Le devoir, 1 novembre 2003, Cahier E
DEVOIR.LES SAMEDI D I M A N OHE 2 N O V E M B R E 2 O O 3 L E ** ET THEATRE Orson Welles, créateur vivant Page E 3 ARTS VISUELS Sarkis, un point de vue sur la mort Page E 6 ?LE DEVOIR * 17e Coup de cœur francophone Sanseverino Verbe leste et fièvre swing D a vingt ans de scène et de galère dans la houppette, ex-Voleur de poules et ancien accordeur de guitares pour les Lavilliers et assimilés, mais c’est seulement depuis 2001 et son premier album solo que l’on sait, en France, de quelle tonique musique est capable l’extraordinaire Stéphane Sanseverino.«Révélation scène» des dernières Victoires de la musique, prix de l’Académie Charles-Cros, il était temps que la belle bête du swing verbomoteur s’amène chez nous.Le coup de cœur du Coup de cœur.t * SOURCE: COUP DE CŒUR FRANCOPHONE SYLVAIN CORMIER CA était un samedi / soir de la fin de l’hiver dernier.Je me farcissais les Victoires de la musique par obligation morale, me disant qu’au moins, j’y retrouverais Vincent De-lerm, mon chouchou de la nouvelle chanson française™, l’as de la rime cinématographique.Dans les mêmes catégories que Delerm — «révélation disque», «révélation scène» —, il y avait aussi un certain Sanseverino, dont le nom était dans tous les papiers sur ladite nouvelle chanson française™, parmi les Béna-bar, Alexis HK, Emilie Simon, Keren Ann et Delerm.Vint le temps de l’habituel numéro alignant les «révélations».Delerm servit assez mollement Fanny Ar-dant et moi, et puis apparut Sanseverino.Première impression: sacrée gueule, sacré gabarit.Entre rugbyman et gitan, avec houppe à la Tintin.Sans crier gare, il attaqua sa chanson.Gratte frénétique, swing manouche estampillé Django, ça y allait franco, mon général! Et mordaient là-dedans des mots, tout un tas de mots qui se bousculaient au portillon et qui parlaient 4 justement d’embouteillages.«Dans les embouteillages tu penses autant au temps qu’au temps / Où tu n'auras plus d’ongles et tu te rongeras les dents.» Choc.Gifle dans ma torpeur.Cocktail de vitamines.Ce type était enthousiasmant.Et sa chanson swing, absolument craquante.De fait, je craquai.Je voulais son disque.Je voulais le voir sur scène.Fin de non-recevoir chez Sony Canada: pas de sortie locale en vue pour Le Tango des gens.Bigre.Pas de Sanseverino non plus au FUM et aux FrancoFolies.Je piaffais.Quand?Fin août, bonne nouvelle de l’étiquette alterno Indica: ils sortaient l’album.Je le portai aux nues, d’où il n’est toujours pas redescendu.Re-bonne nouvelle fin septembre: le zig allait suivre.De fait, il arrive.Coup de cœur du Coup de cœur francophone, on lui a cousu main rien de moins qu’une minitournée: à la FrancoFête de Moncton le mercredi 5 novembre, à Montréal le vendredi 7 (au Club Soda) et à Québec le lendemain (à la Maison de la chanson).Je ne vous dis pas l’allégresse.Au bout du fil, Stéphane Sanseveri-0 est ravi aussi.À 41 ans, la petite gloriole de l’aprèsVîctoires se prend bien, fût-ce avec une montagne de grains de sel.«Le lendemain, s'éton-ne-t-ü encore,/états au ski avec les enfants et des inconnus me présentaient leurs forfaits, ces petites étiquettes qu’on se colle dessus et qui donnent accès à tout, pour que j'y signe des auto- « Je me vois ou je ne suis pas fatigué» no ( graphes.C’était un peu louche, mais amusant.Ça duré deux mois et puis ça s’est calmé.Le truc positif qui reste, c’est qu’il y a tout le temps du monde dans les concerts Et moi, c’est tout ce que fai toujours voulu: des gens dans les salles.» Remarquez, il en venait quekjuesuns avant Même avant l’album, à cause du bouche à oreille.Ça se savait depuis un moment que Sanseverino était un forcené de la scène, tous les soirs quelque part à mouiller sa chemise et le dos de sa sbc-cordes.«Je me vois mal sortir d’un concert où je ne suis pas fatigué.» Belle mentalité.Sanseverino est de la génération de l’après-Bérurier Noir, où tout un monde de petits groupes se réclamant à la fois du rock et de la chanson française ne vivait que pour jouer le plus souvent possible devant public, pour ainsi dire en dehors du showbiz.De 1992 à 1996, avec Les Voleurs de poules, il a ainsi joyeusement galéré.Et encore phis après, quand l’obliga-mal sortir tion de bouffer l’a conduit à faire le roadie pour les stars.«Tous ceux qu'on re-d’irn concert trouve maintenant avec des projets perso, comme Bénabarou moi, ce sont les survivants de cette période à la fois exaltante et difficile.Et on a tous en commun ce besoin de s’éprouver souvent en spectacle.Moi, si j’écris des chansons, c’est pour les chanter en concert.Cest bien, le disque, c’est pas désagréable à faire et ça rapporte, mais ça ne se justifie pas tout seul pour moi: ça sert surtout à convaincre le producteur de spectacles de me prendre.» Au début de l’aventure solo, il avait même fait le vœu de mener une carrière sans album.«Un truc un peu dogmatique que fai abandonné assez vite, nuance-t-il en rigolant Cest quand même vrai que je tourne depuis quinze ans.» Tout se dit en swing Sa musique, il faut le dire, s’y prête formidablement.Le swing manouche manière Sanseverino et toutes ces escapades ragtime, rockabilly ou java qu’il s’autorise très librement respirent ce bonheur de la musique en prise directe: même en studio, Stéphane et ses copains jouent comme s’ils étaient sur scène.«C’est très physique.La guitare, dans ce style, remplace la batterie.On mouille aussi sa chemise en studio.» L’autre avantage du swing acoustique tel qu’il l’assène, c’est que ça ne prend pas tout l’espace sonore: on entend les textes.Importants, les textes.«Y a 2 870 000 groupes qui font dn swing en France, mais c’est toujours instrumental.Le truc, pour moi, c'a été de chanter pardessus.Et peut-être plus important encore de chanter autre chose que des histoires de gitans.C’était le réflexe: quand il arrivait qu'un chanteur fasse une chanson sur un rythme un peu VOIR PAGE E 2: CŒUR * li y E 2 LE DEVOIR.LES SAMEDI 1 ‘ET DIMANCHE 2 NOVEMBRE 2 0 0 3 Culture CŒUR SUITE DE LA PAGE E 1 manouche, il fallait que ça cause romanichels et caravanes.Renaud en a une comme ça.Daniel Guichard aussi, ça s’appelle Mon pote le gitan.L'intérêt, pour moi, c’est de mettre des histoires d’embouteillages, de films de guerre ou de n’importe quoi d’autre sur du swing manouche.» Encore faut-il que les textes suivent la cadence: Sanseverino débite pour le moins prestement les phonèmes.Ça confine à l’écriture automatique.Jugez-en par cet extrait de Maigrir, chanson sur la tyrannie de la minceur, à lire très vite: «En chemise les jours de détente on pouvait croire que j’étais le Mike Brant / A qui tout allait, qui se doutait de rien, je mettais du 36 ça m’allait bien / J’étais fier comme un pied de micro (.) Fin comme une corde de mi, triste comme un film de Jacques Demy/ où Catherine Deneuve fait un régime, elle voudrait séduire Memphis / Slim.Mais B.B.King fou de rage, va s’opposer à leur mariage./ Comment devenir fin sans devenir fou?» L’auteur jure qu’il ne savait pas en écrivant le texte que slim veut dire mince et que ça contraste assez génialement avec le gros B.B.«C’est ce qu’il y a de bien quand on se laisse délirer: tout peut arriver.» À vrai dire, le swing manouche permet tout «C'est le grand avantage avec les gammes gitanes, qui sont les mêmes que les gammes orientales ou arabes: ça peut exprimer la tristesse comme la joie, la mélancolie comme la folie.Les mêmes morceaux tziganes servent aux mariages et aux enterrements.» Et Sanseverino de donner en exemple les chansons du premier album des.Co-locs.«Elles avaient un swing extraordinaire, qui véhiculait toutes sortes d'émotions.On aurait bien aimé faire quelque chose avec Les Colocs [au temps des Voleurs de poules).» Au Québec la semaine prochaine, Sanseverino se promet d’acheter les autres albums.Il aura tout juste le temps, entre ses trois spectacles.«J’aimerais bien faire une carrière au Québec, rêve-t-il tout haut.Chez vous, on ne transpire pas!» Je n’ose pas le détromper.À lui de découvrir que c’est chauffé chaud.Surtout quand s’amène un chanteur calorifère.EXPOSITIONS Au pays d’Uderzo et de Goscinny Grâce à quelque 200 objets archéologiques, le Musée de la civilisation propose une visite étonnante du monde gallo-romain DAVID CANTIN Une fois de plus, le Musée de la civilisation prouve qu’il a du flair.Après un vif succès aux Pays-Bas et en Belgique, l’exposition Astérix et les Romains (en provenance du Rijksmuseum van Oudheden de Leiden) s’arrête à Québec jusqu’au 2 janvier 2005.Pour les amateurs de la célèbre bande dessinée d’Uderzo et Goscinny, voilà une chance inouïe de faire une incursion dans un énorme village où la réalité emprunte également un chemin fantaisiste.Une visite étonnante du monde gallo-romain.Grâce à quelque 200 objets archéologiques, on retourne à l’époque d’Astérix, d’Obélix, d’Abraracourcix et des autres personnages de la bande dessinée sans jamais compromettre la vraie vie à cette époque.En fait, le parcours a pour objectif de mettre en parallèle les faits réels et l’imaginaire bien connu d’Uderzo et de Goscinny.Pour les jeunes comme pour les adultes, il s’agit d’une incursion ludique aux environs de l’an 50 avant Jésus-Christ.La scénographie ne manque pas d’impressionner à l’aide d’une reconstitution habile et convaincante.On croise d’abord un énorme panneau où l’on peut apercevoir des images de l’album La Grande Traversée.On entre ensuite dans les sept zones qui permettent de mieux comprendre l’époque gallo-romaine.Une carte géographique de même qu’une ligne du temps annoncent les prémisses de ce voyage.Comme on a l’habitude au Musée de la civilisation, un jeu interactif permet d’en savoir plus à propos des découvertes archéologiques de l’époque ou de certains grands textes d’historiens de l’Antiquité.Le commentaire mêle l’érudition au plaisir de la plus simple trouvaille.On apprend d’ailleurs que les guerriers gaulois ornaient la façade de leur PS I r J PHOTOS JACQUES LESSARD Le parcours de l’exposition a pour objectif de mettre en parallèle les faits réels et l’imaginaire bien connu d’Uderzo et de Goscinny.maison avec des crânes de l’ennemi vaincu et que les Romains étaient de courageux soldats.Un peu plus loin, on entre finalement dans l’imposante reconstitution du village gaulois grandeur nature.Le travail (qui fait partie de l’adaptation du Musée de la civilisation de l’exposition des Pays-Bas) impressionne par son attention au moindre détail.D’une station à l’autre, on découvre des hameçons ou des couteaux à poisson d’Ordralfabétix, le poissonnier, de même que les fers de lance ou les parures de Cétau-tomatix, le forgeron.Il y a aussi d’autres accessoires de la vie quotidienne, comme des flacons, des casques de bronze ou des outils de toutes sortes.Par ailleurs, certaines illustrations témoignent de la vie difficile des guerriers romains.De plus, on suit les étapes d’entraînement du soldat.Un autre module offre la possibilité de voir à l’œuvre une bataille entre Romains et Gaulois.Des pièces particulières Parmi les plus belles pièces de l’exposition, on remarque notamment un autel dédié à la déesse Nehalennia qui date du IL-III' siècle ou un fer de lance celtique.La plupart des objets proviennent d’ailleurs du Rijksmuseum van Oudheden de Leiden, mais aussi de la collection du Musée de la civilisation (comme certaines pièces de monnaie).Bien sûr, la visite se termine autour d’un énorme festin où il est possible de 3 solos chorégraphie de Iréni Stamou/Métaspora Danse D’ici, de la et de Acuyâ chorégraphie de Alicia Sanchez Bien sûr, la visite se termine autour d’un énorme festin où il est possible de consulter les bandes dessinées d’Astérix.consulter les nombreuses bandes dessinées d’Astérix.Pour les amateurs d’anecdotes, on mentionne qu’en 1999 le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême a attribué son Grand Prix du millénaire à Uderzo et que les aventures du petit Gaulois ont été traduites en plus de 107 langues.Plusieurs activités Au chapitre des activités à suivre, tous les samedis et dimanches, un jeu questionnaire portant sur certains aspects du monde d’Astérix sera accessible à l’aide de cartes-questions.De plus, dès le 4 novembre, les, groupes scolaires qui visiteront Astérix et les Romains pourront participer à des visites-ateliers dç l’exposition, en compagnie d’un guide-animateur.Un moment dè plaisir et d’éducation pour toute la famille.On parle déjà d’un succès populaire à Québec, cet automne.ASTÉRIX ET LES ROMAINS Une exposition du Rijksmuseum van Oudheden de Leiden (Pays-Bas), adaptée par le Musée de la civilisation, 85, rue Dalhousie, Québec : Jusqu’au 2 janvier 2005 samedi 1er novembre à 20H30 dimanche 2 novembre à 16h00 www.tangente.qc.ca [Tang0nte J 840.rue Cherrier, métro Sherbrooke Billetterie à l'Agora de la danse 525-1500 JU'S0 7^% % * Qjjarwo °*50* Wr0'- * f 6 et 7 novembre [ J w En compagnie de la comédienne Isabelle Brossard Théâtre Corona 2490, rue Notre-Dame Ouest LE CÛRÛHft Billeterie ; (514) 931-2088 / Admission : (514) 790-1245 www.admission.com Nouveau disque en vente partout.i everybody £ Welles pour tous Québec S.Justin Ttnu’ « NlABRECOOE PATRIE I I il BOIS YniKk'INK L\ BRI DU 5 aU 23 |5U) 4890 uowNwt 2003 V LE DEVOIR.LES SAMEDI 1 1 * ET DIMANCHE 2 NOVEMBRE 2 0 0 3 E 3 le mm Culture Mir ritnirt ciapltt, L’AGENDA AU ANS WJ.matière 1200, ru« de Bleuiy www.gesu net Expositions Georjfws Audat Clalra-Marl* Gossalln.Clairs Oatiguy (jusqu'au 17 dècambrs) dans l'église Yvon Ballavanoe, Michel Dcpatle, Alloc La Flèche (jusqu'au 6 décembcel Entretien avec Patrice Dubois et Martin Labrecque Orson Welles, créateur vivant Les quelques années qui se sont écoulées depuis sa disparition l’ont confirmé : Orson Welles (1915-1985) aura été l’un des créateurs les plus marquants du XXe siècle.Fascinés par son envergure, deux jeunes gens de théâtre, Patrice Dubois et Martin Labrecque, ont eu envie de monter un spectacle autour de l’énigmatique réalisateur qui fut aussi, entre autres, metteur en scène et acteur.SOLANGE LÉVESQUE e n’est donc pas une biogra- phie.C’est peut-être du théâtre documentaire.Mais c’est peut-être aussi une conférence.À moins que ce ne soit un rêve.Une chose est sûre, ce n’est sûrement pas la vérité.Mais c’est encore moins un mensonge.Ça doit donc être une histoire.» Voilà comment Patrice Dubois et Martin Labrecque décrivent leur spectacle dans le communiqué destiné aux médias.Le premier est comédien et fondateur du groupe Audubon; le second, éclairagiste, a beaucoup tra-vaillé pour l’Opsis, notamment, et décroché un Masque pour les éclairages de L’Homme en lambeaux en 1981.Un jour, alors qu’ils travaillaient à une même production, ils se sont découvert une passion commune: Orson Welles.Tous deux se sentent inspirés tant par l’homme que par ses inventions et son travail De leur admiration est née l’idée de construire un spectacle autour de cet artiste phare du XXe siècle.Un spectacle qui ressemble à WeHes et à ses œuvres, Mt de vérités et de mensonges si in- JACQUES GRENIER LE DEVOIR «II fallait chercher l’homme à travers tout cela, explique Patrice Dubois, autrement, il serait demeuré pour nous un géant inatteignable.» timement entrelacés qu’il en ressort un tableau inédit, une sorte d’interprétation amalgamant la réalité et la fiction.Un peu dans le même esprit que les membres du Groupement forestier du théâtre l’affirment, les deux compères n’hésitent pas à se qualifier de «bricoleurs» et revendiquent la méthode de travail «en amateurs», ce qui, pour eux, signifie: «dans le sens de l’amour du métier».«Contrairement au professionnel, l’amateur cherche toujours à se renouveler parce qu’il ne se sent pas lié par des cadres prééta- blis, précise Patrice Dubois.La conscience qu’il a de son art n’est pas définitive.Il cherche, il tâtonne, il pose d’autres questions que le professionnel.Par exemple, il ne tient pas pour acquis qu’il sait comment faire les choses.» En éclairagiste, Martin Labrecque a forcément une autre manière d’aborder l’écriture théâtrale et de lire le travail de Welles: «f ai été très influencé par les images de Welles avant d’être captivé parses mots.Grâce à son travail sur l’ombre et sur la lumière, il arrive à raconter une histoire, toujours dans l’émotion du personnage, en parallèle avec l’évolution de celui-ci.» Pour Martin, Orson Welles est le premier metteur en scène nord-américain à s’être attardé à tous les aspects d’une production théâtrale, un peu comme Robert Lepage, que les deux créateurs voient comme un héritier direct du cinéaste américain.«Toutes les facettes de la création qui contribuent à une mise en scène l’intéressaient et l’inspiraient, précise Martin.Ses décors et ses mises en scène, comme son invention dans l’éclairage, étaient extrêmement avancés pour l’époque.» Pour Patrice Dubois, la grande force de Welles est d’avoir eu l’idée d’appliquer à un médium des techniques qui étaient traditionnellement réservées à un autre médium.«N’oublions pas qu ’il avait été magicien dans sa jeunesse; il a eu l’audace de puiser dans les techniques de la magie pour les appliquer au théâtre en montant Shakespeare, puis à son cinéma et ensuite à la radio.Grâce à lui, les techniques jusque-là réservées à tel médium sont devenues mobiles et souples.» Orson WeÛes avait une grande admiration pour Brecht, Shakespeare et Houdini.Selon sa vision, le théâtre ne devait pas se laisser piéger par le «quatrième mur», qui sépare les acteurs des spectateurs.«Avec lui, on dépasse toujours l’académisme; il a fait du multimédia avant tout le monde, avant que le mot ne soit inventé, et il a compris très jeune le pouvoir des moyens de communication.H a d’ailleurs causé, en 1938, une panique chez deux millions d’auditeurs aux États-Unis en présentant son adaptation radiophonique de La Guerre des mondes de H.G.Wells.» Patrice Dubois, dont le physique n’est pas sans parenté avec celui de Welles, se trouvera donc seul en scène.«Le personnage que LE THEHTRE DE LR HRIlUFflCTliRE »« coproduction ave TRRRS-THËAïRE prisante dablement incarné.on est absolument capt.ve.Mf/ Express ha, d'idées à la pointe du revolver, etc^ omédiens l-.-l sont ahurissants.- La Pre.se itin Way.Retenez ce titre.- Ici .PAIMMEAU-MONTRÉAL «Qt ivww.tli4atrelalicornt.com 514.523.2246 RÉSEAU ADMISSION S14.790.1245 ou 1 800 361.LE STUDIO DE L’AQORA DI LA DANSI PRÉSENTE VAN GRIMDE S13ÎD3S SdilCO 5>15 NOV.i — TTT L'AGORA DE LA DANSE dUJUL Aum 840.RUi CHfRRKA MÎTRO SHÈRBROOKF 514 525.1500 Reseau Admission 514.7§0.124$ www.agoradanse.tom Du 4 au 29 novembre Jeudis et vendredis, 2D h: samedis.IB h [Matinées et soirées scolaires en semaine, 10 li 30.13 II 30 et 19 0/ /"' partie du ( ointe de Monh'-t risto O I )esj=-.arrv marsh iïrmi -ji„- il» •• IMIItlMll 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 1 ET DIMANCHE 2 NOVEMBRE 2003 - LE DEVOIR Tl ÛTTI Ci Entretien avec Isabel Coixet, réalisatrice de My Life Without Me Un certain goût pour la mort ANDRÉ LAVOIE L> expression «citoyenne du monde» l’a ' amusée comme s’il s’agissait d’une révélation ou d’une hérésie.Pourtant, sa filmographie, son excellente maîtrise du français et de l’anglais ainsi que des années dans le monde te la publicité, aussi bien au Japon et aux tats-Unis qu’en Afrique, trahissent un besoin immodéré de changement et de voyages.La cinéaste espagnole Isabel Coixet ne cache tout de même pas sa lassitude devant les valises à faire et à défaire.Pour son quatrième long métrage, Afy Life Without Me, on se demande bien ce que cette Barcelonaise trouvait d’attirant à tourner cette chronique d’une mort annoncée dans les paysages humides et brumeux de Vancouver.Non, on ne l’a ni forcée ni torturée, et sans chercher à se justifier, elle dit préférer «travailler dans le froid plutôt que dans la chaleur».«En fait, précise-t-elle, je me sens beaucoup plus libre quand je suis loin de l'Espagne.Cest une manière de me dégager du poids de la réalité, du quotidien, de sentir que je peux faire ce que je veux.» La remarque semble banale — tous les créateurs revendiquent pour eux-mêmes et leurs semblables une liberté quasi totale —, mais pour Isabel Coixet, chaque long métrage représente un oasis loin de l’univers tourbillonnant de la publicité.Car pour signer une réclame de 30 secondes vantant les mérites hypothétiques d’une marque de shampooing, la réalisatrice n’en revient jamais des sommes investies et du nombre de personnes qui vous ont à l’œil.Dans ce contexte, malgré la gravité du sujet.My Life Without Me n’est qu’une succession de bons souvenirs et, devant le résultat final, même si la pub fut son école, elle a su prendre ses distances de l’esthétique publicitaire.Il fout dire qu’il n’y a rien de très sexy à suivre les derniers mois d’Ann, incarnée par l’actrice canadienne Sarah Policy, se sachant atteinte d’un cancer incurable et qui refuse d’en parler à son entourage.En lieu et place, elle dresse une liste de choses à accomplir avant sa mort.JACQUES GRENIER LE DEVOIR Pour Isabel Coixet, chaque long métrage représente un oasis loin de l’univers tourbillonnant de la publicité.nombreuses car, jusqu’à présent, son existence n’avait rien de remarquable.N’est-il pas étrange qu’un tel personnage puisse prendre vie au seuil de la mort?Ce n’est pas tant étrange q\i’«ironique et paradoxal», souligne Isabel Coixet.«Et ça arrive plus souvent qu’on ne le croit, affirme-t-elle.Combien de fois il nous faut quelques bonnes claques au visage pour avancer.Plusieurs critiquent son silence, mais je trouve que l’histoire est beaucoup plus intéressante parce que Ann ne dit rien à personne.D’ailleurs, à qui se confier?A son mari qui serait totalement démoli?Ou à sa mère, une femme [interprétée par une sur- prenante Deborah Harry] pleine d’amertume qui passe son temps à regarder des films de Joan Crawford?Si une telle chose m'arrivait, j’espère que j’aurais le courage de me taire.» Là où la cinéaste est plus volubile, c’est justement quand elle dénonce cette manière superficielle d’aborder la mort, s’attristant que le sujet soit de plus en plus tabou dans les sociétés occidentales, obsédées par la jeunesse étemelle.Déambulant sans enthousiasme dans un centre commercial, Ann se demande si la course au consumérisme n’est pas une manière — futile — d’éloigner la mort est-ce bien le personnage ou la cinéaste qui s’exprime id?«La cinéaste, répond Isabel Coixet sans hésiter.Et fai une profonde allergie des centres commerciaux, tout particulièrement en Amérique du Nord!» Mais n’y a-t-il pas un paradoxe à traiter de la mort tout en niant la souffrance physique que va bientôt éprouver le personnage?«Le spectateur sait qu'il y aura une terrible agonie, mais il ne faut pas la voir.parce que d’autres films l'ont montrée! Je ne voulais pas faire un deuxième Terms of Endearment'» Et si elle déteste tant les centres commerciaux, que fait-elle en publicité?Après quelques secondes de tergiversation, Isabel Coixet concède qu’il y a là une autre contradiction, s’efforçant de faire des pubs «utiles» (pour la Croix-Rouge, Amnistie Internationale, Médecins sans frontières) mais convenant que les compromis sont parfois inévitables.C’est sans doute pourquoi elle est si fière de My Life Without Me puisque son producteur, nul autre que l’illustre Pedro Almodovar, lui a donné carte blanche.«Même s’il n’était pas toujours d’accord avec mes choix», ajoute-t-elle.Et la cinéaste n’a que des mots élogieux pour Sarah Policy, «une grande actrice, naturelle et spontanée, dont on ne voit jamais la technique».Elle brûle de travailler de nouveau avec elle, cette fois dans une comédie.Sarah Pofley comique?Ai-je bien entendu?«Elle est très drôle, je vous le jure», dit-elle, me regardant droit dans les yeux, comme pour s’assurer que son affirmation n’avait rien d’une réclame publicitaire.Message reçu.Dans la peau d’un ours BROTHER BEAR (V.F.: MON FRÈRE L’OURS) Réalisation: Aaron Biaise et Robert Walker.Scénario: Tab Murphy, Lome Cameron, David Hosekon, Steve Bendch, Ron J.Friedman.Voix: Joaquin Phoenix, Jeremy Suarez, Jason Raize, Rick Moranis.Montage: Tim Mertens.Musiqqe: Marie Mancina, Phil Collins.Etats-Unis, 2003,85 minutes.ANDRÉ LAVOIE Brother Bear d’Aaron Biaise et Robert Walker nous transporte, à la fin de l’ère glaciaire, dans une Amérique encore peuplée de mammouths et où les Amérindiens maintiennent un contact étroit avec les grands esprits, bien emmitouflés dans de magnifiques aurores boréales.Une fois le décor planté, les visées moralisatrices des concepteurs ne tardent pas à montrer le bout du nez alors que les chicanes familiales font l’objet de sévères réprimandes.Gare aux jeunes impétueux qui, par leur étourderie, brisent l’équilibre de la nature: pour avoir tué un ours qui avait provoqué la mort de son frère aîné, Kenai (Joaquin Phoenix) se transforme lui-même en ours, à son grand désespoir évidemment Son second fiére, Sitka (D.B.Sweeney), ignorant à qui il fait la chasse, le traque jusqu’à l’épuisement Dans cette course à obs- tacles, Kenai peut compter sur le soutien de Koda (Jeremy Suarez), un ourson ayant perdu sa mère et prêt à lui indiquer le chemin pour se rendre au sommet d’une montagne afin d’y retrouver sa forme humaine.La recette Disney cherche toujours à nous faire la leçon en déployant quelques effets comiques, tâche qui incombe ainsi à un duo d’orignaux aux allures d’imbéciles heureux, et au simplisme des solutions devant l’adversité.Avec un soupçon d’amour, beaucoup de couleurs — les scènes illustrant les aurores boréales sont magnifiques — et des chansons de Phil Collins destinées à trôner au sommet des palmarès plutôt qu’à servir intelligemment le récit.Brother Bear fait moins figure de dessin animé que de peinture à (petits) numéros.Derrière cette débauche de grands espaces et de musique tonitruante, on cherche, sans même s’en excuser, à reproduire le succès de The Lion King tout en jouant la carte consensuelle et politiquement correcte vis-à-vis des peuples autochtones.Car une fois passées dans la mouli-nette Disney, toutes les cultures finissent par se ressembler, d’où l’étonnement d’Hollywood devant le concept de diversité culturelle.Ce qui nous vaut une escapade dans la nature trop souvent longuette, quelques gags qui s’annoncent trois scènes à l’avance, et bien des grosses larmes à verser pour les cœurs sensibles.mus n ?«UN FILM LUMINEUX, PERSONNEL, TOUCHANT.DRÔLE.» MARIE-CHRISTINE BLAIS, LA PRESSE ?«UNE RÉUSSITE!» CLAUDE DESCHËNES, RADIO-CANADA ?«UN FILM DRÔLE, POÉTIQUE, PROFOND ET TOUCHANT.UNE ADAPTATION RÉUSSIE DU GÉNIAL ONE-MAN-SHOW THÉÂTRAL.» MAXIME DEMERS, LE JOURNAL DE MONIRÉAL ?«.UN DES SOMMETS DANS L’OEUVRE DE LEPAGE.RIEN DE MOINS.» GILLES CARIGNAN, LE SOIEII ?' IDHN GRIEFIN, THE GA2ETTE «C’EST À VOIR! C’EST UN MUST!» CATHERINE VACMON.JiAlUT BONJOUR' «PRÉPAREZ-VOUS À VOIR UN GRAND FILM!» PASCALE NAVARRO, RADIO CANADA «BRILLANT! UN FILM ADMIRABLE!» MICHEL COÜLOMBE, RADIO CANADA * ALLIANCE ATLANTIS VIVAFILM MEDIA PRINCIPIA FILMS FCL m .nu ni LA ft= ACC CACHEE DE LA UN FILM Df RllBLRT ItPAGE ANNE MARIl CAD1LUX MARCO P0U1 IN CÉ1INE BONNIER GREGORY Ht AÜY YVES AMY01 RICHARD FRECHETTE ÉRIKA GAGNON SOPHIE FAUCHER LORRAINE COTÉ BOB KRUPINSKI MARIO ST LAURENT DANIEL LANGLOIS ROBERT LEPAGE BENOIT III!RAS If AN LE BOUROAIS RONALD PIANIE, CSC MARON LAUZON PHIIIPPE GAGNON PAUL CAüFFOPE MARIE CHANTALE VAIÜANCOURT MARIO RODRIGUE tüUfSGIGNAC FRANÇOIS SENNEVILLE PIERRf BOUCHARÜ JACQUES BtNOIÏ ROBERI LEPAGE I 11 MS fcCJ M PRÉSENTEMENT À L’AFFICHE! aaÆsfegi iüîss«g^i VCfWON OHIQMAUE PfMNÇAHI | MKtOUt-TTTNBAMQUa www,allianceatlarttisvivitfilm.com i
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