies d’escargots en boîte et de tubes de mayonnaise.Es sont bizarres, ces Français, ne peut s’empêcher de s’étonner le jeune Amerloque.Mais de haricots secs en poisson congelé, les deux lurons font bientôt la rencontre d’un drôle de militaire d’au moins un siècle et demi, qui leur fait passer un bien étrange moment Un petit roman fort distrayant, ma foi.Halloween crapaudine, Susie Morgenstein, École des loisirs, collection «Mouche», 62 pages (à partir de 7-8 ans).Chez Albin Michel, une toute nouveUe coUection de livres cartonnés permet à bébé de faire connaissance avec les couleurs, les chiffres et les formes à travers des historiettes illustrées avec bonhomie.Parmi les trois premiers titres proposés cet automne, on retrouve Le Fantôme et les formes.Un fantôme sort de chez lui et constate que la vache est couverte de ronds, puis il voit un perroquet aux ailes triangulaires et un poisson aux écaüles carrées.B se trouve alors bien fade dans son drap uni.Quelques coups de pinceau plus tard, le gentil spectre retrouve le sourire.La force de Florence Langlois réside dans la sympathie irrésistible qui émane de ses personnages.Son fantôme n’a pas plus de chance d’effrayer qui que ce soit que l’attachant petit bonhomme vert qui se cherche un ami.Le Fantôme et les formes et Le Petit Bonhomme vert et les couleurs, Florence Langlois, Albin Michel jeunesse, 12 pages tout-carton (à partir d’un an).Les «Essentiels Milan» sont de petits Evres documentaires extrêmement bien faits, qui présentent leurs sujets de façon claire et, surtout, intéressante.On sent — ce qui n’est pas toujours le cas en documentaire jeunesse — qu’on ne fait pas que livrer de l’information en vrac, mais qu’une pensée organisée a présidé - à la rédaction de l’ouvrage.Cette fois, ce sont les monstres et les peurs qui sont passés au Sæ crible de l’analyse socio-anthropo-lustorique.ü' D’où viennent les sorcières?Les vampires?Et Ojp les fantômes?Pourquoi et comment fintel-ligence humaine engendre-t-elle des J * monstres qui correspondent aux peurs de son époque?Un peu d’histoire, un brin de science, un rien d’étymologie, et la lumière se fait sur les hideuses bestioles qui hantent les cauchemars, les rendant du coup beaucoup moins menaçantes.Un lexique, un quizz, une bibliographie et même un guide pour aider le jeune à faire un exposé en classe complètent l’ouvrage.Idéal pour les sceptiques du Québec en herbe, ou pour démonter ceux qui ne le sont pas assez.La Vie des monstres, sorcières, vampires, loup-garou, Stéphane Frattini, Les Essentiels, Milan Junior, 37 pages (à partir de 9 ans).Pour terminer, notons la parution d’une nouveEe édition d'un classique russe, l’histoire de la sorcière Baba Yaga.Un bel album cartonné, à dos toilé, illustré à la slave, avec des couleurs chaudes qui tempèrent un peu l’inquiétante étrangeté qui s’en dégage.Baba Yaga, texte de Rose Celli, illustrations d’Anne Buguet, Père Castor, Flammarion, 32 pages (à partir de 5 ans).VITRINE DISQUE Le sourire de la musique onde Annuaire économique et géopolitique mondial 23e édition Une analyse approfondie des grandes tendances planétaires Un bilan de l’année pour les 226 États et territoires de la planète Les enjeux politiques et économiques à l’aube du III* millénaire i Boréal *n colUbof,t|on **** 49, ^ le Devoir 1ë www.Mlltlonsbortal.qc.ca 1 I-‘ ' «- Entièrement renouvelé ta Découverte - 672 pages • 29,95 S MOZART The English Concert, direction: Andrew Manze.Harmonia Mundi HMU 807280 (distribution: SRI) Voilà le disque qui rend heureux, le disque pour tous, de 7 à 77ans (etplus.) L’English Concert, longtemps mené par Trevor Pinnock, a été pris en charge par Andrew Manze, le violoniste inventif, auquel on doit notamment un incontournable disque Biber, tout juste réédité à petit prix (Harmonia Mundi également).Le programme est ici des plus classiques: Une petite musique de nuit, Serenata Nottuma, Une plaisanterie musicale, plus un Adagio et fugue et un Menuet et trio.Ce qui l’est moins, ce sont l’engagement et la joie de jouer Mozart qui émane de cette petite mervei’ie.Voilà un CD qui n’a pas été enregistré juste parce qn’Une petite musique de nuit se vend bien, mais parce que des musiciens avaient envie de communier avec leurs auditeurs, à travers Mozart, par l’entremise d’œuvres heureuses ou sereines, bucoliques ou détendues.Une plaisanterie musicale dépasse en bonheur ce que nous avions entendu, sans toutefois verser dans la gaudriole; Une petite musique de nuit rayonne de bonheur.Les instruments anciens ne sont jamais agressife, les tempi respirent.Le son, que ce soit en CD ou en SACD multicanal, est parfait.Et, partout, nous captive ce sourire.La (stupide) question «La Joconde était un disque?» vient de trouver une réponse.Christophe Huss LALO : SYMPHONIE ESPAGNOLE Maxim Vengerov (violon), PhE-harmonia Orchestra, direction: Antonio Pappano.EMIS 57593-2.Le retour du grand Maxim Vengerov! Après un petit flottement dans sa carrière et quelques expérimentations pas toujours couronnées de succès avec l’œuvre de Jean-Sébastien Bach, on retrouve le grand violoniste que nous avions connu chez Tel-dec dans les concertos de Mendelssohn, Bruch, Tchaikovski et Glazounov, incontestables sommets de sa discographie.B nous présente aujourd’hui le meilleur disque gravé jusqu’ici pour son nouvel éditeur, EMI.Vengerov empoigne la Symphonie espagnole comme l’a fait autrefois, à San Francisco en 1945, Menuhin accompagné par Monteux.E n’en fait pourtant pas une pièce de virtuosité vaine.Ce qui compte dans l’œuvre de Lalo, ce sont le charme, le panache et le raffinement.Tout est une question d'équilibre entre ces ingrédients, afin que la musique ne soit pas af- lü SOURCE FESTIVAL DE LANAUDIERE Maxim Vengerov tligée de langueurs inadéquates ou transformée en parent pauvre du Concerto de Tchaikovski.Dans une vraie prise de position par rapport à la partition, Vengerov et Pappano dosent tout cela avec flamboyance et justesse, pour un résultat assez théâtral, mais très vivant et fourmiBant de surprenants détails.Le complément est idéal, avec un 3“ Concerto de Saint-Saëns et un Tzigane de Ravel qui bénéficient des mêmes verve et inventivité et de cet ingrédient suprême mais rare: la classe.C.H.ÉTOILE DU NORD Le miracle médiéval, compositions de Gauthier de Coinci.Anne Azéma: chant, vièle à roue; Shira Kammen: vièle, rebec, harpe.Calliope HM76.Moyen Âge, âge moyen entre deux réalités que Pétrarque a défini entre l’Antiquité et la Renaissance, voilà bien une période qui peut nous intéresser, dans le foi-sonnèment des esthétiques des totalitarismes et de ce qui va advenir, en recherche d’une unité perdue.Ce disque de mode ancien parle très fort aux oreilles d’aujourd’hui.La musique y est non seulement belle, mais tellement semblable à ce que les compositeurs de notre temps souvent nous offrent qu’on se trouve curieusement interrogé par cette sensibEité.Une certaine musique populaire actueEe se trouve ici curieusement déclassée: nous sommes dans le même ton, avec en plus des frissons autrement plus jouissifs que ce que les folkloristes pensent donner, car, pour qu’il y ait plaisirs, cette époque demandait assurément au moins un peu de science — cruel défaut de nos temps musicaux qui ne s’en soucient guère.Voilà un disque qui fascine et qui montre l’irréductible actualité de tout ce qui est vrai, peu importe l’époque de la création (et de la recréation, car les visions d’interprétation fluctuent parfois avec la mode, sou- g La poesîa tiene la palabra 'i y^rfttdÊd Karine Hubert J Brigitte Le Brun Vanhove • Margarita Contreras * José Asünddn Silva * Uiis Vidales • Aurelio Arturo • Eduardo Carranza Jorge Gaitàl Duran • Rogelio Echavarria ?Jotamario Arbelâez * José Manuel Arango • Giovani Quessep • Darfo Jaramillp Agudelo r Maria MércedesXarranza • Piedad Bonnett • Juan Manuel Roca • Renata Durân • Sonia Nadhezda Truqu • Alvaro Mutis ?Humberto Jarrin Catalina Gonzalez • Luis Mizar Mestre • Fredy Chicangana • Hugo Jamioy • Jorge Miguel Cocom Pech • Marc André Brouillette Pierre-Yves Soucy • David Cantin • Patrick Lafontaine • René Viau • Marie-Andrée Lamontagne • Luis Carlos Fernandez • Christian Monnin www.revueliberte.ca vent avec les connaissances — ces dernières abondent ici).François Tousignant CHANSON JUST BECAUSE I’M A WOMAN SONGS OF DOLLY PARTON Artistes divers Sugar HiH (Fusion III) Dolly Parton en a deux, e’est entendu.Deux oreilles pour entendre, deux narines pour sentir.Et même du talent pour deux.Au-delà des fameux roberts qu’elle arbore si souverainement, sous ce gros rouge qui lui tache les lèvres et sous cette perruque si bouffante qu’on la croirait fiüe de Barbie et de Bibendum, U y a en effet la vraie de vraie Rebecca Parton, de Locust Ridge (Tennessee), qui écrit depuis 1971 ses propres chansons et pas des moindres.Chansons de cœur et chansons de cœurs brisés, chansons féministes et chansons d’épouses tristes, elle en a tout un tas, et pas mal de chanteuses s’y sont un jour reconnues au point de vouloir écrire les leurs.En voilà douze, et pas des moindres non plus.Nommons-les toutes, la liste parle d’elle-même: Sinéad O’Connor, Emmylou Harris, Norah Jones, Alison Krauss, Joan Osborne, Shania Twain, Kasey Chambers, Shelby Lynne, Allison Moo-rer, Me’SheU N’degéOcello, Melissa Etheridge, ainsi que la toute jeune Mindy Smith, qui chante fort joliment mais pas assez douloureusement ce grand morceau de désespoir amoureux qu’est Jolene.Bons points pour l’effort.Ce n’est certes pas la douleur qui manque à Étherid-ge, laquelle ose reprendre I Will Always Love You, la baEade tord-boyaux entre toutes les ballades tord-boyaux que popularisa le film 77»e Bodyguard en 1992, et en tire tout le jus sans jamais hausser la note.Bien évidemment, chacune se surpasse, et j’aime tout sauf l’étrange sort fait à Two Doors Down par N’degéO-ceüo: Sinéad se passe carrément sur le corps dans la bien-nommée Dagger Through My Heart, Emmylou offre To Daddy avec toute l’élégance et toute la tendresse dont elle est capable, et même Shania révèle la pure chanteuse country qu’elle pourrait être dans l’exquise Coat of Many Colors (avec Alison Krauss et DoBy eUe-même aux chœurs, un régal d’harmonies).Mais c’est la reprise finale, par Dolly Parton, de l'explicite Just Because I'm A Woman, une de ses premières chansons, qui rappelle l’essentiel, à savoir que cette femme s’est toujours montrée incroyablement nue.D’où la façade Dollywood: quand on écrit comme ça, il faut se protéger.Sylvain Cormier 1
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